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        <title>L' Impérialisme Français</title>
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            <surname>Fels</surname>
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        COMTE DE FELS

L'IMPERTALISME FRANÇAIS

BERGER-LEVRAULT, LIBRAIRES-ÉDITEURS
| NANCY
RUE DES GLACIS, 18
1916

Prix : 2 francs
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        L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
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        COMTE DE FELS

L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS

BERGER-LEVRAULT, LIBRAIRES-ÉDITEURS
PARIS : | NANCY
5-7, RUE DES BEAUX-ARTS | RUE DES GLAGIS, 18
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L'IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE

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Le terme d’impérialisme est passé dans la langue
courante avec un sens généralement péjoratif, car on
l’emploie surtout pour qualifier la politique du Gouvernement
 de Berlin en l’opposant aux méthodes de la
République Française. Pour la grande majorité de nos
hommes d’État et de nos publicistes, l’impérialisme
représente une politique de conquêtes et d’asservissement
 des peuples dont l’Allemagne aurait le monopole,
tandis que la France ne rêverait d’apporter au monde,
lorsqu’elle intervient dans ses affaires, qu’émancipation
 et liberté. Les mêmes politiciens qui se font des
questions extérieures une image aussi simple que leur
intelligence n’ont-ils pas, à une époque toute récente,
préconisé la pénétration pacifique. au Maroc par des
escouades de médecins et de philanthropes ? L’histoire
 nous enseigne cependant que toute pénétration
pacifique dans un pays étranger, si l’on ne peut l’appuyer
 à un moment donné par la force des armes, doit
fatalement aboutir à une honteuse retulade. C’est ainsi
que nous avons perdu l’Égypte pour avoir refusé de
coopérer à l’expédition des Anglais contre Arabi Pacha,
et aussi que nous avons été contraints nous-mêmes,
pour posséder le Maroc, après l’avoir pénétré pacifiquement,
 de le conquérir par les armes.
En réalité, et n’en déplaise aux écrivains qui cherchent
 à égarer l’opinion publique de notre pays, en lui

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        L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
représentant sous un faux jour sa politique, la France,
depuis le Congrès de Berlin de 1878, orientée par Jules
Ferry vers la conquête d’un empire d’outre-mer, la
France poursuit une politique d’impérialisme.
Si elle y a trouvé des mécomptes, c’est qu’elle ne l’a
pas suivie consciemment et résolument, avec une méthode
 scientifique. Les hommes qui avaient imaginé
cette politique n’ont jamais eu le courage de l’avouer
et de la définir ; ils rencontraient dans le Parlement des
adversaires qui les précipitaient du pouvoir sous prétexte
 de combattre cette politique, alors qu’eux-mêmes
n’en suivaient pas d’autre lorsqu’ils avaient conquis le
ministère, seul but véritable de leur ambition.
Examinons tout d’abord ce qu’il faut entendre exactement
 par ce terme d’impérialisme. ;
Il ne s’agit pas, bien entendu, de la forme constitutionnelle
 intérieure d’un État. Le Gouvernement qui a créé
l’empire le plus célèbre dans l’univers est celui d’une
république, d’un peuple républicain entre tous, à qui
Virgile a dédié le vers fameux :

6

Tu regere imperio populos Romane memento.

L’empire français actuel a été constitué par une
République parlementaire qui a annexé ou conquis des
territoires immenses et soumis à sa domination, par la
force des armes, les peuples de la Tunisie, du Tonkin,
de l’empire d’Annam, de l’Indo-Chine, de Madagascar,
du Soudan, du Congo, du Maroc, etc.
Les États-Unis de l’Amérique du Nord, République
fédéraliste, ont fondé toute leur politique extérieure,
depuis cent ans, sur le principe de Monroe qui n’est
autre chose qu’une doctrine d’impérialisme panaméricain.
 La guerre qu’ils ont si vigoureusement menée
contre l’Espagne en 1898, et dans laquelle cette puissance
 a perdu ses colonies de Cuba et des Philippines,
        <pb n="8" />
        L’IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE 7
Tous apparaît comme une guerre nettement impérialiste
par ses résultats. L’impérialisme de la République des
États-Unis s’était déjà affirmé par son opposition à toute
intervention française en Amérique, qu’elle fût belliqueuse
 et napoléonienne au Mexique, républicaine et
pacifiste à Panama.
L’Angleterre, qui est placée sous le sceptre d’un roi
constitutionnel, a étendu son empire dans le monde
entier. Elle règne sur les Indes, l’Australie, le Cap, le
Canada, etc. Elle possède l’empire des mers.
L’Italie, la dernière née des grandes nations européennes,
 n’a pas tardé, avec ses ambitions coloniales
hâtives, ses revendications territoriales formulées au
nom de l’irrédentisme, ses vues orientales non dissimulées,
 à afficher une politique impérialiste pour laquelle
on trouve remplis de complaisance des hommés d’État
français, qui semblent ignorer que, sur certains points,
l’ambition de l'Italie ne peut se réaliser qu’aux dépens
de nos traditions.
Le Japon, si récemment introduit dans le concert des
grandes puissances, a inauguré, par deux guerres victorieuses
 contre la Chine et la Russie, une politique impérialiste
 qui en a fait l’arbitre de l’Extrême-Orient.
Que dire de la Russie qui, dans son effort pour arriver
à la mer libre, n’a cessé de reculer ses frontières, menaçant
 successivement, depuis un siècle, la Suède, la
Turquie, l’Angleterre, la Perse, la Chine, le Japon,
l’Autriche-Hongrie? Ne prétend-elle pas à une sorte
de protectorat sur tous les peuples de race slave? A
combien de réflexions et d’observations ne serait-on pas
entraîné par l’étude du développement de cet impérialisme?
 Nous n’en voulons présenter qu’une, en la
dédiant à nos pacifistes, à nos apôtres du principe des
nationalités et de l’émancipation des peuples. La voici :
Une des premières manifestations de la politique pan-
        <pb n="9" />
        L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
slaviste russe a été la guerre entreprise par Alexandre II,
en 1877, contre la Turquie, guerre où une victoire complète
 aurait à la fois libéré les peuples balkaniques du
joug ottoman et placé sur la tête du Tsar libérateur la
couronne des empereurs de Byzance.
De ce beau rêve, une faible partie fut réalisée :
l’émancipation, incomplète d’ailleurs, de la Bulgarie.
L'histoire actuelle nous révèle combien la politique
d’émancipation des peuples, si populaire dans le Parlement
 français, a réussi à la Russie et de quelle reconnaissance
 est capable un peuple balkanique émancipé
 (*) !
Le Congrès de Berlin, qui a réglé les questions soulevées
 par cette guerre russo-turque de 1877-1878, a
ouvert la porte aux ambitions germaniques orientales,
en procurant la Bosnie-Herzégovine à l’Autriche, et a
déclanché la politique impérialiste de la France qui
reçut en même temps l’investiture officieuse de la Tunisie.

Depuis lors, l’Autriche-Hongrie, devenue le satellite
de l’Allemagne, nous apparaît, avec quelle évidence
pour ceux qui suivent le duel diplomatique de l’Autriche
et de la Russie depuis quarante ans, comme son agent
provocateur et sa pointe d’avant-garde pour toutes les
questions balkaniques et orientales.
Quant à l’Allemagne, poursuivant un plan de politique
 impérialiste plus complet et plus grandiose qu’aucune
 des nations dont nous venons de parler, décidée à
établir sa domination sur tous les peuples de race germanique,
 elle à rêvé aussi de donner à cette grande
nation allemande l’hégémonie sur tous les autres
peuples du monde, et d’arracher l’empire des mers à
l’Angleterre.

(+) Cette remarque n’atteint en rien l’héroique Serbie.
        <pb n="10" />
        L’IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE. 8
Avec quelle méthode scientifique, quel génie d’organisation,
 quelle duplicité dans la préparation, quelle
lérocité dans l’exécution elle a cherché la victoire lorsqu’elle
 a brusquement abattu les cartes et dévoilé son jeu :
c’est l’histoire tragique que nous vivons en ce moment.
En vérité, de quelque côté que l’on tourne les yeux
depuis 1877 jusqu’à l’heure présente, l’histoire ne nous
offre qu’une série de guerres provoquées par l’ambition
ou le conflit des politiques impérialistes de toutes les
grandes nations. Il y aurait donc une hypocrisie ridicule
à nier l’évidence des faits. L'Allemagne, seule, montre
une franchise cynique dans l’aveu du but qu’elle poursuit,
 magistralement exposé, peu de jours avant la
guerre, par le prince de Bülow dans son livre La Politique
 allemande.

*
Bb 4

Cet aperçu sommaire nous permet de reconnaître, dans
l’impérialisme, l’affirmation de la volonté d'un peuple
d'étendre sa domination et son influence au delà de ses
frontières.
Cette volonté qui existe chez tous les grands peuples
chefs de races, excepté chez les Chinois, se manifeste
d’une façon plus ou moins efficace, suivant que leur
constitution, leur politique intérieure, leur culture intellectuelle
 et leur santé morale en favorisent ou en
contrarient le développement. Un ministre célèbre a dit :
« Faites-moi de bonne politique, je vous ferai de bonnes
finances. » On peut de même affirmer que la politique
intérieure d’un pays est fonction de sa politique extérieure
 et que les méthodes de la conduite de l’État à l’intérieur
 de ses frontières doivent justifier, en lui donnant
toute la force nécessaire, son ambition d’expansion à
l’extérieur.
Il est non moins certain que si l’impérialisme chez les

L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS
        <pb n="11" />
        to L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
différents peuples reçoit la même ‘définition, il obéit,
dans la pratique, à des visées très dissemblables, provenant
 de toutes les contingences objectives et subjectives
qui en modifient l’application pour chaque nation. Les
conceptions impérialistes s’adaptent au tempérament de
chaque peuple, à la nature de sa civilisation, à l’idée
qu’il conçoit de sa mission dans le monde, au but qu’il
poursuit en cherchant à étendre ses possessions et ses
zones d’influence et, au point de vue objectif, elles varient
 encore immensément par les progrès matériels et
économiques qu’elles réalisent chez les peuples dominés,
par l’idéal de culture qu’elles propagent, en un mot par
la civilisation dont elles appliquent les principes et
répandent les bienfaits en dehors de leurs frontières.
L’étude approfondie de l’impérialisme chez les grandes
nations n’étant pas notre but essentiel, nous nous contenterons
 de présenter ici quelques réflexions générales sur
les impérialismes anglais, allemand et français. Nous
négligeons de parler de la civilisation slave qui ne paraît
pas avoir l’ambition d’être exportée hors des limites
de l’immense Empire moscovite. Il nous paraît également
 inutile de nous appesantir sur la civilisation américaine,
 qui nous apparaît comme un dérivé de l’anglosaxonne,
 avec une accentuation plus démocratique, et
sur la civilisation italienne, parce qu’elle ne comporte
aucun élément qu’on ne trouve représenté dans la civilisation
 française. Quant à la civilisation nipponne qui
a emprunté sa force de propagation aux méthodes scientifiques
 de l’Occident, son étude n’infirmerait en rien
les considérations que nous devons nous contenter de
développer ici.

Les Allemands qui, dans la guerre actuelle, ont choisi
        <pb n="12" />
        L’IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE II
la Russie pour leur premier adversaire, proclament
maintenant que leur principal ennemi est l’Angleterre, et
que la lutte entre le germanisme et le slavisme passe au
second plan, à côté du conflit réel déchaîné pour l’empire
 des mers. Appréciation parfaitement juste, car, seul,
l’empire des mers peut assurer empire du monde à la
nation qui le détient, et c’est bien l’empire du monde
auquel aspirait la convoitise germanique. Mais, dès lors,
les Allemands affectent de s’indigner que la moitié de
l’univers ait pris les armes contre eux et que les Frangais,
 les Russes, les Italiens et les Japonais combattent
pour la gloire de l’impérialisme britannique. Leur indignation
 vraie ou fausse n’est nullement justifiée, mais il
est indéniable que le monde civilisé préfère le Rule Britannia
 au Deutschland über alles, et voici pourquoi.
L’impérialisme allemand se caractérise par l’opinion
que le peuple allémand est le peuple suprême, que
l’Allemagne est au-dessus de tout ; que son devoir est de
conduire. l’humanité, que c’est un péché contre sa
mission que de ménager ‘les peuples qui lui sont inférieurs.
 La liberté des autres nations ne doit être que
celle que l’Allemagne leur octroiera (Discours du chancelier
 de l’Empire, du 19 août 1915). Les peuples conquis
ne sont ni assimilés ni associés au peuple conquérant ;
ils sont asservis. Voilà l’idéal proposé par l’Allemagne
et déjà illustré depuis cent ans par le sort qu’elle a réservé
 aux Polonais, aux Danois, aux Alsaciens et aux
Lorrains. Les exemples qu’elle a donnés, les théories
qu’émettent ses penseurs et ses hommes d’État offrent
une parfaite concordance.
Dès lors, quelle impression peut produire sur le monde
civilisé la déclaration que l’Allemagne a engagé la lutte
actuelle pour arracher à l'Angleterre l’empire des mers,
en vue de faire bénéficier tous les peuples de l’univers de
la liberté maritime ?… Pourquoi — disent les Allemands
        <pb n="13" />
        L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
— le monde accepterait-il que l’empire des mers appartint
 à l’Angleterre et s’insurge-t-il contre le militarisme
 prussien, sans formuler aucune plainte contre le
marinisme anglais? La raison en est bien simple et la
réponse à cette objection est tout entière dans la différence
 entre l’impérialisme allemand et l’impérialisme
britannique.
Celui-ci n’est pas comme celui-là une conception a
priori sortie tout armée du cerveau de la « Kultur teutonne
 ». C’est une création expérimentale, une construction
 à laquelle chaque génération de commerçants, de
navigateurs et d’hommes d’État apporte une nouvelle
assise depuis trois siècles. Certes, la brutalité de la
conquête armée n’a pas été étrangère à la formation de
cet immense empire ; certes, l’orgueil d’une nation isolée
dans son insularité n’a pas toujours été pitoyable aux
populations asservies ; certes, l’implacable dureté d’une
supériorité navale incontestable n’a pas toujours su
fléchir devant les concessions que l’humanité réclamait en
faveur de petites nations; mais cependant, l’esprit de
liberté qui est le fondement des institutions civiles et
politiques de la Grande-Bretagne a peu à peu animé
les conceptions de sa politique impériale. Son hégémonie
maritime apparaît aux yeux du monde civilisé comme
une garantie de la liberté des mers autrement positive
que la chimère d’une indépendance maritime soumise
au bon vouloir de l’Empire allemand ! Ce même esprit
libéral inspire ses relations avec ses colonies depuis
qu’elle a subi et médité les leçons de la guerre de l’Indépendance
 américaine. La large autonomie accordée à
l’Australie et au Canada a été concédée au Transvaal au
lendemain même de la conquête. Enfin, la guerre actuelle
a mis en un saisissant relief le loyalisme inspiré aux
Français du Canada, aux Hollandais du Cap et aux rajahs
de l’Inde par la politique impérialiste de l’Angleterre.

12
        <pb n="14" />
        L’IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE 13
Il y a donc des raisons péremptoires pour que l’univers
 subisse avec patience, et même avec une certaine
complaisance, l’hégémonie maritime et coloniale anglosaxonne
 et se révolte contre la menace de l’impérialisme
 allemand.
Pour ce qui est de la civilisation française, la sympathie
 qu’elle inspire à tous les peuples, et notamment à
ceux qu’elle a le plus récemment annexés à son empire,
nous est révélée par le concours chevaleresque qu’ils lui
ont apporté à l’heure du péril.
La France est le seul pays qui encadre sous ses drapeaux
 une légion étrangère, c’est-à-dire une troupe
formée uniquement d’étrangers qui s’engagent à verser
leur sang pour notre patrie.
Cette légion, qui compte environ 10.000 soldats en
temps de paix, en a recruté une trentaine de mille au
moment où J’Allemagne nous a déclaré la guerre.
Trente mille citoyens de toutes les parties du monde ont
protesté contre l’infâme agression de l’Allemagne ‘en
acceptant de mourir à l’ombre de la bannière tricolore
pour empêcher le triomphe de la Kultur teutonne. Bien
mieux, à l’heure où nous écrivons, plus de 170.000 soldats
 appartenant à toutes les races de notre empire :
Algériens, Tunisiens, Marocains, Sénégalais, Soudanais,
Congolais, Tonkinois, Océaniens, Annamites, Indo-Chinois,
 ont déjà offert le sacrifice de leur vie pour leur
nouvelle patrie. Une pareille manifestation de loyalisme
dispense de tout commentaire à l’égard de la supériorité
de la civilisation qui inspire de tels dévouements ‘et de
tels héroïsmes.
Une cause qui, au moment d’un péril mettant en jeu
l’existence même de l’empire, procure à la France de
tels défenseurs guerriers, ne mérite-t-elle pas, en temps
de paix, d’être encouragée, développée, portée à son
maximum de puissance et d’énergie vitale? La politique
        <pb n="15" />
        14 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
de ce pays ne doit-elle pas se plier avec souplesse à
toutes les nécessités d’une expansion qui lui rapporte,
dès la paix, des avantages économiques incalçulables, et
à l’heure du danger, l’appoint d’une armée invincible ?

