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        OEUVRES COMPLÈTES 
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DAVID RICARDO.
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        DE l/iMPIUMKKlF. DE BEAD, 
it Saint’G«ruiaiu-en-La)'e.
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        CœUVBES COMPLÈTES 
DE 
DAVID J\ICAHDO 
traduites en français 
l-AK MM. CONSTANCIO CT ALC. FONTEYKACb, 
AL'CMENTÉES 
DES NOTES DE .JEAN-BAPTISTE SA Y, 
HT DE COMMEETAIRES PAR MUTHDS, SISMOKDI, lEft-Rossi, BURaDI, ETC. 
ET PKEClvIitEs 
»'UNE NOTICE BIOCUAPHIOUE SUR LA VIE 
El LES TRAVAUX DE L’aUTEUR 
ro. ALGIDE rONTEYRAUD. 
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PARIS, 
Rue Richelieu, n® I4. 
1847
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        NOTICE 
SUR LA VIU KT LES ÉCRITS 1»E KAVII» RICARDO. 
La vie (le Ricardo s’ricoula au milieu des secousses les plus \iolentps 
&lt;|uaieut eu à subir les doctrines àonomli|ues, politi(|ues et sociales de 
l’Europe. Pendant de longues années , en cfTet, la civilisation moderne ne 
presenta ,,u un bouillonnement confus de principes, d'hommes d’idées 
salaires, aux échangés, firent intervenir les économistes ; et il n’v a ou’à 
jeuir un coup deed fugitif sur cet ensemble de problèmes, pour voir „„'a 
s (t (crits nous le représentent comme un homme bien décidé à s’ap 
puyer sur des réalités et à ne pas s’élancer, dans les répions de l’idéal 
d poursuite de quelque hypothèse plus ou moins ingénieuse. Il fai’t 
I . \ ^ 9"' consiste à disposer symétriquement des syl- 
tri junghr avec des prémisses et des conséquences : il veut un 
uip ( reel au bout de chaque triomphe de logique, et si sa phrase marche
        <pb n="12" />
        y, NOTICE SDH CA VIE ET CES ÉCRITS 
c est pour arriver et non pour faire voir en marchant sa grâce sa sou 
plesse. En un mol, et juscpie dans ses Principes, Ricardo écrit sous la dictee 
des événements et en vue d’un progrès réel, palpable. Aussi ses cemies 
reflètent-elles fort nettement les agitations de son époque, et serait-il im 
possible d’en bien saisir la portée si on ne les encadrait pas dans un expose 
à la fois économique et politique des temps où il vécut. Sa vie est tout 
entière dans ses écrits ; mais ces écrits se relient si intimement au mouve 
ment général de la société anglaise et embrassent tant de problèmes divers, 
banques, salaires, emprunts, impôts, protection, commerce intérieur, pro 
fits, machines, que, pour les comprendre, il est necessaire d évoquer, 
dans un vaste ensemble, tous les souvenirs de son époque. —A la gran 
deur des faits on mesurera la grandeur des idées et tout naturellement celle 
de l’écrivain. 
L'histoire de l'Angleterre, pendant ce long chaos d'on surgit le dix-neu 
vième siècle, et, avec lui, le monde moderne, peut être parfaitement sym- 
holisée par deux métaux : - le fer et l'or. L'un arma son hras pour 
frapper, l'autre circula comme une sève généreuse dans les veines de son 
industrie, s'accumula dans l'immense réservoir de l'Kchiquier, et, s épan 
chant sur le continent, sufi'il à commanditer la guerre et a abattre un gran 
peuple nui servait de piédestal à un grand homme. 
Toute la puissance de l'Angleterre sembla se concentrer, en eftet, de 
I79S étais, sur une seule oeuvre, un seul résultat : 1 abaissement de a 
France, le refoulement des idées démocratiques qui, tantét couvertes du 
voile lugubre de l'échafaud, tantét pavoisées de nos éclatantes couleurs, 
couraient comme un frisson sur tous les esprits, organisaient 1 Irlande en 
bataillons révolutionnaires, et empruntaient l'eloquence brûlante de box 
pour signifier à l'aristocratie sa condamnation et sa decheance, lies le joui 
où la France publia son programme d'égalité et revendiqua, en face de 
l'Europe, scandalisée de tant d'impertinence, 1 insigne honneur pou ^ 
que peuple de se gouverner lui-méme et de distribuer eqnltablement sa 
riehise -, dès le jour où l'essai d'une société libre sr lit ainsi a haute et in 
telligible voix, il y eut comme une propagande permanente de nos idees, 
propagande d'autant plus irrésistible, qu elle se faisait à coups i c canon 
lorsque la plume et la parole ne suffisaient pas. 
Or, l’Angleterre d’alors, qui diffère de celle de nos jours, comme le 
passé de l’avenir, comme la caducité de la virilité; I Angletene de itt 
et de Castlereagh qui demeure séparée de celle de Grey, de Pee et e o 
den par l’épaisseur de vingt réformes égales à vingt siècles, devait etre 
la première à redouter le rayonnement des idées françaises. 
Par la forme représentative de son gouvernement, elle tenait a la ( emo- 
cratie autant qu’à l’aristocratie : elle sentait qu’elle avait déjà un pied dans 
crauc autan i nns me tre 
-„II., »»rvxxinii l’abîme, révolutionnaire
        <pb n="13" />
        1 
vu 
DE DAVID RICARDO. 
1 autre. En subdivisant entre les grandes familles et les grands blasons le 
pouvoir concentré dans les mains d’un seul elle croyait avoir assez fait, et il 
ui semblait qu’avec une couronne de roi on pouvait bien faire des couron- 
UC et de comte, mais non des bonnets de juge, d’avocat ou de 
marchand de la Cité. 
L'aristocratie, c'est déjà la monnaie de ia royauté, et c’eût été par trop 
«oger que de convertir cette monnaie en un billon infime représenté par 
nombrables électeurs, issus du peuple et apissaut pour lui. Le fameux 
quand les masses appelaient des réformes, ils faisaient intervenir le Ciel 
EEEES"-:—= 
■ 
' l'iwloppementdcs forces manufacturières, son soit à celui du
        <pb n="14" />
        V,„ NOTICE SUR LA VIE ET LES ÉCRITS 
peuple, et elle se préparait une olientelle innombrable qui, tôt ou tard, 
devait l’investir du gouvernement. 
Quant au peuple, on lui prêchait, comme de coutume, les joies de la vie 
future et la haine du papisme ; on le faisait oppresseur pour lui faire sup 
porter l’oppression. Il ne voyait le pouvoir qu’à travers le prisme brillant 
de la victoire, et il payait avec joie l’impôt du sang et de ses sueurs dès 
qu’on le berçait de l’hymne électrique : Rule Britania. Le canon vainqueur 
de Trafalgar couvrait pour lui le canon sauvage de Copenhague, et peu lui 
importait sa misère, son humilité dès que le roi d’Angleterre se déclarait 
arrogamment souverain de la Grande-Bretagne et de la France. On peut le 
dire:pour le peuple, en Angleterre, la guerre de la révolution fut un long 
enivrement, un délire patriotique de vingt-cinq ans. Ne pouvant pas 
lui donner ce pain que le despotisme romain accordait aux citoyens, les 
lords lui donnaient l’autre partie du programme. Ils faisaient de 1 Eu 
rope une arène sanglante, où il se Jetait avec fureur, donnant ses épar 
gnes, sa vie, son âme, en battant des mains. Dans cette effroyable con 
vulsion, le prolétaire voyait le pays à sauver, et il éprouvait une rage 
patriotique, un besoin d’immolation. L’aristocratie, voyait dans tout cela 
un duel d’influence, un coup de dé, où elle mettait pour enjeu sa prépon 
dérance et sa richesse. De là, cet acharnement implacable avec lequel elle 
prépara l’heure de sa vengeance : pavant avec son or les routes qui con 
duisaient au cœur de notre pays, faisant mouvoir comme des automates 
géants ces armées que renversa cent fois le souffle révolutionnaire et qu elle 
releva cent fois, clouant enfin, sur le glorieux pilori de Sainte-Hélène, un 
homme de génie et un principe. 
Mais les principes et les nations ne se tuent pas à peu de frais, et le jour 
où les alliés demandèrent le réglement de leurs subsides et vinrent toucher 
le prix de leur sanglant holocauste, le parlement anglais sut ce qu il en coûte 
pour servir les haines et l’intérêt d’une caste. La facture s’éleva, pour les 
années comprises entre 1793 et 1814, au capital énorme de 623,451,268 I. 
lesquelles, ajoutées aux 261,7 35,059 I., qui formaient, à la fin de la guerre 
d’Amérique, la dette de l’Angleterre, firent peser sur les épaules de ce pays 
une charge totale de 885,186,323 1. (22 milliards 200 millions de francs). 
Les dépenses annuelles, qui étaient encore de 19,859,1281. en 1792, avaient 
marché à pas rapides. Elles s’élevaient, en 1814, à l’effrayant total de 
106,832,260 l. (2,670,806,500 fr.) : et l’Échiquier, qui suivait haletant la 
marche des colonnes ennemies sur le continent, avait dù verser, entre les 
mains de ses fidèles alliés, une somme de 46,289,459 L, où l’on ne retrouve 
pas, sans douleur, 200,000 livres fournies à Louis XVIII, pour qu’il put 
venir nous octroyer sa’ charte, et 31,932 st. pour des armes expédiées dans 
le midi de la France.— Ne semble-t-il pas voir réellement, dans ces hideu 
ses curées, quelque chose d’analogue aux salaires tachés de sang que d’in 
fâmes assassins reçurent en d’autres temps, nous avons presque dit d’autres
        <pb n="15" />
        DE DAVID lilEAHDO. ix 
siècles, pour une œuvre ou l’on ne craignit pas de mêler le nom de la pa 
trie? En tous cas ces longues boucheries, que l’on nomme des batailles et 
que I héroïsme suffit a peine pour réhabiliter, sont de tristes enseignements 
à donner aux hommes. Aujourd’hui des rois coalisés crucifient un peuple : 
demain, des bandes, ivres de carnage, crucifieront toute une caste, comme 
dans la Gallicie. C’est là l’implacable logique du crime, et le sang ré 
pandu en haut, soit en immolant une nation, soit en poignardant une 
femme, retombe de cascade en cascade Jusque sur l’échafaud où râle le 
truand. 
D’ailleurs, la lutte de principes, d’hommes, d’intérêts, d’influence qui se 
personnifia en deux grands peuples, la France, l’Anglelerre : — l’une di 
vorçant avec le passé, et s’élançant d’un seul bond jusqu’aux limites ex 
trêmes de la démocratie : l’autre se cramponnant à ce qui fut, et bornant son 
idéal à une constitution oligarchique : cette lutte qui finit par entraîner 
toute l’Europe dans un vertige analogue à celui qui arme souvent les bras 
des témoins dans les duels d’homme à homme, ne s’accomplissait pas seule 
ment sur les champs de bataille. Elle prenait toutes les formes tous les 
théâtres, et variait à l’infini le choix des armes. Les chancelleries’n’étaient 
plus que des conseils de guerre, rêvant des conflits immenses, dont le tra 
vail agricole et manufacturier faisait tous les frais. On se haïssait non-seu- 
ement sur les champs de bataille, mais encore sur les marchés, dans 
les arts dans les sciences, et le suprême effort de chaque pays étdt d’a- 
neantir la production et la richesse des autres comme on encloue les ca 
nons de l’ennemi. L’Angleterre, la France, la Russie, l’Autriche se jetaient 
leurs enfants à la tête et se mitraillaient avec de l’or, du coton, des pro- 
locóles, des édits, des blocus aussi bien ([u’avcc des liouicts. 
Les decrets passionnés de la Convention avaient Isolé l’AuiîIctcrre sous 
le point de vue politique et commercial, et en avaient fait une sorte de la- 
7.aret, où I on eraipnalt de voir se répandre, avec des dots de marchandises 
suspectes, des principes entachés d'aristocratie. Il est bien évident même 
que l'Idée de protéger notre industrie avait peu influé sur ces décrets. 
Le comité de salut publie, dans ses implacables et sombres résolutions 
songeait i autre chose qu’à garantir des profits élevés aux marchands de co- 
servaient a subventionner la coalition ; et II faut croire qu'il n’aurait 
pas menace de conlIscaUon et de mort les détenteurs de marchandises an- 
d tnine n auraient jamais forcé la main à un gouvernement qui se dlstin- 
^a surtout par I immolation des intérêts privés. Kt si l’Kurope a assisté, 
mal * ^tonnant spectacle de deux peuples qui, déjà, se serraient la 
n au travers du détroit, qui marchaient par la solidarité des intérêts à
        <pb n="16" />
        NOTICE SUR CA VIE ET LES ÉCRITS 
une solidarité politique et sociale, et qui, tout à coup, brisant ees liens salu 
taires, y substituent un antagonisme meurtrier, il faut reconnaître, dans 
ce revirement, une cause plus forte que des rivalités de tarifs. Nous avons 
vu, de nos jours, les balances de la diplomatie pencher de tel ou tel côté 
pur le seul poids de quelques votes législatifs, mis au service de quelques 
manufacturiers puissants : nous avons vu l’union belge rayée sur un geste 
du comité Mi merci, et le Zoll-verein poussé vers des représailles sévères. Nous 
avons même pu entendre les prétendus organes de l’opinion nationale et 
du travail national prêcher une croisade douanière contre l’Angleterre, sous 
couleur de patriotisme; mais ces clameurs, fort écoutées de nos jours, n’au 
raient pas même effleuré l’épiderme des conventionnels. Quelques mois 
avant le jour où commença à gronder ce tonnerre, dont les derniers éclats, 
solennels et sinistres, retentirent en 1815, l’itt promettait au parlement 
d’Angleterre une paix féconde avec notre pays ; et il ne fallut rien moins 
que le drame de 93 pour démentir ces salutaires prophéties. Les trônes et 
les aristocraties se crurent alors obligées de payer avec des millions de têtes 
la tête d’un roi, d’immoler tout un peuple aux mânes d’un homme; 
— mais d’esprit prohibitif, il est impossible d’en découvrir la plus petite 
trace. 
Quoi qu’il en soit, il fut décidé que l’on épuiserait tous les moyens de 
destruction et de ruine. L’Angleterre, fidèle à ses instincts de suprématie 
navale, et ceinte de l’Océan comme d’une écharpe de commandement, fit, 
de toutes les mers, son domaine exclusif, et à force d’interprétations ma 
chiavéliques et de violences juridiques, s’attribua par le fameux blo 
cus sur le papier le droit de fermer et d’ouvrir à volonté les ports du con 
tinent. 
Or, en frappant ce grand coup, le cabinet de Saint-James se complaisait 
évidemment dans un monopole immense qui allait faire de ses vaisseaux le 
véhicule obligé de toutes les marchandises et leur assurer un fret d’autant 
plus productif qu’il était moins,partagé. Dans ce système, le flux et le reflux 
de la plus grande partie des denrées coloniales devait passer par l’Angleterre 
et y déposer de fertiles alluvions. L’industrie du pays, aidée par les mer 
veilleuses créations d’Arkwrigbt, de Watt, de Crompton, stimulée par la 
nécessité de faire face aux colossales dépenses de la guerre, fécmulée par 
des institutions de crédit qui faisaient ruisseler le capital dans toutes les 
entreprises, devait prendre des développements inouïs et trouver des com 
manditaires dans l’univers entier. L’agriculture percevrait tranquillement 
scs rentes a l’abri des corn-laws, et on atteindrait bientôt à ce beau 
ideal du système mercantile qui consiste à produire tout ce qu’on con 
somme, a transporter tout ce qu’on crée, à anéantir les ressources des autres 
peuples, probablement afin de pouvoir commercer plus longtemps avec 
eux. 
Ces illusions étaient faciles et naturelles alors. On n’avait pas encore
        <pb n="17" />
        DE DAVID DICADDO. xi 
demontre I amere mystifutation qui git au fond du système des restrictions: 
on n avait pas encore fait le décompte des charges qu’il impose, on n’avait 
pas ouvert eneoie les yeux sur les jongleries de l’amortissement ; — voile 
tionipeur jeté sur 1 abîme des déficits et dont on pourrait comparer l’action 
a ce e d un homme qui pour reprendre des forces enlèverait à ses veines 
sang qu il verserait dans les artères ; — on comptait encore sur la do 
cilité des autres nations, car l’Amérique n’avait pas rédigé son petit acte 
de navigation, habile plagiat de celui de Cromwell ; on n’avait pas calcule, 
dans I ivresse patriotique où l’on se trouvait plongé, que les dépenses du 
pay^ r elèveraient de 20 miUiom à 106 million, sterling, tanelis que les 
exportations au profit desquelles on était censé travailler, grandiraieni seu- 
lement dans la proportion de 39,730,659 liv. st. en I801, à 31,710 934 
en 1812, et i5,494,2l9 en 1814; enfin Iluskisson n'avait pas encore 
rompu lecharme en disant en pleine chambre des Communes ; Kotre Irrevet 
a invention est eoepiré ’. 
■ 
(le Perfectionnfmpni P'ii'sanl, la Ligue et Hubert Peel ont substitué un brevet 
que nous ne paraissons guère disposés à disputer aux Anglais.
        <pb n="18" />
        X„ NOTICE SUll LA VIE ET LES ECRITS 
marchandises de toute nature étaient considérés comme une prise legale, 
et passaient, par une honteuse résurrection du droit d’aubaine, aux mains 
de l’État. On allait même plus loin. Après avoir proscrit le commerce avec 
les concitoyens dePitt, on proscrivait jusqu’aux liens du cœur et de l’esprit. 
