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        <title>L' Allemagne économique ou histoire du Zollverein Allemand</title>
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            <forname>Émile</forname>
            <surname>Worms</surname>
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        </author>
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L’ALLEMAGNE  ECONOMIQUE

HISTOIRE  HU  ZOLLVEREIN  ALLEMAND

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        L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE
oi:
HISTOIRE  DU  ZOLLVEREIN  ALLEMAND

Emile  WORMS
*  AVÖtAT
.  PnOFESSF.in  A  !  ÉCOLE  l&amp;gt;E  DROIT  DE  D  E  K  X  E  *

TARIS
A.  MAKKSCQ  AÎNÉ,  LinHAlHE-ÉDITEUK
Rue  Soufflot,  17,  prés  le  Panthéon

1874
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        AVERTISSEMENT

Le  livre  que  nous  publions  aujourd’hui  est  le
fruit  de  six  années  de  recherches  et  de  travail.  En  entreprenant ­
  de  l’écrire,  sans  nous  laisser  arrêter  par
des  difficultés  de  toute  sorte,  nous  avons  cru  accomplir ­
  un  devoir  et  acquitter  une  dette.  Le  devoir
nous  était  en  quelque  sorte  imposé  par  la  publication ­
  antérieure  de  notre  Histoire  ffe  ¡a  hirjne  hanséatique^
  qui,  en  exhumant  le  passé  économique
déjà  si  mémorable  de  l’Allemagne,  appelait  à  sa  suite
comme  un  complément  nécessaire  de  l’histoire  générale ­
  du  mouvement  des  intérêts  matériels  dans  ce
vaste  pays,  la  relation  du  phénomène  économique
le  plus  curieux  et  le  plus  fécond  en  conséquences
(|ui  se  soit  produit  dans  les  temps  modernes.  Quant
à  la  dette,  toute  de  reconnaissance,  il  nous  semblait
l’avoir  contractée  vis-à-vis  de  l’Institut  de  France,
qui  avait  provoqué  et  couronné  notre  Étude  sur  la
Ligue  hanséatique,  et  vis-à-vis  du  public  lui-même,
dont  la  grande  bienveillance  a  ratifié  le  jugement
de  l’Académie.  Les  préoccupations  patriotiques  ne
sont  pas  non  plus  restées  étrangères  à  notre  détermination. ­
  Bien  qu’en  eilet  nous  ayons  travaillé  au
        <pb n="10" />
        VI

AVERTISSEMENT.

présent  ouvrage  pendant  la  guerre  franco-allemande
et  layons  terminé  seulement  depuis  la  paix,  nous
le  commencions  dès  1868,  c’est-à-dire  à  un  moment ­
  où,  pressentant  déjà  l’orage,  nous  songions,
dans  la  mesure  de  nos  moyens,  à  le  détourner,
en  développant  avec  prédilection  ce  qui  faisait
la  véritable  grandeur  de  nos  voisins  et  ce  qui  pouvait ­
  en  faire  nos  amis  plutôt  que  nos  adversaires.
Peut-être  cependant  la  durée  de  notre  composition
aura-t-elle  nui  à  son  unité,  en  s’étendant  à  une  période ­
  où  sont  venus  se  placer  des  événements  aussi
brusques  que  considérables,  qui  ont  modifié  la  situation ­
  du  tout  au  tout.  Quoi  qu’il  en  soit,  ces  événements ­
  nous  ont  surpris  en  route,  sans  nous  décourager, ­
  sans  interrompre  notre  marche.  Une  refonte,
faisant  disparaître  d’une  manière  complète  la  trace
des  événements  survenus  au  cours  du  travail,  et
mettant  toutes  ses  parties  en  harmonie  absolue
avec  l’état  de  choses  actuel,  ne  nous  a  pas  paru  d’ailleurs ­
  réclamée  impérieusement  par  l’intérêt  de  nos
lecteurs,  qui,  au  contact  de  souvenirs  non  entièrement ­
  éliminés,  ne  revivront  que  mieux  les  dernières
années,  si  pleines  et  si  marquantes  !  Que  si  nous
n’avons  pas  atteint  un  des  buts  que  nous  poursuivions ­
  en  nous  mettant  à  l’œuvre,  notre  écrit  reste
toujours,  dans  notre  pensée,  de  ceux  qui  peuvent  et
doivent  prévenir  le  retour  des  chocs  que  nous  voulions ­
  éviter  une  première  fois,  et  nous  sommes  redevable ­
  à  ce  retard  involontaire  d’une  compensation
        <pb n="11" />
        AVEUTISSEMENT.

Vil

inestimable  pour  l’auteur,  celle  qui  lui  permet  de
publier  aujourd’hui  l’histoire  d’une  institution  fameuse ­
  arrivée,  sous  sa  forme  générique,  au  terme  de
son  développement,  sans  donc  que  ni  lui,  ni  ceux
qui  l’interrogeront  aient  à  redouter  la  surprise  de
faits  nouveaux  !  Ce  qui  revient  à  dire  que  nous
nous  sommes  trouvé  en  mesure,  grâce  au  dénomment ­
  qui  a  précédé  la  présente  publication,  de
dire  le  dernier  mot  sur  l’association  douanière  allemande ­
  proprement  dite,  si  tant  est  que  nous  n’ayons
pas  trop  présumé  de  nos  forces  !

Septembre  1873.

L’AUTEÜR.
        <pb n="12" />
        t  v

*  A
        <pb n="13" />
        L’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE
ou
HISTOIRE  DU  ZOLLVEREIN  ALLEMAND

CHAPITRE  PREMIER
DES  ORIGINES  DO  ZOLLVEREIN"  JUSQU’a  SON  ÉTABLISSEMENT.
Quand  une  idée  quelconque  prend  sa  source  dans
des  sentiments  généreux  ou  dans  des  intérêts  légitimes, ­
  il  est  bien  ,rare  quelle  ne  triomphe  tôt  ou
tard  des  obstacles  qui  surgissent  sur  sa  route,  et
quelle  ne  finisse  par  acquérir,  dans  le  domaine  des
faits,  des  dimensions  dépassant  même  les  espérances ­
  originaires.
L’unité  de  la  grande  patrie  allemande  a  été  bien
longtemps  traitée  de  rêve  patriotique,  et  voilà  cependant ­
  que  ce  prétendu  rêve,  qui  était  en  réalité
une  belle  aspiration  nationale,  se  trouve  être  à  peu
de  chose  près  un  fait  accompli  I  Et  quant  au  Zollverein ­
  allemand,  qui  plante  aujourd’hui  sou  drapeau ­
  sur  une  surface  territoriale,  dont  les  contours
servent  également  de  délimitation  [à  l’Allemagne
        <pb n="14" />
        9  L  ALLE  MAGNE  ÉCONOMIQUE.
entière  par  une  coincidence,  objet  des  vœux  les
plus  ardents,  il  suffit,  pour  mesurer  le  cliemin'qu’il
a  fait  faire  à  une  excellente  conception  économique,
de  remonter  à  ses  premiers  tâtonnements  et  à  ses
modestes  débuts.
L’évocation  de  l’ancien  Empire  germanique  n’est
pas  de  nature  assurément  à  éveiller  des  souvenirs
sympathiques  chez  les  partisans  de  l’unité  commerciale ­
  ou  douanière,  car,  s’il  y  eut  à  la  têtede  cet
Empire  de  prétendus  continuateurs  des  Césars,  entourés ­
  de  tout  l’apparat  du  pouvoir  suprême,  l'autorité ­
  réelle  se  trouvait  éparpillée  entre  une  quantité
innombrable  de  seigneurs  féodaux,  constamment  en
lutte  entre  eux  ou  avec  le  souverain,  se  comportant
comme  des  maîtres  absolus  sur  leurs  terres  respectives, ­
  s’y  livrant  à  des  violences  et  â  des  exactions
de  toute  sorte,  déterminant  à  coups  de  juridictions
et  à  coups  de  péages,  tant  par  terre  que  par  eau,  un
fractionnement  presque  atomique  du  territoire  qui
créait  des  obstacles  voulus  à  toute  entente  soit  dans
l’ordre  politique,  soit  dans  l’ordre  matériel.  Enees
temps  semi-barbares,  où  l’individualisme  germanique ­
  s’accusa  d’une  façon  vraiment  désordonnée,
le  sentiment  de  la  solidarité  s’était  si  peu  emparé
encore  de  la  nation,  que  la  France  trouva  longtemps
dans  les  princes  de  l’Empire  des  alliés  pour  sa  politique ­
  contre  la  maison  d’Autriche,  et  la  résistance
de  ces  princes  vis-à-vis  de  l’Empereur,  inspirée  bien
plus  encore  par  la  soif  de  l’indépendance  que  par  des
        <pb n="15" />
        DES  OniGINES  DU  ZOLLVEREIN.  3
antipathies  religieuses,  finit  même  par  obtenir  la
sanction  du  fameux  traité  de  Westphalie  conclu  en
1648.  Il  arriva  ainsi  que,  tandis  que  chez  nous  le
temps,  les  mœurs  et  une  politique  habile  avaient
amené  successivement  la  fusion  de  bon  nombre  de
territoires  autrefois  indépendants  les  uns  des  autres
en  une  monarchie  fortement  constituée,  où  il  n’y
avait  place  que  pour  l’exercice  d’un  seul  pouvoir
souverain  non  moins  universellement  respecté  que
reconnu,  et  où  la  communauté  du  régime  devait
nécessairement  entraîner  à  sa  suite  la  communauté
des  efforts  et  des  institutions,  chez  nos  voisins,  au
contraire,  il  n’y  a  guère  eu  jamais,  auxépoques  vers
lesquelles  notre  pensée  se  reporte,  que  les  apparences ­
  d  une  centralisation,  assez  énergique  sous
certains  règnes,  mais  s  affaiblissant  par  degrés,  attaquée ­
  victorieusement  par  les  grands  et  les  petits
vassaux  de  l'Empire,  aux  prises  ensuite  avec  la  maison ­
  royale  de  Brandebourg,  qui  devint  soudainement ­
  une  puissance,  et  obligea  dès  ce  moment  le
Midi  à  compter  avec  le  Nord,  en  attendant  qu’il  eût
à  subir  sa  loi,  battue  complètement  en  brèche  par
les  armées  révolutionnaires  de  la  France,  et  venant
enfin  proclamer  elle-même  la  fin  de  son  existence  si
troublée  dans  l’acte  où  le  petit-fils  de  Marie-Tliérèse
abdiquait  sa  qualité  depuis  longtemps  nominale
d’Empereur  d’Allemagne  !
Mais  le  bien  germe  quelquefois  dans  l’excès  du
mal  I  A  côté  des  intérêts  généraux  en  souffrance.
        <pb n="16" />
        4

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

il  y  avait  les  intérêts  individuels,  qui  témoignaient  de
quelque  vitalité  ;  sur  certains  points  de  l’Allemagne,
notamment  dans  diverses  cités  septentrionales,  régnait ­
  une  certaine  activité  industrielle  et  mercantile ­
  ;  toutefois  des  efforts  isolés  n’auraient  pu  efficacement ­
  tenir  tête  aux  seigneurs  qui  rançonnaient
ou  détroussaient  les  passants,  aux  pirates  qui  infestaient ­
  les  mers,  aux  vexations  dont  on  abreuvait  les
forains,  au  déchaînement  enfin  de  tous  les  éléments
destructeurs  d’un  travail  quelconque,  sous  quelque
forme  qu’il  se  produisît  ;  et  c'est  ainsi  qu’au  sein
même  du  désordre  on  voit  poindre  vers  le  treizième
siècle,  et  grandir  jusqu’au  dix-septième  la  fameuse
liqm  Hanséatique^  cette  vaste  agglomération  des
communes  urbaines  les  plus  florissantes  du  nord
et  même  du  centre  de  l'Allemagne,  formée  dans  le
but,  nonpas,commeonpourraitlecroire,defairefaire
cause  commune  à  ses  membres,  de  confondre  leurs
mises  et  leurs  résultats,  mais  de  réagir  simplement
contre  les  causes  perturbatrices  des  entreprises  individuelles, ­
  en  opposant  à  des  adversaires  nombreux
et  puissants  des  forces  collectives,  &amp;lt;i  l’ombre  desquelles ­
  chaque  participant  continuait  à  courir  pour
son  compte  personnel  les  bonnes  et  les  mauvaises
chances  des  opérations  commerciales  par  lui  engagées. ­
  Comme  on  le  voit,  l’unitication  réalisée  par  la
hanse  Teutonique  dans  la  sphère  de  la  bourgeoisie
industrieuse  et  marchande  n’effaçait  pas  le  moins  du
monde  le  pluralisme  ou  le  séparatisme,  et  tout  de
        <pb n="17" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.

5

même  cette  ligue  offre  pour  le  moyen  âge  et  pour
le  passé  de  l’Allemagne  un  spectacle  vraiment
admirable  du  rapprochement,  de  la  concentration ­
  des  forces  vives  d’un  grand  pays,  spectacle
qui  ne  survécut  pas  d’ailleurs  aux  troubles  sociaux,
sans  lesquels  ce  déploiement  exceptionnel  d’efforts
communs  ne  fut  pas  devenu  nécessaire.
Il  paraît  même  qu’en  cette  matière  des  douanes,
qui  va  désormais  nous  occuper  exclusivement,  le
commencement  du  seizième  siècle,  si  fécond  en  miracles, ­
  vit  surgir,  mais  non  triompher,  hélas  !  un  plan
unitaire,  conçu  d’ailleurs  dans  une  pensée  moins
économique  que  fiscale  et  politique,  puisqu’il  avait
pour  but  de  consolider  le  pouvoirimpérial,  en  cherchant ­
  à  lui  procurer  des  ressources  indépendantes.
Ce  plan,  auquel  semblent  avoir  été  acquises  les
sympathies  personnelles  de  Charles-(}uint,  consistait ­
  dans  1  établissement  d’une  ligne  de  douanes  sur
les  frontières  de  l’Empire,  laquelle  aurait  pris  son
point  de  départ  à  Nikolsbourg  en  Moravie,  serait  allée ­
  rejoindre  Vienne,  pour  passer  ensuite  par  Cratz,
Villach,  Brunegg,  Inspruck,  Feldkirchen,  aurait  gagné ­
  le  Rhin,  touché  successivement  à  Strasbourg,
Metz,  Luxembourg,  Aix-la-Chapelle,  et  se  serait
aussi  développée  le  long  des  côtes  maritimes,  où
Bruges,  Anvers,  Berg-op-Zoom,  Utrecht,  les  villes
Hanséatiques  depuis  Hambourg  jusqu’à  Danlzick,
Kœnigsberg  enfin,  étaient  désignés  comme  bureaux
de  perception.  Cette  ligne  circulaire,  qui  enserrait
        <pb n="18" />
        6

l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

donc  toutes  les  parties  de  T  Allemagne,  ne  pouvait
être  franchie  gratuitement  que  par  les  objets  de
première  nécessité,  tels  que  les  céréales,  la  bière  et
le  bétail  ;  quant  à  tous  les  autres  articles  indistinctement, ­
  ils  étaient,  tant  à  leur  entrée  qu’à  leur  sortie, ­
  soumis  à  une  taxe  de  4  0/0  de  leur  valeur.  Malheureusement ­
  la  résistance  et  les  intrigues  des  villes
allemandes  firent  échouer  un  projet  qui  certes  ne
manquait  pas  de  grandeur,  eu  égard  surtout  au
temps,  et  qui,  réalisé,  eût  pu  avancer  de  plusieurs
siècles  l’unité  de  l’Allemagne,  la  préservant  des  déchirements ­
  intérieurs,  des  invasions  ainsi  que  de
cette  stagnation  ou  au  moins  de  cette  langueur  prolongée, ­
  dont  la  raison  se  découvre  dans  le  fractionnement ­
  de  ce  grand  tout  germanique  en  des
parcelles  indifférentes,  sinon  hostiles,  les  unes  aux
autres.
L’avortement  de  cette  tentative  n’enlevait  pas
d’ailleurs  à  l’Empereur  l’attribution  des  douanes,
qui  lui  avaient  été  concédées  formellement  par  les
lois  de  l’Empire  les  plus  anciennes  comme  les  plus
récentes  à  litre  de  droit  régalien.  11  est  permis  de
penser  que  l’exercice  judicieux  de  cette  attribution
exclusive  eût  pu  tourner  au  profit  de  la  chose  publique, ­
  mais  ses  titulaires,  toujours  besoigneux,  n’y
cherchaient  qu’une  source  de  revenus  rapides  pour
eux  plutôt  qu’une  source  de  prospérité  pour  le  pays;
et  c’est  ainsi  qu’à  prix  d’argent  les  uns  se  procurèrent ­
  l’affranchissement  du  droit  régalien,  et  les
        <pb n="19" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.  7
autres  la  concession  de  ce  même  droit,  pour  l’exploiter ­
  à  leur  propre  compte,  ce  qui  engendra  naturellement ­
  en  tous  lieux  des  inégalités  et  des  entraves.
Ce  déplorable  état  de  choses,  dans  lequel  le
morcellement  des  intérêts  le  disputait  au  morcellement ­
  du  territoire,  persista  bien  longtemps  ;  et,  pour
faire  passer  dans  ces  groupes  juxtaposés,  mais  sans
véritable  cohésion,  le  sentiment  profond  d’une  origine ­
  et  d’une  destinée  communes,  il  ne  fallut  rien
moins  que  l’influence  si  efficace  d’une  langue,  que
des  écrivains  comme  Lessing,  Kant,  Klopstock,
Schiller  et  Goethe  avaient  fini  par  fixer  et  à  l’aide
de  laquelle  ils  surent  provoquer  eu  même  temps
qu’enflammer  sur  tousles  points  de  l’Allemagne  les
aspirations  unitaires  auxquelles  la  menace  et  la
haine  du  joug  étranger,  ainsi  que  la  nécessité  de
repousser  par  des  efforts  unis  l’invasion  de  nos  légions, ­
  devenues  de  propagandistes,  conquérantes,
imprimèrent  une  force  jusqu’alors  inconnue.  Mais
quand,  en  1815,  l’Allemagne  à  son  tour  victorieuse
eut  retrouvé  avec  la  paix  son  assiette  et  son  indépendance, ­
  ce  fut  bien  plus  Tunité  morale  que  l’unité
politique  et  économique  qui  se  dégagea  tout  d’abord
de  celle  lutte  gigantesque  prolongée  sans  relâche
pendant  une  période  de  vingt-cinq  années.
Sans  doute,  bon  nombre  de  villes  libres  et  de  petites ­
  principautés  avaient  été  balayées  par  le  souffle
puissant  delà  Révolution  française,  qui  avait  notamment ­
  dépossédé  aussi  tous  les  prélats  souverains  ;
        <pb n="20" />
        8

L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

mais,  pour  être  simplifiée,  la  carte  de  l’Allemagne
n’en  présentait  pas  moins  encore  beaucoup  de  complications, ­
  puisque,  sur  trois  cents  États,  il  en  subsistait ­
  toujours  quarante!  Encore  si  ces  quarante
États  avaient  été  régulièrement  découpés  dans  le
territoire,  de  manière  à  former  autant  d’unités  arrondies ­
  et  distinctes!  mais,  ainsi  que  l’observe  fort
bien  Richelot,  dans  son  beau  travail  sur  le  Zollverein,
qui  aujourd’hui  encore  n’a  que  le  tort  d’etre  dépassé ­
  de  beaucoup  par  les  événements,  «ils  avaient
été,  comme  par  un  caprice  bizarre,  construits  avec
•des  morceaux  de  territoire  enclavés,  enchevêtrés  les
uns  dans  les  autres.  La  Prusse,  dont  les  deux  parties, ­
  orientale  et  occidentale,  sont  complètement
disjointes  par  le  Hanovre,  le  Brunswick  et  la  Hesse-Cassel
  (le  livre  parut  en  1859),  semble  être  le  modèle ­
  sur  lequel  ces  principautés  ont  été  taillées;  le
morcellement  est  poussé  dans  quelques-unes  à  un  degré ­
  inouï  ;  le  duché  de  Saxe-Cobourg-Gotha  compte
jusqu’à  dix  portions  de  territoire,  et  celles  dont
le  duché  de  Brunswick  est  l’agglomération  sont  au
nombre  de  huit.  De  là,  une  multitude  d’enclaves:
011  en  jugera  par  les  vingt-sept  fragments  de  principautés ­
  que  renferment  les  provinces  orientales  de
la  Prusse  et  particulièrement  la  Saxe.  Les  souverains ­
  de  l’Allemagne  ressemblent  à  ces  propriétaires
de  notre  France,  qui  possèdent  sur  un  même,  sol  plusieurs ­
  parcelles  détachées.  »
Qu’on  se  figure  maintenant  en  outre  chacun  de
        <pb n="21" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.  9
ces  territoires  autonomes  entouré  à  sa  frontière
d’un  réseau  douanier,  et  tels  d’entre  eux  combinant
même  des  douanes  provinciales,  communales  et
de  particuliers  avec  les  douanes  extérieures  et  du
gouvernement,  et  il  deviendra  apparent  que,  si  la
Confédération  germanique,  issue  d’un  péril  commun ­
  heureusement  conjuré,  avait  dans  l’ordre  politique ­
  quelque  peu  rompu  avec  l’esprit  d’isolement
du  moyen  âge,  elle  l’avait  retenu  dans  bon  nomd’inslilutions,
  touchant  aux'  intérêts  commerciaux
et  économiques.
Mais  si  la  guerre  avait  été  plus  ou  moins  décisive
dans  la  première  de  ces  directions,  le  retour  de  la
paix  et  les  besoins  qu’elle  engendre  devaient  bientôt
devenir  décisifs  dans  la  seconde.  Au  nombre  des
vœux  articulés  par  les  populations  affranchies  et
adonnées  désormais  aux  luttes  pacitiques  du  travail,
les  uns  eurent  eu  effet  pour  but  le  renversement
des  innombrables  barrières  intérieures,  qui  entravaient ­
  la  liberté  des  rapports  entre  les  Allemands
eux-mêmes,  et  les  autres,  l’établissement  en  plus  de
barrières  extérieures  destinées  à  protéger  l'industrie
allemande  contre  la  concurrence  et  la  supériorité
étrangères.  Celle  industrie  avait,  pour  le  plus  grand
nombre  de  ses  branches,  trouvé  un  levier  puissant
dans  le  blocus  continental,  qui,  en  frappant  d’interdit ­
  les  articles  anglais,  avait  sur  divers  points  du  sol
germanique,  et  notamment  dans  le  royaume  de
Saxe,  suscité  et  porté  très-haut  l'esprit  d’entreprise.
        <pb n="22" />
        10

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

Aussi,  dès  que  le  blocus  fut  levé,  l’Angleterre,  débarrassée, ­
  grâce  surtout  à  l’Allemagne,  du  plus  redoutable ­
  de  ses  adversaires,  n’eut  rien  de  plus
pressé,  pour  témoigner  sans  doute  sa  reconnaissance, ­
  que  d’inonder  littéralement  cette  contrée
amie  et  sans  défense  de  ses  objets  fabriqués,  qui
étaient  loin  d’être  toujours  de  premier  choix,  mais
auxquels  les  procédés  nouveaux  de  fabrication  et
la  vilité  du  prix  de  revient  assuraient  aisément  la
victoire  sur  les  produits  rivaux  de  provenance  non
britannique.  De  telle  sorte  que  l’Allemagne  ellemême
  n’offrit  pas  le  moindre  placement  à  l’activité
industrielle  de  ses  nationaux,  sans  que  ceux-ci  trouvassent ­
  d’ailleurs  plus  de  débouchés  chez  les  nations ­
  étrangères,  qui  avaient  organisé  au  profit  de
leurs  manufactures  propres  des  systèmes  énergiquement ­
  protecteurs.
Les  cris  de  détresse,  poussés  dans  ces  circonstances ­
  par  le  commerce  et  la  fabrication  germaniques,
qui  se  voyaient  ainsi  paralysés  à  l’intérieur  non
moins  qu’au  dehors,  et  les  moyens  de  sauvetage  réclamés ­
  instamment  par  les  intéressés,  semblent
avoir  trouvé  de  l’écho  auprès  des  cabinets  allemands
de  l’époque,  puisque  les  préoccupations  issues  de
l’état  alarmant  des  affaires  indigènes  firent  même
explosion  dans  l’acte  fédéral,  dont  l’article  19  s’exprimait ­
  en  ces  termes  longuement  débattus  et  laborieusement ­
  formulés  :
(»Les  membres  de  la  Confédération  se  réservent,
        <pb n="23" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.  i  1
dès  la  première  réunion  de  la  diète  à  Francfort,  de
délibérer  (non  pas  de  prendre  des  mesures)  sur  le
commerce  entre  les  différents  États  ainsi  que  sur  la
navigation,  d’après  les  principes  adoptés  au  Congrès
de  Vienne.  »&amp;gt;
Malgré  la  réserve  extrême  de  cette  promesse,
assez  naturelle  d’ailleurs  de  la  part  d’une  Confédération ­
  dont  l’existence  et  l’entretien  nécessitaient
des  sacrifices,  qui  ne  pouvaient  être  obtenus  que
d  un  pays  en  voie  de  prospérité,  elle  fit  néanmoins
naître  en  tous  lieux  les  plus  grandes  espérances,  entretenues ­
  entre  autres  par  les  dispositions  libérales
de  l’acte  du  congrès  de  Vienne  sur  le  régime  des
cours  d’eau  communs  à  plusieurs  États,  et  non  refoulées ­
  encore  à  ce  moment  par  l’expérience,  qu’on
fit  plus  tard  de  ce  mécanisme  pesant  qui  se  démontra
par  la  suite  tout  à  fait  impropre  soit  à  conjurer  le
mal,  soit  à  réaliser  le  bien.
Mais  bien  qu  en  effet  les  divers  États  allemands
s  empressassent  d’abolir  chez  eux,  chacun  en  particulier, ­
  les  droits  d’aubaine  et  de  détraction,  et  bien
que,  conformément  aux  règles  équitables  posées  dans
le  congrès  de  Vienne,  des  conventions  particulières
fussent  conclues  pour  la  navigation  du  Rhin,  de  la
Meuse,  de  1  Fscaut,  de  la  Moselle,  du  Necker  et  du
Mein,  de  façon  à  interdire  aux  riverains,  non  pas
d  abaisser,  mais  d  élever  des  péages  perçus  sur  des
bases  uniformes,  on  trouva  bientôt  des  occasions  de
se  convaincre  que  l’entente  commune  était  bien  au-
        <pb n="24" />
        12

l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

trement  difficile  en  matièr-e  de  douanes  qu’en  matière ­
  de  navigation  fluviale.
C’est  ainsi  que,  lorsqu’à  la  suite  d’une  mauvaise
récolte,  qui  avait  provoqué  de  la  part  de  divers  États,
et  notamment  de  la  Bavière,  des  prohibitions  et  des
entraves  à  la  sortie  des  grains  et  des  bestiaux,  la  question ­
  commerciale  fut  pour  la  première  fois  portée
devant  la  diète,  à  la  date  du  19  mai  1817,  sur  les
réclamations  du  cabinet  du  Wurtemberg,  qui  demandait ­
  qu’on  délibérât  sur  l’abolition  de  ces  mesures ­
  égoïstes,  si  contraires  à  l’intérêt  général  et  aux
bons  rapports  entre  confédérés,  la  commission,  chargée ­
  d’examiner  cette  proposition,  s’y  montra,  il  est
vrai,  favorable  et  élabora  un  projet  de  convention
pour  le  libre  commerce  des  grains  et  des  bestiaux
entre  tous  les  États  allemands  ;  mais  ce  projet  communiqué ­
  sans  retard  à  chacun  des  gouvernements
confédérés,  dont  il  sollicitait  l’assentiment,  en  ralliant ­
  quelques  suffrages,  tels  que  ceux  des  royaumes
de  Prusse  et  de  Saxe,  souleva  par  contre  de  nombreuses ­
  résistances;  et  comme,  sur  ces  entrefaites,  la
récolte  nouvelle  se  présenta  dans  des  conditions
plus  favorables  que  la  précédente  et  put  faire  espérer ­
  l’abandon  spontané  des  restrictions  déférées  à
la  diète,  celle-ci,  en  vue  de  préparer  les  bases  d’un
arrangement  définitif,  décida  un  nouveau  renvoi  aux
cabinets  respectifs,  renvoi  qui  équivalait  à  un  ajournement ­
  indéfini,  et  ne  procura  aucune  satisfaction ­
  au  Wurtemberg,  bien  qu’il  reproduisît  ses  do-
        <pb n="25" />
        DES  OHIGINES  DU  ZOLLVEHEIN.  13
léances  dans  le  cours  du  mois  de  février  1818.
L’obstacle  à  l’accord  venait  évidemment  de  la  nécessité ­
  de  faire  participer  indistinctement  tous  les
membres  de  la  Confédération  germanique  à  une  résolution ­
  à  1  égard  de  laquelle  chacun  d’eux  prétendait ­
  à  une  indépendance  et  à  une  liberté  d’action
absolues,  et,  en  fait,  on  était,  comme  on  le  voit,
bien  éloigné  encore  du  temps  où  put  être  posée  et
vidée  la  question  d  un  code  de  commerce  commun ­
  à  toute  1  Allemagne  tel  que  celui  qui  est
éclos  vers  la  fin  de  la  dernière  période  décennale
(5  juin  1869).
Aussi  la  difficulté  serait-elle  peut-être  demeurée
insurmontable,  si  quelque  État,  plus  doué  d’initiative ­
  que  les  autres,  n’eût  pris  les  devants,  et  ne  fût
entré  résolument  dans  la  voie  des  réformes,  donnant
ainsi  un  exemple  qui  devait  trouver  des  imitateurs.
Ce  rôle  honorable  était  dévolu  à  la  Prusse,  dont
on  a  pu  cependant  à  certains  moments  mettre  en
doute  les  tendances  libérales,  qu’il  lui  importe  à
elle-même,  si  elle  veut  conserver  sa  signification,  de
ne  jamais  abandonner  dans  1  avenir.
l*endant  que  les  grandes  monarchies  du  continent, ­
  y  compris  l’Autriche,  qui  restait  fidèle  aux  traditions ­
  de  Joseph  II,  maintenaient  ou  élevaient
leurs  barrières,  la  monarchie  prussienne  composée
de  pièces  de  rapport,  et  régie  même  depuis  la  guerre
de  l’Indépendance  par  une  législation  qui  variait  de
province  en  province  jusqu’à  établir  des  droits  pro-
        <pb n="26" />
        14  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
hibitifs  dans  ses  régions  septentrionales,  tandis  que
les  circonscriptions  industrielles  du  Rhin  et  de  la
Westphalie  demeuraient  exposées  à  toutes  les  entreprises, ­
  résolut  enfin  de  reculer  la  ligne  des  douanes
jusqu’aux  frontières  extrêmes  du  territoire,  d’affranchir ­
  autant  que  possible  de  toute  entrave  les
communications  à  l’intérieur,  d’assurer  le  revenu
public,  et  de  protéger  l’industrie  nationale,  sans  rendre ­
  impossibles  toutefois  les  rapports  avec  les  nations
étrangères.
C’est  ce  grand  pas  qui  fut  fait  par  la  loi  du
26  mai  1818,  élaborée  au  sein  du  conseil  d’État
prussien  par  une  commission  que  présidait  Guillaume ­
  de  Humboldt,  et  où  siégeaient  des  membres
recrutés  parmi  les  protectionnistes  les  plus  obstinés
en  même  temps  que  parmi  les  libres  échangistes  les
plus  fervents.  Aussi  la  question  de  la  protection  et  du
libre  échange  y  fut-elle  discutée  avec  une  profondeur
et  une  ampleur  qui  n’ont  pas  été  surpassées  depuis,
et,  comme  la  composition  de  la  commission  pouvait
d’aillleurs  le  faire  présager,  celle-ci  se  prononça  à
la  fois  et  contre  la  prohibition  et  contre  la  liberté  illimitée, ­
  et  le  système  transactionnel  qui  prévalut
fut  un  système  de  protection  fonctionnant  avec  des
droits  modérés  et  n’excluant  pas  la  concurrence  extérieure. ­
  Grâce  donc  à  la  loi  de  1818  qui  inaugura
l’ère  de  la  liberté  commerciale,  toute  marchandise
étrangère  fut  admise  à  traverser  le  royaume  ou  à  y
pénétrer  pour  la  consommation,  et  de  même  tout  pro-
        <pb n="27" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.  15
(luit  indigène  put  en  être  exporté;  ¡'introduction  de
sel  et  de  cartes  à  jouer  demeura  toutefois  interdite,
et  quant  à  d’autres  exceptions  que  pouvaient  justifier
des  raisons  de  police,  elles  n’étaient  cependant  admissibles ­
  qu’à  titre  provisoire.
Le  poids,  le  nombre  et  la  mesure  devaient  servir
de  base  à  la  perception  des  droits  établis.  En  principe
toutefois,  et  sauf  les  cas  exceptionnels,  l’immunité
fiscale  était  acquise  à  la  sortie  ;  par  contre,  un  impôt ­
  de  consommation  était  perçu  sur  certaines  marchandises, ­
  en  plus  du  droit  d’entrée  dentelles  étaient
redevables;  pour  ce  qui  est  du  droit  de  transit,  il
était,  en  thèse  générale,  formé  de  la  réunion  du  droit
d’entrée  et  de  sortie.
En  même  temps  que  la  loi  parurent  deux  tarifs
des  douanes,  dont  l’un,  concernant  les  provinces
orientales,  visait  surtout  des  recettes  pour  le  trésor,
et  dont  l’autre,  spécial  aux  provinces  occidentales,
poursuivait  à  côté  de  ce  premier  but  des  pensées  de
patronage  relativement  aux  industries,  qui  s’y  exerçaient ­
  en  grand  nombre.  Mais  les  tarifs  étaient  partout ­
  combinés  de  telle  sorte,  que  nulle  part  les  droits
ne  pussent  excéder  10  0/0  de  la  valeur  des  marchandises ­
  qui  y  étaient  soumises.  Que  si  des  marchandises ­
  venant  du  dehors  avaient  acquitté  les  droits  en
entrant  dans  l’un  des  territoires,  elles  jouissaient  de
l’immunité  dans  l’autre;  et  il  va  sans  dire  qu’entre
les  provinces  elles-mêmes,  la  circulation  de  tous  les
articles  était  complètement  libre,  sous  réserve,  dans
        <pb n="28" />
        16  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
les  provinces  orientales,  d’un  impôt  de  consommation ­
  provisoire  sur  les  vins  indigènes  des  provinces
de  l’Ouest.  Les  deux  tarifs  originairement  distincts
ont  été  plus  tard  refondus  en  un  tarif  commun.
La  Prusse  ne  s’était  certes  pas  doutée  en  1818  que
la  loi,  qu’elle  publiait  alors  exclusivement  pour  un
État  de  10  millions  et  demi  d’habitants,  était  destinée ­
  à  devenir  plus  tard  celle  d'une  grande  association, ­
  dont  la  pensée  même  ne  s’était  encore
manifestée  nulle  part,  jusque-là,  avec  quelque  vigueur. ­
  On  prit  même  texte  de  celte  initiative  et  de
cet  isolement  pour  lui  reprocher  la  violation  de  l’article ­
  19  de  l’acte  fédéral,  qui  avait  visé,  dans  cette
voie,  une  action  collective;  et,  de  fait,  les  habitants ­
  des  États  secondaires  de  l’Allemagne  qui  se
voyaient  traités  par  la  Prusse  en  étrangers,  devaient
éprouver  une  violente  irritation  de  se  trouver  arrêtés ­
  encore  par  les  douanes  prussiennes,  alors  que
toute  issue,  tout  débouché  leur  étaient  enlevés  déjà
par  les  douanes  françaises  et  même  par  les  douanes
autrichiennes,  puisque,  vers  la  même  époque,  l’Empire ­
  d’Autriche  avait  fermé  aux  toiles  de  la  Souabe
notamment  le  marché  d’Italie.  Aux  récriminations,
qui  des  divers  points  de  l’Allemagne  étaient  dirigées
contre  la  conduite  prétendue  égoïste  de  la  Prusse,
se  mêlait  aussi  le  grief,  que  cette  dernière  puissance ­
  eût  attenté  à  des  droits  souverains,  pour  avoir
englobé  dans  son  cordon  douanier  les  parcelles,
enclavées  dans  son  territoire,  d’États  indépendants.
        <pb n="29" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN  17
voire  même  des  petits  États  tout  entiers  situés  sur  la
surface  de  la  monarchie,  et  l’on  se  flattait  de  l’espoir ­
  qu’un  toile  aussi  général,  qu’une  réprobation
aussi  unanime  détermineraient  le  retrait  de  la  mesuie
  attaquée,  de  la  part  de  ceux  qui  venaient  de  la
prendre.
Mais  la  Prusse  ne  se  refusait  pas  à  désintéresser
les  États,  dont  elle  enveloppait  certains  fragments,
en  leur  versant  proportionnellement  une  part  des
di  oits  perçus,  et,  sans  vouloir  en  aucune  manière
revenir  sur  sa  récente  détermination,  elle  n’entendil
  au  moins  faire  aucune  difficulté  à  ce  que  d’autres ­
  nationalités  accédassent  à  son  système.  L’acte  si
important  posé  par  cette  monarchie  suggéra  d  ailieurs
  des  appréciations  en  sens  divers,  même  dans
le  camp  des  dissidents  ;  et,  tandis  que  les  uns  se
montraient  assez  enclins  à  s’y  rallier,  d’autres,  désertant ­
  le  domaine  purement  scientifique  et  s’inspirant ­
  avant  tout  des  intérêts  en  souffrance,  demandaient ­
  à  des  taxes  élevées  une  protection  eflicace
pour  les  industries  allemandes.  A  la  tête  de  ces
derniers  se  trouvait  placé  par  son  ardeur,  ses  vues
fécondes  et  son  génie,  un  tont  jeune  professeur
d  économie  politique  de  Tubingue,  appelé  Frédéric
List,  qui  a  mérité  d’être  surnommé  le  père  du  Zollverein, ­
  pour  avoir  enfanté  et  tout  au  moins  popularisé ­
  cette  grandiose  conception.  L'Allemagne,  qui
abonde  cependant  en  hommes  de  talent,  révèle,  dans
tout  le  cours  de  son  histoire,  trop  peu  d  hommes
        <pb n="30" />
        jg  l’allemagne  économique.
d’action,  trop  peu  d’individualités  puissantes,’par
suite  peut-être  de  la  compression  qui  n’a  cessé  de
peser  sur  elle,  pour  qu  on  ne  s  arrête  avec  un  redoublement ­
  d’intérêt  devant  une  physionomie  aussi
tranchée  que  celle  de  List,  à  la  gloire  duquel  n’ont
même  pas  manqué  les  inimitiés  et  les  persécutions,
comme  couronnement  en  quelque  sorte  inévitable,
paraît-il,  de  toute  œuvre,  ou  de  toute  entreprise  considérable. ­
  Plus  favorisé  encore  que  l’illustre  agitateur ­
  lubeckois  Georges  Wullenweber,  payant  trois
siècles  auparavant  de  sa  tête  des  projets  patriotiques, ­
  qui  devaient  mourir  avec  lui,  en  faveur  du
prestige  de  la  hanse  Teutonique,  il  a  au  moins  eu  le
bonheur  d’attacher  son  nom  à  une  combinaison
qui  a  fait  son  chemin,  et  pour  laquelle  l’heure  de  la
réalisation,  d’une  réalisation  éblouissante  est  enfin
arrivée  !
Le  système  pour  la  défense  duquel  List  descendit
dans  l’arène  est  celui  qu’il  a  lui-même  qualifié  de
système  national  d’économie  politique,  dans  un  de
ses  livres  les  plus  connus,  paru  en  1841,  qui  le
rattache  d’ailleurs  à  notre  patrie,  où  il  le  présenta
tout  d’abord,  sous  forme  de  mémoire,  à  un  concours ­
  ouvert  par  l’Institut  de  France.
Assurément,  il  s’y  montra  très-éloigné  de  la
pensée  de  vouloir  ébranler  les  bases  de  la  science,
dont  il  était  un  des  maîtres,  et  de  vouloir  faire  théoriquement ­
  la  guerre  à  la  liberté  du  commerce,  condérée
  au  contraire  par  lui  comme  un  idéal,  auquel
        <pb n="31" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.  19
pouvaient  atteindre  des  contrées  parvenues  à  peu
près  à  un  même  niveau  de  développement  industriel; ­
  mais  sa  fibre  nationale,  émue  des  bienfaits,
par  lesquels  s’était  traduit  pour  son  pays  le  système
continental,  et  des  désastres  qui  en  avaient  suivi  la
suppression,  protestait  contre  l’application  de  la
doctrine  pure  à  un  territoire  qu’un  destin  fâcheux
avait  misen  retard  sous  le  rapport  du  commerce,  de
la  navigation  et  de  l’industrie.
Son  raisonnement  généralisé  revenait  à  dire  que
la  science  ,  qui  proclame  le  laisser-passer,  n’avait
tenu  compte  que  de  l’humanité  et  des  individus,  et
nullement  des  nations  ;  qu’elle  ne  pouvait  cependant
pas  prétendre  s’imposer  à  ces  dernières,  et  que  c’était ­
  au  contraire^  chacune  d’elles,  sous  peine  d’être
(lupe,  à  se  diriger  conformément  aux  suggestions
de  son  intérêt  personnel,en  d’autres  termes,  à  faire
de  l’économie  nationale  ou,  si  l’on  veut,  politique
par  opposition  à  l’économie  cosmopolite.  Tirant
enfin  de  ces  prémices  la  conclusion  pratique  à  laquelle ­
  il  tendait,  il  se  prononçait  d’une  part  contre
les  barrieres  sans  nombre,  qui  séparaient  les  États
aiieniands  les  uns  des  autres,  alors  que,  leur  condition
  économique  égale,  la  communauté  de  leur  origine ­
  et  de  leurs  destinées,  l’exemple  des  effets  produits ­
  par  1  abolition  des  douanes  provinciales  de
France  et  par  l’union  des  trois  royaumes  britanniques, ­
  devaient  les  pousser  dans  les  voies  de  la  liberté
commerciale  la  plus  large,  pratiquée  toutefois  entre
        <pb n="32" />
        20  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
eux  seulement,  et  d’autre  part  il  conviait  ces
mêmes  États  à  se  coaliser  en  face  de  l’étranger  et
à  assurer  chez  eux  par  un  procédé  uniforme  de  défense ­
  l’avénement  d’une  prospérité  industrielle  et
mercantile  égale  à  celle  que  des  nations  voisines
devaient  à  leur  politique  commerciale.
Renversement  des  douanes  provinciales  et  établissement ­
  d’un  système  commun  de  commerce,  tel
fut,  presque  au  lendemain  de  la  loi  de  1818,  le  cri
de  ralliement  poussé  par  List,  qui  n’avait  pas  perdu
de  vue  les  promesses  contenues  en  l’art.  19  de  la
constitution  fédérale,  et  qui  comptait  les  faire  aboutir ­
  sous  la  pression  d’une  association  de  fabricants
et  de  négociants  à  organiser  pour  cette  double  fin
patriotique.  Une  occasion  excellente  d’engager  la
lutte  et  de  réaliser  son  plan  d’association  s’offrit  à
lui,  lors  d’un  voyage  qu’il  fit  en  1819  à  Francfortsur-le-Mein,
  au  moment  même  où  s’y  tenait  la  foire
très-fréquentée  du  printemps,  et  où  la  plus  grande
effervescence  régnait  parmi  les  commerçants  et  les
industriels  présents,  chez  lesquels  elle  était  provoquée ­
  par  les  restrictions  commerciales  à  l’intérieur
de  l’Allemagne,  par  le  nouveau  tarif  des  douanes  de
Prusse,  et  par  les  entraves  que  l’exportation  des  toiles ­
  de  la  haute  Souabe  en  Italie  venait  de  rencontrer ­
  de  la  part  de  l’Autriche.  List  ne  tarda  pas  à  être
le  centre  des  mécontents  et  des  aspirations  nouvelles,
et  c’est  lui  qui,  mieux  qualifié  que  tout  autre,  eut
l’honneur  de  rédiger  à  l’adresse  de  la  Confédération
        <pb n="33" />
        DES  OIUGINES  Dü  ZOLLVEREIN.  21
germanique  la  pétition  restée  célèbre,  qui,  couverte ­
  (les  signatures  de  Bade,  des  deux  liesses,  de
Nassau,  de  la  Saxe,  de  la  Bavière,  fut  présentée  à
la  diète  le  20  avril  de  celte  année  1819,  et  où  il
exprima  des  vues  qui  font  de  ce  document  le  précuiseur
  direct  du  Zollverein,  malgré  l'intervalle
assez  notable  de  temps  par  lecjuel  cette  grande  institution ­
  en  demeura  cependant  encore  séparée.  Peutêtre
  qu  à  ce  titre  nos  lecteurs  ne  seront  pas  fâchés
de  trouver  ici  quelques  passages  importants  du  factum ­
  en  (¡ueslion,  mus  (ju’ils  seront  par  un  sentiment ­
  d  intérêt  et  de  curiosité  semblable  à  celui  qui
nous  pousse  vers  le  mince  filet  d’eau,  point  de  départ ­
  souvent  presque  imperceptible  où  les  fleuves
les  plus  larges  et  les  plus  majestueux  viennent  prendre ­
  leur  source.
Voici  donc  comment  s’exprimèrent  entre  autres
les  pétitionnaires,  par  Torgaue  de  leur  éloquent  interprète ­
  :  «Nous  soussignés,  négociants  et  fabricants
allemands,  réunis  a  la  foire  de  Francfort,  accablés
par  la  triste  situation  du  commerce  et  de  l’industrie,
nous  nous  adressons  au  gouvernement  suprême  de
la  nation  allemande,  pour  lui  dévoiler  les  causes  de
notre  détresse  et  pour  implorer  son  assistance.
«Dans  un  pays  où  la  plupart  des  fabriijues  sont
fermées  ou  traînent  une  misérable  existence,  où  les
foires  et  les  marchés  sont  encombrés  de  marchandises ­
  étrangères,  où  la  majeure  partie  des  iiégociaiils
  ne  font  pour  ainsi  dire  plus  d’affaires,  est-il
        <pb n="34" />
        22  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
nécessaire  de  prouver  que  le  mal  est  à  son  comble? ­

((  La  cause  de  cette  effroyable  désorganisation  réside ­
  ou  chez  les  particuliers  ou  dans  l’ordre  social.
Mais  qui  peut  reprocher  à  l’Allemand  de  manquer
d’intelligence  et  d’application?  Son  éloge  n’est-il
pas  devenu  proverbial  en  Europe  ?  Qui  peut  lui
contester  l’esprit  d’entreprise?  Ceux  qui  aujourd’hui
consentent  au  rôle  de  débitants  de  l’étranger,  n’ontils
  pas  jadis  conduit  le  commerce  du  monde?  C’est
uniquement  dans  les  vices  de  l’ordre  social  en  Allemagne ­
  que  nous  devons  chercher  et  que  nous  trouvons ­
  la  cause  du  mal.
«  Une  liberté  raisonnable  est  la  condition  de  tout
développement  physique  et  intellectuel  de  l'homme.
De  même  que  l’esprit  humain  est  comprimé  par  les
obstacles  à  la  communication  des  pensées,  la  prospérité ­
  des  peuples  est  empêchée  par  les  entraves  à  la
production  et  au  commerce  des  objets  matériels.  Los
peuples  n’atteindront  le  plus  haut  point  de  la  prospérité ­
  économique  qu’après  avoir  établi  entre  eux
une  liberté  commerciale  illimitée.  S’ils  veulent  s’affaiblir ­
  réciproquement,  qu’ils  ne  se  bornent  pas  à
entraver,  par  des  prohibitions  et  par  des  taxes,
l’entrée,  la  sortie  et  le  transit  des  marchandises
étrangères;  qu’ils  cessent  entre  eux  toute  communication. ­

(*  C’est  une  maxime  des  hommes  d’État,  maxime
erronée,  désavouée  par  tout  négociant  et  par  tout
        <pb n="35" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.  23
fabricant  instruit,  que  l’industrie  du  pays  peut  être
éveillée  par  des  droits  de  douane.  Or,  d’une  part,  ces
droits  constituent  des  primes  pour  la  contrebande,
et  contrarient  ainsi  non  seulement  l’objectif  principal ­
  de  1  État  ou  le  développement  de  l’industrie  nationale, ­
  mais  1  objectif  accessoire  ou  la  perception
d  un  impôt.  D  autre  part,  ils  réagissent  de  la  manière
la  plus  fâcheuse  sur  l’industrie  nationale,  à  laquelle
le  pays  atteint  oppose  les  mêmes  restrictions.
«  11  est  vrai  que  si  le  pays  voisin  n’use  pas  de
représailles,  s  il  se  laisse  paisiblement  dépouiller  et
ruiner  par  des  prohibitions  d  entrée  et  par  de  hauts
droits,  le  système  douanier  pourra  être  efficace  pour
ceux  qui  l’emploient.  Tel  est  le  cas  pour  les  États  limitrophes ­
  de  1  Allemagne.  Enveloppée  par  les  douanes
anglaise,  néerlandaise,  française,  etc.,  l’Allemagne
ne  prend  collectivement  aucune  mesure  pour  pousser ­
  ses  voisins  dans  les  voies  de  la  liberté  générale
du  commerce,  seul  moyen  pour  l’Europe  de  parvenir ­
  au  plus  haut  degré  de  civilisation.
«  Les  Allemands  de  leur  côté  ne  font  (|ue  se  renfermer
  davantage.  Trente-huit  lignes  de  douane  paralysent ­
  le  commerce  intérieur,  et  produisent  à  peu
près  le  même  eflet  que  si  on  liait  les  membres  du
corps  humain  pour  empêcher  le  sang  de  circuler  de
l’un  à  l’autre.  Pour  faire  le  commerce  de  Hambourg
en  Autriche  et  de  Berlin  en  Suisse,  on  a  dix  États
à  franchir,  dix  règlements  dédouanés  à  étudier,  dix
droits  de  transit  à  acquitter.  Celui  qui  a  le  malheur
        <pb n="36" />
        24

l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

d’habiter  une  frontière  où  trois  ou  quatre  États  se
touchent,  consume  sa  vie  entière  au  milieu  des  tracasseries ­
  des  douaniers,  il  n’a  pas  de  patrie.  C’est
là  une  situation  désespérante  pour  des  hommes  qui
voudraient  faire  des  affaires  ;  ils  jettent  des  regards
d’envie  par  delà  le  Rhin,  où  un  grand  peuple,  de  la
Manche  à  la  Méditerranée,  du  Rhin  aux  Pyrénées,
de  la  frontière  des  Pays-Bas  à  celle  d’Italie,  trafique
sur  des  fleuves  libres  et  sur  des  routes  ouvertes,  sans
rencontrer  un  douanier.
«Les  douanes  comme  la  guerre  ne  se  justifient  que
comme  moyens  de  défense.  Plus  le  pays  qui  établit
une  douane  est  petit,  plus  le  mal  est  grand,  plus  le
peuple  est  paralysé,  plus  les  frais  de  perception  augmentent; ­
  car  on  rencontre  partout  des  frontières.
C’est  pourquoi  ces  trente-huit  lignes  de  douanes  sont
infiniment  plus  préjudiciables  à  la  nation  allemande
que  ne  le  serait  une  seule  ligne  aux  frontières  d’Allemagne, ­
  les  droits  y  fussent-ils  trois  fois  plus  élevés;
et  ces  mêmes  Allemands,  qui  aux  temps  de  la  Hanse,
sous  la  protection  de  leurs  bâtiments  de  guerre,  ont
fait  le  commerce  du  monde,  succombent  ainsi  sous
leurs  trente-huit  systèmes  douaniers.
«  ....  Nous  nous  permettrons  à  cette  occasion  de
mentionner  la  nouvelle  loi  de  douane  de  Prusse.  Au
premier  abord,  nous  devons  le  déclarer  franchement,
elle  nous  a  plongés,  nous  et  toute  l’Allemagne,  dans
la  consternation  la  plus  profonde,  car  elle  paraît
être  dirigée  moins  contre  le  commerce  de  la  France
        <pb n="37" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.

25

el  de  l’Angleterre  que  contre  celui  de  l’Allemagne.
Les  droits  y  sont  établis  d’après  le  poids.  Comme  aujourd’hui ­
  les  nations  étrangères  n’envoient  guère  à
la  Prusse  que  des  marchandises  fines,  tandis  que  les
États  allemands  limitrophes,  dont  les  fabriques  ont
été  retardéespar  laconcurrenceniiglaise,  n’y  placent
que  des  produits  communs  et  pesants,  le  droit  qu’ac-  ^
quittent  les  étrangers  ne  ressort  qu’à  environ  6  0/0,
tandis  que  les  Allemands  payent  généralement  de  25
à  30  et  même  50  0/0,  ce  qui  équivaut  à  une  prohibition. ­

«  Le  droit  de  transit  n’est  pas  moins  onéreux;  les
tissus  de  laine  ordinaire,  par  exemple,  payent  un
droit  qui  ressort  à  4  et  demi  0/0.  L’Allemagne  entière ­
  se  trouve  ainsi  tributaire  de  la  Prusse  pour
toutes  les  marchandises  qui  transitent  par  le  Ithin,
le  Weser  et  l’Elbe  et  qui  vont  aux  foires  de  Leipsick,
de  Naumbourget  de  Francfort.
«  Toutefois  ou  revient  promptement  sur  celte  première ­
  impression,  en  pensant  que  le  maintien  d’une
telle  législation  serait  la  ruine  totale  du  commerce
allemand  et  que,  par  suite,  elle  est  en  contradiction
manifeste  avec  l’esprit  fédéral.  On  est  donc  iuvolonfanemenl
  conduit  à  supposer  qu’un  gouvernement
libéral  comme  celui  de  la  Prusse,  qui  par  la  contigu ­
  ration  de  son  territoire  doit  plus  que  tout  autre
désirer  l’entière  liberté  du  commerce  en  Allemagne,
nourrit  la  grande  pensée  de  provoquer,  parson  système ­
  de  douanes,  les  autres  États  allemands  à  s’en-
        <pb n="38" />
        20

l’allemagne  économique.
tendre  pourélablir  celle  complète  liberté.  Cette  hypothèse ­
  devient  presque  une  certitude,  en  présence  de
la  déclaration  du  gouvernement  prussien,  qu’il  est
disposé  à  conclure  des  traités  de  commerce  avec  les
États  voisins.
«  Les  soussignés  y  trouvent  une  importante  indication ­
  et  ils  osent  en  conséquence  supplier  la  diète  :
((  1°  De  supprimer  les  douanes  à  l’intérieur  de
l’Allemagne  ;
«  T  D’établir  vis-à-vis  des  nations  étrangères  un
système  commun  de  douane  fondé  sur  le  principe
de  rétorsion,  jusqu’à  ce  que  ces  nations  adoptent  le
principe  de  la  liberté  du  commerce  européen.  »
Mais  List  ne  se  borna  pas  à  tenir  la  plume  au  nom
des  intéressés,  d’autant  plus  qu’il  ne  se  méprenait
nullement  sur  l’issue  probable  de  cette  tentative
épistolaire;  et,  comprenant  très-bien  qu’une  pétition,
si  concluante  qu’elle  fût,  n’aurait  pas  raison  du  statu
quo^  dont  le  flegme  des  arbitres  de  l’Allemagne  s’est
presque  toujours  si  bien  accommodé,  il  songea  à  leur
forcer  la  main,  en  soulevant  l’opinion  publique  et  en
agissant  aussi  séparément  auprès  de  chacune  des
puissances  composant  la  Confédération.  A  cet  effet,
il  provoqua  entre  près  de  cinq  à  six  mille  fabricants
et  négociants  appartenant  à  toutes  les  parties  de  l’Allemagne, ­
  uueassociation,  ayant  la  ville  de  Nuremberg
pour  son  centre,  et  pour  organe  une  feuille  hebdomadaire ­
  ;  il  fit  décider  aussi  l’envoi  auprès  des  cours
allemandes  d’une  députation  dont  il  était  naturelle-
        <pb n="39" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.

27

ment  chargé  de  faire  partie  ;  et  il  se  rendit  lui-même
comme  délégué  à  Vienne,  où  il  saisit  de  deux  mémoires, ­
  tout  à  fait  distincts  de  la  requête  précédente,
le  congrès  ministériel  qui  se  réunissait  dans  cette
ville.  Dans  ces  mémoires,  il  insistait  naturellement
sur  1  établissement  d’une  ligne  de  douanes  unique
■  pour  toute  la  Confédération,  à  laquelle  il  conseillait
de  s’approprier  le  régime  protecteur  de  l’Autriche,  et
il  proposait  aussi,  comme  mode  d’exécution  de  son
plan,  d  affermer  à  une  société  par  actions  le  produit
des  douanes  allemandes  que  ses  vœux  appelaient  à
fonctionner.
Bien  long  serait  le  récit  de  ses  efforts,  de  ses  démarches, ­
  de  l’activité  dévorante  qu’il  déploya  sous
toutes  les  formes,  au  service  d’une  cause  dont  il  avait
.  fait  la  sienne  propre  ;  non  moins  long  serait  celui
des  déboires,  des  injustices  et  des  échecs  qu’il  eut  à
essuyer.  Ainsi  le  congrès  tie  Vienne  ne  craignit  pas,
à  la  date  du  23  mai  1820,  de  repousser  ses  espérances ­
  par  une  fin  de  non-recevoir;  d'ailleurs  le  but
qu  il  poursuivait  n’élait  pas  apprécié  par  tous  de  la
même  façon,  et  lui  attirait  souvent  des  contradictions
véhémentes,  comme  contraire  aux  doctrines  économiques ­
  accréditées,  comme  compromettant  pour  le
commerce  international,  dont  des  restrictions,  même
dictées  par  la  réciprocité,  ne  pouvaient  qu’enchaîner
l’élan  et  les  bienfaits,  comme  hostile  enfin  à  certains ­
  intérêts  puissants,  liés  à  une  liberté  commerciale ­
  très-étendue,  tels  que  ceux  des  grandes  places
        <pb n="40" />
        28

l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

de  foire  et  des  poi  ts  hanséates.  Mais  ce  qui  dut  surtout ­
  le  blesser  au  cœur,  ce  fut  de  voir  l'associatiou
elle-même  qu’il  avait  fondée,  et  à  laquelle  il  avait
fait  le  sacrifice  des  joies  du  foyer  domestique,  de  sa
chaire  de  professeur,  de  son  repos  et  de  sa  vie,  payer
d’ingratitude  tant  d’abnégation  et  de  services,  et,
quand  il  s’agit  d’envoyer  quelqu’un  suivre  les  débats
du  congrès  qui  allait  s’ouvrir  à  Darmstadt  le  13  septembre ­
  1820,  conformément  à  nne  résolntion  prise
à  Vienne  entre  plusieurs  États  désireux  de  suppléer
à  l’impuissance  de  la  diète,  arrêter  son  choix  sur
un  autre  que  lui!  Quoiqu’il  en  soit,  les  projets  de
List  avaient  fait  un  grand  pas  vers  leur  accomplissement, ­
  parce  qu’il  avait  réussi,  comme  publiciste  et
comme  négociateur,  à  y  intéresser  la  race  germanique ­
  tout  entière,  aies  élever  jusqu’à  la  hauteur  d’une
question  d’utilité  nationale  ;  et  bien  que  le  congrès
ministériel  de  Vienne  eût  décliné  une  grande  mission, ­
  bien  que  le  congrès  de  Darmstadt,  qui  se  prolongea ­
  jusqu’en  1823  et  auquel  prirent  notamment
part  Bade,  Nassau,  la  liesse-Darmstadt,  la  Bavière,
le  Wurtemberg  et  les  duchés  de  Saxe,  n’eût  abouti  à
aucun  résultat  sensible,  après  avoir  vainement  agité
plusieurs  combinaisons,  comme  celle  qui  aurait  admis ­
  la  libel  lé  des  échanges  entre  les  États  contractants, ­
  en  réservant  à  chacun  d’eux  d’aviser  selon  ses
vues  propres  au  commerce  extérieur,  ou  comme  celle
qui  aurait  reposé  sur  une  administration  collective
et  le  partage  des  recettes  d’après  la  double  base  delà
        <pb n="41" />
        DES  ORIGINES  Dü  ZOLLVEREIN.

29

population  et  du  développement  des  frontières,  bien
qu’enfin  le  grand  et  infatigable  promoteur  de  tout
ce  mouvement  finît  par  encourir  la  disgrâce  de  son
souverain  et  par  prendre  le  chemin  de  l’exil,  en  attendant ­
  qii  en  18i6  les  montagnes  du  Tyrol  devinssent
le  théâtre  de  sa  mort  lamentable,  la  semence  était  jetée, ­
  et  le  moment  où  elle  lèverait  ne  devait  pas  tarder ­
  à  venir!
En  attendant,  le  progrès  s’accusait,  sinon  encore
sous  forme  d  association,  au  moins  sous  forme  d’accession, ­
  en  ce  qu  entre  la  Prusse  et  les  États  qui  se
trouvaient  totalement  ou  partiellement  emprisonnés
parson  territoire,  intervinrent  des  arrangements  successifs, ­
  par  lesquels  ceux-ci  souscrivaient  au  régime
douanier,  introduit  dans  le  royaume  à  la  suite  de  la
loi  du  26  mai  1818,  levant  ainsi  les  obstacles  gênants
qu  ils  opposaient  comme  enclaves  autonomes  à  la
ciiculalioii  des  marcliandises,  et  recevant  en  échange
de  1  abandon  de  1  administration  de  leurs  propres
douanes  une  satisfaction  pécuniaire  périodique,  qui
constituait  pour  eux  une  source  de  revenus  inespérée, ­
  et  sans  charge  correspondante.  Ce  fut  Schwarz—
^  du  25  octobre
1  »  ouvrit  la  série  de  ces  conventions,  conclues
de  la  part  de  la  Prusse  principalement  dans  une
pensée  de  bonne  administration  intérieure,  et  cet
exemple  fut  suivi  le  24  juin  1822  par  Schwarzbourg-Hudolstadt,
  le  10  octobre  1823  et  le  17  juin  1826
par  Aiihalt-Bernbourg  relativement  à  des  posses-
        <pb n="42" />
        30  l’allemagne  économique.
sions  différentes,  le  27  juin  1823  par  Saxe-Weimar,
les  9etl7juin  1826  par  Lippe  et  le  2  décembre  1826
par  Mecklembourg-Schwérin  ;  ces  incorporations  se
continuèrent  môme  avec  d’autres  maisons  jusqu’en
1828,  sans  que  la  Prusse  se  départît  du  rôle  expectant ­
  et  en  quelque  sorte  passif  qu’elle  semblait
s’être  imposé,  et  sans  qu’elle  s’intéressât  directement ­
  au  mouvement  qui  s’opérait  autour  d’elle  en
Allemagne.  Il  est  vrai,  d’ailleurs,  que  ce  mouvement
était  principalement  dirigé  contre  la  grande  monarchie ­
  du  Nord,  qui  par  les  annexions  suigeneris  auxquels ­
  elle  venait  de  procéder,  avait  entretenu  la  révolte ­
  dans  les  esprits,  et  c’est  ainsi  que,  pour  tenir
tête  à  la  Prusse,  plusieurs  contrées,  au  nombre  desquelles ­
  figuraient  en  première  ligne  la  Bavière  et  le
Wurtemberg,  avaient  dès  le  19  mai  1820  formé  à
Vienne  un  accord  préliminaire,  à  l’effet  de  tenir  à
Darmstadt  un  congrès  spécial,  où  l’on  jetterait  les
fondements  d’une  union  douanière  restreinte.
Le  congrès  de  Darmstadt,  que  nous  avons  mentionné ­
  déjà,  ne  conduisit  pas  sans  doute  immédiatement ­
  au  résultat  désiré,  et  diverses  régions,  telles
que  la  Hesse-Darmstadt,  la  Ilesse-Cassel  et  le  Hanovre, ­
  prirent  même  à  la  fin  un  parti  tout  à  fait
décourageant  pour  les  négociations  poursuivies  dans
un  sens  unioniste,  en  réformant  individuellement
chez  elles  leur  système  douanier,  et  en  publiant  des
tarifs  préjudiciables  aux  régions  avoisinantes;  mais
ces  négociations  devaient  être  continuées  sous  le
        <pb n="43" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.  31
coup  de  rirntation  produite  notamment  par  l’élé-A^ation
  en  France  des  droits  frappant  l’importation
des  laines  et  des  bestiaux,  et  sur  la  manifestation
des  vœux  très-formels  des  chambres  des  États  du
Midi,  réclamant  de  leurs  gouvernements  respectifs
1  établissement  d  une  association  douanière  méridionale, ­
  destinée  à  prendre  au  besoin  des  mesures
de  représailles,  et  à  sauvegarder  les  intérêts  des  industriels. ­

Sur  1  initiative  du  Wurtemberg,  un  nouveau  congrès ­
  s  ouvrit  en  effet  dans  sa  propre  capitale  en
février  1825,  qui  mit  cet  État  en  rapport  avec  Bade,
la  Hesse-Darmstadt  et  Nassau,  et  si,  au  point  de  vue
d  une  entente  finale,  les  conférences  de  Stuttgard
ne  furent  pas  plus  que  celles  de  Darmstadt  couronnées ­
  d’un  succès  instantané,  parce  que  Ba  ie  refusa ­
  nettement  de  se  soumettre  au  tarif  proposé,
elles  résolurent  cependant  par  avance  la  question
importante  de  l’administration  des  douanes,  en  ce
sens  qu'a  chaque  associé  appartiendrait  une  administration ­
  distincte,  soumise  seulement  à  des  règles
communes  et  au  contrôle  des  coassociés,  et  elle
ccéléièrent  incontestablement  la  première  solution
üu  grand  problème,  qui  s’imposait  aux  préoccupapu
  iliques.  Celte  solution  fut  donnée  peu  de
temps  après  par  le  Wurtemberg  et  la  Bavière,  qui  déjà
avaient  de  concert  riposté  aux  concessions  faites  chez
nous  par  la  Beslauralion  à  la  grande  propriété  foncière, ­
  en  aggravant  les  droits  dont  était  frappée  l’im-
        <pb n="44" />
        32  l’allemagne  économique.
portalion  des  articles  et  notamment  des  vins  français, ­
  et  qui,  après  un  premier  trail  ó  du  17  avril  1827,
procurant  à  chacun  des  contractants  des  facilités
commerciales  réciproques,  opérèrent  un  rapprocliement
  bien  plus  intime  encore,  en  concluant  entre
eux  le  28  janvier  1828  la  première  association
douanière  véritable,  dont  l’Allemagne,  travaillée  par
les  doctrines  de  List,  eût  été  le  théâtre.  On  y  adopta,
pour  en  faire  l’application  aux  frontières  extérieures,
le  tarif  bavarois,  et  on  y  assujettit  à  des  règles  uniformes ­
  l’administration  des  douanes,  qui  fut  confiée ­
  à  des  employés  pris  dans  l'État  même  auquel
appartenait  la  frontière;  quant  aux  recettes,  elles
devaient  être,  déduction  faite  des  frais,  réparties
entre  les  associés  en  raison  du  nombre  de  leurs
habitants.  Mais  cette  association  bavaro-wurtembergeoise,
  connue  aussi  sous  le  nom  d’association
du  ne  fut  pas  la  seule  que  l’année  1828  vit
éclore  sous  l’empire  d’une  réaction  contre  les  envahissements ­
  pacifiques  de  la  Prusse.
En  insistant  ainsi  sur  les  diverses  unions  formées
en  dehors  de  l’action  de  la  Prusse  et  pour  lui  servir
même  de  contre-poids,  nous  ne  faisons  que  rendre
hommage  à  la  vérité  historique,  qui  montre  en  elles
les  initiatrices,  les  devancières  du  grand  Zollverein,
comme  constituant  déjà  à  elles  seules  des  Zollvereins ­
  au  petit  pied,  et  nous  protestons  du  même  coup
contre  le  procédé  de  certains  historiens  prussiens,
qui,  par  un  sentiment  d’amour-propre  national  pué-
        <pb n="45" />
        »

DES  ORIGINES  Dü  ZOLLVEREIN.  33
ril,  gardent  en  ce  qui  concerne  l’apparition  de  ces
ligues  douanières  de  la  première  heure  un  silence
absolu,  pour  ne  les  révéler  au  lecteur  qu’à  partir
du  moment  où  elles  pactisèrent  avec  la  Prusse,  et
pour  reverser  de  la  sorte  sur  leur  patrie,  qui  n’a  pas
besoin  d  ailleurs  d’une  gloire  menteuse,  tout  le
mérite  de  1  initiative  de  cette  belle  expérience.
Or  dans  le  cours  de  cette  même  année  1828,  la
ville  de  Cassel  réunit  dans  ses  murs  des  envoyés  du
Hanovre,  du  royaume  et  du  grand-duché  de  Saxe,
des  diverses  principautés  de  la  Thuringe,  de  la
Hesse  Électorale,  d’Oldenbourg,  de  Brunswick,  de
Nassau,  de  la  Hesse-Hombourg,  de  Brême  et  de
Francfort-sur-le-Mein,  qui  établirent  entre  leurs
mandants,  à  la  date  du  24  septembre,  une  autre
association  commerciale,  à  laquelle  a  été  donné  le
nom  d  association  du  Centre,  et  dont  l’existence  devait ­
  se  prolonger,  d  après  le  vœu  de  ses  fondateurs
jusqu'à  la  lin  de  1834,  c’est-à-dire  autant  que  celle
de  l’union  prusso-hessoise  dont  nous  allons  parler.
L  âme  de  cette  dernière  union  était  naturellement
la  I  russe,  que  nous  avons  laissée  au  moment  où,
par  des  annexions  successives  de  domaines  placés
sur  sa  su  1  face  ou  entre  ses  provinces  orientales  et
occi  entales,  elle  pousuivait  sans  impatience  son
œuvre  d  arrondissement,  qui  en  1826  ligurait  un
espace  territorial  assez  uni  d’environ  5,087  milles
carrés  sur  lequel  étaient  répandus  12,584,OOp  habitants. ­
  Les  attaques  auxquelles  elle  s’était  vue  en
        <pb n="46" />
        34  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
butte,  les  combinaisons  hostiles  auxquelles  elle
donnait  naissance,  ainsi  que  les  exemples  qui  lui
venaient  du  dehors,  rarrachèrent  sinon  à  sa  léthargie, ­
  du  moins  à  son  impassibilité,  et  c’est  avec  empressement ­
  qu’elle  accueillit  au  commencement  de
1828  les  propositions  renouvelées  de  la  Hesse  Ducale, ­
  entrevoyant  désormais  un  rôle  digne  d’une
haute  et  généreuse  ambition  dans  le  ralliement  économique ­
  de  toutes  les  parcelles  du  sol  allemand
sous  sa  direction  suprême.  Aussi  les  négociations
provoquées  par  les  ouvertures  du  cabinet  de  Darmstadt ­
  ne  traînèrent-elles  pas  en  longueur  et  aboutirent-elles ­
  dès  le  14  février  1828  à  une  association
de  la  Prusse  et  du  grand-duché  de  Hesse,  qui  sc
place  par  sa  date  entre  celles  du  Midi  et  du  Centre
et  à  laquelle  la  situation  géographique  des  États  qui
la  composèrent  a  fait  donner  à  son  tour  le  nom
d’association  du  Nord.
Des  trois  associations  qu’avait  ainsi  enfantées  .
l’année  1828,  ce  fut  celle  du  Nord  à  laquelle  étaient
réservées  les  destinées  les  moins  éphémères.  La  superficie ­
  à  laquelle  elle  s’appliquait  se  trouvait  portée ­
  à  5,240  milles  carrés  contenant  13,295,254  habitants. ­
  La  liesse  y  trouvait  cet  avantage  précieux
de  voir  s’ouvrir  devant  elle  un  marché  fort  étendu,
tandis  que  de  son  côté  la  Prusse,  qui  matériellement ­
  sans  doute  n’y  gagnait  pas  grand  chose,  atteignait ­
  par  l’adhésion  à  son  système  d’un  État  d  une
certaine  importance,  qu’il  n’était  pas  géographique-
        <pb n="47" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.  35
ment  possible  de  confondre  avec  une  simple  enclave, ­
  un  premier  résultat,  pouvant  servir  ses  visées
ultérieures.
Kn  consultant  le  traité  avec  la  Hesse-Darmstadt,
on  lui  découvre  un  caractère  qui  le  dilTércncie
profondément  des  accords  passés  jusque-là  par  la
eusse;  car,  tandis  que  celte  monarchie  avait  désintéressé ­
  a  forfait  ses  adhérents  antérieurs,  l’administration ­
  des  douanes  dut  celle  fois  avoir  lieu  pour  le
compte  de  l’association,  comme  aussi  leur  produit
être  ellectivement  quoique  proportionnellement  ré-P'-»‘i&amp;lt;loe,
  puisée  dans
e  lUibéralions  du  congrès  de  Stuttgard  et  déjà
adoptée  par  l’union  du  Midi,  devint  le  fondement
de  la  grande  agrégation  qui  se  forma  par  la  suite
Mais  avant  que  ne  s’opérât  la  fusion,  d’ailleurs  imminente, ­
  des  divers  groupes  avec  le  groupe  septentrional ­
  comme  constitué  le  plus  fortement  et  sur  la
P  us  vaste  échelle,  les  unions  du  Nord  et  du  Midi  ne
négligèrent  pas  de  rattacher  successivement  à  leurs
omdiiies  respectifs  diverses  enclaves  demeurées
pisHSi
qued  «ne  pensée  de  coopération,  et  que  le  traité  du
24  septembre  1828,  auquel  elle  devait  le  jour  sans
rien  changer  aux  droits  d’entrée  établis  chex  chacun
des  contractants,  sauf  pour  quelques  articles,  tels
        <pb n="48" />
        36

l’alliîmagne  économique.

que  charbon  de  terre,  grains  et  bois  à  brûler,  qu  on
admettait  de  la  part  de  ceux-ci  en  franchise,  se  bornait ­
  à  leur  engagement  de  ne  pas  élever  les  droits
de  transit  les  uns  à  l’égard  des  autres,  et  à  la  défense
pour  chacun  d’eux  de  conclure  une  association  douanière ­
  avec  quelque  autre  État  sans  le  consentement
formel  de  tous.  Quant  à  l’union  du  Nord,  elle  se
fortifia  le  17  juillet  1828  de  l’adjonction  d’Anhalt-Dessau
  et  d’Anhalt-Kœthen  ;  l'année  suivante,  ce  fut
le  tour  des  duchés  saxons,  par  1  accession  desquels
les  rapports  des  provinces  orientales  avec  les  contrées ­
  du  Mein  se  trouvèrent  affranchis  des  obstacles
antérieurs;  le  31  décembre  1829  le  landgrave  de
Hesse-Hombourg  adopta  le  système  douanier  de  la
Prusse  pour  Meisenheim  ;  le  6  mai  1830,  le  duc
de  Cobourg  en  fit  autant  pour  la  principauté  de
Lichtenberg;  et  ces  précédents  furent  suivis  le
24  juillet  1830  par  le  grand-duché  d’Oldenbourg
pour  la  principauté  de  Birckenfebl,  et  le  10  avril
1831  par  le  prince  de  Waldeck  pour  Waldeck,  conformément ­
  d’ailleurs  à  l’ancien  mode  des  indemnités ­
  à  forfait.  Mais  le  besoin  d’une  entente  entre  les
associations  éparses  paraît  avoir  été  éprouvé  de  bien
bonne  heure,  puisque  celles  du  Nord  et  du  Midi  conclurent, ­
  dès  le  25  mai  1829,  un  traité  qui  stipulait
les  facilités  commerciales  les  plus  étendues,  limitées
seulement  pour  certaines  denrées  ou  certains  pioduits
  par  la  diversité  des  deux  systèmes  d’impôt  ou
par  des  ménagements  envers  l’industrie  méridionale,
        <pb n="49" />
        DES  ORIGINES  DC  ZOLLVEREIN.  37
et  qui  dans  un  de  ses  articles  exprimait  même
formellement  le  désir  d’un  rapprochement  plus
étroit  encore.  Ce  traité  eut  le  27  mars  1830  comme
son  pendant  dans  le  traité  d’Eimbeck,  par  lequel
plusieurs  membres  de  1  union  du  Centre,  formant
ensemble  un  territoire  compacte,  substituèrent  à
des  clauses  banales  des  stipulations  sérieuses,  qui
devaient  dans  un  avenir  plus  ou  moins  éloigné  abaisser ­
  entre  eux  les  barrières  séparatives  comme  aussi
leur  valoir  une  législation  douanière  uniforme,  et
le  vœu  qu  il  avait  formulé  n’allait  par  tarder  à  recevoir ­
  complètement  satisfaction.
Le  premier  acheminement  sérieux  vers  la  constitution ­
  définitive  du  Zollverein  allemand  est  dû  à
la  Hesse  Électorale,  qui  avait  jusque-là  fait  partie  de
l’association  commerciale  des  États  du  Centre,  et  figuré ­
  en  tête  de  la  résistance  opposée  au  système
prussien.  La  révolution  qui  éclata  chez  nous,  en  juillet ­
  1830,  n’avait  pas  été  sans  influence  sur  ce  revirement ­
  dans  l’attitude  du  gouvernement  électoral,
car  d’une  part  elle  avait,  par  la  menace  d’une  guerre
de  propagande,  disposé  toutes  les  branches  de  la
amille  allemande  à  resserrer  leurs  liens,  et  les  sou-.
  respectifs  à  favoriser  le  développement  des
intérêts  matériels,  comme  devant  détourner  des  agitations ­
  politiques;  et  d’autre  part  elle  avait  par  contre-coup ­
  provoqué  sur  divers  points  du  sol  germanique, ­
  tels  que  la  Saxe,  le  Hanovre  et  précisément
aussi  la  Hesse-Cassel,  des  soulèvements  à  la  suite
        <pb n="50" />
        38  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
desquels  les  populations  conquirent  des  constitutions ­
  qui  leur  permirent  de  formuler  librement
leurs  besoins  et  leurs  vœux.  Or  ce  fut  à  la  demande
des  Chambres,  que  l’Électeur,  s’armant  de  l’art.  19
du  pacte  fédéral  et  rompant  les  engagements  de
Cassel  et  d’Eimbeck,  se  tourna  vers  la  Prusse,  sans
tenir  compte  des  récriminations  de  ses  anciens  alliés, ­
  dont  la  ligue  opposante  ne  tarda  pas  à  se  dissoudre. ­

La  convention  du  25  août  1831,  qui  fit  entrer
dans  l’association  du  Nord  la  Hesse  Électorale,  rendit
communs  à  cette  dernière  contrée  la  législation  sur
les  droits  d’entrée,  de  sortie  et  de  transit,  la  législation ­
  douanière  (Zollgesetz)  le  règlement  douanier
(Zollordnung)  et  le  tarif  en  vigueur  dans  l’union
prusso-liessoise,  et  consacra  des  résultats  fort  importants ­
  en  rattachant  les  provinces  occidentales  de
la  Prusse  à  ses  provinces  orientales,  en  dégageant
le  grand-duché  de  liesse,  en  partie  enclavé  dans  la
Ilesse-Cassel,  en  mettant  le  système  prussien  en
contact  avec  le  territoire  ami  de  la  Bavière,  et  en
accélérant  enfin  l’avénement  du  nouvel  état  de  choses. ­
  Par  suite  do  celte  accession,  le  cordon  douanier
de  l’association  du  Nord,  laquelle  prenait  insensiblement ­
  les  proportions  du  Zollverein  allemand,quveloppait
  une  surface  de  5,466  milles  carrés,  occupés ­
  par  14,  827,  500  habitants.
Mais  peu  de  temps  après,  le  22  mars  1833,  la
Bavière  elle  Wurtemberg,  qui  déjà  avaient  traité
        <pb n="51" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.  39
avec  le  Nord  en  1820,  et  que  la  résolution  réèente
de  la  Hesse-Cassel  avait  singulièrement  rapprochés
du  groupe  septentrional,  unirent  plus  complètement
encore  leurs  destinées  à  celles  de  ce  groupe,  et  le
traité  qui  intervint  à  cette  date,  traité  qui  reliait
les  associés  par  un  système  douanier  et  commercial
commun,  dnt  recevoir  son  exécution  à  partir  du
l®*janvier  1834  pour  durer  jusqu’au  1®"  janvier  1842,
à  partir  de  laquelle  époque  il  devait  être,  faute  de
dénonciation  antérieure,  considéré  comme  renouvelé ­
  pour  une  période  de  12  années,  sans  cesse  renouvenable
  elle-même.  Le  30  mars  1833,  par  conséquent ­
  huit  jours  plus  tard,  c’était  la  Saxe  Royale
qui  venait  faire  cause  commune  avec  l’association
agiandie,  afin  notamment  d’atténuer  les  souffrances
de  son  industrie  aussi  éprouvée  que  celle  du  reste
de  l’Allemagne,  et  sans  se  laisser  arrêter  ni  par  les
objections  des  consommateurs  accoutumés  à  de  faibles ­
  droits,  ni  par  les  cris  d’alarme  des  places  de
commerce  des  bords  de  l’Elbe,  ni  par  les  protestations ­
  de  villes  telles  que  Leipzig,  qui  devaient  leur
prospérité  à  des  foires  très-courues.  Puis  le  11  mai
1833  eut  lieu  1  accession  des  duchés  et  principautés
de  la  Thurînge,  composant  ce  dédale  inextricable
de  petits  Etats,  qui  séparaient  la  Prusse  de  la  Bavière
et  la  llesse-Cassel  de  la  Saxe  Royale  et  qui  s’étaient
groupés  auparavant,  sous  les  auspices  du  gouvernement ­
  prussien,  en  un  faisceau  désigné  sous  le  nom
.de  Uandelsverein  1  huringien.  Nous  voilà  de  la  sorte
        <pb n="52" />
        40

l’allemagne  économique.

arrivés  à  celle  fameuse  date  du  1"  janvier  1834,  à
laquelle  les  traités  précédents  avaient  renvoyé  la
mise  en  mouvement  de  l'institution  qu’ils  avaient
formée  et  qui  marque  le  point  de  départ  non  plus
d’un  Zollverein  circonscrit,  mais  d’un  Zollverein
digne  d’être,  appelé  le  Zollverein  allemand,  bien
même  qu’il  n’eût  pas  encore  trouvé  son  assiette  définitive. ­
  En  effet,  en  l’envisageant  à  ce  moment  même,
il  n’avait  pas  seulement  atteint  un  développement
superficiel  considérable,  mais  encore  il  avait  réuni
sous  sa  loi  les  régions  les  plus  importantes  par  la
densité  de  la  population  et  l’essor  de  leur  esprit  industrieux. ­

Au  milieu  de  toutes  ces  régions,  c’était  sans  conteste ­
  la  monarchie  prussienne  qui  occupait  la  place
la  plus  éminente.  Avec  ses  deux  sections  inégales
de  l’Est  et  de  l’Ouest,  semblables  à  des  ailes  im-.
  menses,  elle  étreignait  pour  ainsi  dire  les  autres ­
  Étals  associés,  et  si  l’on  divise  idéalement  le
territoire  du  Zollverein  en  trois  zones,  dont  celle  du
JNord  formée  par  les  trois  provinces  prussiennes  de
Posen,  de  Prusse  et  de  Poméranie,  celle  du  Centre
par  le  reste  environ  du  royaume  de  Prusse,  le
Brunswick,  la  Hesse  Électorale  et  la  Saxe  Royale,
celle  du  Midi  enfin  par  le  sud  de  la  Prusse  Rhénane, ­
  la  Hesse-Darmstadt,  la  Bavière,  le  Wurtemberg, ­
  ainsi  que  par  Bade  et  Nassau  dont  il  va  être
question  tout  à  l’heure,  on  voit  qu’elle  se  rattachait
à  ces  trois  zones  à  la  fois,  caractérisées  plus  parti-
        <pb n="53" />
        des  origines  du  ZOLLVEREIN.  41

culièrement  chacune  par  un  produit  spécial,  qui
est  le  blé  pour  la  zone  septentrionale,  la  laine  pour
la  zone  centrale,  le  vin  pour  la  zone  méridionale,
de  telle  sorte  qu’aucun  des  intérêts  de  l’union  ne
lui  était  à  vrai  dire  étranger.  11  est  vrai  que  son
fragment  oriental  n  avait  pas  été  grandement  favorisé ­
  par  la  nature,  et  que  les  sables  du  Brandebourg,
  connus  par  leur  stérilité,  couvraient  en  outre

Dne  partie  considérable  des  provinces  voisines.  Cependant ­
  le  parcours  des  grands  cours  d’eau  qui  le
sillonnent,  tels  que  l’Oder  et  la  Vistule,  offre  des
vallées  riantes  et  fertiles,  et  la  province  polonaise  de
osen,  la  Prusse,  la  Poméranie  avec  une  portion  du
Brandebourg  fournissent  des  récoltes  immenses  en
seigle,  qui,  excédant  de  beaucoup  les  besoins  d’une
population  assez  clair-semée  sur  ces  divers  points,
sont  utilisées  pour  une  vaste  exportation.
Au  contraire,  dans  les  autres  provinces  de  l’Est,
exportation  ne  s’alimente  pas  de  céréales,  qui  sont
consommées  sur  place  par  une  pousse  plus  abondante ­
  d’habitants,  vivant  dans  des  conditions  de
&amp;gt;*en-être  supérieures.  Ceux-ci  s’y  adonnent  à  d’auces
  cultures  encore,  telles  que  celle  du  tabac  ou  de
la  pomme  de  terre,  matière  première  de  nombreuses
distilleries,  et  ils  excellent  surtout  dans  l’élève  des
moutons,  si  intelligente  et  si  prospère  en  Silésie,  en
Saxe,  et  dans  les  grandes  propriétés  de  la  Marche  de
brandebourg.  Aussi  l’étranger  est-il  avide  de  leurs
précieuses  toisons,  que  l’activité  manufacturière  du
        <pb n="54" />
        42  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
pays  ne  suffit  pas  à  épuiser.  Une  mention  particulière
est  due  à  la  Silésie,  qui  n’abonde  pas  seulement  en
blé,  en  grandes  forêts,  en  pâturages  et  eu  poisson,
mais  encore  en  mines  de  diverses  espèces,  dont  on
extrait  du  fer,  de  la  houille  et  surtout  du  zinc  dont
elle  a  pour  ainsi  dire  reçu  le  monopole.  Mentionnons ­
  encore,  avant  de  nous  séparer  de  la  Prusse
orientale,  le  tissage  du  lin,  cette  industrie  antique,
qui  fleurit  dans  le  district  reculé  de  l’Ermeland,
près  de  Kœnisgberg  et  principalement  dans  les  campagnes ­
  de  la  Silésie,  les  fabrications  de  la  laine  et
du  coton,  qui  absorbent  tant  de  bras  et  de  capitaux
dans  ces  contrées  et  les  branches  les  plus  variées
de  l’activité  industrielle,  se  groupant  avec  prédilection ­
  dans  l’enceinte  ou  dans  le  rayon  de  quelque
grand  centre,  comme  Berlin  dans  le  Brandebourg
ou  comme  Breslau  en  Silésie  ou  comme  Magdebourg
  dans  la  province  de  Saxe.
Pour  ce  qui  est  des  deux  provinces  occidentales,
de  beaucoup  les  plus  peuplées,  les  plus  animées,  les
plus  prospères  et  longtemps  le  point  de  mire  de
tousles  regards,  elles  ont  inspiré  à  M.  Bichelot  la
belle  page  descriptive  suivante  :
«  Couverte  de  marais  et  de  bruyères  dans  le  voisinage ­
  de  la  Hollande,  la  Westphalie  présente  un  sol
fertile  sur  les  bords  du  Weser  et  de  1  Ëms,  de  la
Lippe  et  de  la  Ruhr;  une  multitude  de  porcs  y  son
engraissés.  Son  centre  manufacturier  est  la  florissante ­
  vallée  de  la  Ruhr  ;  là  s’élèvent  Iserlohn,  Hagen,
        <pb n="55" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.  43
Schwelm,  Dortmund,  petites  ruches  industrieuses,
où  des  chutes  d  eau  communiquent  à  des  usines  métallurgiques ­
  et  à  des  établissements  divers  le  mouvement ­
  et  la  vie.  Un  autre'district,  celui  de  Minden
et  de  Bielefeld,  fabrique,  depuis  de  longues  années,
des  toiles  renommées  par  leur  finesse  et  par  leur
blancheur.

La  province  qui  doit  au  Rhin  son  nom  et  sa
splendeur  surpasse  toutes  les  autres  en  activité  et
en  opulence.  Aux  richesses  agricoles  répandues  à
profusion  dans  la  vallée  du  tleuve  nourricier,  elle
en  ajoute  une  autre,  étrangère  au  reste  de  la  monarchie, ­
  le  vin  généreux  qui  se  récolte  au  midi,  sur
es  coteaux  des  régences  de  Coblentz  et  de  Trêves,
prolongement  des  Vosges  et  des  Ardennes.  Ses  manufactures ­
  comptenten  Europeparmi  les  premières  ;
Aix-la-Chapelle,  avec  son  territoire,  est  une  vaste  fabrique ­
  de  draps;  c'est  en  même  temps  un  grand
atelier  pour  les  épingles  et  les  aiguilles.  Toutes  les
branches  du  travail  prospèrent  dans  la  régence  de
Uusseldorf,  qui  termine  la  province  au  Nord,  et
eues  y  nourrissent  une  population  fourmillante
là  riT  Royale  ou  delà  Belgique;
riantes  vallées  ou  circulent  une  multitude  de  petits
cours  d'eau  transformés  en  autant  de  forces  motrices, ­
  1  industrie  s'est  fixée  comme  dans  un  lieu  favori  ;
sur  cet  espace  privilégié  fleurissent  Elberfeld,  Bar-
        <pb n="56" />
        44

l’allemagne  É(’.0NüM1QUE.

men,  Lennep,  Solingen  et^à  quelque  distance  Crefeld
  et  Gladbach,  élaborant  avec  ardeur  le  coton,
la  soie,  la  laine,  le  lin  ouïe  fer;  Cologne  enfin,  entouré ­
  de  plaines  magnifiques  et  industrieux  luimême,
  est  le  port  intérieur  et  la  grande  place  de
commerce  de  la  contrée  dont  il  occupe  le  milieu.  &amp;gt;&amp;gt;
En  reportant  maintenant  notre  attention  vers  les
États  de  la  zone  centrale,  c’est  la  Saxe  Royale,  qui
paraît  dans  les  conditions  les  plus  propres  à  l’attirer
et  à  la  retenir.  Bien  que  le  terrain  y  soit  en  général
ingrat  et  montagneux,  le  travail  a  créé  de  toutes
parts  des  ressources  abondantes.  L’industrie  usinière
et  manufacturière  s’y  disputent  les  bras  et  les  succès. ­
  Qui  ne  connaît  les  richesses  de  l’Erzgebirge,
aux  entrailles  duquel  d’innombrables  mineurs  vont
arracher  de  l’or,  beaucoup  d’argent,  du  plomb,
de  l’étain,  du  cuivre,  du  cobalt,  du  fer  et  jusqu’à
des  pierres  précieuses  de  plusieurs  espèces  ?
Quant  aux  entreprises  industrielles,  elles  sont
vouées,  entre  autres,  à  la  fabrication  des  draps,
des  cuirs,  des  porcelaines,  du  colon,  du  colon
surtout  dont  le  filage,  le  tissage  et  l’impression
entretiennent  l’activité  sur  tous  les  points  du
royaume.  Parmi  les  villes  où  se  rencontrent  les
plus  fortes  fabriques,  citons  Chemnitz,  Plauen,
Zwickau,  Bautzen,  Zittau  et  Leipzig,  Leipzig,  qui
n’est  pas  seulement  un  centre  industriel  considérable, ­
  possédant  des  fabriques  de  toiles  cirées,  de
pianos,  des  filatures  et  de  nombreuses  imprimeries
        <pb n="57" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.  45
en  lettres,  mais  qui  est  encore  le  clief-lieu  du  commerce ­
  de  la  librairie  et  le  siège  de  foires  visitées
par  l’Europe  entière,  où  la  Saxe  elle-même  envoie
,  ‘oiles.  (les  draps,  des  étoffes  de  laine,  de  coton
et  de  soie,  des  dentelles,  des  instruments  de  musique ­
  ;  la  Silésie,  des  toiles  et  des  draps  légers  ;  la
Hollande,  des  cuirs,  de  la  cire  et  des  bois  ;  la  Prusse,
des  étoffes  de  laine,  de  soie  et  de  coton  et  des  cuirs  ;
Nuremberg,  des  jouets  d'enfants;  l’Autriche  et  la
Hongrie,  des  toiles  de  colon  peintes  ;  la  Suisse,  des
I  ubans  de  soie  ,  la  Suisse  française,  des  montres  ;  la
Hussm  des  cuirs,  des  peaux,  des  fourrures,  du  change ­
  delà  cire,  des  soies  de  sangliers,  du  suif;  l’Italie
e  a  soie;  la  France,  des  soieries,  des  calicots,  des
c  ri  es  des  quincailleries,  des  dentelles,  des  modes  et
de  la  librairie  ;  l’Angleterre,  la  Hollande  et  llam-Jourg,
  des  denrées  coloniales,  de  la  baleine,  des
cannes,  des  étoffes  de  coton  imprimées  et  de  la
quincaillerie,  et  même  les  villes  de  l’Amérique  méridionale ­
  des  bijoux  et  des  pierres  précieuses.  '
n  ce  qui  concerne  eiilin  les  Étatsinéridionaux  du
leurT""'’.*'"  d''d"'Keeiit  par  l’état  prospère  de
au  moins  la  consommation  des  habitants,  et  tandis
que  dans  le  Nord  c’est  le  seigle  qui  domine,  ici  c’est
le  froment.  Ce  qui  caractérise  toutefois  celte  rone
cest,  comme  nous  l’avons  dit  déjà,  la  vigne,  qui  1¡
        <pb n="58" />
        46  L*  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
couvre  sur  un  vaste  espace,  qui  couronne  les  coteaux
de  Nassau  et  ceux  de  la  province  si  populeuse  de
la  Hesse  Rhénane,  qui,  en  Bavière,  croît  avec  succès
sur  les  bords  du  Rhin  et  du  Mein,  et  en  Wurtemberg,  ^
dans  la  vallée  du  Neckar  et  près  du  lac  de  Constance.
La  Bavière  éveille  aussi  de  suite  le  souvenir  de  celte
fabrication  renommée  de  bière,  à  laquelle  elle  a
donné  son  nom  et  en  vue  de  laquelle  elle  cultive  le
houblon  sur  une  très-grande  échelle.
Il  ne  faudrait  pas  croire  d’ailleurs  que,  sous  le  rapport ­
  industriel  proprement  dit,  ces  contrées  méridionales ­
  eussent,  même  à  l’époque  où  nous  place
notre  histoire,  fait  par  trop  mauvaise  contenance.
Sans  doute,  des  trois  zones  que  nous  venons  de  passer ­
  en  revue,  c’est  celle  du  milieu,  sur  laquelle  le  labeur ­
  manufacturier,  dans  toutes  ses  directions,  avait
projeté  le  plus  vif  éclat  ;  mais  les  États  du  Midi  n’étaient ­
  pas  restés  complètement  étrangers  à  ce  mouvement ­
  fécond  de  la  production;  et,  sans  revenir  sur
cette  boisson,  dans  la  préparation  de  laquelle  la  Bavière ­
  a  de  tout  temps  excellé,  on  peut  rappeler  avec
honneur  les  branches  élégantes,  savantes  même  dans
lesquelles  réussit  Munich,  sa  capitale,  les  manufactures ­
  d’ouvrages  en  fer,  cuivre,  acier  et  autres  métaux, ­
  de  planches  de  cuivre,  d’épingles,  d’aiguilles,
d’objets  de  curiosité,  de  jouets  de  toute  espèce,  qui
se  rencontrent  à  Nuremberg,  et  les  horloges  en  bois
que  confectionne  la  forêt  Noire  ;  sans  compter  qu’un
commerce  intense  concentré  dans  des  villes  telles  que
        <pb n="59" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.  47
Francfort-SUr-le  Mein,  Mayence,  Augsbourg,  Nuremberg, ­
  était  de  nature  à  entretenir  l’ardeur  productive ­
  dans  ces  parages  et  à  y  répandre  une  certaine
prospérité.
Quoi  qu’il  en  soit,  tels  étaient  les  éléments  d’ordre
divers  que  renfermait  le  Zoll  verein,  dont  le  territoire
s  étendait  maintenant  depuis  le  cours  de  la  Memel
jusqu’aux  Alpes,  et  comprenait  7,730  milles  carrés
avec  23,478,120  habitants.  On  n’y  voyait  toutefois
fisurer  encore,  en  faisant  abstraction  de  l’Autriche,
mie  Hanovre,  ni  Brunswick,  ni  Oldenbourg,  ni  les
deux  Mecklembourg,  ni  Bade,  ni  Nassau,  ni  Francort-sur-le-Mein,
  ni  les  deux  Lippe,  ni  les  trois  villes
hanséatiques,  ni  de  petites  provinces  qui,  comme  le
uxembourgetle  Holstein,  étaient  réuuiesàdespuissances
  étrangères.  Mais  l’avenir  devait  s’en  charger,
fâchons  à  présent  de  rendre  au  moins  sommairement ­
  compte  du  contenu  des  précédents  traités,  qui
introduisirent  eu  Allemagne  une  combinaison  économique
  aussi  nouvelle  et  aussi  féconde.
1)  après  ces  traités,  les  États,  composant  l’associa-Jion
  et  qui  étaient  provisoirement  au  nombre  de  sept,
_  Prusse,  la  Bavière,  le  Wurtemberg,  la
^axe  Royale,  les  deux  liesse,  et  la  Thuringe,  qui
compienait  dans  sa  dénomination  et  dans  sa  personnalité ­
  indépendamment  de  districts  de  la  Prusse
et  de  la  liesse  Électorale,  le  grand-duché  de  Saxe-Weimar,
  les  trois  autres  duchés  saxons,  les  deux  principautés ­
  de  Schwarzbourg  et  les  trois  principautés  de
        <pb n="60" />
        48  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Reuss,  les  Étals,  (lisons-nous,  adoptaient  le  même
système  douanier,  ainsi  qu’un  tarif  d’entrée  de  sortie ­
  et  de  transit  identique,  et,  en  reculant  les  barrières ­
  individuelles  jusqu’aux  extrêmes  frontières  de
l’union,  établissaient  entre  eux  une  liberté  commercialeillimitée.
  Ce  droit  pour  les  marcliaudises  de  circuler ­
  sans  la  moindre  entrave  d’un  État  à  l’autre  était
retiré  seulement  aux  objets  auxquels  s’appliquait  le
monopole  des  gouvernements,  aux  denrées  soumises ­
  à  des  droits  compensateurs,  et  é  tous  les  articles
(lui  n’auraient  pu  être  contrefaits  où  introduits  qu  au
préjudice  d’un  brevet  d’invention  ou  d  un  privilège
octroyé  par  un  des  gouvernements  alliés.  Dans  la
nremière  catégorie  se  plaçaient  notamment  les  cartes ­
  à  ioner  et  le  sel  ;  et  quant  à  la  seconde  catégorie
de  cas  exceptionnels,  elle  se  justifiait  par  1  inégalité
existant  entre  les  divers  États  de  l’Union  par  rapport
à  leurs  systèmes  d’impôt  respectifs;  il  importe  en
etfet,  quand  une  association  de  douanes  n  est  pas  en
même  temps,  comme  elle  devrait  l  être  peut-être,
une  association  d’impôts,  au  moins  d’impôts  indirects, ­
  que  les  conilitions  de  production  et  de  vente
soient  égalisées  entre'associés.  Les  droits  de  compensation ­
  n’avaient  pas  d’autre  but  ;  mais  les  questions ­
  s’y  rattachant  n’avaientpasmoinsalimenté  des
dijbats  très-prolongés  et  très-épiiieux  avant  que  la
Prusse  se  prêtât,  comme  elle  le  lit  à  la  suite  u
traité  commercial  du  Zollverein  avec  la  b  rance,  a
la  suppression  de  ces  droits.  Jus(jue-là,  les  différen-
        <pb n="61" />
        des  OIUGINES  DU  ZOLLVEREIN.  49
ces  qui  séparaient  les  divers  systèmes  de  taxation  en
vi,loueur  avaient  conduit,  pour  l’application  des  impôts ­
  compensateurs  aux  produits  qui  y  donnaient  lieu,
à  établir  aux  frontières  communes  des  bureaux  de
contrólese  substituant  en  quelque  sorte  aux  barrières
qu  on  venait  d  abattre.  Le  quantum  desdits  impôts
variait  naturellement  selon  les  pays,  et  ils  n’étaient
pas  d’ailleurs  prélevés  sur  toutes  les  denrées,  ni  non
plus  partout  sur  les  mêmes.  En  Prusse  et  dans  les
Étals  qui  avaient  adopté  son  régime  financier  inlélieur,
  ils  frappaient  la  bière,  l’eau-de-vie,  le  tabac
en  feuilles,  le  moût  et  le  vin  ;  en  Bavière  et  dans  le
Wurtemberg,  ils  atteignaient  la  bière,  l’eau-de-vie  et
la  drèche;  et  la  bière  seule  y  était  assujettie  dans  le
grand-duché  de  liesse.  11  avait  été  convenu,  en  principe, ­
  qu’ils  seraient  calculés  d’après  la  différence  constatée ­
  entre  la  taxe  du  pays  de  destination  et  celle  du
pays  de  provenance,  pour  être  versés  dans  la  caisse
du  premier.  Mais  comme  ces  charges  portant  surdes
objets  différents  n’avaient  rien  d’uniforme,  et  comme
chacune  d  elles  variait  encore  pour  un  seul  et  même
pays,  selon  que  l’objet  importé  supportait  déjà  dans
la  contrée  de  sa  provenance  une  taxe  plus  ou  moins
élevée  de  consommation,  leur  organisation,  inspirée
il  ailleurs  par  une  pensée  équitable,  présentait  des
complications  multiples,  extrêmementgênantes  pour
le  commerce,  et,  quand  elle  disparut,  elle  ne  laissa
derrière  elle  aucun  regret.
D’après  les  mêmes  traités,  tous  droits  pour  l'u-
        <pb n="62" />
        50  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
sage  de  routes  publiques,  etc.,  ne  devaient  être  maintenus ­
  ou  établis  que  dans  la  mesure  ou  &amp;gt;  s  ré  poudraienl
  aux  frais  ordinaires  de  réparation  et  d  en  letien
  Le  tarif  prussien  de  i  828  ne  pouvait  en  tonteas
nas  être  dépassé  pour  les  droits  de  chaussée  On  ne
pouvait  être  astreint  à  des  droits  de  canaux,  d  éclu-L
  de  ponts,  que  si  de  pareils  travaux  existaient  véritablement ­
  et  au  cas  seulement  où  on  s’en  servait
On  s'y  prononça  en  principe  pour  l'abaissement  et
des  accords  ultérieurs.
Les  iiarties  contractantes  s’engageaient  en  outre  a
sociation,  mais  réservaient  également  a  des  négocia
tions  il  venir  les  arrangements  pratiques.
Cette  question  a  été  singulièrement  avancée  par
l’union  douanière  qui  fut  appelée  à  fonctionner  depuis ­
  la  formation  de  la  Confédération  du  Nord,  et
qui,  malgré  les  suggestions  d’un  amour-propre  national ­
  en  effet  mal  placé  en  ces  matières,  n  a  pas  lies  é
à  nous  emprunter  notre  système  métrique  décimal.
Quant  à  l’association  issue  des  pactes  de  1833,  la  déclaration,
  la  pesée  et  le  mesurage  des  marchandises
et  le  payement  des  droits  de  douane  commencèrent
par  y  être  effectués,  suivant  les  errements  du  pass  ,
avec  les  poids,  les  mesures  et  les  monnaies  e  c  i  -
que  État,  mais  les  inconvénients  de  cette  diversité
        <pb n="63" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN
■
Mmi
        <pb n="64" />
        52  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
sur  l’administration  des  douanes  à  1  aide  de  contrôleurs, ­
  que  les  uns  pouvaient  annexer  aux  bureaux
frontières  des  autres,  et  à  l’aide  aussi  de  chargés  de
pouvoirs,  qui  de  la  part  de  chacun  des  intéressés
pouvaient  aller  constater  la  marche  des  affaires  dans
les  directions  de  douanes.
De  plus,  on  constitua  avec  des  commissaires  de
tous  les  États  alliés  indépendants,  une  sorte  d’autorité ­
  fédérale  dont  les  délibérations,  annuelles  sauf
l'ur^rence,  reçurent  le  nom  de  conférences  générales,
et  qui  était  chargée  de  discuter  toutes  les  doléances
et  toutes  les  défectuosités  auxquelles  n  aurait  pas
paré  la  voie  ordinaire  des  correspondances,  d  arrêtei
définitivement  les  comptes  entre  les  associés  quant
aux  recettes  communes,  de  conférer  sur  les  vœux  et
les  propositions  émanés  de  tel  ou  tel  membre  de  l’union, ­
  d’examiner  les  modifications  auxquelles  pourrait ­
  donner  lieu  soit  la  législation  douanière,  soit
le  tarif  douanier,  soit  le  règlement  douanier,  soit  1  organisation ­
  de  l’administration  douanière.
En  ce  qui  concerne  la  négociation  de  traités  avec
d’autres  États,  les  pactes  d’union,  dont  nous  analysons ­
  les  dispositions  essentielles,  distinguent  entre  les
traités  ayant  pour  objet  l’entrée  effective  dans  1  association ­
  et  les  traités  de  commerce  ou  de  navigation
ordinaires.  Les  premiers  devaient  être,  en  règle  générale, ­
  négociés  par  ceux  des  gouvernements  alliés
dont  le  territoire  confine  à  celui  de  l’état  allemand,
qui  sollicite  son  admission  ;  ce  qui  fait  voir  que  1  ad-
        <pb n="65" />
        t)ES  ORIGINES  Dü  ZOLLVEREIN.  53
mission  au  sein  du  Zollverein  d’Élats  non  allemands
n  entrait  pas  dans  l’esprit  de  ces  pactes.
Chacun  des  gouvernemenis  alliés  conservait  le
droit  de  conclure  avec  d’autres  pays  placés  en  dehors
du  heu  douanier  des  traités  commerciaux  et  autres,
a  coud,t,ou  toutefois  que  les  traités  d’union  ne  fussent ­
  pas  atteints  par  l’exercice  de  cette  faculté.  Au
c  sumé  quand  on  considère  le  résultat  global  des
on  ven  lions  douanières  passées  en  1833,  le  Zollverein
yu  e  les  ont  fondé  se  caractérise  par  ces  traits,  qui
cettel  à  des  re-;|sssps

Lallégement  des  droits  de  navigation  et  la  fixa-
        <pb n="66" />
        54

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

%

lion  de  règles  précises  relativement  aux  droits  de
chaussées  et  autres  redevances  analogues.
Par  contre,  il  restait  plus  d’un  point,  réclamant
une  réglementation  meilleure,  laquelle  dut,  à  défaut
d’entente,  être  réservée  à  une  époque  plus  éloignée
et  à  un  plus  complet  développement  de  l’union  :
C’est  ici  qu’il  convient  de  ranger  :
La  mise  à  l’écart  de  tous  les  monopoles  d’Étal  ;
L’uniformité  dans  l’impôt  intérieur  mis  sur  les
articles  de  consommation  ;
La  concordance  de  la  législation  sur  toutes  choses
ayant  trait  au  négoce,  et  par  conséquent  en  matière
de  droit  commercial,  de  patentes,  de  brevets  d’invention, ­
  de  marques  de  fabrique  etc.;
L’unité  dans  la  législation  industrielle,  dans  l’organisation ­
  des  douanes  et  dans  le  système  monétaire ­
  et  des  poids  et  mesures;
La  suppression  de  tous  les  péages  d’eau,  de  tous
les  droits  de  route,  de  ponts,  etc.  ;
La  communauté  des  consulats  de  commerce;
L’installation  uniforme  de  chambres  du  commerce
et  de  l’industrie  ;
L’intervention  enfin  de  la  population  dans  l’établissement ­
  des  tarifs  et  la  conclusion  des  traités  de
commerce,  intervention  qui  s’est  fait  jour  à  une  époque ­
  très-récente  dans  le  Zoll-Parlement  ou  Parlement ­
  douanier,  sur  lequel  nous  aurons  plus  tard  occasion ­
  de  revenir.
Dans  ce  second  ordre  de  considérations  se  place
        <pb n="67" />
        DES  ORIGINES  DU  ZOLLVEREIN.  55
aussi  le  mode  de  délibérer,  employé  par  l’union  et
qui  subordonnait  toute  résolution  à  l’accord  unanime
des  commissaires,  dont  les  congrès  constituaient  à
la  fois  le  pouvoir  législatif  et  la  haute  cour  administrative ­
  du  Zollverein.  A  la  dilférence  de  ce  qui  se
passait  dans  la  diète  germanique,  où  les  différents
membres  participaient  aux  votes  dans  la  proportion
de  leur  importance  et  par  conséquent  avec  un  nombre ­
  de  VOIX  plus  ou  moins  considérable,  une  égalité
absolue  régnait  dans  les  délibérations  du  Zollverein,
quelle  que  fût  la  population  des  Étals,  le  titre  où
e  rang  hiérarchique  des  souverains,  et  qu’il  s’agit
d  un  changement  à  la  législation  de  douane,  d’une
mesure  d  une  application  générale,  ou  même  d’un
simple  règlement  administratif,  l’universalité  des
suffrages  .était  requise.  Il  est  même  probable  que  le
Zollverein  n  eût  pas  abouti,  si  les  pays  alliés  avaient
pu  craindre  d’être  liés  par  quelque  détermination,
prise  sans  leur  assentiment  individuel,  b  ailleurs
cette  condition  de  l’unanimité  assurait  une  marche
prudente,  créait  une  base  solide,  et  dans  les  commencements, ­
  tant  que  le  sentiment  de  l’intérêt  col-Toutefois,
  comme  les  éléments  d’une  cohésion
puissante  n  existent  guère  en  permanence  entre  des
associés  placés  comme  ici  dans  des  conditions  non
absolument  identiques,  le  droit  même  pour  le  plus
        <pb n="68" />
        50  l’allExMagne  économique.
infime  d’entre  eux,  de  tenir  en  échec  par  son  véto
les  volontés  de  tous  les  autres,  n’était  pas  de  nature  à
favoriser  beaucoup  le  développement  de  la  communauté. ­
  Sous  ce  dernier  rapport  encore,  un  progrès
véritable  a  été  réalisé  depuis,  en  ce  que  la  majorité  a
été  substituée  à  l’unanimilé  exigée  auparavant  ;  et  du
reste,  les  derniers  temps  ont  imprimé  à  la  marche  du
Zollverein,  assez  lourde  au  début,  un  mouvement
très-rapide,  qui  l’a  fait  entrer  même  en  partie  dans
des  voies  étrangères  à  sa  première  conception.
Mais,  malgré  leurs  lacunes,  leurs  défectuosités  et
leur  portée  encore  restreinte,  les  traités  qui  dotèrent
l’Allemagne  d’un  Zollverein  à  partir  du  1®'  janvier ­
  1834  n'en  furent  pas  moins  salués  avec  transport ­
  par  les  populations  intéressées  :  elles  oublièrent
les  peines  qu’avaient  coûtées  la  réussite.de  cette
grande  œuvre,  les  soucis  et  les  petites  animosités
auxquels  elle  avait  donné  lieu  et  furent  tout  à  la
joie,  que  causèrent  la  disparition  de  mille  entraves,
l’ouverture  d’un  large  marché,  le  brusque  élan  de
l’industrie  manufacturière,  vivifiée  par  un  tarif  protecteur ­
  et  apte  désormais  à  parcourir  une  carrière
honorable,  parallèlement  à  celle  où  s’était  signalée
exclusivement  jusque-là  l’industrie  agricole.  L’avenir ­
  était  envisagé  avec  confiance,  et  c’est  sur  lui
qu’on  comptait  pour  aller  mir  et  améliorer  encore
le  présent.
        <pb n="69" />
        'chapitre  II

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.

Un  grand  succès  venait  d'être  remporté  sur  la
routine,  à  laquelle  toute  nouveauté  est  suspecte,  sur
les  partisans,  très-ardents  et  très-nombrenx  dans  les
çsssss
pendance  des  États  devenant  partie  intégrante  d'un
faisceau  douanier.  Ce  succès  allait  devenir  de  jour
en  jour  plus  complet.  Le  Zollverein  n'était  en  eilet
entré  encore  que  dans  la  seconde  année  de  son  exisence,
  qn  i  voyait  venir  à  lui  Hade  et  Nassau  dont  la
        <pb n="70" />
        58  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
ce  pays,  qui  sur  une  étendue  de  50  milles  d’Allemagne ­
  ne  présentait  qu’une  largeur  de  3  à  0  milles
et  une  surface  de  272  milles  carrés,  s’opposaient
à  l’établissement  d’un  système  douanier  qui  lui  fût
exclusivement  propre.  Aussi,  dans  l’isolement  absolu ­
  où  il  se  trouvait  placé,  ne  lui  restait-il  guère
d’autre  parti  à  prendre,  que  celui  de  suivre  un  procédé ­
  qui  rendît  superflue  toute  surveillance  rigide
des  frontières,  d’ailleurs  à  peu  près  matériellement
impossible  avec  une  ligne  extérieure  mesurant  170
milles  allemands.  En  conséquence  on  y  abaissa  insensiblement ­
  le  tarif,  jusqu’à  ne  plus  opposer
d’obstacles  sérieux  aux  arrivages  des  produits  extérieurs, ­
  notamment  des  produits  d’une  fabrication
perfectionnée  ;  ce  qui  assura  à  l’industrie  française
et  anglaise  une  compétition  facile  sur  le  marché
badois  et  même  diverses  facilités  pour  leurs  placements ­
  en  Bavière,  dans  le  Wurtemberg  et  dans  la
Hesse.
Mais,  en  même  temps,  s’était  introduite  sur  une
très-large  échelle  la  pratique  de  la  contrebande,
qui  fut  sinon  protégée,  au  moins  tolérée  par  le  cabinet ­
  de  Carlsruhe,  et  qui,  en  pervertissant  la  moralité ­
  publique,  réussit  à  prendre  graduellement
toute  la  place  du  commerce  régulier  au  point  de  se
convertir  en  intérêt  national.  Cette  fraude  ne  s’organisa ­
  d’ailleurs  pas  moins  vivement  dans  la  direction ­
  de  la  France  que  dans  la  direction  des
États  avoisinant  Bade,  où  elle  s’alimentait  d’articles
        <pb n="71" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  59
français  et  anglais.  Aux  articles  manufacturés  de
France  et  d’Angleterre,  importés  en  fraude  des
droits  dans  les  contrées  voisines  du  grand-duc'lié
Il  faut  joindre  encore  les  denrées  coloniales,  de
iSli
les  c  ,  !  Pa--failement  connu  excilât  chez
ÄÜ
        <pb n="72" />
        60

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

(le  se  ralentir  et  de  tomber  à  peu  près  complètement
vers  la  fin  de  1833  ;  mais  ce  qu’il  importe  au  moins
de  signaler,  c’est  une  brochure  parue  au  mois  de
novembre  1833  en  faveur  de  l’entrée  de  Bade
dans  le  Zollverein,  et  qui,  émanée  d’une  plume  des
plus  autorisées,  exerça  une  influence  marquante  sur
l’issue  des  pourparlers  repris  après  la  conclusion
définitive  et  la  publication  des  grands  traités  de
douane,  passés  en  cette  année.
L’auteur  de  cet  écrit,  le  fameux  Nébenius  avait
tenu  autrefois  déjà,  comme  délégué  de  Bade,  une
place  mémorable  dans  le  congrès  de  Darmstadt,  en
raison  de  la  solidité  des  connaissances  techniques
(ju’il  déploya  sur  les  douanes  et  en  raison  aussi  du
projet  d’union  qu’il  soumit  en  novembre  1820  aux
délibérations  de  ce  congrès,  projet  où  l’idée  d’un
Zollverein  se  trouve  élaborée  au  regard  d’une  réalisation ­
  effective,  et  où  se  rencontrent  au  moins  en
traits  généraux  des  dispositions  de  détail,  destinées
à  l’assurer.  C’est  ce  qui  a  entraîné  d’ailleurs  plusieurs ­
  écrivains,  tels  que  Fischer  et  Aegidii,  à  vanter ­
  en  lui  le  seul  homme  d’État  de  cette  époque  et  le
véritable  créateur  du  Zollverein  allemand.  Or,  sans
vouloir  en  rien  diminuer  le  mérite  réel  de  Nébenius
et  contester  les  services  éminents  rendus  par  lui  à
cette  grande  cause,  nous  considérons  cependant  une
telle  appréciation  comme  quelque  peu  exagérée  et
aussi  comme  quelque  peu  entachée  d’ingratitude  visà-vis
  de  l’homme  illustre  à  qui  nous  avons  cru  de-
        <pb n="73" />
        61

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.
voir  rendre  les  mêmes  honneurs.  Elle  nous  paraît
empreinte  d’une  certaine  exagération,  en  ce  que  les
vues  de  Nébenius,  ainsi  qu’il  résulte  de  ses  écrits  et
notamment  de  son  attitude  au  congrès  de  Darmstadt
reposaient  comme  celles  de  tous  les  hommes  politiques,
  ses  contemporains,  sur  une  base  exclusivement
separa  is  e,  car  de  même  qu’en  Prusse  on  n’était  susceptible ­
  de  comprendre  qu’un  Zollverein  prussien,
e  même  le  patriotique  et  savant  Badois  ne  tendait  à
lesbuTT'  i“  sauvegardant  avant  tout
■
mm#
        <pb n="74" />
        62  l’allemagne  économique.
titres  de  List  au  profit  de  Nébenius  sont  érideinment
  égarés  par  cette  prédilection  malheureusement ­
  trop  prononcée  en  tout  pays  essentiellement
administratif,  pour  l’homme  en  place,  l’homme  public, ­
  le  fonctionnaire  et  par  ces  préventions  inconcevables ­
  contre  tout  esprit  indépendant,  sans  attache
officielle,  cherchant  sa  voie  en  dehors  des  sentiers
et  des  procédés  battus.  Aussi  nous  semble-t-il  que
la  postérité  équitable  doit  placer  ces  deux  hommes
sur  le  même  rang.  Tous  deux  ont  entrevu  de  bonne
heure  les  bienfaits  attachés  pour  la  patrie  allemande ­
  à  la  fusion  de  ses  innombrables  organisations ­
  douanières  en  une  seule  ;  mais  chacun  d’eux  a
choisi,  dans  l’intérêt  de  la  lutte  qu’il  était  résolu
de  soutenir,  un  champ  de  bataille  et  un  instrument
différents.  A  l’un,  la  ténacité  indomptable  du  diplomate, ­
  à  l’autre,  les  ardeurs  soutenues  d’un  apôtre;
à  l’un,  les  négociations  habiles  et  mystérieuses,  poursuivies ­
  dans  des  conférences  ou  dans  des  conversations ­
  privées  ;  à  l’autre,  la  propagande  retentissante,
faiteen  chaire,  dans  la  rue,  à  la  tribune,  par  la  voie
des  pétitions,  de  l’association  et  de  la  presse  ;  à  l’un,
les  succès  de  cabinet,  à  l’autre,  les  succès  populaires;
à  l’un,  les  adhésions  des  gouvernements,  à  l’autre,
la  conquête  de  l’opinion  publique  ;  et  tandis  que
List  jetait  les  fondements  rationnels  du  Zollverein,
Nébenius  en  élevait  l’édifice  pièce  à  pièce;  de  telle
sorte  que  ces  deux  fortes  individualités,  loin  de
s’exclure,  loin  de  se  tourner  le  dos,  bien  que  se
        <pb n="75" />
        ¡

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  63
mouvant  dans  les  sphères  différentes  de  la  doctrine
et  de  l’application,  semblent  au  contraire  avoir  été
destinées  par  la  bonne  étoile  allemande  à  se  compléter ­
  l’une  l’autre  et  à  concourir  ensemble  à  l’œuvre
de  là  résurrection  économique  de  leur  commune
patrie.
Quant  à  ce  mémoire,  publié  par  Nébenius  en
1833  nous  ne  pouvons  mieux  faire,  pour  en  divulguer ­
  1  esprit,  que  d'essayer  d'en  reproduire  ici  tant
bien  que  mal  un  passage,  autour  duquel  semble
pivoter  toute  l'argumentation  *
Il  n  est  pas  d  ailleurs  possible  de  méconnaître
que,  meme  vis-à-vis  de  la  grande  union,  les  avanus
  gouvernons  les  relations  entre  le  Sud-Ouest
        <pb n="76" />
        64  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
duché  à  l’Est  et  au  Nord  ;  et  que  les  effets  des  restrictions ­
  que  nous  avons  subies  jusqu’à  cette  heure
demeurent  à  peu  de  chose  près  les  mêmes,  que  ce
soit  le  tarif  prusso-hessois  ou  le  tarif  bavaro-wurlembergeois
  ou  tout  autre  tarif,  franchissant  comme
les  deux  précédents  une  certaine  mesure,  qui  prévale ­
  aux  frontières  de  ces  pays  voisins.
«  Mais  ce  qui  doit  être  considéré  comme  déterminant, ­
  ce  n’est  pas  la  possibilité  de  pouvoir  persister
dans  l’état  d’isolement  sans  détérioration  denos  rapports, ­
  et  nous  avons  plutôt  à  nous  demander,  si  nous
ne  devons  pas  préférer  à  cet  état  d’isolement  vis-à-vis
de  l’Union  notre  participation  directe  même  sous  la
condition  d’un  tarif  douanier  supérieur  au  nôtre.»
Peu  de  temps  après  cette  publication,  les  négociations ­
  un  instant  interrompues  reprirent  leur  cours,
et  quand  elles  eurent  enfin  abouti,  le  gouvernement
badois  réussit  à  procurer  au  traité  qui  venait  d’être
conclu  avec  le  grand-duché,  l’assentiment  des  États.
En  conséquence  le  Zollverein  s’accrut  de  passé  un
million  d’âmes  et  de  272  milles  carrés  de  territoire  ;
de  plus  il  fut  redevable  à  cette  accession  d’une  conformation ­
  très-opportune  des  frontières  vers  le  Midi
et  l’Ouest,  en  ce  que  la  limite  terrestre  grandement
brisée  jusqu’ici  sur  une  longueur  de  plus  de  100
lieues,  fit  place  à  une  frontière  fluviale  uniforme  et
très-facile  à  surveiller;  enfin  il  se  débarrassa  d  un
voisin  extrêmement  incommode  et  dangereux,  à  qui
son  intérêt  avait  dicté  non-seulement  de  souffrir  une
        <pb n="77" />
        période  de  1834  A  1854.  55
■
mm
        <pb n="78" />
        66  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
bles  de  café,  de  sucre  et  de  tabac,  qui,  depuis  la  publication ­
  du  nouveau  tarif  badois,  étaient  dirigés
sur  le  territoire  de  Nassau  et  sur  Francfort,  comme
conséquence  de  l’opinion  généralement  répandue  et
très-alléchante  pour  les  spéculateurs,  à  cause  de  la
source  de  bénétices  qu’ils  y  voyaient,  de  l’accession
imminente  du  Nassau  et  de  Francfort.  Mais  l’espérance ­
  d’un  accord  si  prochain  fut  quelque  peu  déçue,
car  le  traité,  qui  faisait  du  duché  de  Nassau  un
membre  nouveau  de  l’association  douanière,  ne  fut
signé  que  le  10  décembre  1835.
En  ce  qui  concerne  la  ville  jadis  libre  de  Francfort, ­
  elle  devait  à  sa  situation  favorable,  à  ses  capitaux, ­
  à  son  important  commerce  de  commission,
l’avantage  d’avoir  été  choisie  comme  lieu  d’entrepôt
de  toutes  les  marchandises  étrangères  et  notamment
anglaises,  qui  de  là  prenaient  le  chemin  de  toutes  les
régions  contiguës  do  l’Allemagne,  de  la  Suisse  et  de
l’Autriche.  Tant  que  les  États  voisins  n’eurent  pas
établi  de  cordons  douaniers,  son  négoce  suivit
des  voies  irréprochables  ;  mais  quand  peu  à  peu  on
eut  reconnu  la  nécessité  de  protéger  l’industrie  indigène ­
  contre  la  concurrence  écrasante  de  l’Angleterre, ­
  cette  cité  ne  tarda  pas  à  avoir  recours,  au
moins  partiellement,  à  l’expédient  de  la  contrebande.
A  partir  cependant  de  1828,  les  associations  douanières ­
  les  plus  importantes  résistèrent  à  cette  tendance, ­
  et  ce  fut  surtout  le  système  prussien  sur  les
droits  de  transit  qui  devint  accablant  pour  le  corn-
        <pb n="79" />
        période  de  )8:)i  A  l8Si.  (¡7
merce  .l'inlermédiaire.  Aussi  les  plaintes  et  les  ré
eliminations  prirent-elles  à  Francfort  un  caractère
res-mtense  que  vint  renforcer  encore  l'entente  de
■
        <pb n="80" />
        68  l’allemagne  économique.
dune  sur  le  trafic  de  détail  et  sur  l’exleiision  de  tout
son  mouvement  d’échanges.  Ces  réflexions  l’emportèrent, ­
  et  l’Angleterre  ayant  aisément  consenti  à
rompre  un  accord  insignifiant,  Francfort-sur-le-Mein
  devint  partie  intégrante  du  Zollverein,  en  vertu
d’un  traité  du  2  janvier  1836,  conclu  toutefois  après
beaucoup  de  peine  et  de  tiraillements.  Ce  traité
conférait  à  la  cité  contractante  les  droits  auxquels
elle  attachait  tant  d’importance,  de  membre  direct
et  non  médiat  de  l’Union,  avec  la  faculté  pour  elle
de  prendre  part  aux  conférences  générales  et  autres
délibérations,  en  telle  façon  cependant  qu’elle  était
obligée  de  laisser  dans  les  cas  ordinaires,  au  délégué
du  Nassau,  le  soin  delà  représenter.  On  lui  attribua
aussi  dans  les  recettes  une  part  supérieure  à  celle
que  comportait  sa  population,  et  ses  vœux  relatifs
à  l’organisation  douanière,  qui  la  concernait,  obtinrent ­
  une  satisfaction  à  peu  près  complète.  Le  traité
avait  d’ailleurs  rétroactivement  frappé  les  marchandises ­
  emmagasinées  h  Francfort  et  sujettes  à  des
•  droits,  d’une  taxe  y  correspondant,  dont  le  montant
devait  cependant  pour  un  dixième  être  versé  dans
la  caisse  municipale.  Pour  le  reste,  Francfort  souscrivait ­
  à  tous  les  arrangements  pris  par  les  traités
antérieurs.
L’adhésion  du  Nassau  et  de  Francfort  vint  complètement ­
  arrondir  le  domaine  du  Zollverein,  dans
lequel  tinrent  alors  près  de  8,253  milles  carrés
avec  25,153,847  Ames.  A  part  les  droits  compensa-
        <pb n="81" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  09
teurs  et  les  monopoles,  toutes  les  entraves  douanières ­
  avaient  disparu  sur  cette  immense  surface
territoriale.  De  membres  indépendants,  il  n’en  en-Ira
  plus  (laus  le  Zollverein,  jusqu’à  l’accession  du
lirunswick  qui  eut  lieu,  comme  nous  le  verrons,  en
r  ,  mais  il  restait  à  régler  les  rapports  avec  ces
I  gions  peu  étendues,  qui  s’étaient  autrefois  déjà
rattachées  à  l’un  des  membres  essentiels  de  l’Union
ou  accédèrent  ultérieurement  au  Zollverein,  sans  y
paHiciper  par  elles-mêmes,  et  ce  but  fut  poursuivi  •
Dans  celui  du  26  janvier  1836,  relatif  au  duché
ü  Anhalt-Dessau  ;
Dans  celui  du  31  décembre  1836,  relatif  à  la
kenkiT"  grand-ducale  oldenbourgeoise  de  Bir-''-hé

cipauté  de  Lippe-lZ%^  ^
Cl:::.:-te.::'-.
        <pb n="82" />
        70  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Dans  celui  enfin  du  11  décembre  1841,  relatif  à
la  principauté  de  Pyrmont.
Toutefois,  malgré  le  concours  do  tant  de  provinces, ­
  l’engouement  pour  le  Zollverein  n’était  pas
universel,  et  notamment  il  n’était  pas  partagé  par
les  États  maritimes,  qui  par  leur  littoral  communiquaient ­
  facilement  avec  l’étranger.  Déjà,  on  se  le
rappelle,  avant  1830,  le  principal  de  ces  derniers
États,  le  royaume  de  Hanovre  avait  concouru  activement ­
  à  la  formation  de  l’union  commerciale  du
Centre,  et,  depuis  cette  époque,  il  avait  articulé  devant ­
  la  diète  germanique  des  protestations  contre
l’extension  du  réseau  douanier  de  la  Prusse.  Mais,
voyant  que  sa  lutte  contre  le  Zollverein  demeurait
impuissante,  il  prit  le  parti  de  l’imiter,  et,  à  cet  effet,
il  organisa  successivement,  à  partir  de  1834,  avec  le
Brunswick,  Oldenbourg,  diverses  enclaves  de  la
Prusse  et  Scliaumbourg-Lippe,  une  association  indépendante, ­
  qui  prit  le  nom  de  Steuerverein  (littéralement ­
  association  d’impôts).  A  l’exemple  du  Zollverein, ­
  le  Steuerverein  substituait  aux  barrières,  qui  se
dressaient  devant  des  territoires  voisins  ou  enclavés,
une  ligne  unique  autour  des  frontières  extérieures  et
un  tarif  commun  ;  seulement  son  tarif  était  beaucoup ­
  plus  modéré,  attendu  que  les  intérêts  de
ces  contrées  côtières  étaient  bien  moins  développés ­
  dans  le  sens  de  l’industrie  que  dans  celui  du
commerce.  Le  premier  terme  assigné  à  la  petite
association  était  du  reste  le  même  que  celui  de  la
        <pb n="83" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1834.  71

grande,  comme  pour  ménager  un  rapprochement
futur.

Les  riverains  de  la  mer  Baltique  n’éprouvaient  pas
d’ailleurs  pour  le  Zollverein  une  inclination  plus
forte  que  ceux  de  la  mer  du  Nord  ;  et  les  ouvertures
que  le  grand-duc  de  Mecklembourg-Schwérin  fit
en  1836  au  gouvernement  français,  pour  la  conclusion ­
  d  une  alliance  commerciale  qui  le  préservât
des  envahissements  du  système  prussien,  eurent  pour
résultat  la  convention  du  19  juillet  1836,  qui  pour
dix  années  garantissait  à  la  France  le  maintien  du
régime  existant  dans  le  Mecklembourg,  sous  la  condition ­
  de  facilités  en  faveur  de  la  navigation  et  des
produits  ruraux  du  grand-duché.  Mais  toutes  ces
dissidences  finirent  par  disparaître  avec  les  années,
et  on  sait  par  l’histoire  contemporaine  qu’il  n’en
existe  plus  de  trace  aujourd’hui.

En  même  temps  que,  dans  ces  conditions,  le
Zollverein  s’acheminait  vers  le  terme  assigné  à  sa  premiere ­
  étape,  qui  pouvait  être  aussi  sa  dernière  en  cas
de  dénonciation  des  traités,  les  conférences  générales ­
  instituées  pour  arrêter  les  comptes  auxquelles
onna.ent  heu  les  recettes  communes,  pour  fixer  le
'  s  es  lois  et  règlements  de  l’association,  pour
diesser  le  tarif,  pour  s’entendre  sur  des  institutions
et  des  mesures  nouvelles,  et  en  général  pour  surveiller ­
  l’exécution  et  travailler  au  développement
organique  de  l’ensemble,  ne  manquèrent  pas  dans
leurs  réunions  périodiques,  tenues  à  chaque  fois  en
        <pb n="84" />
        72

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

des  lieux  différents,  de  vaquer  à  leur  importante
mission.  Celle  qui  s’ouvrit  tout  d’abord  à  Munich
dans  les  premiers  jours  du  mois  de  juin  1836  pour
se  prolonger  jusqu’à  la  moitié  de  septembre,  s’était
imposé  la  tâche  non-seulement  de  procéder  à  la
révision  du  tarif  douanier,  mais  encore  d  édicter
une  législation  douanière  commune  ainsi  qu’un  règlement ­
  et  une  loi  pénale  concernant  les  douanes.
Tous  ces  points  furent  vidés,  et  il  n’y  eut  que  la
législalion  pénale,  sur  laquelle,  vu  la  diversité  des
dispositions  correspondantes  chez  les  divers  États
et  la  difficulté  d’y  introduire  des  changements,  une
entente  complète  ne  parvint  pas  à  s’établir,  quoique
cependant  on  tombât  d’accord  sur  quelques  principes ­
  dirigeants,  qui  devaient  servir  de  règles  de
conduite  aux  membres  du  Zollverein  dans  la  rédaction ­
  de  leurs  lois  répressives.
11  importe  aussi  de  mentionner  la  seconde  conférence ­
  générale,  qui  eut  son  siège  à  Dresde  et  dura
du  25  juin  au  12  août  1838.  A  la  même  époque  à
peu  près  se  place  la  conférence  monétaire^  qui  tint
ses  séances  dans  la  même  ville  ;  car,  bien  qu’à  la
suite  du  désarroi  qui  avait  régné  dans  les  instruments ­
  d’échange  pendant  les  années  1835  et  1836,
on  fût  parvenu  en  1837  à*  s’entendre  sur  les  rapports ­
  entre  les  monnaies  du  Midi  et  à  former  une  '
union  monétaire  du  Midi  de  l’Allemagne,  par  laquelle ­
  furent  réglées  au  moins  les  relations,  à  l’égard ­
  du  numéraire,  des  États  ayant  adopté  le  florin
        <pb n="85" />
        73

•  PÉRIODE  DE  1834  A  1854.
a  la  taille  de  24  1/2  au  marc  d’argent  fin,  ¡1  convenait ­
  certainement  de  préciser  aussi  les  rapports  entre
  le  thaler  du  Nord  et  le  noriii  de  l’Allemagne
méridionale.  C’est  à  quoi  on  réussit  dans  cette  conférence ­
  de  Dresde  après  bien  des  empêchements,
portée  également  la  création,  sous  le  nom  de  monla
  Pmco  d’argent,  à
la  ladle  de  7  au  marc  de  Cologne,  et  au  litre  de  9/1  ó
de  hn,  valant  2  thalers  ou  3  florins  1/2  ,'7  fr.  50)  et
t»
        <pb n="86" />
        74

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

Mais  les  fabricants  adonnés  à  la  production  du
sucre  de  betteraves  essayèrent  aussi  en  divers  endroits ­
  d’y  joindre  celle  du  sucre  avec  le  sucre  des
colonies,  parce  que  ces  raffineries  trouvaient  dans
les  tarifs  des  faveurs  considérables  par  rapport  à  la
matière  première,  et  parce  que  ce  cumul  offrait  un
remède  contre  les  interruptions  forcées,  dont  souffrait ­
  encore  la  fabrication  du  sucre  extrait  des  betteraves. ­
  C’est  ainsi  qu’on  fut  conduit  à  scruter  l’opportunité ­
  d’un  impôt  sur  le  sucre  de  betteraves,  et
une  motion  fut  faite  par  la  Prusse  en  ce  sens.  Les
débats  auxquels  elle  donna  lieu,  et  qui  ne  manquèrent ­
  ni  de  vivacité  ni  d’abondance,  eurent  cet  effet,
qu’on  s’accorda  d’une  part  pour  maintenir  les  anciens ­
  avantages  relatifs  au  sucre  brut,  comme  avantages ­
  acquis,  mais  d’autre  part  pour  ne  les  concéder
dans  l’avenir  qu’autant  que  les  raffineries  seraient
placées  au  siège  d’un  bureau  de  douane.  On  prit  de
plus  les  dispositions  suivantes  :
1®  Des  raffineries  de  sucre  colonial  peuvent  accesssoirement
  fabriquer  du  sucre  de  betteraves  et
bénéficier  des  droits  modérés,  auxquels  celui-là  est
soumis,  quand  c’est  bien  le  sucre  colonial  qui  est  le
principal  objectif  de  l’entreprise;
2“  Il  est  interdit  aux  fabriques  de  sucre  de  betteraves ­
  d’opérer  simultanément  sur  le  sucre  colonial  ;
elles  ne  le  peuvent  qu’à  des  périodes  distinctes  ;
3®  Les  fabricants  ne  pourront  pas  plus  que  par  le
passé  faire  le  commerce  du  sucre,  ou  se  livrer  à  une
        <pb n="87" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  75
industrie  quelconque,  dans  laquelle  entre  cette  substance. ­

Quant  au  point  essentiel,  concernant  la  taxation  du
sucre  de  betteraves,  il  était  renvoyé  aux  délibérations
de  la  prochaine  conférence.  Mais  celte  troisième
conférence,  dont  les  travaux  s’accomplirent  à  Berlin
entre  le  18  juillet  et  le  16  septembre  1839,  continua
a  laisser  la  question  en  suspens,  tout  en  renouvelant
ou  modifiant  partiellement  les  mesures  précédemment ­
  prises.  La  question  des  péages  du  Rhin  perçut
parla  Prusse  fut  également  débattue  sans  résultatet
  un  sort  semblable  était  réservé  aux  dispositions
concernant  le  commerce  en  gros  avec  les  vins  exotiques, ­
  et  les  réductions  de  droits,  qui  s’v  ralla-Mais

  d’autres  affaires  furent  expédiées;  ainsi  ou
conçulun  nouveau  larifel  on  arrêta  aussi  les  comptes
idlérents  aux  années  1836,  1837  et  1838.  Ce  qui  assure ­
  toutefois  un  intérêt  tout  particulier  à  celte  conlèrence,
  cesl  qu’elle  coïncidait  avec  l’époque  à  laquelle, ­
  aux  termes  d’un  article  des  traités  d’union,
eur  dé„o,„i,,¡„„  devait  avoir  lieu,  sans  qu’aucun
fact  usage  de  celte
Indiquons  enfin,  pour  compléter  la  série  des  premieres ­
  conférences,  celle  qui  siégea  également  à
Berlin  à  partir  du  mois  d’octobre  1839  jusqu’au
commencement  de  mai  1840,  mais  dont  les  travaux
présentèrent  un  caractère  à  peu  près  exclusivement
        <pb n="88" />
        76

l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

administratif.  La  première  phase  de  son  existence
ne  se  passa  pas  non  plus  sans  que  le  Zollverein,  qui
avait  réussi  à  se  constituer  au  dedans  et  à  se  donner
des  limites  bien  arrêtées,  tentât  également  d’entrer
comme  un  tout  en  communication  avec  les  États
voisins,  et  de  mettre  l’unité  et  l’organisation  récemment ­
  acquises  à  l’épreuve,  en  contractant  avec  eux
des  traités  de  commerce  et  de  navigation.  Le  hasard
voulut  qu’il  nouât  tout  d’abord  des  rapports  avec  la
nation  la  plus  rompue  aux  affaires  qui  fut,  avec
les  Hollandais;  et,  bien  que  cet  essai  dans  le  domaine ­
  périlleux  de  la  politique  douanière  extérieure
n’eût  pas  été  particulièrement  heureux,  et  que  le
traité  conclu  dût  être  résilié  déjà  au  bout  de  quelques ­
  années,  la  négociation  même  et  l’agitation  qui
en  fut  la  suite  n’en  exercèrent  pas  moins  une  influence ­
  marquée  sur  la  marche  ultérieure  de  l’association. ­
  Aussi  voulons-nous,  en  l’honneur  de  ce  début ­
  diplomatique,  nous  y  appesantir  quelque  peu.
Jusqu’à  l’aurore  de  la  Révolution  française,  la
Hollande  avait  tenu  entre  les  mains  la  plus  grande
partie  du  commerce  avec  le  Midi  et  l’Ouest  de  l’Allemagne, ­
  et,  en  pourvoyant  les  provinces  rhénanes,
la  Westphalie,  la  Franconie,  la  Bavière,  la  Souabe,
la  Bohême,  le  Tyrol  et  d’autres  parties  de  l’Autriche
de  denrées  coloniales,  elle  en  retirait  par  contre  les
produits  bruts  et  manufacturés.  C’est  dans  ce  trafic
lucratif  qu’il  faut  chercher  la  source  delà  richesse
hollandaise,  c’est  à  lui  que  la  Hollande  était  rede-
        <pb n="89" />
        77

PÉUIODE  DE  1834  A  1854.
vable  à  la  fois  des  immenses  capitaux  qu’elle  possédait ­
  et  de  la  prospérité  de  ses  colonies.
Mais  la  Révolution  française,  avec  son  cortège
de  conséquences,  vint  changer  cet  état  de  dioses.  La
Hollande  ne  tarda  pas  A  perdre  son  importance  maritime, ­
  une  lionne  partie  de  ses  colonies  et  de  ses
richesses  ainsi  que  sa  libérale  constitution  ;  elle  sortit ­
  relalivement  appauvrie  en  1815,  des  traités  de
paix  de  Pans,  en  même  temps  qu’on  l’embarrassa
de  nouvelles  provinces,  dont  les  habitants,  les  vues,
a  langue,  la  religion  et  les  intérêts  industriels  diframnt
  complètement  des  siens.  Toute  l’industrie
ollandaise  s  était  jusque-là  concentrée  presque  exclusivement ­
  sur  la  raffinerie  du  sucre,  la  fahrica-‘al'ac,
  du  papier  el  du  drap,  et  l’apprêt  de
toile.  Sa  propre  production  agricole  ne  suflisant
pas  a  ses  besoins,  c’était  surtout  d’Allemagne  qu’à
la  laveurd  un  système  douanier  extrêmement  simple
ell  tirait  les  blés  et  les  bois  qui  lui  faisaient  défaut.
es  nouvelles  provinces  belges,  dont  l’industrie
tool  *’'^P“''“d'ssaieut  au  contraire  dans
méridionale,  qui  était  habituée  à  un  système  de
douanes  rigoureux,  fondé  sur  la  protectionet  la  pro-"Inlioii,
  en  réclamait  le  maintien  et  l’affermisse-
        <pb n="90" />
        78  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
inentaii  profit  de  son  activité  industrielle  et  agricole,
et  c’est  ce  qui  causa  la  ruine  des  provinces  du  Nord.
En  effet  le  fonctionnement  détaxés  compliquées  sur
les  céréales  et  de  droits  protecteurs  ou  môme  prohibitifs ­
  paralysa  les  importations  allemandes  ;  mais
en  meme  temps  les  exportations  de  la  Hollande  en
Allemagne  et  son  commerce  transatlantique  baissèrent, ­
  ses  ports  perdirent  de  leur  activité,  sa  navigation ­
  s’allanguit  d’année  en  année,  et  malgré  les  apparences ­
  toujours  sauves  de  la  prospérité  et  d’une
richesse  transmise,  le  pays  avait  à  lutter  avec  un
déficit  commercial  incontestable.
La  Révolution  belge  de  1830  brisa  eniln  celte
liaison  anormale,  et  l’esprit  pratique  des  Hollandais,
bien  que  ne  sachant  plus  rompre  complètement
avec  les  procédés  bureaucratiques,  si  contraires  à
leur  nature  et  à  leur  passé  républicains,  se  fit  bientôt
à  la  situation  nouvelle.
Avant  tout,  il  s’agissait  de  reconquérir,  notamment
sur  les  Hanséates,  qui  h  cet  égard  étaient  devenus
des  rivaux  redoutables,  un  marché  pour  les  denrées
coloniales  dans  l’Allemagne  du  Midi  et  de  1  Ouest.
Ici  se  dressait  désormais  le  Zollverein  avec  sa  puissante ­
  organisation  unitaire  et  ses  droits  élevés,
empruntés  au  tarif  de  la  Prusse.  Au  trafic  antérieur,
singulièrement  entravé  par  un  grand  nombre  de
barrières,  et  procédant  souvent  par  des  détours
à  raison  de  la  diversité  des  tarifs,  succéda  un  commerce ­
  régulier  duquel  la  fraude  était  bannie.  Ce
        <pb n="91" />
        •  PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  79
commerce  ne  tarda  pas,  grâce  à  l'essor  de  l'industrie ­
  allemande,  k  prendre  des  proportions  bien  plus
respectables  que  celles  qu'on  eût  pu  attendre  des
errements  précédents.  Le  placement  du  sucre  acquit ­
  notamment  en  très  peu  de  temps  une  importance ­
  exceptionnelle  et  devint  extrêmement  ré-  '
mun  ratent  pour  les  Pays-Bas.  Le  gouvernement
néerlandais,  qui  après  la  séparation  de  la  Belgique
avait  modifié  sa  législation  douanière  et  avait  entre
autres  mesures  allégé  sensiblement  le  transit,  s'eforça
  par  des  traités  avec  les  États  allemands  de
ciation  croissante  du  sol,  il  lit  rendre  à  la  date  d»
Cette  loi  produisit  une  graiideexcitation,  et  plu-«mm

négociations  pour  la  concession  réciproque  de  faci-
        <pb n="92" />
        80

l’allemagne  économique.

au  contraile,  dans  la  conférence  de  Munich  (1836}
les  États  associés,  réagissant  contre  les  dispositions
hollandaises  sur  l’importation  des  grains,  sévirent
durement  contre  l’importation  du  sucre  en  Allemagne ­
  par  la  Hollande.  Le  tarif  douanier  du  Zollverein, ­
  qui  se  montrait  rigoureux  pour  le  sucre  raffiné ­
  et  très-clément  pour  le  sucre  brut,  avait  eu
notamment  cette  conséquence,  que  les  industrieux
Hollandais,  après  avoir  imaginé  un  demi-produit
appelé  lonips  ou  lumps  ^  le  déclaraient  comme  du
sucre  brut,  et  l’introduisaient  en  masses  pour  les
raffineries  de  l’association.  Désormais  les  lumps
devaient  être  taxés  absolument  comme  le  sucre  raffiné ­
  et  par  cette  résolution  le  Zollverein  satisfaisait
sa  rancune  en  môme  temps  qu’il  comptait  grossir
ses  revenus.  De  plus  la  Prusse  prit  des  arrangements
qui  firent  perdre  au  pavillon  hollandais  les  immunités ­
  de  navigation  dont  il  avait  joui  jusqu’ici
sur  le  Rhin,  et  sous  le  coup  de  ces  deux  mesures  si
contrariantes,  le  gouvernement  des  Pays-Ras  poussa
les  négociations  avec  une  activité  nouvelle.  Ces  négociations ­
  amenèrent  tout  d’abord  le  3  juin  1837  la
conclusion  d’un  traité  de  navigation  entre  la  Hollande ­
  et  la  Prusse,  dont  les  stipulations  assuraient  à
leurs  navires  respectifs  la  réciprocité  du  traitement
national  pour  la  navigation  à  la  fois  fluviale  et  maritime, ­
  et  au  bénéfice  duquel  les  autres  Étals  allemands ­
  étaient  appelés  à  participer.
Mais  les  commissaires  néerlandais  ne  perdirent
        <pb n="93" />
        6

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  g
pas  de  vue  le  traité  dé  commerce  qui  leur  tenai
tJien  plus  a  cœur  que  le  résultat  précédemment  ob
tenu,  à  cause  surtout  de  la  grosse  question  des  su
eres;  et  c'est  pourquoi  ils  ne  se  lassèrent  pas  d
I
        <pb n="94" />
        g2  l’allemagne  économique.
aux  Pays-Bas  par  le  Zollverein,  et  qui  consistent  :
V  Dans  la  réduction  de  moitié  des  droits  existants ­
  sur  le  beurre,  le  fromage  et  les  bestiaux  d  origine ­
  hollandaise  ;
2°  Dans  l’abaissement  de  la  taxe  sur  les  lumps  hollandais ­
  à  5  thalers  et  demi  par  quintal;
3°  Dans  l’établissement  d’une  taxe  de  10  thalers
seulement  par  quintal  au  lieu  de  11  sur  le  sucre

raffiné;
4°  Dans  la  perception  de  2  thalers  par  quintal  sur
le  riz  hollandais  ;
5"  Dans  l’engagement  pris  par  les  États  associés,
de  ne  pas  aggraver  les  droits  d’entrée  établis  sur  le
café,  le  tabac,  les  aromates,  le  thé,  les  harengs,
l’eau-dc-\ie  de  provenance  néerlandaise.
A  peine  cette  convention,  dont  nous  n’avons  fait
connaître  que  les  clauses  principales,  et  dont  le  premier ­
  terme  assez  rapproché  devait  expirer  à  la  fin
de  1841,  fut-elle  conclue,  que  Hambourg  et  Brème
se  mirent  en  campagne  pour  voir  étendre  a  leurs  propres ­
  importations  de  lumps  les  avantages  qui  venaient ­
  d’etre  accordés  aux  importations  similaires
des  Hollandais,  et  des  accords  particuliers  vinrent

en  etfel  faire  droit  à  leurs  réclamations.
Cependant  les  stipulations  contenues  dans  le
traité  de  1839  ne  tardèrent  pas  à  provoquer  un  mécontentement ­
  général  et  tellement  violent  qu’on
allait,  dans  la  voie  des  insinuations  les  plus  blessantes, ­
  jusqu’à  incriminer  l’intégrité  de  l’administra-
        <pb n="95" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  83
lion  prussienne,  qui  avail  joui  jusqu’alors  d'une  réputation ­
  intacte,  jusqu'à  parler  de  l’inlluencecorruptrice ­
  des  ducats  hollandais,  etc.,  etc.  L’événement
prouva  d’ailleurs  que  les  niasses  avaient  bien
mieux  que  les  gouvernements  compris  la  question
qui  venait  d  être  résolue.
Ln  considérant  en  effet  les  résultats  positifs  de
«tte  solution,  on  put  constater  que  les  faveurs  dis-1
        <pb n="96" />
        ^4  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
été  réduits,  fit  défaut,  et  l’importation  se  concentra
de  plus  en  plus  sur  les  lumps,  que  la  convention
avait  tout  particulièrement  favorisés.  11  apparut
également,  que  l’exportation  en  Hollande  de  ceux
des  produits  du  Zollverein,  en  faveur  desquels  avait
été  stipulée  la  diminution  des  droits  d  entrée  dans
ce  pays,  ne  prenait  aucune  extension  nouvelle.  Aussi,
les  doléances  se  multipliant  à  l’infini,  force  fut
aux  gouvernements  alliés,  qui  en  apprécièrent  d’ailleurs ­
  la  justesse,  de  faire  à  sa  première  étape  la  dénonciation ­
  de  l’acte  qui  les  avait  provoquées.
Après  cette  expérience,  il  ne  restait  plus  au
Zollverein,  qu’à  arrêter  la  taxation  intérieure  du  sucre ­
  de  betteraves  ainsi  que  ses  rapports  vis-à-vis  du
sucre  des  colonies,  et  c’est  à  quoi  il  s’employa  encore ­
  en  1841  à  l’occasion  du  renouvellement  des
traités  d’association.
Parmi  les  traités  de  commerce  et  de  navigation
qui  suivirent  celui  dont  nous  venons  de  nous  occuper ­
  et  qui  furent  conclus  avec  la  Porte  Ottomane,  la
Grèce  et  l’Angleterre,  il  n’y  a  guère  que  le  dernier
qui  présente  un  intérêt  historique  un  peu  considérable. ­
  Point  n’est  nécessaire  de  rappeler  comme  étant
aénéralement  connue  la  législation  antérieure  des
Anglais  concernant  les  douanes  et  la  navigation.
Elle  reposait  sur  un  système  douanier  prohibitif  et
protectionniste,  qui  repoussait  presque  tout  trafic
étranger,  du  moment  où  il  n’était  pas  mené  avec
leurs  propres  produits  ou  sur  leurs  propies  vais-
        <pb n="97" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  85
seaux,  et  qui  même  dans  le  domaine  abandonné  faisait ­
  la  part  si  belle  et  si  large  à  leur  commerce  et  à
leur  navigation,  que  le  commerce  et  la  navigation
du  dehors  pouvaient  être  considérés  comme  frappés
d’ostracisme  par  l’Angleterre.

