80 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
France ne comprit pas et que l’aimable légèreté de notre
pays ne l’exposât à un nouveau désastre. Comment lui
communiquer tous les enseignements de cette terrible
expérience, comment l’empêcher d’oublier, comment lui
éviter le retour des erreurs qui ont rendu si inefficace la
préparation de sa politique impérialiste d’avant la guerre ?
Comment fortifier cette politique, mettre à sa disposilion
 tous les moyens de propagande et d’expansion ?
La France, espérons-le, sera désormais consciente de
la grandeur de son empire terrestre comme elle l’a toujours
 été de son royaume idéal dont les provinces sont
les idées de Justice, de Liberté et de Fraternité. Comment
 lui donner l’organisation nécessaire pour accomplir
dans l’univers sa mission traditionnelle ?
Cette organisation, l’État a déjà montré, par des
défaillances trop souvent renouvelées, qu’il ne pouvait
pas s’en charger à lui tout seul. L'initiative privée doit
la créer, car l’État a déjà trop de besognes à accomplir
dont il s’acquitte médiocrement. D'ailleurs les institutions
 autonomes rentrent bien dans le génie de notre
race et quelques-unes d’entre elles ont plus fait pour le
bon renom et la gloire de la France qu’aucune création
de l’État. Au premier rang de ces institutions autonomes
ne voit-on pas resplendir l’Institut de France, dont
aucune académie royale ou impériale, créée et patronnée
par un État, n’a jamais balancé le prestige, l’Alliance
française qui fait rayonner par le monde l’influence de
notre littérature, le Comité de l’Afrique française auquel
nous devons en grande partie la conquête de notre empire
africain, la mutualité et les syndicats agricoles qui ont
organisé dans notre pays l’assurance sociale et la prévoyance
 économique dont les lois spéciales et les administrations
 créées pour en assurer l’exécution n’ont jamais
pu ébaucher que de précaires et coûteuses et vexatoires
tentatives ?