Tout contact avec l’ennemi devenait une souillure, et l’on arrêtait dans 
tous les bureaux de poste les lettres écrites à des Anglais ou venant d’eux. 
Certes, Jamais excommunication ne fut plus dure et plus habilement con 
çue. Napoléon, par scs deux décrets de 180« et 1807, traçait autour de 
l’ Angleterre un cercle étroit et fatal qui devait se, resserrer encore à cha- 
que triomphe de nos armes. C’était pour ainsi dire un immense filet dans 
lequel il emprisonnait un géant jus(}u à soumission définitive. 
On sait trop bien à quel point les événements démentirent les vues et 
la logique de l’Empereur. Toute la force d’un homme ne peut arriver a 
convertir en crime, en attentat à une nation, ce qui n est que 1 exci 
cice d’un droit naturel ; et il devait être fort difficile de faire enten 
dre à un Prussien, à un Autrichien, à un Hollandais et même à un 
Français, qu’ils trahissaient leur patrie en consommant du sucre, du 
café, des tissus venus du dehors. Sans doute le continent avait été con 
verti en un seul marché couvrant tous les pays attelés à la politique de 
la France ; sans doute les barrières intérieures, renversées d’un seul trait 
de plume, compensaient l’immense mur d’enceinte dressé sur les côtes et 
sur les frontières extrêmes de ce Zoll-verein improvisé; mais ce n est pas 
en un jour que se créent des besoins, des intérêts nouveaux, et que s’or 
ganisent des industries vivaces. La betterave devait faire attendre long 
temps son sucre, la chicorée son prétendu café, et c est a giands renforts 
de primes, de gratifications qu’on parviendrait à p. oduire chèrement ce que 
l’Angleterre, créait sur une échelle grandiose et à des prix pour ainsi dire, 
impossibles. Et puis les relations économiques ne font pas ainsi volte face 
sur le geste d’un conquérant botté, éperonne et triomphant. Elles st, nom nt 
avec lenteur, se, dénouent de même, et tous les intérêts engagés dans le com 
merce extérieur, toutes les industries qui échangeaient leurs produits con 
tre ceux des Indes, des Antilles, de Birmingham et de Manchester, de 
vaient subir des perturbations profondes. 
Aussi la révolte contre le système impérial fut-elle permanente et gé 
nérale. Les gouvernements adhérèrent au blocus, mais tous les peuples 
s’évertuèrent à y contrevenir sourdement et sûrement Le commerce exté 
rieur prit un autre nom : il s’appela contrebande, mais continua à ali 
menter la consommation ; et il n’en résulta guère pour 1 Europe, en dé 
finitive, (|u'une immense déperdition de forces, suivie d’une immense 
déperdition de capitaux. La douane eut beau multiplier les obstacles, les 
formalités, et se faire inexorable, par obéissance à un maître inexora 
ble, les contrebandiers, si poétirpiement réhabilités par notre Béranger, 
perfectionnèrent leur industrie et se trouvèrent toujours en avance
        <pb n="19" />
        DÊ DAVID UICAIUM). xiii 
(I une ruse ou d’uii coup d’audace sur les commis. Aux temps antiques, 
les contiehandicrs étaient un symbole vi\ant de ruse et de courage; 
et leuis descendants, (|ui offraient, hier encore, a R. Feel, de lui faire par 
venir moyennant une prime modeste autant de foulards qu’il eu faudrait 
poui le ser\ice du corps entier des douaniers de la Grande-Bretagne, 
leurs descendants, qui constituent encore en Espagne une classe opu 
lente et fort peu méprisée, n’avaient certes pas dégénéré sous l’empire. 
Cent fois leurs chevaux, prohibés à l’entrée, franchirent les pantierèSy 
emportant ainsi à la fois le délinquant et le corps du délit ; cent fois des 
marchandises anglaises passèrent triomphalement avec l'étiquette prus 
sienne ou belge ; et dans un pamphlet remarquable, écrit par un homme 
qui ébauchait alors sur le papier les réformes qu’il devait obtenir pour 
son pays après un apostolat de sept années, où éclatent l’intrépidité 
d’une logique pressante, les ressources d’un chef de parti et le dévoue 
ment d’une àme généreuse; dans ce pamphlet, disons-nous», on ap 
prend qu’nn certain marchand, fort connu de Bourienne, dirigeait une 
maison qui employait cinq cents chevaux à transporter des marchandises 
anglaise^ dans 1 Esclavonie pour les faire pénétrer ensuite, en France àrai- 
wn de 700 fr. par quintal. Le tramport. à ce prix, était cinquante fois 
p us éleve que le fret de Londres à Calcutta! Ne vit-on pas, d’ailleurs 
Empereur lui-même faire cause commune avec les Smugglers et défairJ 
en detail son impraticable projet? Imitant la tolérance catholique qui sait 
adoucir le jeûne iiour les constitutions débiles et pour les dévots de choix 
' " certains hauts dignitaires, lesquels les revendaient 
a beaux deniers comptants à des entrepreneurs de fraude. On cite d’illustres 
personnages qui ont fait à ce honteux trafic de fort belles foi tunes • et 
■lest telle de ces licences qu’on acheta au prix exorhihmt de un mil 
hou. Le gouvernement anglais ne dédaigna pas de se mêler à cette vi 
lame besogne de maltùte et de contrebande, et on le vit favoriser ouverte 
ment la création de titres faux, au moyen desquels les neutres éludèrent 
a vigilance de nos Hottes et introduisirent sous pavillon d’Oldenbourg et 
■l aulm ,,uls«&gt;n«.s swandaires, ,VÔ,„rmcs quantités de mareltaudises 
0&gt;, de tout eela il résulta uniquement que le eommcrce extérieur de l'An. 
B eterre ne fut pas anéanti, mais que la Kranee el ses alliés payèrent fort 
elier leurs matières premières et leurs eonsommntions. Quelques eliilTres 
le prouveront surabondamment. Ile IMii à laou, rest à iMilue si les 
expoi'tatious de la firaude-BretuBne baisserait de 3i.eoo.nnn liv ,t à 
3t.,.&gt;nn,n(in l,v. st., ou de ïpmir cent. - Taut de bruit, de enleres et de 
saciifices pour si peu! 
■Iniitefois des événements aussi graves devaient réagir d une ma- 
hngland, Ireland and America by Richard Col,den.
        <pb n="20" />
        XIV 
NOTICK SUR KA VIK Kl LES ÉCRITS. 
nière désastreuse sur la situation économique de l’Angleterre ; car en ad 
mettant même que la politique de Pitt ait réussi à absorber les na 
tions du continent dans les préoccupations diplomatiques, et à les détour 
ner du travail productif auquel s’était vouée l’Angleterre, en admettant 
que le canon ne détruit pas la plus noble, la plus féconde de toutes les 
valeurs, — l’homme, — et que la richesse de nos voisins ait pu s’accroître 
par l’effet d’emprunts et de taxes formidables, il est permis de croire que 
l’industrie s’accommode fort peu en général de ces procédés violents qui tantôt 
lui ouvrent une carrière immense, tantôt la refoulent dans une sphère étroite. 
Le stimulant que le monopole rigoureux des mers offrit à la production 
de la Grande-Bretagne eût donc été bien plus vif, bien plus puissant en 
core en l’absence de tout monopole. Les forces vives que ses Hottes ba 
layaient de la surface des mers refluèrent sur le continent, et le résultat 
le plus net de cette politique, soi-disant habile, fut de créer des rivalités 
commerciales là où il n’en existait aucune. Au lieu de la sphère étroite 
qui fermait le marché de chaque pays, il y eut une circonférence immense, 
passant par Gibraltar, Nantes, Amsterdam, Pétersbourg, Odessa, Naples, 
et où se fortifièrent les industries de la France, de l’Allemagne, de la Bel 
gique ; — si bien que lorsque tout cet échafaudage de blocus et de doua 
nes s’écroula, en 1816, il démasqua, aux yeux de l’Angleterre con 
sternée, l’immense façade des manufactures élevées sur le continent. 
Il le faut donc dire bien haut, en l’honneur des idées de paix et de fra 
ternité : les guerres de la Révolution et de l’Empire n’ont pas plus profilé 
à la Grande-Bretagne qu’au reste de l’Europe. Le rayonnement des ri 
chesses comme celui des théories politiques ne s’opère pas avec l’artillerie; 
et il faut être singulièrement aveugle pour croire que c’est à coups d’épée 
qu’on habitue un peuple à consommer tel ou tel ordre de produits. Lors 
qu’Arkwright disait, en face des progrès miraculeux qu’il avait déterminés 
par la pression d’un simple ressort : Je paierai à moi seul la dette de l'An 
gleterre; lorsque les filateurs de coton, dans un élan d’orgueil industriel, se 
vantaient de pouvoir fournir de tissus le système solaire tout entier,— y 
compris même, nous osons le croire, les ouvriers en haillons de leur propre 
patrie,—ils ne comptaient certainement pas sur la toute-puissance du sabre 
pour la vente de leurs produits. Ils comptaient sur des procédés plus par 
faits, des capitaux plus vastes, des institutions de crédit plus avancées, des 
frais de production moins coûteux ; enfin, sur tout ce qui amène le bas prix, 
et, avec le bas prix, les consommateurs. 
Non. Le temps de ces mystifications est passé, et l’Angleterre sait fort 
bien que la mule-jenny et la v apeur ont plus fait pour sa grandeur que 
tous les protocoles, et qu’elle se développe quoique et non parce que les 
relations économiíjues du monde éprouvent des bouleversements pro 
fonds. Maintenant que la fumée du combat s’est dissipée, elle a fait le 
bilan exact des bienfaits et des maux qui lui ont été départis en retour de
        <pb n="21" />
        DK DAVID HICADDO xv 
1 anéantissement projete des doctrines ré\olutionnaires, et elle sait que les 
gigantesques ressources de son sol, de ses capitaux, de son travail, ne ser 
virent qu’à asseoir plus solidement l’aristocralie. Kl le se rappelle ces al 
ternatives perpétuelles d’abondance et de disette qui tantôt jetaient les 
capitaux par millions sur les terres et tantôt les reportaient sur les ma- 
actores, faisant ainsi refluer le paupérisme des champs aux manu- 
factures et des manufactures aux champs. Elle se reporte a ces années 
sombres ou le pain se vendit^i/sÿw'à 2 fr. 60 cent, les quatre livres, ou les 
Luddites, tantôt sous le drapeau de la faim, tantôt sous celui de la haine 
politique, s’agitaient avec fureur, et formaient à I intérieur l’écho des com 
bats du dehors; elle calcule ce qu’il lui a fallu payer de tributs écrasants 
par le renchérissement de toutes les denrées et par la dépréciation de sa 
circulation monétaire ; elle se rappelle qu’à une époque à jamais célèbre 
e pain blanc fut considéré comme une denrée aristocratique, et qu'il faUvt 
en limiter par une loi la consommation. Elle sait tout cela, et .omme 
elle sera longtemps encore occupée à secouer de ses épaules le fardeau de 
mm## 
Riranll'*”"* CiinsformaMm, et ,|e l.ittc que pens« et éerivil 
lÆs prohléines les plus délieats de I« seieuee du crédit et les plus meim- 
çanls dilemmes de la vie sociale lui furent posés suceessivement par une 
imlioii haletante, inquiète de l’avenir, et il ne fallut rien moins que ce 
eoneours dedifllcnltcs pour i’amener ii publier ses idées. Jamais homme, en 
I et, ne fut moins possédé du démon de la dissertation, l.’art pour l’art lui 
mi'r 1,'.T que directement Interpellé 
' uerivains, on le sent, ne peuvent être étudiés sérieu- 
‘"'’°" " manière complete les événements 
prèn hT“ TT'".'' " '•ù 'Ki « leur tour. On corn- 
fesTfe Tr-ÏÏ ' CuuM'Iues sans avoir médité les commenlai- 
profllî iT ; "" """P''™' &gt; '^"""’con, Sapho sans avoir ap- 
ZT I politiques et sociaux delà (Iréce; on comprend 
An&lt;„!etM "m'''™”'-«!, Hugo, l.amartme, Ingres, sans avoir lu 
\oir - . système représentatif et l’tiquilibre des pou- 
ccxsil I ^ nobles esprits planent dans des sphères parfaitement inac- 
CS aux (oupsd Etat et aux coups de bourse, car ils ont peint, chanté,
        <pb n="22" />
        1 
XV, NOTICK SUR LA VIK ET LES ÉCRITS 
dit d’une manière éternelle des choses éternelles, car la nature a toujours 
les mêmes sourires et les mêmes abîmes pour le peintre, les mêmes voix 
pour le maestro, et les mêmes passions pour le poète. Mais l’homme qui 
discute, qui dirige, qui réforme, il faut aller le chercher dans la mêlée 
des événements où s’accomplit sa forte et belle mission. C’est ce que nous 
venons de faire pour Ricardo, et il nous sera facile maintenant de détacher 
sa physionomie des physionomies contemporaines. 
Si la vie d’un homme ne mérite d’être racontée que lorsqu elle présente 
à l’imagination des épisodes saisissants et des coups de théâtre animés par 
la passion , le génie ou la lutte, il n’est pas de biographie à faire sur Ricar 
do. A part sa conversion au Christianisme et son mariage avec une femme 
qu’il eut l’audace grande d’aimer malgré les ordres de son père : à part cette 
double révolte de sa conscience religieuse et de son cœur, sa vie ne presente 
rien de romanesque. Vous n’y trouverez aucune de ces aventures piquantes 
ou dramatiques qui illuminent un portrait ; et si Ricardo touche par quelques 
points à Law , ce n’est pas à coup sûr par des intrigues musquées, par des 
duels de raffinés, par les contrastes saisissants d’une opulence qui ruisselle 
sur des tables de jeu on dans les coulisses de l’opéra, et d’un abaissement 
que relèvent à peine des éclairs de génie et de hardis projets. Mais si 
l’exemple d’un homme qui débute par la pauvreté et l’obscurité, pour arri 
ver, à force d’intelligence, de labeurs, de méditations sérieuses, a fran 
chir tous les échelons de la société, à diriger l’opinion publique, à parler 
a son pays du haut d’un busting et au monde entier du haut de la tribune 
parlementaire ; si le labeur implacable qui accumule des millions entre les 
mains d’un simple courtier du Stock-Exchange et l’arme du vote législatif 
comme d’un fragment de sceptre : si tant de persévérance et de talent ne 
manque ni d’intérêt, ni d’enseignements, la biographie de Ricardo m - 
rite, à coup sûr, d’être écrite : car ce noble exemple il i’a donné;car 
il a été humble et il est devenu influent par la fortune, parla position 
politique; car enfin, M. Mill, son ami, une des lumières trop tût éva 
nouies de l’économie politique a dit de lui : - « Son histoire offre un exem 
ple bien encourageant. 11 avait tout à faire et il remplit sa tâche. Que la 
jeune âme qui s’élance par le désir au-dessus de la sphère où elle a été 
placée ne désespère pas, au spectacle de cette belle carrière, d atteindre 
aux rangs les plus élevés dans la science , dans la politique. Ricardo avait 
à faire sa fortune, a former son esprit et même à commencer son éduca 
tion , sans autre guide que sa sagacité pénétrante, sans autre encourage 
ment que son énergique volonté. Et c’est ainsi que tout en se créant une 
immense fortune il étendit son jugement, et doua sa pensée d une force qui 
n’a jamais été dépassée. » 
Toute la vie de Ricardo est dans ce noble éloge. Pour la connaître, il faut 
l’aller chercher dans ses œuvres, toutes écrites sur la brèche et qui portent
        <pb n="23" />
        DE DAVID HICARDO. xvii 
parfois trop mathématique, 
sur I PC ' •" (le son caractère. Aussi glisserons-nous rapidement 
mariapp^^T ^ histoire privée : l’époque de sa naissance , de son 
intérêt t f T ^ académie présente un médiocre 
saillir ces , renommée et de son talent pour faire 
■ 
gE='-:=SS%:: 
{Ohuv. de lUcardü.) ^
        <pb n="24" />
        xvm 
NOTICE SUll LA VIE ET LES ÉCUITS 
lient en partait mépris les théoriciens. Comme tant d autres ils voient la 
lettre, l'esprit leur importe peu, et ils seraient même désolés de savoir pour 
quoi ils ont raison. Ils s'obstinent à ne pas comprendre que la théorie c’est 
l’essence des faits, c’est la pratique d’hier, d'aujourd’hui, de demain, rame 
née à un type immuable : c’est la force qui concentre des millions d’étincelles 
éparses pour eu taire un tlambeau, et qui, d’une poussière d’événements et 
de choses, fait un monument qui est la science. Offrez à certains individus 
un paratonnerre ils craignent la foudre et vous remercieront de votie pré 
sent : cherchez à leur expliquer les lois de l’électricité, et vous devenez un 
rêveur plus ou moins amusant. La vapeur est une force teirible qu il est 
beau de pouvoir diriger. Ou la dirige en effet, il est des lois pour cela ; 
mais c’est le chauffeur qui est le héros : l’ingénieur n’est que le théoricien 
et c’est tout dire. Pesant des mondes avec la main, comme d’impercepti 
bles atomes ; traversant avec la pensée ^l’espace où s’agitent les planètes 
dans une harmonie divine, Kepler, Leverrier, réclament des astres incon 
nus encore et ces astres nous apparaissent, dociles aux lois de l’astrono 
mie ; eh bien! on nous accorde les astres, mais on continue à dédaigner 
les théoriciens qui les ont découverts. — N’est-il pas temps vraiment qu’un 
crée la théurie de l’absurde dont la pratique est si généralement répandue ? 