Parmi tant de causes qui ont déchaîné la guerre mondiale,
 personne ne met en doute qu’elle n’ait pour
origine directe l’antagonisme de deux politiques impérialistes
 que l’on appelle communément le « pangermanisme
 » et le « panslavisme ».
La guerre est devenue inévitable à partir du jour où
les populations serbe, bulgare et grecque, s’étant révoltées
 contre l’oppression de l’Islam turc, ont remporté
une victoire que n’avait pas prévue la diplomatie austroallemande
 et qui signifiait pour celle-ci la fin du rêve
d’une poussée germanique vers l’Est, qui était l’un des
buts principaux de sa politique. La défaite de la Turquie,
 conséquence des événements militaires de 1912-1913,
 était un très grave échec pour le germanisme à qui
une masse sud-slave, en mesure de s’organiser puissamment,
 barrait désormais la route de l’Orient. Le rêve de
Salonique, port autrichien, c’est-à-dire allemand, s’évanouissait
 à tout jamais et le fameux chemin de fer de
Bagdad n’était plus cette route mondiale vers les Indes,
entièrement soumise, sur tout son parcours, à l’hégémonie
 allemande, grâce à la vassalité de l’Empire ottoman.
 « Le germanisme, a écrit M. Jean Brunhes dans
une remarquable étude géographique de la guerre
actuelle ('), a tenté une double revanche, en dissociant le
bloc des alliés balkaniques, en excitant la Bulgarie à
se jeter sur la Serbie et la Grèce et, d’un autre côté, en

(1) Correspondant du 10 octobre 1915.
        <pb n="16" />
        L'IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE 15
créant une Albanie destinée par excellence, dans l’esprit
de ses parrains, à être anti-serbe et anti-grecque et à
devenir de plus-en plus autrichienne. Mais cette double
politique s’est retournée contre ses auteurs, aboutissant
d’une part à la défaite des Bulgares, et d’autre part à la
fuite peu glorieuse du prince féodal allemand Wilhelm
von Wied (1914). C’était la jonction territoriale de l’Empire
 de l’Islam et de l’Empire du Kaiser déjouée. C’était
cette grande coulée rêvée du germanisme industriel et
politique, qui devait s’épandre sans interruption ni
obstacle jusqu’à Bagdad et au Golfe Persique, définitivement
 barrée. Et cela, par la faute, par la faute principale
de la Serbie! Il fallait au germanisme une revanche
nouvelle. »
Cette revanche, l’Allemagne ne s’est pas décidée, du
premier coup, à la gagner avec ses propres troupes.
Après avoir échoué dans une tentative de se la procurer
au moyen de l'agression du roi Ferdinand de Bulgarie
contre ses alliés de la veille, elle a confié le soin de
réaliser une seconde tentative à l’Autriche-Hongrie.
Celle-ci, docile partenaire, cherche. une querelle d’Allemand
 à la Serbie et lance son ultimatum du 23 juillet
tgr4. Si la Russie reste tranquille, si elle dévore silencieusement
 ce nouvel affront et laisse perpétrer l'attentat
audacieusement préparé contre le petit État slave, c’en
est fait non seulement de son prestige en Orient, mais
c’est l’échec définitif de sa politique sud-orientale, c’est
la Méditerranée à jamais fermée pour elle, c’est, en un
mot, un désastre pour l’impérialisme slave, c’est le
triomphe de l’impérialisme germanique. Et voilà pourquoi,
 à la fin de juillet 1914, la Russie mobilise, donnant
 au Kaiser allemand l’impression nette et profonde
que cette fois elle ne reculera pas et que la grande partie
va se jouer.
Pendant quelques jours de fièvre les diplomaties
        <pb n="17" />
        16 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
s’évertuent à trouver une solution pacifique. Peines perdues.
 L’inéluctable se produit, et le monde, qui ne
croyait plus à la guerre, voit les deux masses germanique
 et slave engager une lutte sans merci, dont l’enjeu
est la victoire d’un impérialisme sur un autre.
Ce n’est pas le but de cette étude de rechercher si ce
conflit aurait pu être évité où simplement retardé. Sans
doute celui qui l’a déchaîné le jugeait-il inévitable et
a-t-il choisi l’heure qu’il estimait la plus favorable pour
remporter la victoire.
Ce qui nous importe, et ce que nous voulons rechercher
 maintenant, c’est comment la France s’est trouvée
entraînée à prendre les armes pour une cause qui n’était
pas essentiellement la sienne, et d’examiner si la politique
 qu’elle suivait la met en mesure de retirer de la
guerre où elle se trouve engagée, en cas de victoire, des
avantages proportionnés aux sacrifices immenses qu’elle
aura consentis et supportés.
Tout d’abord nous remarquerons que la politique de
la République dans la période qui a précédé la crise
mondiale actuelle n’est, pour ainsi dire, qu’une politique
impérialiste intermittente. Beaucoup de Français seront
sans doute surpris qu’on puisse voir même un soupçon
d’impérialisme dans les manifestations élaborées à
l’Élysée et au Quai d’Orsay depuis la conclusion de l’alliance
 franco-russe en 1891. Et cependant nous devons
avouer que, si à leurs yeux cette politique est empreinte
d’hésitations, de timidité et surtout de contradictions
qui la paralysent, elle est considérée par les étrangers,
et leur thèse n’est pas tout à fait dénuée d’arguments,
comme une conception insatiable d’ambition, avide
d’étendre démesurément l’empire français sur les continents
 et les mers, viciée par une mégalomanie qui
inquiète nos rivaux et exaspère nos ennemis.
Un Français pourra reprocher à cette politique de
        <pb n="18" />
        L'IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE 17
poursuivre des buts différents et contradictoires. Elle
perd de vue la seule acquisition territoriale qui importe
vraiment à la France, c’est-à-dire la reprise de l’Alsace-Lorraine,
 avec la frontière naturelle du Rhin. D'autre
part, tout en poursuivant des conquêtes coloniales de
plus en plus vastes, elle renonce bénévolement tantôt à
des traditions comme le protectorat des catholiques en
Orient (), qui lui valait de véritables colonies, peuplées,
prospères, de plein rapport, tantôt, et dans le même
ordre d’idées, à des situations acquises et privilégiées,
comme celle que nous occupions en Égypte.
On nous objectera, sans doute, que, au cours de la
conquête de son immense empire d’outre-mer, la France
né cessait, par des alliances habilement conclues,
d'assurer la protection de ses frontières terrestres contre
une agression allemande. Oui, sans doute, les traités ou
ententes avec la Russie, l’Angleterre et l’Italie avaient
pour but de fortifier une position défensive, et, par un
équilibre heureux des forces européennes, de garantir la
paix. L’événement a prouvé qu’il ne suffit pas de se déclarer
 pacifiste pour éviter la guerre ! L'Histoire la plus
récente nous enseigne qu’un peuple engourdi dans le
bien-être du rêve pacifiste s’expose à son réveil à perdre
son indépendance. Elle démontre encore qu’une nation
libre doit se faire une opinion exacte du but principal
assigné à sa politique et subordonner à la réalisation de
ce but toutes les considérations ou les tentations qui
pourraient l’entraîner dans une autre direction.
Est-ce là le principe suprême de la politique française
depuis le Congrès de Berlin, principe appliqué virilement
et sans défaillance par les gouvernements successifs,

(7) Nous n’entendons pas affirmer que la France ait jamais renoncé officiellement
 à son protectorat en Orient, mais quelle mauvaise grâce elle met
à l'exercer et combien la rupture des relations diplomatiques avec le Saint-Siège
 est-elle néfaste pour l'avenir de ce protectorat !
L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS
        <pb n="19" />
        L'IMPÉRIALITOX 727058
principe proclamé du haut de le tribune par les bammes
d'État, principe enseigné par les professeurs dans les
écoles, principe inculqué et comme inoculé à toute la
nation par les publicistes et les directeurs de l'on ‘a *
Qui oxerait le prétendre ?
L'exemple le plus frappant du désaccord entre notre
politique intérieure et l'extérieure n'est-il pas le nonconstitution
 de l'armée spéciale qui était indispensable
pour la conquête et la défense d'un empire colomal?
Les principes de notre Gouvernement s'opposaient
nbsolument à la formation de cette armée indépendante
de l'armée nationale. Celle-ci était constituée uniques
ment pour la défense de nos frontières terrestres, et il
fallait désorganiser ses formations pour chaque expédition
 coloniale. La peur de l'armée de métier hantait la
République, dont l'existence ct paru menacée par cet
vasai de mililarisme.
Et, d'autre part, comment nier la force du sentiment
national pour une expansion impérialiste prisque, malyré
tous les obstacles créés par l'état d'esnrit r-rtr--ntaire,
nous avons réussi à constituer cet empire © devial?
Il y avait donc dans notre race un set —&amp;gt;rnt si pre
fond de la nécessité vitale pour le pays d’une politique
impérialiste qu'elle se réalisait par A-coups, sans être
soutenue, comme elle aurait mérité de l'Atre, par une
conception approprié + &amp;lt;= + “tique intérieure.

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        <pb n="20" />
        L’IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE 19
devait déchaîner les conséquences les plus funestes, a
été l’entreprise marocaine, telle qu’elle a été conçue par
M. Delcassé. On sait qu’un traité de partage du Maroc,
contraire à toutes les traditions de notre politique africaine,
 fut négocié par ce ministre avec un ministère
espagnol libéral et ne fut pas ratifié par le cabinet
conservateur qui lui succéda. Bien mieux, il le communiqua
 à l’Angleterre et de là s’ensuivit la négociation
qui aboutit à l’entente anglo-française de 1904. Il en
découla également un arrangement avec l’Italie au sujet
de Tripoli. Le'désintéressement de l’Angleterre et de
l’Italie dans la question marocaine a- été obtenu, visà-vis
 de la première de ces puissances par notre renonciation
 à l’Égypte, vis-à-vis de la seconde par notre
adhésion à la conquête de la Libye. Dès lors, l’Italie, ne
trouvant plus d’obstacle de notre côté au développement
de sa politique impériale en Afrique, engage avec la
Turquie une guerre qui inaugure l’œuvre de dépècement
de cette nation. Cette guerre elle-même produit à bref
délai deux résultats importants, gros de conséquences
sur les événements qui vont suivre. Le premier, c’est le
renforcement à Constantinople du parti des Jeunes-Turcs
germanophiles. Le second, c’est le déclanchement des
convoitises balkaniques serbe, bulgare et grecque. La
première guerre balkanique en 1912 entraîne logiquement
 l’Austro-Allemagne à déchaîner la seconde, celle de
1913. Nous avons vu plus haut que la guerre mondiale
de 1914 est issue directement des convulsions balkaniques
 qui l’ont précédée. -
Ces erreurs d’une politique extérieure qui rompait avec
toutes les traditions françaises faisaient encore mieux
ressortir aux yeux de l’Allemagne le désarroi de notre
politique intérieure. Déjà notre ennemie héréditaire
jugeait notre décadence irrémédiable et s’entraînait
contre nous à la manœuvre suprême par les provocations
        <pb n="21" />
        20 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
humiliantes de Tanger et d’Agadir. Cependant, au mois
de juillet 1914, notre armée, malgré les insuffisances de
sa préparation, ne lui paraît pas une quantité négligeable
 et elle sait que notre traité avec la Russie nous
amènera au secours de notre alliée si celle-ci est attaquée.
 Cette considération inspire à l’Allemagne son
plan de guerre. Elle ne veut pas s'engager dans une
lutte à mort contre le slavisme en laissant sur sa frontière
 de l'Ouest une France frémissante, l’arme au bras.
Il faut donc nous écraser d’abord et le grand Étatmajor
 de Berlin estime qu’on aura tout le temps de le
faire avant que soit terminée la mobilisation de l’Empire
moscovite.
Il est toujours opportun d'appuyer son opinion sur
celle des personnes qui paraissent le moins disposées à
la professer. Voici donc une citation que nous empruntons
 à l’écrivain socialiste Lysis, qui a publié dans l’Zwmanité
 du 5 novembre 1915 le plus éloquent des réquisitoires
 à l’appui de la thèse que nous venons d’énoncer.
On ne saurait donner trop de publicité à ce résumé qui
condense la plupart des arguments et des faits que nous
pourrions invoquer.
« Dans cet abandon de nos intérêts nationaux, écrit
Lysis, qui a été la cause de la guerre, il faut bien le dire,
les culpabilités sont partagées : à côté des erreurs des
grandes sociétés financières qui dirigeaient notre épargne,
à côté de celles des ministres, des députés, des sénateurs
et de tous ceux qui détenaient par délégation ou autrement
 un pouvoir de direction dans notre société, il y a
aussi, ne l’oublions pas, les responsabilités des simples
citoyens, de ceux qui pouvaient tout changer avec leur
bulletin de vote et qui ne l’ont pas fait. Voilà ce qu’il faut
dire crûment aux électeurs, si l’on ne veut pas les flagorner,
 et surtout si l’on ne veut pas qu’ils recommencent.
« En 1875, les populations de l’Allemagne et de la
        <pb n="22" />
        L'IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE ai
France étaient à peu près égales (42 contre 37 millions)
 pour un territoire presque identique en superficie
(540.858 contre 536.463 kilomètres carrés). En 1910,
trente-cinq ans plus tard, la France a 39 millions d’habitants,
 l’Allemagne en a 65. Nous avions gagné 2 millions,
 les Allemands 26.
« En 1891, notre commerce extérieur (importations et
exportations) s'élevait à 8 milliards 338 millions, celui de
l’Allemagne à 9 milliards 157 millions de francs. Le chiffre
d’affaires des deux pays était donc à peu près le même à
cette époque. Vingt ans plus tard, voici les chiffres : le
commerce français est de 14 milliards 300 millions, le
commerce allemand de 23 milliards 300 millions. Par
rapport au nôtre il a presque doublé!
« Les statistiques maritimes sont encore plus désolantes
 : en 1909, notre marine marchande compte
1.306.000 tonneaux, la marine allemande en accuse
2.809.000. Sur ce nombre l’Allemagne possède 2.347.000
tonneaux en vapeurs de plus de 100 tonneaux, nous seulement
 S8o1.000. Par rapport à celle de l’Allemagne, notre
marine marchande de grand transit est donc à 1 contre 3.
Cependant l’Allemagne possède en tout quelques centaines
 de kilomètres de côte, sur une seule mer, tandis
que la France en a des milliers sur les trois grandes
mers de l’Europe. Nous sommes tombés si bas, nous,
grande nation maritime par prédestination, que nous
n’effectuons plus qu’une petite partie de nos propres
transports. Sur 48.750.000 tonnes entrées et sorties de
nos ports français, 36.127.000 tonnes, autrement dit les
trois quarts, viennent et repartent sur des bateaux étrangers!

« En même temps que sa marine, l’Allemagne développait
 ses voies navigables, elle créait un réseau de
chemins de fer supérieur au nôtre, elle fondait ses
grandes industries, charbonnière, métallurgique, élec-
        <pb n="23" />
        L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
trique, chimique, ‘etc. Toutes les ressources de ses
banques et de son épargne se concentraient dans un
effort de production prodigieux.
« Et nous, que faisions-nous ? Quelle œuvre économique
 importante, digne de notre pays, peut revendiquer
 notre démocratie? Nos ports étaient petits, mal
aménagés. Nous n’avons su ni les agrandir, ni les outiller.
 Aucune des grandes voies navigables, nécessitées
par nos conditions géographiques, n’a même été amorcée.
 Notre industrie, notre commerce sont restés chétifs,
 tandis que nous déversions nos milliards à l’étranger,
 commanditant nos rivaux et même nos ennemis
politiques.
« Tout se paie, citoyens. N’en doutez pas un instant,
l’Allemagne ne nous aurait pas attaqués aussi odieusement,
 si l’équilibre des forces ne s’était pas rompu aussi
absurdement en sa faveur et si notre veulerie, notre
impuissance, notre oubli des devoirs les plus élémentaires
 n’avaient pas créé chez elle l’illusion que nous
étions une nation dégénérée, dont le rôle était fini.
« Ce n’est pas en un jour que l’Allemagne a grandi en
population, en commerce, en industrie, au point de
menacer notre existence et notre rang dans le monde,
c’est en trente années que cette ascension s’est accomplie
sous nos yeux. Quand nous en sommes-nous émus ?
Quand avons-nous agité les problèmes d’une gravité
suprême qu’elle posait? Quelles mesures avons-nous
prises pour parer aux dangers qui devaient fatalement
résulter de cette disproportion économique grandissante
entre nous et le pays voisin ?
« Il est salutaire de dire ces choses. ».

22

La guerre actuelle a entraîné successivement et
        <pb n="24" />
        L’IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE 23
entraînera inéluctablement toutes les nations ayant un
intérêt à défendre, une revendication à formuler les
armes à la main. -
{1 serait donc légitime que la France, englobée dans
le conflit par suite des causes que nous venons de résumer,
 poursuivit, elle aussi, un but précis, et obtint, au
moment du règlement des comptes, des avantages
proportionnels aux immenses sacrifices qu’elle aura
consentis. Est-ce bien l’intention de nos dirigeants ?
Ceux-ci ont-ils dans le passé une conception nationale
d’ambition pour la grandeur de la France qui nous
garantisse leur ferme volonté de la faire prévaloir si
l’occasion s’en présente. Nous n’oserions pas l’affirmer.
Dans la période’ qui a précédé la guerre, la popularité
toujours grandissante du Gouvernement républicain
avait pour base la croyance de plus en plus affermie que
la doctrine essentielle de la République était le maintien
de la paix.
Un seul problème — mais quelle épine — empêchait
ies dirigeants de la République de s’adonner entièrement
à l’antimilitarisme qu’ils professaient. C’était la question
de l’Alsace-Lorraine. Après avoir essayé vainement
pendant des années d’étouffer en France toute idée de
revanche, ces dirigeants avaient consenti des concessions
à une partie de l’opinion qui se maintenait malgré tout
patriote et nationaliste. Sous la pression de cette opinion
ils avaient adhéré à un système d’alliances qui les entrainait
 peu à peu, sans qu’ils l’eussent désiré ni prévu, à
être englobés dans une guerre européenne pour une
cause qui ne serait pas une cause française. Il est certain
en effet que la Russie, en signant un traité -d’alliance
avec la France en 1891, s’assurait, et l’événement a
justifié sa prévision, le concours de notre pays contre
l’agression de l’Allemagne dont elle était menacée. Nous
étions donc exposés, par ce traité, à prendre les armes
        <pb n="25" />
        L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
pour une cause slave, ce qui est arrivé. Les ententes
avec l’Angleterre et l’Italie ont également été conclues
par ces nations en vertu de l’égoisme sacré qui est le
principe de leur politique. M. Salandra l’a hautement
déclaré à la tribune de Monte-Citorio, à la veille de
joindre la cause de l’Italie à celle de la Triple Entente.
Dans l’esprit des négociateurs français, l’alliance avec
la Russie, suivie de l’entente cordiale avec l’Angleterre,
n’était destinée qu’à assurer une paix fondée sur l’équilibre
 européen. Mais on peut leur reprocher de n’avoir
pas vu que cet équilibre de forces pouvait être rompu et
qu’alors c’était la guerre inévitablement déclanchée par
le groupement le plus audacieux ou le plus avisé. En un
mot, la politique suivie par la France l’exposait à être
compromise dans un conflit engagé pour des causes
étrangères à ses propres intérêts ou du moins au seul
objet qui aurait dû la guider et dans le choix et dans la
conduite de ses alliances.