Déjà,  à  partir  de  1815,  les  États-Unis  de  l’Amérique ­
  du  Nord  résistèrent  énergiquement  à  ces  procédés ­
  étroits  et  conclurent  une  convention  basée
sur  la  réciprocité,  à  la  suite  de  laquelle  un  traité  du
2  avril  1824  valut  à  la  Prusse  cet  avantage,  qu’il
mit  un  terme  à  la  différence  qui  régnait  dans  la
taxation  des  vaisseaux  prussiens  à  l’introduction  en
Angleterre  ou  dans  ses  colonies  de  marchandises
prussiennes,  et  élablit  une  égalité  parfaite  sous  ce
rapport  entre  les  vaisseaux  prussiens  et  anglais  ;
mais  il  ne  fut  en  rien  dérogé  aux  autres  prescriptions ­
  restrictives,  qui  avaient  cours.
Quant  au  Zollverein,  qui  ne  tarda  pas  à  se  former,
1  Angleterre  ne  se  mit  pas  tout  d’abord  en  contact
avec  lui;  et  même,  quand  la  sensation  produite  par
son  établissement  se  fut  apaisée,  et  quand  ses  institutions ­
  douanières,  préjudiciables  sans  doute  au
P  acement  des  produits  britanniques"  en  Allemar
  ’  consolidées,  elle  affecta  de  ne  lui  accorder
  aucune  attention.  Mais  le  traité  avec  la  Hollande ­
  la  fit  sortir  de  son  apparente  apathie.  Cette
circonstance  que  le  Zollverein  riposta  à  une  mesure
hostile  par  des  représailles  non  moins  sensibles  à
adversaire,  et  inclina  ensuite  vers  une  sorte  desys-
        <pb n="98" />
        86  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
terne  de  douanes  différentiel,  était  trop  significative,
pour  que  la  politique  commerciale  des  Anglais  n  en  fût
pas  émue,  et  l’ambassadeur  anglais  à  Berlin  reçut
aussitôt  la  mission  de  demander  au  cabinet  de  Berlin, ­
  comment  serait  envisagée  désormais  l’importation ­
  du  sucre  anglais  dans  le  Zollverein.  Bien,  en
effet,  que  chacun  des  États  associés  eût  conservé,
comme  un  attribut  de  la  souveraineté,  le  droit  de
traiter  avec  l'étranger,  la  direction  des  négociations
commerciales  était  abandonnée  par  eux  et  reconnue
par  les  puissances  extérieures  au  gouvernement
prussien,  lequel  justifiait  d’ailleurs  celte  prédominance ­
  de  fait  sinon  de  droit,  parle  rang  qu’il  occupait ­
  déjà  alors  en  Europe.  La  Prusse  répondit  à  la
question  qui  lui  était  adressée,  en  communiquant
le  traité  du  21  janvier  1839  et  en  se  déclarant  disposée ­
  à  concéder  aux  importations  britanniques  les
modérations  de  droits  consenties  aux  Pays-Bas  sur
le  riz  et  le  sucre,  à  condition  que  l’Angleterre  offrît
des  conpensations  à  la  Prusse  ainsi  (¡u’aux  autres
contrées  faisant  partie  de  l’Union.  Les  négociations,
qui  furent  dès  lors  entamées  a  Londres,  et  dont  la
poursuite  efficace  devint  possible,  grâce  à  une  loi  du
Parlement  anglais  rendue  dans  la  session  de  1840  et
autorisant  des  modifications  à  Y  Act  of  navigation
conduisirent  au  traité  du  2  mars  1841,  composé  de
5  articles  seulement,  d’après  lesquels  en  premier
lieu  les  vaisseaux  prussiens  se  rendant  par  les  ports
non  prussiens  des  embouchures  del  Elbe,  du  Wéser,
        <pb n="99" />
        87

PÉRIODE  DE  1834  A  i85i.

de  l’Ems,  du  Rhin,  de  la  Meuse  et  de  l’Ecaut  en
Angleterre  ou  dans  ses  colonies  devaient  être  traités ­
  sur  le  pied  d’égalité  avec  les  vaisseaux  prussiens
se  rendant  à  la  même  destination  par  les  ports
prussiens  de  la  Baltique,  en  ce  sens  que  les  productions ­
  de  la  Prusse  et  des  autres  États  alliés  sortant ­
  de  ces  ports,  qu  on  pouvait  considérer  comme
les  ports  avancés  du  Zollverein,  seraient  admises  en

Angleterre  ou  dans  ses  colonies  aux  mêmes  droits
que  si  elles  y  avaient  été  transportées  sur  des  vaisveaux
  britanniques  ;  de  plus,  et  en  sens  inverse,
les  conditions  avantageuses  faites  par  le  Zollverein
à  la  Hollande  pour  ses  importations  de  sucre  et  de  riz
étaient  accordées  également  à  l’Angleterre,  qui  pour
ces  deux  articles  devait  participer  au  traitement  de
la  nation  la  plus  favorisée.
Ce  traité,  appelé  parson  premier  terme,  qui  concordait ­
  avec  celui  du  traité  hollandais,  à  expirer
a»  1  janvier  1842,  pour  être  de  là  prorogé  de  six
années,  au  cas  où  la  dénonciation  n’en  aurait  pas
été  faite  six  mois  auparavant  par  une  des  hautes
parties  contractantes,  devint  à  son  tour  le  point  de
ceffp  ^  ^^^aipies  acerbes,  partant  plus  spécialement
les  rw"  méiidionale,  taudis  que
ama  ions  contre  la  convention  de  1839
avaient  eu  leur  foyer  le  plus  intense  dans  le  Nord
et  alimentées  bien  moins  par  le  froissement  des  véritablesintércsés,
  possesseurs  de  raffineries  ou  fabricants ­
  de  sucre  de  betteraves,  dont  les  entreprises
        <pb n="100" />
        88  l’allemagne  économique.
étaient  médiocrement  inquiétées  par  le  rôle  secondaire ­
  des  Anglais  dans  l’importation  de  lumps,  que
par  des  considérations  et  des  hommes  appartenant  à  la
science;  mais,  malgré  ces  attaques,  malgré  aussi  la
dénonciation  et  la  rupture  du  traité  avec  la  Hollande, ­
  qui  avait  été  son  propre  point  de  départ  et
sa  cause  génératrice,  il  n’en  subsista  pas  moins  jusqu'en ­
  1848,  limite  extrême  assignée  à  son  existence.
Nous  croyons  oiseux  d’insister  sur  le  traité  passé
avec  la  Grèce  le  12  août  1839  et  sur  celui  qui,  passé ­
  avec  la  Porte  Ottomane  le  22  octobre  1840  étendait ­
  au  Zollverein  le  bénéfice  des  stipulations  obtenues ­
  en  1838  par  l’Angleterre  et  par  la  France,
stipulations,  grâce  auxquelles  des  règles  précises,
équitables  et  de  puissantes  garanties  pour  le  commerce ­
  européen  avaient  pris  la  place  d’abus  séculaires ­
  et  d’un  arbitraire  oppressif,  et  il  nous  faut
maintenant,  après  cette  excursion  dans  le  domaine
intérieur  et  extérieur  de  l’union  douanière,  reprendre ­
  le  fil  de  son  histoire.
D’après  le  pacte  fondamental,  appellation  dont
nous  nous  servirons  pour  désigner  les  traités  qui
donnèrent  naissance  au  Zollverein  allemand,  l’expiration ­
  de  ces  traités,  qui  était  normalement  fixée
au  1®'janvier  1842,  devait  être  reculée  d’une  période ­
  de  12  années,  au  cas  où  aucun  des  gouvernements ­
  unis  n’aurait,  deux  ans  avautce  premier  terme,
manifesté  de  volonté  contraire.
Le  parti  à  prendre  par  les  Étals  devenait  donc
        <pb n="101" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  89
pour  eux  une  occasion  toute  naturelle  d’examiner
sérieusement  les  résultats  politiques,  économiques
et  financiers  de  l’Union.
Bien  que  quelques  années  à  peine  se  fussent  écoulées
  depuis  que.  par  les  accessions  de  Bade,
P  rancfort  et  Nassau,  le  Zollverein  se  fut  complété
c  organisé,  ce  court  espace  de  tempsavaitcependant
sutil  non-seulement  à  transformer  du  tout  au  tout
'ecommerce  allemand,  et  à  le  pousser  dans  les  voies
nouvelles  que  lui  avait  frayées  la  liberté  intérieure,
mais  encore  à  mettre  en  lumière  les  effets  de  cet
Des  hommes  et  des  partis,  aussi  bien  que  les  goulelrr"'ï
  "■“"‘‘-»"»"C  institution
allemande  ;  il  avait  témoigné  de  sa  vitalité,  et  n’a-###!=

  négligé  d’obtenir,  échut  en  quelque  sorte
spontanément  en  partageai!  Zollverein,  dès  les  premières ­
  années  d’un  fonctionnement,  qui  reliait  les
        <pb n="102" />
        90  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
intérêts  matériels.  Toutes  les  ardeurs  patriotiques,
qui  s’étaient  emparées  de  la  jeunesse  allemande  depuis ­
  1812,  et  qui  sous  la  pression  d’une  tutelle  politique ­
  et  policière  avaient  pu  dégénérer  en  intempérance, ­
  dérivèrent  du  côté  de  l’association  allemande,
et  plus  stériles  avaient  été  les  etlorts  tentés  par  les
cabinets  et  par  la  diète  pour  les  étouffer,  plus  vigoureuses ­
  et  plus  saines  elles  se  déployèrent  au  contact ­
  du  mouvement  économique  naissant.  Les  idées
de  nationalité  portées  de  la  sorte  par  les  intérêts  matériels, ­
  et  réagissant  sur  eux  à  leur  tour,  pénétrèrent
successivement  toutes  les  couches  de  la  société,  et
imprimèrent  au  Zollverein  une  direction  politique,
assez  étrangère  aux  causes  immédiates  de  sa  fondation. ­
  La  lutte  passionnée  qu’amena  bientôt  la  combinaison ­
  de  ces  deux  éléments  montra  à  l’œuvre
dans  toute  leur  effervescence  les  jeunes  conceptions ­
  nationales,  qui  avaient  trouvé  enfin  une  assiette
solide  dans  le  Zollverein,  et  qui  ne  demandaient  pas
mieux  que  d’essayer  leurs  forces  encore  indisciplinées. ­

Les  sorties  violentes  contre  le  traité  hollandais  et
le  traité  anglais  furent  le  premier  symptôme  de  l’orage ­
  qui  approchait,  et  tendirent,avec  le  cachet  il  est
vrai  de  l’inexpérience,  à  procurer  au  Zollverein  dans
le  conseil  des  États  de  l’Europe  cette  reconnaissance
extérieure  dont  une  direction  jusqu’ici  exclusivement ­
  bureaucratique  semblait  avoir  voulu  le  priver.
Toutefois  cette  mission,  cette  signification  poli-
        <pb n="103" />
        PÉIUODE  DE  1834  A  1854.  91
tique  plus  haute  du  Zollverein  n’était  encore  à  cette
époque  admise  que  par  un  petit  nombre  de  personnes. ­
  La  plupart  des  hommes  d’État  se  contentèrent
de  constater  que  les  préventions  conçues  originairement ­
  par  sollicitude  pour  les  États  d’importance ­
  secondaire,  dont  on  croyait  l’indépendance
menacée  par  la  Prusse,  étaient  dépourvues  de  follement. ­
  La  Prusse  n’avait  pas  peu  contribué  d’ailleurs ­
  à  apaiser  les  appréhensions,  en  se  montrant
Sincèrement  soucieuse  de  ne  violer  en  aucune  façon
e  principe  d’égalité  absolue  une  fois  adopté,  et,  bien
qu  elle  eût  en  fait  la  conduite  des  affaires  et  notamment ­
  des  relations  extérieures,  d’user  de  son  autorité, ­
  sans  occasionner  le  moindre  froissement.
Les  chambres  des  Êlals  conslilulionnels  de  l’U-«■on
  qui  avaient  au  début  redouté  un  amoiudrissemen
  de  leur  mandat,  et  des  atteintes  au  régime  lira
  ,  ont  elles  étaient  l’expression,  et  qui  même
»aient  de  temps  à  autre  créé  des  obstacles  à  l’exéculOn
  rapide  des  décrets  du  Zollverein,  se  réconcilié-,
  e  les  aussi,  avec  1  Association,  en  voyant  qu’aubbmT’’f
  Gl  que  la  Prusse,
associés.
Sous  le  rapport  politique,  les  résultats  obtenus
jusque-las’étaient  donc  dÀpontrés  aussi  satisfaisants
que  possible;  mais  ils  laissaient  bien  moins  encore  à
        <pb n="104" />
        92  L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
désirer  sous  le  rapport  économique.  Avec  les  nombreuses ­
  lignes  douanières  avait  disparu  l’industrie
corruptrice  de  la  contrebande,  qu’elles  avaient  fait
surgir;  et  toutes  ces  entraves  avaient  fait  place  à  une
liberté  commerciale  inconnue  au  même  degré  en
Allemagne  et  qui  fut  saluée  avec  une  vive  reconnaissance ­
  à  la  fois  par  la  classe  des  négociants  et  par  le
public,  qu’indisposaient  fortement  des  assujettissements ­
  aussi  nombreux  qu’ils  étaient  souvent  mesquins. ­
  Aussi  vit-on  bientôt  s’établir  entre  les  divers
États  allemands  des  rapports  d’affaires  très-vivaces;
bien  des  provinces,  dont  les  produits  n’avaient  pu  se
débiter  jusqu’ici  que  dans  un  rayon  très-restreint,
trouvèrent  tout  d’un  coup  un  débouché  dans  toutes
les  parties  du  Zollverein,  et  ces  opérations  légales  ne
se  bornèrent  pas  à  répandre  l’aisance,  mais  elles
établirent  encore  par  leurs  effets  bienfaisants  leur
supériorité  sur  la  contrebande,  qui  ne  laissa  aucun
regret,  même  aux  populations  les  plus  adonnées  autrefois ­
  à  ces  manœuvres.
D’un  autre  côté  l’industrie  allemande  se  relevait  de
la  prostration  on  elle  était  plongée,  et  poussait  de
nouveaux  rameaux,  tandis  que  les  anciens  s’étendaient ­
  et  portaient  des  fruits  tous  les  jours  meilleurs.
L’activité  manufacturière,  qui  ne  s’était  encore  manifestée ­
  que  sur  certains  points,  se  propageait  à  travers ­
  des  districts  entiers,  et  bientôt  surgirent  en  des
endroits  particulièrement  favorisés  de  nombreuses
fabriques  d’espèce  identique  ou  similaire,  faisant
        <pb n="105" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  93
consister  leur  ambition  à  desservir  non  plus  seulement ­
  les  contrées  voisines,  mais  encore  la  totalité  de
l’Allemagne.  Quelques-unes  d’entre  elles  se  risquèrent ­
  aussi  sur  le  marché  universel,  où  elles  firent  la
concurrence  aux  industries  anglaise  et  française,
même  pour  des  articles,  relativement  auxquels  cellesci
  avaient  eu  toujours  la  haute  main.
L  emploi  de  machines,  qui  jusqu’alors  n’avait  eu
lieu  que  dans  des  proportions  très-rest  rein  tes,  s’accrut ­
  d  une  façon  prodigieuse  ;  mais  comme  l’industrie ­
  nationale  de  la  construction  des  machines  était
encore  dans  l’enfance  et  était  dépourvue  d’une  confiance ­
  que  n’auraient  pas  suffisamment  justifiée
d  ailleurs  ses  connaissances  techniques,  elle  ne  put
que  graduellement  faire  face  aux  besoins  auxquels,
en  attendant,  l’étranger  donna  surtout  satisfaction.
Bien  entendu,  le  phénomène  que  nous  signalons
s  accusa  bien  plus  dans  les  régions  où  fonctionnaient
déjà  d  anciennes  manufactures,  où  se  renconiraient
des  notions  professionnelles  et  des  capitaux,  où  des
gouvernements  avisés  avaient,  par  de  sages  institutions, ­
  stimulé  1  esprit  d  entreprise  et  encouragé  l’eng
  lement  spécial,  que  dans  les  contrées  agricoles
e  ce  es  ou  la  population,  par  trop  attachée  aux
vieux  errements,  se  montrait  moins  accessible  aux
innovations  et  laissait  à  désirer  d  avantage  du  côté
du  savoir  général  et  particulier.
A  mesure,  d’ailleurs,  que  la  haute  industrie  répandait ­
  le  bien-être  de  toute  part  et  procurait  à
        <pb n="106" />
        94

l’aLLEMAGíNE  économique.

bon  nombre  d'individus  des  moyens  d’existence  nouveaux, ­
  ces  effets  avaient  leur  contre-coup  parmi  les
autres  catégories  sociales;  ainsi  les  industries  d’ordre
intérieur,  de  même  que  l’agriculture,  bénéficièrent
largement  de  l’ascension  dans  la  consommation,  et
bien  quequelq  ues  mail  vaises  récol  tes  vinssent  à  éprouver ­
  assez  cruellement  la  population  des  champs,  elle
put  bien  vite,  grâce  au  développement  de  l’aisance
générale,  se  remettre  des  suites  de  ces  traverses.
Mais  les  résultats  financiers  du  Zollverein  furent
également  de  nature  à  satisfaire  la  majorité  des  associés. ­
  La  plupart  des  États  secondaires  n’avaient
guère  vu  jusqu’ici  dans  l’établissement  des  douanes
qu’une  source  de  revenus,  sans  bien  se  rendre  compte
ou  se  préoccuper  beaucoup  de  leur  fondement  économique ­
  ;  de  telle  sorte  que,  dans  les  sphères  gouvernementales, ­
  les  regards  étaient  surtout  fixés  sur
les  recettes,  et  que  plus  d’un  homme  politique,  surtout ­
  parmi  les  plus  anciens,  était  assez  porté  à  juger
exclusivement  par  ces  recettes  de  la  valeur  d’un  système ­
  douanier  quelconque.
Toutefois,  avant  la  constitution  du  Zollverein,  ces
États  n’avaient  par  la  nature  même  des  choses  retiré
des  douanes  que  des  produits  nuis  ou  relativement
insignifiants.  En  beaucoup  d’endroits,  les  droits  de
douane  étaient  même  mêlés  aux  impôts  de  consommation ­
  en  telle  manière,  que  leur  produit  véritable
ne  pouvait  être  précisé.
Il  n’y  avait  que  les  grandes  monarchies,  telles  que
        <pb n="107" />
        PÉRIODE  DE  i834  A  1854.  95
la  Prusse,  qui  fussent  en  possession  d’une  organisation ­
  douanière  bien  réglée,  et  ce  dernier  royaume
lui  était  redevable  de  revenus  peu  médiocres.  Maislc
système  douanier  prussien  ayant  servi  de  base  au  syslème
  douanier  de  l’Associalion,  et  bien  des  réductions, ­
  sans  aucune  majoration,  ayant  eu  lieu  depuis ­
  1834  quant  aux  droits  lixés  jadis  dans  le  tarif
prussien,  la  Prusse  ne  pouvait  espérer  aucun  accroissement ­
  de  ses  recettes.  Eu  revanche,  les  caisses
es  autres  associés  s'emplirent  d’autant  plus,  que  les
systèmes  par  eux  pratiqués  jusqu’alors  avaient  été
plus  défeclueux  et  plus  insuflisanis.  Aussi  leur  intérêt, ­
  SI  vivement  caplivépar  les  gains  considérables
découlant  pour  eux  du  système  de  douane  nouvelleaient
  inauguré,  étaibil  lié  delà  façon  la  plus  intime
du  maintien  durable  et  incommutable  du  Zollverein
len  encore  qu’une  disposition  d’esprit,  en  qiiWquè
sorte  Iiinee,  les  poussai  à  se  révolter  contre  l’assujellissemeiil
  à  une  direction  commune  ou  contre  le  sacrilice
  d  avantages  ou  d’intérêts  distincts.
Autre  était  la  situation  faite  à  la  Prusse.  Sans  doute
vinces  rhénanes  ainsi  que  les  soins  attentifs  quille
accordait  a  l  industrie  lui  avaient  donné  le  pas  suies ­
  autres  États  de  l’Union,  clie^  lesquels  elle  avait
trouvé  un  débouché  trè.s-lucralif  pour  ses  produits
        <pb n="108" />
        96  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Mais  ses  finances  étaient  moins  bien  partagées  que
celles  des  autres  membres  deTUnion;  car,  comme
plusieurs  de  ceux-ci  ne  fournissaient  pas  primitivement ­
  à  la  consommation  le  même  aliment  qu'un
certain  nombre  de  provinces  prussiennes,  alors  cependant ­
  que  les  droits  encaissés  étaient  répartis  au
prorata  de  la  population,  un  amoindrissement  momentané ­
  des  revenus  en  Prusse  n’était  pas  seulement
possible,  mais  même  vraisemblable.  Jusqu’à  l’année ­
  1834,  les  droits  de  douane  et  impôts  indirects
avaient  donné  en  PriiSse  un  rendement  de  20  silbergros
  par  tête  (2  fr.  50),  tandis  qu’en  1834,  ce  rendement ­
  tomba  brusquement  à  près  de  15  silbergros,
pour  ne  se  relever  insensiblement  à  21  silbergros
qu’en  1840.  Chez  lesautres  Étatsau  contraire,  c’était
l’inverse  qui  se  produisait.  Ainsi  la  part  advenue
dans  les  droits  à  la  Bavière,  pendant  qu’elle  faisait
encore  cause  commune  avec  le  Wurtemberg  seulement, ­
  s’était  élevée
En  l’année  1830-1831  à  1,893,847  norinsl
En  l’année  1831-1832  ù  2,104,931  aol,!'Ôo,399'ilorlns,
tandis  qu’en  1834,  après  son  entrée  dans  le  grand
Zollverein,  elle  atteignait  3,859,054  ilorins,  sans
que  cette  différence  sensible  en  plus  dut  s’expliquer
exclusivement  par  les  quotités  plus  élevées  du  nouveau ­
  tarif  de  l’Union,  quotités  correspondant  au
tarif  prussien.  Dans  ces  conditions,  la  Prusse,  voulant ­
  tarir  la  source  d’un  préjudice,  pour  le  redres-
        <pb n="109" />
        PÉRIODE  DE  1831  A  1834.  qy
sement  duquel  elle  se  confiail  d’ailleurs  à  la  honlé
(le  sa  cause  et  à  l’équité  de  ses  coassociés,  se  borna,
tout  en  laissant  passer  également,  quant  à  elle’
les  délais  conventionnels  de  la  dénonciation,  à  condestra
  des  de  conventions  qui  continuaient  d’être
obltga  otres.  Toutefois  le  traité  pour  la  prorogation
(lu  Zollverein  ne  fut  signé  que  le  8  mai  I84t,  tant
avaient  été  graves  et  accidentées  les  délibérations
qui  mirent  entin  d’accord  les  intéressés,  et  dont  il
sumra  de  consigner  ici  les  résultats  les  plus  essen-¿H"'"“-

  une  redevance  de  douane  commune  et  un  impôt
e  consonnmation  privatif.  Mais  celle  exigence  d’un
l'iccipiit  fut  généralement  mal  accueillie  ;  car  s’il
immm
        <pb n="110" />
        gg  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
grand©  quantité  de  \ins  qn  elle  consommait,  on
n’eût  pas  tenu  compte  aux  États  méridionaux  de
l’écoulement  plus  considérable  qu’y  trouvaient
d’autres  denrées  fort  productives,  telles  que  le  tabac,
le  fromage,  le  riz  et  le  houblon  ;  d  ailleurs,  exdure
  une  denrée  de  la  communauté,  ii  etait-ce  pas
défaire  ce  que  l’on  avait  fait  et  saper  l’association
par  la  base?  Quoiqu’il  en  soit,  sur  la  proposition
du  délégué  de  la  Bavière,  on  s’arrêta  à  une  combinaison ­
  qui  rallia  la  Prusse  elle-même,  à  laquelle
elle  donna  une  certaine  satisfaction,  inférieure  cependant ­
  à  celle  qu’elle  avait  sollicitée.  Celte  combinaison ­
  était  empruntée  à  des  calculs  minutieux,
desquels  il  résultait  que
t®  Si  ce  qui  était  perçu  en  droits  de  transit  et  de
sortie  dans  les  provinces  orientales  de  la  Prusse,
dans  la  Saxe  et  dans  la  Tliuringe,  était  abandonné
à  la  Prusse,  à  la  Saxe  et  à  la  Thuringe  pour  être
réparti  entre  ces  puissances  dans  des  proportions  à
arrêter  entre  elles  ;  et  que
2“  Si  ce  qui  était  perçu  en  droits  de  transit  et  de
sortie  aux  bureaux  de  douane  des  provinces  occidentales ­
  de  la  Prusse  et  de  toutes  les  autres  contrées  de
l’Union,  était  partagé  entre  elles  sur  le  pied  de  la
population  respective;  que  par  contre
3°  Si  la  Prusse  renonçait  vis-à-vis  de  ces  derniers
États  au  préciput  de  300,000  thalers,  qui  lui  était
échu  jusqu’alors  sur  les  droits  de  transit,
La  Prusse,  en  communauté  avec  la  Saxe  et  laThu-
        <pb n="111" />
        PÉBIODE  DE  1834  A  (854  ¡,9
1
        <pb n="112" />
        400  L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
locales  les  contrées  voisines  intéressées  se  fussent
départies  de  ce  principe.  Or,  puisque  les  droits  compensateurs ­
  avaient  été  imaginés  seulement  pour  que
les  producteurs  n’eussent,  en  présence  d  une  inégalité ­
  dans  les  taxations  intérieures,  rien  à  redouter  cependant ­
  de  la  concurrence  des  producteurs  d  un
autre  pays  associé  malgré  la  liberté  la  plus  complète ­
  dans  les  rapports,  la  circonstance  que  nous
venons  de  révéler  en  dernier  lieu  contrariait  et  viciait ­
  leur  organisation  en  enlevant  a  la  taxe  prélevée ­
  par  tel  ou  tel  État  sur  des  objets  qui  n’étaient
pas  consommés  à  l’intérieur  du  pays,  le  caractère
d’impôt  de  consommation  pour  y  substituer  celui
d’un  droit  de  sortie.
Ce  furent  encore  les  motions  du  commissaiie
bavarois,  qui  sur  ce  nouveau  point  concilièrent  des
opinions  très-divergentes  en  faisant  droit  à  toutes  les
réclamations  équitables  et  en  améliorant  sensiblement ­
  le  système  suivi  jusque-là.  Son  projet  consistait ­
  à  remplacer  les  droits  dits  de  compensation  (Ausgleichungs-Abgaben) ­
  par  les  droits  dits  de  passage
ou  de  circulation  (Uebergangs-Abgaben).  Ces  derniers ­
  droits  étaient  chargés  également  do  la  double
mission,  d’alimenter  le  trésor  de  chacun  des  États,
et  de  pallier  aux  inconvénients  que  la  diversité  des
systèmes  financiers  présentait  pour  les  producteuis  ;
mais  ôn  devait  à  présent  arriver  à  ces  lins  non  plus
parla  perception  d’un  droit  de  sortie  de  la  part  du
pays  producteur,  mais  par  la  perception  d  un  droit
        <pb n="113" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  101
d  entrée  dans  le  pays,  où  l’on  importait  le  produit
en  laissant  d’ailleurs  la  première  de  ces  contrées
complètement  libre  de  ne  pas  percevoir  sur  le  produit ­
  exporté  la  taxe  de  consommation  y  établie
Il  peut  n  itre  pas  superflu  d’éclairer  ce  revirement
e  système  par  un  exemple  que  nous  empruntons
aux  auteurs.

Sous  le  régime  précédent,  la  bière  étant  taxée
a  rarson  de  9  pfennings  par  quart  en  Bavière,  et
de  6  pfennings  seulement  en  Prusse,  il  se  percevait ­
  en  Bavière  par  quart  de  bière  prussienne  introduit ­
  3  pfennings,  è  titre  de  compensation  impliquant ­
  protection  pour  le  brasseur  bavarois  contre  le
l&amp;gt;i-asseur  prussien  moins  imposé.  Sous  le  régime
"ouveau,  qui  n’avait  anire  cliose  en  vue  que  d’aleindrela
  consommalion  et  de  l’atteindre  également,
quelle  que  fût  la  provenance,  le  même  quart  de  bière
prussien  sortait  de  la  Prusse  en  franchise,  cl  acquitau
  J  pfennings  en  Bavière,  tout  comme  le  produit
avaiois.  C  était  la  mémesommeque  précédemment  ;
■ü
::::S
        <pb n="114" />
        102

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

par  cela,  que  le  produit  d’un  État  quelconque  de
l’Union  ne  pouvait  sous  aucun  prétexte  être  imposé
plus  lourdement  ou  plus  mal  commodément  que
'le  produit  indigène  ou  celui  de  tout  autre  membre
du  Zollverein.
Les  limites  des  impôts  intérieurs  n’étaient  donc
pas  agrandies,  leur  quotité  licite  était  déterminée,
leur  remboursement  n’était  admis  que  dans  une
mesure  restreinte,  et  on  avait  décidé,  en  ouire,  que
les  droits  de  circulation  sur  le  vin  et  le  tabac  n’excéderaient ­
  pas  plus  que  par  le  passé  le  pied  de  25  et
20  silbergros,  de  telle  sorte  que,  sur  tous  ces  points,
les  prétentions  de  la  Prusse,  très-atlacliée  au  développement ­
  des  impôts  intérieurs,  et  très-hostile  aux
restrictions  qu’on  voulait  y  apporter,  furent  battues
en  brèche,  sans  qu’elle  crût  cependant  devoir  refuser ­
  son  adhésion'au  système  proposé,  qui,  ainsi
que  les  dispositions  particulières,  était  d’une  convenance ­
  indiscutable.
On  eut  relativement  moins  de  mal  pour  s’entendre ­
  sur  l’imposition  du  sucre  de  betteraves.  Du  moment ­
  où  le  gouvernement  prussien  se  fut  résolu
à  souscrire  au  principe  du  partage  en  commun  de
ce  revenu,  il  ne  rencontra  plus  de  résistance  et  il
ne  s’agit  plus  que  du  montant  do  la  taxe  et  de  son
mode  d’établissement,  ce  qui  ne  laissait  toutefois
pas  que  d’être  encore  assez  embarrassant  en  raison
de  la  nouveauté  de  la  chose  et  du  défaut  d’expériences
assez  longues.
        <pb n="115" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  103

Sur  le  point  de  savoir  si  la  sanction  des  diverses
chambres  ne  serait  pas  indispensable  en  ce  qui  concernait ­
  les  nouveaux  traités  de  commerce  à  conclure,
il  s’élait  manifesté  tout  d’abord  de  grandes  appréhensions, ­
  qui,  provoquées  par  les  propositions  prussiennes, ­
  dans  lesquelles  on  croyait  voir  une  atteinte ­
  au  régime  constitutionnel,  finirent  par  se
dissiper  dans  le  cours  de  la  discussion.  Les
débats  prouvèrent,  en  effet,  que  la  Piusse  n’avait  eu
en  vue  que  les  deux  Hesse,  la  Hesse-Darmstadt
d  une  part,  où  le  gouvernement  avait  reçu  des
États  plein  pouvoir  pour  la  consommation  de
traités  commerciaux  avec  des  puissances  allemandes,
sans  pouvoir  se  passer  au  contraire  de  leur  assentiment ­

  préalable  pour  toutes  les  modifications  législatives ­
  ou  de  tarifs,  qu'entraîneraient  à  leur  suite
des  traités  de  commerce  avec  des  puissances  étrangères, ­
  la  Hesse  Électorale  d’autre  part,  dont  le  gouvernement ­
  était  bien  autorisé  à  des  remaniements
partiels  des  tarifs  sous  la  ratification  ultérieure  des
États,  mais  cessait  d’avoir  la  même  liberté  d’action

quand  le  tarif  devait  être  complètement  renouvelé.
Kn  conséquence  on  arriva  sans  peine  à  formuler
une  disposition,  réservant  h  chaque  gouvernement  le
dioit  de  soumettre  à  chaque  fois,  selon  les  exigences ­
  constitutionnelles  respectives,  les  résolutions
prises  ou  les  traités  conclus  à  l’approbation  des
États.  Cet  objet  fut  de  nouveau  mis  en  discussion
lors  du  renouvellement  des  traités  douaniers  en
        <pb n="116" />
        104'  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
1853,  et  les  principes  proclamés  à  cette  époque  conservèrent ­
  une  autorité  incontestée  jusqu’au  traité
du  8  juillet  1867,  qui,  en  transformant  l’état  de  choses ­
  existant,  leur  fit  perdre  leur  raison  d’être.
Relativement  aux  péages  du  Rhin,  le  cabinet  de
Berlin  se  décida  aussi  à  obtempérer  aux  vœux  des
autres  cabinets,  en  entrant  dans  une  voie  jusqu’alors
jugée  par  lui  impraticable  et  par  trop  alarmante
pour  les  intérêts  des  ports  rhénans  de  la  Prusse  :
la  concession  consistait  en  ce  qu’il  soumettrait  à  ces
péages  les  articles,  notoirement  étrangers  à  P  Allemagne, ­
  alors  même  que  lesdits  articles  seraient  librement ­
  transportés  par  Coblence  vers  les  pays  situés ­
  plus  haut.
La  question  assez  secondaire  des  immunités  de
douane  fournit  matière  h  un  échange  actif  d’explications. ­
  Déjà,  en  1840,  la  Prusse  avait  fait  distribuer ­
  un  mémoire,  où  elle  s’était  appliquée  à  montrer ­
  dans  le  maintien  de  ces  privilèges  une  source
d’inégalilé  et  d’avantages  préjudiciable  à  certains
membres  de  l’Association  et  notamment  à  elle-même ­
  ;  elle  s’y  élevait  contre  des  mesures  d’exception,
que  la  continuation  du  lien  social  devait  de  plus  en
pins  tendre  à  faire  disparaître,  et  elle  estimait  que
là  où  les  conditions  spéciales  et  locales  dans  lesquelles ­
  se  trouvaient  placées  certaines  branches  de
l’industrie  militaient  pour  la  conservation  de  ces
mesures,  les  conséquences  fiscales  en  devaient  retomber ­
  privativement  sur  les  États  où  elles  étaient
        <pb n="117" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.

105

adoptées.  Néanmoins,  ici  encore,  l’accord  s’établit
sur  la  base  de  la  rétention  de  quelques  faveurs  spéciales ­
  le  long  de  certaines  frontières,  au  profit  de
céréales,  de  bétail,  et  de  glaces  non  polies.
Enfin,  à  l’issue  des  séances,  on  vit  s’élever  également ­
  une  contestation  assez  vive  sur  la  durée  à  assigner ­
  au  traité  d  union,  car  d’un  certain  côté  on  ne
voulait  prêter  les  mains  qu’à  une  période  de  6  ans,
et  c  est  de  ce  côté  aussi  que  s’était  rangée  la  Prusse,
dont  les  hommes  d’État  avaient  beaucoup  de  peine
à  taire  taire  leurs  inquiétudes  financières.  Cependant ­
  comme  le  représentant  de  la  Bavière,  fit  d’une
période  de  12  ans,  à  partir  du  T'janvier  1842,  la
condition  .sine  qua  non  du  concours  de  son  pays,  la
Prusse  finit  par  céder,  et  rien  ne  s’opposa  plus  dès
lors  à  la  conclusion  du  nouveau  traité,  qui  n’était
que  la  continuation  du  pacte  précédent  avec  lesdiffé-Ienees
  principales  que  nous  venons  de  parcourir.
Mais  à  peine  le  Zollverein  s’était-il  retrempé  dans
celte  réorganisation  intérieure,  et  avait-il  assuré  son
existence,  qu  un  nouveau  mouvement  d  accession  se
manifesta,  qui  devait  encore  mieux  que  par  le  passé
anondirses  frontières  et  préparer  son  extension  ul-Iciieuie
  veis  le  nord  de  1  Allemagne.  Très-importante ­
  sous  ce  double  rapport  fut  l’adjonction  assez
inespérée  du  Brunswick,  qui  s’était,en  mars  1841,
détaché  brusquement  du  Sleuerverein,  à  la  suite  de
négociations  infructueuses  entreprises  pour  la  prorogation ­
  du  traité  constitutif  de  ce  groupe,  et  qui  fit
        <pb n="118" />
        106

l’allemagne  économique.

sans  retard  à  la  grande  association  douanière  des
ouvertures,  bientôt  couronnées  d’un  plein  succès.
Le  duché  se  déclarait  prêt  à  adopter  le  système
d’impôts  prussien  relatif  à  la  bière,  au  vin,  à  l’eaude-vie
  et  au  tabac,  en  même  temps  que  l’ensemble
des  dispositions  régissant  l’union  sous  quelques  modifications ­
  transitoires,  nécessitées  par  sa  situation
géographique  vis-à-vis  du  Hanovre.  Par  contre,  on
ne  faisait  pas  d’objection  à  ce  qu’il  figurât  dans  le
Zollverein  avec  la  voix  délibérative  d’un  membre
indépendant.  Mais  sa  constitution  territoriale  fit
surgir  une  difficulté,  provenant  de  ce  qu’il  avait
demandé  son  admission  pour  toutes  les  parties  principales ­
  de  son  domaine  et  notamment  aussi  pour
ses  districts  du  Ilarz  et  du  Weser.  Ces  districts,  non
contigus  à  la  portion  dominante  on  essentielle  du
territoire,  formaient  une  langue  de  terre  étroite,
s’étendant  du  Weser  au  Harz  et  qui  séparait  nettement ­
  tout  le  cercle  hanovrien  de  Gruben-Hagen
avec  Gottingues  et  le  comté  de  Hohenstein  du  reste
du  royaume  de  Hanovre.  Et  comme  ce  cercle  serait
devenu  par  l’accession  du  Brunswick,  une  véritable
enclave  du  Zollverein,  condamnée  en  fait  à  l’annexion, ­
  le  Hanovre  devait  éprouver  des  craintes  sérieuses ­
  et  être  fortement  tenté  de  faire  échouer  les
desseins  de  son  ancien  allié.  D’un  autre  côté  la
Prusse  songeait  à  tirer  parti  de  cette  situation  pour
entraîner  le  Hanovre  dans  l’orbite  du  Zollverein  ;
mais  dans  dans  les  quelques  négociations  qui  fu-
        <pb n="119" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  10
rent  effectivement  entamées  à  ce  sujet,  cette  dernièi
puissance  fit  une  déclaration  évasive,  en  demandan
l’ajournement  à  un  moment  plus  favorable,  c’estii-dire
  moins  troublé  par  les  agitations  constitulionnelles,
  qui  la  travaillaient  à  l’intérieur,  d’une
détermination  à  laquelle  elle  n’était  pas  d’ailleurs
contraire.  Le  gouvernement  prussien  fut  ainsi
amené  à  promettre  de  s’entremettre  auprès  du
Brunswick,  pour  que  le  district  occidental  du
Veser  demeurât  pendant  un  an  encore  en  dehors  du
O  Iveiein,  et  persistât  pendant  le  même  temps  dans
ses  anciens  liens  avec  le  Hanovre,  à  condition  que
le  Hanovre  donnât  l’assurance  de  vouloir,  en  dedans
de  celte  année,  poursuivre  son  entréeau  sein  de  l’association ­
  douanière  allemande.  C’est  aussi  dans  ces
lermes  et  sous  ces  auspices  qu’interviut,  à  la  date  du
9  octobre  1841,1e  traitéavecleduché  de  Brunswick.
Mais  dtjà  la  veille,  1S  octobre,  la  principauté  de
Cippe-Detmold  avait  ¡pactisé  avec  le  Zollverein,  ce
qui  rendit  possible  aussi  l’absorption  par  lui,  en
vertu  d’une  convenlion  du  13  novembre  1841,  du
comté  liessois  de  Schaumbourg,  resté  jusque-là  en
deliois  de  son  action.
Bientôt  même  le  Zollverein  eut  à  se  réjouir  d’une
conquetenouvelle.  Uêsle  printempsdel’année  1839,
le  bruit  s  édail  accrédité  à  Berlin,  que  legonvernement
des  Pays-Bas  désirait,  aussitôt  la  question  belge  vidée ­
  faire  recevoir  dans  l’association  le  grand-duché
e  Luxembourg,  petit  pays  qui,  malgré  la  place  mo-
        <pb n="120" />
        l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

108

deste  qu’il  occupe  sur  les  cartes  géographiques,  a
plus  d’une  fois,  même  dans  les  derniers  temps,  fixé
les  regards  de  l’Europe,  et  qui  se  présente  à  nos  propres ­
  yeux  avec  toutes  les  séductions  et  tous  les  souvenirs ­
  de  la  terre  natale.
Celte  rumeur  avait  même  pris  une  consistance
telle,  que  déjà  au  mois  d’avril  1839  le  ministère
prussien  était  saisi  de  représentations  qui  lui  étaient
adresssés  des  provinces  rhénanes,  notamment  des  fabricants ­
  de  cuir  de  Malmédi,  dont  l’industrie  devait
avoir,  dans  la  pensée  de  ces  derniers,  beaucoup  à
souffrir  de  l’accession  du  Luxembourg.  D’ailleurs
l’opinion  publique  n’avait  pas  fait  fausse  route,  puisque ­
  le  19  juin  de  la  même  année  l’amliassadeur  de
Hollande  à  Berlin  remettait  une  note  où  était  exprimé ­
  le  désir  de  son  souverain,  de  faire  usage  des
dispositions  libérales  de  l’art.  38  des  traités  d'union,
en  prenant  part  au  Zollverein  avec  le  grand-duché  de
Luxembourg,  qui  déjà  appartenait  à  la  Confédération ­
  germanique.
Toutefois,  ces  ouvertures  firent  faire  des  réflexions
à  la  Prusse,  qui  croyait  ses  intérêts  propres  aussi
bien  que  les  intérêts  collectifs  compromis  parla  difficulté ­
  de  surveiller  les  frontières  luxembourgeoises
vis-à-vis  de  la  France  et  de  la  Belgique,  par  les  complications ­
  que  ferait  naître  l’administration  locale
des  douanes  et  sa  direction  supérieure,  par  la  résistance ­
  à  laquelle  on  s’attendait  de  la  part  de  la  population, ­
  par  les  sacrifices  qu’imposerait  le  partage
        <pb n="121" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  109
des  revenus  d’après  le  nombre  des  habitants,  en  présence ­
  de  l’état  de  la  consommation  dans  le  Luxembourg, ­
  par  le  péril  dont  étaient  menacés  la  régie
prusienne  du  sel  et  les  autres  impôts  indirects.
Aussi  quand  au  mois  d’octobVe  1839  M.  deScherff,
le  plénipotentiaire  hollandais,  fut  arrivé  à  Berlin  ac;
coin  pagué  de  l’inspecteur  supérieur  des  contributions, ­
  M.  Wahlen  de  Luxembourg,  on  commença  par
lui  proposer  d’abandonner  l’idée  d’une  accession
douanière,  et  de  se  rejeter  sur  un  traité  de  commerce, ­
  contenant  des  dispositions  favorables  aux  pro-  •
duits  respectifs  du  sol  et  de  ¡’industrie.
Mais  il  fit  observer  que  pour  le  Luxembourg,  dont
les  rapports  commerciaux,  extrêmement  vivaces  du
côté  de  la  Belgique  et  de  la  France,  étaient  à  peu
près  nuis  jusqu’ici  avec  les  membres  de  l’union,  tout
traité  de  commerce,  quelque  grandes  que  fussent
les  concessions  du  Zollverein,  serait  dénué  de  valeur, ­
  que  le  maintien  d  un  système  de  douane  propre ­
  au  grand-duché  était  impraticable,  et  que,  si  par
conséquent  on  se  refusait  à  donner  suite  aux  vœux
du  gouvernement  royal  grand-ducal,  il  ne  resterait
à  celui-ci  d  autre  parti  à  prendre  que  de  supprimer
complètement  toute  l’administration  douanière  dans
le  Luxembourg,  ce  qui  convertirait  ce  pavs  en  un
véritable  asile  pour  la  contrebande.
Cette  déclaration  ramena  forcément  le  débat  à  son
point  de  départ,  mais  le  projet  d’union  élaboré  en
conséquence  par  le  ministère  prussien,  et  les  dis-
        <pb n="122" />
        HO  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
eussions  auxquelles  il  donna  lieu,  mirent  bien  en
évidence  la  divergence  de  vues  qui  séparait  les  par
lementaires,  alors  même  qu’ils  se  plaçaient  de  part  et
d’autre  sur  le  terrain  de  la  réalisation  de  la  pensée
hollandaise.  Les  instructions  données  à  M.  deScherff
présupposaient  en  effet  l’admission  du  Luxembourg
dans  le  Zollverein  à  titre  de  membre  indépendant,
tandis  que  la  Prusse  pensait  au  contraire  retirer  au
grand-duché  son  administration  douanière  propre,
dont  elle  se  méfiait,  et  à  plus  forte  raison  lui  refuser
un  vote  individuel.  Mais  au  différend  sur  ce  point
essentiel  venaient  s’enjoindre  d’autres  sur  des  points
secondaires,  tels  que  celui  se  rattachant  aux  droits
d’octroi  établis  à  Luxembourg,  qui  ne  pouvaient
subsister  comme  par  le  passé,  sans  que  leur  maintien ­
  se  traduisît  par  une  véritable  barrière  à  l’intérieur. ­

On  était  donc  assez  éloigné  de  s’entendre,  quand,
en  juillet  1840,  le  cabinet  de  la  Haye  se  montra  disposé ­
  à  introduire  dans  le  Luxembourg  la  taxation
prussienne  sur  les  objets  de  consommation  intérieure, ­
  tels  que  vin,  môut,  eau-de-vie,  etc.,  etc.,  et  à
se  soumettre  aux  exigences  du  contrôle  unioniste  en
agréant  un  directeur  des  douanes  prussien  à  la  tète
de  l’administration  douanière  à  former  dans  le
grand-duché.  En  même  temps  son  arrêté  du  20  juillet ­
  1840  édictait  pour  le  Luxembourg  un  nouveau  tarif ­
  douanier,  qui  concordait  sur  les  chefs  les  plus
importants  avec  le  tarif  de  l’Association
        <pb n="123" />
        m

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.

La  réponse  de  Ia  Prusse  k  ces  propositions  ne  se
fit  guère  attendre;  mais  à  cette  réponse  succéda  une
suspension  complète  des  négociations  motivéeen  partie ­
  par  l’avénement  d’un  nouveau  souverain  au  trône
des  Pays-Pas,  et  qui  se  prolongea  pendant  une  année
entière,  jusqu  àcequ’enfin,  àla  date  du  8  août  1841,
I  accord  s  établît  entre  les  commissaires  respectifs.
Mais  cet  accord  avait  été  précédé  de  la  part  du
négociateur  hollandais  de  plusieurs  tentatives,  destinées ­
  à  obtenir  pour  la  Belgique  diverses  facilités
douanières  assez  considérables  dans  les  conditions ­
  que  voici.  Lors  de  l’annexion  à  la  Belgique
d  une  portion  du  Luxembourg,  une  loi  avait  été,
le  6  juin  1839,  promulguée  dans  le  royaume,  laquelle, ­
  afin  de  prévenir  le  dommage  pouvant  résulter, ­
  pour  les  deux  fractions  territoriales  autrefois
réunies,  de  la  brusque  interruption  de  tous  rapports
entre  elles,  avait  accordé  des  allégements  commer
ciaux  et  douaniers  au  blé  et  à  d’autres  produits  bruts
comme  le  fer,  la  faïence  et  la  draperie  grossière,
passant  du  Luxembourg  allemand  dans  le  Luxombourg
  belge.  Quant  au  Luxembourg  belge,  on  lui
avait  uniquement  concédé  par  contre  l’exportation
en  lanc  lise  du  fer  brut.  Le  gouvernement  néerlandais ­
  redoutait,  dès  lors,  que  l’entrée  du  grand-duché
dans  le  Zollverein  ne  fournît  au  gouvernement  belge
un  prétexte  pour  revenir  sur  les  avantages  octroyés
par  cette  loi  du  0  juin  1839.  La  Prusse  ne  crut  pas
néanmoins  devoir  donner  suite  aux  instances  faites
        <pb n="124" />
        #

\\&amp;lt;±  L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
auprès  d’elle  dans  la  direction  indiquée,  sans  que  cependant ­
  le  chargé  de  pouvoirs  de  la  Hollande  fît  de
ce  refus  un  impedimentum  à  la  signature  du  traité.
Mais  il  arriva  que  le  cabinet  de  la  Haye  s  opposa  a
la  ratification  de  la  signature  donnée  en  son  nom,  et
sa  détermination  fut  évidemment  dictée  parle  parti
devenu  prédominantà  la  Ilayeetdans  le  Luxembourg,
qui  repoussait  tout  rapprochement  avec  T  Allem.agne,
et  la  convention  comme  préjudiciable  aux  intérêts
bien  entendus  du  grand-duclié.  Quand  M.  de  Scherff
se  représenta  il  Berlin  en  décembre  1841,  il  était
chargé  de  la  mission  de  négocier  un  provisoire  qui
maintiendrait  le  statu  quo^  et  interdirait  pendant  un
certain  nombre  d’années  au  Luxembourg  tout  traité
de  commerce  avec  ses  voisins  de  la  France  et  de  la
Belgique,  tandis  que  de  son  côté  le  Zollverein  renoncerait ­
  à  la  ratiiication  et  à  l’exécution  du  traité
du  8  août.  Peu  de  temps  après,  deux  délégués  luxembourgeois, ­
  MM.  Simons  et  Théodore  Pescatore  furent ­
  mêlés  à  la  négociation,  qui  visait  même  maintenant ­
  de  leur  part  à  limiter  à  une  seule  année  l’interdiction ­
  pour  le  Luxembourg  de  passer  un  traité
ou  de  renforcer  un  Zollverein  étranger.  Mais  ces
combinaisons  furent  également  déclinées  par  la
Prusse,  laquelle,  plutôt  que  de  continuer  les  pourparlers, ­
  préféra  attendre  la  (in  des  événements,  qui
lui  indiquaient  l’apaisement  prochain  dans  le
Luxembourg  de  l’agitation,  un  peu  artificielle  à  ses
yeux,  qu'y  avait  produite  le  traité  du  8  agùt.
        <pb n="125" />
        8

PÉRIODE  DE  1834  A  185i.  H3
Celte  politique  ne  larda  pas  à  porter  ses  fruits,  et
pendant  le  séjour  que  le  roi  de  Prusse  fil  à  Londres,
deux  plénipotentiaires  hollandais  allèrent  l’y  joindre'
pour  lui  soumettre  de  nouvelles  propositions  et  réclamer ­
  des  modifications  au  traité  du  8  août,  dont
ils  désiraient  notamment  voir  restreindre  la  durée
d  abord  à  deux,  ensuite  à  trois  ans.  Et  comme  ces
propositions  ne  furent  pas  goûtées,  ils  déclarèrent
néanmoins  le  roi  des  Pays-Bas  disposé  à  accepter  le
traité  tel  quel,  en  insistant  seulement,  pour  que  par
rinlercalalion  d’un  article,  la  continuation  des  relations ­
  entre  les  deux  Luxembourg  fut  assurée,  et  pour
que  le  nombre  des  employés  de  douane  prussiens  à
installer  dans  le  grand-duché  fût  réduit  le  plus  possible. ­
  l  e  traité  définitif  fut  ensuite  signé,  le  8  février ­
  1842,  dans  la  ville  de  la  Haye  où  la  Prusse
avait  envoyé  deux  mandataires  ;  et  ce  traité,  qui  ne
dillérait  qu’inseiisiblement  de  l’ancien,  ne  tarda  pas
a  être  ratifié  par  les  deux  monarques.
Afin  d  éviter  que  le  Luxembourg  ne  fournît  au
gouvernement  des  Pays-Bas  un  moyen  d’agir  sur  la
politique  douanière  de  l’Union,  le  Luxembourg  se  vit
privé  d  une  voix  indépendante  dans  le  Zollverein,  où
contraire  être  représenté  par  la  Prusse,  et
son  organisation  douanière  fut  soumise  à  l’influence
directe  de  ce  royaume.  A  celle  fin,  la  direction  douanière ­
  éri-iée  à  Luxembourg  fut  subordonnée  au  Ministère ­
  des  finances  prussien  à  quiétait  réservée  aussi
la  faculté  de  présenter  pour  les  fonctions  de  directeur
        <pb n="126" />
        H4  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
un  employé  prussien,  en  même  temps  que  tous  les
États  de  l’Union  étaient  indistinctement  autorisés  à
envoyer  des  fonctionnai  res  à  cette  direction.  Du  même
coup,  le  grand-duché  empruntait  à  la  Prusse  son
système  d’impôts  à  l’intérieur,  et  souscrivait  aux  résolutions ­
  communes  prises  relativement  au  sel,  aux
jeux  de  cartes,  aux  patentes,  à  la  taxation  du  sucre
de  betteraves,  etc.
Pendant  que  s’accomplissaient  ces  diverses  accessions, ­
  qui  étendaient  l’œuvre  du  8  mai  1841,  pendant ­
  que  l’introduction  de  l’impôt  sur  le  sucre  de
betteraves  accroissait  la  puissance  financière  du  Zollverein, ­
  et  que  tout  faisait  augurer  son  avancement
progressif  dans  les  voies  paisibles  qu’il  avait  généralement ­
  suivies  jusqu’alors,  le  cours  des  événements
l’en  lit  dévier  inopinément  et  suscita  un  conflit  intérieur, ­
  qui  le  mit  à  une  bien  rude  épreuve,  en  menaçant
même  plus  d’une  fois  son  existence.  Le  rappel  de  ces
luttes  intestines  et  de  leur  résultat  final  est  particulièrement ­
  propre  à  attester  la  force  de  l’idée  nationale ­
  animant  l’Association  :  ainsi,  loin  d’avoir  amené
la  rupture  du  lien  social,  ces  luttes  l’ont  au  contraire
affermi  et  agrandi  et  ont  fait  éclore  une  organisation
nouvelle,  où  s’est  manifestée  d’une  façon  expressive
la  correspondance  intime  des  intérêts  et  des  institutions ­
  économiques  avec  les  intérêts  et  les  institutions
de  l’ordre  politique.
Huit  années  de  coopération  avaient  suffi  à  convertir ­
  l’industrie  allemande  en  une  industrie  véritable-
        <pb n="127" />
        115

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.
ment  nationale.  Tandis  qu’autrefois  des  barrières  en
grand  nombre,  élevées  comme  à  plaisir,  avaient  partout ­
  arrêté  l’essor  industriel,  et  borné  toute  exploitation ­
  à  l’horizon  le  plus  modeste,  l’agrandissement
des  débouchés  à  1  intérieur  combiné  avec  une  protection ­
  ellicace  contre  la  concurrence  étrangère  était
venu  fortifier  les  diverses  branches  de  l’industrie,
donner  un  surcroît  d  occupations  à  toutes,  en  susciter ­
  de  nouvel  les  et  en  enhardir  même  quelques-unes  à
affronler  sur  les  marchés  du  dehors  la  rivalité  étrangère. ­
  L  aniique  état  de  choses  était  devenu  méconnaissable, ­
  et  chez  la  classe  industrielle,  qui  avait
gagné  en  indépendance  et  en  considération,  se  développa ­
  de  plus  en  plus  la  conscience  de  sa  force  et
le  sentiment  de  la  solidarité.  Cette  tournure  des  esprits ­
  fut  puissamment  secondée  par  l’érection  en  tous
lieux  d  écoles  industrielles,  réelles  et  polytechniques,
témoignant  de  la  sollicitude  des  gouvernements  pour
l’outillage  scientifique.  La  presse  même  s’était  mise
au  service  de  l’industrie,  dont  les  représentants  finirent ­
  par  composer  en  quelque  sorte  un  ordre  fermé,
résolu  à  défendre  lui-même  ses  intérêts  et  à  revendiquer ­
  ses  droits.
La  classe  des  commerçants  au  contraire,  dont
les  profits  avaient  été  dus  principalement  jusqu ­
  alors  au  placement  des  articles  étrangers,  ne
sut  pas  se  maintenir  à  la  hauteur  de  la  précédente.
Bien  qu  en  effet  de  plus  grandes  facilités  commerciales ­
  ainsi  qu’un  accroissement  sensible  dans  la
        <pb n="128" />
        116  l’alliímagne  économique.
production  et  la  consommation  lui  valussent  des
gains  considérables,  la  source  des  bénéfices  qu’avait ­
  procurés  le  trafic  des  marchandises  étrangères, ­
  tarit  peu  à  peu,  car  l’importation  perdit,
sinon  en  étendue,  au  moins  en  signification  relative, ­
  et  il  se  forma  graduellement  une  exportation
importante,  dont  le  produit  alla  en  majeure  partie
au  fabricant,  qui  se  mit  lui-même  en  quête  de  marchés ­
  forains,  et  apprit  à  se  passer  d’agents  intermédiaires. ­
  Aussi,  à  mesure  que  l’industrie  devint  plus
prospère,  et  formula  ses  prétentions  quelquefois  un
peu  excessives,  elle  provoqua  l’antagonisme  de  ceux
qui  importaient,  et  qui  surent  attacher  à  leur  cause
bon  nombre  de  consommateurs,  et  c’est  ainsi  qu’entre ­
  les  droits  protecteurs  et  la  liberté  commerciale
éclata  une  guerre,  qui  s’alluma  tout  d’almrd  dans
les  conférences  de  Stuttgard  saisies  de  la  question
et  qui  ne  tarda  pas  à  développer  un  vaste  incendie,
où  le  Zollverein  faillit  périr  à  diverses  reprises,
jusqu’à  ce  que  dans  les  derniers  temps  elle  eût  pris
un  cours  nouveau  et  plus  paisible  qui  la  conduira
sans  doute  insensiblement  à  son  terme.
Le  branle  à  tout  ce  mouvement  avait  été  donné
par  une  crise  dans  la  production  du  fer,  crise  qui
s’était  manifestée  en  Angleterre,  où  le  placement  de
ce  métal  avait  subi  un  brusque  arrêt,  par  suite  duquel ­
  les  producteurs  en  jetèrent  de  grandes  masses
sur  le  continent  à  des  prix  très-modérés.  L’industrie ­
  rhénane  du  fer,  qui  se  ressentit  la  première  de
        <pb n="129" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  117
cette  invasion,  fit  entendre  des  plaintes  très-violentes, ­
  etle  gouvernement  du  Nassau,  prenant  en  main
les  intérêts  de  celle  branche  industrielle,  réclama
une  élévation  des  droits  de  douane  sur  les  fers.
La  situation  était  analogue  pour  les  filatures  de
cjton.  Avant  1  établissement  du  Zollverein,  très-peu
deces  filatures  avaient  vulejour  etavaientpu  se  maintenir ­
  en  Allemagne,  même  dans  les  proportions  les
plus  exiguës,  tandis  qu’en  Angleterre  et  en  France,
où  celte  industrie  occupait  la  plupart  des  bras  et
'  capitaux  et  était  1  objet  des  faveurs  législatives
les  plus  marquées,  elle  avait  pris  un  élan  tel,  qu’elle
pouvait  être  considérée  comme  le  fondement  et
comme  le  facteur  principal  de  la  grandeur  industrielle ­
  de  la  Grande-Bretagne  tout  au  moins.  Tant
qu’en  Allemagne  les  barrières  douanières  se  comptèrent ­
  par  douzaines,  que  divers  gouvernements  ne
s’y  rendirent  nullement  compte  de  l’importance  de
1  industrie  et  cherchèrent  avant  tout  leur  avantage
(lans  l’encouragement  du  commerce  de  commission,
il  ne  put  être  question  de  la  prospérité  des  tilalui*«»,
  qui  était  subordonnée  à  de  vastes  débouchés
assurés,  au  maniement  de  capitaux  considérables,  à
usage  e  machines  coûteuses  et  compIi(|uées,  à  des
connaissances  techniques  solides,  toutes  choses  qui
faisaient  encore  défaut  à  ce  pays.  Quand  enfin  le
Zollveiein  lui  souilla  une  vie  nouvelle,  l’activité  industrielle ­
  aiguillonnée  se  porta  tout  d’abord  de  préférence ­
  sur  celles  des  branches  dans  lesquelles  on
        <pb n="130" />
        118  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
avait  déjà  débuté,  ou  sur  celles  dont  l’exploitation
n’avait  pas  trop  d’exigences,  comme  notamment  le
lissage  du  coton.  A  mesure  que  ce  dernier  travail
s’étendit,  l’importation  des  fils  anglais,  qu’il  rendait ­
  nécessaire  grandit.  Quant  aux  filatures,  il  leur
fallut  quelque  temps  avant  d’acquérir  en  Prusse,  sur
le  Rhin,  dans  la  Saxe,  dans  le  grand-duché  de  Rade,
dans  le  Wurtemberg  et  sur  quelques  points  de  la
Ravière,  une  réelle  importance,  attendu  que  le  droit
de  douane  de  2  thalers  (7  fr,  50)  par  quintal,  qui  les
protégeait  contre  la  concurrence  étrangère,  n’était
que  trop  contre-balancé  par  la  situation  favorisée
des  fabriques  anglaises  sous  le  rapport  des  approvisionnements ­
  en  matières  premières,  du  meilleur
marché  du  combustible,  de  la  qualité  et  du  prix  de
revient  des  machines,  et  enfin  des  ressources  financières. ­
  Jusqu’en  1842,  l’importation  des  fils  dans  le
Zollverein  excéda  la  fabrication  intérieure  des  fils
de  plus  du  double,  et  pendant  qu’à  la  faveur  d’un
droit  de  douane  de  30  à  50  thalers  par  quintal  les
conditions  du  tissage  s’étaient  tellement  améliorées,
que  l’exportation  des  tissus  en  colon  fabriqués  au
sein  de  l’association  se  chiffrait  par  14  à  15  millions
de  thalers,  la  plupart  des  filatures  traînaient  une
existence  des  plus  précaires.  Les  deux  catégories  industrielles ­
  se  contrariaient  donc  par  des  intérêts  diamétralement ­
  opposés,et  il  était  à  prévoir  que  chaque
État  prendrait  le  parti  que  lui  dicterait  la  prédominance ­
  de  l’une  ou  de  l’autre  dans  sa  sphère  propre.
        <pb n="131" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  119
Le  gouvernement  prussien  n’avait  encore  jusqu’alors ­
  fait  prévaloir  dans  les  affaires  du  Zollverein
que  le  point  de  vue  financier  ;  et  toutefois,  quand
durent  avoir  lieu  les  conférences  générales  qui  s’ouvrirent ­
  à  Stultgard  le  4  juillet  1842,  il  fit  comprendre
par  le  choix  de  son  commissaire,  qu’il  n’entendait
pas  sacrifier  aux  intérêts  financiers  les  intérêts
commerciaux  et  industriels,  et  les  propositions  qu’il
élabora  en  vue  de  ces  conférences  contenaient  même
une  demande  tendant  à  l’élévation  des  droits  de
douane  sur  les  tissus  de  laine  et  sur  les  tissus  laine
et  coton.
Cependant  des  influences  diplomatiques  et  politiques ­
  parvinrent  bientôt  à  modifier  ces  premières
dispositions.  A  peine  en  effet  la  tendance  vers  une
protection  plus  efficace  du  travail  national  s’étaitelle
  accusée  en  Allemagne,  que  le  cabinet  anglais,
qui  11  avait  porté  1  industrie  de  la  Grande-Bretagne  à
une  si  grande  hauteur  qu’à  l’aide  de  prohibitions
de  toute  sorte  et  de  droits  protecteurs  excessifs,  mis
en  œuvre  depuis  plus  d’un  siècle,  entreprit  de  dissiper ­
  ces  symptômes  alarmants.
Il  cheicha  donc  à  détourner  en  tous  lieux  du  but
poursuivi  comme  d  un  but  insensé,  mais  il  ne  pa-_
raît  guère  avoir  rencontré  d’écho  qu’à  Berlin,  où
il  profita  de  l’accueil  favorable  fait  à  ses  insinuations, ­
  pour  s’élever  expressément  contre  l’augmentation, ­
  sollicitée  par  plusieurs  États  de  l’Union,  des
droits  sur  les  fils  ainsi  que  sur  les  cotonnades  et
        <pb n="132" />
        120

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

Ies  tissus  mélangés  et  pour  promettre,  en  échange
du  maintien  du  tarif  existant,  des  réductions  de
droits  il  l’entrée  des  vins  allemands  et  du  velourscoton;
  menaçant,  en  cas  d’échec,  d’une  aggravation ­
  de  son  système  prohibitif.
Le  résultat  de  ces  démarches  ne  se  fit  pas  attendre, ­
  car  non-seulement  la  Prusse  se  montra
contraire  à  tout  exhaussement  des  droits  sur  les  fils,
mais  son'gea  même  à  retirer  la  motion  dont  elle
avait  pris  l’initiative.
C’est  sous  ces  auspices  que  fut  inaugurée  à
Stutfgard  la  cinquième  session  des  conférences  générales, ­
  qui  mit  tout  de  suite  en  présence  deux
camps,  dont  l’un,  occupé  au  nom  de  l’industrie  allemande ­
  par  les  contrées  méridionales  telles  que
Bade,  le  Wurtemberg  et  la  Bavière,  réclama  primitivement ­
  une  taxe  de  5  thalers  sur  les  fils  et  même
de  8  thalers  sur  les  fils  ourdis  en  chaîne,  dont
l’autre  au  contraire,  réunissant  à  la  Prusse  la  Saxe,
la  Thuringe,  Brunswick  et  Francfort,  se  prononçait
contre  toute  élévation  de  droits  par  rapport  au  coton
filé  brut  et  à  toutes  sortes  de  fils  de  lin  et  de  toiles.
Ainsi  se  trouva  vidée  une  question  vivement  agitée
.avant  les  conférences,  et  qui,  après  ce  résultat  négatif, ­
  Il  en  passionna  pas  moins  la  presse,  où  les
deux  partis,  obstinément  attachés  à  leur  point  de
vue,  continuèrent  à  se  livrer  de  furieux  assauts.
Le  congrès  de  Stuttgard  avait  donc  donné  gain  de
cause  au  tissage,  qui  employait  le  plus  de  monde  et
        <pb n="133" />
        121

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.
procurait  les  plus  gros  profits;  mais  néanmoins,  sur
la  proposition  même  de  la  Prusse,  il  avait,  pour  les
fils  ourdis  en  chaîne,  introduit  un  droit  plus  élevé
qui  allait  être  désormais  de  3  thalers  par  quintal  au
lieu  de  2.
Les  propositions  faites  pour  l’élévation  des  droits
sur  les  fers  n’eurent  pas  un  meilleur  résultat.  En
face  des  conclusions  formulées  par  le  Nassau  et
tendant  à  une  augmentation  générale  de  ces  droits,
vint  se  placer  une  demande  de  réduction  des  droits
existants,  faite  par  la  Prusse  sur  du  fer  en  barres  façonné, ­
  laquelle  demande  alla  échouer  à  son  tour
contre  la  résistance  formelle  du  Nassau  et  du  Wurlemberg.
  EiiIre  temps  l’industrie  allemande  des  fers
se  trouvait  dans  une  position  si  alarmante,  que  la
Prusse  se  réserva,  pour  le  cas  où  cette  position  des
forges  viendrait  à  s’aggraver,  d’en  faire  l'objet  d'un
examen  minutieux  de  concert  avec  les  autres  memires
  de  1  Union,  aliri  qu'on  pût  encore  dans  le
cours  d’exercice  du  tarif  général,  c’est-à-dire  avant
U  m  de  1845,  édicter  des  droits  modérés  sur
e  er  brut  de  l’étranger  et  une  élévation  corresfer"for"é
  *'*”*  "variétés  grossières  du
Le  désir  manifesté  par  la  Davière  dans  le  sens
d  un  renforcement  de  la  taxe  d’entrée  sur  la  verrerie ­
  de  choix,  aurait  rencontré  une  adhésion  unanime, ­
  sans  la  contradiction  isolée  de  la  Prusse,  qui
suffit  d’ailleurs  à  le  faire  échouer.
        <pb n="134" />
        122  l’allemagne  économique.
Aussi,  quand  la  réunion  deStullgard  fut  parvenue
au  terme  de  ses  travaux,  ses  membres  ne  s’étaient
mis  d’accord  que  sur  certaines  modifications  au
tarif  existant,  sur  certains  changements  au  droit  de
transit  et  enfin  sur  une  aggravation,  proposée  par  la
Prusse,  des  droits  sur  le  sucre  de  betteraves,  droits
qui  furent  portés  d’un  tiers  à  deux  tiers  de  thaler.
On  y  avait  agité  également  à  nouveau,  mais  inutilement, ­
  la  bonification  rétroactive  par  la  Prusse  des
péages  sur  le  Rhin,  et  l’on  réussit  seulement  à  arrêter
quelques  principes  généraux  sans  véritable  importance. ­

Avant  de  nous  séparer  de  la  cinquième  session,  il
convient  de  relater  encore  les  mesures  éventuelles
de  représailles,  délibérées  par  elle  contre  la  France.
On  avait  en  effet  porté  chez  nous  à  un  taux  plus
élevé  les  droits  sur  les  fils  de  lin  et  sur  les  toiles,  et
le  Zollverein  crut  dès  lors  devoir  ou  bien  provoquer
le  retrait  de  cette  résolution  dirigée,  croyait-il  à  tort,
contre  l’Allemagne,  ou  bien  y  répondre  par  des  résolutions ­
  efficaces  en  sens  contraire.  La  Prusse  surtout ­
  en  témoigna  un  vif  ressentiment,  et  comme  si
elle  n’avait  pas  été  pleine  de  mollesse  jusque-là  visà-vis
  de  la  législation  prohibitive  de  l’Angleterre,
c’est  sur  son  initiative  qu’il  fut  décidé,  qu’au  cas
où  la  France  ne  reviendrait  pas  sur  sa  détermination, ­
  on  porterait  au  double  les  droits  d  entrée  sur
les  articles  d’or  et  d’argent,  sur  la  parfumerie,  les
tleurs  artificielles,  la  ganterie,  les  vins  et  les  tentures.
        <pb n="135" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  123
La  session  suivante  inaugura  ses  séances  à  Berlin
le  4  septembre  1843  et  les  clôtura  dans  le  courant
du  mois  de  novembre.  De  nouvelles  propositions
faifes  en  faveur  de  l’établissement  de  droits  de
douane  sur  le  fil  de  lin  et  les  toiles  s’y  brisèrent
cette  fois  encore  contre  les  résistances  qu’elles
avaient  rencontrées  déjà  à  Stuttgard,  et  le  même
sort  atteignit  les  motions  du  Wurtemberg  et  du
grand-duché  de  Bade  réclamant  un  accroissement ­
  de  taxe  sur  les  fils  de  coton  écrus  et  sur  les  fils
ourdis  en  chaîne.  Aucune  modification  ne  put  non
plus  être  introduite  pour  le  moment  dans  la  partie
du  tarif  concernant  les  fers,  bien  que  le  gouvernement ­
  prussien,  tout  en  demandant  1  abaissement  du
droit  établi  de  3  thalers  par  quintal  sur  les  fers
supérieurs,  eût  adhéré  à  l’introduction  d’un  droit
sur  le  fer  brut  et  à  l’élévation  des  droits  sur  le  fer
forgé  de  qualité  inférieure  ;  et  l’ajournement  d’un
accord,  qui  était  cependant  bien  près  de  s’établir,
provint  des  difficultés  que  fit  la  Bavière  pour  souscrire ­
  à  l’élévation  des  droits  d’entrée  sur  les  rails  de
Cliemins  de  fer.  Aussi  à  l’issue  de  celle  sixième
session,  le  commissaire  de  la  Prusse  exprima-t-il  le
regret,  que  le  règlement  de  la  question  des  fers,
conformément  aux  intérêts  délaissés  de  la  production ­
  nationale,  ne  pill  voir  le  jour  avec  le  commencement ­
  de  l’année  suivante  ;  et  comme  ce  terme
initial  pour  des  remaniements  du  tarif,  bien  que  formant ­
  la  règle  légale,  ne  lui  paraissait  cependant  pas
        <pb n="136" />
        124

l’allemagne  économique.

un  point  de  départ  fatal,  il  exprima  en  même  temps
l’espoir  que  Teniente,  à  laquelle  il  promettait  que  la
Prusse  travaillerait  par  la  voie  de  la  correspondance,
viendrait  sans  doute  à  se  produire  dans  un  assez  bref
délai.
Au  surplus,  les  divers  g^ouvernements  représentés ­
  au  congrès  semblaient  avoir  pris  à  lâche  d’y
écarter  provisoirement  toute  discussion  serrée  relativement ­
  aux  droits  protecteurs,  comme  s’ils  avaient
voulu  réserver  leurs  forces  pour  le  combat  décisif,
qu’ils  entrevoyaient  à  assez  courte  échéance.
En  revanche,  ils  s’étaient  très-sérieusement  employés ­
  à  l’amélioration  du  tarif  pour  le  transit,  dont
lesdispositions  inopportunément  compliquées  avaient
depuis  longtemps  soulevé  des  plaintes,  même  de  la
part  des  préposés  des  douanes,  et  toutes  les  volontés
s’unirent  bientôt,  pour  que  les  facilités  de  transit
convenues,  dont  une  proposition  isolée  avait  demandé ­
  l’extension  à  tout  le  domaine  qui  s’étend  sulla ­
  rive  gauche  de  T  Elbe,  reçussent  au  moins  leur
application  :
1"  A  la  ligne  occidentale  de  Wittemberg  sis  sur
TElbe  inférieure  jusqu’au  Danube  inclusivement;
2”  A  la  ligne  septentrionale  de  Saarbruck  jusqu’à
TElbe  supérieur,  respectivement  Neustadt  près  Stulpen ­
  en  Saxe.
Les  conférences  de  Berlin  portèrent  d’autres  fruits
encore,  tels  que  l’élaboration  d’un  cartel  monétaire
dont  T  avant-projet  ne  put  toutefois  pas  être  adopté
        <pb n="137" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  125
encore  en  l’absence  des  instructions  nécessaires ­
  chez  certains  délégués,  ainsi  que  la  résolution
de  procéder  à  la  publication  ofiicielle  des  traités
d’union,  dont  le  recueil,  continué  jusque  dans  les
derniers  temps,  forme  une  collection  de  documents
diplomatiques,  qui  ne  sont  pas  d’un  minime  intérêt
historique  et  qui  ont  du  naturellement,  à  cause  de
leur  caractère  d’inflexible  authenticité,  servir  debase
à  notre  travail.
Elles  s  acquittèrent  également,  et  sans  conflit,  de
la  mission  qui  leur  incombait  de  décréter  une  législation ­
  commune  pour  les  droits  frappant  le  sucre
de  betteraves.  Conformément  en  effet  aux  stipulations ­
  intervenues  dans  l’acte  de  renouvellement  des
Irailés  d’union  du  8  mai  1841,  la  taxe  sur  le  sucre
de  betteraves  devait  pendant  les  trois  premières  années ­
  demeurer  privative,  mais  devait  par  contre,  à
paitii  du  1®  septembre  1844,  être  perçue  au  profit
de  la  communauté  douanière,  sur  un  pied  uniforme. ­
  Or,  c’est  une  délibération  du  6  novembre  1843,
prise  dans  le  cours  de  la  f&amp;gt;*  session,  qui  fixa  précisément ­
  cette  taxe  et  en  régla  la  perception.
Sur  ces  entrelaites,  des  négociations  actives  se
poursuivaient  de  la  part  du  Zollverein  et  de  la  Belgique, ­
  h  l’effet  d'amener  entre  eux  la  conclusion
d  un  traité  de  navigation  et  de  commerce,  qui  fut
en  effet  signé  le  1®'  septembre  1844,  mais  après
avoirété  tenu  un  certain  temps  en  échec  par  la  pensée
que  nourrissait  la  Belgique  et  notamment  son  roi
        <pb n="138" />
        126

l’alllmagne  économique.

Léopold  de  faire  cause  commune  avec  la  France,
voire  même  d’organiser  avec  notre  pays,  que  la
crainte  d’un  écrasement  de  notre  industrie  par  la
supériorité  de  Tindiistrie  belge  empêcha  cependant
de  répondre  à  de  telles  ouvertures,  un  Zollverein
distinct,  destiné  à  faire  contre-poids  à  l’association
allemande.  Quant  fi  ces  négociations  dirigées  en  désespoir ­
  de  cause  du  côté  du  Zollverein,  elles  durent
naturellement  porter  entre  autres  sur  les  faveurs
douanières  revendiquées  par  la  Belgique  pour  son
industrie-florissante  du  fer,  et  le  débat  international, ­
  qui  s’engagea  sur  ce  point  raviva  chez  les  membres ­
  de  l’Union  l’intérêt  de  la  question  encore  pendante ­
  des  fers,  en  même  temps  qu’il  détermina  la
Prusse  à  recommander  à  nouveau  aux  commissaires
qui  siégeaient  à  Berlin,  les  propositions  par  elle
faites  dans  les  conférences  générales  de  la  session
précédente.  En  fin  de  compte  et  après  beaucoup
d’hésitation,  la  Bavière  se  résigna  à  accepter  ces  propositions, ­
  en  laissant  tomber  les  réserves  que  nous  lui
avons  vu  formuler  plus  haut,  mais  en  exigeant  que  la
durée,pendant  laquelle  fonctionneraient  les  nouveaux
droits,  ne  s’étendît  pas  provisoirement  au  delà  de  la
lin  de  l’année  1845.  Ces  droits  entrèrent  en  vigueur
à  partir  du  l®"  septembre  1844,  date  de  la  signature
du  traité  avec  la  Belgique,  grâce  auquel  une  concession ­
  de  50  centimes  fut,  relativement  au  tarif  nouveau, ­
  faite  à  CO  dernier  pays  sur  le  1er  brut,  et  une
autre  concession  de  50  centimes  sur  le  fer  travaillé.
        <pb n="139" />
        PÉRIODE  DE  183i  A  1834.  127
La  V  session,  dont  les  membres  prirent  séance  à
Carlsruhe  le  1®'  juillet  1845  pour  se  séparer  le
23  octobre  suivant,  excita  au  plus  haut  degré  l’attention ­
  générale,  en  ce  que  l'industrie  allemande,  non
moins  que  ses  adversaires,  les  théoriciens,  ainsi  que
la  presse  et  le  public  tout  entier,  se  promettaient
d’elle  le  rcglemenl  du  conflit  qui  s’agitait  entre  les
droits  protecteurs  et  la  liberté  commerciale.  Aussi
les  ambassadeurs  d’Angleterre,  de  France  et  de
Belgique  en  même  temps  que  des  agents  de  politiq  ue
commerciale  de  toute  espèce  s’évertuèrent-îls  à  avoir
connaissance,  par  les  voies  diplomatiques  et  autres
des  délibérations  en  cours,  et  de  diriger,  conformément ­
  à  leurs  vues,  les  déterminations  des  divers
gouvernements  de  l’Union  ;  mais  comme  on  sentait
parfaitement  que  la  décision  finale  relevait  de  Berlin,
c’est  de  ce  côté  que  convergèrent  tous  les  regards  et
les  efforts  les  plus  soutenus.
Or,  à  Berlin  la  question  de-savoir  si  le  système
suivi  jusque-là  par  le  Zollverein  n’était  pas  sujet  à
des  modifications  dans  le  sens  d’une  politique  douaméro
  nationale,  divisait  assez  profondément  les
opinions.  Les  mis,  prenant  leur  point  d’appui  dans
loftice  commercial  cto  création  récente  cl  dans  le
ministère  des  affaires  extérieures,  se  prononçaient  de
plus  en  plus  pour  la  nécessité  d’une  réforme,  devant
d’une  part  porter  sur  l’état  interne  du  Zollverein  en
concédant  à  l’induslrio  indigène  des  droits  protecteurs ­
  plus  efficaces,et  devant,  d’autre  part,  aboutir  à
        <pb n="140" />
        i  28  l’allicmagne  économique.
des  mesures  qui  fussent  propres  à  assurer  au  commerce ­
  et  aux  produits  de  l’Allemagne  une  place
agrandie  dans  le  commerce  du  monde.
Les  autres,  ralliés  surtout  autour  du  Ministère
des  finances,  demandaient  à  s’en  tenir  aux  pratiques ­
  antérieures,  se  cramponnaient  au  principe
de  taxes  modérées,  se  montraient  hostiles  à  toute
augmentation  de  droits,  à  toute  entreprise  dirigée
contre  la  législation  douanière  prussienne  de  1818,
et  ne  manquaient  pas  de  se  prévaloir  notamment  des
avantages*  financiers  obtenus  jusqu’alors.  Mais  en
dehors  des  sphères  gouvernementales  proprement
dites,  ce  dernier  courant  recrutait  encore  des  prosélytes ­
  dans  le  haut  commerce,  auquel  l’importation
do  marchandises  étrangères  valait  des  bénéfices  considérables, ­
  ainsi  que  parmi  les  représentants  des  intérêts ­
  agricoles  et  parmi  les  consommateurs.  Toutes
ces  personnes  unies  aux  autorités  scientifiques,  qui
condamnaient  spéculativement  toute  perception  de
droits,  formaient  les  véritables  champions  du  free
trade  ;  leur  siège  était  surtout  dans  les  grandes  places
de  foire  et  dans  les  villes  commerçantes  du  Nord;  et
bien  qu’en  principe  les  free-traders  purs  fussent  aussi
distants  des  adhérents  du  système  en  vigueur  que
des  partisans  des  droits  protecteurs,  ils  pactisèrent
momentanément  avec  ceux  qui,  attachés  aux  errements ­
  suivis  dans  le  passé,  repoussaient  au  moins
les  innovations  aggravantes.
Toutefois,  vers  la  fin  de  1844,  les  défenseurs  du
        <pb n="141" />
        9

129

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.
.statu  quo  «e  départirent,  sous  l'in  fluence  d’une  volonté ­
  supérieure,  de  leur  point  de  vue  exclusif  en
prêtant  les  mains  à  une  enquête  sur  la  nécessité
d’imposer  plus  fortement  certains  produits  industriels, ­
  d’une  importance  particulière,  à  savoir  du  fil
do  lin  et  des  toiles,  du  fil  et  des  étoffes  de  coton,  du
fil  et  des  étoffes  de  laine  et  de  la  soude.  Les  déposants ­
  à  1  enquête  se  prononcèrent  presque  unanimement ­
  pour  l’élévation  des  droits  et  demandèrent
aussi  en  même  temps  des  bonifications  (Rückzölle)
qui  devaient  être  elfectuées  à  la  sortie  des  produits
fabriqués,  mais  dont  l’établissement,  par  cela  même
(|u’il  était  resté  étranger  jusqu’ici  au  système  douanier, ­
  souleva  des  difficultés  très-sérieuses.  Aussi  les
motions  portées  enfin  par  la  Prusse  au  congrès  de
Larlsrulie  à  la  suite  de  controverses  fort  animées,
furent-elles  l’œuvre  d’un  véritable  compromis  et
ne  répondirent-elles  dans  leur  ensemble  aux  espénuices
  d’aucun  des  deux  partis  en  présence.  Elles
admettaient  en  effet,  sans  doute,  des  surtaxes  pour
certains  objets,  mais  elles  accusaient  toujours  nettement ­
  la  tendance  à  résistera  toute  révision  radicale
&amp;lt;  U  tarif,  d’après  un  principe  déterminé,  qui  faisait
encore  complètement  défaut,  et  à  ne  céder  le  terram
  que  pas  à  pas,  c’est-à-dire  dans  la  mesure  où
les  intérêts  prussiens  conseillaient  eux-mêmes  des
concessions,  comme  c’était  le  cas  pour  les  tils  de
Un,  sur  lesquels  les  droits  devaient  être,  à  la  de
mande  même'de  la  Prusse,  fortement  exhaussés'.
        <pb n="142" />
        130  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
La  situation  se  présentait  avec  bien  des  variantes
et  des  contrastes  chez  les  États  associés  de  moyenne
ou  de  minime  grandeur.  Dès  avant  son  entrée  dans
le  Zollverein,  la  Saxe  avait  principalement  consulté,
pour  la  direction  de  sa  politique  mercantile,  les  intérêts ­
  du  commerce  en  groset  delà  foire  de  Leipzig,  et
bien  que,  depuis,  [son  industrie  eût  prospéré  au  delà
de  toutes  les  espérances,  ces  intérêts  continuaient
à  avoir  le  pas  dans  l’appréciation  des  questions  commerciales. ­
  Au  surplus,  dans  le  développement  de  la
fabrication  saxonne,  le  tissage  et  les  branches  d’activité ­
  adjacentes  avaient  de  beaucoup  devancé  toutes ­
  les  autres  industries,  y  compris  les  filatures,  lesquelles ­
  ne  fonctionnaient  que  sur  une  très-petite
échelle  et  dans  un  nombre  très-restreint  de  localités, ­
  de  façon  à  ne  pas  pouvoir  encore  alimenter  de
tils  eu  quantité  suffisante  les  entreprises  des  tisserands. ­
  Aussi  l’importation  des  fils  étrangers,  surtout ­
  des  fils  de  qualité  supérieure,  s’était-elle  accrue
d'année  en  année,  et  devait-on  s’attendre  à  ce  que
le  gouvernement  saxon  ne  se  soumît  qu  a  conlie—
cœur  à  des  concessions,  qui  non-seulement  contrariaient ­
  ses  intérêts,  mais  encore  étaient  requises  par
le  parti  protectionniste  avec  une  exagération  manifeste. ­

Parmi  les  autres  États  septentrionaux  de  l’Union,
c’était  le  Brunswick,  qui,  tout  en  ne  se  montrant  pas
plus  que  la  Prusse  contraire  à  des  surtaxes  sur  les
fils  de  lin  et  les  toiles,  inclinait  le  plus  résolûment
        <pb n="143" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  13t
vers  la  liberté  commerciale,  à  laquelle  était  intimement ­
  liée  la  prospérité  de  sa  foire.
Quant  H  la  Hesse  Électorale,  elle  demeura  indécise, ­
  comme  par  le  passé;  d’ailleurs  sa  situation  industrielle
  ne  lui  permettait  guère  de  pencher  exclusivement ­
  d  un  côté,  sans  compter  que  le  caractère
absolu  autant  qu'inconsidéré  de  ses  gourvernants
ne  se  prêtait  nullement  à  la  poursuite  d’une  politique ­
  commerciale  indépendante,  et  s'opposait  en
général  au  fonctionnement  de  tout  système  logique
ou  simplement  raisonnable.
Le  duché  de  Nassau,  qui  avait  cependant  plaidé
la  cause  des  droits  protecteurs  sur  le  fer  en  1842
épousa  cette  fois  celle  de  ses  anciens  antagonistes
et  en  changeant  ainsi  d’attitude,  il  semble  avoir  été
mû  moins  pardes  considérations  doctrinales  que  par
le  souci  de  ses  recettes,  qui,  presque  milles,  alors
qu  11  parcourait  isolément  sa  carrière  sur  une  surface ­
  étroite  et  sans  véritable  organisation  douanière,
étaient  accrues  depuis  son  accession  au  Zollveleiii
  delà  manière  la  plus  sensible,  la  plus  propre  à
va  sans  dire,  eiitln,  que  Francfort  prenait  parti
ans  lalu  le  poiirlopimonquisauvegardait  lemieux
ses  intérêts,  rivés  indissolublement  aux  vicissitudes
de  son  commerce  en  gros.
        <pb n="144" />
        132  l’allemagne  économique.
A  la  tête  tlii  mouvement  opposé  se  trouvait  placé
le  Wurtemberg,  où  l'industrie  des  filatures  s’était
particulièrement  développée,  et  bien  que  celle-ci  v
concourût,  dans  une  proportion  même  tousles  jours
croissante,  à  l’approvisionnement  des  métiers  détissage ­
  indigènes,  l’industrie  parallèle  de  1  Angletei  ie
et  de  la  Belgique  apparaissait  avec  une  supériorité
telle,  que  le  salut  final  semblait  compromis,  sans
une  plus  forte  accentuation  des  droits  protecteurs.
Cette  conviction,  qui  empruntait  ses  formules  à  une
science  soigneusement  cultivée,  et  dont  avec  son  activité ­
  dévorante  le  fondateur  du  système  national  i\n
l’Économie  politique  Frédéric  List  se  constituait  le
porte-voix  retentissant  dans  la  presse,  avait  fini  par
pénétrer  toutes  les  couches  delà  population  et  du
Pouvoir.  Aussi  legouvernementdc  ce  pays  en  arrivat-il
  à  mettre  au  service  de  la  défense  de  sa  thèse  devant ­
  le  Congrès  une  ténacité  et  même  une  Apreté
qui,  assez  propres  au  caractère  des  habitants  de  la
So  U  abe,  durent  émouvoir  les  amis  aussi  bien  que
les  adversaires,  et  éveiller  chez  tous  celte  ciainte,
que  le  système  wurtembergeois,  après  avoir  obteuu
droit  de  cité  dans  le  Zollverein,  ne  dégénérât  en  un
système  protecteur,  plus  funeste  encore  que  profitable ­
  à  la  marche  de  l’industrie.
Le  même  esprit  régnait  dans  le  grand-duché  de
Bade,  qui,  en  renonçant  à  l’isolement,  avait  répudié
ta  contrebande  et  avait  vu  tleurir  en  peu  d’années
sur  son  territoire,  grâce  à  une  population  éveillée  et
        <pb n="145" />
        133

PÉRIODlí  DK  1834  A  1834.
en  (rep  Tenante,  diverses  branches  industrielles,  parmi ­
  lesquelles  la  filature  du  coton  occupait  un  lang
distingué;  ce  qui  détermina  l’administration,  attentive ­
  aux  intérêts  populaires  et  dirigée  par  les  principes ­
  constitutionnels,  à  combattre  résolûment  pour
les  procédés  qui  devaient  assurer  au  travail  allemand ­
  la  protection  au  dedans  et  la  considération
au  dehors.
Ce  furent  des  éléments  quelque  peu  différents
qui  commandèrent  l’attitude  de  la  Bavière.  Ainsi,
tandis  qu  à  Augsbourg  et  aux  environs  de  cette  ville,
la  filature  avait  conquis  une  grande  importance,  le
tissage  l’emportait  au  contraire  dans  d’autres  régions, ­
  de  telle  sorte  que  les  intérêts  attachés  à  ces
deux  industries  se  maintenaient  à  peu  près  en  équilibre. ­
  En  ce  qui  concerne  la  fabrication  essentielle ­
  du  pays,  celle  dont  le  siège  était  à  Nuremberg,
et  qui,  édifiée  dans  le  cours  des  siècles  sur  une  base
originale  et  parfaitement  indépendante,  tenait  depuis
longtemps  sa  place  sur  tous  les  marchés  du  monde,
elle  n’était  pas  notablement  intéressée  dans  le  débat,
et  ne  devait  guère  se  soucier  de  droits  protecteurs  que
pour  ses  produits  les  plus  précieux.  Mais  c’est  suroutdans
  la  personnalité  de  son  souverain,  qu’il  faut
chercher  l’explication  du  parti  auquel  s’arrêta  la
Bavière.  Déjà,  dans  sa  jeunesse,  le  roi  Louis  1"  avait,
avec  toute  l’ardeur  d’un  esprit  artistique,  manifesté
sessympathies  pour  une  organisation  politiquemeilleure
  de  l’Allemagne,  qui  grandît  sa  signification
        <pb n="146" />
        J  34  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
au  milieu  des  Élats  européens;  puis,  comme  les
événements  et  la  Confédération  germanique  trompèrent ­
  ses  espérances,  il  se  mit,  quand  il  fut  monté
sur  le  trône,  en  contradiction  apparente  avec  ses
tendances  antérieures,  en  s’attachant  à  travailler
aux  intérêts  particuliers  de  son  royaume,  et  à  résister ­
  autant  que  possible  aux  empiétements  policiers
et  réactionnaires  tentés  par  les  grands  États  allemands ­
  sur  les  conditions  légales  et  constitutionnelles ­
  des  États  d’un  ordre  inférieur.  Toutefois  il  ne
renia  dans  aucune  occasion  les  idées  qu’il  avait  embrassées ­
  autrefois,  et,  dès  que  les  intérêts  généraux
de  l’Allemagne  étaient  en  cause,  ils  trouvaient  en  lui
un  patron  des  plus  zclés.
Or,  sans  être  un  ami  de  l’industrie  et  de  ses  agents,
il  y  voyait  néanmoins  le  fondement  de  toute  grandeur ­
  nationale,  et  de  ce  pointdevue,  il  se  résolut,  nonobstant ­
  les  hésitations  du  particularisme  bavarois,
à  prendre  parti  dans  la  crise  actuelle  pour  le  principe ­
  des  droits  protecteurs,  comme  en  1833  il  avait
pris  parti  pour  le  Zollverein  allemand.Ce  qui  lui  importait, ­
  c’était  d’élever  l'industrie  de  l’Allemagne,
prise  dans  son  ensemble,  à  la  hauteur  où  était  parvenue ­
  celle  des  autres  nations,  et  il  dédaignait,  pour
contre-balancer  cet  objectif  patriotique,  de  soupeser
les  comnioda  et  inconwioda  locaux.
Ces  détails  font  comprendre  pourquoi,  dans  la
discussion  prolongée  de  la  question  des  dioits  pio
lecteurs  et  de  la  liberté  commerciale,  la  BuMère  ne
        <pb n="147" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  185Í.  13Ö
remplit  jamais  un  rôle  marqué  et  dirigeant.  Kn  eilet
son  administration,  qui  avait  reçu  et  conserva  longtemps ­
  l’empreinte  d’une  royale  volonté,  ne  voulut
pas  plus  se  faire  l’apôtre  fervent  d’une  théorie  donnée, ­
  que  l’organe  docile  d’intérêts  industriels  spéciaux. ­
  C  est  ainsi  qu  elle  sut  se  préserver  de  toute
passion  et  de  toute  extravagance,  et  subordonner
plus  d  une  fois  au  desideratum  supérieur  du  maintien ­
  de  1  Union  les  revendications  du  drapeau,  sous
lequel  elle  s’était  rangée.
La  Hesse-Darmstadt,  à  laquelle  ses  conditions
économiques  ne  donnaient  pas  une  impulsion  particulière, ­
  trahissait  toutefois,  mais  sans  prendre
une  part  active  à  la  lutte,  des  préférences  pour  les
vues  des  contrées  méridionales,  et  c’est  aussi  ce  que
l’on  pouvait  constater  chez  la  Thuringe,  quoique
cependant  l’influence  de  la  Prusse  sur  les  résolutions ­
  de  ce  groupe  fût  tellement  déterminante,
qu  elle  pouvait  finalement  compter  toujours  sur  son
vote.
En  face  des  propositions  prussiennes  vinrent  donc
se  placer  les  propositions  du  Wurtemberg,  de  la
Davière  et  de  Bade,  lesquelles  tendaient  en  général
a  une  surtaxe  de  Ö  thalers  sur  tous  les  fils,  par  conséquent ­
  aussi  sur  les  fils  de  colon,  à  l’égard  desquels
la  Prusse  n  admettait  pas  l’opportunité  d’une  augmentation ­
  de  droits  ainsi  qu’à  des  drawbacks  de
3  thalers  sur  les  tissus  exportés.
Mais  aucune  transaction  ne  put  s’opérer  entre
        <pb n="148" />
        136  LALLEMAGNl-:  ÉCONOMIQUlî.
des  gouvernements  qui  maintenaient  leurs  prétentions ­
  avec  la  raideur  habituelle  aux  partis  ;  et  plulol
que  de  briser  sur  la  question  principale  et  delimiter
le  débat  aux  points  sur  lesquels  l’entente  était  possible, ­
  ils  commirent  la  faute  grave  de  prolonger  sans
résultat  des  discussions  où  les  esprits  se  montèrent  et
s’aigrirent  encore  davantage,  à  la  grande  satisfaction
de  la  galerie  réunie  à  Carlsruhe  et  composée  de  nombreux ­
  représentants  de  la  concurrence  étrangère,
qui,  en  assistant  à  ce  triste  spectacle,  crurent  pouvoir ­
  en  déduire  la  prochaine  dissolution  du  Zollverein. ­

Quoi  de  plus  caractéristique,  en  effet,  que  l’invitation ­
  à  dîner  adressée,  aussitôt  que  le  résultat  négatif ­
  des  conférences  fut  connu,  par  l’ambassadeur  de
la  Grande-Bretagne  ù  tous  les  commissaires,  qui
eurent  heureusement  le  bon  goût  de  décliner  une
politesse  derrière  laquelle  se  dissimulait  à  peine  la
joie  insultante  de  l’étranger?
La  session  de  Carlsruhe  laissa  donc  toutes  choses
en  état,  en  se  bornant  à  quelques  modifications  de
détail,  consistant  par  exemple  dans  des  augmentations ­
  de  droits  sur  le  café  grillé  ainsi  que  sur  les
papiers  dorés  et  argentés  qui  avaient  été  traités  jusque-là ­
  comme  des  papiers  ordinaires,  et  dans  le  perfectionnement, ­
  sur  certains  points,  du  tarif  des
droits  de  transit.
Quand  on  porte  sur  elle  un  regard  d’ensemble,
on  ne  peut  méconnaître  que,  depuis  son  établisse-
        <pb n="149" />
        137

PÉRIODE  DE  1834  A  1834.
ment,  le  Zollverein  n’avait  traversé  d’épreuve  aussi
redoutable.  Le  conflit,  qui  avait  surgi  eu  1842  entre
le  système  protecteur  et  le  libre  échange,  était  incontestablement ­
  parvenu  à  son  apogée  en  1843  ;  il  avait
remué  la  population  industrielle  tout  entière,  et
déterminé  une  scission  profonde  entre  les  États  associés ­
  eux-mêmes,  et  la  lutte  se  continua  de  la  part
des  gouvernements  et  de  la  presse  avec  une  opiniâtreté ­
  et  une  acrimonie  telles,  qu'en  se  prolongeant
beaucoup  avec  le  même  caractère,  elle  devait  amener ­
  un  déchirement  irremédiahle.  Heureusement
que  le  cours  par  elle  suivi  ne  réalisa  pas  ces  funestes
appréhensions,  et  que  si  le  dualisme  des  doctrines
et  des  tendances  persista,  le  zèle  emplové  à  les  faire
prévaloir  liuit  par  s'attiédir  quelque  peu.
Les  question¿  brûlantes  qui  venaient  d'être  amees
  mais  non  résolues,  furent  en  effet  reprises  à
Uerlin  à  partir  du  8  juin  1846,  et  dans  cette  session
«velle  les  commissaires  eurent  le  bon  esprit  de
baisser  le  ton  d'une  polémique  qui,  poussée  à  l'ex-I
  me,  pouvait  avoir  des  conséquences  si  fatales  pour
existence  dol'association.  Ces  dispositions  exceden-&amp;lt;l«
  e,les  aplanirent  rapidement  les  diflicullés  qui
s  étaient  opposées  jusque-là  à  un  arrangement.
Les  drawbacks  ne  reparurent  pas  dans  le  débat
abandonnés  qu'ils  furent  même  par  la  Prusse,  qui
        <pb n="150" />
        j38  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
les  avail  mis  en  avant,  et  ne  se  prononça  plus
maintenant  que  pour  l’aggravation  des  droits  sur
les  fds.  Mais,  dans  celte  dernière  question,  les
avis  différèrent  et  se  groupèrent  comme  précédemment.

Le  raisonnement  produit  à  cette  occasion  par  le
gouvernement  do  la  Saxe  revenait  a  dire  que,  puisqu’il ­
  s’agissait  non  pins  d'une  élévation  considérable ­
  des  droits  sur  les  fils,  avec  l'emploi  de  drawbacks
proportionnels,  mais  d’une  augmentation  modérée
des  taxes  d’importation,  le  véritable  but  de  la  mesure
se  trouvait  manqué,  atlendu-qu’un  tarif  trop  abaissé
serait  impuissant  à  faire  éclore  des  entreprises  nouvelles ­
  et  à  soutenir  efficacement  l’industrie  correspondante, ­
  tout  en  atteignant  cependant  d'autre  part
douloureusement  le  tissage,  et  en  exposant  les  gouvernements ­
  associés  au  soupçon  de  ii  avoii  eu  lecours
  à  l’exhaussement  des  droits,  qu’en  vue  d’accroître ­
  les  recettes  delà  caisse  commune.
D’ailleurs,  par  une  coïncidence  remarquable,
cette  argumentation  trouvait  de  l’écho  parmi  les
porte-drapeau  les  plus  exaltés  du  système  protecteur, ­
  lesquels  condamnaient  non  moins  énergiquement ­
  toutes  les  demi-mesures,  du  moment  qu’elles
ne  donnaient  qu’une  satisfaction  incomplète  h  leurs
prétentions  exorbitantes.  Ce  furent  cependant  des
demi-mesures,  qui  obtinrent  finalement  h  titre  de
transaction  tous  les  suffrages;  et  quand  les  cornmissaires
  se  séparèrent,  le  17  août  1846,  ils  avaient
        <pb n="151" />
        MtniODK  DE  1834  A  1854.  139
pris  auparavant  diverses  résolutions,  parmi  lesquelles ­
  voici  les  plus  importantes.
Le  droit  d’entrée  sur  le  fil  de  lin  mécanique  brut
fut  porté  de  5  gros  d’argent  à  2  thalers,  mais  fut
maintenu  à  cette  première  quotité  pour  le  fil  brut
à  la  main.

Le  fil  de  lin  travaillé  et  les  tissus  de  lin  eurent
aussi  à  supporter  à  l’importation  des  droits  plus  élevés, ­
  qui  pour  le  fil  blanchi  et  teint,  par  exemple,  se
chiffrèrent  désormais  par  3  thalers  ;  pour  la  toile
brute,  coutil  et  treillis,  par  4  thalers  ;  pour  la  toile
blanchie,  par  20  thalers;  pour  la  batiste  par  30  thalers ­
  et  pour  les  dentelles  de  fil  par  60  thalers.

Le  fil  de  coton  brut,  sur  lequel  ou  n’avait  prélevé
encore  qu’un  droit  de  2  thalers,  vit  ce  droit  s’augmenter ­
  de  moitié,  ce  qui  ne  faisait  cependant  que
replacer  la  filature  allemande,  vis-à-vis  de  la  concurrence ­
  anglaise,  dans  les  mêmes  conditions  où
elle  se  trouvait  avant  l’abolition  récente  du  droit  sur
le  coton  brut  en  Angleterre,  mais  ce  qui  ne  laissait
pas  que  de  causer  préjudice  au  tissage,  dont  on  enchérissait ­
  la  matière  première  sans  indemnité.
1  (^l'oits  d’entrée  sur  le  gros
l)étail  et  on  arrêta  définitivement  la  répartition  des
revenus  de  douane  encaissés  pendant  les  dernières
années.  Maison  écarta  les  propositions  delà  Prusse
qui  tendaient  à  la  création  de  consulats  fonctionnant
¡mur  le  compte  de  l’Association,  et  on  repoussa  aussi
Jes  ouvertures  de  la  Belgique,  qui,  pour  obtenir  des
        <pb n="152" />
        140  l’allgmagne  économique.
droits  de  faveur  à  l’entrée  dans  le  Zollverein  de  son
propre  fil,  n'eût  pas  mieux  demandé  que  de  reconnaître ­
  cette  concession  particulière  par  des  concessions ­
  réciproques.
Bien  que  les  doctrines  en  présence  ne  songeassent
pas  encore  à  abdiquer,  et  à  déposer  les  armes,  le
danger  couru  par  le  Zollverein  fut  manifestement
conjuré,  dès  que  les  gouvernements  unis  placèrent, ­
  comme  ce  fut  le  cas  celte  fois  à  Berlin,  le
salut  de  l’association  au-dessus  du  triomphe  de
l’un  ou  l’autre  des  deux  systèmes,  et  se  montrèrent ­
  résolus  h  ne  pas  se  laisser  détourner  de  ces
visées  supérieures  par  les  altercations  de  partis  intéressés. ­

La  vitalité  du  Zollverein  trouva  d’ailleurs  bientôt
l’occasion  de  s’aflirmer  d’une  façon  irrécusable.  Dès
qu’éclata  en  effet  chez  nous  la  révolution  de  1848,
elle  eut  un  contre-coup  retentissant  en  Allemagne
où  elle  ébranla  les  trônes  les  mieux  affermis  eu  apparence, ­
  renversa  des  princes  et  des  ministres,  et  balaya ­
  honteusement  I’institutiou  vermoulue  de  la
Diète  germanique.  Mais  au  milieu  des  débris  dont
l’Allemagne  fut  jonchée,  l’association  douanière,
plusheureuse  que  cette  dernière  institution,  en  quelque ­
  sorte  sa  rivale,  resta  fièrement  debout,  par  la
seule  vertu  des  tendances  nationales,  dont  elle  était
devenue  le  représentant  le  plus  autorisé,  et  son  crédit ­
  s’accrut  encore,  à  mesure  que  la  marche  et  l’issue ­
  des  luttes  pu  remen  t/)o/%V%yue^  affaiblirent  de  plus
        <pb n="153" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  14i
en  plus  l’espoir  de  conquérir  de  sitôt  l’unité  qu’on
en  attendait.
La  Prusse,  qui  déjà  avait  demandé  rajournemenl
des  conférences  générales  annuelles  répondant  à
l’année  1847,  par  ce  motif  qu’il  n’y  avait  rien  de  spécial ­
  à  l’ordre  du  jour,  et  que  les  débats  relatifs  au
taiif  de  la  période  1849-51  pouvaient  bien  ne  commencer ­
  qu  en  1848,  réclama  en  avril  1848  un  nouvel ­
  ajournement  fondé  en  partie  sur  les  négociations
entamées  au  sujet  de  l’introduction  du  Hanovre  dans
le  Zollverein,  et  en  partie  aussi  sur  les  agitations
politiques,  qui  avaient  en  beaucoup  d’endroits
amené  des  changements  dans  la  direction  des  intérêts ­
  financiers  et  commerciaux  et  devaient  encore
déterminer  d’autres  mouvements  dans  le  personnel.
On  prorogerait  en  conséquence,  était-il  dit,  d’une
année,  l’application  du  tarif  en  vigueur;  et,  pour  que
cette  prorogation  ne  parût  pas  inspirée  par  des  con  -
sidérations  fiscales,  on  chercherait  par  voie  de  correspondance ­
  à  arriver  à  la  modération  de  divers
droits  de  douane.
Tout  le  monde  fui  d’accord  pour  reculer  les  coiireuces
  mais  celle  unanimité  des  volontés  fil  absolument ­
  défaut  aux  projets  de  réductions  douanières
sans  qu  on  pftt  l'entrevoir,  même  comme  iineéventualité
  éloignée.
Enive  temps  le  grand-duché  de  Hade  avait,  le
18  aviil  1848,  soumis  à  la  Diète  germanique,  sur  la
base  d’une  liberté  commerciale  complète  entre  tous
        <pb n="154" />
        142  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
les  Étals  de  la  Confédération  des  propositions,  dont
la  mise  en  œuvre  exigeait  malheureusement  une
somme  d’efforts,  qu’on  ne  pouvait  obtenir  de  cet
organisme  usé  et  agonisant.  L’Assemblée  nationale,
qui  vint  bientôt  après  occuper  la  scène  politique,  et
qui,  recueillant  avec  une  ardeur  juvénile  l’héritage
de  la  diète,  fit  entrer  en  juillet  1848  les  affaires  du
Zollverein  dans  le  cadre  de  ses  délibérations,  ne  se
montra  pas  non  plus  à  la  hauteur  d’une  pareille  tâche. ­
  Aussi,  bien  qu’elle  eut  convoqué  à  Francfort,
où  ils  se  présentèrent  en  effet  au  mois  d’août,  des
chargés  de  pouvoirs  spéciaux  de  toutes  les  contrées
allemandes,  les  négociations  auxquelles  elle  se  livra
h  l’égard  des  douanes,  tout  en  mettant  à  jour  des
travaux  excellents,  péchèrent,  comme  toutes  celles
auxquelles  elle  a  attaché  son  nom,  par  une  ampleur
excessive,  et  n’aboutirent  à  aucun  résultat  véritablement ­
  pratique.
Les  gouvernements  associés  s’entendirent,  afin
d’utiliser  la  rencontre  des  plénipotentiaires  à  Francfort ­
  pour  une  session  extraordinaire,  et  afin  d  y  provoquer ­
  leurs  délibérations  sur  les  sujets  réservés
aux  prochaines  conférences  générales  ordinaires,
par  conséquent  notamment  sur  la  conservation  provisoire ­
  du  tarif  et  sur  les  modifications  de  droits,
proposées  par  la  Prusse  en  conformité  de  l’esprit
général  du  temps  non  moins  que  de  l’esprit  qui  1  avait
  personnellement  toujours  animée.  La  laçmi  dont
les  choses  se  passèrent  dans  le  cours  de  la  réunion.
        <pb n="155" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  143
prouve  surabondamment  combien  le  concert  des
États  méridionaux  dans  la  question  des  droits  protecteurs ­
  était  artificiel  et  précaire,  ne  reposant  en
effet  nullement  sur  des  motifs  internes  et  sur  une
communauté  parfaite  de  vues  et  d’intérêts.
Ainsi,  tandis  que  la  Bavière  adoptait  pleinement
les  idées  prussiennes  et  invitait  même  l’assemblée
à  entrer  plus  avant  dans  cette  voie  libérale,  le  Wurtemberg ­
  déclarait  au  contraire,  au  commencement
du  mois  d  octobre,  qu’il  n’accepterait  pas  le  débat
sur  les  propositions  pendantes,  tant  que  les  autres
États  de  l’Union  résisteraient  opiniàlrément  à  l’acceptation ­
  d’un  système  protecteur,  déclaré  indispensable ­
  dans  l’intérêt  de  l’industrie  allemande.
Celte  déclaration  coupa  court  à  tous  pourparlers  ultérieurs, ­
  et  il  ne  resta  plus  qu’à  débattre  la  prorogation ­
  du  tarif,  qui  fut  effectivement  décrétée,  non
toutelois  pour  un  an,  mais  pour  une  période  de
temps  indéterminée.
Il  fut  convenu  également,  qu’au  cas  oû  l'élaboration ­
  de  la  constitution  allemande  n’aurait  pas  valu
AI  emagne  une  constitution  douanière  uniforme
(ld(e,  laphysionomiodes  óvé.iemenls  faisait  prévoir
avec  cerlilude  une  catastrophe  prochaine;  et  à  peine
es  délégués  douaniers  de  Francfort  eurent-ils  si"né
le  14  mai  1849,  une  sorte  de  procës-verhal  princi-
        <pb n="156" />
        \  \\  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
pal,  que  plusieurs  d’entre  eux  quittèrent  cette  ville,
pendant  qu’à  Berlin  on  s’occupait  déjà  des  travaux
préparatoires  d’une  session  nouvelle,  appelée  à  siéger ­
  dans  ses  murs,  notamment  d  un  projet  de  tarif
général  applicable  à  l’Union  restreinte,  et  de  l’organisation ­
  douanière  de  cette  dernière.  Mais  quand
enfin  les  délibérations  du  congrès  d’Erfurt  eurent
également  démontré  leur  impuissance,  et  quand  la
question  constitutionnelle  entra  dans  sa  phase  réactionnaire, ­
  le  chômage  gagna  toutes  les  affaires  de
douane,  et  l’année  1849  s’écoula,  sans  qu’on  songeât
à  assembler  les  commissaires,  et  sans  que  du  sein
du  Zollverein  surgît  une  préoccupation  quelconque
offrant  un  intérêt  sérieux  pour  la  communauté.
Toutefois  les  faits  militaires  de  cette  année  donnèrent ­
  naissance  à  un  incident  qui  faillit  compromettre
le  lien  fédéral,  et  exerça  en  tout  cas  son  influence
sur  les  principes  régissant  l’Association.
A  la  suite,  en  effet,  de  la  campagne  de  la  Prusse
contre  les  mouvements  insurrectionnels  qui  avaient
éclaté  dans  le  Palatinal  et  la  Saxe,  des  demandes  en
remboursement  de  frais  de  guerre  avaient  été  adressées ­
  aux  gouvernements  saxon  et  bavarois,  et  comme
ceux-ci  n’y  firent  pas  immédiatement  droit,  le  cabinet ­
  de  Berlin  se  crut  autorisé  à  frapper  de  saisie
les  parts  de  recettes  douanières  leur  revenant  dans
les  caisses  de  douane  prussiennes.
Ce  procédé  souleva  de  la  part  des  intéressés  des
protestations  auxquelles  s’associèrent,  d  ailleurs,
        <pb n="157" />
        PÉWODE  DE  1834  A  1834.  143
'l’autres  membres  du  Zollverein,  mais  la  difficulté
ne  fui  résolue  qu  eu  1853,  à  loccasion  du  renoulemenldes
  traités  d'union,  qui  érigèrent  dès  lors
###
/..iv'“’"“"  se  Irouvant  quelque  peu
^lairei  au  printemps  de  l'année  1830,  des  invi-■

10
        <pb n="158" />
        1  46  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
menl  nouveau,  l’élément  polUique,  &amp;lt;lonl  l’influence
fut  déterminante  dans  la  crise,  redoutable  entre
toutes,  qui  alla  fondre  sur  l’association  à  1  époque
de  l'expiration  ou  plutôt  du  renouvellement  hypothétique ­
  des  traités.
Mais,  pour  l'appréciation  de  cet  élément,  il  importe
avant  tout  de  suivre  dès  le  début  l’Autriche  dans  sou
attitude  vis-à-vis  du  Zollverein,  et  de  constater  les
effets  produits  par  l’association  sur  la  politique
douanière  de  cet  Empiie.
Après  avoir  échoué  dans  le  projet  de  mettre  obstacle ­
  en  1833  à  la  formation  de  la  grande  agglomération ­
  douanière  allemande,  le  gouvernement
autrichien  avait  paru  depuis  renoncer  à  toute  entreprise ­
  contre  cette  institution  et  se  désintéresser  à  peu
près  complètement  de  son  sort,  comme  si  elle  ii’existait
  pas.  11  en  résulta  tout  d’abord  dans  les  rapports
entre  la  Prusse  et  l’Autriche,  devenues  en  quelque
sorte  étrangères  l’une  à  l’autre,  un  refroidissement
qui  ne  pouvait  d’ailleurs  pas  se  prolonger  longtemps,
eu  é-ard  à  la  communauté  de  vues  qui  les  rapprochait
partout  ailleurs  dans  le  domaine  de  la  politique  ailemande,etspécialementàl’encontredcsidéeslibérales

et  des  doctrines  constitutionnelles.  Déjà,  en  1834,  la
réconciliation  s’opérait  complète  dans  les  conférences ­
  ministérielles  de  Vienne,  et  l’aigreur,  qii  avaient
fait  naître  les  récents  traités  d’union,  ne  survécut  pas
à  des  mesures  nouvelles,  adoptées  eu  haine  do  la
liberté,  des  universités  et  de  la  presse.  L  Autriche
        <pb n="159" />
        l'ÉniODE  DE  ISJ4  A  1834  (47
i
es
        <pb n="160" />
        j  48  l’allemagne  économique.
plément  que  ce  système  pouvait  fournir  à  la  répression ­
  dans  l’ordre  moral  et  politique,  commencèrent
à  incliner  vers  des  tempéraments  et  à  se  prononcer
pour  une  entente  avec  le  Zollverein,  dont  les  effets
favorables  au  regard  du  développement  industriel
des  membres  de  l’Union  étaient  assez  manifestes
pour  ne  pas  pouvoir  être  révoqués  en  doute.
De  plus  en  plus  l’entrée  même  de  l’Autriche  dans
le  Zollverein,  h  laquelle  le  prince  de  Metternich
n’aurait  pas,  lui  aussi,  dit-on,  été  contraire,  devint
l’objet  de  toutes  les  discussions;  et  de  plus  en  plus
on  se  persuada  que,  loin  d’être  propice  à  la  vie  économique ­
  de  l’Autriche,  sa  législation  prohibitive
et  protectionniste  à  l’excès  en  entravait  1  essor,  et
qu’en  particulier  un  contrôle  sans  mesure,  les  chicanes ­
  de  l’administration  douanière,  les  excitations
à  la  fraude  inhérentes  aux  droits  élevés  et  aux  prohibitions ­
  ainsi  que  la  vénalité  des  fonctionnaires,
étaient  tout  aussi  préjudiciables,  sinon  plus,  aux  intérêts ­
  en  cause  qu’une  concurrence  modérée  de  la
part  des  nations  étrangères.
Ce  courant  devint  plus  intense  encore,  avec  l’avénement
  aux  affaires  en  1840  du  baron  de  Külieck,
ce  fils  d’un  tailleur,  qui,  grâce  â  ses  aptitudes,  avait
su  escalader  les  plus  hautes  positions  dans  un  pays
si  peu  accessible  encore  en  ce  temps  à  la  roture,  et
sur  l'initiative  duquel  fut  instituée  une  commission
chargée  de  recueillir  les  doléances  de  l’industrie  à
l’encontre  de  la  contrebande  et  les  moyens  proposés
        <pb n="161" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1834.  )49
poupyporler  remède.  Celte  enquête  devint  le  si-nal
des  attaques  contre  le  système  prohibitif,  défendu
surtout  dans  les  sphères  industrielles,  et  la  cause  de
la  partie,palion  directe  de  l'Autriche  au  Zollverein
piès  une  expéiience  prolongée,  à  conquérir  à  l'\,_
■
        <pb n="162" />
        150  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
les,  comme  aussi  des  nankins  del  Indeet  delà  Chine,
les  lainages,  également  à  l’exception  des  fds,  la  pin-  .
part  des  tissus  de  lin  et  de  chanvre,  les  soieries,  la
passementerie,  le  fer  brut  et  le  fer  ouvré  en  général,
tousles  objets  en  tôle,  la  quincaillerie  fine  et  la  mercerie, ­
  les  ustensiles  en  cuivre  et  en  étain,  la  porcelaine ­
  et  les  modes,  les  vêtements  vieux  ou  neufs,  etc.,
en  un  mot  les  principaux  produits  fabriqués  avaient
été  mis  hors  de  commerce^  c’est-à-dire  qu  ils  ne  pouvaient ­
  être  importés  que  pour  l’usage  de  l’importateur ­
  lui-même  et  de  sa  famille,  au  moyen  d’un  permis ­
  et  sous  le  paiement  de  droits  qui  s  élevaient  à
60  0/0  de  la  valeur.
Toutefois  les  fabricants  surent  si  bien  intéresser
à  leur  cause  un  gouvernement,  peu  enclin  d’ailleurs
aux  nouveautés,  que  celui-ci,  plutôt  que  d  adopter
un  nouveau  tarif,  préparé  par  l’administration,  se
borna  à  promulguer,  le  1®'  juillet  1844,  quelques
modifications  à  l’ancien,  modifications  dont  les  plus
remarquables  étaient  la  radiation  des  montres  et  des
pendules  de  la  liste  des  mises  hors  du  commerce  et
Je  dégrèvement  des  fils  de  coton.
Au  surplus,  tout  progrès  considérable  devait  être
logiquement  précédé  delà  suppression  de  la  barrière
intérieure  qui  se  trouvait  placée  à  l’entrée  des  pays
hongrois.  Si  la  Hongrie  était  unie  à  1  Autriche  par
des  liens  politiques  et  militaires,  elle  ne  1  était  en
effet  nullement  par  des  liens  administratifs,  et  c  est
dans  cette  mesure  que  le  pays  des  Madgyars  avait
        <pb n="163" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  131
maintenu  son  indépendance.  Il  ne  payait  donc  pas
d’impôt  foncier,  et  échappait  à  tant  d’autres  redevances, ­
  qui  étaient  perçues  dans  les  diverses  parties
de  l’Empire.  Aussi,  comme  il  ne  fournissait  aucune
contrihnllon,  avait-on  pris  le  parti  d’établir  comme
compensation  dans  toutes  les  contrées  limitrophes
(le  l’Autriche  et  de  la  Hongrie  une  ligne  douanière, ­
  que  les  produits  hongrois  ne  pouvaient
franchir  avec  destination  pour  les  provinces  dites
héréditaires  sans  être  assujettis  à  des  droits  élevés.
Or  c  était  celte  absence  d’unité  douanière  au  sein
même  de  la  monarchie  autrichienne,  qui  ht  tout
d’abonl  échec  au  raiipi-oclienienUlésiréparplusieurs
avec  le  Zollverein,  et  cet  empêchement  à  la  réalisation ­
  d’un  projet  patriotique  fut  naturellement  mis
a  profit  parles  industriels,  pour  retenir  devers  eux
le  plus  longtemps  possible  les  prolits  d’une  protection ­
  et  d’une  prohibition  étendues  à  l'inbui,  et  pour
combattre  des  concessions  qui,  comme  nous  venons
e  le  voir  d’ailleurs,  ne  furent  nullement  prodiguées.
  '
Mais  il  supposer  même  que  le  dualisme  dont  soufnTL
  ¡’'"''"'"''"'«'^'membarrasséson  ralliement,il
Zolherein,eùt  pu  s  accomplir  sansdifllculté  ni  cou
leslation.
Peut-être,  il  est  vrai,  les  membres  moins  influents
de  l’Union  douanière  n’eussent-ils  pas  vu  d’un  mau-
        <pb n="164" />
        152  l’allemagne  économique.
^ais  œil  l’accession  de  l’Autriche,  par  celle  raison
que  la  Prusse,  pleine  de  ménagements  au  début
pour  les  préjugés  dynastiques  et  les  susceptibilités
particulières,  commençait  à  faire  sentir  le  poids
de  sa  supériorité,  et  avait,  lors  des  négociations
qu’occasionna  le  premier  i-enouvellement  des  traités, ­
  élevé  des  prétentions  qui  donnaient  fort  à
rétléchir.  Mais,  en  présence  des  résultats  financiers ­
  si  considérables  du  Zollverein,  ces  États
eux-mêmes  ne  pouvaient  pas  ne  pas  appréhender
l’intrusion  autrichienne,  qui,  s’effectuant  sur  la
base  des  pactes  conclus  jusque  là,  eût  produit  un
amoindrissement  notable  dans  les  revenus.  Tandis
qu’au  sein  du  Zollverein  les  recettes  brutes,  rapprochées ­
  de  la  population,  représentaient  1  tbaler  environ ­
  par  tête,  elles  n’atteignaient  même  pas  en
Autriche  la  moitié  de  ce  cbitfre,  malgré  les  droits
de  beaucoup  supérieurs,  qui  y  avaient  cours.  Que  si
le  contrat  d’association  devait  se  former  sous  la  sauvegarde ­
  des  bénéfices  advenus  auparavant,  il  fallait,
pour  réaliser  ce  desideratum,  recourir  à  tant  d’entraves ­
  commerciales  et  instituer  tant  de  contrôles,
que  les  avantages  économiques  à  retirer  de  l’agrégation ­
  nouvelle  devenaient  on  ne  peut  plus  problématiques. ­

Les  préoccupations  de  la  Prusse  eussent  été  d  une
nature  dilféreute.  Comme  en  effet  l’Autriche,  par
suite  de  son  système  prohibitif  et  de  la  politique
malhabile,  observée  par  elle  dans  les  choses  fédéra-
        <pb n="165" />
        153

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.
ies,  avait  en  quelque  sorte  tourné  le  dos  aux  intérêts ­
  matériels  de  l’Allemagne,  le  gouvernement
prussien  avait  vu  s’accroître  immensément  son  importance ­
  politique  et  avait  acquis  une  position,  qui
en  faisait  l’égal  du  gouvernement  autrichien.  En
consemnt  la  direclion  du  mouvement  économique,
qmiui  élan  ainsi  échue  en  partage,  la  Prusse  pouvait ­
  espérer  arracher  bientôt  à  son  compétiteur  le
gouvernail,  que  celui-ci  tenait  encore,  en  apparence
,  »oin  de  la  Confédération  allemande
politique.  Comment  dés  lors  auraitminent
  quelle  occupait  dans  l'association?  La
ante  commise  par  l'Autriche  se  désintéressant  en
819  de  la  prospérité  matérielle  des  Allemands
        <pb n="166" />
        -154  l’allemagne  économique.
Quoi  qu’il  en  fùl,  les  proteclionnisles  triompbaienl
encore  provisoirement  sur  toute  la  lig;ie,  continuant
à  stériliser  les  eliorts  généreux  de  M.  de  Kubeck
en  faveur  d’une  réforme  de  la  législation  douanière,
dont  le  conseil  d’État  avait  été  saisi  dès  1841,  sans
que  ce  corps  pût  faire  prévaloir  de  sitôt  la  conviction ­
  à  laquelle  il  arriva,  qu’à  défaut  d’une  union
intime  avec  le  Zollverein,  union  qui  rencontrait
encore  dans  les  relations  avec  la  Hongrie  notamment
de  sérieux  obstacles,  il  convenait  de  mettre  autant
que  possible  les  taxes  de  l’Autriche  à  l’unisson  de
celles  de  l’association;  et  il  faut  aller  jusqu’à  1847
avant  d’apercevoir  quelques  nouveaux  signes  extérieurs ­
  de  sollicitude  de  la  part  du  gouvernement
autrichien  pour  l'amélioration  des  conditions  économiques ­
  de  l’Empire.  Ces  signes  consistaient  dans
des  tentatives  demeurées  d’ailleurs  pour  le  moment
infructueuses,  de  rattacher  même  fiscalement  la
Hongrie  à  l’Autriche,  et  de  se  rapprocher  quelque
peu  du  Zollverein,  notamment  à  l’aide  d  un  cartel
douanier,  dont  l’idée  fut  repoussée  par  le  cabinet
de  Berlin.
Mais  les  secousses  violentes  des  années  1848  et
1849  firent  monter  aux  affaires  deux  hommes  éminents, ­
  le  prince  Schwarxenberg  et  le  baron  de
Bruck,  lesquels  dépassant  de  beaucoup  en  valeur  les
coryphées  ordinaires  de  la  noblesse  et  de  la  bureaucratie ­
  autrichiennes,  imprimèrent  h  la  pohlique
  de  leur  pays  une  direction  pratique  qui  lui
        <pb n="167" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  155
avait  malheureusement  tant  fait  défaut  ¡usqu’à  ce
jour.
La  Gazette  de  publia,  à  partir  du  26  octobre
  1849,  une  série  d’ariieles  sur  la  réalisalion  graduelle ­
  d'une  union  douanière  el  commerciale  ans-•ro-allemande,
  et  ces  articles,  d’un  caractère  évi--lemment
  ofllciel,  firent  une  sensat.on  d’autant
plus  profonde,  travaillèrent  d’autant  plus  l’esprit  et
es  intérêts  allemands,  qu'on  venait  à  peine  d'assister ­
  à  l’avortement  d’un  empire  d’Allemagne  au
petit  pied,  duquel  l’Autriche  aurait  été  complètement ­
  bannie.  ^
lers  existants,  la  feuille  relatait  les  réformes  de
Jouane  déjà  introduites  ou  encore  à  introduire  dans
Linpire  en  insistant  en  particulier  sur  la  levée  des
ment  pour  le  gouvernement  impérial  la  paternité  de
        <pb n="168" />
        156

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

fédérale  tout  récemment  constituée  et  auprès  de
chacun  des  gouvernements  allemands.  Mais,  pour
que  dès  la  première  période  le  résultat  linal  fût
préparé,  et  les  rapprochements  intérieurs  fussent
efficacement  mis  en  relief  à  l’égard  du  dehors,  une
commission  douanière,  formée  par  les  territoires
intéressés,  devait,  d’après  le  même  travail,  être  convoquée ­
  également  avec  la  mission  de  discuter  et
consacrer  les  divers  points  libellés  dans  ce  sens.
Sans  vouloir  entrer  dans  le  détail  circonstancié  de
ces  points,  qui  n’ont  plus  qu’un  intérêt  rétrospectif,
nous  croyons  cependant  devoir  d’une  façon  sommaire ­
  analyser  ici  la  conception  du  cabinet  de
Vienne,  en  ce  qu’elle  est  de  nature  à  éclairer  les
événements  ultérieurs  et  à  fournir  des  éléments  de
comparaison  avec  la  situation  actuelle.
1.  Il  fallait  procéder  immédiatement  aussi  bien
en  Autriche  que  dans  les  diverses  régions  commerciales ­
  de  l’Allemagne  à  une  réforme  douanière  qui,
conçue  dans  un  esprit  de  protection  nationale,  pût
faciliter  et  permettre  la  formation  du  lien  douanier
entre  l’Autriche  et  l’Allemagne.
2.  Les  voies  et  moyens  pouvant  conduire  à  ce  but
et  les  mesures  relatives  tant  à  un  tarif  de  douane  autant ­
  que  possible  uniforme  vis-à-vis  de  l’étranger,  qu’à
une  perception,  gouvernée  par  les  mêmes  règles  sévères, ­
  correctes  et  appropriées,  seraient  débattus  par
la  commission  douanière,  don  til  vient  d’être  question.
3.  Outre  ce  but  général  et  dirigeant  à  poursuivre,
        <pb n="169" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  157
cette  commission  aurait  d’autres  devoirs  encore  à
remplir,  comme  de  suggérer  toutes  les  facilités  praticables ­
  dans  la  surveillance  des  frontières  et  dans  les
rapports  limitrophes,  qu’entraîneraient  l’entrée,  la

sortie  ou  le  transit,  de  soumettre  la  navigation  fluviale ­
  et  maritime  à  des  principes  communs,  et  les
vaisseaux  à  un  traitement  identique  sur  le  parcours
des  fleuves  et  dans  les  ports  respectifs,  de  favoriser
l'échange  des  produits  indigènes,  en  appelant  insensiblement ­
  à  une  franchise  douanière  complète  à
1  intéiieur  ceux  d  entre  eux  qui,  protégés  contre  la
concurrence  étrangère  par  des  droits  semblables,
seraient  parvenus  approximativement  chez  eux  au
même  degré  d’avancement,  mais  de  lever  aussitôt
toutes  les  barrières  intérieures  s’opposant  au  trafic
franc  des  produits  bruts,  des  substances  alimentaires ­
  et  des  demi-produits  d’origine  allemande  certifiée, ­
  de  poser  les  bases  d’une  seule  politique  mercantile ­
  et  maritime  au  regard  du  dehors,  d’élaborer
un  mode  de  représentation  commerciale  à  l’étranger
et  un  mode  de  conclusion  commune  de  traités
commerciaux,  de  cimenter  davantage  encore  les
•  apports  établis  à  l’aide  des  routes  commerciales,
quisser  enfin  un  projelde  tarif  général  pour  l’Ailemagne,
  y  compris  l’Autriche.
4.  11  serait  loisible  à  ladite  commission  douanière, ­
  qu’on  pouvait  à  la  rigueur  qualifier  d’austro-
        <pb n="170" />
        158

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

allemande,  d’installer,  en  vue  de  l’accomplissement
de  sa  mission  complexe,  des  commissions  spéciales,
de  faire  des  perceptions,  de  consulter  des  personnes
compétentes.
C’était  d’ailleurs  à  la  commission  fédérale  provisoire ­
  comme  organe  central  de  l’Allemagne,  que
M.  de  Bruck  entendait  au  nom  de  son  gouvernement
confier  la  haute  main  de  la  réalisation  de  l’œuvre
unitaire,  en  proposant  de  la  charger  de  réunir  la
session  douanière,  investie  des  attributions  qui  viennent ­
  d'etre  énumérées,  et  à  la  laquelle  prendraient
part  des  chargés  des  pouvoirs  des  États  allemands.
Dès  le  30  mai  1850  le  cabinet  autrichien  vint
dans  un  second  mémoire  prendre  à  nouveau  la  parole ­
  devant  l’Allemagne,  en  s’y  appesantissant  surtout ­
  sur  l’union  douanière  dans  ses  rapports  avec
l’union  politique  de  l’Allemagne  et  de  l’Autriche.
Il  s’y  prononçait  derechef  pour  la  compétence  de
la  Commission  fédérale  à  l’effet  de  convier  à  un  congrès ­
  les  gouvernements  allemands,  mais  c'était  affaire ­
  des  membres  de  la  Confédération  de  sceller
ensuite  par  un  traité  leur  union  douanière.
11  y  énonçait  aussi  relativement  aux  matières
commerciales  et  de  douane  diverses  dispositions,
dont  il  demandait  l’insertion  dans  la  constitution
fédérale  à  édicter.  Désormais  la  Confédération  connaîtrait ­
  des  matières  de  douane,  sans  que  l’admission ­
  d’États  voisins  fût  pour  cela  interdite.  Les
échanges  jouiraient  au  dedans  des  lignes  douanières
        <pb n="171" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1834.  159
communes  d’une  liberté  absolue,  soumise  seulement
aux  restrictions  découlant  des  taxes  de  consommation ­
  ou  des  monopoles  financiers  établis  ou  concédés.
Les  intérêts  douaniers  et  commerciaux,  dont  les
tarifs,  les  consulats,  les  traités  de  commerce  et  de
navigaiion  étaient  les  pivots  principaux  seraient  placés ­
  sous  la  direction  du  pouvoir  fédéral,  à  côté  du-(|uel
  fonctionnerait  un  conseil  fédéral  chargé  des
études  préparatoires,  et  qui  serait  doté  en  outre
d’un  bureau  de  commerce  (Handelsamt),  d’un  bureau ­
  de  statistique,  d’une  chambre  du  contrôle
douanier  et  d’une  chambre  de  comptabilité.
Les  prétentions  à  un  préciput  sont  combattues,
et  la  totalité  des  recettes  serait  versée  tout  d’abord
dans  la  caisse  commune,  pour  être  ensuite,  après
déduction  des  dépenses  particulières,  répartie  entre
les  intéressés.
A  la  suite  de  ces  propositions  émises  en  vue  de  •
conslituer  la  ligue  douanière,  viennent  des  aperçus
sur  la  politique  commerciale  à  observer  dans  celte
vaste  arène  ouverte  aux  échanges  entre  l'Adriatique, ­
  lamer  du  Nord  et  lamer  Baltique.  Ils  rendent
attentifs  à  1  importance  d’un  territoire  commercial
de  70  millions  d’habitants,  comprenant  la  plus
grande  partie  de  1  Europe  centrale,  et  administré
d  une  façon  uniforme.  La  protection  et  le  freetrade
  seraient  amenés  à  se  réconcilier  et  à  composer, ­
  la  rupture  finale  entre  le  Nord  et  le  Midi  serait
prévenue,  une  position  libre  et  indépendante  serait
        <pb n="172" />
        i60  l’allemagne  économique.
acquise  vis-à-vis  de  l’Étranger.  Des  traités  de  commerce ­
  et  de  navigation  sont  recommandés  avec  l’Italie, ­
  la  Hollande,  la  Belgique,  le  Danemark,  ainsi
que  des  traités  de  commerce  avec  les  contrées  transatlantiques, ­
  mais  on  déconseille  de  simples  traités
commerciaux  avec  les  États  d’Europe,  dont  l’industrie ­
  et  le  degré  de  cuhure  seraient  plus  avancés  qu’ils
ne  le  sont  en  Allemagne.  Le  ministère  du  commerce
autrichien  arrive  ainsi  à  formuler  à  la  charge  de  la
politique  commerciale  austro-allemande  un  programme ­
  en  quatre  points  qui  sont  les  suivants  :
1.  Cette  politique  ne  doit  pas  plus  être  exclusivement ­
  édifiée  sur  la  base  des  intérêts  agricoles  et  d’une
ouverture  à  discrétion  du  pays  que  sur  celle  des
intérêts  industriels,  réclamant  autant  que  possible
des  barrières  infranchissables,  mais  elle  doit  l’être
sur  une  base  véritablement  nationale,  qui  comprît
au  même  titre  tontes  les  branches  de  l’activité  économique. ­
  C’est  le  développement  harmonique  de
toutes  ces  branches  qui  doit  être  son  souci  le  plus
constant,  mais  elle  reconnaît  par  là  même  la  nécessité ­
  de  donner  tous  ses  soins,  de  prodiguer  toute
sa  sollicitude  à  l’accroissement  de  la  puissance  domestique ­
  au  point  de  vue  de  la  concurrence,  sur  ses
propres  marchés  et  sur  ceux  du  dehors,  comme  y
trouvant  la  condition  fondamentale  d’un  essor  vigoureux ­
  de  l’industrie  non  moins  quede  l’agriculture ­
  et  du  commerce  ainsi  qu’une  garantie  pour  la
prospérité  générale.
        <pb n="173" />
        11