Quoi qu’il eu soit, la situation de l’Angleterre à l’époque où Ricardo se 
trouva mêlé à tous les drames financiers du Stock-Exchange, était de 
nature à faire réüéchir les esprits les moins philosophiques. On était alors 
entraîné dans ce tourbillon de victoires, de défaites, de remaniements 
politiques, de dépréciation monétaire, d’emprunts que nous avons essayé 
d’esquisser et qui voulait des penseurs et des économistes de vingt ans 
comme des généraux adolescents. David Ricardo dut se demander si les 
intérêts les plus graves de la société étaient condamnés fatalement à ces 
convulsions ruineuses, et si la science n’avait pas pour les en préserver 
des formules salutaires. Le supposer indifférent au travail rénovateur qui 
se faisait dans toutes les couches de la société, eu bas pour monter, en haut 
pour ne pas descendre, ce serait lui supposer un égoïsme bien profond ou 
une pauvre intelligence, et la résolution qu’il prit de se séparer du culte 
de ses peres, apres de longues méditations sur les destinées de l’homme 
et sur sou avenir, prouve au contraire à quel point son imagination sa 
vait se dégager de la froide étreinte des chiffres. Ce coup d’œil,ainsi jeté, 
non-seulement au delà du Stock-Exchange, mais encore au delà de ce 
monde, révèle assez les nobles préoccupations de son cœur et peint d’une 
manière caractéristique l’ami de Mill, de Malihus et de Say. 
D. Ricardo devait bientôt mettre à l’épreuve l’estime dont on entourait, 
jeune encore, son caractère et sa supériorité incontestable. 
Son père ne vit pas sans chagrin l’enfant de ses espérances déserter les 
portiques sacrés de la Synagogue, il s’étonna, il s’affligea de voir, dans 
la pensée de son fils, un ressort et une indépendance qui ne s’arrêtaient
        <pb n="25" />
        XIX 
DE DAVID RICARDO. 
pas meme devant ce qu’il appelait une apostasie, et ces pénibles impres 
sions glacèi ent des effusions de famille où Ricardo ne cessa cependant ja- 
ma^ e se conduire en homme qui ne veut pas mentir à sa conscience et 
n 1 s qui n oublie ni ses devoirs, ni ses sentiments. Une séparation devint 
inévitable et eut lieu en effet. Ricardo, livré à ses propres res 
et aux impéi ieuses exigences de la vie, eut foi en lui-mème et 
autres. Les encouragements, les services délicate- 
uaent ren^lus ne lui manquèrent pas dans cette phase critique de ^ vie. Il 
f»»3 
*
        <pb n="26" />
        XX 
NOTICK sun LA VIE Kl LES ECU ITS 
,) ne sache aucune recherche scientifique qui fait intéressé. « Ce qui ne 
veut pas dire que la sévère analyse des hommes et des choses n’ait de tout 
temps préoccupé Ricardo ; mais ce qui veut dire que ses études se tirent 
sur le vif, sur la réalité avant de se faire dans les ÜNies, et qu’il lui 
fallut le calme insouciant de l’opulence pour l’attacher à telle ou telle 
science. . 
Quoi qu’il en soit, lancé dans cette voie il ne s’arrêta plus. Son intelli 
gence si longtemps contenue s’adressa à toutes les branches des connaissan 
ces humaines, les remua toutes et s’étendit dans cette forte gymnastique. 
Ainsi, on le voit retremper sa logique dans les mathématiques et s initiei 
aux sévères combinaisons de la géométrie. Puis, entraîné par l’étude des 
faits naturels, on le suit dans son laboratoire où il compose et décompose 
les corps, et où il demande aux atomes le secret des grandes métamorpho 
ses du globe. Pendant des journées entières il se renfermait au milieu de ses 
riches collections de minéraux et de ses matras : faisant l’honneur de ce qu’il 
vient d’apprendre avec une joie toute naive, qui sent fort son apprenti 
savant, et se delectant surtout dans des expériences sur félectricite et sur 
la lumière. Portant jusque dans ces récréations austères l’esprit utilitaire 
que J. Bentham, philanthrope profond et incompris, avait mis a la mode, il 
démontrait par un essai, hardi alors, la possibilité d employer le ga/ poui 
l’éclairage des rues et des maisons. Et tandis que les savants se livraient 
entre eux et avec les marchands d’huile et les routinier.s, menacés de voir 
plus clair, une guerre acharnée d’arguties et de quolibets, il se contentait 
pour tout argument d’installer des becs dans une de ses habitations, — ré 
pondant ainsi par la lumière même a ceux qui croyaient à l’impossibilité de 
l’obtenir. Le matin, il dirigeait les intérêts de son immense clientelle, le 
soir, il se consacrait a lui-même et a la recherche de quelque théorie nou 
velle. Et comme pour prouver par un exemple saisissant que les facultes 
positives s’allient tres-bien aux facultés artistiques, et qu’il n’est pas tout 
a fait essentiel de ne pas écrire gracieusement pour savoir la géologie ou les 
quatre règles, il se livrait avec joie à des études littéraires de l’ordre le 
plus élevé. ¡Nousne savons s’d a composé des quatrains comme 1 auteur de la 
pluralité des mondes, des opéras comiques, comme f austere Rousseau, des 
romans galants, comme le grave Montesquieu, des pages éclatantes de 
grandeur poétique, comme celles de Goethe et de Cuvier, tous deux gé 
nies positifs et sévères à ce qu’il nous semble; mais nous savons que la 
lecture de Shakespeare le plongeait dans des ravissements infinis, cl nous 
eu concluons qu’il avait une de ces intelligences privilégiées qui compien- 
nent fart a l’égal de la science, et qui, mariant la terre et les deux, sa 
vent que le compas d’un géomètre peut devenir une lyre ou un pinceau 
entre les mains de Pythagore et de Léonard de Vinci. 
Le moment approchait cependant ou après avoir remue toutes les scien 
ces, il allait concentrer sa pensée sur celle dont f élude devait remplir et
        <pb n="27" />
        DE DAVID RICARDO. xxi 
illustrer ses jours. II était allé à Bath en 1799 pour accompagner Mme Ri 
cardo dont la santé s était altérée, et il s’y était réfugié chez un ami. Là, 
un jour, accoudé sur une table et rêvant peut-être à quelque nouvelle ex 
perience de chimie ou de physique, ses yeux s’arrêtèrent sur l’immortel ou 
vrage de Smith. Ce fut comme un éclair illuminant son esprit et donnant 
un but aux vagues aspirations de sa pensée. —Tl y aurait quelque naïveté, 
sans doute, à cro re qu’il ait été converti aussi subitement à l’économie po 
litique. Les surprises de l’esprit ne sont pas rapides et spontanées comme 
celles de l'àme ou de la foi, et Ricardo s’était sans doute posé un grand 
nombre des questions que la Richesse des Nations discute et résout avec 
1 autorité imposante du génie. Mais ses méditations avaient été isolées: 
une main puissante n’avait pas encore soudé à ses yeux les anneaux di 
visés de la science sociale pour en extraire toute une théorie, avec ses rami 
fications infinies et ses formules décisives. Et quand il vit les phénomènes 
fie la circulation monétaire se dérouler avec la majesté d’une doctrine sous 
la plume de Smith, et s’y adapter à tout un système, il éprouva un de 
ces étonnements qui révèlent un homme à lui-même. C’est, dans des pro 
portions restreintes, l’histoire du bain d’Archimède, de la pomme de New- 
Désormais Ricardo appartient tout entier à l'économie politique. Tl éteint 
ses fourneaux de chimiste, il délaisse l'électricité, il oublie même cette 
sociélé de peologie dont il était un des fondateurs, pour étudier de plus près 
une scient^ qui semble tenir, dans les plis de sa robe, le bien-être ou la 
misere des peuples; une science qui, par les questions de subsistances, 
d impôts de marchandises, plonpc dans les entrailles même de la société 
qui s éleve par les questions de salaire, de travail, de paupérisme, jus 
qu aux plus sublimes hauteurs de la morale; une science enfin qui, pour 
nous se définit ainsi : La .science du travail et de m rémumratim. - 
D ailleurs , pendant que s'effectuail cher. Ricardo cette transformation, les 
événements marchaient avec une rapidité furieuse : et le jour où il fallut 
les diriger, les contenir, il se trouva prêt. 
Ce jour arriva en 1809. 
La circulation monétaire de l'AnpIeterre avait été livrée par l'Acle de 
oue al " L ‘’V ' P''«'!“« »hsolu des directeurs de la Ban- 
de, cette deplorable situation, puisqu'il n'avait cessé de puiser à pleines 
mains dans les caisses de la Banque, se devait à lui-même de la sau 
ver, fùt-ce par un coup d'Etat, lïit-ce aux dépens des intérêts du pays, 
prit que le système financier de l'Aiiftle’errc reposait en réalité 
' Voyez p. 330.
        <pb n="28" />
        XXII 
NOTICE SUR EA VIE ET EES ÉCRITS 
su I cet établisseme.ut corniue sur les épaules d un Atlas fatigué, épuisé, et 
que le jour où le colosse chancellerait, la fortune entière du pays chancel 
lerait en même temps. 11 se décida alors pour une mesure vigoureuse et 
d’une simplicité antique. Il fit banqueroute en effigie, en suspendant in 
définiment le remboursement des billets et en autorisant les banques de 
province à payer en papier émis par la Banque d’Angleterre. Un trait de 
plume fit l’affaire, et il suffit de donner aux engagements de cette puissante 
corporation le nom de papier-monnaie au lieu de celui de. monnaie de pa 
pier. 
Mais par cela seul qu’on affranchissait la Banque de la nécessité de payer 
ses billets, on la poussait fatalement vers les dangers d’une surémission 
de papier, et, par suite, d’une dépréciation ruineuse. Dès 1802, un écrivain 
distingué, M. Henri Thornton, signalait, dans la valeur des billets, compa 
rée à celle de l’or, une tendance a la baisse , et attirait 1 attention des éco 
nomistes sur un fait que lord King devait mettre hors de doute dans une 
lettre célebr^TeTque Marner devait consacrer par l’autorité de son 
talent, à la fols^dOnsHes écrits pleins de sève et de logique, et dans des 
discours souvent applaudis au sein du parlement. De I80.t à 1808 , lagio 
était de 2 p. »/o à 3 p. «/o contre le papier : en 1809, il s’élevait subite 
ment à 14 3/10 p. "/o pour arriver à près de 30 p. "/o en 1813. D’où il résulta 
comme conséquence inévitable que le change baissa et que cette dépres 
sion des cours agissant comme un stimulant et une prime pour l’exportation 
du numéraire, fit sortir des sommes énormes du pays. Car il en est des 
gouvernements qui interdisent l’émigration de l’or et de 1 argent, comme 
de ce naïf campagnard dont parle Milton, et qui crut retenir des pigeons 
en élevant une haie autour de sa propriété : — les pigeons volèrent par 
dessus , et ainsi font les métaux précieux. Dans de telles circonstances, le 
prix de toutes les marchandises devait s’élever, la valeur de toutes les len 
tes fixes fléchir, et l’on ne doit pas s’étonner de la circulaire très-signifi 
cative que lord King adressa à ceux de ses fermiers dont les baux avaient 
été contractés avant l’acte de restriction. 11 leur disait qu il voulait être 
payé avec de tor ou avec une quantité de papier suffisante pour acheter le 
nombre de guinées stipulées dans les contrats. Et personne ne s avisa de 
contester la parfaite légitimité de cette résolution que M. Huskisson loua 
même hautement dans un discours prononcé le 11 décembre 1812, sur 
I les monnaies d’or du royaume *. 
Rien ne doit étonner dans de pareils résultats. Le remboursement im 
médiat des billets de banque est le frein le plus énergique du crédit : dès que 
vous brisez ce frein, la spéculation s’emporte, se confie h tous les hasards, 
, \oyQz la collection de ses discours, 3 vol. gr. in-8'..Ces discours sont pour la science 
économique des archives précieuses qu’on doit lire pour peu qu’on tienne à suivre dans 
sa marche difllcile, la transformation que subit l’Angleterre depuis cinquante ans.
        <pb n="29" />
        DE DAVID RICARDO. 
à toutes les espérances, et ne s’arrête que dans l'abîme. C’est l’étemel le al 
lure de I esprit humain, suivie de son éternel châtiment ; et les capita 
listes anglais qui tendent en ce moment les mains vers le gouvernement 
pour le prier de leur venir en aide et de les délivrer du mal, ne sont 
que les plagiaires de ceux qui demandèrent jadis à Pitt et obtinrent un 
pi t de 5,000,000 I. St. eu bons de l’Échiquier. L'aveuglement des hom 
mes est d’ailleurs quelque chose d’affligeant, et, bien qu’il date de loin, 
on a peine a s’y habituer. Ainsi, il se trouva des écrivains en grand nom 
bre, et des plus habiles,—des plus pratiques, c’est tout dire,—pour préten 
dre qu’au moment où la valeur de l’or s’élevait à 97 î. 6 d. l’once en 1809 
a 105 sh. en 1812 et 110 sh. en 1813, au lieu de 77 sh. lo d. l;2, taux de 
a Monnaie, le papier n’avait subi aucune dépréciation, et pour dénoncer 
les mauvais patriotes qui donneraient plus ou moins de 2i st. en billets 
pour une guinée : — ce qui équivalait à déclarer que le tout est plus petit 
que la partie, que le soleil tourne autour de la terre, et à punir ceux oui 
auraient l’impertinence d’en douter. La chambre des communes tout 
tiere, même apres les admirables efforts de MM. Horner, Huskisson, Can- 
■ 
■2. Les Changes extérieurs ont été depuis longtemps trèoKlefovorables 
bank of England.
        <pb n="30" />
        T 
XXIV NOTICK suit KA VIK ET KES ÉCRITS 
(1 l’Anjile erre; et s’il est viiû que les crises corn inereiales et les sommes énor 
mes dépensées pour la guerre eontinentale ont agi défavorablement sur 
nos côtes, il est plus vrai encore que cette dépression est due principalement 
à la dépréciation survenue dans la valeur de notre circulation comparée 
avec celle des autres pays. 
Nous laisserons la parole maintenant à Mac Cul loch, pour exposer, avec 
la lucidité et la concision ordinaires de sa phrase, les circonstances qui ont 
décidé Ricardo à aborder un public qui le terrifiait, et pour tracer fenchai- 
nement scientifique et chronologique de ses idées : — nous réservant de 
compléter, d’animer, s’il se peut, ce tableau, par le reflet des événements 
d’alors. 
« Ricardo, en méditant sur les singulières anomalies que présentait l’état 
du change et la valeur de la circulation en papier, n’avait pas l'intention 
de les faire connaître au public. Mais en dépit de ses scrupules feu M. Ferry, 
propriétaire et directeur du Uorning-Chronicle^ à qui il montra son manus 
crit, obtint de l’insérer, sous forme de lettres, dans son journal. La première 
lettre parut le 6 septembre t aoujlle produisit une grande impression et fit 
naître plusieurs répliques. TTe succès et l’intérêt croissant de la question 
engagèrent Ricardo à donner a ses idées plus de développement et une 
forme plus méthodique dans le Traité qui porte ce titre : Lh haut prix des 
lingots est une preuve de la dépréciation des billets de ¿onÿweT^^Ce 
traité" parut quélquës mois avant la formation d’un comité spécial pour 
les lingots et contribua certainement beaucoup à faire adopter le plan 
de cette enquête importante. Ricardo fit voir dans ce traité que la sur 
abondance ou finsuffisance de la circulation sont des termes rela 
tifs, et que tant que le sytème monétaire d’un pays se compose uni 
quement de monnaies d’or ou d’argent, ou de papier conversible en 
ces monnaies, il est impossible que le cours du change s’écarte des cotes 
étrangères d’une somme plus forte que celle nécessaire pour couvrir les 
frais d’importation de monnaies étrangères ou de lingots, dans le premier 
cas, et les frais d’exportation dans le second. Mais lorsqu’un pays émet 
un papier monnaie non conversible, comme c’était alors le cas de l’Angle 
terre, ce papier, il ne peut être exporté dans le cas où il est trop abondant 
sur la place : et par conséquent, toutes les fois que le change avec l’étran 
ger baisse ou que le prix des lingots s’élève au-dessus de son prix en espe 
ces monnayées de la somme nécessaire pour l’exportation des monnaies, 
.c’est une preuve évidente qu’il a été émis trop de papier, et que sa valeur 
est tombée en raison de l’excès. » 
(Í On a joint aux dernières éditions de ce Traité un Appendice qui renfer 
me des observations ingénieuses sur quelques-uns des points les plus 
délicats de la théorie du change, et l’on y trouve en germe l’heureuse idée 
de faire échanger les billets de banque contre des barres d’or en lingots. » 
« A la tête des adversaires qui combattirent les principes et les mesures
        <pb n="31" />
        XXV 
F)E DAVID HICAKDO 
contenus dans le Traité de Ricardo et dans le Rapport du comité, il faut 
citei M. Rosanquet. Sa grande expérience commerciale prévenait d'abord 
en sa faveur, et I on fut vivement frappé du ton avec lequel il annonçait 
ans ses Observations Pratiques (Practical Observations ), que ses propo 
sitions, contradictoires à celles du rapport, n’étaient que le résultat de 
©preuve expérimentale qu il avait fait subir aux théories du comité. Ce 
pendant le triomphe de M. Rosanquet et de ses amis ne fut pas de longue 
urée ; Ricardo ne craignit pas d’attaquer, sur son propre terrain et avec 
ses propres armes, ce formidable antagoniste. C’est en 1811 que parut sa 
deuxieme réplique aux Observations Pratiques. Dans ce pamphlet. Ri - 
cardo passe en revue toutes les preuves alléguées par son adversaire, 
pour établir la prétendue discordance, entre l'expérience et les principes 
énoncés dans son premier ouvrage et dans le rapport du comité ; il fait 
voir que M. Rosanquet était dans l’erreur pour les faits qu’il avait pris 
pour pierre de touche de la théorie, ou bien que la discordance n’étai 
qu apparente et n’attestait que l’inhabileté dans l’apphcation du prin- 
c,pe La victoire de Ricardo fut corn,déte, les erreurs de fait et déduet.on 
ía víltVI''“'’“ '° ~ W 
a % T du il» avaient établis. Il était r,Vrvé 
BWfB 
dêLZl *■' "" 1“&lt;' du rapport de l'émission à la 
intriii ' ' P" principe très-important, car ii prouve qu’une valeur 
Que P^ nécessaire à un cours de monnaies, et que pourvu 
mission de I argent de banque légalement autorisée soit restreinte
        <pb n="32" />
        XXVI 
NOTICE SUR LA VIE ET LES ÉCRITS 
dans des limites suffisantes, sa valeur peut être maintenue au pair avec 
celle de Tor et même élevée plus haut. 