2h

Il n’est pas inutile, après les observations que nous
avons présentées sur l’origine de la guerre, d’en envisager
la conclusion. Il ne peut s’agir d’étudier les conditions
de la paix avant que la victoire ait permis de les imposer.
Mais il est intéressant de préparer l’opinion publique à
dégager le principe général qui doit, au point de vue
français, dominer ses stipulations. Nous estimons que la
solidité de cette paix et la garantie de sa durée doivent
reposer non seulement sur la grandeur matérielle de la
France, mais aussi sur sa grandeur morale et sur la
conscience qu’elle prendra de son rôle international. La
guerre actuelle nous enseigne chaque jour que dans un
conflit de cette nature qui met aux prises de chaque côté
des groupes de nations si diverses, la direction, dans
        <pb n="26" />
        L'IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE © »5
chaque groupement, doit appartenir à un seul gouvernement.
 Ce qui a fait la force de l’Allemagne, dès le début,
en dehors de la puissance de son armée, c’est qu’elle a
eu la direction presque absolue des forces de ses alliées.
Ce qui fait au contraire la faiblesse relative de la France,
au sein de son système d’alliances, c’est qu’elle n’a pas
été. en mesure d'imposer, dès le début, pour les entreprises
 communes, une unité d'action qu’elle ne réalisait
même pas dans la politique intérieure de son Gouvernement.

Il faudra donc, dans un avenir où la force de la France
sera faite, comme aujourd’hui, non seulement de ses
propres ressources, mais aussi de celles de ses alliées,
qu’elle ne perde plus de vue qu’à elle seule doit appartenir
 la primauté dans la direction des nations groupées
autour d’elle pour la conclusion, la défense et le maintien
de la paix.
Nous avons établi que la pusillanimité de nos ministres
ne leur a jamais permis de définir et d’affirmer le programme
 de leur politique impérialiste depuis quarante
ans qu’il a reçu un commencement d’exécution. Dès lors,
sont-ils en bonne posture pour parler avec netteté et
efficacité au moment du règlement des comptes? Au
Congrès de la Paix (*), où ils soutiendront sans doute,
avec une éloquence que personne ne leur dénie, les principes
 du droit, de la liberté et de la justice, ne seront-ils
pas entraînés à se préoccuper de l’émancipation des
peuples et de la propagande du principe des nationalités
beaucoup plus que des intérêts précis et traditionnels de
la France ?

—

(7) Dans notre pensée l'expression de Congrès de la Paix ne signifie pas
autre chose que la réunion des plénipotentiaires des puissances belligérantes,
Nous n’admettons pas un seul instant que les neutres aient voix au chapitre
pour intervenir dans les stipulations de la paix, Que ceux qui ont été à la
peine soient seuls appelés à l’honneur… et au bénéfice, telle est notre opinion
formelle.

L'INPÉRIALISME FRANÇAIS
        <pb n="27" />
        L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
Et cependant un principe s’impose tout d'abord, c’est
qu’après avoir fait preuve d’une imprudence inouïe en
étendant à l’infini notre empire au delà des mers, sous la
menace d’un ennemi formidable qui nous guettait devant
une frontière ouverte depuis Dunkerque jusqu’à Belfort,
la France victorieuse doit conquérir la sécurité presque
parfaite dont jouissent les autres nations qui se livrent à
la politique impérialiste. Cette sécurité que l’Angleterre
et le Japon trouvent dans leur insularité, la Russie et les
États-Unis dans leur immensité territoriale, nous y avons
toujours aspiré. Si nous voulons vraiment réaliser notre
destinée historique et nous libérer vis-à-vis de l’enneraie
héréditaire, nous devons avoir contre les invasions de
l’Allemagne, quatre fois renouvelées depuis un siècle,
une barrière matérielle, déjà forte par elle-même et que
{a science moderne saurait rendre infranchissable. Je ne
crois pas que nous puissions conjurer le péril allemand
toujours renaissant par un affaiblissement de cette race
prolifique et envahissante. L’idée de partager l’Empire
allemand en petits pays suivant une méthode de régression
 archaïque est, quand on l’examine sérieusement,
tellement à l’antipode des aspirations des peuples
modernes et de toutes les lois de l’évolution historique,
qu’il n’y a aucune chance pour que s’y résigne la nation
belliqueuse sur laquelle on voudrait expérimenter un
dépeçage suranné. Au lieu d'assurer la paix à l’Europe
et au monde, une Allemagne morcelée serait un foyer
de révolutions et de convulsions provoquant éternellement
 des convoitises et des interventions étrangères.
L’Europe recommencerait alors, avec son cortège de
guerres interminables, le cycle de l’évolution qu’elle a
dû parcourir pour arriver précisément à l’unification
de l’Allemagne sous l’hégémonie prussienne. Et ce serait
sans doute une œuvre de peu de durée que de créer
par un traité de paix, que les peuples souhaitent défi-26
        <pb n="28" />
        L’IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE 27
nitif, une Allemagne absolument mécontente de sa destinée
 politique.
Nous croyons que le meilleur frein à imposer à l’avenir
de la race allemande c’est qu’elle soit encadrée entre
une Russie à qui personne ne conteste qu’elle doive être
grande et une France à qui nous désirons, par une bonne
frontière, voir attribuer la sécurité, base de sa grandeur,
sécurité à laquelle elle a aspiré sous tous les régimes,
royauté, république ou empire, et que seule une humanitairerie
 imbécile pourrait l’empêcher de réaliser après
une victoire décisive.
Tous les belligérants actuels poursuivent un but
précis. Chacun l’avoue, chacun entrevoit le prix de sa
victoire ; chacun déclare qu’à ce prix seul la paix rêvée,
la paix définitive peut être obtenue. Pourquoi la France
seule, la France dont tous les enfants se sont levés et
dont un si grand nombre sont tombés en héros, pourquoi
notre noble patrie serait-elle le seul pays qui aurait
combattu pour une cause qui ne serait pas nationale ?
Il ne faut pas que l’histoire raconte à nos petits-fils que
la France a vaincu l’Allemagne pour le triomphe du slavisme
 et pour assurer l’empire des mers à l’Angleterre.
Laissonscette raillerie cruelle à M. de Bethmann-Hollweg.
La France se bat pour une cause nationale et, suivant
l’expression même de M. le Président Poincaré, elle doit
trouver dans le traité de paix les garanties nécessaires à
sa sécurité.
        <pb n="29" />
        11

LE PRINCIPE DES NATIONALITÉS

Il est généralement admis que ce principe régit la
querre actuelle et doit en régler les résultats. On a dû
remarquer cependant que, seuls parmi les belligérants,
les gouvernants italiens, Roi ou ministres, invoquent
le principe des nationalités dans leurs communications
avec les chefs d’État et ministres alliés et que ceux-ci,
dans leurs réponses, ne relèvent jamais l’allusion.
D’autre part, si on lit attentivement les journaux français,
 quelquefois un peu étourdis en fait de politique
extérieure, on ne manquera pas de remarquer que nos
socialistes eux-mêmes, se traînant à la suite du monarque
 rêveur et funeste à qui nous devons l’introduction
 dudit principe dans notre politique, j'ai nommé
Napoléon III, nos socialistes, dis-je, ne mettent pas en
doute que toutes les difficultés extérieures disparaîtront
lorsque le principe des nationalités sera appliqué dans
son intégrité. La nationalité intégrale, telle paraît être
leur devise.

À ce sujet il est permis de remarquer que l’éducation
des Français en matière de politique étrangère est encore
 très sommaire, aussi bien dans les milieux parlementaires
 que dans la masse électorale.
L’idée du but précis que doit poursuivre une nation
provoquée par une autre, comme la France l’a été par
l’Allemagne, n’apparaît pas encore nettement à nos législateurs.
 En voici deux exemples. Le 15 décembre 1915, à
la Chambre des Députés, M. Accambray a prononcé un
discours dont le succès fut tel que l’Humanité nous dit
que « la notation de l’analytique traduit faiblement l’ova-
        <pb n="30" />
        LE PRINCIPE DES NATIONALITÉS 29
tion faite à l’orateur ». Et voici ces paroles tant applaudies
 : .

« Je suis de ceux qui sont bien décidés à mener la
guerre jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à une victoire
décisive, jusqu’au triomphe de la cause du droit et de la
justice et de celle de l’émancipation des peuples. » (Applaudissements.)

À la place des électeurs de M. Accambray, je désirerais
 en savoir davantage et qu’on m’expliquât ce qu’est
ce droit, ce qu’est cette justice et surtout cette émancipation
 des peuples au nom de laquelle ce député envoie
leurs fils combattre les Allemands.
Cette même journée du 15 décembre 1915 nous fournit
 deux exemples non moins frappants de la manière
divergente dont la politique extérieure est envisagée en
France et en Angleterre. Nous lisons dans le Journal du
16 décembre 1915 deux interviews, l’une de M, Combes,
l’autre de Lord Roseberry. À un journaliste portugais
l’ancien premier ministre français a déclaré :
« Les nations qui nous sont dévouées n’ignorent pas
que nous combattons pour l’honneur de l’humanité. La
France ne tirerait jamais du fourreau son épée glorieuse
que pour la mettre au service des idées généreuses qui
constituent l’apanage de son histoire.
« Le monde civilisé nous suit, parce qu’il voit en nous
les champions d’une paix future qui rétablira le principe
des nationalités et qui imposera un régime légal compatible
 avec la réalisation de tous les progrès d’ordre social.
 &amp;gt;
Dans un discours prononcé à Édimbourg, l’ex-premier
anglais a dit :
« Du jour où la guerre a été déclarée, toutes les parties
 de l’Empire se sont mises en mouvement, et, par une
impulsion merveilleuse, sont accourues au secours de la
mère patrie.
        <pb n="31" />
        L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS
« C’est là la glorieuse surprise que nos ennemis ont
préparée pour nous inconsciemment et qui établit que
l’Empire britannique est un fait mondial, avec lequel
l’univers a à compter. »
Ainsi, du côté français, répétition inlassable des mêmes
utopies ; du côté anglais, affirmation nette d’un impérialisme,
 constatation orgueilleuse d’une force qui impose
son hégémonie au monde entier. L'Angleterre sait, ses
hommes d’État le proclament tous les jours, qu’elle se
bat pour la grandeur de son Empire. La France, ignorante
 des réalités de sa propre politique, se laisse convaincre
 par ses dirigeants qu’elle a tiré l’épée non pas
pour défendre son sol menacé, son existence même qui
est en péril, mais pour assurer dans le monde l’émancipation
 des peuples et le triomphe du principe des nationalités.

N’est-il pas temps de faire connaître la vérité à notre
cher pays, de l’éclairer sur ses intérêts réels, de le détacher
 des chimères dont la poursuite l’a déjà conduit aux
abîmes, et de lui inspirer la ferme volonté de s'attacher
avant tout à une politique nettement française !
Au premier rang de ces chimères il faut placer ce
principe des nationalités, triste héritage des rêveries politiques
 de Lamartine et de Napoléon II. On sait ce
qu’il nous en a coûté, sous le règne de cet empereur, de
faire le jeu de Cavour et de Bismarck. D'ailleurs, ce fameux
 principe, si souvent invoqué, à pour premier défaut
 de n’être pas un principe, c’est-à-dire une vérité
nette et indiscutable. Ses disciples oseraient-ils l'invoquer
 pour demander au futur Congrès de la Paix de
rendre à la France les provinces wallonnes de la Belgique,
 les Iles anglo-normandes ou le Canada français,
proposeraient-ils d’émanciper le monde arabe de la tutelle
 française, anglaise ou italienne, de diviser la Suisse
entre ses trois voisins sous prétexte qu’elle est peuplée

30
        <pb n="32" />
        LE PRINCIPE DES NATIONALITÉS 31
par trois races différentes, ou encore sont-ils disposés à
refuser à l'Italie victorieuse l’hinterland de Trieste et
les côtes orientales de l’Adriatique pour la raison que
ces pays sont habités par des Slaves ? Qui ne comprend
aujourd’hui que ce principe, où nos idéologues ne voient
qu’un moyen de liberté, s’est changé contre nous dans le
passé en instrument de domination et de conquête et
pourrait dans l’avenir être le germe de conflits terribles
entre nos alliés de la veille!
C’est s’exposer aux pires désillusions que de faire la
guerre uniquement pour des idées. La France, qui s’est
offert ce luxe sous la Convention et sous Napoléon III,
n’est plus assez riche en hommes pour recommencer
cette folie.
La politique que nous devons adopter, sous peine de
mort, a pour but, non pas de détruire l’Allemagne, mais
de n’avoir rien à redouter d’elle, ce qui n’est pas du tout
la même chose. Il est certain, d’une évidence qui ne peut
échapper à personne, que nous ne pouvons, dans l’avenir,
 développer ou suivre aucune politique, pas plus une
politique impérialiste que la politique d’effacement, sous
la menace d’être envahis une fois de plus par l’Allemagne
 comme en 1814, 1815, 1870 et 1914. Pour ne
plus vivre sous cette menace, il faut que la France soit
très forte à l’intérieur par l’union de tous ses citoyens et
que sa frontière devienne une barrière infranchissable
pour l’envahisseur. Cette frontière, la France l’a atteinte
aux Pyrénées et aux Alpes. Elle doit compléter le système
 de sa propre défense et de celle de la Belgique et
du Luxembourg et ne pas oublier qu’il est un principe
absolu, plus fort que celui des nationalités, c’est que la
nation française a droit à une existence entourée de
toutes les garanties possibles .
        <pb n="33" />
        L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
Dès lors, une grande nation allemande, sous la forme
constitutionnelle de son choix, peut subsister. Il y aura
quand même un nouvel équilibre dans l’Europe Occidentale
 et, nous l’espérons, aussi dans le monde: il sera fondé,
plus encore que sur la déchéance de l’Allemagne, sur la
grandeur de la France.
L’anéantissement du militarisme prussien, proclamé à
différentes reprises par le Gouvernement britannique
comme le but même de son action militaire, est certes un
résultat désirable, mais ne perdons pas de vue que, si la
victoire couronne les efforts des Alliés, elle consacrera
le triomphe des impérialismes russe et anglais auquel
la France travaille au nom du droit et de la justice. Rien
ne peut nous assurer que dans l’avenir ces deux puissances
 consacreront uniquement leur activité extérieure
et leur force d’expansion à faire régner dans le monde le
noble idéal qui nous a tous coalisés contre la Germanie.
Les querres de l’avenir seront entreprises comme celle-ci
l’a été, pour assurer la satisfaction de convoitises impériales
 et non pour faire régner la justice sur la terre.
L'extension prodigieuse des Empires britannique et
russe, leur domination établie sur tant de pays et de
peuples différents de nationalité, de race, de langue et
de mœurs ne-nous révèlent nulle part l’avènement du
principe des nationalités. En parallèle avec la politique
de ses alliées, nous voyons la France renoncer à quelquesunes
 de ses meilleures et plus vieilles traditions et fonder
un immense empire colonial, sans avoir jamais adapté sa
politique aux conditions qu’imposent des possessions si
diverses et si étendues, Elle doit prévoir dès à présent
les prochaines compétitions et les convoitises provoquées
par l’impérialisme universel, sans quoi la guerre actuelle
ne serait que le premier acte d’une série de convulsions
interminables. Il serait puéril d’affirmer qu’aucune cause
de rivalité ne surgira jamais entre les six empires qui se

32
        <pb n="34" />
        LE PRINCIPE DES NATIONALITÉS s 38
partageront l’hégémonie du monde, après une paix victorieuse.
 Ce n’est pas au lendemain du jour où le pacifisme
vient de recevoir le plus sinistre démenti qu’on osera se
bercer d’une nouvelle illusion dont le réveil serait plus
tragique encore, Nous voyons déjà que la leçon est méditée
 par les États-Unis, qui ont commencé une réorganisation
 de leurs armées de terre et de mer. Il est cependant
 probable que, si la paix présente quelques chances
de durée et de sécurité, les peuples obtiendront de leurs
gouvernements une diminution importante des charges
militaires. Mais nous resterons toujours loin de la chimère
 du désarmement universel absolu. Aucun des six
grands empires ne renoncera à sa politique impériale,
parce qu’aucun de ces peuples ne peut abdiquer ce qu’il
considère comme sa mission historique sur la terre.
Ce grand mot de mission historique n’est dans bien
des cas que le voile somptueux qui cherche à masquer
les convoitises et les intérêts. Trop souvent la civilisation
qu’il s’agit de développer chez des nations barbares ou
des peuplades sauvages n’est qu’un prétexte pour les
asservir et exploiter leurs richesses. Les ambitions impériales
 que nous avons discrètement caractérisées au
début de cette étude ne ‘sont pas toujours inspirées par
le désintéressement et le culte de l’humanité. I! n’en
reste pas moins à l’actif de notre pays que sa politique
d’expansion, son impérialisme en un mot, est surtout
caractérisée par l’exportation d’idées libérales et de principes
 généreux qui sont pour notre noble patrie un héritage
 dont la double origine, le christianisme et la Révolution,
 permet à tous ses enfants de s'associer pour en
assurer la garde, L'union sacrée qui nous réunit autour du
drapeau national pendant la crise doit subsister dans la
paix si nous voulons que celle-ci soit féconde.
Ne craignons pas de le répéter :
La sécurité de la France dans l’avenir dépendra plus

