50 VERS LA RENAISSANCE DES MATIÈRES COLORANTES
prendre l’engagement d’utiliser eux-mêmes les produits qui leur
étaient ainsi vendus.
Cette organisation hâtive ne donna, qu’en partie seulement,
satisfaction aux intéressés.
En effet, étant donné qu'au début des opérations, on ne pouvait
 qu’avec peine contenter les teinturiers qui fournissaient
lPArmée, il devint à plus forte raison impossible de satisfaire les
demandes de ceux qui s'occupaient d’affaires pour leur propre
compte.
Les prix des couleurs d'aniline augmentèrent alors graduellement
 dans des proportions si incroyables qu'à l’heure présente
ils sont six, dix et douze fois supérieurs à ceux d'avant la
guerre.
Malgré cette majoration excessive, les stocks furent enlevés
très vite par certains industriels diligents qui voulaient, coûte
que coûte, continuer leur fabrication, conserver le gagne-pain de
leur personnel et assurer ainsi l’activité commerciale de la
Nation.
Si honnête que fut l’origine de ces opérations, elles n’en suggérèrent
 pas moins des jalousies malsaines.
Beaucoup de ces irréprochables travailleurs furent carrément
accusés de trafic tendancieux avec l'ennemi ! J'ai idée que les
auteurs de ces délations, st haut placés qu’ils soient, et si compétents
 qu'ils paraissent, auront du mal à se faire pardonner une
erreur aussi sournoisement diffamatoire.
Ce n'était pourtant un secret pour personne que l’Allemagne,
jalouse de son monopole, n'avait consenti, qu’après de très
grandes difficultés, à vendre ou à échanger ses produits aux pays
limitrophes et qu'elle y avait encore mis cette condition rigoureuse,
 à savoir: que les colorants ne devaient sous aucun prétexte
 passer les frontières des pays neutres. Alors ??
Les stocks, aujourd’hui, sont épuisés et l'on ne peut trouver
de produits ailleurs qu'à l’Office national qui les distribue parcimonieusement.
 Or, il paraît que toute la production satisfait.
à peine, 40 0/0 des demandes actuelles ; ce serait à désespérer…
Heureusement la Compagnie Nationale des Matières colorantes
et de Produits chimiques, dont j'ai déjà parlé au cours du cha-