» Or, s’il était possible d’imaginer un système qui maintint la valeur du 
papier au niveau de l’or, sans le rendre convei'sible en monnaie cou 
rante à la volonté du porteur, on éviterait tous les frais qui accompagnent 
l’argent monnayé. Pour atteindre ce but, Ricardo propose de faire échan 
ger les billets de banque contre des barres d'or en lingots de poids et de 
pureté étalonnés. Cette simple mesure prévenait une trop grande émis 
sion de papier comme on l’aurait fait en le rendant conversible en espèces 
métalliques, tandis qu’il empêchait de mettre l’or en circulation, les barres 
d’or n’ayant pas cours. Une monnaie qui présente tous les avantages et 
toutes les garanties d’une monnaie d’or, sans en comprendre les frais, c est 
à coup sûr une invention peu commune, et Ricardo a droit à la reconnais 
sance publique *. » 
La phase la plus importante du talent et de la vie de Ricardo, se trouve 
nettement esquissée dans les pages qui précèdent, et nous aimons à in 
sister sur cette belle série de travaux, parce que là sont pour nous les 
titres qui le recommandent le plus hautement à l’admiration des écono 
mistes. Tl est étrange même que l’on se soit assez mépris sur le mérite 
relatif des œuvres de Ricardo, pour faire reposer sa gloire tout entière 
sur la théorie de la rente ; — celle de toutes ses œuvres qui porte au 
moindre degré l’empreinte de son originalité puissante. Kn déterminant les 
bases du contrat qui lie le propriétaire au fermier et au consommateur, en 
exposant les lois suivant lesquelles une population s’épanche sur un ter 
ritoire nouveau, il avait à méditer sur les essais de ses prédécesseurs, à se 
les assimiler, et peut-être n’a-t-il guère été que l’éditeur responsable de 
Malthus, de West, d’Anderson. Mais dans les problèmes qui se rattachent 
à la circulation, il est réellement sur son terrain. On voit qu il a entre les 
mains l’arme qu’il a toujours maniée. On sent que les considérations qu il 
émet sur le haut prix des lingots, sur la dépréciation des billets de ban 
que, sur l’organisation d’une institution centrale, sont comme 1 essence 
d’une pratique intelligente et on se laisse entraîner sans défiance vers le 
but que rêve sa pensée. 
I.à, point de formules décevantes, point d’utopies naïvement dessinées sur 
le papier; point d’excursions dans le champ inlini de l’hypothèse : partout 
le fait supportant l’idée, comme le socle supporte la statue. Prétend-on que 
la dépréciation n’existe pas? Il fait appel aux cours du change, aux expor 
tations de numéraire, au renchérissement des denrées, qui de 1793 à 1803 
suit une progression constamment ascendante. S’agit-il de porter la lu 
mière dans l’administration si ombrageuse, si compliquée de la Banque ? 
n n’hésite pas : il analyst; les ressources les plus secrètes de oe gigantes- 
' Notice sur Ricardo, traduite par Constancio.
        <pb n="33" />
        XXVIi 
DE DAVID BIGARDO. 
que établissement ; il fait voir la progression ascendante de ses bénéfices 
aux époques les plus calamiteuses ; il pèse avec la minutie du lapidaire les 
avantages que la Banque reçoit du patronage national, les avantages 
qu elle hii restitue ; il introduit le lecteur au sein des réunions générales de 
cette association ; il en démonte à ses yeux tous les rouages, et il conclut 
hardiment à la destruction d’un monopole qui s’est perpétué cependant jus 
qu’à nos jours, recrépi, rajeuni par la forte main de sir Robert Peel. Et lui, 
si fataliste dans les questions de salaires et d’impôts, il ne s’arrête pas seu 
lement à prouver comme quoi il est urgent de sortir d’une situation qui 
fait tomber la monnaie de papier à 30 pour O/o au-dessous de la valeur de 
1 or, il rêve un remaniement complet de tout le système, et, criti(|ue sé 
vère dans ses premiers pamphlets, il devient créateur plein de hardiesse et 
de raison dans le «Plan pour l’établissement d’une Banque nationale » et 
dans les « Propositions pour l’emploi d’une circulation économique et sûre.» 
C’est ce double caractère de ses écrits qui séduisit tant d’esprits et placa 
si haut dans l’opininion publique l’humble courtier de 1801. On siüvit la 
pensée de Ricardo comme on suit une espérance, une promesse. Son der 
nier mot sur le crédit public fut accueilli avec un enthousiasme qui te- 
re, que siégea ce celebre comité de Fan isto ; et c'est en .819, après une I 
mémorable ^„ce du Parlement, où il Ht son maidm-speech, qu'on se } 
teida à appbquer ses idees sur le remboursement en lingots des billets de ^ 
demi les yeux des nations. 
ÜlpHSl 
* Plan d’une Banque nationale.
        <pb n="34" />
        XXVUl 
NOTICE SUR LA VIE ET LES ÉCRITS 
réserve métallique des proportions légales et inflexibles. Il ne dit pas au 
crédit : Tu n ¡raspas plus loin; il n’immobilise pas des capitaux énormes 
dans la prévision d’une crise financière. Il fait plus: il rend ces capitaux in 
utiles en entourant d’une confiance illimitée le papier émis par la Banque. 
Ainsi le billet de banque n’étant, en définitive, qu’une promesse de remettre 
une certaine quantité d’or, d’une certaine pureté, la promesse se trouvait sa 
tisfaite, dans son système, du moment où le porteur recevait en lingots une 
valeur intrinsèque égale à celle stipulée sur le bank-note. De cette manière 
les Banques se présentaient dignement à la nation. Elles n’étaient plus obli 
gées de recourir à des expédients de bas étage et à payer avec du billon pour 
que la réserve, s’écoulant goutte à goutte, donnât aux recettes le temps de 
s’effectuer ; elles ne devaient plus se prêter mutuellement leurs fonds sociaux 
comme des fils de famille, aux abois, qui se prêtent leur signature ; enfin elles 
ne devaient plus, surtout, recourir à ces suspensions violentes qui ôtent au 
crédit son point d’appui, et le lancent, sans frein, dans 1 immense et brû 
lante carrière des émissions exagérées. Voilà quel était le plan de B ¡cardo ; 
et il est P rmis de croire qu’il ne présente rien d’incompatible avec la pra 
tique, puisqu’il fut adopté en 1819, à l’époque où, par l’acte célèbre, connu 
sous le nom de « PeeVs Act », on secoua l’indolence des directeurs de la 
Banque d’Angleterre et on leur intima l’ordre de reprendre les paiements 
i interrompus depuis 1797. Ou sait qu’à partir de février 1820 jusqu’au 
\ mois d’octobre de la même année, les porteurs de bank-notes furent auto- 
1 rises _a_juir ex ger le remboursement eu lingots d’or, au taux de 4 liv. st. 
l’once : en mai 1821, l’or ne devait plus valoir que 3 liv. 19 sh. 6d., pour 
descendre,de mai i82i à mai 1823, au taux légal de 3 liv. I7sb. 10 lj2d. 
/ C’est à partir seulement de mai 1821 que le paiement en numéraire devait 
( définitivement recommencer. Les directeurs, comme pour se hâter de sor- 
^ tir d’un provisoire dont Ricardo, leur inflexible mais juste adversaire, au 
rait voulu faire l’état normal de la circulation, devancèrent I époque indi 
quée par l’acte de la 19, et firm! voir, par la reprise des remboursements 
en 1821, qu’il ne s’agissait que d’un coup d’éperon, donné par le Parle 
ment, pour faire sourdre ce numéraire qu’on disait introuvable.—Ah ! si on 
avait le courage de donner chez nous quelques coups d’éperon du même 
genre, il se pourrait que la réforme postale ne fût plus à l’état de projet, 
que les chemins de fer ne figurassent plus seulement sur des cartes d’é 
chantillon;, et que les industriels, qui sont la gloire de la France, fissent 
quelques efforts pour ne plus fuir aussi piteusement la concurrence étran 
gère ! 
Mais si nous approuvons les vues de Ricardo relativement à la substi 
tution des lingots à l’or, nous n’allons pas jusqu’à admettre cependant qu’il 
ait donné de la question du crédit une solution complète. Nous voulons 
avec lui une circulation forte et sûre, assise sur un trône d'or et d’argent,
        <pb n="35" />
        DK DAVID HICAKIXV xxix 
et non sur iin trône de papier et de nuages; mais nous &gt; ou Ions que cette 
~Termeté s’allie à la souplesse et que le ressort des Banques se tende et se 
détende a\ec une égale facilité. Nous voulons qje la monnaie ne soit pas 
quelque chose d’hypothétique, et d’idéal comme ces roulades et ces points 
d orgue dont se contentait le dilettante fanatique du liouffe et du Tailleur; 
nous sommes fiers de la communauté d’idées qui nous rattache, sous ce ! 
rftppott, à des publicistes aussi éminents, aussi profondément versés que 
J^M-__fauoher, M®‘ Chevalier, J. W i'son, dans les analyses sévères qui con 
stituent la science du crédit; nous devons même hésiter à rejeter desdoc-i 
trines que tant de talent protège et que la main puissante de Robert Peel a 
inscrites dans les lois anglaises; mais il nous semble qu’il n’est pas de 
compromis à faire avec la vérité, et que ces doctrines, dont le bill de 1844 
a été le prélude fort caractéristique, peuvent bien être discutées, puisque le 
pays le plus avancé en matière economique, l’Angleterre, les declare im 
puissantes et même dangereuses. 
Le problème a donc glissé, selon nous, des mains de Ricardo sans 
avoir été résolu, et cela pour deux raisons fort distinctes. La première 
c’est qu’il n’a pas remonté, dans ses savantes analyses, aux sources mê: 
mes de la circulation; - la seconde, c’est que pour n’avoir pas re- 
connu la puissance de régularisation, de contrôle que le credit exerce sur 
l^éme, Il a etc entraîné a demander aide et assistance a l’État et à 
chercher dans des reglements illusoires l’équilibre‘qui découlerait naturel- 
ement d un regime de liberté. Ces deux raisons, par la décision logique de 
son esprit, devaient pénétrer naturellement dans ses p.ojetset y devenir 
deux erreurs. Voici comment. 
Le credit, c'est la eoramandite en g,and du travail, e'esl le capital d'Iiier 
d aujourd Itui, conlie, a l'homme qui doit le féconder pour en faire le capí-' 
tal de demam ; e est le prêt fait aux générations aetives et jeunes parles 
generations qui ont termine leur œuvre ; c'est le passé qui s'accouple avec 
I avenir pour accroître les richesses sociales. Le capital se trouve doL ainsi 
constamment en avances avec le travail ; et comme le commerce l in 
dustrie toutes ces choses qui font entrer l'avenir dans leurs calculs sont/ 
de I avenir au present et au passé, lorsque le travailleur perd le prix de 
""" “Pi*"»*“' Pard l'Intérêt de son capital et ce 
apital lui-meme, comme pourraient le certifier les actlonnUriai, _ ces 
« tins fatalement dévoués à combler tous les gouffres financiers. 
Le n^oeiant qui confie des marchandises à un homme qu'il croit inlel- 
t c initier qui confie des fonds a un gouvernement qu'il croit stable
        <pb n="36" />
        NOTICE soil LA VIE ET LES ÉCRITS 
et honnête, le millionnaire qui ouvre un crédit à des directeurs de chemins 
de fer ou de canaux, s’exposent à des pertes, et ils stipulent même certaines 
conditions destinées a compenser ces chances fâcheuses. Les Banques ne 
font pas autre, chose. Elles n avancent point des marchandises, mais du pa 
pier qui représente l’or de ses actionnaires ; et cet or lui-même est une 
marchandise, purement et simplement, dont le prix s’élève ou s’abaisse 
suivant que les mines sont plus ou moins fécondes, les denrées plus ou 
moins abondantes, le luxe plus ou moins exigeant. Si l’on veut même aller 
au fond des choses, on verra que le capital social des Banques se compose 
des fonds versés par les actionnaires et des marchandises ou valeurs possé 
dées par les individus qui présentent leurs billets à l'escompte. Les Ban 
ques ne sont ainsi que des intermédiaires actifs et intelligents qui s’inter 
posent entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas, et qui permettent à des 
négociants de disposer à l’instant même des fonds qu’ils n’auraient pu re 
cueillir que plus tard. 
Par la toute-puissance du crédit, elles mûrissent en un jour des germes 
qui n’eussent été mûrs que longtemps après; elles avancent d’une saison 
les moissons de l’industrie, et, centres vivitiants, elles attirent tous les ca 
pitaux, monnayés ou non, pour les faire rayonner de toutes parts, comme 
le cœur concentre et répartit ensuite le sang dans notre organisme. D’où 
résultent trois conséquences importantes : —1® la nécessité pour les institu 
tions de crédit de réaliser sérieusement leur fonds social et de n’imiter en 
rien la Banque d'Angleterre, dont le capital s’est englouti dans les caisses 
de l’Échiquier, ni les Banques d’Amérique qui, pour la plupart, n’ont 
eu de fonds que sur leurs prospectus ; 2® la nécessité de n’escompter 
qu’un papier éprouvé, fortement garanti, puisque ce papier forme indi 
rectement partie du capital social ; 3« la nécessité de ne pas faire intervenir 
l’État dans des questions où son influence a toujours été fâcheuse et doit 
être tout au moins inutile, puisqu’il n’est pas de monarchie, constitution 
nelle ou non, de roi guérissant les écrouelles ou le haut mal, qui puissent 
faire qu’une famine n’entraine d’horribles catastrophes, que ces catastro 
phes n’entraînent la faillite d’un grand nombre de maisons et ne réagissent 
sur le fonds social des Banques, — cette garantie suprême et trop oubliée 
des billets. 
Pour bon nombre d’esprits, et des plus élevés, comme nous l’avons déjà 
dit, la constitution sévère et complète du fonds social ne suffit pas, non 
plus que la solidité manifeste du papier escompté. 11 faut encore qu’on dé 
termine par arrêté législatif la proportion de la réserve en espèces, qu on 
organise un crédit de l’État, comme on a voulu organiser une religion 
de l’État, des chemins de fer de l’État, une instruction de l’État, et même 
des fabriques de calicots et de bonnets de coton de l’État, portant le nom 
d’ateliers nationaux. Ainsi on a voulu faire du droit de créer le papier un 
droit régalien comme celui de battre monnaie ; on s’est fortement ému de
        <pb n="37" />
        DE DAVID KiCAHDa 
\xxi 
voir que les billets ue portent pas tous la même el'ügie ; et, redoutant l’Im 
piévoyanee des directeurs de Banque , on a voulu leur substituer le mi 
nistre des finances — qui, on le sait, est toujours un être infaillible. Eb bien 1 
nous déclaious ces craintes frivoles et ces illusions sur les gouvernements 
on ne peut plus dangereuses. On aura beau entasser faillites sur faillites, 
^ ditionner le passif des Banques américaines avec le passif des Banques 
tossCy d Angleterie, d Irlande et de Hollande, on n arrivera janiai^ à 
centième partie des désastres que 1 omni-sapience des trésoriers natio 
naux a accumulés sur les peuples, en tous temps, en tous lieux. La ban 
que fantastique de Law, qui traversa comme un météore enllaminé le sys 
tème financier de la France, n’était pas a coup sur une Banque privée • les 
bilets de la Banque d’Autriche, les roubles papier de Saint-Pétersbourg, 
t milreas du Brésil, les dollars de Bueuos-Ayres qui, de chute eu chute, 
tombèrent de 4 sA. ü d. à 3 î/., tout ce papier-monnaie, avili, conspué, ne 
sortait pas, que nous sachions, d’une Banque par actions, et il se pourrait 
que les assignats de la Révolution ne fussent pas l’idéal d’une circulation 
economique ef pour nous servir des termes de Ricardo. Jusqu’à ce qu’il 
nous ait etc bien démontré que les gouvernements réunissent à la science 
profonde des affaires, à Tubiquité nécessaire pour suivre les incidents 
multiples des changes, des marchés, des contrats, une économie a toute 
epreuve, une indicible horreur pour tout ce qui ressemble à des embellisse 
ments coûteux, a des conquêtes ruineuses, a des faveurs octroyées aux ames 
e eaux, jusqu à ce qu'il nous ait été bien démontré qu’ils u'ont jamais com 
promis l'avenir par des dilapidations, jamais usé des moyens les plus vio 
lents, parfois les plus infâmes, pour solder des guerres iniques, enfin qu’ils 
joignent a toutes les qualités, d’autres qualités encore, nous persisterons 
a ne pas leur confier un monopole aussi dangereux que celui du crédit 
Jamais peut-être on n’aurait armé le pouvoir d’une arme plus terrible et 
vénllT e ^ confiance, que les mots de 
enalite, de gratifications, de corruption, soient des enütés que notre 
monde ii’a jamais réalisées. 