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  161
2.  La  puissance  industrielle  rnilitanie  devra  reposer ­
  principalement  sur  la  production  primordiale
la  plus  étendue,  sur  la  liberté  du  sol  et  du  travail,
sur  une  concurrence  sans  entraves  à  l’intérieur,  sur
roblenlion  de  première  main  el  h  prix  réduit  de
loutes  les  matières  premières  et  auxiliaires  de  l  influstrie,
  enfin  sur  un  tarif  douanier  répondant  le
plus  exactement  possible  aux  besoins  de  protection,
el  d’une  façon  générale  sur  un  droit  commercial  et
naaritime  bien  entendu.
3.  Vu  les  conditions  économiques  à  peu  près
jdent„p,es,  dans  lesquelles  se  trouvent  placés  les
Etals  européens  embrassés  d’un  seul  rc-trd  il  n’v
en  a  que  peu  avec  lesquels  il  y  ait  un  avantage  réel
à  passer,  abstraction  faite  delà  navigation,  des  traits ­
  de  commerce  proprement  dits;  tandis  que  la
participation  complète  par  les  douanes  de  l’un  ou
de  autre  des  États  voisins  à  l’union  commerciale
austro-allemande  ne  répugnerait  nullement  à  la
Mtuation  et  devrait  être  accueillie  comme  un  renort
  eu  puissance  économique  et  maritime,  concoutanlà
  la  conquête  de  résultats  communs.
des  différences  qui  devront  déterminer  le  Zollverein
austro-allemand  à  patronner  très-activement  l’érliange
  de  ses  produits  naturels  ou  industriels  contre
les  produits  transatlantiques,  en  bannissant  toute
entremise  extérieure.  Des  mesures  à  l’encontre  des
        <pb n="174" />
        162  l’allemagne  économique.
tiers  ont  un  caractère  d’urgence  d’autant  plus  grand
que  la  plus  forte  partie  des  denrées  coloniales  parvenant ­
  en  Allemagne  et  en  Autriche  passe  par  des
mains  étrangères.  Mais  il  ne  peut  s’agir  toutefois  de
copier  en  retardataires  mal  inspirés  Y  act  of  ?iavigatioji
  delà  grande  Bretagne  ou  le  système  des  droits
différentiels  de  la  France  ;  ce  serait  en  eilet  commettre ­
  un  anachronisme,  que  condamne  le  rang  suffisamment ­
  élevé  qu’a  su  atteindre,  sans  recourir  à  la
protection,  la  navigation  allemande  au  milieu  même
des  circonstances  les  plus  défavorables.
Tel  quel,  le  plan  conçu  par  l’Autriche,  et  qui  aurait ­
  solidarisé  tant  d’intérêts  et  de  destinées,  ne
manquait  assurément  pas  de  grandeur,  et  dut  même
éveiller  partout  l’étonnement,  tant  il  tranchait  sur
les  errements  suivis  auparavant  par  l’Fmpire.  Des
considérations  purement  économiques  ne  suffiraient  "
pasa  expliquer  cette  combinaison,  dont  la  clef  se
trouve  dans  la  personnalité  de  ses  auteurs,  le  prince
de  Schvsarzenberg  et  le  baron  de  Bruck,  et  surtout
dans  des  visées  d’un  caractère  politique.
Les  événements  de  1848  et  de  1849  ainsi  que
l’essai  d’un  Empire  d’Allemagne  restreint  avaient
enfin  ouvert  les  yeux  aux  hommes  d’État  d’Autriche, ­
  qui  pouvaient  à  présent  juger  du  chemin
qu’avait  fait  la  Prusse  à  la  tête  du  Zollverein,  et  qui,
après  avoir  vu  la  politique  des  intérêts  matériels
l’emporter  de  beaucoup  sur  la  politique  dynastique,
durent  naturellement  songer  à  demander  à  une  im-
        <pb n="175" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  J8o4.  jßg
mixtion  plus  directe  dans  le  mouvement  économique ­
  le  maintien  d’une  induence  qui  s'en  allait  tous
les  jours.  Mais,  en  cherchant  à  opérer  cette  volteface,
  ils  (levaient  inévitablement  se  heurter  aux  tradesIT/'
  L’ampleur  du
J  sem  fa,sa.t  auss.  sa  faiblesse,  en  ce  qu’il  soulevait
la  lé  istance  de  tous  les  intérêts  mesqu.us;  il  était
■
        <pb n="176" />
        164  l’allemagne  économique.
On  a  même  tenté  quelquefois  de  tourner  en  ridicule ­
  le  projet  en  question,  en  le  traitant  d’aventureux ­
  et  de  chimérique,  mais  la  meilleure  réponse
à  faire  à  ces  appréciations  dédaigneuses  se  trouve
dans  la  conduite  tenue  à  cette  occasion  par  le  cabinet ­
  de  Berlin  qui  eut  bien  garde  de  traiter  à  la  légère
les  démarches  de  l’Autriche  et  se  montra  parfaitement ­
  consciente  du  péril  qu’elles  faisaient  courir  à
la  Prusse,  ainsi  qu’il  résulte  clairement  de  toute  sa
politique  commerciale  ultérieure,  du  traité  qui  fut
passé  avec  le  Hanovre  et  plus  tard  avec  la  France,
et  des  efforts  qui  furent  faits  ensuite  afin  de  secouer
le  traité,  conclu  avec  l’Autriche  le  19  février  1853.
Il  est  vrai  toutefois  que,  quand  les  vicissitudes  et
l'intrigue  eurent  éloigné  de  leur  poste  les  hommes
éminents,  qui  avaient  lancé  l’idée,  le  danger  dont
se  voyait  menacée  la  Prusse  diminua  notablement,
attendu  qu’il  manquait  à  leurs  successeurs  les  facultés ­
  et  1  énergie  voulues  pour  faire  concourir
toutes  les  forces  à  la  poursuite  du  but  proposé,  et  ne
pas  même  reculer  devant  les  moyens  extrêmes,  s’ils
pouvaient  assurer  le  succès.
Mais  plutôt  que  de  se  mettre  ostensiblement  à  la
traverse  des  visées  autrichiennes,  qui  étaient  loin  de
l’édifier,  la  Prusse  se  borna  à  résister  aux  voies  et
moyens  proposés,  en  écartant  l'entremise  de  la  commission ­
  fédérale  centrale  récemment  formée,  et  demanda ­
  qn’un  accommodement  fût  poursuivi  directement ­
  entre  l’Autriche,  le  Zollverein,  le  Steuerverein
        <pb n="177" />
        16Ö

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.
et  des  représentants  des  États  allemands,  restés  en
dehors  de  ces  associations.  Or,  certes,  une  commission ­
  fédérale,  toujours  plus  ou  moins  à  la  dévotion
de  l’Aulriche,  eût  él6  plus  propre  à  amener  un  résultat, ­
  que  des  négociations,  entamées  entre  ties  intérêts ­
  tout  à  fait  contraires,  en  partie  au  moins,  les
uns  aux  aulres,  el  d’ailleurs  la  Prusse  s’évertua  à
tminuer  encore  les  chances  de  conciliation,  et  à
accaparer  la  direction  des  débats.  C’est  pourquoi  elle
se  déclara  disposée  à  entamer  à  Vienne  ou  à  Berm
  soit  avec  l’Autriche  seule,  soit  avec  l’Autriche  et
les  autres  domaines  douaniers  et  fitats  de  l’Alleinagne,
  lies  négociations  que  ratitieraicnt  sans  doute
es  gouvernements  associés,  et  qui  auraient  pour
ohje  notamment  l’échange  libre  de  produits  bruts
un  transit  sans  entraves,  la  réglementation  des  liZ
gnes  postales,  ferrées  el  télégraphiques,  mais  qui  ne
s  étendraient  pas  encore  à  une  révision  du  tarif  et
àësisl
a  ses  propositions,  et  qu’il  lui  imporlail  à  l’approche
expiration  convenue  des  Irailés  douaniers  d’en
empêcher  le  renouvellement,  tant  que  sa  position
        <pb n="178" />
        166

L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,

nouvelle  vis-à-vis  du  Zollverein  ne  serait  pas  complètement ­
  assurée,  la  nature  des  choses  conduisait
au  contraire  la  Prusse  à  vouloir  éluder  l'intluence
des  États  secondaires,  et  à  vouloir  tenir  ces  derniers
àl’écart  jusqu’après  la  consolidation,  par  voiede  continuation, ­
  de  l'Union  existante,  sauf  en  attendant,  à
poursuivre  seule,  le  cas  échéant,  avec  l'Kmpire  un
échange  de  communications,  dont  le  cercle  serait
aussi  restreint  que  possible.  La  question  de  la  forme
commandait  donc  le  sort  du  fond,  ce  qui  explique
qu'elle  fut  agitée  de  part  et  d’autre  avec  la  plus
grande  vivacité,  et  que  l’Autriche  se  refusa  à  donner
suite  aux  ouvertures  modestes,  que  son  antagoniste
avait  chargé  AJ.  Delbrück  d’aller  lui  faire  à  Vienne
dans  le  cours  du  printemps  de  l'aunée  1849.  Par
contre,  les  conférences  générales  de  Cassel  qui  s’ouvrirent ­
  le  7  juillet  1850  parurent  à  l'Autriche  pouvoir ­
  offrir  une  occasion  excellente  de  reprendre  ses
projets,  soutenue  qu'elle  serait  par  la  Bavière  et
plusieurs  autres  gouvernements  alliés.  Mais  bientôt
cette  puissance  ne  put  plus  se  inéprendrc  sur  les
dispositions  de  la  Prusse,  que  la  mission  de  AI.  Delbrück ­
  avait  d’ailleurs  déjà  fait  pressentir.  Car  nonseulement
  le  cabinet  de  Berlin  ne  fit  môme  pas  les
honneurs  d’une  mention  aux  propositions  autrichiennes ­
  constituant  cependant  l’avance  la  plus  importante ­
  qui  eût  été  faite  au  Zollverein  depuis  son
origine,  mais  parmi  les  propositions  qu’il  iit  personnellement ­
  à  l’Assemblée,  il  s’en  trouvait  môme,
        <pb n="179" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  167
telles  que  celles  qui  réclamaient  la  suppression  de
la  franchise  douanière  accordée  auparavant  aux  fils
de  lin  de  la  Bohême,  ou  l’élévation  du  droit  d’entrée
sur  plusieurs  produits  spécialement  autrichiens  qui
allaient  formellement  à  l’encontre  des  intérêts  et  des
motions  de  l'Autriche.  Aussi  le  prince  de  Schwarzenberg ­
  crut-il  devoir  faire  inviter  le  gouvernement
royala  mettre  sérieusement  à  l’étude  les  conceptions ­
  unionistes,  qui  appartenaient  en  partie  à  cet
lomme  d  État,  et  insista-t-il  ponr  qu’une  conférence ­
  douanière  allemande  fût  immédiatement  convoquée ­
  à  l’effet  de  préparer  et  éventuellement  de
conclure  une  union  de  douane  austro-allemande,  ou
pour  qu  au  moins  la  Prusse,  la  Saxe  et  la  Bavière
ussent  simultanément  chargées  par  le  Zollverein
d  engager  en  son  nom  des  pourparlers  avec  l’Autriche ­
  dans  sa  propre  capitale  sur  la  hase  des  idées
■mises  dans  les  mémoires  qu’elle  avait  publiés.
Les  travaux  de  la  session  de  Cassel  ne  subirent
anmoiiis  pas  d’interruption  de  ce  chef,  et  suivin
  au  contraire  un  cours,  par  suite  duquel  les  visées
il  l’ar  "^"""''foui  un  certain  temps  refoulées
I  ‘^“"''’ées  et  notamment  la  Bavière
es  signalèrent  à  l’attention  des  délégués.  Toutefois
même  les  partisans  de  ces  comhinaisons  n’étaient
pas  d’avis  qu’il  fallût  s’y  rallier  sans  réserve,  et
        <pb n="180" />
        i68  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
l’opinion  était  à  Munich  aussi  bien  qu’à  Stutigard
que  l’affermissement  du  Zollverein  et  le  règlement,
à  l’abri  de  l’influence  extérieure,  de  tous  ses  intérêts
internes  devaient  précéder  son  extension  au  dehors,
sauf  à  s’entendre  immédiatement  sur  la  ligne  de
conduite  à  suivre  dans  les  négociations  ultérieures.
A  part  la  besogne  administrative,  qui  incombait ­
  à  la  session  de  Cassel,  elle  eut  aussi  à  prendre
parti  sur  bon  nombre  de  questions  controversées.  Au
premier  rang  vint  se  placer  l’élaboration  du  tarif
pour  les  trois  années  1851-53,  qui  devaient  clore  la
seconde  période  de  l’association.  On  y  discuta  ensuite ­
  l’opportunité  d’un  renouvellement  du  traité  de
commerce  avec  la  Belgique,  après  quoi  on  agita  l’abaissement ­
  des  péages  sur  le  Bhin,  auxquels  se  rattachaient ­
  les  rapports  commerciaux  et  de  navigation
avec  les  Pays-Bas,  ainsi  que  l’amoindrissement  des
droits  de  transit,  pour  s’occuper  enfin  de  règlements
concernant  les  entrepôts  dans  les  villes  maritimes  et
la  sauvegarde  des  intérêts  de  douane  sur  les  voies
ferrées,  de  mesures  communes  au  regard  de  la
grande  exposition  de  Londres,  et  de  divers  griefs  articulés ­
  contre  la  Prusse  par  rapport  à  la  retenue  de
parts  de  droits  de  douane  et  d’impôts.
Dans  la  question  du  tarif,  c’était  la  Bavière  qui
cette  fois  s’était  mise  en  avant,  en  proposant  d’ajouter ­
  un  appoint  modique  aux  taxes  sur  les  tils  de
coton,  surtes  tissusles  plus  délicats  de  colon,  delaine
et  de  soie,  sur  les  tissus  de  lin  ainsi  que  sur  divers
        <pb n="181" />
        PÉRIODE  DE  183Í  A  1854.  jßg
articles  en  fer  et  en  acier.  Ces  propositions,  qui  par
leur  modération  même  avaient  la  chance  de  se  faire
accepter  par  la  grande  majorité  des  gouvernements
associés,  placèrent  le  cabinet  de  Dresde  dans  un  embarras
  particulier.  Des  considérations  politiques
l’avaient  fortement  prévenu  eu  faveur  d'une  union
.louanière  avec  l’Autriche,  dont  l’entrée  dans  le
Zollverein  eût  cependant  notablement  renforcé  le
parti  protectionniste,  et  dont  les  ouvertures,  si  elles
pouvaient  trouver  quelque  accès  auprès  de  l’association, ­
  devaient  dès  à  présent  entratuer  une  aggravation ­
  de  plusieurs  chefs  du  tarif,  destinée  à  foudre
ensemble  les  systèmes  respectifs,  car  il  n’était  pas
supposable  que  la  monarchie  autrichienne  souscrivlt
  sans  triage  aux  fixations  en  partie  arbitraires ­
  du  Zollverein.  Or  la  position  prise  jusqu’ici
par  la  Saxe  dans  la  question  des  droits  protecteurs
tte  pouvait  qu’être  contrariée  par  de  pareilles  perspectives ­
  et  de  pareilles  prétentions,  et  son  goiiver-"ement
  chercha  à  tout  concilier  en  posant  en  tlièse,
|oe  nul  changement  ne  devait  être  introduit  pour
«nonieut  par  le  Zollverein  dans  son  système  finan-Les
  propositions  émanées  de  la  Prusse  se  rapprochaient ­
  sensiblement  de  celles  de  la  Itavière  et  si
elles  ne  répondaient  pas  aux  exigences  des  véritables
        <pb n="182" />
        i  70

l’allemagnk  économique.

protectionnistes,  elles  étaient  cependant  denature  à
rallier  tous  les  intérêts,  qui  se  souciaient  moins  d’un
point  de  vueexclusif,  quede  l’apaisement  d’une  lutte
trop  persistante  ;  aussi  la  session  était-elle  à  peine
ouverte,  qu’il  fut  permis  d’entrevoir  pour  elles
l’assentiment  à  peu  près  général  des  gouvernements ­
  associés.  Il  est  vrai  que  le  gouvernement
Saxon  se  refusa  tout  d'abord  à  adhérera  un  remaniement ­
  du  tarif  existant  ;  mais  sur  la  déclaration  de
la  Prusse,  qu’au  cas  de  résistance  prolongée  de  la
Saxe  toute  l’œuvre  de  la  révision  du  tarif  serait  interrompue ­
  et  qu’il  n’y  aurait  qu’à  continuer  les  anciens ­
  errements,  et  après  les  plus  vives  représentations ­
  adressées  par  tous  les  plénipotentiaires  à  leurs
deux  collègues  delà  Saxe  dans  l’intérêt  d’une  union,
pour  laquelle  une  contradiction  obstinée  deviendrait
on  ne  peut  plus  compromettante,  ceux-ci  sollicitèrent
de  nouvelles  instructions,  qui  se  montrèrent  en  eilet
plus  accommodantes.
Il  ne  restait  plus  à  présent  qu’à  s’assurer  du
consentement  du  Brunswick,  qui  ne  s’était  pas  prononcé ­
  encore  sur  les  propositions  prussiennes,  et
quel  ne  fut  pas  l’étonnement  de  l’assemblée,  d’entendre ­
  le  commissaire  de  ce  petit  pays  déclarer,  à
la  date  du  26  septembre,  qu’après  de  mûres  et  réitérées ­
  réflexions,  son  gouvernement  ne  croyait  pas
pouvoir  prêter  les  mains  à  l’introduction  de  drawbacks ­
  combinés  avec  des  droits  plus  élevés  sur  les
fils.
        <pb n="183" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  18o'l.  \’¡  \
Celle  déclaralion  réduisit  nalurellemenl  à  néanl
toules  les  délibéralions  anlérieures  relalives  au  tant', ­
  puisque  du  moment  où  la  queslion  importante
(les  nis  élail  écai  lée,  le  plus  grand  nombre  des  gonveriiemenlsenlendaienl
  retirer  ou  marcliander  leur
assentiment  aux  antres  modifications  fiscales;  elle
ruinait  du  même  coup  les  espérances  d'un  compromis ­
  entre  protectionnistes  et  free-traders,  et  ravivait ­
  les  dissentiments  qui  divisaient  les  membres
&amp;lt;  el  association.  Cependant  toutes  les  instances  faites
auprès  du  Brunswick  pour  le  faire  revenir  sur  sa
détermination  demeurèrent  infructueuses,  et  la  révision
  générale  du  tarif  se  trouva  renvoyée  encore
e  fois  à  des  temps  plus  propices.  La  conduite
inattendue  et  singulière  du  Brunswick  en  celle  occurrence ­
  n'a  pas  puêtre  expliquée  cncored'une  façon
sa  isfaisaute.  Il  ne  trouvait  pas  assurément  dans  ses
intérêts  el  ses  conditions  économiques  propres,  dans
on  industrie  cotonnière  si  peu  importante  des  moifs
  sufl,sauts  pour  résister  aux  voeux  unanimes  de
es  al  lés,  et  pour  rendre  son  libre  cours  à  une  lutte
Faut'ii'^'r'  "d  calculer  les  conséquences.
ce  serait  peut-être  ne  pas  tenir  un  compte  suflisant
du  refroidissement  que  les  relations  eiiirele  Hanovre
et  le  Brunswick  avaient  éprouvé  depuis  l'entrée  de  ce
(ernier  État  dans  le  Zollverein,  sans  qu'elles  eussent
        <pb n="184" />
        i  72  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
pu  redevenir  en  si  peu  de  temps  assez  intimes  pour
dicter  une  pareille  manifestation.  11  n’y  a  pas  lieu
non  plus  de  s’arrêtera  la  crainte  alléguée  par  d’autres, ­
  que  les  États  du  Brunswick  ne  ratifiassent  pas
les  aggravations  éventuellement  introduites  dans  le
tarif  ;  mais  la  version  la  plus  invraisemblable  est
celle  qui  voit  dans  la  Prusse  la  complice,  l’instigatrice ­
  de  la  contrée  récalcitrante,  attendu,  comme  l’a
fort  bien  fait  remarquer  M.  Weber  dans  son  histoire
du  Zollverein  allemand,  que  c’était  surtout  à  la
Prusse,  si  sérieusement  menacée  par  l’Empire  d’Autriche, ­
  qu’il  importait  de  mettre  les  deux  camps
d’accord  et  de  ne  pas  s’aliéner  les  États  méridionaux. ­

Quoiqu’il  en  soit,  cet  incident  avait  révélé  une  fois
de  plus  les  inconvénients  attachés  à  l’unanimité  des
voix  exigée  peur  la  validité  des  résolutions,  puisipi’uue
  mesure  désirée  de  tous  et  réclamée  parl’intérêt
  même  du  Zollverein  pouvait  être  tenue  en  échec
par  un  seul  adhérent  sans  qu’il  eût  des  raisons  plan  •
sibles  à  y  opposer,  ou  sans  même  qu’il  y  fût  intéressé; ­
  mais  s’il  ne  détermina  pas  encore  la  plupart
des  gouvernements  à  vouloir  se  départir  d’une  des
règles  fondamentales  de  l’union,  on  pouvait  pour
une  époque  peu  éloignée  et  plus  favorable  à  un  changement ­
  de  système,  entrevoir  l’adoption  des  résolutions ­
  à  la  simple  majorité  qui  viendrait  couper  court
aux  etfels  pernicieux  des  veto  isolés  pour  le  développement ­
  de  l’association.
        <pb n="185" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  J  73
Malgré  le  désappointement  que  causa  parmi  les
intéressés  l’ahandon  de  la  révision  du  tarif,  on
|)arvint  cependant  à  établir  un  accord  préalable
dans  la  question  des  négociations  avec  l'Autriche
en  ce  qu  il  fut  décidé,  que  ces  négociations  seraient
poursuivies  au  nom  du  Zollverein  par  les  trois  États
froiilières  de  l’Empire,  la  Prusse,  la  Bavière  et  la
Saxe.
Mais  il  ne  fut  pas  aussi  facile  de  s’entendre  sur
leurs  limites  et  l’esprit  qui  devait  y  présider,  et
pendant  que  les  séances  se  dépensaient  eu  discussions
généralement  stériles,  la  situation  politique  avait
pris  enAllemagne  et  plus  particulièrement  dans  la
Hesse  un  aspect,  qui  présageait  une  prochaine  et  violente ­
  catastrophe.  Le  plénipotentiaire  prussien,  qui
avait  déployé  jusque-là  une  grande  activité,  s’éloigna ­
  de  Cassel,  où  il  n’avait  pas  encore  opéré  son  retour ­
  à  la  lin  du  mois  d’octobre.  Les  conférences
douanières  n’échappèrent  pas  à  la  pression  des  événements ­
  extérieurs,et  comme  le  choléra  en  éclatant
acassel  vint  encore  renforcer  l’alarme,  la  proposilon
  (  ajouinement,  faite  par  le  gourvernement  de
travaux,  et  la  séparation  s’elfecliia  le  3  novembre
après  que  bon  nombre  de  commissaires  euren!
déjà  pris  les  devants,  et  après  que  Wiesbaden  eut
été  choisi  pour  le  lieu  de  la  prochaine  réunion.
        <pb n="186" />
        J  74  l’alliímagne  économique.
La  crise  politique  était  en  même  temps  parvenue
à  maturité.  Un  corps  de  troupes  austro-bavarois  entrait ­
  à  Hanau  le  1*"  novembre  1850,  et  un  corps  prusien
  allait  occuper  Cassel  le  lendemain,  de  telle
sorte  que  l’Allemagne  se  trouvait  encore  une  fois  à
la  veille  d’une  guerre  civile,  qui  heureusement  ne
tarda  pas  à  être  conjurée.  On  a  prétendu  que  dans
les  conférences  d’Olmnlz,  dont  les  résultats  politiques ­
  sont  généralement  connus,  la  Prusse  se  serait ­
  obligée  vis-à-vis  de  l’Autriche  à  faire  jusqu’à  un
certain  point  trêve  à  son  opposition  à  l’encontre
des  propositions  autrichiennes  qui  serviraient  de
base  à  un  arrangement  subséquent;  mais  celte  supposition ­
  ne  se  trouve  nullement  justifiée  par  le  cours
que  suivirent  les  négociations  ultérieures.
Aux  conférences  d’Olmutz  se  rattachèrent  les  conférences ­
  ministérielles  de  Dresde,  qui,  donnant  une
expression  et  préparant  une  issue  aux  graves  conjonctures ­
  de  politique  mercantile,  installèrent  une
commission  spéciale  pour  le  commerce  et  les  rapports ­
  commerciaux.  Aussi  la  Bavière  émit—elle  1  avis
que  les  conférences  générales,  ajournées  le  3  novembre, ­
  fussent  reprises  non  à  Wiesbaden,  mais  bien
à  Dresde;  seulement  cet  avis  ne  fut  pas  agréé  par  la
Prusse;  et  comme  entre  temps  la  neuvième  session
alla,  à  partir  du  3  février  1851,  continuer  sou  œuvre ­
  dans  la  jolie  et  tranquille  résidence  de  Wiesbaden, ­
  tandis  que  se  poursuivaient  à  Dresde  les
débats  qui  y  avaient  été  ouverts,  on  vit  siéger  si-
        <pb n="187" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  Í75
miiltanément  deux  corps  délibérants,  dont  l’objectif ­
  était  en  partie  le  même,  ce  qui  était  loin  d’être
favorable  aux  intérêts  engagés  dans  celte  double
discussion.  Toutefois,  si  le  congrès  de  Wiesbaden
s’abandonna  à  bien  des  agitations,  demeurées  sans
résultat,  il  prit  cependant  aussi  quelques  déterminations ­
  d’une  certaine  importance.  C’est  ainsi  que
lout  ce  qui  concernait  la  participation  des  territoires
compris  dans  le  Zollverein  à  l’exposition  universelle ­
  de  Londres  fut  délinitivement  arrêté,  et  qu’on
s  entendit  également  pour  régler  les  perceptions
.  douanières  sur  le  parcours  des  lignes  ferrées  et  pour
établir  dans  les  villes  lianséatiques  des  entrepots
destinés  à  recueillir  des  produits  fédéraux,  auxquels
devait  être  reservé  le  retour,  franc  de  droits  de
douanes,  au  sein  de  l’Union.
Mais  l’iiivincililc  résistance  du  Ilruuswick  avant
anéanti  I  espérance  d’un  redressement  du  tarif  sur
&amp;lt;ies  points  considérables,  il  n’y  avait  plus  place  que
pour  des  modifications  peu  nombreuses  et  tout  ii
ail  secondaires.  Cependant  une  mention  spéciale
est  due  au  droit  d’entrée  sur  les  cigares  el  le  tabac
augmentation  de  recettes,  sur  laquelle  on  crevait
pouvoir  désormais  compter.  Bien  au  contraire  'les
recettes  accusèrent  un  déficit,  qui  devint  tous  les
jours  plus  sensible,  maisauqiiel  correspondit  à  l’inlérieur
  un  développement  de  plus  en  plus  marqué
        <pb n="188" />
        170  l’allemagne  économique.
de  la  fabrication  des  cigares,  laquelle  prit  même
dans  la  période  suivante  un  essor  tel,  que  non-seulement ­
  elle  domina  le  marché  personnel  sauf  poulies ­
  qualités  supérieures,  mais  qu’elle  put  faire  encore ­
  un  commerce  d’exportation  très-suivi,  eu  dépit ­
  des  taxes  fort  élevées  établies  en  tout  lieu  et  des
prohibitions  qui  restreignaient  notablement  le  placement ­
  de  semblables  produits.
Citons  encore  parmi  les  produits,  sur  lesquels  les
droits  d’entrée  furent  également  augmentés,  lagultapercha
  épurée,  les  articles  en  caoutchouc,  les  lunettes, ­
  les  articles  en  écaille,  les  chandelles  de  suif,  de  cire
ou  de  stéarine,  d’où  il  résulte,  qu’on  accordait  aux
petites  fabrications  la  protection  qui  était  réfusée  aux
grandes.
Par  contre,  plusieurs  matières  premières  furent
dégrevées,  et  la  taxe  générale  du  transit  fut  abaissée ­
  de  15  à  10  gros  d’argent.
Cette  neuvième  session,  dont  les  résolutions,  bien
que  favorables  en  définitive  à  l’industrie  allemande,
n’avaient  cependant  pas  à  beaucoup  près  réalisé  ses
espérances,  puisque  la  question  du  tarif  des  fils  et
des  tissus  était  indéfiniment  ajournée  par  la  résistance ­
  obstinée  du  moindre  des  gouvernements  du
Zollverein  aux  vœux  de  tousles  autres,  prit  fin  le
23  juin  1851,  alors  que  les  conférences  de  Dresde,
restées  sans  inlluence  effective  sur  la  marche  de  la
politique  commerciale,  avaient  cessé  déjà  leurs  opérations ­
  dès  le  18  mai.
        <pb n="189" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1834.  17
Laüention  des  gouvernements  alliés  si  vive
ment  sollicitée  à  cette  époque  par  la  position  d
1  Autriclic,  Il  avait  cependant  paspu  se  détacher  no
■

li
        <pb n="190" />
        178

L  ALLKMAGNE  ÉCONOMIQUE.

prenaient  à  l’imporiance  de  l’avantage  consenti  sur
le  fer  en  demandant  rexliaussement  de  la  taxe  de  cinq
gros  d’argent  à  7  gros  et  demi,  et  le  Wurtemberg,
plus  intraitable  encore,  réclamait  la  suppression
d’une  mesure  exceptionnelle.  Dans  ces  conditions,
la  Prusse  agissant  au  nom  du  Zollverein  dénonça
le  traité  à  Bruxelles  dans  le  courant  du  mois  de  juin
1850,  en  montrant  en  perspective  une  prolongation
provisoire  de  cette  convention  pour  le  cas  où  un
nouvel  arrangement  ne  serait  pas  conclu  avant  la
fin  dePannée  1850.  Mais  les  gouvernements  alliés  ne
réussirent  pas  à  se  mettre  de  sitôt  d’accord  sur  les
bases  des  négociations  h  reprendre  avec  laBelgique,
et  ce  n’est  quelelO  avril  1851  qu’on  put  consigner
à  Wiesbaden  dans  un  procès-verbal  spécial  leurs
déclarations  à  cet  égard,  sans  môme  que  les  négociateurs ­
  respectifs  parvinssent  à  s’aboucher  ensemble
avant  le  mois  d’octobre  de  la  môme  année.
Les  négociations  qui  se  poursuivaient  entre  temps
entre  le  Zollverein  et  les  Pays-Bas,  cl  qui  étaient
entrées  déjà  dans  une  phase  des  plus  satisfaisantes,
firent  espber  du  côté  de  la  Belgique,  sur  laquelle
elles  devaient  agir  comme  un  stimulant  énergique,
un  prompt  dénouement  qui  fut  cependant  difléré.
La  Prusse  ne  réussit  pas  à  amener  celle  dernière
puissance  à  traiter  à  l’entrée  les  fils  et  tissus  de  laine
du  Zollverein  sur  le  pied  d’égalité  avec  ceux  des  puissances ­
  les  plus  favorisées,  parmi  lesquelles  la  France
avait  été  rangée  cependant  en  1845;  et  néanmoins,
        <pb n="191" />
        PÉIUODE  DE  1834  A  1834.  179
comme  elle  ne  persista  pas  dans  celte  prétention
onpntélaborer  iinprojet  de  convention  additionnelle'
communiqué  par  la  Prusse  à  ses  associés  dans  les
premiers  jours  du  mois  de  janvier  1832,  mais  qui
fui  traversé  encore  par  certaines  exigences,  Ineulôt
abandonnées  d’ailleurs,  du  Wurtemberg,  portant
sur  l’admission,  en  franchise  de  droits,  du  sel
gemme  de  provenance  unioniste  introduit  sous  pavillon ­
  belge  en  Belgique  par  les  cours  d’eaux  intérieurs
et  I  Escaut,  et  qui  fut  adopté  seulement  et  signé  à  la
date  du  18  février  I8Ö2  à  Berlin.  Celle  convention
additionnelle  taisait  droit  a  la  motion  delà  Prusse
en  relevant  de  moitié  la  taxe  de  faveur  payée  à  l’importation ­
  des  fers  belges  ;  elle  fixait  en  outre  à  I  fr
40  le  droit  sur  le  sel  brut  ii  son  entrée  en  Belgique
par  le  Rhin  et  l’Escaut,  elle  affranchissait  déliuili-^ement
  les  vaisseaux  belges  de  la  taxe  de  pavillon
extraordinaire  perçue  en  Prusse,  qu’avait  établie  le
raité  de  184),  elle  concédait  euliii  des  facilités  de
ransil  sur  les  deux  territoires,  mais  elle  devait  être
dénoncée  quatre  mois  avant  la  fin  de  l’année  1852
Toutefois  comme  le  traité  franco-belge  du  13  décembre ­
  1810,  qui  portait  ombrage  au  Zollverein
tant  que  celui-ci  ne  serait  pas  appelé  à  participer
aux  immunités  accordées  par  la  Belgique  ii  la
l'faiice,  arriva  à  terme  le  10  août  1852  sans  être  re-
        <pb n="192" />
        180

L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

nouvelé,  la  Prusse  proposa,  du  coiisenlement  de  la
Belgique,  de  prolonger  la  période  de  dénonciation
jusqu’au  20  décembre  1852.  La  mise  en  demeure
adressée  dés  lors  par  les  Tuileries  au  cabinet  de
Bruxelles  afin  qu’il  prît,  dans  les  24  heures,  parti
sur  les  propositions  françaises,  n  eut  pas,  il  est  vrai,
le  résultat  désiré,  mais  elle  ne  mit  pas  au  moins
olistacle  au  pacte  du  9  décembre  1852,  qui  fit  revivre ­
  la  convention  du  13  décembre  1845  jusqu’à
la  conclusion  d’un  traité  de  commerce  formel.  A
la  demande  de  la  Belgique,  la  Prusse  ne  procéda
pas  à  la  dénonciation,  mais  il  fut  convenu  que  celte
dénonciation  pourrait  avoir  lieu  à  toute  époque,  de
manière  à  retirer  dans  les  quatre  semaines  tout  eifet
au  traité  de  1844  et  à  la  convention  additionnelle.
Les  négociations  continuées  avec  la  Belgique  échouèrent ­
  toutes  contre  ses  propres  prétentions  et  contre
la  division  qui  régnait  parmi  les  gouvernements
associés,  et  vers  la  fin  du  mois  de  décembre  1853
la  Prusse  dut  se  résoudre  à  mettre  un  terme  au
traité  avec  la  Belgique  et  à  couper  court  pour  le
moment  à  tout  débat.
Les  négociations  avec  les  Pays-Bas  prirent  au
contraire  un  tour  plus  favorable.  Plusieurs  années
s’étaient  passées  sur  la  dénonciation  du  traité  du  3
juin  1837,  sans  que  les  rapports  commerciaux  des
Pays-Bas  avec  le  Zollverein  eussent  donné  lieu  au
moindre  incident  ni  commentaire  ;  des  deux  côtés
on  s’était  abstenu  de  toute  mesure  hostile,  et  on
        <pb n="193" />
        a«'

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  181
s’élail  évertué  à  maintenir  intacte  une  situation  de
fait,  qui  après  avoir  cessé  d’être  conventionnelle
était  restée  bien  ordonnée  et  amicale.
Dans  le  cours  du  mois  de  mars  1830  le  cabinet
de  la  Haye,  prenant  texte  d’une  discussion  des
chambres  prussiennes  sur  les  suites  du  traité  de  navigation ­
  néerlandais-belge,  du  29  juillet  1840,  lit
connaître  au  ministère  prussien  son  désir  de  s’entendre ­
  avec  le  Zollverein  sur  les  relations  commerciales ­
  réciproques,  et  ce  ministère  fit  aussitôt  élaborer ­
  et  réunir  les  points  sur  lesquels  devait  s’engager ­
  le  débat,  eu  les  portant  à  la  connaissance  du
gouvernement  hollandais  et  des  gouvernements  associés. ­
  Mais,avant  même  que  les  pourparlers  Couvrissent ­
  sérieusement,  le  gouvernement  néerlandais
édicla  une  série  de  lois,  qui  devaient  entrer  en  vigueur ­
  à  partir  du  1"  janvier  1851,  et  qui  faisaient
table  rase  de  tous  les  droits  différentiels,  qui  jusquelà
  avaient  favorisé  la  navigation  nationale,  de  tous
les  droits  de  transit  ainsi  que  de  toutes  les  taxes,
qui  étaient  perçues  sur  le  Hhin  et  sur  l’Yssel,  de  la
défense  enfin  de  délivrer  des  lettres  de  mer  à  des
vaisseaux  construits  ailleurs  qu’en  Hollande.  Cette
egiÇalion  nouvelle  venait  renverser  le  système  prohibitionniste
  et  protectionniste  anxieusement  entretenu ­
  dans  les  Pays-Bas  depuis  des  siècles  et  ouvrait
les  ports  hollandais  aux  bâtiments  do  toutes  les
nations.  Les  droits  de  navigation  prélevés  dans  les
eaux  hollandaises  du  Rhin  et  l’Yssel  et  qui,  depuis
        <pb n="194" />
        182  L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
1816  et  malgré  l’acte  de  navigation  du  Rhin  du  31
mars  1831,  avaient  été  l’objet  des  plus  vives  doléances ­
  furent  supprimés,  sans  que  le  gouveiiiement
eût  fait  même  la  moindre  tentative  pour  se  faire
indemniser  du  chef  d’une  concession,  que  lui  conseillait ­
  d’ailleurs  son  intérêt  bien  entendu.  De  pareilles ­
  dispositions  étaient  faites  pour  amener  une
solution  favorable.  Ce  qui  rendait  surtout  hésitante
l’association  douanière,  c’était  la  suppression  ou  la
réduclion  des  péages  du  Rhin  dus  aux  États  allemands, ­
  parmi  lesquels  le  gouvernement  de  la  liesse
grand’ducale  essaya  tout  d’abord  de  taire  prévaloir
sur  ce  sujet  un  contredit,  auquel  il  renonça  cependant ­
  dans  les  conférences  générales  de  Wiesbaden.
Le  traité  de  commerce  et  de  navigation  n’avait  d’ailleurs ­
  pas  encore  été  discuté  sérieusement,  que  déjà  le
cabinet  de  Prusse  avait  lorsdcsnégociationsauxquelles
donna  lieu  le  chemin  de  fer  d’Amsterdam  à  Arnhem,
formé  avec  les  Pays-Bas  à  la  date  du  1  i  juillet  1851,
un  cartel  douanier  compendieux.  Quant  à  ce  traité  de
commerce,  dont  la  conclusion  fut  accélérée  par  l’esprit ­
  accommodant  des  deux  parties,  il  fut  signé  à  la
Haye  le  31  décembre  1851,  et  consacra  conventionnellement ­
  les  allégements  et  libérations  de  droits
consentis  sur  le  Rhin  et  sur  les  eaux  néerlandaises.
La  perception  du  droit  fixe,  réservé  encore  pour  le
transit  immédiat,  fut  abandonnée  sans  conditions;
les  droits  de  pilotage,  de  pontonage  et  d’écluse  furent ­
  réduits  de  50  0/0  et  toutes  les  concessions  cou-
        <pb n="195" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.

183

seiilies  pour  la  navigation  furent  étendues  aux  communications ­
  par  eau  (le  la  Hollande  avec  le  bassin
de  l’Escaut.  11  était  convenu  aussi  que  la  ville  de
Rotterdam  deviendrait  le  siège  d’un  entrepôt  libre
pour  les  échanges  des  contrées  associées  dans  la  direction ­
  des  Pays-Bas,  aussi  bien  que  dans  la  direction ­
  transatlantique.  De  son  côté  le  Zollverein  accorda ­
  diverses  facilités  pour  le  transit,  et  admit  le
pavillon  hollandais  à  participer  aux  allégements  de
navigation  sur  le  Rhin  et  aux  réductions  de  droits
dont  jouissaient  les  membres  de  TUnion.  Et  comme
de  la  sorte  ce  traité  présentait  des  avantages  réciproques ­
  pour  les  deux  parties  contractantes,  la  limite
première  assignée  à  sa  durée  avec  le  1*'janvier  1854
fut  franchie,  sans  qu’aucun  des  deux  territoires  ait
songé  jusqu'ici  à  user  de  la  faculté  qui  leur  était  impartie ­
  de  dénoncer  année  pai  année  la  convention
intervenue.
Nous  sommes  arrivés  au  déclin  de  la  seconde  période ­
  d’existence  du  Zollvei^in,  car  l’année  1851
était  le  terme  lixé  pour  la  dénonciation  des  traités
sur  lesquels  reposait  l’association.  Le  danger  d’n  ne
rupture  définitive  étant  devenu  imminent,  la  Prusse
avait  songé  aux  moyens,  de  parer  à  une  éventualité
aussi  alarmante  pour  ses  rapports  et  à  fortifier  sa
position,  menacée  par  la  stratégie  de  l’Autriche  et
les  sympathies  de  bon  nombre  de  gouvernements
alliés  pour  l’Empire.  Le  principal  embarras  tenait  à
l’isolement  des  deux  grands  lambeaux  de  la  monar-
        <pb n="196" />
        184  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
chie  prussienne,  entre  lesquels  les  relations  commerciales ­
  ne  pouvaieni  être  entretenues  qu’à  l’aide
du  transit  à  travers  des  territoires  étrangers.  Aussi
dans  l’hypothèse  d’une  dissolution  du  Zollverein  le
premier  souci  du  cabinet  de  Berlin  devait-il  être
de  sauver  au  moyen  d’une  ligne  de  douanes  commune ­
  et  arrondie  la  contiguïté  des  deux  moitiés  du
royaume,  ce  qui  n’était  réalisable  que  par  l’accession
de  la  Hesse  Électorale  ou  du  Hanovre  au  système
douanier  de  la  Prusse.  Mais  comme  en  raison  du
caractère  indécis  de  son  gouvernement  et  de  son
penchant  pour  l’Autriche,  la  liesse  Électorale  n'offrait ­
  pas  de  garanties  suffisantes,  la  Prusse  se  trouvait ­
  tout  naturellement  conviée  à  tenter  d’entraîner
le  Hanovre  dans  son  orbite,  même  au  prix  des  sacrifices ­
  les  plus  sérieux.  Sans  doute  le  résultat  négatif ­
  de  négociations  antérieures  suivies  pendant  de
longues  années  depuis  les  assurances  données  par
le  Hanovre  en  1841  n’était  pas  trop  encourageant
pour  de  nouvelles  tentatives,  mais  force  était  à  la
Prusse  d’essayer  de  trouver  dans  le  Nord  soit  une
compensation  pour  le  Sud,  au  cas  où  les  régions
méridionales  de  l’association  battraient  en  retraite,
soit  un  contrepoids  à  l’opposition  toujours  plus
accentuée  à  laquidle  il  fallait  s’attendre  de  la  part
du  Midi,  s’il  devait  persévérer  dans  les  liens  de
l’alliance.  Elle  pouvait  s’assurer  le  triomphe  de  cette
politique  eu  se  conciliant  le  Hanovre  et  l’Oldenbourg, ­
  suivis  dès  lors  sûrement  par  la  Hesse  Électo-
        <pb n="197" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.

185

raie,  dont  les  intérêts  ne  gravitaient  pas  d'ailleurs  *
du  côté  du  Midi.  Le  succès,  un  succès  aussi  rapide
qu’inattendu  vint  récompenser  les  efforts  opiniâtres
de  la  Prusse  et  ne  contribua  pas  pour  peu  à  dénouer
dans  un  sens  favorable  à  celte  puissance  une  crise
parvenue  à  son  apogée  et  à  provoquer  une  entente,
qui,  si  peu  qu  elle  en  eut  l’apparence  au  début,  n’en
devint  pas  moins  un  des  fondements  essentiels  de
la  prospérité  prussienne  dans  la  sphère  de  la  politique ­
  commerciale.  Au  milieu  d’une  attente  vague
et  pénible,  l’Allemagne  apprit  en  effet  tout  à  coup
avec  étonnement,  que  la  Prusse  avait  obtenu  l’accession ­

  du  Hanovre  par  un  traité  en  date  du  7  septembre ­
  1851,  qui  faisait  entrer  ce  dernier  royaume
conjointement  avec  ses  associés  du  Steuerverein,  Oldenbourg ­
  et  Schaumbourg-Lippe,  dans  l’association ­
  des  douanes  allemandes,  elles  rattachait  à  l’union ­

  prussienne  d’impôts  indirects,  à  partir  du  I*'
janvier  1854  et  pour  une  période  de  12  ans.  Il  va
sans  dire  que,  pour  que  la  solution  eût  été  si  vite  enlevée ­
  pai  la  Prusse,  elle  avait  dû  se  résoudre  à  accoider
  de  notables  avantages  à  ses  cocontractants
sons  l’p  demandé,  que  de  rester
_  mpire  d  un  traité  du  16  octobre  1845,  lequel
avait  pour  la  dernière  fois  réglé  les  rapports  entre
le  Zollverein  et  le  groupe  septentrional  du  Steuerverein. ­


La  politique  prussienne  n’eut  pas  d’ailleurs
seulement  à  lutter  contre  la  mollesse  et  l’indiffé-
        <pb n="198" />
        186

l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

'  renco,  mais  encore  contre  la  tourmente  constitutionnelle ­
  du  Hanovre,  qui  n’était  guère  propice  à
un  mouvement  d’accession  et  contre  l’influence  de
l’élément  aristocratique,  qui  dans  le  même  pays  se
montrait  aussi  hostile  que  par  le  passé  à  tout  rapprochement ­
  intime.  Aussi  a  peine  se  fut-elle  rendue
maîtresse  de  ces  obstacles,  en  appelant  à  son  aide
tous  les  moyens  de  séduction,  dont  elle  pouvait  disposer, ­
  qu’on  s’empressa  de  part  et  d’autre  à  procédera ­
  la  ratiheation,  qui  eut  lieu  dès  le  11  septembre,
jour  auquel  la  Prusse  donna  également  à  tous  les
gouvernements  associés  communication  du  traité
récemment  conclu,  accompagné  d’un  mémorandum, ­
  dans  lequel  elle  s’abstenait  néanmoins  de  réclamer ­
  d’eux  une  déclaration  d’acceptation  ou  de
rejet,  de  telle  sorte  que  la  réponse  do  la  plupart  de
ces  gouvernements  se  réduisit  à  un  simple  accusé
de  réception.
C’est  dans  le  premier  article  de  ce  traité  que  le  Hanovre ­
  s’engageait  à  former  de  concert  avec  les  autres
membres  du  Steuerverein  uno  union  douanière  qui
prendrait  date  au  1"  janvier  1854,  avec  la  monarchie ­
  prussienne  et  tous  les  États,  que  rapprocherait
à  ce  moment  de  la  Prusse  un  système  de  douanes
commun.  Dans  un  des  autres  articles  de  la  meme
convention,  qui  en  comprenait  quinze,  le  Hanovre
s’obligeait  h  adopter  à  partir  de  la  môme  date  l’impôt ­
  prussien  sur  la  fabrication  de  l’eau-de-vie.  Mais
comme  le  Hanovre  ne  voulait  introduire  chez  lui
        <pb n="199" />
        187

PÉRIODE  DE  1834  A  1834.
ni  le  monopole  sur  le  sel,  ni  même  une  aggravation
(le  droits  sur  celle  substance,  il  se  borna  à  seconder
par  des  pénalités  sévères  la  défense  d’en  introduire
dans  les  contrées  voisines  de  l’association.  On  se
contenta  aussi,  malgré  l'obligation  contenue  dans
l’article  13  des  pactes  du  Zollverein,  d’exiger  du
nouvel  allié,  qu’il  n’exliaussât  pas  ses  droits  de
chaussée  alors  en  vigueur;  et  on  l’atTranchit  encore
de  tout  versement  rétroactif  pour  les  marchandises
étrangères  qui  se  trouveraient  dans  le  Hanovre  lors
de  l’accession,  contre  la  promesse  faite  par  lui,  qu’à
partir  déjà  du  1®^  mars  1833,  il  élèverait  jusqu’à  un
taux  déterminé  les  taxes  sur  les  principaux  articles
d’importation.
Mais  les  principaux  sacrifices,  faits  au  Hanovre,
consistaient  en  ce  que  pour  le  cas  d’un  renouvellement ­
  de  l’association  douanière  entre  ses  anciens
membres,  les  droits  sur  l’eau-de-vie  de  France,  le
café,  le  sirop,  le  tabac  en  feuilles,  le  thé  et  le  vin
seraient  sensiblement  modérés,  et  au  contraire  la
taxe  sur  le  sucre  indigène  élevée  ;  eu  ce  que  les  rails
de  cliemiiis  de  fer  destinés  à  la  confection  des  voies
ferrées  hanovriennes  seraient  exempts  de  tout  droit
d  entrée,  et  en  ce  que,  dans  les  répartitions  à  venir
des  revenus  de  l’union,  un  préciput  important  lui
serait  alloué.  Quant  à  ce  préciput  dont  le  principe
avait  rencontré  peu  de  faveur  en  1841,  il  devait  être
établi  de  façon,  qu’apres  fixation  du  produit  des
droits  de  douane  et  de  la  taxe  sur  les  betteraves,  la
        <pb n="200" />
        188

l’allicmagne  économique.

part  art  venant  au  Hanovre  proportionnellement  à  sa
population,  fût  augmentée  de  75  p.  100,  sansquecependaht,
  au  regard  de  la  participation  dans  les
droits  d'entrée  et  la  taxe  sur  la  betterave,  l’accroissement ­
  de  recettes  pût  comporter  pour  un  an  plus
de  20  gros  d’argent  par  tête  d’habitant.
Malgré  ce  privilège,  le  Hanovre  ne  devait,  conformément ­
  à  l’article  11,  concourir  aux  dépenses  d’administration ­
  qu’au  prorata  du  nombre  des  régnicoles.

Ce  traité,  que  la  Prusse  avait  été  si  pressée  de
conclure  comme  y  voyant  une  revanche  des  échecs
que  la  politique  autrichienne  lui  avait  fait  essuyer
et  comme  y  trouvant  l’avantage  particulier  de  mettre
en  communication,  par  le  Nord,  ses  frontières  orientales ­
  et  occidentales,  n’avait  pas  été  passé  par  cette
puissance  au  nom  du  Zollverein  et  ne  contenait  non
plus  aucune  disposition,  ayant  traita  l’assentiment
des  autres  gouvernements  associés,  si  bien  que,
pour  lui  donner  effet,  le  cabinet  de  Berlin  devait  subordonner ­
  û  son  acceptation  le  renouvellement  du
Zollverein,  régi  par  un  pacte,  qui  expirait  au  31  dé«
cembre  1853.  C’est  pourquoi  le  memorandum  prussien ­
  faisait  apparaître  la  dénonciation  du  pacte
comme  une  éventualité,  qu’une  ratification  du  traité
du  7  septembre  pourrait  seule  conjurer.
Le  gouvernement  prussien,  tout  en  faisant  part
de  la  récente  convention  à  ses  associés,  l’avait  adressée ­
  aussi  au  gouvernement  impérial,  en  exprimant
        <pb n="201" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  18Í)
l’espoir,  qu’à  Vienne  on  y  verrait,  comme  il  était  dit
d’ailleurs  dans  son  préambule,  un  pas  vers  la  réalisation ­
  d’une  union  douanière  générale  de  l’Allemagne, ­
  et  on  partagerait  cette  conviction,  que  la  fusion
acquise  du  Zollverein  et  du  Steuerverein  était  de
nature  à  amener  plus  facilement  une  entente  universelle. ­
  Mais  le  cabinet  de  Vienne  ne  fut  pas  dupe  de
ces  démonstrations,  et  ne  vit,  comme  le  reste  de
l’Allemagne,  dans  le  traité  de  septembre,  qu’une
évolution  habite,  dictée  par  des  considérations  essentiellement ­
  politiques,  et  dirigée  avant  tout  contre
l’Autriche.
D’ailleurs,  comment  le  caractère  politique  du
traité  aurait-il  pu  faire  doute,  quand  on  voyait
octroyer  au  Hanovre  des  avantages  matériels  et  financiers ­
  qui  étaient  sans  exemple  jusqu’ici  dans  les  relations ­
  du  Zollverein  et  qui  créaient  à  la  Prusse  ellemême
  les  difficultés  administratives  les  plus  sérieuses ­
  en  même  temps  qu’ils  lui  imposaient  les  sacrifices ­
  pécuniaires  les  plus  sensibles?
landis  que  le  monopole  du  sel  fonctionnait  chez
les  autres  États  de  l’Uiiion,  le  Hanovre  était  autolisé
  à  conserver  au  débit  de  cette  denrée  le  ressort
de  la  libre  concurrence  ;  des  entrepôts  libres  étaient
consentis  à  ses  villes  maritimes  ;  les  îles  hanovriennes
  ainsi  qu’Emden,  Ilarbourg  et  Geestemünde
étaient  laissés  en  dehors  du  réseau  douanier;  les
navires  de  cette  contrée  acquéraient  en  Prusse  un
droit  de  cabotage,  longtemps  inutilement  convoité  ;
        <pb n="202" />
        190

l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

on  lui  laissait  sa  taxe  modique  sur  la  bière  et  ses
d  roi  Is  élevés  de  chaussée;  une  réduction  importante ­
  devait  être  opérée  sur  les  droits  frappant  h
l’entrée  les  marchandises  les  plus  importantes;  les
produits  minéraux  et  agricoles  par  elle  exportés  à
Hambourg,  Altona  et  llrême  pouvaient  être  réimportés ­
  en  franchise  de  droits;  on  l’exemptait  de
tonte  prestation  rétroactive,  et  le  fisc  ne  devait  avoir
rien  h  voir  à  l’entrée  de  tout  le  métal  nécessaire  h
l’achèvement  de  ses  voies  ferrées;  des  primes  étaient
accordées  à  ses  constructeurs  de  navires  comme
compensation  des  déboursés  plus  considérables  motivés ­
  dans  la  construction  par  des  droits  désormais
supérieurs  sur  les  métaux;  et  à  tontes  ces  faveurs,
si  préjudiciables  déjà  aux  revenus  de  l’association,  on
ajoutait  encore  un  préciput  de  75  0/0!
Évidemment  de  pareilles  concessions,  déclarées  .
autrefois  inadmissibles  par  la  Prusse  elle-même  à
plusieurs  reprises,  ne  pouvaient  être  attribuées  cette
fois  ni  à  des  raisons  économiques,  ni  surtout  à  des
raisons  tirées  do  l’intérêt  que  le  gouvernement
prussien  aurait  porté  à  ses  associés,  et  ce  gouvernement ­
  faisait  donc  un  effort  gratuit,  quand  il  essayait
de  justifier  ses  complaisances  par  l’espoir,  que  le
déficit  éventuel  occasionné  dans  les  recettes  serait
sans  doute  couvert  par  les  économies  réalisables  sur
les  dépenses  d’administration  à  la  suite  de  l’adjonction ­
  du  Hanovre  et  d’Oldenbourg.
Mais  le  cabinet  de  Berlin  n’en  avait  pas  moins  at-
        <pb n="203" />
        iOl

PÉRIODE  DE  183Í  A  1854.
ígíiíI  son  but  ;  car  le  Irailô  passe  avec  le  Hanovre  lui
pernièllait  de  tenir  en  écliec  ceux  des  associés,  fjui
insistaient  pour  l’admission  de  l’Autriche,  comme
aussi  d’envisager  sans  appréhension  une  rupture  définitive ­
  avec  le  Midi,  qui  aurait  été  impuissante  à
faire  désormais  avorter  complètement  sa  politique
douanière.  Le  public  ne  se  trompa  pas  en  Prusse  sur
l’importance  du  résultat  acquis  et  en  éprouva,  comme
le  gouvernement,  la  plus  vive  satisfaction,  quel  que
fût  d’ailleurs  le  prix  auquel  il  eût  été  obtenu  et  qui
ne  fut  pas  jugé  excessif!
Les  libres  échangistes  surtout  prirent  vivement  le
parti  du  traité  qui  semblait  devoir  en  effet  les  conduire ­
  à  une  victoire  définitive,  non-seulement  par
la  réduction  des  droits  sur  les  principaux  objets
d’importation  de  grande  valeur,  mais  encore  par  les
barrières  qu’opposeraient  inévitablement  aux  tendances ­
  protectionnistes  des  contrées  alliées  du  Sud
des  recrues  qui,  comme  le  Hanovre  et  l’Oldenbourg,
n'avaient  pas  à  sauvegarder  les  intérêts  d’une  industrie ­
  nationale  et  qui  étaient  de  longue  date  accoutumées ­
  a  avantager  le  commerce  extérieur.
L  accueil  fait  au  traité  fut  par  contre  moins  chaleureux ­
  dans  le  Hanovre  lui-même  où  il  ne  contenta ­
  véritablement  aucun  des  partis  en  présence.
Le  parti  aristocratique  avait,  quant  h  lui,  résisté  de
tout  temps  ù  une  alliance,  qui  devait  se  traduire
par  une  plus  grande  dépendance  du  pays  vis-ù-vis
de  la  Prusse  et  restreindre  sa  propre  situation.  Mais
        <pb n="204" />
        192

l’allemagnk  économique.
le  parti  libéral,  qui  avait  soit  à  la  tribune  de  la  chambre ­
  (les  États,  soit  dans  les  organes  de  la  presse  plaidé
la  cause  de  runion  douanière,  trouva  également
beaucoup  à  reprendre  au  traité,  quand  il  fut  devenu
un  fait  accompli,  et  s’éleva  surtout  contre  l’exhaussement ­
  des  droits  sur  beaucoup  d’articles  de  consommation ­
  étrangers,  soumis  jusque-là  dans  le  tarif
hanovrien  à  des  taxes  très-intimes.
Le  gouvernement  du  Hanovre  avait  toutefois,
comme  tel,  aperçu  des  motifs  suffisamment  graves
de  traiter.  Il  lui  avait  paru,  à  juste  titre,  fort  difficile ­
  de  persister  longtemps  encore  dans  l’isolement
où  le  plaçait  la  ligne  politique  suivie  jusqu’alors
dans  le  domaine  commercial.
Mais  la  condition  des  chemins  de  fer  nationaux
était  plus  déterminante  encore;  car  le  réseau  des
voies  ferrées  hanovriennes,  loin  de  pouvoir  subsister ­
  par  lui  seul,  exigeait  au  contraire  des  raccordements ­
  de  toutes  parts,  et  tant  que  serait  ajournée
la  liberté  des  échanges  avec  le  Zollverein,  il  y  avait
peu  d’espoir  que  les  contrées  voisines  et  notamment
la  Prusse  se  prêtassent  à  l’établissement  d’un  contact, ­
  qui  dans  l’état  des  rapports  de  douane  ne  leur
ouvrait  que  des  perspectives  médiocrement  séduisantes ­
  du  côté  du  Hanovre.  Bien  plus,  ne  pouvaitil
  pas  arriver  même  que  le  système  des  chemins  de
fer  contigus  vînt  à  tourner  complètement  ce
royaume,  et  que  celui-ci  perdît  les  avantages  qu’il
devait  an  transit  des  marchandises?
        <pb n="205" />
        193

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.
On  saisit  donc  avec  empressement  l’occasion  que
n’eût  jamais  offerte  le  cours  régulier  des  événements, ­
  de  battre  monnaie  avec  une  adhésion,  qui
se  recommandait  d’elle-même;  et  les  équivalents
conquis  par  le  gouvernement  hanovrien  furent  tels
qu'ils  finirent  par  triompher  des  déclamations  et  des
préventions  et  par  obtenir  à  la  fin  de  janvier  1852,
les  suffrages  des  États  du  Royaume,  tandis  que  des
deux  autres  membres  du  Steuerverein,  Schaumbourg-Lippe
  avait  accédé  dès  le  22  septembre  1851,
et  Oldenbourg  retardait  son  adhésion  jusqu’au  commencement ­
  de  mars  1852.
Mais  c’est  surtout  au  sein  même  du  Zollverein,
qu’une  certaine  irritation  et  certaines  craintes  se
firent  jour.  Les  populations  avaient  bien  en  général
acclamé  le  traité  de  septembre  comme  un  pas  effectif ­
  vers  l’unité,  et  plus  d’un  esprit  ardent  réunissait
déjà  au  système  des  douanes  allemandes  le  Mecklembourg,
  les  duchés  danois  et  jusqu’au  Jutland.  D’ailleurs, ­
  sans  s’abandonner  à  des  illusions,  les  intérêts
avaient  lieu  d  être  satisfaits,  puisqu’un  nouveau
ébouché  de  deux  millions  de  consommateurs  allait
s  ouvrir  à  l’industrie  allemande,  puisque  les  impôts
qui  pmtégeaient  cette  industrie  étaient  restés  intacts,
et  puisque  les  diminutions  de  droits  opérées  sur  les
denrées  exotiques  avaient  été  l’objet  constant  de
tous  les  vœux.
Cependant  bon  nombre  de  gouvernements,  qui
avaient  dans  le  principe  paru  partager  la  satisfac-13
        <pb n="206" />
        194  l’altæmagnr  économique.
tion  de  leurs  administrés,  se  sentirent  à  la  réflexion
blessés  par  la  conduite  de  la  Prusse,  qui  avait  entouré ­
  la  négociation  du  mystère  le  plus  profond  et
se  montrèrent  en  même  temps  préoccupés  de  l’accroissement, ­
  que  trouverait  1  influence  prussienne
dans  l’introduction  au  sein  du  Zollverein  de  ce  nouvel ­
  élément.
Parmi  côs  gouvernements  la  Saxe  manifesta  son
opposition  avec  une  vivacité  toute  particulière  par
l’organe  de  son  ministre  M.  de  Beust,  qui  ne  cachait
nullement  ni  ses  griefs  à  l’endroit  de  la  prédominance ­
  prussienne  dans  1  union  douanière,  ni  sts
efforts  pour  la  paralyser.  Cet  homme  d’État  trouva
un  écho  complaisant  auprès  de  l'administration  bavaroise, ­
  à  la  tête  de  laquelle  était  placé  depuis  le
commencement  de  l’année  1849  un  homme  d  une
valeur  considérable  et  d’une  grande  énergie  de  caractère, ­
  gâtées  cependant  par  une  nature  violente  et
un  esprit  réactionnaire,  M.  de  P  ford  ten,  qui  conseillait ­
  avec  l’autorité  qu’il  avait  su  acquérir  de  résister ­
  à  la  convention  de  la  Prusse  avec  le  Hanovre
sans  se  laisser  intimider  parla  menace  de  la  dénonciation ­
  du  pacte  fédéral.  Le  cabinet  de  Stuttgard,
sans  s’emporter  comme  les  précédents  et  sans  se
butter  autant  qu’eux  au  côté  politique  du  traité  de
septembre,  récriminait  plutôt  contre  les  sacrifices
pécuniaires,  qui  incomberaient  h  l’association  et
contre  la  route  ténébreuse  suivie  par  la  Prusse.
Quant  au  ministère  badois,  qui  s’était  prononcé  ori-
        <pb n="207" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  Í95
ginairement  pour  le  traité,  on  le  vit  aussi  insensiblement ­
  passer,  par  suite  sans  doute  d’influences
extérieures,  du  côté  de  ses  adversaires.  Mais  aucun
État  n’en  ressentit  le  contre-coup  aussi  vivement  que
l’Autriche,  qui  ne  manqua  pas  d’attiser  et  au  besoin
même  d’allumer  partout  le  feu  de  la  réaction,  et
qui  chargea  M.  Hock,  au  moment  où  il  se  rendait  en
qualité  de  commissaire  impérial  à  Francfort-sur-le-Mein,
  de  se  concerter  avec  la  Saxe,  la  Bavière  et
le  Wurtemberg  sur  une  ligne  de  conduite  commune ­
  à  suivre  dans  les  diverses  négociations  auxquelles ­
  pourrait  donner  lieu  le  renouvellement  du
Zollverein.  M.  Hock  mit  en  avant  un  traité  de  commerce ­
  entre  1  association  douanière  et  l’Autriche
et  proposa,  que  les  gouvernements  saxon,  bavarois*
wnrtembergeois,  ainsi  que  les  autres  gouvernements’,
qui  voudraient  faire  cause  commune  avec  ceux-ci
subordonnassent  la  restauration  du  pacte  fédéral  à  là
conclusion  de  ce  traité,  de  la  même  façon  que  la
Í  eusse  faisait  de  la  ratification  de  la  convention  ha-2^"ennela
  condition  .n:e^i,^Mo/ideson  propre
P"  l'Aulricheaurait
jusqu  à  concurrence  .le  25  0/0  des  fixations  éta-■ndenon-recevoiropposéeparla
  Prusse  audit  traité
        <pb n="208" />
        196  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
OU  d’un  osbtacle  quelconque  contre  lequel  viendrait
se  briser  le  Zollverein,  brusquement  arrêté  de  la
sorte  dans  sa  carrière,  l’organe  autrichien  insistait
sur  l’urgence  d’une  entente  immédiate,  relativement
à  une  union  douanière  et  commerciale  entre  l’Autriche ­
  d’une  part,  la  Bavière,  la  Saxe,  le  Wurtemberg ­
  et  selon  les  circonstances  le  grand  Duché  de
Bade  et  les  deux  Hesses  d’autre  part  ;  et  cet  avis  ayant
été  généralement  goûté,  on  choisit  Vienne  comme  la
ville  où  les  États  intéressés  devaient  se  réunir  pour
l’élaboration  et  la  signature  des  traités  en  expectative. ­

Ainsi  se  passèrent  le  mois  d’octobre  et  la  première ­
  moitié  du  mois  de  novembre,  quand  à  la
date  du  15  novembre  la  Prusse,  anticipant  de
six  semaines  sur  le  terme  extrême,  fit  faire  par
son  ministère  des  finances  la  dénonciation  du
pacte  fédéral  pour  le  1®’  janvier  1854,  en  la  fondant
sur  le  dessein  non  de  rompre  les  liens  sociaux,  mais
de  provoquer  un  échange  de  vues  et  des  modifications ­
  propres  à  les  alîermir,  et  pour  qu’une  solution ­
  rapide  pût  être  obtenue,  elle  invita  ses  alliés
h  concourir  à  des  conférences,  qui  devaient  se  tenir
à  Berlin  dès  le»  premiers  mois  de  l’année  1852.
Cependant  c’est  à  Vienne  qu’eurent  lieu  les  premiers ­
  débats  sur  la  question  de  politique  commerciale. ­
  Déjà  le  6  novembre  1851,  des  lettres  patentes
de  l’Empereur  avaient  introduit  en  Autriche  un  nouveau ­
  tarif  concernant  l’importation,  1  expoitation  et
        <pb n="209" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  197
le  transit;  et  le  25  du  même  mois,  tous  les  États
appartenant  à  la  Confédération  germanique  furent
conviés  à  venir  prendre  part  à  Vienne  aux  négociations, ­
  dont  l’objet  avait  été  ébauché  auparavant.  A
part  ces  convocations  adressées  à  tous  les  membres
de  la  Confédération  indistinctement,  des  ouvertures
d  un  caractère  plus  intime  furent  faites  en  même
temps  aux  gouvernements  de  Bavière,  de  Saxe  et  de
Wurtemberg,  avec  lesquels  le  cabinet  autrichien
songeait  à  poursuivre  des  arrangements  particuliers
pour  le  cas  où  certaines  éventualités  viendraient  à
se  réaliser,  telles  que  le  refus  de  la  Prusse  de  consentir ­
  à  un  rapprochement  avec  l’Autriche,  ou  de
modifier  celles  des  clauses  du  traité  conclu  avec  le
Hanovre,  qui  étaient  par  trop  préjudiciables  aux
intérêts  financiers  des  autres  États  de  l’Union,  la
manifestation  impérieuse  de  visées  fiscales  privant
l'industrie  d’une  protection  jugée  nécessaire,  la  réclamation ­
  opiniâtre  de  changements  organiques
mettant  en  péril  1  indépendance  des  membres  du
Zollverein.
,  8(^"^Grnement  prussien  déclara,  il  est  vrai,  dès
douanière,  mais  cette  attitude  trouva  peu  d’imitateurs ­
  chez  les  autres  invités,  qui  si  mince  que  pût
etre  leur  confiance  dans  un  résultat  final,  n’auraient
pas  osé  répondre  à  l’instar  de  la  Prusse,  par  une
hu  de  non-recevoir  catégorique  à  l’appel  de  l’Au-
        <pb n="210" />
        198  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
triche,  et  la  première  réunion  put  donc  être  tenue
à  Vienne  le  4  janvier  1852,  sous  la  présidence  du
prince  de  Schwarzenberg,  qui  prononça  à  celte  occasion ­
  un  discours  d’ouverture,  auimé  d’ailleurs  de
sentiments  fort  conciliants,  en  présence  des  commissaires ­
  de  la  Bavière,  de  la  Saxe,  du  Hanovre,  du
Wurtemberg,  du  grand  Duché  de  Bade,  des  deux
Hesses,  de  Brunswick,  de  Nassau,  d’Oldenbourg,  de
Hesse-Hombourg,  des  villes  Ilanséatiques  et  de
Francfort,  mais  en  l’absence  de  représentants  de
la  Prusse,  comme  aussi  des  deux  Mecklembourgs,
de  la  Thuringe,  d’Anhalt,  de  Lippe  et  de  Lichtenstein. ­

On  procéda  ensuite,  sans  plus  tarder,  à  la  distribution ­
  des  deux  projets  de  traités  A  et  B,  auxquels
on  n’accorda  pas  cependant  une  attention  bien  sérieuse, ­
  persuadé  qu’on  était  que  la  position  à  prendre ­
  par  l’Autriche  vis-à-vis  du  Zollverein  ne  pouvait ­
  guère  être  fixée  par  l’assemblée  composée
comme  elle  l’était.  Les  conférences  secrètes  suivies
de  la  part  de  l’Autriche  et  des  plénipotentiaires  de
la  Bavière,  delà  Saxe,  du  Wurtemberg,  des  deux
Hesses,  de  Bade  et  de  Nassau  en  vue  d’un  traité  particulier ­
  désigné  sous  le  nom  de  traité  C  à  conclure
avec  l’Empire  excitèrent  un  intérêt  de  beaucoup
plus  soutenu,  mais  furent  quelque  peu  paralysées
par  les  scrupules,  qu’éprouvaient  bon  nombre  de
gouvernements  à  se  rapprocher  de  l’Autriche,  tant
que  la  Prusse  se  tiendrait  à  l’écart,  comme  aussi
        <pb n="211" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  199
par  le  médiocre  désir  que  témoignait  l’Autriche
d’offrir  aux  gouvernements  fédérés  la  garantie  pure
et  simple  de  leurs  revenus  de  douane,  exposés  à
la  vérité  à  un  très-grand  alea  en  cas  de  dissolution
du  Zollverein.
Une  réunion  à  laquelle  prirent  part  les  ministres
de  Bavière,  de  Saxe  et  de  Wurtemberg,  s’assembla  à
Bamberg  le  25  mars  1852,  afin  d’aplanir  les  difficultés, ­
  qui  s’opposaient  à  l'entente,  mais  elle  mit
à  jonr  l’opposition  de  la  Saxe  à  l’adoption  immédiate ­
  du  traité  G;  et  en  conséquence  une  nouvelle
réunion  ministérielle  fut  jugée  nécessaire,  qui  eut
lieu  en  effet  à  Darmstadt  à  partir  du  4  avril  1852
avec  le  concours  supplémentaire  des  ministres  des
deux  liesses  et  du  Nassau.
Mais  les  délibérations  étaient  encore  peu  avancées, ­
  quand  se  répandit  la  nouvelle  lugubre  et
d  une  action  si  directe  sur  la  question  pendante
ainsi  que  sur  la  marche  ultérieure  de  la  crise  allemande, ­
  de  la  mort  subite  du  prince  de  Schwarzenberg, ­
  avec  qui  disparaissait  le  représentant  le  plus
ferme  de  la  politique  active  de  l’Autriche,  et  à  défaut ­
  duquel  l’Empire,  livré  sans  le  contre-poids
une  si  forte  individualité,  à  son  élément  apathique ­
  et  résistant,  paraissait  menacé  de  retomber
dans  un  prochain  avenir  dans  sa  somnolence  traditionnelle. ­

Les  ministres  assemblés  à  Darmstadt  n’eurent  rien
de  plus  pressé,  sous  l’impression  de  cet  événement
        <pb n="212" />
        200  l’allemagnk  économique.
que  d’en  finir  avec  leurs  travaux,  et  quoique  la  nécessité ­
  d’une  entente  entre  les  États  de  grandeur
moyenne  fût  très-vivement  ressentie,  l’accord  ne  put,
en  présence  de  vues  par  trop  divergentes,  être  établi ­
  que  sur  les  sujets  figurant  au  premier  plan,  sans
qu’il  devînt  possible  seulement,  ce  qui  importait
cependant  surtout  de  concerter  une  action  commune ­
  vis-à-vis  de  la  Prusse,  pour  le  cas  probable
où  cette  puissance  persisterait  à  se  renfermer  dans
le  traité  de  septembre.  Au  bout  de  trois  jours  déjà
les  séances  furent  closes,  et  les  négociateurs  se  séparèrent, ­
  après  avoir  signé,  le  6  avril,  trois  conventions ­
  appelées  bientôt  à  un  grand  retentissement.
Par  la  première,  les  gouvernements  de  Bavière,
de  Saxe,  de  Wurtemberg,  de  Bade,  de  Hesse-Cassel,
de  Hesse-Darmstadt  et  de  Nassau  s’obligeaient  à
accepter  et  à  faire  signer  par  leurs  plénipotentiaires,
sous  réserve  de  la  fixation  définitive  du  tarif,  le
protocole  final  des  délibérations  de  Vienne  relatives
aux  projets  A  et  B,  à  exprimer,  dès  l’ouverture  des
conférences  de  Berlin,  la  nécessité  d’une  négociation ­
  avec  l’Autriche  sur  la  base  de  ces  projets,  à  les
y  présenter  et  à  demander  pour  ce  point  l’admission
auxdites  conférences  du  cabinet  autrichien,  et  à
refuser,  jusqu’à  ce  que  ces  négociations  eussent  eu
lieu,  de  concourir  au  renouvellement  et  à  l’extension ­
  du  Zollverein.
Parla  seconde,  les  mêmes  gouvernements,  moins
celui  de  Bade,  qui  ne  crut  pas  pouvoir  aller  au
        <pb n="213" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1834.  201

delà  de  la  présentation  et  de  la  recommandation  des
projets  de  Vienne,  déclarèrent  toujours  obligatoires
entre  eux,  nonobstant  la  dénonciation  de  la  Prusse,
les  traités  d’association  de  1833  et  de  1841,  ainsi
que  les  délibérations,  qui  s’y  étaient  venues  ajouter  ;
ils  s  interdisaient  en  conséquence  réciproquement
de  prendíe  avec  tout  autre  État  quelque  arrangement, ­
  ou  de  conclure  quelque  traité  que  ce  fût  en
matière  douanière  ou  commerciale,  sans  l’assentiment ­
  et  le  concours  de  chacun  d’eux  ;  et,  tout  en  repoussant ­

  énergiquement  le  soupçon,  de  vouloir  aggraver ­
  la  scission  en  Allemagne,  quand  la  plus  grandi
unité  possible  ne  cesserait  au  contraire  d’être  dan
la  sphère  économique  le  but  constant  de  leurs  efforts, ­
  ils  contractaient  l’engagement,  dans  le  ca
où  une  association  de  douane  avec  un  ou  d’autre
États  n’aurait  abouti  avant  la  fin  de  1853,  de  for
mer  à  eux  seuls  une  association,  qui  réduite  de  1
01  te  à  la  Bavière,  à  la  Saxe,  au  Wurtemberg,
la  Hesse  Électorale,  au  grand  Duché  de  liesse  t
Nassau  serait  régie  par  les  pactes  antérieurs.
nroiVff"""  convention  relative  a
devra.1  devenir  ensuite,  remanié  ou  non,  la  loi  de
parties,  pourvu  qu’il  continuât  à  astreindre  le  cabi
net  de  Vienne  à  la  garantie  de  leurs  recettes  d
douane,  et  de  s’abstenir  rigoureusement,  de  1er
        <pb n="214" />
        202  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
côté,  en  faveur  de  l’empire,  jusqu’au  1"  janvier
1853,  de  tout  traité  de  prorogation  du  Zollverein
avec  la  Prusse,  si  avant  cette  date  aucune  entente
n’avait  pu  être  établie  entre  1  Autriche  et  tous  les
membres  de  l’association,  au  sujet  des  intérêts  commerciaux ­
  et  douaniers.
Bien  que  les  délibérations  de  Darmstadt  eussent
été,  quant  à  leur  résultat,  entourées  d’un  mystère
profond,  les  confidences  indiscrètes  d’un  personnage ­
  subalterne,  dit-on,  permirent  dès  le  24  avril  à
un  journal  de  Berlin  d  initier  le  public  aux  déterminations ­
  qui  venaient  d  être  prises  j  mais  ces  communications ­
  ne  causèrent  en  Prusse  ni  une  bien
grande  surprise  ni  une  bien  grande  inquiétude.
Pourquoi  en  eilet  se  serait—elle  émue  outre  mesuie
d’une  coalition,  qui  était  travaillée  dans  son  sein
par  d’assez  graves  dissentiments,  et  dont  les  membres ­
  paraissaient  eux-mêmes  appréhender  suffisamment ­
  la  rupture  du  Zollverein,  tant  ils  se  sentaient
peu  appuyés  par  leurs  populations  respectives,  lesquelles ­
  professaient  un  détachement  de  plus  en  plus
complet  pour  les  intérêts  dynastiques,  quelque  peu
menacés,  il  est  vrai,  des  gouvernements  placés  au
second  rang,  et  ne  se  montraient  nullement  disposées ­
  à  sacrifier  à  ces  intérêts  étroits  les  intérêts
matériels,  réunis  en  faisceau,  des  classes  industrieuses. ­

Tandis  que  le  20  avril  les  conférences  provoquées
par  l’Autriche  terminaient  leurs  opérations  par  la
        <pb n="215" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  203
signatureà  Vienne,  du  protocole  final,  en  conformité
d’une  des  résolutions  arrêlées  à  Darmstadt,  les  conférences ­
  de  Berlin  s’ouvraient  dès  la  veille,  19  avril,
sous  la  présidence  du  baron  de  ManteuCfel,  président ­
  du  conseil,  après  que  la  Prusse  leur  eût  assigné
au  préalable  comme  objectif,  non  pas  la  création
d  une  union  à  établir  sur  des  principes  nouveaux,
à  doter  d  institutions  et  de  lois  nouvelles,  mais  bien  la
continuation  et  l’élargissement  de  l’union  existante
sur  la  base  des  institutions  et  des  lois  anciejnnes,
qui  devraient  être  maintenues,  tant  qu’un  changement ­
  n  y  aurait  pas  été  apporté.  Joignant  d’ailleurs ­
  l’exemple  au  précepte,  la  Prusse  avait  annoncé ­
  vouloir  soumettre  au  congrès,  dans  l’esprit
indiqué,  diverses  motions,  ayant  trait  aux  modifications ­
  que  la  fusion  du  Steuerverein  avec  le  Zollverein
comportait  dans  les  pactes  fondamentaux,  à  la
lormation  entre  gouvernements  fédérés  de  décisions
obligatoires,  à  des  mesures  concernant  le  commerce
du  blé  en  temps  de  disette  et  à  l’établissement  de
consulats  fonctionnant  pour  le  compte  de  l’association. ­

Aux  propositions  émanées  du  cabinet  de  Berlin
vinrent  s’en  ajouter  d’autres,  dues  à  l’initiative  soit
de  la  Bavière,  qui  réclamait  une  extension  d’altri-Dutions
  pour  le  bureau  central  du  Zollverein  siégeant ­
  à  Berlin,  la  réforme  des  dispositions  arrêtées
au  sujet  des  privilèges  de  foire,  la  révision  du  droit
de  passage  sur  le  vin  et  le  tabac,  et  de  la  bonification
        <pb n="216" />
        204  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
de  droits  pour  l’eau-de-vie,  la  réglementation  des
sommes  à  recouvrer  sur  les  recettes  de  douanes  par
chaque  État  pour  des  dépenses  d  intérêt  général
(Bauschsummen),  et  la  détermination  du  mode  de
versement  des  revenus  communs  de  douane,  soit  de
la  Saxe,  qui  appelait  l’attention  sur  l’article  5  du
traité  du  8  mai  1841,  portant  confirmation  des  engagements ­
  de  1838  en  matière  de  monnaies,  et  sur
l’article  18  des  traités  de  1833,  concernant  le  négoce
fait  dans  les  foires,  marchés  et  ailleurs,  soit  enfin  de
Bade,  requérant  un  abaissement  des  droits  de  passage ­
  sur  le  vin  et  le  tabac,  ainsi  que  des  dispositions,
dont  les  unes  traitassent  de  la  prestation  des  parts
advenant  aux  intéressés  dans  les  recettes  douanières, ­
  dont  les  autres  s’occuperaient  avec  plus  de
détail  des  conférences  générales  annuelles.
Mais  étant  données  les  conditions  au  milieu  desquelles ­
  le  débat  allait  s’engager,  il  n'y  avait  vraiment
pas,  à  moins  de  vouloir  se  faire  illusion,  à  en  attendre ­
  de  résultats  tant  soit  peu  satisfaisants.  La  session ­
  n’était  pas  plutôt  ouverte,  que  la  grosse  question
à  l’ordre  du  jour  de  la  position  à  prendre  par  le  Zollverein ­
  vis-à-vis  de  l’Autriche  et  de  la  priorité  à  accorder ­
  à  Texamen  de  ce  sujet,surgit  dans  l’Assemblée,
et  y  agita  tous  les  esprits.  Après  avoir,  au  nom  de  son
Gouvernement,  protesté  dans  son  discours  d’ouverture ­
  du  désir  de  maintenir  le  lien  fédéral,  qui  avait
valu  à  tous  les  États  auxquels  il  s’étendait  les  bienfaits ­
  les  plus  abondants,  M.  de  Manteuffel  vint  à  ac-
        <pb n="217" />
        205

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.
centuer  la  déclaration,  que  les  délibérations  concernant ­
  la  continuation  du  Zollverein  avec  le  renfort
de  ceux  des  membres  nouveaux,  dont  le  concours
était  déjà  assuré  par  convention  devaient  avoir  abouti,
avant  qu’il  y  eût  lieu  de  se  concerter  sur  la  façon,
dont  des  traités  commerciaux  importants  seraient
.  passés  entre  l’association  renouvelée  et  les  autres
États  se  rattachant  à  l’Allemagne  par  la  totalité  ou
une  portion  seulement  de  leur  territoire.
Cette  déclaration  amena  le  commissaire  bavarois
a  mettre  en  regard  le  point  de  vue  dissident  des
alliés  de  la  Bavière  en  émettant,  au  nom  de  ses
collègues,  le  vœu  d’une  extension  du  Zollverein
nonseulement  vers  le  Nord  de  l’Allemagne  mais
encore  vers  le  Midi,  et  de  manière  à  englober
La  contradiction  de  la  Bavière  reparut  d’ailleurs
a  la  première  séance  d’aflaires  du  2«  avril,  quand
la  Prusse  proposa  à  l’Assemblée  de  passer  à  l’étude
du  traité  de  septembre,  mais  cette  nation  finit  tou-Le
  repiésentant  du  Hanovre  avait  d’ailleurs  assisté ­
  aux  premières  réunions,  où  il  avait  paru  vouloir ­
  se  borner  a  fournir  sur  la  convention  relative  à
son  pays  les  éclaircissements  qui  pourraient  être  de-
        <pb n="218" />
        -206  L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
mandés  et  quand  il  se  laissa  aller  à  dire,  que  le  Hanovre ­
  n’avait  nullement  ressenti  la  nécessité  de  ce
traité,  dont  l’initiative  avait  été  prise  uniquement
par  la  Prusse,  cet  aveu,  quoique  divulguant  un  secret
qui  n’en  était  plus  un  pour  personne,  dut  causer
un  certain  étonnement.
Dans  la  séance  du  mai  les  organes  de  la  Prusse  .
persistèrent  à  penser,  qu’il  fallait  donner  au  développement ­
  de  l’association  douanière  par  l’accession
du  Steuerverein  le  pas  sur  des  négociations  ayant
pour  objet  un  traité  de  commerce  avec  l’Autriche,
et  malgré  cette  fin  de  non-recevoir  le  commissaire
bavarois,  tout  en  maintenant  au  débat  les  idées  énoncées ­
  de  la  part  de  son  gouvernement,  ne  s’opposa
pas  à  laisser  provisoirement  rouler  une  discussion
non  obligatoire  sur  l’œuvre  de  septembre.
Depuis  la  mort  du  prince  de  Schwarzenberg,  le
cabinet  de  Vienne  s’était  renfermé  dans  un  rôle  à
peu  près  passif  et  ne  s’en  était  départi  vis-à-vis  de
la  Prusse,  que  pour  lui  communiquer  à  la  date  du
7  avril  le  protocole  final  des  conférences  de  Vienne,
accompagné  des  projets  A  et  B,  et  pour  réclamer
l’admission  d’un  chargé  de  pouvoirs  autrichien  aux
conférences  prochaines  de  Berlin.
A  la  même  époque  le  gouvernement  prussien  faisait ­
  parvenir  à  Vienne  une  communication  conçue
'  avec  une  habileté  ainsi  qu’une  liberté  de  langage
infinies,  dans  laquelle,  se  basant  sur  l’historique
du  Zollverein,  il  se  défendait  d’avoir  trouvé  dans
        <pb n="219" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  20
cette  institution  des  avantages  financiers  ou  d’
avoir  cherché  un  levier  politique,  et  affirmait  n  avoi
dès  l'origine  poursuivi  jamais  qu'un  but  économique
d’intérêt  national,  dans  laquelle  aussi  il  reprenai
le  traité  de  septembre  et  les  motifs  qui  lui  avaien
imposé  de  ce  chef  la  plus  grande  discrétion,  et  dan
laquelle  eiifin,  signalant  en  face  notamment  de  h
France  les  périls  de  cette  rivalité  au  moins  apparente ­
  entre  les  deux  grandes  puissances  germaniques, ­
  il  conviait  l'Autriche  à  déconseiller  aux  na
hons  allemandes,  ses  amies,  une  opposition,  qui  et
ajournant  la  reconstitution  du  Zollverein  créait  I,
seu  obstacle  au  désir  sincère  de  la  Prusse,  d.
former  des  liens  nouveaux  avec  l’Empire.
Or  bien  que  ce  factum  mémorable  n'obtlnt  le  H
maï  qu  une  réponse  assez  peu  précise,  où  l'on  insisiisiüli

mm
        <pb n="220" />
        *208

l’allemagne  économique.

voir  —  ce  qui  détermina  l’Autriche  à  couper  court
à  toute  correspondance  et  à  employer  auprès  des
coalisés  de  Darmstadt  l’influence  dont  elle  pouvait
disposer.
Aussi  le  25  mai,  la  coalition,  en  déposant  les
projets  A  et  B  avec  leurs  annexes,  demanda-t-elle
qu’indépendamment  de  la  continuation  et  de  l’agrandissement ­
  du  Zollverein,  la  conférence  appliquât ­
  à  ses  délibérations  lesdits  projets,  en  présence
et  avec  le  concours  de  plénipotentiaires  autrichiens.
La  Prusse  fit  connaître  sa  réponse  h  la  séance  du
7  juin.  Elle  s’y  prononçait  péremptoirement  contre
toute  négociation  sur  le  projet  d’union  douanière  B,
en  invoquant  l’état  économique  différent  du  Zollverein ­
  et  de  l’Autriche,  le  monopole  du  tabac  dans
cette  dernière  contrée,  l’insuflisance  de  la  base  proposée ­
  pour  le  partage  des  recettes  communes,  l’absence ­
  d’un  projet  de  tarif  pour  Tunion  future,  le
défaut  de  garantie  pour  la  perception  régulière  des
droits  de  douane,  rinconvénienl  pour  le  Zollverein
d’entrer  en  communauté  avec  des  pays  géographiquement ­
  éloignés  et  placés  dans  des  conditions  de
production  et  de  consommation  tout  autres  que  les
siennes  ;  mais  elle  ne  voyait  aucun  empêchement  à
la  conclusion  d’un  traité  de  commerce,  qui  pourrait
être  négocié  dès  après  le  rétablissement  du  Zollverein, ­
  sans  toutefois  devoir  l’être  auparavant,  attendu
que  ses  stipulations  exigeraient  un  examen  détaillé,
entraînant  de  longs  délais,  et  que  les  égards  dus  aux
        <pb n="221" />
        14

3

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  209
intérêts  matériels,  déjà  gravement  atteints  par  la
crise,  commandaient  d’accélérer  une  solution  aue
l'an(ériü.ilé  de  ces  débals  n’aurait  pour  effet  que
de  retarder  indétiniment.  En  même  temps  elle  faiisai

■
        <pb n="222" />
        210  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
grandes  enlraves  à  l’intention  clairement  manifestée
de  la  Prusse  d’ajourner  encore  pour  le  moment
toute  discussion  sur  le  projet  B,  qui  avait  fait  naître ­
  déjà  bien  des  scrupules  dans  le  cours  môme
des  conférences  tenues  auparavant  à  Vienne.  Néanmoins ­
  le  gouvernement  autrichien  ne  parut  pas
plus  enclin  à  traiter  isolément  avec  la  Prusse,  qu’à
renoncer  à  l’idée  d’une  union  douanière,  de  façon
que  M.  de  Bismarck,  éclairé  sans  doute  sur  ces  dispositions ­
  par  un  premier  entretien  avec  le  ministre
d’Autriche,  comte  Buol,se  tint  pendant  tout  son  séjour ­
  à  Vienne  sur  la  réserve  la  plus  grande,  évitant
toute  démarche,  toute  manifestation,  qui  eût  pu  être
interprétée  dans  le  sens  d’une  avance  ou  d’une  concession ­
  faite  par  la  Prusse,  et  se  gardant  de  toute
proposition  directe  tendant  à  vider  le  différend.
Une  proposition  de  cette  nature  fut  au  contraire
faite  par  le  chargé  d’affaires  du  Hanovre,  mais  elle
éveilla  la  méfiance,  et  n’eut  pas  le  moindre  succès,
si  bien  que  M.  de  Bismarck  partit  de  Vienne  dans
les  premiers  jours  de  juillet,  sans  que  son  voyage
eût  opéré  de  rapprochement  appréciable  entre  la
Prusse  et  l’Autriche.
Cet  intervalle  avait  été,  sauf  quelques  interruptions, ­
  consacré  par  les  conmissaires  assemblés  à  Berlin ­
  à  la  continuation  de  leurs  travaux,  et  notamment ­
  au  traité  de  septembre,  à  la  taxe  sur  le  sucre  de
betteraves,  et  à  quelques  sujets  importants  d  administration ­
  ;  et  comme  les  coalisés  ditféraient  de  fail  e  cou-
        <pb n="223" />
        i&amp;gt;Éai0DE  UE  1834  A  1854  gU
I
        <pb n="224" />
        2Í2  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
incertitudes  de  la  situation,  pensaient-ils  qu’une
solution  satisfaisante  pour  tous  devait  seule  y  mettre
  un  terme.
Dans  la  même  séance  du  20  juillet,  le  gouvernement
  prussien  ajourna  les  conférences  au  16  u
mois  suivant,  en  déclarant  préjudiciel  pour  la  reprise ­
  des  délibérations  et  le  concours  ultérieur  des
gouvernements  aux  travaux,  le  règlement  de  deux
points,  à  savoir:  l’adhésion  des  puissances  alliées  à
l’association  douanière  avec  le  Steuerverein,c’est-àdire
  au  traité  de  septembre,  et  leur  consentement  à
renouveler  le  Zollverein  préalablement  aux  négociations ­
  avec  l’Autriche.  Mais  un  pareil  procédé,  qui
tendait  à  imposer  eu  quelque  sorte  par  avance  aux
gouvernements  opposants  les  conditions  de  la  continuation ­
  des  séances,  et  à  mettre  de  côté  les  propositions ­
  autrichiennes,  était  peu  propre  à  impressionner ­
  favorablement  les  parties  intéressées,  eti  aigreur,
qui  en  résulta,  perce  assez  dans  la  circulaire  que  le
cabinet  de  Vienne  adressa  le  29  juillet  à  ses  ambassadeurs ­
  auprès  des  Cours  amies,  et  dans  laquelle
les  vues  et  les  déterminations  de  l’Autriche  étaient
affirmées  avec  une  netteté  et  une  rigueur,  calquées
évidemment  sur  le  langage  tenu  par  la  Prusse  dans
sa  déclaration  du  20  juillet.
Quand  les  séances  reprirent  leur  cours,  les  coalisés
  avaient  eu  eux-mêmes  le  temps  de  s  eiitcu
et  d’aviser  au  sujet  de  celte  déclaration,  qui  imp  i
quait  réponse  ii  celle  qu’ils  avaient  laite  le  même
        <pb n="225" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  213
jour,  et  qui  en  appelait  nécessairement  une  autre.
Leur  réponse,  présentée  à  la  réunion  du  21  août
après  avoir  été  délibérée  antérieurement  à  Stuttgard
  entre  les  ministres  de  Bavière,  de  Saxe  de
Wnrtemberg,  de  Bade,  des  deux  Hesses  el  de  Nassau
Uait  conçue  dune  façon  aussi  placide  el  aussi  objective ­
  que  possible,  évitant  soigneusement  de  fournir ­
  un  prétexte  à  la  rupture  des  négociations,  que
la  ligne  de  conduite  tracée  par  l'Autriche  dans  sa
dernière  circulaire  du  29  juillet  aurait  certainement
compromises,  si  elle  avait  été  fidèlement  suivie.
Le  premier  desideratum  de  la  Prusse  concernant
la  fusion  entre  le  Steuerverein  et  le  Zollverein  n’était
  pas  repoussé  comme  un  obstacle  au  renouvellement ­
  du  Zollverein,  et  la  ligue  offrait  d'y  souscrire,
sous  quelques  réserves  de  détail,  comme  à  une  des
clauses  de  l’association  nouvelle,  si  l'on  pouvait
8  entendre  sur  les  autres  points  encore  en  suspens,
et  notamment  sur  les  relations  commerciales  avec
1  Autriche.
Passant  ensuite  aux  négociations  avec  l'Autriche
fait  prmc.palement  par  celle-ci,  aux  bases  poséesdans
le  protocole  de  Wiesbaden  du  7  juin  1851,  attendu
que,  depuis  les  conférences  de  Wiesbaden,  des  bases
plus  précises  avaient  été  élaborées  à  Vienne,  et  ils
priaient  eu  conséquence  le  cabinet  de  Berlin  de  bien
        <pb n="226" />
        214

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

vouloir  dire,  s’il  se  ralliait  ou  non,  pour  les  relations
à  établir,  à  ce  dernier  point  de  départ.
Dans  la  séance  du  30  août,  qui  avait  été  organisée ­
  à  cet  effet,  le  gouvernement  prussien  gagné  à
la  cause  de  la  conciliation  par  les  avis  du  Hanovre,
vint  faire  des  déclaralions,  auxquelles  le  Hanovre,
Brunswick,  Oldenbourg  et  les  principautés  Ihuringiennes
  s’associèrent.  11  ne  faisait  aucune  difficulté
pour  consentir  à  se  rattacher  ultérieurement  au
projet  devienne,  dont  il  incriminait  seulement  certaines ­
  dispositions,  sujettes  à  révision,  et  il  attendait, ­
  dès  lors,  que  les  cabinets,  s’ils  étaient  satisfaits
des  explications  données,  voulussent  bien  présenter
eux-mêmes  dans  la  première  quinzaine  de  septembre ­
  une  déclaration  définitive,  exprimant  leur  confiance. ­
  En  même  temps,  comme  leur  dernière  note
avait  accusé  l’intention  d’abréger  la  période  nouvelle ­
  du  Zollverein,  il  signifiait  que,  vu  les  traités
antérieurs  et  le  traité  passé  avec  le  Steuerverein,  il
ne  pourrait  se  prêter  à  aucun  arrangement  ayant
une  durée  de  moins  de  12  années.
L’impression  favorable  et  les  espérances  qu’avait
fait  naître  le  ton  général  de  ce  document  furent
toutefois  promptement  dissipées  par  une  circulaire
adressée  en  même  temps  de  la  part  de  la  Prusse  à  ses
légations,  où  elle  exprimait  itérativement  sa  volonté
de  voir  donner  au  renouvellement  du  Zollverein  le
pas  sur  les  négociations  avec  l’Autriche,  et  réclamait ­
  à  cet  égard  des  coalisés  de  Darmstadt  une  affir-
        <pb n="227" />
        215

PÉRIODR  DE  1834  A  1854.
malion  aussi  franche  et  aussi  catégorique  que  possible, ­
  h  défaut  de  laquelle  dans  un  sens  satisfaisant,
tous  pourpalers  devraient  être  interrompus.
Les  gouvernemenls  coalisés,  pour  préparer  leur
(lélermmauon,  organisèrent  une  nouvelle  réunion
mmislénelle,  qui  se  tint  celte  fois  à  Munich  du  17
au  19  seplemhre,  sans  se  préoccuper  du  terme  exrême,
  qu  avait  assigné  la  Prusse  en  se  fondant  sur
ce  que,  d  après  le  traité  conclu  avec  le  Hanovre  certaines ­
  dispositions  n'étaient  obligatoires  que  si  elles
étaientarrêtéesavanl  let  "octobre  1852.  Aussi  quand
les  commissaires  sollicitèrent  une  séance  à  Berlin
dans  une  lettre  adressée  le  27  septembre  aux  lé^awmm

Aussitôt  les  représentants  des  nations  coalisées  à
a  conférence  de  Berlin  s'éloignèrent  ;  le  Hanovre
ui-même  rappela  le  sien,  et  manifesta  d’ailleurs  à
        <pb n="228" />
        216  l’allemagne  économique.
plusieurs  reprises  son  désappointement  au  sujet
d’une  rupture  aussi  inattendue.  Par  contre,  le  giaud
duché  de  Brunswick  ne  tarda  pas  à  faire  officiellement ­
  acte  d’adhésion  au  traité  de  septembre.
Mais  ce  dénoùment  imprévu,  amené  par  une  pure
question  de  forme,  dans  laquelle  s’agitait*uniquement ­
  l’antériorité  d’un  traité  sur  l’autre,  produisit
aussi  une  sensation  profonde,  en  même  temps  qu’il
jetai  alarmeau  sein  de  l’Allemagne.  Une  inquiétude
fiévreuse  s’empara  naturellement  des  classes  industrielles, ­
  troublées  dans  leurs  intérêts  par  la  dissolution ­
  éventuelle  du  Zollverein,  et  dont  les  préoccupations ­
  étaien  t  en  t  re  te  nues  par  la  polémique  quotidienne ­
  d’une  presse  ardente  et  par  les  remontrances ­
  ou  conceptions  plus  ou  moins  judicieuses
des  publicistes.  C’est  ainsi  que  certain  écrivain,
s’adressant  aux  populations  des  Étals  dissidents,
leur  rappela  non  sans  quelque  raison  la  prospérité ­
  dont  elles  étaient  redevables  à  la  ligue  douanière,
en  insistant  sur  le  débouché  offert  par  le  nord  de
l’Allemagne,  en  particulier  par  la  Prusse  et  par  la
Thuringe,  aux  vins  les  meilleurs  du  Palalinat,  de  la
Hesse  et  de  Nassau,  aux  tabacs  de  la  Frauconie,  de
Bade  et  du  Palalinat,  aux  fruits  du  Wurtemberg,  de
la  Franconie,  du  Rhin  supérieur  et  moyen,  aux
fromages  delà  haute  Bavière  et  de  la  Sou  abe,  dont
la  production  avait  plus  que  doublé  en  vingt  ans,  a
l’élève  du  bétail  de  la  Franconie  et  de  Nassau  ;  sur
l’essor  que  l’industrie  de  Nuremberg  et  de  burl
        <pb n="229" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1834.  217
avait  pris  depuis  l’abolition  des  péages  intérieurs  ;
sur  les  grands  établissements  de  tissage  et  de  filage
en  Bavière  et  à  Bade,  auxquels  la  Prusse  procurait  le
principal  écoulement  de  leurs  produits,  sur  l’immense ­
  fabrication  de  TErzgebirge  et  du  Vogtland
saxon  et  sur  tant  d’autres  industries  créées  et  vivifiées ­
  par  l’association.

Celte  thèse  rencontrait  cependant  des  détracteurs,
qui,  loin  do  vanter  les  bienfaits  de  l’union  douanière,
lui  attribuaient  des  effets  désastreux,  et  qui  suggéraient
  des  combinaisons  nouvelles  destinées  dans  leur
pensée,  à  la  remplacer  avantageusement.  Une  de  ces
combinaisons,  qui  se  présentait  le  plus  naturellement ­
  à  1  esprit,  tendait  au  dualisme  du  nord  et  du
midi,  au  parquemeut  de  la  Prusse  avec  les  États  du
nord  d  une  part,  à  celui  de  1  Autriche  avec  les  coalisés
  de  Darmstadt  d’autre  part,  à  la  pratique  du
libre  échange  dans  la  région  septentrionale,  à  celle
e  a  protection  dans  la  région  opposée.  On  vit  surgir
Encore  l’idée  d’une  association  indépendante  et  cenra
  e  se  plaçant  entre  les  deux  systèmes  du  Nord  et
d^lkli  et  devant  comprendre  les  petits  États  non
trichien.  Mais  devait-on  appréhender  sérieusement,
qu  une  institution,  dont  les  preuves  étaient  déjà
faites,  qui,  par  les  services  rendus  à  la  cause  allemande, ­
  avait  fait  jeter  des  racines  profondes  aux
tendances  unitaires  et  sur  laquelle  avait  passé  sans
        <pb n="230" />
        218

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

l’agiler  l’orage  de  1848,  vînt  à  donner  raison  aux
prophètes  de  malheur,  à  favoriser,  par  sa  disparition, ­
  un  groupement  économique  nouveau  des  contrées ­
  de  l’Allemagne,  à  se  dissoudre  enfin  sous  l’action ­
  d’un  différend,  qui  n’avait  nullement  mis  en
présence  des  prétentions  diamétralement  opposées?
L  événement  devait  bientôt  prouver  que  non,  et  que,
selon  l’heureuse  expression  d’un  auteur,  il  n’y  avait
là  que  les  symptômes  trompeurs  d’une  désorganisation ­
  imminente,  qui  révélaient  à  un  examinateur
réfléchi  une  de  ces  crises  laborieuses,  où  les  agitations ­
  et  les  souffrances  du  présent  sont  la  condition
et  le  prix  de  l’avenir.
Ce  qui  est  certain  néanmoins,  c’est  que  les  choses
en  étaient  arrivées  par  suite  de  la  clôture  des  conférences ­
  berlinoises,  à  ce  point,  qu  on  se  trouvait
acculé  à  une  dislocation  ou  à  un  rapprochement  en
quelque  sorte  immédiat.  Déjà  le  gouvernement  prussien ­
  avait  commencé  à  faire  inspecter  les  frontières
du  côté  de  la  Hesse  Électorale  en  vue  apparemment
de  bureaux  de  douane  à  y  établir,  ce  qui  ne  laissa
pas,  au  gré  sans  doute  de  ce  gouvernement,  que  de
produire  une  certaine  agitation  parmi  la  population
menacée.  D’un  autre  côté,  l’Autriche,  s’autorisant  de
ce  que  la  rupture  des  conférences  de  Berlin  réalisait
une  des  conditions  auxquelles  avaient  été  subordonnées, ­
  d’après  le  concert  établi  à  Vienne  et  à
Darmstadt,  des  négociations  ultérieures  avec  l’Empire,
mettait  tout  en  œuvre  pour  faire  faire  aux  cabinets
        <pb n="231" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  219
coalisés  un  pas  décisif,  et  dans  ce  dessein  elle  fit
parvenir  à  ses  alliés  de  nouvelles  invitations  dans  sa
capitale,  à  la  suite  desquelles  les  plénipotentiaires
de  la  Bavière,  de  la  Saxe,  du  Wurtemberg,  de  Bade,
des  deux  liesses  et  de  Nassau  se  réunirent  à  Vienne
le  30  octobre  1852,  sous  la  présidence  du  ministre
des  affaires  étrangères  d’Autriche,  comte  de  Buol
Schauenstein.  Le  président,  dans  son  discours  d’ouverture, ­
  repoussa  bien  loin,  au  nom  de  son  pays,  la
pensée  de  désirer  la  dissolution  du  Zollverein  ou
Bien  la  continuation  d’une  lutte,  qui  divisait  l’Allernagne
  en  deux  camps.  Il  fut  convenu  qu’on  prendrait ­
  pour  base  des  négociations,  qui  s’ouvraient  le
projet  de  traité  C,  qui  avait  été  agité  déjà  dans  la
première  réunion  de  Vienne,  pour  le  cas  où  la
I  russe  déclinerait  loutë  espèce  de  rapprocbemenl
commercial  avec  l’Autriche,  et  qui  contenait  les
Clements  d  une  union  douai,ièreà  fonder  à  partir  du
janvier  1854  entre  les  États  coalisés  d’une  part  et
Umpire  d  autre  part,  renforcé  par  les  États  de  Modou!ni‘e
  J^  '«i  I«  lien

=5555=par
  contre  c  était  en  principe  suivant  le  tarif  autrichien ­
  que  devaient  se  percevoir  les  taxes  d’entrée  de
sortie  et  de  transit.  Les  droits  prélevés  sur  le  tabac
en  feuilles,  sur  le  tabac  manufacturé  et  sur  la  pou-
        <pb n="232" />
        220  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
dre  n  entraient  pas  en  communautô.  Pour  la  répartition ­
  du  revenu  net  entre  1  Autriche,  Parme  et
Modène  d’une  part  et  les  États  associés  restants  d’autre ­
  part,  on  se  réglerait  sur  les  chiffres  proportionnels, ­
  résultant  de  la  multiplication  par  deux  du
nombre  d’habitants  de  l’Autriche,  de  Parme  et  de
Modène,  et  de  la  multiplication  par  trois  du  nombre
d’habitants  des  autres  Etals  de  l’Association.  En
même  temps  l’Autriche  était  astreinte  à  garantir
aux  adhérents,  qu’elle  recherchait,  le  montant  des
recettes,  qui  étaient  jusque-là  entrées  dans  leuis
caisses  respectives.  Il  serait  oiseux,  d  ailleurs,  de
s’appesantir  outre  mesure  sur  les  bases  de  la  ligue
projetée,  car  dans  le  cours  même  des  débats  auxquels
elle  donna  lieu,  les  deux  grandes  puissances  allemandes, ­
  reconnaissant  les  périls  que  le  conflit  existant ­
  faisait  courir  au  commerce  et  à  l’industrie,
redoutant  chez  leurs  sujets  l’esprit  de  révolte,  que  le
spectacle  affligeant  de  leur  désunion  ne  pouvait
qu’encourager,  pleines  d’appréhensions  au  sujet  du
nouvel  Empire  français,  et  conseillées,  dit-on,  pai
l’empereur  de  Russie,  eurent  le  bon  esprit  de  chercher ­
  à  en  finir  avec  des  déchirements,  qui  compromettaient ­
  la  prospérité  non  moins  que  la  sûreté
intérieure  et  extérieure  du  pays,  et  si  les  premières
ouvertures  vinrent  de  1  Autriche,  elles  trouvèieiit
au  moins  la  Prusse  toute  préparée  à  les  recevoir.  Le
cabinet  de  Berlin  chargea  en  effet  son  ambassadeur
à  Vienne,  M.  le  comte  d’Arnim,  de  s’aboucher  avec
        <pb n="233" />
        221

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.
le  ministre  Buol,  ce  qu’il  fit  à  la  date  du  15  novembre, ­
  en  certifiant  l’intention  de  son  gouvernement ­
  de  vouloir  négocier  sans  retard  un  traité  de
commerce  avec  l’Autriche,  pourvu  que  celte  dernière
  puissance  exprimât  par  écrit  le  désir  d’une
entente  ;  quant  aux  négociations,  elles  devraient
avoir  lieu  à  Berlin,  et  pour  le  moment,  en  debore
du  concours  de  tout  autre  État  quelconque,  de  façon
que  la  Prusse  représenterait  les  intérêts  du  Hanovre
et  de  Brunswick  et  l'Autriche  ceux  des  coalisés
de  Darmstadt,  qui,  pour  être  ainsi  menacés  d’exclusion ­
  ,dans  des  conférences  où  allaient  se  traiter
leurs  affaires,  n’en  témoignèrent  cependant  aucun
dépit  et  furent,  au  contraire,  tout  entiers  h  la  joie
que  causait  en  Allemagne  la  perspective  d’un  prochain
  accord.

Dès  les  premiers  jours  de  décembre  le  gouvernenieiit
  autrichien,  répondant  à  ces  vues,  fil  partir
pour  Berlin  M.  le  ministre  baron  de  Bruck,  l’auteur
ui  même  du  plan  d  union  austro-allemande,  dont
e  choix  indique  assez  l’importance  que  ce  gouverppîss

ahn  que  celle-c.  ne  parût  pas  poursuivre  un  accommodomoiit
  isolé  avec  la  PrussG.
Les  premiers  rapports  entre  les  négociateurs  respectifs ­
  furent  assez  pénibles,  par  la  double  raison
        <pb n="234" />
        222  b'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
quer  Au  (riche  entendait  maintenir  l’ancien  projet  A
comme  la  base  des  négociations  actuelles  et  ne  vouloir ­
  se  prêter  à  un  traité  de  commerce,  qu’autant
que  le  Zollverein  serait  renouvelé  avec  les  Étals  coalisés ­
  et  que  ceux-ci  accéderaient  à  l’alliance  commerciale; ­
  mais  l’entrevue  qui  eut  lieu  à  Berlin  entre
les  deux  monarques  dans  la  seconde  moitié  du  mois
de  décembre  ne  contribua  pas  peu  à  rapprocher  les
parties  dans  un  sentiment  de  conciliation.
Néanmoins,  toutes  les  difficultés  ne  s’évanouirent
pas  d’un  coup,  et  comme  la  Prusse,  mue  par  son
ressentiment  contre  les  dissidents  de  Darmstadt,  ne
voulait  pas  se  départir  de  négociations  isolées  avec
l’Autriche,  allant  même  jusqu’à  faire  de  l’exclusion
des  autres  gouvernements  une  condition  sine  qud
non,  l’Autriche,  pour  ne  pas  rompre  les  pourparlers, ­
  iléchit  en  ce  sens,  qu’elle  n’insista  pas  sur  le
concours  de  représentants  desgouvernements  alliés,
mais  subordonna  sa  propre  ratification  à  leur  assentiment. ­
  Et  comme  il  ne  fallait  pas  être  pris  au  dépourvu, ­
  pour  le  cas  où  ces  pourparlers,  toujouis
aléatoires,  n’aboutiraient  pas,  il  fut  entendu  entre
l’Autriche  et  les  plénipotentiaires  douaniers,  réunis
à  Vienne,  qu’on  y  pousserait  aussi  très-activement
l'élaboration  du  traité  G,  de  façon  à  pouvoir,  en
tant  que  besoin  serait,  l’avoir  à  sa  disposition  vers
le  mois  de  février  1853.  Le  traité  G,  étant  arrivé  a
maturité,  grâce  à  l’ardeur  qu’on  déploya  à  son
égard,  fut  eilectivement  revêtu  à  la  date  du  17  fé-
        <pb n="235" />
        223

PÉRIODE  DE  1834  A  1854.
vrier  1853  de  la  signature  des  Étals  en  cause,  mais
il  était  destiné  à  demeurer  lettre  morte,  puisqu’il
ne  devait  avoir  force  que  si  les  États  alliés  ne  pouvaient ­
  se  mettre  d’accord  sur  la  continuation  du
Zollverein,  et  puisque  cette  éventualité  se  trouvait
écartée  par  le  traité  commercial  et  douanier  qui
ut  conclu  enfin  le  19  du  même  mois  de  février  entre ­
  1  Autriche  et  la  Prusse,  traité  dont  les  coalisés
avaient  fait  la  condition  préalable  du  renouvellement ­
  de  l’association  de  douanes.

Cet  acte  diplomatique,  désigné  souvent  sous  le
sur  le  leirain  de  la  politique  commerciale,  tout  en
recélant  le  germe  de  dissentiments  plus  graves  encore ­
  que  ceux  qui  l’avaient  précédé.  Inspiré,  d’apres ­
  son  préambule,  par  le  désir  de  développer  à
un  liant  degré  les  relations  de  commerce  entre  les
eux  Etats,  d’assurer  le  recouvrement  de  leurs  recel ­
  es  de  douane  et  de  préparer  l’union  de  toute
Allemagne,  il  reproduisait  dans  ses  parties  essen-Uelles
  le  projet  de  traité  A  délibéré  lors  des  preterritoires,
  à  moins  qu’il  ne  s’agit  de  tabac,  de  sel
de  poudre  à  canon,  de  jeux  de  cartes,  de  calendriers ­
  ou  de  défenses  fondées  soit  sur  des  considérations ­
  de  police  sanitaire,  soit  sur  des  nécessités
        <pb n="236" />
        224  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
de  guerre  dans  des  circonstances  exceptionnelles.
Les  parties  contractantes  s’interdisaient  ensuite
de  concéder  à  d’autres  Étatsdesavantages  douaniers
supérieurs  à  ceux  qu’elles  s’accordaient  entre  elles,
sauf  pour  chacune  d’elles  à  s’attribuer  en  propre,
sans  prestation  équivalente,  les  concessions  faites
par  l’autre  au  mépris  de  la  limite  établie,  et  ce
principe  n’était  tenu  en  échec  que  par  les  faveurs,
imparties  à  des  contrées  qu’un  lien  douanier
aurait  unies  à  une  des  nations  en  cause,  ou
que  par  les  faveurs  qui  auraient  été  octroyées  h
d’autres  pays  par  des  traités  communiqués  avant
celui  du  19  février.
Mais  l’intérêt  principal  de  la  convention  se  trouve
dans  les  droits  auxquels  étaient  assujettis  les  objets
du  trafic  international  lors  de  leur  passage  immédiat ­
  d’un  domaine  douanier  dans  l’autre.  En  con-I
  or  mité  des  arrangements  pris  à  cet  égard,  une  série
d’articles  était  exemptée  de  tout  droit,  que  ceuxci
  fussent  ou  non  soumis  à  une  taxe  d’entrée  dans
le  tarif  général;  et  dans  le  nombre  figuraient  naturellement ­
  pour  la  meilleure  part  des  matières  premières, ­
  des  matériaux  de  fabrique,  des  demi-produits, ­
  et  des  produits  de  minime  importance.  Une
quantité  d’autres  articles,  défrayant  les  échanges,
étaient  admis  à  un  taux  réduit  :  ici  se  placent  presque ­
  tous  les  objets  appartenant  à  des  branches
d’industrie  à  peu  près  similairement  développées
dans  les  deux  territoires,  les  fils  et  les  tissus  de  co-
        <pb n="237" />
        15

PÉRIODE  DE  1834  A  185  4.  ■  2^5
ton,  la  brosserie,  les  produits  chimiques,  les  trâ-'aiix
  les  plus  variés  en  fer  et  en  autre  métal,  à  l’excoplion
  (les  machines  et  des  fragments  de  machines
■
        <pb n="238" />
        926  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
¡là  rapprocher,  à  égaliser  le  plus  possible  les  tarifs
respectifs.  .
On  rencontrait  en  outre  dans  le  traité  une  séné
d’autres  dispositions,  concernant  les  droits  de  sortie,
le  traitement  de  marchandises  introduites  en  vue
d’un  perfectionnement  à  recevoir,  la  réunion  (les
bureaux  de  douane  réciproques,  des  taxes  de  consommation ­
  à  l’intérieur,  l’usage  des  voies  d’eau,  des
routes  et  des  chemins  de  fer,  etc.,  etc.
Enfin  la  durée  du  traité  était  fixée  a  12  années,
du  1"  janvier  1854  au  31  décembre  1865,  et  le  bénéfice ­
  de  ses  stipulations  réservé  d’un  côté  a  tous
ceux  des  Étals  allemands,  qui  dès  le  premier  janvier ­
  1854  ou  plus  tard  feraient  partie  du  Zollverein
avec  la  Prusse,  et  d’un  autre  côté  aux  États  italiens,
enolobés  dans  le  système  douanier  de  l’Autriche.
la  nouvelle  de  la  conclusion  du  traité  de  février
fut  accueillie  par  toute  l’Allemagne  avec  une  évidente ­
  satisfaction.  Le  cabinet  de  Berlin  se  tólicitait,
pour  sa  part,  de  voir  un  terme  à  une  crise  aussi
prolongée,  dont  le  caractère  était  devenu  de  plus
en  plus  alarmant,  et  dont  la  persistance  lui  aurait
créé  nécessairement  de  sérieux  embarras  du  côte
du  Hanovre,  qui  pouvait  être  tenté  do  rompre  la
convention  de  septembre,  si  celte  convention  ne  recevait ­
  une  base  fixe  par  des  arrangements  avec  1  Autriche ­
  et  l’éventualité  ainsi  affermie  du  maintien
du  Zollverein.  Mais  le  contentement  se  manifesta
surtout  parmi  les  industriels  de  l’Union  qui  auraieu
        <pb n="239" />
        PÉRIODE  DE  1834  A  1854.  227
été  les  premiers  atteints  par  sa  rupture,  et  qui  en
échappant  à  un  péril  imminent  voyaient  encore  s’accroître
  de  toute  l'étendue  de  l’Empire  le  débouché
de  leurs  produits.  Ce  n’est  pas  que  l’industrie  aula
  o,e,  a  ce  pomt  que  les  fabricants  de  soieries  en
Prusse  ne  dissimulaient  pas  la  crainte  que  leur  inspiraient
  leurs  rivaux  de  Lombardie.  Mais,  dans  cette
■
        <pb n="240" />
        928  L  ALLEM  AON  K  ÉCONOMIQUE.
d’entrée  dans  le  Zollverein  offertes  aux  articles  de
l’Autriche  devaient  finir  par  perdre  de  pins  en  plus
pour  les  importateurs  leur  intérêt  purement  idéal  ;
et,  en  tout  cas,  le  tarif  intermédiaire  établi  par  le
le'traité  n’abandonnait  pas  complètement  les  manufactures ­
  autrichiennes  à  elles-mêmes.  Peut-être
même  le  cabinet  de  Vienne  trouvait-il,  que  l’union
immédiate  avec  le  Zollverein,  qui  lui  avait  été  refusée, ­
  n’était  pas  réclamée  encore  par  tes  conditions
économiques  de  la  monarchie,  à  laquelle  il  devait
suffire  d’avoir  obtenu  un  traité  de  commerce  tresétendu
  et  d’avoir  pris  vis-à-vis  du  Zollverein  une
position  privilégiée  au  regard  des  autres  États  position
  qui  ne  lui  permettait  pas  seulement  (1  agir
en  une  certaine  manière  sur  la  législation  intérieure
de  l’Association,  mais  encore  de  s’y  introduire  insensiblement. ­
  Ce  qui  n’est  pas  douteux,  c’est  que
l’Autriche  venait  de  remporter,  sinon  économiquement, ­
  au  moins  politiquement  un  succès  marqué  sur
sa  rivale.  Car  bien  même  que  la  Prusse  n’eût  cédé
que  sur  un  point  de  pure  forme,  à  savoir  :  la  conclusion ­
  anticipée  d’un  traité  de  commerce  avec  l’Autriche, ­
  comme  la  querelle  n’avait  pas  eu  d  autre
terrain,  le  fait  seul  de  cette  conclusion  équivalait
pour  la  première  de  ces  puissances  à  un  échec,  qui
devait  diminuer  sa  position  morale  dans  le  Zollverein ­
  Pour  avoir  refroidi  les  rapports  de  la  1  russe
avec  le  plus  grand  nombre  des  gouvernements  alliés ­
  et  rapproché  ceux-ci  de  sa  propre  politique
        <pb n="241" />
        PÉRIODE  DE  183Í  A  1854.  229
commerciale,  l’Aulriche  pouvait  espérer  enrayer  la
marche  lente  mais  continue  de  son  compétiteur  vers
la  suprématie.
En  ce  qui  concerne  enfin  les  coalisés  de  Darm-Stadt,
  dont  l’appui  avait  été  si  profitable  aux  visées
autricliiennes,  ils  n'avaient  pas  lieu,  il  est  vrai,  d’êlie
  particulièrement  ravis  delà  forme,  sous  laquelle
I  arrangement  s’élait  effectué,  puisque  le  procédé
suivi  tendait  à  faire  prévaloir  également  dans  le
champ  de  la  politique  commerciale  le  principe  du
dualisme  avec  le  discrédit  des  États  moyens,  qui  se
voyaient  condamnés,  une  pareille  pratique  s’acclimatant, ­
  au  sacrifice  de  leur  importance  propre,  et
à  la  perte  de  leur  influence  sur  les  affaires  du
Zollverein,  au  sujet  desquelles  ils  avaient  été  habitués ­
  à  poursuivre  leurs  intérêls  personuels  avec  une
autorité  plénière  et  souveraine.  Mais  comment  se
seraient-ils  moins  réjouis  pour  cela,  de  la  clôture  en
e  le-même,  d’un  débat,  qui  coutenaiten  germe  la  dissolution ­
  du  Zollverein,  des  dommages  pécuniaires  et
économiques  considérables,  des  difficultés  bien  nieuaçanies
  avec  les  corps  politiques  et  les  populations
puissances  une  entente,  qui,  en  écartant  la  principale
cause  de  dissentiment,  pouvait  seule,  à  en  juger  d’après ­
  les  délibérations  antérieures,  assurer  un  lendeniainàl’associatioii
  douanière,  légalement  expirante'
        <pb n="242" />
        230

LALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

et  nous  pouvons  en  conséquence  passer  maintenant  à
la  nouvelle  phase,  dans  laquelle  un  pacte  de  reconstitution ­
  imminent  allait  faire  entrer  cette  vaste
agglomération  d’États,  encore  accrue  de  récentes  et
importantes  adjonctions.
        <pb n="243" />
        CHAPITRE  III
PÉRIODE  DE  i85i  A  1865.

L'Autriche  ayant  itérativement  fait  savoir  avant
et  pendant  la  conclusion  du  traité  de  février,  qu’en
y  concourant,  elle  comptait  sur  un  prochain  pacte
de  prorogation  du  Zollverein  entre  la  Prusse  et  les
autres  gouvernements  alliés,  et  qu’elle  se  réservait  de
ne  ratifier  ledit  traité  qu’autant  que  la  nouvelle  alliance ­
  douanière  serait  passée  à  l’état  de  fait  accompli, ­
  ou  ne  pourrait  plus  faire  l’objet  d’un  doute  sérieux, ­
  la  Prusse,  pour  donner  à  cette  puissance  une
satisfaction,  qui  répondait  d’ailleurs  à  ses  intérêts  et
à  ses  visées  propres  dut  songera  renouer  laconférence
de  Berlin  interrompue  au  mois  de  septembre  1852.
Les  invitations  qu’elle  adressa  dans  ce  but  pour  le  10
mars  à  tous  les  membres  de  l’association  douanière,
en  y  comprenant  le  Hanovre  et  l’Oldenbourg,  furent
favorablement  accueillies  par  les  destinataires,  qui
se  montrèrent  unanimement  disposés  à  y  répondre
par  leur  présence.
Dès  la  première  séance  qui  eut  lieu  le  12  mars,
l’assemblée  fut  saisie  d’un  projet  de  traité  d’union
élaboré  par  la  Prusse  et  dont  la  discussion  avança  rapidement, ­
  malgré  les  prétentions  qui  se  produisirent
        <pb n="244" />
        232  l’allexMAGxNE  éconoxMique.
de  divers  côtés.  Les  trois  États  alliés  du  Midi  en
avaient  notamment  formulé  deux,  portant  l’une  sur
les  taxes  de  circulation  afférentes  au  vin  et  au  tabac,
l’autre  sur  l’inadmissibilité  du  droit  de  rétention
s’exerçant  par  rapport  aux  recettes  de  douane  communes. ­
  Le  traité  de  septembre  contenait  une  réduction ­
  du  droit  d’entrée  sur  le  vin,  réduction  à  laquelle
ces  États  avaient  déclaré  consentir,  en  demandant
seulement  en  même  temps  par  voie  de  conséquence
celle  du  droit  de  circulation  sur  le  même  liquide  et
s’ils  désiraient  que  la  délibération  portât  à  présent  sur
cet  objet  aussi  bien  que  sur  la  convention  de  septembre, ­
  c’est  que  précisément  déjà  pendant  l’été  de
l’année  1852,  les  taxes  de  passage  sur  le  vin  et  le  tabac ­
  avaient  été  agitées  dans  les  conférences  (le  Berlin ­
  conjointement  avec  la  même  convention.  Mais  la
Prusse  résista  énergiquement  à  la  modération  réclamée ­
  et  se  borna  à  laisser  dire  au  protocole  final,
que  le  remaniement  des  droits  de  passage  ou  de
circulation  ne  devait  pas  être  prématurément  abordé.
Elle  se  montra  au  contraire  bien  plus  accommodante ­
  sur  l’autre  point,  qui  mettait  en  cause  les  retenues ­
  de  parts  advenant  aux  divers  alliés  dans  les
perceptions  communes,  retenues,  dont  la  Prusse,
appelée  par  sa  situation  à  encaisser  les  droits  sur  la
majeure  partie  des  denrées  coloniales,  et  par  conséquent ­
  invariablement  comptable  de  sommes  plus  ou
moins  fortes  envers  la  plupart  des  contrées  intérieures, ­
  s’était  arrogé  jusque-là  l’exercice  vis-à-vis
        <pb n="245" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  233
des  gouvernements,  ses  créanciers,  alors  même  que
ses  propres  prétentions  n’auraient  pas  eu  leur  fondement ­
  dans  les  rapports  sociaux,  créés  par  le
Zollverein.  Cédant  enfin,  comme  nous  l’avons  au
surplus  indiqué  déjà  par  anticipation  dans  la  précédente ­
  période,  aux  nombreuses  et  peut-être  assez
légitimes  représentations  qui  lui  furent  faites  de  ce
chef,  elle  renonça  a  opérer  par  elle-même  de  pareilles ­
  compensations,  et  cette  renonciation,  inscrite ­
  également  dans  le  protocole  final,  ne  contribua
pas  peu  à  l’amélioration  des  rapports  respectifs.
11  restait  d’ailleurs,  pour  bénéficierde  l'apaisement
des  esprits,  plusieurs  questions  délicates  à  régler,
telles  que  celle  par  exemple  des  relations  avec  le
Hanovre.  A  la  suite  du  traité  de  septembre,  la  disproportion ­
  entre  les  droits  de  douane  beaucoup  plus
élevés  du  Zollverein  et  ceux  du  Steuerverein  avait
fait  songer  à  1  organisation  d'une  période  intermédiaire, ­
  qui  aurait  été  destinée  à  ménager  la  transition; ­
  mais,  bien  que  le  tarif  concerté  pour  cette
période  1  année  précédente  ne  pût  plus,  les  délibérations ­
  d  alors  ayant  été  interrompues,  recevoir  son
application,  il  parut  avantageux,  au  point  de  vue
économique  et  industriel,  de  se  servir  du  laps  de
temps,  qui  s  écoulerait  jusqu’à  la  fusion  intime  des
deux  groupes  douaniers,  pour  l’introduction  de  facilités ­
  plus  grandes  dans  les  communications  réciproques, ­
  commeaussi  pour  l’exhaussement  des  droits
sur  certains  articles  à  leur  entrée  dans  le  Steuer-
        <pb n="246" />
        234  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
verein.  Mais  les  observations  échangées  à  la  conférence ­
  firent  reconnaître,  qu’en  ce  qui  concernait
au  moins  le  district  brunswickois  dit  a  de  Harz  et
Leine  »  resté  jusqu’ici  en  dehors  du  Zollverein  à
cause  de  sa  situation  particulière,  pour  suivre  encore
provisoirement  les  destinées  du  Steuerverein,  le  parti
le  plus  judicieux  consistait  à  y  faire  fonctionner
sans  retard  le  tarif  de  l’Association  douanière,
amendé  seulement  dans  la  mesure,  dans  laquelle
les  fixations  de  ce  tarif  allaient  se  trouver  ellesmêmes
  ultérieurement  réduites  par  suite  de  l’application ­
  du  traité  de  septembre.
Parmi  les  sujets  soumis  aux  délibérations  communes, ­
  l’impôt  sur  le  sucre  de  betteraves  tint  une
place  des  plus  considérables.  Le  Hanovre,  étranger
jusque-là  à  celte  industrie  et  qui  ne  frappait  le  sucre
des  colonies  que  d'un  droit  léger,  s’efforça  naturellement ­
  d’affaiblir  les  égards,  que  la  fabrication
sucrière  du  Zollverein  avait  toujours  rencontrés  au
sein  de  l’Association,  et  de  faire  prévaloir  surtout
les  considérations  de  nature  fiscale.  En  se  reportant
au  traité  d’union  de  1841,  on  voit  que  les  principes
dirigeants  en  celte  matière  revenaient,  d’une  part,
à  assurer  à  la  communauté  une  recette  douanière
suffisante,  conforme  à  une  proportion  déterminée,
et,  d’autre  part,  à  protéger  l’industrie  fédérale  du
sucre  de  betteraves  vis-à-vis  du  sucre  de  provenance
coloniale.  Or,  si  jusqu’à  ce  moment,  le  deuxième
de  ces  objectifs  l’avait  constamment  emporté  sur  le
        <pb n="247" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  235
premier  en  cas  de  conflit,  cè  fut  désormais  le  tour  au
système  inverse,  ainsi  qu’il  résulta  d’une  rédaction
quelque  peu  modifiée,  accueillie  dans  la  nouvelle
charte.
Déjà  l’impôt  établi  en  1844  et  maintenu  au  même  •
taux  durant  six  années  avait  été  porté  au  double  en
juin  1850,  de  telle  sorte,  qu’à  partir  du  1®'septembre ­
  1850,  le  sucre  de  betteraves  eut  à  supporter
2  thalers  au  lieu  d’un  par  quintal,  ou  la  betterave
elle-même  destinée  à  la  fabrication,  3  gros  d’argent
au  lieu  de  1  gros  1/2  par  quintal,  soit  75  centimes
•  par  100  kilogrammes  au  lieu  de  38  centimes  ;  et  cette
augmentation  tirait  son  motif  de  ce  que  la  recette
provenant  des  deux  sucres  n’avait  pas  atteint  le
minimum  conventionnel  admis  en  1843  de  0  fr.  75
par  tête  d’habitant  du  Zollverein  (plus  exactement
6,î6I6  gros  d’argent  par  tête).
Mais  l’annexe  au  traité  pour  la  prorogation  et
l’extension  du  Zollverein,  annexe  dans  laquelle  les
membres  des  conférences  de  Berlin  déposèrent  leur
convention  spéciale  sur  cet  objet,  éleva  encore  ses
exigences  à  1  égard  d’une  industrie  en  progrès,  eu
doublant  de  nouveau  sur  la  betterave  brute  un  impôt, ­
  démontré  insuffisant,  qui  fut  de  la  sorte  fixé
invariablement  pour  une  période  d’au  moins  deux
ans,  à  partir  du  1*'  septembre  1853,  à  6  gros  d’argent ­
  par  quintal  (1  fr.  50  par  100  kilogrammes).
Enfin  le  4  avril  1853,  on  passa  à  la  signature  du
pacte  de  renouvellement,  qui  outre  le  corps  du  traité
        <pb n="248" />
        236  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
principal,  l’annexe  mentionnée  à  l’instant  même,  des
articles  séparés  et  un  protocole  final  se  rattachant  h  ce
traité,  embrassait  encore  notamment  des  dispositions
favorisant  fiscalement  les  matériaux  métalliques  employés ­
  dans  les  constructions  navales,  ou  concernant
l’entretien  des  agents  dépossédés  de  leur  emploi  par
suite  de  la  réunion  du  Steuerverein  au  Zollverein,
ainsi  que  des  conventions  entre  la  Prusse,  la  Saxe,
les  contrées  appartenant  au  groupe  thuringieu  et  le
Brunswick  au  sujet  du  partage  du  droit  de  transit
commun,  entre  la  Prusse,  le  royaume  de  Saxe  et
les  contrées  composant  le  groupe  thuringieu  pour  lacontinuation
  du  traité  du  8  mai  1841  relativement
à  la  taxation  uniforme  des  produits  intérieurs,  entre
la  Prusse,  la  Saxe,  le  Hanovre,  la  Hesse  Électorale,
les  États,  autres  que  la  Prusse  et  la  Hesse  Électorale,
participant  à  l’agglomération  thuringienne,  les  duchés ­
  de  Brunswick  et  d’Oldenbourg  par  rapport  à
une  égale  imposition  du  vin  et  du  tabac,  à  un
échange  réciproquement  libre  de  ces  articles  et  à  la
miseencommun  des  droits  depassage  les  concernant,
entre  la  Prusse  enfin,  la  Saxe,  les  membres  du  cercle
thuringieu  d’une  part,  et  le  duché  de  Brunswick  de
l’autre,  se  référant  au  maintien  de  stipulations  antérieures, ­
  qui  avaient  trait  à  des  rapports  réciproquement ­
  libres  pour  la  bière,  et  à  la  mise  en  commun
des  droits  de  passage  auxquels  cette  boisson  donnerait ­
  lieu.
Peu  de  jours  après,  le  7  avril,  ou  consacia  môme
        <pb n="249" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1805.  237
encore  un  débat  spécial  aux  rapports  avec  la  ville
libre  et  hanséatique  de  Brème,  qu’il  s’agissait  de
faire  entrer,  pour  quelques-unes  des  portions  de  son
territoire,  dans  le  Zollverein,  à  l’établissement  dans
cette  même  ville  d’un  bureau  de  douane  fédéral,  et
à  la  formation  d’une  commission  exécutive  chargée
de  présidera  l’union  de  Steuerverein  avec  la  grande
Association  douanière.
Ce  n’est  toutefois  que  le  2  juin  1853  que  furent
échangées  les  ratitications  portant  sur  le  traité  du
4  avril,  tandis  que  celles  du  traité  de  février  l’avaient ­
  été  déjà  quelque  temps  auparavant  entre
l’Autriche  et  la  Prusse.
La  conséquence  imniédiate  de  ces  deux  grands
actes  fut  un  répit  de  12  années  pour  le  Zollverein
avec  l’établissement  entre  les  deux  grandes  monarchies ­
  allemandes,  d’une  situation  politique  déterminée ­
  appelée  à  se  développer  par  la  voie  contractuelle, ­
  si  toutefois  pareil  développement  n’était  pas
impossible.  La  crise  interne  du  Zollverein,  qu’alimentait ­
  la  guerre  entre  le  libre  échange  et  le  protectionnisme ­
  n’était  pas  sans  doute  arrivée  encore
à  son  terme,  par  la  défaite  de  l’un  ou  de  l’autre
des  principes  engagés  dans  la  lutte,  mais  le  traité
avec  1  Autriche  comportait  tout  au  moins  par  rapport ­
  aux  réformes  de  tarifs  un  certain  temps  d’arrêt,
commandé  encore  par  les  espérances  que  le  tarif
intermédiaire  avait  fait  concevoir  dans  l’agrandissement ­
  des  échanges  du  côté  de  l’empire,  et  que  ne
        <pb n="250" />
        238  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
pouvait  vérifier  qu’une  expérience  préalable,  plus  ou
moins  prolongée  de  la  convention.  Ces  espérances
ne  furent  pas  complètement  déçues,  et  toutefois,  la
mesure,  dans  laquelle  elles  se  réalisèrent  n  était  pas
de  nature  à  amener  entre  les  deux  territoires  douaniers ­
  un  rapprochement  économique  assez  notable
pour  servir  de  base  à  une  union  douanière  ultérieure.
Si  pour  les  articles,  auxquels  s’appliquait  le  tarif ­
  intermédiaire,  les  rapports  réciproques  se  trouvèrent ­
  quelque  peu  vivifiés,  leur  importance  accrue
était  bien  loin  encore  de  correspondre  au  contact
intime  des  deux  zones.  L’Autriche  plaça  un  peu
plus  de  matières  premières  telles  que  laine  et  fils  de
lin  et  aussi  un  peu  plus  de  tissus  de  lin,  mais  les
importations  et  exportations  respectives  de  produits
manufacturés  tels  que  le  papier,  la  mercerie,  les
cotonnades,  les  objets  en  bois,  en  fer,  en  acier,  en
cuir  ne  subirent  pas,  comparativement,  de  variation
bien  appréciable,  et  les  expéditions  du  Zollverein
en  Autriche  n’augmentèrent  sensiblement  qu’au  regard ­
  des  fils  de  coton  et  de  laine,  du  fer  et  de
quelques  articles  métalliques  ou  d’argile.  La  masse
totale  des  échanges  demeura,  eu  somme,  beaucoup
au-dessous  de  l’attente,  fondée  sur  l’étendue  des
frontières  communes  et  sur  la  grandeur  des  deux
territoires,  autorisant  ainsi  à  croire,  qu’il  n’y  avait
pas  de  différence  par  trop  forte  entre  les  industries
correspondantes,  mais  que  le  taux  des  droits  intermédiaires ­
  était  toujours  encore  trop  élevé.
        <pb n="251" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  239
Il  n’y  eut  que  la  branche  des  échanges,  entretenue
par  la  recherche  de  travaux  de  perfectionnement
(Veredlungs-Verkehr)  qui  finit  par  engendrer  peu  à
peu  sur  tous  les  points  des  frontières  fédérales,  séparatives ­
  de  l’Autriche,  une  activité  irrécusable,  à
l’encontre  de  laquelle  s’élevèrent  sans  doute  de
temps  à  autre  au  sein  de  ce  dernier  pays  des  objections ­
  protectionnistes,  que  les  besoins  manifestes
d’autresbranchesinsdustriellesréussirent  cependant
à  condamner  au  silence.
Mais  on  peut  s’étonner,  que  le  Zollverein,  dont  les
approvisionnements  en  céréales  sont  généralement,
pour  une  bonne  partie,  de  provenance  autrichienne,
ne  soit  pas  parvenu  encore  à  solder  ces  arrivages
avec  ses  propres  produits,  et  comme,  depuis  l’année ­
  1853,  son  industrie,  loin  de  rétrograder  ou
même  de  rester  stationnaire,  a  révélé  précisément
une  force  d  expansion  particulière  et  a  su  prendre
une  place  à  part  sur  tous  les  marchés  du  monde,  il
semble  que  c  est  au  delà  de  ses  limites,  et  par  exemple ­
  dans  1  élévation  absolue  des  droits,  dans  les
lappoits  de  ces  droits  avec  la  valeur,  dans  les  procédés ­
  parfois  gênants  de  l’administration  douanière  de
1  Autriche,  ou  dans  d’autres  circonstances  semblables, ­
  qu’il  fallût  chercher  la  cause  de  la  langueur
relative  de  ses  relations  avec  l’Empire.
Les  points  secondaires,  ayant  été  lors  du  renouvellement ­
  du  dernier  pacte  d’alliance  intentionnellement ­
  écartés  du  débat,  le  Zollverein  se  trouvait
        <pb n="252" />
        240  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
aussi  en  présence  de  diverses  questions,  qui  ne  pouvaient ­
  être  tranchées  que  dans  des  conférences  générales. ­
  C’est  ainsi  notamment  que  l’expiration  du
traité  avec  la  Belgique  mettait  les  gouvernements
associés  en  demeure  de  se  prononcer  sur  le  maintien
ou  le  retrait  des  faveurs  douanières  accordées  à  cette
contrée  sous  forme  de  droits  différentiels  à  l’importation ­
  de  ses  fers.  A  peine  donc  l’œuvre  du  4  avril
1853  eut-elle  été  ratifiée,  que  le  cabinet  prussien
prit  des  dispositions  pour  recevoir  les  commissaires
d’un  nouveau  congrès,  le  dixième,  qui  s’ouvrit  dès
le  6  janvier  à  Berlin,  avec  la  mission  de  faire  face  à  un
programme  très-chargé,  où  l’étendue  des  problèmes
à  résoudre  le  disputait  au  nombre.  Indépendamment, ­
  en  effet,  de  la  question  belge,  de  la  fixation
du  tarif  fédéral,  qui  devait  être  appliqué  à  partir
du  f®'  janvier  1854,  de  l’exhaussement  des  droits
sur  le  sucre  de  betteraves,  de  la  formation  des  nomenclatures ­
  administratives  de  marchandises  à  l’usage ­
  du  tarif  fédéral  et  du  trafic  intermédiaire  avec
l’Autriche,  de  l’élaboration  enfin  d’un  règlement
pour  les  entrepôts  francs  des  places  maritimes,  il  y
avait  encore  à  l’ordre  delà  session  une  foule  de  motions ­
  émanées  de  divers  gouvernements,  dans  lesquelles ­
  ceux-ci  soulevaient  principalement  des
questions  se  rattachant  à  l’exécution  et  l’interprétation ­
  des  traités  d’association.  De  ces  motions  se
dégageaient,  par  leur  signification  plus  grande,  celles
qui  de  la  part  des  États  méridionaux  tendaient  inva-
        <pb n="253" />
        16

2ií

PÉRIODE  DE  1854  A  1865.

riablemont  à  la  inodiiication  des  droits  de  passage,
celle  de  la  Hesse  Électorale,  relative  à  la  taxation  de
la  production  intérieure  du  tabac,  et  celle  encore  de
la  Prusse  visant  l’admission  de  résolutions  prises  à
la  majorité;  de  plus,  un  intérêt  sérieux  s’attachait
également  à  l’entrée  du  district  Brunswickois  de
Harz  et  Leine  dans  la  ligne  douanière  commune,
ainsi  qu  aux  débats  motivés  par  la  découverte  des
iraudes  qui  se  pratiquaient  aux  foires  de  Leipzig.
Mais,  bien  que  les  séances  se  succédassent  jusqu ­
  au  20  février  1854,  les  dissentiments,  qui  s’étaient ­
  fait  jour  auparavant,  n’étaient  pas  encore  sufiisamment
  apaisés,  la  confiance  mutuelle  et  les
dispositions  conciliantes  n’étaient  pas  assez  revenues, ­
  pour  que  le  programme  pût  être  entièrement
rempli  d’une  façon  satisfaisante.

