Tous, tant qu’il s'agissait de leur délivrance du joug turc se sentaient solidaires; ce n’est qu’après avoir réussi qu’ils commencèrent à se disputer, à se faire la guerre, continuant les mêmes querelles qui avaient amené, il y a cinq siècles, les Turcs en Europe. De nos jours même, la dernière guerre contre la Turquie, en 1912, avait été proclamée par les alliés chrétiens, les Monténégrins, les Grecs, les Serbes et les Bulgares, au nom de la délivrance de leurs frères du joug de l’ennemi de leur religion, le Turc. Ce n’est qu’après une victoire foudroyante, quand ‘l’armée bulgare s'arrêtait devant les portes de Constantinople que le vin de la victoire obscurcit leur raison et les poussa à s’entre-déchirer pour leur plus grand malheur. On a dit très justement que cette guerre avait été la dernière des croisades, car elle se termina aussi piteusement qu’elles. Vues sous cet angle, les nationalités dans les Balkans procèdent de l’idée religieuse, ce qui est confirmé par les faits historiques qui ont accompagné l'affranchissement des peuples balkaniques et sprécialement des. Bulgares. Entre tous, c’est ceux-ci qui ont été le plus éprouvés par la tyrannie turque, c’est sur eux que l'esclavage s'était le plus lourdement appesanti; et ce qui est le plus tragique pour les Bulgares ce joug était aggravé et entretenu par l’oppression spirituelte du clergé grec. Les Sultans, passe encore; mais le Patriarche grec, c’était la mort sûre et certaine de la nationalité bulgare. Les chefs bulgares de la renaissance virent cette menace mortelle pour leur peuple, et comprirent que ce qui importait avant tout c’était l’affranchissement de la conscience nationale, qui préparera la libération politique du peuple bulgare, à l'inverse de ses voisins qui recoururent aux armes avant de s'occuper de l’école et de l’église. Fait significatif: pendant l’époque sombre du joug turc, les lettes bulgares avaient subsisté. Des flambeaux, rares il est vrai, entretenaient le feu sacré spécialement dans les’ sanctuaires religieux. Dans les monastères du Mont-Athos, de Treskavetz près de Prilep, à St. [van de Bigor, des écoles existaient au XVIII-me siècle où l’on enseignait le vieux bulgare. Au commencement du XIX-me siècle des écoles bulgares sont ouvertes successivement: en 1810 à Vélès, en 1817 à Kitchevo, en 1820 à Kratovo et à Koutchevista, avec 100 élèves en 1826. Les yeux des Bulgares macédoniens s'ouvrent spontanément à la lumière qui se propage en quelques années sur tout le pays. Nous trouvons des écoles bulgares déjà en 1833 à Salonique et en 1840 à Koukouch où enseignait l’apôtre national D. Miladinoff. Les Bulgares commençaient leur lutte grandiose sur ces deux fronts, parallèlement, Inaugurée en 1830 à Scopié, au coeur même de la Macédoine, la lutte pour l’église et l’école prit fin, après diverses vicissitudes, en 1872 par la création d’un Exarchat bulgare à Constantinople. C’était une victoire éclatente contre l'église grecque; les Bulgares obténaient un centre culturel, un chef, une église et des écoles nationales, Hs étaient définis dans leurs limites ethnographiques au milieu des autres nationalités de la Turquie. Ce résultat magnifique a été obtenu grâce surtout à l’activité des Bulgares Macédoniens.