Et qu’on ne parle pas de limites imposées par la volonté, l’influence légis- 
lative ; nous savons ce que pèsent ces choses devant un caprice de conuué- 
r »“«teet de fantaisie, une «.rte d e,: 
% T " Pl^irs de» Mêles. Que se.ait-ee le jour 
ti.,..*’: pourraient fabriquer les billets de Banque à la con- 
vr«i^ f ^ «missions prendraient un développement exorbitant, elles pleu- 
ei» a titres divers, et l’on ne redouterait plus de franchir toutes les 
^jnes, car 1 actionnaire véritable d’une Banque nationale serait le pays 
entiei, et le pays est toujours assez riche pour payer ses billets.
        <pb n="38" />
        XXXII 
NOTICK SUH LA VIE ET LES ÉCRITS 
Tout cela n’est pas du sentiment, à coup sûr. Les centimes additionnels 
ne sont pas un mythe, les filles et petites-filles de Law ont un extrait de 
naissance parfaitement authentique, les sommes retirées cent fois par l’É 
chiquier à la Banque d’Angleterre n’ont rien de fabuleux que nous sachions, 
et les millions de nos fortifications existent, ou plutôt ont existé ailleurs que 
dans notre imagination Les orgies financières les plus déplorables de l’A 
mérique n’ont rien qui se puisse comparer à ces dilapidations officielles, et 
au moins ont-elles laissé derrière elles, après de déchirantes convulsions, 
des monuments grandioses et d’immenses richesses. De tous les milliards 
dépensés par Pitt, par Napoléon, par la Russie, que reste-t-il? Des lau 
riers tachés de sang, des hommes en lambeaux, veillant sur des drapeaux 
glorieusement troués,— un peu de gloire et de lourdes dettes ! 
Nous serons donc toujours fort peu empressés à confier à des fonction 
naires publics , quels qu’ils soient, la mission de pourvoir à la circulation 
monétaire du pays , d’autant plus que le crédit privé nous semble de na 
ture à présenter des garanties plus que suffisantes. 
A moins d’admettre , en effet, que les actionnaires et les directeurs de | 
Banques soient doués d’aliénation mentale ou d’un désir violent de perdre j 
leur fortune, il faut bien reconnaître qu’ils introduiront dans leurs opéra- , 
tions une prudence éclairée et sage. Dès le moment où il sera parfaitement * 
établi que le fonds social sert de garantie réelle aux émissions, on peut 
être sûr que ces émissions se feront avec mesure, et que la réserve en nu 
méraire suffira pour conserver aux billets de banque leur valeur primi 
tive. Dans les plus grands entraînements de la spéculation , il y aun fonds 
sérieux, positif, réfléchi, et quand une association, un homme se jettent 
tête baissée dans les périls d’une entreprise, il est à croire qu’ils n’ont pas 
immensément à risquer. Si les Banques américaines ont répandu à profusion 
leur papier, c’est que ce papier ne reposait sur aucune base solide, accessible 
à des créanciers ; c’est qu elles se réunissaient entr’elles pour constituer un ; 
fonds social, — lequel fonds social elles se prêtaient au besoin, comme cette 
dent fameuse et unique que se repassaient les Gorgones. On savait vague 
ment alors qu’on vivait sur un malentendu ; mais on trouvait agréable un 
malentendu qui donnait du travail à des populations entières, et on laissa le 
charme se rompre de lui-même. Que si ces prétendues Banques avaient eu 
pour les étayer une réunion d’actionnaires opulents, elles n’auraient pas j 
ris(|ué leur capital contre des signatures chimériques, et elles auraient sévè' 
rement constitué leur comité d’escompte. Dans de telles conditions, lorsque ■ 
vient la crise, toute Banque attend le choc, protégée par un double bouclier ; ] 
—son numéraire, ses échéances ;—et quant au porteur, avant que le désas- ' 
tre l’atteigne, il faut que le papier escompté ait presque complètement péri j 
dans la tourmente, par la faillite des souscripteurs, et il faut, de plus, que &lt; 
tout le capital de la Baïupie ait été épuisé en remboursements. Des secousses ! 
assez terribles pour ébranler les plus fortes situations commerciales et pour
        <pb n="39" />
        XXXIIt 
DE DAVID RICARDO. 
mettle en danger les sommes versées par les actionnaires ne renverse 
raient elles pas les frêles barrières qu’on leur opposerait sous forme de bills 
et de reglements? 
Rt d ailleurs où s’arrêtera votre intervention législative? 
Loi hilicts de banque sont-ils donc les seules promesses qui circulent 
ans a société et qui laissent planer le vague de l'avenir sur les affaires? 
Les lettres de change, mandats, billets è ordre, engagements de toute na - 
Paatn total immense dans lequel les quelques cen 
taines de millions que versent les Banques disparaissent comme disparait 
e ruisseau dans le lit d'un fleuve? Ces engagements ne se transmettent-ils 
une immense hypothèse, tantôt brillante et tantôt sombre? Kt croit-on une 
lorsque.des effets de dix, de vingt, de quarante francs ne sont pas pavés 
P'“* »'.t reçus ne sont pas 
plus rudement atteints que lorsqu'une Banque cesse de payer ses billets* 
■ 
t^ellement dans une vieille boîte? Non; mais nous diims qu’elle doit céder 
Tefoulcr en vue de son salut unique : nous di- 
qu e le doit savoir oser un peu et prendre, s’il le faut, sa part du péril. 
{Otm\ de liicardo.) 
ÎM/Vt
        <pb n="40" />
        WMV 
NOTICK Sllll LA VIK ET LES ÉCH1TS 
Quoi qu’elle fasse, elle ne peut s’isoler du commerce : son portefeuille re- 
«iorpie de valeurs signées par des commerçants, l'es banquiers, des indus 
triels, et, en refusant de soutenir aujourd’hui ces débiteurs chancelants, 
elle les conduit à une insolvabilité flagrante. C’est une assez triste tactique, 
comme on voit, et la Banque ressemble trop, dans son égoïsme méticuleux, 
à un créancier qui n’aurait d’espoir que dans le travail de son débiteur 
mourant, et qui refuserait cependant de lui faire crédit des médicaments 
qui le doivent guérir. MM. Huskisson, Harmun et Baring (aujourd’hui 
lord Ashburton), pensèrent et agirent autrement en 1825. Réduits à un 
encaisse insignifiant et menacés de la voir s’épuiser au sein d’une cr.se 
redoutable, ils tentèrent une expérience hardie et qu’on pourrait appeler 
homœopathique. Ils corrigèrent, par une émission abondante, des émissions 
qu’on croyait exagérées : du 3 décembre au 31 décembre 1825, ils accruient 
de plus de 200,000,000 fr. la masse des billets en circulation, et le com 
merce, rassuré par ce coup d’audace, reprit son aplomb en quelques mois L 
Sans doute, il arrivera que des spéculateurs audacieux trouveront au 
près de certaines Banques imprudentes et avides le crédit nécessaire pour 
organiser des opérations effrénées ei se faire escompter, avec du papier hy 
pothétique, un avenir plus hypothétique encore. Nous \ unions même que 
le vertige saisisse quelques directeurs, comme il a saisi tant de naïfs et de 
roués dans l’affaire des mines du Mexique, des chemins de fer, des fonds 
publics ; mais cette effervescence, inséparable du début de toute doctrine, 
disparait des que les esprits ont appr.s à pénétrer les ressources, les mys 
tères des diverses industries. Et les Banques nous paraissent même être 
au premier rang des entreprises sur lestjuelles l’opinion publicpie peut 
exercer un c ntrôle efficace. Rien de plus irritable, de plus sensible, 
que le baromètre des affaires, toujours prêt à monter ou à descendre de 
vingt degrés au moindre souffle, et il n est pas douteux que les moin 
dres excès dans l’émission n’éveillent la méfiance et ne forcent les bureaux 
d’escompte à une grande prudence. La monnaie est une marchandise de 
consommation perpétuelle* chacun de nous fait,à cet égard, 1 office de con 
trôleur et de vérilicateur. Mais pour que ce contrôle soit serieux, pour que 
les porteurs de billets soient à même d’apprécier exactement la solvabilité 
des Banques, il faut que ces établissements se rapprochent d’eux par la 
dispersion dans les plus petites localités. Dans l’état actuel de ce qu’on 
I D’ailleurs, que fail la Banque aiix époques où le paiement des rentes publiques sou s 
Irait à la circulation d’énonnes masses de numéraire? Elle élargit, comme l’a fort bien 
remarqué Ricardo, le cadre de scs escomptes pour combler le vide qui s’est formé dans 
la circulation et pour maintenir rcqnilibre du système monétaire : en un mot, elle fal^ 
accidentellement ce que nous voudrions qu’elle fît toujours, et ce qu’elle ferait effective, 
ment si elle avait à lutter contre des concurrents habiles et alertes. Ne penl-on pus consi 
dérer, en elfct, les crises financières, comme des échéances solennelles, qui ciitraiiient les 
disettes, les faillites, les guerres et qu’on ne traverse qu’à condition d’accroitre le.- res 
sources du commerce et de l’industrie ?
        <pb n="41" />
        DE DAVID RICARDO. xxxv 
m 
■
        <pb n="42" />
        XXXVI 
NOTICK sun LA VIE ET LES ÉCRITS 
C’est pour avoir voulu faire de rémission du papier une œuvre presque 
surhumaine que l’on a fait surgir les rêveries étranges de MM. Muntz, 
Spooner, Salt, tous meneurs de l’Anti-gold-law league et de l’école de Bir 
mingham. L’Anti-gold-law-league (ligue contre les monnaies d’or) est la 
mise en scène, l’action dont l’école de Birmingham est la théorie. Elle a 
pour principe que la monnaie métallique est une monnaie des plus dispen 
dieuses,— ce qui est vrai; qu’elle ne vaut que comme signe des valeurs,— ce 
qui est faux ; et qu’il est grand temps d’adopter comme agent unique de la 
circulation , un papier que l’État émettrait dans des proportions diverses, 
sans avoir égard aux besoins du commerce,— ce qui est tout simplement 
absurde et dangereux. 11 y a plus, ce papier serait Inconversible, vu que 
suivant ces séduisantes idées , la monnaie est chose purement convention 
nelle, (sic). De sorte que la science monétaire serait une sorte d’alchimie, 
extrayant de quelques monceaux de papier, des monceaux de richesses. 
Le fanatisme est même allé si loin dans cette voie, qu’un adversaire de la 
conversibilité des billets en espèces donnait, il y a quelques années, de la 
monnaie métallique cette incomparable définition : — Le numéraire n’est 
qu'une monnaie de papier sagement conduite et renfermant une certaine 
PROPORTION DE METAL. CettC CERTAINE PROPORTION DE METAL n’CSt-elle 
pas ravissante, et n’indique-t-elle pas vers quels étranges excès serait 
entraînée une société qui construirait pour ainsi dire, en papier peint, 1 é' 
difice de sa circulation? Bien d’aussi extravagant n’avait été dit depuis le 
jour où l’on apprit dans la science ethnologique que les nègres sont une 
colonie de Tartares qui, dans leur émigration en Afrique, ont un peu 
changé. 
Ni Ricardo, ni MM. Faucher, Chevalier, d’Audiffret n’arrivent à des 
systèmes aussi fantastiques. Ils savent fort bien quelles fonctions accomplit 
la monnaie; mais en investissant l’État du rôle de régulateur de la mon 
naie, en lui accordant ce privilège impossible de resserrer et relâcher à vo 
lonté l’écrou des escomptes, de mesurer la dose du numéraire qu il faut 
aux échanges, ils ont rêvé une organisation qui est devenue un vé 
ritable délire dans des imaginations moins fortes et moins élevées. Pour 
nous, voici commuent se résume cette vivante question :—La conversion des 
billets en espèces, ou en lingots, suivant l’habile expédient de Ricaixlo, est 
' une condition essentielle; car le papier c’est l’ombre, l’or et l’argent sont 
la substance de la circulation. La base de tout le système des Banques, c est 
la solidité du papier qu’elles escomptent; la garantie de leurs engagements, 
c’est la réalisation du fonds social ; c’est un contact plus fréquent, plus in 
time avec les porteurs de billets. Ces bases assurées, le crédit d’un pays 
reste debout au milieu des plus fortes secousses ; mais si l’une d’elles man 
que, le crédit n’a plus qu’un avenir problématique et ne repose plus que 
sur un coup de dé. 
Une gracieuse légende éclose dans ces siècles où la poésie était toute la 
science, les fabliaux toute la philosophie, une légende, donc, nous apprend
        <pb n="43" />
        DK DAVID RiCAKDO. xxxti 
qu’un saint réfugié dans une pauvre chaumière de Bretagne ôta son man- 
* orage, et ne trouvant pas de patère, le suspendit à un 
yon de soleil. La circulation de papier, telle que le voudraient de préten- 
crovnT"^"^'^^'^^ rtT'’ôsente exactement ce rayon de soleil, et nous 
■
        <pb n="44" />
        IXXVlll 
NOTICE SUR LA VIE ET LES KCRIib 
d’aucun prophète une conception si généreuse que celle qui met le sceptre 
de ce monde entre les mains du producteur. Le travail est pour lui la 
sève féconde qui pénètre tous les produits pour leur donner de la valeur ; 
et c’est même pour s’être élevé trop haut dans son système et pour avoir 
eu, en quelque sorte, le fanatisme de sa pensée qu’il a méconnu l’autre 
loi régulatrice des échanges, la loi de l’utilité, constatée par le rapport de 
l’offre à la demande, il n’a pas vu que pour l’humanité prise en masse, et 
pour les échanges de tout un siècle, ramenés par une soi te de perspective 
rationnelle sous les yeux de l’écrivain, le travail est bien la mesure suprê 
me des valeurs; mais que pour les individus, pris isolément, dans des loca 
lités distinctes, la rémunération de l’œuvre s’accroît ou s’affaiblit en raison 
de l’utilité que cette œuvre possède pour la société. Il en est des idées et 
des théories comme des rayons lumineux qui se réfractent dans notre at 
mosphère : leur pure substance s’altère au contact des faits, et il faut fran 
chir la région du positif pour en reconnaître la majestueuse vérité. Ricardo 
n’a pas tenu compte de ce compromis que le fait impose à l’idée. 11 voit 
plutôt ce qui doit être que ce qui est, et il s’égare ainsi à la poursuite d’un 
absolu déjà rêvé par les économistes. 
C’est ainsi qu’il s’est vu conduit à cette théor.e célèbre de la rente des 
terres que MM. Rossi, Mac Culloch, Malthus ont couverte de l’autorité 
de leur talent, mais que nous croyons avoir été jugée plus sainement par 
MM. Say, Sismondi, et par M. Blanqui, dans la lumineuse exposition 
dont il a enrichi son histoire de l’Économie politique, — brillant et 
docte panorama de toutes les révolutions, de tous les progrès de la 
science. L’inflexible précision avec laquelle Ricardo a exposé scs idées 
sur l’origine et les progrès de la rente ne pouvait même manquer de 
provoquer un enthousiasme exalté, ou des réfutations ardentes. Cette 
partie de son œuvre a quelque chose de magistral, d’impératif, qui devait 
attirer ou repousser vivement, et on comprend parfaitement que M’Cul- 
loch, dans un accès de fanatisme pour la personne et pour les écrits de 
l’auteur, ait déclaré que la théorie de la rente est, après l’ouvrage de Smith, 
le plus important et le plus orUjinal que l'on ait publié sur l’Économie po 
litique^ tandis (;ue, pour beaucoup d’autres écrivains éminents, l’Essai de 
Malthus, par la grandeur de l’hypothèse fondamentale, et le Traité de J.-B. 
Say, par sa majestueuse ordonnance et l’enchaînement harmonique de ses 
conclusions, méritent mieux cet éloge et ce rang. Nous sommes de ceux 
qui combattent Ricardo, et nous lui refusons, avec d’autant moins de re 
grets la couronne dont on l’a gratifié, que sa part de gloire nous paraît déjà 
assez belle. Ce qui vient de lui est précisément ce que nous estimons le 
plus, et en réfutant, ou cherchant à réfuter sa Notion de la rente, nous n’at 
taquons que le propagateur de principes découverts et formulés avant lui. 