L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS
        <pb n="35" />
        34 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
encore de sa force, de sa puissance et de sa propre grandeur
 que de l’abaissement de l’Allemagne.
Nous avons vu qu’il était vain d’espérer qu’un système
d’alliances pût contre-balancer d’une façon complètement
efficace les défaillances et les défectuosités d’une politique
 intérieure ignorante des conditions vitales de la
politique extérieure. Nous aurions pu, mais ce n’est pas
le moment de le faire, et nous nous sommes contenté
de l’indiquer, établir qu’une nation comme la France,
lorsqu’elle contracte des alliances, doit avoir la primauté
dans la conduite des affaires qui ont motivé ces alliances,
et qu’elle ne doit pas, sous peine de s’exposer à des
risques effroyables; se traîner à la remorque de ses
alliés et leur laisser l’initiative et la direction des entreprises
 politiques et militaires qui résultent des traités
d’alliance. Nous avons dégagé une autre conclusion pour
en faire une des leçons de l’avenir, c’est que, au lendemain
de la guerre, la France ne pourrait pratiquer aucune
politique sous la menace d’une agression allemande.
Cette vérité a une contre-partie, c’est qu’il est impossible
à la France de concevoir et de suivre une politique de
grandeur extérieure, telle que l'exige son empire d’outremer,
 sous la menace d’agitations et de complications
intérieures causées par le fait que ses assises sociales ne
sont pas solidement bâties, que le mécontentement et
l’inquiétude règnent dans des classes de la nation alternativement
 opprimées les unes par les autres. ,Ç
L'existence même de la France en tant que nation
libre et indépendante est subordonnée à une politique
extérieure devenue, par une force inéluctable, une politique
 impérialiste. Le succès de cette politique ne peut
être assuré que par la collaboration de toutes les classes
de la nation.
Cette idée était, hélas ! méconnue à un tel degré avant
la guerre qu’il en résultait notamment qu’une classe tout
        <pb n="36" />
        LE PRINCIPE DES NATIONALITÉS .
entière de la nation était exclue de la collaboration
nécessaire entre tous les citoyens, que la classe gouvernante,
 pour être assurée de conserver pour elle seule les
avantages du pouvoir, cherchait à rendre la République
inhabitable aux membres de la classe ci-dessus définie
et votait des lois rédigées surtout dans le but de les
rendre à ce point choquantes pour la conscience des
citoyens de la première catégorie, que ceux-ci fussent
obligés de persister dans leur bouderie et leur opposition
stérile au régime. Une école socialiste ne craignait pas
d’adopter une doctrine importée d’Allemagne, érigeant
en dogme la lutte des classes, de manière à empêcher,
par principe même, toute réconciliation entre les Français,
 qu’elle s’appliquait à diviser en leur inspirant une
haine réciproque. Si l’on ajoute à cela les méfaits du néomalthusianisme,
 dont l’odieuse propagande privait la
France d’environ 800.000 naissances par an, de l’alcoolisme
 qui abrutissait et détruisait la race, on ne sera pas
éloigné de conclure avec nous que, avant la guerre, la
France subissait chaque année, par sa propre faute, un
dommage à peu près équivalent à celui qui résulte pour
elle de l’état de guerre avec l’Allemagne. Supposez qu’il
n’y eût en France ni malthusianisme, ni alcoolisme, ni
socialisme marxiste, ni étatisme, ni anticléricalisme, il
est presque évident que la France serait tellement forte
et tellement puissante, qu’elle n’aurait rien à redouter
d’une voisine qui n'apparaît si formidable que parce que
nous nous sommes volontairement condamnés et entraînés,
 pourrait-on dire, à devenir de plus en plus petits
devant elle.
La paix du monde ne peut être assurée que par une
France unie, grande et puissante, offrant en exemple à
l’univers le développement magnifique d’une civilisation
de liberté, de fraternité et de justice sous le drapeau de
son impérialisme.
        <pb n="37" />
        TT

UNION SACRÉE ET POLITIQUE IMPÉRIALE

Les dissensions intestines de la France, ainsi que les
troubles qu’elles ont provoqués à l’intérieur de nos frontières,
 sont trop souvent apparues, à diverses époques
de notre histoire, comme une occasion pour les étrangers
d’intervenir dans nos affaires et de chercher soit à nous
affaiblir, soit à satisfaire leur convoitise de nos richesses.
On remarque également que, au cours des guerres où nous
étions engagés avec nos ennemis du dehors, il s’est produit,
 à l’intérieur du pays, des révolutions et des changements
 de régime qui diminuaient notre force de résistance
 à l’agression extérieure. C’est ainsi qu’à plusieurs
reprises, et dans les crises les plus tragiques dont l’histoire
 fasse mention, on a vu, en France, tantôt une
guerre civile se compliquer d’une guerre avec l'étranger,
tantôt une guerre extérieure provoquer une catastrophe
intérieure ou tout au moins lui servir de prétexte.
Ce phénomène tient à la fois à des causes géographiques
 et à des causes ethniques, c’est-à-dire à la place que
la France occupe sur la carte du monde et au caractère
propre de ses habitants. -
La région de l’Europe qui s’étend entre la Manche,
l’Atlantique, les Pyrénées, la Méditerranée et les Alpes
est en réalité le promontoire par lequel se termine l’ancien
 continent et le terme d’arrivée des peuplades qui, à
travers les siècles, se déversent de l’Asie sur l’Europe.
Une attirance que l’on pourrait qualifier d’invincible,
si la bravoure innée des Gaulois et des Français ne lui
avait infligé de si dures leçons, détermine la migration
        <pb n="38" />
        UNION SACRÉE ET POLITIQUE IMPÉRIALE 37
des peuples de l’Est vers cette contrée bénie où la douceur
 de posséder la terre est telle que ses habitants divisent
 son sol à l’infini par suite de leur aspiration naturelle
à la propriété.
Tel est en effet un des caractères principaux des habitants
 de cette contrée enchanteresse qui forme le patrimoine
 des anciennes Gaules : c’est leur amour pour la
propriété individuelle et leur bravoure héréditaire pour
défendre le sol sacré de leur patrie. Trop heureux si leur
souci constant du progrès en toutes choses, et surtout
en institutions politiques, sociales et religieuses, ne les
entraînait constamment à des querelles et à des luttes de
partis qui ont été de tout temps la principale cause de
notre faiblesse contre les ennemis du dehors.
Pour l’enseignement que nous voulons tirer en vue
d’étudier l’union sacrée et la politique impériale de la
France, nous retiendrons quatre exemples mémorables
de son histoire : la guerre de Cent ans, où la lutte contre
l’envahisseur anglais est paralysée par la compétition
des Armagnacs et des Bourguignons; la Ligue, où les
protestants invoquent l’aide de l’Angleterre et les catholiques
 celle de l’Espagne ; la Révolution française, où la
chute de la monarchie est à la fois la conséquence et le
prétexte de la coalition européenne; enfin la guerre de
1870, où les premières victoires de la Prusse amènent le
coup d’État républicain du 4 septembre.
Dans chacune de ces crises, l’existence de la France
comme nation a été mise en jeu, car les menaces extérieures
 ont toujours offert pour elle un caractère de gravité
 exceptionnel par suite des conditions géographiques
et ethniques auxquelles nous avons fait allusion. Et dans
chacune de ces circonstances une sorte d’union sacrée
a assuré le salut du pays. À ces époques tragiques, les
meilleurs citoyens se sont unis pour réagir contre les
partis qui créaient la division et la faiblesse et pour ins-
        <pb n="39" />
        38 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
taurer une autorité vraiment nationale. Les artisans de
l’œuvre de salut s'appellent Jeanne d’Arc, Henri IV,
Bonaparte, Gambetta, Thiers.
Cherchons à caractériser l’œuvre de ces êtres providentiels
 en vue de la leçon à méditer dans l’heure présente.

Quand Jeanne d’Arc apparaît, la France est aux mains
des Anglais dont le souverain règne à Paris. Le roi de
France n’est plus que le roi de Bourges, entouré de conseillers
 cherchant à tirer le meilleur parti, chacun pour soi,
d’une situation désespérée. Il semble qu'aucun d’eux ne
songe au salut de la France. Il est certain qu’aucun n’a
formé un plan d’action pour la délivrer de l’étranger et
n’a conçu l’idée de la victoire. Ce plan et cette idée
appartiennent à Jeanne, en qui se sont incarnés le bon sens
et l’âme du peuple. Son idée est simple et naïve : « Il
faut bouter les Anglais hors de France » ; son plan d’exécution
 : « Délivrer Orléans et faire couronner le Roi à
Reims. » Ces deux actes glorieux accomplis, Jeanne peut
échouer devant Paris et se faire prendre à Compiègne.
Elle n’en a pas moins sauvé le pays, parce qu’elle a proclamé
 que, pour le sauver, il fallait chasser l’étranger et
parce que, à sa voix, les Français ont admis que, pour
être victorieux, il fallait cesser d’être Armagnac ou Bourguignon
 et sé-déclarer simplement Français. _
Telle est la leçon d’union sacrée que nous a léguée
Jeanne d’Arc : un but précis doit être indiqué aux Français;
 leur union absolue le réalisera toujours.
A l’époque de la Ligue, il s’est formé en France une
sorte d’union sacrée de nature peut-être moins chevaleresque
 et plus politique, mais qui n’en eut pas moins de
valeur. Le génie d’un roi qui passait aisément d’une
religion à l’autre, à l’époque où le prétexte choisi par
nos ancêtres pour s’entr’égorger était précisément leur
attachement professé pour des religions différentes, le
        <pb n="40" />
        UNION SACRÉE ET POLITIQUE IMPÉRIALE 39
génie de Henri IV consista à apaiser les querelles religieuses
 et à obtenir des bons Français que, dans l’intérêt
 supérieur de la patrie, ils voulussent bien s'accorder
 entre eux, sinon pour une paix définitive, du
moins pour une trêve qui dura aussi longtemps que son
règne.
Ce qui est à relever, dans cet épisode de notre
histoire, c’est que la tâche du Béarnais fut facilitée par
l'initiative prise, en dehors de lui, par le groupe de
Parisiens patriotes qui s’associèrent pour préparer les
voies à la réconciliation nationale.
Retenons ce précieux exemple d’une initiative prise
par des citoyens désintéressés, indépendants et conscients,
 c’est une deuxième leçon d’union sacrée.
Deux cents ans se passent. À l’époque de brumaire,
nous trouvons la France du Directoire ruinée par dix ans
de révolution, aux prises avec la coalition de l’Angleterre
 et de l’Autriche, déchirée par les factions, divisée
en deux partis, les républicains et les royalistes, dont ni
la guerre civile ni la guerre extérieure n’ont pu épuiser
la haine réciproque. Aucun appel à l’union ne se fait
entendre. On se hait et l’on veut continuer à ‘se haîr, à
se déchirer, à s’entre-tuer. Bonaparte, seul, a conçu
l’idée providentielle qui doit sauver. Pour former son
gouvernement, il fait appel aux jacobins et aux royalistes.
Qu’il mette des uns dans son antichambre, des autres
dans sa police, et les meilleurs de tous dans son armée
et dans son administration, chacun est à sa place. Il les
plie tous à servir, à servir la France. Leur union sacrée
vit réalisée, pour quatorze années d’épopée, la splendeur
des rêves de toute une nation enivrée de gloire, comblée
de prospérités, éblouie de grandeur !
L’union sacrée de 1870 présente elle-même un caraclère
 très différent des exemples que nous venons de
résumer. Tout d’abord, dès les premières défaites de
        <pb n="41" />
        ho : L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS .
Napoléon III, le ministère responsable de la guerre fut
renversé par la majorité bonapartiste de la Chambre des
Députés.
Vingt-cing jours plus tard, après le désastre de Sedan,
le régime condamné s’effondra et la République fut proclamée.
 Un gouvernement presque homogène fut constitué
 par les députés républicains de Paris. Ils commirent
 la faute capitale de s’annéxer comme Président
un transfuge, presque un traître de l’Empire, le général
Trochu, qui paralysa toute leur activité par son incurable
bavardage, non moins que par son manque de foi patriotique
 et républicaine.
Cette erreur d’introduire dans l’exercice de la dictature
 une personne qui lui retirait toute sa force de
cohésion provoqua toutes les déceptions du siège de
Paris, puis sa capitulation malgré la défense si glorieuse
pour nos soldats. En province, Gambetta, seul dictateur,
puisque ses acolytes ne le génèrent en rien, prolongea la
résistance au delà de toute espérance. Mais il rencontra
chez ses administrés une union sacrée qui lui facilita
singulièrement sa tâche, car légitimistes et bonapartistes
 se dévouèrent pour la patrie, sans demander ni
faveur, ni concession, mi traitement spécial. Un pays
presque entièrement réactionnaire subit un dictateur
révolutionnaire, et l’union sacrée consista uniquement
dans l’abnégation absolue des conservateurs.
De cette union, il ne subsista aucune trace, à peine la
guerre terminée. Les deux hommes d’État qui jouèrent
dans cette crise un rôle prépondérant, Gambetta et
Thiers, dominés le premier par l’intérêt de son parti et
le second par son ambition personnelle, n’eurent pas la
notion du service éminent qu’ils auraient pu rendre à
leur pays en constituant un régime consulaire à l’instar
de Bonaparte. Cette tâche, à laquelle Gambetta n’était
d’ailleurs nullement préparé, aurait pu tenter Phistorien
        <pb n="42" />
        UNION SACRÉE ET POLITIQUE IMPÉRIALE 1
de Napoléon, auquel les méthodes de son héros paraissaient
 familières et que sa vie politique, les traditions
qu’il avait recueillies, ses relations personnelles si
étendues et la confiance qu’il inspirait à tous les partis
auraient dû orienter dans cette voie. Il semble certain
que si M. Thiers, conscient du rôle qu’il avait à jouer
dans le relèvement de la France, avait employé les longs
mois de la guerre à grouper les meilleurs éléments des
divers partis en vue d’une union, nationale, il aurait pu
constituer un grand parti de véritables patriotes, décidés
à faire abstraction de leurs préférences, de leurs intérêts
individuels et de leurs passions pour travailler en
commun au relèvement de la patrie. Désigné par l’opinion
 publique pour être le chef du pouvoir exécutif du
régime légal qui devait succéder au Gouvernement de la
Défense nationale, M. Thiers, avant le vote de l’Assemblée
 qui devait l’investir de ces fonctions, aurait dû
amalgamer, sous la forme d’un parti d’union nationale,
les éléments d’une majorité stable décidée à travailler, de
bonne foi, à l’œuvre de la restauration de la puissance et
de la grandeur françaises. La bonne volonté de tous les
Français se manifesta alors aussi nettement qu’aujourd’hui,
 mais celle du chef du pouvoir exécutif ne se
montra pas à la hauteur du devoir qui lui était tracé par
les circonstances.
Sans doute comptait-il avant tout, pour discipliner ses
partisans, sur l’ascendant de sa parole lorsqu’il occupait
la tribune d’une grande assemblée. On sait que l'emploi
abusif qu’il fit de ce moyen de persuasion le desservit
souvent au cours de sa présidence et que finalement
il réalisa si peu la réconciliation nationale de tous
les Français qu’il les conduisit assez rapidement à se
grouper en deux camps hostiles, dont la lutte sans merci
est toute l’histoire intérieure de la troisième République.
Les faits historiques que nous venons de rappeler

L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
        <pb n="43" />
        2 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
sont tellement connus qu’il suffit de les évoquer, du
moins nous l’espérons, pour inspirer à tout Français le
désir ardent de voir une fois de plus le bon sens et la
raison triompher des querelles intestines qui nous affaiblissaient
 et provoquer la formation de cette union des
meilleurs citoyens dont le Premier Consul hous a légué
le plus mémorable et le plus prestigieux exemple.
L’union sacrée proclamée entre tous les Français
depuis le 4 août 1914 nous a déjà permis de coaliser
toutes nos forces pour cette œuvre splendide de résistance
 à l’ennemi admirée de l’univers entier qui ne nous
en croyait pas capables.
Nous comprenions cette union autrement qu’elle n’a
été pratiquée, et, si nous en présentons ici l’observation,
c’est en vue des conclusions pratiques qui en résultent.
Voici en effet comment nous aurions conçu que l’union
sacrée devait être réalisée pendant la guerre. Tout d’abord
 nous pensons qu’en temps de guerre, plus encore
qu’en temps de paix, l’homogénéité du Gouvernement,
au point de vue politique, est désirable et indispensable.
Peu importe l’opinion politique ou la nuance d’opinion
politique des membres du Gouvernement. Qu’ils soient
socialistes, radicaux, modérés ou réactionnaires, on leur
suppose assez de patriotisme pour songer au salut de la
patrie comme à la règle unique de leur conduite. Le pays
veut que le pouvoir soit exercé par des capacités, que
les ministères de la Défense nationale soient gérés par les
spécialistes les plus compétents en chaque matière, que
ce soient parmi les hommes d’action que les meilleurs
soient choisis par le chef de l’État pour l'aider à sauver
le pays. L’unité d’action ainsi réalisée dans le Cabinet,
chacun de ses membres ne s’occupant de façon virile que
des affaires de son département, il n’est pas nécessaire
qu’à leurs délibérations prennent part des secrétaires
d’État en surnombre uniquement chargés de rappeler à
        <pb n="44" />
        UNION SACRÉE ET POLITIQUE IMPÉRIALE 43
leurs collègues qu’ils doivent s’abstenir de toute mesure
qui, en inquiétant des catégories de citoyens dans leurs
croyances, leurs opinions ou leurs intérêts, pourrait
affaiblir ou rompre le faisceau des forces nationales
assuré par l’union sacrée de tous les Français. C’est dans
le pays que doit exister et qu’existe en effet l’union
sacrée, et c’est pour elle une garantie aussi inutile que
nuisible que de vouloir la consolider par la représentation
 dans un Cabinet de toutes les nuances des opinions
politiques.
Le groupement dans un même ministère de socialistes,
de républicains de gouvernement et de conservateurs
nous apparaît donc à la fois comme une chimère et
presque comme une injure au patriotisme des citoyens
qui n’avaiènt aucun besoin de cette puérile satisfaction
de vanité procurée à leurs représentants pour faire,
jusqu’à la fin de la guerre, le sacrifice absolu de leurs
npinions politiques.
Cette conception si fausse de l’union sacrée, telle que
le parlementarisme a cru nécessaire de la réaliser en
Angleterre. aussi bien qu’en France, nous paraît avoir
affaibli l’énergie des gouvernements de ces deux nations,
sans lui avoir procuré aucun supplément de forces. Associer
 pour le gouvernement des hommes qui professent
des méthodes et des principes absolument dissemblables
est certainement un défi au bon sens et un obstacle à
l’unité d’action.
Toutefois, nous ne nierons pas que cette constitution
de cabinets d’union sacrée, avec représentation proportionnelle
 des différents groupes politiques, nous apparaît
comme un artifice et un chef-d’œuvre à la fois de la politique
 parlementaire contemporaine. ‘ Associer, même
pour une faible part, à la responsabilité gouvernementale,
 des membres autorisés de l’opposition, est un
moyen de paralyser à jamais les critiques de cette oppo-
        <pb n="45" />
        hA L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
sition et les revendications qu’elle pourrait exercer à
l'issue de la guerre. L'entrée en scène de personnages
qui paraissaient si éloignés du portefeuille ministériel
dans les circonstances actuelles et leur accession à la
possession de ce prestigieux maroquin a été une véritable
journée des dupes et la haute stratégie parlementaire des
grands directeurs de la politique républicaine a remporté
là un succès dont il ne convient pas aujourd’hui d’indiquer
 ici les conséquences probables.
Ces réflexions n’ont pour le moment d’autrè but que
de faire saisir à nos lecteurs la différence essentielle qui
existe entre cette union toute empirique et momentanée
et la politique consulaire de Napoléon Bonaparte.
Ce qui caractérise l’union réalisée par ce héros c’est
l’abandon définitif par les citoyens qui y ont adhéré des
opinions qui les divisaient et l’adoption également définitive
 de concepts sur lesquels ils se mettent d'accord
pour travailler en commun au relèvement et à la prospérité
 du pays.
Telle est la troisième leçon que nous fournit l’historique
 sommaire de l’union sacrée que nous venons d’esquisser.