C’est  ainsi,  qu’un  assez  bon  nombre  de  propositions ­
  formulées  en  sens  inverse  contre  le  tarif  existant ­
  vinrent  à  échouer  soit  par  l’hostilité  des  États
septentrionaux  à  l’encontre  de  toute  augmentation
de  droits,  soit  par  le  mauvais  vouloir  des  contrées
méridionales,  qui  ne  voulaient  entendre  parler  de
1  abaissemeut  des  taxes  établies,  et  &amp;lt;,u’il  fallut  par
exemple  il  la  Prusse  renoncer  à  la  réduction  désirée
.les  droits  sur  les  fers,  tandis  que  cette  même  puissance ­
  se  refusait  non  moins  catégoriquement  à  toute
concession  au  sujet  du  droit  de  passage  sur  les  vins  •
ce  qui  en  lin  de  compte  amena  le  maintien  du  sia/û
quo  pour  le  tarif.
        <pb n="254" />
        242  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Aussi  le  résultat.  pratique  delà  10*  session  se
réduisit-il  à  peu  de  chose,  et  ne  se  traduisit-il
guère,  à  part  la  détermination  des  tarifs,  des  nomenclatures ­
  de  marchandises  et  de  la  taxe  sucrière,
que  par  la  réglementation  des  entrepôts  francs  dans
les  places  maritimes,  la  discussion  des  »mesures
d’exécution  relatives  à  l’incorporation  du  district
hrunswickois  de  lïarz  et  Leine,  un  accord  sur  la
suspension  du  droit  perçu  à  l’entrée  des  céréales  et
quelques  dispositions  administratives  d’ordre  secondaire. ­

Dans  le  cours  de  cette  session,  il  avait  été  entendu
d’ailleurs,  que  les  prochaines  conférences  générales
s’ouvriraient  à  Darmstadt,  et  qu’on  en  éloignerait
tout  sujet,  ne  présentant  pas  un  caractère  d’impérieuse ­
  urgence,  ce  qui  ne  s’expliquait  que  trop  par
l’expérience  qu’on  venait  de  faire  de  la  froideur
subsistant  entre  les  gouvernements  alliés  et  de  l’impossibilité ­
  pour  eux  de  se  mettre  d’accord  sur  des
points  dominés  par  des  divergences  de  principes.
Parmi  les  questions  dont  la  solution  n’admettait
pas  de  retard,  la  Prusse  rangeait  le  dégrèvement
des  droits  d’entrée  sur  les  fers,  les  suifs  et  les  bestiaux; ­
  le  différend  que  la  foire  de  Leipzig  avait  fait
éclore;  les  faveurs  accordées¡aux  fabriques  teignant
les  fils  en  rouge  d’Andrinople  ;  les  modifications
que  le  traité  passé  avec  l’Autriche  rendait  nécéssaires
  dans  le  tarif  fédéral,  ainsi  que  les  controverses
d’ordre  exécutif  encore  pendantes  au  sujet  (  u  lia-
        <pb n="255" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  243
novre  ;  tandis  que  les  régions  du  Sud  entendaient
de  leur  côté  remettre  notamment  en  discussion  la
modération  des  droits  de  passage  sur  le  vin,  de  ces
«Iroils,  qui  ont  continué  jusqu’à  une  époque  assez
récente  a  cmliarrasser  les  rapports  à  l’intérieur  et
à  entretenu-la  zizanie  enire  les  zones  méridionale
et  septentrionale  de  l'Union.
C’est  avec  une  vivacité  excessive,  frisant  la  passion, ­
  qu  avait  été  jusque-là  agité  de  part  et  d’autre
e  grief  puisé  dans  les  faits  signalés  à  la  charge  de
la  foire  de  Leipzig.  Dès  la  fondation  même  du  Zollverein, ­
  des  privilèges  avaient  été  accordés  à  ladite
foire  sur  la  demande  insistante  de  la  Saxe,  dont  le
concours,  paraissait  devoir  être  acheté  au  prix  de
concessions,  sans  lesquelles  un  des  rendez-vous  les
plus  célebres  du  commerce  cosmopolite  eût  été  menacé ­
  dans  les  sources  mêmes  de  sa  prospérilé.  Or
es  faveurs,  consenties  à  contre-cenr  et  à  leur  corps
ses  a  celles,  sur  lesquelles  reposaient  les  droits
au  moins  nétait-il  pas  avéré  qu’il  y  eût  eu  introduc’
        <pb n="256" />
        244  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
lion  de  marchandises  étrangères,  n’ayant  dans  aucune ­
  mesure  acquitté  les  taxes  d’entrée.  Quoi  qu’il
en  fût,  les  premières  représenlalions  faites  de  ce
chef  par  le  Wurtemberg  furent  très-mal  accueillies
par  le  gouvernement  saxon,  qui  mit  d’ailleurs  la  plus
grande  tiédeur  à  réprimer  les  écarts  signalés,  et  qui,
par  son  altitude,  loin  d’assoupir,  entretint  au  contraire ­
  l’irritation  des  cabinets  méridionaux  et  leur
résolution  de  donner  à  celle  affaire  la  suite  qu’elle
comportait.  La  Prusse  de  son  côté  chercha  h  intervenir ­
  comme  médiatrice,  portée  qu  elle  était  à  ce
rôle  tant  par  sa  sollicitude  quelque  peu  rigide  pour
l’observation  des  lois  douanières  que  par  la  circonstance, ­
  que  bon  nombre  des  plus  importantes  maisons ­
  de  commerce  de  Berlin  étaient  impliquées  dans
les  abus  en  question  ;  mais,  tandis  qu’elle  voulait
sérieusement  le  redressement  de  ces  abus,  le  cabinet ­
  de  Dresde  ne  songeait  qu’à  éluder  toute  explication, ­
  et  pour  cela  qu’à  retarder  l’ouverture  du
congrès,  qui  au  lieu  de  se  réunir  à  Darmstadt  dès
le  1='  juin,  n’y  entra  eifectivemeut  en  séance  qu’à
partir  du  15  septembre.
Or,  malgré  qu’il  eût  été  convenu,  qu’on  limiterait ­
  le  champ  de  ces  nouvelles  conférences,  de  nombreuses ­
  propositions  arrivèrent  de  tous  côtés  ;  il  est
vrai,  que  comme  précédemment,  on  ne  parvint  à
se  mettre  d’accord  que  sur  un  petit  nombre  d’entre
elles.  Une  certaine  tension  s’était  dès  le  début  manifestée ­
  notamment  dans  les  rapports  entre  les  char-
        <pb n="257" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  245
gés  de  pouvoirs  hanovriens  et  les  autres  commissailes
  qui  avaient  cru  devoir  répondre  aux  procédés
peu  coulants  de  leurs  collègues  du  Hanovre  par  le
refus  d’obtempérer  à  leurs  désirs  autrement  que
si  le  Hanovre  tenait  également  compte  des  vœux
des  autres  gouvernements.  La  Prusse  échoua  à
nouveau  dans  sa  campagne  pour  la  réduction  des
droits  sur  les  fers  ;  rappelons  à  cet  égard,  en  précisant
un  peu  plus  qu’auparavant,  qu’en  ce  qui  concerne
fers  forgés  pour  ouvrages  lins,  les  droits  d’entrée
avaient  été  portés  en  1836  de  1  thaler  par  quintal
à  3  thalers;  et  que  si  la  Prusse  s’était  elle-même
prêtée  à  l’établissement  à  partir  de  1844  d’un  droit
de  10  gros  sur  la/b/i/g  brute  et  à  l’élévation,  à  partir
de  la  mêmb  époque,  de  1  thaler  à  1  thaler  15  gros
et  à  2  thalers  15  gros,  des  droits  sur  les  diverses  espèces ­
  de  fers  en  barres,  elle  avait  cependant  déjà
en  1843  poursuivi  inutilement  l’abaissement  de  la
taxe  de  3  thalers,  dont  étaient  frappées  à  leur  entree ­
  les  qualités  de  fer  supérieures,  et  avait,  depuis, ­
  négligé  peu  d’occasions  de  plaider  la  cause
rencontrait  plus  cependant  celle  de  la  Bavière,  elle
ne  se  fit  pas  faute  non  plus  de  faire  avorter  les  réclamations ­
  formulées  îi  l'elfet  d’obtenir  la  modération ­
  des  droits  de  passage  sur  le  vin,  ainsi  que  des
remises  de  droits  plus  fortes  que  celles  qui  sous  le
        <pb n="258" />
        246

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

nom  de  Weinzollrabaüe  ôtaient  accordées  sur  le
vin  à  certaines  personnes,  telles  que  les  marchands
en  gros.  La  Saxe  non  plus  crut  ne  devoir  en  rien  d’essentiel ­
  modifier  son  point  de  vue  dans  la  question
de  la  foire  de  Leipzig  ;  et  on  ne  s’entendit  pas  davantage ­
  sur  les  immunités  dont  les  établissements
appliquant  aux  (ils  la  teinture  du  rouge  d’Andriiiople
  avaient  été  dotés,  en  ce  sens,  que  la  Prusse
avait  concédé  à  ses  teintureries  le  droit,  que  les
gouvernements  méridionaux  se  refusèrent  à  reconnaître, ­
  de  se  faire  venir  en  franchise  de  l’étranger
des  (ils  bruts  pour  les  exporter,  ensuite  de  nouveau
contre  un  droit  de  transit  de  5  gros  d’argent.  C’est
vainement  encore  qu’on  agita  derechef  la  taxation
ou  le  monopole  du  tabac,  et  on  n’aboutit  non  plus
à  aucun  résultat  dans  la  question  des  péages  fluviaux
et  de  leur  réduction,  réclamée  en  face  de  la  concurrence ­
  des  voies  de  terre.  Aussi,  quand,  à  la  date  du
18  décembre  1854,  les  membres  de  celle  11®  session
se  séparèrent,  les  résolutions  qu’ils  avaient  pu  prendre ­
  à  l’égard  des  fixations  du  tarif  tendirent  uniquement ­
  à  l’abaissement  des  droits  d’entrée  sur  les
suifs,  l’oxyde  de  cobalt,  les  articles  en  os  et  en
ivoire,  et  pour  le  reste  ils  avaient  dû  se  contenter,
après  quelques  déterminations  d’un  intérêt  assez  minime, ­
  d’établir  les  comptes  et  de  procéder  à  la  liquidation. ­

Mais  comme  on  se  quittait  seulement  à  la  fin  de
l’année  1854,  on  ne  songea  pas  à  se  revoir  dans  le
        <pb n="259" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  247
courant  de  l’année  suivante,'  et  ce  ne  fut  qu’à  la
date  du  17  juin  1856,  que  les  commissaires  du  Zollverein ­
  se  rencontrèrent  dans  la  ville  d’Eiseuacli,
substituée  à  celle  de  Weimar  qui  avait  été  désignée
originairement  comme  résidence  de  la  12®  session.
Le  temps  écoulé  n  avait  pas  amélioré  toutefois  les
dispositions  réciproques,  car  cette  nouvelle  session,
bien  que  saisie  des  mêmes  demandes  que  ses  deux
devancières  ne  leur  lit  pas  un  meilleur  accueil.
Des  débats  aussi  prolongés  qu’infructueux  s’y  produisirent ­
  néanmoins  au  sujet  par  exemple  de  l’impôt ­
  sur  le  tabac,  débats  qui  avaient  été  amenés  par
la  présentation,  de  la  part  de  la  Prusse,  d’un  projet
de  loi  étendu,  visant  la  taxation  du  tabac  national,
et  conformément  auquel  chaque  journal  de  terre]
où  on  se  livrerait  à  la  culture  de  cette  plante,  devrait
supporter  un  droit  de  10  thalers  ;  quant  au  tabac
de  provenance  étrangère,  le  même  pays  proposait
que  le  droit  y  relatif  fût  porté  à6  thalerspar  quintal, ­
  et  il  fournissait  d’ailleurs  des  motifs  circonstanciés ­
  a  1  appui  de  ses  diverses  propositions.  Or,  si  la
Itavière,  le  Wurtemberg,  la  liesse  Électorale  et  Bade
étaient  piononcés  en  faveur  de  l’introduction  du
monopole  du  tabac,  ces  contrées  se  montrèrent
cependant  finale  ment  disposées  à  entrer  dans  les
vues  de  la  Prusse,  pourvu  qu’à  l’exportation  des
produits  de  fabrique,  il  y  eût  boniiication  intégrale
soit  de  la  taxe  perçue  à  l’intérieur,  soit  du  droit  auquel ­
  avait  donné  lieu  l’importation  du  tabac  brut.
        <pb n="260" />
        248  ]L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Mais  comme  le  Hanovre  se  refusa  absolument  à  tout
exhaussement  du  droit  il'entrée  sur  le  tabac  en  feuilles, ­
  il  fallut  bien  aussi  renoncer  à  grever  la  production ­
  intérieure,  et  quand  les  conférences  générales,
dont  le  siège  avait  été  dans  l’intervalle  transféré
d’Eisenach  à  Weimar  arrêtèrent  le  cours  de  leurs
travaux,  il  devint  facile  de  supputer  les  résultats
plus  que  modestes,  qu’elles  avaient  donnés,  tout  en
ayant  fonctionné  du  17  juin  au  17  décembre  1856,
c’est-à-dire  pendant  6  mois  tout  entiers.
Le  bilan  de  ces  résultats  se  réduisait  en  effet  à  la
modération  des  droits  sur  le  blé,  les  légumes  et  la
farine,  à  un  certain  remaniement  des  prescriptions
concernant  le  traitement  des  échanges  par  chemins
de  fer,  au  perfectionnement  de  la  statistique  commerciale ­
  et  au  calcul  des  p  réel  puts  attribués  au  Hanovre, ­
  à  Oldenbourg  et  à  Francfort  ;  mais,  par  rapport ­
  à  la  foire  de  Leipzig,  on  parvint  au  moins  encore ­
  à  admettre  comme  principe,  que  le  retrait  d’un
compte  ne  serait  pas  la  conséquence  fatale,  inévitable
de  la  découverte  de  toute  irrégularité,  et  que  1  examen ­
  particulier  de  chaque  espèce  pourrait  seul  amener ­
  la  suppression  de  cet  avantage  ;  de  plus  l’admission ­
  en  franchise  du  riz,  qu’il  s’agirait  de  faire  passer,
en  modifiant  son  état,  par  diverses  espèces  de  moulins, ­
  admission,  qui  avait  été  proposée  par  le  Hanovre, ­
  mais  combattue  par  la  Bavière,  fut  résolue  sinon ­
  dans  le  cours,  au  moins  à  la  suite  de  ces  conférences ­
  générales,  par  la  voie  de  la  correspondance.
        <pb n="261" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  249
C’est  le  12  août  1858  seulement  qu’ouvrit  dans
la  ville  de  Hanovre,  pour  prendre  fin  le  3  décembre ­
  de  la  même  année,  la  13®  session,  durant
laquelle  les  désirs  de  la  Prusse  au  sujet  des  droits
sur  les  fers  reparurent  en  face  des  vœux  des  États
méridionaux  de  1  Allemagne  par  rapport  aux  droits
de  passage,  sans  que  les  réclamants  se  montrassent
aucunement  disposés  à  se  départir  de  leurs  points
de  vue  respectifs.  Rien  ne  caractérise  même  mieux
cette  époque,  qu’une  pareille  opiniâtreté,  qui  en  fait
ne  reposait  nullement  sur  des  motifs  impérieux.
Quand  par  exemple  la  Prusse  renonça  en  1865  à  la
taxe  de  circulation  sur  le  vin  et  le  moût,  il  devint
évident,  que  c’est  sans  fondement  qu’elle  avait  jusqu’alors ­
  représenté  cette  taxe  comme  faisant  partie ­
  intégrante  du  système  de  contributions  prussien,
comme  n’admettant  aucune  atteinte  qui  ne  fût  accompagnée ­
  d’une  réforme  complète  et  générale  dans
l’imposition  des  vins,  ou  que  du  moins  l’inviolabilité ­
  dudit  droit  n’était  pas  telle  qu’à  son  profit  il
fallût  vivre  en  mésintelligence  avec  les  alliés  du  Sud,
ou  poiter  préjudice  à  des  intérêts  essentiels  de  l’Cmon.
  Mais  où  se  trouvaient  d’un  autre  côté  les  raisons ­
  péremptoires,  pour  lesquelles  on  faisait  une
opposition  invincible  à  la  réduction  des  droits  sur
les  feis,  alors  que  cette  réduction  répondait  aux  intérêts ­
  des  provinces  orientales  de  la  Prusse  et  de
l’agriculture  et  que  l’état  de  la  production  du
1er  en  dedans  de  l’Union  la  rendait  parfaitement
        <pb n="262" />
        250  l’allemagne  économique.
admissible?  Un  certain  degré  d’exaspération  réciproque ­
  avait  donc  évidemment  tari  de  part  et  d’autre ­
  la  source  de  toute  bienveillance  et  de  toute  condescendance ­
  !
Parmi  les  sujets,  s’imposant  à  la  sollicitude  du
Congrès  de  Hanovre  se  plaçait  en  première  ligne  la
question  des  rapports  avec  l’Autriche,  c’est-à-dire
du  rapprochement  plus  intime,  prévu  par  un  des
articles  du  traité  du  19  février  1853,  entre  le  système ­
  douanier  de  ce  pays  et  celui  du  Zollverein.  Les
négociations  avaient  une  base  solide  dans  des  propositions ­
  formelles,  libellées  par  l’Empire  et  livrées
dès  la  fin  de  décembre  1856  à  la  publicité  par  des
articles  de  la  gazette  d’Augsbourg,  propositions  que,
vu  leur  importance,  nous  allons  reproduire  ici  d’a  ­
près  une  traduction  de  hi  chelo  t  :
((  L’Autriche  déclare  avant  tout  son  désir  de  voir
se  resserrer  et  s’affermir  dans  les  négociations  qui  se
préparent,  les  liens  qui  l’unissent  au  Zollverein.  Elle
est  décidée  à  soumettre  à  l’examen  le  plus  attentif
tout  vœu  qui  serait  émis  à  cet  eilet  par  les  États  associés ­
  et  à  l’accueillir  autant  que  le  permettent  les
besoins  de  son  industrie,  sous  la  condition  que  ses
propres  vœux  trouveront  chez  les  États  le  même
accueil,  et  que  des  moditications  permettant  des
modérations  de  droits  dans  les  relations  réciproques
seront  apportées  aux  tarifs  de  douane  respect!Is  visà-vis
  de  l’étranger.  Par  les  dégrèvements  qu  elle  a
opérés  dans  la  présente  année,  l’Autriche  a  mon-
        <pb n="263" />
        PÉRIODE  DÉ  1854  A  1865.  ,

251

tré  avec  éclat  combien  elle  est  disposée,  même  au
prix  de  sacrifices  financiers,  à  faciliter  l'imporlation
  des  matières  brutes^  des  produits  demi-fabriqués
  et  des  articles  communs.  Mais  eu  ce  qui  touche ­
  les  articles  fins  et  très-fins^  elle  désire  que  le
Zollverein  adopte  des  droits  un  peu  plus  élevés,  qui
permettent  à  une  industrie  nationale  de  subsister,
et  qu  en  général  il  se  rapproche  du  système  autrichien. ­

«Pour  faciliter  les  échanges  réciproques  et  préparer ­
  1  union  douanière  à  venir,  il  serait  utile  de  confier ­
  a  une  commission  spéciale  le  soin  d’assimiler
1  un  à  1  autre  les  deux  tarifs,  en  ce  sens  que,  quelle
que  soit  la  différence  de  la  classification,  les
articles  soient  libellés  de  la  même  manière,  et  que,
par  suite,  la  même  déclaration  puisse  servir  pour
1  Autriche  et  pour  le  Zollverein.
«  L  Autriche  désire  une  autre  facilité  commerciale, ­
  qu  elle  est  prête  à  réaliser.  Sur  le  modèle  des
bureaux  troutières,  dont  les  avantages  ont  déjà  été
lecounus,  seraient  établis  dans  certaines  places  de
commerce,  notamment  près  des  grands  chemins  de
cr  et  des  grandes  voies  navigables  qui  unissent
Autriche  et  le  Zollverein,  à  Vienne  par  exemple,
à  Plague,  à  Brünn,  à  Berlin,  à  Leipzig  et  à  Begensbouig,
  des  bureaux  communs,  où  les  marchandises
acquitteraient  les  droits  pour  le  compte  de  l’autre
territoire  douanier,  et  sans  s’arrêter  nulle  part,  seraient ­
  expédiées  pour  le  lieu  de  destination,  d’où
        <pb n="264" />
        252  •  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
même,  sans  payer  les  droits  et  sur  un  simple  acquit
à  caution,  elles  seraient  dirigées  vers  le  lieu  de  destination, ­
  non-seulement  sur  l’autre  territoire  douanier, ­
  mais  encore  au  delà.  De  cette  manière,  sans
expéditeurs  intermédiaires  ou  tout  au  moins  sans
nouvelles  formalités  de  douane,  des  envois  directs
pourraient  s’effectuer  de  Berlin  a  1  rieste  ou  de
Vienne  h  Hambourg.
«  A  cette  facilité  s’en  rattache  une  autre,  sur  laquelle ­
  l’Autriche  a  déjà  insisté  lors  de  la  négociation
(kl  traité  du  19  février  1853  ;  elle  concerne  les  droits
de  transit.  Ce  que  l’Autrichedésire  et  ce  qu’elle  est
prête  à  réaliser  peut  se  formuler  en  peu  de  mots.
L’Autriche  et  le  Zollverein  seraient,  sous  le  rapport
du  transit,  considérés  comme  un  seul  et  même  territoire ­
  douanier,  et,  quant  aux  péages  fluviaux,  le
commerce  avec  l’Autriche  serait  assimilé  à  celui  de
la  Prusse  et  de  la  Saxe  entre  elles.
«  Si  celle  proposition  était  adoptée,  les  marchandises ­
  qui  se  rendent  par  l’Autriche  dans  le  Zollverein ­
  ou  par  le  Zollverein  en  Autriche  ne  seraient  soumises ­
  à  aucun  droit  de  transit;  celles  qui  traversent
les  deux  territoires,  ne  payeraient  de  droit  de  transit
que  dans  le  premier  où  elles  entreraient.  Les  recettes ­
  de  transit  ne  seraient  pas  l’objet  d’un  partage.
(,  L’industrie  de  l’Autriche,  dans  les  provinces
du  nord  et  de  l’ouest,  est  obligée  d’emprunter,pour
les  matières  premières  qu’elle  lire  de  1  étranger,
le  territoire  du  Zollverein.  S’il  faut  qu  elle  acquitte
        <pb n="265" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  253
pour  ces  matières  le  droit  de  transit  ou  le  péage
fluvial  qui  le  remplace,  il  sera  impossible  d’apporter ­
  aux  droits  du  tarif  intermédiaire  sur  les  produits
fabriqués  des  réductions  sensibles,  qui  l’exposeraient ­
  à  la  concurrence  privilégiée  des  manufactures
du  Zollverein.
"  I-’Autiichc  demande  en  outre  des  modérations
de  droits  sur  les  produits  suivants  :  vin,  houblon,
animaux  de  boucherie  et  de  Irait,  beurre,  graisses
de  porc  et  d  oie,  lard,  produits  chimiques,  articles
de  quincaillerie,  til  de  fer,  ouvrages  en  écorce  et  eu
paille,  ouvrages  de  placage  et  parquets,  voitures
pour  le  transport  des  personnes,  tissus  de  laine  foulés, ­
  verreries  et  poteries.  Elle  demande  au.ssi  au
cartel  de  douane  diverses  modilicalions  dont  l'expérience ­
  a  fait  reconnaître  la  nécessité.  Enfin  les  négociations ­
  prochaines  auraient  à  ellacer  dans  les  tarifs
intermédiaires  de  petites  différences  de  tarification
dont  les  unes  ont  été  mentionnées  dans  le  prolotTrd
  T  'es  »“très  signalées  plus
Ces  onvertnres  émanées  du  cabinet  autrichien,
du  raité  de  février  dans  l'assimilation  du  tarif  du
Zollverein  à  celui  de  l'Autriche  quant  aux  distinc
lions  de  qualités  et  quant  au  libellé  des  articles
dans  l'établissement  de  bureaux  communs  d¡
        <pb n="266" />
        254  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
douane  sur  chacun  des  deux  territoires,  dans  l'uniou
de  l’un  et  de  l’autre  pour  le  transit  avec  le  dégrèvement ­
  de  ce  commerce,  dans  la  réduction  des  droits
sur  certains  produits  autrichiens  à  leur  entrée  dans
le  Zollverein  ainsi  que  dans  le  remaniement  du
cartel  de  douane,  ces  ouvertures  étaient  parvenues
trop  tardivement  à  la  connaissance  de  la  session  de
Weimar,  pour  que  celle-ci  pût  en  connaître;  mais
bien  qu’en  mars  1857,  les  commissaires  du  Zollverein ­
  eussent  été  convoqués  à  Berlin  pour  délibérer
sur  leur  contenu,  précisé  à  certains  égards  par  une
nouvelle  communication,  ils  n’avaient  pas  tardé  à
se  séparer  sans  prendre  de  résolution,  excepté  sur
quelquesdélails  de  tarif.  La  reprise,  à  Vienne,  à  partir ­
  du  mois  de  janvier  1858,  de  ces  pourparlers  entre ­
  l’Autriche  elle-même  et  trois  envoyés.  Tun  de
Prusse,  l’autre  de  Bavière,  le  troisième  deSaxe  chargés ­
  des  intérêts  du  Zollverein,  n’avait  abouti  non
plus,  le  10  avril,  qu’à  un  protocole  constatant  le  défaut ­
  d’entente,  cette  entente  ayant  échoué  notamment ­
  contre  l’exigence,  élevée  à  juste  titre  d’ailleurs,
de  la  part  de  l’Autriche,  de  voir  supprimer  irrémissiblement
  tous  les  droits  de  transit  dpnt  les  effets
compromettants  pour  les  relations  continentales
apparaissaient  d’une  façon  indéniable  depuis  l’ouverture ­
  d’un  grand  nombre  de  lignes  ferrées.  Or  la
troisième  tentative,  opérée  précisément  dans  le  cours
de  la  13®  session  à  Hanovre,  ne  devait  pas  avoir  une
issue  plus  favorable.
        <pb n="267" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  255
Ce  n’esl  pas  que  le  gouvernement  prussien  continuât ­
  à  insister  comme  il  l’avait  fait  jusqu’alors,  sur
les  objections  d’ordre  fiscal,  que  rencontrait  la  suppression ­
  des  droits  de  transit;  sans  doute  le  Zollverein ­
  aurait  à  supporter  un  sacrifice  financier  assez
considérable,  soit  380,000  thalers  (1,  425,000  fr.)
sur  des  droits,  qui  frappaient  surtout  le  transit  de
et  vers  l’Autriche,  alors  cependant  que  l’Autriche,
pour  tout  dire,  perdait  elle-même  60,000  florins
(150,000  fr.)  ;  seulement  les  réclamations  du  commerce ­
  a  1  encontre  de  cette  entrave  étaient  devenues
SI  intenses,  et  tant  d’autres  États  s’en  étaient  déjà
émus,  que  la  Prusse,  sans  vouloir  s’opposer  plus
longtemps  à  1  abolition  des  droits  d’exportation,  faisant ­
  fonction  de  droits  de  transit,  embrassa  au
contraire  ouvertement  une  cause  qui  ralliait  tant  de
su  rages.  Aussi  ce  changement  de  front  fit-il  concevoir, ­
  au  moment  où  il  se  produisit,  de  fort  belles  es-1&amp;gt;
  lances,  qui  malheureusement  devaient  être  encore
I,  pendant  plusieurs  années.  Tandis,  en  effet,
2  »^'(^(ait  décidée,  après  les  hésitations
asseai,meut  ù  lui  à  ,a  su.,p,-essieu  des  péages  du
Rlun,  perçus  par  les  duchés  de  liesse  et  de  Nassau
        <pb n="268" />
        256  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
et  comme  la  Hesse-Darmstadt  repoussa  absolument
toute  atteinte  aux  recettes  quelle  faisait  de  ce  chef,
le  projet  autrichien  succomba,  pour  la  troisième
fois,  par  suite  de  cet  incident  inattendu.
Quelque  fondée  que  pût  être  en  elle-même  l’exigence ­
  du  Grand-Duché  de  Bade,  on  ne  saurait  approuver ­
  assurément  un  procédé  qui  faisait  dépendre
le  sort  d’une  amélioration,  réclamée  par  l’intérêt
général,  de  la  réalisation  d’une  amélioration  similaire; ­
  et  toutefois,  la  pratique  s’était  si  bien  acclimatée ­
  chez  tous  les  alliés  de  consulter  avant  tout
leur  avantage  propre,  de  n’accorder  qu’une  attention ­
  distraite  aux  vœux  des  autres  membres  de  l’association, ­
  et  la  méfiance  réciproque  comme  conséquence ­
  naturelle  de  ces  agissements  avait  si
bien  fait  son  œuvre,  que  des  raisons  matérielles  ou
des  considérations  de  bonne  confraternité  ne  suffisaient ­
  plus  à  emporter  des  déterminations,  et  qu’un
accord,  qui  n’aurait  pas  été  imposé  par  des  nécessités ­
  urgentes,  ne  pouvait  être  établi  qu’après  la
laborieuse  supputation  par  cha(¡ue  participant  des
profits  et  des  concessions  personnels.  C’est  donc  à
juste  titre  que  toute  celte  époque  a  été  caractérisée
par  certains  auteurs  comme  une  époque  de  stagnation,
  puisque  le  Zollverein  s’y  est  montré  impuissant
il  développer  et  perfectionner  d’une  façon  essentielle
soit  son  système,  soit  sa  législation,  et  puisqu’il  n’est
parvenu  même  à  y  maintenir  son  organisme  et  à  y
suivre  sa  marche  régulière  qu’au  prix  des  négocia-
        <pb n="269" />
        17

PÉRIODE  DE  (854  A  1865.  257
lions  les  plus  pénibles  et  qu’avec  une  dépense  tout
Il  fait  anormale  de  temps  et  d’effoi  ts.
Il  faut  d’ailleurs  ranger  encore  dans  la  même  époque, ­
  par  la  modestie  de  ses  résultats,  la  14'  session
qui  fut  inaugurée  à  Harzbourg  le  5  juillet  1859
mais  qui  alla  dès  le  25  septembre  tenir  ses  réunions
a  ranswick  où  elle  les  clôtura  le  17  novembre.  Les
tarifs  étaient  encore  une  fois  à  l’ordre  du  jour  des
nouvelles  conférences  générales,  auxquelles  était
soumis  un  grand  nombre  de  motions  variées,  qui  ne
s  devaient  pas  à  moins  de  40  pour  les  droits  et  à
moins  de  77  pour  les  nomenclatures  de  marchan-Cependant

  la  majeure  partie  de  ces  motions  resti
rent  sur  lecarreau,  soit  qu’elles  en  eussent  renouve
d  anciennes,  écartées  déjà  jusqu’alors,  soit  qu’ell,
cèrent  notamment  le  suif,  l’huile  en  futailles  le
tubes  en  fer  forgé,  les  plaques  en  caouctiiouc  et  e,
eutta-perclia  et  à  une  boiiilication  moins  large  pou
        <pb n="270" />
        258  L’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
la  lare,  quand  il  s’agirait  de  ballots,pesant  un  poids
Ijriit  supérieur  h  8  quinlaux.
Nous  touchons  heureusement,  pour  rompíe
quelque  peu  avec  la  monotonie  de  ce  récit,  lequel
depuis  le  nouveau  traité  de  prorogation  du  Zollverein
na  guère  révélé  que  des  déceptions  périodiques,  à
un  moment  qui,  pour  avoir  donné  naissance  au  fameux ­
  traité  de  commerce  entre  l’association  douanière ­
  et  la  France,  forme  le  point  culminant  de  la
période  qu'embrassent  nos  développements  actuels,
et  ne  peut  manquer  d’arrêter  l'attention  du  lecteur
français,  désireux  même  sans  aucun  doute  de  nous
voir  aborder  d’aussi  haut  que  possible  les  relations
commerciales  de  l’Allemagne  avec  notre  pays.  Si  l’on
peut  regretter  et  s’étonner  que  le  lien  étroit  qui  s  etablit
  alors  entre  deux  grands  territoires  voisins  dans
le  domaine  des  intérêts  matériels,  n’ait  pas  réussi  h
prévenir  une  récente  et  terrible  conllagration,  on
peut  croire  au  moins,  pour  se  consoler  et  se  rassurer,
(lue  la  logique  des  faits,  qui  fait  découler  la  bonne
harmonie  de  la  communauté  des  intérêts,  n  aurait  pas
été  prise  en  défaut  à  su  pposer  que  les  peuples  en  cause
eussent  été  absolument  maîtres  de  leurs  destinées.
Les  négociations  qui  précédèrent  la  formation  de
la  grande  association  douanière  allemande  émurent
plus  d’une  grande  puissance  européenne,  mais  notamment ­
  l’Angleterre,  qui  appréhendait  à  juste  titre
dans  l’avénement  d’un  Zollverein  étendu  la  prospérité ­
  ascendante  de  l’industrie  germanique  et  la
        <pb n="271" />
        259

PÉRIODE  DE  1854  A  1865.
limitation  de  la  concurrence  étrangère.  C’est  qu’en
effet  il  n’y  avait  guère  jusque-là  que  la  Grande-Brelagne,
  qui  eût  tiré  un  parti  avantageux  de  la  condition ­
  douanière  de  l’Allemagne,  en  nourrissant  activement ­
  la  contrebande  avec  ses  marchandises,  ou
Inen  en  refoulant,  grâce  à  des  droits  infimes,  les
prodmts  nationaux  et  en  entravant  la  création
d  établissements  manufacturiers.  Aussi  travaillat-elle
  de  toutes  ses  forces  à  faire  avorter  une  combinaison ­
  aussi  menaçante  pour  ses  intérêts,  et  à  en
restreindre  en  tout  cas  l’extension  démesurée  par  la
conclusion  de  divers  traités  de  commerce  avec  des
régions  d  une  importance  secondaire,  telles  que  par
exemple  lav  die  de  Francfort-sur-le-Mein.  Quant  à  la
France  d  est  vrai  que  son  système  de  douanes  isoant,
  édifié  sur  bon  nombre  de  prohibitions,  la  metai
  rarement  aux  prises  avec  le  commerce  extérieur
e  faisait  renchérir  assez  sensiblement  la  production
■■  digène,  pour  qu’à  l’exception  peut-être  des  artios
  de  molles  et  de  luxe  et  de  ses  vins,  peu  d’autres
        <pb n="272" />
        m

LALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

nous  en  matière  poUliqne,  ne  manquèrent  pas  dans
le  milieu  oii  s’exerçait  leur  mandat  de  faire  naître
des  scrupules  à  1  encontre  des  rapports  intimes  projetés ­
  avec  la  Prusse  el  de  raviver  le  souvenir  d’anciennes ­
  alliances  avec  la  France  comme  aussi  celui
des  avantages  v  attachés.  Toutelois  les  perspectives
intimidantes  d’une  souveraineté,  amoindrie  par  la
Prusse,  pas  plus  que  les  olfres  de  certaines  concessions ­
  de  tarif  ne  firent  beaucoup  do  prosélytes,  et  si
le  seul  duché  de  Nassau  ne  se  montra  pas  sourd  aux
ouvertures  et  aux  remontrances  de  notre  pays,  les
considérations  dynastiques  et  les  conséquences  redoutées ­
  d’un  Zollverein  y  firent  certainement  plus,
que  l’octroi  de  faveurs  douanières.  Ces  faveurs
n’étaient  pas,  eu  effet,  bien  considérables,  paila ­
  raison  que  le  gouvernement  de  juillet,  entièrement ­
  acquis  au  système  protecteur,  et  soucieux
avant  tout  des  intérêts  de  la  bourgeoisie  industrieuse ­
  se  serait  bien  gardé  de  porter  une  atteinte
tant  soit  peu  profonde  aux  droits  exorbitants,  que
la  tutelle  administrative  avait  fait  établir,  et,  au  demeurant, ­
  elles  se  réduisirent  h  de  légers  avantages
pour  les  eaux  minérales  du  duché.
Quand  en  1834  le  Zollverein  allemand  se  fut  définitivement ­
  constitué,  il  devint  impossible  au  gouvernement ­
  français,  dontja  politique  venait  d’essuyer
cet  échec,  de  méconnaître  que,  dans  ses  relations
commerciales  avec  l'Allemagne,  il  h"  faudrait  ésormais
  compter  avec  un  facteur  bien  autrement
        <pb n="273" />
        261

i&amp;gt;í:iiiouE  UE  1854  a  1865.
imposant  et  résistant  que  ne  l’avaient  été  jusqu’ici
les  intimes  gouvernements  (l’Allemagne,  mus  la
plupart  (lu  temps  par  les  considérations  les  plus
mesquines.  Aussi  songea-t-il,  avant  tout,  à  se  procurer ­
  une  connaissance  approfondie  de  cette  création ­
  et  à  se  renseigner  sur  l’état  des  esprits  en  Allemagne. ­
  C  est  dans  ce  but  qu’il  chargea  en  1835
•M.  Engelhardt,  commissaire  de  la  navigation  sur
le  Miin,  de  parcourir  une  partie  du  sol  allemand,
et  (1  y  recueillir  des  observations.  L’envoyé  français
séjourna  quelque  temps  à  Berlin,  et  se  borna  à
exprimer  verbalement  le  désir  de  son  gouvernement
d  arriver  avec  le  Zollverein  à  une  entente  de  nature
a  faciliter  les  rapports  commerciaux.  Les  communications ­
  ofhcielles  ne  furent  pas  poussées  plus  loin
car,  bien  que  le  cabinet  de  Berlin  eût  tendu  depuis
quelque  temps  déjà  vers  la  conclusion  d’un  traité  de
navigation  avec  la  France,  dans  lequel  il  se  serait
agi  notamment  de  doter-  les  deux  pavillons  des
mêmes  prérogatives,  il  avait  rencontré  dans  l’esprit
        <pb n="274" />
        262  L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
l’association  douanière  ne  projetât  sérieusement
d’établir  un  système  de  douane  différentiel,  d’user
de  représailles  envers  la  France  et  de  lui  ravir  les
bénéfices  notables  découlant  de  l’introduction  en
Allemagne  de  ses  produits  naturels  ou  manufacturés. ­
  M.  Engelhardt  reparut  en  août  1839  à  Berlin,
où  il  se  rencontra  avec  MM.  Bowring  et  Dodge,  les
délégués  de  l’Angleterre  et  de  l’Amérique  du  Nord,
qui  avaient  également  choisi  l’époque  à  laquelle  les
conférences  générales  organisées  périodiquement
par  l’association  douanière  allaient  avoir  lieu  denouveau,
  pour  observer  la  tournure  des  événements, ­
  et  pressentir  les  dispositions,  qu’en  se  prolongeant, ­
  le  Zollverein  manifesterait  dans  la  question ­
  des  tarifs.  Ou  approchait  en  effet  de  l’expiration
de  la  première  période  d’existence  convenue,  et  le
système  encore  inachevé  des  taxes  fédérales  devait
entraîner  des  discussions  et  subir  des  fluctuations
d’un  intérêt  manifeste  pour  les  nations  étrangères
auxquelles  l’Allemagne  avait  offert  jusqu’ici  un
débouché  des  plus  dociles  et  des  moins  dispendieux.
Tandis  que  l’envoyé  britannique  ne  paraissait
occupé  que  d’un  traité  postal  avec  la  Prusse,  et  que
le  commissaire  de  l’Amérique  septentriouale  reprenait ­
  d’anciennes  propositions  relatives  à  une  réduction ­
  des  droits  sur  le  tabac  en  feuilles,  M.  Engelhardt ­
  se  déclarait  autorisé  à  préparer  le  terrain  d’un
traité  de  commerce  étendu  avec  le  Zollverein,  mais
il  n’avait  pas  reçu  mission  de  taire  des  ouvertuies
        <pb n="275" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  263
précises  ;  aussi  quand  le  gouvernement  prussien  eut
misun  de  ses  fonctionnaires,  M.  Weslphal,  en  communication ­
  verbale  avec  lui,  il  fut  entendu  entre
les  négociateurs,  que  les  explications  réciproques
ne  lieraient  nullement  les  deux  cabinets,  et  ces
explications  furent  finalement  consignées  dans  nn
«  résumé  écrit  des  paroles  officieuses  et  personnelles
échangées  entre  MM.  Westphal  et  Engelhardt.  »
L’issue  n’en  fut  rien  moins  que  satisfaisante.
L’organe  de  la  France,  qui  insistait  pour  la  modération ­
  des  droits  d’entrée  sur  nos  vins  et  nos  spiritueux, ­
  tontes  nos  variétés  de  tissus,  nos  tapis,  notre
•porcelaine,  nos  glaces  et  nos  articles  de  bronze
pour  l’assimilation  du  sucre  français  au  sucre
liol  andais,  et  pour  des  facililés  de  transit  considérables, ­
  n’avait  en  effet  qualité  que  pour  offrir  des
concessions  fort  restreintes  par  rapport  aux  droits
sur  les  étoffés  de  soie,  aux  bestiaux  et  à  la  levée  de
n  prohibition  frappant  l’importation  des  objets  de
coutellerie,  et  croyait  devoir  plus  ou  moins  compléement
  écarter  les  demandes  tendant  à  des  rapports
présentant  de  la  Prusse  réclamait  un  traitement
absolument  identique  pour  les  deux  territoires,  ainsi
que  1  adoption  d’une  clause,  eu  vertu  de  laquelle  les
ports  situés  à  l’embouchure  de  l’Elbe,,  du  Wéser
        <pb n="276" />
        264  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
de  l’Ems,  de  l’Escaut  et  du  Rhin  devraient  être  considérés ­
  comme  des  avant-ports  de  l’association  douanière; ­
  et  cette  égalité  parfaite  qu’il  s’agissait  de  réaliser ­
  dans  un  traité  de  navigation  paraissait  à  Al.  Engelhardt ­
  devoir  par  trop  exclusivement  favoriser  la
Prusse  pour  que  la  France  pût  prêter  la  main  à  semblable ­
  traité  san  s  des  concessions  de  tarif  importantes.
Toutefois  le  cabinet  des  Tuileries,  ne  désespérant.
pas  de  voir  aboutir  à  une  entente  finale  les  pourparlers ­
  qui  avaient  eu  lieu,  fit  proposer  par  son  chargé
d’affaires,  M.  Humaun,  de  les  reprendre  à  Paris
même;  mais  la  Prusse,  qui,  en  réponse  à  cette  ouverture, ­
  demanda  à  se  concerter  au  préalable  avec
les  autres  membres  du  Zollverein,  n  y  donna  pas
d’autre  suite,  soit  que  les  espérances  fondées  par  le
gouvernement  français  su  ries  premières  négociations
ne  fussent  pas  partagées  de  l’autre  côté  du  lUiiu,
soit  que  la  situation  politique,  et  l’expiration  imminente ­
  des  traités  d’union  parussent  aussi  rendre  la
prolongation  du  débat  sur  ce  point  quelque  peu  intempestive. ­
  Cet  accueil  n’était  pas  fait  sans  doute
pour  disposer  favorablement  l'administration  française ­
  dont  la  politique  commerciale  ne  se  recommandait ­
  pas  d’ailleurs  par  un  grand  libéralisme  et  de
sages  ménagements,  et  voilà  comment  l’ordonnance
du  24  septembre  1840  éleva  à  8  Ir.  le  droit  sui
les  aiguilles,  qui  selon  leur  finesse  s’était  mû  jusquelà
  entre  1  et  2  fr.  par  kilogramme.  Une  telle  mesure,
à  laquelle  étaient  venues  s’ajouter  encore  d  autres
        <pb n="277" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  265
aggravations  de  droits  sur  les  hameçons,  les  fils  de
et  de  chanvre  et  le  linge  de  table,  devait  naturellement ­
  avoir  son  contre  coup  en  Allemagne  où
la  Prusse  se  fit  l’interprète  du  sentiment  dominant
en  présentant  le  25  janvier  1841  devant  les  confémices
  générales  en  cours  à  Berlin  une  motion  len-&amp;lt;lanl
  a  lasurlaxe  correspondante  des  articles  les  plus
^portants  d'importation  française  pour  le  cas  où
s  négociations  ouvertes  avec  la  France  ne  la  fe-■aienlpas
  revenirsurles  déterminations  qui  faisaient
giie  .  Mais,  comme  la  motion  prusienne  échoua  cou--
  de  certains  alliés  et  comme  les
■
        <pb n="278" />
        266  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
de  sollicitude,  regrettable  sans  doute,  pour  des  branches ­
  de  travail,  dont;  pour  ne  parler  que  des  aiguilleries,
  une  protection  excessive  n'a  pu  empêcher
l’infériorité  relative  de  se  révéler  manifestement
dans  les  premières  expositions  universelles  de  Londres ­
  et  de  Paris,  et  sous  l’empire  d’une  irritation,  soigneusement ­
  entretenue  par  laPrusse,  qui  avait  eu  cependant ­
  des  manques  de  procédés  à  se  reprocher  dans
cette  circonstance,  les  commissaires  du  ZollvereinassemblésàStuttgard
  décidèrent,  ainsi  quenouscroyons
l’avoir  dit  déjà  ailleurs,  qu’à  partir  du  1  "janvier  1843,
le  double  des  droits  d’entrée  établis  par  le  tarif
serait  perçu  sur  divers  objets  de  mercerie,  ainsi
que  sur  les  gants  de  peaux,  les  eaux-de-vie  de  vin,
et  les  papiers  peints,  tant  que  le  gouvernement ­
  français  n’aurait  pas  rendu  à  l’introduction
des  produits  allemands  malmenés,  ses  facilités
antérieures,  et  n’aurait  pas  non  plus  retiré  la  surtaxe, ­
  qui  venait  tout  récemment  d’aggraver  également ­
  l’entrée  du  zinc.  En  présence  de  cette  décision
peut-être  inattendue,  l’ambassadeur  de  France  à
lierlin  reçut  l’ordre  d’entreprendre  un  nouveau
rapprochement  avec  le  Zollverein,  et  adressa  à  cet
effet,  le  8  décembre  1842,  une  note  au  ministère
prussien,  dans  laquelle,  revenant  sur  les  conversations ­
  échangées  en  1839  entre  MM.  Westphalet  Engelhardt, ­
  il  les  proposait  à  son  tour  comme  base  de
l’arrangement  à  intervenir.  Celle  note  était  accompagnée ­
  d’un  mémoire  dont  l'auteur,  ministre  du
        <pb n="279" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.

267

commerce  de  France,  s’appliquait  à  affaiblir,  comme
n’étant  fondées  qu’en  partie,  les  récriminations
des  fabricants  allemands,  à  l’encontre  des  résolutions ­
  douanières  prises  par  son  pays,  tandis  que  les
mesu  res  arrêtées  à  Sluttgard,considéréesdansleurintégralité,
  comporteraient,  selon  lui,  un  accroissement
dechargesvariantentre65et  136  p.  100.  Aussi  la  suspension ­
  de  ces  dernières  mesures  était-elle  réclamée
de  la  part  delà  France,  comme  une  condition  à  laquelle ­
  était  subordonnée  absolument  la  poursuite
des  négociations  entreprises;  mais  la  Prusse  ne  témoigna ­

  pas  un  grand  empressement  à  répondre
pour  lutter  sans  doute  de  hauteur  avec  une  nation
qui  se  croyait,  au  dire  des  écrivains  allemands,  tout
permis  dans  le  domaine  du  commerce  extérieur,  en
considérant  par  contre  la  moindre  tentative  de  rétorsion ­
  (le  la  part  do  l’Allemagne  comme  un  attentat ­
  à  sa  dignité  ;  et,  quand  la  réponse  parut  enfin  à  la
date  du  7  mars  1843,  on  n’y  put  rencontrer  (ju’une
réfutation  des  assertions  émises  par  le  factum
rançais,  avec  la  déclaration,  que  le  retrait  des  droits
péiieuis  jugés  nécessaires  par  le  Zollverein  devrait
  être  précédé  d'une  salisfaclion  donnée  aux  demkrata
  tels  qu  ,1s  avaient  été  formulés  par  la  Prusse
dans  le  résumé  dont  il  a  été  question  plus  haut.
Devant  une  diveigence  de  vues  aussi  tianchée
toutes  démarches  furent  des  deux  côtés  momentanément ­
  interrompues,  et  ce  n’est  que  le  8  septembre ­
  1843,  que  notre  ambassadeur  à  Berlin  recom-
        <pb n="280" />
        268

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

mença  une  campagne  contre  les  délibérations  de
Stiiltgard,  dont  il  demandait  la  mise  à  néant,  en
apportant  de  son  côté  de  nouveaux  éléments  de  conciliation.

C’est  ainsi  que,  tout  en  déclinant  une  réduction
de  droits  sur  les  horloges  en  bois,  il  olîrait  notamment ­
  comme  reculant  les  sacrifices  de  la  France  à  leur
dernière  limite,  certaines  concessions  comprenant  :
r  Une  nouvelle  classification  des  limes  et  râpes,
dont  l’Allemagne  non  moins  que  l’Angleterre  pourvoyaient ­
  abondamment  la  France,  et  qui  selon
«pi’ellesétaient  rangées  parmi  celles  /a¿7/e  dites ­
  communes  ou  celles  à  polir  dites  ßnes  étaient
soumises  à  un  droit  d’entrée  de  80à  265  fr.par  100
kilogrammes;  or,  de  ce  qu’une  loi  du  26  juin  1842
considérait  comme  fines  les  limes  présentant  plus  de
8  tailles  par  centimètre,  une  sorte  d  interdiction
était  venue  à  peser  sur  l’entrée  en  France,  cette  entrée ­
  amenant  à  sa  suite  pour  les  qualités  usuelles
une  augmentation  de  droits  de  216  0/0.
2“  L’abaissement  dans  la  proportion  d’un  sixième,
par  suite  du  traité  du  16  juillet  1842  passé  avec
la  Belgique,  du  droit  d’entrée  sur  les  fils  de  lin
et  de  chanvre,  et  l’assimilation  des  importations
fédérales  à  celles  de  la  Belgique,  sous  la  condition
que  le  Zollverein  prohibât  le  transit  vers  la  France
île  fils  et  tisssus  de  fin  étrangers,  et  établit  le  tarif
français  relatif  à  ces  objets  à  toutes  les  frontières  ne
confinant  pas  à  la  France.
        <pb n="281" />
        269

PÉRIODE  DE  1854  A  1865.

3°  L’éventualité  de  quelques  adoucissements  par
Iapport  aux  aiguilles  à  coudre,  adoucissements  que
devait  procurer  un  projet  de  loi  déjà  introduit  devant ­
  les  chambres  ou  bien  une  ordonnance  intervenant ­
  à  titre  provisoire.
4  Eniin  la  suppression  de  la  surtaxe,  dont  était
gievéle  zinc  importé  sous  pavillon  étranger.
Ces  propositions  furent  portées  par  le  cabinet
berlinois  devant  1  assemblée  des  commissaires  douaniers,
  qui  siégeait  justement  à  ce  moment  dans  la

capitale  de  la  Prusse,  mais,  comme  les  commissaires,
prévenus  contre  les  suggestions  de  la  France  par
leurs  hôtes,  manquaient  d’ailleurs  la  plupart  d’instructions ­
  nécessaires,  ils  ne  prirent  pas  de  délibélation
  à  ce  sujet  et  se  trouvèrent  seulement  d’accord
pour  vouloir  riposter  à  de  nouvelles  agressions  dont
1  industrie  fédérale  deviendrait  l’objet,  par  d’énergiques ­
  représailles  accentuées  sur  les  vins,  les  soieries
et  les  porcelaines  de  France.
La  France  quoique  rebutée,  et  sans  pouvoir  toute ­
  OIS  s  arracher  à  cet  engouement  protectionniste
et  prohibitionniste,  qui  se  livrant  carrière  sans  Tex-SSHSÊ

tant  son  nouveau  représentant  à  liertin,  le  marquis  de
Dalmatie,  à  offrir,  ce  que  celui-ci  fit  effectivement
le  30  décembre  1844,  des  conditions  un  peu  plus
avantageuses.  Au  sujet  des  einq  points,  qui  avaient
        <pb n="282" />
        2Y0  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
principalement  alimenté  la  critique  du  Zollverein,
ce  diplomate,  retirant  la  promesse  faite  autrefois
de  l’abolition  de  la  surtaxe  sur  le  xinc,  faisait  au
moins  pressentir  une  solution,  conforme  aux  vœux
de  l’association,  pour  les  horloges  en  bois,  se  rendait ­
  aux  modifications  désirées  par  rapport  aux  limes
  et  râpes,  en  demandant  seulement  des  garanties ­
  contre  l’importation  de  produits  de  provenance
tierce,  maintenait  également  sous  des  gai  anties
identiques,  la  réduction  antérieurement  proposée,
d’un  sixième  sur  le  droit  acquitté  par  les  fils  et  tissus ­
  de  lin,  et  s’engageait  à  assurer  une  modération
de  droits  de  25  0/0  aux  aiguilles,  ayant  une  longueur ­
  égale  ou  inférieure  à  4  centimètres.
Le  gouvernement  français  consentait  en  outre,
fidèle  en  cela  aux  dispositions  qu’atteste  déjà  le
sumé,  à  diminuer  d’un  cinquième  le  droit  sur  le  cuivre ­
  laminé,  et  d’un  tiers  le  droit  sur  le  fromage,  à
se  conformer  au  poids  pour  la  perception  de  la
taxe  sur  le  bétail,  à  user  à  la  douane  de  procédés
meilleurs  lors  du  transit  d’articles  de  soieries  ou  de
marchandises  atfeclant  certaines  manières  d’être
et  il  conclure  enfin  un  traité  de  navigation.
Mais,  en  échange  de  ces  actes  de  libéralité,  la
note  française  entendait,  que  le  Zollverein  se  départît ­
  des  aggravations  inscrites  depuis  StuUgard  à  la
suite  de  son  tarif,  qu’il  abaissât  de  moitié  le  droit
de  sortie  sur  la  laine,  et  qu’il  modérât  les  droits  établis ­
  sur  les  dentelles  françaises,  sur  la  batiste  et
        <pb n="283" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  271
sur  les  tissus  de  laine  et  de  coton;  et  finalement  elle
provoquait,  en  le  combinant  avec  le  traité  de  commerce ­
  et  de  navigation,  un  accord  relatif  à  la  garantie ­
  de  la  propriété  littéraire  et  artistique.
Les  gouvernements  associés  furent  mis  au  courant
'les  noüvelles  bases  par  le  ministère  prussien,  «ni
ou  en  ayant  fait  tenir  aussi  simultanément  à  l’amliassadeur
  français  un  mémoire  destiné  originairement ­
  a  son  devancier,  s'était  réservé  un  examen  et
une  appréciation  ultérieurs.  Mais,  avant  queces  gouvernements, ­
  jaloux  sans  doute  d’entretenir  leur
antique  réputation  de  lenteur,  eussent  pris  un  parti, ­
  une  loi  relative  aux  douanes  était  rendue  le  &amp;lt;)
jnin  1845  en  France,  qui  créa  de  nouvelles  entra-VS
  a  1  introductton  de  marchandises  fédérales  eu
élevant  tmtamment  le  droit  sur  les  graines  oléagineuses, ­
  del  à  3  francs  par  100  kilog.,  selon  la
pi  ovenance  de  ces  denrées  et  la  différence  des  pa-V
  lions.  C  est  sous  l’impression  de  celte  loi  qu’Ll
1  (^uaux  conférences  douanières  de  Carlsrul.e  la  dis-
        <pb n="284" />
        272

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

par  leur  importance,  avec  les  modérations  de  droits
qu’elle  consentait  sur  le  cuivre,  le  fromage  et  le  bétail, ­
  on  déclara  ne  vouloir  laisser  tomber  les  résolutions ­
  de  Stuttgard  qu’autant  qu’une  satisfaction
complète  serait  promise  sur  les  cinq  points  particulièrement ­
  précisés.  En  conformité  de  cette  détermination, ­
  le  ministère  prussien  fit  le  5  décembre
1845  une  réponse  définitive  à  la  note  du  30  décembre ­
  1844,  réponse  de  laquelle  il  résultait  que  le
Zollverein,  au  regret  de  ne  pouvoir  suivre  sur  des
offres  trop  dépourvues  encore  d  ampleur,  verrait
avec  plaisir  la  France  luien  soumettre  de  nouvelles
plus  acceptables.  Mais  la  manifestation  que  sollicitait ­
  cette  réponse  n’eut  pas  lieu,  et  rien  ne  paraissait ­
  désormais  devoir  être  changé  au  statu  quo,  quand
un  décret  du  10  juin  1848  vint  encore  empirer ­
  les  relations  réciproques,  parcela  qu’il  élevait
de  50  centimes  toutes  les  primes  d  exportation
existant  en  France,  entre  autres  celles  destinées  aux
fils  et  aux  étoiles  de  coton,  ainsi  qu’aux  fils  et  aux
étoffes  de  laine  et  accordait  aussi  de  nouvelles  primes ­
  à  l’exportation  des  fils  et  tissus  de  lin  et  des
articles  de  soieries.  Sur  des  plaintes  formulées  à  cette
occasion  par  les  fabricants  allemands,  les  gouvernements ­
  composant  l’union  douanière  résolurent  de
surtaxer  d’une  manière  correspondante  ceux  de  nos
articles  d’exportation,  entrant  dans  le  Zollverein,
sur  lesquels  il  avait  été  alloué  des  primes.  H  est  vrai
que  le  ministre  de  France  à  Berlin  ayant  fait  savoir
        <pb n="285" />
        18

PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  273
dans  le  courant  du  mois  de  novembre,  que  le  decret ­
  du  10  juin  1848  cesserait  d'être  en  vigueur  à  la
in  de  la  même  année,  on  laissa  tomber  les  surtaxes
■
        <pb n="286" />
        274  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Hanovre  dans  le  sens  de  la  réduction  du  droit  établi ­
  sur  le  vin,  sans  qu’il  fût  nécessaire  pour  cela  de
lui  offrir  des  compensations.  Par  contre,  la  Prusse
résista  aux  vues  de  notre  ambassadeur  M.  Lefébre,
lequel  s’était  borné,  au  mois  de  novembre  18ol,  à
rechercher  un  arrangement,  qui  protégeât  les  auteurs ­
  contre  la  contrefaçon  de  leurs  œuvres,  voulant ­
  ainsi  reprendre  mais  isolément  la  proposition,
que  le  marquis  (le  Dalmalie  avait  patronnée  dans
sa  note  du  30  décembre  18ÍÍ  de  concert  avec  un

traité  de  commerce.
Aussi  bien,  le  vent  d’orage,  qui  soufttait  en  ce
temps  sur  l'association  et  qui  mit  même  sou  existence ­
  future  en  péril,  n'était  aucunement  propice  à
(les  débats  de  celte  nature  avec  l’étranger.  Mais
après  que  les  conventions  du  19  février  et  4  avril
1853  eussent  rendu  quelque  calme  h  cette  association, ­
  qui  venait  d’assurer  son  avenir  pour  douze  nouvelles ­
  années  et  d’établir  avec  un  voisin  aussi  considérable ­
  que  l’Autriche  des  relations  particulières
¡oùstituait  à  vrai  dire  un  système  de  droits  différentiels, ­
  appliqué  réciproquement  sur  une  trèsvaste
  échelle,  il  fallait  s’attendre  à  ce  qu’elle  attirât ­
  l’attention  des  États  du  dehors,  en  communication ­
  d’intérêts  avec  l’Allemagne.  Celte  prévisioii  ^
réalisa  notamment  pour  la  France  qui,  si  sollicitée
qu’elle  fût  à  celte  époque  par  sa  réorganisation  intérieure, ­
  ne  pouvait  rester  indifférente  devant  1  alliance ­
  intime  que  le  traité  de  février  consaciail  en-
        <pb n="287" />
        PÉmoDE  DE  1854  A  1865.  275
lie  le  Zollverein  el  l'empire  d'Aulriche  et  devant
I  union  dou.anièie  complète,  qui  devait  succéder-  à
ce  rapprochement.  Le  chargé  d'affaii-es,  M.  de  Gahriac,
  ne  manqua  pas  en  effet  de  faire  tenir  au  ca-=
  :
que  commerciales  entre  les  deux
puissances  ;  car,  d'après  cet  exposé,  il  devait  être
pourvu  en  même  temps  aux  rapports  commerciaux
c  mari  unes,  et  la  conclusion  simultanée  d'un
rpszTrs;;;-;“
■
        <pb n="288" />
        276

l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

notamment  d’un  traitement  égal  dans  les  transports
directs,  à  réduire  les  droits  pour  la  laine  brute,  le
cuir  laqué,  les  horloges  en  bois,  les  jouets  d’enfants,
les  limes,  les  râpes,  et  les  aiguilles  à  coudre  et  à  ne
les  percevoir  que  sur  le  poids  du  bétail  introduit.
Mais  sans  même  croire  nécessaire  de  se  concerto ­
  r  avec  ses  associés,  le  gouvernement  prussien  prit
sur  lui  de  répudier  des  bases  qu’il  trouvait  impropres ­
  à  un  arrangement  commercial,  et  dès  lors,
quoi  de  surprenant  que  tant  de  tentatives  demeurées
infructueuses  aient  engendré  la  lassitude  et  amené
dans  les  négociations  un  nouveau  répit  des  moins
fugitifs?  Aussi  ne  fallait-il  peut-être  rien  moins
qu’une  véritable  révolution  économique,  accomplie
d’un  côté  ou  de  l’autre,  pour  aplanir  les  difficultés
qui  s’étaient  jusque-là  opposées  à  toute  entente,  et
cette  révolution  devait,  pour  notre  honneur,  commencer ­
  par  s’opérer  dans  notre  pays,  car  si  dans  le
tarif  originaire  de  la  Prusse  de  1818,  et  dans  les
fixations  ultérieures  de  droits,  basées  sur  ce  tarif,
auxquelles  avait  procédé  le  Zollverein,  on  s’était,
de  l’autre  côté  du  Rhin,  tenu  par  principe  assez
longtemps  éloigné  du  système  protecteur,  il  est
certain  que  depuis  on  s’en  ôtait  encore  une  fois  rapproché ­
  dans  une  certaine  mesure.  Mais  ce  serait
une  erreur  que  de  croire,  que  l’état  de  choses  antérieur ­
  à  cette  ère  nouvelle  et  fondé  sur  de  pures
relations  de  fait  n’ait  donné  que  des  résultats  indignes ­
  d’attention!
        <pb n="289" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.

277

En  consultant,  suivant  lavis  de  Richelot,  les
relevés  de  notre  administration  des  douanes  à  partir ­
  de  1827,  année  depuis  laquelle  la  statistique  de
noire  commerce  extérieur  est  faite  régulièrement  et
sur  des  bases  uniformes,  el  en  embrassant  un  espace
de  trente  années  consécutives,  divisibles  en  trois  pértodes
  déce  únales,  on  obtient  pour  ces  trois  périodes
les  moyennes  suivantes,  se  référant  d’une  part  au
commerce  général  à  l’importation,  c’est-à-dire  à
celui  qu’alimentent  toutes  les  marchandises  importées ­
  d’Allemagne  en  France,  quelle  qu’en  ait  été
la  destination,  d’autre  part  au  commerce  général  à
l’exportation,  c’est-à-dire  à  celui  qui  comprend  à
a  fois  les  marchandises  françaises  et  les  marchandises ­
  étrangères  envoyées  de  France  en  Alternagne

  :

1827-36.
1837-46.
1847-56,

Importation.
56million88
73  __  {
7&amp;lt;j  —  {)

60  millions  0
75  O
63  _  3

Exportation.

1827-36,
1837-46
1847-66,

Importation.
19  millions  9
34  —  9
46  —  9

Exportation.
42  millions  5
60  -  8
60  —  6
        <pb n="290" />
        278

l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

Comme  ces  chiffres  représentent  dos  valeurs  officielles^ ­
  reposant  sur  les  mêmes  bases  depuis  1827,
nous  pouvons  par  eux  apprécier  exactement  le
mouvement  des  quantités.  Or  ils  attestent  des  relations ­
  plus  actives  durant  la  seconde  période  où  le
Zollverein  fonctionnait  avec  une  ardeur  toute  juvénile, ­
  que  durant  la  première  où  il  se  constituait
peu  à  peu.  11  est  vrai,  qu’en  entrant  dans  le  détail, ­
  on  aperçoit  des  affaissements  temporaires
dans  le  commerce  de  certains  articles,  en  particulier ­
  dans  l’envoi  de  nos  vins,  auxquels  la  rivalité
des  vins  allemands  fortifiée  par  les  surtaxes,  que
les  crus  de  France  supportaient  depuis  Stuttgard,
enlève  en  peu  d’années  plus  du  tiers  de  leur  ancien ­
  débouché.  Mais,  en  définitive,  sans  s’accroître
avec  rapidité,  le  commerce  des  deux  contrées  n’a
été  nullement  atteint,  dans  l’ensemble,  par  le  fait
de  l’association,  et  lui  a  été  redevable  au  contraire
d’une  marche  ascendante,  confirmant  la  sagesse  de
cette  conception  au  point  de  vue  allemand,  et  l’influence ­
  heureuse  qu’exerce  sur  les  nations  la  prospérité ­
  de  chacune  d’elles.
Si  la  troisième  période  offre,  au  premier  abord,
des  résultats  moins  satisfaisants,  cela  tient  à  ce  que
les  moyennes  se  ressentent  de  plusieurs  années  d’agitation ­
  politique  ayant  comme  toujours  réagi  de  la
façon  la  plus  funeste  sur  les  affaires.  Mais  les  chiffres
des  dernières  années,  qui  rentrentdans  cette  période,
révèlent  une  augmentation  significative,  qui  atteint
        <pb n="291" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  279
son  apogée  en  1857,  année  où  les  importations  s’élèvent ­
  à  235  millions  7  au  commerce  général,  à  80,
8  au  commerce  spécial,  et  les  exportations  respectivement ­
  à  133,  3  et  111,2.  Les  échanges  entre  la
France  et  l’Allemagne  en  même  temps  que  le  transit ­
  par  la  France  de  et  vers  l’Allemagne  ont  pris  des
proportions  imposantes,  que  ne  démentiraient  certainement ­
  pas  les  relevés  allemands  des  époques
correspondantes,  si  nous  avions  été  ou  si  les  historiens ­
  allemands  nous  avaient  mis  à  même  de  les  interroger. ­

D’ailleurs,  on  s’en  peut  faire  une  idée  plus
exactej  au  moyen  des  valeurs  actuelles  ou  des  valeurs ­
  calculées  pour  l’année  même  par  une  commission ­
  spéciale.  D  après  ce  mode  d’estimation,  les
chiffres  de  l’importation  pour  1857  sont  281  millions ­
  8  et  120,  7;  ceux  de  l’exportation,  140,  8  et
117,  7;  soit  au  commerce  général  un  total  de  422
millions  6,  au  commerce  spécial  de  238,  4.  Dans
la  même  année  1857,  1  association  douanière  s’est
trouvée,  pour  l’ensemble  des  opérations,  la  quatrième ­
  en  importance  des  pays,  qui  trafiquent
avec  la  France.  Habituellement  du  reste,  elle  a  figuié
  sur  cette  liste  à  un  rang  élevé,  n’y  cédant  guère
le  pas  qu’à  l’Angleterre,  la  Belgique,  la  Suisse,  l’Italie. ­

Mais  afin  de  nous  renseigner  aussi  sur  la  nature
du  commerce  entre  les  deux  pays,  Richelot  a
réuni  les  indications  ci-après  en  valeurs  officielles.
        <pb n="292" />
        280  l’allemagne  économique.
qui  le  répartissent,  pour  1841  et  pour  1857,  entre
quelques  grandes  catégories  de  marchandises  :
I.  —  Commerce  général.

IMPORTATIONS  EN  FRANCE.

Matières  nécessaires  à  l’industrie..
Objets  de  consommation  naturels.
Objets  de  consommation  fabriqués.

1841
57  millions  7
9  —  5
20—2

1857
56  millions  1

28
150

—  7
—  8

Produits  naturels
Produits  manufacturés

EXPORTATIONS  DE  FRANCE.
1841
12  millions  71  35  millions  5
38  —  5  97  —  7

1857

II.  —  Commerce  spécial.

IMPORTATIONS  EN  FRANCE.

Matières  nécessaires  h  l’industrie,.
Objets  de  consommation  naturels.
Objets  de  consommation  fabriqués.

1841
38  millions  2
8  —  4
5  —  4

EXPORTATIONS  DE  FRANCE.

Produits  naturels....
Objets  manufacturés.

1841
10  millions  8
37  —  1

1857
48  millions  9
22  -  7
9  _  2

1857
22  millions  5
88-5

Ces  indications  accusent  bien  les  différences  qui
existent  dans  les  envois  des  deux  territoires.  Tandis
qu  en  1857  comme  en  1841  ceux  du  Zollverein  à  la
France,  commerce  spécial,  consistent  essentiellement
        <pb n="293" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  281
eu  matières  nécessaires  à  l’industrie  et  en  objets  de
consommation  naturels,  ceux  de  la  France  au
Zollverein  portent  avec  une  prédominance  marquée
sur  des  produits  manufacturés.  Les  produits  allemands, ­
  dont  l’importation  en  1857  représente  les
valeurs  les  plus  considérables,  sont  les  suivants  :
bestiaux,  houille,  bois  commun,  céréales,  laines  en
masse,  peaux  brutes,  coke.  Parmi  les  produits
français,  les  tissus  de  soie  figurent  au  premier  rang;
viennent  ensuite,  mais  à  une  grande  distance,  tissus
de  laine,  mercerie,  vins,  fils  de  laine,  tissus  de
coton,  bois  communs,  garancine,  peaux  préparées  ;
et  daivs  ce  défilé  des  objets  demandés  et  employés
des  deux  parts  se  trouvent  bon  nombre  de  ceux,  autour ­
  desquels  nous  avons  vu  les  négociateurs  se  livrer
combat.
11  ne  faudrait  toutefois  pas  conclure  de  ce  contraste ­
  mis  en  relief  par  le  dernier  tableau,  que  nous
ayons  en  présence  1  une  de  1  autre  une  nation
manufacturière  et  une  nation  purement  agricole.
Pour  se  préserver  de  cette  conclusion  et  rendre  justice ­
  même  à  l’activité  manufacturière  de  l'association ­
  allemande,  il  suffit  de  relever  dans  le  tableau
n  1,  les  150  millions  d’objets  fabriqués,  qu’elle
exportait  en  1857  par  le  territoire  de  France.  Seulement ­
  les  restrictions  du  tarif  français  opposaient
à  la  mise  en  consommation  des  produits  de  l’industrie ­
  allemande  une  barrière  artificielle,  tandis  que
la  libéralité  du  tarif  allemand  laissait  un  champ  plus
        <pb n="294" />
        282

l’allemagne  économique.

vaste  à  la  supériorité  d’ailleurs  incontestée  de  ceux
de  l’industrie  française.
Ainsi  le  Zollverein,  loin  de  nous  fermer  ou  de
nous  rétrécir  le  marché  de  l’Allemagne,  l’a  élargi
au  contraire,  en  augmentant  le  bien-être  des  habitants ­
  et  par  suite  la  demande  des  objets  de  goût  que
nous  excellons  h  produire  —  objets  dont,  il  faut  l’espérer, ­
  en  présence  surtout  des  résultats  de  l’exposition ­
  de  Vienne  de  1873,  nous  tiendrons  longtemps
encore  le  sceptre,  et  pour  lesquels,  non  moins  longtemps ­
  encore,  nous  rendrons  sans  doute  les  autres
pays  nos  tributaires,  malgré  les  encouragements
épistolaires  que  donnait  naguère  encore  à  la  Inode
berlinoise  un  illustre  diplomate,  à  la  gloire  duquel
il  peut  suffire  d’avoir  assuré  l’indépendance  politique ­
  de  sa  patrie,  sans  que  celle-ci  pût  déjà  prétendre ­
  s’affranchir  de  tous  les  autres  assujettissements.
Si  les  gouvernements  associés  ont  par  deux  fois
en  1842  et  en  1848,  organisé  contre  nous  les  représailles ­
  ou  moyens  de  défense,  que  nous  avons  fait
connaître  plus  haut,  ces  rigueurs  qui  n’attestaient  pas
sans  douté  des  dispositions  trop  bienveillantes  à  notre
égard,  mais  qui  cadraient  avec  les  allures  de  notre
propre  politique  commerciale,  ne  nous  ont  donc
pas  causé  trop  de  mal.  Et  cependant  des  mesures
prises  spontanément  des  deux  parts,  à  défaut  d’engagements ­
  diplomatiques,  sont  venues  heureusement
améliorer  quelque  peu  une  situation  qui  ne  laissait
pas  que  d’être  tendue.  Voici  notamment  ce  que  fit
        <pb n="295" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  283
le  Zollverein.  Lors  de  l’accession  du  Steuerverein,  la
plus  grave  des  augmentations  votées  contre  nos  produits ­
  à  Stuttgard,  celle  qui  frappait  les  eaux-de-vie,
fut  retirée.  Le  droit  d’entrée  sur  les  vins  et  le  droit
de  sortie  sur  les  laines  ont  été  réduits  assez  fortetement.
  De  son  côté  la  France  a  donné  satisfaction
à  d’anciens  griefs  de  l’Allemagne,  en  ouvrant  aux
bestiaux  un  accès  facile  et  en  abaissant  de  nouveau
le  droit  à  l’importation  des  laines.  Nul  doute,  qu'en
accordant  ces  facilités,  chacune  des  deux  puissances
n’ait  consulté  uniquement  ses  convenances  ou  ses
intérêts  ;  mais  l’une  et  l’autre  n’en  ont  pas  moins
profité.
Il  y  a  loin  toutefois  de  ce  modus  au  jour
le  jour,  tantôt  assombri,  tantôt  agrémenté  par  des
considérations  tout  à  fait  personnelles,  à  ce  brusque
changement  de  front,  que  nous  faisions  entrevoir
avant  ce  coup  d’œil  rétrospectif,  et  qui,  en  assurant
aux  relations  réciproques  un  lendemain  semblable
à  la  veille  par  suite  de  stipulations  obligatoires  pendant ­
  un  long  temps  pour  chacune  des  parties,  devait
naturellement  accroître  dans  de  fortes  proportions
l’intensité  des  échanges  internationaux.  C’est  donc  ici
peut-être  le  lieu  de  citer  textuellement  en  guise  de
transition  ces  belles  paroles,  par  lesquelles  Richelot,
au  seuil  d’une  terre  promise  qu’il  appelait  de  ses  vœux
et  où  sa  destinée  ne  lui  permit  pas  d’entrer,  prenait
congé  de  ses  lecteurs,  en  terminant  un  livre,  qu’il
n’eût  pas  été  besoin  de  refaire  s’il  avait  été  écrit
        <pb n="296" />
        284

l’allemagne  économique.

quinze  ans  plus  lard  :  «Espérons,  disait-il  en  1859,
que  les  deux  pays  n’en  resteront  pas  là,  et  que  l’avenir
les  rapprochera  davantage.  Il  semble  au  premier
abord,  que  deux  contrées,  telles  que  la  France  et  l’Allemagne ­
  dont  le  climat  et  les  produits  ne  diffèrent
pas  très-sensiblement,  qui  se  trouvent  à  peu  près  au
même  degré  de  civilisation,  ne  comportent  pas,  1  une
avec  l’autre,  une  grande  activité  d’échanges.  Un
examen  réfléchi  permet  de  penser  le  contraire.
Sous  ces  ressemblances  il  existe  assez  de  diversités,
soit  dans  les  productions  du  sol,  soit  dans  le  génie
des  populations,  pour  fournir  des  aliments  aux  relations ­
  les  plus  actives.  Les  faits  récents  le  prouvent.
Deux  grandes  nations  qui  s’enrichissent  par  le  travail ­
  ne  peuvent  manquer  de  trafiquer  entre  elles
avec  profit,  surtout  lorsqu’elles  sont  rattachées
étroitement  l’une  à  l’autre  par  le  voisinage  et  par
les  chemins  de  fer,  par  une  estime  mutuelle  et  par
la  paix  !  »
Ces  espérances  ne  devaient  pas  être  vaines  ;  et,
plus  heureux  que  M.  Richelot,  prématurément  enlevé ­
  à  la  science,  nous  avons  pu  assister  à  leur  réalisation, ­
  de  même  que  nous  avons  eu  la  douleur
qui  lui  a  été  au  moins  épargnée,  de  voir  ensuite  cette
réalisation  impuissante  à  conjurer  d’inénarrables
désastres,  et  les  traités  sombrer  au  milieu  de  la  conflagration. ­

Quoi  qu’il  en  soit,  dès  que  le  pouvoir  issu  du
coup  d’Etat  du  2  décembre  1851  se  fut  sufflsam-
        <pb n="297" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  285
ment  consolidé  en  France,  il  ne  larda  pas  à  manifester ­
  une  sollicitude  des  plus  vives  pour  les  intérêts ­
  matériels  du  pays,  dans  lesquels  il  ménageait
un  ferme  appui  de  sa  cause;  et,  pour  faire  aboutir
ses  visées  économiques,  il  songea  en  même  temps
à  délaisser  les  voies  jusqu’alors  parcourues  par  ses
devanciers.  La  branche  cadette  des  Bourbons  n  avait
pas  témoigné  moins  de  tendresse  que  la  branche
aînée  pour  les.  agissements  prohibitionnisles  et
protectionnistes,  en  faveur  chez  nous  depuis  Colbert, ­
  et  peut-être  même  ces  pratiques  n’avaientelles
  manifesté  jamais  le  caractère  qu’elles  prirent
durant  la  monarchie  de  juillet,  où  la  haute  bourgeoisie, ­
  favorisée  comme  le  pivot  de  ce  régime  et
parmi  laquelle  se  recrutaient  les  fabricants,  exploitait ­
  à  son  profit  à  peu  près  exclusif  l’influence  qui
lui  était  dévolue  sur  la  législation  douanière.  Mais
quelque  énergie  que  l’empereur  Napoléon  111  eût
déployé  dans  la  répression  du  désordre,  et  quelques ­
  litres  qu’il  eût  dès  lors  acquis  à  la  gratitude  des
classes  moyennes,  celles-ci,  ne  pouvant  se  détacher
par  le  souvenir  de  l’époque  qui  avait  été  leur  Age
d  or,  ne  cessèrent  pendant  de  longues  années  d’observer ­
  vis-à-vis  de  lui  une  altitude  hostile  et  boudeuse. ­
  11  en  résulta  que,  de  son  côté,  ce  monarque
se  détacha  d’elles,  et  qu’il  chercha  à  leur  enlever
le  rôle  prédominant  qui  leur  avait  appartenu  jusqu’alors ­
  dans  la  sphère  de  la  législation  et  de  la  politique ­
  douanières.  Si  soucieux  qu’il  fût  de  faire
        <pb n="298" />
        286

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

prospérer  l’industrie  française,  sa  manière  de  voir  et
de  faire  n’en  différait  pas  moins  essentiellement  de
celle  de  ses  prédécesseurs,  en  ce  qu’il  portait  son  attention ­
  sur  l’industrie  tout  entière,  considérée  dans
son  ensemble,  et  ne  se  guidait  pas  de  préférence  par
les  intérêts  de  possesseurs  d’établissements  industriels. ­
  Mais  corn  me  ces  derniers  continuaientàavoir  la
majorité  tant  au  Corps  législatif  que  dans  les  chambres ­
  de  commerce,  ses  efforts  tendirent  à  convertir
cette  majorité,  ou  à  la  tourner,  sans  engager  avec
elle  une  lutte  ouverte.  Ne  s’était-il  pas  d’ailleurs,
dans  la  constitution  de  janvier  1852,  attribué  le
droit  de  faire  à  lui  seul  les  traités  de  paix,  d’alliance
et  de  commerce?  Et  le  sénatus-consulte  du  25-30
  décembre  de  la  même  année  n’avait-il  pas,  dans
son  article  3,  imprimé  force  de  loi  aux  traités  de
commerce  faits  en  vertu  de  cette  constitution,  pour
les  modifications  de  tarif  qui  y  seraient  stipulées?  Ce
furent  des  événements  accomplis  dansla  Grande-Hretagne
  qui  procurèrent  tout  d’abord  à  la  politique  impériale ­
  l’occasion  de  s’affirmer  dans  le  sens  indiqué.
On  sait  que  pendant  des  siècles  l’esprit  le  moins
libéral  avait  présidé  à  la  législation  anglaise  relative
à  la  navigation  et  aux  douanes,  et  que  jusqu’en  1824
l’Angleterre  avait  maintenu  vis-à-vis  de  tous  les  navigateurs ­
  européens  indistinctement  des  dispositions
toujours  bonnes  à  rappeler  Seuls  les  poissons  pêchés ­
  par  les  Anglais  pouvaient  être  importés,  et
encore  ne  pouvaient-ils  l’être  que  sur  des  navires
        <pb n="299" />
        rÉiuoDE  DE  1854  A  1865.  287
britanniques.  Le  commerce  le  long  des  côtes  n’était
concédé  qu’à  des  bâtiments  nationaux.  Il  n’y  avait
quepar  bâtimentsnationauxou  par  bâtimentsdu  pays
producteur  et  importateur  que  pouvaient  être  introduitsles28
  principaux  articles  delà  production  européenne ­
  (dits  the  enumerated  articles)  à  savoir  :  les
mâts,  les  bois  de  construction,  les  planches,  le  goudron, ­
  le  chanvre,  la  stéarine,  le  lin,  le  raisin  de  Corinthe, ­
  le  raisin  sec,  les  figues,  les  prunes,  l’huile
d  olives,  le  blé,  le  vin,  l’eau-de-vie,  le  tabac,  la  laine,
le  sumac,  la  garance,la  soude,  le  soufre,  l’écorce  de
chêne,  le  liège,  les  oranges,  les  limons,  les  graines
de  lin,  de  colza  et  de  trèfie;  et  il  en  fallait  dire  autant ­
  de  toutes  les  variétés  d’objets  manufacturés,  que
1  on  considérait  comme  des  produits  du  pays  qui  les
fabriquait  et  les  importait;  seulement  quand  de  pareilles ­
  marchandises  étaient  amenées  sous  pavillon
étianger,  celui-ci  était  assujetti  à  un  péage  plus  ou
moins  élevé,  qui  lui  rendait  difficile  sinon  impossible
la  lutte  avec  les  vaisseaux  anglais,  taxés  moins  luur-«lement
  ou  même  complètement  exempts  de  droits.
Si  des  biens  de  contrées  étrangères  pouvaient  être
transportés  dans  les  colonies  anglaises  sur  les
bâtiments  du  pays  producteur  et  exportateur,  les
bâtiments  anglais  étaient  exclusivement  autorisés  à
opérer  la  translation  en  Angleterre  d’articles  provenant ­
  de  ces  colonies.  Les  biens  de  provenance
asiatique,  africaine  et  américaine  étaient  astreints
pour  leur  entrée  à  l'entremise  de  navires  britanni-
        <pb n="300" />
        288

l’allemagne  économique.

ques  ou  appartenant  au  pays  producteur.  En  revanche, ­
  tous  les  navires  étrangers  pouvaient  concourir
à  l’exportation  d’Angleterre  des  articles  anglais;  et
les  droits  de  sortie  plus  élevés,  qui  avaient  fonctionné ­
  autrefois  n’étaient  plus  appliqués  que  par
rapport  à  la  houille,  dont  l’expédition  ne  se  faisait
en  conséquence  encore  qu’à  l’aide  de  navires  britanniques. ­

De  tels  procédés  devaient  porter  leurs  fruits;  et
quand,  à  leur  faveur  et  aussi  à  celle  des  conditions
locales,  la  navigation  et  l'industrie  anglaises  eurent
assuré  leur  suprématie  sur  leurs  rivales,  les  hommes
d’État  de  l’Angleterre  dont  Huskisson  tient  chronologiquement ­
  la  tête  pensèrent,  que  le  temps  était
venu  de  mettre  un  terme  à  un  système,  qui  par  cela
que  les  autres  nations  commençaient  également  à
l’appliquer  de  plus  en  plus,  se  retournait  contre
leur  propre  pays  et  créait  des  entraves  au  développement ­
  ultérieur  de  son  activité  industrielle.  Le  fameux ­
  act  of  navigation,  cette  charte  du  prohihitionnisme
  poussé  à  l’extrême,  qui  datait  de  Cromwell,
subit  en  conséquence  des  modifications,  qui  en
adoucirent  les  rigueurs,  en  même  temps  que  des
améliorations  et  une  plus  grande  simplicité  étaient
graduellement  introduites  dans  le  tarif  douanier,
dont  on  vit  peu  à  peu  disparaître  les  matières  brutes
destinées  à  la  fabrication,  à  l’exception  du  combustible, ­
  les  demi-produits  et  finalement  même  ceux
des  objets  manufacturés,  pour  lesquels  l’industrie
        <pb n="301" />
        PÉRIODE  DE  185Í  A  I860.  289
nationale  ne  redoutait  pas  la  concurrence,  de  telle
sorte  que  ce  tarif  n  offrit  bientôt  plus  qu’un  caractère ­
  purement  fiscal.  Mais  le  gouvernement  anglais
ne  s’était  pas  plutôt  montré  prêt  à  déposer  et  à
mettre  en  valeur  ce  nouveau  système  dans  des
liailés  de  commerce,  que  Napoléon  III  entra  dans
ses  vues  et  mit  toute  son  inlluence  au  service  de  la
réussite  des  négociations  ouvertes,  contre  lesquelles
s  élevaient  les  clameurs  assourdissantes  d’une  bureaucratie ­
  routinière  et  surtout  d'une  industrie  pusillanime. ­
  Ainsi  put  être  conclu  le  23  janvier  1860,
entre  I  Angleterre  et  la  France,  ce  traité  qui  en
Angleterre  formait  en  quelque  sorte  la  consécration
et  le  couronnement  de  la  nouvelle  politique  commerciale ­
  de  ce  royaume,  taudis  qu’eu  France  il
marquait  une  rupture  définitive  avec  les  vieux  errements ­
  proliibitionnisles  et  protectionnistes.  Aussi
coiislitne-t-il  peut-être,  à  côté  de  l'association
douanière  alleiiiaiide,  le  fait  international  le  plus
imporlaiit  qui  se  soit,  durant  ce  siècle,  produit
dans  le  domaine  économique.  D’ailleurs  l’impulsion, ­
  qu’il  a  donnée  autour  de  lui,  n’est  pas  encore
armée  à  son  terme,  elle  continue  à  se  communiquer
(  e  pi  oc  le  en  proche,  malgré  des  alternatives,  résultant ­
  comme  en  France  même,  de  nécessités  impérieuses ­
  mais  passagères,  malgré  des  velléités  réactionnaires, ­
  telles  que  celles  qui  se  sont  manifestées
en  septembre  1872  dans  le  congrès  économique
allemand  d’Eisenach  (Katheder-Congress)  au  gré
        <pb n="302" />
        290  l’alliîmagne  économique.
de  l’orgueil  unitaire,  politiquement  assouvi,  mais
économiquement  surexcité  et  mal  inspiré  peut-êtie,
et  ce  mouvement  ne  s’arrêtera  vraisemblablement,
qu’après  la  transformation  radicale  de  la  réglementation ­
  douanière  sur  tous  les  points  de  1  univeis.
En  attendant,  c’était  une  double  victoiie  que
l’empereur  avait  remportée  par  ce  traité.  D  une
j)art,  en  eiFel,  il  venait  de  raffermir  une  alliance,
d’un  grand  intérêt  pour  toute  sa  position  politbjue
sur  le  continent,  en  fournissant  du  même  coup
aux  Anglais  des  raisons  majeures  de  s’y  tenir,  et
n’est-ce  pas  grâce  à  la  recrudescence  des  échanges
entre  les  deux  nations  depuis  1860,  que,  par  un  effet
à  peu  près  invariable,  nous  avons  vu  succéder  à  des
haines  séculaires  des  rapports  de  bon  voisinage  et.
on  peut  le  dire,  d'intimité,  que  l’avenir  —  nous
aimons  à  le  penser  —  cimentera  encore  davantage,
pour  le  plus  grand  profit  de  la  vraie  civilisation?
D’autre  part,  la  tradition  protectionniste  venait
d’éprouver  en  France  un  échec,  qui  s’étendait  naturellement ­
  à  l’intluence  et  à  l’importance  par  là
même  brisées,  des  classes  bourgeoises,  si  attachées
à  la  dynastie  antérieure.
D’ailleurs,  pour  avoir  froissé  ces  classes,  le  gouvernement ­
  impérial  s’était  concilié  le  nombre  bien
plus  grand  de  ceux  qui  soit  par  intérêt,  soit  par
conviction,  étaient  contraires  aux  exagérations  du
système  protecteur,  et  qui  saluaient  avec  joie  tians
la  France  l’initiatrice  du  progrès  dans  les  voies
        <pb n="303" />
        PÉIUOÜE  DE  1854  A  1865.  201
commerciales.  Il  faut  savoir  rendre  en  tout  cas
au  même  gouvernement  le  témoignage,  qui  ne  lui
est  malheureusement  pas  dû  dans  toutes  les  autres
circonstances,  d’avoir  marché  à  cette  grande  entrepiise
  avec  les  précautions  nécessaires  et  une  préparation ­
  suflisaiite  ;  car  c’est  en  vue  du  traité  avec
1  Angleterre,  qu’il  prescrivit  la  formidable  enquête,
Qui,  en  portant  sur  toutes  les  branches  de  la  production ­
  et  de  la  fabrication  françaises,  vint  fournir
les  renseignements  les  plus  détaillés  par  rapport
aux  conditions  de  production,  de  concurrence  et
de  prix,  et  qui  de  l’aveu  même  des  étrangers,  instruits ­
  de  ses  résultats  par  les  sept  grands  volumes,
où  ils  ont  été  plus  tard  consignés,  restera  comme
un  modèle  non  encore  égalé  d’investigations  statistiques ­
  consciencieuses  précédant  des  traités  de
commerce.
Or,  en  vertu  du  traité  conclu  et  signé  à  Paris  le
23  janvier,  ratifié  le  4  février  et  dont  la  publication
dans  notre  pays  fut  autorisée  par  un  décret  impéricd
  des  10-13  mars  1860,  la  France  représentée
dans  les  négociations  qui  l’avaient  précédé  par
MM.  liaroche,  président  du  Conseil  d’Élat  et
Rouher,  ministre  du  commerce,  de  l’agriculture
et  des  travaux  publics,  s’engageait  par  l’empereur,
moyennant  un  droit  qui  ne  devait  en  aucun  cas
dépasser  trente  pour  cent  de  la  valeur,  les  deux  décimes ­
  additionnels  compris,  et  qui  devait  même,  à
partir  du  1«'  octobre  1804,  avoir  pour  limite  maxi-
        <pb n="304" />
        292

l’allemagne  économique.
mum  25  0/0,  à  admettre  un  grand  nombre  d’objets, ­
  d’origine  et  de  manufacture  britanniques,
parmi  lesquels  l’art.  \  cite  entre  autres  :  le  sucre
raffiné,  les  produits  chimiques,  dénommés  ou  non
dénommés,  le  fer  forgé  eu  massiaux  ou  prismes,
les  savons  ordinaires  de  toute  sorte  et  savons  de
parfumerie,  la  poterie  de  grès  fin  ou  commun  et
de  terre  de  pipe,  les  porcelaines,  les  verres,  cristaux,
glaces,  les  fils  de  coton,  de  laine,  de  lin,  de  chanvre,
les  tissus  de  coton,  de  crin,  de  laine,  de  soie,  de
bourre  de  soie,  d’écorces  d’arbres  et  de  tous  autres
végétaux  filamenteux,  de  lin,  de  chanvre,  de  caoutchouc ­
  ou  de  gutta-percha,  la  bonneterie,  la  passementerie, ­
  la  mercerie,  les  vêtements  confectionnés,
les  peaux  préparées,  les  plaqués  de  toute  sorte,  la
coutellerie,  les  ouvrages  en  métaux,  la  fonte,  les
fers,  les  machines,  outils  et  mécaniques  de  toute
sorte,  la  tabletterie,  les  eaux-de-vie,  les  bâtiments
de  mer  et  embarcations,  etc.
A  ces  dispositions  était  attachée  implicitement
la  levée  de  toutes  les  défenses  antérieures  à  la  sortie
de  France,  bien  que  cette  suppression  ne  fût  pas
formellement  énoncée,  et  de  plus  nous  nous  obligions ­
  par  l’art.  2  à  réduire  les  droits  d’importation
en  France  sur  la  houille  et  le  coke  britanniques  au
chiffre  de  15  centimes  les  100  kilogrammes,  plus
les  deux  décimes.
Par  contre,  sa  Majesté  britannique  prenait  l’engagement ­
  de  recourir  à  son  Parlement,  pour  êtie
        <pb n="305" />
        293

PÉRIODE  DE  1834  A  1865.
mise  à  même  d'abolir  lout  droit  d’importation  sur
les  objets,  dont  l’art.  5  présente  la  nomenclature
étendue;  de  réduire  immédiatement  les  droits  à
l’importation  des  vins  français,  à  un  taux,  qui  ne
pouirait  excéder  3  scliellings  par  gallon  jusqu’au
1  avril  1861,  à  partir  de  laquelle  époque  il  serait
giadué  selon  une  base  arrêtée  dans  l’art.  5,  à  savoir
celle  des  degrés  d  esprit  contenus  dans  les  vins
introduits;  d’accueillir  dans  le  Royaume-Uni  des
marchandises  provenant  de  France,  à  des  droits
identiques  à  ceux  d’accise,  qui  grèveraient  dans  le
présent  ou  dans  l’avenir  les  marchandises  similaires
dans  le  Royaume-Uni  (art.  7),  comme  aussi  d’admettre ­
  les  rhums  et  tafias,  provenant  des  colonies
fl  ançaises,  aux  mêmes  droits  que  ceux  qui  pèseraient ­
  sur  ces  produits  provenant  des  colonies
britanniques  (art.  8).
Mentionnons  aussi  1  engagement  réciproque
contracté  par  les  deux  puissances,  de  ne  pas  interdire ­
  l’exportation  de  la  houille  et  de  n’établir  aucun ­
  droit  sur  cette  exportation,  engagement  qu’il
pourrait  paraître  puéril  d’avoir  imposé  à  l’Angleterre, ­
  en  piésence  de  son  intérêt  suffisamment
rassurant  sur  une  telle  éventualité,  si  nos  pléiiipolentiaiies
  ainsi  qu  ils  1  ont  eux-mêmes  expliqué
dans  leur  très-remarquable  rapport  h  l’empereur,
n’avaient  voulu  se  prémunir  contre  les  inquiétudes
si  complaisamment  répandues  dans  nos  centres
manufacturiers  au  début  de  la  récente  campagne
        <pb n="306" />
        294  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
d’Ilalie  et  garantir  par  un  contrat  bilatéral  les  approvisionnements ­
  de  nos  usines  établies  sur  le  littoral
et  de  notre  marine  marchande  à  vapeur.
Dans  l’art.  19  se  rencontre  la  clause,  de  laquelle
date  une  évolution  dans  la  politique  douanière  de
la  plupart  des  Étals  européens  et  que  pour  celte
raison  nous  voulons  reproduire  textuellement  :
«  Chacune  des  deux  hautes  puissances  contractantes
s’engage,  y  est-t-il  dit,  à  faire  profiter  l’autre  puissance ­
  de  toute  faveur,  de  tout  privilège  ou  abaissement ­
  dans  les  tarifs  des  droits  à  l’importation  des
articles  mentionnés  dans  le  présent  traité,  que
l’une  d’elles  pourrait  accorder  à  une  tierce  personne. ­
  Elles  s’engagent,  en  outre,  à  ne  prononcer
Tune  envers  l’autre  aucune  prohibition  d’importation ­
  ou  d’exportation,  qui  ne  soit  en  môme  temps
applicable  aux  autres  nations.  »
D’autres  articles  encore  fixaient  par  exemple  les
bases  d’après  lesquelles  devaient  être  calculés  les
droits  ad  valorem  stipulés  et  les  droits  à  l’importation ­
  sur  des  marchandises,  dont  les  similaires  seraient ­
  grevés  dans  le  Royaume-Uni  de  droits  d’accise, ­
  ou  bien  réglaient  les  points  de  départ  des
nouveaux  tarifs,  ou  bien  prononçaient  l’application
du  traité  à  l’Algérie,  tant  pour  l'exportation  de  ses
produits  que  pour  l’importation  des  marchandises
britanniques,  ou  bien  le  déclaraient  obligatoire
pendant  dix  années,  à  partir  du  jour  de  l’échange
de  ses  ratifications;  et  dans  lecas,  ajoute  1  art.  21,
        <pb n="307" />
        295

PÉRIODE  DE  1854  A  1865.
où  aucune  des  deux  hautes  puissances  contractantes
n’aurait  notifié  douze  mois  avant  l’expiration  de  ladite ­
  période  de  dix  années,  son  intention  d’en  faire
cesser  les  effets,  le  traité  continuera  à  rester  en  vigueur ­
  encore  une  année,  et  ainsi  de  suite,  d’année
en  année,  jusqu’à  l’expiration  d’une  année  à  partir
du  jour  où  l’une  ou  l’autre  des  hautes  puissances
contractantes  l’aura  dénoncé.  Personne  n’ignore  que
de  nos  jours  le  gouvernement  français,  après  être
passé  en  d’autres  mains,  a  usé  du  droit  de  dénonciation, ­
  dès  que  ce  droit  a  pu  être  exercé  et  a  ouvert ­
  avec  le  cabinet  de  Saint-James  des  négociations
qui  ont  finalement  conduit,  sous  l’administration  du
maréchal  Mac-Mahon,  au  nouveau  traité,  du  23  juillet ­
  1873,  ratifié  par  l’assemblée  nationale  le  29  du
même  mois  et  destiné  à  maintenir  la  situation  antérieure ­
  jusqu’en  1877,  époque  à  laquelle  nous  aurons ­
  recouvré  entièrement  notre  liberté  d’action
vis-à-vis  de  l’étranger.  Deux  conventions  additionnelles ­
  des  12  octobre  et  16  novembre  I860  étaient
venues  d’ailleurs  réaliser  et  compléter  celle  du
23  janvier,  en  convertissant  pour  un  grand  nombre ­
  d  articles  les  droits  ad  valorem  français  en
droits  spécifiques,  et  en  précisant  les  procédés  à
suivre  lors  de  la  perception  de  ces  droits.
Ces  faits  une  fois  remis  en  mémoire,  comment
ne  pas  être  frappé  de  la  grandeur  des  réformes,
que  l’Angleterre  fit  subir,  par  ce  traité  du  23  janvier ­
  et  son  développement  ultérieur  à  l’ensemble  de
        <pb n="308" />
        296

l’alliímagne  économique.
son  système  douanier?  Car,  rompant  avec  l'esprit
intolérant,  qui  avait  soufflé  Xact  of  navigation,
c’est  au  commerce  de  toutes  les  nations  qu’elle  entendait ­
  désormais  ouvrir  son  marché  intérieur,  en
n’appelant  pas  seulement  la  France  à  bénéficier
du  retrait  et  de  la  modération  des  droits,  proclamés
dans  les  stipulations  de  I860.  Toute  tendance  à  la
protection  disparut  complètement  de  son  tarif,  où
quarante-huit  articles  seulement  sujets  à  des  droits
demeurèrent  debout,  dont  quinze,  au  nombre  desquels ­
  figuraient  le  sucre,  le  thé,  le  tabac,  le  vin,  le
café,  le  bois,  le  raisin  sec,  devaient  procurer  le  gros
du  revenu  douanier.  Aussi  est-ce  par  des  millions  de
livres  sterlings  que  se  chiffra  le  sacrifice  financier
imposé  à  la  Grande-Bretagne  par  ses  viriles  résolutions. ­
  Mais  le  traité  n’en  répondait  pas  moins  aux
intérêts  véritables  de  l’industrie  anglaise,  dont  les
représentants  possédaient  assez  de  perspicacité  pour
ne  pas  se  méprendre  à  leur  endroit.  Le  temps  était
passé  en  effet,  où  cette  industrie  avait  besoin  à  l’encontre ­
  de  la  concurrence  étrangère  d’un  appui,  qui
ne  pouvait  plus  guère  que  lui  susciter  dorénavant
des  périls;  et  pour  avoir  eu  dans  les  marchés  du
monde  à  soutenir  la  lutte  contre  les  produits  correspondants ­
  des  États  industriels  les  plus  considérables, ­
  elle  était  bien  plus  encore  à  même  de  la
soutenir  chez  elle,  où  toutes  les  circonstances  tournaient ­
  à  son  avantage.  Il  fallait  s’attendre  aussi  à  ce
que  l’exemple  donné  ne  serait  pas  perdu  pour  les
        <pb n="309" />
        297

PÉRIODE  DE  1854  A  1865.
autres  régions,  incitées  naturellement  sous  son  influence ­
  à  tempérer  les  rigueurs  de  leurs  systèmes
respectifs,  pour  le  plus  grand  avantage  de  la  laborieuse ­
  Angleterre;  et  c’était  là  une  prévision  que
l’avenir  s’est  suffisamment  chargé  de  justifier.
Quant  aux  réformes  introduites  par  la  France,
elles  étaient  loin  de  présenter  l’importance  de  celles
auxquelles  avait  procédé  sa  voisine.  Si  au  contact
de  celte  voisine,  les  anciennes  prohibitions  s’évanouirent, ­
  si  les  droits  exorbitants,  équivalant  à  de
véritables  prohibitions  qui  frappaient  les  marchandises, ­
  furent  réduits  à  30  0/0,  plus  tard  à  25  0/0
et  partiellement  à  15  et  10  0/0  de  leur  valeur,
le  tarif  français  ne  perdit  cependant  pas  assez
encore  de  sa  complication  antérieure  et  n’en  conserva ­
  pas  moins  au  regard  du  plus  grand  nombre
d’objets  manufacturés,  le  caractère  d’un  tarif  protecteur. ­
  En  même  temps  on  vit  notre  administration
douanière,  qui  s’était  à  toute  époque  montrée  hostile ­
  au  commerce  étranger,  persévérer  en  (pielque
sorte  dans  les  mêmes  voies,  comme  chargée  d’appliquer ­
  une  foule  de  dispositions  fiscales  et  mesquines
établies  au  sujet  du  règlement  des  droits  ad  valorem. ­
  Enfin  1  accueil  que  l’industrie  française  fit  aux
innovations  ne  fut  rien  moins  qu’encourageant,  et
il  fallut  toute  l’autorité  de  l’Empereur,  tout  le  talent
des  hommes  d’État,  qui  avaient  attaché  leur  nom
au  rapprochement  des  deux  nations,  pour  tenir  en
échec  les  assauts  furibonds  prodigués  au  traité.
        <pb n="310" />
        298  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Jusqu  a  l’heure  actuelle  d’ailleurs,  le  tarif  de  la
France  ne  s’est  pas  relâché,  sur  bien  des  points,  de
ses  visées  protectrices  même  a  1  excès,  et  1  éciivaiu
bavarois,  M.  Weber,  n’a  pas  tous  les  torts  en  disant
qu’il  se  rencontre  peut-être  chez  nous  plus  de  protectionnistes ­
  qu’en  Allemagne  et  en  Autriche.
Le  gouvernement  français,  loin  de  généraliser,
comme  le  gouvernement  anglais,  l’application  de  son
nouveau  tarif,  s’était  réservé  au  contraire  de  maintenir ­
  les  anciens  droits  comme  droits  dilTérentiels,
vis-à-vis  de  tous  les  autres  pays,  qui  ne  se  procureraient ­
  pas  convention  uellemeut  identité  de  traitement
avec  la  nation  la  plus  favorisée  et  auxquels  s’imposait
dès  lors  en  quelque  sorte  la  nécessité  de  conclure
des  traités  de  commerce  avec  la  France.  Le  cabinet
des  Tuileries  ne  se  (U  pas  au  surplus  faute  d’aller
au-devant  des  bonnes  volontés,  en  manifestant  par
exemple  tant  par  son  ambassadeur  à  Berlin  que  par
l’entremise  de  l’ambassadeur  prussien  à  Paris,  ses
meilleures  dispositions  en  vue  d’un  arrangement  avec
le  Zollverein.  Ces  ouvertures  ayant  été  accueillies
avec  empressement  par  la  Prusse,  qui  en  lit  part  à
ses  associés,  le  plénipotentiaire  français,  M.  Alexandre ­
  de  Clercq,  que  nous  avons  plus  récemment  revu
à  l’œuvre,  se  rendit  à  Berlin  dans  les  premiers  jours
du  mois  de  janvier  1861,  après  que  d’amples  renseignements ­
  eussent  été  recueillis  sur  la  politique
commerciale  et  la  législation  du  Zollverein,  sui  la
marche  de  la  crise  durant  les  années  1851-18513,  sur
        <pb n="311" />
        299

PÉRIODE  DE  1854  A  1865.
les  circonstances  au  milieu  desquelles  le  traité  avec
l’Autriche  du  19  février  1853  avait  vu  le  jour,  et
après  que  la  dernière  main  eut  été  mise  aux  travaux
préliminaires.  Il  se  fit  l’organe  de  propositions,  qui
par  suite  du  changement  survenu  dans  le  système
douanier  de  la  France  reposaient  absolument  sur
d’autres  bases  que  les  propositions  antérieures,  et
qui  au  lieu  de  se  restreindre  à  quelques  chefs  du
tarif  embrassaient  presque  le  domaine  tout  entier
de  l’administration  des  douanes  en  présupposant  un
bouleversement  total  du  tarif  pratiqué  par  l'association ­
  allemande.  Les  points  de  vue  principaux  qui
commandaient  pour  ainsi  dire  l’entrée  en  matière,
.étaient  au  nombre  de  trois  et  roulaient,  à  la  requête
du  négociateur  français,  autour  d’une  liberté  réciproque ­
  complète  pour  le  transit;  à  vrai  dire  assurée
déjà  par  la  suppression  des  droits  de  transit  sur
laquelle  les  gouvernements  fédérés  s’étaient  mis
d’accord  peu  de  temps  après  l’ouverture  effective
des  débats,  autour  de  la  franchise  mutuelle  de  droits
à  l’exportation,  sauf  pour  les  chiffons,  pour  lesquels
serait  concerté  un  droit  de  sortie  uniforme,  et  enfin,
pour  1  importation,  autour  d’un  traitement  respectif ­
  sur  le  pied  de  la  nation  la  plus  favorisée  et  autour ­
  de  1  assimilation  des  tarifs  —  ce  qui  allait  mettre
au  moins  les  deux  dernières  demandes  aux  prises
avec  les  conditions  particulières  du  Zollverein  et
avec  les  dissentiments  qui  y  subsistaient.
En  effet,  le  traité  de  février  avait  amené  l’Autri-
        <pb n="312" />
        300  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
che  et  l’association,  à  se  faire  pour  leurs  rapports
mutuels  (les  concessions  fiscales  très-marquées,
constituant  une  sorte  de  système  de  droits  dilféreutiels,
  qui  devait,  il  est  vrai,  préluder,  selon  rintentioii
  formellement  exprimée  des  parties,  à  une  union
douanière  sans  restriction.  Or  sans  doule,  à  se  pénétrer ­
  de  cette  circonstance  (¡ue  les  réductions  faites
élaienl  déterminées  par  la  perspective  d’une  union
douanière  à  venir,  il  n’était  permis  à  aucune  tierce
puissance  d’argumenter  du  préjudice,  qu'elle  éprouverait ­
  de  l’état  d’infériorité,  auquel  serait  réduit  son
propre  commerce  par  suite  de  l’application  de  ce
système  différentiel;  mais  il  n’y  avait  pas  moins  là
un  fait  en  opposition  flagran  le  avec  le  principe  dutraitement
  réciproque  sur  le  pied  de  la  nation  la  plus
favorisée,  principe  (%ni  venait  d'être  proclamé  par
le  traité  anglo-français  ;  autrement  dit,  tandis  que
le  Zollverein  ne  pouvait  cependant  pas  étendre  à
d’autres  pays  les  modérations  de  droits,  consenties
par  lui  à  l’Autriche  dans  un  tarif  intermédiaire,  à
litre  de  mesure  transitoire,  acheminant  les  contractants ­
  vers  une  véritable  association  douanière,  ces
pays  devaient  de  leur  côté  se  sentir  portés,  une  fois
faite  dans  un  traité  la  reconnaissance  du  principe  en
question,  à  faire  mettre  un  terme  à  la  situation  privilégiée, ­
  que  l’association  allemande  et  l’Autriche
avaient  prise  l’une  vis-à-vis  de  1  autre,  hn  celte  occurence ­
  il  fallait  s’attendre  à  ce  (¡ne  la  Prusse,  amenée ­
  tt  contre-cœur  et  par  la  force  des  événements.
        <pb n="313" />
        301

PÉRIODE  DE  1854  A  1865.
à  acceplerle  traité  de  février,  se  saisît  avec  vivacité
d'une  clause,  dont  l’application  faisait  luire  à  ses
yeux  l’espérance  de  la  destruction  de  ce  traité  ainsi
que  des  conséquences  plus  graves  encore,  qui  y
étaient  attachées  par  l’union  future  avec  l’Autriche.
Du  moment  que,  dans  une  convention  passée  avec
la  France,  le  Zollverein  souscrivait  sans  réserve  au
traitement  réciproque  sur  le  pied  de  la  nation  la
plus  favorisée,  le  renouvellement  du  tarif  intermédiaire ­
  concerté  avec  l’Autriche  ne  devenait  plus
guère  possible  à  l’expiration  du  traité,  où  ledit  tarif
était  consigné,  et  les  préférences  qu’on  avait  pour
l’Empire  venant  à  être  suspendues,  son  adjonction
au  Zollverein  ne  se  trouvait-elle  pas  reculée  dans
les  perspectives  les  plus  lointaines,  si  même,  au  gré
de  son  rival  du  Nord,  elle  n’était  pas  irrémissiblement
  compromise?
Mais  si  d’un  côté  la  suggestion  du  traitement  réciproque ­
  le  plus  favorable  ranimait  la  dernière  crise
si  difticilement  apaisée  du  Zollverein,  et  touchait  à
1  endroit  vulnérable  de  ses  relations  avec  l’Autriche,
de  1  autre,  Vassimilation  des  tarifs^  également  agitée
par  la  France,  ne  pouvait  pas  manquer  non  plus  de
raviver  les  contestations  qui  s  étaient  fait  jour  au
sein  de  1  association,  de  rallumer  la  guerre  entre  la
protection  et  le  free-trade.  La  France  était  loin  sans
doute  de  demander  la  liberté  du  commerce  ;  car  elle
s’était  bornée  à  promettre  à  l’Angleterre  la  réduction
de  ses  droits  véritablement  prohibitifs  ù  30  et  plus
        <pb n="314" />
        I  L

302  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
lard  25  0/0  de  la  valiur,  sauf  que  dans  les  deux
convenlions  addilionnelles,  elle  avait  réalisé  d  une
façon  libérale  les  engagements  pris,  en  ne  laissant
■  valeur.  Mais  sous  ce  rapport  aucune  analogie,  au
cune  corrélation  ne  se  rencontrait  dans  le  laril  du
Zollverein.  Lors  de  la  première  confection  de  ce
tarif  qui  remontait  aux  années  Í83I-1830,  on  était,
comme  dans  le  tarif  plus  ancien  de  la  Prusse,  dont
ou  s’inspira  principalement,  parti  de  celle  nice,  que
la  protection  due  au  travail  national  ne  comportait
nue  des  droits  d’environ  10  0/0  de  la  valeur  des
produits.  Cependant  celle  proportion  ii  avait  pas
été  uniformément  observée  et  d’ailleurs,  étau  ^  es
nombreuses  dilféronces  de  llnesse  et  de  prix,  qii  accusait ­
  souvent  une  mémo  espèce  de  marclianilises,
011  s’était  arrêté  plus  d’une  fois  devant  l’inipossibililé
  de  procéder  à  des  graduations  inlinies  de
droits,  qui  se  conformassent,  ne  fùl-ce  qii’approximativèiiieiil,
  à  la  donnée  foiidameiilale.  Si  fou  considère ­
  en  outre  que  les  prix  de  la  plupart  des  objets
avaient  baissé  depuis  plusieurs  périodes  décennales,
cl  que  la  concurrence  avait  complètement  eliminé
d’aspect  par  suite  des  facilités  nouvelles  olTerles
pour  le  transport,  on  s’expliquera  aisément  p,ii  ces
raisons  et  d’autres  semblables,  que  le  tan  i  u  o
verein  ait  liiii  par  devenir  complètement  ’
et  par  ne  présenter  qu’un  assemblage
        <pb n="315" />
        303

PÉRIODE  DE  1854  A  1865.
arbitraires,  qui  pour  les  qualités  inférieures  d\m
article  donné  révêtaient  souvent  le  caractère  de  taxes
par  trop  protectrices,  tandis  que,  pour  les  qualités
supérieures  du  même  article,  elles  ne  représentaient
quelquefois  pas  plus  de  1  à  2  0/0  de  la  valeur,  ce
qui  excluait  par  conséquent  toute  idée  de  protection.
Un  rapprochement  réel  n’aurait  donc  été  possible
entre  le  tarif  français  et  le  tarif  fédéral,  que  si  la
France  avait  fait  table  rase  de  ses  droits  ad  valorem^
ou  que  si  le  Zollverein  s’était  rallié  à  ce  mode  de
taxation.  Mais  ni  la  France  ni  la  majorité  des  états
associés  n’inclinaient  vers  l'un  ou  l’autre  de  ces
partis,  ainsi  qu’il  résulte  positivement  d’un  mémoire
que  la  Prusse  adressait  à  ses  alliés  dans  le  courant
du  mois  d’avril  1861  sur  les  propositions  françaises,
et  dont  les  déclarations  furent  confirmées  par  bon
nombre  de  ces  derniers.  Aussi  était-ce  une  tâche
fort  pénible  et  en  partie  même  stérile,  que  celle
consistant  à  remanier  le  tarif  tout  entier  de  l’association, ­
  et  à  le  modeler  aussi  parfaitement  que  possible ­
  sur  les  chiffres  nouveaux  portés  â  celui  de  la
France  en  conformité  du  traité  de  ce  pays  avec
l’Angleterre.  La  Prusse  se  butta  ici  tout  d’abord  à
la  résistance  de  ceux  des  cabinets  associés,  qui  étaient
dévoués  au  système  protectionniste  et  qui  devaient
par  mesure  de  précaution  se  montrer  contraires  à  la
réduction  capricieuse  des  droits  fédéraux,  aussi
longtemps  notamment,  que  par  ses  droits  ad  valorem
la  France  continuerait  sa  protection  aux  produits
        <pb n="316" />
        304  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
manufacturés  supérieurs.  Mais  la  même  résistance
était  d’ailleurs  à  prévoir  de  la  part  des  industriels,
aux  yeux  desquels  un  abaissement  notable  des  droits
existants  constituait  une  prime  accordée  à  la  concurrence ­
  française,  alors  que  les  droits  quelque  peu
réduits  de  la  France  n’assureraient  tout  de  même
pas  à  leur  fabrication  un  débouché  important  dans
cette  contrée.  Pour  faire  face  à  ces  difiiciiltés,  le
gouvernement  prussien  songea  d’une  part  à  peser
sur  ses  alliés  pour  leur  arracher  une  prompte  détermination, ­
  d’autre  part  à  se  passer  de  l’avis  des  chambres ­
  du  commerce  au  sujet  du  traité.  Mais  ce  dernier
procédé  contrastait  avec  celui,  qu'avait  observé  le
gouvernement  français,  qui  avant  de  rien  arrêter
avec  l’Angleterre  ne  s’était  pas  adressé  seulement
aux  corps  constitués,  mais  encore  avait  sollicité  les
appréciations  des  coryphées  de  l’industrie,  et  avait
vaqué  à  ce  traité  avec  calme,  rétlexion  et  sollicitude.
L’absence  de  toute  provocation  n’empêcha  pas
d’ailleurs  certaines  chambres  de  commerce  ou  certaines ­
  associations  industrielles  de  formuler  des  représentations, ­
  que  les  ministères  prussiens  se  bornèrent ­
  à  déposer  simplement  ad  acta.
De  leur  côté,  les  membres  de  l’association  ne
parurent  pas  vouloir  subir  la  pression,  que  la  Prusse
cherchait  à  exercer  sur  eux,  et  qui  fut  plutôt  de  nature ­
  à  éveiller  leur  méfiance  à  l’encontre  du  truité
projeté  et  de  scs  tendances.  JN’avait-elle  pas  dans  ce
mémoire  qu’elle  leur  transmettait  fin  avril  1861,  et
        <pb n="317" />
        20

PKIUODK  DE  1854  A  1865.  305
où  sans  présenter  de  projet  de  traité,  elle  s’expliquait ­
  au  moins  sur  les  principales  positions  du  tarif,
établissait  une  comparaison  entre  les  tarifs  issus  du
traité  anglo-français  et  le  tarif  fédéral,  et  déroulait
un  projet  de  convention  entre  la  Prusse  et  la  France
pour  la  protection  réciproque  des  œuvres  d’art  et  de
la  propriété  littéraire,  n’avail-elle  pas  réclamé  leurs
réponses  pour  une  époque,  qui  ne  devait  pas  en
tout  cas  dépasser  la  première  moitié  du  mois  d'avril?
  Ce  qui,  déduction  faite  du  temps  nécessaire
pour  la  lecture  attentive  de  la  communication  et
pour  les  écritures,  réduisait  à  très-peu  de  jours
intervalle  laissé  à  l’examen  et  aux  résolutions  des
intéressés.  Et  cette  manière  de  procéder  pouvait
■  autant  plus  surprendre,  que  la  communication
■loiit  s  agit  était  la  première,  qui  était  faite  aux  allés ­
  sur  l'étendue  et  la  nature  des  négociations,  et
'!"  °"  "  “Pe'-Mvait  non  plus  aucun  motif  qui  justi-Inll
  une  pareille  précipitation.  La  plupart  des  gouvernements ­
  ne  SC  tirent  donc  pas  faute  d’exprimer
leurs  réserves  à  l’endroit  du  délai  accordé  et  d’innous
  renseigner,  ne  faisait  parvenir  que  le  7  juin
«ne  réplique,  qui  après  avoir  adhéré  aux  observations ­
  générales  du  mémoire  prussien  sur  la  nécessité
■l’une  transformation  et  d’une  révision'  du  tarif  fé
■léral,  sur  le  rejet  des  droits  ad  valorem,  sur  la
        <pb n="318" />
        306  l’aljæmagne  économique.
góiiiíi  alisation  du  tarif  el  sa  détermination  par  traité,
ajoutait  ces  mots,  que  nous  transportons  dans
notre  langue  par  une  traduction  aussi  fidèle  que
possil)le  :
«  Si  l’on  envisage  toute  la  portée  et  toutes  les
consc(juences  des  négociations  avec  la  France,  on
ne  pourra  plus  guère  douter  que  celles-ci  constituent ­
  un  moment  critique  pour  le  développement
du  Zollverein  et  qu’un  traité  avec  ce  pays  l’emporte
de  beaucoup  en  importance  sur  tous  les  traités  de
douane  et  de  commerce  passés  jusqu  à  ce  jour
avec  d’autres  États  étrangers.
((  11  faut  que  l’Association  modifie  tant  sous  le
rapport  de  la  forme  que  des  principes,  le  système
suivi  jusqu’ici  par  elle  pour  son  tarit  ;  il  faut  qu  elle
porte  la  main  sur  les  positions  les  plus  importantes
de  ce  tarif;  le  droit  do  passage,  une  des  questions
les  plus  difiiciles  et  les  plus  graves  de  son  organisation ­
  intérieure,  se  trouvera  par  là  directement
atteint;  elle  est  tenue  aussi  de  ne  perdre  de  vue  aucun ­
  des  effets  du  traité  sur  Jes  rapports  contractuels
assez  compliqués,  existant  avec  l’Autriche,  et  de'
compléter  ou  de  retoucher  ces  rapports  en  conséquence; ­
  enfin  il  est  peu  d’industries  un  peu  notantes, ­
  établies  dans  son  sein,  qui  n’auront  à  compter ­
  avec  les  nouveaux  droits,  de  telle  sorte  qu  une
certaine  surexcitation  des  intéressés  devient  à  peu
près  inévitable.
«  Ces  circonstances  majeures  font  certainement
        <pb n="319" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.
désirer,  que  lassocialion  ne  procède  qu’avec  p
dence  et  maturité  à  la  conclusion  d’un  traité  a
la  France  et  que  notamment  un  accord  préalabi
s’établisse  entre  les  divers  cabinets  associés  sur  le
points  les  plus  significatifs.  Le  gouvernement  Lava
rnis  tient  donc  pour  indispensable,  avant  la  clôtur
Hes  négociations  pendantes,  la  convocation  de  con
lérences  spéciales,  au.vquellcs  seraient  appelés  le
membres  de  l’association,  afin  d’y  préciser  les  exi
gences  à  élever  ou  les  concessions  it  faire  du  côté  d,
a  b  rance,  d  y  agiter  les  conséquences  nécessaire
du  traité  par  rapport  aux  conditions  internes  di
Zolhereiu,  aussi  bien  qu’aux  relations  de  celiii-c
avec  les  Etals  voisins,  et  d’y  concerter  les  mesure
les  plus  propres  à  conduire  aux  résultats  voulus  ,
Mats  la  Prusse  ne  se  souciait  pas  plus  de  ces  délil'ërations
  préalables,  qu  elle  ne  s’était  souciée  d,
Ptendre  lavis  par  exemple  des  chambres  de  corn
bres  de  se  mettre  unanimement  d’accord.  Écarter
larequête  de  la  Bavière  n’était  toutefois  pas  non  plus
sans  inconvénients,  car  celte  requête  était  conforme
a  la  nature  des  choses,  et  conforme  à  la  constitution
        <pb n="320" />
        308  l’ai.lemagne  économique.
au  Zollverein,  un  rejet  ne  pouvait  qu’indisposer  la
puissance  qni  l’avait  présentée,  ains.  que  celles  qui
partageaient  sa  manière  devoir  et  les  piunuim
commun  contre  le  traité,  en  faisant  naître  lesonpçon,
  que  la  Vinsse  poursuivit  des  visées  utiles  a
soustraire  à  une  enipiête  et  à  la  controverse.
Quoi  qu’il.enfiU,  la  Prusse  ne  tint  aucun  compte
des  observations  de  la  llavière  et  persista  dans  la
poursuite  exclusive  des  négociations  avec  la  France.
préalable  était  de  nature  ii  compromettre  1  accep  alion
  uniforme  du  traité.  Le  but  immédiat  que  s  était
proposé  le  cabinet  berlinois,  en  voulant  précipi  ei
le  traité  avec  la  France,  ne  fut  pas  atteint,  et  ou  est
fondé  il  croire  qu'une  occasion  fourme  a  ceux  des
gouvernements  alliés,  qui  plus  tard  se  refusèrent  a
adoiiter  le  traité,  d’échanger  en  commun  leurs
réflexions  à  son  égard,  aurait  beaucoup  enlevé  a
la  polémique  ultérieure  de  sa  véliéiiience  et  de  son
acrimonie.  Ce  même  échange  d’idées  aurait  sans
doute  aussi  préservéla  Prusse  des  ciitravesanxquelles
elle  fut  assujettie  dans  le  cours  des  négociations
entamées  par  elle  avec  le  cabinet  des  Tuileries.  Car
si  même  les  États  imbus  du  système  protecteur  se
fussent  nécessairement  élevés  contre  certaines  r  -
plus  de  protection  aux  principales  branches  de  1  in-
        <pb n="321" />
        PÉRioDic  DE  1854  A  1865.  309

ilustrie  fédérale,  avait  déjà  fait  tellement  de  chemin, ­
  qu’elle  était  assurée  de  pouvoir  soutenir  la
lutte  avec  avantage  contre  le  parti  protectionniste.
La  preuve  s’en  trouve  dans  les  réponses  libellées  palles ­
  divers  gouvernements  parmi  lesquels  il  ne  s’en
rencontra  aucun,  plaçant  la  question  de  protection
au  premier  plan,  et  qui  tous  se  prononcèrent  au
contraire  en  faveur  d'un  profond  remaniement  du
tarit.  Des  objections  ne  se  firent  jour  que  pour  certains ­
  articles  tels  que  les  vins,  les  eaux  de-vie,  les
cotonnades,  le  savon,  des  objets  de  verrerie,  de
mercerie  et  d’habillement,  au  sujet  desquels  les
modérations  de  droits  proposées  parurent  ou  inadmissibles ­
  ou  dépasser  la  mesure.

Par  suite  des  déclarations  faites  par  les  alliés,  on
renoua  a  Berlin  avec  le  plénipotentiaire  de  la  France  ;
mais  bientôt  se  produisit  dans  les  rapports  un
second  arrêt  assez  prolongé  qui  se  renouvela  même
au  commencement  du  mois  de  septembre,  après
qu’une  courte  reprise  eut  été  amenée  vers  la  fin
d  août  par  de  nouvelles  instructions  adressées  à  M.  de
&amp;lt;?«q  de  la  part  de  son  gouvernement.  Ce  furent
surtout  les  droits  sur  les  vins  et  les  soieries,  pour
lesquels  les  ollres  de  la  Prusse  ne  se  rencontraient
en  aucune  façon  avec  les  demandes  de  la  France,
dont  le  mandataire  mit  encore  encause  une  série
d’autres  articles,  en  réclamant  pour  eux  des  concessions, ­
  allant  au  delà  decelles  auxquelles  la  Prusse
avait  cru  pouvoir  souscrire  dans  la  première  pé-
        <pb n="322" />
        310  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
riode  des  négociations.  Presque  tous  les  objets  un
peu  importants,  alimentant  les  échanges  entre  la
France  et  l’Allemagne,  passèrent  ainsi  une  nouvelle
revue,  à  l’occasion  de  laquelle  le  gouvernement
prussien  fit  espérer  des  abaissements  de  droits  plus
accentués  encore  que  ceux  originairement  consentis, ­
  pour  le  cas  où  le  gouvernement  français  voudrait ­
  tenir  compte  de  divers  désirs,  non  encore
agréés,  et  portant  tant  sur  la  suppression  des  drawbacks ­
  à  l’exportation  de  France  de  ceux  des  produits ­
  ayant  employé  des  sels  à  leur  fabrication,  pour
lesquels  le  Zollverein  aurait  ouvert  la  perspective
d’une  réduction  de  droits,  que  sur  la  modération  des
droits  à  l’entrée  en  France  de  cuir  verni,  de  diverses ­
  étoffes  de  lin  et  de  chanvre,  de  passementerie
et  de  rubanerie  en  laine  et  de  plusieurs  tissus
mêlés.
La  discussion  s’étant  ainsi  promenée  et  arrêtée
sur  tous  les  points,  le  cabinet  prussien  voulut  savoir ­
  s’il  pouvait  compter  sur  l’aquiescement  du  cabinet ­
  français  aux  demandes  qui  lui  avaient  été
faites,  et  M.  de  Clerq  fut  en  conséquence  invité  à
fournir  ses  explications  à  cet  égard,  ou  en  cas  de
pouvoirs  insuffisants  pour  la  circonstance,  à  consulter ­
  son  gouvernement.  Notre  représentant  ne  se
déclara  pas  autorisé  à  résoudre  par  lui-même  la
question,  et  manifesta  au  contraire  le  vœu  d  être
avant  tout  fixé  sur  le  cas,  que  le  Zollverein  entendait ­
  faire  des  réclamations  de  la  France  au  sujet  des
        <pb n="323" />
        PÉRIODE  DE  Í854  A  1855.  3H

vins  et  (les  tissus  de  soie,  auxquels  les  derniers  débats ­
  n’avaient  pas  assuré  un  traitement  plus  avantageux ­
  que  les  débats  antérieurs  ;  mais  comme  les
négociateurs  prussiens  se  refusèrent  à  lui  donner
celte  satisfaction,  il  soumit  la  décision  finale  à  ceux
desquels  il  tenait  son  mandat.  Cette  décision,  qui
parvint  à  Berlin  à  la  fin  du  mois  d’août,  y  causa  un
véiilable  désappointement,  relativement  aux  drawbacks ­
  mentionnés  ;  elle  attribuait  en  effet  à  la  législation ­
  intérieure  seule,  à  l’exclusion  des  stipulations
internationales,  le  pouvoir  de  procéder,  au  regard
des  sels  employés  à  des  usages  techniques,  à  une  abolition ­
  d  impôt,  à  laquelle  elle  subordonnait  l’admission ­
  de  la  réclamation  présentée;  elle  n’accueillait
qu  en  partie  la  proposition  concernant  le  cuir  verni
et  écartait  purement  et  simplement  les  autres  chefs  de
demandes.  Le  gouvernement  français  résistait  d’ailleurs ­
  aussi  à  l’assimilation,  sollicitée  parla  Prusse,
des  ports  du  Nord  de  l’Allemagne  à  ceux  de  l’Association; ­
  ce  qui  ne  l’empêchait  pas  cependant  de
demeurer  inébranlablement  attaché  à  ses  propres
exigences.

qu  on  épioiivail,  eu  le  rendant  allenlif  aux  chances
nombreuses,  qui  se  trouvaientainsi  enlevées  à  l’adhésion ­
  des  États  alliés,  auxquels  le  cabinet  de  Berlin
ne  négligea  pas  au  surplus  de  rendre  compte  dès
le  commencement  de  septembre  du  point  où  en
        <pb n="324" />
        312  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
êlaient  les  choses.  Celle  corn  mu  ni  calió  u  elle-même
contenait  l’expression  du  mécontentement  de  la
Prusse  à  l’encontre  du  médiocre  empressement  témoigné ­
  par  lo  France,  vis-a-vis  de  lacjnelle  le  gouvernement ­
  prussien  alîirmait  s’être  montré  aussi
conciliant  et  aussi  coulant  que  possible,  en  ce  qu  il
aurait  notamment  réalisé  d’une  façon  à  peu  près
complète  le  nivellement  des  tarifs  pour  tous  les  objets ­
  taxés  en  France  sur  le  poids,  la  mesure  ou  le
nombre,  tandis  que,  pour  tous  ceux  soumis  en  France
à  un  droit  ad  valorem,  il  se  serait  du  moins  rapproché ­
  dudit  nivellement,  en  ce  sens  que  Jes  fixations
proposées  pour  être  inscrites  dans  le  tarif  fédéial
auraient  été  généralement  dépassées  par  les  droits
français,  sans  les  dépasser  que  dans  un  très-petit
nombre  de  cas.
Le  cabinet  prussien  s’y  prononçait  d’ailleurs  contre ­
  des  mesures  de  représailles  et  entrait  ensuite  dans
des  considérations  qui  méritent,  croyons-nous,  d’être ­
  reproduites  ici,  comme  attestant  une  certaine
hauteur  de  vues.
«  Une  autre  route,  était-il  dit  encore  dans  ce
factum,  a  paru  indiquée  par  toute  la  situation,  et
la  Prusse  en  a  avec  plaisir  rencontré  déjà  la  mention ­
  dans  la  réponse  que  lui  a  fait  parvenir  le  gouvernement ­
  grand  ducal  de  Hesse.  L  avis  du  gouvernement ­
  royal,  avis  conforme  aux  déclarations  laites
parboil  nombre  d’alliés,  consiste  à  reconnaître  aux
concessions  à  faire  à  la  France,  et  qui  deviont  dès
        <pb n="325" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  3î;
lors  être  généralisées,  une  valeur  en  grande  parla
propre  et  indépendante  de  celle  que  leur  donne  h
satisfaction,  qui  en  résulterait  pour  la  France,  dispensali
  ice  cl'aiilies  concessions,  en  ce  sens  qu’elles
impliquem  une  réforme  du  tarif,  voulue  par  Téporépondenl
  déjà  i
inlérêl  bien  compris  de  lassocialion  elle-même.  S
ce  le  apprecialiou  est  exacte,  l’avortement  supposé
es  négociations  poursuivies  avec  la  France  ne  saurait ­
  empêcher  le  Zollverein  de  procéder  aux  modilications
  nécessaires  an  moyen  de  sa  législalion  intérieure, ­
  c  est-à-dire  de  la  révision  de  son  tarif.
"Certes  le  parti  le  plus  désirable  en  lui-même  et
■
        <pb n="326" />
        314  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Zollverein  (lela  même  façon  ([ne  la  nation  la  plus
favorisée,  telle  est  la  voie  qui  aux  yeux  du  gouvernemeut
  royal  parait  commandée  pSr  la  situation
paraît  seule  pouvoir  y  répondre,  etc.,  etc.  »
Cette  manière  de  voir  trouva  lieaucoup  d  ocho
elle/,  les  alliés,  notamment  cher,  ceux  qu’impuélait
la  tendance  du  gouvernement  prussien  a  rompre  élinitivement
  avec  les  positions  du  tarif  d’alors  et  qui
redoutaient  de  voir  ce  gouvernement  aller  trop  loin
dans  celte  voie  sans  ménager  peut-être  toujours  suf
fisamment  leurs  intérêts  particuliers.  Au  milieu
d'un  concert  d’adhésions,  on  ne  perçoit  gueie  qu
la  voix  isolée  de  la  Saxe-,  demandant  que  les  négocialions
  avec  la  France  suivissent  leur  cours  d  apres
les  errements  antérieurs,  tandis  que  d’autres  contrées, ­
  telles  que  la  lîaviêre,  accordaient  d’autant  plus
volontiers  leur  préférence  h  une  révision  spontanée
du  tarif  sur  une  révision  conventionnelle,  comme
celle  qu’amènerait  un  Irailé  avec  la  France,  (pie
celle-là  s’inspirait  avant  tout  des  besoins  propres  des
membres  de  l’association,  laissait  toute  latitude  dans
l’avenir  poiirdes  changements  éventuels  et  se  montrerait ­
  plus  rigide  à  l’égard  de  certains  points,  agités
dans  les  négociations  pendantes.
Aussi  les  déclarations  qui  furent  faites  au  représentant ­
  de  la  France  delà  part  de  la
édiliéesurlessentimenls  deses  associés,  We  '
suivies  d’une  nouvelle  halte,  et  quoique  les  mue  -
sésse  revissent  à  la  lin  du  mois  de  novembre  1861,
        <pb n="327" />
        PÉíuoDE  DE  185  i  A  1865.  315
quoiqu’en  janvier  1862  le  gouvernement  français
lùmoignût  son  bon  vouloir  par  d’autres  concessions,
les  choses  ne  se  présentaient  pas  de  façon  à  faire
espérer  un  accord  dans  un  très-prochain  avenir,  si
bien  que  la  seconde  phase  des  négociations  se  trouve
fl  VI  ai  dire  close  par  le  rapport  prussien  adressé  en
septembre  aux  cours  fédérées.
Mais  entre  temps  s’étaient  développés  par  ailleurs
des  conditions  et  des  rapports,  qui  devaient  imprimer ­
  à  ces  négociations,  presque  agonisantes  au  mois
de  septembre,  une  tournure  inattendue.  L’état  politique ­
  del  Allemagne,  ou,  pour  préciser  davantage
le  dualisme  de  l’Autriche  et  de  la  Prusse  qui,  à  partir
du  moment  où  il  s’était  trouvé  en  contact  avec  le
Zollverein,  y  avait  provoqué  une  crise  violente  et
avait  menacé  jusqu’à  son  existence,  devait  à  nouveau ­
  intervenir  d’une  manière  perturbatrice  dans
ses  destinées.

Si  peu  que  les  conditions  économiques  de  l’Autriclie
  se  fussent  jadis  prêtées  à  la  réalisation  d'une
limon  douanière  entre  cet  empire  et  le  Zollverein
une  Brande  partie  de  la  population  en  Autriclic!
ception,  qui  n  était  plus  guère  séparée  du  souci  d’une
meilleure  organisation  politique  de  l’Allemagne  par
la  raison  sans  doute  qu’une  liaison  étroite  avec  l’Autriclie
  paraissait  seule  pouvoir  procurer  à  l’Aile
magne  la  position  qu’elle  ambitionnait  en  Europe'
        <pb n="328" />
        316  lallkmagnií  économiquiî.
.¡5-à-vis  &amp;lt;les  portions  restantes  ile  la  patne  germa  .
,„e.Sans.lo«tclamortavaitenlevéIesdenxso,n.n,té
autrichiennes  qni  dorant  la  formidable  cr,so  de  1851
à  1853  avaient  soutenu  l’idée  de  la  fusion  conli-e  a
Prusse  aussi  bien  que  contre  un  certain  nombre  de
leu,-s  propres  compatriotes  et  l’avaient  même  fa,
ssss
avait  .  amené  un  .égirne  improp.e  à.léployer  la  même
é,,erg,e  soit  au  dedans,  soit  au  .leho.s,  et  c  cta.l  éntreles ­
  mains  du  vieuxparti  protecUonn.ste  ,|u  ava.en
passé  à  nouveau  les  rênes  de  la  pol,l„iue  douan.è.e
comme,ciale  de  l’Aubiche.  Ainsi  par  exe,npleles
allégements,  (lui  d’ap,és  l’art.  3  du  „a,t  de  févcer
.lA^ient,  àpartirduf’janvier  1854,  éclmn-auxre-,allons
  comme,  claies  eut,  e  le  Zollvw  e,.,  et  I  Kmp„-e
voir  s’ouvrir  conformément  au  même  article  lu,t
diiréiéesjus,]u’en  1858,  sans  pouvoirprodun-e  mune
■fü
        <pb n="329" />
        i’ÉKIODE  DE  1854  A  1865.

317
lies,  pour  que  le  cabinet  de  Vienne  s’abstînt  de  donner ­
  suile  à  cette  aiTaire.
Mais,  quelque  indifférent  que  le  ministère  au-Irichieu
  parût  à  l'égard  du  développement  que
comportait  la  convention  de  février,  il  ne  pouvait ­
  cependant  pas  complètement  fermer  les  yeux
sur  les  rapports  diplomatiques  qui  s’étaient  établis
entre  la  France  et  la  Prusse.  Les  intérêts  autrichiens ­
  étaient  tenus  en  éveil  non-seulement  par  la
peispective,  attachée  à  ces  rapports,  d’une  modération ­
  des  droits  lédéraux,  qui  pouvait  entraîner,
selon  le  traité  de  février,  un  exhaussement  des
fixations  inscrites  au  tarif  intermédiaire  de  l'Autriche, ­
  mais  encore  et  surtout  par  le  principe,
mis  en  avant  dans  les  négociations,  du  traitement
léciproque  a  légal  de  lu  nation  la  plus  favorisée. ­

A  supposer  en  effet  que  ce  principe  fût  adopté
par  la  Prusse,  comme  tout  semblait  le  faire  prévoir,
il  n'y  avait  plus  à  compter  ni  sur  un  renouvellement
&amp;lt;  U  traité  de  février,  ni  sur  un  acheminement  araduel
  vers  une  association  douanière  parfaite  entre
décida  a  ouvrir  la  campagne  contre  les  démarches
de  la  Prusse  par  un  mémoire,  qu'il  distribua  dans
la  première  moitié  du  mois  de  septembre  1861  à
tous  les  membres  de  l'Union,  et  où  il  déclara  vou
        <pb n="330" />
        3J8  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
loir  simplement  faire  ressortir  les  effets,  que  l’issue
(les  négociations  poursuivies  avec  la  France  en  présence ­
  du  traité  de  février  produirait  soit  sur  les  intérêts ­
  matériels  de  l’Autriche  soit  sur  sa  position  par
"rapport  au  Zollverein.  Pour  ce  qui  est  d’un  préjudice ­
  matériel,  le  mémoire  n’en  entrevoyait  pas  de
bien  sérieux  pour  l’Empire,  mais  il  ne  se  dissimulait ­
  pas  que  le  traité  projeté  dût  modifier  sensibleblement
  les  termes  dans  lesquels  1  Autriche  se  trouvait ­
  vis-à-vis  de  l’association.  Toutefois,  à  ce  dernier
sujet,  rappelant  le  but  final  que  la  convention
de  février  s’était  assigné  dans  son  préambule  et
pour  la  réalisation  duquel  les  articles  3  et  25  de
cette  convention  avaient  fait  espérer  des  ariaugements
  ultérieurs,  il  faisait  observer  que  l’assimilation ­
  de  la  France  à  l’Autriche  ne  paraîtrait  plausible ­
  qu’autant  que  par  impossibleilentrera.it  dans  la
pensée  des  gouvernements  associés  de  former  avec
la  France  un  territoire  unique  quant  aux  douanes,
et  de  préparer  ce  résultat  par  le  traité  en  cours  de
négociation.
C’est  vainement  d’ailleurs  qu’on  aurait  cherché
une  trace  dans  ce  mémoire  de  l’énergie,  que  recélaient
  les  documents  analogues  de  la  même  provenance, ­
  se  rapportant  à  l’année  1851.  L  Autriche
n’hésita  pas  à  y  proclamer  elle-même  insurmontables ­
  en  quelque  sorte  les  obstacles  qui  s’élèveraient,
à  ce  moment  surtout,  contre  l’union  complète,  en
se  bornant  à  signaler  la  négligence  mise  par  le  Zoll-
        <pb n="331" />
        PÉRIODE  DE  185i  A  18G5.  31Q
verein  à  dégager  les  assurances  par  lui  données  dans
le  traité  de  février,  et  en  exprimant  seulement
l’appréhension  que  les  liens  étroits  établis  par  ce
traité,  loin  de  se  resserrer,  fussent  au  contraire
même  rompus  par  les  projets  qù  ou  nourrissait  du
côté  de  la  France.

Quant  à  invoquer  le  droit  incontestable  à  une
union  douanière  ultérieure,  qui  résultait  pour
1  Autriche  du  traité  de  février,  quant  à  attribuer  à
l’Autriche  la  ferme  résolution  de  prendre,  en  ce  qui
la  concernait,  les  dispositions  nécessaires  pour  la
réalisation  de  cette  union,  et  d’écarter  les  difficultés ­
  subsistantes,  quant  à  parler  au  Zollverein  de
ses  obligations  contractuelles,  qui  l’astreignaient
également  a  aplanir  les  voies  conduisant  au  point
arrivée,  et  à  s’abstenir  de  ce  qui  pouvait  enrayer
la  marche,  le  mémoire  n’y  songeait  vraiment  guère,
et  son  langage  n  était  donc  pas  propre  à  triompher
des  visées  de  la  Prusse,  soucieuse  de  frapper  de  sténhté
  les  dispositions  qui,  dans  le  traité  de  février,
tendaient  à  1  association  future.  La  Prusse  avait  au
surplus  ouvertement  déclaré  ne  vouloir  participer
^  X  débats  que  provoquaient  les  stipulations  de
1853,  en  se  fondant,  non  sans  quelque  apparence  de
raison,  sur  1  inertie  manifestée  par  l’Autriche  devant ­
  les  obstacles  à  vaincre  dans  l’intérêt  de  l’objectif
commun,  et  sur  l’attachement  opiniâtre  de  ce  pays  à
un  système  de  droits  protecteurs,  inconciliable  avec
les  systèmes  suivis  dorénavant  par  les  grands  États
        <pb n="332" />
        320  l’allemagne  économique.
industriels,  auxquels  le  Zollverein  devait  se  joindre.
De  plus,  en  s’aboucliant  avec  la  France,  et  en
se  ralliant  au  principe  du  traitement  de  la  nation  la
plus  favorisée^  la  Prusse  avait  manifesté  aussi  clairement ­
  que  possible  son  éloignement  pour  le  renouvellement ­
  du  traité  de  février,  sur  la  base  d’un
tarif  intermédiaire  spécial.  Et  dès  lors,  quelle  prise
pouvait  avoir  sur  une  altitude  si  résolue,  sur  une
politique  commerciale  si  nettement  dessinée,  une
argumentation  aussi  faible,  aussi  peu  serrée  que
celle  qui  se  déployait  dans  la  circulaire  de  septembre, ­
  et  qui  était  tout  aussi  inhabile  d’ailleurs  à
servir  de  point  de  ralliement  particulier  à  certains
des  gouvernements  associés,  moins  disposés  peutêtre
  que  la  Prusse  à  renoncer  à  l’intimité  établie
conventionuellemeut  avec  l’Autriche.
Mais,  quelque  impuissante  que  fût  la  note  autrichienne ­
  à  ce  double  point  de  vue,  elle  avertissait  en
tout  cas  la  Prusse  qu’un  danger  menaçait  ses  projets ­
  de  ce  côté,  et  que  l’appui  de  l’Autriche  ne  ferait
certainement  pas  défaut  aux  membres  de  l’Union,
(Jni  pour  un  motif  ou  pour  un  autre  seraient  contraires ­
  à  un  traité  avec  la  France.  Une  nouvelle
crise  s’annonçant  de  la  sorte  au  sein  du  Zollverein,
il  devait  convenir  à  la  Prusse  de  prendre  à  temps
une  position  assurée,  d’autant  plus  que  de  gros
nuages  commençaient  aussi  à  s’amonceler  à  l’horizon ­
  politique  de  l’Allemagne.  Le  cabinet  de  Berlin
savait  de  science  certaine,  que  la  vieille  con  fédéra-
        <pb n="333" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  (865.  32,
■
pPése.,1  01  son  avenir  propres  cÎr
üSi

S]
        <pb n="334" />
        322  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
(railéde  février  ajant  été  le  premier  pas  fait  vers
la  consolidalion  de  ce  lien,  si  la  Prusse  pouvait
parvenir  il  eiTaeer  les  traces  de  cet  essai  qui  avait
partiellement  réussi,  c’en  était  fait  sans  doute  aussi
des  progrès  rapides  de  l’Autriche  dans  la  direction
politique.
Or  (le  même  que  dans  la  crise  de  1851-1853,  la
promplilude  avec  laquelle  elle  conclut  le  traité  de
septembre,  mit  l’avantage  du  côté  de  la  Prusse,  en
fortifiant  sa  position,  de  même  cette  puissance  pouvait ­
  espérer,  par  une  solution  expéditive  avec  la
France,  déjouer  les  entreprises  de  l’Autriche  contre
le  dernier  projet  de  traité,  et,  grâce  aux  faits  accomplis, ­
  prendre  à  son  tour  l’offensive.  Que  le  procédé ­
  auquel  elle  allait  s’arrêter  laissât  a  désirer  par
rapport  aux  autres  membres  de  l'Union,  qu  il  put
paraître  ne  pas  prendre  un  souci  suffisant  de  tous
les  intérêts  engagés  dans  l’Union,  son  emploi  n’en
était  pas  moins  d’une  opportunité  incontestable,  et
ces  diverses  considérations  se  trouvaient  refoulées
par  d’autres  considérations  plus  impérieuses  d’ordre
poliliqne.
En  tout  cas,  si  même  les  voies  ordinaires  eussent
amené  une  rédaction  quelque  peu  dilférente  de  celle
adoptée  pour  certaines  dispositions  par  le  traité,  on
peut  dire,  qu’envisagé  d’ensemble,  celui-ci  marquait
un  progrès  véritable,  réalisé  dans  l’intérêt  même  de
l’associai  ion.
Aussi  pendant  que  les  fonctionnaires  et  les  liom-
        <pb n="335" />
        PÉRIODE  DE  i854  A  1865.  323
me.s  spéciaux  s’escrimaient  encore  à  Berlin  (1)  sur
te  les  ou  telles  slipulalions  et  soulevaient,  comme
J  habitude,  des  difticultés,  le  roi  et  son  ministre  des
affaires  étrangères,  M.  de  BernslorlT,  qui  était  engagé
■
        <pb n="336" />
        324  l’allemagne  économique.
Dès  le  3  avril  la  Prusse  adressait  aux  cours  alliées,
par  l'entremise  de  ses  ministres  accrédités  auprès
d'elles,  un  compte  rendu  du  ministre  des  affaires
étrangères,  où  était  retracée  en  détail  la  marche
suivie  par  les  négociations  .jusqu'à  leur  couronnement, ­
  et  auquel  était  joint  le  texte  du  traité  dont  la
conception  littérale  parvenait  ainsi  pour  la  première ­
  fois  à  la  connaissance  des  destinataires.  Ceuxci
  étaient  en  même  temps  invités  à  fournir  leur
adhésion  à  bref  délai,  conformément  à  cette  politique ­
  de  pression  que  le  gouvernement  prussien
avait  pratiquée  déjà  au  début  de  cette  affaire,  et  qui
se  prévalait  actuellement  d'une  phrase  du  protocole
rédigé  lors  de  l'apposition  des  paraphes  sur  les
actes,  où  il  était  dit  ;  .
«  De  leur  côté  les  plénipotentiaires  de  Sa  Majesté
l'empereur  des  Français  ont  déclaré  que  leur  gouvernement ­
  ayant  pris  connaissance  des  qiialre  trailés
  ou  conventions  {traité  de  commerce,  trailé  de
navigation,  convention  sur  le  service  internalional
des  chemins  de  fer  et  convention  sur  la  garantie
réciproque  des  œuvres  d'esprit  et  d'art)  ainsi  que
des  annexes,  qu'ils  avaient  été  chargés  de  négocier ­
  en  son  nom,  les  a  expressément  autorisés  a  apposer ­
  dès  aujourd'hui  leur  signature  au  bas  de  ces
mêmes  traités  ou  conventions  ainsi  que  de  leurs  annexes. ­
  Ils  ont  ajouté  que,  prenant  toutefois  en  considération ­
  les  motifs  exposés  par  les  plén,polen--liairos
  de  sa  majesté  le  toi  de  Prusse,  ils  consentaient
        <pb n="337" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.