On sait assez, en effet, que la doctrine qui donne pour origine à la rente 
l’infériorité graduelle des terres successivement mises en culture, avait été 
entrevue et ébauchée par J. Anderson dans un écrit fort rare aujourd’hui.
        <pb n="45" />
        DK DAVID RICARDO. xxxix 
On piessent déjà, duns cette ébauche, les développements qu elle devait re 
cevoir de Ai. est, avant de prendre cette rigueur et cette précision su 
ante dont Malfhus trouva le secret pour écrire cet Essai sur la popula- 
mn qui semble une loi somptuaire imposée par la sacesse à des appétits 
violents et irréfléchis. ' 
ous\enons de reconnaître les bases sur lesquelles Ricardo a édifié tout 
)sterne economique; nous allons exposer ce svstème lui-même en 
quelques ignés qui serviront de texte à la discussion. Voici donc la sub 
stance et les points saillants de cette doctrine dont o-. s'est tant ému. 
« La rente est cette portion du produit de la terre qu’on paie au pro- 
sibtrd d'exploiter les facultés productives etimpéris- 
productive ; et dans le progrès de la population les terrains de qualité infé 
Meure ou moins bien situés étant défrichés, on en vient à payer une rente 
■ 
e mainele que les salaires et les pmlits *. » La complicité est fla- 
chesse des Sations Kilil. (•iiillaumin, p. 189-iiO.
        <pb n="46" />
        XL NOTICK SUK LA VIK KT LKS KCfUTS 
grante, comme on voit, et on peut même dire que, dans le développement 
de cette doctrine, Smith n’a pas déployé une rigidité de logique égale à 
celle dont Ricardo a fait preuve. Comme si son génie avait éprouvé une 
violence instinctive à s’égarer dans des abstractions quintessenciées, et ab 
solues, il a marché de compromis en compromis dans la question de la 
rente. On peut même dire qu’après avoir dénié au monopole du proprié 
taire la faculté de grossir le prix du blé, il a fait naître, par ses raisonne 
ments, par les faits sur lesquels il s’appuie, une conviction contraire dans 
les esprits. N’importe, nous ne reculerons pas devant cette écrasante auto 
rité ; nous admirons le génie, mais nous ne lui accordons pas plus le despo 
tisme de l’idée que le despotisme de la loi ou de l’épée, et l’erreur fût-elle 
couverte de voiles trois fois sacrés comme ceux d’Isis, il nous semble que 
nous aurions la téméraire présomption de la combattre encore. 
Et d’abord, nous dirons que la valeur des choses, dans une civilisation 
déjà avancée, ne se règle pas exclusivement sur les frais de production, ni 
sur l’offre et la demande, mais bien sur une combinaison de ces deux lois. 
Retrancher, dans la détermination du prix, une de ces deux influences, 
c’est donc mutiler la vérité et isoler des principes inséparables : c’est faire 
quelque chose d’analogue à l’action d’un individu qui, pour mettre, une 
balance en équilibre, enlèverait un des plateaux. Ces principes posés, il ne 
reste plus qu’a en faire l’application à la culture des terres et au revenu 
(|u’on en tire. 
La forme la plus antique qu’ait revêtue l’exploitation du sol a été celle 
de la communauté. Mais les tristes résultats de ce système, auquel on vou 
drait nous ramener sous d’autres formes, ne pouvaient mant|uer de con 
duire à une organisation sociale qui ne laissât plus les terres en friche et 
délivrât l’humanité du fantôme livide et menaçant de la faim. On décou 
vrit alors que dans le vaste amalgame de la communauté, le ressort indi 
viduel se trouve anéanti, et que le travail social ne s’effectue que loi’sque 
la rémunériition se proportionne à l’œuvre produite. Chacun prit alors la 
responsabilité de sa propre existence, et la propriété fut instituée comme 
un dépôt remis à l’individu dans son intérêt et dans l’intérêt collectif des 
populations. 
Jusque là nous demeurons parfaitement d’accord avec Ricardo, et nous 
reconnaîtrons même pour un moment que l’exploitation directe du sol par 
le propriétaire se perpétua tant que l’humanité eut devant elle des espa 
ces immenses sur lesquelles s’épanchèrent successivement les nouvelles gé 
nérations. Mais est-il bien certain que les races humaines aient pu choisir 
précisément les meilleures terres, pour descendre, d’échelons en échelons, 
jusque sur les terrains les moins fertiles? En creusant le sol, le savant y 
voit, disposées comme les feuillets d’un livre immense, les couches diverses 
qui retracent l’histoire de nos révolutions géologiques; mais oit sont les ca 
ractères précis qui révèlent tout d’abord un terrain de première ou de se 
conde qualité? Le rayonnement des populations se fait même, en général,
        <pb n="47" />
        XU 
DK DAVID MIC AD DO. 
sans discipline, sans rígnlarité. Hiles voient l'horizon ouvert devant elles 
et, poussées par un vague instinct de conquête et de fortune, elles s'élan- 
soucieuses des riches territoires qu’elles laissent derrière 
est ainsi que les colonisations américaines, au lieu de se répandre 
regulierement comme une marée vivante d’hommes et d’idées, se sont 
eparptl ees au hasard sur toute la surface du nouveau continent, délaissant 
sJii, T" r, ™«/"«™P»'-''l'le fécondité pour couvrir d’àpres et stérile» 
mm 
■
        <pb n="48" />
        terminé par les exploitations les plus riches ; nous glisserons même sur 
l’offre et la demande, et nous donnerons à la doctr ne de la rente l’ave 
nir tout entier et le m( nde pour se déployer. Mais toujours est-il que les 
sociétés, acculées dans leur dernier refuge, devront subir le bon vouloir des 
propriétaires. Il faudrait bien peu connaître l’espèce humaine pour ne pas 
voir qu’il se formerait une classe de rentiers agricoh s parfaitement ana 
logues aux rentiers du 3 et du 5 pour cent ; et le fait de savoir si les prix 
ont haussé parce qu’on a cultivé des terres n"‘ 2 et 3, ou si, au contraire, 
comme le veut le spirituel cohiuel Thomson, on a cultivé ces catégories 
inférieures parce que les prix ont haussé, toutes ces d stinctions microsco 
piques et ees analyses à la loupe ne peuvent détruire la conclusion suprême 
à laquelle nous sommes arrivés. 
C’est même l’inst net de ces graves conséquences qui a poussé les popu- 
1 it ons des Etats-Unis aux attentats violents dont l’opinion publique s’est 
émue de nos jours. 
S’il est un pays au monde qui pût se croire à l’abri de soulèvements 
agraires et d’attentats à la propriété, c’est bien évidemment l’Amérique. 
L’homme s’y meut à l’aise dans des limites infinies; la maison roulante 
de rémigrant peut visiter tour a tour les plus vastes^prairies, les coteaux les 
plus riches, et sa charrue peut tracer librement un sillon qui commence 
à New-York pour se terminer dans l’Orégon. Et cependant la rente s’est 
établie aux États-Unis, au centre de ces territoires regorgeant de riches 
ses et que le hasard semble avoir choisis pour faire, sur une grande échelle, 
l’expérience di s doctrines de Ricardo. 11 s’est trouvé, en effet, que la force 
d’attraction et de groupement qu’exerce la civilisation sur les hommes a 
combattu victorieusement la force expansive qui les pousse au loin vers 
l’inconnu. Quelque vastes et productives que soient les terres qui avoisi 
nent le clocher, on tient à ce clocher par les habitudes de la vie, par la 
langue qui vibre harmonieusement à l’oreille, par la tombe de l’aïeul, le 
berceau de, l’enfant, par toutes les libres, en un mot, de l’esprit et de l’àme. 
De sorte que le droit de propriété s’est constitué aux États-Unis comme 
dans tous les pays où l’on a perdu les illusions de la communauté des 
biens, — c’est-à-dire de l’anéantissement des biens; et la révolte des te 
nanciers du général Van Uenslaer n’est que l’effort désespéré et aveugle 
d’un peuple qui sent qu’un joug s’appesantit graduellement sur lui. 
On sait le point de départ de cette petite jacquerie, qui a reçu les dif 
férents noms de guerre des manoirs, de guerre de Heidelberg, et celui 
plus significatif d’antirentisme. Dans le fait, c’est uniquement une croi 
sade contre la rente, dans laquelle se sont enrôlés des groupes de fer 
miers qui, par cela seul qu’on ne leur avait pas réclamé le montant dc5 
fermages pendant de longues années, ont trouvé naturel de reconnaitre 
cette mansuétude par la revendication audacieuse et violente des terres 
confiées à leur travail et à leurs capitaux. Chose étonnante même, et qui 
n’étonnera cependant aucun esprit habitué aux anomalies et aux sophismes
        <pb n="49" />
        DE DAVID RICADDO. xlmi 
de 1 intérêt, cette lente, qu’ils refusent au landlord, ils la reçoivent eu x-mê- 
entacLe de r Pratique en Irlande ; et la tenure 
un contrit it ^ e\ient entre leurs mains, par une épuration soudaine, 
noüole ter ^ démocratiques. Si bien que le cri poussé contre le mo 
tion de la points qui présentent dans la constitu- 
lande • P‘“* saisissant des contrastes les États-Unis, l’Ir- 
■ 
'mMMiÊ 
■ 
' Havcnsnest. 2 v. in-S".
        <pb n="50" />
        XLIT 
NOTICE SUR LA VIE ET LES ÉCRITS 
prix du blé au même degré que la main-d’œuvre et le capital. » Au même 
degré! Est-ce un aveu, est-ce un écart de la pensée? 
N’importe ; pour nous la rente est un droit dont le propriétaire se hâte de 
jouir; droit légitime, mais que nous sommes appelés à contenir dans ses 
justes limites par l’affranchissement du travail, par l’association féconde 
des capitalistes et des travailleurs. Et cette association, nous la voulons non 
pas sur le plan des séduisants programmes offerts aux peuples par les 
prophètes de l’organisation du travail, du phalanstère, du communisme et 
autres institutions philosophales, mais sur le plan de quelques expérien 
ces fort heureusement tentées en France, en Belgique \ en Angleterre, 
et que l’incurie de nos manufacturiers ne sait pas multiplier dans l’inté 
rêt de tous. Ce qui ne nous empêche pas, soit dit en passant, de rendre 
une éclatante justice aux hommes éminents que compte le socialisme. Nous 
pouvons ne pas trouver leurs doctrines praticables, efficaces ou même ori 
ginales : nous croyons qu’ils ont fait la poétique des sociétés au lieu d’en 
faire la logique : mais nous pensons que leurs généreuses inspirations ont 
rajeuni la science sociale, et qu’en critiquant et combattant nos doctrines, 
ils nous en ont mieux fait connaître la grandeur et la fécondité. Ce qui 
prouve que la concurrence des idées est tout aussi salutaire que celle des 
produits et des industries. 
Or, pendant que les Principes d"économie politique et le beau travail sur 
la Protection de l'agriculture faisaient'fortune dans le monde intellectuel, 
Ricardo faisait fortune dans le monde politique et financier. Et il put 
se présenter un jour aux électeurs de Portarlington sous le patronage 
d’une fortune qu’on a évaluée au chiffre fabuleux et douteux de -lo mil 
lions de francs, et entouré d’un respect qu’il devait à sa réputation de 
penseur, et à la noble indépendance de son esprit et de son cœur. Sur le 
théâtre imposant où il allait déployer l’autorité de son talent il fut avant 
tout l’homme de ses principes, de ses convictions, et ou peut faire de lui 
cet éloge, qu’il a été fidèle ami, fidèle citoyen, et, pour compléter l’épi 
taphe, fidèle époux. Pendant vingt ans sa main serra celle de Malthus, 
de Mill, de Say. sans que l’antagonisme de leurs idées jetiU le moindre 
nuage sur l'intimité de leurs âmes ; sans qu’il s’élevât jamais entre eux de 
ces tristes démêlés qui éternisent de nos jours les ignominieux conflits du 
savant Vadius et du sémillant ïrissotin. 
Ricardo siégea en I8i'j Aia Chambre des Communes comme représen 
tant de Portarlington. Sa défiance en ses propres forces faillit priver le pays 
des grands services que ses fonctions civiques lui permirent de rendre. On 
lit dans une lettre écrite le 7 avril 1819, à l’un de ses amis ; « Vous aurez 
vu que je siège à la Chambre des Communes. Je crains de n’y être pas 
‘ Voyez un beau travail de M. de Rrouckère sur la situation des classes ouvrières. L’au 
teur y a déployé une hauteur de vues, une générosité de sentiments, une sûreté de coup 
d'oeil qu’on ne saurait dépasser.
        <pb n="51" />
        XI.V 
DE DAVID RICARDO. 
fort utile. J’ai essayé deux fois de parler, mais je l'ai fait de la manière 
a P us embarrassée, et je n’ai guère l’espoir de vaincre l’épouvante qui 
me saisit dès que j’entends ma voix. » On lit dans une autre lettre en 
ate du 22 juin I8I9 : « Je vous remercie des efforts que vous faites pour 
m inspirer un peu de courage. L’indulgence de la Chambre a diminué 
pour moi la difficulté de parler, mais je vois encore tant d’obstacles et 
1 terribles que je crains bien que ce ne soit sagesse de ma part de 
lu en tenir a des votes silencieux. » 
Tout prouve qu’il fut alors trop sévère envers lui-même. En effet, le jour 
ou il parut à la tribune pour la première fois, le 24 mai 1819, la Chambre 
avaitas atuer sur la reprise des paiements en argent, proposée par M. Peel. 
ne se levaqu apres avoir été appelé hautement de toutes les parties de la 
salle; et son maiden speech, balbutié à force d’émotion, fit voir que l’orJ- 
teur ne serait pas au-dessous de l’écrivain, et que la tribune anglaise avait 
fait conquête d’un beau talent en même temps que d’un beau caractère Ses 
progrès, d’ailleurs, furent rapides ; il se familiarisa sans peine avec ces 
■ 
'"T"°" discours du rt avril 1823, 
celle il ^ électorale, il ne fut ni whig, ni radical. Sa tactique fut 
Et en ^ raison et non celle de son ambition ou de l’ambition des autres, 
mme cet homme de génie qui porte au front la triple auréole de l’o-
        <pb n="52" />
        XLVI 
ISOTICE SUR LA VIE ET LES ÉCRITS 
rateur, de l’écrivain, de l’homme d’Etat, et qui vient d’apprendre à la 
France que la lyre des bardes a des cordes pour les grandes théories poli 
tiques et sociales, comme pour les murmures les plus suaves de l’àme, il se 
réfugia dans son indépendance pour soutenir loyalement la vérité sur quel 
que banc qu’elle apparût. 
Nous laisserons à un disciple dévoué de Ricardo le soin de rel racer pieu- 
ement son caractère privé et ses derniers moments : 
« La constitution de Ricardo, sans être robuste, semblait lui promettre en 
core en 1822 une longue carrière. Il y avait, il est vrai, quelques années 
qu’il était sujet à un mal d’oreille; mais comme il n’en était jamais résulté 
d’inconvénients sérieux, il y faisait peu d’attention. A la clôture de la ses 
sion de 1823, de retour dans le comté de Gloucester à sa résidence de Gat- 
com-Park, il y compléta « le plan d’une Banque nationale, » dont on re 
trouva le manuscrit après sa mort, au milieu de notes dans lesquelles il ré 
futait quelques-unes des théories émises par Malthus, notes qu’on n’a jugées 
ni assez complètes ni assez importantes pour les publier. Au commence 
ment de septembre, il ressentit tout à coup une violente douleur dans l’o 
reille affectée. Les symptômes n’offrirent d’abord rien d’alarmant, et la rup 
ture d’un abcès amena un soulagement momentané; mais au bout de deux 
jours l’inflammation recommença, et après une agonie indicible, l’oppres 
sion du cerveau produisit une stupeur qui dura jusqu’à ce que la mort vint 
terminer ses souffrances, le 11 septembre. 
» Dans la vie privée, Ricardo était très-aimable; c’était un père, un mari 
plein d’indulgence et de bonté, un ami dévoué. Personne n’avait moins de 
prétention et ne sut mieux réunir la douceur à la fermeté 11 aimait surtout 
à réunir autour de lui les hommes de talent et à causer librement de toutes 
choses, et principalement de celles qui se liaient à sa science favorite. La 
découverte de la vérité était son seul objet, et son esprit se montra toujours 
accessible aux convictions éclairées et sages. Sa générosité marchait de pair 
avec son talent. Jamais il ne fit attendre ses secours aux malheureux : pres 
que toutes les institutions charitables de Londres le comptaient au nombre 
de leurs protecteurs, et il soutenait à ses frais un hospice et deux écoles 
dans le voisinage de sa résidence. » 
Tel fut l’homme dont nous avons examiné plus haut les fortes et géné 
reuses doctrines. On ne retrouve peut-être chez aucun écrivain un assem 
blage plus complet de facultés diverses ; et si Ricardo n’est pas de tous les 
économistes celui qui a résolu le plus de problèmes, c’est celui qui en a le 
plus remué, et jamais le redoutable dilemme du salaire et des profits , de 
¡a population et des'subsistances, du revenu et de l’impôt, n’ava t été posé 
d’une manière plus nette et plus saisissante. 
