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PRÉFACE

Déjà, par une heureuse concentration d’efforts, nous
essayons de nous guérir du mal terrible de notre individualisme,
 dont les deux microbes sont : égoïsme et routine. A
Lyon où fonctionnaient les usines allemandes, Edouard Herriot,
 l’un des premiers, se préoceupa de restituer à la
France le bénéfice de ses inventions, exploitées Outre-Rhin.
On sait trop ce défaut de notre nature ; nous semons et ne
récoltons pas ! Nous avons été, en matières colorantes comme
en tant de domaines, les imaginateurs, et nous avons laissé
les autres réaliser. L'heure est venue de profiter du bouleversement
 tragique de nos habitudes. Savants et industriels
désormais vont collaborer, mettre en commun leurs capitaux.
 Les usines de guerre, qui fabriquent poudre et explosifs,
 deviendront les usines de la paix, productrices des
matières colorantes nécessaires à la foule des industries. Où
l'on créait de la mort, on animera, par une ingénieuse
chimie, mille métiers nourriciers. Couleurs, médicaments,
parfums, que sais-je ? De vastes sociétés surgiront, comme
cette Compagnie nationale de Matières colorantes et de Produits
 chimiques qui se fonde au capital. de 40 millions et que
la faveur publique soutiendra sans nul doute.
Assez de cet individualisme dont nous faillimes périr !
Gardons-en la vertu essentielle, mais en la coordonnant, en
la disciplinant. Et mettons-nous y tous, l'Etat comme les
particuliers, ou bien nous aurons perdu, pour rien. combien
de centaines de milliers d'hommes, et combien de centaines
de millions ? Oui, tout perdu « fors l’honneur » !
Beau mot. mais qu’il suffit à l'Histoire de France d'avoir
enregistré, une fois pour toutes.

Vicror MARGUERITTE