325
à  ce  que,  pour  le  moment  et  sous  la  réserve  de  ne
pas  dépasser  le  délai  fCwi  mois^  on  se  bornât  à  constater ­
  les  termes  définitifs  et  invariables  de  l’accord
établi  pour  ¡’ensemble  des  stipulations  précitées,  en
paraphant  les  quatre  traités  ou  conventions  ainsi
que  les  annexes,  qui  font  l'objet  du  présent  protocole. ­
  »
Il  est  intéressant  d  ailleurs  de  voir,  comment
dans  le  document  du  3  avril,  le  cabinet  de  Berlin  se
justifie  de  n’avoir  pas  donné  suite  à  l’idée  qu’il
avait  lui-même,  un  peu  en  désespoir  de  cause,  il  est’
vrai,  énoncée  et  complaisamment  développée  en
septembre  1861  à  ses  alliés,  dont  un  grand  nombre
y  avaient  applaudi,  et  nous  cédons  volontiers,  à  cet
effet,  la  parole  à  M.  de  Bernstorff,  dont  la  dépêche
se  trouve  imprimée  en  langue  allemande  à  côté
îles  autres  documents  officiels  se  rattachant  au
môme  événement,  dans  la  précieuse  collection,  publiée ­
  sous  le  titre  :  u  Die  Krisis  des  Zollvereins,
«  urkundlich  dargestellt»)  par  MM.  Karl  Aegidii  et
Alfred  Klauhold,  1862.
Dans  le  cours,  dit  cet  homme  d’Étal,  de  mes
précédentes  observations  relatives  aux  concessions
par  nous  faites  dans  le  domaine  du  tarif,  je  n’ai  pas
passé  sous  silence  les  scrupules  que  nous  avons
cil  à  vaincre  avant  de  nous  résoudre  à  plusieurs  des
réductions  consenties.  Nous  nous  sommes,  auparavant ­
  que  de  prendre  la  décision  irrévocable,  demandé ­
  mûrement  et  à  têle  reposée,  s’il  ne  serait
        <pb n="338" />
        32Ô  LALLEMAGN12  ÉCONOMIQUE,
pas  préférable  (le  couper  court  aux  négociations,  et
de  marcher  dans  la  voie  qui,  proposée  pour  ce  cas
dans  la  circulaire  du  4  septembre  de  1  année  dernière, ­
  avait  paru  à  nos  alliés  répondre  parfaitement
à  celle  éventualité,  à  savoir  la  voie  d’une  révision
du  tarif,  opérée  dans  un  esprit  d’amélioration  des
rapports  avec  ceux  des  pays,  (jui  adinellraicut  les
produits  du  Zollverein  au  même  titre  que  ceux  des
pays  les  plus  favorisés.  Mais  il  nous  a  fallu  nous
prononcer  pour  la  négative,  en  nous  plaçant  au  point
de  vue  de  tous  les  intérêts  engagés  dans  la  question. ­

«  Dans  une  révision  générale  et  essentielle  du  tarif ­
  douanier,  faite  en  faveur  des  échanges,  deux
choses  importent  avant  tout,  selon  notre  convicliou,
  aux  intérêts  économiques  menacés  ou  lésés  par
les  modérations  admises  de  droits,à  savoir  :  une  garantie ­
  pour  la  durée  de  la  nouvelle  condition  qui  leur
est  faite  et  un  agrandissement  du  marché  ouvert  aux
produits.  11  serait  oiseux  de  justilier  longuement  cette
conviction;  la  valeur  que  présente  pour  toute  entreprise ­
  la  certitude  des  circonstances,  sons  les  auspices ­
  desquelles  on  s’y  est  adonné,  est  aussi  manifeste, ­
  (|ue  celle  de  l’équivalent,  ollerl  par  des
placements  agrandis  dans  des  marchés  nouveaux
pour  l’amoindrissement  des  bénétices  recueillis
dans  la  sphère  des  anciens  déliouchés.  Or  ni  1  un
ni  l’autre  de  ces  deux  résultats  n’eut  pû  être  atteint
par  une  simple  révision  du  tarif.  Ou  une  paieillc
        <pb n="339" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.

327

opération  rendît  les  marchés  du  Zollverein  accessibles ­
  aux  produits  britanniques,  il  fallait  plutôt  s’y  attendre ­
  qu’à  la  voir  faciliter  aux  produits  du  Zollverein ­
  l’accès  de  quelque  marché  que  ce  fût.  De  plus,
elle  n’aurait  pas  vidé  irrévocablablement  les  questions ­
  de  tarif,  car  elle  n  aurait  constitué  au  fond
qu’une  manœuvre  sur  l’échiquier  de  la  politique
commerciale,  et  en  tout  cas  elle  n’aurait  été  universellement ­
  envisagée  que  sous  ce  point  de  vue.  Un
peu  plus  tôt  ou  plus  tard  la  nécessité  de  traiter  avec
la  France  ou  la  Belgique  se  fût  inévitablement  représentée ­
  et  aurait  entraîné  d’une  façon  non  moins
certaine  à  sa  suite  de  nouveaux  changements  dans
le  tarif  douanier.  On  n'eût  pas  été  rassuré  sur  l’avenir, ­
  dans  la  mesure  du  moins  où  on  peut  l’être
parla  législation,  alors  cependant  que  celte  contiance
  est  nécessaire  en  tout  temps  et  doublement
nécessaire  dans  les  conjonctures  actuelles.  Un  traité
avec  la  France  donne  au  contraire  satisfaction  à  ces
deux  titres.  D’une  part,  il  ouvre  à  la  production
fédérale  un  marché  sur  l’importance  duquel  les
expériences  faites  depuis  l’exécution  des  traités  de
la  iMitnce  avec  1  Angleterre  et  la  Belgique  ne  laissent
subsister  aucun  doute.  D  autre  part,  et  sous  réserve
des  quel(|ues  modilicalioiis,  dont  le  temps  pourrait
démontrer  l’urgence,  il  clôt  les  discussions  entretenues ­
  par  le  tarif,  tant  à  l’intérieur  du  Zollverein
que  dans  les  rapports  du  Zollverein  avec  l’étranger.
Je  puis  déjà  faire  connaître  aujourd’hui,  que  dans
        <pb n="340" />
        328  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
les  propositions  à  nous  faites  par  la  Grande-Bretagne ­
  et  la  Belgique  en  vue  de  négociations  commerciales, ­
  ces  puissances  ne  comptent  nullement  sur
la  retouche  de  nos  conventions  avec  la  France.  Au
point  de  vue  des  intérêts  économiques,  nous  avons
dû  tenir  uii  plus  grand  compte  de  ce  double  avantage
  que  de  l’aiteinle  portée  à  tels  ou  tels  de  ces  intérêts ­
  par  suite  de  quelques  réductions  de  droits.  •&amp;gt;
L’habile  ministre  se  prévaut  ensuite  des  intérêts
financiers  du  Zollverein,  qui  recommandaient  également, ­
  selon  lui,  la  détermination  prise,  et  pour
rendre  sa  justification  plus  complète  encore,  il  termine ­
  par  ces  réflexions  qui  méritent  certainement
aussi  de  trouver  une  place  ici  :
((  Nous  ne  pouvions  pas  non  plus,  en  fin  de  compte,
nous  dérober  à  l’influence  d’une  considération  présentant ­
  un  caractère  général.  Déjà  dans  notre  Mémoire ­
  du  mois  d’avril  de  l’année  dernière,  nous
avons  relevé  l’effet  que  ne  pourra  manquer  de  produire ­
  sur  la  politique  commerciale  de  l’Europe  la
réforme  si  vigoureusement  abordée  et  si  logiipiemcnt
  poursuivie  par  la  France,  de  sa  législation
mercantile.  Provoquée  par  l’initiative  de  l’Angleterre, ­
  mais  se  différenciant  de  son  modèle  par  le
mode  d’application,  cette  réforme  a,  grâce  précisément ­
  au  stimulant  inhérent  à  cette  déviation  en
la  forme,  déterminé  un  changement  radical  dans
le  tarif  des  douanes  belges,  en  attendant  qu  elle
réagisse  de  la  même  façon  sur  le  tarif  pratiqué  en
        <pb n="341" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  329
Italie,  par  suite  du  traité  de  commerce,  si  proche
de  sa  conclusion,  avec  la  cour  de  Turin.  Nos  alliés
sont  complètement  d’accord  avec  nous  sur  ce  point,
que  le  Zollverein  ne  saurait  s’isoler  de  ce  mouvement; ­
  mais  la  façon  dont  nous  devons  nous  y  prendre, ­
  n  est  nullement  indifférente  ;  il  n’est  pas  indilïérent
  que  nous  tassions  acte  d’adhésion  ouverte
et  opportune,  ou  que  nous  nous  trouvions  isolés
dans  un  acquiescement  tardif.  Pour  nous,  le  choix  ne
pouvait  êti’e  douteux.  La  pénétration  réciproque  des
conditions  économiques  des  nations  fait  des  progrès ­
  si  rapides,  qu’il  y  faut  plus  que  jamais  regarder
à  deux  fois,  avant  de  vouloir  se  confiner  dans  l’isolement, ­
  et  rien  ne  saurait  favoriser  davantage
l’intérêt  majeur  qu’a  le  Zollverein,  k  ce  que  ses
voisins  orienta,,entrent  dans  le  mouvement,  que
la  spontanéité  avec  laquelle  lui-même  y  prendra
part.  »
Alais  quelle  que  fut  la  valeur  de  cette  argumen—
tation  et  des  renseignements  fournis  dans  le  même
écrit,  bon  nombre  de  gouvernements  fédérés  ne  tardèrent ­
  pas  ti  protester  contre  ce  court  délai  d’un
mois,  assigné  à  la  manifestation  de  leur  sentiment
et  qu  Ils  trouvaient  en  disproportion  choquante  avec
étendue  et  l’importance  des  conventions  qui  leur
étaient  soumises.  Il  est  vrai,  qu’é  quelques  Jours
seulement  de  la  mise  en  demeure,  le  gouvernement ­
  saxon,  dont  1  attitude  avait,en  septembre  1861,
attiré  déjà  notre  attention,  transmettait  son  assen-
        <pb n="342" />
        330  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
liment,  en  rompant  ainsi  de  la  façon  la  pins  positive ­
  avec  ses  coalisés  des  années  1851-1853.  Et
comme  ce  gouvernement  avait  toujours  encore  à  sa
tête  M.  de  Beust,  qui  avait  joué  un  si  grand  rôle
dans  la  précédente  crise,  et  qui  dans  la  politique
allemande  avait  pris  une  position,  que  les  événements ­
  n’ont  cessé  de  mettre  en  lumière  jusque  dans
les  derniers  temps,  il  fand  rait  ne  chercher  à  expliquer
sa  conduite  en  cette  circonstance  ni  par  un  changement ­
  dans  la  politique  saxonne  ni  par  une  tendresse ­
  particulière  pour  la  Prusse,  mais  bien  l’attribuer ­
  aux  mobiles,  qui  l’ont  invariablement  et
exclusivement  inspirée  à  travers  toutes  les  phases
du  Zollverein,  mobiles  puisés  dans  les  intérêts  de
l’industrie  saxonne  et  du  commerce  en  gros  de
Leipzig.  A  l’origine  de  l’Association,  ce  furent  les
intérêts  commerciaux  de  Leipzig  qui  prévalurent,
mais  quand,  parla  suite,  le  tarif  du  Zollverein  aidant, ­
  l’industrie  de  la  Saxe  eut  pris  un  essor  tout
à  fait  inattendu  et  atteint  en  plusieurs  points  une
perfection,  l’élevant  au-dessus  des  autres  industries
similaires  de  l’Union,  et  lui  assurant  même  sur  le
marché  universel  une  place  avantageuse  parmi  les
intérêts  les  plus  réputées  de  l’Europe,  ce  lurent
les  intérêts  de  la  fabrication,  sur  lesquels  ce  pays
se  régla  principalement  dans  toutes  les  (¡uestions
douanières.  Or  comment  n'aurait-il  pas  fait  le  plus
grand  cas  d’un  marché  comme  la  France,  sur  lequel ­
  des  tissus  de  laine,  de  colon  et  mêlés  devaient,
        <pb n="343" />
        PÉHIOÜË  DE  1854  A  1865.  331
entre  autres  articles,  trouver  à  s’écouler  abondamment, ­
  par  l’effet  des  nouveaux  droits  promis  dans
le  traité?  Tout  en  ne  se  méprenant  donc  nullement
sur  les  conséquences  du  traité  pour  les  rapports
avec  l’Autriche,  et  en  demeurant  fidèle  à  l’Autriche
sur  le  terrain  constitutionnel,  le  cabinet  de  Dresde
se  rendit  aux  considérations  d’ordre  industriel
qui  1  emportaient  sur  toutes  les  autres,  et  s’empressa, ­
  comme  nous  venons  de  le  dire,  d’informer
la  Prusse  de  la  parfaite  communauté  de  vues,  existant ­
  entre  les  deux  monarchies  au  sujet  de  la  dernière ­
  communication.

La  satisfaclion  exprimée  par  la  Saxe  était  cepen-«lanl
  loin  d'être  partagée  par  les  gouvernements  des
États  qui,  de  1851  à  I853.avaient  formé  la  coalition
J.le  de  Darmstadt.  Le  Hanovre,  lui  aussi,  parut
envisager  avec  méliance  le  côté  politique  du  traité
et  les  suites  qui  en  découleraient  au  regard  de  l’Au-Iridio.
  Prévoyant  même  ces  impressions  défavorades
  et  désireuse  de  les  combattre,  la  Prusse  avait
ait  pntii  pour  les  cours  alliées  certains  de  ses
ctionnaiies  plus  particulièrement  au  courant  des
fournir  verbalement  des  éclaircissements  sur  les  intentions ­
  du  cabinet  de  Uerlin  ;  mais,  malgré  le  mérite
reconnu  de  ces  émissaires,  dont  l’un  était  M  Delbrück, ­
  l'autre  M.  Pliilippsborn,  l’assurance  qu’ils
donnèrent,  que  la  politique  n'avait  été  pour  rien
        <pb n="344" />
        332  L  ALLIÍMAGNE  ÉCONOMIQUE.
de  la  part  de  leur  gouvernement,  dans  la  confection
du  Iraité,  ne  produisit  qu’un  effet  médiocre,  et  on
peut  même  se  demander  si,  vu  les  circonstances,
cette  déclaration,  sur  laquelle  le  ministère  prussien
revint  encore  plus  d’une  fois  dans  l’échange  de  correspondances ­
  qui  s’engagea  par  la  suite,  ne  manqua
pas  d’à'propos  et  ne  fut  pas  plutôt  nuisible  que  proiitable.
  Car  le  nouveau  traité  devait,  selon  toute
apparence,  modifier  du  tout  au  tout  la  position  du
Zollverein  vis-à-vis  de  l’Autriche  et  créer  d’insurmontables ­
  obstacles  à  la  prorogation  aussi  bien  qu’à
l’épanouissement  du  traité  de  février,  sans  que  la
Prusse  pût  à  cet  égard  s’y  tromper  plus  que  n’importe ­
  lequel  des  gouvernements  associés.  D’ailleurs
la  froide  résolution  de  la  Prusse  perce  assez  à  travers ­
  l’humilité  diplomatique  de  la  dépêche,  qu’elle
expédiait  à  Vienne  le  7  avril  1862,  pour  saisir  aussi
le  cabinet  impérial  du  résultat  des  négociations  avec
la  France  et  pour  ne  pas  laisser  plus  longtemps  sans
une  réponse  quelconque,  si  difficile  qu’elle  fût,  le
mémoire  de  septembre  1861,  dans  lequel  l’Autriche
exprimait  ses  doléances  et  ses  appréhensions.  Cette
dépêche  dont,  à  notre  grand  étonnement,  nous
Il  avons  pas  trouvé  trace  dans  l’ouvrage  cependant
consciencieux  jusqu’à  la  minutie  de  M.  Weber,
alors  qu’elle  figure  tout  au  long  dans  le  recueil  de
MM.  Aegidii  et  Klauhold  et  que  l’embarras  de  son
signataire  lui  prête  un  piquant  incontestable,  émet
en  terminant  l’espoir  de  voir  attribuer  par  le  gou—
        <pb n="345" />
        PÉRioDK  DE  1854  A  1865.  333
vernement  aulrichien  aux  traités  intervenus  le
caractère  de  réformes  économiques  inévitables,  que
le  Zollverein  eût  peut-être  pu  différer  pour  un
temps  au  grand  détriment  de  ses  intérêts  les  plus
essentiels,  mais  auxquelles  il  ne  lui  eût  plus  été
possible  de  se  dérober  indéfiniment.  Que  la  Prusse,
placée  comme  elle  était,  cherchât  à  réagir  contre
le  traité  de  février,  tout  le  monde  devait  à  la  vérité
s  y  attendre,  de  telle  sorte  qu’il  restait  seulement
à  savoir  si  le  moyen  auquel  elle  avait  eu  recours
à  cet  effet,  en  contractant  avec  la  France,  était  un
moyen  légitime  ou  un  moyen  condamné  par  les  engagements ­
  antérieurs  pris  envers  l’Autriche.  Mais,
sur  ce  point,  les  opinions  étaient  naturellement  divisées, ­
  et  bien  que  la  circulaire  lancée  en  septembre
1861  par  TAulriche  n’y  eût  même  pas  fait  allusion,
celle  lacune  allait  être  comblée.  C’est  le  comte
Rechberg,  ministre  des  affaires  étrangères  d’Autriche ­
  qui  se  chargea  de  cette  tâche  dans  un  memorandum, ­
  daté  du  7  mai  1862  et  accompagné
d  un  écrit  introductif,  lequel  eu  fait  aussitôt  pressentir ­
  le  ton  décidé,  —  observant  par  exemple,  non
sans  ironie,  que  si  l’on  n’y  a  pas  agité  le  côté  politique ­
  de  la  question,  c’est  d’une  part  parce  qu’on
suppose  que  le  Gouvernement  royal  de  Prusse  n’a
pas  voulu  provoquer  de  discussion  à  cet  égard,  et
d’autre  part,  parce  que  les  considérations,  qui  dans
cet  ordre  essentiel  d’idées  se  présentent  en  foule  à
l’esprit,  ne  sauraient  échapper  a  aucun  des  inté-
        <pb n="346" />
        334  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
ressés.  A  la  différence  donc  du  mémoire  de  septembre, ­
  le  mémoire  du  7  avril  tint  un  langage  des
plus  précis  et  détermina  rigoureusement,  pour  ne
pas  dire  juridiquement,  la  position  que  le  traité  de
Berlin  faisait  à  l’Aiitriclie.  Il  rappela  les  trois  demandes ­
  principales  tormulées  en  septembre  et  conformément ­
  auxquelles  :  1“  il  ne  faudrait  traiter  ultérieurement ­
  la  France  à  la  façon  des  nations  les
plus  favorisées  que  sous  la  réserve  des  avantages,
que  la  Prusse,  à  l’imitation  du  procédé  suivi  depuis
1851  par  l’Autriche  vis-à—vis  notamment  de  la
Sardaigne,  de  Modène,  de  la  Russie,  serait  dans  le
cas  d’octroyer  à  un  État  de  la  Confédération  germanique ­
  en  raison  même  de  ces  liens  fédéraux  ;
2“  il  conviendrait  de  limiter  la  durée  du  traité  avec
la  France  à  celle  assignée  actuellement  au  Zollverein, ­
  de  façon  à  ce  qu’elle  ne  se  prolongeât  pas  nu
delà  de  l’année  1865;  3“  il  importerait  de  ne  pas
tellement  baisser  les  droits  à  l’entrée  des  marchandises ­
  dans  le  Zollverein,  que  l’Autriche  usant  du
droit  conventionnel  qui  lui  compète,  fât  amenée  à
élever  ses  taxes  intermédiaires  vis-à-vis  de  l’Association ­
  dans  une  mesure,  qui  enlèverait  aux  articles
français  la  tentation,  après  avoir  acquitté  les  droits
du  Zollverein,  de  prendre  ensuite  la  route  de  l’Autriche ­
  contre  la  prestation  du  droit  intermédiaire.
Mais,  en  revenant  sur  les  vues  exposées  jadis  par
l’Autriche,  il  incriminait  le  silence  opiniâtre  gardé
par  la  Prusse  durant  ses  longues  négociations,  si-
        <pb n="347" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  335
lence  que  celte  puissance  ne  se  décida  à  rompre
que  pour  communiquer  un  accord  paraphé,  renfermant ­
  comme  à  plaisir  toutes  les  dispositions,
dont  le  gouvernement  impérial  avait  conseillé  le
rejet  dans  l’intérêt  du  maintien  et  de  raffermissement ­
  des  relations  commerciales  intimes  existant
entre  l’Autriche  et  le  Zollverein.
El  il  ajoutait  :
«  Les  faveurs  douanières,  concédées  à  la  France
par  CCS  traités  sont  de  telle  nature,  qu  elles  contraignent ­
  l’Aulrictie  à  un  remaniement  profond  du
tarif  intermédiaire  établi  en  1853,  et  que,  contrairement ­
  au  but  et  à  la  lettre  du  traité  du  19  février
1853  et  nonobstant  le  désir  témoigné  à  toute  époque
pai  le  cabinet  impérial  de  prêter  la  main  à  des
améliorations  opportunes,  elles  rendent  impossible
tout  développement  de  la  convention  de  février,
comme  aussi  toute  union  douanière  entre  l’Autriche
et  le  Zollverein.  Même  la  simple  continuation  du
pacte  (le  1853  n  aurait  plus  ni  objet,  ni  raison  d’être
au  cas  d  une  acceptation  de  l’accord  franco-prussien, ­
  pnis(|u’alors  aucune  des  deux  zones  douanières
ne  pourrait  plus  consentir  d’immunités  à  l’autre  :
ni  le  Zollverein,  qui  se  serait,  par  principe,  démis
de  celle  faculté  et  dont  les  droits  ordinaires  se  trouveraient ­
  inférieurs  au  taux  qu’ont  actuellement  les
droits  privilégiés;  ni  l’Autriche,  qui  ne  pourrait  se
se  1  éso  U  dre  à  faire  au  Zollverein  des  concessions,  en
rapport  avec  ses  droits  extérieurs  réduits,  qj’en
        <pb n="348" />
        336  l’allemagnb  économique.
adoptant  elle-même  un  tarif  aussi  libéral  que  le
sien.  Du  moment  donc  que  le  traité  avec  la  France
serait  conclu  de  la  part  du  Zollverein,  et  que  l’existence ­
  du  Zollverein  serait  prolongée  sur  celte  base,
l’Autriche  se  trouverait,  sous  le  rapport  de  la  politique ­
  commerciale,  isolée  du  reste  de  l’Allemagne
en  fait  aussi  bien  qu’eu  principe.  »
Plus  loin,  l’examen  critique  de  la  position  prise
par  la  France,  dans  le  traité,  lui  suggère  les  réflexions ­
  suivantes  :
«  Quand  on  compare  les  avantages  adjugés  à  la
France  à  ceux  obtenus  en  échange  par  la  Prusse,  et
quand  on  se  borne  à  tenir  compte  uniquement  des
effets  à  produire  des  deux  côtés  par  les  uns  et  les
autres,  on  parvient  aisément  à  la  conviction,  que
la  Prusse  en  contractant  avec  la  France  s’est  déterminée ­
  par  d’autres  mobiles  (pie  par  l’appât  des
clauses  admises  en  sa  faveur.  Les  modérations  de
droits  se  réfèrent  principalement,  dans  les  échanges
réciproques,  aux  marchandises  fines,  pour  lesquelles
la  France  occupe  sans  conteste  le  premier  rang  sur
le  marché  universel;  elles  présentent  au  contraire
une  importance  proportionnelle  moindre  pour  les
articles  communs,  et  là  où  le  Zollverein  applique
un  ou  tout  au  plus  deux  droits  au  poids,  calculés
très-bas,  la  France,  en  graduant  ses  droits  d’après
la  qualité  des  marchandises,  les  élève,  sans  qu’il
y  paraisse,  à  une  hauteur  considérable,  ou  sait  par
d’assez  forts  droits  ad  valorem  atteindre  convena-
        <pb n="349" />
        a

PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  337
Wemerit  les  productious  du  Zollverein,  qui  y  sont
soumises.
«  11  est  bien  certain  aussi,  qu’une  réforme  du
tarif  fédéral  était  chose  tout  à  fait  urgente.  Les
perfeclionnements,  les  additions,  les  suppressions,
subis  depuis  son  existence  et  tout  à  fait  occasionnellement ­
  par  ce  tarif,  en  dehors  de  tout  remaniement
systématique,  ont  porté  préjudice  à  son  économie
générale.  Sa  simplicité  par  trop  rigide  empêchait
de  proportionner  exactement  les  droits  à  la  valeur
des  marchandises,  et  il  en  résultait  que  la  même
fixation,  impropre  à  protéger  eflicacement  l’imlustrie
  dans  ses  qualités  supérieures,  impropre  encore
a  assurer  au  trésor  un  revenu  conforme  à  ces  qua-1
  6s,  se  révélait,  au  regard  des  marchandises  d’un
ec  lange  habituel,  comme  presque  prohibitive  et  en
tout  cas  comme  exagérée.  Mais,  tout  en  ne  méconnaissant ­
  nullement  cet  état  de  choses,  le  gouverne-
        <pb n="350" />
        338  l’ALLEMAGNE  ÉCOiNOMÍQUE.
est  vrai  que  l'Autriche  ne  se  serait  jamais  prêtée  à
une  réduction,  dans  la  mesure  qui  a  été  atteinte  par
le  traité  franco-prussien,  des  droits  déjà  beaucoup
trop  faibles  du  Zollverein  pour  les  marchandises
de  première  qualité,  et  n’aurait  pas  de  la  sorte  décrété ­
  la  ruine  inévitable  d’un  grand  nombre  de
branches  industrielles.
«Si  éloignée  que  soit  du  gouvernement  impérial
la  pensée  de  vouloir  scruter  les  intentions  de  la
Prusse,  il  ne  saurait,  ces  circonstances  étant  données, ­
  s’arrêter  à  une  autre  explication,  que  celle
fournie  par  les  journaux  prussiens  eux-mêmes,
d’après  lesquels  il  s’agirait,  moyennant  l’adoption
d’un  système,  que  les  conditions  financières  et  industrielles ­
  de  l’Autriche  ne  lui  permettent  pas  de
«uivre  et  moyennant  la  conclusion  d’un  traité  qui
rend  impossible  à  l’avenir  toutes  relations  étroites
et  privilégiées  entre  l’Autriche  et  le  Zollverein,  de
consommer  irrévocablement  la  séparation  poülicoconiinerciale
  de  l’Autriche  d’avec  le  reste  de  l’Allemagne. ­
  »
Mais  c’est  à  la  fin  surtout  du  mémoire,  que  son
argumentation  se  serre  et  devient  significative,  comme
ou  va  pouvoir  eu  juger  par  ces  nouveaux  passages,
qui  de  même  que  ceux  qui  les  piécèdenl  ou  pourraient ­
  les  suivre  ont  l'avantage  inestimable,  a  nos
yeux,  eu  mettant  en  scfcuc  et  eu  faisant  parler  es
intéressés,  de  restituer  à  une  polémique  aussi  marquante, ­
  que  l'a  été  celle-ci  par  sou  ardeur,  sa  téiia-
        <pb n="351" />
        PÉRIODE  DE  185i  A  1865.  339
cité  et  son  importance,  sa  physionomie  originale  :
«Lamajeure  partie  des  fixations  adoptées  par  la
Prusse  dans  son  traité  avec  la  France,  et,  notamment,
les  fixations  concernant  les  marchandises  de  choix’
sont  telles  qu’il  ne  paraît  pas  possible  à  l’Autriche
de  s’en  accommoder,  même  dans  la  limite  du  maintien ­
  des  droits  intermédiaires  existants,  à  moins  de
condamner  a  une  chulé  prochaine  bon  nombre'de
ses  établissements  industriels.  Au  cas  donc  où  le
traité  de  commerce  ,,assé  entre  la  France  et  la  Prusse
obtiendrait  également  l’agrément  des  autres  memlires
  de  l’Union,  le  cabinet  impérial  n’aurait  plus
d  autre  parti  à  prendre,  qu’à  attendre  la  nolitication
du  point  de  départ  de  son  entrée  en  vigueur,  pour
informer  ensuite  à  son  tour  les  Étals  associés  des
changements  apportés  au  tarif  intermédiaire  en
dedans  du  pouvoir  conféré  par  la  convention.
"  lit  toutefois  ce  n’est  pas  cette  faculté  de  remanier ­
  le  tarif  intermédiaire,  qui  constitue,  d’après
le  gouvernement  autrichien,  la  limite  extrême  de
son  droit.  Il  ne  peut  admettre  que  le  traite  francogâtions
  conventionnelles  envers  l’Autriche,  de  porter
a  sa  connaissance  en  temps  légal  les  modérations  de
droits  arrêtées  avec  la  France.  Que  les  contractants
de  185,1  se  soient,;«»,.  „  détail,  réservé  la  liberté
de  leur  législation  douanière,  c’est  incontestable
        <pb n="352" />
        340  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
car  aucune  des  parlies  n’a  voulu  se  mettre  dans  la
dépendance  de  l’autre  pour  les  mod  ideations,  qu’elle
jugerait  nécessaire  d’introduire  dans  telle  ou  telle
et  l’art.  4  du  traité,  statuant  sur  l’hypothèse ­
  où  l’une  d’elles  abaisserait  la  taxe  pour  l’une
des  marchandises  figurant  au  tarif  intermédiaiie,
s’est  borné  simplement  à  permettre  à  1  autre  d  élevei
le  droit  intermédiaire  d’une  manière  correspondante. ­
  Mais  il  existe  évidemment  une  dilTérence
essentielleentre  certaines  réductions  de  droits,  adaptées ­
  aux  conjonctures  variables,  que  peut  travel  sei
l’un  ou  l’autre  des  articles  du  commerce,  et  un  ample ­
  remaniement,  attaquant  le  traité  par  sa  base,  de
tout  le  système  suioipour  le  tarif.  (Juelqucs  üxalions
peuvent  être  abaissées,  sans  que  les  participants  au
traité  de  février  contreviennent  à  l’intention  solennellement ­
  exprimée  dans  son  préambule,  de  s’employer ­
  à  l’union  douanière  future,  ou  sans  même
qu’ils  compromettent  le  but  assigné  éventuellement
à  leurs  efforts  par  l’art.  25,  et  consistant  dans  le
rapprochement  et  dans  l’assimilation  aussi  complets
que  possible  des  tarifs  douaniers  respectifs.  Des  altérations ­
  aussi  restreintes  étaient  certainement  tolérées ­
  et  couvertes  par  l’art.  4.
((  Mais  une  réforme  générale,  qui,  au  lieu  de  niveler ­
  les  inégalités  des  deux  tarifs,  les  accuse  encore
davantage,  de  propos  délibéré,  qui  fait  passer  l’une
des  parties,  du  système  protecteur  au  système  de
droits  fiscaux  fort  modiques,  sans  s’inquiéter  si
        <pb n="353" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  18G5.  341
l’autre  partie  est  en  mesure  d’emboîter  le  pas,  et
qui  ne  se  fait  pas  au  surplus  jour  par  la  voie  de  la
législation  intérieure,  mais  bien  par  celle  d’un
traité  obligatoire  avec  une  tierce  puissance  ne  saurait ­
  tomber  sous  l’application  de  l’art.  4  et  se  trouve
au  contraire  en  contradiction  manifeste,  tant  avec
le  préambule  du  traité  de  1853  qui  convie  les  hautes
parties  contractantes  à  l’œuvre  de  l’union  austroallemande,
  qu’avec  l’art.  25  qui  pour  le  cas  où  l’union ­
  douanière  ne  se  consommerait  pas  en  1860
exige  au  moins  la  convergence  de  leurs  efforts  vers
la  parité  des  tarifs  appliqués  de  part  et  d’autre.  Le
gouvernement  impérial  se  doit  donc  à  lui-même,
et  croit  aussi  devoir  aux  intérêts  bien  entendus  de
1  Allemagne,  de  déclarer  que  l’acceptation  par  le
Zollüerein  de  l’accord  intervenu  le  29  tnars  de  l’année
courante  à  Berlin  entre  la  Prusse  et  la  France  serait
considérée  forcénmd  par  lui  comme  une  violation  et
une  désertion  des  rapports  conventionnels  fondés  entre
I  Autriche  et  le  Zollverein  par  le  traité  du  19  février ­
  1853.  »
Ues  rféclaralions  aussi  cal,'goriqiies  devaient  amener ­
  lie  la  part  de  la  Prusse  une  riposte  &amp;lt;pii  ne  se  lit
pas  d  ailleurs  attendre.  Elle  est  du  28  mai,  comme
ayant  suivi  à  deux  jours  do  distance  la  préscntalion
par  M.  le  Ministre  des  finances  de  Heydt  des  der  niers
traités  en  causea  la  Chambre  prussienne,  et  nous  v
relevons  tout  d’abord  celte  entrée  en  matière,  qui
ne  le  cède  pas  assurément  en  netteté  ni  snrtoiil  en
        <pb n="354" />
        342  l’allemagnií  économique.
sécheresse  au  document  qu’il  s’agissait  de  réfuter:
(,  Le  mémoire,  y  dit  M.  de  Bernstorff,  incrimine
la  conduite  générale  tenue  par  le  gouvernement
royal  dans  toute  cette  affaire  et  dirige  ensuite  des
objections  contre  le  contenu  même  des  traites.  Mais
je  ne  puis  sous  aucun  de  ces  deux  rapports  admettre
comme  autorisée  l’immixtion  du  cabinet  impérial,
car  il  n’est  à  ma  connaissance  ni  acte,  ni  convention,
ni  accord  desquels  1  Autriche  puisse  infeiei  le
droit  de  s’élever  contre  de  pareils  traités,  que  la
Prusse  et  le  Zollverein  jugeraient  bon  de  conclure
avec  une  tierce  nation,  et  je  dois  sans  détour  levendiquer
  pour  la  Prusse  aussi  bien  que  pour  le  Zollverein ­
  la  faculté  absolue  de  se  comporter  à  cet  égard
selon  leurs  propres  convenances.  »
Le  signataire  de  la  réponse  faite  à  l’Autriche
le  28  mai  pourrait  donc  se  dispenser  de  pousser  plus
loin  ;  mais  il  veut  prouver  en  peu  de  mots  que  rien
n’était  de  nature  à  modifier  des  conceptions  et  des
convictions  bien  rétléchies,  et  rappelant  les  diveis
griefs  articulés  par  la  note  autrichienne,  qui  conclut ­
  en  reconnaissant  aux  cocontractauts  de  185.1
le  droit  à  des  modifications  partielles  du  tarif,  mais
non  à  une  réforme  générale  comme  celle  qu  impliquent ­
  les  traités  avec  la  France,  il  répond  ainsi  :
«  En  vérité,  que  vaudrait  l’indépendance  du  Zollverein, ­
  s’il  fallait  souscrire  à  cette  conclusion?  Mais
il  n’en  est  pas  ainsi.  Il  n’a  jamais  pu,  lors  de  la  conclusion ­
  du  traité  du  10  février  1853  entier  dans
        <pb n="355" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  186o.  343
l’esprit  de  personne,  de  vouloir  amoindrir  l’autonomie ­
  des  parties  intéressées.  L’Autriche  n’eût  pas
plus  que  la  Prusse  et  le  Zollverein  consenti  à  cette
mutilation,  et  il  n’existe  pas  non  plus  de  disposition
dans  ce  traité,  qui  ait  dans  une  mesure  quelconque
porté  atteinte  à  la  liberté  de  la  législation.  Le  mémoire ­
  avoue  lui-même  que  le  tarif  du  Zollverein
réclamait  une  réforme  urgente,  et  sur  ce  point  nous
sommes  entièrement  de  son  avis.  Mais  nous  aurions
dû  selon  lui,  pour  l’accomplissement,de  cette  réforme, ­
  attendre  l’Autriche,  nous  concerter  avec  elle,
alors  cependant  que,  de  son  propre  aveu  aussi,
l’Autriche  n’aurait  pu  nous  suivre  dans  cette  voie,
qu'en  sacrifiant  bien  des  branches  de  l’activité  nationale.’Lst-il ­
  nécessaire  de  relever  ces  contradictions? ­

«  Si  donc  le  Mémoire  se  plaint  que  nous  n’ayons
pas  eu  égard  aux  désirs  de  l’Autriche  dans  nos  négociations ­
  avec  la  France,  je  ne  puis  qu’observer,
que  toute  réforme  du  tarif  et  tout  traité  avec  une
puissance  étrangère  auraient  été  alors  simplement
impossibles.  Je  ne  puis  pas  non  plus  laisser  dire,
que  nous  ayons  mis  de  côté  le  traité  du  19  février ­
  1853,  ne  voyant  pas  quelle  est  celle  de  ses
clauses  que  nous  aurions  violée  soit  directement,
soit  indirectement,  soit  dans  sa  lettre,  soit  dans  son
esprit  ;  et  enfin  le  sans-façon  avec  lequel  a  été  contesté ­
  le  droit  pour  le  Zollverein  de  procéder  à  la  réforme ­
  de  son  tarif  sans  le  concours  ou  même  l’as-
        <pb n="356" />
        344  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
senliment  de  l’Aulriche  m’amène  à  déclarer  avec  la
même  franchise  queje  répudie  absolument  de  semblables ­
  appréciations.  »
Puis  s’élevant  aux  considérations  générales,  le
comte  de  Bernstorff  ajoutait  :
«  Plus  que  jamais,  nous  n’avons  en  cette  occurrence ­
  obéi  qu’à  des  considérations  tirées  du  bienêtre
  matériel.  Comment  aurions-nous  pu  rester  en
arrière,  quand  la  Grande-Bretagne  et  la  France
marchaient  en  avant  dans  la  voie  des  grandes  réformes ­
  économiques  réclamées  par  l’époque  et  entraînaient ­
  déjà  d’autres  Etals  à  leur  suite?  Aussi  ne
doutons-nous  pas  que  l’Autriche  elle-même,  qui
dans  les  derniers  temps  a  innové  sur  tant  de  points,
ne  voulût  pas  s’attarder  sur  la  route  actuellement
ouverte.  Que  les  traités  avec  la  France  rendent  impossible ­
  une  union  douanière  de  l’Autriche  et  du
Zollverein,  c’est  là  une  proposition,  qui  ne  saurait
être  soutenue  victorieusement;  et  ce  quia  pu  paraître ­
  réalisable  sous  ce  rapport,  n’a  pas  cessé  de
l’être  depuis  ces  traités.
((  Nous  nous  défendons  formellement  d’avoir  par
des  raisons  politiques  donné  plus  que  nous  n’aurions
reçu  ;  mais  je  puis  me  dispenser  d’aborder  la  justification ­
  des  diverses  dispositions  dont  se  composent  les
traités,  puisque  c’est  là  une  tâche  dont  nous  nous
sommes,  en  âme  et  conscience,  acquittés  déjà  envers
nos  associés.  Je  veux  seulement  à  cet  endroit  faire
remarquer  d’une  façon  générale,  que  les  oliseï  va—
        <pb n="357" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  345
lions  ayant  pour  objet,  dans  le  Mémoire,  le  contenu
même  des  traités,  ne  nous  ont  rien  appris  de  nouveau. ­
  et  que  nous  saluerons  avec  joie  les  conditions
plus  favorables,  que  le  cabinet  impérial  réussirait  à
se  faire  accorder  à  lui-même  dans  des  négociations
uUéiieures  avec  la  France,  puisque  le  bénéfice  de
ces  conditions  meilleures  nous  est  d’avance  assuré  à
nous-mêmes  par  les  traités.  »
Les  historiens  allemands  dont  certains  le  reconnaissent ­
  eux-mêmes  ne  sont  peut-être  pas,  en  raison
de  leur  nationalité  et  de  la  date  encore  fraîche  de
ces  débats,  dans  les  conditions  voulues  pour  juger
avec  toute  1  indépendance  désirable  la  querelle  qui
s’élevait  ainsi  h  nouveau  entre  les  deux  grandes
puissances  de  1  Allemagne,  dans  des  termes  que
nous  ne  venons  de  reproduire  si  complaisamment
que  parce  qu’aucune  des  pièces  diplomatiques  libellées ­
  par  la  suite  ne  les  ramène  avec  plus  de  netteté ­
  et  de  précision.  Celte  querelle  sur  laquelle  nous
pouvonsnousexpliquerd’autantpluslibrement,que
nous  n’avons  pas  les  mêmes  motifs  de  nous  récuser,
trouvait,  comme  ou  vient  de  voir,  son  prétexte  e’t
son  aliment  dans  le  traité  de  février  1S53,  dont  la
redaction,  sujette  à  équivoque,  était  issue  elle-même
de  la  grande  crise  antérieure,  et  de  la  solution  insuffisante ­
  qui  y  avait  mis  fin.
Ce  traité  avait  ouvert  à  l’Autriche  la  perspective
d’une  union  douanière  ultérieure  avec  le  Zollverein,
alors  que  les  bases  économiques  et  autres  d’une  jia-
        <pb n="358" />
        346  l’allemagnk  économique.
reille  union  faisaient  encore  manifestement  di^faut.
Durant  le  temps  qui  s'ôtait  écoulé  depuis,  il  n’avait
été  fait  que  peu  pour  combler  les  lacunes  existantes,
et  la  diversion  opérée  par  la  Prusse,  loin  de  favoriser ­
  le  rapprochement,  creusait  au  contraire  l’abîme
entre  les  deux  territoires  douaniers,  au  point  d’enlever ­
  à  la  fusion  projetée  ses  dernières  chances.  La
Prusse  était-elle  donc  en  droit  d’agir  de  façon  à  détruire ­
  les  espérances  données  en  1853  ?  Pour  répondre ­
  à  cette  question,  il  faut  en  revenir  toujours  au
traité  du  19  février,  qui  n’autorise  pas  plus  à  la
résoudre  négativement,  qu’il  n’est  peut-être  permis
d’inférer  l’aftirmative  de  l’argument  prussien,  consistant ­
  à  dire  que  le  Zollverein  ne  pouvait  pas,  par
ce  traité,  avoir  renoncé  au  développement  et  a  la
transformation,  en  toute  indépendance,  de  son  système ­
  douanier.  En  effet,  si  le  pi  éambule  du  traité
de  février  lui  attribuait  comme  fondement  le  désir
des  contractants  d’arriver  h  une  union  parfaite,  si
déplus,  d’après  ses  stipulations,  les  négociations  en
vue  de  ce  résultat  devaient  être  abordées  eu  1860,
il  n’y  avait  tout  de  même  guère  là,  pour  nous  servir
du  vocabulaire  technique  des  docteurs,  qu’une  stipidatin
  de  contrahendo^  qui  ne  pouvait  pas  encore
conférer  un  droit  à  la  prestation  elle-même.  Néanmoins, ­
  on  ne  saurait  refuser  à  ces  dispositions  toute
valeur  juridique,  et  les  adversaires  du  traité  francoprussien,
  tels  que  notamment  la  Bavière,  ne  se  tirent
pas  faute,  non  plus,  dans  une  rencontre  postérieure.
        <pb n="359" />
        347

PÉniODK  DE  Í854  A  1865.
il  appuyer  sur  l’obligation  tout  au  moins  morale
astreignant  les  membres  du  Zollverein  à  s’interdire
tout  ce  qui  pourrait  entraver  ou  paralyser  la  réalisation ­
  de  rUnion.  Il  ne  pouvait  suffire  à  la  iustificanon
  ,1e  la  conduite  de  la  I&amp;gt;,ussa,  quelle  niât
Simplement  cette  obligation  ou  qu’elle  la  jugeât
incompatoe  avec  tout  redressement  du  tarif  fédéral. ­
  La  dernière  appréciation  péchait,  ce  semble
par  sa  trop  grande  généralité,  attendu  qu’en  suppo’
sant  les  États  de  l’association  tenus  à  ne  pas  créer
obstacles  à  r,imon  future  avec  l’.âutriche,  ceux-ci
conservaient  pour  le  remaniement  du  tarif  toute  la
comme  le  soutenait  encore  la  Prusse,  afin  de  se  laver
■
mentation  danslolibel!édel’arl.4etLsla'm2¡
        <pb n="360" />
        348  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
qui  y  apparaissait  entre  les  élévations  et  les  modérations ­
  de  droits.  L'alinéa  premier  de  cet  article
était  effectivement  conçu  de  la  façon  suivante  .
«  Si,  pendant  la  durée  du  présent  traité,  il  devait
se  produire,  dans  le  territoire  de  1  un  ou  1  autre  des
deux  États  contractants,  des  augmentations  des  droits
d  entrée  ordinaires,  tels  qu’ils  sont  actuellement
fixés  dans  le  tarif  général,  elles  demeureront  sans
influence  sur  les  concessions  mutuelles  figurant  dans
l’annexe  n®  1.  »
Par  contre  on  lisait  dans  l’alinéa  suivant  :  «  Que
si  l’une  des  parties  contractantes  veut  d’une  façon
générale  ou  sur  un  certain  parcours  de  ses  frontières, ­
  introduire  quelque  modération  dans  son  tarif
général  actuel  pour  une  des  marchandises  mentiondans
  l'annexe  nM  ,  elle  est  tenue  de  porter
cette  modération  à  la  connaissance  de  l’autre,  trois
mois  au  moins  avant  la  mise  à  exécution  du  cliangeraeiil
  résolu.  »
11  n’écliappera  h  personne  après  celte  lecture,
qu’aulant  les  prévisions  de  l'art.  4  sont  vastes  et
s’étendent  au  tarif  tout  entier,  quand  il  s’agit  d’élévation ­
  des  droits,  autant  ses  prévisions  se  restreignent ­
  pour  ne  porter  plus  que  sur  un  petit  nombre
de  marchandises,  quand  il  s’agit  au  coutiaiie  de
réduction.
Si  cependant  on  objectait  de  la  part  de  la  Prusse,
qu'aucune  aliénation  île  la  liberté  réciproque  île
régler  leurs  tarifs  à  leur  guise  ne  pouvait  avoir  été
        <pb n="361" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  349
faite  par  les  parties  contractaiiles,  la  force  de  cette
objection  se  trouvait  quelque  peu  émoussée  et  par
cette  considération  générale,  que  tout  traité  de  commerce, ­
  que  tout  traité  quelconque  ébréche  plus  ou
moins  la  liherlé  absolue  de  ceux  qui  y  pailicipenl
et  par  ce  fait  spécial,  que  le  h-ailé  franco-prussien
se  traduisait  par  de  bien  plus  fortes  rêslriclions  encore, ­
  en  interdisant  catégoriquement  l’augmentation
des  droits  conventionnellement  établis.  Quand  on  se
place  donc  sur  le  terrain  du  droit  pur,  on  est  inévitablement ­
  assailli  par  quelques  doutes  sur  la  légalité ­
  de  l’acte  posé  par  la  Prusse,  qui  n’avait  peutêtre
  pas  non  plus  tenu  suffisamment  compte  des
égards  dus  à  un  gouvernement  allié,  nous  ne  disons
pas  à  un  gouvernement  ami,  puisqu’en  effet  depuis
les  événements  de  1851  à  1853,  les  rapports  affectueux ­
  s  étaient  singulièrement  refroidis,  surtout
dans  la  direction  des  intérêts  matériels.
Mais  les  impressions  se  inodilieiitdu  tout  an  tout,
du  moment  qu’on  envisage  les  précédents,  au  point
de  vue  économique  ;  et  l’état  de  chose  coiiteniporaiii
ssesE
quoi,  dans  les  appréciations  auxquelles  le  public
s  es!  livré  depuis,  le  point  de  droit  a  été  refoulé  à
l’arrière-pIan.
L’idée  d’une  union  douanière  entre  l’Autriche  et
le  Zollverein,  celte  .idée,  dont  les  ministres  de
        <pb n="362" />
        3öO  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Schwarzenberg  et  de  Bruck  s'étaient  rendus  les
promoteurs  dans  les  années  1851  a  1853,  et  au  service ­
  de  laquelle  ils  avaient  déployé  une  énergie  indomptable, ­
  n’avait  manifestement  fait  aucun  progrès
depuis  cette  époque.  Or,  si  sa  réalisation  avait  déjà
en  1853  fait  naître  les  doutes  les  plus  sérieux,  ces
doutes  n’avaient  pu  que  s’accentuer  davantage  à  partir ­
  de  ce  moment,  attendu  qu’économiquement  les
deux  territoires  étaient  loin  d’avoir  marché  à  l’unisson. ­
  Grand  avait  été  l’essor,  pris  par  l’industrie
fédérale  et  à  mesure  que  bon  nombre  de  ses  branches ­
  étaient  parvenues  à  se  créer  une  clientèle  trèsnombreuse
  au  dehors,  oil  elles  luttaient  sans  désavantage ­
  contre  les  compétitions  les  plus  redoutables,
l’engouement  jadis  régnant  pour  les  droits  protecteurs ­
  n’avait  plus  persisté  que  dans  une  sphère  allant
tous  les  jours  en  se  rétrécissant.  Pourquoi  aussi  cette
industrie,  devenue  assez  forte,  pour  pouvoir  se  passer ­
  en  bonne  partie  de  la  protection  artilicielle  dont
elle  avait  bénéticié  jusqu  alors,  ii  aurait-elle  pas
cherché  à  échapper  aux  désagréments  et  aux  inconvénients ­
  d’un  système  de  droits  de  douane  compliqué? ­

En  Autriche  au  contraire,  la  période  qui  s’était
écoulée  de  1853  à  1862  avait  vu  revenir  le  parti
protectionniste  à  meilleure  fortune  ;  et,  bien  que  de
nombreuses  améliorations  eussent  été  introduites  en
matière  de  douanes,  les  négociations  prévues  par  le
traité  de  février  n’avaient  pas  eu  lieu,  pas  plus  d  ail-
        <pb n="363" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  351
leurs  qu’on  n’avait  fait  disparaître*Ies  imperfections,
qui  pouvaient  être  considérées  comme  les  impedimenta ­
  principaux  à  son  union  douanière  avec  le
Zollverein.  Ainsi  le  système  monétaire  n’avait  subi

aucun  changement,  et  le  monopole  du  tabac  était
resté  debout  pendant  qu’en  même  temps  l’industrie
du  tabac  au  sein  du  Zollverein  était  redevable  au
régime  de  la  liberté  d’un  développement  peu  ordinaire; ­
  quant  à  la  plaie  la  plus  grave,  à  celle  que
mettait  à  nu  une  administration  douanière  épaisse
et  bureaucratique  à  tendances  fiscales  et  au  personnel ­
  inférieur  d’une  culture  rudimentaire  et  d’une
malléabilité  notoire,  il  n’avait  été  fait  que  fort  peu
pour  la  fermer.  On  constatait  toujours  encore  la
même  inégalité  dans  l’état  de  la  civilisation  et  de
la  consommation  respectives,  et  par  conséquent  dans
le  produit  des  droits,  ce  qui  aurait  rendu  impossible ­
  le  partage  des  revenus  par  tête  dans  une  union
qui  aurait  embrassé  à  la  fois  l’Autriche  et  les  autres

contrées  de  l’Allemagne.  Aussi  comprend-on  aisément, ­
  que  ceux  mêmes  des  États  associés  qui,  durant
acrisede  1851  à  1853,  avaient  été  les  fermes  soutiens ­
  de  1  Antriclie  et  avaient  déterminé  la  cocnlusion
  du  traité  de  février,  ne  iirisseut  pas  un  souci
exageré  de  la  mise  en  œuvre  des  dispositions  de  ce
tiaité  relatives  à  1  union  douanière,  sachant  fort
bien  que  pareille  union  ne  serait  réalisable  de  Ion",
temps.  11  ne  faudrait  donc  chercher  la  raison  de  la
ligne  de  conduile  suivie  par  les  Etals  moyens  que
        <pb n="364" />
        352  l’allkmagnk  éconoxMique.
dans  leurs  appréhènsioiis  de  l’hégémonie  prussienne,
dans  les  formes  acerbes,  sous  lesquelles  celle-ci  se
traduisait  de  plus  en  plus,  et  dans  la  politique  intérieure ­
  de  la  Prusse,  en  opposition  avec  l’esprit  constitutionnel, ­
  qui  régnait  chez  eux.  Et  de  même  ou  en
sens  inverse,  comme  on  veut,  si  en  toute  circonstance ­
  le  cabinet  de  Berlin  traita  de  chimérique
ridée  d’une  union  douanière,  et  si  au  mépris  de
l’art.  25  il  se  refusa  nettement  en  1860  à  engager  un
colloque,  ayant  cette  union  pour  objet,  il  n’obéit  pas
seulement  à  une  antipathie  naturelle  et  toute  politique ­
  contre  l’irruption  de  l’Autriche  dans  le  Zollverein, ­
  mais  encore  il  était  guidé  par  des  considérations'fort ­
  plausibles,  d'ordre  purement  matériel.
Rien  ne  venait  en  aide  à  cette  assertion,  hasardée
parle  ministère  autrichien,  que  l'Autriche  ne  pourrait, ­
  à  l’exemple  du  Zollverein,  réformer  son  tarif,
sans  exposer  aux  plus  grands  dangers  plusieurs
catégories  d’industrie.  De  grandes  étapes  ont  été
depuis  parcourues  par  l’Autriche  dans  cette  voie  des
réformes,  à  ce  point  que  son  tarif  actuel  se  rapproche ­
  il  bien  des  égards  du  tarif  fédéral,  tel  que  l’avait
fait  le  traité  franco-prussien,  et  cependant  la  produc-*
  tion  nationale,  par  les  proportions  qu’elle  a  atteintes, ­
  y  a  eu  plutôt  à  se  féliciter  qu’à  gémir  de  l’alfaissement
  des  droits  protecteurs.  Est-ce  que  d’ailleurs
l’industrie  du  Zollverein  a  été.  endommagée  par  le
traité  passé  avec  la  France,  et  par  l’application  soutenue ­
  du  système,  dont,  pour  le  tarit,  ce  traité  a  été  le
        <pb n="365" />
        23

PÉRÍODE  DE  1854  A  1865  35
i
I’imJusIrie  fédérale  ne  neu,  r  ^pécialilé  de

Tableau.
        <pb n="366" />
        354

LALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE

1801.

IMPORTATION  EN  FRANCE.

COKIERCK  eilUlL.

Marchandises
étrangères  arrivées ­
  pendant
l’année  18G1.

Totaux  en  valeur*  officielles ­
  :
2f.5,70l,4GL
En  val.  actuelles  ;
282,202,298.

COVIERCI  srícill.

EXPORTATION  DE  FRANCE.
COUrn»  «ililtU.  COMMERCE  SFÎCUl.

Marchandises
étrangères  mises ­
  en  consommation ­
  pendant ­
  l’année
1801.
Tola  ni  en  valeurs  officielles ­
  :
12',421,722.
En  val.  actnellos  :
171,85)4,920.
Droits  perçus
5,581,53».

Marchandises
françaises  et
étrangères  exportées ­
  pondant ­
  l’année
18G1.
Totaux  en  valeurs  officielles ­
  ;
183,599.877.
En  val.  actuelles  :
189,G78,2G8.

Marchandises
françaises  exportées ­
  pendant ­
  l’année
1801.

Totaux  en  valeurs  of-Gcirlles
  :
155,482,2.50,
En  val.  actuelles  ;
100,820,330.
Droits  perçus
102,758.

18«8.
(Les  valeurs  officielles  sont  supprimées.)

COMMERCE  gIkÍRU.

Totaux  on  valeurs ­
  actuelles ­
  :
391,815,051.

COMMERCE  SriCliL.

Totaux  en  valeurs ­
  actuelles ­
  :
260.428,516.
Droits  perçus  :
6,191,866.

COMMERCE  CÉliRlL.

Totaux  en  valeurs ­
  actuelles ­
  :
211,394,91  1.

COMMERCE  SrtCUl.

Totaux  on  valeurs ­
  actuelles ­
  :
214,788,757.
Droits  perçus  :
5,728.

Ces  chiffres  inetteiit  bien  en  évidence  la  marclie
fortement  ascendante  suivie  par  les  expéditions  respectives, ­
  grâce  il  un  traité,  auquel  revient  donc  le
mérite  d’avoir,  à  la  différence  de^ceux  qui  font  des
victimes  ou  des  dupes,  tourné  a  1  avantage  de  toutes ­
  les  parties  contractantes.  Et  cependant,  quand
        <pb n="367" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  355
comme  Français  on  s’attache  plus  particulièrement
à  l’accroissement  également  très-sensible  de  part
et  d’autre  pour  un  intervalle  de  sept  ans,  du  commerce ­
  spécial,  qui  prime  naturellement  ici  le  commerce ­
  général  en  intérêt,  on  est  amené  à  constater,
non  sans  quelque  dépit,  que,  tandis  que  la  progression ­
  du  commerce  spécial  à  l’importation  s’évalue  à
environ  78  0/0,  celle  du  commerce  spécial  à
1  exportation  ne  s’élève  qu’à  environ  67  0/0  ;
autrement  dit,  que  notre  importation  spéciale  dans
le  Zollverein  ne  s’est  pas  augmentée  dans  les  mêmes
proportions  que  l’importation  fédérale  correspondante ­
  en  France.  Un  autre  renseignement  fourni
par  nos  tableaux  et  qui  a  bien  aussi  sa  valeur,  mais
pour  notre  pays  seulement,  est  celui  concernant
les  droits  perçus  à  l’entrée  des  marchandises  allemandes; ­
  de  5,584,  534  francs  en  1861,  ces  droits  se
montèrent  à  6,194,866  francs  en  1868,  par  suite
précisément  des  arrivages  plus  considérables,  que
provoquait  un  traitement  adouci;  de  telle  sorte
que  le  même  traité,  qui  pouvait  paraître  menaçant
au  moins  pour  les  recettes  de  douanes,  s’est  montré
protitable  à  la  fois  aux  alfaires  et  au  trésor.
11  faut  dire  que  les  données  si  favorables  au  Zollverein, ­
  pour  l’indication  desquelles  nous  avons  anticipé ­
  même  sur  les  événements,  étaient  en  quelque
sorte  pressenties  par  ceux  des  gouvernements  qui
faisaient  de  l'opposition  au  traité  et  que  les  objections ­
  élevées,  dans  une  intention  protectionniste,
        <pb n="368" />
        356

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
contre  certaines  réductions  du  tarif  ne  lardèrent  pas
à  être  abandonnées.  Ces  gouvernements  songèrent
tout  d’abord  à  convenir  de  l’attitude  à  prendre  visà-vis
  de  la  Prusse,  et  sur  une  invitation  partie  du
Wurtemberg,  on  vit  se  réunir  à  Munich  dès  le  18  juin
1862  des  plénipotentiaires  de  la  Bavière,  du  Wurtemberg, ­
  du  grand-duché  de  Hesse  et  du  Nassau,
qui  devaient,  selon  le  mandat  qu  ils  avaient  leçu,
se  borner  à  échanger,  préalablement  leurs  vues  personnellessui-
  les  projets  de  Irailôs  berlinois.  Après
que  les  déclarations  émanées  jusque-là  des  divers
cabinets  eurent  été  communiquées  réciproquement ­
  et  que  les  positions  de  tarif  ainsi  que  les  dispositions ­
  du  traité  eurent  été  successivement  passées
en  revue,  les  commissaires  procédèrent  à  un  assez
long  examen  des  rapports  avec  l'Autriche,  sur  la
base  de  la  convention  de  février  1853,  et  voici  notamment
  de  quelle  façon  modérée  s'exprime  sur  la
question  de  droit  le  procès-verbal  de  leurs  délibérations: ­
  «Le  traité  du  19  février  1853,  envisagé  dans
son  ensemble,  ne  permet  guère  de  douter  que  les
allégements  plus  notables  à  introduire  dans  les
échanges,  qui  sont  prévus  par  I  article  25,  ne  doivent
pas  être  confondus  avec  ceux  qui  peuvent  être  accordés ­
  à  tous  autres  États,  mais  se  rapportent  muquemeutàdesavantages/)ar/ré»&amp;amp;rs,
  que  rAulriclie
et  le  Zollverein  pourraient  vouloir  se  concéder  respectivement, ­
  comme  ils  s'en  sont  concédé  déjà
dans  le  traité  même  de  1853.  Sans  doute,  pour  être
        <pb n="369" />
        PÉRIODE  DE  185i  A  18t&amp;gt;5.  357
tenus  d'assimiler  gra  duellement  leurs  tarifs,  les  contractants ­
  ne  sauraient  être  privés  du  droit  d’y  apporter ­
  auparavant  tous  les  changements  qui  leur
paraîtraient  bons,  quoique  cependant  chacun  d’eux
fût  fondéen  équité  à  attendre  de  l’autre,  que  celuici
  ne  perdît  pas  de  vue,  dans  ses  déterminations,  le
but  du  traité  de  1853.  Mais  le  Zollverein  agirait  à
l’encontre  de  l’engagement  par  lui  pris  de  s’entendre ­
  avec  l’Autriche  au  sujet  d’allégements  plus  étendus, ­
  avec  la  signification  y  attachée  dans  le  traité,
en  prenant  avec  d’autres  pays  des  arrangements,
qui  le  mettraient  dans  l’impossibilité  de  consentir
à  l’Autriche  ces  autres  immunités  particulières,  auxquelles ­
  elle  devait  pouvoir  s’attendre.  »
Pendant  que  se  continuaient  ces  délibérations,
qui  ne  devaient  pas  être  suivies  de  résolutions  proprement ­
  dites,  et  qui  étaient  destinées  uniquement
à  passer  sous  les  yeux  des  gouvernements  y  représentés, ­
  le  cabinet  de  Vienne,  désabusi!^  sur  l’efficacité ­
  de  ses  protestations  et  de  ses  réserves,  préparait ­
  dans  le  silence  une  sérieuse  diversion.  Le  10
juillet  1802,  il  transmettait  inopinément  à  tous  les
membres  du  Zollverein  un  projet  complet  d’une
sorte  d’union  douanière,  après  que,  quelques  jours
auparavant,  le  député  Giskra  eut  déposé,  à  l’adresse
du  ministère  autrichien  tout  entier,  une  interpellation ­
  signée  de  la  majorité  de  ses  collègues  à  la  chambre ­
  des  représentants,  et  dans  laquelle  était  exprimé ­
  l’avis,  que  l’Autriche  était  d’ores  et  déjà  en
        <pb n="370" />
        358  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
situation  de  former  avec  le  Zollverein  allemand  un
tout  gouverné  par  la  même  politique  commerciale.
Les  bases  du  projet  communiqué  aux  intéressés  et
composé  de  5  articles,  à  la  suite  desquels  venait  un
autre  projet  réglant  la  marche  des  négociations  de
runion  austro-allemande  avec  les  puissances  étrangères, ­
  et  un  exposé  sommaire  des  motifs,  qui  avaient
inspiré  les  dispositions  de  l’un  et  de  l’autre,  ces  bases ­
  étaient  au  principal  les  suivantes  :
a.  L’Autriche  s’olfrait  à  être  régie  pour  tout
son  territoire  douanier  par  les  institutions,  les  tarifs, ­
  les  lois  et  les  règlements  en  vigueur  dans  le
Zollverein.
h.  Une  liberté  complète  et  exempte  de  toute  redevance ­
  serait  admise  dans  les  échanges  entre  les
deux  régions,  hormis  pour  les  denrées  d’origine
notoirement  exotique,  telles  que  les  denrées  coloniales, ­
  et  pour  les  articles  faisant  dans  l’une  ou  l’autre ­
  l’objet  d’un  monopole  de  l’État  ou  soumis  à
une  taxe  intérieure.
c.  Les  droits  à  acquitter  en  Autriche  seraient,  de
même  que  dans  le  Zollverein,  calculés  et  perçus  en
argent;  et  l’on  n’accepterait  pas  en  payement  de
ces  droits  la  monnaie  de  papier,  qui  ne  pourrait  être
convertie  en  argent,  dans  les  caisses  publiques  désignées ­
  à  cet  effet,  jusqu’à  concurrence  de  sa  valeur
nominale  tout  entière.
d.  11  n’y  aurait  pas  lieu,  en  principe,  au  partage
des  droits  de  douane  entre  l’Association  et  l’Autri-
        <pb n="371" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.

359

elle;  et  chacun  des  contractants  encaisserait  les  recettes ­
  faites  dans  sa  sphère.  Le  partage  ne  porterait,
par  exception,  que  sur  les  droits  acquittés  par  certains ­
  produits  déterminés,  tels  que  les  fils,  les  tissus, ­
  le  papier,  le  cuir,  le  fer,  la  mercerie,  les  articles ­
  en  verre,  en  argile  et  en  métal  à  l’importation,
et  les  chiffons  à  l'exportation,  et  la  répartition  de
ces  droits  mis  en  commun  se  ferait  sur  le  pied  de
3/8  pour  l’Autriche,  et  de  5/8  pour  le  Zollverein.
Les  objets  pour  lesquels  l’Autriche  proposait  de  déroger ­
  an  principe,  étaient  de  ceux  dont  le  rendement ­
  ne  s’était  élevé  dans  aucun  des  deux  groupes
au  tiers  de  la  perception  annuelle  générale,  et  encore ­
  ne  proposait-elle  cette  dérogation  que  parce
qu’elle  n’apercevait  pas  d’autre  moyen,  sauf  indication ­
  contraire,  d  affranchir  de  la  présentation
aussi  assujettissante  que  peu  probante  des  certificats
U  origine,  1  échange  qui  pourrait  s’opérer  entre  les
deux  territoires  mêmes,d’objets  analogues  provenant
de  l’intérieur.
c.  La  ligne  douanière,  existant  déjà  entre  les
deux  territoires,  le  mode  de  surveillance  qui  y  est
établi,  ainsi  que  le  cartel  douanier  arrêté  le  19  féviier
  1853  en  vue  d  une  protection  réciproque,  seraient ­
  maintenus  pour  faire  face  aux  nécessités  que
n’écarteraient  pas  les  dispositions  précédentes.
Quant  au  second  projet,  présenté  également  dans
la  circulaire  du  10  juillet,  c’était,  d’après  lui,  sur  le
fondement  des  nouveaux  rapports,  que  nous  venons
        <pb n="372" />
        360

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

d’esquisser,  que  devaient  être  réglées  les  relations
douanières  et  commerciales  du  Zollverein,  augmenté
de  l'Autriche,  avec  la  France  et  avec  la  Grande-Bretagne,
  et  il  conférait  à  la  Prusse  eu  même  temps
qu’à  l'Autriche  le  soin  de  conduire  en  commun  les
négociations  qui  pourraient  venir  à  s’ouvrir  avec  ces
deux  États  étrangers.
Ainsi  la  combinaison  imaginée  par  le  cabinet  de
Vienne  revenait  à  réunir  le  Zollverein  et  l’Autriche
en  un  seul  vaste  territoire  douanier  et  industriel,
organisé  identiquement  sous  le  rapport  des  douanes,
à  droits  rigoureusement  uniformes,  laissant  le  champ
absolument  libre,  en  dedans  de  sa  spacieuse  enceinte, ­
  aux  produits  intérieurs  du  sol  et  do  l’activité
manufacturière,  mais  abandonnant  en  propre  à  chacun ­
  des  fragments  agglomérés  le  montant  des  recettes ­
  que  lui  procureraient  les  droits  fiscaux  proprement ­
  dits,  c’est-à-dire  ceux  perçus  sur  les  denrées
coloniales  et  sur  tous  les  objets  manufacturés  du
dehors,  et  ne  faisant  masse  que  d’une  partie  des
droits  industriels,  pour  que  la  distribution  s’en  effectuât ­
  selon  une  proportion  extrêmement  simple.
Assurément  ces  plans  témoignaient  de  la  sagacité
de  leurs  auteurs  et  ne  mau(¡uaient  nullement  d’àpropos.
  Leur  réalisation  eût  imposé  à  l’Autriche
les  plus  lourds  sacrifices,  tandis  que  le  Zollverein,
sans  avoir  en  apparence  à  en  faire  aucun,  eût  obtenu ­
  l’accès  sans  entraves  de  toutes  les  provinces
autrichiennes,  sur  lesquelles  il  avait,  en  général,
        <pb n="373" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  I860.  30f
industriellement  parlant,  une  supériorité  incontestable. ­
  Néanmoins,  il  n’y  avait  pas,  pour  les  ouvertures ­
  faites,  à  compter  sur  un  accueil  favorable  de
la  part  de  la  Prusse,  aux  yeux  de  laquelle  aucun
avantage  matériel,  si  considérable  qu’il  fût,  ne  devait
pouvoir  contre-balancer  l’intérêt  qu’elle  avaità  conserver ­
  sa  prédominance  dans  l’Association,  et  à  eu
tenir  l’Autriche  éloignée.  Mais  si  la  Prusse  était  parlaitemenl
  d’accord  avec  elle-même  sur  le  parti  à
prendre,  il  lui  était  plus  malaisé  d’agir  conformément ­
  à  ses  vues  ;  car,  en  rejetant  d’emblée  les  propositions ­
  autrichiennes,  elle  prêtait  par  trop  à  l’accusation ­
  de  vouloir,  à  tout  prix  et  sans  égard  pour
les  intérêts  tant  économiques  que  fédératifs,  mettre
1  Autriche  à  la  porte  du  Zollverein  aussi  bien  que  de
1  Allemagne,  et  de  préférer  un  rapprochement  avec
la  France  à  des  relations  intimes  avec  une  nation
sœur.

C  est  pourquoi,  sans  doute,  le  ministère  prussien,
dans  sa  réponse  du  20  juillet,  s’arrêta  au  biais  d’une
lin  de  non-recevoir,  en  refusant  de  passer  outre  ?i
1  examen  des  projets  autricliiens,  par  la  raison  qu’il
se  croyait  engagé  vis-à-vis  de  la  France  et  en  ajoutant ­
  seulement  que,  même  en  l’absence  des  engagements ­
  contractés,  il  éprouverait  des  scrupules  à  se
rallier  à  des  conceptions,  d’après  lesquelles  le^

nouveaux  rapports  entre  l'Association  et  l’Autriche
devaient  reposer  sur  le  maintien  du  tarif  alors  suivi
dans  le  Zollverein,  et  qui,  selon  la  Prusse,  avait
        <pb n="374" />
        362  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
vieilli  depuis  bien  longtemps.  Quant  h  laisser  dépendre ­
  la  moindre  modification  de  ce  tarif  de  l’accord
unanime  de  tous  les  États  de  l’association  et  de  l’Autriche, ­
  la  Prusse  ne  saurait,  selon  la  même  réponse,
s’y  résoudre,  encore  même  que  les  négociations
avec  la  France  n'eussent  jamais  eu  lieu,  attendu
qu’en  aucun  cas  elle  n’avait  entendu  être  rivée  au
tarif  de  l’Union  pour  une  époque  dépassant  avec  le
31  décembre  1865  l’expiration  du  pacte  fédéral.  De
leur  côté,  les  journaux  prussiens  traitèrent  cavalièrement ­
  les  propositions  de  1  Autriche  et  leur  contestèrent ­
  tout  caractère  sérieux,  leur  attribuant  1  unique
dessein  de  faire  échouer  d  abord  le  traité  avec  la
France  et  une  révision  fondamentale  du  tarif  fédéral, ­
  sans  que  l’Autriche  voulût,  une  fois  arrivée  a
ses  lins,  donner  suite  à  l’union  et  renoncer  le  moins
du  monde  au  système  protecteur.
Kn  revanche,  la  situation  voulait  que  tous  ceux
des  gouvernements,  qu’alarmaient  les  tendances  et
les  suites  du  traité  avec  la  France,  prissent  chaudement ­
  fait  et  cause  pour  les  idées  émises  dans  la  circulaire ­
  autrichienne  du  10  juillet;  et  c’est  ainsi  que
le  Hanovre  et  la  Hesse  Électorale,  si  enclins  cependant ­
  à  un  remaniement  du  tarif  dans  le  sens  fibreéchangiste,
  mais  se  tenant  en  garde  contre  la  marche
de  la  Prusse  vers  l’hégémonie  au  sein  du  Zollverein,
parurent  disposés  eux-mêmes  à  soutenir  la  campa
gne  contre  une  puissance  si  suspecte  d’envahissement. ­
        <pb n="375" />
        PÉRIODE  DE  185Í  A  1865.  363
Sur  ces  entrefaites,  la  Chambre  des  représentants
de  la  Prusse  s’était  occupée  des  traités  avec  la  France,
que  le  gouvernement  lui  avait  soumis  dès  leur
conclusion,  en  les  accompagnant  d’un  mémoire
compendieux  qui  coïncidait  dans  plusieurs  de  ses
parties  avec  celui  qu’il  avait  jadis  fait  parvenir  aux
cabinets  associés,  mais  qui  était  moins  développé
que  le  rapport  rédigé  ensuite  à  ce  sujet  par  les  deux
commissions  réunies  du  commerce  et  de  l’industrie.
Après  avoir  succinctement  retracé  l’histoire  des  négociations, ­
  mis  en  relief  les  phases  traversées  par
le  tarif  fédéral,  et  exposé  les  raisons  qui  militaient
en  faveur  de  son  remaniement,  ce  rapport  arrivait  à
apprécier  le  caractère  des  modifications  y  introduites ­
  par  le  traité,  d’une  façon  que  nous  croyons
devoir  rappeler  ici  :
«  La  réforme  du  tarif  fédéral,  disait-il,  telle  qu’elle
est  voulue  par  le  traité  de  commerce,  peut  d’une
façon  générale  se  caractériser  par  le  milieu  qu  elle
tient  entre  les  vœux  du  free-trade  et  ceux  du  camp
protectionniste.  Les  progrès  stables  s’accomplissent
toujours  par  des  transactions  entre  partis  placés  sur
un  terrain  différent.  Tous  deux  reconnaîtront,  tôt  ou
tard,  que  les  changements  que  subit  le  tarif  impliquent ­
  un  pas  dans  la  voie  du  mieux.  Sans  doute,  il
n  y  a  qu  un  pas  encore  de  fait,  puisque  même  le
principe  du  tarif  de  1818,  conformément  auquel
les  droits  devaient  tout  au  plus  s’élever  à  10  0/0  de
la  valeur  des  objets  fabriqués,  n’a  pas  reçu  une  ap-
        <pb n="376" />
        J64  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
plication  constante,  mais  au  moins  des  réductions
sensibles  se  reproduisent-elles  pour  toutes  les  catégories ­
  de  biens,  les  droits  sur  les  tissus  soiit-i  s
fehelonnés  selon  une  classification  rationnelle,  qui
n’emportera  pas,  comme  la  précédente,  prombition
pour  les  articles  grossiers  ou  inacbevés,  et  des  matières ­
  brutes  ainsi  que  .tu  matériel  de  fabrique  sontils
  en  quantité  affranchis  de  toute  redevance,  ce  qui
se  traduità  côté  d’une  concurrence  aux  bases  élargies
par  de  plus  grandes  ressources  pour  les  entreprises
manufacturières,  par  de  plus  grandes  facilités  pout
le  commerce,  et  par  la  simplification  du  tarif.  Les
modérations  de  droits  exposeront  les  industries  a
une  compétition  plus  forte,  vis-à-vis  de  laquelle  on
ne  les  laisse  cependant  pas  désarmées,  puisque  1  abaissement
  de  ces  droits,  étant  gradnéjns.iu’cii  1866,
leur  procure  le  temps  nécessaire  pour  perfectionner
leur  exploitation  et  multiplier  leurs  moyens  de
transport.  Que  si  une  réforme  aussi  peu  radica  o
devait  constituer  une  menace  pour  certaines  branches ­
  ou  entreprises,  il  n’y  faudrait  voir  que  la  preu  ve
que  le  système  de  douanes  appliqué  jusqu  ici  a  .  élerminé'un
  développement  malsain,  dans  certaines
directions,  de  l’activité  manufacturière,  et  qn  une
prompte  médication  est  nécessaire,  pour  ne  pas  laisser ­
  s’étendre  encore  les  parties  malades.  »
Les  relations  avec  l  Autriclie,  en  tant  que  sou
::  ;ui:"n  droit
        <pb n="377" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  365
atlirer  également  l’aUenlion  de  la  Commission  parlementaire, ­
  an  travail  de  laquelle  nous  allons  emprunter, ­
  sous  ce  double  rapport,  deux  courts  passages, ­
  dont  le  premier  est  ainsi  conçu  :
«  La  convention  du  19  février  1853  assure  à
rAutriclie  les  droits  de  la  nation  la  plus  favorisée.
En  conséquence,  si  même  l’on  ne  voulait  pas  généraliser ­
  les  réductions  conventionnelles  du  tarif,  cette
puissanceen  acquerrait  le  bénéfice  immédiatement,
et  sans  aucune  contre-prestation.  Pour  se  rendre
compte  de  ce  qu’il  vaut  pour  l’Autriche,  il  suffit  de
constater  que  précisément  pour  les  principaux  articles ­
  de  son  exportation,  le  tarif  récemment  concerté ­
  descend  sensiblement  au-dessous  des  fixations
du  tarif  intermédiaire,  en  substituant  pour  les  vins
par  exemple  un  droit  de  4  thalers  à  celui  de  6,  pour
les  draps  et  les  articles  de  laine  foulée  un  droit  de
10  thalers  à  celui  de  30,  pour  les  articles  eu  fil  un
droit  de  24,  respectivement  de  12  thalers  à  celui
de  30,  respectivement  de  20,  pour  des  tissus  soie
et  demi-soie  un  droit  de  50  ou  34  thalers  à  celui
do  80  ou  50,  pour  les  verres  convexes  blancs  un
droit  de  20  gros  d’argent  à  celui  de  1  thaler  22
gios  et  demi,  etc.  Et  non-seulement  ces  avantages
passent  h  l’Autriche  sans  équivalent,  mais  elle  est
même  autorisée  par  l’article  4  du  traité  de  1853  h
élever  vis-fi-vis  du  Zollverein  les  droits  intermédiaires ­
  pour  tous  les  articles,  pour  lesquels  les  droits
réduits  du  tarif  fédéral  augmentés  des  droits  inter-
        <pb n="378" />
        364  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
niédiairos  resteraient  au-dessous  des  fixations  correspondantes ­
  du  tarif  général  de  l'An  triche,  et  à
les  élever  jusqu’à  concurrence  de  cette  différence.
On  ne  voit  donc  pas  comment  le  traité  avec  la
France  pourrait  encourir  le  reproche  de  causer  matériellement ­
  préjudice  à  l’Autriche.  Mais  on  serait
peut-être  fondé  à  se  demander  si  la  faculté  accordée ­
  à  l’Autriche  de  porter  plus  haut  le  tarif  intermédiaire ­
  n’est  pas  au  contraire  de  nature  à  porter
atteinte  à  l’exportation  de  l’industrie  fédérale,etc.»
Le  deuxième  passage  renouvelle  une  argumentation ­
  ,  que  nous  avons  déjà  rencontrée  précédemment,
mais  à  laquelle  il  donne  peut-être  un  tour  plus  incisif ­
  :
((  Les  commissions  réunies,  y  est-il  dit,  n  ont  pu
se  persuader  (pi'un  Iraité,  conlenanl  une  stipulation ­
  expresse,  par  lacpielle  ses  dispositions  sont
mises  en  harmonie  avec  la  pleine  liberté  pour  chacune ­
  des  parties  de  modifier  son  tarif  général,  justifiât ­
  l’obligation  do  s’interdire  des  changements
ayant  une  certaine  importance.  Pour  (jn’mie  liinitaliou
  de  l’autonomie  du  Zollverein,  aussi  exorbitante ­
  que  celle  arrêtant  toute  réforme  libérale  du
tarif,  ou  entravant  des  traités  de  commerce  avantat'eux
  avec  des  puissances  étrangères,  fût  admissi
ble,  elle  devrait  être  fondée  sur  un  engagement
formel  et  précis,  car  on  ne  saurait  la  présumer.  Le
contenu  du  traité  de  février  doit  plutôt  être  prts  en
ce  sens,  qu’on  exprimait  d'une  façon  généiale  in-
        <pb n="379" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  367
lenüon  d’arriver  par  celle  voie  h  l’union  dou;  aière
de  Ionie  l’Allemagne,  qu’on  tombait  d’accord  pour
avoir  dans  l’avenir  des  entreliens,  dans  lesquels
celle  union  serait  adoptée  ou  rejetée,  mais  qu’on
s’accordait  sur  une  clause,  qui  excluait  toute  restricüon
  a  l’autonomie  des  deux  parties  dans  la
sphère  de  la  politique  commerciale,  quelque  usage
(I  ailleurs  que  celles-ci  préteudissent  en  faire.  &amp;gt;;
Le  rapport  dont  on  vient  de  lire  quelques  fragments ­
  obtint  un  plein  succès  auprès  de  ceux  à  qui
il  était  destiné,  puisqu’à  la  séance  du  25  juillet,  la
Chambre  des  représentants  adopta  à  la  presque  unanimité ­
  les  quatre  traités,  à  la  signature  desquels  le
ministère  prussien  s’empressa  dès  lors  de  procéder
le  2  août,  sans  attendre  les  déclarations  des  autres
gouvernements  associés.  Quelque  étonnement  que
put  exciter  celte  manière  d’agir,  elle  s’expliquait
cependant  chez  la  Prusse  par  la  situation  où  elle  se
trouvait  alors  placée.  N’avait-elle  pas,  dès  le  début
des  négociations,  convaincu  suflisaminent  ses  alliés
e  sa  résolution  de  réaliser  à  tout  prix,  à  l’aide  du
SpSis
que  ce  U  est  qu  à  ces  conditions  qu’elle  concourrait
en  1865  au  renouvellement  du  Zollverein  ?  N’avaitelle
  pas  en  outre  déclaré  tout  aussi  nettement
qu  elle  se  tenait  pour  liée  par  l’arrangement,  arrêté
        <pb n="380" />
        368  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
avec  la  France,  et  qu’elle  passerait  outre  à  sa  conclusion ­
  définitive,  sans  s’occuper  autrement  du  retard ­
  que  pourraient  mettre  certains  cabinets  à  formuler ­
  leur  adhésion?  Une  fois  lancée  dans  cette
voie,  il  ne  restait  guère  à  la  Prusse  qu’à  aller  jusqu’au ­
  bout,  en  mettant  le  sceau  à  son  œuvre,  et  à
prévenir  ainsi  tout  doute  sur  la  possibilité  d’un
mouvement  de  recul.
Le  8  août,  le  gouvernement  bavarois  faisait  connaître ­
  sa  renonciation  au  traité,  et  cet  exemple
trouva  à  la  date  des  11  et  16  août,  du  11  septembre
et  du  12  octobre  des  imitateurs  dans  le  Wurtemberg,
le  Hanovre,  le  Nassau  et  la  Hesse-Darmstadt.  Pour
justifier  leur  refus,  les  abstentionnistes  incriminaient ­
  le  traité  lui-même  et  ses  diverses  dispositions, ­
  ou  bien  tiraient  argument  des  rapports  avec
l’Autriche.  Parmi  les  positions  du  tarif,  il  n’y  en
avait  que  peu,  qui  attirassent  sur  elles  des  critiques
sérieuses,  et  encore  ne  persévéra-t-on  pas  indéfiniment ­
  dans  toutes  ces  objections.  Seuls,  les  États
vinicoles  soutinrent  obstinément  qu’une  modération ­
  des  droits  sur  les  vins  ne  pourrait  avoir  lieu,
tant  que  le  droit  de  passage  ne  serait  pas  supprimé
sur  celte  boisson  dans  les  régions  septentrionales
de  l’Union,  comme  l’avait  jadis  fait  espérer  la  Prusse,
sans  avoir  cependant  donné  jamais  à  cet  égard  de
formelles  assurances.
Ces  difficultés  entraînèrent  à  leur  suite  entre  la
la  Prusse  d’une  part  et  les  dissidents  ainsi  que  l’Au-
        <pb n="381" />
        24

PÉRIODE  DE  1854  A  1865.

triche  d'autre  part,  une  polémique  diplomaliqu
aussi  peu  récréative  et  aussi  peu  efficace  en  généra
que  longue,  qui  ne  dévia  d’ailleurs  guère  des  sentier
où  nous  l'avons  vue  se  mouvoir  auparavant.  On  n'
peut  relever,  en  fait  de  nouveauté,  que  la  déclaratioi
assez  tardive  de  la  Prusse,  d’après  laquelle  elle  aurait ­
  été  autorisée  par  tous  ses  associés  à  condor,
un  traité  de  commerce  avec  la  France,  ce  que  lei
opposants  dénièrent  de  la  façon  la  plus  absolue,  er
tant  tout  au  moins  que  le  prétendu  mandat  devrai!
s  appliquer  au  contenu  de  la  convention,  qui  avail
été  réellement  passée.  Le  cabinet  de  Berlin  clôtura
,1  ailleurs  celte  correspondance  par  une  dépêche
adressée  à  Munich,  sous  la  date  du  2  novembre,  et
ou  il  s  exprima  catégoriquement  en  ce  sens,  qu’il
ne  lui  serait  possible  de  voir  dans  le  rejet  des  traités
.avec  la  France  qu’une  manifestation  de  la  volonté
es  cabinets  hostiles  i,  ces  traités,  de  ne  pas  pour-■
  ivie  1  Union  douanière  avec  la  Prusse  au  delà  du
orme  de  la  période  courante.  Ce  n’était  pas  la
Iiemière  fois  que  cette  appréciation  était  formumm

conçue  dans  le  même  esprit,  et  le  gouvernement
prussien  n  avait  jamais  laissé  planer  de  doute  su
sa  détermination,  conforme  à  celle  qu’on  lui  avail
        <pb n="382" />
        370  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
vue  en  l8o3,  de  répondre  à  une  résistance  persistante ­
  par  la  dénonciation  du  pacte  d'Un  ion,  en
faisant  de  l’acceptation  des  traités  avec  la  France,
comme  autrefois  de  l’acceptation  du  traité  avec  le
Hanovre,  la  condition  du  renouvellement  de  U  association ­
  douanière.  Le  changement  ministériel,  qui
avait  eu  lieu  en  Prusse  et  qui  y  avait,  dès  le  mois
d’octolue,  porté  le  comte  de  Bismarck  à  la  tête  des
affaires,  loin  de  modifier  les  dispositions  de  ce  pays,
ne  fit  même  qu’accuser  davantage  l’hostilité  de  sa
politique  à  l’encontre  de  l’Autriche.
Le  désaccord  entre  les  gouvernements  avait  naturellement ­
  pénétré  aussi  parmi  les  populations,
où  il  suscita  les  mêmes  scissions  qui  se  rejiroduisirent
  bientôt  partout,  dans  la  presse  aussi  bien  que
dans  les  chambres  de  commerce  et  dans  les  assemblées ­
  politiques.  On  eut  en  même  temps  l'occasion
de  constater  à  nouveau  le  phénomène  qu’avait  présenté ­
  déjà  la  crise  des  années  1851  à  1853,  puisque,
tandis  qu’en  Prusse  et  à  l’exemple  des  deux  Chambres ­
  de  son  parlement,  on  envisageait  de  toutes  parts
la  question  des  traités  avec  la  France  comme  intéressant ­
  l’honneur  de  ce  pays  et  sa  position  en  tant
que  puissance,  et  (¡u’on  écartait  en  conséquence  péremptoirement ­
  ou  traitait  comme  étant  d’importance ­
  secondaire  tous  les  scrupules,  que  ces  conventions ­
  pouvaient  faire  naître,  les  habitants  des
autres  États  associés  faisaient  preuve  eu  général
d’une  intelligence  moindre  du  côté  politique  de  la
        <pb n="383" />
        PÉRIODE  DE  (854  A  1805.  37,
même  question.  On  s’y  bornait  en  effet  assez  communément ­
  à  trouver  que  le  traité,  considéré  dans  son
ensemble,  constituait  un  mal,  et  offrait  prise  dans
ses  diverses  parties,  à  bien  des  critiques,  mais  qu’il
valait  mieux  en  accepter  les  stipulations  que  de
compromettre  le  renouvellement  du  Zollverein.
ments  se  trouvaient  à  peu  près  invariablement  en
lace  dune  chambre  des  représentants  opposante
gueuse  qu  imposante.
Mais  ces  divisions  se  firent  tout  à  fait  jour  dans
a  diète  commerciale  allemande,  qui  séjourna  à  Mu-###

au  cours  d  une  discussion  agitée,  qui  se  prolongea
P  usieurs  jours,  à  faire  voter  une  résolution  ainsi
libellée  .  «  La  rapide  conclusion  du  traité  de  corn
merce  ne  doit  pas  être  mise  en  question.  „  Ukl
        <pb n="384" />
        372  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
que  celle  résolution  n'eût  été  enlevée  que  par  une
majorité  de  quatre  voix  (100  contre  96),  les  intéressés ­
  argumentèrent  d’une  majorité  bien  plus
forte,  par  cela  que  la  minorité  des  96  comprenait
tous  les  Autrichiens,  tandis  que  de  leur  côté  les
adversaires  du  parti  prussien  mettaient  l’excédant
des  voix  sur  le  compte  de  l’emploi  de  moyens  artificieux, ­
  tels  que  par  exemple  l’admission  immodérée
de  corporations  industrielles.  Les  délégués  prussiens ­
  s’étalent  à  runanimité  prononcés  en  faveur  du
traité,  en  même  temps  que  la  plus  grande  diversité
d’opinions  se  manifestait  parmi  les  représentants
des  autres  contrées  du  Zollverein.  Aussi,  quand  l’assemblée ­
  se  sépara,  les  esprits  étaient-ils  aussi  montés, ­
  et  peut-être  même  plus  aigris  encore,  si  c’était
possible,  qu’aiiparavant.
Parmi  les  orateurs,  qui  s’y  étaient  faits  les  avocats
du  traité  avec  la  France,  il  faut  placer  au  premier
rang  M.  de  Sybel  qui,  loin  de  mettre  en  doute  la
nature  politique  de  cet  acte  international,  s’appliqua ­
  bien  plutôt  û  la  mettre  autant  que  possible  en
lumière.
«Le  danger  pour  nous,  disait-il  entre  autres,  ne
gît  pas  en  ce  que  nous  ditférons  d’opinion  sur  des
dispositions  de  tarif,  sur  des  intérêts  exclusivement
mercantiles,  mais  en  ce  que  dans  ces  divergences  se
reflètent  les  périls  réels  ou  supposés  de  la  rivalité
politique,  tant  entre  les  facteurs  actuels  du  Zollverein ­
  eux-mêmes,  qu’entre  ces  facteurs  et  ceux  qui
        <pb n="385" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1805.
voudraient  établir  avec  eux  des  relations
tes.

373
plus  élroi-"

  "  assez  naturel  que  le  congrès  commercial ­
  allemand  s’adonne  lui  aussi  à  une  lâche
qui  en  elle-même  ri  a  pas  un  caractère  commercial
mais  bien  politique.  »
Mais  une  autre  sortie  de  M.  de  Sjbel  est  plus
caractéristique  encore,  puisqu’après  avoir  déclaré
que  la  Prusse  ne  voulait  pas  et  n’avait  jamais  voulu
d  une  union  douanière  avec  l’Autriche,  il  ajoutait
ces  mots  :

"  P'"S  fail)lcs  du  Zollverein  sont
assurément  fondés  à  rechercher  eu  dedans  de  l  association
  te  le  qu’elle  se  comporte  aujourd’hui,  un
ontie-poids  ala  prédominance  inévitahle  des  inlécels
  prussiens;  mais  ces  moindres  facteurs  ne  vont
pas  jusqu  a  ne  voir  de  contre-poids  que  dans  la  réception ­
  de  I  Autriche  au  sein  du  Zollverein.  Celle
mer  I  inquiétude  parmi  les  États  associés  de
grandeur  moyenne  et  restreinte,  en  agitant  devant
eux  1  épouvantail  de  leur  absorption  par  la  Prusse.
        <pb n="386" />
        374  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Croit-on  donc  que  ces  États  ignorent  que,  si  1  Autriche ­
  prenait  le  dessus  au  lieu  de  la  Prusse,  la  médiatisation ­
  s’effectuerait  en  fait  dans  des  conditions
bien  plus  désastreuses  pour  plusieurs  d  entre  eux  ?
Ou  bien  croil-on  à  l’Autriche  assez  d  abnégation,
pour  qu’elle  ne  voulût  pas  tirer  parti  de  la  supériorité ­
  qui  lui  serait  acquise?  »
M.  Weber,  qui  rapporte  également  ces  paroles,
dont  il  ne  méconnaît  pas  d’ailleurs  la  sagacité,  estime ­
  cependant  qu’elles  portent  en  elles-mêmes
leur  réfutation,  puisque,  si  toutes  les  suppositions  et
toutes  les  prémisses  de  M.  de  Sybel  étaient  fondées,
le  traité  de  février  n’était  plus  alors  qu’un  mensonge. ­
  Mais  peut-être  l’estimable  historien  oubliet-iUrop
  ici,  qu’une  alliance  économique  avec  l’Autriche ­
  n’avait  jamais  été  du  goût  de  la  Prusse,  et
que  de  tout  temps  celle-ci  avait  cherché  à  eu  conjurer ­
  la  réalisation.
Nous  sommes  au  déclin  de  l’année  1862,  du  dernier ­
  jour  de  laquelle  est  datée  une  dépêche  du  ministère ­
  bavarois,  qui  marque  en  quelque  sorte  le
terme  de  la  polémique  officielle,  provoquée  par  le
traité  de  commerce  avec  la  France,  car,  à  partir  de
ce  jour,  les  deux  camps,  tout  en  persévérant  respectivement ­
  dans  leur  manière  de  voir,  paraissent
vouloir  renoncer  à  des  correspondances  démontrées
stériles,  et  ne  plus  compter,  pour  dénouer  la  crise,
que  sur  des  circonstances  extérieures.  Quant  à  cette
dépêche  du  31  décembre  1862,  elle  revenait  avec
        <pb n="387" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  i860.  375
des  développements  nouveaux  sur  une  tentative  faite
déjà  le  23  septembre  précédent  par  la  Bavière  en  faveur ­
  d’une  réconciliation,  possible  selon  elle,  à  certaines ­
  conditions  qu’elle  examinait.  Partant  de  cette
idée,  que  les  gouvernements  opposés  au  traité  avec
la  France  ne  faisaient,  en  repoussant  ce  traité,  qu’user ­
  d  un  droit  qui  leur  était  expressément  garanti
par  la  constitution  unioniste,  et  que  l’interprétation
donnée  à  leur  résistance  par  la  Prusse,  à  qui  il  convenait ­
  cl  y  voir  un  refus  de  concourir  à  la  prorogation ­
  du  Zollverein,  constituait  une  atteinte,  désavouée ­
  par  les  principes  de  l’association,  à  la  liberté
d’option  de  ses  membres,  le  cabinet  de  Munich  proposait ­
  de  leprendre  purement  et  simplement  ces
principes,  et  de  mettre  à  priifit  les  conférences  générales ­
  qui  étaient  sur  le  point  de  s  ouvrir,  en  v
soumettant  à  un  contrôle  commun  les  propositions
de  1  Autriche  aussi  bien  que  le  traité  avec  la  France,
et  les  modifications  dont  celui-ci  paraîtrait  susceptible. ­
  La  Prusse,  toutefois,  ne  crut  pas  devoir  obtempérer ­
  a  ces  vœux,  puisqu’elle  continua  à  observer  le
silence  qu  elle  gardait  depuis  sa  réponse  du  2  novembre, ­
  et  qu’à  ce  silence  vint  encore  se  joindre  plus
tard  son  refus  de  prendre  part  à  l’examen  des  propositions ­
  autrichiennes.
Mais,  puisqu  il  vient  d’être  question  à  nouveau
de  conférences  générales,  saisissons  l’occasion  qui
se  présente  de  renouer  leur  chaîne,  quelque  peu
interrompue  par  notre  récit.  Comme  pour  le  choix
        <pb n="388" />
        376  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
des  localités  devant  servir  de  résidences  passagères
à  ces  réunions,  on  s’était  jusque-là  conformé  a  la
succession  des  États  selon  l'ordre  où  les  énuméraient
les  pactes  d’union,  le  cycle  ainsi  formé  se  trouvait,
quand  on  faisait  abstraction  d’Oldenbourg,  avoir
été  parcouru  avec  le  14®  congrès.  Le  gouvernement
d’Oldenbourg  ayant  d’ailleurs  lui-môme  décliné
toute  prétention  à  l’iionneur  de  recevoir  à  son  tour
les  commissaires  du  Zollverein,  il  avait  été  convenu
à  ce  dernier  congrès,  tenu,  comme  on  se  le  rappelle
peut-être,  à  Brunswick,  que  la  session  suivante
s’ouvrirait  à  Munich,  mais  serait  ajournée  jusqu’en
1861,  par  la  raison  qu’à  Brunswick  l’assemblée
avait  siégé  jusque  dans  le  courant  du  mois  de  novembre ­
  de  l’année  1859.
Néanmoins,  ce  terme  assigné  aux  plus  prochaines ­
  conférences  parut  trop  éloigné  pour  deux  questions ­
  importantes  ayant  trait  l’une  à  la  suppression
des  droits  de  transit,  l’autre  à  la  modération  des  péages ­
  du  Rhin,  qui  étaient  restées  en  suspens  eu
1859,  et  pour  la  solution  desquelles  ou  jugea
bon  de  continuer  des  négociations  distinctes.
La  modération  et  l’abolition  des  péages  du  Rhin
étaient  à  l’ordre  du  jour  de  l’opinion  publique  depuis ­
  le  moment  où  l’on  avait  reconnu  à  quel  point
de  pareils  impôts  étaient  préjudiciables  au  commerce. ­
  Déjà  en  1846  la  France  et  le  grand  duché
de  Bade  avaient  renoncé  au  partage  par  moitié  des
droits  perçus  sur  le  parcours  du  Rhin,  qui  s  élen-
        <pb n="389" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1805.  377
ilaïUJe  Strasbourg  à  la  Lauter,  et  cet  exemple  avait
été  imitó  par  le  gouvernement  des  Pays-Bas,  qui  en
1850  affranchissait  la  navigation  néerlandaise  des
péages  encore  existants  sur  le  Rhin,  en  même  temps
que  du  droit  fixe,  et  qui,  l’année  d’après,  étendait
ces  faveurs  à  tous  les  riverains  supérieurs  de  ce
neuve.
Parmi  les  États  allemands  qui  bordaient  le  Rhin,
e  grand  duché  de  Bade,  la  Bavière  et  la  Prusse
aient  animés  de  dispositions  excellentes,  qui  ne
se  rencontraient  pas  malheureusement  chez  la  Hesse
et  le  Nassau,  dont  l’attitude  était  dictée  par  des
considérations  de  trésorerie.  Aussi  n’était-ce  pas
sans  gram  e  peine,  qii  on  était  parvenu  dans  le  Zollverein ­
  a  opérer  en  1851  une  réduction  générale  de
c  101  r  I  nan,  réduction  à  laquelle,  malgré  le  défahr"
  réclamait  une
gahté  parlaite  entre  tous,  la  Hesse  et  le  Nassau  ne
oncoururent  que  dans  la  mesure  d’un  tiers,  tandis
eles  autres  riverains  allemands  s’y  prêtèrent  juscomplet
  de  toute  perception  sur  le  B  bin.
Mais,  quels  que  fussent  les  efforts  du'  gouvernement ­
  badois,  qui  en  1855  produisait  un  mémoire  très-
        <pb n="390" />
        378  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
développé  en  ce  sens,  et  bien  que  ce  sujet  netardât  pas
à  être  aussi  itérativement  agité  dans  les  conseils  du
Zollverein  de  concert  avec  la  suppression  des  droits
de  transit,  toutes  les  tentatives  de  réforme  vinrent
échouer  contre  l’opiniâtre  contradiction  de  la  Hesse-Darmstadt
  et  du  Nassau,  qui  se  plaçaient  principalement ­
  à  un  point  de  vue  fiscal,  et  qui  n’étaient  pas
suffisamment  intéressés  dans  la  navigation  du  Rhin,
pour  se  laisser  aller,  par  des  considérations  économiques, ­
  à  l’abandon  d’une  source  de  recettes  relativement ­
  abondante.  Les  plaintes  renouvelées  en
1859  par  Rade  devant  la  commission  de  la  navigation ­
  sur  le  Rhin  furent  donc  des  plus  amères,  pendant ­
  que  les  débats  ouverts  simultanément  à  Rrunswick
  sur  le  même  point  demeurèrent,  comme  on
sait,  également  infructueux.  Ce  n’est  que  vers  la  fui
de  l’année  1890,  qu’une  conférence,  spéciale  convoquée ­
  à  Carlsruhe  réussit  à  amener  un  accord,  conformément ­
  auquel,  sous  la  réserve  du  maintien  pur
et  simple  de  la  taxe  à  prélever  sur  chaque  navire
et  sur  les  bois  (Schiffsgebühr  und  llolzzölle),  la
Prusse,  la  Bavière  et  Rade  ne  percevraient  plus  dorénavant ­
  qu’un  dixième,  mais  la  Hesse  et  le  Nassau
un  sixième  du  droit  conventionnel,  et  conformément
auquel  aussi  les  droits  de  transit,  dont  la  prestation
dans  le  Zollverein  présentait  une  si  grande  complication ­
  et  avait  été  pour  les  délibérations  communes
une  cause  permanente  de  difficultés,  furent  du
même  coup  complètement  mis  a  néant.
        <pb n="391" />
        PÉRIODE  DE  18Ö4  A  1865.  37»)
Une  autre  question  encore,  qu’avait  fait  naître  la
proposition  formulée  par  la  Prusse,  d’une  bonification ­
  à  consentira  l’exportation  du  sucre  de  betteraves, ­
  eut  également  les  honneurs  d’une  conférence
spéciale,  qui,  léiinie  a  Berlin  dès  le  commencement
&amp;lt;Je  mars  1861,  n'al,outil  à  un  résultat  qu'à  la  fin  du
mois  (  avril,  Mais,  avant  d’arriver  à  ce  dénoûment.
Il  nous  faut,  pour  compléter  nos  renseignements  sur
cette  matière,  reprendre  les  choses  d'un  peu  plus
aiit.  Le  lecteur  se  souvient  peut-être  que,  quand  il
s  agit  de  lixer  la  taxe  sur  le  sucre  de  betteraves  pour
la  période  triennale,  qui  devait  s’écouler  entre  le
septembre  1853  et  le  1"  septembre  1856,  celte
ixalion  rencontra  passablement  de  difficultés  par
sutle  de  la  crise  qui  sévissait  au  même  moment  dans
le  Zollverein,  mais  qu’une  fois  les  rapports  avec
lAuliiche  et  le  Hanovre  définitivement  réglés,  on
marcha  rapidement  vers  une  entente,  dont  les  termes
  fureid  déposés  dans  une  annexe  au  pacte  du
avri  l8o3.  Désormais  la  taxation  de  la  matière  imiSSî

.les  conférences  générales,  que  le  revenu  dorénavant
commun  entre  les  membres  de  l’Union,  que  procurerait ­
  l’impôt  sur  le  sucre  de  betteraves,  serait  for-
        <pb n="392" />
        380  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
mé  h  laide  d’une  taxe  de  1  thaler  par  quintal  de
sucre  de  betteraves  brut,  on  s  était  conformé  à  1  accord ­
  concerté  l’année  d’avant  (1843),  d  après  lequel
le  droit  d’entrée  sur  le  sucre  et  le  sirop  exotiques
devait,  ajouté  à  la  taxe  sur  le  sucre  de  betteraves  national, ­
  représenter  au  minimum  pour  chacun  des
habitants  du  Zollverein  une  recette  brute  annuelle
égale  au  produit  moyen,  par  tête  d’habitant,  du  droit
d’entrée  sur  le  sucre  et  le  sirop  étrangers  pendant
les  trois  années  1838-1840.  Or,  par  application  de
ces  principes  adoptés  pour  le  calcul  du  quantième  de
la  taxe,  chaque  habitant  dut,  en  1853,  figurer  dans
le  rendement  du  sucre,  selon  la  moyenne  des  années ­
  1847  h  1849,  pour  uu  chiffre  de  6,o76i  gros
d’argent.  Ce  chiilVe  régulateur  était  donc  quelque
peu  en  baisse  sur  celui  qui  avait  été  pris  pour  base
en  1843,  et  qui  se  montait  à  0,26i6  gros  d’argent,
tandis  que  la  taxe  véritable  fut  portée,  ainsi  qu’il  a
été  indiqué  tout  à  l’heure,  au  double  de  ce  qu’elle
avait  été  précédemment,  c’est-à-dire  à  0  gros  par
quintal  de  betteraves.  Nous  disons  au  double,  puisqu’en
  effet,  à  partir  du  1®'  septembre  1850,  l’élévation ­
  de  la  taxe  sur  le  sucre  de  betteraves  indigène,
élévation  décidée  dès  1848,  avait  été  mise  eu  pratique
dans  le  Zollverein,  sans  préjudice  des  droits  existants ­
  sur  le  sucre  exotique,  qui  furent  maintenus,  et
puisque,  grâce  à  cette  surtaxe,  le  sucre  national  dut
acquitter  2  thalers  au  lieu  d’un,  ce  qui,  d  après  la
proportion  de  20  à  1  admise  entre  la  matièie  pre-
        <pb n="393" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  381
mière  et  le  produit  mettait  le  quintal  de  betteraves
à  3  gros  au  lieu  de  1  gros  et  demi.  Que  si  l’annexe
du  pacte  d’avril  1853  précise  uniquement  le  droit
à  acquitter  d’après  le  quintal  de  matière  première,
en  laissant  pour  la  première  fois  de  côté  une  indication ­
  correspondant  au  quintal  de  sucre  de  bette-1
  aves  bi  ut,  cette  nouveauté  s  explique  par  la  conviction ­
  à  laquelle  on  était  parvenu,  que  le  rapport
jusque-là  accrédité  de  20  quintaux  de  betteraves
a  I  quintal  de  sucre  brut  avait  perdu  sa  raison  d’être. ­


La  taxe  de  6  gros  d’argent  par  quintal  de  betteraves ­
  en  nature  fut  maintenue  d’ailleurs  pour  la
période  nouvelle  de  1855  à  1857.  Dans  celte  dernière ­
  année  1857,  la  Prusse  fit  savoir  à  ses  associés,
&amp;lt;|iie,  si  les  perceptions  du  bureau  central  autorisaient
à  compter  sur  des  résultats  qui  exclueraient,  de  par
le  pacte,  la  nécessité  d’une  aggravation  de  la  taxe
pour  la  procliaiue  période,  on  était  cependant  dans
&amp;lt;les  conditions  à  prendre  ce  parti,  be  1847  à  1857
la  production  du  sucre  de  betteraves  s'était  en  effet
élevée  de  375,000  à  1,823,000  quintaux  ou  plutôt
-  s,  I  on  veut  faire  état  du  rapport,  réalisé  par  les
progiès  delà  fabrication,  de  12  quintaux  1/2  de
betteraves  à  1  quintal  de  sucre  —  à  2,167,720  qiiiiitaux,
  qui  représentaient  déjà  au  triple  les  quantités
de  sucre  colonial  importé.  Or,  comme  d’après  la  proportion ­
  mentionnée,  le  quintal  de  sucre  de  betteraves ­
  ne  supportait  qu’une  taxe  de  2  thalers,  15  gros.
        <pb n="394" />
        382  l’allemagne  économique.
en  présence  du  quintal  de  sucre  des  colonies,  qui
était  soumis  à  un  droit  de  5  thalers,  la  protection
accordée  à  la  première  espèce  revêtait  jusqu’à  un
certain  point  le  caractère  d’une  prohibition  au  regard ­
  de  la  seconde.  La  Prusse  calculait  qu’on  eiH
pu,  sans  porter  une  atteinte  sérieuse  à  l’industrie
fédérale,  augmenter  de  2  gros  1/2  la  taxe  pesant
sur  le  quintal  de  betteraves,  tout  en  abaissant  de  5
thalers  à  4  le  droit  sur  le  sucre  étranger,  et  néanmoins, ­
  consentant  encore  l'ajournement  de  cette
dernière  réduction,  elle  proposait  uniquement  de
porter  par  une  simple  addition  de  1  gros  1/2,  la  taxe
de  Ogros  à  7  gros  1/2,  et  de  percevoir  l’impôt  since ­
  nouveau  pied  à  partir  du  T"  septembre  1858.
Aussi  cet  accroissement  fut-il  favorablement  accueilli ­
  dans  une  conférence,  spécialement  convoquée
à  cet  effet  dans  la  capitale  de  la  Prusse,  et  il  en  fut
de  même  d’une  autre  proposition  prussienne  que
celte  conférence  avait  également  en  vue  et  qui  tendait ­
  à  remplacer  par  un  droit  unique  et  moyen  de  3
thalers  1/2  les  droits  de  4  et  2  thalers,  frappant
jusqu’alors  le  sirop  étranger,  au  sujet  duquel  il  paraissait ­
  trop  diftlcile  de  reconnaître,  s’il  contenait
ou  non  du  sucre  cristallisable.  Mais,  sur  les  représentations ­
  du  Hanovre,  à  qui  le  droit  futur  sur  le
sirop  parut  trop  élevé,  et  qui  eût  désiré  aussi,  s  il
eût  trouvé  de  l’écho  sur  ce  point,  voir  adopter  immédiatement ­
  ou  au  moins  à  partir  du  T'  septembre
1800  la  taxe  de  8  gros  1  /2  d’argent  sur  les  bette-
        <pb n="395" />
        PÉRIODU  DE  1854  A  1865.  385
raves,  l'accord  qui  intervint  le  16  février  1858  fit
courir  du  1"  septembre  1858  une  taxe  de  7  gros  1  /2
par  rapport  aux  betteraves,  et  un  droit  d’entrée

de  3  tlialers  par  rapport  au  sirop  étranger.  Cette  taxe
de  7  gros  1/2  est  demeurée  la  même  pendant  bon
nombre  d’années,  et  n’a  été  élevée  d’un  1/2  gros
quen  vertu  d’une  loi,  rendue  en  1869  par  le  Parlement ­
  douanier.
bm  présence  du  développement  de  l’industrie  sucrière ­
  du  Zollverein,  et  de  l’ascension  de  l’impôt,
auquel  elle  était  assujettie,  on  n’est  nullement  surpris ­
  de  voir  surgir  la  question  de  la  restitution  de
la  taxe  pour  le  cas,  où  le  sucre  de  betteraves  passerait ­
  la  frontière  fédérale.  Seulement  l’association  ne
s  étant  jamais  prêtée  qu’à  contre-cœur  à  de  pareils
remboursements,  il  ne  fallut  dans  celte  circonstance,
comme  dans  toutes  les  autres  semblables,  rien
moins  que  des  efforts  réitérés,  et  la  démonstration
irrétulable  d’une  urgence  saus  rémission,  pour  que
a  collectivité  des  membres  associés  pùl  être  gagnée
U  celle  cause.  Ce  fut  la  Prusse  la  première,  à  appeer
  en  1854  l’attention  sur  ce  point,  en  en  saisissant
la  id  session  des  conférences  générales.  Mais  les
avis  étaient  encore  trop  partagés,  pour  que  celle  ouverture, ­
  qui  rencontra  à  peu  près  autant  d’adhérents
que  d’opposants,  pût  aboutir.  Lors  des  débats  auxquels ­
  1  aggravation  de  la  taxe  sur  les  betteraves
donna  lieu  en  1857  et  en  1858,  la  même  motion
reparut,  sous  les  auspices  celte  fois  du  Brunswick,
        <pb n="396" />
        384  *  l’allkmagne  économique.
sans  obtenir  plus  de  succès  ce  qui  détermina  Bade
à  la  renouveler,  mais  tout  aussi  inutilement,  en  1838,
devant  le  congrès  de  Hanovre.  Quand  à  la  session
suivante  de  1859,  qui  était  la  quatorzième,  la  question ­
  fut  reprise  par  la  Prusse,  Bade  et  le  Wurtemberg, ­
  elle  alla  échouer  comme  auparavant  contre  la
résistance  de  la  Bavière,  de  la  Saxe,  du  Hanovre,  de
la  Hesse  Électorale,  de  la  Hesse-Darmstadt  et  d'Oldenbourg, ­
  résistance  qui  avait  toutefois  perdu
beaucoup  de  son  rigorisme  et  de  sa  précision,  et
(jui,  sans  se  retrancher  plus  longtemps  derrière  une
divergence  dans  les  principes,  n’était  plus  juslitiée
en  grande  partie  que  par  la  défectuosité  générale
de  la  législation  du  Zollverein  en  matière  d’impôt
sur  le  sucre.  Aussi  voyons-nous,  au  31  mars  1860,
la  Prusse  reproduire  ses  propositions,  et  demander
pour  elles  une  conférence  spéciale,  qui,  après  avoir
été  reculée  pour  diverses  causes,  n’aborda  sa  tâche
à  Berlin  que  le  5  mars  1861,  sans  pouvoir  la  mener
abonne  fin  avant  le  25avril  suivant.  Conformément
à  l'arrangement  qui  survint  à  cette  dernière  date,
un  dédommagement  correspondant  à  la  taxe  établie
devait,  â  partir  du  1"'  septembre  1861,  être  olfert  au
sucre  de  betteraves,  exporté  au  delà  de  la  frontière
du  Zollverein  ou  bien  déposé  dans  un  entrepôt  public, ­
  et  cette  bonitication  était  réglée  à  2  thalers  22
gros  1  /2  d’argent  par  quintal  de  sucre  brut  et  de
cassouuade,  et  à  3  thalers  18  gros  d’argent  pour  les
pains  de  sucre,  le  sucre  candi  et  le  sucre  concassé,
        <pb n="397" />
        n

PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  3g
■
■
        <pb n="398" />
        386  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
sion  fut-elle,  à  la  demande  de  la  Bavière,renvoyée  à
l’année  suivante.  Mais  la  situation  ne  s’était  nullement
améliorée  en  1862.  La  conclusion  du  traité  avec  la
France  avait  occasionné  une  surexcitation  extrême,
et  la  discussion  de  ce  traité  en  conférences  générales
paraissait  impossible,  aussi  bien  parce  que  la  Prusse
y  aurait  mis  obstacle,  que  parce  que  diverses  contrées, ­
  telles  que  le  royaume  de  Saxe,  les  États  formantl’union
  douanière  et  commerciale  de  Thuringe,
savoir,  la  Saxe  grand-ducale,  les  duchés  de  Saxe-Meiningen,
  Saxe-Altenbourg,  Saxe-Cobourg-Gotha,
les  principautés  de  Schwarzbourg-Rudolstadt  et  de
Schwarzbourg-Sondershausen,  de  Reuss  branche
alliée  et  cadette,  et  le  grand-duché  d’Oldenbourg,
avaient,  par  la  rapide  notification  de  leur  adhésion ­
  à  l’acte  international  dont  s’agit,  devancé  et
prévenu  toute  controverse.
C’est  pourquoi  le  cabinet  de  Munich  adressait  le
21  juin  1862  une  circulaire  à  tous  les  gouvernements
associés,  dans  laquelle  relevant  l'importance  exceptionnelle ­
  des  projets  de  traités  déférés  depuis  un  certain ­
  temps  à  l’adoption  des  membres  du  Zollverein
et  impliquant  non-seulement  une  réforme  radicale
du  tarif,  mais  encore  une  modification  complète  des
principes  fondamentaux  jusque-là  en  vigueur  dans
l’Union,  il  exprimait  cette  opinion,qu’il  ne  paraissait
guère  possible  et  opportun  de  traiter  des  questions
communes  d’intérêt  secondaire  avaut  le  règlement
d’une  question  (jui  présenlaihun  intérêt  aussi  majeur.
        <pb n="399" />
        PÉRIODE  DE  )8o4  A  1865.  337
■
■
        <pb n="400" />
        388  b'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
pour  Igut  QCCOiïiplissGinGut  un  certain  laps  de  temps.
Un  premier  échange  d’opinions  sur  les  rapports
avec  l’Autriche,  précédé  d’un  long  mémoire,  que  le
gouvernement  bavarois  avait  présenté  le  25  aviil
1863,  eut  lieu  à  la  séance  du  5  juin,  et  vu  l’importance ­
  qui  s’attachait  dans  cette  circonstance  à  leurs
déclarations,  les  divers  plénipotentiaires  les  firent
insérer  au  procès-verbal.  Or,  de  par  des  déclarations
plus  ou  moins  développées,  la  Bavière  rallia  à  son
point  de  vue  le  Hanovre,  le  Wurtemberg,  la  Hesse
Électorale  et  la  Hesse-Darmstadt,  le  duché  de  Brunswick ­
  et  la  ville  libre  de  Francfort,  tandis  qu’elle
était  formellement  et  même  assez  vertement  combattue ­
  par  la  Saxe  et  par  Bade,  et  que  la  Thuringe
ainsi  que  le  duché  d’Oldenbourg  s’en  tenaient  à  des
dires  évasifs.  Quant  à  la  Prusse,  si  elle  fit  preuve,
comparativement  aux  autres  puissances,  d’un  Irèsarand
  laconisme,  elle  ne  mit  pas  à  jour  cependant,
cette  fois,  autant  de  rudesse  que  précédemment,  car,
si  jusque-là  elle  avait  clairement  manifesté  l’inlenlion
  de  vouloir  répudier  toutes  les  nouvelles  relations
tant  soit  peu  étroites  avec  l'Autriche,  qui  pouvaient
découler  du  traité  de  février,  elle  tint  à  ce  moment,
par  la  bouche  de  son  commissaire,  un  langage  ouvrant ­
  au  moins  la  perspective  d'une  détermination
des  rapports  du  Zollverein  yis-à-vis  de  l’Autriche.  A
un  endroit  qui  peut  être  considéré  comme  le  passage
essentiel,  ce  commissaire  s’exprimait  en  effet  ainsi  :
«  La  continuation  de  l’Association,  sous  léserve
        <pb n="401" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  389
du  maintien  du  traité  conclu  avec  la  France,  et  la
fixation  des  rapports  du  Zollverein,  assuré  d’une
existence  nouvelle,  avec  l’empire  d’Autriche,  sont
et  demeurent  le  but  du  gouvernement  prussien.
«  A  cette  fin  le  ministère  prussien  convoquera  à
issue  des  présentes  conférences  une  conférence
spéciale  à  Berlin  el  n'entrera  en  négociations  avec
utriche  qu’après  qu’un  lendemain  paraîtrait  acquis ­
  au  Zollverein  sur  celte  hase.  »
II  y  eut  encore  quelques  nouvelles  et  brèves  explications ­
  données  tant  par  la  Bavière  que  par  la  Prusse
et  quand  arriva  le  17  juillet,  les  débats  concernant  le
conllilanstro-prussien  aussi  bien  que  lesautres  points
a  régler  par  la  session  étaient  parvenus  à  leur  terme
sans  que  ceux-làenssent  modifié  le  moins  du  monde
1  état  SI  divisé  des  esprits.  Avec  unepersévérance  toute
allemande  le  gouvernement  bavarois  entreprit  alors
e  aire  admettre  une  ligne  de  conduite  uniforme
par  ceux  des  cabinets,  qui  ne  s'étalent  pas  élevés
con  re  la  prise  eu  considération  des  propositions  au-%
  /I«  *«-•  faire  adopter  les  bases  sur
■
principales,  que  voici  :
I.  Les  gouvernements  contractants  se  déclarent
prêts  a  persévérer  dans  l'association  sur  le  fondement ­
  du  pacte  du  4  avril,  853,  et  à  entrera  cet  égard
eu  négociations.  ®
        <pb n="402" />
        390  l’allemagne  économique.
2.  Pour  le  cas  où  les  membres  actuels  du  Zollverein ­
  ne  seraient  pas  tous  disposés  à  accepter  sa  prorogation ­
  dans  ces  termes,  les  États  contractants  se
chargeront,  du  moins  en  ce  qui  les  concerne,  de  maintenir ­
  cette  institution,  et  de  passer  entre  eux  un  acte
de  renouvellement,  dont  l’acceptation  est  réservée
aux  contrées  qui  s’abstiendraient  provisoirement.
3.  Les  États  contractants  sont  tout  disposés  à  la
continuation  et  au  développement  du  traité  passé  le
19  février  1853  avec  l’Autriche.
4.  Et  ils  sont  tout  aussi  disposés  à  aborder  une  réforme ­
  mesurée  du  tarif  fédéral.
Mais  les  invités  de  la  Bavière,  à  l’exception  du
Wurtemberg,  parurent  médiocrement  désireux  de
prendre  les  engagements  auxquels  les  conviaient
leurs  hôtes,  et,  sur  ces  entrefaites,  le  cabinet  prussien,
fidèle  à  une  déclaration  précédente,  lit  prier  à  la  date
du  7  août  1863  tous  les  cabinets  associés  de  se  faire
représenter  à  une  conférence,  qui  se  tiendrait  à  Berlin ­
  au  commencement  d’octobre,  pour  vaquer  au
renouvellement  des  traités  d’union.  Aucun  refus  ne
répondit  à  celte  convocation  ;  seulement  une  nouvelle ­
  rencontre  eut  au  préalable  lieu  à  Munich  entre ­
  des  délégués  du  Wurtemberg,  du  Hanovre,  des
deux  Hesses,  du  Nassau  et  de  Francfort,  afin  que  la
conférence  de  Berlin  pût  les  trouver  unis  et  rangés
sous  la  même  bannière.  On  put  toutefois  bientôt
se  convaincre,  par  la  marche  des  négociations,  que,
sauf  la  Bavière  et  le  Wurtemberg,  aucun  des  autres
        <pb n="403" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  391
pays,  qui  y  participaient,  n’était  dans  des  dispositions
à  rompre  résolument  en  visière.  Ainsi  le  procèsverbal
  du  12  octobre,  dressé  à  cette  occasion,  ne
concorde  nullement  avec  le  plan  bavarois,  dont  nous
avons  reproduit  les  jalons,  et  il  n’est  pas  trop  difficile ­
  d’y  démêler  l’intention  du  plus  grand  nombre
de  sauver  avant  tout  le  Zollverein  dans  son  intégrité]
et  de  subordonner,  le  cas  échéant,  à  cet  objectif  capital ­
  toutes  les  autres  visées,  telles  que  la  conservation ­
  et  l’extension  du  traité  conclu  avec  l’Autriche.
Nulle  part  on  n’aperçoit  de  trace  d’une  obligation
positive,  comme  celle  qui  aurait  tout  au  moins  pu
être  contractée,  d’agir  de  concert  en  toutes  circonstances ­
  pour  le  cas  si  naturel  à  prévoir,  parce  que  sa
réalisation  était  à  peu  près  certaine,  où  la  Prusse
persisterait  dans  sa  manière  de  voir;  et  à  défaut
U  une  semblable  stipulation  on  se  bornait  simplenent
  à  expiimer  1  espoir,  que  les  gouvernements
iden,  si  cette  hypothèse  se  présentait,
délibérer  sur  une  marche  commune  à  suivre.
De  tels  associés  n’étaient  pas  faits  pour  inspirer
||es  craintes  paniques  à  la  Prusse  qui  avait  bien  plusituation
  aussi  tendue.  Le  cabinet  impérial  avait  bien
pu,  à  la  suite  de  ses  premières  protestations  contre
le  traité  avec  la  France  et  à  la  suite  de  l’accueil  peu
encourageant  fait  par  la  Prusse  à  ses  propositions
        <pb n="404" />
        392  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
(lu  mois  de  juillet  1862,  se  tenir  à  l’écart  et  se  renfermer ­
  dans  un  mutisme  assez  complet  ;  mais,  après
que  le  gouvernement  prussien  eut  lancé  ses  invitations ­
  pour  une  conférence  destinée  au  renouvellement ­
  du  pacte  d’union,  le  comte  Rechberg  s’adressa
à  son  tour  et  sur  un  ton  assez  acerbe  aux  membres
du  Zollverein,  en  conviant  tous  ceux  des  gouvernements ­
  associés,  qui  ne  voudraient  pas  aider  la  Prusse
à  pousser  économiquement  l’Autricbe  hors  de  l’Allemagne, ­
  à  ne  pas  se  rendre  sans  préparation  au  colloque ­
  de  Berlin,  mais  à  se  concerter  auparavant  en  Ire
eux  et  aussi  éventuellement  avec  l’Autricbe,  sur  l’attitude ­
  à  y  prendre,  et  les*modifications  à  y  demander
au  traité  avec  la  France.  Joignant  d’ailleurs  l’action
au  conseil,  le  gouvernement  d’Aulricbe  avait  fait  établir ­
  un  travail  plus  développé  sur  l’assimilation  du
tarif  fédéral  et  du  tarif  autricbieu,  en  même  temps
qu’il  envoyait  un  chargé  de  pouvoirs  à  Municb  pour
y  suivre  les  entretiens  du  mois  d’octobre.  Mais
comme  les  gouvernements  représentés  à  ce  momentlà
  à  Municb  n’entendirent  nullement  prendre  d’engagement ­
  vis-à-vis  de  l’Empire,  il  ne  s’ensuivit  aucune ­
  négociation  avec  le  commissaire  autricbieu,
qui  resta  étranger  anx  discussions  mêmes  de  cette
conférence,  où  la  question  du  tarif,  sur  lequel  il  avait
cependant  déposé  un  projet  très-détaillé,  ne  donna
pas  lieu  non  plus  à  la  moindre  délibération.  De  son
côté,  le  gouvernement  prussien  avait  fait  élaborer  un
projet  de  tarif  nouveau,  mis  en  harmonie  avec  le
        <pb n="405" />
        PÉRIODE  DE  1854  A  1865.  393
traité  franco-prussien,  et  voilà  dans  quelles  conditions ­
  allait  s’ouvrir,  le  5  novembre  1863,  la  conférence
  décisive  de  Berlin,  avec  la  simple  annonce  de
laquelle  nous  croyons  pouvoir  terminer  le  présent
chapitre,  en  renvoyant  le  narré  de  ses  nombreuses
péripéties  au  chapitre  suivant  par  le  motif,  que  c'est
cette  conférence,  qui,pouravoir  atteint  le  but  qu’elle
s  était  proposé,  peut  être  considérée  comme  le  relai
qui  permit  au  Zollverein,  à  partir  de  1865,  de  recommencer, ­
  pour  peu  de  temps  il  est  vrai,  uiiecourse
nouvelle.
        <pb n="406" />
        CHAPITRE  IV

PÉRIODE  DE  1865  A  1866.
Le  zèle  infatigable  que  nous  avons  vu  déployer
à  la  Bavière  dans  Piutérêt  de  la  cause  autrichienne
ne  devait  pas  se  ralentir  devant  la  conférence  de
Berlin,  puisqu’elle  demanda  également  qu’on  y
passât  à  la  discussion  des  propositions  impériales,
en  donnant  même  à  sa  demande  un  fondement  tout
à  fait  caractéristique.
Pour  voir  à  quel  point  le  caractère  de  toute  la
crise  était  politique,  et  comment  cet  attribut  avait
fini  par  refouler  à  l’arrière-plan  toutes  les  autres
considérations,  on  n’a  qu’à  jeter  les  yeux  sur  le  développement ­
  justificatif  de  la  motion  bavaroise  qui,
en  laissant  dans  l’omlire  tout  le  reste,  souligne  uniquement ­
  le  point  de  vue  politique,  et  qu’à  s  arrêter
notamment  au  passage  suivant  :
«  S’il  peut  exister  pour  la  saine  appréciation  de  la
crise  si  grave  que  traverse  présentement  le  Zollverein ­
  un  point  de  repaire  autorisé,  il  faut  le  prendre
peut-être  dans  la  contemplation  attentive  de  la  formation ­
  et  du  développement  de  l’association.  L  étiolement ­
  qui  se  remarquait  au  commencement  de  ce
siècle  comme  conséquence  de  guerres  piolongées,
        <pb n="407" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  395
ne  tarda  pas  à  faire  place  à  une  pousse  vigoureuse
de  tous  les  éléments  de  la  vie  sociale,  parmi  lesquels
figurait  au  premier  rang  l’industrie  allemande,  dont
les  efforts  et  la  vitalité  lui  créaient  certainement  des
droits  à  une  attention  et  à  une  sollicitude  quelque
peu  soutenues.  Mais,  loin  d’être  secondée,  celte  inusine
  se  trouva  aux  prises  avec  l’organisation  polilique
  du  territoire  et  avec  la  concurrence  redoutable ­
  de  1  étranger,  sans  néanmoins  qu’ellesuccombàtcar,
  tout  au  contraire,  l’énergie  et  la  persévérance!
&amp;lt;|u  elle  sut  appeler  à  sou  aide  dans  cette  lutte  inégale
lortifièrenl  sa  condition  et  déterminèrent  les  premiers ­
  pas  que  firent  les  gouvernements  allemands
dans  la  vote  de  l’établissement  d’un  système  industriel ­
  national.  Si  les  intérêts  particuliers  y  opposèrent
une  resistance  opiniâtre,  dont  longtemps  on  put
craindre  n  avoir  pas  raison,  cette  résistance  s’amol-1
  es  que  .a  lâche  fui  résolument  abordée,  et  s’é-^anouil
  même  complètement  quand,  entièrement
cm-sceiit  du  seul  objectif  qu’il  ,  avait  à  atteindre
mm
mouvement,  qui  a  enfanté  le  Zollverein,  et  bien
même  qu’on  ne  soit  pas  parvenu  â  celte  époque  à
faire  de  cette  association  le  Irait  d’unionde  toutes  les
contrées  de  l’Allemagne,  conformément  aux  prévi
        <pb n="408" />
        39C

l’allemagne  économique.

sions  de  l’art.  \  9  de  la  constitution  fédérale,  tous  les
esprits  n’en  étaient  pas  moins  profondément  pénétrés ­
  de  la  nécessité  d’arriver  à  ce  résultat,  ainsi  que
l’attestent  de  nombreuses  dispositions  contractuelles
et  d’autres  manifestations  nullement  équivoques,  qui
font  rentrer  l’extension  du  Zollverein  à  l’Allemagne
tout  entière  et  à  tous  les  États  allemands  dans  sa
mission  incontestable.
«  Tant  que  ces  tendances  prévalurent  et  s’affirmèrent ­
  avec  énergie,  l’Union  parcourut  une  carrière
manifestement  florissante;  peu  d’années  avaient  suffi
pour  faire  acquérir  une  position  honorable  à  la  fabrication ­
  allemande,  qui  était  abritée  derrière  une  protection, ­
  sinon  toujours  bien  organisée,  au  moins
suffisante,  et  qui  attendait  avec  une  entière  confiance
le  développement  continu  et  progressif  d’un  système ­
  national.
«  Les  premiers  symptômes  de  la  crise  si  menaçante, ­
  qui  pèse  sur  nous  aujourd’hui,  remontent  à
l’époque  où  ne  se  rencontre  plus  au  même  degré  chez
les  gouvernements  associés  cette  conviction  intime,
que  le  Zollverein  fût  une  institution  essentiellement
allemande,  et  que  sa  signification  aussi  bien  que  ses
destinées  fussent  liées  principalement  à  ce  caractère
fondamental.  Le  revirement  dans  les  idées  se  manifesta ­
  dès  l’abord  par  l’hésitation  qu’on  mit  à  donner ­
  la  suite  qu’elles  comportaient  dans  la  pensée  de
leurs  rédacteurs,  aux  conventions  passées  en  1853
entre  l’association  et  le  plus  important  de  ses  voisins
        <pb n="409" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  397
allemands,  et  à  se  prêter  à  la  réception  de  celui-ci
dans  le  Zollverein  ou  tout  au  moins  à  des  relations
commerciales  plus  étendues  avec  lui.  Et  cependant
la  conservation  et  l’affermissement  d’un  lien  étroit
avec  l'Autriche  ne  répondent  pas  seulement  aux
exigences  les  plus  impérieuses  d’une  portion  notable
du  territoire  fédéral,  que  sa  situation  géographique
renvoie  forcément  à  des  rapports  avec  l'Empire
mais  sont  encore,  à  part  même  la  valeur  des  échanges ­
  immédiats,  de  la  plus  haute  importance  pour
I  Union  tout  entière.  11  est  dans  la  nature  des  choses
qu’un  bel  avenir  ne  puisse  s’ouvrir  devant  le  Zollverein, ­
  qu’autant  qu’il  ne  perdra  pas  de  vue  le  prin
cipe  sur  lequel  il  repose,  à  savoir  l’agglomération  de
toutes  les  terres  allemandes  ;  qu’il  commence  à  lui
tourner  le  dos,  il  n’est  plus  qu'au  service  d'appétences ­
  particulières,  et  cesse  de  signifier  quelque
chose  pour  les  intérêts  généraux  supérieursde  l’Allemagne. ­
  Des  contestations  sans  lin  et  la  dissolution
male  de  l’Union,  se  traduisant  h  son  tour  par
•  raillemenl  de  l’iiidusirie  nationale  et  l’allaililisse-::Lue:z:j;St::aS""'

La  discussion  des  proposilions  autrichiennes,  solicUéeavec
  un  si  grand  renfort,l’argumentation  par
la  Bavière,  fut  donc,  par  déférence  sans  doute  pour
le  requérant,  mise  pour  sa  recevabilité  à  l’ordre  du
jour  de  la  première  séance  de  la  conférence  berlinoise, ­
  sans  que  le  gouvernement  prussien,  courtois
        <pb n="410" />
        398  l’allemagne  économique.
en  la  forme,  crût,  au  fond,  pouvoir  plus  qu’autrefois
se  rallier  au  désir  qui  était  exprimé  de  ce  chef.  Les
raisons  que  ce  gouvernement  faisait  valoir  à  l’encontre ­
  delà  requête  du  cabinet  (le  Munich,  ne  différaient
pas  d’ailleurs  essentiellement  de  celles  qu’il  avait
données  dans  les  correspondances  et  les  négociations
antérieures,  et  revenaient  au  principal,  à  ceci  :
((  La  Prusse  ne  demande  pas  mieux  que  de  voir
régler  les  rapports  avec  l’Autriche,  pourvu  toutefois ­
  qu’au  préalable  le  Zollverein  soit  reconstitué;
car  jusqu’à  cette  reconstitution,  où  seraient  les  sujets ­
  fondés  à  traiter  cette  question,  et  jusqu’à  la  lixalion
  du  tarif  destiné  ultérieurement  au  Zollverein,
où  donc  serait  l’objet  essentiel  sur  lequel  doivent
porter  les  négociations  avec  l’Empire?  Quant  aux
propositions  autrichiennes  du  tO  juillet  1862,  elles
ne  peuvent  sous  aucun  rapport,  aux  yeux  de  la
Prusse,  servir  de  bases  à  ces  négociations.  »
Le  Brunswick  et  la  Thuringe  se  prononcèrent
cette  fois  dans  le  même  sens  que  la  Prusse,  tandis
que  le  Hanovre,  la  Ilesse-Cassel  et  le  Nassau
appuyèrent  la  motion  bavaroise,  en  dehors  de  laquelle ­
  des  motions  identiques  avaient  d’ailleurs  été
présentées  aussi  par  le  Wurtemberg  et  la  Hesse-Darmstadt.
  Les  adhérents  de  la  Bavière,  en  réponse
aux  raisonnements  de  la  Prusse,  relevèrent  notamment ­
  la  contradiction,  qui  apparaissait  entre  son
refus  de  négocier  avec  l’Autriche,  tant  que  le  pacte
d’union  en  suspens  enlèverait  la  possibilité  de  con-
        <pb n="411" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866.

399

trader  des  engagements  pour  l’avenir,  et  le  traité,
qu’elle  avait  consciemment  conclu  avec  la  France
en  y  insérant  des  stipulations,  dont  l’effet  devait  se
manifester  bien  au  delà  de  la  période  courante  du
Zollverein.  Mais  les  choses  n’en  demeurèrent  nas
moins  en  1  état,  ce  que  voyant,  le  représentant
&amp;lt;Ju  grand  duché  de  Bade,  qui  n’avait  pas  pris  part
jusque-là  a  la  discussion  invita  ses  collègues,  qu’il
gagna  aussitôt  à  son  avis,  à  faire  trêve  provisoirement
a  des  dissentiments  fondamentaux,  pour  ne  s’occuper
dès  1  abord  que  de  la  révision  du  tarif.

On  ne  s’était  pas  d’ailleurs  plutôt  mis  à  cette  nouvelle
  besogne,,  qu  elle  parut  devoir,  en  ce  qui  la
concernait,  conduire  à  des  résultats  aussi  prompts
que  satisfaisants.  Le  projet  de  tarif  prussien  en  dé-1
  lération  n  était,  ainsi  que  nous  l'avons  fait  observer ­
  a  la  hn  du  précédent  chapitre,  qu’une  pure
émanation  du  traité  passé  avec  la  France,  et  comme
ns  gouvernements  associés  avaient  pu  depuis  lon^remps
  se  familiariser  avec  les  dispositions  fiscales
es  plus  importantes  de  ce  traité,  leurs  commissaires
giavilépaiticuhère.  Les  déclarations  faites  dans  cette
circonstance  se  ressentirent  naturellement  de  la
persuasion  ancrée  de  plus  en  plus  dans  tous  les  esprits, ­
  que  les  principales  positions  de  l’ancien  tarif
        <pb n="412" />
        400  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
ne  correspondaient  plus  aux  conditions  entre  temps
modifiées  de  l’industrie  et  qu’un  abaissement  même
notable  des  droits  établis  ne  léserait  en  aucune
mesure  la  fabrication  fédérale  ;  de  telle  sorte  que
personne  ne  se  hasarda  même  de  parler  de  système
protecteur  proprement  dit,  et  que  si  certains  cabinets ­
  s’émurent,  à  cause  des  recettes,  de  quelques
modérations  de  droits,  il  n’y  avait  qu’une  voix  sur
la  nécessité  d’une  simplification  et  d’un  adoucissement ­
  du  tarif.  On  se  montra  au  contraire  bien  moins
coulant  au  sujet  du  procédé,  suivi  à  cette  occasion
par  la  Prusse  qui  aurait,  selon  les  commissaires  de
plusieurs  gouvernements,  consenti  par  convention
au  profit  de  la  France  un  grand  nombre  de  réductions, ­
  alors  que  ce  dernier  pays  n’y  aurait  répondu
que  par  des  abaissements  de  son  tarif  relativement
moins  considérables,  et  posséderait  le  moyen,  grâce
à  son  système  de  droits  ad  valorem  et  à  la  manière  de
les  appliquer,  de  créer  des  embarras  sérieux  aux
importations  provenant  du  Zollverein  —  ce  qui  altérerait ­
  la  liberté  de  l’association  dans  le  domaine
de  sa  législation  douanière,  et  notamment  dans  la
direction  des  représailles  à  exercer  éventuellement
vis-à-vis  de  tous  les  États  étrangers.  Mais  il  était  facile ­
  à  la  Prusse  de  relever  le  reproche,  tiré  du  manque ­
  de  réciprocité,  en  faisant  remarquer,  qu’il  paraissait ­
  impossible  d’arriver  à  un  traitement
réciproquement  semblable,  sans  le  moindre  écart,
des  industries  respectives,  et  que  d’ailleurs  les  con-
        <pb n="413" />
        26

PÉRIODE  DE  1863  A  i860.  40j
ces.yons  faites  à  la  France  avaient  été  en  grande
partie  dictées  par  l’intérêt  même  du  Zollverein  dont
iniJustrie  pouvait  se  patiser  de  protection  pour  les
■
        <pb n="414" />
        402  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
(le  février  1853,  avec  l’empire  d’Aiilriche,  dont  les
ouvertures,  en  date  du  lOjuillel  1802,  devraient  être
prises  eu  considération  ;  sans  que  d'ailleurs,  sous  la
réserve  de  la  satisfaction  à  recevoir  par  ces  deux
points,  la  conférence  dût  interrompre  la  discussion
spéciale  ouverte  sur  l’ébauche  de  tarif  prussienne.
Aucun  su  tirage  no  manqua  à  ces  suggestions,  et  la
déclaration,  émanée  de  la  Prusse,  fit  elle-même  espérer ­
  que  celte  puissance  se  relâcherait  quelque  peu
de  la  résolution  affichée  jusqu  alors  de  n  admettre
aucune  modification  au  traité  franco-prussien  et  de
ne  parlementer  avec  l’Autriche  qu’après  consolidation ­
  du  Zollverein,  uni  à  la  France  par  ce  traité.
Mais,  par  une  déclaration  ultérieure  plus  explicite,
les  commissaires  prussiens  ne  tardèrent  pas  à  dissiper ­
  les  illusions  (jui  avaient  pu  se  faire  jour.
Pendant  que  se  poursuivaient  ces  débats,  qui  avançaient ­
  les  (piestions  d’ordre  matériel  sans  réussira
concilier  les  parties  sur  le  terrain  des  principes,  la
Prusse  procéda  le  17  décembre  à  la  dénonciation
plusieurs  fois  annoncée  par  elle  et  depuis  longtemps
attendue  de  toutes  parts,  des  traités  sur  lesquels  reposait ­
  l’association.  S’il  eût  été  difficile  à  cette  puissance, ­
  à  défaut  d'une  pareille  mesure,  de  faire  prévaloir ­
  le  traité  avec  la  France,  il  était  non  moins
certain  qu’aucun  des  associés  n’eût  voulu  user  pour
son  propre  compte  du  droit  de  dénonciation,  attendu ­
  que  le  plus  grand  nombre  eût  incontestablement ­
  préféré  la  prolongation  de  1  existence  du  Zoll-
        <pb n="415" />
        PÉIIIODE  DE  I860  A  I860.  403
''erein,  tel  quel,  à  un  bouleversement  aussi  violcut
&amp;lt;le  celte  inslilulion  que  celui  qu’occasionna  ledit
liailé.  Aussi,  quand  la  communication  faite  dans
■
■
Mais  le  plénipotentiaire  bavarois  n’admettait  pas
        <pb n="416" />
        404  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
qu’on  demandât  aux  ^ou  verneinen  (s  le  sacrifice  de
leurs  griefs,  qui  devaient  être  au  contraire  pris  en
considération  dans  les  négociations  avec  1  Autiiclie,
sous  la  forme  de  modifications  au  projet  de  tarif.
Les  autres  commissaires  s’étant  également  fait  entendre ­
  sur  ce  sujet,  celui  de  la  Prusse  présenta,  a
l’issue  du  débat,  un  résumé  de  toute  la  situation,
qui  précisait,  ainsi  qu’il  suit,  les  dispositions  où  se
trouvait  ce  pays  :
La  Prusse,  loin  de  croire  pouvoir  faire  aucune
sorte  de  concession  relativement  au  projet  de  tarif,
reposant  sur  l’annexe  B  au  traité  avec  la  b  rance,
interroge  an  contraire  ceux  des  cabinets,  pour  lesquels ­
  ce  projet  aurait  jusqu’ici  fait  difficulté,  à  l’elfet
de  savoir  s’ils  entendent  lui  accorder  leur  assentiment. ­
  Elle  espère  avoir  par  ses  explications  enlevé
leur  raison  d’être  aux  critiques,  que  le  texte  du  traité
avec  la  France  avait  fait  surgir,  et  ne  se  prêtera  qu’à
une  rédaction  nouvelle  de  l’article  32.  Elle  ne  demande ­
  pas  mieux  d’ailleurs  que  d’entrer  en  pourparlers ­
  avec  la  France,  afin  d’obtenir  d’elle  quel&amp;lt;pies
changements  à  l’annexe  A  du  tiaité,  contenant  les
concessions  françaises,  mais  elle  veut  être  assurée
par  une  déclaration  préalable  que,  ce  résultat  atteint,
le  traité  ne  rencontrera  pins  d’opposition  d  aucune
part.  Quant  à  accepter  les  ouvertures  du  10  juillet ­
  1862  comme  base  des  négociations  avec  I  Autriche, ­
  la  Prusse  s’y  refusait  absolument,  et  ce  caractère
fondamental  ne  devait  pas,  d  après  elle,  appai  tenir
        <pb n="417" />
        PÉRIODE  DE  I860  A  1866.  405
même  au  traité  du  19  février  1853,  qui  servirait  uniquement ­
  point  de  départ  à  ces  négociations,  tandis ­
  que  I’olqeclif  était  placé  dans  la  réalisation  de
celte  idée,  déjà  émise  antérieurement  dans  les  notes
et  déclarations  prussiennes,  qu’il  s’agissait  seulement ­
  de  se  mettre  d’accord  avec  l’Autriche  sur
cerlaines  facilités  commerciales  nouvelles  à  l’exclusion
  de  tout  privilège.

