LA MAIN-D'ŒUVRE ITALIENNE EN FRANCE 27
On ne peut nier, en effet, qu’avant la guerre il n’y ait
eu bien souvent chez nous, au moins dans certaines
fractions de la classe ouvrière, une hostilité assez vive
contre les travailleurs étrangers. Cette hostilité était
faite tout ensemble de défiance et de supériorité, l’ouvrier
 français se jugeant beaucoup plus capable, plus
« avancé » — à tous les points de vue — que le travailleur
 immigré. « Ce sentiment, écrit M. le député
Angiolo Cabrini*, s’il pouvait laisser indifférent l’émigrant
 italien d'autrefois, irrite l’émigrant d’aujourd'hui,
 parce que celui-ci a conscience de la valeur
sociale de son travail, du degré de développement et
de l'importance internationale de la nation à laquelle
il appartient. » Quant aux lois sociales, il n’est pas
douteux — et nous reviendrons plus loin sur ce point
— que la situation faite, par exemple par la loi française
 sur l’invalidité et la vieillesse, aux immigrants
ne soit beaucoup moins avantageuse que celle faite
par la loi allemande, À beaucoup d’autres points de
vue encore, les émigrants italiens ne trouvent pas chez
nous les sécurités qu’ils trouvaient en Allemagne.
La guerre, si elle a arrêté l’émigration volontaire
vers la France comme vers les autres pays, a créé
cependant, entre la main-d’œuvre française et la maind'œuvre
 italienne, certains liens qui pourront sans
doute faciliter pour le temps de paix l’établissement
d'un régime nouveau. Le Commissariat italien de
l’émigration, qui dépend du Ministère des Affaires

1. Corrispondenza settimanale, Ufficio del? Emigrazione, Societa
Umanitaria, 5 octobre 1947.