zontre la langue nationale devient un outrage que l’homme ressent avec une douleur aiguë dans son âme. Il se révolte de se voir traiter en être inférieur et loin d’aimer l’Etat qui la lui inflige, il le hait dans son fort intérieur. C’est une valeur morale, du plus intime de l'homme, qui dirige les individus et les masses populaires vers leurs destinées, C’est, si l’on préfère, le Credo, de l’homme moderne, qu'aucune violence ne saurait réduire. La prétention des Etats nouveaux de dominer les consciences est un retour à la barbarie à jamais disparue du moyen âge. Elle est condamnée par l’histoire. Une oppression semblable rencontrera toujours une réaction violente chez tout homme qui se respecte L'outrage au sentiment national ou religieux — ce qui revient au même — est ressenti comme une cruelle insulte qu’on n’oublie jamais. Au commencement du XX-me siècle les nationalités se donnaient» dans les champs clos de l’Autriche-Hongrie et de la Turquie des batailles décisives. On pouvait déjà prévoir l’effondrement de ces empires jadis très puissants. Les nationalités leur faisaient une guerre sans merci, chacune travaillant À leur ruine et attendant leur désagrégation intégrale pour constituer un Etat séparé. Aujourd’hui chacun peut voir les résultats ‘auxquels sont arrivés ces deux empires, pays classiques des luttes nationales: leur complet effondrement. C’est justement cet exemple qui effarouche les nouveaux Etats qui en ont hérité: ils craignent que les compétitions nationales ne donnent les mêmes résultats chez eux. Pour l’observateur attentiff cette crainte n’est pas sans fondement. Parce que, ce qui a constitué des forces centrifuges à Vienne et à Constantinople, ce n’est pas les droits octroyés aux nationalités; tout au contraire, c’est la mauvaise volonté de les exécuter franchement, les subterfuges dont se servaient Turcs et Autrichiens pour les saboter sournoisement. Quand Turcs et Autrichiens s’aperçurent, vers 1914, qu’ils couraient au précipice, il était déjà trop tard; les diverses nationalités étaient devenues leurs ennemis irréconciliables. Cette politique à courte vue, qui a valu à la Turquie la perte de toutes ses possessions en Europe était arrivée à son apogée sous le régime des jeunes Turcs en 1908, quand des politiciens novices, imbus de chauvinisme se mirent à turquiser tous les élémenrs disparates de l’empire afin de les amalgamer en une nation turque. C'était un coup de folie qui leur valut la guerre balkanique de 1912 avec toutes ses conséquences. La révolution Jeune-Turque, dirigée spécialement contre les révolutionnaires macédoniens, n’était au fond qu’une farce qui a précipité les événements. Pourtant une application franche des réformes que l’Europe toute entière conseillait, pouvait conserver la Turquie et lui assurer une existence tranquille pour longlemps encore. Les nouveaux Etats qui craignent les prétentions des minorités nationales devraient plutôt tirer une leçon de ce’ qui arriva à la Turquie et à l’Autriche-Hongrie. Ils versaient alors que l'application des droits