L’après-guerre verra-t-elle surgir un Bonaparte ou un
Thiers, un soldat ou un homme d’État pour fonder sur
une réconciliation de tous les Français la grandeur de la
France victorieuse ?
Quelle que soit la réponse que l’histoire fera à cette
question, il n’en est pas moins opportun de constater
dès à présent que l’éducation politique de la nation
française est beaucoup plus avancée qu’aux époques
que nous venons d’évoquer. La multiplicité des expériences
 politiques réalisées par la France est telle que
grâce à elles la science politique, autrefois empirique,
est devenue aujourd’hui une véritable science expérimentale
 que tout Français peut étudier en appliquant les
        <pb n="46" />
        UNION, SACRÉE ET POLITIQUE IMPÉRIALE h5
principes de la méthode d’un Claude Bernard ou d’un
Marcelin Berthelot. Un peuple aussi renseigné et aussi
cultivé nous paraît mûr pour se gouverner soi-même, et il
semble que, même sans l’assistance d’un homme providentiel,
 les Français puissent définir leur formule d’union
et déployer la bannière de ralliement pour défendre leurs
propres intérêts sans l’assistance des charlatans de l’empirisme.


Si le terme d’impérialisme a quelque chance de triompher
 de l’opprobre que lui a valu la conception du pangermanisme,
 si d’autre part il ne reste pas associé, dans
l’esprit de nos concitoyens, aux catastrophes des régimes
napoléoniens, il n’en sera pas de meilleur pour qualifier
la politique future de la France. Les étrangers, notamment
 les Anglais et les Américains, qui n’apportent pas
dans la conduite de leurs affaires publiques la même
susceptibilité sentimentale que les Français, n’emploient
pas d’autre terme que celui d’impérialisme pour caractériser
 leur politique. Tout simplement, tout naturellement,
 cette expression leur paraît la seule qu’il soit juste
d’employer. Nous pourrions donc, avec une logique
parfaite, affirmer la proposition suivante : La France
possède un empire ; elle doit avoir une politique impériale.


Le principe même de cette politique c’est que la
possession et l’administration d’un empire imposent à
un pays une vue d’ensemble et des devoirs précis, un
accord de conditions d'action et de réaction telles qu’aucune
 mesure intérieure ne peut être prise sans avoir
considéré sa répercussion dans l’empire; c’est que le développement
 de la prospérité de l’empire et sa conservation
 même dépendent de la force et de la puissance de
        <pb n="47" />
        46 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
la patrie-métropole, aussi bien que de la sagesse de son
administration ; c’est qu’il y a une telle connexité d’intérêts
 entre l’empire et la métropole qu’une union doit
régner entre eux et que cette union entre les divers
membres de l’empire a pour base et pour condition
absolue l’union des citoyens de la patrie.
Et cette vérité admise que la grandeur de l’empire est
la résultante de l’application de ce principe, ne pouvonsnous
 pas conclure que la politique impériale est une
politique d’union et que celle-ci s'impose dans l’avenir à
tous les Français qui voudront travailler à la grandeur
de leur pays ?
On sera peut-être tenté de juger que notre appel à
l’union pour une politique d’après-guerre est une conclusion
 en désaccord avec les prémisses de notre argumentation.
 N’avons-nous pas, en effet, affirmé qu’un des
caractères ethniques de la race issue du sol gaulois est
le goût des querelles et n’avons-nous pas constaté que
cette tendance fâcheuse avait, au cours de notre histoire,
compliqué de crises intérieures nos luttes contre l’agresseur
 étranger ? Mais les événements actuels ne viennentils
 pas suggérer l’espérance qu’une heureuse évolution
s’est produite dans le caractère national ?
Ne voyons-nous pas l’union sacrée, proclamée en août
r9r4, subsister jusqu’à ce jour en vue d’une victoire
prochaine ? N’est-il pas permis d’espérer qu’en présence
de cette suprême leçon de l’histoire qu’est la guerre
actuelle le bon sens de notre race l’emportera définitivement
 et que la conception prévaudra, même dans la
politique, que l’union qui a été une question de vie ou
de mort pendant les hostilités aura le même caractère et
la même importance pendant la paix ? N’aurons-nous pas,
au lendemain de la guerre, n’aurions-nous pas, dès à
présent, à lutter contre des fléaux aussi destructeurs de
nos générations que les obus et les gaz asphyxiants des
        <pb n="48" />
        UNION SACRÉE ET POLITIQUE IMPÉRIALE 47
Allemands? L'union de toutes nos forces n’est-elle pas
nécessaire pour vaincre l’étatisme, l’alcoolisme, le
malthusianisme, le marxisme et l’anticléricalisme ?
Tout ce qu’il y a de grand dans notre histoire, et en
premier lieu la formation même du £erritoire, s’est fait
par l’union. Les nécessités mêmes de notre situation
géographique nous plaçant, depuis des siècles, en face
d’une frontière ouverte aux invasions, nous obligent à la
concentration de nos forces. L’unité territoriale de la
France est la conséquence de la centralisation réalisée
par la monarchie nationale ou pour mieux dire par le
génie même de notre race. La politiqne de partis conduit
la France à un émiettement de ses forces qui est pour
elle le pire danger. Rappelons-nous avec quelle admiration
 Saint-Simon parle de ce pays, qui, de Dunkerque à
Bayonne, se lève tout entier à l’appel de son roi. Le
sentiment national qui, à tant d’époques, a compris la
nécessité vitale de l’union, s’est en somme manifesté sous
les régimes les plus divers en envoyant au Parlement
des majorités gouvernementales et n’a jamais, depuis
cent ans qu’existe le régime constitutionnel, divisé le
pays en deux partis de gouvernement comme en Angleterre.
 La conception de deux partis alternant au pouvoir
est contraire à l’esprit français et ne s’est pas réalisée,
au cours d’une expérience parlementaire déjà séculaire.

C’est pourquoi, en conviant les Français à s’unir dès à
présent, en se mettant d’accord sur les principes de la
politique impériale de demain, nous n’avons pas songé à
la formation d’un nouveau parti. Nous croyons que
l’œuvre utile à accomplir est d’inculquer au plus grand
nombre de Français possible, avec l’espoir qu’ils formeront
 une majorité consciente, les notions indispensables
pour gouverner leur empire.
Pourrons-nous renoncer à l’expression d’impérialisme
        <pb n="49" />
        18 L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS
ou de politique impériale pour la remplacer par celle
d’unionisme ou de politique d’union ? Pourquoi cette
hypocrisie, puisque l’union entre les Français n’est pas
un but, mais le moyen de l’atteindre, la condition indispensable
 pour réaliser un effort? Personne ne nie que
l’après-guerre nous trouvera en présence d’une situation
extrêmement difficile, d’une œuvre immense de relèvement
 pour laquelle le concours de toutes les bonnes
volontés sera nécessaire. Aucun des éléments de force
qui subsisteront dans notre nation après le bouleversement
 que nous aurons subi ne peut être négligé. Ce
serait un crime contre la patrie que d’exclure un seul
Français de la collaboration indispensable entre tous les
citoyens. Nous estimons que leur union seule permettra
la pratique scientifique d’une politique impériale adaptée
à notre caractère national, dans laquelle nous plaçons
tout notre espoir pour l’avenir. -
Il nous faut maintenant formuler le programme de cet
impérialisme français et le soumettre aux discussions
de nos concitoyens pour les laisser juges de l’accepter
ou de le rejeter en connaissance de cause.
        <pb n="50" />
        "V

LA GRANDEUR DE LA FRANCE

La victoire des Alliés leur procurera sans doute une
satisfaction complète et définitive au point de vue de
leurs revendications territoriales. En ce qui concerne la
France, nous avons déjà affirmé que le principal but de
sa politique extérieure aurait dû être la reprise de
#Alsace-Lorraine. Jl paraît probable que, en dehors du
retour à la mère patrie des territoires qui en ont été séparés
 à la suite des désastres napoléoniens, elle ne formulera
 aucune ambition d’extension territoriale. Les
visées de sa politique d’après-guerre seront nettement
pacifiques. Sa puissance sera consacrée à faire respecter
la paix qu’elle aura assez chèrement acquise pour désirer
la conserver. La politique impériale consistera essentieldement
 à mettre en valeur non seulement les richesses de
la mère patrie, mais aussi celles de son immense empire.
C’est dans le développement d’œuvres de paix et de
civilisation que la ‘politique impériale affirmera son
efficacité et assurera la grandeur de la France.
Pour atteindre cet objet, les adeptes de la politique
impériale devront en premier lieu propager la connaissance
 de l’empire français chez tous nos concitoyens.
Qui connaît en France ces possessions d’outre-mer,
d’une si prodigieuse étendue, conquises depuis quarante
ans au prix de tant d’efforts? Qui se doute de leurs
ressources inépuisables et encore intactes, d’où nous
pourrions tirer, en matières premières, tout ou presque
tout ce que nous importons de l’étranger ? La France
possède un trésor inestimable, mais ce trésor, à peu
L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS
        <pb n="51" />
        5o L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS -
près complètement ignoré chez nous, y jouit d’une
singulière réputation, à laquelle l’épithète de coloniale
est accolée comme un terme de dédain et de mépris.
Les idées que l’on se forme ici au sujet de l’empire
français sont si erronées, si courtes, si enchevétrées
d’ignorance et de préjugés qu’elles sont à réformer en
entier, si on veut résolument en exploiter les ressources
inépuisables. Il faudrait écrire des volumes à ce sujet.
Nous devrons nous contenter de signaler Jl’étendue et la
complexité de la question, en présentant deux ou trois
observations primordiales.
Tout d’abord, rien n’est plus faux et plus inexact que
lPexpression adoptée de :colonies pour qualifier nos
possessions. Pour le public, depuis le ministre qui
administre de haut et de loin et qui s’intitule ministre
des Colonies, jusqu’au dernier des fonctionnaires exporté
de France et qui est appelé fonctionnaire colonial, toutes
ces contrées lointaines sur lesquelles flotte notre drapeau,
qu’elles soient un empire arabe, comme l’Afrique du
Nord, un royaume de Madagascar ou de Cambodge, un
empire d’Annam, un bagne comme la Guyane, ou des
Îles peuplées de descendants d’esclaves noirs, toutes
ces contrées si différentes sont au même titre des
colonies françaises. Or, aucune de ces possessions ne
représente à proprement parler une vraie colonie, c’està-dire
 un pays habité et cultivé par des colons venus de
la mère patrie. Seule de nos anciennes possessions, le
Canada a présenté ce caractère. Mais partout ailleurs
l'élément français constitue une minorité presque infime
par rapport à la population autochtone. C’est une
situation imposée soit par l’abondance et la prolificité
de cette population, comme dans l’Afrique du Nord,.soit
par le climat, comme dans la plupart de nos autres
possessions tropicales. Cette situation ne peut pas être
modifiée, et la constatation que nous en faisons doit
        <pb n="52" />
        LA GRANDEUR DE LA FRANCE 5e
servir de base à toutes nos conceptions pour la mise en
valeur de ces pays. Ce n’est donc pas pour le plaisir de
chercher une querelle de mots que cette observation est
consignée ici au sujet de l’expression de colonies, mais
simplement parce : que Pemploi de cette expression,
prise au sens littéral par nos hommes d’État et nos
administrateurs, a entièrement faussé le concept de mise
en valeur de ces prétendues colonies. Si une erreur aussi
grave a pu être commise au point de départ, on peut
juger des conséquences qu’elle a entraînées. L'une des
plus nocives a été de traiter toutes les questions coloniales
avec le même esprit chimérique d’utopie, en invoquant
des principes a priari, alors qu’une étude expérimentale
devait être le point d’appui et la source d’inspiration de
toute notre politique d’outre-mer. D’ailleurs, ces mêmes
principes sont appliqués avec une suprême fantaisie.
On les invoque pour accorder le droit à être représentés
dans le Parlement métropolitain aux nègres des Antilles
et du Sénégal, aux Indiens de Pondichéry et aux fonclionnaires
 de Saïgon. Pourquoi les Annamites, les
Tonkinois, les Madécasses n’ont-ils pas ce privilège ?
C'est un mystère que l’Administration ne saurait
expliquer.
Qu'on ne se méprenne pas sur notre pensée : bien loin
de souhaiter l’extension de ce droit de représentation au
Parlement à toutes nos colonies, nous rêvons pour elles
un tout autre régime, celui de l’autonomie. La métropole
n’a pas.le droit d’accorder à ses sujets des droits politiques
qui ne peuvent s’exercer qu’au détriment de ceux de ses
citoyens. Il n’est pas douteux que c’est amoindrir
singulièrement le caractère même du droit de cité que
de l’avilir en le concédant aux peuplades barbares,
primitives ou dégénérées, en tout cas de races différentes
de la nôtre, qui habitent notre empire.
H est inutile de faire à nos sujets des cadeaux de cette
        <pb n="53" />
        L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
sorte dont ils ne peuvent tirer parti que pour nuire.
L’aspiration naturelle de chacune des dominations que
nous nous obstinons à appeler colonies, avec lesquelles
nous avons cherché à réaliser une assimilation politique
chimérique, est d’obtenir son autonomie. L'œuvre
utilitaire et civilisatrice de la France à l’égard des
peuples barbares qu’elle a conquis par les armes est
d’entreprendre leur éducation économique et sociale et
non de leur procurer la dignité et les droits de citoyen
français en vertu d’un concept de fausse humanité et
d’utopie.
Voilà la première notion dont nous devons prendre
connaissance pour en tirer des conclusions saines,
logiques et pratiques.
Nous désirons passionnément que dès l’école primaire
ces idées justes soient enseignées et nous invitons les
Français adultes à les adopter pour connaître les
conditions politiques et économiques de leur empire
d’outre-mer. Cette étude agrandira l’horizon terrestre et
moral de chaque individu qui l’aura entreprise; elle
développera chez lui la conscience des qualités qui
doivent être l’apanage d’êtres supérieurs à qui est dévolue
la responsabilité de gouverner et de civiliser une si
grande étendue de la terre. Chaque nouvel adepte de la
politique impériale verra s’étendre devant ses yeux des
perspectives immenses de réalisations matérielles dans
le champ mondial ouvert à son activité, en même temps
qu’il concevra un idéal de justice et de progrès en prenant
conscience du rôle qui lui est attribué.
La connaissance que nous devons acquérir n’est pas
seulement celle d’une conception politique et des
méthodes administratives.
Dans un ordre d’idées qui découle logiquement de la
possession d’un trésor, il faut ranger immédiatement
après su connaissance son utilisation.

a
        <pb n="54" />
        LA GRANDEUR DE LA FRANCE 53
Voici sur cette question quelques indications très
suggestives que nous empruntons à une étude de M. du
Vivier de Streel (Revue de Paris du 1“ février 1916) :
« Si nous dépouillons le tableau des importations
étrangères en France.pour l’année 1913, nous constatons
que, sur 8 milliards 400 millions environ, dont il faut
déduire 800 millions représentant les importations des
colonies françaises, ce qui ramène à 7 milliards 600 millions
 nos importations réelles de l’étranger, il y a plus
de 4 milliards 700 millions qui comprennent des matières
 premières pouvant être importées des colonies
françaises.
« La France importe de l’étranger pour :

634 millions de laine.
574 de coton.
184 de céréales.
354 de soie.
280 de minerais.
204 de produits oléagineux.
220 de peaux.
210 —  Jlebois.
205 —  decalñé.
117 — de vins.
toï —  detlin.
103 — 1e Caoutchouc.
85 de légumes divers.
74 — de plumes.
73 —  dejute.
7 — de pâte à papier.

« Pourquoi demandons-nous à l’étranger des produits
que nous sommes en état de nous fournir à nous-mêmes,
que nous n’aurions pas à payer en or et sur lesquels
nous pourrions réaliser le double profit de vendeur
êt d’acheteur ?
« Parce que notre pays est seul en Æurope à ignorer
Jes ressources de ses possessions d'outre-mer.
« Le cœur se serre en constatant la lamentable indif-
        <pb n="55" />
        54 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
férence du public pour tout ce qui touche à notre empire
lointain. Cette indifférence et cette ignorance, d’ailleurs,
ne sont pas le privilège du grand public; le monde
industriel et commercial n’en est pas exempt, et l’on voit
avec étonnement la Chambre de Commerce de Paris
prendre l'initiative d’une association nationale pour
l’expansion française, dont le programme ne contient
pas un article relatif au commerce avec nos possessions.
« Le parti socialiste, par une aberration étrange,
considère avec horreur ce que dans un récent congrès it
appelait « la colonisation », alors qu’il devrait y voir
l’instrument le plus efficace du nivellement par le haut. »
        <pb n="56" />
        L’IDÉE FRANÇAISE À L'ÉTRANGER

Aussi bien chez les peuples qui font partie intégrante
de l’empire que chez les nations sur lesquelles nous
voulons étendre notre influence pacificatrice et civilisatrice,
 nous devons faire connaître quel est notre idéal de
culture et de civilisation. I] importe que cet idéal ne soit
pas purement théorique, et ici nous devons prêcher
d’exemple. L'organisation intérieure de l’État français,
la perfection de ses méthodes d’éducation et d’administration,
 la régularité et la probité de ses mœurs politiques,
 le bonheur dont jouissent ses habitants sous un
régime de tolérance et de liberté, sont des éléments de
la propagande de l’idée française. Ces exemples doivent
âtre parfaits : la France doit donc s’efforcer, si elle veut
réaliser sa destinée mondiale, à posséder la meilleure
constitution gouvernementale, les lois civiles, sociales et
criminelles les plus équitables, les règlements administratifs,
 financiers et économiques les plus libéraux, les
mœurs les plus policées, les arts les plus séduisants. Il
laut, en un mot, réaliser, à l’intérieur de la France, une
organisation idéale proposée en modèle au monde extérieur.