Les hommes et les événements donnent raison aujourd’hui aux préoccu 
pations des économistes et particulièrement à celles de Ri(îardo. Les peuples 
n’ont pas, comme les aristocrates et les monarchies, des blasons ni les 
séparent et des héritages à régler. Ils savent ou commencent à savoir one
        <pb n="53" />
        XI.VII 
DE DAVID DICARDO 
■ 
■ 
'on. nue lusnn’.ci, les émigmUons n'ont été trop souvent que des
        <pb n="54" />
        XI.V1II NOTICE SUR LA VIE ET LES ECRITS DE DAVID RICARDO, 
spéculations plus ou moins honnêtes, ou des remèdes violents appliques à 
des maux violents. Comme on ne peut pas ou on ne veut pus jeter les pau 
vres par-dessus bord, on les chasse au loin, sans souci de leur bien-être, 
de leur développement moral, et c’est ainsi que nous avons vu coloniser 
la Guyenne avec des maîtres de danse et des comédiens, et la Nouvelle- 
Hollande avec des bandits; mais le jour n’est pas loin, où, par la force 
des choses, le déplacement des races s’effectuera régulièrement et se trans 
formera en une conquête pacifique et permanente. Les nouvelles généia- 
tions dans leur épanouissement reproduiront alors le phénomène sublime 
de ces bananiers des Indes, dont les branches, courbées en arceaux, retom 
bent à terre, y prennent racine, et couvrent le sol d’un vaste bouquet d ar 
bres, de fruits et de fleurs issus d’un même germe. 
Telle est, d’ailleurs, la direction actuelle des esprits. Les hommes se ten 
dent les bras de toutes parts : les bateaux à vapeur ont transformé l’Océan 
en un lac qu’ils traversent d’un coup d’aile : et si l’E:conomie politique a 
quelque droit à la reconnaissance des peuples, cest pour avoir piéparé 
et conçu ces résultats majestueux. Elle s’est donné la mission de répan 
dre le bien-être à larges doses sur les populations, car^lle sait que la ci 
vilisation matérielle est la base nécessaire de la civilisation morale et in 
tellectuelle. C’est par la vie physique, en effet, que les sociétés plongent 
dans le sol, s’y assoient, et vouloir des arts et des institutions élevée avant 
la certitude de l’existence matérielle, c’est vouloir l’arbre sans les racines, les 
fleurs et les fruits sans le tronc, c’est vouloir tout simplement l’absurde.Or, 
cette existence assurée, digne, la science économique peut et veut l’octroyer 
au travailleur ; car elle donne la palme aux industries qui marchent en avant, 
aux réformes qui agrandissent la sphère du travail et élèvent conséquem 
ment la rémunération de l’ouvrier ; car elle vise à alléger les charges publi 
ques, à instaurer de toutes parts les idées de fraternité et de paix, à déve 
lopper le crédit, à multiplier les richesses par leur circulation rapide et li 
bre. C’est la dot qu’elle apportera à l’humanité le jour où on aura la bonne 
foi de ne plus la taxer d’impuissance en lui refusant les moyens de propa 
ger et de réaliser ses doctrines, comme un cerveau que 1 on paralyserait et à 
qui on dirait malicieusement de penser, de créer, de gouverner. 
Une science qui conçoit de telles oeuvres ne manque pas de grandeur 
à coup sûr, et il n’a été donné qu’à de rares intelligences de s’y faire une 
belle place. 
Ricardo fut du nombre de ces intelligences d’élite. 
Alcide Fü.nteyhald.
        <pb n="55" />
        PRÉFACE DE L’AUTEUR. 
iMfÊ 
I
        <pb n="56" />
        2 PRKFACE DE L’AUTEUR. 
semble, négligé beaucoup de vérités importantes, dont on ne peut ac 
quérir la connaissance qu’après avoir approfondi la nature de la rente. 
Pour combler ce vide, il faudrait, je le sais, avoir un talent bien supérieur 
au mien ; mais, après avoir médité profondément sur cette matière, après 
avoir profilé de tout ce qu’ont écrit les auteurs distingués déjà cités, et 
après le grand nombre de faits précieux que l’expérience des dernières an 
nées a fournis à la génération actuelle, j’ose espérer qu on ne me taxei a 
pas de présomption si je publie mon opinion sur les principes qui règlent 
les profits et les salaires, et sur l’influence des impôts. Si 1 on reconnaissait 
que ces principes, qui me paraissent vrais, le sont en effet, ce serait alors a 
d’autres écrivains plus habiles que moi à développer toutes les consequences 
qui en découlent. 
En combattant des opinions reçues, j’ai cru devoir plus particulièrement 
examiner certains passages des ouvrages d’Adam Smith qui ne s accordent 
pas avec ma manière devoir; j’espère néanmoins qu on ne me soupçonnera 
pas pour cela de ne point partager avec tous ceux qui reconnaissent 1 im 
portance de l’Économie politique , l’admiration si justement due à l’ou 
vrage profond de cet auteur célèbre. 
La même remarque est applicable aux excellents écrits de M. Say, qui 
a été le premier ou un des premiers parmi les écrivains du continent à sa 
voir apprécier et appliquer les principes de Smith, et qui, non-seulement, 
a fait plus que tous les auteurs étrangers pour inculquer aux nations de 
l’Europe les principes d’un système aussi lumineux qu utile, mais encore a 
réussi à disposer cette science dans un ordre plus méthodique et plus in 
structif en l’ènrichissant en même temps de recherches originales, exactes 
et profondes '. I.e cas que je fais des écrits de M. Say ne m’a cependant 
pas empêché d’examiner avec la franchise que les intérêts de la science 
exigent les passages de son Traité (VÉconomie politique qui nt s accoi dent 
pas avec mes opinions. 
1 Le cl,«pitre xv, liv. 1, des Débouchés, renferme surtout quelque.s principes très 
i inportants, que cet c'erivain distingué a, je crois, développés Icprciniei. 
(A"o/c de VAuteur.)
        <pb n="57" />
        ■ 
26 mars 1821, 
AVERTISSEMENT 
POUR LA TROISIÈME ÉDITION.
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        DES PRINCIPES 
DK 
L’ÉCONOMIE POLITIQUE 
ET DE E’imPÔT. 
CHAPITRE PREMIER. 
DE LA VALEUR. 
SECTION PREMIÈRE. 
Adam Smill, a remarqué que le mot Valeur a deux signifteations 
dilTercites, ut exprime, tm.tot l utilild d u» «l.jet queleonque, tantôt 
a faculté que cet objet lran.smctàcolui qui le possède, d’aclietcr d’au- 
tresmarehandises. Dat.suncasla valeorprendlenomdeoufeurenusase 
ou d utilité : dans l’autre celui de valeur en écliange.. Les choses dit 
• encore Adam Smith, qui ont le plus de valeur d’utilitô n’ont sou- 
" 'l'" "" Poi'it &lt;1» valeur érhangeahie ; landis que celles 
" ^1'" I’*““ 'l'’ faveur cchaiigeahie ont fort peu ou point de va- 
• leur d’ulilité. • L’eau et l’air, dont l’utilitii est si grande, et qui 
sont môme mdispensahlcs à l’existence de l’homme, ne peuvent ce- 
pendant, dans les cas ordinaires, ôtre donnés en whange pour d’au 
tres objets. L’or, au contraire, si peu utile en comparaison de l’air 
ou de I eau, peut être échangé contre une grande quantité de mar- 
chandises*. 
d' rr ici M. Ricardo, d’après Adam Smith, entre la valeur 
» t ité et la valeur échangeable, est fondamentale en économie politique.
        <pb n="60" />
        (5 PHLNCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
O, n’est donc pas l'ntilitë qui est la mesure de la valeur échangea 
ble, quoiqu’elle lui soit absolument essentielle. Si un objet n’était 
d’aucune utilité, ou, en d’autres termes, si nous ne pouvions le faire 
servir à nos jouissances, ou en tirer quelque avantage, il ne posséde 
rait aucune valeur éebangealde, quelle que lût d’ailleurs sa rareté, 
ou quantité de travail nécessaire pour l’acquérir. 
Les choses, une fois qu elles sont reconnues utiles par elles-mêmes. 
Peut-être aurait-il dû remarquer que celte dernière, la valeur échangeable, est. 
celle dont Smith s’est exclusivement occupé dans tout son ouvrage, et que c’est 
en cela que consiste le grand pas qu’il a fait faire à l’économie politique, à la 
science de toutes, peut-être, qui influe plus directement sur le sort des hommes. 
Eu effet, la Valeur, cette qualité abstraite par latpielle les choses deviennent des 
Richesses, ou des portions de richesses, était une qualité vague et arbitraire que 
chacun élevait ou abaissait à son gré, selon l’estime que chacun faisait de sa 
chose ; mais du moment qu’on a remarqué qu’il fallait que cette valeur fût re 
connue et avouée pour qu’elle devînt une richesse réelle, la science a eu des lors 
une base fixe • La valeur courante ou échangeable des choses, ce qu’on appelle 
leur prix courant, lorsque l’évaluation en est faite dans la monnaie du pays. En 
raisonnant sur cette valeur, sur ce qui la crée, sur ce qui l’altere, on n’a plus 
raisonné sur des abstractions, pas plus que deux héritiers, après avoir fait inven 
taire d’une succession, ne se partagent des abstractions. 
Je ne saurais m’empêcher de remarquer ici que cette nécessité de fixer la va 
leur des choses par la valeur qu’on peut obtenir en retour de ces mêmes choses, 
dans l’échange qu’on voudrait en faire, a détourné la plupart des écrivains du 
véritable objet des recherches économiques. On a considéré l’échange comme le 
fondement de la richesse sociale, tandis qu’il n’y ajoute effectivement rien. Deux 
valeurs qu’on échange entre elles, un boisseau de froment et une paire de ciseaux, 
ont été préalablement formées avant de s’échanger ; la richesse qui réside en 
elles existe préalablement à tout échange; et, bien que les échangés jouent un 
grand rôle dans l’économie sociale, bien qu’ils soient indispensables pour que les 
produits parv iennent jusqu’à leurs consommateurs, ce n’est point dans les échan 
gés mêmes que consiste la production ou la consommation des richesses. 11 y a 
beaucoup de richesses produites, et même distribuées sans échange effectif. 
Lorsqu’un gros cultivateur du Kentucky distribue à sa famille et à ses serv iteurs 
le froment de ses terres et la viande de ses troupeaux ; lorsiju il fait filer et tisser 
dans sa maison, pour son usage, les laines ou k coton de sa récolte, et qu il dis 
tile même des pêches pour faire sa boisson, lui et les siens produisent et con 
somment des richesses qui n’ont point subi d’échange. 
T,a v aleur échangeable d’une chose, même lorsque l’échange ne s’effectue pas, 
valeur vénale, c’est-à-dire la valeur qu’elle aurait dans le cas où l’on jugerait 
' nrooos de la vendre, suffit donc, même sans qu’aucune vente ait heu , pour 
constituer la richesse. C’est ainsi qu’un négociant connaît sa richesse par l’m- 
v«.niairp nii’il fait de son fonds), même sans avoir l’intention de le vendre. 
.l.-B. Sav.
        <pb n="61" />
        CHAP. I. — DE LA VALEUR. 
7 
tirent leur valeur échangeable de deux sources, de leur rareté, et de 
la quantité de travail nécessaire pour les acquérir. 
H y a des choses dont la valeur ne dépend que de leur rareté. ?iul 
travail ne pouvant en augmenter la quantité, leur valeur ne peut 
baisser par suite d’une plus grande abondance. Tels sont les tableaux 
précieux, les statues, les livres et les médailles rares, les vins d’une qua 
lité exquise, qu’on ne peut tirer que de certains terroirs très-peu éten 
dus, et dont il n’y a ])ar conséquent qu’une quantité très-bornée, enfin, 
une foule d’autres objets de même nature, dont la valeur est entière 
ment indépendante de la quantité de travail qui a été nécessaire à leur 
production première. Cette valeur dépend uniquement de la fortune 
des goûts et du caprice de ceux qui ont envie de posséder de tels objets. 
Ils ne forment cependant qu’une très-petite partie des marchan 
dises qu’on échange journellement. Le plus grand nombre des objets 
que l’on désire posséder étant le fruit de l’industrie, on peut les 
multiplier, non-sculemcnt dans un pays, mais dans plusieurs à un 
degré auquel il est presque impossible d'assigner des bornes, toutes 
les fois qu on voudra y consacrer l’industrie nécessaire pour les 
Quand donc nous parlons des marchandises, de leur valeur échan 
geable, et des principes qui règlent leurs prix relatifs, nous n’avons 
en vue que celles de ces marchandises dont la quantité peut s’accroî 
tre par 1 industrie de l’homme, dont la production est encouragée 
par la concurrence, et n’est contrariée par aucune entrave. 
Dans 1 enfance des sociétés la valeur échangeable des choses, ou 
la règle qui fixe la quantité que l’on doit donner d’un objet pour un 
autre, ne dépend que de la quantité comparative de travail qui a été 
employée à la production de chacun d’eux. 
« Lé prix réel de chaque chose, dit Adam Smith, ce qu’elle coûte 
» réellement à la personne qui a besoin de l’acquérir, est l’équivalent 
" (k la Pallie et de l’embarras qu’il a fallu pour l’acquérir. Ce que 
» chaipie chose vaut réellement pour celui qui l’a acquise, et qui 
&gt;&gt; cherche à en disposer, ou à l’échanger pour quelque autre objet, 
» c'est la peine et l’embarras que cette chose peut lui épargner, et 
» qu elle a le pouvoir de rejeter sur d’autres personnes. Le travail a 
» été le premier prix, la monnaie primitive avec laquelle tout a été 
« payé « Et dans un autre endroit il ajoute : « Dans cet état gros- 
* Smith, et, après lui, tous les écrivains anglais, confondent les mots travail et 
industrie. D’après l’analyse des travaux productifs qui fait partie de mon Traité
        <pb n="62" />
        8 
I'IIINCIPKS 1)1: I/ÉCONOMIE rOLITlQl’K. 
sier (les sociétés naissantes, (pii précède l’accumulation des capi 
taux, et l’appropriation des terres, le rapport entre la (quantité de 
» travail nécessaire pour acquérir chaque objet paraît la seule donnée 
» qui puisse conduire à poser une rèfçle pour l’échange des uns 
» contre les autres. Par exemple, si dans une nation de chasseurs il 
» en coûte ordinairement deux fois autant de travail ])our tuer un 
V castor que pour tuer un daim, on donnera naturellement deux 
» daims pour un castor, ou, en d’autres termes, un castor vaudra 
» deux daims. Il est tout simple (pie ce qui est d’ordinaire le [iroduit 
» de deux Journées ou de deux heures de travail, vaille le double de 
» ce qui n’exige ordinairement qu’un jour ou une heure de tra- 
&gt;&gt; vail \ » 
Il importe essentiellement en économie politique de savoir si telle 
est en réalité la hase de la valeur échangeable de toutes les choses, 
excepté de celles que l’industrie des hommes ne peut multiplier a 
volonté; car il n’est point de source d’où aient découlé autant d’er 
reurs, autant d’opinions diverses, ([ue du sens vague et peu précis 
qu’on attache au mot valeur. 
Si c’est la quantité de travail lixée dans une chose, qui règle sa 
valeur échangeable, il s’ensuit que toute augmentation dans la quan 
tité de ce travail doit nécessairement augmiMiter la valeur de l’objet 
auquel il a été employé ; et de même que toute diminution du même 
travail doit en diminuer le prix 
d’Ecommie politique, on voit que les travaux productifs sont ceux du savant qui 
étudie les lois de la nature, de Ventreprcncur d’industrie qui les applique à la 
satisfaction des besoins de l’homme, et de Vonvrier qui exécute le travail manuel 
qui résulte de l’indication des deux premiers. l e mot travail exprime imparfaite • 
ment toutes ces opérations, dont quelques-unes renferment des nisultats de ce 
qu’il y a de plus relevé dans l’intelligence humaine. C’est à leur ensemble qu’il 
convient de donner le nom d'industrie, pour réserver le nom de travail aux opé 
rations qui sont plus dépourvues de combinaisons. L’analyse des diverses opéra 
tions de l’industrie est d’autant plus nécessaire, qu’elles obtiennent, dans la dis 
tribution des valeurs produites par leur moyen, des rétributions très-diverses. 
.I.-B. Say. 
* Livre I, chap. 16, p. 65, édit. Guillaumin. 
1 M. Ricardo me semble à tort ne considérer ici qu’un des éléments de la valeur 
des choses, c’est-à-dire le travail, ou, pour parler plus exactement, l’étendue des 
sacrifices qu’il faut faire pour les produire. Il néglige le premier élément, le véri 
table fondement de la valeur, l’utilité. C’est l’utilité qui occasionne la demande 
qu’on fait d’une chose. D’un autre côté, le sacrifice qu’il faut faire pour qu’elle 
soit produite, en d’autres mots, ses frais de production font sa rareté, bornent la
        <pb n="63" />
        CIÎAP. I. — DK LA VALKIIH. 
9 
Adam Smith, après avoir détiiii avec tant de précision la source 
primitive de toute valeur échangeable, aurait dû, pour être consé 
quent, soutenir que tous les objets acquéraient plus ou moins de 
\aleur selon que leur production coûtait plus ou moins de travail, 
il a pourtant créé lui-mème une autre mesure de la valeur, et il parle 
de choses qui ont plus ou moins de valeur selon qu’on peut les échan 
ger contre plus ou moins de cette mesure, l’antôt il dit que c’est la 
valeur du blé, et tantôt il assure que c’est celle du travail ; non pas 
du travail dépensé dans la production d’une chose, mais de celui que 
cette chose peut acheter; — comme si c’étaient là deux expressions 
équivalentes, et comme si parce que le travail d’un homme est 
devenu deux fois plus ])roductif, et qu’il peut créer une quantité 
double d’un objet quelconque, il s’ensuivait qu’il doit obtenir en 
échange une double rétribution. 