I  OUI  se  rendre  compte  de  toute  la  signification  de
cette  attitude,  si  hostile  aux  aspirations  de  l’Autriche ­
  dans  les  questions  douanières  et  commerciales,
on  n’a  qu’à  jeter  les  yeux  sur  la  situation  politique
contemporaine.
Le  13jmllet  1863,  l’empereur  François-Joseph  invitait ­
  fous  les  princes  de  la  Confédération  et  les  villes ­
  libres  a  se  réunir  à  Francfort  pour  y  délibérer
sur  une  réforme  de  la  constitution  fédérale;  mais,
malgré  le  luxe  déployé  au  siège  de  la  diète,  le  projet
e  constitulion  présenté  ne  recueillit  pas  de  bien
nombreuses  adhésions  et  fut  écarté  haut  la  main  par
ü  I  lusse,  qui  s  était  abstenue  dès  le  début  de  figurer
econfiés  des  souverains,  de  telle  sortequ’après
j  elfoits  peu  énergiques  tentés  en  faveur  de
piojct,  1  Autriche  elle-même  abandonna  son

œuvre.
Ln  même  temps,  la  question  du  Schleswig-Holstein ­
  était  entrée  dans  une  phase,  grosse  de  difficultés ­
  avec  les  grandes  puissances  européennes,  et  dans
laquelle  les  vues  et  les  tendances  de  la  Prusse  se
        <pb n="418" />
        406  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
montrèrent  également  bien  différentes  des  appréciations ­
  de  la  plupartdes  autres  confédérés.  Mais,  quelque ­
  ressentiment  qu’éprouvât  le  cabinet  de  Vienne
contre  les  agissements  de  la  Prusse  dans  la  sphère
commerciale  et  douanière,  et  bien  qu’il  ne  se  méprît
nullement  sur  la  portée  polilique  du  traité  avec  la
France,  il  se  laissa  amener,  néanmoins,  à  faire  cause
commune  avec  la  puissance,  sa  rivale,  dans  cette
question  des  duchés.  Si  donc  la  Prusse,  qui,  pour
arriver  à  ses  tins  par  rapport  à  ces  provinces,  ne  pouvait ­
  pas  se  passer  du  concours  de  l’Autriche,  ne  craignit ­
  tout  de  même  pas  de  traverser  tous  les  desseins ­
  constitutionnels  et  économiques  de  celle-ci,  et
de  paralyser  ses  tentatives  dans  ces  diverses  directions, ­
  il  y  faut  voir  une  preuve  de  la  conviction  où
elle  était  que  l’Empire  ne  se  passionnait  pas  à  l’excès
pour  les  entreprises,  dont  il  a  été  question,  et  n  y
puiserait  pas  des  résolutions  extrêmes,  ce  qui  mot
bien  en  lumière  aussi  ]&amp;gt;our  cette  époque  la  supériorité ­
  de  la  diplomatie  prussienne  sur  celle  de  l’Autriche. ­

Les  explications  données  par  la  Prusse  furent  suivies ­
  de  près  par  l’ajournement  de  la  conférence  berlinoise, ­
  dont  les  réunions  ne  reprirent  qu  à  partir
du  5  février  1804.  Le  commissaire  bavarois  fut  le
premier  à  faire  connaître  la  réponse  de  son  gouvernement ­
  aux  questions  posées  par  la  Prusse.  Cette
réponse  s’expliquant  en  premier  lieu  au  sujet  du  tarif, ­
  donnait  la  préférence  aux  changements  à  y  ac-
        <pb n="419" />
        PÉRIODE  DE  i860  A  1866.

Un»'-#7
  h,..,
complirpar  voie  législative,  quelque  fut  cl’aille
sens  dans  lequel  ils  seraient  conçus  et  dussent\¡s*¡^#
satisfaire  les  convenances  du  moment,  sur  les  changements ­
  à  y  introduire  par  voie  conventionnelle  et
pour  une  longue  série  d'années,  et  elle  n’était  pas
éloignée  de  partager  l’opinion  d’après  laquelle  il  serait ­
  impossible  de  justifier  économiquement  l’adoption ­
  contractuelle  quelconque  d’un  tarif  moins  élevé,
en  face  d’un  système  régi  comme  le  système  français,
par  des  principes  différents  de  ceux  qu’on  suivait

dans  le  tarif  de  l’association,  et  représenté  par  des
droits  ad  valorem  recélant  en  partie  des  droits  protecteurs ­
  considérables.  Arrivant  ensuite  au  traité

avec  la  France,  elle  lui  adressait  deux  reproches,
qui,  en  raison  de  leur  portée  générale,  passaient  nécessairement ­
  par-dessus  telle  ou  telle  de  ses  dispositions ­
  :  celui  de  contrevenir  aux  obligations  tant  nationales ­
  que  librement  consenties,  qui  s’imposaient
au  Zollverein  par  rapport  à  l’admission  graduelle
dans  son  sein  des  États  allemands,  n’en  faisant  point
encore  partie;  celui,  en  outre,de  n’avoir  pas  pour  les
engagements  et  les  prestations  consacré  la  réciprocité ­
  et  l’égalité,  auxquelles  le  Zollverein  et  l’Allemagne ­
  auraient  par  leur  position  tous  les  droits.  Or
ce  n’était  pas  la  retouche  promise  de  l’art.  32  ou  de
quelque  autre  disposition  plus  secondaire  du  traité,
qui  pouvait  à  elle  seule,  était-il  dit  dans  la  même
réponse,  faire  disparaître  ces  incriminations.
Enfin,  plutôt  que  de  répondre  pour  le  moment
        <pb n="420" />
        408

LALLEMAGNE  ÍCONOMIQÜE.

aux  inteiTOgalioiis  de  la  Prusse,  le  gouvernement
bavarois  demandait  de  son  côté,  en  lerminant,  si  bi
cabinet  de  Berlin  ne  voudrait  pas  consentira  se  prêter ­
  à  Pou  veri  U  re  immédiate  de  négociations  avec
¡'Antriebe,  auxquelles  le  traité  de  février  servirait
de  base,  l’art.  25  de  ce  traité  de  guide,  le  projet
du  10  juillet  18G2  d’indication,  et  à  imposer  silence
aux  autres  causes  de  désaccord  qui  sul)sistaient
encore,  jusqu’au  jour  où  l’on  serait  parvenu  à  découvrir ­
  pour  les  rapports  contractuels  ultérieurs  avec
l’Aulriche  un  terrain  agréé  par  tous  les  intéressés.
Parmi  les  cabinets  qui  ne  faisaient  pas  cause  commune ­
  avec  la  Prusse,  les  uns  se  rangèrent  au  sentiment ­
  exprimé  par  la  Bavière,  d’autres  subordonnèrent ­
  leur  avis  à  la  réponse  de  la  Prusse,  d’autres
encore  tentèrent  de  se  frayer  une  voie  à  part  à
travers  les  deux  attitudes  contraires  en  se  rapprochant ­
  davantage,  sur  certains  points,  delà  Prusse,  et
davantage  sur  certains  autres  delà  Bavière;  cl  il  n’y
avait  unanimité  entre  ces  groupes  que  pour  accentuer ­
  la  nécessité  de  relations  réglées  avec  l’empire
d’Autriche  et  conformes  à  l’esprit  du  traité  de  février ­
  1853.
Mais,  si  quelque  chose  était  évident  d’après  la
physionomie  de  la  situation,  c’était  que  la  Prusse  résisterait ­
  aux  sollicitations  de  la  Bavière,  dont  la  démarche ­
  n’était  donc  pas  faite  pour  venir  ellicacement
en  aide  à  la  cause  (ju’elle  désirait  servir.  Kn  1  état,
il  ne  restait  en  eücl  guère  au  cabinet  de  Munich  et
        <pb n="421" />
        PÉRIODE  DE  i860  A  1866.  409
aux  autres  cabinets  dissidents,  qu’à  se  prononcer
pour  l’acceptation  pure  et  simple  du  traité  avec  la
France  et  du  tarif  modifié,  qui  en  était  la  suite,  ou
qu’à  se  résoudre  à  la  dissolution  du  Zollverein.  Car,
quant  a  eux,  ils  étaient  trop  faibles  pour  pouvoir
de  leur  propre  chef  contraindre  la  Prusse  à  abandonner ­
  ou  à  remanier  profondément  le  traité  avec
la  Fiance,  et  leur  impuissance  se  trouvait  encore
accrue  par  le  désir  de  certainsd’eutreces  cabinets,  de
maintenir  l’union  à  tout  prix,  comme  aussi  par  la
divergence  de  vues  qu’engendrait  chez  les  autres
l’hypothèse  de  sa  dissolution.  Seule,  l’Autriche  eut
pu  entreprendre  de  ramener  le  traité  franco-prussien
à  ne  plus  être  en  contradiction  avec  celui  dp  février,
et  il  eût  été  en  conséquence  de  1  intérêt  des  gouvernements ­
  coalisés  d’assigner  sans  retard  à  l’empire
sa  véi  ¡table  tâche,  plutôt  que  d  engager  sans  cesse
eux-mêmes  avec  la  Prusse  de  vaines  escarmouches,
au  cours  desquelles  PAutriclie  se  tenait  dans  l’ombre.
Si  cette  dernière  puissance  avait  voulu  entrer  résolùment
  en  ligue  de  bataille  avec  tous  les  moyens  dont
elle  disposait,  qui  peut  dire  (ju’uii  autre  dénoûment
n  eût  pas  peut-être  couronné  ses  efforts  ?  Ce  qui
est  certain,  c’est  qu’à  défaut  de  volonté  et  d’énergie
a  Vienne  même,  toute  activité  déployée  par  les  coalisés ­
  au  service  de  l’Autriche  devait  être  inutilement
dépensée.
Dès  la  séance  suivante  du  11  février,  la  Prusse,
qui  agissait  selon  les  circonstances,  ne  manqua  donc
        <pb n="422" />
        410

l’allemagne  économique.

pas  (l’écarler  la  demande  de  la  Bavière  avec  la  même
netteté  avec  laquelle  celle-ci  avait  paru  vouloir  la
présenter  et  d’évoquer,  pour  s’y  référer  absolument,
ses  déclarations  antérieures.
Voulant  prévenir  toutefois  une  rupture  définitive,
les  organes  des  gouvernements  opposants  vinrent,
h  la  date  du  29  février,  annoncer  l’intention  où  ils
étaient,  de  remettre  à  l’étude  d’une  façon  générale
le  projet  de  tarif  prussien,  comme  devant  servir  de
fondement  ou  de  point  de  départ  aux  négociations
avec  l’Autricbe.  Du  consentement  bien  naturel  de
la  Prusse,  on  délibéra  donc  successivement  sur  le
tarif  ainsi  que  sur  le  traité  de  commerce,  le  traité
de  navigation  et  la  convention  littéraire  conclus  avec
la  France,  et  cet  examen  se  termina  par  des  explications ­
  très-détaillées  fournies  de  la  part  des  commissaires ­
  prussiens  sur  la  mesure  dans  laquelle  leur
pays  entendait  faire  droit  aux  réclamations  formulées, ­
  aux  modifications  requises  de  côté  et  d’autre
en  ces  diverses  matières.  Mais,  quelque  courtoises
que  fussent  ces  explications,  elles  ne  donnèrent
qu’une  satisfaction  insignifiante  aux  vœux  exprimés,
attendu  que  les  fins  de  non-recevoir  y  tenaient  certainement ­
  une  plus  large  place  que  les  concessions
méritant  véritablement  ce  nom.  C’est  ainsi  qu’au
sujet  du  tarif  B,  annexé  au  traité  avec  la  France,
et  du  projet  de  tarif  prussien,  qui  s’était  inspiré  du
précédent,  la  Prusse  se  refusa  catégoriquement  à
toute  innovation  autre  que  celles  si  peu  imjjortau-
        <pb n="423" />
        PÉRIODE  DE  1805  A  1866.  411
les  consistant  dans  la  transformation  en  un  droit  ad
valorem  du  droit  par  pièce  perçu  sur  les  wagons  de
chemins  de  fer,  et  dans  l’ajournement  à  quelques
années  de  l’application  des  droits,  qui  devaient  fonctionner ­
  à  partir  de  1866.  Que  si,  en  ce  qui  concerne  le
tarif  A,  elle  se  montra  disposée  à  ouvrir  sur  certains
points  un  nouveau  débat  avec  la  France,  ces  points
n’étaient  rien  comparativement  aux  objurgations,
qui  tendaient,  sans  qu’elle  y  eût  égard,  à  mieux
équilibrer  les  sacrifices  réciproques.  File  persista
bien  aussi  dans  son  offre  de  correction  de  l’art.  32
du  traité  de  commerce,  et  promit  même  d’agir  auprès
delà  Franceen  vue  del’élucidation  des  articles  6et  7,
qui  prévoyaient  1  un  l’hypothèse  de  la  suppression
ou  de  la  réduction  des  drawbacks  existant  à  l’exportation ­
  des  produits  français,  l’autre  l’hypothèse  où
l  une  des  parties  contractantes  jugerait  nécessaire
d  établir  un  droit  de  consommation  nouveau  ou  un
supplément  de  droit  de  consommation  sur  un  article ­
  de  production  ou  de  fabrication  nationale  compris ­
  dans  les  tarifs  annexés  au  même  traité,  mais
elle  entendait  maintenir  intacte  la  rédaction  de
l’art.  23  relatif  au  transit,  celle  de  l’art.  25,  concernant ­
  les  aptitudes  des  sujets  des  parties  contractantes ­
  sur  les  territoires  respectifs,  et  plus  particulièrement ­
  encore  celle  bien  connue  de  l’art.  31,  qui
brisait  en  quelque  sorte  les  espérances  de  l’empire
d’Autriche.
Quant  au  programme  formulé  en  même  temps
        <pb n="424" />
        412  l’allkmagne  économique.
par  les  commissaires  prussiens  sur  les  négociations  à
suivre  avec  rAulriche,  il  contenait  une  première
énonciation  conformément  à  laquelle  la  conservation
intégrale  en  principe  aussi  bien  qu’en  fait  de  l’art.  31
du  traité  de  commerce  n’entraînerait  pas  néanmoins
le  retrait  de  certaines  facilités  commerciales  établies
aux  frontières  séparatives  de  l’Autriche,  bien  que
ces  facilités  ne  dussent  pas  être  étendues  aux  rapports ­
  avec  la  France,  puis  une  seconde,  qui  indiquait
comme  moyens  de  réalisation  des  vues  de  l’art.  25
du  traité  de  février  1853  sur  le  rapprochement  des
deux  tarifs,  d’une  part  le  libellé  aussi  concordant  que
possible  des  diverses  positions  de  tarif  et  sous-divisions, ­
  d’autre  part  l'application,  dans  la  mesure  du
possible,  de  droits  identiques  à  des  objets  similaires ­
  —  comme  si  cette  assimilation  des  tarifs,  (¡ni
présentait  sans  doute  le  plus  haut  intérêt  pour  le
Zollverein  en  mênui  temps  que  pour  l’Autriche,  tant
qu’une  future  union  douanière  rentrait  dans  les  prévisions ­
  plausibles,  n’avait  pas  à  pen  près  complètement ­
  perdu  toute  valeur,  du  jour  où  cette  conception
était  abandonnée.
Mais  dans  le  cours  déjà  des  débats,  qui  avaient  eu
lieu  jusqu’alors,  il  avait  été  possible  d’induire  de
l’attitude  prise  et  des  déclarations  faites  par  les  délégués ­
  des  divers  gouvernements  coalisés,  que  sur  le
fond  du  ditlérend  avec  la  Prusse  comme  aussi  sur
les  suites  que  ce  différend  comportait,  leurs  manières ­
  de  voir  étaient  loin  de  se  cou  fondre  absolu-
        <pb n="425" />
        PÉRIODE  DE  I860  A  1860.

413

ment.  Une  résolution  énergique  ainsi  qu'une  grande
harmonie  dans  l’action  s’étaient  par  exemple  révélées
chez  la  Bavière  et  le  Wurtemberg,  que  l’on  pouvait
croire  déterminés  à  ne  pas  reculer  même,  le  cas
échéant,  devant  la  dispersion  du  Zollverein  ;  et  toutefois ­
  l’avénement  inopiné,  en  mars  1864,  d’un  nouveau ­
  monarque,  le  roi  Louis  II,  au  trône  de  Bavière,
bien  que  n’ayant  pas  été  suivi  de  la  retraite  du  ministère, ­
  devait  paralyser  quelque  peu  pour  le  moment
1  activité  du  pouvoir  et  laisser  planer  quelque  incertitude ­
  sur  sa  marche  ultérieure.

Parmi  les  autres  gouvernements  dissidents  au
contraire  et  leurs  représentants,  mais  bien  plus  encore ­
  dans  les  sphères  commerciales  et  industrielles,
qui  relevaient  des  mêmes  gouvernements  et  chez  les
organes  de  ces  couches  laborieuses,  Và  survie  du  Zollvenin
  avec  les  dimensions  acquises  exprimait  si  bien
le  souci  dominant  du  moment  qu’il  fallait  s’attendre

à  beaucoup  (le  résignation  de  leur  part,  quand  il  s’agirait ­
  de  préserver  une  institution  de  plus  en  plus
appréciée  et  populaire,  même  au  prix  du  traité,
dailbiurs  fort  peu  désastreux,  avec  la  France.  La
Ilesse-Üarmstadt  surtout  manifesta  clairement  ces
dispositions  qui  gagnaient  aussi  insensiblement  la
llesse-Cassel,  tandis  que  le  Hanovre,  vivement  préoccupé ­
  de  son  préciput,  ne  consultait  guère  que  cet
intérêt,  auquel  il  accordait  en  tout  cas  le  pas  sur
tons  les  antres.  Assurément,  le  cabinet  de  Vienne
pouvait  s’en  prendre  à  lui-même,  dans  une  large
        <pb n="426" />
        414  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
mesure,  de  cet  état  des  choses  et  des  esprits,  si  peu
profitable  à  ses  projets.  Car  étroitement  uni  dans  la
question  du  Schleswig-Holstein  à  la  Prusse,  dont  il
recevait  l’impulsion,  il  n’avait  plus  depuis  quelque
temps  donné  signe  de  vie  dans  le  domaine  corn  mer
cial  autrement  que  par  l’élaboration  d’un  projet  de
tarif,  adressé  par  lui  vers  la  tin  de  l’année  1863  a  tous
les  gouvernements  associés,  sans  néanmoins  qu’il
s’employât  sérieusement  à  le  faire  aboutir.  Ce  n’est
qu’en  mars  1864,  que  se  place  la  rencontre  qui  eut
lieu,  h  son  incitation,  dans  la  ville  de  Prague  entre
un  commissaire  autrichien,  le  baron  de  Hock,  et  un
envoyé  prussien,  le  conseiller  intime  Hasselbacli,
lesquels  arrivèrent  au  bout  de  peu  de  jours  à  des  résultats ­
  complètement  négatifs.  Aussi  quand,  à  la  suite
des  derniers  développements  présentés  par  la  Prusse,
et  sommairement  reproduits  tout  a  1  heure,  la  conférence ­
  de  Berlin  eut  été  ajournée  jusqu’au  16  avril,
les  coalisés  attendirent-ils  de  la  part  de  l’Autriche
quelque  nouvelle  manifestation,  trop  lente  à  se  produire ­
  au  gré  de  leur  impatience  ;  mais  ils  attendirent ­
  en  vain,  et  n’eurent  à  enregistrer  qu’une  circulaire ­
  du  16  avril,  dans  laquelle  étaient  posées  aux
gouvernements  amis  quelques  questions  oiseuses,
depuis  longtemps  résolues  par  les  événements  écoulés. ­

La  reprise  de  la  conférence  berlinoise  a\ait  été
sur  ces  entrefaites  reculée  jusqu  au  2  mai,  à  la  demande ­
  de  la  Bavière,  qui  se  fondait  sur  1  absence  ino-
        <pb n="427" />
        PÉRIODE  DE  I860  A  1866.

415

menlanée  de  tout  aliment  pour  la  discussion  ;  mais,
comme  la  Prusse  ne  concéda  pas  une  plus  longue
interruption  des  travaux,  la  Bavière  se  refusa  à  y
prendre  part,  et  transmit  une  déclaration  de  laquelle
il  résultait,  qu’en  même  temps  que*les  bases  proposées ­
  par  la  Prusse  pour  un  arrangement  avec  l’Autriclie
  ne  répondaient  pas  aux  obligations  contractées ­
  par  le  traité  du  19  février  1853  et  lui  paraissaient
insuffisantes  à  elle-même  Bavière,  dont  les  intérêts
étaient  si  fortement  liés  aux  rapports  avec  l’Autriche,
elles  ne  devaient  non  plus  en  aucune  façon  compter
sur  l’agrément  de  l’Empire.
Le  parti  de  l’abstention  fut  également  adopté  par
le  Wurtemberg,  le  grand-duché  de  Darmstadt  et  le
duché  de  Nassau,et  bien  qu’un  commissaire  hanovrien
  eut  fait  son  apparition  à  Berlin,  il  ne  figura  pas
à  la  réouverture,  qui  s’effectua  le  2  mai.
Peut-être  le  gouvernement  autrichien  comprit-il
à  cette  heure  la  nécessité  de  lutter  avec  un  compétiteur, ­
  qui  ne  discontinuait  pas  sa  marche  en  avant  ;
mais,  plutôt  que  de  payer  d’exemple,  il  semblait  épier
constamment  l’initiative  de  ses  adhérents,  et  pendant
que  la  Prusse  délibérait  sans  relâche  avec  les  associés
(le  son  bord,  il  se  borna,  par  une  dépêche  du  12  mai,
à  convier  les  coalisés  à  des  négociations  nouvelles.
A  en  juger  par  cette  dépêche,  dans  laquelle  la-base
des  négociations  proposées  n’était  esquissée  qu’à
bien  larges  traits,  l’Autriche  poursuivait  le  renouvel ­
  lernen  t  d  U  t  rai  té  dû  men  t  mod  i  fié  d  u  19  février  1853
        <pb n="428" />
        416

l’alléMAGNlî  ÉCONOMIQUE.

avec  un  remaniemenl  correspondant  de  la  convention
passée  avec  la  France.  Cédant  au  désir  du  cabinet
autrichien,  la  Bavière  fit  partir  pour  Vienne  deux
plénipotentiaires  qui,  comme  s’ils  avaient  toutefois
reçu  plus  tôt  mission  de  s’éclairer  sur  les  dernières
intentions  de  l’Autriche,  que  d’entrer  avec  elle  dans
un  débat  approfondi,  se  contentèrent  de  recueillir
ses  propositions,  et  se  retirèrent  au  bout  de  quelques
jours  déjà,  sans  s’être  le  moins  du  monde  expliqués
sur  leur  contenu,  mais  non  sans  avoir  dans  un  mémoire ­
  très-curieux,  ([u’ils  déposèrent  durant  leur
séjour,  pris  texte  de  la  guerre  fratricide,  qui  ensanglantait ­
  alors  les  États-Unis  du  Nord,  pour  en  rapprocher ­
  le  chaos  germanique,  et  représenté  sous  des
couleui  s  dont  l’événement  devait  bientôt  justifier  les
tons  farouches,  les  suites  inévitables  du  dualisme,
qui  en  Allemagne  s’asservissait  la  politique  commerciale. ­
  Cependant  les  entrevues  de  Vienne  et  les  derniers ­
  plans  exposés  par  l’Autriche  devaient  finir  par
donner  aux  Bavarois  et  à  leurs  consorts  la  conviction ­
  que  celte  puissance  n’entendait  ¡»lus,  en  politi([ue
  commerciale,  mettre  au  service  d’un  but  déterminé ­
  l’indomptable  énergie  dont  elle  avait  fait
preuve  en  1853,  et  bien  que  l’Autriche,  la  Bavière,
le  Wurtemberg,  la  Hesse-Darmstadt  et  le  Nassau  reprissent ­
  encore  le  même  thème  à  Munich  au  commencement ­
  de  juillet,  il  n’y  avait  plus  là,  a  vrai  dire,
qu’un  vain  appareil,  donnant  reluge  a  des  volontés
plus  qu’attiédies  de  part  et  d’autre,  et  destiné  selon
        <pb n="429" />
        PÉRIODE  DE  )865  A  1866.  4)7
'oule  apparence  à  ménager  la  transition  entre  la  ré
«stance  passée  et  l’acceptation  du  traité  avec  la
i
S7
        <pb n="430" />
        l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
de  Bismark  fit  parvenir  au  nom  de  son  gouvernement ­
  à  cette  dernière  ouverture,  le  ministre  prussien ­
  ne  fit  aucune  difficulté  à  se  mettre  à  la  disposition ­
  de  l'Autriche,  alors  que  les  conditions,  a
l’accomplissement  préalable  desquelles  la  Prusse
avait  autrefois  subordonné  des  négociations  avec
l’empire,  à  savoir  l’adoption  du  traité  avec  la  France,
et  le  rétablissement  du  Zollverein  sur  le  pied  de  cette
adoption,  pouvaient  être  considérées  comme  remplies ­
  par  la  plupart  des  anciens  membres  de  l’association ­
  douanière.  Seulement  les  négociations  devraient, ­
  d’après  la  Prusse,  s’ouvrir  à  Prague  et  non
à  Berlin  où  l’Autriche  avait  demandé  à  en  transporter
le  siège,  et  de  plus  les  intérêts  prussiens  y  seraient
confiés  à  un  homme  spécial,  M.  Hasselbach,  de  préférence ­
  à  quelque  fonctionnaire  supérieur,  pour  lequel ­
  le  formalisme  autrichien  professait  naturellement ­
  des  sympathies  plus  vives.
Mais  du  moment  que  s’engageaient  entre  1  Autriche ­
  et  la  Prusse  des  pourparlers  directs  dans  un  but,
qui  impliquait  de  prime  abord  une  renonciation  aux
visées  du  traité  de  février  1853,  du  moment  qu  il
devenait  évident  que  l’Autriche  elle-  même  ne  cherchait ­
  plus  à  donner  suite  à  ses  propositions  du
10  juillet  1862  pas  plus  qu’à  l’idée  d’une  liaison
plus  étroite  avec  le  Zollverein,  en  fallait-il  davantage
aux  gouvernements  jusque-là  coalisés  pour  les  relever ­
  de  leurs  derniers  scrupules  et  les  déterminer  à
ne  plus  faire  dorénavant  d’opposition  au  traité  avec
        <pb n="431" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  4)9
la  France?  Aussi  le  mois  de  septembre  1864  ne  se
passa-t-il  pas,  sans  qu’ils  eussent  tous,  sansexceo
lion  aucune,  témoigné  à  Berlin  de  leur  disposition  à
renforcer  les  alliances  scellées  le  28  juin  et  le  11  juil-Bavière
  du  Wurtemberg,  du  grand  duché  de
Hesse  et  du  Nassau  aux  deux  pactes  antérieurs  ainsi
PÜEIS
Prusse  réunit  à  partir  du  29  mars  leurs  gouverne
ments  respectifs  dans  une  conférence  qui  termina
ses  travaux  le  16  mai  1865  par  un  pacte  d’association
        <pb n="432" />
        420

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE

général.  Il  est  vrai  que  déjà  le  11  avril  précédent  un
arrangement  était  intervenu  avec  l’Autriche,  après
que  les  négociations  entamées  eussent  été  en  décembre ­
  1864  transportées  de  Prague,  où  elles  avaient
conduit  au  moins  à  un  accord  provisoire,  dans  la
ville  de  Berlin,  où  elles  furent  jusqu’à  la  fin  poursuivies ­
  au  nom  du  Zollverein  par  des  plénipotentiaires ­
  de  la  Prusse,  de  la  Saxe  et  de  la  Bavière.
Mais  des  événements  comme  la  reconnaissance  du
traité  avec  la  France,  la  reconstitution  du  Zollverein
en  vertu  du  pacte  du  16  mai  1865,  et  la  nouvelle
convention  avec  l’Autriche  du  11  avril  de  la  même
année  étaient  faits,  on  le  comprend,  aussi  bien  intrinsèquement ­
  que  bien  plus  encore  par  suite  des
causes  de  leur  apparition,  pour  amener  de  notables
revirements  dans  la  législation  intérieure  en  même
temps  que  dans  la  politique  mercantile  de  l’association. ­
  C’est  surtout  par  le  bouleversement  complet  du
tarif  fédéral  appliqué  jusqu’alors,  que  le  traité  passé
avec  la  France  devait  se  faire  sentir  dans  les  régions
industrielles  et  commerçantes  ;  car  les  modérations
et  exemptions  de  droits,  consenties  à  notre  pays,  ne
se  chiffraient  pas  par  moins  de  161  atteintes  aux
positions  ou  aux  articles  de  ce  tarif,  atteintes  dont
le  tableau  suivant  nous  signalera  les  plus  essentielles ­
  :

Ouato
Fils  do  coton...
Tissus  de  coton

Marchandises.

de  2  à  ß  thalers,
de  10  &amp;amp;  30  thalers.

50  thalers.
        <pb n="433" />
        421

PÉRIODE  DE  1865  A  1866.

de  55  à  110  thalers.  34  thalers.

100  thalers.

Marchandise».  Tarif  antérieur.
de  20  à  30  thalers.
Dentelles  de  fil  60  thalers.
Fils  de  laine  simples  non
teints  ou  teints  et  retors
à  2  bouts  non  teints  8  thalers.
Fils  de  laine  retors  à  2  bouts
teints  et  retors  à  3  bouts  *
ou  plus  teints  ou  non
8  thalers.
Tissus  de  lame  20,30,50  et  110  th.
^‘®***-;  8  thalers.
Tissus  de  soie  iio  thalers.
Tissus  de  soie  mélangée  à
d’autres  matières  textiles.
Fleurs  artificielles  et  plumes
de  parure  apprêtées
Alercerie  de  50  à  lOO  thalers.
Brosserie  fine  lo  thalers.
Fer  en  loupes  ,  thaï.  15  gros.
Fer-fonte  brute  lo  gros.
de  1  1/2  à  2  1/2  th.
Fer  façonné  3  thalers.
PGr  blanc  4  thalers.
Ouvrages  en  fonte  très-1
  thaler.  ,
Articles  fins  de  fonte  fine..  10  thalers.
Aiguilles  à  coudre  50  thalers.
Locomotives  et  chaudières,  o  thalers.
Verre  creux  vert  (vases  et
bouteille.)  ,  thaler.
Vannerie  fine
Instruments  de  physiqiÜ.’]
Statues  en  métal  ayant  au
moins  grandeur  naturelle ­

Instruments  de  musique.  .
110  thalers.
Ouvrages  en  cuivre  et  laiton ­

Cuir
Ouvrages  en  cuir  grossiei-s.

Modification*.
12  thalers.
40  thalers.

15  gros  d’argent.

4  thalers.
8,  10,  15  et  25  th.
4  thalers.
50  thalers.

C  thalers.

10  thalers.
G  thalers.

10  thalers.
G  thalers.
10  thalers.

34  thalers.
15,  25  et  50  thaï.
4  thalers.
17  1/2  gros  d’arg.
7  1  /2  gros  d’argen
25  gros.
1  thaler,  5  gros.
2  thalers,  IS  gros
12  gros.
4  thalers.
10  thalers.
1  thaï.  15  gros.
5  gros.
20  gros.
G  thalers.
3  thaï.  10  gros.
6  thalers.
Exempts.

4  thalers.
de  30  à  40  thaï.
de  2  2/3  à  4  thaï.
2  thalers.
5  thalers.
        <pb n="434" />
        422

l’allemagne  économique.

Marchandiges.
Ouvrages  en  cuir  fins
Gants
Jus  de  citron  en  bouteilles.
Papier
Papier  de  tenture
Huile  en  bouteilles
Huile  d’olives
Vin  en  tonneaux
Vin  en  bouteilles
Savon
Faïence
Faïence  peinte
Porcelaine
Ouvrages  en  caoutchouc  et
gutta-percha
Bougies  de  suif  ou  stéarine.
Châtaignes  et  marrons....
Pierres  gemmes  de  toute
sorte  non  montées

Tarif  antérieur.
22  thalers.
4't  thalers.
8  thalers,
de  5  à  10  thalers
20  thalers
8  thalers.
1  thaï.  10  gros.
C  thalers  i
8  thalers  j
de  là  10  thalers.
5  thalers.
lO  thalers.
25  thalers.
de  20  à  110  thalers.
G  thalers.
4  thalers.
10  thalers.

Exempt.
I  thal.  10  gros.
25  gros  d’argent.
25  gros.
4  thalers.
do  25  gros  à  2  thal.
1  thal.  22  1/2  gros.
3  thal.  5  gros.
4  thalers.
de  15  à  25  thal.
I  thal.  15  gros.
15  gros.
15  gros.

Ajoutons  comme  complément  à  ces  indications  que
tout  le  matériel  de  fabrique,  les  produits  chimiques
et  autres  substances  semblables  allaient  entrer  désormais ­
  en  franchise,  ou  bien  en  n'acquittant  plus
que  des  droits  sensiblement  réduits.  En  ce  qui  concernait ­
  d’ailleurs  les  droits  à  la  sortie,  le  Zollverein

renonçait  complètement  à  ceux  qui  étaient  perçus
encore  sur  divers  déchets,  les  peaux  brutes  et  travaillées, ­
  les  poils  d’animaux,  la  laine,  le  minerai,
la  cendre  et  le  charbon  de  bois  ainsi  que  le  tan  et
n’en  laissait  plus  subsister  que  sur  les  drilles  et  chiffons ­
  de  toute  espèce,  autres  que  de  soie  pure,  y  compris ­
  les  maculatures  et  rognures  de  papier,  sur  la
pâte  à  papier  et  sur  les  vieux  cordages  et  filets  dépêché, ­
  goudronnés  ou  non.
        <pb n="435" />
        PÉRIODE  DE  1805  A  1866.  423
Mais  quelque  larges  que  fussent  ces  innovations
elles  n’emportaient  tout  de  même  pas  une  rénovation ­
  du  tarif  conforme  aux  exigences  de  la  logique,
laquelle  n’avait  véritablement  pas  lieu  d’être  trop
satisfaite  jusqu’ici.  En  effet  étant  donné,  d’une  part,
qn  on  avait  procédé  assez  arbitrairement  en  1818  et
sans  tenir  aucun  compte,  pour  la  iixation  des  droits,
de  la  valeur  des  marchandises  ou  de  la  somme  de
travail  qui  leur  avait  été  consacrée,  étant  donné
aussi,  d  autre  part,  le  flot  toujours  montant  depuis
lors  de  l’activité  commerciale  et  industrielle,  qui
avait  modifié  sur  son  parcours  la  plupart  des  conditions, ­
  tout  terrain  solide  et  compacte  avait  fini  par
manquer  sous  le  tarif  fédéral,  qui  était  devenu  un
receptacle  de  taxes  variées,  sans  rapport  rationnel
entre  elles  ou  avec  les  objets  qu’elles  atteignaient.
Or,  pour  avoir  à  l’occasion  du  traité  avec  la  France
réduit,  également  un  peu  à  1  aventure,  bon  nombre
des  quotités  inscrites,  on  avait  fait  disparaître  sans
doute  quelques-unes  des  énormités  les  plus  apparentes, ­
  mais  sans  amender  pour  cela  le  système  luimême.
  Peut-être  l’inconvénient  en  question  eût-il
pu  Etre  corrigé  par  une  enquête  minutieuse,  enveoppant
  industrie  tout  entière,  et  pareille  à  celle
qui,  prescrite  en  France,  devait  imprimer  aux  né&amp;lt;mci?»’ons
  commerciales  de  ce  pays  une  marche  asLrée
  et  .arantir  la  continuité  de  ses  agissements.  Car
malgré  toutes  les  concessions  faites,  le  tarif  français
•  tait  demeuré  un  tarif  complètement  protecteur,  en
        <pb n="436" />
        424

l’alliímagne  économique.

ce  qu’il  avait  maintenu  pour  toutes  les  exploitations
industrielles  une  protection,  que  les  renseignements
recueillis  n’auraient  pas  fait  juger  absolument  superflue, ­
  traduisant  par  exemple  celte  protection,  au
sujet  des  articles  plus  importants,  par  des  droits
ad  üa/orm  qui  s’élevaient  donc  en  raison  même  de
leur  qualité.  Mais  telle  n’avait  point  été  la  ligne  de
conduite  suivie  par  la  Prusse,  qui  pour  des  motifs
tirés  de  la  situation  elle-même  n’avait  prescrit,  en
vue  de  la  conclusion  du  traité,  aucune  information
concernant  l’état  de  l’industrie  chez  ses  associés  ou
tout  au  moins  sur  son  propre  territoire;  et  dès  lors
toutes  les  connaissances  statistiques  et  pratiques,
qu’on  serait  disposé,  non  sans  raison,  à  attribuer  à
ses  fonctionnaires  et  à  ses  agents,  ne  pouvaient  mettre ­
  obstacle  à  plus  d’une  modération  de  droits,  dépourvue ­
  de  base  positive,  et  dictée  par  des  appréciations ­
  personnelles,  des  circonstances  fortuites  ou  des
indications  de  provenance  exclusive.  D’ailleurs,  le
reproche  que  nous  formulons  à  un  point  de  vue
scieulilique  ou  comme  pourraient  le  faire  des  Bavarois ­
  ou  Wurlembergeois,  irrités  contre  l’œuvre  prussienne ­
  de  1862  dans  son  ensemble,  mais  qui  s’adresse,
nous  nous  empressons  de  le  dire,  à  la  méthode  employée ­
  seulement  et  non  pas  à  l’esprit  progressif,
excellent,selon  nous,  dans  lequel  elle  aété  accomplie,
ce  reproche  atteint  tout  aussi  bien  toutes  les  modifications ­
  du  tarif,  qui  avaient  été  abordées  depuis  la
fondation  du  Zollverein.  L’organisme  et  la  constitu-
        <pb n="437" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  4:^5
tion  de  l’association  ne  portant  guère  en  effet  à
envisager  son  industrie  comme  un  seul  tout,  les
diverses  motions  présentées  dans  le  but  de  faire
faire  des  changements  au  tarif,  n’avaient  donc  été
plus  ou  moins  que  l’expression  de  besoins  momenanés,
  qui  s’étalent  manifestés  dans  tel  ou  tel  ou  plusieurs
  des  États  associés,  et  dont  les  gouvernements
espectifs  s  étaient  rendus  les  interprètes.  Et
comme  ces  besoins  ne  s’accusaient  pour  ainsi  dire
jamais  de  la  même  façon  en  tous  lieux,  ils  avaient
a  c  aque  fois  la  satisfaction  que  pouvait  leur
valoir  la  position  ou  l’iiilluence  des  cabinets  intéressés, ­
  la  solidité  des  travaux  préparatoires  ou  bien
encore  le  crédit  et  le  prestige  personnels  des  commissaires, ­
  chargés  d’en  être  les  organes.  Si  déjà
'lans  le  passé,  le  gouvernement  prussien  était  redevafde
  à  celle  situation  d’égards  plus  grands  pour  ses
mtéi  fils  propres,  il  devait  bien  aussi  dans  ses  négofations
  préalables  z1ÍI¡,Xm
mm
du  Zollverein  pour  les  mettre  au  courant  de  ce  qu’il
        <pb n="438" />
        426  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
avait  fait,  et  dont  un  des  derniers  alinéas  s’exprimait
ainsi  :  •
«  Les  explications  qui  viennent  d’être  fournies
prouveront,j’espère,à  nos  alliés,  que  dégagés  de  toute
considération  étrangère  à  l’objet  en  cause,  nous  nous
sommes  efforcés  d’assurer  et  de  favoriser  l’intérêt
collectif  de  l’Union,  et  que  l’ensemble  des  résolutions
prises  répondu  cet  intérêt,  bien  même  que  sur  certains ­
  points  on  pût  désirer  autre  chose.  Les  sacrifices, ­
  sans  lesquels  aucune  entente  ne  deviendrait
possible,  tombent  sous  beaucoup  de  rapports  plus
lourdement  et  sous  aucun  rapport  moins  lourdement ­
  sur  nous  que  sur  nos  coïntéressés.  Nous  nous
déclarons  même  prêts,  par  sollicitude  pour  un  heureux ­
  dénoûment  de  celte  affaire,  à  abaisser  du  jour
de  la  mise  à  exécution  du  traité  de  commerce  les
droits  de  circulation  sur  le  vin  fédéral  à  12  1/2  gros
d’argent  par  quintal  de  douanes,  et  sur  le  moût  à  10
gros.  »
Mais,  sans  doute,  la  nature  des  choses,  c’est-à-dire
l’absence  d’un  fonds  commun  d’éclaircissements
généraux,  aggravée  même  par  le  désir  de  la  Prusse
de  précipitera  un  moment  la  conclusion  du  traité,
qu’il  ne  devint  plus  possible  par  la  suite  que  d’adopter ­
  ou  de  rejeter  sans  réserve,  devait  être  plus  forte
quedes  intentions,  que  nous  nous  plaisons,  pour
notre  compte,  à  supposer  excellentes.
Il  ne  fut  pas  donné  non  plus,  postérieurement  au
nouveau  pacte  d’Union,  qui  ramena  la  nécessité  de
        <pb n="439" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  I860.  427
la  fixation  du  tarif,  d’apporter  au  vice  signalé  un  remède ­
  sérieux,  que  ne  pouvaient  procurer  que  des
délibérations  calmes  et  objectives,  impossibles  à  obtenir ­
  en  présence  du  froid,  jeté  par  les  derniers  événements ­
  entre  les  membres  du  Zollverein,  et  de
aliment  supplémentaire  fourni  à  la  lutte  entre  la
proleclion  et  le  libre  échange  par  le  traité  avec  la
lance.  Si  les  gouvernements  alliés  se  rendirent  au
‘Sirde  la  Prusse,  s’ils  souscrivirent  au  traité  francoprussien
  et  aux  modilicalions  de  tarif,  qui  en  découlaient, ­
  ce  n’était  qu’en  maugréant,  ce  n’était  que
comme  contraints  et  forcés  par  les  plus  impérieuses
raisons,  et  ils  n’avaient  donc  nulle  envie  d’aller  au
delà  de  ce  que  commandait  le  strict  nécessaire.  La
Prusse  de  son  côté  se  félicitait  d’avoir  mené  à  bonne
un  la  crise  redoutable  qui  venait  de  sévir,  et  se  fardait ­
  de  proposer  d’autreschangemenis  pour  ne  pas
Koulever  de  nouveaux  conllits.  Les  choses  demeurèrent ­
  doncen  l’état,  et  le  tarif  fédéral  conlinua,  après
me  avant,  a  donner  le  spectacle  d’une  série  de
c  .  I  res,  dont  tout  esprit  systématique  étant  banni,
EgSgS:
ne  supposaient  que  des  droils  de  peu  d’importance
Les  traités  de  commerce  qui  suivirent  ont  sansdoute’
dans  une  certaine  mesure,  donné  satisfaction  à  ces
griefs,  mais  même  les  remaniements  tentés  en  1868
        <pb n="440" />
        /|28  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
et  1869  ne  partaient  pas  de  foyers  statistiques  projetant ­
  leurs  clartés  sur  toutes  les  parties,  sans  exception, ­
  de  l’industrie  fédérale,  et  ils  échouèrent  contre
des  questions  qui  ne  touchaient  pas  plus  à  des  intérêts ­
  généraux,  qu’elles  ne  se  rattachaient  nécessairement ­
  à  une  révision  méthodique  du  tarif.
Apart  les  dispositions  de  tarif,  il  y  avait  surtout
l’art.  31  du  traité  de  commerce  avec  la  France,  qui
engageait  le  Zollverein  dans  des  voies  non  encore
suivies  par  lui  jusqu’alors,  et  dont  pour  celte  cause
nous  rappelons  ici  littéralement  les  termes  .  «  Chacune ­
  des  deux  hautes  parties  contractantes,  y  étaitil
  dit,  s’engage  à  faire  profiter  1  autre  de  toute  faveur,
de  tout  privilège  ou  abaissement  dans  les  tarifs  des
droits  à  l’importation  ou  à  l’exportation  des  articles ­
  mentionnés  ou  non  dans  le  présent  traité,
(|u’elle  pourrait  accorder  par  la  suite  à  une  tierce
puissance.  Elles  s’engagent  en  outre  h  n’établir
l’une  envers  l’autre  aucun  droit  ou  prohibition
d’importation  ni  aucune  prohibition  d’exportation
qui  ne  soit,  en  même  temps,  applicable  aux  autres ­
  nations.  Toutefois  les  hautes  parties  contractantes ­
  prennent  l’engagement  de  ne  pas  interdire ­
  l’exportation  de  la  houille.  »  Les  rapports  du
Zollverein  vis-à-vis  de  l’Autriche  avaient  seuls
fait  naître  des  objections  à  l’encontre  de  cet  article,
qui  ruinait  l’espoir,  nourri  en  un  temps  par  cette
monarchie,  de  devenir  à  la  longue  partie  intégrante
de  l’association  douanière  ;  mais  quand  1  empire  lui-
        <pb n="441" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  420
même  eut  renoncé  à  ses  anciens  projets  et  se  fut  accommodé ­
  de  la  situation  qui  lui  était  faite,  rien  ne
s’opposa  plus,  à  ce  que  le  principe  déposé  dans  ledit
art.  31,  et  en  vertu  duquel  la  France  devait  instantanément ­
  bénéficier  des  avantages  commerciaux
concédés  à  toute  autre  puissance  par  l’Association,
sortit,  avec  une  réciprocité  complète,  son  plein  et
entier  effet.
Au  surplus,  là  ne  s’arrêtent  pas,  dans  le  traité
de  commerce,  les  arrangements  qui  méritent  d’être
particulièrement  relevés,  et  comme  Français  nous
avons  même  l’obligation  rigoureuse,  surtout  après
avoir  tenu  la  balance  si  égale  jusqu’à  cette  heure  et
avoir  peut-être  jusqu’à  un  certain  point  fait  cause
commune  avec  notre  sujet  par  un  penchant  assez
habituel  aux  historiens,  de  ne  passer  non  plus  sous
silence  aucun  des  titres  principaux  de  notre  propre
pays  aux  concessions  et  à  l’empressement  de  ses  cocontractants.
  Mais,  sous  ce  dernier  rapport,  un  auxiliaire ­
  d’autant  plus  précieux  qu’il  était  condamné  à
un  langage  plus  circonspect  se  présente  dans  la  personne ­
  de  l’éminent  comte  de  llernstorff,  mort  ré-»'"'«ssadeur
  d’Allemagne
(1873),  et  qui  dans  cette  longue  circulaire  du  3  avril
1862,  citée  déjà  à  diverses  reprises,  et  dont  il  était
l’auteur,  laisse  tomber,  sans  doute  parce  que  la  situation ­
  vis-à-vis  des  alliés  l'exigeait,  cet  aveu  qu’il
nous  appartient  assurément  d’enregistrer  :
«  Abordant  à  présent  le  contenu  même  du  traité
        <pb n="442" />
        430

L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

de  commerce  (les  considérations  générales  avaient
été  exposées  auparavant,  de  même  que  la  similitude
entre  l’annexe  A  contenant  les  droits  à  l'importation
en  France  et  le  tarif  franco-belge  avait  été  également ­
  déjà  signalée),  j’ai  la  satisfaction  de  pouvoir
dire,  que  sous  des  points  de  vue  essentiels,  il  se  distingue ­
  avec  avantage  du  contenu  des  traités  passés
par  la  France  avec  la  Grande-Bretagne  et  la  Belgique, ­
  et  qu’il  répond  à  peu  près  complètement  aux
vœux  exprimés  par  nos  associés.»  «Ces  vœux,  ajoute
le  ministre  prussien,  après  cette  déclaration  aussi
significative  que  générale,  se  référaient  principalement ­
  aux  conditions,  sous  lesquelles  les  marchandises ­
  fédérales  pourraient,  à  leur  entrée  en  France,
prétendre  aux  modérations  de  droits  convenues,  et
portaient  tant  sur  les  routes  à  choisir  à  l’entrée,  que
sur  les  pièces  devant  accompagner  les  marchandises
et  que  sur  l’accomplissement  final  en  douane  des
obligations  et  formalités  à  remplir  par  et  pour  les
importations  (Abfertigungs-Verfahren).  »  Suit  la
démonstration,  à  laquelle  les  mots  précédents  de  la
circulaire  ont  préparé  les  esprits.
Pour  maintenir  l’ordre  observé  par  le  traité  de
commerce  lui-même,  nous  relaterons]  tout  d’abord
parmi  les  dispositions  les  plus  digues  de  remarque
en  dehors  de  celle,  qui  tout  à  l’heure  fixait  notre
attention,  l’art.  3,  lequel  ne  voulant  pas,  dans  un
intérêt  commun,  réserver  les  immunités  respectivement ­
  O  (ferles,  aux  importations  directes  seulement
        <pb n="443" />
        431

PÉRIODE  DE  1865  A  1866.
(J’un  des  deux  territoires  dans  l’autre,  par  voie  de
terre  ou  d’eau,  considérait  comme  importées  directement^ ­
  tant  les  marchandises  d’origine  ou  de  fabrication ­
  fédérale  expédiées  en  France,  que  les  marchandises ­
  d’origine  ou  de  fabrication  française,  '
expédiées  dans  le  Zollverein,  quand  celte  expédition
se  ferait  soit  par  les  ports  hanséatiques  de  l’Elbe  ou
du  Weser,  soit  par  les  chemins  de  fer  de  la  Belgique ­
  ou  de  la  Suisse,  pourvu  que,  dans  ce  dernier  cas,
les  wagons  ou  les  colis  renfermant  ces  marchandises ­
  fussent  cadenassés  ou  plombés  par  la  douane  du
pays  expéditeur,  que  les  cadenas  ou  plombs  fussent
reconnus  intacts  à  l’arrivée  en  pays  de  destination
et  que  l’expédition  eût  lieu  dans  les  conditions  réglées ­
  entre  les  parties  contractantes  pour  le  service
international  des  chemins  de  fer.
D’après  l’art.  5,  les  alcools  et  les  vernis  alcooliques ­
  originaires  du  Zollverein  étaient,  indépendamment ­
  des  droits  de  douane  stipulés  dans  le  tarif  A,
soumis  en  France  au  droit  de  consommation  imposé
aux  produits  similaires  français;  et  de  môme,  jusqu-à
  ce  que  les  sels  employés  à  la  fabrication  des
produits  chimiques  ou  autres  similaires  fussent
exemptés  en  France  du  droit  de  consommation,  divers ­
  prodnits  à  base  de  sel,  comme  le  chlorate  de
potasse,  le  sel  de  sonde,  le  sel  ammoniac,  les  bouteilles, ­
  les  glaces  ou  grands  miroirs,  etc.,  devaient
quand  ils  étaient  de  provenance  fédérale,  payer  i
leur  importation  en  France  et  à  titre  de  compensa-
        <pb n="444" />
        432  L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
tion  des  droits  supportés  par  les  fabricants  français,
des  taxes  supplémentaires  équivalentes,  que  cet  article ­
  fait  connaître.
Mais  comme  les  produits  étrangers  qui  à  leur
entrée  dans  le  Zollverein  avaient  acquitté  intégralement ­
  le  droit  d’importation  n’étaient  plus  astreints ­
  au  payement  d’aucune  autre  taxe,  il  existait
là  sans  doute  une  inégalité,  dont  les  adversaires  du
traité  de  commerce  ne  manquèrent  pas,  comme  bien
on  pense,  de  tirer  parti,  et  qui  toutefois  se  rattachait ­
  si  intimement  à  la  dissemblance  des  modes
d’imposition  respectifs,  qu  elle  n’aurait  pu  disparaître ­
  qu’avec  les  systèmes  suivis  eux-mêmes,  auxquels ­
  les  contrées  intéressées  ne  paraissaient  pas  disposées ­
  cependant  à  renoncer.  L’art.  8  avait  d’ailleurs ­
  pourvu  à  ce  que  les  marchandises  de  toute
nature,  originaires  des  États  de  l’une  des  parties
contractantes  et  importées  dans  ceux  de  1  autre,  ne
pussent  être  au  moins  assujetties  à  des  droits  d’accise ­
  ou  de  consommation  supérieurs  à  ceux  qui
grevaient  ou  viendraient  à  grever  les  marchandises
similaires  de  production  nationale.  Car  l’art.  7  avait
autorisé  chacune  des  parties  contractantes,  au  cas
où  elle  jugerait  nécessaire  d  établir  un  droit  de  consommation ­
  nouveau  ou  un  supplément  de  droit  de
consommation  sur  un  article  de  production  ou  de
fabrication  nationale  compris  dans  les  tarifs  annexés ­
  au  traité  de  commerce,  à  grever  immédiatement ­
  l’article  similaire  étranger  à  1  impoi  talion  d  un
        <pb n="445" />
        28

PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  433
dvoü  égal  ou  équivalent.  Le  même  esprit,  qui  dictait
I  art.  8  avau  déjà  conduit  aussi  dans  l’art.  6  à  assurer
aux  taxes  une  mobilité  toujours  proportionnelle  au
cas  de  suppression,  de  réduction,  d’augmentation
des  drawbacks  existants  ou  d'introduction  de  drawbacks
  nouveaux.  Au  surplus,  voici  comment  s  exl&amp;gt;nme
  cet  article,  qui  prévoit  et  règle  clairement
CS  iiverses  hypothèses,  qui  peuvent  se  présenter:
«  Art.  6.  Dans  le  cas  de  suppression  ou  de  réduction ­
  des  drawbacks  actuellement  existants  à
1  exportation  des  produits  français,  les  taxes  supplémentaires ­
  imposées  par  l’article  précédent  (art.  5)
aux  produit!,  d’origine  ou  de  manufacture  du  Zollverein, ­
  seront  supprimées  ou  réduites  de  sommes  é&amp;lt;^a-Ics
  à  celles  dont  seraient  diminués  ces  drawbacks.
«Toutefois  en  cas  de  suppression,  si  le  gouvernement ­
  établit  une  surveillance,  un  contrôle  ou  un
exercice  administratif  sur  certains  produits  fabriqués ­
  français,  les  charges  directes  ou  indirectes
dont  seront  grevés  les  fabricants  françâis,  seront
compensées  par  une  surtaxe  équivalente,  établie
sur  les  produits  similaires  du  Zollverein.
Il  demeure  en  outre  convenu  que  si  des  draw-.ac
  (S  sont  accordés  à  d’autres  produits  de  fabrication
trançaise  ou  si  les  drawbacks  actuels  sont  augmentés, ­
  les  droits  qui  grèvent  les  produits  d’origine  ou
de  labricalion  du  Zollverein  pourront  être  augmentés, ­
  s  il  y  a  lieu,  d’une  surtaxe  égale  au  montant  de
ces  drawbacks.
        <pb n="446" />
        434  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
«  Les  drawbaks  établis  à  l’exportation  des  produits ­
  français  ne  pourront  être  que  la  représentation ­
  exacte  des  droits  de  consommation  grevant  lesdits
  produits  ou  les  matières  dont  ils  sont  fabriqués.
«  Le  Zollverein  jouira  des  mêmes  droits  que  ceux
que  se  réserve  la  France  par  les  dispositions  qui
précèdent.  »
En  décidant  notamment,  que  les  marchandises
de  toute  origine  importées  du  Zollverein  par  la
frontière  de  terre  seraient  admises  pour  la  consommation ­
  intérieure  de  la  France,  moyennant  l’acquittement ­
  des  droits  établis  pour  les  provenances  autres
que  celles  des  pays  de  production,  sous  pavillon
français,  l’article  U,  tout  en  ne  pas  écartant  d’une
façon  complète  la  différence  de  traitement  maintenue ­
  par  la  France  pour  la  frontière  maritime  et
la  frontière  de  terre,  différence  qui  de  tout  temps
avait  entravé  le  mouvement  commercial  de  l’Association ­
  vers  notre  pays,  apportait  en  tout  cas  des
adoucissements  notables  à  la  situation  antérieure.
Comme  la  perception  d’un  certain  nombre  de
droits  se  faisait,  au  moins  en  France,  d’après  la  valeur, ­
  il  fallait  s’expliquer  sur  la  base  de  l’évaluation ­
  ;  aussi  l’art.  14  dispose-t-il  que  les  droits
ad  valorem  seraient  calculés  sur  la  valeur  au  lieu
d’origine  ou  de  fabrication,  de  l’objet  importé,  augmentée ­
  des  frais  de  transport,  d’assurance  et  de
commission  nécessaires  pour  l’importation  en  F  i  anee
jusqu’au  lieu  d’introduction.
        <pb n="447" />
        435

PÉRIODE  DE  1865  A  1866.
Pour  lecas,  où  la  douane  française  jugerait  insuffisante ­
  la  valeur  déclarée  par  ¡'importateur  dans  sa
(iéclai  allon  écrite,  un  droit  de  préemption  est  accordé
sous  certaines  conditions  à  cette  douane,  à  moins
que  l'.mportateur  ou  elle-même  ne  préfère  recourir
.1  expertise.  C  est  à  ces  détails  et  5  l’amende  encourue, ­
  lecas  échéant,  comme  aussi  à  la  désignation
et  aux  opérations  des  arbitres  que  se  réfèrent  les  dispositions ­
  des  articles  15  à  18.  Quant  à  l’art.  20,  il
lait  connaître  quels  sont,  sous  la  réserve  d’indications ­
  nouvelles  par  le  gouvernement  français  les
ports  et  les  bureaux  de  douane,  dans  lesquels  seuls
pourront  êtrevérifiés  cher,  nous  et  admis  à  l’acouitlemeut
  des  droits  les  tissus  purs  ou  mélangés  du
Zollverein  taxés  à  la  valeur.  Observons  ici,  que  bien
que  le  système  français  des  droits  ad  valorem  et  son
mode  de  fonclionnement  eussent  longtemps  servi  de
texte  aux  récriminations  des  industriels  allemands
c  que  ce  système  n  eût  pas  été  extraordinairement
mitigé  parle  traité,  les  écrivains  leurs  compatriotes
mm#
        <pb n="448" />
        436  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
une  autorisation  spéciale  de  qui  de  droit  le  transit
du  sel  parle  Zollverein,  comme  aussi  le  gouvernement ­
  français  s'y  réserve  de  soumetire  à  des  autorisations ­
  spéciales  le  transit  des  armes  de  guerre,  et
qui  consacre  en  outre,  même  sans  réciprocité,  la
prohibition  en  France  de  la  poudre  à  tirer.  L’événement ­
  a  prouvé,  d’ailleurs,  que  celte  dernière  inégalité, ­
  qui  avait  fait  pousser  également  des  clameurs
assourdissantes,  n’avait  pas  une  importance  pratique
bien  appréciable.
Grâce  à  l’art.  25,  les  sujets  des  parties  contractantes ­
  étaient  pour  leur  entrée,  leurs  voyages  et  leur
séjour  dans  quelque  portion  que  ce  tût  des  territoires
respectifs,  pour  la  location  et  possession  dans  les
villes  et  ports  respectifs  de  maisons,  magasins,  boutiques ­
  et  terrains,  qui  leur  seraient  nécessaires,  et
pour  les  privilèges,  immunités  et  autres  faveurs
quelconques  dont  jouiraient  dans  le  présent  ou  h
l’aveuir  les  nationaux,  en  matière  de  commerce  et
d’industrie,  traités  tout  à  fait  de  la  même  façon
que  ces  derniers,  pouvant  prétendre  pour  leurs  personnes ­
  et  leurs  biens  à  même  protection  et  sécurité
qu’eux,  sans  être,  comme  locataires  ou  possesseurs,
assujettis  à  des  taxes  soit  générales,  soit  locales,  ni
à  des  impôts  ou  obligations  de  quelque  nature  qu  ils
fussent  autres  que  ceux  qui  seraient  ou  pourraient
être  établis  sur  les  nationaux.  Or  c’était  la  certainement ­
  une  stipulation,  dont,  en  raison  des  tendances ­
  bien  connues  des  populations  allemandes  à  1  é-
        <pb n="449" />
        PÉRIODE  DE  I860  A  1866.  437
migration,  à  l'aLandon  au  moins  temporaire  de  leurs
foyers,  le  Zollverein  devait  tirer  un  bien  meilleur
parti  que  la  France,  et  nous  estimons  même,  que
jusqu’à  la  rupture  de  nos  rapports  par  suite  de  la
dernière  guerre,  l’hospitalité  française  et  l’exécution, ­
  reçue  chez  nous  par  celle  clause,  ne  doivent
pas  avoir  été  de  l’autre  côté  du  Rhin  l’ebjet  d’attaques ­
  bien  acerbes!....
Le  traité  contient  aussi  des  dispositions  sur  la  faculté ­
  accordée  aux  fabricants  et  marchands,  ainsi
qu’à  leurs  commis  voyageurs,  dûment  patentés  dans
leur  propre  contrée,  de  faire  dans  l’autre,  sans  y
être  soumis  à  aucun  droit  nouveau  de  patente,  des
achats  pour  les  besoins  de  leur  industrie  et  de  recueillir ­
  des  commandes  avec  ou  sans  échantillons,
mais  sans  colporter  des  marchandises  (art.  26),  sur
l’admission  en  franchise  temporaire  des  objets  passibles ­
  d’un  droit  d’entrée,  qui  servent  d’échantillons
et  qui  sont  importés  dans  le  Zollverein  par  des
voyageurs  de  commerce  français  ou  en  France  par
des  voyageurs  de  commerce  du  Zollverein  (art.  27),
sur  les  marques  ou  étiquettes  de  marchandises  ou
de  leurs  emballages,  les  dessins  et  marques  de  fabrique ­
  ou  de  commerce,  pour  lesquels  les  sujets  de
chacun  des  États  contractants  jouiront  respectivement ­
  dans  l’autre  de  la  même  protection  que  les  nationaux ­
  (art.  28).  Le  deuxième  alinéa  de  ce  dernier
article,  où  il  est  dit  :
«  Il  n’y  aura  lieu  à  aucune  poursuite  à  raison  de
        <pb n="450" />
        438  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
l’emploi,  dans  l’un  des  deux  pays,  des  marques  de
fabrique  de  l’autre,  lorsque  la  création  de  ces  marques ­
  dans  le  pays  de  provenance  des  produits,  remontera ­
  à  une  époque  antérieure  à  1  appropriation
de  ces  marques  par  dépôt  ou  autrement  dans  le  pays
d’importation.  »  Ce  deuxième  alinéa  avait  été  inséré
à  la  suggestion  des  négociateurs  prussiens,  qui,
comme  il  arrivait  parfois  que,  notamment  pour  les
ouvrages  en  fer  et  en  acier,  des  fabricants  français
employaient  les  marques  de  fabrique  connues  et
estimées  d’industriels  allemands,  crurent  devoir
se  garer  contre  l’éventualité  d’une  saisie  de  marchandises ­
  fédérales  munies  de  pareilles  marques,
pour  le  cas,  où,  par  le  dépôt  de  ces  indications,
l’imitateur  français  aurait  en  France  acquis  un  droit
à  son  usage.
11  n’est  pas  besoin  d’insister  sur  l’art.  29,  dont  les
préoccupations  en  faveur  d’une  expédition  douanière ­
  aussi  facile  que  possible  des  transports  internationaux ­
  par  les  chemins  de  fer  qui  relient  le
Zollverein  et  la  France,  devaient  prendre  corps  dans
une  convention  spéciale,  relative  au  service  international ­
  des  chemins  de  fer  dans  ses  rapports  avec  la
douane.
Quand  on  rapproche  enfin  l’art.  32  de  1  art.  33
et  d’une  déclaration  contenue  dans  le  procès-verbal
dressé  lors  de  la  signature  solennelle  à  Berlin,  le  2
août  1862,  des  quatre  traités  et  conventions  négociés
par  la  Prusse,  on  constate  que  le  traité  de  commerce
        <pb n="451" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  I860.  439
élail  conclu  pour  une  période  de  douzeannées,  qu’il
‘levait  entrer  en  vigueur  deux  mois  après  l’échange
de  sesratifications,  et  quel’échange  des  ratifications
n’aurait  lieu  que  lorsque  tous  les  Étals  du  Zollverein ­
  auraient  fait  connaître  leur  adhésion.  Que  si
aucune  des  hautes  parties  contractantes  n’avait  notifié ­
  douze  mois  avant  la  fin  de  ladite  période  de
douze  ans,  parlant  du  jour  même  de  l’échange  des
ratifications,  son  intention  de  faire  cesser  les  effets
de  ce  traité,  il  demeurerait  obligatoire  jusqu’à  l’expiration ­
  d  une  année,  à  partir  du  jour  où  l’une  ou
1  autre  des  hautes  parties  contractantes  l’aurait  dénoncé. ­

Le  Traité  de  navigation,  conclu  également  entre
la  France  d’une  part,  et  la  Prusse  agissant  au  nom
du  Zollverein  de  1  autre,  pour  entrer  en  vigueur  un
mois  après  l’échange  de  ses  ratifications  et  y  rester
autant  que  le  traité  de  commerce,  ne  contenait
pas  d  énonciations  particulièrement  saillantes,  ce
qui  fit  que  d  aucun  côté  il  ne  fut  non  plus  en  hutte
a  des  al  laques  passionnées,  ou  tenu  en  échec  par
des  scrupules  quelque  peu  sérieux.
Ce  traité  établissait  une  assimilation  aussi  complète ­
  que  possible  entre  les  navires  respectifs  par
rapport  aux  droits  de  tonnage,  de  pilotage,  de  quarantaine, ­
  de  port,  de  phare  ou  autres  charges  pesant ­
  sur  leur  coque;  il  les  admettait  à  un  traitement ­
  tout  à  fait  identique  en  ce  qui  concerne  leur
placement,  leur  chargement  et  déchargement  dans
        <pb n="452" />
        440

l’allemagne  économique.

les  ports,  rades,  hàvres  el  bassins  et  généralement
pour  toutes  les  Ibrmalités  et  dispositions  quelconques ­
  auxquelles  ils  pouvaient  être  soumis  ainsi  que
leurs  équipages  et  leurs  cargaisons;  il  s’en  rapportait, ­
  pour  leur  nationalité  et  leur  capacité,  aux
documents  délivrés  par  les  autorités  compétentes
aux  capitaines,  patrons  et  bateliers  ;  il  ne  faisait
aucune  différence  entre  eux  pour  l’importation  ou
l’exportation  de  tous  produits  et  autres  objets  de
commerce,  qui  pourrait  avoir  lieu  dans  les  États  de
l’une  des  parties-contractantes  par  navires  nationaux, ­
  et  ne  se  montrait  restrictif  que  pour  le  cabotage, ­
  c’est-à-dire  le  transport  de  produits  ou  marchandises ­
  chargés  dans  un  port  avec  destination
pour  un  autre  port  du  même  territoire;  il  concédait ­
  aux  marchandises  de  toute  nature  importées
directement  d’un  port  des  États  du  Zollverein  en
France,  sous  pavillon  d’un  des  États  du  Zollverein,
et  réciproquement  aux  marchandises  de  toutejiature
  importées  de  quelque  lieu  que  ce  fût  dans  le
Zollverein  sous  pavillon  français,  les  mêmes  exemptions, ­
  restitutions  de  droits,  primes  ou  autres  faveurs ­
  quelconques,  comme  aussi  il  les  soumettait
aux  mêmes  droits,  ni  différents  ni  plus  forts,  de
douane,  de  navigation  ou  de  péage  et  aux  mêmes
formalités,  que  si  l’importation  en  avait  eu  lieu  sous
pavillon  national  ;  il  s’expliquait  en  conséquence
sur  les  conditions  auxquelles  le  bénéfice  du  transport ­
  en  droiture  ne  serait  pas  perdu,  et  faisait  ob-
        <pb n="453" />
        1‘ÉRIODE  DE  1865  A  1866.  4  il
server  expressément  —  ce  qui  peut-être  rapproché
île  l’art.  11  du  traité  de  commerce  —  que  les  conditions ­
  spéciales  imposées  en  France  aux  importations ­
  eiTectuées  sous  pavillon  français,  d’ailleurs
que  des  pays  d’origine,  s’appliqueraient  aux  produits
expédiés  en  France  des  entrepôts  du  Zollverein  sous
pavillon  des  États  du  Zollverein;  il  consentait,  après
de  vives  instances  auprès  de  la  France,  et  à  la  satisfaction ­
  naturelle  du  Zollverein,  notamment  des
États  plus  directement  intéressés  du  Hanovre  et
d  Oldenbourg,  à  ce  que  les  navires  des  pays  de  l’association ­
  ainsi  que  leurs  cargaisons,  arrivant  des
ports  hanséatiques  de  l’Elbe  et  du  Weser  bénéficiassent ­
  des  stipulations  concernant  les  navires  des  États
du  Zollverein  et  leurs  chargements  qui  venaient  directement ­
  d’un  de  ses  propres  ports  ;  il  ne  se  montrait ­
  pas  plus  exigeant,  relativement  aux  droits  et
lormalités  de  sortie,  pour  les  marchandises  de  toute
nature,  qui  seraient  exportées  du  Zollverein  par  navires ­
  trançais  ou  de  France  par  navires  des  États
du  Zollveiein,  que  si  elles  étaient  exportées  par  navires ­
  nationaux,  et  il  les  appelait,  dans  l’un  et
autre  cas,  a  la  jouissance  de  toute  prime  ou  restitution ­
  de  droits  et  autres  faveurs  qui  seraient  ou
pourraient  être  accordées  par  chacune  des  deux
parties  à  la  navigation  nationale,  ne  dérogeant  ii
celte  assimilation,  si  favorable  au  développement
du  commerce  extérieur  respectif  et  à  celle  établie  ii
l’importation,  qu’eu  ce  qui  concerne  les  avantages
        <pb n="454" />
        442  l’allemagne  économique.
dont  les  produits  do  la  pêche  nationale  seraient  ou
pourraient  être  l’objet  ;  et  dans  le  surplus  enfin  des
16  articles  dont  il  se  composait,  il  contenait  d  autres ­
  dispositions  encore,  se  référant  par  exemple  à
la  navigation  fluviale,  au  déchargement  partiel  de
leur  cargaison  par  les  navires  de  l’une  des  parties
contractantes  entrant  dans  un  des  ports  de  l’autre,
en  cas  de  relâche  forcée,  à  la  nomination  et  à  certaines ­
  attributions  des  agents  consulaires,  au  sauvetage ­
  des  biens  naufragés  ou  échoués  sur  les  côtes
du  Zollverein  ou  de  la  France,  et  à  l'exemption
complète  de  tout  droit  de  douane,  octroyée  aux  maichandises
  sauvées,  à  moins  qu’elles  ne  soient  admises ­
  à  la  consommation  intérieure.
Pour  ce  qui  est  de  la  convention  contemporaine
des  trois  autres,  qui  était  relative  au  service  international ­
  des  chemins  de  fer  dans  ses  rapports  avec
la  douane,  convention  dont  l’entrée  en  vigueur  était
fixée  au  mois  après  l’échange  de  ses  ratifications,
et  dont  les  effets  devaient  cesser  au  gré  de  celle  des
parties  contractantes  qui  aurait  prévenu  l’autre  au
moins  six  mois  à  l'avance,  elle  était  destinée,  comme
nous  l’avons  dit,  à  assurer  l’exécution  de  l’art.  29
du  traité  de  commerce  signé  le  même  jour,  et  ses
22  articles  renferment  bon  nombre  de  dispositions,
au  caractère  essentiellement  technique  et  assez  bien
appropriées  à  la  commodité  des  rapports,  pour  n’avoir ­
  également  donné  lieu  à  aucune  polémique
ardente  et  avoir  servi  de  base  au  traitement  doua-
        <pb n="455" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  443
ûier  qu’ou  applique  depuis  lors  à  tous  les  échanges
internationaux  par  chemins  de  fer.
La  Convention  pour  la  garantie  de  la  propriété
des  œuvres  d’esprit  et  d’art,  à  laquelle  même  durée
était  assignée  qu’aux  traités  de  commerce  et  de  navigation, ­
  et  qui  d’après  son  avant-dernier  article  18
devait  être  mise  en  vigueur  deux  mois  après  l'échange ­
  de  ses  ratifications  ne  saurait  obtenir  ici
qu  une  mention  rapide  par  la  raison  que  son  objet,
répression  de  la  contrefaçon  littéraire  et  artistique,
ne  figure  pas  parmi  ceux  que  se  proposent  les
traités  du  Zollverein.  C’est  le  même  motif  qui  explique ­
  que  cette  convention  n’ait  été  conclue  du  côté
de  l’Allemagne  que  par  la  Prusse  seulement,  traitant ­
  dans  son  propre  et  unique  intérêt,  sous  réserve
toutefois  du  droit  d  accession  à  tout  État,  qui  appartiendrait ­
  à  cette  époque  ou  par  la  suite  au  Zollverein
droit  que  les  membres  les  plus  importants  de
1  association  ont  aussi  successivement  mis  tous  à
profit.
Si  1  on  donne  ensuite  un  coup  d’œil  aux  arrangements ­
  intervenus  avec  l’Autriche,  et  qui  figurent
dans  le  traité  du  11  avril  1865  qu’accompagne  un
cartel  de  douanes  dans  l’intérêt  du  recouvrement
des  droits  d  entrée  et  de  sortie  réciproques,  on  remarque ­
  que  ce  traité  reproduit  la  structure  extérieure ­
  et  jusqu’au  mot  à  mot  de  la  plupart  des  articles ­
  du  traité  précédent.  Il  n’y  a  pas  jusqu’à  son
préambule,  qui  n’indique  encore  l’union  douanière
        <pb n="456" />
        444  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
générale  de  l’Allemagne  comme  le  but  vers  lequel
tendent  toujours  les  parties  contractantes.  En  réalité
cependant,  les  rapports  antérieurs  se  trouvaient,
par  son  fait,  modifiés  du  tout  au  tout.  Los  droits
différentiels,  qui  avaient  fonctionné  jusque-là,  la
position  privilégiée  que  les  deux  territoires  voisins
s’étaient  accordée  auparavant  entre  eux  pour  leurs
échanges  respectifs,  avaient  fait  place  h  un  régime,
dans  lequel  les  stipulants  étaient  mis  exactement
au  niveau  de  toutes  les  autres  contrées.  En  fait
d’immunités  particulières  ayant  survécu  aux  autres,
on  ne  peut  guère  citer  que  l’exemption  des  droits
&amp;lt;I’entrée  et  de  sortie  admise  en  faveur  des  choses
traversant  la  frontière  et  la  repassant  ensuite  après
avoir  subi  chez  le  voisin  une  réparation  ou  une
amélioration  (art.  6)  ou  bien  que  le  contact  établi,
là  où  il  y  avait  possibilité  de  le  faire,  entre  les  bureaux ­
  de  douane  sis  à  la  frontière,  de  façon  que  les
opérations  douanières  nécessitées  par  le  passage  des
marchandises  d’un  territoire  dans  l’autre  eussent
lieu  simultanément  (art.  8)  ;  et  d’ailleurs  c’étaient
là  des  dispositions  qu’il  n’eût  pas  été  possible  de
mettre  d’accord  avec  le  système  des  douanes  françaises. ­
  Ce  n'est  pas  que  l’art.  25  du  traité  nouveau
n’eût  prévu  aussi  et  réglé  l’hypothèse  où  les  parties
voudraient  prendre  d’autres  mesures  encore  eu  faveur ­
  du  commerce  international,  se  concerter  sur
un  plus  grand  rapprochement  de  leurs  tarifs  de
douane  et  débattre  la  question  de  1  union  douanière
        <pb n="457" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  445
pour  toute  l’Allemagne;  mais  outre  que  cet  article
déclarait  lui-même  à  la  fin,  par  une  sorte  de  répercussion ­
  des  dernières  controverses,  que  ses  prévisions ­
  ne  sauraient  en  aucune  façon  porter  atteinte
à  l’autonomie  des  nations  en  cause  dans  la  sphère
de  leur  législation  douanière  et  commerciale,  il  ne
pouvait  être  douteux  pour  aucun  de  ceux  qui
avaient  assisté  à  l’enfantement  du  traité  de  1865,
que  de  pareilles  prévisions  étaient  purement  de
sljle  et  n  avaient  aucune  espèce  de  portée  dans  l’esprit ­
  des  contractants.  La  vérité  était,  que  l’Autriche
allait  désormais  se  trouver  vis-à-vis  du  Zollverein
dans  la  même  situation  que  tous  les  autres  États,
qui  auraient  passé  ou  passeraient  avec  celui-ci  des
traités  de  commerce,  en  se  réservant  et  en  concédant ­
  par  réciprocité  le  traitement  de  la  nation  la
plus  favorisée.  C’en  était  donc  fait  de  cette  politique
commerciale  et  douanière  qui  avait  eu  pour  parrains ­
  le  prince  de  Schwarzenberg  et  le  baron  de
Bi  uck  et  à  laquelle  le  traité  de  février  avait  donné  le
baptême!  Pouravoirété  édifiée  sur  des  bases  trop  fragiles,
  pour  avoir  él6  poursuivie  à  l’aide  de  moyens
insuffisants,  elle  venait  de  recevoir  du  traité  d'avril ­
  1865  un  coup  peut-être  mortel,  dont  en  tout
cas  elle  n  est  pas  sur  le  point  de  se  relever:  l’Autriche ­
  était  exclue  de  toute  communion  économique
avec  le  reste  de  l’Allemagne,  en  attendant  même
qu’elle  fût  également  exclue  de  toute  communion
politique  !
        <pb n="458" />
        446

l’allemagne  économique.

Les  rapports  internes  des  associés  devaient,  eux
aussi,  se  ressentir  beaucoup  du  nouvel  ordre  de
choses,  bien  que  cependant  le  pacte  du  16  mai  1865
n’eût  pas,  dans  la  forme  au  moins,  attribué  le  caractère ­
  d’innovations  aux  changements  introduits  et
n’y  parût  voir  plutôt  que  de  simples  améliorations.
A  part,  en  effet,  les  réductions  opérées  dans  le
tarif  général  de  l’Association,  publié  même  dès
avant  le  pacte  du  16  mai  1865,  qui  ne  devait,  lui,
se  substituer  aux  pactes  précédents  que  du  1®'  janvier ­
  1866,  à  part  ces  réductions,  qui  devaient  certainement ­
  décourager  les  efforts  du  parti  protectionniste ­
  et  qui  leur  assignaient  en  tout  cas  les
limites  les  plus  étroites,  on  est  frappé  de  bien
d’autres  modifications  encore,  issues  du  traité  d’union, ­
  et  dont  nous  ne  voulons  relever  que  les  plus
importantes.  Ainsi  par  exemple,  comme  nous  l’avons ­
  annoncé  plus  haut,  le  préciput  alloué  au
royaume  du  Hanovre  et  au  grand  duché  d’Oldenbourg ­
  fut  ramené  à  des  proportions  plus  modestes,
puisqu’on  convint  que,  dorénavant,  si  la  part  revenant ­
  à  ces  deux  États  dans  les  recettes  communes
d’après  le  chiffre  de  leur  population,  ne  montait
pas  même  à  27  gros  d’argent  et  demi  par  tête,  la
différence  leur  devait  être,  mais  alors  seulement,
servie  sur  les  parts  des  autres  associés  (art.  22  du
pacte).
De  même  la  Prusse  venait  enfin,  en  considération ­
  des  modérations  notables  consenties  par  le
        <pb n="459" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  447
Zollverein  aux  vins  français,  y  importés,  de  prêter
les  mains  à  la  suppression  chez  elle  du  droit  de
passage  sur  le  vin  et  le  moût  obtenus  dans  les  autres ­
  contrées  de  l’association,  à  la  plus  grande  satisfaction ­
  des  États  du  midi  de  rAllemagne,  qu’elle
désarmait  de  la  sorte  sur  un  point  qui,  depuis  l’existence ­
  du  lien  fédéral,  avait  entretenu  les  dissentiments ­
  les  plus  vifs  et  donné  lieu  à  d’interminables
débats  (art.  11,  n®  2,  §  3  du  pacte).
Le  Hanovre  et  l’Oldenbourg  furent  aussi  astreints,
en  vertu  de  l’article  10,  §  3,  du  même  pacte  de  1865
à  porter,  au  plus  tard  à  partir  du  1**^  janvier  1866,
l’impôt  sur  le  sel  à  2  thalers  par  quintal  de  douane!
La  taxe  légère,  acquittée  jusqu’alors  par  celte  substance ­
  dans  les  États  de  l’ancien  Sluerverein  avait
développé  la  contrebande  dans  d’autres  régions  de
1  Association  et  provoqué  de  la  part  de  la  Prusse  bon
nombm  de  plaintes,  dont  il  paraissait  assez  difficile
de  tarir  la  source,  tant  que  subsisterait  une  inégalité ­
  dans  la  fixation  respective  du  droit  :  aussi  ce
pays  profita-t-il  de  la  crise  survenue,  pour  amener
à  composition  le  Hanovre,  qui  s’était  montré  rebelle ­
  le  plus  longtemps  possible  à  une  assimilation
complète.
Pai  contre,  la  Prusse  n’avait  pas  jugé  à  propos
de  donner  suite  à  d’anciennes  motions,  tendant  à
l’abolition  du  veto,  dont  disposait  chacun  des  associés, ­
  à  la  reconnaissance  des  votes  pris  à  la  simple
majorité  comme  aussi  à  l’érection  de  consulats  rele-
        <pb n="460" />
        448  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
vaut  (lu  Zollverein,  el  à  s’eu  tenir  aux  apparences,
011  aurait  donc  pu  croire,  que  le  système  fédératif,
que  l’égalité  des  droits  entre  tous  les  intéressés  avait
continué  à  prévaloir  dans  1  Association.  Mais  au
fond,  les  choses  n’étaient  plus  entières.  La  Prusse
avait  su,  en  tirant  habilement  parti  des  circonstances ­
  et  notamment  du  sentiment  populaire  chez  les
États  moyens,  refouler  l’intrusion  inquiétante  de
r  An  triche  dans  les  affaires  du  Zollverein  et  amener
ces  États  moyens,  à  adopter  contre  leur  gré,  un
traité  et  un  tarif  proscrivant  peut-être  sans  retour
le  système  protecteur,  ce  qui,  en  fait  au  moins,  lui
valait  sur  la  marche  des  choses  fédérales  un  ascendant, ­
  se  rapprochant  beaucoup  d’une  véritable  hégémonie. ­
  De  leur  côté,  les  États  de  moyenne  grandeur ­
  étaient  bien  forcés  de  reconnaître  (ju  il  n  y
avait  pas  dans  le  domaine  économique  à  compter,
de  la  part  de  l’Autriche,  sur  une  coopération  capable ­
  d’équilibrer  la  prépondérance  delà  Prusse,  et
que  tant  que  leurs  populations  priseraient  les  avantages ­
  matériels  découlant  du  Zollverein,  plus  haut
que  l'indépendance,  tout  point  d’appui  leur  ferait
également  défaut  à  l’intérieur  contre  les  entreprises
prussiennes.
Dans  ces  conditions,  la  menace  d’une  dissolution
du  Zollverein  à  l’issue  de  chacune  de  ses  périodes
d’existence  devenait  entre  les  mains  de  la  Prusse
l’instrument  d’une  pression,  à  laquelle  ceux  qui
la  subissaient  n’étaient  en  mesure  comme  le
        <pb n="461" />
        29

PÉRIODE  DE  I860  A  1866.  449
prouvait  l’expérience  faite,  d’opposer  ni  un  accord
imperturbable  et  à  toute  épreuve,  ni  un  ensemble
de  vues  bien  arrêtées,  ni  non  plus  des  forces  moralüsou
  physiques  en  quanlilésufiisanle.  Le  dualisme,
celle  plaie  de  l’Allemagne,  n’avail  donc  pas  gagné
le  Zollverein,  qui  semtlail  voué  à  uneaulre  inlluence,
  1  hégémonie,  agissant  en  sens  contraire,  et  à  la
suite  de  laquelle  la  vie  nationale  courait  peut-être
des  risques  non  moins  graves.  Il  ne  fallait  pas  une
grande  perspicacité  pour  voir  que  le  principe  du
•  fédéralisme,  choyé  avec  une  prédilection  si  marquée
par  une  grande  partie  de  la  nation,  ne  pouvait  plus
tenjr  devant  l’altitude  des  grandes  puissances,  et
que  le  maintien  provisoire  des  formes  traditionnelles ­
  était  le  résultat  d’une  de  ces  transactions  éphémères, ­
  n’exprimant  plus  la  vérité  des  situations  et
a  laquelle  la  plus  prochaine  crise  devait  irrévocublement
  mellre  un  terme.
Mais  (pii  alors,  malgré  toute  la  clairvoyance  pos-‘&amp;gt;1
  de,  eut  cru  celle  crise  imminente  au  point  de  devoir ­
  faire  explosion  l’année  d’après  ?
valent  pas  toutefois  empêché  le  Zollverein  de  veiller
avec  sollicitude  à  ses  relations  extérieures.  Nous  n’en
voulons  d’autre  preuve,  h  part  les  indications  déjà
fournies  dans  cet  ordre  d’idées,  que  les  traités  qui
suivent  et  qui  ont  été  conclus  depuis  1853  à  l’instigation ­
  et  sous  la  direction  habituelles  de  la  Prusse  •
        <pb n="462" />
        450  i.’allemagne  économique.
1  Un  tiailé  d’amitié,  de  commerce  et  de  navigation, ­
  passé  le  10  jnillet  1855  avec  la  république
mexicaine  pour  une  première  période  de  8  années.
2  Un  traité  d’amitié  et  de  commerce  avec  la
Perse  conclu  à  Paris  le  25  juin  1857,  ratifié  le
31  mars  1858,  et  assignant  aux  rapports  contraetuels
  une  duróe  de  8  années,  après  lesquelles  il  suffira ­
  d’une  dénonciation  pour  en  faire  cesser  les  effets ­
  au  bout  de  12  mois.
3.  Un  traité  d’amitié,  de  commerce  et  de  navigation ­
  avec  la  Confédération  argentine  du  19  septembre ­
  1857.
4.  Un  traité  semblable  avec  le  Paraguay,  du  1
août  1860,  courant  sans  durée  fixe  d  une  année  à
l’autre  et  assurant  dans  son  art.  15  aux  sujets  des
parties  contractantes  protection  pour  leurs  biens  et
leurs  personnes,  liberté  religieuse,  liberté  du  culte
domestique  et  un  ensevelissement  convenable.
5.  Un  traité  semblable  du  24  janvier  1801  avec
le  Japon,  traité  conclu,  sans  application  aux  autres
États  du  Zollverein,  par  et  pour  la  Prusse  seulement, ­
  et  que  nous  ne  mentionnons  ici  que  comme
étant  devenu  la  base  d’un  arrangement  ultérieur
entre  l’association  douanière  et  le  Japon.
0.  Un  traité  semblable  avec  la  Chine  du  2  septembre ­
  1861,  qui  présente  cette  particularité  d  avoir
du  côté  de  l’Allemagne  été  conclu  au  nom  du  Zollverein ­
  et  des  grands  duchés  de  Mecklembourg-Schw’érin
  et  Mecklembourg-Strelitz  ainsi,  que  des
        <pb n="463" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  451
villes  hansôaliques  de  Lubeck,  Brême  et  Hambourg. ­

7.  Un  traité  semblable  du  U'  février  1862  avec
la  république  du  Chili.
8.  Un  (rallé  semblable  du  7  février  1862  entre
le  Zollverein  et  le  Mecklembourg  d’une  part,  et  le
royaume  de  Siam  de  l’autre.
0.  Un  traité  de  commerce,  contenant  quelques
stipulations  sur  la  navigation,  conclu  le  20  mars  1862
entre  le  Zollverein  et  la  Porte  Ottomane,  en  renouvellement ­
  d’un  traité  antérieur  du  10/22  octobre
1840.

10.  Un  traité  de  commerce,  de  navigation  et
contre  la  contrefaçon  avec  la  Belgique,  conclu  le
22  mai  1805  et  devant  expirer  le  30  juin  1875.
11.  Un  traité  de  commerce,  de  navigation  et
contre  la  contrefaçon  avec  la  Grande-Bretagne
^8n^  pouc  expirer  le  30  juin
12.  Un  traité  de  commerce  avec  l’Italie  du  31  décembre ­
  1865.

quelques  facilités  douanières,  dont  on  convint  dans
les  rapports  avec  la  Belgique,  ils  se  sont  tous  (rois
approprié  le  principe  du  traitement  de  la  nation  la
plus  avantagée,  ce  qui  explique  le  nombre  très-res
treint  des  articles  dont  ils  se  composent.  Mais  du
        <pb n="464" />
        iö2  l’allemagnk  économique.
moment  que  les  relations  extérieures  du  Zollverein
sont  en  question,  on  ne  saurait  passer  sous  silence
celles  qui  l’unissaient  à  la  Suisse  et  aux  villes  hanséatiques
  et  qui  par  leur  importance  l’emportaient
peut-être  sur  les  rapports  établis  avec  n’importe  lequel ­
  des  États  voisins.  Si  grande  cpendant  que  lût
la  valeur  de  ces  relations,  elles  n’avaient  en  aucun
temps  influé  d’une  manière  appréciable  sur  le  développement ­
  de  l’association  douanière  et  n  avaient
même  pendant  de  longues  années  été  assises  sur
aucune  base  conventionnelle  proprement  dite,  .1
telle  enseigne,  qu’on  serait  assez  tenté  d’admettre
qu’en  présence  de  systèmes  douaniers  rationnels  et
suffisamment  libéraux  ainsi  (¡ue  de  dispositions  pacitiques
  et  accommodantes  chez  les  gouvernements,
des  traités  de  commerce  perdraient  beaucoup  de
leur  utilité,  et  que  des  diflicultés  ou  des  complications ­
  seraient  bien  mieux  conjurées  parleur  complète
  absence,  que  par  une  ardeur  excessive  à  en
conclure.
Dès  avant  la  naissance  du  Zollverein,  les  communications ­
  commerciales  du  midi  et  d  une  grande
liaiiie  (lu  centre  do  l'Allemagiie  avec  la  Conli'déialioiilielvôlKiue
  avaient  été  des  plus  vivaces,  ali,neulées
  (¡u'elles  étaient  par  des  envois  allemands,
portant  piàncipalement  sur  des  denrées  coloniales,
,lu  blé,  du  bétail  en  bas  âge,  du  sel,  des  métaux,
des  articles  en  métal,  de  la  laine,  des  lainages,  dn
lil,  de  la  mercerie,  et  aux(|uels  la  Suisse  répondait
        <pb n="465" />
        453

PÉRIODE  DE  1865  A  1806.

avec  son  beurre,  ses  fromages,  ses  bestiaux  et  en
première  ligne  avec  ses  horloges  et  les  produits  de
son  industrie  cotonnière,  si  grandement  développée. ­
  Aussi  les  États  méridionaux  allemands,  limitrophes ­
  delà  Suisse,  avaient-ils  déjà,  antérieurement
à  la  conclusion  des  traités  d’union,  accordé  à  ce
pays  pour  diverses  de  ses  productions  de  nombreux
avantages  soit  par  voie  contractuelle,  soit  spontanément, ­
  et  avaient-ils  désiré  même  persévérer  dans
ces  libéralités,  bien  cependant  que  certaines  d’entre
elles  ne  fussent  pas  complètement  en  harmonie

avec  les  principes  de  l’Association  qui  venait  de  se
fonder.  De  même  encore  la  Prusse  avait  comme
possesseur  de  la  principauté  de  Neufchàtel  encouragé ­
  1  importation  dans  le  royaume,  de  plusieurs
articles  de  cette  dernière  par  des  faveurs,  qui  devaient, ­
  d’après  les  réserves  par  elle  faites,  être  maintenues ­
  et  étendues  au  Zollverein.  Les  restrictions,
que  ces  immunités  vinrent  à  subir  peu  à  peu,  n’empêchèrent ­
  pas  d’ailleurs  les  échanges  entre  la  Suisse
et  le  Zollverein  de  s’accroître  tous  les  ans,  si  bien
quen  1840,  ils  se  chitlVaient  par  89  millions  de
francs  d’importations  elFectuées  par  le  Zollverein  en
Suisse,  et  par  73  millions  de  francs  d’exjiortations
de  la  Suisse  vers  le  Zollverein.  Plus  tard,  en  1851,
de  notables  changements  constitutionnels  s’étant
produits  eu  Suisse  et  le  système  des  douanes  cantonales ­
  y  ayant  été  remplacé  par  un  système  de
douanes  fédérales,  qui  soumit  à  peu  près  sans  ex-
        <pb n="466" />
        454  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
ceplion  toutes  les  importations  étrangères  à  des
droits  d’entrée,  d’une  médiocre  importance,  il  est
vrai,  le  Zollverein  eut  beau,  par  mesure  de  réaction,
suspendre  toutes  les  faveurs  dont  avait  joui  Jusquelà
  l’importation  de  plusieurs  produits  et  objets  manufacturés ­
  de  la  Suisse,  ces  entraves  semées  de  part
et  d’autre  ne  parvinrent  pas  à  compromettre  le
mouvement  ascensionnel  des  exportations  respectives, ­
  évaluées  pour  l’année  1862,  par  le  bureau  de
statistique  de  la  Confédération  helvétique,  à  230
millions  de  francs  en  ce  qui  concerne  celles  du  Zollverein ­
  à  destination  de  la  Suisse  et  à  221  millions
de  francs  en  ce  qui  concerne  celles  de  la  Suisse  a
destination  du  Zollverein.
Ce  n’est  pas  que  l’envie  eût  manqué  depuis  1851
aux  autorités  fédérales  de  la  Suisse  d  établir  sur  des
contrats  des  liens  plus  intimes  avec  l’Association
douanière,  comme  déjà  avant  cette  époque  les  cantons ­
  plus  particulièrement  adonnés  au  trafic  avec
l’Allemagne  s’étaient  appliqués  à  reconquérir  ou  à
étendre  les  concessions  antérieures.  Mais  la  crise,
qui  s’était  déclarée  dans  le  Zollverein  et  les  dissentiments, ­
  qui,  en  paralysant  toute  activité  intérieure,
subsistèrent  môme  après  le  pacte  d’avril  1853  entre
les  gouvernements  associés,  n  avaient  pas  permis  à
ceux-ci  de  se  mettre  d’accord  à  ce  sujet.  De  véritables ­
  chances  pour  une  entente  ne  commencèrent
à  luire  qu'en  1865,  alors  que  le  nouveau  pacle  d’union ­
  ou  idulôl  que  le  traité  conclu  avec  la  France
        <pb n="467" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  455
avait  fait  entrer  le  système  douanier  de  l’Association
dans  une  voie  mieux  arrêtée,  offrant  un  terrain  plus
ferme  à  des  négociations,  et  que  la  solution  de
questions  de  tarif  n’était  plus  exposée  à  être  ajournée ­
  indéfiniment  par  de  perpétuels  assauts  entre  le
protectionnisme  et  le  libre  échange.  La  Suisse,  de  son
côté,  avait  d’ailleurs  dans  un  traité  de  commerce
avec  la  France  du  30  juin  1864,  pactisé  avec  l’esprit ­
  des  traités  de  commerce  modernes,  et  admis  le
principe  du  traitement  réciproque  sur  le  pied  de  la
nation  la  plus  favorisée,  et  certes  ni  ce  pays  ni  le
Zollverein  ne  songeaient  à  se  traiter  dans  leurs  rapports ­
  réciproques  sur  un  pied  à  part,  disposés  qu’ils
étaient  au  contraire  à  s’appliquer  mutuellement  le
nouveau  principe  ainsi  que  les  modérations  de  droits
consenties  de  part  et  d’autre  à  la  France,  et  à  assurer ­
  cette  application  par  un  traité  formel.  Sur
l’initiative  des  États  méridionaux  de  l’Allemagne,
le  Zollverein  résolut  en  conséquence  à  engager  à
Stutlgard  des  négociations,  dont  ses  lois  fondamentales ­
  attribuaient  la  conduite  aux  trois  régions  du
sud,  qui  bornaient  la  Confédération  helvétique.
Poursuivies  du  4  avril  au  27  mai  1.865,  ces  négociations ­
  se  heurtèrent  toutefois  à  des  difficultés  inattendues, ­
  résultant  de  ce  qu’au  lieu  de  s’en  tenir  à
un  traité  stipulant  simplement  la  réciprocité,on  agita ­
  en  outre  des  sujets,  qui  en  partie  au  moins  n’étaient ­
  nullement  liés  aux  questions  d’échanges
proprement  dites.  Pour  en  citer  un  exemple  entre
        <pb n="468" />
        456  l’allemagnk  économique.
autres,  le  Wurtemberg  se  montrait  désireux  de  combiner ­
  avec  un  traité  de  commerce  un  traité  sur  le
droit  de  s’établir  réciproquement  les  uns  chez  les
autres,  sans  pouvoir  amener  la  Bavière  à  partager  sa
manière  de  voir;  et  quand  enfm  il  eut  été  décidé,
que  ces  matières  seraient  disjointes,  la  jonction  momentanée ­
  des  deux  traités  et  la  subordination  respective ­
  établie  entre  eux  avaient  lait  introduire  dans
le  traité  de  commerce  en  faveur  des  produits  suisses
certaines  dispositions  fiscales,  qui  déterminèrent  la
Prusse,  la  Saxe,  le  Hanovre  et  le  Grand-Duché  de
Hesse,  à  refuser  leur  assentiment  à  celle  convention,
quoiqu’elle  fût  déjà  paraphée.  Peut-être  la  nature
des  dispositions  qui  firent  grief  ne  justifiaitelle
  pas  suffisamment  un  parti  aussi  extrême;
mais  l’excitation  des  esprits  était  si  grande,  qu'elle
enlevait  les  moyens  d’elfacer  les  écarts  d’opinions
môme  les  plus  insignifiants.  Comme  il  ne  fallait
pas  cependant  mettre  en  péril  les  bons  rapports
commerciauxexistant  avec  la  Suisse,  on  tomba  d’accord ­
  qu’on  se  ferait  réciproquement  et  jusqu  à  la
conclusion  d’un  traité  prochain  l’accueil  de  la  nation ­
  la  plus  favorisée  et  qu'on  adjugerait  à  chacune
des  parties  les  avantages  de  douane  concédés  par
l’autre  à  la  France.  Les  intéressés  vécurent  assez
longtemps  sur  cet  arrangement;  et  ce  n  est  qu  eu
1868,  après  que  l’association  douanière  eut  été  renouvelée ­
  par  le  célèbre  pacte  du  8  juillet  1867,  dont
nous  aurons  à  parler  bientôt,  que  la  Prusse  repi  it
        <pb n="469" />
        PÉRIODE  DE  i860  A  iSOO.

457

avec  la  Suisse  des  pourparlers,  qui  échouèrent  cependant ­
  derechef  contre  une  question  tout  à  fait
secondaire,  jusqu’à  ce  qu'enfin  un  traité  du  13  mai
1769  vînt  couronner  des  efforts  si  longtemps  inutiles. ­

Les  observations  générales  que  nous  ont  suggérées ­
  les  relations  du  Zollverein  avec  la  Suisse  ayant
été  communes  aux  relations  du  Zollverein  avec  les
villes  hanséaliques,  nous  avons  de  la  sorte  prévenu
par  avance,  sous  réserve  de  quelques  développements
justificatifs  ultérieurs,  dans  lesquels  nous  allons  entrer ­
  à  présent,  que  ces  dernières  relations,  malgré
leur  animation  surprenante,  étaient  restées  également ­
  assez  longtemps  livrées  à  elles-mêmes,  sans
être  l’objet  d’aucune  réglementation  conventionnelle, ­
  et  sans  donner  lieu,  malgré  cela  ou  à  cause  de
cela,  à  un  embarras  ou  à  un  conflit  quelconque.
Avant  même  qu’éclatât  la  Révolution  française,
la  prospérité  croissante  de  puissances  maritimes  et
commerciales,  telles  que  la  Hollande,  l’Angleterre
et  les  États-Unis  du  Nord  de  l’Amérique,  avait  fait
déchoir  les  villes  hanséatiques  de  leur  antique
splendeur  et  les  avait  réduites  à  délaisser  les  voies
désoimais  impraticables,  qui  les  avaient,  dans  le
passé,  conduites  aux  plus  éclatants  succès.  L’esprit
de  la  vieille  Hanse  teutonique  avait  été  un  esprit  monopoleur, ­
  n’admettant  au  bénéfice  d’une  exploitation ­
  commerciale  exclusive  qu’un  nombre  restreint
de  privilégiés  et  favorisé  par  le  désordre  d’une  épo-
        <pb n="470" />
        458  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
que  nófasle  autant  qu’arriérée  qui  courbait  docilement ­
  sous  le  joug  de  la  Ligue  des  nations  entières,
heureuses  de  pouvoir  se  reposer  sur  elle  du  soin  de
leurs  approvisionnements  et  du  placement  de  leurs
vulgaires  produits.  Mais,  quand  de  nouvelles  routes
maritimes  eurent  étédécouvertes,  quand  les  nations
modernes  eurent  surgi  avec  leur  soif  d’indépendance, ­
  leur  vitalité  propre,  leur  force  matérielle
capable  de  secouer  la  loi  étrangère,  il  fallut  bien
que  cette  fameuse  association  fît  son  deuil  du  monopole, ­
  qui  avait  jusque-là  fait  sa  fortune,  et  que
les  principales  villes,  qui  la  composaient,  et  qui
continuèrent  à  porter  son  nom,  songeassent  à  soutenir ­
  la  lutte  par  des  moyens  plus  appropriés  aux
changements  survenus.  C’est  ce  qui  fut  fait  aussi,  de
façon  que,  désintéressées  plus  ou  moins  complètement ­
  durant  le  dernier  siècle  dans  les  querelles  des
puissants,  ces  villes  y  étaient  parvenues,  malgré  les
restrictions  que  l’Angleterre  imposait  au  tratic  des
neutres  en  temps  de  guerre,  à  conserver  un  commerce ­
  florissant  avec  toutes  les  parties  du  monde.
Comment  d’ailleurs  en  eût-il  pu  être  autrement  de
citésprédestinées  en  quelque  sorte  par  leur  situation,
à  servir  presque  exclusivement  d’agents  de  transmission ­
  aux  produits  de  l’activité  et  de  1  industrie
allemandes  dans  leur  route  vers  les  centres  de  consommation ­
  extérieurs,  et  à  devenir  d  autre  part  les
réservoirs,  où  affluaient  les  denrées  coloniales  pour
tout  le  nordet  une  partie  du  centre  del  Allemagne.
        <pb n="471" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  459
Lin  rude  coup  leur  fut  toutefois  porté  par  le  blocus
continental.  A  l’époque  où  parurent  ces  décrets  de
Napoléon,  rendus  l’un  à  Berlin  le  21  novembre
1806,  et  l’autre  à  Milan  le  17  décembre  1807,  qui
s’opposèrent  à  leurs  importations  de  marchandises
et  de  produits  des  fabriques  de  l’Angleterre,  elles
essayèrent,  il  est  vrai,  pendant  quelque  temps,  d’arriver ­
  à  leurs  fins  par  des  voies  détournées;  mais
quand  ces  voies  elles-mêmes  leur  eurent  été  rendues ­
  inaccessibles,  l’exportation  des  produits  allemands ­
  s  arrêta  en  même  temps  que  ces  arrivages
étrangers,  qui  en  étaient  en  quelque  sorte  la  condition, ­
  tandis  que  les  luttes  continuelles,  le  dépeuplement ­
  et  1  appauvrissement  grandissants  resserraient
l’indnstrie  germanique  dans  des  limites  de  plus  en
plus  étroites.  Les  traités  de  1815  arrachèrent  enfin
l’Allemagne  à  cet  état  déplorable,  et  y  firent  naître
de  vives  et  unanimes  espérances,  qui  ne  devaient
cependant  pas  se  réaliser  toutes  sur-le-champ.  Que
le  commerce,  une  fois  délivré  des  chaînes,  que  lui
avait  rivées  le  blocus  continental  et  des  prises  d’armes ­
  incessantes,  reprît  aussitôt  avec  la  force  d’expan-Mon
  qui  lui  est  propre,  ses  allures  primitives,  rien
de  plus  naturel,  et,  de  fait,  on  ne  tarda  pas  à  voir  des
vaisseaux  hanséatiques  reparaître  dans  les  parages
les  plus  lointains.  Mais  l’industrie  allemande,  si  fortement ­
  atteinte,  n’était  pas  en  mesure  de  se  relever
avec  la  même  promptitude  et,  pendant  de  longues
années  encore,  elle  se  ressentit  des  effets  désorgani-
        <pb n="472" />
        460

LALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

sateurs  des  dernières  guerres,  sans  rencontrer  dans
les  pratiques  douanières  suivies  sur  le  territoire,  le
moindre  encouragement  et  le  moindre  levier.
Toute  autre  était  la  situation,  où  se  trouvait  l’industrie ­
  de  l’Angleterre.  Les  récentes  guerres  ne  lui
avaient  pas  laissé  sans  doute  tous  ses  débouchés,
mais  elle  n’en  était  pas  sortie  directement  endommagée ­
  et  bien  moins  encore  réduite  à  néant,  et  à
peine  toutes  les  facilités  de  placement  lui  eurentelles
  été  rendues  sur  le  continent  européen,  qu’elle
se  trouva  prête  à  mettre  à  proiit  avec  une  énergie
trop  longtemps  contenue  l’occasion  qui  lui  était
offerte  à  nouveau.  Quoi  de  mieux  connu,  en  etiet,
que  cette  inondation  du  continent  par  les  articles
britanniques,  inondation,  succédant  à  la  levée  du
blocus,  et  exploitée  par  les  villes  hanséatiques  ellesmêmes,
  qui  en  devinrent  un  des  facteurs  les  plus
importants?
L’organisation  du  Zollverein  vint  au  secours  des
intérêts  en  souffrance,  qui  à  la  faveur  d’une  protection ­
  sufiisante  linirent  insensiblement  par  sortir
d’embarras,  par  prendre  le  dessus;  et  comme  le
commerce  sait  s’accommoder  de  toutes  les  variations, ­
  qui  se  produisent  dans  le  domaine  des
échanges,  les  villes  hanséatiques  ne  demandèrent
pas  mieux  que  de  se  charger,  pourvu  qu’elles  y
trouvassent  leur  compte,  des  produits  de  l’industrie
allemande,  au  fur  et  à  mesure  que  ces  produits  se
multipliaient  et  satisfaisaient  davantage  aux  conve-
        <pb n="473" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  461
nances  du  marché  universel.  Or  voilà  précisément
comment  se  développèrent  peu  à  peu  des  rapports
entre  les  deux  parties  intéressées  pour  leur  plus
grand  avantage  et  leur  plus  grande  commodité  réciproques ­
  !  Les  villes  lianséatiques  avaient  d’ailleurs
adapté  leur  système  de  douanes  à  cet  état  de  choses,
puisqu  avec  une  uniformité  à  peu  près  complète,
elles  ne  percevaient  tant  à  l’entrée  qu’à  la  sortie
&amp;lt;iu  un  droit  très-infime  qui,  pour  ne  pas  dépasser  en
principe  1/2  pour  100  de  la  valeur  de  l’objet,  revêtait ­
  presque  les  apparences  d’un  simple  droit  de
contrôle,  et  qui  néanmoins,  vu  l’aftluence  des  marchandises, ­
  procurait  des  recettes  assez  imposantes.
Mais  il  ne  s  établit  pas  dès  le  début  un  contact  immédiat ­
  entre  ces  villes  et  le  Zollverein  nouvellement
formé,  dont  elles  étaient  au  surplus  séparées  par
des  territoires  intermédiaires.  Brême  était  entré
sans  doute  en  1828  dans  1  Union  de  1  Allemagne
centiale,  dont  la  ville  libre  de  Francfort  ainsi  que  le
Hanovre,  la  liesse  Électorale,  le  royaume  et  les
duchés  de  Saxe,  le  Brunswick,  le  Nassau,  les  maisons ­
  de  Schwarzhourg  et  de  Reuss  firent  également
partie,  mais  il  ne  se  mêla  pour  ainsi  dire  pas  aux
mouvements  que  provoqua  la  grande  Association,
et  quand  l’association  du  Centre,  qui  n’avait  pas  organisé ­
  d’ailleurs  de  système  de  douanes  commun  ets’était
  bornée  à  lier  ses  membres  par  des  engagements ­
  purement  négatifs  s’évanouit  en  1831,  il  resta
fidèle,  ainsi  que  Hambourg  et  Lubeck,  à  ses  insti-
        <pb n="474" />
        462

LALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

tulions  douanières  propres  et  demeura  dans  un  complet ­
  isolement.  C’est  donc  sous  les  auspices  d’une
attraction,  ou  plutôt  de  nécessités  et  de  satisfactions
mutuelles,  et  nullement  sous  celles  d’un  accommodement ­
  intervenu  par  les  soins  des  gouvernements
respectifs  que  s’engagèrent  les  premières  relations,
qui  purent  par  la  suite  devenir  plus  actives,  mais  non
plus  paisibles,  qu’elles  l’avaient  été  h  l’origine.  Des
négociations  directes  entre  le  Zollverein  et  les  villes
lianséatiques  ne  furent  tout  d’abord  suscitées  que
par  le  traité  de  commerce  conclu  avec  la  Hollande
le  21  janvier  1839.  Pour  le  trafic  des  denrées  coloniales, ­
  les  villes  lianséatiques  n’avaient  pas  de  plus
redoutable  concurrent  que  les  Ilays-llas,  qui,  en  fait
déjà,  étaient  arrivés  à  être  les  fournisseurs  exclusifs
de  presque  tout  le  midi  et  même  d’une  grande  partie
du  centre  de  l’Allemagne,  sans  se  soucier  le  moins
du  monde  de  prendre,  en  échange  de  cet  avantage,
des  produits  allemands  ou  d’en  favoriser  l’écoulement. ­
  Or  le  traité  de  commerce,  dont  nous  venons
de  rappeler  la  date,  en  accordant  même  à  la  Néerlande
  un  traitement  expressément  privilégié,  porta
l’inquiétude  des  Hanséates  à  son  comble,  et  c’est
d’eux  que  partit  aussi  la  réprobation,  que  ce  traité
rencontra  bientôt  par  toute  l’Allemagne.  La  ville  de
Hambourg  fut  la  première  à  se  mettre  en  campagne, ­
  pour  être  admise  au  moins  au  partage  des  faveurs ­
  concédées  ;  ce  qui  conduisit,  h  la  date  du  30  décembre ­
  1839,  à  un  arrangement  avec  cette  ville,
        <pb n="475" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866,  463
suivi  le  6  juillet  1840  d’un  autre  arrangement  avec
Brême,  et  fit  entrer  ces  deux  places  en  possession,
moyennant  quelques  libéralités  envers  les  productions ­
  fédérales,  des  mêmes  prérogatives  que  celles
dévolues  aux  Hollandais  à  l’importation  de  sucre
raffiné,  de  lumps  et  de  vin.  Mais  la  prompte  dénonciation ­
  du  traité  du  21  janvier  1839  mit  fin  aussi  à
ces  deux  arrangements,  qui  n’avaient  pas  d’ailleurs
réalisé  les  espérances  fondées  sur  eux  par  les  villes
lianséatiques,  et  l'on  revint  de  la  sorte  au  statu  quo
ante,  régi  uniquement  parle  bon  plaisir  et  l’intérêt
des  parties.
L'ancien  modus  vivendi,  auquel  on  fit  donc  retour ­
  après  ce  rapprochement  éphémère,  persista  à
nouveau  assez  longtemps,  malgré  l’ampleur  et  l’intensité ­
  tous  les  ans  croissantes  des  échanges,  et  ne
fut  remis  en  question  que  du  jour  où  l’accession  du
Hanovre  au  Zollverein,  consommée  par  la  convention ­
  du  7  septembre  1851,  plaça  la  ville  de  Brême
aux  portos  de  l’Association  douanière.
Le  Hanovre  avait  lui-même  déjà,  le  12  avril  1845,
passé  un  traité  avec  Brême  au  sujet  de  quelques
rapports  de  douane  et  notamment  du  mode  d’expédition ­
  a  la  douane,  et  dès  que  ce  royaume  devint
partie  intégrante  du  Zollverein,  les  conditions  dans
lesquelles  s’etfectuaient  les  échanges  avec  Brême
attirèrent  sérieusement  l’attention.  C’est  ainsi  qu’à
l’occasion  même  de  la  conclusion  du  pacte  fédéral
du  4  avril  1853,  il  fut  résolu  qu’on  enverrait  à
        <pb n="476" />
        46i  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Brême  une  commission  de  délégués  fédéraux,
chargés  de  se  rendre  compte  de  la  situation,  et  de
préparer  les  voies  d’une  organisation  conventionnelle. ­
  Mais  les  rencontres  de  cette  commission  avec
les  autorités  urbaines  révélèrent  la  distance  considérable ­
  qui  séparait  leurs  manières  de  voir  respectives. ­
  Brême  consentait  à  faire  entrer  une  partie  de
son  domaine  avec  la  petite  ville  de  Vegesack  dans
l’association  douanière,  afin  d’arrondir  les  frontières ­
  de  celle-ci,  mais  exigeait  à  titre  de  réciprocité, ­
  que  son  assentiment  fût  requis  pour  tous  les
traités  de  commerce  à  conclure  parle  Zollverein.  La
Prusse  repoussant  au  contraire  péremptoirement
cette  prétention,  les  négociations  se  ralentirent,
d’autant  plus  que  l’accord  n’avait  pas  pu  se  faire
non  plus  sur  un  autre  point,  relatif  à  l’établissement ­
  d’un  contrôle  douanier  sur  le  Weser;  et  elles
ne  portèrent  d’autres  fruits,  que  d’opérer,  par
l'effet  d’une  entente  du  29  septembre  1854  entre
Brême  et  le  Hanovre,  l’extension  du  Zollverein  à
quelques  parcelles  du  territoire  de  Brême.
Entre  temps  les  questions  plus  graves,  que  pouvaient ­
  soulever  les  rapports  avec  cette  ville,  étaient
devenues  entre  les  gouvernements  associés,  représentés ­
  aux  conférences  générales  de  Darmstadt  (du
15  septembre  au  18  décembre  1854),  l’objet  d’un
échange  d’observations,  qui,  pour  menacer  cependant ­
  de  se  prolonger  à  perle  de  vue,  les  déterminèrent ­
  à  se  contenter  provisoirement  de  convenir
        <pb n="477" />
        30

PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  463
(le  la  prolongation  de  l'état  de  choses  existant  et
notamment  du  maintien  des  expéditions  douanières
dans  les  gares  de  Brême  et  de  Harbourg.  Les  négociations ­
  n’acquirent  une  assiette  plus  stable  que
l’année  (¡’après,  grâce  à  la  concordance  de  vues  qui
se  manifesta  entre  la  Prusse,  le  Hanovre  et  la  Hesse
éloctorale  auxquels  ces  négociations  avec  Brême
étaient  confiées  de  la  part  du  Zollverein,  sur  les  projets ­
  des  diverses  conventions  à  conclure,  lesquels
furent  donc  aussi  communiqués  dans  le  courant  du
mois  d’octobre  1855  aux  autres  membres  de  l’associatioii,
  à  l’effet  de  provoquer  des  explications  de
leur  part.  Ces  projets  portaient  sur  un  cartel  douanier, ­
  sur  l’érection  à  Brême  même  d’un  bureau  fédéral ­
  principal  de  douane  ainsi  que  d’un  entrepôt
pour  les  marchandises  fédérales,  sur  l’adjonction
au  Zollverein  de  plusieurs  portions  du  territoire
(rémois,  sur  la  taxation  égalisatrice  dans  ces  régions
annexées  de  certains  produits  intérieurs  de  manière
a  prévenir  la  perception  de  droits  de  passage  et  l’emploi ­
  de  mesures  de  contrôle,  sur  la  suppression  enlors
  êtie  entamée  dès  le  6  décembre  1855  à  Brême
entre  les  deux  parties  intéressées.  Sans  un  incident
soulevé  par  le  Hanovre,  qui  demanda  à  la  dernière
heure  la  réduction  des  droits  d’entrée  et  de  sortie
perçus  par  Brême  sur  toutes  les  marchandises  qui
        <pb n="478" />
        466  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
eniraientdans  le  port  de  Brême  et  continuaient  ensuite ­
  de  nouveau  leur  route,  il  eût  été  sans  doute
même  possible  de  se  mettre  d’accord  avant  le  26
janvier  1856,  jour  de  l’adoption  définitive  des  projets. ­
  Ce  furent  donc  ces  conventions,  également  avantageuses ­
  aux  deux  parties  contractantes  (jui  poui
la  première  fois  réglèrent  d’une  façon  obligatoire
leurs  relations  d’affaires,  édifiées  sur  ce  principe,
que  les  vaisseaux  aussi  bien  que  les  trafiquants  de
chacune  d’elles  auraient  droit  dans  le  territoire  de
l’autre  au  même  traitement  que  les  bâtiments  et  négociants ­
  nationaux,  pur  rapport  aux  facilités  commerciales ­
  et  aux  impôts  à  acquitter  (articles  1  et  9
notamment  du  traité  du  26  janvier  1856,  destiné  à
favoriser  les  rapports  dans  les  échanges  réciproques).
Mais  assurément,  de  tous  les  arrangements  pi  is,  le
plus  important  était  celui,  qui  dotait  Brême  d’un  bureau ­
  fédéral  principal  de  douane  et  d'un  entrepôt
lilire  pour  les  marchandises  fédérales.  Le  commerce
brêmois  y  trouvait  le  moyen  de  faire  passer  des  articles ­
  étrangers  dans  le  Zollverein  dans  les  mêmes
conditions,  que  si  Brême  était  placé  au  milieu  de
l’association  douanière,  puisqu’eii  effet  aucune  opération ­
  de  douane  n’était  plus  à  craindre  ni  à  la  frontière ­
  ni  au  lieu  de  destination,  et  qu’il  n’y  avait  plus
pour  les  importateurs  à  recourir  à  des  intermédiaires, ­
  et  de  même  encore,  grâce  à  l’établissement
d’un  entrepôt  libre,  ce  commerce  allait  pouvoir  procéder ­
  à  l’expédition  à  l’étranger  d’articles  fédéraux
        <pb n="479" />
        PÉnioDE  UE  1803  A  1866.  467
sans  avoir  à  compter  avec  des  formalilés  de  douane
.  ultérieures.  Le  mérite  et  la  convenance  de  ces  créations ­
  ne  furent  non  plus  mis  en  doute  d’aucun
côté,  et  de  part  et  d’autre  on  s’empressa  loyalement
de  corriger  de  plus  en  plus  les  effets  d’une  première
expérience.
11  est  inutile  d’ailleurs  de  nous  appesantir  sur
beaucoup  d’autres  dispositions  plus  secondaires,  arrêtées ­
  également  en  vue  de  l’amélioration  des  rapports, ­
  et  qui  se  trouvent  reproduites  tout  au  long
avec  leur  enclialnement  diplomatique  dans  la  coleclion
  des  lois,  ordonnances  et  traités,  A  laquelle
M.  Ditinar  a  consacré  lesecond  volume  de  son  «Zollverem
  allemand  „.  Mais  nous  voulons  an  moins
avant  de  nous  éloigner  de  Itrême,  relever  le  reproZ
che,  adressé  plus  d’une  fois  à  l’association  douanière
allemande  d  avoir  concédé  à  cette  cité  une  inslitut'on,
  dont  celle-ci  retirait,  ponrson  commerce  en
gros,  tous  les  avantages  qu’elle  pouvait  se  promm#

aussi,  que  de  tout  temps,  il  s’est  sagement,  selon
nous,  abstenu  de  toute  politique,  qui  aurait  pu
.nlluer  sur  les  résolutions  des  villes  hanséatiques  au
sujet  de  leurs  rapports  avec  l’association,  ou  ressem-
        <pb n="480" />
        468  L  ALLEMAGNIí  ÉCOA’OMIQUE.
bier  à  une  pression  quelconque.  Telle  est  devenue,
par  suite  de  la  marche  progressive  de  l’Allemagne,
la  situation  de  ces  villes  vis-à-vis  du  commerce  universel, ­
  que  leur  absorption  par  le  Zollverein  aurait
été  nécessairement  toujours  achetée  au  prix  d  incommodités ­
  graves  et  de  la  lésion  ou  de  la  limitation
d’un  grand  nombre  d’intérêts  privés,  et  qu’il  n’eût
pas  été  possible  d’affirmer  d’avance  avec  sécurité,
si  les  avantages  espérés  auraient  compensé  les  inconvénients. ­
  Ce  qui  est  certain,  c’est  que  la  constitution ­
  fédérale  du  24  juin  1867,  que  se  donna  la
Confédération  de  l’Allemagne  du  Nord,  portait  encore ­
  dans  son  article  34  «  que  les  villes  lianséatiques
de  Lubeck,  Brême  et  Hambourg  (qui  ont  fait  partie
de  celte  Confédération)  subsistent  avec  un  district
répondant  à  leur  territoire  actuel,  comme  ports
francs,  et  en  dehors  de  la  frontière  douanière  commune, ­
  jusqu’à  ce  qu  elles  demandent  à  y  entrer;  »
et  que  depuis  même  le  décès  du  Zollveiein,  la  constitution ­
  de  l’empire  d’Allemagne  du  16  avril  1871,
de  cet  empire,  dans  lequel  sont  cependant  venues
se  fondre  les  trois  villes  précitées  jadis  libres  et
autonomes,  reproduit  identiquement  dans  son  propre ­
  article  34  la  précédente  rédaction,  en  omettant
seulement  Lubeck,  qui  avait  été,  sur  sa  demande,  englobé ­
  dans  les  limites  douanières  communes  à  partir ­
  du  11  août  1868,  ainsi  que  nous  le  verrons  encore ­
  à  l’occasion.
En  ce  qui  concerne  en  particulier  Blême,  si  sa
        <pb n="481" />
        469

PÉRIODE  DE  1865  A  1866.
condition  économique  ne  s’est  pas  trouvée  transformée ­
  par  la  suite  vis-à-vis  du  Zollverein  auquel  il
n’a  jamais  en  réalité  appartenu,  il  importe  du  moins
d’observer,  pour  compléter  les  renseignements,  qui
le  concernent,  que  les  conventions  passées  en  1856
ont  été  postérieurement  au  renouvellement  des  traités ­
  d’union  en  1865,  renouvelées  elles-mêmes  et
élargies  par  des  stipulations  en  date  du  14  décembre ­
  1865,  qui  leur  assignaient  comme  terme  final
le  31  décembre  1877,  et  qu’elles  sont  restées  la  loi
des  parties.  Quant  aux  deux  autres  villes,  elles  sont
loin  d’avoir  été  autant  en  contact  avec  le  Zollverein
que  Brême.  L’arrangement  intervenu  entre  l’association ­
  et  Hambourg  le  29  décembre  1839  s’étant
évanoui  en  même  temps  que  le  traité  avec  la  Hollande, ­
  qui  l’avait  fait  naître,  les  relations  de  fait  se
poursuivirent  néanmoins  sans  interruption  et  sans
donner  lieu  à  aucun  des  froissements,  qui  eussent
pu  rendre  un  accommodement  nécessaire.  Toutefois
1  entrée  dans  le  Zollverein  ne  manquait  pas  plus  à
Hambouig  qu  à  Brême  d’avocats  dont  le  nombre
auginenlait  même  tous  les  ans,  et  qui  vantaient  ses
nenfails  qui  dans  des  brochures,  qui  dans  des  journaux, ­
  qui  dans  les  réunions  privées  ou  publiques.
Mais  le  commerce  en  gros  proprement  dit  et  ses  organes ­
  ne  se  sont  jamais  montrés  favorables  à  cette
tendance,  qui  n’a  pas  non  plus  prévalu,  alors  cependant ­
  que  l’accession  ultérieure  du  Mecklembourg  et
l’incorporation  du  Schleswig,  du  Holstein  et'"du
        <pb n="482" />
        ma

470  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Lauenbourg  eurent  fait  à  Hambourg  une  position
plus  difficile  et  accru  son  isolement.  L’érection
même  d’un  bureau  fédéral  principal  de  douane  a
Hambourg,  et  la  réunion  au  Zollverein  de  diverses
portions  du  territoire  hambourgeois  ne  datent  que
d’une  époque  postérieure  au  dernier  pacte  d  union
douanière  du  8  juillet  1867.  Si  la  ville  de  Lubeck
s’est,  conformément  à  une  indication  précédente,
décidée  depuis  à  passer  au  Zollverein,  qui  lui  a  offert
d'ailleurs  toutes  les  facilités  réclamées  pour  son
commerce,  c’est  que  ce  parti  lui  a  paru  pour  elle  le
meilleur  après  l’acceptation  du  lieu  fédéral  par  les
deux  duchés  de  Mecklembourg  eux-mêmes.
Mais,  tandis  que  les  diverses  relations  dont  il
vient  d’être  parlé  ont  pu  causer  au  Zollverein  des
satisfactions  assez  vives,  i-1  n’a  jamais  eu  trop  se
louer  de  celles  entretenues  avec  leplus  colossal  cependant ­
  desÎtalsqui  l’avoisinaient,  à  savoir  l’Empire  de
Russie.  Le  système  douanier  et  commercial  de  cette
monarchie  est  demeuré  en  effet  rebelle  aux  tentatives ­
  faites  parle  gouvernement  prussien,  pour  amener ­
  un  rapprochement,  et  il  pèse  du  poids  le  plus
lourd  sur  les  provinces  orientales  de  la  Prusse,  au
point  même  d’entraver  les  rapports  qui  s’établissent
aux  frontières,  par  bien  des  assujettissements  et
par  bien  des  tracasseries  de  douane.  Aussi  ne  s  élonnera-t-on
  pas,  si,  d’après  les  sources  russes  ellesmêmes
  et  pour  l’année  1870,  qui  l’emporte  cependant ­
  de  beaucoup  sur  les  précédentes,  1  ensemble
        <pb n="483" />
        471

PÉRIODE  DE  1865  A  I860.
(ks  échanges  de  la  Russie  d'Europe  et  des  pays
étrangers  ne  s’élève  encore,  exportations  et  importations ­
  réunies  (commerce  spécial),  qu’à  651,  982
618  roubles  en  valeurs  officielles.  Il  est  difficile  de
préciser  exactement  la  part  qui  revient  au  Zollverein
dans  ce  total,  attendu  que  le  très-instructif  «Annuaire ­
  des  finances  russes  »  qui  vient  d’être  publié
pour  la  première  fois  en  1871  par  l’intrépide  M.  A.
Vessélovsky,  n’ouvre  pas  de  compte  distinct  dans  les
tableaux  statistiques,  qu’il  nous  présente,  à  cette
vaste  agglomération  d’habitants  ei  d  intérêts  appelée ­
  le  Zollverein,  et  nous  oblige,  pour  être  renseignés ­
  par  approximation,  à  nous  "eportcr  aux
rubriques  destinées  à  la  Prusse,  aux  villes  hanséatiques
  et  à  l’Allemagne,  à  l’exclusion  de  l’Autriche. ­
  Or  la  Prusse  est  représentée  dans  l’exportation
russe  de  1870  par  67,  724,  468  roubles  et  dans
rimporUitioiipar  125,  977,  569  roubles;  les  villes
hanséaliques,  dans  1  exportation  de  la  même  année
par  2,057,  0840,  et  dans  l’importation  par  8,958,
375  roubles,  et  enfin  l’Allemagne  par  6,  292,  954
respectivement  1,487,182  roubles.  Quand  il  s’agit
d  un  pays  comme  la  Russie,  si  peu  connu  encore,  et
méritant  à  tant  de  titres  de  l’être,  on  veut  être  au
courant  des  articles  qui  dans  l’état  actuel  de  sa  civilisation ­
  peuvent  alimenter  ses  exportations  ou  ses
importations,  et  afin  de  satisfaire,  en  dedans  des
limites  de  notre  ouvrage,  un  désir  si  légitime,  nous
allons  insérer  ici  deux  tableaux  fournissant  pour
        <pb n="484" />
        472  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
1870  (les  détails  sur  les  rapports  commerciaux
de  la  Russie  et  de  la  Prusse.

Exportations  de  la  mjssie  en  presse.

Céréales,  tchetverts  *
—  roubles....
Bestiaux,  tètes
—  roubles....
Lin  pouds^...
—  roubles.  ..
Soies  de
porc...  pouds
—  roubles...
Bois  roubles...
Laines...  pouds....

2,815,584
19,410,441
289,3*9
3,018,718
2,888,079
15,884,435
32,431
3,243,100
G,18G,327
12G,845

A  reporter...  53,895,339

Report...,  53,895,339
Laines...  roubles...  807,733
Graine  de
lin  tchetverts.  284,222
Cuirs....  pouds....  75,373
—  roubles...  808,005
Graine  de
lin  roubles...  2,450,GG4
Autres
marchandises ­
  roubles...  15,915,015
Total  74,230,371

Importations  de  la  prüsse  en  Russie.
Coton
brut...  pouds  1,084,748
—  roubles...  13,016,970
Fils  de
129,893
4,220,773

coton..

pouds....
—  roubles.
Sucre  brut
et  raffiné. ­
  ..  pouds....
—  roubles...
Machines  agricoles,
machines  à  ouvrer
les  textiles,modèles ­
  de  machines,
rôts  pour  tissage,
etc....  roubles..
Locomotives,  machines ­
  et  appareils, ­
  pièces  et
accessoires  de  machines. ­
  roubles..

874
4,472

488,280

11,078,082

Report
Thé  roubles...
Café  et
succédanés ­
  pouds....
—  roubles...
Tissus  do
coton.  .  roubles...
Tissus  de
lin  roubles...
Tissus  de
soie  ...  roubles...
Tissus  de
laine...  roubles...
Ouvrages
en  métaux... ­
  roubles...
Houille  ,
charbon,
coke,etc.  roubles...
Couleurs,  roubles...

A  reporter...  30,024,098

30,024,093
13,0iG,ü27

62,179
683,969
2,530,935
2,087,980
3,065,200
4,972,038
8,230,695

1,751,722
4,391,712

A  reporter...  70,846,555

1.  Tchetvert  =  209,901  litres;  1  poud  =  lG,wo  kilogrammes.
        <pb n="485" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866

473

Report.  .
Plants  et

70,846,555  j
Laines...
2,885.072  —
89,991  .Métaux  non
933,911  ouvrés.
•  1,025,691  Tlié
Sel

89,221,667
pouds  247,132
roubles...  9,267,565

oignons,  roubles..
Huiles...  pouds...

roubles..

Boissons..
Fruits  et

pouds  430,354
pouds  2,609,046

légumes.  —  1,278.588  —  roubles...  1,043,618
Harengs..  —  1,356,398  Voitures

Ces  relevés  qui  ne  sont  pas  absolument  insignibaiits,
  comme  on  voit,  et  ceux  qui  s’appliquent  à
d’autres  pays  que  la  Prusse  auraient  sans  doute  plus
d’importance  encore,  si  la  contrebande,  favorisée
pai  des  préposés  aux  douanes  corruptibles,  par
l’horreur  des  vexations  douanières  et  par  la  séduction ­
  des  gros  bénéfices,  résultant  de  l’énormité  des
roils,  n  avait  pris  elle-même  nécessairement
de  grandes  proportions  et  ne  s’était  substituée  en
partie  au  commerce  régulier.  Ou  pourra  s’en  faire
une  idée,  quand  on  saura  qu’en  1864  la  vente  des
marchandises  confisquées  a  produit  en  Russie  452
298  roubles.  En  1869  la  même  vente  ne  produisait
plus,  il  est  vrai,  que  272,  416  roubles,  et  celle  décroissance ­
  de  bon  augure  de  la  contrebande  qui

Tabac....  _
Céréales..  —
Huiles  volatiles ­

d’éclairage ­
  pouds..
—  roubles.
Soie  pouds..
—  roubles.

1,575,258  et  pièces
434,874  de  voiture... ­
  roubles...
Wagons  et
plates  -
429,387  formes,  roubles..,
1,717,548  Autres
18,783  marchan-6,629,611
  dises....  roubles..

5,801,800

97,192

A  reporter...  89,221,667  Total,
        <pb n="486" />
        474  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
n’en  est  pas  cependant  encore  l’extinction,  n’élail
due  évidemment  qu’à  l’introduction  d’un  nouveau
tarif,  mis  en  vigueur  le  1"  janvier  1869,  qui  réduisit ­
  les  droits  d’entrée  pour  35  articles,  et  qui  eut
pour  effet,  comme  tous  les  tarifs  de  cette  nature,
d’augmenter  les  recettes  douanières  en  augmentant
les  importations.  L’augmentation  la  plus  frappante
qui  fut  de  près  de  600  0/0  porta  sur  l’importation
des  aiguilles  à  coudre,  sur  lesquelles  la  fraude  s’était ­
  auparavant  principalement  exercée.  Or  comme
ces  corrélations  sontloin  d’écliapperaux  statisticiens
russes,  qui  au  contraire  les  mettent  eux-mêmes  en
saillie,  nous  pouvons  espérer  que  cette  vaste  et  noble ­
  contrée,  qui  travaille  si  résolûmentà  sa  rénovation ­
  politique,  avancera  de  plus  en  plus  dans  la  voie
des  réformes  d’ordre  matériel,  et  que,  dirigée  et
éclairée  par  des  hommes  d’État  et  des  savants  tels
que  lesTimachew,  les  Lobanow,les  Greigh,  les  Séménow,
  les  Thœrner,  les  Jalmson,  les  Tagantsew,
elle  finira  par  entretenir  avec  le  reste  de  l’Europe  un
commerce  de  produits  aussi  fécond  que  l’est  déjà
celui  des  idées,  des  théories  et  des  connaissances. ­

Arrivé  au  terme  provisoire  de  ces  excursions  à
l’étranger,  et  avant  de  reprendre  le  fil  de  l’histoire
du  Zollverein,  nous  croyons  devoir  nous  arrêter  un
instant;  car  si  ce  temps  d’arrêt  n’est  pas  commandé
absolument  par  la  nécessité  du  repos,  il  1  est  peutêtre
  par  la  nouveauté  du  site,  qui  va  se  présenter  à
        <pb n="487" />
        PÉRIODE  DE  1865  A  1866.  475
nous.  Ainsi  dans  un  drame  à  péripéties  successives,
le  rideau  s’abaisse  sur  une  situation  épuisée  en  attendant ­
  qu’il  se  relève  bientôt  sur  une  scène  offrant
au  spectateur  un  coup  d’œil  plus  ou  moins  inattendu. ­
        <pb n="488" />
        CHAPITRE  V.

PÉRIODE  DE  1866  A  LA  PROCLAMATION  DU  NOUVEL  EMPIRE  d’aLLEMAGNE.
La  situation,  que  les  traités  de  1865  avaient
créée  au  Zollverein,  ne  devait  pas  subsister  bien
longtemps.  Les  deux  grandes  puissances  allemandes, ­
  que  nous  avons  vues  si  souvent  aux  prises  dans
le  cours  de  cet  ouvrage,  allaient  en  effet,  à  peu  de
distance  de  là,  déterminer  contre  le  gré  de  l’une  et
au  gré  de  l'autre  un  nouveau  bouleversement  au
sein  de  l’association,  ou,  si  l’on  veut,  une  réorganisation, ­
  qui  devait  être  d’ailleurs  la  dernière
avant  l’absorption  du  Zollverein  par  le  récent  Empire ­
  d’Allemagne.  Au  point  où  les  esprits  s’étalent
montés  en  Autriche  et  en  Prusse,  depuis  les  démêlés ­
  économiques  de  1851,  envenimés  encore  par
ceux  de  1862  à  1865,  et  grossis  des  dissidences  sur
l’organisation  politique  de  l’Allemagne,  il  suftisait
de  la  moindre  occasion  pour  que  les  adversaires  en
vinssent  aux  mains.  La  question  du  Schleswig-Holstein
  vint  la  fournir.  Ce  n’est  pas  ici  le  lieu  de
retracer  les  phases  de  cette  lutte,  en  remontant  à
la  convention  de  Gastein  du  14  août  1865,  concernant ­
  l’administration  des  deux  Duchés,  qui  avaient
été  envahis  par  les  troupes  allemandes,  en  rappe-
        <pb n="489" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  477

lant  la  convocation  par  le  baron  de  Gablence  des
États  du  Holstein  à  Itzchoe,  convocation  considérée
par  la  Prusse  comme  une  violation  de  la  convention ­
  de  Gastein,  et  en  revenant  sur  cette  campagne
aussi  courte  que  décisive  qui,  ouverte  par  la  déclaration ­
  de  guerre  de  la  Prusse  du  21  juin  1866,  se
termina  le  23  août  de  la  même  année  par  le  fameux
traité  de  Prague.  Mais  il  n’est  guère  permis  en  tout
cas  de  douter,  que  la  collision  sanglante  de  1866

ne  trouve  sa  première  explication  dans  des  frottements ­
  datant  de  1851,  et  que  les  dangers,  dont  les
agissements  de  l’Autriche  dans  le  domaine  économique ­
  menaçaient  la  Prusse,  n’aient  surtout  engage ­
  celle-ci  à  prendre  dans  toutes  les  questions
allemandes  l'attitude,  qui  devait  conduire  h  une
rupture  ouverte  et  à  une  décision  par  les  armes.
Tant  qu’il  ne  s’agit  entre  les  deux  monarchies  que
de  la  tutelle  politique  et  policière  de  l’Allemagne,
qu’elles  recherchaient  concurremment,  le  lien  fédéral, ­
  qui  les  avait  artificiellement  unies  en  1816,
résista  ,  mais  aussitôt  qu’économiquoment,  les
voies  qu  elles  suivaient,  ne  convergèrent  plus,  ce
l.en  fac.ce  se  déle..,lit,  et  la  scission  une  fois  .léela, ­
  ée  prenant  .les  proportions  de  plus  en  plus  alarmantes,
  on  finit  par  donner  dans  cette  guerre  intestine ­
  qui  emporta  les  derniers  vestiges  de  communauté ­
  nationale.  Que  cette  dissolution  de  la  Confédération ­
  germanique,  qui  termina  ses  travaux
et  son  existence  à  Augsbourg  le  24  août  1866,  ne
        <pb n="490" />
        478  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
fill  même  que  le  premier  acte  de  celle  décomposition ­
  et  de  cette  recomposition  de  l’Allemagne,
qui  n'en  sont  peut-être  pas  encore  aujourd’hui  à
leur  dernier,  les  événements  ultérieurs  1  ont  prouve
surabondamment  ;  mais  il  importe  de  reconnaître
que  le  Zollverein  au  moins  sortit  triomphant  de
cette  redoutable  épreuve,  où  vint  sombrer  une  institution ­
  politique  déjà  vieille  d’un  demi-siècle,  et
qu’il  donna  ainsi  la  mesure  de  sa  vitalité  propre  et
de  sa  force  de  résistance.  Du  jour  où  la  lutte  ne
parut  plus  pouvoir  être  conjurée  et  où  il  fut  devenu
certain  que  la  pluralité  des  petits  et  moyens  États
de  l’Allemagne  prendraient  fait  et  cause  pour  l’Autriche ­
  contre  la  Prusse,  de  ce  jour  tous  les  regards
se  portèrent  avec  anxiété  sur  l’Association  douanière ­
  comme  pour  interroger  les  destinées  prochaines ­
  de  cette  conception  favorite  du  pays,  tandis
qu’il  ne  se  trouvait  pas  d’âme  assez  charitable  pour
s’inquiéter  à  quelque  degré  que  ce  fût  du  sort  de
la  Diète.  Toutes  les  adresses  des  classes  industrielles, ­
  tant  au  Midi  qu’au  Nord,  développèrent  a
l’envi  le  même  thème,  en  exprimant  hautement
la  crainte,  qu’une  création,  qui  depuis  plus  de  trois
périodes  décennales  avait  maintenu  sous  sa  loi  la
plus  grande  partie  de  l’Allemagne  et  y  avait  imprimé ­
  un  si  vigoureux  essor  à  l’industrie,  ne  vînt
à  succomber  pour  faire  place  à  un  retour  vers
l’isolement  économique  et  par  conséquent  vers  le
passé.  Aussi  sollicitaient-elles  des  mesures  qui  assu-
        <pb n="491" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  479
rasseiit  le  fonctionnement  du  Zollverein  jusnu’à
la  fo"'mation  d’une  nouvelle  alliance,  comptant  en
partie  pour  détourner  le  péril,  sur  la  nation  ellemême
  3u  bien  sur  la  réunion  d’un  Parlement.
Toutefois,  étant  données  les  circonstances,  il  n’y
auiait  pas  eu  grand  chose  à  espérer  d’un  parlement, ­
  où  laccoid  n  aurait  certes  pas  plus  existé
que  parmi  les  gouvernements,  et  où  peut-être  même
les  divisions  se  seraient  encore  accentuées  davantage. ­
  Pour  que  des  parlements  donnent  des  résultats, ­
  il  faut  qu’ils  soient  établis  parmi  des  nations
unies  en  elles-mêmes,  sur  lesquelles  régnent  des
gouvernements  faibles.  Or  ici,  c’était  l’inverse  qui
avait  lieu.  Des  dissidences  tant  politiques  qu’économiques ­
  avaient  fractionné  l’Allemagne  en  deux
camps  bien  délimités,  sans  que  ni  le  cabinet  prussien, ­
  qui  n’avait  pas  témoigné  les  moindres  égards
à  sa  propre  opposition,  ni  le  cabinet  autrichien,
qui  venait  à  peine  de  restreindre  à  nouveau  d’une
taçon  arbitraire  le  régime  constitutionnel,  se  montrassent ­
  aucunement  disposés  à  prendre  un  corps
parlementaire  pour  arbitre  de  leur  différend.
Dans  les  petits  États  et  ceux  de  moyenne  grandeur, ­
  les  inquiétudes  des  populations  au  sujet  du
Zollverein  étaient  d  ailleurs  partagées  par  leurs
gouvernements,  qui  savaient  bien  n’avoir  rien  à  gagner, ­
  mais  avoir  tout  à  perdre  à  la  guerre  entre  les
deux  grandes  monarchies,  et  qui  se  demandaient
quels  pourraient  être  les  effets  des  opérations  mili-
        <pb n="492" />
        480  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
taires  imminentes  sur  les  rapports  intérieurs  de
l’association.  Sous  l’empire  de  ces  préoccupations
et  sur  l’invitation  de  la  Bavière,  des  délégués  du
Wurtemberg,  de  Bade,  du  Nassau  et  de  la  ville
libre  de  Francfort  se  rencontrèrent  à  Munich  dans
le  cours  du  mois  de  juin  1866,  à  1  effet  de  concerter ­
  les  dispositions  de  douane,  que  comporterait
l’ouverture  des  hostilités.  Ils  furent  unanimement
d’avis,  qu’il  fallait  tendre  par  tous  les  moyens  à
prolonger  le  plus  longtemps  possible,  au  moins  en
fait,  l’existence  du  Zollverein,  même  à  travers  les
événements  de  guerre,  et  qu’il  fallait  en  conséquence ­
  s’abstenir  de  tout  acte,  pouvant  être  considéré, ­
  comme  impliquant  la  rupture  du  lien  social.
Que  si  la  Prusse  venait  elle-même  à  briser  ce  lien,
les  alliés  de  l’Autriche  devaient  alors,  afin  de  mettre ­
  à  couvert  autant  que  possible  leurs  intérêts  financiers ­
  et  commerciaux,  maintenir  entre  eux-mêmes
l’ancienne  association  douanière.
Cette  dernière  prévision  était  cependant  assez
gratuite,  attendu  que  le  gouvernement  prussien,
non  moins  éclairé  qu’eux  sur  les  suites  fâcheuses
d’une  dissolution  matérielle  du  Zollverein,  s’interdit ­
  formellement  de  suspendre  en  quelque  manière
le  service  régulier  des  douanes  ou  d’entraver  la
liberté  commerciale  de  ses  associés  et  se  borna  a
retirer  ses  plénipotentiaires  fédéraux  et  ses  contrôleurs ­
  de  stations  de  celles  des  régions,  qu  il  avait  a
combattre  sans  conserver  des  rapports  de  service
        <pb n="493" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  jgj
avec  les  agents  douaniers  de  ces  régions.  Aussi  fùtco
  un  curieux  spectacle  que  celui  qu’offrit  à  ce
moment  le  Zollverein  dont  les  membres  s’acharnaient ­
  les  uns  sur  les  autres  de  toutes  leurs  forces
mditaires,  pendant  que  les  diverses  autorités  des
•lonanes  conlimmienl  à  remplir  leurs  fondions  au
nom  de  la  Communaulé,  percevaient  de  l'argent
pour  elle  et  portaient  aux  comptes  respectifs  les
onds  encaissés.  A  l’étranger  surtout,  bien  plus  nu’en
Allemagne,  ou  fût  émerveillé  de  ce  phénomène  en
apparence  inexplicable,  qui  montrait  sous  un  jour
en  quelque  sorte  nouveau  l'esprit  national  allemand
et  attestait  de  la  façon  la  plus  expressive  la  puissanee
  de  cohésion  attachée  au  Zollverein
Le  rétablissement  de  la  paix  trouva  donc  l’assoctalton
  debout,  prête  à  poursuivre  sans  interruption
sa  tâche  a  1  aide  de  tous  ses  organes,  comme  aussi
a  procéder  aux  défalcations  ét  aux  prestations  récipioques
  dont  le  qiiaiilum  n'avait  pas  été  notablement ­
  modilié  par  les  évéïiemeiils.  Mais  la  Prusse
complaît  sur  sa  victoire  jiour  faire  pénétrer  dans
menta  laquelle  on  passerait  à  une  discussion  et  à
une  conclusion  nouvelles  des  pactes  d’Union.  Voici"
au  surplus  comment  était  conçu  le  passage,  qui  se
rencontre  uniformément  dans  les  traités  de  paix,

il
        <pb n="494" />
        L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.  .
si-nés  !,  Berlin  du  13  août  ou  3  septembre  1806,
entre  la  Prusse  d'une  part,  le  Wurtemberg,  Bade,
la  Bavière  et  le  Grand-Duché  de  la  liesse  rhénane
de  l’autre  :
«  Aussitôt  la  paix  conclue,  les  hautes  parties
contractantes  entreront  en  négociation  pour  le  règlement ­
  des  questions  relatives  à  l'Association  douanière. ­
  En  attendant,  le  traité  du  Zollverein  du  16
mai  1865,  et  les  conventions  s’y  rattachant,  qui  ont
été  mis  hors  de  vigueur  par  suite  de  la  guerre,  reprendront ­
  leur  effet  à  partir  du  jour  de  l’échange
des  ratifications  des  présents  traités,  sous  la  condition ­
  que  chacune  des  hautes  parties  contractantes
pourra  en  faire  cesser  l’effet  après  une  dénonciation
de  six  mois.  »  ,  ^  ^
Avant  toutefois  que  la  Prusse  touchât  a  ce  provisoire, ­
  elle  voulut  s’entendre  avec  l’Autriche  au
sujet  de  leurs  rapports  commerciaux,  et  des  négociations, ­
  ayant  pourobjet  un  nouveau  traité  de  commerce ­
  furent  en  conséquence  ouvertes  a  ^  lenne
sur  la  fin  de  l’année  1866.  Ces  négociations  n  curent ­
  pas  cependant  le  succès  immédiat  qu’on  en
espérait  à  cause  d’une  demande  de  l’Autriche  tendant ­
  à  la  réduction  du  droit  sur  le  vin.  Ce  n  est
pas  que  la  Prusse  ne  fût  pas  disposée  a  en  tenu
compte  ;  seulement  elle  eût  désiré,  avant  tout,  tirer
parti  de  cette  importante  concession  à  1  encontre  de
a  France,  en  déterminant  celle-ci  à  reuoncei  .  un
traité  passé  par  elle  en  1865  avec  le  Mecklcmbourg-
        <pb n="495" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  48^
Scliwérin  et  conformément  auquel  le  duché  s’inlerdisail
  jusqu'à  son  expiration  d’élever  sur  aucun  point
les  fixations  de  son  tarif  au  delà  de  7  fr.  50  et  celles
concernant  les  vins  au  delà  de  6  fr.  65  par  100  kilogrammes. ­
  Une  pareille  convention  créant  un
0  stade  a  l’entrée  du  Jlecklemboug  dans  le  Zollveretn,
  contrariait  les  vues  de  la  Prusse,  qui  s’employa
donc  naturellement  à  la  faire  abandonner.  Mais
comme  la  France  fit  des  difficultés,  et  comme  de  son
coté  1  Autriche  insistait  pour  la  modération  des
&amp;lt;  roits  sur  le  vin,  les  pourparlers  engagés  à  Vienne
qnoiqu’ayant  conduit  à  une  solution  satisfaisante
sur  presque  tout  le  reste,  durent  être  suspendus.
Ils  ne  furent  même  repris  qu’au  moisdelîvrier  1868
après  que  la  France  eut  consenti  à  laisser  tomber
sou  traité  avec  le  Mecklembourg.
Le  premier  soin  de  la  Prusse  devait  être  naluicllement
  de  constituer  la  Confédération  de  l'Aile--■¡agne
  du  Nord,  et  elle  y  vaqua,  avec  d'autant
plus  d  empressement,  que  les  diflicultés  à  vaincre
Pans  cette  Confédération,  dont  le  territoire  se
composait  finalement  des  Étuis  de  Prusse  avec
Éaiienbourg,  Saxe,  Mecklembourg-Schvvériii,  Saxe-Weimar,Mecklembou
  rg-Strélitz,  Olden  bou  rg,  Brunswick ­
  ,  Saxe-Meiningeii,  Saxe-Altenbourg’■  Saxe
Cobourg-Gotha,  Anliall,  Scli\vartzbourg:||udolsladt
        <pb n="496" />
        484

l’aLLEíMAGNK  ÉCOA’OMIQUE.