Cette considération comporte l’adhésion quasi unaaime
 du peuple français à une constitution dont le principe
 soit mis au-dessus de toute discussion.
        <pb n="57" />
        VIT

LA PUISSANCE DE LA FRANCE DÉVELOPPÉE

Cet article du programme de la politique impériale
comporte en premier lieu la lutte contre la dépopulation
de la France, causée jusqu’à la veille de la guerre par
notre faible natalité et par l’excès de la mortalité.
Tous nos efforts pour la grandeur de la France ne serviront
 à rien si la France elle-même n’existe plus. Et il
est certain qu’elle est menacée dans son existence même
si elle continue à se dépeupler. Il faut donc engager une
lutte sans merci contre les fléaux qui détruisent la race :
le malthusianisme, l’alcoolisme, la tuberculose, la mauvaise
 hygiène physique et morale. Mais il faut aussi accroître
 la natalité. Des encouragements devront donc être
accordés aux familles nombreuses à la fois sous la forme
de primes pour la naissance de chaque enfant et de
dégrèvements. D’autre part, ces dépenses devront être
mises à la charge des célibataires et des ménages sans
enfants. Il est indispensable que notre système d'impôts
tienne compte dans une très large mesure de la situation
 de famille du contribuable. Et c’est réparer une
suprême injustice que de frapper dans une proportion
très rigoureuse le célibataire au profit du malheureux
père de famille qui, après avoir supporté la charge
d’élever des défenseurs pour la patrie, les voit succomber
pour défendre l'héritage du célibataire renté, inutile et
oisif.
        <pb n="58" />
        VII

TOLÉRANCE RELIGIEUSE ET JUSTICE SOCIALE

Un élément de faiblesse subsisterait, et non le
moindre, si l’union sacrée, base de la politique impériale,
 ne nous procurait enfin, et à titre définitif, la suppression
 des persécutions pour une idée, l’octroi absolu
de la liberté de penser dont la conséquence immédiate
et logique sera la sécurité des religions et l’organisation
du travail.
Quelques semaines avant la guerre, le Matin avait
ouvert une enquête intitulée : Où est l’avenir de la
France? La plupart des réponses visaient l’union des
Français réconciliés dans une même pensée de travail
économique, financier, social ou moral. Nous en avions
retenu une formule excellente donnée par le recteur de
l'Institut catholique de Paris, M&amp;amp; Baudrillart. Parlant
de l’antagonisme des classes, ce distingué prélat proclamait
 qu’il fallait plus de tolérance religieuse d’un côté,
plus de justice sociale de l’autre.
Cette formule fera sans doute son chemin dans le
monde, car la question religieuse et la question sociale
sont précisément les principaux prétextes à nos discussions
 intestines.
II n’y a pas à douter que, si’ces questions particulièrement
 irritantes recevaient une solution équitable, il serait
fait un grand pas vers l’union de tous les Français. On
peut se demander si l’apaisement et la concorde que
nous préconisons ici sont également souhaités par les
agitateurs et les dirigeants des partis. La réponse à cette
question n’était guère douteuse avant la querre. Les

L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS
        <pb n="59" />
        58- L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS
politiciens qui exploitent à leur profit les passions sectaires
 de leurs électeurs ne faisaient rien pour les calmer;
bien au contraire, par les polémiques exaltées de leur
presse de combat et par leur propagande d’erreurs et de
mensonges, ils réussissaient à envenimer les haines et
à paralyser les efforts des partisans de l’accord religieux
ou social.
Jusqu’à présent la question religieuse et la question
sociale n’ont été en France que des bouillons empoisonnés,
 où les politiciens cultivaient avec autant de haine
que d’amour tous les microbes de la pestilence électorale
et parlementaire.
Aujourd’hui que tous les Français, les catholiques
comme les socialistes, viennent de se montrer bons Français,
 et qu’ils l’ont fait consciemment, il s’agit pour
eux de signer un Édit de Nantes de réconciliation définitive.

Nous allons tâcher de montrer que les concessions
qu’ils auraient à se faire les uns aux autres seraient de
peu d’importance en présence du grand profit qui en résulterait
 pour la France et qu’il s’agit simplement, de
chaque côté, de renoncer à quelques préjugés qui ne
résistent pas à l’examen rationnel des problèmes en jeu.
        <pb n="60" />
        ÿŸTIT

LA QUESTION RELIGIEUSE

Depuis que le Gouvernement de la République a retiré
son ambassadeur auprès du Saint-Siège et fait voter par
le Parlement la séparation des Églises et de l’État, le
régime de l’Église catholique en France est soumis à un
certain arbitraire. Personne n’ignore que, par suite du
refus des catholiques d’accepter le bénéfice des associations
 cultuelles, l’État a confisqué tous les biens des
églises en vertu d’un raisonnement qui peut se résumer
ainsi : « Vous ne voulez pas administrer votre fortune
d’après mes principes, je vous la confisque. » Cette opération
 accomplie, l’État a consenti à laisser ouverts les
temples consacrés au culte. Ces édifices sont restés à la
disposition des fidèles et de leurs prêtres, sans aucune
garantie de la durée de cette tolérance. Les ecclésiastiques
 qui sont demeurés en possession des presbytères
dépendants de leurs églises les habitent également à
titre précaire. Que demain le Gouvernement de la République
 soit aux mains d’un parti plus anticlérical, s’il
est possible, que celui d’un Waldeck-Rousseau ou d’un
Combes, cette mesure gracieuse peut cesser, les. églises
seront fermées et les prêtres chassés du dernier abri
qu’ils aient conservé.
N’est-il pas évident que la première manifestation de
la tolérance religieuse à laquelle nous aspirons doit être
de faire cesser une situation illégale et injuste, qui est le
principal grief des catholiques français contre la République
 ? Que demandent-ils donc? C’est bien peu de chose
pour leurs adversaires et c’est tout pour eux. Qu’on
        <pb n="61" />
        L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
assure la sécurité du culte dans les églises de France et
celle de l’humble desservant dans son presbytère. Que
cette sécurité soit garantie par la loi, voilà donc la redoutable
 exigence de ce parti noir que les prédications
radicales-socialistes représentent au peuple comme si
avide de richesses et de domination. Les catholiques
réclament un statut légal pour les églises de France,
pour ces monuments, les uns témoins historiques d’une
splendeur artistique, les autres plus modestes, mais tous
consacrés par des souvenirs de l’espérance ou de la
douleur nationale, qui en font une partie intégrante de
l’histoire de la France, ou rattachés à l’existence intime
des paroissiens par les joies et les tristesses dont leurs
ferventes prières y ont apporté l’écho. C’est pour ces
monuments, dont les plus illustres comme les plus ignorés
viennent d’être nationalisés une fois de plus par les obus
allemands, c’est pour ces sanctuaires dont chaque Frangais
 a senti qu’ils faisaient partie de son patrimoine,
puisque l’ennemi héréditaire s’acharnait contre eux avec
toute la férocité de sa culture barbare, c’est pour ces
églises, consacrées par la religion et la piété et maintenant
sacrées à un titre nouveau, que nous demandons la protection
 de la loi. ‘
Nous avons associé le monde entier à notre juste
plainte contre les incendiaires et les destructeurs de
nos cathédrales et de nos presbytères. Pouvons-nous
eroire un seul instant que, la paix signée, nous nous
désintéresserons de ces monuments au sort desquels a
compati toute l’humanité civilisée ?
Nous ne mettons pas en doute que le Parlement
français, en réglant de la manière la plus libérale et la
plus équitable la question des églises et des presbytères,
répondra au vœu des catholiques. Il ÿ va du bon renom
et de l’intérêt de toute la nation.
Un second article de la question religieuse, auquel une

50
        <pb n="62" />
        LA QUESTION RELIGIEUSE 61
solution ne devrait pas tarder plus longtemps à être
apportée, concerne la représentation diplomatique de la
France auprès du Vatican. En supprimant cette représentation,
 le Gouvernement de la République s’est créé à
lui-même une difficulté et a restreint le champ d’action
de sa diplomatie, de telle manière qu’il se trouve en état
d’infériorité au moment même le plus tragique de son
histoire, et qu’il ressemble à un joueur qui, dans une
partie suprême, aurait, par une naïveté inconcevable ou
une aberration criminelle, décidé de ne pas jouer une
des meilleures cartes de son jeu. Au point de vue interaational,
 le Vatican apparaît comme un observatoire
merveilleux d’où l’on découvre l’univers entier. Les
renseignements y affluent de toutes les sources de la
chrétienté, et ces sources, comme les eaux de Chantilly
qui ne se taisaient ni jour ni nuit, ne sont jamais taries,
même en temps de guerre. De ces renseignements, la
bienveillance d’un Léon XIII et d’un Rampolla fit largement
 profiter l’ambassade de France, ainsi que ne peut
l’ignorer aucun de nos anciens ministres des Affaires
étrangères. Si ces rapports d’amitié furent avantageux
pendant la paix, que dire de leur importance en temps
de guerre? L’Angleterre, toujours si avisée dans sa
politique extérieure, ne nous donna-t-elle pas l’exemple,
dès le début de la crise actuelle, en accréditant un
ambassadeur auprès de Benoît XV? C’est par le Vatican
seul que nous aurions pu conserver un point de contact
avec l’Autriche, et les résultats d’une conversation avec
l’alliée de l’Allemagne pouvaient et peuvent encore
offrir des possibilités d’entente d’une importance incalculable.

L'influence de la papauté dans certains pays catholiques
 qui gémissent en ce moment sous la botte du
Teuton, c’est-à-dire la Belgique, l’Alsace et la Pologne,
est tellement puissante qu’il paraît presque impossible
        <pb n="63" />
        53 L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS
que, sans son intervention, il soit décidé du sort de ces
pays.
Enfin, nous rappellerons que la France possède, en
vertu des capitulations et de nombreux traités internationaux,
 le protectorat des catholiques en Orient. Ce protec-Lorat
 à uné valeur morale, politique et même économique
considérable. C’est toute la question de notre influence
séculaire dans les Balkans, en Turquie d’Europe et
d’Asie. C’est une partie du patrimoine de la France dont
nous devons compte aux générations futures, Est-ce le
moment d'abandonner une portion quelconque de ce
riche héritage, au moment où le dépècement probable de
l’Empire ottoman va placer dans notre sphère d’influence
la Syrie et la Palestine?
Nous avons donc, à défaut de questions religieuses
proprement dites, à défaut des nominations d’évêques
français auxquelles notre Gouvernement a renoncé à
jamais par la loi de séparation, nous avons des questions
politiques de premier ordre à traiter avec le Saint-Siège.
Le Pape, on l’oublie trop volontiers en France, aussi
bien chez lés catholiques que .chez leurs adversaires,
représente en sa personne le caractère d’une double
souveraineté. Il est le souverain pontife ‘de la religion
catholique romaine, mais il est aussi un souverain au
même titre que tous les chefs d’État auxquels cette
qualité est reconnue par le droit international. La loi
des garanties lui a conservé ce caractère, après la perte
de son domaine temporel. C’est donc à tort que le
Gouvernement français, ou tout au moins les députés de
la majorité, paraissent penser qu’un ambassadeur de
France auprès du Pape apporterait au Vatican un hommage
 religieux et que son salut au pontife romain aurait
la signification d’une génuflexion de la France catholique
au pied du trône pontifical. Cette idée résulte d’une
ignorance complète de la question, d’une méconnaissance
        <pb n="64" />
        LA QUESTION RELIGIEUSE 63
de la réalité que peuvent seuls enfanter l’aveuglement et
la haine des sectaires, L’envoi d’un ambassadeur au Pape
serait dans notre pensée un geste éminemment politique,
en même temps qu’un acte de courtoisie à l’égard
d’un souverain dont la bienveillance nous serait précieuse,
 L’Angleterre et la Prusse protestantes, la Russie
schismatique ont une représentation auprès du Pape, la
Turquie musulmane désire passionnément en obtenir
une. Quelle anomalie pour la France que son abstention !
Quelle faute de goût pour une nation aussi policée !
Quelle erreur politique dans un gouvernement appelé
par les circonstances à être l’arbitre de l’Europe !
Voilà en résumé cette grande querelle religieuse. Qui
donc a intérêt à la voir prolonger, sinon les ennemis de
la France, ceux du dehors et ceux du dedans? Rien de
ce que nous demandons n’a l'apparence d’un privilège
quelconque pour les catholiques. Régler la question des
églises, assurer la sécurité du culte catholique, reprendre
des relations diplomatiques avec le Saint-Siège, ce sont
des questions d’ordre général auxquelles tous les F rançais
doivent désirer des solutions promptes, rationnelles et
équitables.
        <pb n="65" />
        [X

LA QUESTION SOCIALE

Combien ce que nous demandons là pour les catholiques
 est peu de chose en comparaison de ce que ceux-ci
sont disposés à concéder pour obtenir à la fois la paix
religieuse et la paix sociale.
Quand on étudie ces questions et qu’on cherche à les
synthétiser pour en faire ressortir aux yeux du lecteur le
principal aspect, on ne tarde pas à comprendre que ce
sont les mêmes politiciens qui entretiennent les deux
querelles sociale et religieuse, et cela dans le même but,
qui est de régner au moyen de divisions factices.
S’il en était autrement, comment expliquer la faillite
navrante de toutes les prétendues réformes sociales, alors
que la bonne volonté pour les réaliser est absolue et
indiscutable dans le parti catholique. Voici ce que
déclare l’un de ses écrivains les plus autorisés, M. René
Bazin : « Nous ne sommes catholiques que si nous cherchons
 ce qu’il y a de plus juste et ce qu’il y a de meilleur
pour tout l’ensemble du peuple de France, et nous ne
sommes dignes d’un tel nom que si notre charité s’étend
à toutes les âmes, si notre esprit s’intéresse à des misères
dont nous ne souffrons pas personnellement et à des
progrès dont profiteront d’abord les pauvres, les faibles,
les non protégés, les non compris, les non aimés, c’est-àdire
 par définition les premiers de nos frères (!). »
De même l’abbé Sertillanges. commentant une bro-(7)

 Discours prononcé par M. René
publicistes chrétiens, le 19 mars 1916.

Bazin, président de l’Assemblée des
        <pb n="66" />
        LA QUESTION SOCIALE 65
chure de M. Millerand sur le socialisme réformiste,
déclare nettement : « Nous sommes pleinement d’accord
avec vous pour assurer à chaque homme son développement
 intégral, abolir tout ce qu’ajoutent d’amertume
et de misère aux inégalités naturelles les inégalités sociales.
 Qu’il soit entendu que, comme chrétiens, nous ne
repoussons qu’une chose : le mal, et que nul système économique
 ne nous trouvera disposés à refuser l’examen ni
éventuellement le concours. » Et, dans une autre déclaration
 plus avancée encore, c’est-à-dire renfermant des
avances plus précises au parti socialiste, le savant
ecclésiastique s’exprime ainsi : « Le socialisme dirait
avec Mazzini en 1871 : « Il faut que, sans violer les droits
« acquis, sans fouiller dans le passé, sans détruire un
« seul des éternels éléments de la société, la propriété
« passe désormais entre les mains du travail. » Et l’Église,
sans s'inquiéter de savoir si c’est un révolutionnaire qui
parle, dirait : oui, parce que cela est juste. Elle demanderait
 seulement que ce programme fût rempli avec
toutes ses clauses, et qu’on s’arrétât net là où les « droits
« acquis » et les « éternels éléments de la société »
seraient en souffrance; là où les réformes risqueraient
de se transformer en destructions (). &amp;gt;
Après ces citations qu’il serait facile de multiplier, il
ne peut rester aucun doute sur l’esprit de conciliation
des chrétiens, sur le zèle même qu’ils apporteront à
faire aboutir la réforme sociale, par laquelle nous estimons
 qu’il faut commencer l’œuvre- de régénération, de
progrès et de grandeur que nous préconisons. Il n’a pas
dépendu d’eux dans le passé que cette réforme fût
entreprise, mais les zélateurs socialistes les plus ardents,
de propos délibéré, se sont toujours refusés à une en-‘ente
 et à une collaboration. Dans toute leur politique

remet tt
(1) A.-D. Senrmranees, Socialisme et Christianisme, passim.
L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS
        <pb n="67" />
        66 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
ils ont toujours affiché des principes et. employé des
méthodes formant un obstacle invincible à toute union,
pour éterniser le malentendu et la haine qui étaient les
instruments de leur règne.
Le principe même de cette méthode a consisté à
affirmer qu’il n’y a pas une question sociale, mais des
questions sociales, et, par suite, on a vu des essais pour
solutionner la série de toutes ces questions à mesure
qu’elles se présentaient plus urgentes. La politique de la
République a consisté à détacher du bloc unifié les
plus intelligents des socialistes, à leur ouvrir l’accès des
ministères, à insister dans les programmes sur la nécessité
 des réformes et à faire voter un grand nombre de
lois, dites lois sociales, qui ont réglé d’une manière plus
empirique que doctrinale l’assistance aux invalides, la
protection dés enfants et des femmes, les retraites
ouvrières. Et, par ces lois, on atteignait comme résultats :
d’une part, une légère amélioration du sort du prolétaire;
 d’autre part, une augmentation considérable du
nombre des fonctionnaires, une aggravation incessante
des dépenses de l'État, une extension indéfinie du budget.
 À défaut de la réalisation intégrale de la cité future,
par l’avènement du collectivisme marxiste, le parti
unifié en votant ces lois cherchait à écraser d'impôts la
classe .capitaliste. Il escomptait que le développement
sans arrêt de l’étatisme amènerait la ruine complète de
la classe possédante et, par suite, le nivellement égalitaire
dont il professe la chimère. |
Tout entiers à cette politique de haine, les unifiés
semblent écarter à dessein des délibérations au Parlement
 la loi primordiale, la loi sociale elle-même, la
charte du travail.
Dominés par une conception d’origine allemande,
celle du collectivisme marxiste, ils restent aveugles et
sourds à toute vérité expérimentale. Ils ne constatent
        <pb n="68" />
        LA QUESTION SOCIALE 67
pas que l’évolution naturelle des ouvriers les a conduits
à l’organisation syndicale, que c’est dans le développement
 du syndicalisme que doit être cherchée la solution
et non dans le rêve utopique des charlatans d’outre-Rhin.
 Ils affectent tout au moins de ne pas voir qu’il
faut avant tout donner à l’ouvrier un statut légal, organiser
 et régler les rapports du capital et du travail
représentés par les syndicats patronaux et ouvriers.
Voilà le concept d’union sacrée dont ne voulaient à
aucun prix les profiteurs de la République, qu’ils
fussent radicaux ou socialistes. Voilà l’œuvre essentielle
à laquelle nous avons toujours convié les Français et qui
s'imposera demain à nos délibérations et à nos résolutions.

