OPINION D'UN CHIMISTE-COLORISTE, ETC.

Tandis que les fabriques de matières Colorantes étaient er
plein progrès à l'étranger, on put observer un engourdissement
regrettable de l'énergie industrielle française.
Cette désastreuse inertie avait pour cause l'indifférence de nos
savants chimistes, qui considéraient malheureusement les recherches
 d'application comme indignes d’eux, et préféraient les
recherches de spéculation pure. Ceux-ci se désintéressèrent donc
des applications industrielles au grand détriment de l'industrie
naissante des matières colorantes.
Aussi malgré plusieurs des plus importantes découvertes francaises,
 comme celles de Croissant et Bretonnière faites en 1873
(Cachou de Laval), prototype de matières colorantes sulfurées,
comme celle de Rosenstiehl en 1874 (la nitro-alizarine) et celle de
Roussin en 1876 (qui inventa les couleurs azoïques), comme
celle de Prud'homme (1877) qui fit le bleu d’alizarine ; de Lauth
qui trouva la chrysoïdine, les orangés, bleu méthylène et de Vidal
 avec son noir au soufre qu’il produisit en 1893, etc., aucune
de ces découvertes, pour ainsi dire, ne fut profitable à notre
pays, tandis que les maisons allemandes s’en emparèrent pour
en tirer d'énormes bénéfices.
En exploitant avec une habileté consommée toutes ces inventions,
 dues au travail des autres, grâce aussi à l'expérience indiscutable
 qu’ils avaient su acquérir, les Allemands se lancèrent
alors dans la fabrication de ces innombrables produits qui conduisirent
 leurs usines de succès en succès.
Graebe et Liebermann commencèrent le mouvement en réalisant
 la synthèse de l’Alizarine (Principe colorant de la Garance).
La fabrication de ce colorant fut entreprise pendant le cours
de la même année et exploitée par des maisons allemandes, qui
obtinrent de si bons résultats, que peu de temps après elles lui
faisaient remplacer la garance.
Les effets de cette substitution ne tardèrent pas à avoir leur
répercussion chez nous, et la culture de la garance, jusqu'alors
si florissante dans le midi de la France, commença à péricliter
pour disparaître complètement par la suite.