Schwarzbourg-Sondershaiisen,  Waldeck,  Reuss  (ligneaíii(í'e),Reuss
  (ligne  cadeüe),Schaumbourg-Lippo,
Lippe,  Lubeck,  Rrôrne,  Hambourg,  et  de  la  partie
du  grand  duché  de  Hesse  située  au  nord  du  Mein,  il
allait  en  effet  de  soi,  que  la  prépondérance  de  la
monarchie  prussienne,  à  laquelle  le  Hanovre,  la
Hesse  électorale,  Nassau  et  Francfort-snr-le-Mein
avaient  été  annexés  le  20  septembre  1800,  et  à  laquelle ­
  une  patente  royale  du  12  janvier  1867  avait
encore  incorporé  les  duchés  de  Schleswig  et  de  Holstein, ­
  obtiendrait  une  consécration  constitutionnelle
correspondante.  La  couronne  de  Prusse  devait  donc
pouvoir  compter  sur  la  présidence  de  la  Confédération, ­
  avec  (Involution  de  la  haute  main  militaire  et
diplomatique,  et  même  en  matière  (iuancière  et  législative, ­
  la  nouvelle  constitution  fédérale  du  24  juin
1807,  annoncée  déjà  par  des  traités  d’alliance  isolés,
conclus  à  partir  du  18  août  1800,  lui  fit  une  pari
qui  établissait  une  véritable  hégémonie  à  son  profit.
Aussi,  rassurée  entièrement  dans  cette  direction  tonte
politique,  donna-t-elle  à  partir  du  mois  de  février
1867  le  branle  à  la  réorganisation  de  l'association
douanière.  Or,  le  point  le  plus  délicat  avait  trait  à  la
participation  d’un  corps  représentatif  à  l’œuvre  do
la  législation  commune,  si  bien  que  le  gouvernement ­
  prussien  hésita  quelque  temps  entre  l'idée  d'un
véritable  parlement  douanier  et  celle  d’un  élargissement ­
  de  la  diète  (Reichstag)  de  la  Confédération
du  Nord,à  laquelle  s’adjoindraient  des  délégués  des
        <pb n="497" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  485
Élals  méridionaux  de  l’Allemagne,  compris  dans  le
Zollverein.  L’un  et  l’autre  de  ces  partis  offraient
d’aillenrs  prise  à  des  objections  d'une  certaine  gravité. ­
  Ainsi  le  fonctionnement  d’un  parlement  dolamer
  venait  s’ajouter  aux  complications  ijiie  présentait ­
  déjà  le  rouage  conslitutionnel  ;  tandis  que  le
concours  des  commissaires  méridionaux  aux  travaux
U  Reiclistag  dans  les  questions  douanières  et  commerciales ­
  ne  pouvait  que  troubler  la  marche  des
affaires  au  sein  de  ladièle,  sans  compter  qu’il  pou-™.l
  être  interprété  dans  le  sens  d’une  Iran.sgression
regles  formulées  par  le  traité  de  Prague,  dans
lequel  sa  .Majesté  l’empereur  d’Autriche  déclare
parexcmple  «  consentir  à  ce  que  les  Étals  allemands
situes  au  sud  delà  ligne  du  Mein  contractent  une
union  dont  les  liens  nationaux  avec  la  Confédération
&amp;lt;lu  nord  de  l’Allemagne  feront  l’objet  d’une  entenle
nlli-rieure  entie  les  deux  parlies,  cl  qui  aura  uuc
e.nsience  mternutumale  indépendante.  »  Kn  fin  de
comp((,,  0,1  se  décida  pour  un  terme  moyen,  en  s'alc
  mut,  1  csl  \rai,  a  un  parlement  douanier  distinct,
autres  d  après  uu  système  électoral  uniforme.  Si  les
Étatsdu  Midi,  tels  que  notamment  lallavière  éprou
vèreni  quelques  scrupules  à  l’endroit  de  cette  coin'
bmaison,  en  tantsurloul  qu’elle  grossissaille  «ombre
des  organes  parlementaires,  ils  étaient  cependant
        <pb n="498" />
        486

l’alliîmagne  économique.

très-portés  vers  un  parlement  douanier  en  lui-môme,
  qu’ils  estimaient  bien  plus  approprié  à  leur
situation,  que  leur  entrée  partielle  dans  la  diète  de
la  Confédération  du  Nord.
La  question  de  fond,  qui  sollicita  la  première
l’attention  du  cabinet  de  Berlin  et  qui  fut  réglée  par
un  traité  du  8  mai  1867,  concernait  l’établissement
d’un  impôt  commun  sur  le  sel  et  la  suppression  du
monopole  admis  pour  celte  substance  dans  la  plupart ­
  des  États  associés.
Passant  ensuite  à  l’organisation  proprement  dite
du  Zollverein,  ce  cabinet  rechercha  un  entretien  à
ce  sujet  avec  les  ministres  des  contrées  méridionales, ­
  et  cet  entretien  eut  lieu  à  Berlin  dans  les
journées  des  3  et  4  juin  1867.  Le  comte  de  Bismarck,
qui  en  homme  pratique  qu’il  est  autant  qu’en  homme ­
  politique,  a  de  tout  temps  suivi  de  fort  près  les
destinées  de  l’association,  auxquelles  se  liaient  pour
lui  la  grandeur  et  la  prospérité  de  sa  patrie,  servit
dans  celte  circonstance  un  projet,  qui  passa  sans
grandes  modifications  dans  une  convention,  destinée
à  assurer  la  durée  de  l’Union  douanière  allemande
et  signée  le  4  juin  môme  1867  par  la  Prusse,  stipulant ­
  en  son  nom  et  sous  réserve  de  l’accession  des
autres  membres  de  la  Confédération  du  Nord,  d’une
part,  par  la  Bavière,  le  Wurtemberg,  Bade  et  la
Hesse  pour  les  portions  de  son  territoire  qui  n’appartenaient ­
  pas  à  ladite  Confédération,  d’autre  part.
Nous  allons  d’ailleurs  enregistrer  ici  en  les  reprodui-
        <pb n="499" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  487
sant  le  plus  fidèlement  possible  les  diverses  dispositions ­
  qui  se  rencontrent  dans  ce  document,  et  qui
devant,  selon  son  préambule,  servir  de  base  à  la  conclusion ­
  d'un  traité  prochain,  sans  pouvoir  être
modifiées  que  de  l’aveu  de  tous  les  États  contractants, ­
  nous  entraînent  à  grands  pas  vers  la  transformation ­
  que  le  Zollverein  était  sur  le  point  de  subir  :
§  1.  Le  traité  de  l’Union  douanière  du  10  mai
1865,  et  les  conventions  qui  s’y  rattachent  restent
en  vigueur  entre  les  parties  contractantes,  en  tant
qu’ils  ne  sont  modifiés  par  les  dispositions  qui  suivent ­
  ou  ne  léseront  pas  de  la  façon  indiquée  au  §2.
^  §  2.  Les  lois  sur  toutes  le  matières  de  douane,  sur
l’imposition  du  sucre,  du  sel  et  du  tabac  indigènes,
sur  les  mesures  nécessaires  à  la  sûreté  des  frontières
douanières  communes,  sont  élaborées  par  un  organe
commun  des  États  contractants  et  par  une  représentation ­
  commune  de  leurs  populations.  L’accord
des  votes  delà  majorité  des  deux  facteurs  est  requis
et  suffit  pour  une  loi  de  l’Union.  La  compétence  de
ceux-ci  ne  s’étend  pas  à  d’antres  affaires  que  celles
qui  sont  indiquées  ci-dessus.
§  3.  L’organe  commun  .les  Étais  contractants  se
compose  de  leurs  représentants  respectifs,  parmi
lesquels  les  voix  sont  réparties  dans  la  proportion
adoptée  pour  le  plénum  de  l’ancienne  Diète  germanique. ­
  La  Prusse  convoque  le  Conseil,  y  excrceh  présidence ­
  et  a  le  droit  attaché  à  cet  attribut  de  cmclure,
  au  nom  des  États  contractants,  des  traités  de
        <pb n="500" />
        488

l’allemagne  économique.
commerce  et  de  navigation  avec  des  Étals  étrangers.
§  4.  Sont  soumis  à  la  décision  des  Étals  contractants, ­
  représentés  par  leurs  organes  communs  :
1"  Les  ordonnances  légales,  qui  tombant  sous
l’application  du  §  2  doivent  être  portées  devant  la
représentation  nationale,  y  compris  les  traités  de
commerce  et  de  navigation.
2°  Les  prescriptions  administratives  et  les  institutions ­
  servant  à  l’exécution  des  lois  communes.
3“  Les  vices,  signalés  dans  l’exécution  des  lois.
4"  La  fixation  définitive  des  recettes  du  Zollverein
et  des  impôts  indiqués  au  §  2,  fixation  émanée
d’une  chambre  des  comptes  à  instituer.  Toute  motion ­
  d’un  des  États  contractants  relative  aux  objets
indiqués  dans  les  n"*  1  à  3,  ainsi  que  toute  motion
d’un  fonctionnaire  contrôleur  sur  les  objets  indiqués ­
  au  11°  3,  doit  être  soumise  à  la  décision  commune. ­
  Kn  cas  de  divergence  d’opinion,  la  voix  de
la  Présidence  l’emporte  pour  les  objets  figurant  sous
les  n°*  \  et  2,  si  elle  se  prononce  pour  le  maintien
de  l’institution  ou  de  la  prescription  existante  ;  dans
tous  les  autres  cas,  c’est  la  majorité  des  voix  qui
décide.
§  5.  La  représentation  delà  population  des  États
contractants  se  compose  des  membres  du  Reichstag
de  la  Confédération  du  Nord  et  des  députés  des  États
du  Sud.  Les  dispositions  du  chapitre  v  delà  Constitution ­
  fédérale  seront  applicables  à  l’élection  de  ces
députés,  c’est-à-dire  à  la  représentation  populaire
        <pb n="501" />
        I'ÉrUODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  489
commune.  La  Prusse  convoque  celle  assemblée.  La
convocalioii  n’a  point  lieu  à  des  périodes  revenant
régulièrement,  mais  seulement  au  fur  et  à  mesure
des  besoins  législatifs,  ou  si  un  tiers  de  voix  dans
l’organe  commun,  indiqué  au  §  3,  le  demande.
§  6.  Le  produit  des  douanes  et  des  impôts  sur  le
sucre  et  le  sel  indigènes  est  commun  et  sera  réparti ­
  entre  les  États  contractants,  proportionnellement ­
  au  chiffre  de  leur  population.  Ce  produit  consiste ­
  dans  la  recette  totale  des  droits  en  question,
défalcation  faite  :
1“  Des  bonifications  ou  des  réductions  d’impôts,
reposant  sur  des  lois  ou  des  mesures  d’administration ­
  générale,
2“  Des  frais  de  perception  et  d’administration  :
a)  des  douanes  et  de  l’impôt  sur  le  sucre  indigène,  en
tant  que  ces  frais,  d’après  les  conventions  douanièl’es,
  doivent  être  portés  au  compte  commun  ;  b)  de
1  impôt  sur  le  sel  indigène,  y  compris  les  frais  de
prélèvement  et  de  surveillance  occasionnés  par  les
salines.
Le  proiiiiii  ,1e  l'impôt  sur  le  tabac  indigène  sera
commun  et  réparti  entre  les  Étals  contractants  au
prorata  de  la  population,  dès  (pie  le  tabac  aura  été
soumis  a  un  impôt  uniforme.
§  7.  cba(]ue  État  continue  à  percevoir  et  à  administrer, ­
  dans  la  limite  de  son  territoire,  en  tant  (in'il
a  exercé  ce  droiljusqn'ici,  les  frais  de  douane  et  les
impôts  de  consommation.  Le  præsidium  (pouvoir
        <pb n="502" />
        490  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
présidant)  doit  veiller,  après  s'être  concerté  avec  les
États  contractants,  à  ce  que  la  pratique  légale  soit
conservée  dans  ces  perceptions  et  cette  administration. ­

§  8.  La  Prusse  s’employera  à  obtenir  l’accession
des  autres  membres  de  la  Confédération  du  Nord  à
celte  convention.  Dés  que  l'accession  aura  eu  lieu,
des  plénipotentiaires  des  États  intéressés  se  réuniront
pour  préparer  le  traité  à  conclure  sur  la  base  de  la
présente  convention.  Si  ce  traité  n  a  pas  obtenu,  au
31  octobre  de  l'année  courante,  la  ratification  de
tou  les  les  parties,  la  présente  convention  cessera  d'être
obligatoire  vis-à-vis  des  Étals  qui  n  auront  pas  ratifié.
§  0.  La  présente  convention  sera  ratifiée,  et  les
ratifications  en  seront  échangées  au  plus  tard  le
25  juin  1807.
En  conformité  de  la  ligue  de  conduite  tracée  par
ces  préliminaires,  des  conférences  s'organisèrent  à
Berlin  entre  les  mandataires  des  divers  États  associés, ­
  et  quoiqu  abordant  leur  lâche  le  26  juin,  elles
parvinrent  à  y  mettre  la  dernière  main  le  8  juillet
suivant,  puisque  c’est  à  celte  date,  désormais  mémorable, ­
  que  fut  signé  le  nouveau  pacte  d’union
douanière.
Le  pacte  du  8  juillet  1867,  dont  la  connaissance
a  été  suffisamment  répandue  dans  le  public  par
tous  les  journaux  du  temps,  et  dont  le  texte  français,
très-acceptable,  se  trouve  d’ailleurs  imprimé  dans
les  ((Constitutions  d’Europe  et  d’Amérique,  recueil-
        <pb n="503" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  491
lies  par  MM.  Laferrière  et  Batbie  »,  est  demeuré
jusqu’à  ¡’avènement  de  l’Empire  d’Allemagne  la
seule  base  conventionnelle  de  l’association  douanière, ­
  comme  aussi  il  a  fourni  le  seul  lien  politique
et  de  droit  public,  qui  ait  rapproché  les  Étals  méridionaux ­
  de  la  Confédération  du  Nord  de  ¡’Allemagne. ­
  Depuis  que  l’ancienne  conception  politique
tie  1  Allemagne  avait  été  ruinée  par  le  cataclysme
(le  1866  et  ses  suites,  il  n’y  eut  plus  effectivement,
en  fait  d’institutions,  que  le  Zollverein  qui  reliât,
en  dehors  de  l’Aiitriebe,  les  parties  éparses  de  ce
grand  territoire,  ce  qui  explique  aussi  l’intérêt
croissant  qu’il  inspira  a  la  nation,  et  comment  par
moments  il  fit  naître  des  espérances,  qu’il  ne  lui  paraissait ­
  pas  cependant  donné,  vu  les  circonstances,
de  réaliser  de  sitôt.  Durant  les  périodes  précédentes]
le  contact  de  l’élément  politique  n’avait  pas  porté
hoiiheur  au  Zollverein,  qu’il  avait  précipité  même
ftns  les  crises  les  plus  redoutables,  et  il  y  avait  dans
cette  expérience  du  passé  comme  un  avertissement
donné  à  l’avenir,  que  le  Zollverein,  par  sa  nature
intime,  n’était  pas  fait  pour  servir  de  transition  à
une  institution  politique  plus  considérable,  et  que
les  efforts  dirigés  en  ce  sens,  ne  pourraient  guère
compter  sur  un  succès  durable.  Du  reste,  toutes  les
tentatives,  suscitées  par  des  aspirations  ayant  ce  caraclère,
  aboutirent  à  des  échecs,  jusqu’à  l’heure  où  le
cours  mystérieux  des  événements  vint  brusquement
combler  des  désirs  déçus  jusque-là.
        <pb n="504" />
        492  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Mais,  quoi  qu’il  eu  soit  pour  l’instant  des  vicissitudes ­
  ullérieuresdu  Zollverein,  la  grande  notoriété,
dont  jouit  le  pacte  du  8  juillet  1807,  en  nous  dispensant ­
  sans  doute  de  l’analyser  en  détail,  ne  saurait
nous  dispenser  de  faire  ressortir  les  plus  notables  des
changements  qui  lui  sont  dus  dans  l’organisation  et
les  dispositions  fondamentales  de  l’Association
douanière.
Et  tout  d’abord,  territorialement  parlant,  cette
association  éprouva  un  accroissement  sensible,  en
ce  que  son  extension  aux  duchés  de  Schleswig,
Holstein  et  Lauen  bourg,  désormais  réunis  a  la
Prusse,  était  implicitement  admise,  et  en  ce  que  son
extension  aux  deux  Mecklembourgs  était  considérée
comme  une  conséquence  nécessaire  de  l’entrée  de
ces  dernières  provinces  dans  la  Confédération  du
JNordde  l’Allemagne.  C’est  donc  un  champ  parfaitement ­
  compacte  et  arrondi,  mesurant  environ
9,600  milles  carrés,  et  ayant  pour  limites  la  Paltique,
  le  Danemark,  la  mer  du  Nord,  les  Pays-Bas,
la  Belgique,  la  France,  l’Autriche,  la  Russie,
qu’une  politique  économique  des  mieux  inspirées
livrait  à  l’industrie  d’une  population  de  38  millions ­
  et  demi  d’habitants,  dont  les  intérêts  en  tant
que  producteurs,  consommateurs  et  entremetteurs
se  trouvaient  de  la  sorte  solidarisés.  11  y  avait  déjà
quelque  temps  d’ailleurs,  que  la  Prusse  avait  introduit ­
  le  tarif  fédéral  et  sa  propre  organisation  douanière ­
  dans  le  Schleswig  et  le  Holstein,  qui  purent
        <pb n="505" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  493
donc  cire  appelés  sans  peine  à  partager  rcxistence
du  Zollverein.  Pour  le  Lauenbourg,  au  contraire
on  prescrivit  à  litre  de  mesure  transitoire  une  imposition ­
  rétroactive  (Nachversteuerung)  dos  articles
les  plus  courants,  laquelle  y  souleva,  comme  parlout
  où  on  en  a  fait  l’essai,  bon  nombre  de  plaintes,
mais  reçut  de  sérieux  adoucissements  lors  de  l’exécution, ­
  qui  s'ensuivit  plus  tard.  Quant  aux  difficultés
déjà  mentionnées  que  rencontrait  l’admission  du
Mecklembourg  dans  le  Zollverein,  elles  ne  furent
complètement  aplanies  que  postérieurement  au  pacte
du  8  juillet,  et  lorsque  le  gouvernement  français
eut,  contre  1  assurance  d’un  abaissement  des  droits
d’entrée  sur  le  vin,  fait  abandon  de  son  traité  avec  le
(irand  Duché.  L  accession  du  Mecklembourg  détermina ­
  aussi,  comme  on  sait,  celle  de  la  ville  de  Lubeck, ­
  qui  avait  peu  de  temps  après  la  conclusion  du
ilernier  pacte  fédéral  manifesté  l’intention  de  sc
'“llici,  et  où  les  mesures  d’exécution,  inaugurées
durant  1  été  de  1868,  donnèrent  également  lieu,
pour  ce  qui  concernait  l’inévitable  imposition  rétroactive, ­
  à  des  embarras  et  à  des  griefs  nombreux,
•lonl  on  n'oblint  raison  graduellemenl  qu’a  force  de
concessions  et  de  tempéraments.
Comme  effet  caractéristique  des  conditions  nouvelles ­
  où  était  placé  le  Zollverein,  ou  vit  les  villes
banséatiques  de  Hambourg  et  de  Brême,  qui  cependant ­
  n’en  faisaient  pas  partie,  représentées  dans  ses
conseils  de  la  même  façon  absolument  que  ses  mem-
        <pb n="506" />
        494

L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

lires  effectifs,  particularité  qui  trouve  son  explication ­
  toute  naturelle  dans  ce  fait,  que,  parleur  position ­
  dans  la  Confédération  du  Nord,  lesdites  villes
concourraient  à  toutes  les  charges  de  cette  dernière
en  s’acquittant  notamment,  comme  pays  situés  en
dehors  de  la  frontière  douanière,  au  moyen  d’une
somme  proportionnelle,  de  l’obligation  de  verser
dans  la  caisse  fédérale  le  produit  des  impôts  indirects ­
  (art.  38  de  la  Constitution  fédérale  du  24  juin
1867).  En  réalité  d’ailleurs  les  destinées  et  l’industrie ­
  du  Zollverein  les  touchaient  au  môme  degré
que  d’autres  petits  États,  bien  même  que  certains
de  leurs  intérêts  locaux  ne  concordassent  pas  toujours ­
  avec  ceux  de  l’Association.
Mais  si  les  cités  hanséatiques  avaient  voix  délibérante ­
  au  sein  de  l’Association  douanière,  quoiqu’elles ­
  ne  fussent  pas  soumises  à  son  régime,  par
contre  il  fallait  rayer  de  la  liste  de  ses  membres
indépendants  le  Hanovre,  la  Hesse  Électorale,  le
Nassau  et  la  ville  libre  de  Francfort,  que  le  sort
des  combats,  bien  plus  assurément  que  la  sympathie ­
  des  populations  respectives,  avait  livrés  au
royaume  de  Prusse.
11  convient  aussi  de  signaler,  comme  un  pas  en
avant  de  la  part  des  lois  fondamentales,  le  retrait
des  préciputs,  en  vigueur  jusque-là.  Déjà,  en  1861,
la  suppression  radicale  des  droits  de  transit  avait
fait  perdre  à  la  Prusse  l’avantage  particulier  qui
lui  échéait  auparavant  dans  la  répartition  de  cet
        <pb n="507" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  495
impôt.  Et  de  ce  que  la  constitution  de  la  Confédô-‘•ation
  du  Nord  avait  aussi  bien  que  le  nouveau
pacte  d’Union  douanière  pris  ie  chitTce  de  la
population  pour  mesure  de  la  part  à  attribuer  aux
copartageants  dans  les  recettes,  le  Hanovre,  Oldenbourg
  el  Francfort-sur-le-MeIn  s’étaienl  vu  à  leur
lour  enlever  leurs  propres  précipuls.  Oldenbourg
avait  insisté,  il  est  vrai,  lors  de  la  négociation  du
dernier  pacte  d'Union,  pour  qu’on  réservât  ses  droits
à  un  traitement  privilégié,  mais  celte  tentative  alla
échouer  contre  des  protestations  unanimes.
Un  pendant  à  ces  préciputs  attribués  à  certains
territoires  était  en  quelque  sorte  fourni  par  les  droits
de  navigation  sur  le  Rhin,  lesquels  furent  également ­
  supprimés  d'une  façon  complète  pour  le  plus
grand  soulagement  du  commerce,  sans  qu’on  fût
redevable  cependant  au  nouveau  pacte  d'Union  luimême
  de  celte  suppression  qui  était  au  contraire
œuvre  des  traités  do  paix  conclus  à  Berlin,  et  par
exemple  do  celui  conclu  le  17  août  I860  entre  la
Prusse  et  Hade,  el  dans  l’art.  9  duquel  il  était  dit  :
«  Les  hautes  parties  coiitiaclaiites  aboliront  complètement, ­
  a  partir  du  1«  janvier  1807,  sous  la
condilion  que  les  autres  Étals  allemands  riverains
du  Hbm  prendront  une  mesure  semblable,  les  droits
de  navigation  sur  le  Hliin,  aussi  bien  les  droits  sur
les  navires  que  les  droits  de  douane  sur  les  cbargemeuts.
  «  La  même  rédaction  se  retrouve  aussi  à
peu  de  chose  près  dans  l’art.  12  du  traité  intervenu
        <pb n="508" />
        496  L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
le  3  septembre  1866,  entre  la  Prusse  et  le  grand
duchó  de  la  Hesse  Rhénane.
L’uniformité  de  législation  sur  l’impôt  du  sel
extrait  dans  le  territoire  de  l’Association  et  la  condamnation ­
  du  monopole  relatif  au  sel  constituaient
assurément  un  autre  progrès.  Si  productifs  que
puissent  être  parfois  des  monopoles,  tiscalemeut  parlant, ­
  ils  ne  portent  pas  moins  une  grave  atteinte
à  la  liberté  générale  du  commerce,  et  causent  souvent ­
  à  la  richesse  publique  un  dommage,  qui  rend
bien  problématique  les  avantages,  qu’en  prétend  retirer ­
  le  Trésor.
Mais  le  pacte  de  1867  fit  justice  également  du
dernier  monopole,  qui  eût  survécu  dans  quelques
États,  et  qui  avait  trait  à  la  confection  et  à  la  vente
des  cartes  à  jouer,  sur  lesquelles  il  resta  cependant
toujours  loisible  aux  divers  gouvernements  associés
de  percevoir  un  droit  de  marque.  La  réserve  de  ce
droit  est  soigneusement  enregistrée  dans  l’art.  3  du
protocole  de  clôture  qui  accompagne  ce  pacte.
Le  même  pacte  déclarait  en  principe,  que  le  tabac
cultivé  ou  fabriqué  dans  le  territoire  de  l’Union
serait  soumis  à  un  impôt  uniforme  (art.  3,  §  4);
et  l’année  d’après,  le  projet  primitif  de  la  Prusse
tendant  à  taxer  la  fabrication  ayant  été  abandonné,
la  déclaration  de  l’article  3  aboutit  à  un  impôt
foncier  sur  les  terres  vouées  à  la  culture  de  cette
plante.
Grâce  à  la  liberté  laissée  jusqu’à  présent  dans  le
        <pb n="509" />
        32

PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  49-Zollverein
  à  l'industrie  du  tabac,  celle-ci  a  depui,
longtemps  pris  un  développement  qui,  sans  êtrepr»
gressif,  n’a  pas  cessé  d’être  considérable  Ainsi
en  1861,  la  culture  du  tabac  dans  l’Association  oc^
cupait  une  surface  de  55,885  arpents  (de  Prusse]
donnant  un  rendement  de  354,335  quintaux  en  feuilles;
  la  surface  occupée  était  en  1862  de  61,232  arpents, ­
  auxquels  correspondait  une  récolte  de  433,193
quintaux;  elle  était  même  en  1865  de  93,667  arpents, ­
  fournissant  767,149  quintaux;  et  si,  à  partir
de  1865,  ces  deux  proportions,  dont  l’une  commande
autre,  sont  allées  en  déclinant,  l’année  1869  se
clnlfre  encore  par  449,937  quintaux,  récoltés  sur
une  étendue  de  67,739  arpents.  Ce  sont  d’ailleurs
la  Prusse,  le  grand-duché  de  Bade,  la  Bavière
et  a  Hesse-Darmstadt,  qui  figurent  régulièrement
ans  ces  relevés  pour  la  plus  grosse  part.  De  pareils
&amp;gt;esu  ats,  acquis  dans  les  conditions  Bscales  indiquées, ­
  expliquent  fort  bien  que,  malgré  les  bonnes
•aisons  a  faire  valoir  en  faveur  du  tabac,  considéré
iSs
tionale  si  florissante  avait  beaucoup  à  gagner  à  des
expériences  de  trésorerie  trop  multipliées.  En  tout
cas,  1  établissement  d’un  impôt  foncier  commun  a
eu  pourelTet  de  réduire  d’une  nouvelle  unité  le  nomwre
  des  droits  de  circulation.
        <pb n="510" />
        ^gg  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Mais  une  autre  innovation  des  plus  remarquables ­
  réside  dans  le  remplacement  des  anciennes
conférences  générales  par  le  conseil  fédéral  du  Zollverein, ­
  institution  à  bases  tout  à  fait  différentes.  Ce
conseil,  formé  des  représentants  des  membres  de  la
Confédération  du  Nord  et  des  États  du  Sud  de  l’.Mlemagne,
  réunissait  donc  également  les  plénipotentiaire's
  qui  étaient  délégués  par  les  divers  gouvernements, ­
  et  qui  votaient  selon  les  instructions
reçues;  mais  ce  qui  lui  assurait  surtout  un  cachet
■propre,  c’était  son  mode  de  votation  d  une  part,
c’était  d’autre  part  cette  circonstance,  que,  par  la
façon  même  dont  on  le  composa,  il  dépouilla  le
caractère  d’une  réunion  consacrée  exclusivement  a
des  travaux  techniques  de  douanes  pour  revêtir  en
quelque  sorte  celui  d’un  corps  politique.  Ce  fait,  que
les  résolutions  allaient  être  prises  au  sein  dudit  conseil ­
  à  la  simple  majorité  des  voix  distribuées  selon
une  proportion  idéale,  et  que  les  États  du  Zollverein
ne  pourraient  plus  désormais  faire  usage,  eu  matière
de  législation  et  d’administration  douanière,  du  droit
de  veto,  avant  jadis  appartenu  à  chacun  d’eux,  devait ­
  non-seulement  renouveler  la  face  des  conférences ­
  générales,  mais  encore  modifier  la  position
des  membres  respectifs  vis-à-vis  de  l'Association.  Le
droit  de  veto  subsistait  toutefois  encore  pour  toutes
celles  des  dispositions  fondamentales  des  pactes  te
        <pb n="511" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  499
ment  douanier,  et  auxquelles  rien  ne  pouvait  donc
être  changé  que  par  une  nouvelle  convention.
Quant  à  la  répartition  proportionnelle  des  voix
l’art.  8  §  t  du  pacte  y  a  pourvu  d’après  un  mode  sè
séparant  quelque  peu  de  celui  suivi  autrefois  pour  la
constitution  du  Plénum  de  la  Diète  germanique.  Dixsept
  voixonten  effet  été  attribuées  parcet  article  à  la
russe,  SIX  a  la  Bavière,  quatre  à  la  Saxe,  quatre
autres  au  Wuriemberg.  trois  à  Bade,  trois  à  la  Hesse
deux  a  Mecklembourg-Scliwérin,  deux  à  Brunswick'
et  une  voix  à  chacun  des  États  restants,  savoir  :  Oldenbourg, ­
  Jlecklembourg-Strélitz,  Saxe-Weimar
Sa.xe-Meiningen,  Saxe-Altenbonrg,  Saxe-Coboui--Gotha,
  Anhalt,  Schwartzbouig-Rudolsladt,  Schwarbîbourg-Sondershausen,
  Waldeck,  Reuss  (branche
aînée),  Reuss  (branchecadette),  Schaumbourg-Lippe
Lippe,  Lubeck,  Brème,  Hambourg;  ce  qui  faisait’
un  total  de  cinquante-huit  voix.
Bourse  rendrecompte  de  l'urgence  d'une  réforme,
1  suffit  de  se  reporter  par  la  pensée  vers  la  plupart
es  conférences  générales  tenues  depuis  les  divisions
possibilité  pour  l'organedes  gouvernements  associés
en  présence  de  ces  dissidences  de  principes,  de  faire
encore  œuvre  de  législateur,  ou  simplement  de  conserver ­
  à  l’Association  pendant  un  temps  un  peu
prolongé  une  vitalité  appréciable  soit  au  dedans.
        <pb n="512" />
        500

l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

soil  au  del.ors.  Aussi,  dès  qu'on  eut  résolu  d'introduire ­
  dans  l'Association  avec  le  parlement  douanier
un  nouveau  facteur  législatif,  se  substituant  aux  lécislalures
  ordinaires  des  diverses  contrées,  devint-il
indispensable  d'organiser  la  représentation  des  gouvernements, ­
  c'est-à-dire  le  conseil  fédéral  du  Zollverein, ­
  de  telle  façon  que  ce  corps  fût  apte  à  prendre
une  détermination  immédiate  sur  les  sujets  rentrant
dans  la  législation  douanière,  et  à  se  comporter  visà-vis
  du  parlement  douanier  comme  s'il  était  doué
d'individualité.  Rien  ne  fut  mieux  approprié  assurément ­
  aux  circonstances  et  ne  donna  prise  à  moins
d'objections  que  la  distinction  et  la  séparation  que
l'on  établit  entre  les  matières  qui,  en  tant  que  ,;»ra
nnqxdoTum,  continuaient  à  ne  pouvoir  être  mises
en  cause  quede  l’assentiment  de  tous,  et  celles  qui,
en  tant  que  thèmes  de  législation,  devaient  relever
dorénavant  d’un  double  vote  de  majorité  émis  par
le  parlement  douanier  et  le  conseil  fédéral  du  Zollverein. ­
  De  celte  manière,  il  n’y  avait  plus  à  redouter
des  lenteurs  comme  celles  qui  prolongeaient  1  existence ­
  des  conférences  générales  pendant  des  six  a
dix  mois,  au  bout  desquels  les  résultats  obtenus  équivalaient ­
  souvent  à  peu  près  àzéio.
La  nature  absolument  technique  de  ces  anciennes
conférences  douanières,  qui  les  avait  bien  aussi  plus
d’une  fois  fait  inutilement  traîner  en  longueur,  présentait ­
  encore  cet  autre  inconvénient  plus  sérieux,
que,  dès  que  l’objet  en’délibéralion  alteclait  une  cou-
        <pb n="513" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  501
leur  tañí  soil  peu  politique,  les  conférences  générales ­
  en  étaient  dessaisies  an  profit  de  quelque  autre
autorité,  que  les  considérations  économiques  louchaient ­
  à  un  degré  infiniment  moindre.
Tout  autre  au  contraire  était  l’esprit  de  la  nou-\elle
  organisation,  dans  laquelle  les  représentants
des  gouvernements  au  conseil  fédéral  du  Zollverein
allaient  être  en  grande  partie  choisis  invariablement
paimiles  fonctionnairespolitiquesou  du  moins  parmi
les  sommités  spécialistes,  complètement  initiées  à  la
politique  commerciale  de  leurs  cabinets  respectifs,  et
où  les  travaux  véritablement  techniques,  considérés
en  conséquence  comme  d’ordre  secondaire  dans  la
mission  à  accomplir,  ne  devaient  guère  avoir  d’utilité
que  pour  la  préparation  ou  l’exécution  des  décrets
de  ce  conseil  fédéral.
De  toutes  les  nouveautés  issues  du  pacte  de  juillet,
la  nouveauté  qui  frappa  toutefois  le  plus  les  regards
du  grand  public  et  y  causa  la  sensation  la  plus  vive,
lut  celle  qui  valut  aux  populations  elles-mêmes  le
droit  d  élire  des  mandataires  chargés  de  concourir
dans  une  large  mesure  à  l'œuvre  législative.  La  pensée ­
  de  doter  d'un  organe  les  intérêts  populaires  remontait ­
  aux  premières  périodes  du  Zollverein,  où  sa
réalisation  n’avait  été  cependant  encore  poursuivie
que  sous  la  forme  d’une  représentation  des  classes
les  plus  immédiatement  en  cause.  Mais  si  même  une
telle  représentation  des  classes  industrielles,  à  laquelle ­
  les  gouvernements  associés  opposèrent  d’ail-
        <pb n="514" />
        502  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
leurs  une  résistance  énergique,  n  avait  été  ii  1  origine
investie  que  des  attributs  d’une  commission  d’experts, ­
  elle  n’aurait  pas  tardé  vraisemblablement  à
afficher,  dans  un  intérêt  particulier,  des  prétentions
tellement  exorbitantes,  que  le  développement  pai
les  gouvernements  du  système  de  douanes  fédcial
en  eût  été  entravé,  et  que  l’antagonisme  des  classes
sacrifiées  eût  finalement  répondu  à  une  gestion  par
trop  exclusive.
Le  parlement  douanier,  qui  émanait  au  contrait  o
d’élections  générales  et  libres,  et  qui  constituait  une
assemblée  parlementaire  armée  de  pouvoirs  constitutionels
  étendus,  n’était  naturellement  pas  enclin
à  s’engager  dans  cette  voie.  Un  effet  caractéristique
des  circonstances,  au  milieu  desquelles  il  avait  vu
le  jour,  fut  de  lui  attribuer  la  connaissance  non  d’un
véritable  budget,  mais  du  tarif  de  douane  seulement,
et  il  n’y  aura  pas  à  aller  bien  loin,  pour  voir  celle
indication  à  l’œuvrî.
Le  contrôle  réciproque  exercé  dans  le  passé  par
chacun  des  gouvernements  associés  fit  place  aussi
à  un  contrôle  dévolu  au  seul  gouvernement  prussien
en  sa  qualité  de  pouvoir  présidant,  à  l’effet  d’assurer
l’observation  des  procédés  légaux  dans  la  perception
et  l’administration  des  revenus  communs.  Les  commissaires ­
  du  contrôle  devinrent  ainsi  les  organes  du
Zollverein  lui-même,  autrement  dit  des  fonctionnaires ­
  fédéraux,  sans  que  cependant  les  liens  qui  les
rattachaient  au  gouvernement,  duquel  ils  relevaient
        <pb n="515" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  303
jusqu’alors,  fussent  entièrement  rompus,  car  ils
conservaient  leur  nationalité,  ne  perdaient  pas  leurs
avantages  de  serviteurs  de  l’État,  et  leurs  droits  à
des  pensions,  et  pouvaient  être  rappelés  par  leur
gouvernement  ou  être  mis  par  le  Præsidium  à  la  dis  •
position  de  ce  gouvernement,  auxquels  cas  ils  ren
traient  dans  la  condition  qu’ils  avaient  occupée  antérieurement. ­
  Les  frais  de  traitement  et  autres  des
contrôleurs  et  délégués  du  Zollverein  étaient  mis  à
la  charge  de  l’Association.  Soumis  au  Præsidium
pour  leur  service,  c’est  à  lui  que  ces  émissaires  devaient ­
  rendre  compte,  comme  c’est  aussi  de  lui
qu’ils  recevaient  leurs  instructions.
Nous  ne  saurions  enfin  passer  sous  silence  l’altération ­
  la  plus  profonde,  vu  l’état  de  choses  préexistant, ­
  f[u  ait  subie  la  constitution  fédérale  par  suite
de  la  nouvelle  position  de  la  couronne  de  Prusse.
L’ancienne  Association  avait  en  tête  de  sa  charte
proclamé  l’égalité  absolue  de  tous  ses  membres,  et
s  était  cramponnée  obstinément  à  ce  principe,  alors
même  qu’il  eut  vieilli,  et  que,  par  l’emploi  abusif
ou  fâcheux  qu  il  avait  reçu,  il  se  fût  montré  aussi
funeste  a  la  chose  commune  qu’aux  intérêts  particuliers, ­
  tarissant  notamment  dans  sa  source  toute
sève  législative  un  peu  saine  et  abondante.  En  fuit,l’égalité ­
  n’avait  jamais  été  complète  entre  les  participants ­
  au  Zollverein.  Elle  ne  s’était  guère  manifestée
à  toute  époque  que  par  la  faculté  appartenant  à  chacun ­
  d’eux  d’entraver  ou  empêcher,  pour  un  motif
        <pb n="516" />
        504

l’allkmagne  économique.

quelconque,  les  résolutions  fédérales,  et  que  par  l'usage ­
  qu’à  lourde  rôle  les  divers  gouvernements,  sans
en  excepter  aucun,  avaient  pu  faire  de  ce  droit.  Mais
s’agissait-il  de  faire  adopter  des  mesures  dans  un
intérêt  personnel,  ou  de  faire  prévaloir  des  vues  particulières, ­
  aussitôt  l’illégalité  apparaissait.  C’était
l’État  plus  puissant,  plus  actif,  représenté  par  des
agents  plus  capables  que  le  succès  favorisait  de  préférence ­
  au  voisin  plus  humble,  limité  davantage  dans
le  choix  de  ses  moyens  et  de  ses  représentants.  Qui
donc,  sauf  la  Prusse,  aurait  osé  hasarder  les  actes
qu’elle  posa  en  1851  et  en  1862  à  l’occasion  des  traités ­
  avec  le  Hanovre  et  avec  la  France?  Seulement  le
recours  à  des  moyens  aussi  extrêmes  ne  laissait  pas
que  d’inspirer  des  inquiétudes,  que  d’exposer  à  des
dangers,  et  il  était  donc  fort  naturel  que  la  Prusse
se  préoccupât  par-dessus  tout  de  se  passer  pour
l’avenir  de  ces  coups  de  force,  de  ces  expédients  audacieux, ­
  en  acquérant  la  possibilité  légale  d’iniluer
d'une  façon  déterminante  sur  la  marche  des  affaires
fédérales.  La  place  concédée  à  cette  puissance  dans
le  Zollverein  par  le  pacte  de  juillet  fut  effectivement
aussi  telle,  qu’elle  entraînait  la  suppression,  même
endroit,  du  mode  antérieurement  adopté,  et  que  la
Prusse  y  trouva  non-seulement  la  direction  formelle ­
  des  intérêts  communs,  mais  encore  le  moyeu
d’exercer  sur  eux  une  action  décisive.  Ainsi  le  Præsidium ­
  du  Conseil  fédéral  lui  échut  en  partage,  avec
le  droit  dele  convoquer,  de  l’ouvrir,  de  le  proroger
        <pb n="517" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  505
OU  d’en  prononcer  la  clôture,  comme  aussi  de  ie  prôsider
  et  de  conduire  les  affaires  y  traitées;  quand  on
passait  an  vote,  elle  disposait  de  près  du  tiers  des
voix,  soit  17  sur  58,  sans  compter  qu’à  elle  seule  était
attribué  un  droit  de  veto  absolu  à  l’encontre  de  toute
lésolution,  tendant  à  modifier  des  prescriptions  ou
des  institutions  existantes;  seule  aussi,  elle  était  autorisée ­
  à  négocier,  au  nom  de  l’Association,  des  traités ­
  de  commerce  et  de  navigation  avec  les  puissances ­
  étrangères,  à  moins  qu'il  ne  s’agît  de  traités  avec
1  Au  triche  et  la  Suisse,  auquel  cas  les  États  de  l’Union
limitrophes  devraient  être  invités  par  elle  à  prendre
part  aux  négociations  précédant  ces  traités;  enfin
c  était  elle,  à  qui  l’Union  avait  confié  son  contrôle
dans  les  divers  États,  relativement  à  l’exécution  des
lois  fédérales,  ainsi  qu’à  la  perception  et  à  l’administration ­
  des  droits  de  douane  et  des  impôts  communs. ­
  La  convocation,  l’ouverture,  la  prorogation
et  la  clôture  du  parlement  douanier  devaient  être
fi’adleurs  faites  également  par  la  Prusse,  bien  que
le  parlement  choisît  lui-même  son  président,  son
vice-président  et  ses  secrétaires,  et  il  appartenait
aussi  à  la  Prusse  de  porter  devant  ce  corps  les  propositions ­
  qui  lui  étaient  faites,  d’après  le  résultat  des
délibérations  du  conseil  fédéral.
_  On  n®  saurail  méconnailre  toutefois  que,  malgré
l’éminence  de  la  position  à  laquelle  les  divers  avantages ­
  et  attributions,  qui  viennent  d’être  sommairement ­
  passés  en  revue,  élevèrent  la  Prusse  au  sein
        <pb n="518" />
        506

l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

(lu  Zollverein,  cette  position  dirigeante  et  prépondérante ­
  ne  dût  être  tout  de  même  quekjue  peu
tenue  en  respect  par  la  survenance  de  l’élément
parlementaire;  à  ce  point  qu’en  ne  consultant  même
que  l’intérêt  particulier  des  États  de  petite  et
moyenne  taille,  on  peut  se  demander  déjà  à  priori
si  la  nouvelle  organisation  ne  leur  était  pas  encore
plus  propice  que  l’ancienne  qui,  n’était  manifestement ­
  plus  tenable,  et  qui,  en  leur  offrant  sans  doute
la  ressource  de  mettre  obstacle  au  bien  et  au  mieux,
ne  leur  donnait  pas  les  moyens  de  créer  du  nouveau,
ou  d’assurer  le  succès  soit  de  leurs  manières  de  voir,
soit  de  leurs  réclamations.
Toujours  est-il  que  le  pacte  du  8  juillet  1867
devant,  d’après  son  article  29,  entrer  en  vigueur  le
l®*^  janvier  1868,  et  les  élections  pour  le  parlement
douanier,  qui  ne  pouvait  pas  être  appelé  sans  le
conseil  fédéral,  devant  avoir  lieu  immédiatement
après  cette  entrée  en  vigueur,  c’était  l’année  1868
qui  allait  assister  au  fonctionnement  initial  des  nouvelles ­
  institutions  et  mettre  leur  valeur  à  une  première ­
  épreuve.  Mais  la  façon  dont  se  présentèrent
ces  élections  dans  le  midi  de  l’Allemagne  ne  présageait ­
  rien  de  bon  pour  la  réunion  du  parlement
douanier,  tellement  l’opinion  publique  avait  subi
dans  cette  région  l’influence  des  événements  de  1860
et  venait  d’y  opérer  un  mouvement  de  conversion
brusque  et  décidé.
Jusqu’en  1866,  la  grande  masse  de  la  nation  ba-
        <pb n="519" />
        \

'9

PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.
varoise,  sans  goûter  les  tendances  et  le  syst
gouvernement  prussien,  sans  s’associer  sur.
des  doctrines  de  droit,  comme  celles  qui  s’étaient
fait  jour  dans  la  question  du  Sclilewig-Holstein  ou
dans  les  questions  constitutionnelles  intérieures,
n  avait  jamais  laissé  percer  de  répulsion  native  ou
de  haine  véritable  à  l’endroit  de  la  Prusse.  Les
sympathies  de  la  Bavière  pour  l’Autriche  ne  furent
à  aucune  époque  particulièrement  ardentes;  et  bien
que,  sur  le  terrain  du  droit,  cet  empire  ralliât  le  peuple ­
  et  le  gouvernement  bavarois,  ceux-ci  ne  comptaient ­
  pas  plus  que  de  raison  sur  l’Autriche  pour
la  solution  de  la  question  allemande.  Aussi,  quand
la  guerre  s’annonça,  l’envisagèrent-ils  plutôt  comme
affaire  entre  les  deux  puissances  rivales,  à  laquelle
la  force  des  choses  seule  poussait  les  autres  contrées
a  prendre  part,  sans  qu’elles  y  eussent  un  intérêt
propre.  La  lutte  même  et  ses  fureurs  ne  parvinrent
pas  à  modifier  beaucoup  ce  point  de  vue,  et  l’armée
aussi  bien  que  le  public  continuèrent  h  voir  dans
l’adversaire  prussien  l’ancien  allié,  que  des  circonstances ­
  exceptionnelles  avaient  pu  amener  sans
doule  à  combatiré,  mais  à  qui  l'on  devait  encore  le
même  intérêt  et  la  même  estime  qu'auparavaul.
Pour  les  faire  revenir  de  ces  dispositions  quelque
peu  sentimentales,  il  ne  fallut  rien  moins,  à  l’issue
des  opérations  militaires  proprement  dites,  que
1  attaque  imprévue  d’un  corps  de  troupes  bavaroises, ­
  qui  se  croyait  protégé  par  un  armistice,  et

sf

M'it'f
507.  »n.i

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to
        <pb n="520" />
        508  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
que  la  conduite  des  détachements  prussiens  en  bon
nombre  de  localités;  après  quoi,  le  parti  que  la
Prusse  tira  de  ses  victoires  en  Allemagne  porta  le
dernier  coup  à  leur  candeur  et  à  leur  bonhomie.  11
nous  suffit,  à  ce  dernier  égard,  et  pour  justifier  le
revirement  mentionné,  de  citer  notamment  les
traités  de  paix  et  d’alliance  eux-mêmes,  passés  le
22  août  1866  par  la  Prusse  avec  la  Bavière,  h  qui
incombait  une  indemnité  de  guerre  de  30  millions
de  florins,  abstraction  faite  de  certains  sacrifices  de
territoire  et  du  commandement  de  ses  troupes,  qui
en  cas  de  guerre  passait  au  roi  de  Prusse,  ainsi  que
la  violence  dont  la  Prusse  usa  vis-à-vis  de  la  ville
libre  de  Francfort,  et  qui  causa  une  indignation
générale,  nullement  apaisée  ni  par  la  fondation  subséquente ­
  de  la  Confédération  du  Nord  de  P  Allemagne, ­
  ni  par  les  dispositions  de  la  constitution  fédérale, ­
  ni  par  l’insistance  que  mil  le  parti  de  l'union
nationale  à  faire  entrer  les  États  du  Midi  dans  cette
confédération.
De  tous  les  partis,  celui  qui  s’entendit  tout  d’abord
à  mettre  à  profit,  non  sans  une  habilité  incontestable, ­
  le  nouveau  courant  d’opinion  et  à  le  diriger
à  sa  guise,  fut  le  parti  clérical.  Entré  soudainement
dans  l’arène  politique  avec  une  résolution  implacable, ­
  qui  ne  connaissait  pas  de  ménagement,  on  le
voit  par  tous  ses  organes  à  la  fois,  dans  la  presse,
du  haut  de  la  chaire,  dans  les  rassemblements  de
paysans,  prêcher  une  véritable  croisade  contre  la
        <pb n="521" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  509
Prusse,  soumettant  à  une  critique  aussi  amère  que
passionnée  tous  les  actes,  toutes  les  visées  du  gouvernement ­
  prussien,  qui  offrait,  il  est  vrai,  par  les
faits  les  plus  récents  et  même  par  des  faits  plus
reculés  en  date,  un  assez  riche  aliment  à  ces  attaques. ­
  Si  efficace  et  si  marquante  qu’eût  été  l’action
de  la  Prusse  pendant  de  longues  années  de  paix,
quelques  litres  qu  elle  eût  acquis  à  la  reconnaissance ­
  pour  avoir  arraché  l’Allemagne  à  l’émiettement ­
  de  ses  forces,  et  lui  avoir  procuré  un  rang
digne  d’elle  dans  le  concert  des  nations  européennes, ­
  elle  n’avait  jamais  su,  à  supposer  qu’elle
s’y  fût  appliquée  seulement,  gagner  les  cœurs  de  la
nation  germanique,  pas  plus  d’ailleurs  qu’elle  ne
paraît  savoir,  de  1  aveu  même  de  l’éminent  chancelier ­
  de  l’Empire  d’Allemagne,  s’attacher  par  la  sympathie ­
  les  provinces  étrangères,  que  la  force  vient  de
soumettre  à  son  sceptre.Laissant  paraître,  presqueaiilant
  que  l’Autriche,  le  dessein  d'accroître  sa  puissance ­
  aux  dépens  de  1  Allemagne,  les  formes  constitutionnelles ­
  ne  lui  étaient  pas  non  plus  apparues
comme  un  pacte  entre  peuple  et  gouvernement,  mais
comme  une  entrave  gênante  à  l’arbitraire,  qu’il  fallait ­
  tiailer  en  conséquence.  Le  militarisme  érigé  en
système  gouvernemental,  une  tutelle  hypocrite  exercée ­
  en  matière  do  culte  et  d’instruction,  l’épanouissement ­
  de  la  bureaucratie,  la  compression  de  toute
indépendance  dans  la  commune  et  dans  la  province
l’octroi  des  faveurs  à  certaines  classes,  telles  étaient
        <pb n="522" />
        510

l’allemagne  économique.

entre  autres  les  armes  mises  à  la  disposition  d’un
parti  malintentionné,  et  qui  lui  suffisaient  largement
a  faire  mettre  en  suspicion  même  les  mesures  irréprochables ­
  d’un  pouvoir  parvenu  inopinément  à
l’hégémonie,  et  à  le  cribler  de  ses  traits.  Mais  peutêtre
  qu’en  semant  ainsi  à  pleines  mains  la  méfiance
et  la  haine  sur  la  terre  bavaroise,  le  clergé  catholique ­
  et  une  partie  de  la  haute  noblesse,  qui  s’entr’aidaient
  dans  cette  tâche,  poussés  sans  doute
qu’ils  étaient  à  l’accomplir  par  des  appréhensions
politiques  et  religieuses  compréhensibles,  oubliaient-ils ­
  trop,  c’est  du  moins  l’avis  d’un  Bavarois,
M.  Weber,  que,  loin  de  mettre  sur  pied  quoi  que  ce
soit  de  positif,  ils  exposaient  aux  plus  graves  périls
en  même  temps  que  les  intérêts  de  leur  propre  patrie
les  intérêts  de  l’Allemagne  tout  entière.  Ce  qui  est
certain,  c’est  que  la  semence  leva,  et  que  les  élections ­
  qui  eurent  lieu  en  Bavière  au  printemps  de
l’année  1868  pour  la  nomination  de  députés  au  parlement ­
  douanier  donnèrent  une  très-forte  majorité
aux  candidats  du  camp  ultramontain.
Des  conditions  très-différentes  aboutirent  dans  le
Wurtemberg  à  des  résultats  tout  à  fait  analogues.  Il
n’y  existait  pas  de  parti  clérical  ou  ultramontain,
mais  sa  place  était  occupée  et  son  rôle  rempli  par  le
parti  démocratique,  que  renforçaient  de  nombreux
débris  de  l’ancien  parti  de  la  grande  Allemagne,
lequel,  découragé  dans  ses  espérances  par  l’issue  de
la  guerre,  avait,  en  haine  de  la  tournure  que  pre-
        <pb n="523" />
        511

PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.

liaient  les  choses,  pactisé  par  grandes  masses  avec
la  démocratie.  Or,  pour  ne  pas  respirer  le  fanatisme
et  l’exaltation  qui  se  faisaient  parfois  jour  dans  la
presse  bavaroise,  le  ressentiment  de  ces  groupes,
que  les  procédés  de  la  Prusse  à  la  suite  de  sa  victoire
avaient  profondément  blessés,  n’était  pas  moins  réel,
et  peut-être  même,  avec  le  caractère  national  si  fortement ­
  trempé  des  Souabes,  atteignait-il  à  un  degré
d  intensité  plus  élevé  qu’en  Bavière.  Aussi  les  opérations ­
  électorales  tournèrent-elles  dans  une  plus
forte  proportion  encore  qu’en  Bavière  au  profit  de
candidats  antiprussiens,  dont  on  pouvait  attendre,
avec  certitude,  qu  ils  se  prononceraient  contre  toutes ­
  les  mesures  proposées  par  la  Prusse.  Quclquesims
  d’ailleurs  des  élus  du  grand-duché  de  Bade,
appartenant  à  la  nuance  catholique,  grossirent  encore
les  rangs  des  Prussophobes,  qui  constituèrent  sans
retard  à  Berlin  la  fraction  de  l’Allemagne  méridionale. ­

Voilfi  sous  quels  auspices  le  parlement  douanier
fut  invité  h  se  réunir  pour  le  27  avril  1868.  En  vue
&amp;lt;lo  cette  réunie»,  qu'il  importait  d’occuper  et  de
désarmer  k  la  fois,  la  Prusse  qui  l’avait  convoquée
s’étail  miseá  l’œuvre  pour  arriver  au  règlement  des
rapports  commerciaux  avec  l’Autriche  et  avait  à  cet
elfet  repris  en  février  1808  les  négociations  interrompues ­
  en  janvier  1807  à  la  suite  de  la  réduction
de  droits  demandée  sur  les  vins  autrichiens,  après
que  dans  l’intervalle  la  France,  gagnée  par  l’assu-
        <pb n="524" />
        I

512

l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
rance  d’un  abaissement  de  droits  pour  ses  propres
\ins  de  4  thalers  à  2  thalers  23,  se  fut  désistée  de
son  traité  avec  le  Mecklembourg.  Ces  négociations
entamées  à  Berlin  avec  le  concours  de  la  Bavière  et
delà  Saxe  donnèrent  aussi  de  prompts  résultats  consignés ­
  dans  un  traité  très-développé  du  9  mars  1868,
auquel  les  échanges  mutuels  furent  redevables
d’eemxptions  et  de  facilités  douanières  nouvelles  en
grand  nombre.  Le  30  du  même  mois,  la  Prusse  avait
signé  également  à  Madrid  un  traité  de  commerce  et
de  navigation  avec  l’Espagne,  et  enfin  un  troisième
traité  négocié  avec  les  États  de  1  Église  ne  lut  conclu ­
  que  le  8  mai  1868,  mais  le  fut  cependant  encore
assez  tôt,  pour  permettre  de  le  soumettre  comme  les
précédents  à  la  ratification  du  parlement  douanier.
Parmi  les  questions  de  législation  intérieure,  il  y
en  avait  deux  surtout,  que  la  Prusse  désirait  faire
vider  par  la  première  session  du  parlement  et  que
dans  ce  but  elle  avait  introduites  préalablement  devant ­
  le  conseil  fédéral  du  Zollverein  en  déposant  sur
son  bureau  des  projets  de  lois  correspondants,  relatifs ­
  l’uii  à  l’imposition  du  tabac  et  l’autre  à  une  révision ­
  du  tarif  commun  dont  il  s’agissait  de  modifier
d’une  manière  notable  une  série  de  fixations.  Ces
deux  projets  avaient  leur  point  de  départ  dans  une
conception  complexe,  dans  la  combinaison  de  principes ­
  économiques  exacts  avec  des  tendances  de  nature ­
  fiscale.
L’imposition  du  tabac,  telle  qu  elle  existait,  cou-
        <pb n="525" />
        513

PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.
slituait  une  des  rares  anomalies  subsistant  encore
dans  lesyslème  de  taxation  du  Zollverein  ;  car,  tandis
que,  sur  tout  le  territoire  de  la  Confédération  du
Nord  de  l’Allemagne,  la  culture  du  tabac  était  grevée ­
  d’un  impôt  de  production,  elle  jouissait  d’une
liberté  entière  dans  les  États  méridionaux.  11  résultait, ­
  de  cette  inégalité,  qu’un  droit  de  circulation
était  perçu  sur  tout  tabac  méridional  importé  dans
la  confédération  du  Nord,  par  une  dérogation  à  la
lil)erté  générale  du  commerce  qui  ne  faisait  l’affaire
d’aucun  côté,  et  qui  depuis  longtemps  provoquait
bien  des  récriminations.  Néanmoins  toutes  les  tentatives ­
  faites  antérieurement  en  faveur  de  l’unité
d’imposition  avaient  échoué,  et  lors  de  la  conclusion
du  nouveau  pacte  fédéral  on  s’était  encore  contenté
de  prendre  l’engagement  de  l’établir,  sans  s’expliquer ­
  aucunement  sur  la  manière  de  la  réaliser.  Or
d’après  le  nouveau  projet  prussien,  l’impôt  foncier
déjà  appliqué  dans  le  Nord  devait  être  étendu  à  toute
1  Association  et  le  di  oit  de  12  thalers  par  arpent
prussien  porté  au  double,  en  même  temps  qu’avec
cette  augmentation  devait  coïncider  celle  du  droit
d  entrée,  tant  sur  le  tabac  brut  étranger,  qui  supporterait ­
  6  thalers  au  lieu  de  4,  que  sur  les  produits  des
manufactures  étrangères,  auxquels  serait  imposé  un
accroissement  de  charges  proportionnel.  Les  intentions ­
  accusées  autrefois  par  le  gouvernement  prussien ­
  autorisaient  même  à  appréhender  de  sa  part  des
propositions  tendant  à  un  mode  de  taxation  plus  ac-33
        <pb n="526" />
        514  l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
centué,  comme  celui  qui  aurait  frappé  sur  la  fabrication ­
  ou  même  à  une  attribution  de  monopole  ,  et
cependant  le  projet  dont  nous  venons  d’indiquer
l’économie  rencontra  tout  de  même  la  résistance  la
plus  vive  au  sein  du  conseil  fédéral  aussi  bien  que
chez  tousles  producteurs,  et  ce  u  est  pas  sans  grande
peine  qu’il  l’emporta  dans  ce  conseil  sur  l’opposition ­
  que  lui  firent  les  gouvernements  du  midi.
Mais  la  pensée  d’augmenter  les  recettes,  à  l’aide
du  nouveau  système  de  taxation,  se  manifesta  bien
plus  clairement  encore  dans  le  second  projet,  qui
avait  trait  à  la  révision  du  tarif  fédéral.  Déjà  letiaite
douanier  et  commercial  passé  avec  1  Autriche,  et
qui  s’était  prononcé  pour  bon  nombre  de  réductions
et  d’exemptions  de  droits,  faisait  entrevoir  un  déficit
dans  leur  rendement  ordinaire;  et  voilà  que  de  plus
le  gouvernement  prussien  songeait  à  proposer  la  décharge ­
  complète  des  articles  qui,  sans  enrichir  beaucoup ­
  le  fisc,  ne  paraissaient  plus  non  plus  inspirer
de  craintes  pour  l’industrie  nationale,  et  à  obtenir
des  modérations  de  droits  pour  des  articles  plus
importants,  tels  que  le  riz  et  le  fer  notamment.  Pour
rétablir  l’équilibre  ainsi  troublé,  c’est  précisément
sur  l’impôt  du  tabac  que  l’on  comptait  ainsi  que
sur  un  nouvel  impôt  établi  sur  le  pétrole,  et  même
ces  deux  taxes  étaient  calculées  de  façon  à  justifier ­
  l’espoir  d’un  excédant  de  revenus.  Aussi  les
deux  projets,  quoique  distincts,  avaient-ils  été  caractérisés ­
  par  leurs  auteurs,  comme  se  taisant  pen-
        <pb n="527" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  515
ilant,  et  comme  étant  liés  à  l’existence  l’un  de  l’autre.
Cependant  malgré  cette  perspective  souriante  d’un
accroissement  des  revenus  dont  le  montant  avait
dans  les  dernières  années  subi  diverses  influences
parmi  lesquelles  notamment  celle  du  traité  avec
la  France,  et  menaçait  même  de  fléchir  encore  davantage ­
  par  suite  du  traité  avec  l’Autriche,  l’ensemble ­
  des  conceptions  prussiennes  n’eut  pas,
même  de  la  part  déjà  du  conseil  fédéral,  à  se  louer
d  un  accueil  favorable  pour  beaucoup  de  ses  parties. ­
  Ainsi,  les  États  du  Sud  s’élevèrent  tout  d’abord
contre  la  quotité  jusqu  à  laquelle  la  Prusse  voulait
pousser  l’impôt  sur  le  tabac.  Mais  les  abaissements
projetés  de  droits  pour  le  riz  et  le  fer  furent  combattus ­
  plus  énergiquement  encore,  et,  le  premier  ayant
succombé  sous  un  vote  en  règle,  le  conseil  ne  fut
même  pas  mis  en  demeure  de  prendre  une  décision
sur  le  second,  qui  fut  silencieusement  retiré.  On
critiqua  même  par  principe  le  plan  financier  considéré ­
  en  son  entier,  en  relevant  sa  médiocre  compatibilité ­
  avec  l’institution  du  parlement  douanier,  dont
l’esprit,  vu  toute  sa  situation  politique,  devait'être
selon  les  présomptions  les  plus  plausibles,  d’accueillir
  tous  les  adoucissements  de  douanes,  mais  de
termer  la  porte  à  de  nouveaux  droits  et  à  de  nouveaux ­
  impôts.
Le  parlement  douanier,  renchérissant  encore  par
cerlains  de  ses  groupes  coalisés,  sur  l’hostilité  du
conseil  fédéral,  ne  se  fit  pas  faute  non  plus,  comme
        <pb n="528" />
        516  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
on  l'avait  pressenti  dans  ce  dernier  corps,  de  rejeter
toutes  les  surtaxes,  mises  (\n  avant  tant  pour  la  culture ­
  indigène  du  tabac,  qu’à  l’importation  du  tabac
étranger.  11  advint  ainsi,  conformément  à  ce  que
nous  avons  indiqué  déjà  plus  haut,  que  la  loi,  a  laquelle ­
  était  retirée  toute  portée  fiscale,  consacra  uniquement ­
  l’extension  de  l’impôt  foncier  au  Sud  del  Allemagne, ­
  et  par  voie  de  conséquence  la  suppression
du  droit  de  passage,  perçu  à  défaut  de  cette  extension.
Ce  fut  bien  pis  encore,  et  l’opiniâtreté  de  la  résistance ­
  frisa  parfois  la  passion,  quand  il  fut  question ­
  au  parlement  de  l’impôt  sur  le  pétrole.  Comme
au  point  de  vue  économique  cet  impôt  ne  prêtait
guère  le  flanc  à  la  censure,  les  griefs  qu’on  formula ­
  furent  empruntés  aux  conditions  sociales,  mais
ne  réussirent  guère  à  donner  le  change  sur  les  causes ­
  véritables  de  1  opposition  faite  par  un  giand
nombre  de  députés,  causes  qui  étaient  surtout  d’ordre ­
  politique  et  germaient  avant  tout  dans  la  volonté,
de  souscrire  le  moins  possible  à  des  pei  copiions
auxquelles  ne  correspondait  pas,  d  après  le  pacte,
le  pouvoir  de  concéder  des  dépenses  équivalentes.
L'impôt  sur  le  pétrole  ne  rallia  que  99  voix  contre
190,'et  le  projet  de  loi  concernant  la  révision  du
tarif  ayant  de  la  sorte  perdu  toute  son  efficacité  financière, ­
  le  conseil  fédéral  du  Zollverein  finit  aussi
par  le  retirer.
Le  parlement  avait  été  saisi  également  d’un  projet ­
  de  loi,  visant  la  modification  de  certaines  dis
        <pb n="529" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  517
positions  tant  du  règlement  douanier  que  de  la
législation  pénale  en  matière  de  douanes,  et  destiné ­
  à  porter  provisoirement  remède  aux  défectuosités ­
  les  plus  apparentes  de  l’ancien  régime
maintenu,  jusqu'au  jour  où  l’on  disposerait  du
temps  nécessaire  pour  revoir  la  législation  douanière ­
  tout  entière.  Ce  projet  passa  donc  à  peu  près
tel  qu’il  avait  été  présenté,  et  le  parlement  profita
de  la  circonstance,  pour  manifester  son  désir  de
voir  promptement  procéder  à  la  révision  générale,
comme  aussi  pour  énoncer  les  règles  qui  devraient
présider  à  cette  révision.
Une  discussion  assez  vive  s’y  engagea  en  outre  au
sujet  d’une  motion  du  représentant  Stumm,  d’après
laquelle  le  gouvernement  français  devait  être  invité  à
supprimer  les  drawbacks  qu'il  avait,  contrairement
aux  dispositions  de  l’article  0  du  traité  de  commerce
fanco-allemand,  accordés  juiqu’ici  à  son  industrie
du  fer  par  un  mode  abusif  de  bonification  des  droits
d’entrée,  se  rattachant  aux  titres  d’acquits-à-caution. ­
  Si  manifeste  que  fût  cet  abus,  qui  avait  donné
lieu  à  beaucoup  de  plaintes  en  France  même,  il
rentrait  trop  dans  l’esprit  de  notre  politique  douanière, ­
  pourque  l’administration  française  eût  pu
se  résoudre  à  s’en  départir.  Et  l’on  peut  douter  dès
lors  que,  bien  même  que  les  rapports  avec  l’Allemagne ­
  n’eussent  pas  été  rompus,  comme  ils  l’ont
été  en  1870,  les  démarches  conseillées  au  parlement ­
  douanier  eussent  conduit  au  résultat  désiré.
        <pb n="530" />
        518

L’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

Car,  sans  vouloir  dire,  comme  les  écrivains  allemands, ­
  que  la  politique  douanière  de  la  France  se
soit  toujours  distinguée  par  une  observation  peu
scrupuleuse  des  droits  étrangers,  nous  ne  saurions
méconnaître,  engageant  seulement  nos  confrères
d’ouIre-Rhin  à  imiter  notre  sincérité  quand  leurs
propres  pays  sont  enjeu,  que  cette  politique  a  toujours ­
  penché  vers  une  protection  exagérée  de  nos
intérêts  nationaux  et  a  toujours  subi  la  pression
de  certaines  classes,  en  quelque  sorte  privilégiées,
parmi  lesquelles  on  peut  citer  notamment  les  fabricants ­
  de  fer  et  de  machines.
La  clôture  de  cette  première  session  du  parlement ­
  douanier  fut  prononcée  le  23  mai  1808,  lui
assignant  ainsi  une  durée  de  quatre  semaines  environ. ­
  A  part  les  projets  législatifs  déjà  mentionnés, ­
  le  Conseil  fédéral  du  Zollverein  avait  à  faire
face,  tant  en  devançant  le  parlement  douanier
qu’à  sa  suite,  à  un  nombre  respectable  de  travaux,
d’ordre  administratif.  Parmi  ces  derniers,  les  plus
importants,  au  moins  pour  le  développement  intérieur ­
  de  l’Association,  concernèrent  l’entrée  dans  le
Zollverein  des  deux  Mecklembourgs,  de  Lubeck  et
de  diverses  parcelles  du  territoire  Hambourgeois,
puisque  l’entrée  du  Schleswig,  du  Holstein  et  du
Lauenbourg  était  chose  déjà  antérieurement  consommée. ­
  Sur  le  fond  même,  les  gouvernements
associés  étaient  parfaitement  d’accord  ;  seulement
l’organisation  de  l’administration  douanière  dans
        <pb n="531" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  519
les  régions,  dont  le  domaine  fédéral  venait  de
s’enrichir,  la  perception  d’un  impôt  rétroactif  et
diverses  mesures  d’administration  douanière  nécessitèrent ­
  des  études  préparatoires  aussi  laborieuses ­
  que  délicates,  qui  furent  en  partie  confiées
à  des  commissions  spéciales,  et  obtinrent  en  fin  de
compte  l’adhésion  unanime  du  conseil  fédéral.  Au
nombre  des  autres  tâches  très-nombreuses  entreprises ­
  par  le  conseil  fédéral  durant  sa  session  de
1868,  il  convient  d’ailleurs,  vu  leur  intérêt,  de  signaler ­
  encore  le  ^compte  répartiteur  définitif  des
recettes  douanières  et  de  l’impôt  sur  le  sucre  de
betteraves,  auquel  les  événements  politiques  des
dernières  années  avaient  apporté  un  retard,  qui  remontait ­
  à  1859,  la  confection  d’un  état  des  agents
fédéraux  du  contrôle,  des  additions  au  règlement
concernant  le  traitement  des  transports  de  biens  et
d’effets  par  chemins  de  fer,  un  règlement  au  sujet
du  traitement  en  douane  des  marchandises  expédiées ­
  par  la  poste  et  assujetties  jusqu’ici  à  un  grand
nombre  de  prescriptions,  dont  la  multiplicité  croissante ­
  des  envois  postaux  avait  accentué  l’importunité ­
  pour  le  public  aussi  bien  que  pour  les  autorités, ­
  un  autre  règlement  enfin  édicté  à  cause  de
l’accession  de  Lubeck  au  Zollverein,  en  matière  de
comptes  courants,  et  étendant  au  Zollverein  tout
entier,  sous  le  bénéfice  du  maintien  des  anciennes
dispositions,  établies  à  cet  égard,  cette  institution
des  comptes  courants,  qui  n’avait  fonctionné  aupa-
        <pb n="532" />
        520

l’allemagne  économique.

ravant  qu’au  protit  des  foires  de  Leipzig,  de  Fraricfort-sur-le
  Mein  el  de  Brunswick.
S’il  est  vrai  que  la  révision  du  tarif,  qui  était
assurément  la  plus  importante  des  questions  dont
le  parlement  douanier  et  le  conseil  fédéral  aient
eu  à  s’occuper  pendant  la  première  année  de  leur
existence,  n’ait  pas  fait  cette  fois  le  moindre  pas,  il
n’était  pas  contestable,  cependant,  qu’en  somme  ces
deux  nouveaux  corps  venaient  de  faire  leurs  preuves
d’une  manière  qui  ne  leur  était  pas  désavantageuse.
Ce  n’est  pas  que  le  parlement  eût  justitié  les  espérances ­
  excessives,  que  de  certains  côtés  on  avait
fondées  sur  lui,  pas  plus  d’ailleurs  qu’il  n’avait
donné  raison  aux  inquiétudes,  aux  appréhensions
des  particularisles  ;  car,  prenant  conseil  d’une  prudente ­
  modération,  il  s’était  interdit  de  transporter
son  activité  sur  le  terrain  politique,  tout  comme  il*
s’était  refusé  à  s’associer  aux  eilbrts  qui  le  poussaient ­
  vers  l’élargissement  de  sa  compétence,  telle
que  l’avaient  iixée  des  conventions  fondamentales.
Par  contre,  il  avait,  en  même  temps  que  le  conseil
fédéral,  témoigné  de  sa  viabilité  au  point  de  vue  de
l’expédition  pratique  des  affaires  économiques  courantes, ­
  sans  qu’ils  eussent  rien  à  redouter  de  la
comparaison  de  leur  œuvre  avec  celle  au  moins  des
dernières  conférences  générales.  Celles-ci  n’avaient
plus  en  effet  donné  depuis  1851,  non  pas  faute
certes  de  prendre  leur  temps,  que  des  résultats  indignes ­
  d’être  mis  en  ligne  de  compte,  et  n’avaient
        <pb n="533" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  52i
en  réalité  servi  qu’à  attester  officiellement  les  déchirements ­
  et  la  stagnation  auxquels  le  Zollverein
était  condamné.  Sans  doute  des  partis  très-tranchés ­
  avaient  pris  également  position  dans  le  parlement ­
  douanier  ;  mais,  quelque  vifs  que  fussent
parfois  leurs  débats,  ces  discussions  mêmes  contribuèrent ­
  à  grandir  aux  yeux  de  tous  l’institution
parlementaire  aux  dépens  de  l’institution  bureaucratique, ­
  dont  elle  avait  pris  la  place,  et  à  dissiper  les
craintes  que  pouvaient  faire  naître  des  empiétements ­
  ou  des  coups  de  majorité  éventuels.  Le  Zollverein ­
  était  devenu  le  patrimoine  commun  de  la
nation  tout  enljère,  qui  avait  conquis  avec  le  parlement ­
  douanier  un  organe  grandiose  pour  l’expression ­
  de  ses  vœux  et  la  représentation  de  ses
intérêts  dans  le  domaine  économique  et  qui  voyait
cette  conquête  précieuse  à  l’abri  désormais  de  la
passion  des  partis  ou  des  préventions  du  particularisme. ­
  Telles  étaient  certainement  en  grand  les
impressions  et  les  constatations  avec  lesquelles  gouvernements ­
  et  membres  du  parlement  douanier
abordèrent  les  travaux  de  sa  seconde  session,  qui
se  placa  en  1869.
Bien  que  cette  seconde  session  ne  tînt  pas  eu
éveil  la  curiosité  générale  au  mêtne  degré  absolument ­
  que  la  première,  qui  avait  pour  elle  l’attrait
de  la  nouveauté,  et  qui  par  sa  nouveauté  même  avait
enflammé  ses  membres  du  plus  beau  zèle,  l’attention ­
  publique  ne  devait  cependant  nullement  lui
        <pb n="534" />
        522  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
faire  défaut,  soutenue  qu’elle  était  par  le  désir
qu’on  avait  de  voir  quels  fruits  allaient  porter  les
expériences  récemment  faites  et  de  quelle  manière
les  partis  allaient  se  reformer.
Comme  précédemment  d’ailleurs,  la  réunion  du
conseil  fédéral  et  du  parlement  douanier  avait  été
devancée  parla  conclusion  d’un  traité  de  commerce
important,  passé  enfin,  celui-ci,  avec  la  Suissç,
non  sans  avoir  donné  par  deux  fois  lieu,  la  première ­
  à  Stuttgard  en  1865  et  la  seconde  à  Berlin
en  1868,  à  des  négociations  infructueuses.  11  n’avait ­
  cependant  tenu  qu’à  une  cause  relativement
secondaire,  à  la  taxation  intérieure  de  la  bière  en
certains  cantons  suisses,  qui  fit  surgir  une  difficulté, ­
  à  ce  moment  insoluble,  que  les  négociations
berlinoises  de  1868,  déjà  fort  avancées,  fussent
inopinément  interrompues.  D’après  la  constitution
delà  Suisse  les  taxes,  qui  existent  sur  les  boissons
dans  les  divers  cantons  de  la  République,  et  qui
varient  par  leur  importance  autant  que  par  leur
nature,  ne  rentrent  pas  dans  la  compétence  de  la
Confédération,  de  telle  sorte  qu’il  n’appartient  pas
à  la  législation  fédérale  de  procéder  sous  ce  rapport ­
  à  des  changements  ou  de  faire  disparaître  des
inégalités.  Or  par  suite  d’une  inadvertance  commise ­
  lors  du  traité  franco-suisse  du  30  juin  1864,
les  dispositions  relatives  au  traitement  des  vins,  des
eaux-de-vie  et  des  liqueurs  ne  correspondaient  pas
exactement  à  celles  relatives  à  la  bière,  d  où  résul-
        <pb n="535" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  523
lait  celle  alternative,  dont  aucun  des  termes  n’était
admissible,  ou  que  les  bières  allemandes  pouvaient
être  assujetties  en  Suisse  à  un  impôt  plus  élevé  que
les  bières  françaises,  ou  bien  que  le  nouveau  traité
du  Zollverein  avec  la  Suisse  contiendrait  des  choses
qui  ne  seraient  pas  en  harmonie  avec  le  droit  constitutionnel ­
  de  ce  dernier  pays.  Mais,  faute  d’apercevoir ­
  sur-le-champ  un  moyen  de  sortir  de  cette
impasse,  on  avait  donc  en  1868  ajourné  les  pourparlers, ­
  d’autant  mieux  qu’il  s’était  fait  trop  tard,  pour
qu’on  pût  espérer  obtenir  de  la  session  parlementaire ­
  de  cette  année  une  résolution  sur  le  traité.
Entre  temps  le  conseil  fédéral  suisse  s’était  activement ­
  occupé  de  la  question,  et  avait  proposé  un
biais,  auquel  la  Prusse  et  les  autres  gouvernements
associés  se  rallièrent  aussitôt.  La  bière  devait  partager ­
  le  sort  des  autres  boissons,  vins,  eaux  de  vie,
liqueurs,  c’est-à-dire  que  ces  divers  liquides  devaient ­
  faire  exception  à  la  déclaration  du  traité,
conformément  à  laquelle  les  produits  d’un  des  États
contractants  ne  pourraient  en  aucun  cas  être  imposés ­
  dans  l’autre  d’une  façon  plus  onéreuse  ou  plus
incommode,  que  les  produits  similaires  du  propre
pays.  11  devenait  certain,  dès  lors,  que  les  cantons
Suisses  conservaient  intact  le  droit,  qui  leur  était
reconnu  par  la  constitution,  de  laisser  subsister  les
taxes  existantes  sur  les  boissons,  tout  en  imposant
plus  lourdement  les  boissons  étrangères  que  les
boissons  indigènes.  Par  contre,  le  conseil  fédéral
        <pb n="536" />
        •  524  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Suisse  se  déclarait  prêt  à  employer  pour  cette  disposition' ­
  une  rédaction  excluant  tout  privilège  des
bières  françaises  au  regard  des  bières  allemandes.
C’est  dans  ces  conditions  que  le  traité  fut  signé  à  la
date  du  13  mai  1869  et  porté  devant  le  parlement
douanier  le  3  juin  suivant,  jour  même  pour  lequel ­
  avait  été  convoqué  ce  corps,  dont  les  membres
furent  unanimes,  dans  la  séance  suivante  du  6  juin,
à  lui  accorder  leur  assentiment,  qu’aucune  objection ­
  relevante  n’était  venue  compromettre.
Ce  traité  différait  essentiellement  par  scs  résultats ­
  de  ceux  qu’amenèrent  les  négociations  de  Stuttgard
  en  ce  qu’il  ne  tint  pas  compte  du  projet,  qui
visait  à  des  concessions  réciproques  particulières  de
tarif.  En  apparence  cependant,  il  renfermait  de  ces
concessions  plus  étendues,  et  son  annexe  A  se
compose  d’une  momenclature  de  ceux  des  objets,
qui  à  leur  passage  d’un  des  territoires  dans  l’autre
doivent  bénéficier  mutuellement  d’une  complète
exemption  de  droits.  Mais  tous  les  objets  y  relatés  se
trouvaient  déjà  exempts  de  droits  d’après  le  tarif
en  vigueur  dans  le  Zollverein,  comme  aussi  la  plupart ­
  d’entre  eux  entraient  également  en  franchise
en  Suisse,  tandis  que  d’autres  faveurs  avaient  pris
antérieurement  place  dans  le  traité  avec  l’Autriche,
de  façon  qu’il  ne  s’agissait  pas  là  à  proprement  parler ­
  de  concession  réciproque.
Les  dispositions  relatives  aux  rapports  qui  auraient ­
  lieu  aux  frontières  ou  bien  en  vue  d’un  per-
        <pb n="537" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  525
feclionnement,  occupaient  une  place  importante
dans  le  même  traité.  C’étaient  surtout  les  derniers
rapports  fondés  sur  cette  main-d’œuvre  nouvelle,
(]n’on  demandait  au  voisin,  qui  avaient  pris  un  développement ­
  considérable  avec  le  temps  et  grâce  à
1  intimité  étroite  qui  s  était  établie  entre  les  industries ­
  des  deux  contrées;  ils  furent  réglés  comme  les
1  apports  analogues  1  avaient  été  dans  la  cenvention
austro-allemande  du  9  mars  18G8.  Le  principe  fondamental ­
  qui  dicta  les  stipulations  des  contractants,
abstraction  faite  des  détails,  fut  celui  de  la  réciprocité ­
  et  du  traitement  mutuel  sur  le  pied  de  la  nation
la  plus  favorisée.
Parmi  ces  détails,  il  en  est  toutefois  encore  un,
méritant  peut-être  une  mention  distincte  à  cause  de
l’intérêt  pratique  tout  spécial,  qu’il  devait  révéler
dans  le  cours  même  de  l’année  suivante  :  nous  voulons ­
  parler  de  l’article  premier,  qui  enlevait  aux
parties  respectives  le  droit  d’interdire  pendant  toute
la  durée  du  traité  l’exportation  de  blé,  de  bêtes  de
boucherie  et  de  combustible.  Quand  le  traité  était
venu  en  discussion  devant  le  parlement  douanier,
un  des  membres  avait  émis  des  doutes  contre  l’applicabilité ­
  de  cette  disposition  au  cas  où  l’exportation
desdits  objets  vers  d’autres  États  paraîtrait  devoir
être  interdite,  par  suite  de  circonstances  exceptionnelles, ­
  pour  l’utilité  qu’ils  présenteraient  comme
approvisionnements  de  guerre.  Le  conseil  fédéral  du
Zollverein  avait,  quant  à  lui,  exprimé  l’avis,  qu’il
        <pb n="538" />
        526  L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
ne  saurait  entrer  dans  la  sphère  d’attributions  d'un
traité  de  commerce  de  limiter  les  droits  qu'en  cas
d’événements  de  guerre,  toute  puissance  pouvait  déduire ­
  de  sa  qualité  de  puissance  belligérante.  Survint
durant  l'été  de  l’année  1870  le  mémorable  conflit
entre  l’Allemagne  et  la  France,  qui  détermina  le
Zollverein  à  prohiber  d’une  façon  générale  la  sortie
(lu  bétail  et  du  blé  par  sa  frontière  occidentale,  pendant ­
  que  les  trois  gouvernements  du  Sud  cherchaient
à  tenir  compte  des  intérêts  de  la  Suisse  en  s’efforçant
uniquement  de  mettre  obstacle  aux  exportations  par
la  Suisse  à  destination  de  la  France  sans  vouloir
porter  atteinte  aux  satisfactions,  que  réclamaient  les
besoins  de  la  Confédération  helvétique.  Il  paraît
d’ailleurs  que,  sur  les  réclamations  élevéespar  les
intéressés  contre  une  interprétation  restrictive  du
traité  du  13  mai  1869,  le  Zollverein  renonça  à  contrôler, ­
  comme  il  l’avait  fait  tout  d’abord,  les  exportations ­
  vers  la  Suisse  qui  portaient  sur  les  objets
visés  par  l’article  premier,  laissant  ainsi  cet  article
produire  tous  les  effets,  voulus  au  moins  par  la  convention ­
  elle-même.
Le  parlement  douanier  ratifia  aussi,  dans  cette
seconde  session,  un  traité  conclu  le  20  février  1869,
non  plus  de  la  part  de  la  Prusse  seulement,  mais  de
la  part  du  Zollverein  tout  entier  avec  l’empire  du
Japon,  et  qui  lui  avait  été  soumis  eu  même  temps
que  le  traité  avec  la  Suisse,  dont  nous  venons  de
parler.
        <pb n="539" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  527
Quant  aux  travaux  d’ordre  plus  particulièrement
législatif  qui  lui  incombèrent,  il  n’en  était  pas  assurément ­
  qui  égalassent  en  importance  les  délibérations ­
  se  référant  à  la  nouvelle  législation  douanière
de  l’Association.  A  l’époque  où  furent  signés  les  premiers ­
  traités  d’union  (1833)  il  n’avait  pas  été  possible ­
  de  se  mettre  également  d’accord  sur  une  législation ­
  douanière  commune.  Ce  n'est  même  pas  sans
grande  peine,  qu’on  parvint  dans  les  conférences  générales ­
  tenues  à  Munich,  en  183t&amp;gt;,  à  adopter  une  loi
et  un  règlement  de  douane,  la  loi  de  douane  %
pliquant,  comme  on  sait,  à  côté  du  tarif,  qui  précise
les  espèces  de  marchandises  sujettes  à  des  droits,  sur
le  point  de  départ  de  l’obligation  au  payement  de
ces  droits,  et  contenant  des  dispositions  qui  protègent ­
  le  public  contre  des  prétentions  non  justiliées
  de  l’administration  douanière,  le  règlement  de
douane  prescrivant  législativement  la  façon  de  procéder ­
  lors  de  la  perception  des  droits  d’entrée  et  de
sortie,  et  tendant  principalement  à  assurer  le  recouvrement ­
  des  taxes  dues.  Pour  ce  qui  est  au  contraire
de  la  partie  pénale  en  matière  de  douanes,  les  conférences ­
  de  1838  n’avaient  pu  encore  que  poser  divers ­
  principes  sur  lesquels  chacun  des  gouvernements ­
  associés  devait  se  régler  en  dedans  de  ses
terres.  Or  toute  la  législation  douanière  du  Zollverein
avait  été  jusqu’alors  assise  sur  les  dispositions  arrêtées ­
  h  cette  époque,  et  qui,  pour  avoir  avec  les  années
Subi  bien  des  amputations,  des  additions  et  des
        <pb n="540" />
        528

l’ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

changements,n’avaient  pas  moins  conservé  beancoup
trop  leur  caractère  originaire,  conforme  sans  doute
aux  moyens  d’échanges,  aux  vues,  aux  conditions  du
temps  où  elles  avaient  été  prises,  mais  par  là  même
iiisuflisainment  approprié  aux  besoins  du  commerce
et  aux  exigences  des  temps  nouveaux.  Il  y  avait
d’ailleurs  longtemps  déjà  que  la  nécessité  d’une
transformation  de  la  législation  fédérale  avait  été
universellement  reconnue,  et  qu’il  y  aurait  été  fait
face,  si  l’organisation  vicieuse  du  Zollverein  et  la
discorde  qui  s’était  mise  dans  les  rangs  de  ses  membre, ­
  à  partir  de  1851,  n’avaient  refoulé  dans  des
perspectives  lointaines  l’exécution  d’une  œuvre  aussi
difficile.  Mais  la  reconstitution  récente  du  Zollverein
dans  des  conditions  meilleures  ayant  augmenté  les
chances  de  succès,  on  vit  tout  d’abord  le  monde  des
commerçants  s’emparer  de  la  question,  qui  les  intéressait ­
  en  effet  au  premier  chef.  C’est  ainsi  que  le
commerce  de  Kœnigsberg  fut  amené  en  1868  à  la
traiter  dans  un  mémoire  approfondi,  qui  formulait
avec  tous  les  développements  et  toute  la  précision
désirables  les  desiderata,  suggérés  par  le  point  de
vue  mercantile.  Et,  bien  que  quelques-uns  de  ces
vœux  dépassassent  la  mesure,  dans  laquelle  on  pouvait ­
  espérer  rallier  plusieurs  des  gouvernements
associés,  dont  la  fibre  fiscale  s’émouvait  trop  facilement, ­
  l’impulsion  reçue  fut  si  puissante  et  avec
cela  l’urgence  d’une  réforme  était  si  grande  et  si
notoire,  que  l’agitation  ne  pouvait  tarder  à  se  ré-
        <pb n="541" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  529
sonrfro  en  des  fails.  Déjii,  ainsi  que  nous  l’avons
fait  observer  plus  haut,  un  projet  avait  été  présenté
à  la  première  réunion  du  parlement  douanier,  à
reffet  d'introduire  daus  le  règlement  de  douane  les
inodifiealions  qu'il  n’était  pas  possible  de  différer
plus  longtemps,  projet  qui  y  fut  adopté,  à  peu  de
corrections  près,  par  la  presque  unanimilé  des  membres ­
  et  qu’on  mil  en  même  temps  à  profil  pour  recommander ­
  au  conseil  fédéral  le  prompt  achèvement ­
  du  travail  d’élaboration  des  lois  nouvelles
auquel  on  s’allendait  déjè,  ainsi  que  l’acceptation
des  principes  suivants,  à  savoir  :
1)  Octroi  des  facilités  les  plus  grandes  possible
quant  au  temps  accordé  pour  les  déclarations  é
faire,  et  quant  au  nombre,  b  la  situation  et  h  la  cornpétence
  des  bureaux  de  douane;
2)  Inirodudion  de  tous  les  allégements  possibles
Í  ansie  signalement  des  arrivages  imposables  (Ansageverfahreu)
  dans  les  rapports,  qu’établissent  les
entrepôts  (Niederlageverkelii’)  ;
3)  Acquiescement  fi  tout  cliangement  d’état  par
voie  de  chargement  nouveau,  par  exemple,  de  réemballage ­
  ou  de  division,  auquel  on  vomirait  soumettre
lors  de  leur  transport  sous  la  surveillance  de  l’administration, ­
  les  marchandises  importées  de  l’étraiif^er
et  non  encore  entrées  dans  la  circulation  ;
i)  Limitation  des  contrôles  dans  la  zone  frontière
(Circnzbezirk)  et  daus  l'intérieur  des  terres  (Binnenland). ­
        <pb n="542" />
        \

53Q  l’allemagne  économique.
Le  gouvernement  prussien,  ajant  sans  retard
donné  ses  soins  à  l’étude  d’une  nouvelle  législation
douanière,  se  trouva  ainsi  à  même  de  communiquer
à  ses  associés,  dès  le  commencement  du  mois  de
mars  1869,  un  projet  de  ce  chef  qui  n’embrassait
pas  seulement  l’ancienne  loi  et  l’ancien  règlement
de  douane,  mais  encore  l’ensemble  de  la  législation
pénale  ainsi  que  toutes  les  dispositions  essentielles
relativement  aux  échanges  par  la  voie  fluviale,  les
postes,  les  entrepôts,  les  chemins  de  fer,  dans  leurs
rapports  avec  la  douane.  Quand  ce  projet  arriva  devant ­
  le  conseil  fédéral,  il  y  fut  l’objet  d’un  examen
très-attentif,  qui  lui  valut  en  la  forme  et  au  fond  bon
nombre  de  modifications,  dictées  manifestement  par
le  désir  de  mettre  la  législation  douanière  en  harmonie ­
  avec  les  soulagements  très-justement  réclamés ­
  pour  le  commerce  régulier  et  d’en  bannir
toute  rigueur  (jui  ne  serait  pas  commandée  pai  des
nécessités  absolues.  Les  dispositions  pénales  notamment ­
  se  ressentirent  do  cet  esprit,  et,  grâce  aux  retouches ­
  qu’elles  subirent,  elles  affectèrent  les  caractères ­
  d’un  libéralisme  dont  on  aurait  peut-être
vainement  cherché  l’exemple  ailleurs.
Aussi  l’accueil  le  plus  sympathique  était-il  réservé
à  l’œuvre  remaniée  de  la  Prusse  dans  le  parlement
douanier  aussi  bien  que  dans  le  public,  qui  s  en
trouvait  saisi  à  la  suite  do  cette  Assemblée,  et  viton
  les  chefs  les  plus  difficiles  du  parti  librc-échangiste
  déclarer,sans  détour,  qu  ils  étaient  disposés  à  y
        <pb n="543" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  gg
prêter  les  mains  sans  plus  amples  discussions.En  fait
les  résolutionsprises  parle  parlemenlneportèrentpai
non  plus  une  atteinte  .sérieuse  ni  à  l'économie  géné
raie  de  la  loi,  ni  aux  principes  qui  v  étaient  inscrits
Voilà  comment  vit  le  jour,  sans  avoir  servi  préa^
lablemenl  de  champ  clos  aux  assauts  des  partis  Is
nouvelle  législation  douanière  qui  occupe  une  place
lionorée  parmi  les  meilleurs  travaux  de  même  nature. ­
  En  167  paragraphes,  elle  traite  de  toutes  les
matières  indistinctement  qui  sont  de  son  ressort
dans  un  langage  des  plus  simples,  des  plus  accessi’
hles  même  aux  novices,  et  se  montre  si  favorable
aux  aflaires,  comparativemenlaiix  anciens  errements
et  aux  pratiques  usitées  chez  la  plupart  des  autres
grandsÉtals,  que  depuis  le  I"janvier  1870,  époque
de  sa  mise  en  vigueur,  elle  n'a  recueilli  que  des  suf-■
  agesct  n  a  fait  germer  chez  personne  l'idée  de  la
fa.™  redresser  ou  compléter  sur  quelque  point  que
Un  autre  projet  de  loi,  déposé  au  parlement  en
vue  de  protéger  la  frontière  fédérale  dans  les  por-
        <pb n="544" />
        532

l’aliæmaünk  économique.
nier.  Car  la  cabinet  prussien  avait  derechef  saisi  le
conseil  fédéral  d’un  projet  de  tarif,  en  concordance
sur  les  points  principaux  avec  celui  de  l'année  précédente, ­
  et  renouvelant  la  demande  d’un  impôt  suite ­
  pétrole.  A  part  quelques  déviations  d’assez  minime
importance,  se  référant  à  l’alun,  au  sel  ammoniac,
à  quelques  espèces  de  fils  de  lin  et  de  toiles,  le  nouveau ­
  projet  ne  se  distinguait  principalement  de  l’ancien, ­
  qu’en  ce  qu’on  y  avait  porté  la  modération  de
droits  pour  le  riz  comme  aussi  les  modérations  de
droits  pour  le  fer  et  les  articles  de  fer,  lesquelles
dernières  avaient  figuré  en  1868  sur  un  projet  de  loi
distinct,  qui  ne  fut  même  pas  mis  en  délibération.
A  ce  projet  de  tarif,  qui  obtint  sans  changements
notables  la  sanction  du  conseil  fédéral  venait  se
joindre  un  autre  projet  de  loi,  portant  modification
d(î  l’impôt  mis  sur  le  sucre.  Depuis  longtemps,  en
effet,  tout  le  monde  s’accordait  sur  l’opportunité  de
pareille  modificalion,  et  déjfi,  l’année  d’avant,  le
parlement  douanier  avait  décidé  en  propres  termes,
que  le  président  du  conseil  fédéral  serait  invité  à
faire  en  sorte  que  le  parlement  fut  appelé,  dans  sa
plus  prochaine  réunion,  à  connaître  d’une  réforme
de  la  taxe  sucrière  assise  sur  l’abaissement  des  droits
supportés  parle  sucre  exotique  et  sur  la  suppression
de  la  marge  existant,  par  rapport  aux  droits,  entre
raffineurs  et  consommateurs.  Car  le  système  d’imjiosition
  en  vigueur,  tel  qu’il  était  sorti  des  droits
originaires  sur  le  sucre  colonial  et  de  la  taxation
        <pb n="545" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  53‘J
ascendante  du  sucre  de  betteraves,  avait  fini  insensiblement ­
  par  agir  d’une  manière  prohibitive  A
l’encontre  du  sucre  étranger,  pendant  que  simultanément ­
  il  accordait  à  la  fabrication  indigène  du
sucre  de  betteraves  une  protection  démesurée  qui
n  était  justifiée  par  rien.  D’où  la  mission  pour  la
législation  douanière  d’effacer  celte  disproportion
choquante.  Le  gouvernement  prussien,  déterminé
aussi  par  la  détresse  du  budget  de  la  Confédération
du  Nord,  voulut  en  même  temps  faire  servir  la  révision ­
  de  1  impôt  du  sucre  au  relèvement  partiel
des  recettes  douanières  en  baisse,  et  proposa  en  conséquence ­
  de  porter  de  7  gros  1/2  à  8  gros,  le  droit
sur  le  quintal  de  betteraves  brutes,  en  réduisant  du
même  coup  les  droits  sur  le  sucre  étranger  de  fac;on
  à  ce  que  les  deux  fixations,  visant  l’une  le  pro-&amp;lt;!uit
  indigène,  l’autre  le  produit  extérieur,  se  trouvassent ­
  à  peu  près  sur  un  pied  d’égalité.  Cette
nouvelle  porta  l’alarme  au  camp  des  fabricants  de
sucre  de  betteraves;  et,  bien  qu’aux  yeux  de  la  majoi
  ilé  d  entre  eux,  cette  aggravation  ne  dût  certaine-.nent
  pouvoir  enlever  à  l’industrie  nationale  la
possibilité  de  lutter  avec  avantage  contre  le  sucre
étranger,  elle  essuya  des  attaques  très-vives  de  la
part  des  producteurs  du  sud,  qui,  unis  aux  protectionnistes, ­
  insistaient  sur  la  condition  de  plus  on
plus  défavorable  qu’elle  ferait  à  la  fabrication  méridionale, ­
  obligée  en  règle  générale  d’employer  des
betteraves  moins  riches  que  d’autres  eu  principes
        <pb n="546" />
        534

l’allemagne  économique.

sucrés.  Aussi  agila-l-on  grandement  le  recours  à
un  mode  de  taxation  autre  que  celui  qui  avait  pour
Lase  le  poids  des  betteraves  brûles;  mais,  comme
une  transition  de  cette  nature  présentait  des  difficultés ­
  pratiques  manifestes  qu’il  ne  paraissait  pas
plus  facile  d’aplanir  ou  d’amoindrir  que  de  méconnaître, ­
  la  discussion  ne  s’engagea  pas  fort  avant
dans  cette  voie,  et  le  projet  men  donné  de  la  Prusse
eut,  comme  le  premier,  la  bonne  fortune  d’être
agréé  par  le  conseil  fédéral,  sans  y  avoir  rencontré
de  contradicteurs  énergiques  et  subi  d’altération
sensible.
11  n’en  fut  pas  de  même  au  parlement  douanier,
où  les  deux  projets  sur  le  tarif  excitèrent  au  plus
haut  point  les  esprits,  et  tirent  exécuter  aux  partis ­
  des  chassés-croisés  qui  n’étaient  pas  toujours
exempts  de  confusion.  C’est  ainsi  que,  taudis  que
certains  membres  du  parti  conservateur  du  Reichstag, ­
  composé  principalement  de  propriétaires  fonciers, ­
  votèrent,  comme  les  y  stimulait  leur  qualité
simultanée  de  maîtres  de  forges,  contre  la  réduction
des  droits  sur  les  fers,  les  autres  se  prononcèrent
avec  plus  ou  moins  do  violence  en  faveur  de  leur
abaissement  ou  même  de  leur  entière  et  complète
suppression.  C’est  ainsi  encore  que  des  représentants, ­
  dont  les  intérêts  étaient  engagés  dans  la  question ­
  des  fers  et  des  sucres,  se  séparèrent  sur  ces
(¡uestions  du  parti  libéral,  avec  lequel  ils  avaient
coutume  de  marcher.  La  fraction  dite  de  l’Aile-
        <pb n="547" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  535
magne  du  Sud,qui  par  suite  d’une  déclaralioij  quelque
peu  dépourvue  de  tact,  que  plusieurs  de  ses  menilires
  avaient  publiée  à  la  fin  de  la  dernière  session,
avait  rompu  avec  le  camp  des  conservateurs,  poursuivit ­
  sans  égard  pour  les  principes  économiques
la  ligne  de  conduite  tracée  par  l’esprit  de  parti,  en
repoussant  toute  motion  derrière  laquelle  elle  pouvait ­
  soupçonner  un  intérêt  prussien.  Une  bataille
des  plus  chaudes  se  livra  à  nouveau  tout  d’abord
autour  des  droits  sur  les  fers  entre  les  partisans  du
protectionnisme,  sous  la  bannière  desquels  se  groupèrent ­
  des  intéressés  de  l’importance  des  Sybel,
Stumm  et  autres  et  des  hommes  de  science  tels  que
Mohl,  et  les  partisans  du  libre-échange,  qui  comptèrent ­
  pour  partie  dans  leurs  rangs  les  députés  des
villes  maritimes  du  nord,  et  pour  partie  encore  les
nuances  libérales.  Mais  le  droit  réclamé  par  la  Prusse
sur  le  pétrole  constituait,  de  même  qu’en  1808,
le  point  capital,  autour  duquel  allait  pivoter  toute
la  révision  du  tarif.  Comme  les  arguments  pour
contre  étaient  épuisés,  et  que  les  considérations
politiques  étaient  plus  déterminantes  pour  le  vote
que  les  raisons  de  fond,  la  fin  du  débat  ne  se  fit  pas
attendre  et  amena  un  second  échec  pour  la  taxe  du
pétrole,  qui,  rejetee  par  une  nouvelle  majorité  encore
assez  imposante,  ne  paraissait  pas  dans  des  conditions ­
  à  se  faire  admettre  de  sitôt.  Le  député  Lasker
ayant  même,  quand  il  s’agit  tout  de  suite  après  cette
décision,  du  projet  de  loi  sur  le  sucre,  demandé  et
        <pb n="548" />
        536  l’allemagnk  kconomique.
obtenu,  par  voie  d’amendement,  que  ce  dernier
projet  de  loi  et  le  projet  de  tarif  fussent,  quant  à
leur  sort  respectif,  rendus  dépendants  l’un  de  l’autre, ­
  le  moment  critique  se  trouvait  avoir  sonné  pour
cette  session.  Bon  nombre  de  membres  appartenant
à  presque  tous  les  partis  désiraient  toutefois  sincèrement ­
  voir  au  moins  porter  quelques  fruits  à  la  discussion ­
  sur  tout  le  tarif,  et  plusieurs,  qui  avaient
appuyé  l’amendement  Lasker  lors  de  la  première
délibération,  furent  conduits  ainsi  à  l’abandonner
dans  le  vote  final.  Grâce  à  ce  revirement  d'attitude,
le  conseil  fédéral  acquit  la  possibilité  de  retirer  le
projet  de  révision  du  tarif,  tandis  que  la  nouvelle
législation  sucrière  allait  pouvoir  entrer  en  vigueur.
Mais  la  révision  du  tarif,  si  importante  et  si  urgente
qu’elle  fût,  était  encore  une  fois,  par  là  même,  renvoyée ­
  à  l’année  prochaine.
Si  les  affaires  administratives  qui  sollicitèrent
aussi  de  leur  côté  les  soins  du  conseil  fédéral  du
Zollverein  pour  1869  furent  des  plus  nombreuses,
aucune  des  résolutions  rentrant  dans  ce  cadre  n’eut
autant  d’importance  pour  les  entreprises  commerciales ­
  et  industrielles  et  ne  s’y  lit  sentir  plus  fortement
que  celle  qui  restreignit  les  crédits  de  douane.  Au
temps  de  la  fondation  du  Zollverein,  il  n’avait  pas
été  pris  de  disposition  commune  à  cet  égard,  et  l’on
s’en  était  encore  remis  complètement  de  tout  ce  qui
concernait  lesdits  crédits  à  chaque  État  en  particulier. ­
  Or,  ces  États,  prenant  forcément  en  considéra-
        <pb n="549" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  Ö37
lion  les  conditions,  dans  lesquelles  s’accomplissaient ­
  encore  à  cette  époque  les  échanges,  durent
se  résoudre  à  accorder  des  délais  aux  négociants
aussi  bien  qu’aux  industriels  pour  l’acquittement
des  droits  dédouané,  et  à  les  accorder  même  de  plus
en  plus  longs  à  la  demande  des  intéressés  qui  invoquaient ­
  des  raisons  tirés  de  la  difliculté  de  soutenir ­
  la  concurrence.  Mais  comme  les  conditions  et
comme  aussi  les  appréciations  des  autorités  n’étaient
pas  les  mêmes  en  tous  lieux,  des  pratiques  entièrement ­
  divergentes  s’implantèrent  dans  les  diverses
contrées  formant  l’Association.  Ainsi,  dans  plusieurs
il’entre  elles,  des  maisons  un  peu  importantes
avaient  un  an  et  même  plus  pour  se  libérer  envers ­
  le  fisc,  tandis  que  dans  d’autres  leur  libération
ne  pouvait  se  faire  attendre  au  delà  d’un  petit  nomine ­
  de  mois,  et  la  même  discordance  se  remarquait ­
  dans  les  principes,  d’après  lesquels  les  crédits
étaient  octroyés.  (Je  qui  avait  à  l’origine  fait  admettre
cette  facilité,  c’est  que,  conformément  à  l’état  de
choses,  contemporain  en  Allemagne  de  la  création
du  Zollverein,  le  commerçant  ou  le  fabricant  ne
pouvait  compter  qu’au  bout  d'un  temps  plus  ou
moins  éloigné  sur  la  renirée  de  ce  qui  lui  était  dft
par  le  consommateur  ou  le  preneur,  et  que  notamment ­
  encore  ces  spéculateurs  devaient  avant  l’hiver
avoir  fait  tous  leurs  approvisionnements  jusqu’au
printemps,  1  interruption  de  la  navigation  pendant
la  saison  rigoureuse  rendant  très-problématique  la
        <pb n="550" />
        538  LALLEMAGN15  ÉCONOMIQUE.
possibililé  de  satisfaire  dans  l’intervalle  des  besoins
éventuels.  Mais,  le  temps  aidant,  la  situation  avait
changé  de  face,  l’usage  des  bateaux  à  vapeur  et  des
chemins  de  fer  était  devenu  général,  les  approvisionnements ­
  en  marchandises  et  en  matières  premières ­
  pouvaient  avoir  lieu  à  toute  période  de  1  année ­
  et  dans  l’espace  de  temps  le  plus  court  :  aussi  la
concession  de  délais  excessifs  pour  l’acquit  des
droits  de  douane  avait-elle  dégénéré  en  une  avance,
quitte  de  toute  prestation  d’intérêts,  d’une  partie  du
capital  d’exploitation.
Il  était  difficile  qu’un  pareil  abus  se  prolongeât
beaucoup  plus  longtemps,  et  en  conséquence  la
Prusse  avait  proposé  qu’une  décision  fût  prise  par
le  conseil  fédéral  du  Zollverein,  limitant  d’une  manière ­
  générale  à  un  laps  maximum  de  trois  mois,  le
délai  en  dedans  duquel  les  droits  en  retard  devraient
être  acquittés.  Une  certaine  hésitation  se  manifesta
bien  parmi  ceux  des  gouvernements  surtout  qui
avaient  été  habitués  jusque-là  à  ne  consentir  que  des
délais  plus  courts  jusqu’à  concurrence  de  six  mois,
et  qui  se  voyaient  avec  déplaisir  enlever  la  liberté
dont  ils  avaient  joui  auparavant;  mais,  en  (in  de
compte,  ils  reconnurent  tous  la  nécessité  de  couper
court  à  l’arbitraire  existant,  par  une  règle  lixe.  Des
plaintes  et  des  protestations  plus  vives  encore  se
tirent  naturellement  entendre  de  la  part  des
commerçants  et  des  fabricants,  mais  le  conseil  fédéral ­
  du  Zollverein  sut  en  tenir  compte  en  ména-
        <pb n="551" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  539
géant  suffisamment  la  transition  et  depuis  Je  t*"  octobre ­
  1870,  date  à  partir  de  laquelle  sa  décision  a  été
mise  en  vigueur  sur  tous  les  points  du  territoire
fédéral,  on  n’a  pas  remarqué  que  celle-ci  ait
réagi  d’une  façon  préjudiciable  sur  les  affaires.
Nous  devons  mentionner  aussi  comme  ayant  leur
importance  les  prescriptions  élaborées  par  le  conseil ­
  fédéral  en  vue  de  l'exécution,  tant  des  lois  concernant ­
  l’imposition  du  tabac  que  de  la  législation
douanière  fédérale  et  de  la  statistique  relative  à
l’impôt  du  sel.  La  perception  de  l’impôt  rétroactif
dans  le  Mecklembourg  et  à  Lubeck,  l’organisation ­
  et  les  conditions  de  l’administration  douanière ­
  à  Hambourg,  l’augmentation  de  la  solde  des
agents  inférieurs  de  douane  et  d’autres  matières
encore  donnèrent  également  lieu,  tout  comme
en  1868,  à  de  nombreuses  dispositions  administratives. ­
  Le  décompte  des  recettes  communes  pour
1  année  1867  et  la  répartition  du  revenu  s’effectuèrent ­
  sans  aucune  difficulté.  Tel  est  eu  gros  Je  bilan
de  la  session  de  1869.
Ilieii  que  la  révision  du  tarif  fût  deux  fois  déjà
restée  sur  le  carreau  et  qu’une  convocation  du  parlement ­
  douanier  à  l’effet  d’y  donner  suite  parût  peu
probable  pendant  un  certain  temps,  la  dernière  session ­
  de  ce  parlement  n’avait  pas  été  plutôt  close  que
le  gouvernement  prussien  prit  la  détermination  de
tenter  une  nouvelle  expérience.  11  se  mit  même  si
activementàrœuvre,sestravauxpréparatoires  furent
        <pb n="552" />
        540

L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

poussés  si  vivement,  que  le  mois  de  mars  1870  ne  se
passa  pas,  sans  que  lesgouveniementsassociés  pussent
prendre  connaissance  du  nouveau  projet.  Cet  empressement ­
  avait  manifestement  sa  cause  dans  la  circonstance, ­
  que  la  première  période  électorale  pour  le
parlement  douanier  expirait  aux  termes  de  l’art.  9
§6  du  pacte  du  8  jnillet  avec  l’année  1870  et  qu’il
importait  de  ne  pas  la  laisser  écouler  avant  d’avoir
obtenu  un  résultat  décisif,  imposant  silence  à  ceux
(lui,  à  la  vue  des  récents  tiraillements,  pouvaient  être
tentés  de  mettre  en  doute  la  viabilité  et  les  services
de  celte  institution.  Aussi  la  révision  du  tarif  de
douane  fédéral  concentra-t-elle  sur  elle  le  principal ­
  intérêt  dans  les  délibérations  tant  du  conseil
fédéral  que  du  parlement  douanier  qui  remplirent
la  session  de  i  870.
Indépendamment  de  celle  révision,  le  parlement
douanier  était  appelé  à  statuer  :
1®  Sur  un  traité  de  commerce  et  de  navigation
avec  le  Mexique  du  20  novembre  1809;
2"Sur  un  traité  de  commerce,  d’amitié  et  de  navigation ­
  avec  le  royaume  des  îles  de  Ilava  du  19  février ­
  1870;
3“  Sur  un  projet  de  lui  portant  changement  à
l’imposition  du  sucre  de  betteraves  ;
4°  Sur  un  projet  de  loi  relatif  à  l’imposition  du
sirop  et  du  sucre  amylacés.
11  va  suffire,  à  l’égard  de  ces  quatre  chefs  et  de.la
suite  (|ui  leur  a  été  donnée,  de  quelques  très-
        <pb n="553" />
        «

PÉniODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  o4i
COU  lies  explications  après  lesquelles  nous  reviendrons
aussitôt  à  l’objet  culminant  de  la  troisième  et  dernière
session.  A  peine  le  traité  avec  le  Mexique  était-il  arrivé ­
  à  la  connaissance  du  public,  que  des  critiques
assez  vives,  fomentées  par  des  malentendus,  partirent ­
  de  Hambourg  et  de  Brême,  et  qu’on  put  se
demander,  pendant  un  moment,  si  l’opposition,  en
prenant  également  pied  dans  le  parlement  douanier,
ne  serait  pas  capable  d’en  compromettre  l’adoption,
lise  trouvait  que  le  gouvernement  mexicain,  après
s’être,  dans  quelques  traités  précédents,  mont  é
extrêmement  libéral  envers  les  étrangers,  avait  dans
les  dernières  années  modifié  sa  législation  intérieure
quanta  la  capacité  civile  de  ces  étrangers  et  à  l’exercice ­
  de  leur  culte,  et  qu’ayant  recouvré  sa  liberté
contractuelle  par  l’expiration  ou  la  dénonciation  des
anciennes  conventions,  il  se  refusait,  dans  la  plénitude ­
  de  son  droit,  de  porter  atteinte,  par  des  consentions ­
  nouvelles,  aux  dispositions  législatives  qu’il
venait  de  prendre.  Mais  lu  situation  des  étrangers
au  Mexique  n’a  pas  pour  cela  juridiquement  empiré
en  des  points  essentiels,  et  les  récents  traités  de
commerce  conclus  par  le  cabinet  de  Mexico,  pour
s’être  abstenus  de  reproduire  certaines  prérogatives,
ne  sont  conséquemment  qu’en  apparence  un  peu  plus
défavorables  aux  personnes  venant  du  dehors.  Les
griefs  que  fit  naître  le  traité  en  question  ont  été
très-soigneusement  groupés  et  discutés  dans  le  rapport ­
  qui  incombait  à  la  deuxième  des  trois  coin-
        <pb n="554" />
        542

LALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
missions  permanentes,  mais  annuellement  renouvelables, ­
  instituées  au  sein  du  conseil  fédéral,  la
première  pour  les  questions  de  tarif  et  d’impôt,  la
seconde  pour  le  commerce  et  le  transport,  la  troisième ­
  pour  la  comptabilité.  Aussi,  comme  les
opposants  s’étaient  peu  à  peu  convaincus  eux-mêmes
du  mal  fondé  de  leurs  objections,  ce  traité  finit  par
ne  plus  rencontrer  devant  lui  d’adversaires  ni  au
conseil  fédéral  ni  au  parlement  douanier.  Seulement,
tout  en  adhérant  à  la  convention  du  26  novembre ­
  1869,  le  parlement  douanier  discuta  assez  longuement ­
  sur  uneadditionàlaformuledeson  assentiment, ­
  par  laquelle  la  recommandation  était  faite  au
Præsidium  du  Zollverein,  d’obtenir  lors  des  ratifications, ­
  si  c’était  possible,  une  interprétation,
conforme  aux  intérêts  de  l’Association  et  des  parti  ­
culiers  en  faisant  partie,  de  quelques  clauses  dont
le  sens  paraissait  douteux.
Quant  au  traité  passé  h  Paris  le  19  février  1870
avec  les  îles  de  Hava,  qui  ne  renfermait  que  les  stipulations ­
  d’usage  dans  tous  les  traités  avec  les  contrées ­
  à  demi  civilisées  d’outre*mer,  il  ne  donna  lieu
dans  aucune  des  deux  assemblées  au  plus  léger  incident. ­

Le  projet  de  loi  sur  l’imposition  du  sucre  de  betteraves ­
  tendait  uniquement  à  l’abrogation  d’une
mesure  de  contrôle  inscrite  dans  un  vieux  règlement
sur  la  taxation  du  sucre  de  betteraves  indigène,  qui
remontait  aux  conférences  douanières  générales  de
        <pb n="555" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  543
Carlsruhe  tenues  en  1845.  D’après  cette  mesure,  le
fabricant  était  tenu  de  remettre  au  bureau  de  perception ­
  des  droits,  conformément  à  un  certain  modèle, ­
  le  relevé  de  tous  ses  approvisionnements  en
betteraves,  sauf  à  encourir  des  peines  déterminées
en  cas  de  contravention.  Mais  l’expérience  n’avait
pas  tardé  à  démontrer  à  quel  point  était  impraticable
et  inutile  une  pareille  prescription,  qui  était  aussi
tombée  partout  en  désuétude.  Comme  toutefois,  selon ­
  la  nouvelle  constitution  de  l’Association  douanière, ­
  des  changements  ne  pouvaient  être  apportés
à  cet  accord  anciennement  établi  que  par  les  voies
législatives,  le  conseil  fédéral  avait  proposé  dans  un
article  de  loi  très-bref,  d’enlever  tout  effet  aux  dispositions ­
  dont  s’agit,  et  cette  proposition  n’eut
triompher  d’aucune  résistance,  tant  elle  traduisait
la  pensée  commune.
Un  sort  tout  à  fait  différent  était  par  contre  destiné ­
  au  projet  de  loi  sur  l’imposition  du  sirop  et  du
sucre  amylacés,  lequel  projet  tentait  sans  doute  de
réaliser  la  stipulation  contenue  dansle  pacte  du  8  juillet ­
  1867,  dont  l’art.  3  §  3  s’exprime  notamment
comme  suit  :  «  Les  parties  contractantes  sont  convenues, ­
  en  outre,  que  dans  les  cas  où  la  fabrication  du
sucre  ou  de  la  mélasse  avec  un  produit  indigène  autre ­
  que  la  betterave,  avec  l’amidon  par  exemple,
prendrait  une  certaine  extension  dans  le  Zollverein,
cette  fabrication  serait  également  frappée,  dans  tous
les  Étals  associés,  d’un  impôt  Ai  régler  d’après  les
        <pb n="556" />
        541

L  ALLEMAGNK  ÉCONOMIQUE.

bases  adoptées  pour  le  sucre  de  betteraves.  »  Ce  projet, ­
  qui  avait  grandement  alarmé  dès  le  début  les  industriels ­
  intéressés  dans  la  question,  ne  trouva  pas
non  plus  beaucoup  d’écho  au  sein  du  conseil  fédéral,
et  quand  il  affronta  enfin  l’examen  du  parlement
douanier,  il  y  fut  accueilli  avec  défaveur  par  presque
tous  les  partis,  et,  après  y  avoir  essuyé  tour  à  tour  le
reproche  de  n’être  pas  sulíisaniment  mûri  ou  d’être
dénué  de  fondement,  il  succomba  devant  une  majorité ­
  compacte  qui  frisait  bunanimité.
Revenons  donc  maintenant  à  la  révision  du  tarif
fédéral,  qui  constituait  la  grande  attraction  et
comme  le  point  de  mire  de  cette  nouvelle  session,
tant  à  cause  de  l’importance  qu’elle  présentait  en
elle-même,  qu’à  cause  de  l’intérêt  parlementaire,
que  projetait  sur  elle  le  double  échec  qu’elle  avait
essuyé.  Délaissant  cette  fois  le  chemin  pris  par  lui
à  deux  reprises  pour  arriver  à  rétablir  le  niveau  des
recettes,  le  gouvernement  prussien  renonça  au  pétrole ­
  dont  la  taxation  éventuelle  avait  été  si  fortement ­
  réprouvée  en  principe  et  y  substitua  une  augmentation ­
  du  droit  sur  le  café,  qu’il  proposait  de
porter  de  5  thalers  à  5  thalers  25  gros.  Les  propositions ­
  actuelles  différaient  en  outre  du  projet  de
1869  en  ce  que  :
1"  La  demande  de  diminuer  de  moitié  les  droits  sur
le  riz,  qui  étaient  de  \  thaler  par  quintal,  ne  fut  pas  renouvelée, ­
  pas  plus  que  celle  invitant  à  l’abaissement
des  droits  pour  les  ouvrages  grossiers  en  fonte  ;
        <pb n="557" />
        »5

PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  54.^
Des  exemptions  nouvelles  de  droits  furent  réclamées ­
  au  profit  du  riz  destiné  à  la  fabrication  de
l’amidon,  des  écorces  d’oranges,  des  feuilles  de
laurier,  du  papier  à  mouche  et  antirhumatismal,
de  l’huile  de  palme  et  de  coco  ;
n  Une  réduction  des  droits  fut  réclamée  aussi
sui  la  stéarine,  1  acide  stéarique  et  les  tapis  de  qualité ­
  inférieure.
Mais  une  opposition  accentuée  se  fit  d'emblée
jour  au  parlement  douanier  à  l'encontre  de  l’aggravation ­
  de  charges  méditée  pour  le  café,  et  y  fut
soutenue  par  les  motifs  les  ¡dus  dissemblables.  La
plupart  des  raisons  qu’on  fit  valoir  à  l’appui  de
cette  opposition  masquaient  d’ailleurs  la  raison  véritable, ­
  qu’il  fallait  chercher,  comme  celle  de  la
polémique  à  propos  du  pétrole,  dans  la  répugnance ­
  à  procurer  aux  gouvernements  associés  et  nohimment
  à  la  Prusse  par  la  voie  des  impôts  indirects
une  augmentation  de  recettes,  qui  n’avait  pas  pour
pendant  chez  le  parlement  douanier  le  droit  consti*
futionnel  corrélatif,  de  se  prononcer  sur  les  dépenses ­
  à  faire.  N’était-elle  pas  aussi  assez  singulière,
bi  position  faite  à  cette  imposante  représentation
nationale,  qui  était  investie  de  la  faculté  d’élever
ou  d’abaisser  les  taxes  de  douanes,  sans  pouvoir,  en
quelque  mesure  que  ce  fût,  contrôler  l’emploi  des
deniers  perçus  ?  Et  fallait-il  s’étonner  de  ce  qu’une
pareille  anomalie,  qui  politiquement  fournissait  matière ­
  aux  réflexions  les  plus  sérieuses,  ne  cessât,  à
        <pb n="558" />
        o46  lallkmagnk  économiquk.
travers  toutes  les  sessions,  d  exercer  une  influence
perturbatrice  sur  les  délibérations?  Pour  le  parti
national  et  le  parti  progressiste  il  y  avait  là  en  effet
une  occasion  de  travailler  à  l’accroissement  des  attributions ­
  du  parlement  douanier,  tandis  que  les
adversaires,  peu  nombreux  il  est  vrai,  delà  transformation ­
  du  Zollverein  n’étaient  pas  fâchés  d’une
circonstance,  dont  ils  espéraient  voir  un  jour  ou
l’autre  sortir  l’abandon  ou  le  remaniement  de  la
constitution  fédérale.  Aussi  tous  ces  éléments  ne
manquaient-ils  pas  de  se  prêter  mutuellement
aide  et  assistance,  chaque  fois  qu’il  s  agissait  de
mettre  obstacle  à  de  nouvelles  perceptions  d’une
certaine  portée.
Mais  déjà  l’issue  des  débats,  qui  se  placèrent  en
1809,  avait  témoigné  de  l’existence  d’un  courant  opposé ­
  à  ces  tendances  et  capable,  dans  les  moments
critiques,  d’en  avoir  raison.  Et  de  même  donc  qu’en
1809  le  projet  de  loi  sur  l’imposition  du  sucre  de  betteraves ­
  avait  dû  son  salut  à  une  sorte  de  transaction
entre  les  partis  coutendants,  de  même  en  1870,  la
reprise  delà  discussion  sur  la  révision  du  tarif  mit  en
lumière  la  présence  en  quantitésuftisante  d’éléments
conservateurs,  auxquels  des  fractions  d’autres  partis
ne  demandaient  pas  mieux  que  de  se  joindre,  mues
qu’elles  étaient  par  le  désir  d’atteindre  à  un  résultat ­
  qui  fût  satisfaisant  dans  une  mesure  quelconque,
et  de  ne  pas  laisser  la  première  période  électorale
du  Zollverein  se  passer  eu  luttes  itérativement  sté-
        <pb n="559" />
        PÉIWODK  FINALK  IJU  ZOLLVEHEIN.  ÔÍ7
riles.  Dll  moment  en  effet  que,  dans  la  délibération
préliminaire  sur  le  projet  de  loi,  l’aggravation  du
droit-,  supporté  par  le  café,  eut  été  repoussée  à  la
majorité  de  187  voix  contre  63,  on  vit  ces  conservateurs ­
  se  mettre  en  mouvement  et  entrer  avec  les
différents  groupes  et  leurs  orateurs  en  négociations
très-suivies,  d  où  résultèrent  plusieurs  amendements ­
  à  la  loi  du  tarif.  Seules,  la  fraction  de  l’Allemagne ­
  du  Sud  et  la  gauche  extrême  se  tinrent  en
dehors  de  celte  agitation,  la  première  ne  voulant
pas  renoncer  à  son  mot  d'ordre,  qui  était  la  négation
quand  même,  et  l’autre  ne  croyant  pas  pouvoir
transiger  sur  des  questions  de  principes.  Parmi  les
amendements  proposés,  celui  du  baron  de  Patow  et
consors,  auquel  le  conseil  fédéral  déclara  vouloir
se  rallier  également,  parut  devoir  prendre  le  pas
sur  les  autres,  et  fut  effectivement  adopté  lors  du
vole  final  par  186  voix  conire  84.  Cet  amendement
tendait  :
r  A  réduire  de  moitié  les  droits  sur  Je  fer  brut,
ce  qui  les  mettait  à  2  gros  1/2  par  quintal  ;
2®  A  maintenir  l’abaissement,  admis  déjà  dans
le  cours  de  la  discussion  par  le  parlement,  des
droits  sur  le  riz  jusqu’à  concurrence  de  50  0/0,
ce  qui  les  faisait  descendre  à  15  gros  par  quintal,
do  30  gros  ou  1  thaler  qu’ils  étaient  auparavant  ;
3“  A  rétablir  sur  le  café  la  surtaxe  de  25  gros  qui
avait  été  écartée  par  la  délibération  préliminaire,
de  Idle  sorte  que  cette  denrée  aurait  à  acquitter
        <pb n="560" />
        ü48

l’allkmagnk  économique.

1  dialer  25  gros  au  lieu  de  5  dialers  par  quintal.  .
Au  point  de  vue  liscal,  la  voie  dans  laquelle  il  s’agissait ­
  ainsi  d'entrer  promettait  des  satisfactions
plus  ou  moins  considérables,  attendu  que  le  préjudice ­
  causé  au  trésor  commun  par  la  réduction  des
droits  sur  les  fers  et  le  riz  devait  être,  selon  toute
prévision,  compensé  dans  un  bref  délai  par  une  importation ­
  accrue,  et  que  l’augmentation  des  droits
sur  le  café  devait  combler  certainement  et  au  delà
les  déficits,  ayant  pour  cause  toutes  les  autres  exemptions ­
  et  diminutions  de  droits.  Or,  cette  circonstance ­
  était  certainement  de  nature  à  rendre  l’amendement ­
  dans  son  ensemble  acceptable  pour  les
gouvernements  associés,  auxquels  l’épuration  si  indispensable ­
  du  tarif  de  douane  n’imposait  non-seulement ­
  aucun  sacrifice,  mais  allait  rapporter  encore  un
petit  boni.  L’habileté  stratégique  de  l’amendement,
qui  était  on  ne  peut  mieux  calculé  sur  la  situation
parlementaire,  apparaissait  d’ailleurs  encore  dans
d’antres  directions.  Les  agriculteurs  de  la  Prusse
orientale  et  les  libres-échangistes  ne  pouvaient  pas
ne  pus  accueillir  avec  plaisir  l’abaissement  des  droits
sur  les  fers,  bien  qu’ils  ne  se  déclarassent  encore  nullement ­
  satisfaits  et  qu’ils  n’hésitassent  pas  a  dire  que
la  suppression  de  ces  droits  continuerait  à  rester  leur
objectif.  La  réduction  des  droits  sur  le  riz  était  faite
de  son  côté  pour  gagner  les  cœurs  d’une  partie  des
libres-échangistes  et  pour  faire  taire,  par  la  perspectived’uiiedimiuulionau
  moins  momentanée  des  re-
        <pb n="561" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  549
celles,  les  scrupules  de  ceux  des  membres  des  groupes
libéraux  que  laugmentalion  de  ces  recelles  indisposait. ­
  Une  entente  aussi  parfaite  du  terrain  devait
trouver  sa  récompense  :  1  79  voix  sur  244  votants
se  prononcèrent,  à  l’épreuve  finale,  en  faveur  de  la
loi,  qui  entra  en  vigueur  avec  le  U'  octobre  1870,
après  que  le  conseil  fédéral  y  eut  souscrit  à  son  tour
sans  difficulté.  Le  même  conseil  fédéral  procéda
aussi,  en  vue  de  l’exécution  de  la  loi,  à  une  nouvelle ­
  rédaction  du  tarif  fédéral,  laquelleétait  dépourvue ­
  cependant  de  toute  force  législative,  et  du  catalogue ­
  administratif  des  marchandises.
Grâce  à  l’adoption  de  celle  loi,  dont  nous  nous
proposons  de  consigner  les  indications  d’un  intérêt
tout  actuel  dans  une  Annexe  à  notre  travail,  un  progrès ­
  réel  se  trouvait  réalisé  dans  la  législation  du  tarif, ­
  progrès  s’accusant  par  la  simplification  de  ce
tarif  en  même  temps  que  par  de  nouvelles  facilités
données  au  commerce,  en  ce  qui  concernait  un  grand
nombre  d’articles  servant  à  l’alimenter.  Celle  simplification ­
  est  surtout  d'un  puissant  intérêt  pour  le
trafic  relatif  aux  produits  chimiques.  L’industrie  des
produits  chimiques  a  dans  les  dernières  périodes
décennales  pris  un  tel  développement,  déployé  une
telle  fécondité,  qu’il  était  devenu  pour  ainsi  dire
impossible  aux  autorités  douanières  de  discerner  les
divers  produits,  souvent  très-différemment  imposés
dans  l’ancien  tarif.  De  plus,  la  plupart  de  ceux-ci
constituent  des  matières  auxiliaires,  absolument  in-
        <pb n="562" />
        ÖÖO  l’aLLIíMAGNR  ÉCONOMIQUR.
dispensables  à  d’autres  exploitations  industrielles.  El
quand  nous  aurons  ajouté  quel’état  de  l’industrie  chimique ­
  dans  le  Zollverein  était  assez  florissant,  pour
que  la  concurrence  étrangère  ne  dût  paraître  redoutable ­
  que  sur  un  bien  petit  nombre  de  points,  on  connaîtra ­
  les  raisons  concluantes  qui  militaient  pour  une
exemption  des  droits  à  l’entrée  de  la  plupart  des
produits  chimiques,  sinon  de  leur  totalité,  ainsi
que  cela  était  demandé  même  de  certains  côtés.  Seulement ­
  la  majorité  n’osa  ni  dans  le  conseil  fédéral
du  Zollverein,  ni  dans  le  parlement  douanier,
prendre  une  détermination  aussi  radicale,  et  voilà
pourquoi  la  position  5  du  tarif  fédéral,  ayant  trait
à  la  droguerie^  aux  objets  pharmaceutiques  et  aux
couleurs^  a  maintenu  encore  des  droits  modiques  suides ­
  produits  particulièrement  importants,  tels  qu’éther,
  chloroforme,  collodion,  huiles  éthérées,  soude
caustique,  prussiates  de  fer  et  de  potasse,  alun,
chlorure  de  chaux,  etc.  En  outre,  on  affranchit  de
toute  charge  une  foule  d’objets  qui  ne  procuraient
tout  de  même  pas  de  recettes  abondantes  et  qui
donnaient  lieu  à  une  exportation  aussi  active  ou
plus  active  même  que  l’importation,  de  sorte  que
les  exemptions  complètes  de  droits  s’étendirent  sur
!1  à  400  des  articles  portés  à  la  nomenclature  administrative ­
  des  marchandises.
En  fait  de  travaux  administratifs,  le  conseil  fédéral ­
  du  Zollverein  ne  s’en  tint  pas,  il  s’en  faut  beaucoup, ­
  à  ce  catalogue  des  marchandises,  et  an  libellé
        <pb n="563" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  551
du  nouveau  tarif,  qu  ou  applique  encore,  et  la  session ­
  de  1870  lui  en  vit  accomplir  beaucoup  d’autres,
aux  plus  saillants  desquels  il  convient  d’accorder  ici
une  rapide  mention.
1)  Nos  lecteurs  se  rappellent  peut-être  la  convention ­
  du  8  mai  1867  qui  supprima  le  monopole  régalien, ­
  là  où  il  existait  encore,  pour  l’exploitation  des
•salines,  en  même  temps  qu  elle  introduisit  une  imposition ­
  commune  du  sel,  et  qui  fut  suivie  de  si
près  tant  par  la  convention  du  4  juin  1867,  dont
l’art.  6  déclarait  commun  entre  les  Étals  associés
le  produit  des  douanes  et  des  impôts  sur  le  sel  indigène, ­
  que  par  le  pacte  du  8  juillet  1867  portant
dans  son  article  3  §  3,  «  que,  dans  les  territoires  des
parties  contractantes,  il  existerait  une  législation
uniforme  sur  l'impôt  du  sel  extrait  dans  l’étendue
de  l’Association  ».  La  production  sal  in  ¡ère  a  toujours
été  considérable  dans  le  Zollverein,  et  il  suffira,  pour
s’assurer  de  sou  importance,  de  promener  les  regards
sur  les  deux  tableaux  ci-après,  qui  reproduisent  son
mouvement  pour  les  années  I860  à  1869.

Tableaux.
        <pb n="564" />
        ü52

l’allemagnk  économique

ANNÉES.

18G0
1801
1802
1803
1801
1865
18K0
1867
1808
186!)

NOAt  B  UE
des
EXPLÍIUTIOIIS.

SEL  GEMME.

(HUXTITÍS  M0»mTI8

QUINTAIX.

1,023,340
1,101.371
1.702,058
2,712,509
1,093,753
3,403,424
4,800,4.59
5.519,486
0,377,325
6,107,830

«ülimis  MEtBITlS,
évaluées
EN  THAEEBS.

360,607
391,388
455,939
581.074
971.074
537,5.9
723,526
808,215
949,552
1,065,502

NOMBRE
des
OIIVBIEHS.

003
779
979
1,095
1,189
1,049
1,103
1,108
1.319
1,387

1800
1861
1802
1863
1861
1865
1866
1867
1808
1869

SEL  MAIUN  (blancj.

ANNÉES.

N  O  M  B  B  E
des
llfL01T4T10\X.

71
68
66
65
61
03
65
61
57
58

QOiSTiiKs  ?Roimm

PEINT  AUX.

5,011,576
5,416,595
5,606,055
5,500,120
5,007,613
5.724,109
5,619,346
5,503,760
5.339,031  ■
5,612,485

QIA1ITIIÉS  FROttlTfS,
évaluées
EN  TH  AI.EBS.

5,563,048
.5,847,824
5,946,123
5,428,276
3,096,876
3,008,067
3,518.722
3,410,606
2,275,527
2,471,882

N  O  M  B  B  E

Oi:\BIERS.

5,143
5,145
4,9.50
4,9v8
3.814
3,742
3.779
3,371
3,025
2,977

Or  pour  l’exécntioii  de  la  loi  d'imposition  du  sel,
il  avait  6t(^  institué  une  année  déjà  auparavant,  c’està-dire
  en  I860,  une  commission  d’hommes  spéciaux, ­
  pris  dans  les  divers  États  associés,  et  celte
        <pb n="565" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN,  5‘)3
commission,  après  s’êiro  livrée  à  Stassfurt  aux  expériences ­
  nécessaires,  en  avait  rendu  un  compte  détaillé. ­
  C’est  à  la  suite  du  rapport,  que  plusieurs  des
propositions  y  faites  furent  agréées  et  qu’on  prescrivit ­
  simultanément  la  continuation  des  essais  techniques ­
  sur  le  fait  de  dénaturer  le  sel  ci  livrer  exempt
d’impôt.
2)  L  exécution  de  la  loi  d’imposition  du  sucre,
votée  en  1869,  conduisit  aussi  à  arrêter  les  échanlillons
  devant  servir  de  types,  ainsi  que  les  mesures
commandées  par  l’emploi  du  moyen  délicat  de  contrôle ­
  demandé  h  la  polarisation.  Personne  n’ignore
en  effet,  à  ce  dernier  égard,  qu’on  détermine^trèsexactement
  la  quantité  de  sucre  qui  existe  dans  les
dissolutions,  en  mesurant  les  déviations  que  ces
dissolutions  sucrées  produisent  sur  le  plan  de  polarisation, ­
  et  que  cette  méthode,  pour  laquelle
MM.  Soleil  et  Clerget,  appliquant  une  observation
importante  de  notre  immortel  Biot,  out  construit  des
appareils  spéciaux,  les  polarimètres,  qui  servent  à
apprécier  la  nature  et  le  degré  saccharimétrique
•J’une  substance  sucrée,  est  celle  connue  sous  le
nom  de  saccharimétrie  optique.
3)  Conformément  aux  dispositions  des  traités
d’union,  et  spécialement  d’après  l’article  11  du
pacte  du  8  juillet  1867,  aux  termes  duquel  «  l’état
de  la  population  dans  les  territoires  des  parties  contractantes ­
  sera  relevé  tous  les  trois  ans,  et  le  contrôle
en  sera  transmis  au  conseil  fédéral  ,,,  un  nouveau
        <pb n="566" />
        554  l’allemagne  économique.
dénombrement  devait  avoir  lien  en  1870  afin  de
servir  de  base  à  la  répartition  des  recettes.  Les
dénombrements  anlérienrs  avaient  été  entachés
d’inconvénients,  et  laissé  subsister  des  doutes,  dont
il  importait  d’affranchir  désormais  ces  sortes  d'opérations. ­
  En  même  temps  la  science  et  le  rôle  gou-*
  vernemental  de  la  statistique  avaient,  sousl’iniluence
notamment  de  congrès  internationaux  périodiques,
changé  tellement  d’aspect,  qu’il  parut  convenable
de  mettre  en  harmonie  avec  la  mission  complexe,
avec  les  services  multiples  de  la  statistique,  un  dénombrement ­
  réclamé  par  les  besoins  financiers  de
l’Association.  En  exécution  d’une  résolution  émanée
du  conseil  fédéral  du  Zollverein  eu  1869,  une  commission ­
  statistique  avait  été  établie  à  ces  diverses
fins,  laquelle,  s’étant  réunie  à  Berlin  le  1  2  juin  1870,
vint  après  vingt-trois  séances  plénières  soumettre  le
résultat  de  ses  délibérations  h  ce  conseil,  qui  dans  la
mesure  où  sa  compétence  s’exerçait  fixa  les  règles
à  suivre  pour  le  prochain  dénombrement.  Mais  ce
travail,  qui  devait  être  entrepris  dans  le  courant  du
mois  de  décembre  de  l’année  1870,  fut  forcément
reculé  par  la  guerre  jusqu’à  l’année  suivante.
4)  Les  dispositions  douanières  n’avaient  pu  être
prises  dans  la  ville  de  Hambourg  et  les  diverses  portions ­
  de  son  territoire  sans  soulever  une  foule  de  questions ­
  et  de  difficultés  dont  la  solution  appartenait  au
conseil  fédéral.  De  tous  les  incidents,  le  plus  mémorable ­
  assurément  se  produisit  à  la  date  du  5  mai  1870,
        <pb n="567" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  555
jour  auquel  Hambourg  vit  s’ouvrir  aux  marchandises
lédérales  un  grandiose  entrepôt,  qui  ne  peut  manquer ­
  de  concourir  de  la  manière  la  plus  efficace  au
placement  des  produits  du  Zollverein  dans  les  pays
d’outre-mer.
5)  A  la  perception  de  l’impôt  rétroactif  dans  le
Mecklembourg,  le  Lauenbourg  et  Lubeck  se  rattachaient ­
  également  un  grand  nombre  d’embarras  et
d’incertitudes,'auxquelles  le  conseil  fédéral  mil
cette  fois  un  terme  définitif.
0)  Le  conseil  fédéral  établit  enfin  —  car  nous  voulons ­
  couper  court  ici  à  une  énumération  qui  pourrait ­
  être  rendue  pluslongue—et  établit,sans  éprouver
de  contradiction,  le  compte  définitif  des  recettes
douanières  et  du  produit  de  l’impôt  sur  le  sucre
pour  l’année  1808,  ainsi  que  celui  des  frais  occasionnés ­
  par  la  session  du  parlement  qui  avait  siégé
en  1809.  Mais  comme  les  renseignements  que  nous
avons  pu  nous  procurer  sur  les  comptes  de  l’Association ­
  vont  même  au  delà  de  la  comptabilité  mentionnée ­
  sous  ce  sexto,  ce  qui  ne  vaut  que  mieux,
puisqu’ils  éclairent,  en  nous  en  rapprochant  davantage, ­
  le  moment  actuel,  et  comme  d’ailleurs  la  fin
inopinée  du  Zollverein  ne  nous  permettrait  pas  de
les  placer  rationnellement  plus  loin,  ainsi  que  nous
l’eussions  désiré,  nous  allons  saisir  l’occasion  qui
nous  est  offerte  de  les  exposer  à  cet  endroit,  sous  la
forme  consacrée  de  tableaux  au  nombre  de  3,  dont
les  rubriques  feront  suffisamment  connaître  l’objet.
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        L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

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        2.  Décompte  provisoire
DES  nECETTES  COMDEXES  E\  DUDITS  DE  IKU'tXE  A  I.’e.MRKE  ET  A  LA  SORTIE,  Y  COUIT.IS  LES  AUTRES  IMlODflTS  S’V  lUI-I-OI!TANT
POUR  l’axxêe.  1870.
(D'après  lei  chiffres  officiels.)