Et cependant ces mêmes socialistes allemands, qui
nous avaient lancé dans les jambes la lutte des classes
pour nous affaiblir et. nous vaincre, ne méconnaissaient
pas que le principe même de la grandeur de leur pays
devait être cherché dans Palliance du capital et du travail.
 Ils ne craignent pas d’avouer, à la tribune même du
Reichstag, et par la voix de leurs représentants les plus
autorisés, que la ruine du pays causerait celle des prolélaires,
 que le sort de ceux-ci est lié à la richesse générale,
 dont chaque développement leur apporte une
amélioration correspondante.
En était-il de même en France, où le socialisme prêchait
la destruction de l’usine et l’anéantissement du capital ?
Mais les idées à ce sujet- évoluent maintenant avec
rapidité. Voici déjà une déclaration caractéristique de
Lysis (Humanité du 4 décembre 1915):
« Citoyens, voyons les choses comme elles sont. Les
Allemands sont des barbares autrement dangereux que
ceux des âges primitifs, car ils allient à leur manque de
sens moral la compréhension de la science qui leur
permet d’étendre indéfiniment leur puissance matérielle.
        <pb n="69" />
        88 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
Îl en résulte que, après les avoir battus militairement
grâce à l’héroïsme de nos soldats et à l’appui de nos
vaillants alliés, nous devrons encore, pour ne pas être
absorbés par eux, nous élever industriellement et
techniquement à leur niveau. Nous n’avons pas d’autre
alternative : ou nous jetterons par-dessus bord -nos
vieilles méthodes économiques et politiques pour nous
consacrer au développement de notre pays si longtemps
négligé, ou nous céderons le pas aux 70 millions d’Allemands
 que nous aurons vaincus provisoirement, mais
dont nous n’aurons pas supprimé les qualités. La démocratie
 française est placée dans ce dilemme : elle doit
grandir ou mourir. »
Il faudrait citer en entier trois articles de Gustave
Hervé dans la Victoire des 1“, 2, 3 avril 1916, sur la crise
du socialisme français, où le grand polémiste bafoue la
doctrine de Karl Marx et la rejette définitivement.
La sainte passion pour l’amélioration du sort des
masses ne semble donc pas avoir donné jusqu’à présent
aux socialistes unifiés qui y cherchaient leur inspiration
la notion exacte des procédés les meilleurs pour la réaliser.
 Ils employaient des moyens empiriques et semblaient
convaincus qu’il suffit de prendre le plus d'argent possible
 dans les poches des contribuables pour procurer le
résultat désiré. Double erreur. D’abord, parce que cet
argent ne va pas en entier aux prolétaires ; une portion
importante reste entre les mains des fonctionnaires nouveaux
 créés pour l’application des lois sociales. Le principe
 vrai, c’est qu’il faut créer de nouvelles richesses
dans le pays pour en faire bénéficier les déshérités. Le
jour où les syndicats ouvriers posséderont la plénitude
de la capacité civile et que, par une intelligente contribution
 du capital, leur patrimoine corporatif grandira sans
cesse, un immense progrès sera réalisé dans la condition
des prolétaires. Prendre à ceux qui possèdent pour le
        <pb n="70" />
        LA QUESTION SOCIALE 69
donner à ceux qui ne possèdent pas est une idée simpliste,
 une réalisation de communisme naïf que les codes
civilisés ont toujours condamnée. Ce n’est nullement une
conception économique expérimentale. On améliore le
sort de la classe prolétaire en offrant l’occasion au travail
 de gagner un salaire plus élevé, en l’associant au
produit de la richesse qu’il crée, mais non en multipliant
 les œuvres de charité. Or, les lois sociales de la
République n’ont été jusqu’à présent que des œuvres de
charité électorale, laïque et vexatoire. &amp;gt;
La politique impériale dont le but est la grandeur de
la France cherchera à développer toutes les sources de la
richesse publique au lieu de les tarir. Elle doit donc
rencontrer l’adhésion de tous les Français qui s’intéressent
 au bonheur du peuple. Créer des richesses nouvelles,
 c’est travailler à l’amélioration du sort des prolétaires.
 Favoriser l’activité des inventeurs, des financiers,
des commerçants, des industriels, des agriculteurs, de
tous les producteurs, les encourager, au lieu de les
ruiner, voilà le rôle du Gouvernement. Bien mieux, il
est de grandes entreprises pour ‘lesquelles l'initiative ou
le concours de l’État sont absolument nécessaires, ce
sont par essence des entreprises de l’impérialisme, des
entreprises créatrices de richesses nouvelles, telles qu’a
été dans le passé la création du canal de Suez et que
doivent être demain le chemin de fer transafricain, le
port commercial panatlantique de Brest, le tunnel sous
la Manche, la mise en colonisation du bief du Niger,
etc, etc.
Dans Humanité du 4 janvier 1916, M. Marcel Cachin
a dit très éloquemment que « les camarades des tranchées
 prouvent par leur exemple que dans des moments
comme ceux-ci le socialisme consiste à se solidariser
avec les intérêts nationaux menacés ». Retenons cette
déclaration pour notre politique impériale et convions
        <pb n="71" />
        70 | L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
M. Cachin à reconnaître avec nous, qu’en tout temps
et demain plus encore qu’hier, les socialistes devront se
solidariser avec les intérêts nationaux qui sont bien les
leurs quoiqu’on ait voulu leur enseigner le contraire.
Que le socialisme de l’avenir soit encore international,
nous n’y ferons aucune objection, mais à condition que
sa doctrine soit d’origine française et non allemande. La
propagande de l’impérialisme français se prêtera volontiers
 à la diffusion dans le monde des principes sociaux
qui doivent unir dans notre propre pays tous les adhérents
 de l’union sacrée et de la justice sociale.
Nous serons certains dès lors que cette doctrine sera
claire comme une conception française, qu’elle ne recélera
 aucune ambiguïté diabolique, aucune entreprise
contre notre existence nationale. Selon le désir de Gustave
 Hervé (*), « on parlera au peuple un langage simple,
clair, vibrant ». « Sitôt assemblés, dit ce grand polémiste,
 les cardinaux de l’Internationale prennent des
âmes de théologiens. Ils se mettent à réciter les prières
de notre église. Chez nous on invoque saint Karl Marx,
et, conformément à son saint enseignement, on proclame
que tout ce qui nous arrive de fâcheux c’est de la faute
du régime capitaliste.
« Après quoi on cherche les formules les plus plates,
les plus abstraites, les plus grises, les plus alambiquées
pour énoncer les vérités les plus élémentaires. »
Espérons que la crise actuelle fera naître une ère nouvelle
 où le peuple cessera d’être trompé par des formules
de ce genre. Les adeptes de la politique impériale lui
tiendront un tout autre langage. De même que nous
avons reconnu que la question religieuse se résume dans
l’obtention de la sécurité pour l’exercice du culte, nous
n’hésitérons pas à proclamer que la question sociale est

(1) Guerre Sociale du 16 février 1915.
        <pb n="72" />
        LA QUESTION SOCIALE 71
avant tout une question de sécurité, et que la sécurité de
l’ouvrier doit être assurée par le principe de liberté du
socialisme français et non par la tyrannie du socialisme
allemand, par l’évolution naturelle et non par une
conception d’utopie. Selon la forte expression de M. Hébrard
 de Villeneuve (*), il y a des « lois mortes » auxquelles
 il a manqué pour vivre le consentement de ceux
pour qui elles avaient été conçues. Disons donc bien haut
que les lois sociales que professera la politique impériale
 de demain auront pour caractère d’être voulues et
consenties par le prolétariat et ne lui seront pas imposées
 contre son gré.
Combien ces lois de servitude pour ceux qui en
paraissent les bénéficiaires sont imprégnées des idées
césariennes d’outre-Rhin, c’est ce que l’on ne comprenait
 pas alors qu’on les votait, combien elles sont éloignées
 de l'idéal de la politique impériale ‘française,
combien contraires à toutes les idées d’émancipation de
Pindividu proclamées par la Révolution aussi bien que
d’amélioration morale de l’homme poursuivies par les
philosophies et les religions, comment l’étatisme conclut
à l’asservissement le plus dégradant du prolétaire en le
maintenant, sans aucune chance de relèvement, dans la
condition où le hasard l’a fait naître, il suffit pour s’en
convaincre d’étudier le système de Karl Marx dont la
réfutation déjà présentée tant de fois n’a pas sa place ici.
Ce que nous voulons affirmer, c’est que, dans tous les
projets de lois sociales présentés, discutés ou votés, il n’a
jamais été question de la loi primordiale, de la loi sociale
par essence, c’est-à-dire de la charte du travail, c’est
qu’aucune tentative n’a été faite pour solutionner le
conflit toujours existant entre le capital et le travail en
créant entre eux une association. Ce que nous voulons

(1) Revue des Deux Mondes, 1°" mars 1915.
        <pb n="73" />
        72 L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS
affirmer, c’est que cette association est possible, qu’elle
serait féconde en résultats et que, le principe de cette
association une fois admis, des résultats de concorde et
de prospérité ne tarderaient pas à prendre une extension
et une importance que personne ne paraît soupçonner.
Nous ne pouvons nous borner à une affirmation et nous
devons à nos lecteurs d’énoncer le principe auquel nous
faisons allusion.
        <pb n="74" />
        7

L’ASSOCIATION SYNDICALE PROPRIÉTAIRE

La principale réforme sociale, dont M. Millerand a pris
l'initiative, mais qu’il n’a pas encore réussi à faire voter,
donnerait aux syndicats ouvriers la plénitude de la capacité
 civile. Un partisan de Punion sacrée s’associerait
bien volontiers à cette mesure « qui augmenterait la force
êt les moyens d’action des syndicats, et qui pourrait
avoir une influence des plus heureuses sur leur orientation
 et contribuerait à les soustraire aux suggestions
révolutionnaires. Si les syndicats devenaient des capitalistes,
 ils sentiraient probablement fléchir leur prévention
contre la richesse acquise : ce capital serait pour eux le
sommencement non seulement de la fortune, mais aussi
de la sagesse, et les patrons avisés ne devraient pas
hésiter, dans leur propre intérêt, à se faire les premiers
bailleurs de fonds des caisses syndicales ». Nous souscrivons
 bien volontiers à ces paroles sages et profondes
de M. Hébrard de Villeneuve (F).
L'auteur même de la loi de 1884 qui a consacré lexis.
tence légale des syndicats, Waldeck-Rousseau, prévoyait
cette nouvelle étape de l’évolution sociale. « Cette loi,
a-t-il écrit (?), a mis entre les mains des ouvriers l’instrument
 d’une évolution sociale plus décisive, l’accession
pacifique du salariat à la propriété industrielle et commerciale.
 »
Nous ne voulons ni contredire cette affirmation ni en

(1) Revue des Deux Mondes, 1er mars 1915,
(2) Préface de La Fédération économique, de J. PauL-Boxcoun.

L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS

; à
        <pb n="75" />
        74 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
détruire l’espérance. Mais n’est-il pas permis de remarquer
 avec quelle lenteur se réalise cette promesse. Ne
voit-on pas clairement que, bien loin d’encourager le
mouvement syndicaliste, depuis 1884 toutes les lois
sociales de la République sont ou des obstacles ou des
dérivatifs à ce mouvement et que l’intervention de plus
en plus accentuée de l’État dans tous les problèmes de
la vie ouvrière qui auraient pu être solutionnés par le
syndicalisme et la mutualité n’a fait que retarder cette
accession du salariat à la propriété escomptée par Waldeck-Rousseau,
 il y a déjà trente-deux ans?
Après avoir signalé cette obstruction si contraire aux
principes de la politique impériale dont nous cherchons
à formuler le programme, il nous faut encore présenter
quelques réflexions sur la nature même de la propriété
qu’on rêve d’accorder aux syndicats. Tout d’abord, constatons
 que l’accession des syndicats à la propriété constituera
 la création d’une propriété collective dont l’extension
 sera presque indéfinie. Personnellement nous n’y
avons pas d’objection, car nous sommes convaincu que
le développement de cette propriété collective possédée
par des associations ouvrières ne modifiera en rien la
tendance naturelle de l’ouvrier à la propriété individuelle.
Nous espérons que l'idéal de l’avenir sera pour louvrier
de posséder sa petite maison et de cultiver son propre
jardin tout en ayant sa part dans la propriété de son
syndicat. Tout au plus pourrions-nous trouver singulier
que Waldeck-Rousseau, le grand ennemi des moines
industriels et commerçants, et qui considérait la propriété
 collective entre leurs mains comme un danger
pour la France, ait professé des idées si différentes à
l’égard d’une propriété collective similaire. ;
Aussi bien cette observation n'est-elle qu'accessoiré
at voici la principale. ;
Waldeck-Rousseau, pas plus que ses successeurs, N en-
        <pb n="76" />
        L'ASSOCIATION SYNDICALE PROPRIÉTAIRE 75
visageait aucune association du capital et du travail, et
il n’entrevoyait pas d’autre propriété possible pour les
ouvriers syndiqués que celle du commerce et de l’industrie
 qui font l’objet de leur profession. .
Ici encore nous ne présentons aucune objection et
nous nous bornons à présenter cette observation, que le
caractère de cette propriété sera précaire et aléatoire
puisqu’elle dépendra du succès de l’entreprise commerciale
 et industrielle possédée par le syndicat. Que les
affaires soient mauvaises, les ouvriers peuvent subir le
chômage et la ruine. Triste perspective pour des travailleurs
 qui désirent avant tout la sécurité. Il est donc
possible que le cadeau qu’on offre ainsi à la classe ouvrière
 ne lui soit pas absolument sympathique et que,
sans le refuser, elle l’accepte avec peu d’enthousiasme.
Mais il est heureusement une autre propriété que l’on
peut octroyer aux syndicats et aux fédérations des syndicats
 du même métier, et c’est l'obtention de cette propriété
 que nous plaçons en tête du programme de la
politique impériale. |
C’est la propriété d’un patrimoine syndical. Nous
voudrions qu’à chaque syndicat fût constitué un patrimoine
 inaliénable administré sous la garantie de l’Inspection
 des Finances de l’État, et que les éléments de ce
patrimoine fussent formés de trois éléments : contribution
 patronale, contribution de l’ouvrier, contribution
de l’État.
Toutes les dépenses concernant l’apprentissage, le
chômage, l’invalidité, les retraites, seraient payées au
moyen des revenus du patrimoine. Dès lors, la plupart
des lois sociales, grevant le budget et développant l’étatisme
 à outrance, pourraient être supprimées.
L’État, pour commencer, ferait un don magnifique aux
caisses syndicales, constituant le fonds même de la propriété
 ouvrière. Le vote d’un emprunt de trois milliards,
        <pb n="77" />
        76 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
dont les rentes fourniraient la dot de l’union sacrée
conclue entre le capital et le travail, serait le premier
gage de l’entente réalisée entre tous les Français pour
faire ‘aboutir la réforme sociale dont on nous leurre
depuis si longtemps.
La Restauration a eu le milliard des émigrés, nous
n’avons aucune objection à ce que la République décrète
les milliards des ouvriers. Nous sommes persuadé que
la France y trouvera d’ailleurs une notable économie sur
la pratique-des lois sociales actuelles.
Sur la contribution ouvrière, nous avons peu de chose
à dire, puisqu’elle dépendrait des ouvriers eux-mêmes
groupés en syndicats.
Quant à celle des patrons, nous pensons que le moyen
le plus simple de l’assurer aussi importante que possible,
tout en associant d’une façon définitive l’ouvrier à la
prospérité de l’entreprise, serait un prélèvement sur l’ensemble
 de la production, si c’est une industrie, ou le total
des opérations, si c’est un commerce, et non sur les
bénéfices qui présentent toujours un caractère aléatoire.
Toute augmentation des affaires procurera une contribution
 patronale plus élevée et l’ouvrier est intéressé au
succès patronal. C’est un lien véritable d’association
entre le capital et le travail.
La gestion d’un patrimoine syndical ne peut que développer
 tous les sentiments les plus élevés de la dignité
humaine chez les ouvriers qui y seront délégués. Il est
facile pour l’État, et c’est là que son intervention sera
justifiée, de surveiller et de contrôler cette gestion et
même d’y participer de manière à la placer à l’abri de
tout risque.
L’adoption de cette mesure essentielle n’empêcherait
pas d’ailleurs de mêler l’effort mutualiste à l’action syndicale
 ; mais ici, quoique mutualité signifie association,
nous estimons que le geste d’appartenir à une mutualité
        <pb n="78" />
        L'ASSOCIATION SYNDICALE PROPRIÉTAIRE 77
est essentiellement individuel et qu’il appartient à l’ouvrier
 conscient et averti de le réaliser sans qu’il y ait lieu
à aucune intervention des dirigeants de la politique. La
propagande de la mutualité se fait admirablement en
France, car elle est en très bonnes mains et son succès
constant autorise toutes les espérances.
        <pb n="79" />
        °

