26 LA MAIN-D’ŒUUVRE ITALIENNE EN FRANCE
continue M. De Feo, étaient attirés, et cela pour des
raisons à la fois morales et économiques. Au point
de vue de la protection sociale — et on s’en rend
compte aisément en étudiant la convention italo-allemande
 de 1913, — nos émigrants trouvaient en Allemagne
 toutes les garanties possibles, notamment quant
au chômage, aux accidents et à la maladie’. Et au
point de vue moral, dans aucun autre pays ils n’avaient
davantage l'illusion du chez soi. Ils étaient en effet
séduits par la gentillesse de leurs hôtes, leur amabilité
 et la solidarité que dans le travail ceux-ci savaient
 habilement établir, si bien que, entre une
France démocratique, mais non libérale envers l’étranger,
 et une Allemagne militariste, mais protectrice de
l'étranger, nos émigrants n'hésitaient pas, et se rendaient
 en Allemagne, où ils contribuaient largement
à produire ces marchandises qui revenaient ensuite
sur notre marché et concurrençaient nos propres produits.
 »

1. Il faut ajouter que les salaires étaient en Allemagne notablement
 supérieurs à ceux payés en France. Une enquête faite en 1905
par le Board of Trade anglais, et publiée en 4910 dans le Recueil de
statistique municipale de la Ville de Paris, à établi qu'à l'époque les
salaires français étaient aux salaires anglais comme T5 est à 100 et
aux salaires allemands comme 88 est à 100. D'autre part, en ce qui
-oncerne les heures de travail fournies par semaine, le chiffre anglais
étant de 100 heures, le chiffre français était de 117 et l'allemand de
(44. « Si bien, ajoute M. Landry dans l'exposé des motifs de sa proposition
 de loi, qu'en définitive, le taux horaire du salaire des
ouvriers, le terme de comparaison 100 étant fourni par l'Angleterre,
s'établissait à 64 pour la France et à 75 pour l'Allemagne. Mème en
tenant compte de la cherté de la vie un peu plus grande en Allemagne,
 il apparaît qu'en 1903 la condition de l’ouvrier allemand
était supérieure à celle de l’ouvrier français. De 4906 à 1913 il est
hors de doute que la différence n’a fait que s’accentuer. »