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        I’KIUODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN,

559

Altslraclioii  faite  de  ces  comptes,  on  ne  saurait,
quand  d'une  façon  générale  on  rapproche  des  périodes ­
  antérieures  du  Zollverein,  gouvernées  par
ranciennc  constitution,  la  dernière  période  triennale ­
  écoulée,  durant  laquelle  l’expédition  des  affaires ­
  incomba  au  conseil  fédéral  de  l’Association  et  au
parlement  douanier,  contester  les  mérites  supérieurs
de  celle-ci  sous  le  rapport  du  nombre  et  del’imporlance
  des  travaux  accomplis.  Tandis  qu’eu  effet  les
conférences  générales  n’avaient  parfois  pas  duré
moins  de  8  à  10  mois,  sans  donner  depuis  1853  des
résultats  qui  ne  fussent  insignifiants  ou  même  liumlliaiils,
  nous  voyons  prendre  place  et  mettre  à  exécution ­
  dans  les  trois  années,  partant  de  celle  où  fut  donnée ­
  la  constitution  de  1807,  un  nombre  respectable
de  lois,  règlements,  mesures  administratives,  traités ­
  de  commerce  les  plus  importants,  non  y  compris ­
  même  cette  large  révision  du  tarif,  poursuivie
dans  un  esprit  dont  le  libéralisme,  si  propice  aux
échanges,  était  demeuré  inconnu  à  l’administration
préexistante  du  Zollverein.  Le  parallèle  tourne  donc
manifestement  à  l’avantage  du  système  inauguré
en  1807,  en  établissant  que  le  veto  tant  prisé  par  les
particularistes,  dénué  en  principe  de  valeur,  n’était ­
  guère  bon  qu’à  enrayer  tout  progrès,  et  en  justifiant ­
  les  décisions  emportées  par  les  majorités
ainsi  que  l’introduction  dans  la  sphère  législative  de
l’élément  parlementaire.  On  ne  peut  nier  sans  doute
que,  même  dans  les  séances  du  parlement  douanier.
        <pb n="572" />
        üOO  i/allemaüne  économique.
les  divisions  politiques,  el  l’autagonisme  entre  la
protection  et  le  libre-échange  ne  se  soient  souvent
fait  jour  d’une  façon  qui  laissait  bien  à  désirer.
Mais  dans  un  milieu  parlementaire,  de  tels  contrastes ­
  tirent  moins  à  conséquence  que  dans  des  négociations ­
  de  gouvernement  à  gouvernement,  attendu
que  ^abandon  des  débats,  leur  publicité,  la  possibilité ­
  pour  tous  les  intérêts  de  se  faire  prendre  en
considération  interviennent  toujours  dans  la  lutte,
pour  eu  modérer  les  ardeurs,  et  mettre  les  combattants ­
  à  la  raison.  Chacune  des  trois  sessions  du  parlement ­
  douanier  a  vu  renaître  et  soutenir  de  part  et
d’autre  avec  vigueur  cette  lutte  entre  le  camp  protectionniste ­
  et  le  camp  libre-échangiste.  11  est  vrai
qu’aucune  décision  formelle  n’en  est  venu  marquer
le  terme,  par  la  raison  que  la  majorité  des  membres
du  parlement  douanier  ne  se  souciaient  pas  de  déserter ­
  le  terrain  pratique  qui  leur  était  assigné  pour
se  placer  sur  celui,  moins  solide,  des  théories  toujours ­
  contestables;  et  néanmoins  les  discussions  qui
eurent  lieu  olfrent  à  l’observateur,  dégagé  de  préventions, ­
  des  points  de  repère  suftisanls  pour  l’appréciation ­
  de  la  situation.
Parla  force  même  des  choses,  les  organes  du  parti
libre-échangiste  se  recrutaient  tant  parmi  les  représentants ­
  des  villes  maritimes  et  des  places  de  commerce ­
  les  plus  importantes  du  Nord,  que  parmi
certaines  personnalités  en  vue  appartenant  aux  fractions ­
  libéralesi  Mais  le  côté  piati&amp;lt;|ue  de  la  question
        <pb n="573" />
        561

PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.

faisait  iialiirellement  plutôt  l’alTaire  des  premiers,
tandis  que  les  seconds  s’arrêtaient  de  préférence  à
son  côté  spéculatif.  Or,  bien  que  ce  parti  eût  pour
lui  le  nombre,  une  plus  grande  habileté  parlementaire, ­
  la  parole  renommée  de  plusieurs  de  ses
adhérents,  il  n’est  pas  parvenu  jusqu’ici  à  pousser
victorieusement  sa  démonstration  au  delà  des  arguments ­
  théoriques,  servis  par  lui  depuis  des  années.
Ainsi,  notamment,  il  n’a  pas  réussi  à  affaiblir  la
portée  considérable  de  ce  fait  historique,  qui  nous
montre  toutes  les  nations  de  quelque  importance
amenées  à  la  naissance  de  leur  industrie,  à  recourir
à  un  système  protecteur  très-étendu,  souvent  trèsrigoureux,
  introduit  même  et  maintenu  avec  une
Apreté  particulière  par  ceux  précisément  des  peuples ­
  qui,  comme  le  peuple  anglais  et  le  peuple  de
1  Amérique  du  Nord,  paraissent  posséder  au  plus
haut  degré  le  tempérament  économique.  Cette  cireonstance
  que  l’Angleterre,  assurée  de  sa  supériorité
industrielle  au  regard  des  autres  contrées,  s’est
enlin  convertie  au  libre-échange,  ne  démolit  pas,
tant  s’en  faut,  le  système  protecteur.  Et  il  est  étonnant ­
  que  dans  les  longs  développements  auxquels
ont  conduit  les  deux  thèses  en  sens  contraire,  le  fait
historique  que  nous  venons  de  relever  n’ait  pas  pris
la  place  qui  lui  appartient.  Ce  qui  fait,  selon  nous
la  force  du  libre-échange,  ce  n’est  pas  qu’il  veuille
de  parti  pris  et  ab  ovo  faire  table  rase  de  toutes
barrières  douanières  comme  d’autant  de  digues
        <pb n="574" />
        562  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
inutiles  et  pernicieuses,  empêchant  la  communication ­
  libre  et  naturelle  entre  les  différents  pays.  Nous
pensons  avec  de  bons  esprits  (Ij  que  le  droit  protecteur ­
  pour  certaines  industries  peut  être  comparé
aux  sacrifices  de  différentes  natures  que  Ton  fait
pour  des  terrains  nouvellement  défrichés  afin  de
les  rendre  féconds,  de  stériles  qu’ils  seraient  restés
sans  une  dépense  anormale  en  engrais  et  en  labour.
Il  ne  nous  coûte  même  pas  trop  encore  d’admettre
que,  dans  certains  cas,  les  droits  protecteurs  peuvent
être  considérés  comme  une  honorable  subvention
de  l’État  en  faveur  de  la  classe  laborieuse,  qui  ne
pourrait  être  occupée  sans  elle  ;  parce  que  mieux
vaut  en  tout  cas  cet  impôt  qui  ne  revient  qu’au  travailleur ­
  qui  l’a  gagné  que  la  hideuse  taxe  des  pauvres, ­
  que  nos  voisins  d’Angleterre  sont  obligés  de
s’imposer,  ne  disposant  pas,  malgré  leurs  ressources
immenses,  d’assez  de  travail  pour  en  fournir  à  tous
ceux  qui  en  réclament.  Mais  les  partisans  du  libreéchange
  nous  paraissent  au  contraire  reprendre  le
dessus  et  devenir  irrésistibles,  lorsqu’ils  sont  à
même  de  prouver  qu’aucun  des  motifs  susénoncés,
([ui  expliquent  et  justifient  jusqu’à  uncertain  point
la  protection,  ne  peut  être  invoqué  ;  que  par  exemple ­
  l’industrie  qui  doit  en  bénéficier  ne  promet  pas
de  devenir,  par  elle,  assez  forte  et  assez  vivace  pour

(1)  Voir  notamment  Michel  Alcan,  dans  son  tlisai  sur  les  ma~
tiéres  textiles,  18i7,  pages  731  et  suivantes.
        <pb n="575" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  56^
pouvoir  s’en  passer  un  jour,  ou  bien  qu’elle  ne  sert
pas  à  soutenir  une  nombreuse  masse  de  travailleurs
qui  ne  pourraient  être  occupés  sans  elle,  ou  bien
encore  que  la  protection  accordée  a  fait  son  œuvre,
qu’elle  n’est  plus  nécessaire  au  but  qu’elle  s’était ­
  proposé  et  qui  a  été  atteint,  et  que  la  conserver
plus  longtemps,  serait  vouloir  avantager  quelques
individus  au  détriment  de  tous.  Aussi  le  débat  devrait-il ­
  toujours,  nous  semble-t-il,  pour  ne  pas  s’égarer, ­
  se  restreindre  à  l’examen  de  ces  quelques  points!
Appliquant  à  notre  sujet  cette  observation  générale, ­
  nous  dirons,  qu'au  lieu  de  disserter  in  abstracto ­
  sur  la  protection  et  la  liberté  commerciale
on  eût  mieux  fait  sans  doute,  et  donné  des  preuves
d’un  esprit  plus  pratique,  en  se  bornant  à  interroger, ­
  pour  chacune  des  branches  de  l’industrie  allemande, ­
  le  degré  de  perfection  auquel  elle  était  parvenue, ­
  afin  de  savoir  si  elle  pouvait  désormais
échapper  au  régime  de  la  tutelle.  Que  pour  bon
nombre  de  ces  branches,  l’âge  de  la  majorité  ait
sonné,  c’est  ce  qui  ne  saurait  être  mis  en  doute  par
aucun  de  ceux  qui  connaissent  et  jugent  avec  indépendance ­
  la  fabrication  allemande  et  c’est  ce  qui
résulte  en  même  temps  de  bien  des  données  statistiques ­
  ;  qu’il  fallût  en  dire  autant  de  toutes  les  branches, ­
  ainsi  qu’on  s’y  trouve  en  quelque  sorte  convié
par  les  propositions  des  libres-échangistes,  était  un
parti  qu’on  pouvait  hésiter  à  prendre,  à  défaut  de
renseignements  suffisants,  et  en  présence  des  périls
        <pb n="576" />
        564  l’allemagne  économique.
que  rexpérimentatioii,  quand  elle  est  prématiir(^e,
entraîne  après  elle  en  pareille  matière.  Et  voilà
pourquoi  la  majorité  du  parlement  douanier,  quoique ­
  inclinant  plus  vers  le  libre-échange  que  vers  la
protection,  ne  se  résolut,  sans  que  même  des  étrangers ­
  comme  nous  pussent  lui  en  savoir  trop  mauvais ­
  gré,  à  des  suppressions  ou  à  des  modérations  de
droits  que  dans  les  cas  où  il  lui  était  démontré  par
des  faits  que  l’industrie  allemande  était  capable  de
soutenir  tout  de  même  la  lutte  avec  avantage.  Un
certain  tact  politique  paraît  avoir  fait  plus  ici  que
tous  les  arguments  des  protectionnistes.
Cenx-ci  comptaient  dans  leurs  rangs  des  hommes
comme  Stumm,  de  Sybel  et  autres,  que  leurs  intérêts ­
  y  fixaient,  ou  bien  des  personnalités  appartenant
à  la  science  pure.  La  première  place  parmi  ces  dernières ­
  revenait  sans  conteste  à  un  des  représentants  du
Wurtemberg,  le  célèbre  docteur  Molli,  pour  l’étendue
de  ses  connaissances  aussi  bien  que  pour  son  zèle
et  son  inébranlable  constance.  Mais,  quoiqu’il  disposât ­
  d’une  plus  grande  somme  de  savoir  et  fût  animé
peut-être  d’une  conviction  plus  ferme  que  beaucoup ­
  de  ses  adversaires,  il  n’est  guère  possible  de
le  féliciter  des  lances  qu’il  rompit  dans  l’intérêt  du
système  protecteur.  Lui  aussi  a  justifié  la  vérité  de
la  rétlexion  de  ce  sage  de  la  Grèce,  qui  trouvait
chose  difficile  de  garder  la  mesure,  et,  en  donnant
dans  ses  plaidoyers  si  nombreux  une  extension  immodérée ­
  à  ses  théories  protectionnistes,  il  a  certaine-
        <pb n="577" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  505
ment  porté  à  la  cause  qu’il  voulait  défendre  des
coups  plus  funestes  encore  que  n’étaient  ceux  qui
parlaient  du  camp  ennemi.  Réclamer  des  droits  protecteurs ­
  même  pour  des  objets  qui  ne  peuvent  guère
être  considérés  comme  des  produits  d’une  industrie
véritable  et  qui,  en  tout  cas,  ne  fournissent  pas  un
aliment  digne  d  attention  aux  échanges  internationaux, ­
  tels  que  de  méchants  chapeaux  de  feutre,
des  ouvrages  grossiers  en  écorce,  paille  ou  roseau,
des  balais,  etc.,  n’était-ce  pas  éveiller,  chez  les  amis
d’une  plus  grande  franchise  d’allures  pour  le  commerce, ­
  la  crainte  que  de  pareilles  doctrines,  si  elles
pouvaient  jamais  prévaloir,  ne  fissent  plus  de  mal  à
la  nation  que  ne  pourrait  lui  faire  du  bien  toute
protection  imaginable  accordée  à  l’industrie  indigène? ­
  Le  duel  entre  le  libre-échange  et  la  protection ­
  Il  est  sans  doute  pas  encore  sur  le  point  de
finir,  la  lutte  paraissant  même  entretenue  par
I  exemple  de  1  Amérique  du  Nord,  qui  a  renoncé  à
des  pratiques  douanières  libérales,  pour  retourner
presque  à  la  prohibition  et  par  certaines  velléités
rétrogrades  qui  se  sont  fait  jour  en  France,  à  la
faveur,  il  faut  l’ajouter  aussitôt,  des  besoins  les  plus
impérieux.  Mais  le  moyen  d’enlever  à  cette  lutte,  en
Allemagne,  son  caractère  acrimonieux,  paraît  être
delà  transporter  du  domaine  spéculatif  sur  le  terrain ­
  pratique,  et  de  se  demander  uniquement  quelles
sont  les  entreprises  industrielles  qui  ont  besoin
d’y  être  protégées  encore  contre  la  concurrence
        <pb n="578" />
        566  l’aixemagne  économique.
étrangère.  Telle  est  aussi  la  voie  dans  laquelle  s’est
engagée  la  portion  la  plus  nombreuse  du  parlement
douanier,  et  nous  nous  plaisons  à  croire,  en  refoulant ­
  cependant  certaines  appréhensions,  que  lors  des
futures  discussions  de  tarif,  le  nouvel  empire  d’Allemagne ­
  saura  y  persévérer  de  façon  à  doter  le  territoire ­
  fédéral  d’un  système  de  douane,  qui  ne  laisse
plus  grand'chose  à  désirer  aux  libres-échangistes  les
plus  exigeants.
Nous  disons  le  nouvel  empire  d’Allemagne,
puisque  c’est  en  effet  lui,  dont  des  événements,
présents  à  l’esprit  de  tous,  ont  fait  l’héritier  du
Zollverein,  en  ce  sens  que  l’Association  douanière
a  dû  lui  céder  la  place,  ou  plutôt  qu  elle  est  allée
se  dissoudre  dans  son  sein.  11  suffit  à  cet  égard  de
se  reporter  à  la  déclaration  si  formelle  de  l’article  35
de  la  constitution  du  16  avril  1871,  que  s’est  donnée ­
  cet  empire,  auquel  l’Autriche  reste  désormais
étrangère,  article  où  il  est  dit  :  «  C’est  à  l’Empire
qu’appartient  le  droit  exclusif  de  légiférer  sur  les
tarifs  douaniers  communs,  sur  les  impôts  du  sel  et
des  tabacs  obtenus  dans  les  limites  du  territoire  fédéral, ­
  de  l’eau-de-vie,  de  la  bière,  des  sucres  et
mélasses  tirés  de  la  betterave  ou  d’autres  produits
indigènes,  qu’on  y  fabrique,  sur  la  protection  réciproque ­
  contre  la  fraude  des  taxes  de  consommation
levées  dans  chaque  État  fédéral,  eufin  sur  les  mesures ­
  nécessaires,  quant  aux  objets  prohibés,  pour
assurer  le  respect  des  limites  douanières  communes.»
        <pb n="579" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  567
A  partir  du  16  avril  1871,  l’auleur  de  la  présente
Histoire  n’a  donc  plus  qu’à  se  disposer  à  quitter  ses
lecteurs  conviés  seulement  au  récit  des  vicissitudes
du  Zollverein,  qui  termine  à  cette  dale  sa  glorieuse
carrière,  et  en  y  rendant  l’âme  entre  les  bras  du
meilleur  successeur  que  ses  amis  pussent  lui  souhaiter. ­
  Les  avantages  que  procurent  les  associations
douanières  sont  assurément  bien  nombreux.  Diminuer ­
  dans  une  proportion  notable  les  frais  de
recouvrement  des  droits  de  douane,  qui  ne  sont
plus  perçus  qu’à  la  frontière  extérieure  du  territoire ­
  commun,  faire  régner  la  liberté  du  commerce
sur  tout  son  parcours,  qui  devient  ainsi  un  vaste  marché ­
  intérieur,  pousser  à  une  meilleure  distribution  du
travail,  à  un  plus  judicieux  et  plus  actif  emploi  des
forces  productives,  permettre  d’abriter,  s’il  y  a  lieu,
derrière  des  droits  protecteurs  l’industrie  indigène
et  d’avoir  une  politique  commerciale,  qui  tienne  en
respect  les  puissances  étrangères,  mener  à  l’adoption ­
  d’un  régime  uniforme  pour  les  autres  impôts
indirects,  à  l’unité  des  monnaies,  des  poids  et  des
mesures,  aux  mêmes  institutions  pour  la  police  et
pour  l’encouragement  du  travail,  hâter  la  construction ­
  des  voies  de  communication  perfectionnées,
ajouter  à  la  solidarité  des  intérêts  la  cordialité
et  la  fraternité  des  sentiments,  voilà,  entre  autres,
certains  de  leurs  bienfaits  les  moins  irrécusables.
Mais  tous  ces  résultats,  il  faut  le  reconnaître,  la
centralisation  politique  les  donne  également  ;  elle  les
        <pb n="580" />
        568

l’aLLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

donne  même  plus  facilement  et  plus  complets,  n’êtant
pas  arrêtée  dans  la  réalisation  des  plans  économiques
soit  par  la  résistance  invincible  de  membres  isolés
de  ces  associations,  soit,  si  même  celles-ci  sont
régies  par  des  institutions  plus  parlementaires,  par
la  diversité  d’intérêts  et  de  vues,  inséparable  de
1  indépendance  respective  de  ces  membres  les  uns
vis-à-vis  des  autres.  Pour  les  intérêts  matériels
comme  pour  les  intérêts  moraux,  l’unité  nationale ­
  est  en  définitive  la  plus  parfaite  des  associations. ­
  Remarquons  seulement,  pour  rester  dans  la
vérité  absolue,  que  l’unité  nationale  ne  vient  d’être
fondée  en  Allemagne  que  dans  la  mesure  où  a  pu
1  y  fonder  un  empire  qui  n'est  autre  chose  encore,
aux  fermes  mêmes  de  sa  constitution,  qu’une  Confédération, ­
  formée  entre  le  roi  de  Prusse,  contractant ­
  au  nom  de  la  Confédération  de  l’Allemagne  du
Nord,  le  roi  de  Bavière,  le  roi  de  Wurtemberg,  le
grand-duc  de  Bade  et  le  graud-duc  de  la  Hesse-Rhénane, ­
  pour  la  partie  du  grand-duché  de  Hesse  située
au  sud  du  Mein.  Nous  concédons  d’ailleurs  volontiers
que  la  constitution  de  l’empire  allemand  contemporain ­
  resserre  sensiblement  les  liens  qui  unissaient ­
  entre  eux  les  divers  Étals  de  l’ancienne  Confédération ­
  germanique,  et  assure  à  la  couronne  de
Prusse  une  prépondérance  et  un  pouvoir  absorbants,
supérieurs  même  à  ceux  qui  étaient  échus  autrefois ­
  à  l’empereur  élu  d’Allemagne,  quoique  toutefois ­
  cette  constitution  fasse  à  la  monarchie  prus-
        <pb n="581" />
        PÉRIODli  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  5ß9
sienne  une  part  moins  large  que  celle  qu  elle  s’était
attribuée  de  1866  à  1870  dans  la  constitution  de  la
Confédération  de  l’Allemagne  du  Nord.  Ce  qui  est
hors  de  doute  dans  tous  leseas,  c’est  que  la  réorganisation ­
  politique  dont  l’Allemagne  a  été  le  récent
théâtre  est  de  nature  à  imprimer  aux  affaires  d’ordre ­
  matériel,  confiées  dorénavant  aux  pouvoirs  publics ­
  ordinaires,  qui  sont  organisés  pour  l’Empire,
une  marche  aussi  expéditive  et  aussi  satisfaisante
qu’elles  n’eu  ont  jamais  suivie.  Si  en  1848  l’Allemagne ­
  avait  pu  réaliser  son  rêve  d’un  pouvoir  central ­
  et  fort,  elle  y  aurait  trouvé  une  organisation
économique  préférable  à  celle  du  Zollverein.  L’association ­
  douanière  allemande  n’a  fait  que  suppléer
plus  ou  moins  au  défaut  d’unité  nationale,  et,  pour
1  avoir  précédée,  elle  sert  de  constraste  aux  contrées
si  nombreuses  chez  lesquelles  l’unité  politique  a  été
au  contraire  la  devancière  et  la  condition  de  l’unité
dédouané.  Ainsi,  pour  assister  au  renversement  de
cette  multitude  de  barrières  dont  la  France,  politiquement ­
  une  depuis  bien  des  siècles  déjà,  était  hérissée ­
  jadis,  il  n’y  a  pas  à  remonter  audelà  de  notre
grande  Révolution,  qui  promena  partout  son  formidable ­
  niveau.  De  même  l’Angleterre,  l’Écosse  et  l’Irlande ­
  composent  depuis  l’avéncment  de  Jacques  I*'
un  seul  État,  désigné  habituellement  sous  le  nom  de
Royaume-Uni  de  la  Grande-Bretagne,  quand  leur
réunion  sous  un  même  système  douanier  est  relativement ­
  récente.
        <pb n="582" />
        570  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
Mais,  sans  aller  même  chercher  si  haut  nos  exemples, ­
  n’avons-nous  pas  vu,  à  des  époques  plus  rapprochées ­
  de  nous,  des  États  européens  qui  ne
jouissaient  pas  encore  de  l’unité  de  douane  l’établir
peu  à  peu  sur  leurs  territoires,  à  l’exemple  de  la
France  et  de  l’Angleterre  ?  N’avons-nous  pas  vu
l’Espagne  reporter  jusqu’aux  Pyrénées  la  ligne  de
douane  qui,  depuis  un  temps  immémorial,  subsistait
sur  íes  bords  de  l’Ébre;  la  Suisse,  reconstituée  sur
de  nouvelles  bases,  supprimer  tous  ses  péages  cantonaux ­
  et  appliquer  la  centralisation  aux  douanes
comme  à  la  politique  ;  l’Autriche  faire  tomber  les
barrières  qui  séparaient  ses  provinces  allemandes
et  slaves  d’avec  les  hongroises  ;  la  Russie  incorporer
le  royaume  de  Pologne  dans  le  système  des  douanes
de  l’Empire;  le  Danemark  substituer  aux  tarifs  particuliers ­
  qui  régissaient  le  Danemark  proprement
dit  et  les  duchés  voisins,  un  tarif  commun  pour  toutes ­
  les  parties  de  la  monarchie  danoise  ?
A  l’inverse  donc  de  ce  qui  s’est  passé  ailleurs
dans  la  généralité  des  cas,  l’Allemagne  a  odert  pour
ainsi  dire  la  première  le  spectacle  d’une  communauté ­
  douanière  formée  entre  des  pays  que  ne  reliait ­
  encore  entre  eux  que  le  lien  politique  si  relâché ­
  de  la  Confédération  germanique,  et  peut-être
est-il  permis  de  dire,  sans  une  trop  grande  témérité,
que  les  associations  douanières  n’ont  d’avenir  et  ne
prennent  même  que  là  où  le  terrain  est  également
favorable  pour  l’agrégation  politique,  et  où  ces
        <pb n="583" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  571
associations  peuvent  y  aboutir.  Ainsi  s’expliquerait ­
  alors  en  grande  partie  le  résultat  négatif  de
certains  projets  successivement  caressés,  notamment ­
  l’avortement  mémorable  du  projet  d’union
franco-belge,  qui  a  donné  lieu  à  tant  de  débats  au
sein  des  deux  pays,  l’ajournement  indéfini  de  l’union
ibérique  entre  l’Espagne  et  le  Portugal,  remise  de
temps  à  autre  sur  le  tapis  sans  avoir  eu  encore  de
suite,  et  la  vélléité  si  passagère,  si  fugitive  d’une
union  franco-espagnole  !
Quoi  qu’il  en  soit,  le  sort  que  les  destinées  nouvelles ­
  de  l’Allemagne  réservaient  au  Zollverein,
et  qui  plus  qu’aucun  autre  peut-être  était  dans  la
logique  inexorable  des  faits,  ne  répond  guère  aux
prévisions  de  ceux  qui,  à  une  date  plus  ou  moins
ancienne,  ont  cru  devoir  tirer  l’horoscope  à  l’association ­
  douanière.  «  Le  problème  de  l’avenir  pour
le  Zollverein,  écrivait  encore  en  1859  M.  Hichelot,
  en  se  défendant  toutefois  prudemment  de  tout
don  prophétique,  peut  être  résolu  par  trois  hypothèses ­
  différentes.  Ou  le  Zollverein  subsistera  dans
son  état  actuel,  sous  le  gouvernement  de  la  Prusse,
toujours  distinct  de  la  monarchie  autrichienne,
mais  lié  avec  elle  parles  stipulations  les  plus  larges;
ou,  travaillé  par  des  dissentiments  intérieurs,  il  se
dissoudra  et  ses  éléments  serviront  à  constituer
les  uns  une  association  du  Nord,  dont  la  Prusse
restera  le  centre,  les  autres  une  association  du  Midi,
dont  la  direction  appartiendra  à  l’Autriche;  ou
        <pb n="584" />
        572  L'ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
enfin,  après  beaucoup  d’hésitations,  1  entente  s  élablira
  entre  les  deux  puissances  rivales,  et  les  deux
systèmes  s’uniront  pour  former  la  véritable  et  définitive ­
  association  allemande.  »
Aucune  de  ces  éventualités  n’a  pris  corps  dans
le  dénoûment  que  nous  avons  sous  les  yeux  et  que
n’a  pas  même  entrevu  cet  auteur,  à  qui  il  était  difficile, ­
  il  est  vrai,  de  pressentir  ce  qui  s’est  passé  par
exemple  en  1866  et  en  1870  et  qui  était  autorisé,
jusqu’à  un  certain  point,  à  ne  pas  compter  sur  la
trop  prompte  réapparition  d’un  Empire  auquel  on
avait  vainement  cherché  un  empereur  en  1848!
Mais  pour  n’avoir  pas  été  prévu  en  1859,  ni  même
par  des  écrivains  postérieurs  à  Richelot,  ce  dénoùment
  pourrait  bien  néanmoins  être  définitif,  en  ce
sens  que,  sous  la  réserve  des  dimensions,  sans
doute  sujettes  à  variations,  de  l'empire  d’Allemagne, ­
  nous  sommes  porté  à  croire  à  la  durée  et  même
à  l’accroissement  de  l’unité  allemande,  autant  que
nous  croyons  à  la  durée  de  l’unité  italienne,  voire
même  de  l’unité  française,  et  notre  croyance  n’est
pas  de  celles  qui  nous  font  gémir.  La  reconstitution ­
  des  grandes  unités  naturelles  nous  paraît  aussi
rassurante,  au  moins,  que  les  constructions  artificielles ­
  d’équilibre  européen,  autrement  dit,  nous
avons  au  moins  autant  de  confiance,  quand  il  s  agit
de  la  paix  et  de  l’avenir  des  sociétés,  dans  l’œuvre  de
Dieu,  que  dans  l’œuvre  des  hommes  d’État  les  plus
habiles.  Si  la  pondération  factice,  qui  sort  des  mains
        <pb n="585" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  573
de  ces  derniers  peut  satisfaire  des  ambitions  ou
calmer  des  inquiétudes  dynastiques,  le  réveil  et  le
triomphe  des  véritables  nationalités  profitent  de
toute  évidence  aux  groupes  sociaux,  dont  elles  cimentent ­
  la  cohésion,  et  par  ceux-ci  à  tous  les  autres
peuples,  attendu  qu’entre  peuples,  la  solidarité  est
manifeste  et  peu  longue  à  se  manifester.
Que  le  Zollverein,  qui,  ainsi  que  nous  l’observions ­
  tout  à  l’heure,  a  devancé  l’unité  allemande,
l’ait  favorisée,  l’ait  accélérée  et  puisse  pour  une
bonne  part  s’attribuer  le  résultat  final,  nul  de  ceux
qui  nous  ont  fait  l’honneur  de  nous  suivre  jusqu’ici
n’osera  sans  doute  y  contredire  I  Ce  qu’une  langue
commune,  des  vicissitudes  communes,  de  glorieux
faits  d’armes,  accomplis  en  commun  au  commencement ­
  de  ce  siècle  avaient  si  bien  commencé  ne
pouvait  être  mené  qu’à  bonne  fin  par  l’identité  des
intérêts  dans  le  domaine  matériel.  Étant  posé  que
l’activité  et  les  satisfactions  économiques  font  le
fond  de  la  vie  des  nations,  comment  les  habitants
des  diverses  zones  allemandes  n’auraient-ils  pas
fini  par  voir  des  compatriotes  dans  ceux  qu’entremêlait, ­
  que  protégeait,  que  stimulait,  qu’enrichissait ­
  la  même  politique  commerciale,  comment  n’auraient-ils ­
  pas,  en  dépit  de  toutes  les  suggestions
séparatistes,  soupiré  après  un  régime  politique  tel,
qu’il  pût  protéger  contre  l’étranger  les  conquêtes
du  travail  commun,  et  assurer  davantage  encore
les  bienfaits  des  institutions  économiques,  livrées
        <pb n="586" />
        574

l’allemagne  économique.
jusqu’ici  à  la  merci  de  simples  conventions  temporaires? ­
  Ce  qui  caractérise  d’ailleurs  mieux  que
toutes  les  réflexions  possibles,  l’impétuosité  des  aspirations ­
  populaires,  c’est  l’initiative  du  roi  de  Bavière, ­
  faisant  litière  des  intérêts  personnels,  et  proposant ­
  au  roi  de  Prusse,  devant  Paris,  de  ceindre  la
couronne  impériale  d’Allemagne.  Mais  nous  avons
garde  de  méconnaître  que  ce  n’est  pas  directement
dans  le  Zollverein  que  l’Empire  allemand  a  pris
naissance.  De  même  que  le  Zollverein  a  trompé  les
calculs  de  ses  adversaires,  qui  espéraient  sa  dislocation ­
  prochaine,  de  même  aussi  il  n’a  pas  répondu  à
l’attente  du  parti  qui  comptait  eu  faire  nue  sorte
de  pont,  conduisant  à  l’union  politique  de  l’Allemagne. ­
  Le  nouvel  empire  est  pour  ainsi  dire  éclos
spontanément  d’un  mouvement  des  esprits,  qui
s’est  fait  jour  chez  le  peuple  allemand  au  cours
d’une  guerre  elfroyahle  qui  a  pu  paraître  mettre  en
péril  et  les  frontières  et  toute  l’organisation  inté-/
  rieure  du  territoire  germanique.  Ce  qu’il  importe
seulement  de  se  rappeler,  c’est  que  cette  explosion
soudaine  du  sentiment  public,  qui  peut  masquer
ses  causes  prolongées  et  latentes  à  des  observateurs
superficiels,  disposés  pour  cela  à  ne  lui  assigner
qu'une  existence  éphémère,  n’était  possible,  toute
brusquée  qu’elle  a  été,  que  grâce  au  travail  lent
et  imperceptible  accompli  sur  les  habitants  dudit
territoire  par  l’association  douanière  notamment.
Au  surplus,  quand  ou  avance  que  le  Zollverein  a
        <pb n="587" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  575
disparu  devant  l’Empire,  il  convient  de  s’expliquer
de  façon  à  enlever  à  cette  aflirmation  ce  qu’elle  a
de  trop  absolu.  Ce  qu’il  faut  se  contenter  de  dire,
c’est  que  d’après  la  constilulion  de  l’Empire,  tous  les
États  allemands  auxquels  elle  s’applique  sont  unis
sous  le  rapport  commercial  comme  sous  le  rapport
politique.  Désormais  l'existence  de  l’Union  douanière ­
  ne  dépend  plus  du  renouvellement  de  traités
conclus  pour  une  période  définie;  le  Zollverein,
sans  qu’il  soit  besoin  de  le  considérer  à  la  rigueur
comme  supprimé,  s’identifie  avec  l’Empire  et  doit
durer  aussi  longtemps  que  lui.  Le  parlement  douanier
est  absorbé  par  le  parlement  de  l’Empire  (Reichstag) ­
  et  le  conseil  fédéral  du  Zollverein  par  le  conseil ­
  exécutif  de  l'Empire  (Bundesralh),  qui  a  dans
son  sein  une  section  spéciale  pour  les  affaires  de
douane  et  de  commerce.  La  survie,  idéale  au  moins,
du  Zollverein,  simpóse  surtout  quand  on  scrute  le
développement  actuel  du  lien  douanier  et  quand  on
est  amené  à  faire  deux  observations  en  sens  contraire ­
  ,  prouvant  péremptoirement  que  la  ligne
de  douane  ne  suit  pas  servilement  les  confins  de
l’Empire.
D’une  part  en  effet,  les  villes  hanséatiques  -de
Brème  et  de  Hambourg,  quoique  appartenant  à  l'Empire ­
  germanique,  restent  encore,  comme  ports  francs
en  dehors  des  limites  douanières,  eu  attendant  qu’elles ­
  demandent  à  y  entrer.  Sont  également  exclues
(lu  territoire  ’douanier  quelques  parties  de  moin-
        <pb n="588" />
        576

LALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

dre  importance,  que  leur  configuration  ou  position
particulière  ne  permet  pas  d’enclore.
D’autre  part  le  grand-duché  de  Luxembourg,
qui  est  le  seul  État,  il  est  vrai,  à  se  trouver  dans  cette
condition,  est  admis  dans  l’Union  douanière  allemande ­
  sans  faire  partie  de  l'Empire  germanique.
Pour  arracher  à  l’oubli,  où  notre  histoire  générale
l’a  laissé  depuis  quelque  temps,  ce  grand-duché
vers  lequel  la  circonstance  en  question  et  des  intérêts ­
  d’ordre  international  européen  ramènent  plus
que  jamais  les  regards,  rappelons  au  moins  tout
d’abord  à  cet  endroit  si  propice,  en  ressaisissant  de
notre  mieux  le  fil  de  son  histoire  particulière,  les
termes  suivants,  dont  s’était  servi  l’article  2  du
pacte  du  16  mai  1865  :
«  L’Association  générale  comprend  aussi  ceux  des
États  qui  ont  déjà  antérieurement  accédé  soit  pour
la  totalité,  soit  pour  une  partie  de  leur  territoire  au
système  de  douane  et  de  commerce  de  l’une  ou  de
l’autre  des  parties  contractantes  ;  il  sera  tenu  compte
du  régime  particulier  de  ces  États,  tel  qu’il  résulte
des  traités  d’accession  intervenus  avec  eux.  »  Suit
la  nomenclature  de  ces  États,  alors  au  nombre
de*  16,  parmi  lesquels  figure  naturellement  le
Luxembourg,  en  raison  de  la  convention  des  26-31
décembre  1853,  qu’il  avait  conclue  avec  la  Prusse
et  les  autres  membres  du  Zollverein,  portant  prorogation ­
  de  l’accession  du  grand-duché  au  système
douanier  de  la  Prusse  et  de  ses  coassociés.
        <pb n="589" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  577
Mais  dans  le  courant  encore  de  l’année  1865,  les
cabinets  de  la  Haye  et  de  Prusse,  voulant  prévenir
l’expiration  imminente  de  la  convention  de  1853,
nommèrent  des  commissaires  chargés  de  délibérer
sur  les  mesures  que  pourrait  commander  la  situation. ­
  Des  deux  commissaires  luxembourgeois  choisis ­
  par  le  grand  duc.  Tun  était  M.  München  et  l’autre ­
  M.  Servais,  magistrat  érudit,  devenu  depuis
Président  du  gouvernement  grand  ducal,  et  qui  a
honoré  son  passage  aux  affaires  par  sa  courageuse
et  célèbre  réponse  du  14  décembre  1870  aux  incriminations ­
  du  chancelier  de  Bismarck,  comminatoires ­
  pour  la  neutralité  du  grand  duché.  On  ne
pouvait  d’ailleurs  confier  la  question  des  douanes
à  des  mains  plus  exercées  que  celles  de  ce  futur
haut  fonctionnaire,  aussi  habile  que  patriote,  aussi
agréablement  familier  que  sagement  opiniâtre,
un  de  ces  types  enfin  d’hommes  d’État  sans  façon
mais  non  sans  grandeur,  comme  on  n’en  rencontre
que  dans  les  petits  États  où  fleurit  la  liberté.  Les  négociations ­
  conduites  de  part  et  d’autre  avec  le  désir
de  s’entendre  au  prix  de  concessions  réciproques
aboutirent  au  traité  des  20  et  25  octobre  1865,  qui
devait  à  partir  du  1"  janvier  1866  donner  force
nouvelle  aux  traités  d’accession  pour  une  période
renouvelable  de  12  années,  expirant  la  première,
fin  de  1877.  Et  c’est  précisément  ce  traité  d’octobre ­
  1865,  aussi  implicitement  reconnu  par  le
pacte  du  8  juillet  1867  dont  l’art.  2  est  identique  à
37
        <pb n="590" />
        578

LALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.

rarL2dii  pacte  du  15  mai  1865,  qui  gouverne  encore
aujourd’hui  les  rapports  réciproques  en  matière  de
douane.  Car,  ainsi  qu’il  est  h  peine  besoin  de  le  dire,
la  consécration  nécessaire  de  la  Chambre  luxembourgeoise ­
  ne  lui  a  pas  fait  défaut,  et  nous  désirons
seulement  détacher  de  VExposé  des  motifs^  qui  lui
a  été  présenté  et  où  les  prétentions  respectives  des
négociateurs  ont  été  passées  en  revue  avec  la  part
qu’on  leur  a  faite,  celui  des  paragraphes  concernant
la  demande  de  participation  d'un  délégué  luxembourgeois ­
  aux  conférences  douanières,  parce  qu’on
peut  s’y  convaincre  de  l’hostilité  et  de  la  réaction ­
  raisonnées  d’ailleurs  de  la  Prusse  vis-à-vis  des
errements  suivis  encore  à  cette  époque  dans  la  discussion ­
  des  affaires  communes  :
&amp;lt;(  Malgré  les  efforts  qui  ont  été  employés,  porte
ce  document  que  nous  devons  avec  beaucoup  d’autres ­
  aux  communications  obligeantes  d’un  jeune
archiviste,  du  plus  grand  mérite,  M.  Ruppert  de
Luxembourg,  les  commissaires  luxembourgeois
n’ont  pas  réussi  à  faire  introduire  dans  le  traité
cette  moditication  essentielle.  Les  commissaires
prussiens  ont  dès  le  commencement  des  conférences, ­
  rejeté  la  proposition  y  relative  comme  complètement ­
  inadmissible  et  comme  s’opposant  même  à
la  continuation  des  négociations;  ils  ont  également
écarté  avec  persistance  diverses  demandes  subsidiaires ­
  formées  du  même  chef.  Pour  repousser  ces  demandes. ­
  les  commissaires  prussiens  ont  allégué  que
        <pb n="591" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  579
lexpédition  des  affaires  par  la  conférence  douanière
présentait  déjà  aujourd’hui  de  grandes  difficultés,
ses  décisions  devant  être  prises  à  Tunanimité  des
voix;  qu’on  ne  pouvait  pas  augmenter  le  nombre
des  membres,  qui  la  composent  sans  compromettre ­
  les  intérêts  de  l’Union  et  même  son  existence;
qu’on  avait  donc  dû  arrêter  comme  règle  invariable
que  le  droit  de  représentation  ne  serait  plus  accordé
cà  aucun  État.  La  considération  que  le  grand-duché
de  Luxembourg,  par  sa  position,  était  fondé  à  élever ­
  la  prétention  d’être  assimilé  soit  à  la  ville  libre
de  Francfort,  soit  au  grand  duché  d’Oldenbourg,
qui  jouissent  de  l’avantage  qu’il  réclame,  n’a  pas
été  accueillie.  Les  commissaires  prussiens  ne  l’ont
non-seulement  contestée  sous  divers  rapports,  mais
ils  ont  encore  déclaré  que  les  deux  États  prédésignés
ne  seraient  plus  eux-mêmes  admis  aujourd’hui
comme  membres  de  la  conférence,  si  la  chose  était
encore  à  faire  et  ipi’on  regrettait  cette  admission,
que  des  circonstances  particulières  avaient  motivée.
Il  y  a  lieu  d’ajouter  à  ces  considérations,  que  la
restriction  du  nombre  des  voix  dans  les  conférences ­
  douanières  a  été  érigée  en  principe  dans  le  traité
reconslilntif  du  Zollverein.  En  effet,  suivant  l’art.
33  du  nouveau  traité  du  16  mai  1865,  les  13  membres ­
  qui  composent  aujourd’hui  la  conférence,  se
sont  engagés  à  diminuer  le  nombre  des  commissaires, ­
  en  ce  que  plusieurs  membres  du  Verein  devront
s’entendre  sur  la  nomination  d’un  délégué  commun,
        <pb n="592" />
        580  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
afin  de  réduire  le  nombre  des  voix.  On  part  de  celte
considération  que  le  but  des  délibérations  dans  les
conférences  générales  ne  peut  être  atteint  que  difficilement, ­
  lorsque  l’assemblée  est  trop  nombreuse.
Si,  à  raison  de  tous  ces  motifs,  le  grand  duché  ne
peut  pas  obtenir  dans  1  organisation  actuelle  du
Verein  l’entrée  directe  aux  conférences,  il  conserve ­
  la  faculté  accordée  en  1847  d’y  faire  représenter ­
  ses  intérêts  par  un  membre  quelconque  de
la  conférence,  au  choix  du  roi  grand  duc  et  muni
de  ses  instructions.  »
En  quittant  non  sans  regret  ce  petit  pays,  que
la  politique  et  les  intérêts  ont  pu  rapprocher  de
l’Allemagne,  mais  qui  n’a  jamais  dissimulé  ses
vives  sympathies  pour  la  France,  surtout  pour  la
France  libérale,  nous  devons  signaler  encore  une
autre  incorporation  dans  le  Zollverein,  si  pénible
à  des  cœurs  français,  celle  des  provinces  d’Alsace
et  de  Lorraine,  qui  ne  repose  pas  cependant,  comme
celle  du  Luxembourg,  sur  le  consentement  mutuel,
mais  sur  un  fait  de  force,  comme  la  guerre  en  entraîne ­
  souvent  à  sa  suite.  L’incorporation  dans  l’Union ­
  douanière  allemande  de  1  Alsace  et  de  la  Lorraine ­
  était  en  effet  la  conséquence  à  peu  près  inévitable ­
  de  l’annexion  de  ces  provinces  à  1  Empire,
laquelle  annexion  a  été  un  des  résultats  de  la  lutte,
comme  la  création  de  l’Empire  en  a  été  un  autre  et
comme  l’évanouissement  de  l’association  dédouané,
en  tant  au  moins  que  personne  morale,  ayant  une
        <pb n="593" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  581
existence  distincte,  en  a  été  un  autre  encore.  Après
donc  que  la  loi  allemande  du  9  juin  1871  eut  prononcé ­
  la  réunion  à  l’empire  allemand  des  territoires ­
  d’Alsace  et  de  Lorraine  cédés,  sous  l’étreinte
des  événements,  par  la  France  et  eut  déclaré  la
constitution  de  cet  empire  exécutoire  en  bloc  en
Alsace-Lorraine  à  partir  du  1*'  janvier  1873,  en
permettant  cependant,  sous  certaines  conditions,
d'anticiper  sur  cette  date  pour  des  portions  isolées
de  constitution,  la  loi  du  17  juillet  1871  promulguée ­
  le  21  du  même  mois  vint  y  prescrire
la  mise  en  vigueur,  fixée  par  un  avis  ultérieur
au  7  août  1871,  de  la  législation  allemande  sur  les
douanes  et  les  impôts,  spécialement  de  la  loi  ou
pour  mieux  dire  du  Code  de  douane  du  1*'  juillet
1809,  élaboré  dans  le  cours  de  la  2“*  session  parlementaire, ­
  delà  loi  concernant  les  droits  sur  les
sucres,  du  26  juin  1869,  delà  loi,  relative  à  la
perception  de  l’impôt  du  sel  du  12  octobre  1867,
promulguée  pour  l’Allemagne  confédérée  du  Nord
et  les  États  réunis  par  le  Zollverein,  conformément
à  la  convention  passée  le  8  mai  précédent  entre  les
divers  gouvernements,  du  tarif  douanier  promulgué
le  23  mai  1870,  et  de  certains  autres  monuments
conventionnels  ou  législatifs.  Une  autre  loi  rendue
à  la  même  date  du  17  juillet  1871  mais  promulguée
seulement  le  13  août  1871  appliqua  en  outre  à
l’.\lsace-Lorraine  l'art.  33  de  la  constitution  de
l’Empire,  disposant,  que  l’Allemagne  constitue  un
        <pb n="594" />
        582  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE.
territoire  commercial  unique,  compris  dans  des
frontières  de  douanes  communes,  que  tous  les  objets
peuvent  y  circuler  librement,  d’un  État  à  l’autre,
et  ne  peuvent  être  frappés  d’une  taxe  que  si  les
produits  similaires  du  pays  sont  soumis  à  un  impôt
intérieur.  En  vertu  d’ailleurs  de  celte  dernière  loi,
l’art.  33  de  la  constitution  ne  devait  entrer  en  vigueur ­
  qu’à  partir  du  l®'  janvier  1872;  néanmoins
des  ordonnances  impériales  pouvaient  avant  ce  moment ­
  mettre  ses  dispositions  en  œuvre  dans  les  provinces ­
  annexées,  relativement  à  certains  objets,  soit
d’une  manière  absolue,  soit  avec  certaines  restrictions. ­
  Des  ordonnances  ne  tardèrent  pas  non  plus  à
faire  usage  de  la  faculté,  qui  leur  était  impartie,
ainsi  qu’il  fallait  s’y  attendre  en  présence  d’une  situation ­
  aussi  exceptionnelle  que  celle,  qui  plaçait
l’Alsace-Lorraine  hors  le  territoire  français,  auquel
elle  était  devenue  complètement  étrangère,  sans  lui
donner  les  avantages  immédiats  de  la  communauté
économique  avec  l’Allemagne,  à  laquelle  elle  était
cependant  politiquement  réunie  :  nous  citerons  a
cet  égard  une  première  ordonnance  du  19  août  1871,
admettant  à  la  libre  circulation  en  Allemagne  à  partir ­
  du  27  août  certains  articles  désignés  par  les  numéros ­
  du  tarif  des  douanes  qui  les  concernent  et
fixant  pour  les  tabacs  non  travaillés  le  droit  d’entrée
à  20  gros  (2  fr.  50)  par  quintal,  puis  une  seconde
ordonnance  du  30  août  1871,  relative  au  commerce ­
  des  vins,  qui  accordait  une  liberté  de  circu-
        <pb n="595" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  583
lalion  entière  aux  vins  récollés  en  1871,  en  exigeant
pour  les  autres  qu’il  fût  justifié  de  leur  provenance
d’Alsace-Lorraine.  Mais  le  gouvernement  impérial,
soucieux  en  vainqueur  intelligent  de  ménager  les
sympathies  et  les  intérêts  de  ses  nouveaux  sujets,  en
leur  conservant  aussi  le  plus  longtemps  possible  le
marché  français  tel  ou  à  peu  près  tel  qu’ils  l’avaient
eu  auparavant,  entra  en  négociation  à  cet  effet  avec
le  gouvernement  de  la  République,  que  le  désir  patriotique ­
  de  faire  évacuer  par  contre  plus  promptement ­
  le  territoire  à  l’ennemi  rendait  fort  accessible
à  des  propositions  de  cette  nature.  Il  est  vrai,  qu’il
devait  en  résulter  une  certaine  perte  pour  notre  trésor ­
  sur  les  douanes  et  que  l’Allemagne  y  trouvait
surtout  un  avantage  énorme,  celui  d’éviter  à  son
industrie  une  crise  imminente,  en  éloignant  la  rivalité ­
  des  provinces  conquises.  Mais  des  considérations ­
  d'ordre  supérieur,  d’ordre  moral  surtout,
telles  que  l’affranchissement  plus  rapide  du  sol
français  et  les  égards  dus  à  d’anciens  compatriotes,
considérations,  que  M.  Thiers  fit  valoir  avec  son
talent  habituel  dans  la  séance  du  16  septembre  1871,
en  prouvant  aussi  que  les  bases  adoptées  par  les  négociateurs ­
  étaient  plus  inoffensives,  qu’on  pouvait
le  penser,  pour  notre  industrie  métallurgique  et
cotonnière,  gagnèrent  l’assemblée  nationale  à  l’avis
favorable  de  l’illustre  vétéran  appelé  par  elle  au
Pouvoir;  et  c’est  ainsi,  qu’à  la  date  du  12  octobre
1871  intervint  celle  convention  bien  connue,  qui
        <pb n="596" />
        584  L  ALLEMAGNE  ÉCONOMIQUE,
assurait  aux  provinces  détachées  de  la  France  des
facilités  temporaires  pour  écouler  leurs  produits
chez  nous  et  pour  alimenter  leurs  industries  par  les
matières  d’origine  française.
L’idée  du  Zollverein,  on  vient  de  le  voir  par  toutes
ces  explications,  que  le  cadre  de  notre  étude  ne
nous  permet  pas  de  pousser  plus  loin,  est  donc  toujours ­
  vivante,  et  l’Empire  en  accueillant  l’association
dans  son  vaste  sein,  en  se  chargeant  de  poursuivre  son
œuvre,  n’a  nullement  songé,  la  reconnaissance  seule
l’en  eût  empêché  déjà,  à  en  effacer  les  traces.  L’art.  40
delà  constitution  du  16  avril  1871  le  dit  en  propres
termes  :  «Les  dispositions  du  pacled’Union  douanière ­
  du  8  juillet  1867  demeurent  en  vigueur,  en
tant  qu’elles  ne  sont  point  modifiées  par  les  prescriptions ­
  de  la  présente  constitution  et  qu’elles  ne
le  seront  pas  en  vertu  des  articles  7  et  8  de  la  même
constitution.  »  Tout  ce  qui  du  régime  antérieur  a
survécu  au  pacte  de  1867,  et  tout  ce  que  ce  pacte
a  produit  depuis  sa  conclusion  doit  par  conséquent
aujourd’hui  encore  être  considéré  comme  debout
jusqu'à  nouvel  ordre,  en  tant  que  conciliable  avec
la  constitution  de  l’Empire,  et  par  là,  l’ancienne  association ­
  douanière  autorise  sa  comparaison  avec  un
cours  d’eau  fertile,  qui,  après  avoir  coulé  longtemps
solitaire,  irait  ensuite  se  jeter  dans  un  vaste  fleuve,
sans  mêler  cependant  de  sitôt  ses  ondes  avec  celles
du  nouveau  lit.
C’est  assez  dire,  que  les  pages  qui  précèdent  con-  .
        <pb n="597" />
        PÉRIODE  FINALE  DU  ZOLLVEREIN.  585
linuent,  par  les  renseignements  qu’elles  renferment,
à  présenter,  malgré  le  changement  à  vue  qui  s’est
opéréen  Allemagne,  un  intérêt  tout  pratique  et  actuel; ­
  mais  ne  présentent-elles  que  cet  intérêt  ?  N’attestent-elles
  pas  la  singulière  vitalité  et  stabilité  des
choses  véritablement  nationales,  parce  qu’elles  sont
économiques,  à  travers  les  effondrements  et  les  révolutions ­
  politiques  les  plus  rapides  ?  Ne  projettentelles
  pas  quelques  clartés  sur  l’histoire  générale?  Ne
donnent-elles  pas  une  certaine  satisfaction  au  désir
si  naturel,  mais  un  peu  tardif,  qui  nous  pousse  actuellement ­
  à  vouloir  nous  éclairer  sur  les  ressorts,
la  puissance  et  l’avenir  de  l’Allemagne,  dont  le  tableau ­
  économique  est  assurément  un  des  meilleurs
moyens  d’appréciation  ?  Ne  sont-elles  pas  de  nature
à  tenir  notre  politique  commerciale  en  éveil,  comme
aussi  à  calmer  les  esprits  si  tendus,  en  les  entraînant ­
  dans  des  voies  plus  dignes  de  la  civilisation
moderne  ?  C’est  au  lecteur  lui-même  que  nous  laissons ­
  le  soin  de  répondre.
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        DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN

EN  VIGUEUR  A  PARTIR  DU  1*'  OCTOBRE  i  870.

ANNEXE

TARIF

PREMIÈRE  PARTIE.
Dispositions  relatives  à  l'importation.
OBSERVATIONS  PRÉLIMINAIRES.
Les  objets  ci-après  nommés  sont  exempts  de  droit
d’entrée,  sous  les  conditions  suivantes  :
1.  Lès  produits  de  la  culture  et  du  bétail  d’un  bien
rural  coupé  par  la  ligne  frontière  et  dont  les  habitations ­
  et  les  bâtiments  d’exploitation  sont  situés  en
deçà  de  cette  ligne.
2.  Les  meubles  et  ustensiles  de  ménage,  les  vêtements, ­
  le  linge,  les  appareils  de  fabriques  et  les  outils,
ayant  déjà  servi  et  importés  pour  l’usage  de  personnes,
qui  viennent  s’établir  dans  le  pays  ;  de  même,  en  vertu
d’üne  autorisation  spéciale  les  habillements,  le  linge
et  les  ustensiles  neufs,  s’ils  font  partie  du  trousseau
d’une  personne  étrangère,  qui  vient  se  fixer  seule  sur
le  territoire  par  suite  de  son  mariage.
3.  En  vertu  d’une  autorisation  spéciale,  les  meubles
et  ustensiles  de  ménage  ayant  déjà  servi,  le  linge  et
        <pb n="600" />
        588  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
les  habillements  portés,  qui  sont  introduits  avec
justification  qu’ils  font  partie  d’une  succession.
4.  Les  vêtements,  le  linge  et  les  autres  bagages  importés ­
  par  des  voyageurs,  voituriers  ou  bateliers  pour
leur  usage,  les  outils  d’ouvriers  nomades,  les  ustensiles
et  instruments  emportés  avec  eux  par  des  artistes  pour
l’exercice  de  leur  profession  ;  les  habillements,  le
linge  et  d’autres  objets  de  l’espèce  désignée,  qui  précèdent ­
  ou  suivent  lesdites  personnes  ;  les  provisions  de
bouche  pour  le  voyage.
5.  Les  voitures  et  embarcations,  qui,  en  passant  la
frontière,  servent  au  transport  des  personnes  ou  des
marchandises  et  qui  ne  sont  importées  qu’en  raison
de  cet  usage,  y  compris  les  agrès  et  apparaux  ayant
déjà  été  employés,  soit  que  ces  embarcations  appartiennent ­
  à  des  étrangers,  soit  que  des  embarcations  indigènes ­
  rentrent  avec  les  mêmes  objets  que  ceux  qu’elles
avaient  à  bord  à  leur  sortie  ou  avec  des  objets  semblables ­
  ;  et  encore  en  vertu  d’autorisation  spéciale  les
voitures  des  voyageurs  même  dans  le  cas  où  au  moment ­
  de  l’entrée  elles  ne  servent  pas  au  transport  de
leurs  possesseurs,  pourvu  qu’il  soit  constant  qu’elles
ont  servi  à  leur  usage  et  sont  destinées  à  leur  servir ­
  encore  à  l’avenir.
6.  Les  futailles,  sacs  et  autres  contenants  vides,  qui
devant  être  utiles  dans  l’achat  d’huiles,  de  grains,  etc.,
sont  importés  de  l’étranger  pour  être  réexportés,  ou  qui,
après  avoir  été  exportés  avec  de  pareilles  denrées,  reviennent ­
  du  dehors,  sous  la  condition,  dans  les  deux  cas,
que  l’identité  soit  certaine  et  que,  si  la  douane  l’exige,
le  droit  d’entrée  soit  garanti.  Quant  aux  sacs  vides  et
        <pb n="601" />
        1

TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  58Í)
avant  déjà  servi,  le  contrôle  de  l’identité  est  supprimé  li
dès  qu’il  est  hors  de  doute,  que  ces  contenants  ont
déjà  servi  d’emballage  pour  des  grains,  etc.,  exportés
ou  sont  destinés  pour  l’exportation  des  grains  ou  0
.  autres  marchandises.
I  7.  Les  cartes  d’échantillons  et  échantillons  en  fragments ­
  trop  petits,  pour  qu’il  soit  possible  de  les  utiliser ­
  autrement  que  comme  tels.
8.  Les  objets  d’art  importés  en  vue  d’expositions  ou
d’instituts  et  collections  artistiques  des  gouvernements,
ainsi  que  d’autres  objets  importés  pour  des  bibliothèques ­
  et  autres  collections  scientifiques,particulièrement
pour  des  cabinets  d’histoire  naturelle,  constituant  des
établissements  publics.
'  9.  Les  antiquités,  quand  il  n’est  pas  douteux  qu’elles
tirent  principalement  leur  valeur  de  leur  vétusté  et
I  qu’elles  ne  sont  propres  qu'à  servir  à  des  collections.

TARIF  (»).
1.  Déchets  :
a.  Déchets  de  la  fabrication  de  fer  (battiture  et  limaille ­
  de  fer)  et  de  fer-blanc  étamé  ;  des  verreries,
groisil  de  la  verrerie  et  de  la  poterie  ;  de  la  fabrication ­
  de  la  cire  ;  l’eau  de  mer  des  salines,  la
(I)  Dans  le  texte  allemand,  les  diverses  positions  sont  disposées ­
  alphabétiquement  ;  mais  une  traduction  française  ne  pouvait ­
  naturellement  pas  reproduire  celte  physionomie;  quant  à
la  réduction  de  l’argent  de  Prusse  en  argent  de  France,  nous
l’avons  opérée  sur  le  pied  de  8  silbergros  par  franc.
        <pb n="602" />
        590  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
lessive  de  la  fabrication  du  savon,  les  dollures  des
tanneries,  les  morceaux  de  cuirs  usés  et  tous
autres  déchets  analogues,  exclusivement  propres
à  la  fabrication  de  la  colle  forte  Exempts.
b.  Sang  fluide  ou  desséché  d’animaux  abattus;  tendons ­
  d’animaux  ;  dragues,  résidus  de  la  fabrication ­
  de  l’eau-de-vie;  balle  ;  son;  cendresdehouille  ;
fumier,  engrais  d’animaux  et  autres,  tels  que
cendre  lessivée,  cendre  de  chaux,  écume  sèche
des  raffineries  de  sucre  Exempts.
Note  ad  b.  t  es  engrais  artificiels  et  le  sel  d'engrais,  ce  dernier ­
  sous  le  contrôle  de  son  emploi,  seront  admis  libres
de  droits  en  vertu  d’autorisation  spéciale.
c.  Drilles  de  toute  espèce  propres  à  la  fabrication  du
papier  ;  drilles  macérées  blanchies  ou  non  de  chiffons ­
  ou  de  quelque  autre  matière  ;  rognures  de
papier  ;  maculature  écrite  ou  imprimée  ;  vieux
filets  de  pêche  ;  vieux  câbles  et  cordages  ;  charpie
effilée  Exempts.
Note.  Les  déchets  quine  sont  pas  spécialement  mentionnés
seront  traités  comme  les  matières  originaires,  dont  ils
proviennent.
2.  Coton,  fil  et  tissus  de  coton  :
a.  Coton  brut,  cardé,  peigné  ou  teint  ;  ouates  de
coton  Exempts.
b.  Fil  de  coton,  pur  ou  mélangé  de  lin,  de  soie,  de
laine  ou  d’autres  poils  d’animaux  :
1.  A  un  ou  à  deux  bouts
a.  Bruts,  par  quintal  7  fr.  50
(Tare  :  18  en  futailles  et  en  caisses,  13  en  paniers,  4  en
balles.)
p.  Blanchis  ou  teints,  par  quintal.  .  •  15  fr.
        <pb n="603" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  591
(Tare  :  18  en  futailles  et  en  caisses,  13  en  paniers,  7  en
balles.)
2.  A  trois  bouts  ou  plus,  bruts,  blanchis  ou
teints,  par  quintal  22  fr.  50
(Tare  :  18  en  futailles  et  en  caisses,  13  en  paniers,  7  en
balles.)
c.  Tissus  de  coton  pur  ou  mélangé  de  lin  ou  de  métaux ­
  filés,  mais  sans  combinaison  avec  de  la  soie,
de  la  laine  ou  d’autres  poils  d’animaux  désignés
sous  le  nil:
1.  Écrus  (tissés  de  fil  écru),  tissus  blanchis  ou
apprêtés  à  l’exception  des  tissus  veloutés,
par  quintal  37  fr.  50
(Tare  :  18en  futailles  et  encaisses,  7  en  balles.)
2.  Tous  les  tissus  épais  non  compris  sous  les
n"’  1  et  3  ;  tissus  clairs  mais  écrus  (confectionnés ­
  avec  du  fil-écru)  ;  bonneterie,  passementerie, ­
  boutonnerieet  tissus  en  combinaison ­
  avec  des  fils  métalliques,  par  (Quintal ­
  •.  60  fr.
(Tare  :  18  en  futailles  et  en  caisses,  7  en  balles.)
3.  Tous  les  tissus  transparents,  tels  que  jaconas,
  mousseline,  tulle,  marli,  gaze,  en
tant  que  non  compris  sous  le  n"  2  ;  dentelles ­
  et  broderies,  de  toute  espèce,  par  quintaï-
  •  •  97  fr.  50
(Tare  ;  18  en  futailles  et  en  caisses,  7  en  balles.)
3.  Plomb  et  ouvrages  en  plomb,  même  alliés  d’antimoine  :
a.  1.  Plomb  brüten  masses,  saumons,  etc.,  débris
de  vieux  ouvrages  en  plomb  Exempts.
        <pb n="604" />
        592  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
2.  Litharge  d’argent  et  d^or;  minium.  Exempts.
h.  Plomblaminé;  typespourTimprimerie.  Exempts.
c.  Ouvrages  communs  en  plomb,  tels  que  chaudières,
tuyaux,  grenailles,  plomb  filé,  etc.,  même  en
combinaison  avec  du  bois  ou  du  fer,  non  polis  ni
vernis  Exempts.
d.  Ouvrages  fins  ou  vernis  en  plomb  et  ouvrages  en
plomb  combinés  avec  d’autres  matières,  pourvu
qu’ils  ne  tombent  pas  sous  l’application  du  n®  20,
par  quintal  15  fr.
(Tare  :  20  en  futailles  et  caisses,  13  en  paniers.)
4.  Brosseries  et  tamis  :
a.  Objets  communs,  unis  au  bois  ou  au  fer,  non
polis,  ni  vernis  Exempts.
b.  Objets  fins,  unis  à  d^autres  matières,  en  tantqu’ifs
ne  sont  pas  compris  sous  le  n*  20,  par  quintal ­
  15  fr.
(Tare  ;  20  en  futailles  et  caisses.)
5.  Droguerie,  objets  pharmaceutiques  et  couleurs  :
a.  Ether  de  toute  sorte,  chloroforme,  collodium,
huiles  éthérées  à  l’exception  des  espèces  désignées
sous  la  lettre  b  et  sous  le  n*  36  ;  essences,  extraits, ­
  teintures  et  eaux,  destinés  à  l’industrie  et
à  la  médecine  et  contenant  de  l’alcool  ou  de  l’éther;
vernis  de  toute  sorte  à  l’exception  du  vernis  à
l’huile  ;  couleurs  de  peintre,  de  gouache  et  de
pastel,  encre  de  Chine,  boîtes  de  couleurs,  crayons,
crayons  rouges  et  de  couleur,  craie  à  dessiner,  par
quintal  12  fr.  50
(Tare  :  16  en  futailles  et  en  caisses,  9  en  paniers,  6  en
balles.)
        <pb n="605" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  593
b.  Huile  de  genièvre  et  de  romarin,  par  quintal ­
  7  fr.  50.
(Tare  :  16  en  futailles  et  en  caisses.)
c.  Soude  caustique,  prussiate  de  fer  et  de  potasse,
jaune,  blanche  et  rouge,  par  quintal.  .  .  3  fr.  75
d.  Soude  calcinée  ;  bicarbonate  de  soude  ;  par  quintal ­
  2  fr.  50
e.  Alun  ;  chlorure  de  chaux  ;  vernis  à  l’huile  par
quintal  lfr.871/2.
/.  Soude  brute,  naturelle  ou  factice,  soude  cristallisée, ­
  par  quintal  93  3/4  C.
q.  Produits  bruts  à  l’usage  de  l’industrie  et  de  la  médecine, ­
  en  tant  qu’ils  ne  sont  pas  compris  sous
d’autres  numéros  du  tarif  Exempts.
//.  Albumine,  carbonate  et  sulfate  d’ammoniaque  ,
acide  arsénieux,  acide  arsénique,  sulfate  de  baryte ­
  pulvérisée,  acide  benzoïque,  bleu  de  Berlin,
cendres  bleues  et  vertes,  blanc  de  céruse,  sel  de
Saturne,  boraxetacide  borique,  brome,  bromure
de  potasse.  Jaune  de  cadmium,  bydrochlorate  de
chaux,  hydrochlorate  de  magnésie,  chromates  terreux ­
  et  métalliques,  chromâtes  de  potasse,  acide
citrique,  jus  de  citron,  citrate  de  chaux,  mordants
de  fer,  couperose  verte,  taffetas  d’Angleterre,  matières ­
  propres  à  la  teinture  et  au  tannage,  non  spécialement ­
  dénommées,  extraits  de  hois  de  teinture
et  extraits  de  tannins,  feux  d’artifice,  gélatine,  craie
moulue,  vitriol  mélangé  de  cuivre  et  de  fer,  glycérine, ­
  vert-de-gris  brut  et  raffiné,  esprit  de  corne
de  cerf,  iode,  iodure  de  potasse,  indigo  carmin  et
carmin  de  cochenille,  jaune  de  Cassel,  kermès
38
        <pb n="606" />
        594  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
minéral,  luis,  charbon  d’os,  poussière  d’os,  vitriol ­
  de  cuivre,  tournesol,  pâte  en  jus  de  réglisse,  ,
colle,  oxydes  métalliques  non  spécialement  dénommés, ­
  sucres  de  lait,  eaux  minérales  factices  et
naturelles,  y  compris  les  bouteilles  et  cruchons,
pains  à  cacheter  (oublies),  acide  oxalique  et  oxalate
de  potasse,  orseille  et  persio,  potasse  (védasse),
noir  de  fumée,  sel  ammoniaque  et  esprit  de  sel
ammoniaque,  salpêtre  brut  et  épuré,  acide  nitrique, ­
  acide  muriatique,  slil  de  grain,  cirage,
noir  d’imprimerie,  soufre,  sulfure  d’arsenic,  acide
sulfurique,  sulfate  et  carbonate  de  potasse,  sulfate
et  carbonate  de  magnésie,  sulfate  de  soude  (sel  de
glauber),  sulfite  et  sous-sulfite  de  soude,  cire  à
cacheter,  smalt,  groisil,-outremer,  cambouis,  silicate ­
  de  potasse,  lies  de  vin  sèches  ou  en  pâtes,
tartre  et  acide  tartrique,  oxyde  de  zinc  (blanc  de
zinc),  vitriol  de  zinc,  articles  inflammables.
En  outre  :  produits  chimiques  et  préparations
à  l’usage  de  l’industrie  et  de  la  médecine,  acides,
sels,  sucs  épaissis,  en  général  drogueries,  substances ­
  pharmaceutiques  et  couleurs,  en  tant  que
ces  objets  ne  sont  pas  compris  ci-après  sous  les
lettres  a  à  /,  ou  sous  d’autres  numéros  du  tarif.
Exempts.
(5.  Fer  et  acier,  ouvrages  en  fer  et  en  acier  :
a.  Fonte  brute  de  toute  espèce,  débris  de  vieux  ouvrages ­
  en  fer,  par  quintal  31  1/4  C.
b.  Fer  forgé  et  laminé  (mais  non  façonné)  en  barres  ;
1er  en  loupes;  rails,  fer  à  coin,  fer  de  [,  fer  de  1
simple  et  double;  acier  brut  et  cémenté;  acier
        <pb n="607" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  595

fondu  el  affiné;  fil  de  fer  et  d  acier  de  plus  de  3/4
lignes  de  Prusse  ;  fer  grossièrement  ébauché  à  la
forge  pour  servir  à  des  parties  de  machines  ou  de
voitures  (manivelles,  essieux,  etc.),  pour  autant  que
chacune  des  parties  pèse  25  kilogr.  ou  plus.
2fr.l8  3/i
ISotes  ad  b.
1.  Acier  brut,  importé  par  eau,  sur  autorisation  spéciale
pour  les  fabriques  d’acier  par  la  frontière  entre  la  Russie
et  l’embouchure  delà  Vistule...  par  quintal  :  I  fr.  25.
2.  Fer  en  loupes,  en  massieux  ou  en  prismes,  retenant ­
  encore  des  scories;  acier  brut  en  blocs  ou  en
fonte  par  quintal  :  i  fr.  50

3.  Le  fer  et  l’acier  forgés  ou  laminés  ayant  une  demi-ligne
de  Prusse  ou  moins  d’épaisseur  ou  larges  de  plus  de
7  pouces  de  Prusse  sont  assujettis  au  droit  pour
tôle.
4.  Les  débris  d’acier  sont  soumis  au  taux  de  la  fonte
brute.

c.  Fer  façonné  en  harres;  fer  pour  les  bandages  de
roues  des  waggons  de  chemin  de  fer  ;  fer  pour
socs  de  charrue  ;  tôles  de  fer  noires;  tôles  d’acier
brutes  ;  plaijues  de  fer  et  d’acier  brut  (non  polies);
ancres,  chaînes  d’ancres  et  de  navires;  fil  de  fer
et  d’acier  de  3/4  de  lignes  de  Prusse  d’équarrissage ­
  ou  moins,  par  quintal  3  fr.  12  t/2
d.  Tôle  de  fer  vernie,  tôle  d’acier  polie,  plaques  de
fer  et  d’acier  polies,  par  quintal.  .  4  fr.  37  1  /g
(Tare  :  10  en  futailles  et  caisses,  6  en  paniers,  4  en  baltes.)
e.  Ouvrages  en  fer  et  en  acier  :
1.  Ouvrages  en  fonte  très-grossiers,  sous  forme
de  fourneaux,  plaques,  grilles,  etc.,  par  quin-1
  fr.  50
2.  Ouvrages  communs  en  fer  forgé  ou  coulé,  en
        <pb n="608" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
fer  combiné  à  l’acier,  en  tôle,  en  fil  d’acier
et  de  fer,  même  en  combinaison  avec  du  bois;
de  même,  ouvrages  de  cette  espèce,  qui  sont
repassés,  vernis,  cuivrés  ou  étamés,  mais  non
polis,  à  savoir:  haches,  lames  d’épée,  limes,
marteaux,  sérans,  fers  à  rabot,  tambours  et
moulins  à  café,  chaînes  (à  l’exception  des
chaînes  d’ancres  et  de  navires),  batteries  de
cuisine,  clous,  poêles,  fers  à  repasser,  pelles,
serrures,  écrous  et  boulons  à  vis,  coutellerie
commune  pour  artisans,  faux,  faucilles,
lames  de  hachoirs,  fermoirs,  étrilles,  horloges ­
  d’église,  ciseaux  de  drapier  et  de  tailleur, ­
  tenailles  et  autres  objets  semblables;  de
même,  tuyaux  en  fer  forgé  et  étiré,  par  quintal.
5fr.
(Tare  :  10  en  futailles  et  caisses,  6  en  paniers,  4  en  balles.)
3.  Fins  :
a.  De  fonte  fine,  en  fer  ou  acier  poli,  en  fer  ou
acier  uni  à  d’autres  matières,  en  tant  que
cette  combinaison  ne  les  range  pas  sous  le
n°  20,  tels  que  :  ouvrages  fins  en  fonte  fine,
ouvrages  en  fer  vernis,  coutellerie,  aiguilles
métalliques  à  tricoter  ou  pour  ouvrages  au
crochet,  ciseaux,  ouvrages  de  fourbisseur,
  etc.,  à  l’exception  des  articles  suivants
sous  la  lettre  ß,  par  quintal.  ...  15  fr.
(Tare  :  13  en  futailles  et  en  caisses,  G  en  paniers,  4  en
balles.)
ß.  Aiguilles  àcoudre,  plumes  à  écrire  en  acier
        <pb n="609" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  597
et  en  autres  métaux  communs,  mouvements ­
  et  autres  fournitures  d’horlogerie  en
métaux  communs,  armes  à  feu  de  toute
espèce,  par  quintal  37  fr.  50
(Tare  :  13  en  futailles  et  caisses,  6  en  paniers,  4  en  balles.)
7.  Terres,  minerais  et  métaux  précieux  :
Terres  et  matières  minérales  brutes,  brûlées,
lavées  ou  moulues;  minerais,  même  traités,  en
tant  que  ces  objets  ne  sont  pas  nominativement
frappés  d’un  droit;  métaux  précieux,  monnayés,
en  lingots  ou  en  bris,  à  l’exception  du  billon
étranger  contenant  de  l’argent.  .  .  .  Exempts.
8.  Lin  et  autres  matières  végétales  propres  à  être  filées,  à
l’exception  du  coton  :
llruts,  rouis,  peignés  ou  taillés,  et  déchets  de  cette
espèce.  Exempts.
9.  Grains  de  céréales  et  autres  produits  de  l’agriculture  ;
a.  Grains  de  céréales,  même  germés,  et  légumes.
Exempts.
b.  Graines  et  baies  :
1.  Anis,  coriandre,  fenouil  et  cumin..  Exempts.
2.  Toute  autre  espèce  de  graines,  y  compris  les
graines  oléagineuses,  baies  fraîches,  graines
de  genièvre  de  toute  sorte,  noix  de  terre.
Exempts.
c.  Herbes  potagères  et  fourrages  frais  ;  bulbes;  pommes ­
  de  terre;  racines  fraîches;  fruits  de  table
frais  ;  plantes  vivantes,  même  en  pots  ou  en
cuves  ;  foin  ;  paille  ;  jonc  Exempts.
iü.  Verres  et  verreries  :
        <pb n="610" />
        398  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
a.  Verre  creux  vert  (ustensiles  en  verre)...  Exempts.
b.  Verre  creux  blanc,  non  moulé  ni  poli,  ou  seulement ­
  poli  aux  bouchons,  au  fonds  ou  aux  bords  ;
verre  à  vitres  et  verre  en  tables  de  couleur  naturelle ­
  (vert,  blanc  ou  mi-blanc),  pendants  de  lustres, ­
  boutons  et  perles  en  verre,  vitrifications  en
grains  percés,  par  quintal.  ......  2  fr.  50
c.  Verre  blanc  pressé,  poli,  dépoli,  taillé,  moulé,
verre  blanc  massif,  par  quintal  10  fr.
(Tare  :  pour  verre  pressé,  poli,  dépoli,  moulé  40  en
futailles  et  caisses,  13  en  paniers;  pour  verre  taillé  et
verre  blanc  massif,  13  en  futailles,  caisses  ou  paniers.)
d.  Glaces  à  miroir  :
1.  Brutes,  non  polies,  par  quintal.  .  1  fr.  87  1/2
2.  Polies,  étamées  ou  nou  étamées,  par  quintal.
15  fr.
(Tare  :  17  en  caisses.)
e.  Verre  de  couleur,  verre  peint  ou  doré,  sans  distinction ­
  deforme;  verreries  en  combinaison  avec
d’autres  matières,  en  tant  que  cette  combinaison
n’emporte  pas  la  perception  des  droits  établis  sous
le  n”  20,  par  quintal  15  fr.
(Tare  :  20  en  futailles  et  en  caisses,  13  en  paniers.)
Note  ad  c.  et  c.  Vitrifications  en  masses,  en  tubes,  en  tiges
ou  en  plaques  pour  la  fabrication  des  perles  fausses,  pour
le  soufflage  et  pour  la  fabrication  des  boutons,  sans  distinction ­
  de  la  couleur;  émail  Exempts.
11.  Poils  :
D’animaux,  à  l’exception  des  poils  désignés  sous
le  n°  41  ;  ouvrages  en  ces  poils  d’animaux;  cheveux, ­
  plumes,  et  soies  de  porcs  :
a.  Poils  et  cheveux  bruts,  peignés,  bouillis,  teints.
        <pb n="611" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.

590
même  mis  en  boucles;  poils  et  cheveux  filés,
même  en  combinaison  avec  les  matières  filamenteuses ­
  désignées  sous  le  n®  22  ;  plumes  à  écrire  brutes ­
  et  apprêtées,  plumes  de  lits,  plumes  de  parure, ­
  même  teintes,  en  tant  qu’elles  ne  sont  pas
comprises  dans  le  n°  18;  soies  de  porcs;  toiles
d’huilerie  ;  ouvrages  en  feutre  tout  à  fait  gros-Exempts.

b.  Tapis  de  pieds  grossiers,par  quintal.  .  1  fr.  87  1  /2
c.  Autres  tissus,  même  mêlés  d’autres  filaments,  en
tant  du  moins  que  toute  la  chaîne  ou  toute  la
trame  consiste  en  poils;  feutres  en  tant  qu’ils  ne
sont  pas  compris  sous  a;  par  quintal.  ...  30  fr.
(Tare  :  20  en  caisses,  7  en  balles.)
Note  ad  c.  Les  tissus  à  mélange  de  poils  et  d’autres  filaments
dont  la  chaîne  ou  la  trame  n’est  pas  formée  entièrement ­
  de  poils  seront  taxés,  lorsqu’ils  contiennent  de  la
soie,  d’après  le  n"  30  d,  et  en  tous  autres  cas  comme  s’ils
ne  contenaient  pas  de  poils.
12.  Peaux  :
a.  Peaux  brutes  (vertes,  salées,  sèches)  pour  en
faire  du  cuir  ;  peaux  de  brebis,  d’agneau  et  de
chèvres  brutes,  en  laine  ou  en  poil;  peaux  de  lièvre ­
  et  de  lapin  brutes  ;  peaux  de  chiens  de  mer  et
de  phoques  brutes,  fraîches  ou  salées.  .  Exemptes.
h.  Peaux  pour  la  pelleterie  Exemptes.
13.  Bois  et  autres  matières  végétales  ou  animales  propres
à  être  taillés  et  ouvrages  en  faits,  à  l’exception  des  ouvrages ­
  en  écaille  de  tortue  :
a.  Bois  à  brûler;  ramille  ;  charbons  de  bois;
écorce  de  bois  ou  écorce  à  tan  ;  mottes  à  brûler
(tan  lessivé)  Exempts.
        <pb n="612" />
        600  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
b.  Bois  de  construction  et  d’usage  quelconque,
même  scié  ou  ébauché  d’autre  manière  ;  autres
matières  végétales  ou  animales  propres  à  être
taillées,  qui  ne  sont  pas  jspécialement  dénommées ­
  Exempts.
c.  Ouvrages  en  bois  communs,  bruts  et  non  teints
de  tonnelier,  de  tourneur  et  de  menuisier;  ouvrages ­
  en  bois  simplement  rabotés,  et  ouvrages  de
charron  de  cette  espèce;  articles  de  tonnellerie
communs,  cerclés  en  fer  mais  ayant  déjà  servi  ;
balais  de  ramille;  vannerie  commune,  ni  teinte,
ni  passée  au  mordant,  ni  laquée,  ni  polie,  ni  vernie ­
  ;  cornes  en  feuillets  et  os  en  feuillets  bruts
simplement  taillés  Exempts.
d.  Bois  sciés  en  feuilles  pour  placage  ;  liège  en  planches, ­
  feuilles  et  semelles;  bouchons  de  liège;  rotins ­
  en  éclisscs  ou  passés  au  mordant.  .  .  Exempts.
e.  Ustensiles  de  ménage  (meubles)  et  autres  ouvrages
de  menuisier,  de  tourneur  et  de  tonnelier  teints,
passés  au  mordant,  vernis,  polis  ou  en  combinaison ­
  partielle  avec  des  métaux  communs,  du
cuir  tanné,  du  verre  ou  des  pierres  (à  l’exception ­
  des  pierres  précieuses  ou  demi-précieuses)  ;
fanons  de  baleine  simplement  refendus,  par  (piintal
  .  .  3  fr.  75
f.  Ouvrages  en  bois  fins  (marqueterie  ou  sculpture)  ;
vannerie  fine  et  en  général  tous  les  ouvrages  en
matières  végétales  ou  animales,  à  l’exception  de
l’écaille  de  tortue,  même  ceux  qui  sont  combinés
avec  d’autres  matières,  en  tant  qu’ils  ne  sont  pas
compris  sous  c.  d.  et  e,  ou  qu’il  ne  faut  pas  leur
        <pb n="613" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  601
appliquer  la  tarification  du  n®  20;  articles  en  bois
bronzé,  par  quintal  15  fr.
(Tare  :  20  en  futailles  et  en  caisses,  13  en  paniers,  0  en
balles.)
q.  Meubles  rembourrés  ou  recouverts  de  toute  espèce, ­
  par  quintal  12  fr.  50
(Tare  :  16  en  futailles  et  en  caisses,  13  en  paniers,  6  en
balles.)
14.  Houblon,  par  quintal  G  fr.  25
(Point  de  tare.)
15.  Instruments,  machines  et  bâtiments  pour  le  transport  :
a.  Instruments,  sans  égard  aux  matériaux,  dont  ils
sont  confectionnés  :
1.  De  musique,  par  quintal  7  fr.  50
(Tare  :  23  en  futailles  et  en  caisses,  9  en  balles.)
2.  D’astronomie,  de  chirurgie,  d’optique,  de  mathématique, ­
  de  chimie  (pour  laboratoires),  de

physique  Exempts.
b.  Machines  :
1.  Locomotives,  tenders  et  chaudières  à  vapeur,
par  quintal  5  fr.  62  t/2  .
2.  Autres,  suivant  que  la  matière  prédominante
par  le  poids  est  :
a.  En  bois,  par  quintal  1  fr.  87  1/2
ß.  En  fonte,  par  quintal  1  fr.  87  1/2
y.  En  fer  forgé  ou  en  acier,  par
quintal  3  fr.  12  1/2
8.  En  autres  métaux  communs,
par  quintal  5  fr.

(Tare  pour  8  :  13  en  futailles  et  en  caisses,  G  en  paniers,
4  en  balles.)
        <pb n="614" />
        602  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
3.  Cylindres  pour  imprimer  ou  apprêter  des  tissus, ­
  en  métaux  communs  :
gravés  ou  non  gravés  Exempts.
4.  Cardes  à  carder  et  leurs  garnitures,  par  quintal ­
  22  fr.  30
(Taro  :  13  en  futailles  et  en  caisses,  6  en  paniers,  4  en
balles.)
€.  Voitures  et  traîneaux  :
1.  Wagons  pour  chemins  de  fer,  dix  pour  cent  de
la  valeur.
2.  Autres  voitures  ou  traîneaux  garnis  de  cuir  ou
rembourrés,  la  pièce  187  fr.  oO
d.  Embarcations  de  mer  et  de  rivière  :
1.  En  bois  Exempts.
2.  En  fer  Iluit  pour  cent  de  la  valeur.
Note  ad  d.  1  et  2.
Les  ancres,  les  chaînes  d’ancres  et  les  autres  chaînes,
ainsi  que  tous  les  objets  ne  faisant  pas  partie  des  apparaux
ou  de  l’inventaire  mobile  ordinaire  des  navires,  pareillement ­
  les  machines  ;V  vapeur  installées  dans  les  navires
sont  passibles  des  droits  fixés  pour  ces  objets.
16.  Calendriers
sont  traités  suivant  les  jtrescriptions  spéciales,
édictées  en  matière  de  droits  de  timbre.
17.  Caoutchouc  et  gutta-percha  et  ouvrages  faits  de  ces
matières  :
a.  Caoutchouc  sous  la  forme  originaire  de  souliers,
bouteilles,  etc.,  brut,  purifié  ou  non.  .  .  Exempt.
b.  Caoutchouc  filé,  sans  aucune  combinaison  avec
d’autres  matières,  ou  entortillé,  guipé  ou  entrelacé ­
  d’un  fil  écru  (non  teint  ni  blanchi)  de  colon,
de  lin  ou  de  laine  seulement  de  telle  manière,  que.
        <pb n="615" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  603
sans  l’étendre,  on  puisse  clairement  reconnaître
encore  le  caoutchouc;  caoutchouc  en  plaques;
caoutchouc  liquide  Exempts.
c.  Ouvrages  communs  de  cordonnier,  de  ceinturier
et  coflretier  et  autres  ouvrages  en  caoutchouc  non
verni,  ni  teint,  ni  imprimé,  et  tous  ces  objets
même  combinés  avec  d’autres  matières,  en  tant
que  celte  combinaison  ne  les  range  pas  sous  le
11®  20,  par  quintal  15  fr.
(Tare  :  16  en  futailles  et  en  caisses,  13  en  paniers,  6  en
'balles.)
d.  Ouvrages  en  caoutchouc  verni,  teint  ou  imprimé,
même  combinés  avec  d’autres  matières,  en  tant
que  celte  combinaison  ne  les  range  pas  sous  le
n®  20;  souliers  fins  par  quintal  ....  26  fr.  25
(Tare  :  20  en  futailles  et  en  caisses,  13  en  paniers,  6  en
balles.)
c.  Tissus  de  toute  espèce  revêtus  d’un  enduit  de
caoutchouc  ou  imbibés  de  caoutchouc,  par  quintal ­
  :  56  fr.  25
(Tare  :  13  en  caisses,  9  en  paniers,  G  en  balles.)
Noie  ad  e.  Toiles  pour  l’impression  des  tissus  en  caoutchouc
importées  pour  fabriques,  et  cuir  factice  à  cardes  importé
pour  les  fabriques  à  carder,  ces  deux  articles  en  vertu
d’autorisation  spéciale  et  sous  contrôle  Exempts.
f.  Tissus  composés  de  fils  de  caoutchouc  en  combinaison ­
  avec  d’autres  matières  textiles,  par  quintal ­
  56  fr.  25
(Tare  :  13  en  caisses,  9  en  paniers,  6  en  balles.)
Note  sur  ô—A  Les  o;ivrage8  en  gutta-percha  sont  traités
comme  ouvrages  en  caoutchouc.
        <pb n="616" />
        f)04  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
18.  Vêtements  et  linge  de  corps  confectionnés  ;  articles  de
modes  :
a.  De  soie  ou  de  bourre  desoie,  même  en  combinaison ­
  avec  des  métaux  filés,  par  quintal  .  .  150  fr.
(Tare  :  20  en  caisses,  11  en  paniers,  9  en  balles.)
h.  Autres,  en  tantqu’ils  ne  sont  pas  dénommés  ci-bas
sous  les  lettres  c  et  c;  chapeaux  pour  hommes  en
soie,  non  montés,  montés  ou  garnis  ;  fieurs  artificielles; ­
  plumes  de  parure  apprêtées,  par  quintal ­
  *  112  fr.  50
(Tare  :  20  en  caisses,  11  en  paniers,  9  en  balles.)
c.  Confectionnés  de  tissus  enduits  ou  imbibés  de
caoutchouc  ou  de  gutta-percha,  ou  composés  de
fils  de  caoutchouc  et  d'autres  matières  textiles,
par  quintal  56  fr.  25
(Tare  :  13  en  caisses,  9  en  paniers,  G  en  balles.)
d.  Chapeaux  pour  hommes  de  feutre,  de  laine  ou  de
poils,  non  montés,  montés  ou  garnis,  par  quintal ­
  50  fr.  25
(Tare  :  20  en  caisses,  11  en  paniers,  9  en  balles.)
e.  Linge  de  corps  de  lin,  par  quintal  .  .  57  fr.  50
(Tare  :  13  en  caisses,  9  en  paniers,  G  en  balles.)
Note  ad  e.  Vêtements  et  linges  de  corps  portés,  lorsqu’ils
ne  sont  pas  destinés  pour  la  vente  Exempts.
19.  Cuivre,  autres  métaux  communs  non  spécialement  dénommés, ­
  alliages  de  métaux  communs  et  ouvrages  où
ils  se  retrouvent  :
«.  A  l’état  brut  ou  en  vieux  débris  ;  monnaies  de
cuivre  et  autre  menue  monnaie,  en  tant  que  dans*
        <pb n="617" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  605
Tun  OU  l’autre  des  États  du  Zollverein  il  soit
permis  de  les  importer  Exempts.
b.  Forgés,  laminés,  en  barres,  en  feuilles  ou  filés,  par
quintal  6  fr.  56  1  /4
(Tare  :  13  en  futailles,  6  en  paniers,  4  en  balles.)
c.  En  feuillesou  filés,  maisplaqués,  par  quintal.  15  fr.
(Tare  :  13  en  futailles,  6  en  paniers,  4  en  balles.)
d.  Ouvrages,  savoir  :
1.  Ouvrages  de  fondeur  en  cuivre  ou  en  laiton,
tels  que  :  alambics,  fers  à  repasser,  seaux,  poids,
charnières,  crochets,  robinets,  truelles,  lampes,
chandeliers,  mouchettes,  mortiers,  verroux,
tuyaux,  serrures,  écrous  et  boulons  à  vis,  plats,
ferrures  et  pentures  de  fenêtres,  de  portes,  de
meubles  et  de  voitures,  plats  de  balance  et
autres  ouvrages  communs  semblables,  même
en  combinaison  avec  du  bois  ou  du  fer,  mais
non  polis  ni  vernis,  par  quintal  10  fr.
(Tare  :  13  en  futailles,  6  en  paniers,  4  en  balles.)
2.  Autres  ouvrages,  même  en  combinaison  avec
d’autres  matières,  en  tant  que  cette  combinaison ­
  ne  les  range  pas  sous  le  n.  20,  par  quin-.
  bal  •  15  fr.
(Tare  :  13  en  futailles,  0  en  paniers,  4  en  balles.)
20.  Mercerie,  quincaillerie,  etc.  ;
a.  Ouvrages  faits  en  toutou  en  partie  de  métaux  précieux, ­
  de  perles  fines,  de  coraux  véritables  ou  de
{lierres  précieuses;  montres  de  poche  ;  feuilles
d’or  ou  d’argent  véritables,  par  quintal..  187  fr.  50
(Tare;  20  en  futailles  et  caisses,  13  en  paniers,  9  en
balles.)
        <pb n="618" />
        60G
b.

TAU  ir  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
Ouvrages  fails  en  tout  ou  en  partie  (l'écaille  de
tortue,  de  métaux  communs  mais  véritablement
dorés  ou  argentes  ou  placjues  d  or  ou  d  argent,
pendules  et  horloges,  à  l’exception  des  horloges
en  bois;  or  et  argent  en  feuilles  faux;  ouvrages
fins  de  luxe  et  de  quincaillerie  (objets  servant  à  la
parure  des  hommes  et  des  femmes,  objets  propres
à  garnir  les  toilettes  et  les  étagères),  en  tout  ou  en
partie  en  aluminium,  ouvrages  de  la  même  espèce ­
  en  autres  métaux  communs,  mais  d  un  travail
fin  et  plus  ou  moins  dorés  ou  argentés  ou  bien
vernis,  ou  bien  combinés  avec  de  l’albàtre,  de
l’ivoire,  de  l’émail,  des  pierres  demi-précieuses,
des  imitations  de  pierres  précieuses,  de  la  lave,
de  la  nacre,  ou  bien  avec  des  sculptures,  des
pâtes  de  verre  fines,  des  camées,  des  ornements
en  métaux  fondus  et  autres  objets  similaires  ;
lunettes  et  lorgnettes  ;  éventails;  bosselage  en
cire  fin;  ouvrages  de  perrinpiier;  parapluies  ;  parasols; ­
  perles  de  cire;  de  même  les  ouvrages
composés  en  partie  de  tissus  de  coton,  de  lin,  de
soie,  de  laine  et  d’autres  poils,  en  partie  de  matières ­
  animales  ou  végétales  propres  à  être  taillées,

de  métaux  communs,  de  verre,  de  caoutchouc,  de
gutta-percha,  de  cuir,  de  moleskine  (leather  cloth),
de  papier,  de  carton,  de  paille  ouvrée  ou  de  poterie, ­
  et  qui  ne  sont  pas  spécialement  tarifés,  par
exemple  :  boutons  sur  moules  de  bois,  etc.,  par
quintal  56  fr.  25

(Tare  :  20  en  futailles  et  caisses,  14  en  paniers,  0  en
balles.)
        <pb n="619" />
        TAIUF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEKEIN.
21.  Cuirs  et  ouvrages  en  cuir  :
a.  Cuirs  de  toute  sorte,  à  l’exception  des  cuirs  i

mes  sous  6,  cuir  de  Russie,  même  teint,  parché
min,  tiges  de  bottes,  par  quintal.  ...  7  fr.  50
(Tare  :  16  en  futailles  et  caisses,  13  en  paniers,  6  en

h.  Peaux  de  Bruxelles  et  de  Danemark  apprêtées
pour  la  ganterie  ;  cordouan,  maroquin  (citron  et
autre)  ;  et  toutes  espèces  de  peaux  teintes  ou  vernies ­
  à  l’exception  du  cuir  teint  de  Russie,  par
quintal  18  fr.  75
(Tare  :  16  en  futailles  et  caisses,  13  en  paniers,  6  en
balles.)
Note  ad  6.  Peaux  de  chèvres  et  de  moulons  à  demi  apprêtées
ou  parfaitement  tannées,  mais  pas  encore  teintes  ou  autrement ­
  apprêtés.  par  quintal  :  1  fr.  87  1/2
c.  Ouvrages  communs  de  cordonnier,  de  sellier  et
do  malletier  et  autres  ouvrages  en  cuir  tanné,
simplement  rougi  ou  noirci,  tous  ces  ouvrages
même  combinés  avec  d’autres  matières  en  tant
que  cette  combinaison  ne  les  range  pas  sous  le
11*  20,  par  quintal  15  fr.
(Tare  :  16  en  futailles  et  caisses,  13  en  paniers,  6  en

Note  ad  c.  Les  ouvrages  communs  de  cordonnier  et  de  malletier ­
  en  toile  grise  d'emballage,  en  toile  à  voile,  toile
écrue,  coutil  et  treillis  écrus  ou  en  toile  cirée  grossière
non  imprimée  sont  traités  comme  les  ouvrages  en  cuir.
d.  Ouvrages  en  cuir  lins,  en  cordouan,  en  maroquin
citron  et  autre  maroquin,  en  peau  de  Bruxelles  et
de  Danemark,  en  peau  chamoisé  ou  mégie,  en
cuir  teint  ou  verni  et  en  parchemin,  même  corni


I

'  i

i
i
I

i

balles.)
        <pb n="620" />
        608  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
binés  avec  d’autres  matières,  en  tant  que  cette
’  combinaison  ne  le  range  pas  sous  le  n.  20  ;  souliers ­
  fins  de  toute  espèce,  par  quintal...  26  fr.  25
(Tare  :  20  en  futailles  et  caisses,  13  en  paniers,  6  en
balles.)
€.  Gants  de  peau,  par  quintal  50  fr.
(Tare:  20  en  futailles  et  caisses,  13  en  paniers,  0  en
balles.)
22.  Fils  de  lin,  toile  et  autres  tissus  de  lin  :
C’est-à-dire  :  fils  et  étoffes  tissées  ou  travaillées  au
métier  de  lin  ou  d’autres  matières  végétales  propres
à  être  filées,  à  l’exception  du  coton  :
a.  Fils  à  l’exception  du  fil  nommé  sous  b  :
1.  De  lin  ou  de  chanvre  :
a.  Filésàlamécanique,  parquintal.  1  fr.  87  1/2
ß.  Filés  à  la  main  Exempts
2.  De  jute  et  de  tous  autres  filages  végétaux
non  spécialement  dénommés,  par  quintal ­
  1  fr.  87  1/2
Ä.  Filsteiiits,imprimés,  blanchis,par  quintal.  6  fr.  25
(Tare  :  13  en  caisses,  6  en  balles.)
c.  Fils  retors  de  toute  sorte,  par  quintal.  .  15  fr.
(Tare  :  13  en  caisses,  6  en  balles.)
d.  Ouvrages  de  cordier  non  blanchis  ;  cordes,
cables,  sangles,  bretelles  et  outres  blanchis,  tapis
de  pieds  grossiers  en  chanvre  de  Manille,  en  fibres
de  coco,  de  jute  et  autres  libres  semblables,
même  combinées  avec  les  poils  désignés  sous  le
n.  11,  par  quintal  1  fr.  87  1/2
        <pb n="621" />
        89

TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  609
€.  Toile  grise  d’emballage  et  toile  à  voile,  par  quintal ­
  2  fr.  50
/.  Toile,  coutils  et  treillis,  à  l’exception  des  espèces
nommées  sous  g\  ouvrages  de  cordier  teints  ou
blanchis,  à  l’exception  des  .sortes  nommées  sous
par  quintal  15  fr.
(Tare  :  13  en  caisses,  6  en  balles.)
Note  ad  f.  Toile  écrue  non  blanchie,  importée  :
aa.  en  Prasse  ;
Par  la  ligne  frontière  de  Leobschûtz  à  Seidenberg  dans  la
haute  Lusace  et  destinée  à  des  blanchisseries  ou  à  des

marchés  de  toile  Exempte.
bb.  en  Saxe  :
Parla  ligne  frontière  d’Ostritz  à  Shandau  sur  autorisation
spéciale  Exempte.

g.  Toiles,  coutils  et  treillis  teints,  imprimés  ou  blanchis, ­
  ou  tissés  de  fils  teints  imprimés  ou  blanchis;
damas  de  toutes  sortes;  linge  de  table,  draps  de
lit  et  essuie-mains  confectionnés;  blouses  de  toile;
batiste  et  linon,  par  quintal  37  fr.  50
(Tare  ;  13  en  caisses,  9  en  paniers,  G  en  balles.)
//.  Rubans,  bordures,  franges,  gaze,  tulle  en  bandes
façonné  et  tissé,  lacets,  bonneterie,  tissus  et  autres ­
  ouvrages  de  cette  espèce  en  combinaison  avec
des  métaux  filés,  par  quintal  37  fr.  50
(Tare  :  18  en  caisses,  13  en  paniers,  6  en  balles.)
i.  Dentelles  de  fil  de  lin,  par  quintal.  .  .  .  150  fr.
(Tare  ;  23  en  caisses,  11  en  balles.)
23.  Bougies  et  chandelles  :
fl.  De  suif  ou  de  stéarine,  par  quintal.  5  fr.  62  1  /2
(Tare  :  16  en  caisses.)
        <pb n="622" />
        010  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
b.  Autres,  par  quintal  5  fr.  62  1/2
(Tare  ;  16  en  caisses.)
24.  Objets  littéraires  et  objets  d’art  :
a.  Papier  écrit  (actes  et  manuscrits)  ;  livres  eu  toutes
les  langues;  gravures  sur  cuivre,  sur  bois  et  sur
autres  matières;  lithographies  et  photographies;
cartes  géographiques  et  nautiques  ;  musique.
Exempts.
h.  Plaques  métalliques  gravées,  bois  ou  pierres  lithographiques ­
  couvertes  de  dessins,  gravures  ou
écritures,  quand  ces  objets  sont  destinés  pour
l’imprimerie  sur  papier  Exempts.
c.  Tableaux  et  estampes;  statues  en  marbre  et  en  autres ­
  pierres  ;  statues  en  métal  au  moins  de  grandeur ­
  naturelle;  médailles  Exempts.
25.  Denrées  coloniales,  épiceries,  confiseries  et  autres  objets
de  consommation  :
a.  Bière  de  toute  espèce  et  hydromel,  par  quintal ­
  2  fr.  hO
h.  Eaux-de-vie  de  toute  espèce,  arrack,  rhum,  eaude-vie
  de  France  et  eaux-de-vie  composées,  en  cercles ­
  ou  en  bouteilles,  par  quintal.  .  .  22  fr.  50
(Tare  :  24  en  caisses  et  16  en  paniers  [seulement  à  l’entrée ­
  en  bouteilles],  11  en  futailles  doubles.)
c.  Levûre  et  lie  de  toute  espèce,  à  l’exception  des
lies  de  vin,  par  quintal  26  fr.  25
(Tare  :  24  en  caisses,  11  en  futailles  doubles,  7  en  paniers.)
d.  Vinaigre  de  toute  espèce  en  cercles,  par  quin-(Point

  de  tare.)
        <pb n="623" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  611
e.  Vin,  moût  et  cidre,  en  cercles  et  en  bouteilles;
vinaigre  en  bouteilles  ou  cruchons  ;  boissons
préparées  artificiellement,  en  tant  qu’elles  ne
figurent  pas  sous  d’autres  numéros  du  tarif,  par
quintal  10  fr.
(Tare  :  24  en  caisses,  16  en  paniers  [seulement  à  l’entrée
en  bouteilles],  11  en  futailles  doubles.)
Note  ad  e.  Le  vin  venant  d’un  pays'  qui  ne  traite  pas  le
Zollverein  comme  les  pays  les  plus  favorisés,  est  soumis

à  la  taxe  de  15  fr,
f.  Beurre,  par  quintal  5

(Tare  :  16  en  futailles,  en  pots  ou  en  cuves  de  bois  dur
11  en  cuves  de  bois  tendre,  7  en  paniers.)
Note  ad  f.
1.  Bourre  frais  non  salé  à  l’entrée  par  la  ligne  de  Lindau
à  Hemmenhofen  par  quintal  3  fr.  7t;
2.  Beurre  frais,  entrant  par  pièces,  dont  le  poids  total
n’excède  pas  3  livres  (1  */i  kilorg.),  sauf  la  révocation  ou
restriction  locale  de  cette  faveur  en  cas  d’abus.  Exempt.
y.  l.  Viande  de  boucherie,  préparée;  jambon;  lard;
saucisses;  extrait  de  viande;  tablettes  de  bouillon,
poissons  non  autrement  dénommés,  par  quintal ­
  Ifr.  87  1/2
2.  Viande  de  boucherie  fraîche,  gros  gibier
Exempts.
h.  Fruits  du  Midi  et  feuilles  :
1.  Oranges,  citrons,  limons,  oranges  amères,
grenades  et  autres  fruits  analogues  frais,  par
quintal  7  fr.  50
(Tare  :  20  en  futailles  et  caisses,  13  en  paniers,  6  en
balles.)
En  demandant  à  acquitter  le  droit  suivant  le
        <pb n="624" />
        612  TARIF  ni2S  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
nombre  des  fruits,  le  contribuable  payera  par  100
pièces  2  fr.  50
Dans  ce  dernier  cas  on  n’acquitte  pas  de  droit
pour  les  fruits  gâtés,  qui  sont  jetés  en  présence
des  employés.
2.  a.  Dattes,  figues,  raisins  de  Corinthe  et  de  Damas, ­
  amandes,  amandes  de  peches,  orangettes,
et  autres  fruits  analogues  secs,  par  quintal ­
  15  fr.
(Tare  :  13  en  futailles,  16  en  caisses,  13  en  paniers,  -6  en
balles.)
ß.  Châtaignes,  marrons,  caroubes,  pignons,  par
quintal  1  fr.  87  1/2
i.  Épices  de  toute  espèce,  non  spécialement  dénommées, ­
  par  quintal  24  fr.  37  1/2
(Tare  :  16  en  futailles,  18  en  caisses,  13  en  paniers,  4  en

balles.)
k.  Harengs,  par  baril  de  pôcbe  3  fr.  75
/.  Miel,  par  quintal  1  fr.  25

m.\.  Café  en  fèves  et  faux  café  (à  l’exception  de  la
chicorée),  par  (juintal  21  fr.  87  1/2
(Tarer:  12  en  futailles  avec  douves  de  bois  de  cbóne  ou
d’autre  bois  dur;  8  en  autres  futaille«,  12  encaisses  de
4  quintaux  et  déplus,  17  en  caisses  de  moins  de  4  quintaux, ­
  0  en  paniers,  2  en  balles  ou  sacs.)
2.  Cacao  en  fèves,  par  quintal.  .  .  21  fr.  87  1/2
(Tare  :  13  en  futailles  avec  douves  de  bois  de  cbône  ou
d’autre  bois  dur  et  en  caisses,  10  en  autres  futailles,
9  en  paniers,  3  en  balles.)
3.  Pellicules  de  cacao,  par  quintal.  .  .  7  fr.  50
(Tare  :  13  en  futailles  avec  douves  de  bois  de  chône  ou
        <pb n="625" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  013
d’autre  bois  dur  et  en  caisses,  tO  en  autres  futailles,
9  en  paniers,  3  en  balles.)
n.  Caviar  et  succédanés  de  caviar  (œufs  de  poisson
salés),  par  quintal  41  fr.  23
(Tare  :  20  en  futailles  et  caisses,  13  en  paniers,  6  en
balles.)
O.  Fromage  de  toute  espèce,  par  quintal.  .  6  fr.  25
(Tare  :  20  en  caisses  d’un  quintal  et  de  plus  ;  16  en  caisses
de  moins  d’un  quintal  ;  11  en  futailles,  8  en  paniers,
6  en  balles  ;  12  en  cuves  de  3  quintaux  et  de  moins,
8  en  cuves  d’un  poids  plus  élevé.)
p.  l.a.  Confitures,  sucreries  et  pâtisseries  de  toute
espèce;  olives,  câpres,  pâtés,  sauces  et  autres  objets ­
  délicats  pour  la  table  ;  pâte  de  cacao,  cacao
moulu  ;  chocolat  et  succédanés  de  chocolat,  café
brûlé,  par  quintal  26  fr.  25
(Tare  :  20  en  futailles  et  caisses,  13  en  paniers,  C  en
balles;  pour  pâte  de  cacao,  cacao  moulu,  chocolat  et
succédanés  de  chocolat  :  14  en  caisses  de  bois  tendre.)
p.  Fruits,  épices,  légumes  et  autres  comestibles
(champignons,  1  ru  fies,  volailles,  animaux  de
mer,  etc.)  confits  au  sucre,  au  vinaigre,  à
l'huile  ou  autrement,  ou  bien  étuvés  ou  salés; ­
  poissons  préparés,  moutarde  préparée,
par  quintal  18  fr.  75
(Tare  :  20  en  futailles  et  caisses,  13  en  paniers,  6  en
balles.)
2.  Fruits  de  table,  semences,  baies,  feuilles,  fleurs,
champignons  et  légumes  séchés,  cuits,  pulvérisés, ­
  simplement  bouillis  ou  salés,  en  tant  qu’ils
ne  sont  pas  compris  sous  d’autres  numéros  du
tarif;  chicorée  sèche,  torréfiée  ou  moulue  ;  noix
        <pb n="626" />
        614  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
sèches;  sucs  de  fruits  de  table,  de  haies  et  de
navets  bouillis  sans  sucre  ;  écorces  d^oranges,
fraîches  et  sèches  Exempts.
q.  1.  Substances  amylacées,  poudre  à  poudrer,  amidon, ­
  arrow-root,,  par  quintal.  .  .  1  fr.  87  1/2
2.  Grains  de  céréales  et  légumes  secs  moulus,  savoir ­
  :  grains  perlés  et  mondés,  orge  mondé,
farine  de  gruau,  gruau,  farine,  pâtisserie  ordinaire ­
  de  boulanger  ;  gomme  amylacée,  vermicelles, ­
  sagou  et  succédanés  de  sagou,  tapioca.
Exempts.
r.  Coquillages  pleins  provenant  de  la  pêche  maritime, ­
  tels  que  huîtres,  homards,  moules  écaillées,
tortues,  etc.,  par  quintal  7  fr.  50
(Point  de  tare.)
5.UÎZ  :  mondé  ou  non  mondé,  par  quintal.  1  fr.  87  1/2
Note.  Riz  pour  la  fabrication  de  l’amidon  Exempt.
/.  Sel  (de  cuisine,  des  salines),  sel  gemme,  sel  marin)
et  toutes  les  substances  propres  à  donner  du  sel,
par  quintal  7  fr.  50
(Tare  :  1  en  sacs.)
U.  Sirop  (*).
{*)  Les  droits  du  sucre  et  du  sirop  sont  fixés  par  la  loi  du
Zollverein  de  l’an  i860,  aux  taux  suivants  :
(1)  Sucre  raffiné  de  toute  sorte  et  sucre  brut,  lorsque
celui-ci  correspond  aux  modèles  n®  t!)  et  suivants  du
standard  Hollandais,  qui  seront  déposés  par  ordre  du
conseil  de  la  Confédération  du  Nord  dans  tousles  bureaux
de  douane  autorisésâ  l’expédition  du  sucre  et  portés  à  la
connaissance  du  public  par  quintal  tS  fr.
        <pb n="627" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.

61^

V.  Tabac  :
1.  Tabac  en  feuilles  ou  en  côtes  non  fabriquées,  par
quintal  fr.
(Tare  :  22  en  caisses,  12  en  futailles,  en  serons  (excepté
ceux  de  peaux)  et  en  paniers  de  canasse,  9  en  paniers,
8  en  peaux,  4  en  balles  de  roseau,  d’écorce  et  de  jonc,
2  en  autres  balles.)
2.  Tabac  fabriqué  :
a.  Tabac  à  fumer  en  rouleaux,  en  feuilles  déroulées ­
  ou  éjambées,  tabac  haché,  carottes
ou  andouilles  pour  tabac  à  priser,  tabac
moulu,  et  déchets  de  tabac,  par  quintal ­
  ;  .  .  .  .  41  fr.  25
(Tare  :  16  en  futailles,  13  en  paniers,  12  en  paniers  de
canasse,  6  en  balles.)
p.  Cigares  et  tabac  à  priser,  ]&amp;gt;ar  quintal.  75  fr.
(Tare  comme  sous».  Pour  les  cigares,il  est  accordé,  outre
la  taxe  pour  l’emballage  extérieur  :  24  livres  en  sus,
lorsqu’ils  sont  emballés  en  petites  caisses,  et  12  livres
lorsqu’ils  le  sont  dans  de  petits  paniers  ou  dans  des
cartons.)
w.  Thé,  par  quintal  30  fr.
(Tare  :  23  en  caisses.)
X.  Sucre  (*).
(Tare  :  à  l’entrée  de  sucre  en  pains,  sucre  candi,  sucre  en
morceaux  ou  sucre  dit  lump  ;  14  en  futailles  avec  douves
de  bois  do  chêne  ou  d’autre  bois  dur,  10  en  autres  futailles, ­
  13  en  caisses,  7  en  paniers;à  l’entrée  de  sucre
brut,  sucre  en  farine  et  sucre  concassé  ;  13  en  futailles
avec  douves  de  bois  de  chêne  ou  d’autre  bois  dur,  10  en
autres  futailles,  13  en  caisses,  8  en  entrelacements  de
        <pb n="628" />
        r  :

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616  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
26.  Huiles  non  dénommées  ailleurs  et  graisses  :
a.  Huiles  :  ,
1.  Huiles  de  toute  espèce  en  bouteilles  ou  cruchons ­
  ;  de  même  huile  d’olives  en  cercles,  par
quintal  3  fr.  12  1/2
Noie  ad  a.  i.  Huile  d’olives  importée  en  cercles,  quand  lors
de  la  vérification  on  y  ajoute,  par  quintal,  une  livre  d’huile
de  térébenthine  ou  un  huitième  de  livre  d’huile  de  romarin ­
  Exempte.
2.  Autre  huile  en  cercles,  par  quintal.  1  fr.  87  1/2
3.  Huile  (beurre)  de  palme  et  huile  de  coco
Exemptes.
b.  Graisses  :
1.  Huiles  de  poisson,  paraffine,  blanc  de  baleine,
stéarine  et  acide  stéarique,  par  quintal ­
  1  fr.  87  1/2
2.  Lard  de  poisson,  par  (juintal..  .  .  1  fr.  23
3.  Autres  graisses  animales,  fondues  ou  non.
Exemptes.
c.  lîésidus  compactes  de  la  fabrication  des  huiles
fixes,  meme  moulus  Exempts.

cannes  exotiques  [scanassere,  cranjanse],  7  en  autres
papiers,  4  en  halles.)
(2)  Sucre'  brut,  en  tant  qu’il  n’est  pas  rangé  sous  le
t  par  quintal  :  15  fr.
(Tare  :  comme  sous  le  n°  1  pour  sucre  brut.)
(3)  Sirop  par  quintal  !)  fr.  37  1  /2
(Tare:  11  en  futailles.)
Les  solutions  de  sucre  reconnues  avec  certitude  comme
telles  par  la  révision  douanière,  sont  soumises  au  droit
d’entrée  indiqué  sous  2.
(4)  Mélasse  destinée  sous  contrôle  à  la  fabrication  de
l’eau-de-vie  Exemple.
        <pb n="629" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  617
27.  Papiers  et  Cartonnages  :
a.  Papier  gris  brouillard  et  d’emballage,  cartons  en
feuilles,  y  compris  ceux  à  presse,  parchemin  factice ­
  ;  papier  à  aiguiser  ou  à  polir  ;  papier  à
mouches  ;  papier  anti-rhumatismal  ;  papier  imitant ­
  l’ardoise  Exempts.
b.  Papier  non  collé  ordinaire  (grossier,  gris  et  demiblanc,
  même  teint)  ;  tout  papier  non  collé  à  imprimer ­
  ;  ouvrages  de  modeleur  en  carton-pierre,
en  asphalte  ou  en  substances  semblables,  même
combinés  avec  du  bois  ou  du  fer  mais  non  teints
ou  vernis,  par  quintal  2  fr.  50
c.  Tout  papier  non  compris  sous  a,  b  etrf,  papierlilhographié,
  imprimé  ou  réglé  pour  comptes,  étiquettes, ­
  lettres  de  voitures,  devises,  etc.,  carton
de  peintre,  par  quintal.  3  fr.  75.
d.  Papier  doré  ou  argenté,  papier  à  dessins,  échantillons ­
  d’or  ou  d’argent,  papier  découpé  à  jour  ;
bandes  de  ces  espèces  de  papier;  papierde  tenture  ;
ouvrages  en  papier,  en  carton  ou  en  carton-pàte;
ouvrages  de  modeleur  en  carton-pierre,  en  asphalte
ou  en  autres  substances  semblables  en  tant  qu’ils
ne  sont  pas  compris  sous  a,  b  et  g,  par  quintal ­
  5  fr.
(Tare  :  16  encaisses,  13  en  paniers,  6  en  balles.)
e.  Ouvrages  composés  des  substances  prédénommées
et  d’autres  matières,  en  tant  que  cette  combinaison ­
  ne  les  range  pas  sous  le  n®  20,  par  quintal ­
  15  fr.
(Tare  :  16  en  caisses,  13  en  paniers,  6  en  balles.)
        <pb n="630" />
        618  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
28.  Pelleterie  ouvrée  :
a.  Pelisses  revêtues,  bonnets,  gants  de  peaux,  couvertures, ­
  fourrures  et  garnitures  doublées,  etc.,
par  quintal  82  fr.  66
(Tare  :  16  en  futailles,  20  en  caisses,  6  en  balles.)
h.  Pelisses  de  peaux  de  moutons  cousues  mais  non
revêtues,  peaux  de  chèvre  d’Angora  et  de  mouton
mégies  et  teintes  mais  non  doublées  ;  couvertures,
fourrures  et  garnitures  non  doublées..  Exemptes.
29.  Poudre  à  tirer  Exempte.
30.  Soie  et  soieries  :
a.  Soie  en  cocon,  soie  grége  ou  moulinée,  bourre
de  soie,  cardée,  filée,  simple  ou  retorse,  toutes
ces  espèces  de  soie  non  teintes;  déchets  de  soie
teinte  Exempts.
b.  Soie  et  bourre  de  soie  teintes,  par  (juintal.  16  fr.
(Tare  :  IC  en  futailles  et  caisses,  9  en  balles.)
c.  Tissus  de  soie  ou  de  bourre  de  soie  même  en  combinaison ­
  avec  des  métaux  filés,  par  (luintal

(Tare  :  22  en  caisses,  13  en  balles.)
d.  Tissus  de  soie  ou  de  bourre  de  soie  en  combinaison ­
  avec  du  coton,  du  lin,  de  la  laine  ou  d’autres
poils  désignés  sous  le  n°  41,  par  quin-4ni
  112  fr.  50

(Tare  :  2Ü  en  caisses,  11  en  balles.)
Note.  Tissus  tout  grossiers  en  déchets  de  soie  qui  ont  l’extérieur ­
  de  toile  grise  d’emballage  et  qui  servent  à  presser
les  draps  et  au  nettoyage  par  quintal  2  fr.  .'&amp;gt;0
        <pb n="631" />
        tarif  des  douanes  DU  ZOLLVEREIN.  619
31.  Savons  et  parfumeries  :
a.  Savon  vert,  noir  et  autre  savon  gras,  par  quintal ­
  3  fr.  121/2
¿.Savon  commun  compacte,  par  quintal.  3  fr.  121/2
c.  Savons  fins  en  tablettes,  boules,  boîtes,  cruchons,
pots,  etc.,  par  quintal  7  fr.  50
(Tare  :  16  en  caisses.)
(i.  Parfumeries  de  toute  espèce,  par  quintal ­
  •  12  fr.  30
(Tare  :  16  en  caisses.)
Note  ad  c  et  d.  Lorsque  les  enveloppes  (vases,  boîtes,  etc.)
qui  renferment  ces  articles  sont  passibles  de  taxes  plus
élevées  que  leur  contenu,  c’est  la  taxe  la  plus  élevée
qui  sera  perçue.
32.  Cartes  à  jouer  de  toute  forme  ou  grandeur,  pour
autant  qu’il  soit  permis  de  les  importer  en  consommation ­
  dans  l’un  ou  l’autre  des  Étals  du
Zollverein  et  en  observant  les  dispositions  particulières ­
  relatives  au  timbre  et  au  contrôle,  j&amp;gt;ar
quintal  37  fr.  50
33.  Pierres  et  ouvrages  en  pierres  :
a.  Pierres  brutes  ou  simplement  taillées  ;  pierres  à
feu;  meules,  même  cerclées  en  fer;  ardoises
polies  ;  pierres  à  aiguiser  et  à  repasser  de  toute
espèce  ;  ouvrages  grossiers  et  non  polis  de  tailleurs
de  pierres,  tels  que  châssis  de  portes  et  de  fenêtres,
colonnes  et  parties  de  colonne,  tuyaux,  auges,  à
l’exception  des  ouvrages  en  albâtre  et  en  marbre;
jalets  en  marbre  Exemptes.
b.  Pierres  précieuses  et  leurs  imitations,  polies;
        <pb n="632" />
        &amp;lt;Í20  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
perles  et  coraux  non  montés  ;  ouvrages  en  serpentine, ­
  en  plâtre  ou  en  soufre  ;  tablettes  d’ardoises ­
  encadrées  de  bois,  meine  laquées  ou  po-Exempts.

c.  Ouvrages  en  pierres  à  demi  précieuses,  même
combinés  avec  d’autres  matières,  entant  que  cette
combinaison  no  les  range  pas  sous  le  n&amp;lt;&amp;gt;  20,  par
quintal  30  fr.
(Tare  :  16  en  futailles  et  en  caisses.)
d.  Ouvrages  en  toute  autre  espèce  de  pierres,  à  l’exception ­
  des  statues  :
1.  Non  combinés  avec  d’autres  matières  ou  seulement ­
  combinés  avec  du  bois  ou  du  fer  et  non
polis  ni  vernis,  par  quintal.  ...  C21/2  Cts.
2.  Combinés  avec  d’autres  matières,  ouvrages  en
écume  de  mer,  tous  ces  ouvrages  en  tant  qu’ils
ne  tombent  pas  sous  le  n°  20,  par  quintal.
15  fr.
(Tare  :  16  en  futailles  et  en  caisses.)
•H.  Houille,  lignite,  tourbe  :
I  louille  ;  lignite  ;  cokes,tourbe;  charbonsde  tourbe.
Exempts.
35.  Ouvrages  en  paille,  roseau  ou  écorce  :
a.  Nattes  et  tapis  de  pied  en  écorce,  paille  ou  roseau,
et  autres  ouvrages  en  roseau  ordinaires,  teints  et
non  teints;  balais  de  paille,  tresses  en  paille  de
toute  sorte  ;  chapeaux  en  tresses  de  bois  sans  garniture ­
  Exempts.
b.  Paille  et  écorce  entrelacées,  à  l’exception  des  tres-
        <pb n="633" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.

621

ses  de  paille;  couvertures  en  paille  non  fendue,
par  quintal  15  fr.
(Tare  :  20  en  caisses,  9  en  balles.)

c.  Chapeaux  en  paille,  roseau,  écorce,  jonc,  fanons
de  baleine,  palmier  :
1.  Sans  garniture,  la  pièce  25  Cts.
2.  Garnis  et  chapeaux  garnis  en  tresses  de  bois,  la
pièce  50  Cts.
36.  Goudron:  poix  ;  résines  de  toute  espèce;  asphalte  ;
goudron  minéral  fluide  et  autres  huiles  minérales,
brutes  ou  purifiées,  benzine  et  acide  carbolique
(créosote)  ;  résines  distillées  ;  térébenthine;  huile  de
térébenthine;  huile  de  corne  de  cerf,  purifiée  ou
non  Exempts.
37.  Animaux  et  produits  d'animaux  non  dénommés  ailleurs ­
  :
a.  Tous  animaux  vivants,  pour  lesquels  une  taxe  n’a
pas  été  inscrite  au  tarif;  volaille  et  menu  gibier  de
toute  espèce  ;  poissons  frais  et  écrevisses  d’eau
douce  ;  moules  fraîches  non  écaillées.  .  Exempts,
ô.  OEufs  ot  lait  Exempts.
c.  Ituches  à  miel,  renfermant  des  essaims  vivants.
Exempts.
d.  Vessies  et  hoyaux  d’animaux;  cire;  éponges  et
autres  produits  d’animaux,  en  tant  qu’ils  ne  sont
pas  compris  sous  d’autres  numéros  du  tarif.  •
Exempts.
38.  Poteries  :

a.  Carreaux  de  terre  cuite,  briques  et  tuiles  à  bâtisse
et  autres  ouvrages  en  argile  servant  à  la  bâtisse  ;
tuyaux  en  terre  cuite;  creusets;  carreaux  à  four-
        <pb n="634" />
        &amp;lt;)22  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
neaiix  communs  ;  pipes  de  terre  ;  poterie  ordinaire.
Exempts.
b.  Autre  poterie,  à  l’exception  de  la  porcelaine:
1.  D’une  seule  couleur  ou  blanche,  par  quintal.
6  fr.  2Ö
(Tare  :  22  en  caisses,  13  en  paniers.)
2.  Peinte,  imprimée,  dorée  ou  argentée,  par  quintal ­
  7  fr.  SU
(Tare  :  22  en  caisses,  13  en  paniers.)
c.  Porcelaine  blanche,  même  avec  raies  en  couleur,
par  quintal  6  fr.  25
(Tare  ;  22  en  caisses,  13  en  pÆniers.)
d.  Porcelaine  en  couleur,  porcelaine  peinte  ou  dorée
et  poterie  de  toute  espèce  combinée  avec  d’autres ­
  matières,  en  tant  que  cette  combinaison  ne  la
range  passons  le  n®  20,  par  quintal.  ...  15  fr.
(Tare  :  22  en  caisses,  13  en  paniers.)
39.  Bestiaux  :
a.  Chevaux,  mules,  mulets,  ânes  Exempts.
b.  Gros  bétail:  taureaux,  bœufs,  vaches,  bouvillons

et  veaux  Exempts.
c.  Porcs:
1.  Gras  et  maigres,  par  pièce  2  fr.  50

2.  Cochons  de  lait,  par  pièce  57  1/2  Cts.
il)..  Toile  cirée,  mousseline  cirée,  taffetas  ciré  :
a.  Toile  cirée  grossière  non  imprimée  (pour  emballage), ­
  par  quintal  2  fr.  50
b.  Tout  le  reste,  par  quintal  7  Ir.  50
(Tare  ;  13  en  caisses,  9  en  paniers,  H  en  balles.)
Note  ad  6.  Les  ouvrages  de  tissus  cirés  sont  traités  comme
ouvrages  en  cuir  lins.
        <pb n="635" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  623

il.  Laines,  y  compris  les  poils  de  chèvre,  de  lièvre,  de
lapin  et  de  castor  et  ouvrages  en  ces  matières  :
a.  Laines  brutes,  peignées,  teintes,  moulues.
Exemples.
b.  Filées,  même  mélangées  d’autres  matières  textiles
à  l’exception  du  coton  :
1.  A  un  bout,  teintes  ou  non;  à  deux  bouts  non
teintes;  ouates,  par  quintal.  .  .  1  fr.  87  1/2
2.  A  deux  bouts,  teintes;  à  trois  ou  plusieurs  bouts,
teintes  ou  non  teintes,  par  quintal.  .  .  15  fr.
(Tare  :  16  en  futailles  et  caisses,  6  en  balles.)
c.  Ouvrages,  même  en  combinaison  avec  du  coton,
du  lin  ou  des  métaux  filés  :
1.  Broderies,  dentelles  et  tulles,  par  quintal.
112  fr.  5U
(Tare  :  20  en  caisses,  7  en  balles.)
2.  Imprimés  de  toute  espèce,  par  quintal.
93  fr.  75
(Tare  :  20  en  caisses,  7  en  balles.)
3.  Non  imprimés  ni  foulés;  passementerie  et  boutonnerie;
  filages  en  combinaison  avec  des  métaux ­
  filés,  par  quintal  75  fr.
(Tare  :  20  en  caisses,  7  en  balles.)
4.  Draps,  tissus  et  étoffes  feutrées,  qui  sont  foulés,
mais  non  imprimés  ;  bonneterie,  tapis  de  pieds,

par  quintal  37  fr.  50
(Tare  :  20  en  caisses,  7  en  balles.)
5.  Lisières  de  drap  Exemptes.
        <pb n="636" />
        624  TARIF  DIÍS  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
42.  Zinc  et  ouvrages  en  zinc  :
a.  Zinc  brut,  zinc  en  vieux  ouvrages  brisés.  Exempt.
/&amp;gt;.  Zinc  en  plaques  laminées  Exempt.
c.  Ouvrages  en  zinc  communs,  même  en  combinaison ­
  avec  du  bois  ou  du  fer,  mais  non  polis  ni  vernis ­
  ;  fils  de  zinc  exempts.
d.  Ouvrages  en  zinc  fins  ou  vernis;  ouvrages  en  zinc
combinés  avec  d’autres  matières,  en  tant  que  cette
combinaison  ne  les  range  pas  sous  le  n®  20,  par
quintal  :  ifi  fr.
(Tare  :  20  en  futailles  et  caisses,  13  en  paniers.)
43.  Étain  et  ouvrages  en  étain,  même  alliés  d’antimoine  :
a.  Étain  en  blocs,  lingots,  etc.,  étain  en  vieux  ouvrages ­

  brisés  Exempt.
h.  Étain  laminé  Exempt.

c.  Ouvrages  en  étain  communs,  tels  que  :  fils  d’étain,
tuyaux,  plats,  assiettes,  chaudrons  et  autres  vases,
même  en  combinaison  avec  du  bois  ou  du  fer,
mais  non  polis  ni  vernis  Exempts.
d.  Ouvrages  en  étain  fins  ou  vernis  ;  ouvrages  en  étain
combinés  avec  d’autres  matières,  en  tant  que  cette
combinaison  ne  les  range  pas  sous  le  n®  20,  par
quintal  :  '  Ifi  fr.
(Tare  ;  20  en  futailles  et  caisses,  13  en  paniers.)
44.  Articles,  qui  ne  sont  compris  sous  aucun  des  numéros ­
  précédents  Exempts.
        <pb n="637" />
        tarif  des  douanes  du  ZOLLVEREIN.

40

DEUXIÈME  PARTIE.
Dispositions  relatives  à  la  sortie.
A  la  sortie,  ne  sont  assujettis  à  un  droit  que  :
Chiffons  et  autres  déchets  propres  à  la  fabrication  du
papier,  et  ce  droit  est,  pour:
i.  Chiffons,  excepté  ceux  en  pure  soie;  chiffons
incomplètement  triturés  ;  maculatures  et  rognures ­
  de  papier,  par  quintal.  .  .  6  fr.  25
2.  Vieux  cables,  vieux  filets  de  pêche  et  cordages,
goudronnés  ou  non,  par  quintal.  .  1  fr.  25

TROISIÈME  PARTIE.
Dispositions  générales.
1.  Le  montant  des  droits  sera  acquitté  d’après  le'
poids,  la  mesure,  le  nombre  des  pièces  ou  la  valeur. ­

La  taxe  qui  frappe  les  objets  soumis  à  un  droit
d’entrée  ou  de  sortie,  est  toujours  celle  qui  se
trouve  en  vigueur  à  la  date  où  l’on  déclare  et  présente ­
  à  la  vérification  :
i.  Les  marchandises  destinées  à  l’importation,  au
bureau  de  douane  compétent,  soit  afin  d’en
acquitter  le  droit  d  entrée,  soit  pour  les  expédier ­
  sur  acquit  à  caution  Nr.  II.
        <pb n="638" />
        ♦)26  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
2.  Les  marchandises  destinées  à  la  sortie  et  soumises ­
  à  un  droit  de  sortie,  à  un  bureau  de
douane  autorisé  à  percevoir  le  droit  de  sortie.
II.  Le  quintal  de  douane  (==■  50  kilogrammes),  qui
sert  de  base  au  tarif,  est  divisé  en  cent  livres.
III.  a)  Les  droits  doivent  être  perçus  ou  bien  suivant
le  poids  brut  ou  bien  suivant  le  poids  net.
On  entend  par  poids  brut  le  poids  de  la  marchandise ­
  complètement  emballée,  c’est-à-dire  munie ­
  de  l’enveloppe  ordinaire  pour  sa  conservation
et  de  l’emballage  particulier  pour  le  transport.
Ou  appelle  la  tare  le  poids  de  l’emballage  extérieur ­
  nécessaire  au  transport  de  la  marchandise.
Dans  le  cas  où  l’emballage  servant  au  transport
de  la  marchandise  se  confond  avec  celui  qui  sert  à
sa  conservation,  comme  c’est  par  exemple  le  cas
avec  les  futailles  de  sirop,  etc.,  cet  emballage  unique ­
  forme  le  poids  de  la  tare.
Le  poids  net  est  celui  qui  reste,  déduction  faite
de  la  tare.  En  établissant  le  poids  net,  il  n’y  a  pas
lieu  de  déduire  le  poids  des  enveloppes  immédiates ­
  servant  à  renfermer  les  marchandises  et  nécessaires ­
  à  leur  préservation  (telles  que  bouteilles,
papiers,  cartons,  ficelles,  etc.);  il  en  est  de  même
des  impuretés  ou  des  matières  hétérogènes  qui
pourraient  être  mélangées  à  la  marchandise.
Une  exception  à  la  dernière  disposition  aura  lieu
à  l’égard  des  marchandises  importées  par  eau,  de
manière  que,  lorsque  le  poids  de  la  marchandise
est  augmenté,  par  suite  d’avarie,  d’eau  infiltrée
        <pb n="639" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  627
OU  d’autres  matières  hétérogènes,  on  déduira  le
poids  de  l’eau,  etc.,  de  celui  qui  est  soumis  au
droit  d’entrée.  11  sera  permis  de  faire  sécher  sous
contrôle  de  douane  les  marchandises  et  d’acquitter
seulement  le  droit  pour  le  poids  qui  reste  après
celte  opération.
b)  Les  droits  seront  perçus  suivant  le  poids  brut  :
1.  Pour  les  marchandises  dont  la  taxe  ne  dépasse
pas  un  thaler  (3  fr.  75)  par  quintal.
2.  Pour  toute  autre  marchandise,  à  moins  qu’une
tare  légale  ne  soit  expressément  fixée  au  tarif.
c)  Dans  tous  les  cas  où  les  dispositions  précédentes
ne  sont  pas  applicables  pour  la  perception  des
droits  suivant  le  poids  brut,  le  poids  net  servira
de  base  à  l’acquittement  du  droit  dû.
d)  Pour  rétablissement  de  ce  poids  net,  on  observera
ce  qui  suit  :
1.  En  règle  générale,  la  tare  sera  bonifiée  suivant
les  taux  fixés  au  tarif  des  douanes.
2.  Lorsijiie  des  marchandises  pour  lesquelles  une
tare  légale  est  fixée  au  tarif,  ne  sont  importées
(|u’en  simples  sacs  de  toile  d’emballage,  on  accordera ­
  comme  tare  2  livres  par  quintal  en  tant
(ju’une  tare  inférieure  n’est  pas  prescrite  dans
la  première  partie  du  tarif.  Pour  l’emballage
en  nattes  de  jonc  ou  de  paille,  ou  en  autres  matières ­
  semblables,  on  comptera  comme  tare  4  livres ­
  par  quintal,  à  supposer  qu’une  bonification ­
  moindre  de  tare  pour  l’emballage  en  balles
ne  soit  pas  fixée  dans  la  première  partie  du
tarif.
        <pb n="640" />
        628  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
Par  Ies  balles  taxées  au  tarif  à  une  tare  de
plus  de  2  livres,  ou  entend  ordinairement  un
emballagtî  double  des  matières  désignées  pour
sacs  simples.  Toutefois  ce  taux  élevé  de  tare
pour  des  balles  n'est  applicable  aux  emballages ­
  simples  que  dans  les  cas  où,  selon  l'appréciation ­
  de  la  douane,  la  matière  employée  cx-«
  cède  considérablement  le  poids  des  sacs  ordinaires. ­

Lorsque  le  poids  d’une  balle  contenant  une
marcbandise  au  sujet  de  laquelle  le  tarif  fixe  la
tare  légale  pour  balles  à  un  taux  excédant
2  livres,  dépassera  8  quintaux  ‘en  poids  brut,
et  que  cette  marcbandise  est  déclarée  pour
l’acquittement  du  droit  d'entrée,  il  sera  loisible ­
  au  contribuable  ou  bien  de  se  contenter
de  la  tare  pour  8  quintaux,  ou  bien  de  faire
constater  le  poids  net  par  la  pesée.
Quant  aux  tissus  de  coton  et  de  laine  (première ­
  partie,  n“’2  c.  et  41  c.  du  tarif)  cette  disposition ­
  est  déjà  applicable,  lorsqu’une  balle
déclarée  dépasse  le  poids  de  6  (juintaux,  de
manière  que  dans  ce  cas  il  n’est  accordé  de  tare
que  pour  un  poids  de  C  quintaux.
3.  Lorsqu  il  s'agit  d’objets  pour  lesquels  l’acquittement ­
  des  droits  peut  avoir  lieu  suivant  le
poids  net,  jl  est  loisinle  au  contribuable  ou  bien
de  demander  l’application  de  la  tare  légale,  ou
bien  de  faire  constater  le  poids  net  effectif,  soitau
moyen  du  pesage  de  l'objet  dépouillé  de  son  emballage, ­
  soit  en  pesant  seulement  l’emballage.
        <pb n="641" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  620
La  tare  des  liquides  et  d’autres  objets  dont  le
poids  net  ne  peut  être  constaté  sans  inconvénients, ­
  parce  qu’ils  ne  sont  pourvus  que  d’un
seul  et  même  emballage  pour  la  conservation
et  pour  le  transport,  sera  établie  suivant  le  tarif, ­
  sans  que  le  contribuable  puisse  s’élever  contre ­
  son  application.  L’administration  des  douanes ­
  a  le  droit  de  faire  constater  pour  sa  part
le  poids  net  elfectif  dans  le  cas  où  le  mode
d’emballage  d’une  marchandise  diffère  de  la
méthode  ordinaire,  ou  que  le  poids  de  cet  emballage ­
  paraît  différer  sensiblement  du  taux  de
tare  établi  au  tarif.
IV.  Les  bureaux  de  douane  principaux  à  la  frontière
sont  autorisés  à  toute  perception  quelconque  des
droits  d’entrée  et  de  sortie,  et  à  toute  expédition
quelconque,  prescrite  par  la  loi  du  Zollverein.
Pourront  être  importés  par  les  bureaux  de  douane
secondaires  de  première  classe,  sans  limitation  de
quantité,  tous  objets  dont  les  droits  n’excèdent  pas
dix  thalers  (37  fr.  60.)  par  quintal,  ou  qui  sont  soumis ­
  au  taux  par  pièce.
Les  objets  assujettis  à  un  taux  plus  élevé  ou  au
taux  j)ar  valeur  ne  sont  admis  par  lesdits  bureaux
que  dans  le  cas  où  les  droits  dus  pour  les  quantités
importées  à  la  fois  n’exeèdent  pas  la  somme  de
100  thalers  (376  fr,).
Les  bureaux  de  douane  secondaires  de  première
classe  sont  autorisés  sans  limites  à  l’expédition  des
marchandises  entrant  par  chemin  de  fer  et  munies
d’un  connaissement  de  charge.
        <pb n="642" />
        630  TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
Pourront  être  importées  par  les  bureaux  de  douane
secondaires  de  deuxième  classe,  les  marchandises
assujetties  tout  au  plus  à  un  droit  de  5  thalers
(18  fr.  75)  par  quintal,  ou  qui  payent  le  droit  à  raison ­
  de  la  pièce  ou  de  la  valeur,  pour  autant  que  les
droits  dus  pour  la  charge  entière  n’excèdent  pas  la
somme  de  25  thalers  (93  fr.  75).
L’imporlation  des  objets  assujettis  à  un  droit  plus
élevé  n’est  permise  par  lesdits  bureaux  que  pour
des  quantités  de  cinquante  livres  au  plus.
L’importation  des  bestiaux  parles  bureaux  secondaires ­
  de  deuxième  classe  n’est  pas  limitée.
Quant  aux  droits  de  sortie,  les  bureaux  de  douane
secondaires  de  la  première  et  de  la  deuxième  classe
peuvent  les  percevoir  sans  limites.  Lesdits  bureaux
sont  également  autorisés  à  prélever,  sans  aucune
restriction,  le  montant  des  droits  des  objets  entrant
par  la  poste.
En  dedans  des  limites  prescrites  ci-dessus,  les  bureaux ­
  de  douane  secondaires  de  première  et  de
deuxième  classe  sont  autorisés  à  expédier  les  marchandises ­
  qui,  en  passant  l’étranger,  sont  transportées ­
  d’une  partie  du  Zollverein  dans  l’autre.
Dans  la  mesure  des  besoins,  la  compétence  des
bureaux  de  douane  secondaires  recevra  de  la  part
de  l’autorité  la  plus  élevée  dans  l’administration  des
finances,  une  extension  à  l’égard  des  expéditions,  et
notamment  de  la  délivrance  et  de  l’extinction  des
acquits  à  caution  1.
V.  Ne  donnent  lieu  à  aucune  perception  et  sont
exein])tes  de  tout  droit  :
        <pb n="643" />
        TARIF  DES  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.  631
a.  Les  marchandises  entrant  par  la  poste  en  quantités ­
  de  3/iO  de  livre  de  douane  et  au-dessous;
b.  Les  marchandises  entrant  d’autre  manière  en
quantités  de  moins  de  5/10  de  livre  de  douane.
Les  droits  s’élevant  à  moins  de  six  Silberpennuigs
(6  1  /4  Cts)  ou  d’un  kreiitzer  (3  4/7  Cts)  ne  seront
pas  perçus.  Toutefois,  sous  tous  les  rapports  prémentionnés, ­
  des  mesures  locales  sont  réservées  en
cas  d’abus.
VI.  En  ce  qui  concerne  le  taux  auquel  les  monnaies
d’or  et  d’argent  de  tous  les  États  du  Zollverein  —
à  l’exception  du  billon  —  devront  être  acceptées
pour  l’acquittement  des  droits  dCentrée  et  de  sortie,
il  est  fait  renvoi  aux  publications  particulières.

FIN  DU  TABIF  DF.S  DOUANES  DU  ZOLLVEREIN.
        <pb n="644" />
        "  h,'  t

TABLE  DES  MATIÈRES

Avertissement
CHAPITRE  PREMIER.
Des  origines  du  Zollverein

i

CHAPITRE  H
Période  de  1834  à  1854  57
CHAPITRE  III
Période  de  1854  à  1865  231
CHAPITRE  IV
Période  de  1865  à  1866  304
CHAPITRE  V
Période  de  1866  à  la  proclamation  du  nouvel  empire
d’Allemagne  476
ANNEXE
Tarif  des  douanes  du  Zollverein  en  vigueur  à  partir  du
!*'■  octobre  1870  587

FIN  DE  LA  TABLE  DES  MATIÈRES.

OunvBii..  —  Typ.  et  stér.  de  Cn¿Tií  fils.
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