CONCLUSION

Nous avons constaté que la France avait suivi depuis
quarante ans une politique impériale inconsciente et
incohérente. La guerre actuelle nous est apparue comme
la résultante d’une politique de tâtonnements, d’hésitations,
 de contradictions, d’ambitions et de faiblesses, sans
netteté, sans suite dans les vues. On ne commandait pas
aux événements, mais on les provoquait par des imprudences
 et on les subissait, on se tirait des complications par
des reculades et finalement on se trouvait acculé à la lutte
suprême provoquée par un ennemi qui s’y préparait sans
arrêt. On a beaucoup dit qu’une des causes principales
de cette situation était inéluctable puisqu’elle résidait
dans l’impossibilité pour une République d’avoir une
politique extérieure. Tel n’est pas notre avis. Aucune
nation ne peut se désintéresser des questions extérieures,
la France moins que toute autre. La République doit donc
avoir une politique extérieure dont le principe essentiel
est qu’elle soit adaptée à sa constitution. Chez nous, par
suite de l’héritage d’un ensemble de traditions, les unes
excellentes, les autres médiocres ou détestables, par
suite de la formation défectueuse des hommes d’État du
nouveau jeu, de leur inaptitude à comprendre les questions
 auxquelles leur éducation les avait laissés étrangers,
 par suite aussi de l'ignorance générale du pays, de
son désintéressement complet des questions extérieures,
et, pour tout dire, de la légèreté de notre caractère national,
 on a suivi une politique aussi médiocre que dangereuse.
        <pb n="80" />
        79
Des disciples de Balzac ou de Stendhal installés au
Quai d’Orsay y.ont perpétré dans le mystère des plans
chimériques à base de sentimentalité, d’utopie et de
mégalomanie.
11 serait dans l’intérêt du pays que ces chimères fissent
place à la politique expérimentale et que les Français
témoignassent qu’ils s’intéressent à la politique extérieure.
 Une nation libre doit contrôler ses mandataires,
et, si elle témoigne quelque curiosité pour les problèmes
extérieurs, la politique du mystère aura vécu. Des questions
 précises posées aux ministres ne seront plus éludées
comme elles l’étaient si facilement dans le passé et notre
politique extérieure deviendra aussi claire qu’elle était
obscure. Avec le mystère disparaîtra le danger. Mais,
répétons-le, la condition absolue de la lumière serait que
le pays lui-même voutût voir clair. Ce serait une erreur
grave de croire que la guerre actuelle mettant fin à toutes
les querelles, on pourra s’endormir dans la paix future
sans aucun souci des questions extérieures. Quelles que
soient les stipulations de la paix et quelque défaite que
subisse l'impérialisme germanique, on n’aura supprimé
ni les intérêts ni les ambitions dont l’ensemble constitue
les impérialismes russe, anglais, italien, américain, japonais
 et français.
En admettant que toutes les précautions soient prises
pour assurer non seulement l’équilibre européen, comme
l'a fait pour une période de quarante ans le Congrès de
Vienne, mais bien l’équilibre mondial, peut-on affirmer
qu'aucune cause de rivalité ne surgira jamais entre les
six empires qui se seront partagé le monde? Est-ce au
lendemain du jour où le pacifisme vient de recevoir un
si éclatant démenti qu’en oserait se bercer d’une nouveille
 illusion dont le réveil serait plus tragique encore ?
Nous ne doutons pas que la leçon soit méditée en Angleterre
 et en Amérique. Notre seule crainte serait que ia

CONCLUSION
        <pb n="81" />
        80 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
France ne comprit pas et que l’aimable légèreté de notre
pays ne l’exposât à un nouveau désastre. Comment lui
communiquer tous les enseignements de cette terrible
expérience, comment l’empêcher d’oublier, comment lui
éviter le retour des erreurs qui ont rendu si inefficace la
préparation de sa politique impérialiste d’avant la guerre ?
Comment fortifier cette politique, mettre à sa disposilion
 tous les moyens de propagande et d’expansion ?
La France, espérons-le, sera désormais consciente de
la grandeur de son empire terrestre comme elle l’a toujours
 été de son royaume idéal dont les provinces sont
les idées de Justice, de Liberté et de Fraternité. Comment
 lui donner l’organisation nécessaire pour accomplir
dans l’univers sa mission traditionnelle ?
Cette organisation, l’État a déjà montré, par des
défaillances trop souvent renouvelées, qu’il ne pouvait
pas s’en charger à lui tout seul. L'initiative privée doit
la créer, car l’État a déjà trop de besognes à accomplir
dont il s’acquitte médiocrement. D'ailleurs les institutions
 autonomes rentrent bien dans le génie de notre
race et quelques-unes d’entre elles ont plus fait pour le
bon renom et la gloire de la France qu’aucune création
de l’État. Au premier rang de ces institutions autonomes
ne voit-on pas resplendir l’Institut de France, dont
aucune académie royale ou impériale, créée et patronnée
par un État, n’a jamais balancé le prestige, l’Alliance
française qui fait rayonner par le monde l’influence de
notre littérature, le Comité de l’Afrique française auquel
nous devons en grande partie la conquête de notre empire
africain, la mutualité et les syndicats agricoles qui ont
organisé dans notre pays l’assurance sociale et la prévoyance
 économique dont les lois spéciales et les administrations
 créées pour en assurer l’exécution n’ont jamais
pu ébaucher que de précaires et coûteuses et vexatoires
tentatives ?
        <pb n="82" />
        CONCLUSION

81

Ce qui devait être la caractéristique de la vitalité nationale
 d’un pays libre c’est la créatiori de grandes associations
 de propagande pour la défense de ses intérêts.
Ces organes existent en Allemagne et y permettent à
l’opinion publique de faire entendre sa voix. On a cru en
France, sans doute sur la foi des théories, que les institutions
 parlementaires suffiraient, et dès lors on s’en est
remis avec trop de confiance au Gouvernement pour faire
prévaloir les solutions désirées et nécessaires.
Il faut reconnaître aujourd’hui que ce système n’a
donné aucun bon résultat et que les encouragements ou
les satisfactions donnés aux différents intérêts nouveaux
par la collaboration du Gouvernement et du Parlement
semblent destinés surtout à servir des passions, des
rancunes, des utopies et des intérêts particuliers. C’est
le cas pour la marine de commerce, pour les lois sociales,
pour les lois financières, etc., etc.
Abandonner au gouvernement providence le soin de
tout régler indique une véritable décadence de l’énergie
nationale, dont le socialisme d’État a été la révélation la
plus navrante.
Nous croyons qu’il est nécessaire de voir se grouper
entre eux les hommes de bonne volonté qui croient
comme nous qu’il faut faire quelque chose pour la cause
de l'impérialisme français. Ce groupement indépendant
de l’administration officielle ne devrait-il pas compter
sur sa bienveillance si le Gouvernement continuait à
professer après la guerre la doctrine proclamée à la
tribune du Parlement par M. Briand, président du
Conseil, dans les termes suivants (*) :
« La tâche essentielle du Gouvernement est d’utiliser,
en les groupant en vue de la guerre, toutes les forces
vives de la nation ; de combiner, d’associer à cet effet les

{1) Déclaration ministérielle du 4 novembre 1915.

L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS
        <pb n="83" />
        82 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
efforts de tous les services publics. C’est par l’étroite,.
l’incessante coopération de toutes les bonnes volontés
que sera obtenue la victoire. » (Applaudissements.)
Sous quelle forme ce groupement pourrait être établi,
comment pourrait être constitué un très puissant comité
de la politique française, quelle serait sa tâche et quelles
seraient ses chances de succès, quelle influence une
pareille association patriotique pourrait-elle exercer, sur
les destinées de la nation, c’est le problème que nous
voudrions nous contenter de poser aujourd’hui, laissant
aux initiatives autorisées et à la réflexion de tous le soin
de tracer les cadres de l’entreprise.
Qu’il nous suffise maintenant de dégager les conclusions
 qui nous semblent devoir dominer la question.
Un des principaux enseignements de la crise actuelle
c’est que certaines théories internationales sont funestes:
au pays qui les importe de l'étranger. Au nombre des:
plus dangereuses sont apparues les utopies du pacifisme
et de l’internationalisme socialiste. Ces doctrines sont
utiles au pays qui les propage chez ses concurrents pour
les affaiblir ; elles sont une cause de faiblesse et de ruine
pour les nations qui les adoptent sans s’être assurées
qu’elles sont une règle de conduite pour leurs voisins.
La France doit adopter une politique conditionnée par
la connaissance exacte des devoirs et des obligations
aussi bien que des bénéfices que présente pour elle la
possession de son empire d'outre-mer.
Le programmé de la politique française comporterait
essentiellement les articles suivants :
1° La réforme sociale ;
2° La tolérance religieuse ;
3° La mise en valeur des colonies ;
k° La lutte contre l’étatisme ;
5° La création de richesses nouvelles, l’État protégeant
et encourageant toutes les grandes entreprises impé-
        <pb n="84" />
        CONCLUSION
riales, telles que ports, chemins de fer, marine marchande,
 concessions de mines, etc. ;
6° La propagande des principes de la politique extérieure
 ;
7° L'adoption d’une bonne politique financière; la
cessation du gaspillage; l’utilisation rationnelle des
ressources du pays;
8 La lutte contre la dépopulation.
Si tous les Français qui pratiquent aujourd’hui sans
défaillance l’union sacrée se mettaient d’accord pour
réaliser ce programme, il n’est pas douteux que la puissance
 de notre pays se développerait rapidement.
Et, selon le vœu que nous avons exprimé, la sécurité
de la France, compromise dans le passé par ses propres
fautes, plus encore que par le génie de son ennemie
héréditaire, serait fondée, dans l’avenir, sur sa propre
grandeur et sa force invincible.

83
        <pb n="85" />
        TABLE DES MATIÈRES

L — L’impérialisme et la guerre actuelle
IL. — Le principe des nationalités . . . .
HI. — Union sacrée et politique impériale
IV. — La grandeur de la France. . . .
V. — L'idée française à l’étranger .. .
VI. — La puissance de la France développée.
VII. — Tolérance religieuse et justice sociale .
VIIL. — La question religieuse. . . . . . .
IX. — La question sociale... . . .
X. — L'association syndicale propriétaire
XI. — Conclusion. . . . _

Pages
5
28
36
19
55
56

4
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84

7e
78

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NANCY, IMPRIMERIE BERGER-LEVRAULT — JUIN 1916
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        BERGER-LEVRAULT, LIBRAIRES-ÉDITEURS
PARIS, 5-7, RUE DES BEAUX-ARTS — RUE DES GLACIS, 18, NANCY

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Germania. L'Allemagne et l’Autriche dans la civilisation et l'histoire, par
René Lore, agrégé de l’Université. 1916. Volume in-12. . .. . . . 8fr. 50
La Guerre à l’allemande, par Jeanne et Frédéric Réaamev. a8 édition. 1915.
Volume in-12. 11 2 2222441 4 4114 0 ea 1 2 2... 10. 50
Culture et Kultur, par Gaston GarLLarD. a° édition. 10915. Volume in-8. 3 fr.

L'Allemagne et le Droit des gens, d’après les sources allemandes et les
archives du Gouvernement français, par Jacques DE DAMPrERRE, archivistepaléographe.
 1915. Volume in-4, avec r03 gravures (vues, portraits, fac-similés
de documents) et 13 cartes. . ta as ue ua 68 à à au ir
Les Violations des lois de ia guerre par l'Allemagne (Publication
faite par les soins du ministère des Affaires étrangères). 1915. Volume grand in-8
de 208 pages, avec de nombreuses photographies. . .. 2. 2 211 1 2 1É.
Les Dessous économiques de la Guerre, par Christian CoORNÉLISSEN.
Préface de Charles AnnLen, professeur à la Sorbonne. 1915... . . . . 60e.
La Prospérité économique de l’Allemagne. Sa « Place an Soleil »et
la Guerre, par Gaston Canoux, membre de l’Institut international de statistique,
ancien président de la Société de Statistique de Paris. 1916. In-12. . . . 40c.
Le Développement économique de l'Allemagne contemporaine
(1871-1914), par Albert PinGaup, consul général de France. 1916. Volume
in-m2 . . ,-. us à + c% 5e ax 790
L'Adversaire. Aperçu historique sur le développement de la puissance militaire
 de l'Allemagne, de ses origines à juin 1915, par C.-H. n'Estre, breveté
d'état-major. Volume in8.. , 2222 2002 Va 4e 1 11100 1
Le Reichstag impérial (1871-1912). Étude de démographie politique,
par Paul Mevnior, membre de la Société de Statistique de Paris et de l’Institut
tnternational de Statistique. 1914. Brochure grand in-8 . . . . . . . 2 fr. 75
L’'Autriche et la Hongrie de demain. Zes différentes nationalités d'après
les langues parlées, par Arthur Crervin, ancien président de la Société de
Statistique de Paris et de la Société d'Anthropologie. 1915. Volume grand in-8
avec de nombreux tableaux statistiques et, 6 cartes ethniques . . . . 3 fr. 50
La Provocation allemande aux Colonies, par Pirane-Auyre. Préface de
M. Albert Sannaur, ministre de l’Instruction publique, ancien gouverneur général
de l’Indo-Chine. Ouvrage honoré d’une souscription du ministère des Colonies.
1915. Volume grand in-8 de xun-244 pages, avec 10 cartes . . . . . . . Bfr
Le Séquestre des biens des Allemands et des Austro-Hongrois.
Guide juridique et pratique, par A. Sanvarp, en collaboration avec un Administrateur-Séquestre.
 1915. Brochure de 96 pages. . . .. . .. . . 1.50
L'Allemagne et sa situation économique, par Émile Cxantnior, agrégé
de l'Université. Avec une préface de M. Wilhelra Fœnsren, professeur à l’Université
 de Berlin. 1910. Volume in-12, broché... 1 1.111127 . 2fr.50
Jusqu'au Rhin. Les Terres meurtries et les Terres promises, par À. pe Pou-YOURVILLE.
 1916. Volume in-12, avec 32 cartes. . . .. . . .. . . 8fe. 50
Le Pangermaniste en Alsace, par Jules FrokL:cn. (19:3.) 11° mille. 1915.
Volume in-12, avec 16 dessins par HANSI, broché... . 2.2... TBe
La Vie des grandes Capitales de l’Europe. Études comparatives sur
Londres, Paris, Berlin, Vienne, Rome, par Gaston Capoux.. 2° édition, revue et
augmentée. 1913. Volume in-12 de 380 pages, broché. .. .. .. . / . 4%.
Les Grands Ports extra-européens et le Commerce international,
par Emile CranTrioT, docteur ès lettres: 1910. Br. in-8 de 66 pages. 1 fr. 25
La France aux États-Unis. Comment concurrencer le commerce allemand,
par Louis RouQUETTE. 1015. Brochure in-8. . . … | 1 1e 95
        <pb n="87" />
        BERGER-LEVRAULT, LIBRAIRES-ÉDITEURS

PARIS, 5-7, RUE DES BEAUX-ARts — ACE DES GLacIS, 18, NANCY

© Aer PE

Las Traîté de Francfort. Etude d'histoire diplomatique et de droit internefional,
 par Gaston Mar, professeur à l’Université de Paris. (Ouvrage récompensé
par l’Académie des Sciences morales et politiques.) 1910. Volume in-8 de
pages, avec 3 cartes dans le texte, broché . 1420222 BA
La France d'aujourd'hui et la France de demain. Etudes sociologiques,
 par Jules n'Auarac, préfet honoraire, consul général de France. Nouvelle
édition, revue et augmentée. 1908. Un volume in-1a, broché. . . . . 2 fr. 50
La Grande Nation (La France devant l'Europe). Études sociologiques,
par le mème. t9:0. Un volume in-12, broché... . 1. 22.222121 31e
Le Règne de Paris et la Commune rurale, par le même. ror1. Un volume
grand in-8 de 188 pages, broché .. ..........2....... 81.50
Deux RapIhiquee [érence et Suisse). Etudes sociologiques, par Un Di-PLOMATE.
 1912. Un volume in-12 de 323 pages, broché. .. .. .. 8#w.50
L'Effort de la France, par Victor Bénarn, Gabriel SéarLues, Paul Dauzet,
Lucien Levr-Bnunc et Victor Bascu. Préface par Alfred CroiseT. 1916. Volume
Înela 21 2 2 2 01 2 8 2 4 0 4 0 8 4 0 1 61 1 1 12 1110 +22 60.
Le Nerf de la Guerre. Les Ressources de la défense nationale, par G. Cenreran
pe Mépersuemm, Chief des bureaux du service des émissions de la Défense
nationale. 1916. Volume in-13, avec 3 gravures. .. .. .. .... 1#. 50
Le Crédit de Banque en Allemagne et en France et notre avenir
économique, par F. Durtessis, experl-comptable près la Cour d'appel de
Paris. 1916. Volume in8. . . 1.1.2 2 0 020000 0 2 0000 0. Ar
L'Organisation du Crédit en Allemagne et en France, par André
Liesse. 1915. Volume in-12 .. 1.222222 0 12211102 0. 90e.
La Vie économique en Fyance pendant la guerre actuelle, par
Paul BeaUREGanD. 1915. Volume in-12. à 2 2 2 500000000000 40 c.
Les Finances publiques et la Guerre. Étude d'ensemble (France et Etranger),
 par F.-J. Gousat. 1915. Brochure de 96 pages .. . . .. .. 1. 25
Les Affaires, la Bourse, les Banques et la Guerre: Etude complète,
par F.-J. Compar, chef de portefeuille, expert-comptable judiciaire. 1915. Tree
de 96 pages... 2222-22 00 0000 0 00040 000 00 MON
Les Dommages de guerre. Conslatntion et Evaluation. Catégories de
dommages. Formalités $ remplir. Textes officiels. Tableaux et formules. 1915.
Brochure de 112 pages. .. . . + 2600 + 2 0 00 018 10500 1 25
Les Assurances et la Guerra. Avec commentaire juridique et pratique, par
F.J. Compar. 1915. Brochure de 80 pages. . . 2 ++ 2 +0 0001000 Tr.
La France de Demain, par bucien pe Bonseron. 1915. Broch. in-1a. 30 c.
La Valeur immobilière du Territoire français envahi au 15 novembre
 1914. Communication faite à la Société de Stalistique de Paris, par
E. Micner, inspecteur principal du Crédit Foncier de France. 1915. Grosioge
grand inB . 2.220 0200 00000 000000 050000010880 .
‘ ; . pet À ; i jale, par
Le Pays de Briey. Hier et aujourd'hui. Étude industrielle et sociaie,
Georges Hortexcen. (Bibliothèque du Musée social.) 1912. Un volume in-t3, 2e
une carte hors texte, broché. .. 1. 2 +2 0 0 0505 01000 0° ré Ha
sus Ss
Le Nouveau Bassin minier de Meurthe-et-Moselle et son r
ferré, par Auguste PawLowski, rälacteur au Journal des Den 1900.
volume in-12 de 128 pages, avec 20 gravures et une carte en couleu 3 Tr.
in-folio, broché . . . 2 82400005 00000000 A à a seit
Les Ports de commerce français, par Albin Hoant, membre de:
d'économie politique. Préface de M. ‘Daniel BELLET, professeur à rene ne
Sciences politiques. 1911. Volume in-1a de a61 pages, avec une phoiog
potitiq 9 $ gfr. 60
et 3 planches hors texte, broché . . ae een *°

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MANCT, IMPRIMERIE MERGER&amp;lt;LEVRAULT
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    </body>
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