Si cela était vrai, si la rétribution du travailleur était toujours 
proportionnée à sa production, il serait en effet exact de dire que la 
quantité de travail fixée dans la production d’une chose, et la quan- 
' U.t Tff """ »»'■• 'Kal'-S et rune „u 
du re mdiirmmmenl pourrait servir de mesure exacte pour les 
lluctuatious des autres objets. Mais ces deux ,,ua»titcs ue sout point 
ega es . a première est en effet très-souvent une mesure fixe qui in 
dique exactement la variation des prix des autres objets; la seconde, 
au contraire, éprouve autant de variations que les marchandises ou 
quantité fle cette chose qui s’offre à l’échange. Sa valeur s’élève d’ouiantpZu* 
quelle est plus demandée et moins offerte, et s’élève d’autant moin, qu’elle est 
moins demandée et plus offerte. Ce principe est fondamental en économie poli 
tique; il est confirmé par une expérience constante; il est expliqué par le raison 
nement. (Voyez mon Traité d'Economie politique , liv. II, chap. ,.) Ce ne sont 
donc pas les frais de production seuls, ce que M. Ricardo, d’après Smith, appelle 
e prix naturel d’une chose, qui règle sa valeur échangeable, son prix courant, 
‘ n veut exprimer cette valeur en monnaie. Lorsque les frais de production 
gmentent, pour que la valeur échangeable augmentât aussi, il faudrait que le 
rapport de I offre et de la demande restât le même; il faudrait que la demande 
ugmentât aussi; et il est de fait qu’elle diminue; il est impossible, toutes ces 
circonstances étant d’ailleurs les mêmes, qu’elle ne diminue pas. La valeur 
c langea e ne peut donc pas monter comme les frais de production. C’est pour 
’oir per u de vue ce fait constant, et par consequent ce principe fondamental, 
que M. Ricardo a été entraîné, je crois, dans quelques erreurs, que je prendrai 
3 1 erté de relever dans l’intérêt de la science, et sans m’écarter des égards 
que mérite I auteur par ses qualités personnelles autant que par ses talents. 
J.-B. SaY.
        <pb n="64" />
        jO PRINCIPES UE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
denrées avec lesquelles on peut la comparer. C’est ainsi qu’Adam 
Smith, aju’ès avoir, avec beaucoup de sagacité, démontré combien 
une mesure variable, telle ([ue l’or et l’argent, était insuffisante pour 
servir à déterminer le prix variable des autres objets, a lui-même 
cîccaiit nr\iir hlli 
iniA iTiPKiirp, tout aussi variable, en 
ou le travail'. 
L’or et l’argent sont sans doute sujets à des fluctuations de valeur 
par la découverte de mines nouvelles et ])lus riches, mais ces décou 
vertes sont rares, et leurs elTets, quoique importants, se bornent à t 
des époques d une durée comparativement courte. Leur \ aleur peut ¡, 
aussi éprouver des variations par l’eflêt des améliorations introduites 
dans l’exploitation des mines et dans les machines qui y sont cm- 
ployées, ces améliorations produisant avec le même travail plus de 
métal. Lniin l’épuisement graduel des mines qui fournissent les me- 
taux précieux, peut encore déterminer certaines fluctuations sur les j 
marchés. Mais est-il une seule de ces causes de fluctuation a laquelle 
le blé ne soit également sujet? Sa valeur ne varie-t-elle pas par les 
améliorations dans l’agriculture, dans les instruments aratoires, par le ' 
perfectionnement des machines, ainsi que par la découd erte de non 
veaux terrains fertiles, qui, livrés à la culture dans d autres pays, ne 
peuvent manquer d’influer sur le prix des grains dans tout marché 
où l’importation sera libre? D’ailleurs, le blé n’est-il pas sujet a 
hausser, par les probibitions, par l’accroissement des richesses et de 
la population, et par la difficulté plus grande d’extraire un plus tort 
approvisionnement de blé des mauvais terrains dont la culture exige 
beaucoup plus de travail “ ? 
■ I,a vérité est ,|ue la valeur des choses étant une qualité essentiellement varia 
ble d'un temps à un antre, d'un lieu à un autre , la valeur d une (fd -ce 
celle du travail) ne peut servir de mesure à la va eur une au re ^aàune 
n’est pour un' temps et pour un lieu donnés. C est pour ce a que, p 
======
        <pb n="65" />
        CHAP. 1. — DE LA VALEUR. 
H 
La valeur du travail n’est-elle pas également variable; et n’est-elle 
pas modifiée, ainsi que toutes choses, par le rapport entre l’offre et 
la demande, rapport qui varie sans cesse avec la situation du pays? 
n est-elle ])as encore affectée par le prix variable des subsistances et 
des objets de première nécessité, à l’achat desijuels l’ouvrier dépense 
son salaire? 
Dans un même pays, pour produire une quantité déterminée d’a 
liments ou d objets de ¡iremière nécessité, il faut peut-être dans un 
temps le double du travail qui aurait sufli dans une autre époque éloi 
gnée ; et il se peut néanmoins que les salaires des ouvriers ne soient 
que fort peu diminués. Si l’ouvrier recevait pour ses gagi^s, à la pre 
mière époque, une certaine quantité de nourriture et de denrées i] 
n’aurait probablement pu subsister si on la lui avait diminuée. Les 
substances alimentaires et les objets de première nécessité auraient 
dans ce oas, haussé de cent pour cent, en estimant leur valeur par la 
quantilé de travail néeessaire à leur produetinn, tandis que cette va- 
leur aurait à peine augmenté si on l’eût mesurée par la quantité de 
ra\ad contre laquelle s’echangeraient ces substances. 
remarque à l’égard de deux ou de plusieurs 
pajs. L on sait qu’en Amérique et en Pologne, sur Ic's dernières 
terrc's mises en culture, le travail d’une année donne plus de blé 
qu eu Angleterre. Or, en supposant que toutes les autres denrées 
soient dans les trois pays à aussi bon marché, ne serait-ce pas une 
grande erreur de conclure que la quantité de blé payée à l’ouvrier 
doit être dans chaque pays proportionnée à la facilité de la produc 
tion. 
Si la chaussure et les vêtememts de l’ouvrier pouvaient être fabri 
qués par des procédés nouveaux et perfectionnés, et exiger seule 
ment le quart du travail que leur fabrication demande actuellement, 
ils devraient baisser probablemcmt de soixante-quinze pour cent; mais 
loin de pouvoir dire que par là l’ouvrier au lieu d’un habit et d’une 
paire de souliers, en aura quatre, il est au contraire certain que son 
salaire, réglé par les effets de la concurrence et par l’accroissement 
de la population, se proportionnerait à la nouvelle valeur des denrées 
a acheter. Si de semblables perfectionnements s’étendaient à tous les 
a quantité demandée, restant la même, la valeur échangeable a dû rester la 
même aussi. Le blé est un produit qui, par sa présence, crée ses consommateurs, 
et qui par son absence les détruit. On n’en peut pas- dire autant de l’or. 
J.-B. Say.
        <pb n="66" />
        12 
PHINCIPKS DE I;Eí;()N0M1E poijtique. 
objets de consommation de l’ouvrier, son aisance se trouverait pro 
bablement augmentée, (juoique la valeur échangeable de ces objets, 
comparée à celle des objets dont la fabrication n’aurait éprouvé au 
cun perfectionnement remarquable, se trouvât considérablement 
réduite, et qu’on les obtint par une quantité bien moindre de tra 
vail. 
Il n’est donc pas exact de dire avec Adam Smitb ; « que puisque 
» le même travail peut quelquefois acheter une ])lus grande, et quel- 
&gt;' quefois une plus petite quantité de marcbandises, c’est la valeur 
» des marcbandises qui cbange, et non celle du travail. « Et par 
conséquent, « que la valeur du travail étant la seule qui soit inva- 
» riable, elle seule peut servir de mesure fondamentale et exacte au 
&gt;&gt; moyen de laquelle on puisse en tout temps et en tout lieu estimer 
» et comparer la valeur de toutes les denrées ou marcbandises. » Il 
est (xipendant exact de dire, ainsi que Smitb l’avait avancé aupara 
vant, « que les quantités proportionnelles de travail nécessaires pour 
&gt;&gt; obtenir chaque objet, paraissent offrir la seule donnée qui puisse 
» conduire à poser une règle pour l’échange des uns contre les au- 
» tres; » ou, en d’autres mots, que c’est la quantité com[)arative de 
denrées que le travail peut ])roduirc, qui détermine leur valeur re 
lative présente ou passée, et non les quantités comparatives de den 
rées (|u’on donne à l’ouvrier en échange, ou en paiement de son 
travail. 
Deux marchandises varient, je suppose, dans leur valeur relative, 
et nous désirons savoir celle qui a subi cette variation, cette transfor 
mation. En comparant l’une d’elfes avec des souliers, des bas, des 
chapeaux, du fer, du sucre et toutes les autres marchandises, on 
trouve que sa valeur échangeable est restée la même ; en comparant 
l’autre avec les memes objets nous trouvons, au contrains, que sa 
valeur échangeable a varié; cela seul nous autorise suflisamment à 
dire ([ue la variation porte sur cette marchandise déterminée et non 
sur tous les autres objets avec lesquels on l’a comparée. Si, en péné 
trant plus avant dans toutes les circonstances relatives à la produc 
tion de ces différents objets, nous reconnaissons qu’il faut la même 
quantité de travail et de ca])ital pour produire des souliers, des bas, 
des chapeaux, du fer, du sucre, etc. ; mais que la production de telle 
marchandise désignée est devenue moins coûteuse et moins lente, la 
probabilité se change en certitude. On peut dire alors hardiment que 
a variation de valeur retombe uniquement sur cette marchandise, et 
on découvre ainsi la cause de cette variation.
        <pb n="67" />
        13 
CHAP. 1. - DE LA VALEI IL 
Si je trouve qu’une once d’or s’échange pour une quantité moin 
dre de marchandise, et que, cependant, la découverte de mines nou 
velles et plus fertiles ou l’emploi de machines plus j)arfaites jiermet 
d obtenir une quantité déterminée d’or avec moins de travail, je 
suis autorisé à dire que les causes des variations de la valeur de 
1 or, relativement à celle des autres marchandises, sont, à ta fois, 
une économie de main d’œuvre et un travail plus facile, plus ra 
pide. De même, si le travail venait à haisser considérahlement de 
\alcur Ielativement aux autres objets, si l’on reconnaissait que cette 
baisse vient d’une abondance extrême de blé, de sucre, de bas, abon 
dance résultant de moyens de production ¡dus actifs, il serait exact 
de dire que le blé et les autres objets nécessaires à l’existence ont 
perdu de leur valeur par suite d’une diminution dans la quantité de 
travail consacré à les produire , et que ce que l’ouvrier gagne en se 
procurant plus facilement les moyens d’existence, il le perd par la 
baisse que subit bientôt le prix.de son travail. « Non, non, s’écrient 
aussitôt Adam Smith et M. Maltbus : &gt;ous aviez sans doute raison 
de dire, en parlant de l’or, que ses fluctuations se traduisent en réa 
lité par un abaissement de valeur, parce que ni le blé ni le travail n’a- 
&gt;aient encore varié; et de plus, comme l’or achèterait une moins 
grande quantité de denrées, on ¡loiivait en conclure hardiment que 
outes les denrees étaient restées invariables, et (¡ue l’or seul avait 
changé. IMais, lorsque le blé et le travail, — les deux choses que nous 
avons adoptées comme mesure des valeui-s, malgré toutes les Aaria- 
tions auxquelles nous les reconnaissons assujetties, — lorsque, dis-je, 
le blé et le travail baissent, on aurait tort d’en tirer les mêmes con 
clusions : pour être dans le vrai, il faudrait dire alors que le travail 
et le blé sont restés stationnaires en facit du renchérissement des au 
tres choses. 
Or, c’est précisément contre ce langage que je proteste. .le crois 
(|ue la cause des variations survenues entre le blé et les autres objets 
se trouve, comme ¡lour l’or, dans une écxmomie de main d’œuvre .’ 
aussi suis-je logiquement entraîné à considérer ces variations comme 
le résultat d’une baisse dans la valeur du travail et du blé, et non 
comme un renchérissement des choses contre lesquelles on les échange 
Supposons que je loue pour une semaine le travail d’un ouvrier, et 
(pi’au lieu de dix schillings je lui en donne seulement huit ; si, d’Lil- 
leurs, il n’est survenu aucune variation dans la valeur de l’argent, il se 
pourra que cet ouvrier obtienne avec son salaire réduit plus d’aliments 
et de vêtements qu’auparavant : mais ceci, il faut l’attribuer a un
        <pb n="68" />
        1.Í PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
abaissement dans la valeur des objets de consommation de l’ouvrier, 
et non, comme l’ont avancé Adam Smith et M. Malt bus, à une hausse 
réelle dans la valeur de son salaire. Kt pourtant, c’est pour avoir ca 
ractérisé ce fait, en disant qu’il constitue, au fond, une baisse dans 
la valeur du travail, (ju’on m’accuse d’avoir adopté un langage nou 
veau, inusité, et qu’on ne saurait concilier avec les véritables prin 
cipes de la science. Quant à moi, je crois que les termes inusités sont 
précisément ceux dont se servent mes adversaires. 
Admettons qu’un ouv rier reçoive par semaine un boisseau de blé 
à une époque où le prix du blé est de 80 scb. par quarter (2 b. 90 1} 
et que le prix descendant à 40 scb., on lui en donne un boisseau et 
un quart. Admettons encore qu’il consomme chaque semaine, dans 
sa famille, un demi-boisseau de blé, et qu’il échange le surplus contre 
d’autres objets, tels que le combustible , le savon, la chandelle, le 
thé, le sucre, le sel, etc., etc. ; si les trois quarts de boisseau qui lui 
resteront dans ce cas ne peuvent lui procurer autant de jouissan 
ces et de bien-être (|ue le demi-boisseau dont il disposait autre 
ment, dira-t-on encore que son travail a haussé de valeur? Adam 
Smith insiste sur cette hausse, parce que son critérium est le blé, et 
que l’ouvrier reçoit plus de blé par semaine : mais Adam Smith eût 
dù y voir, au contraire, une baisse, « paree (¡ne la valeur d une chose 
dépend de la faculté que transmet cette chose d’acheter les autres 
marchandises, » et que, dans l’hypothèse supposée, le travail a perdu 
de cette faculté. 
SECTION II 
La rénuinéralion accordée. A l’ouvrier varie suivant la nature du travail ; mais ce n est 
pas là une des causes qui font varier la valeur relative des dillérentes marchandises. 
Cependant, quoitjue je considère le travail comme la source de 
toute valeur, et sa quantité relative comme la mesure qui règle, pres 
que exclusivement la valeur relative des marchandises, il ne faut pas 
croire que je n’aie pas fait attention aux différentes espècos de travail 
et à la dilïiculté de comparer celui d’une heure ou d un jour consacré 
à un (certain genre d’industrie, avec un travail de la meme durée 
consacré à une autre production. Ta valeur de chaque espèce de tra 
vail est bientôt lixée, et elle l’est avec assez de précision pour satis 
faire aux nécessités de la ])ratique : elle dépend beaucoup de la 
dextérité comparative de l’ouvrier, et de l’activité avec laquelle il a 
travaillé. L’échelle conqiarative une fois établie, elle n est sujette
        <pb n="69" />
        CHAP. I. — DE LA VALEUR. iti 
qu’à peu de variations. Si la journée d’un ouvrier en bijouterie vaut 
plus que celle d’un ouvrier ordinaire, cette proportion reconnue et 
déterminée depuis longtemps conserve sa place dans l’échelle des 
valeurs \ 
Eu comparant donc la valeur d’un même objet à des époques dif 
férentes, on peut se dispenser d’avoir égard à l’habileté et à l’activité 
comparatives de l’ouvrier, car elles influent également auv deux 
époques. Des travaux de la même nature exécutés dans différents 
temps se comparent entre eux; et si un dixième, un cinquième ou un 
quart a été ajouté ou ôté à leur prix, il en résultera un effet propor 
tionné dans la valeur relative de l’objet. Si une ])ièce de drap valant 
actuellement deux pièces de toile, venait à valoir dans dix ans quatre 
pièces de toile, nous serions fondés à conclure en toute sécurité qu’il 
faut plus de travail pour fabriquer le drap, ou qu’il en faut moins 
pour faire de la toile, ou même que ces deux causes ont agi en même 
temps. 
Les recherches sur lesquelles je voudrais porter l’attention du lec 
teur, ajant pour objet l’effet produit par les variations survenues 
( ans la valeur relative des marchandises, et non dans leur valeur ab 
solue, il est peu important de com])arer les prix qu’on accorde aux 
differentes es])èces de travail. Dious pouvons présumer que le rapport 
entre les différents prix reste à peu près le même d’une génération 
' « Quoique le travail soit la mesure réelle de la valeur échangeable de toute 
» marchandise, ce n’est pas celle d’après laquelle on l’estime ordinairement. Il 
» est souvent difficile de déterminer la proportion qui existe entre deux diffé- 
» rentes quantités de travail. Le temps employé à exécuter deux différentes espèces 
» d ouvrage n’est pas toujours suffisant pour déterminer cette proportion, il faut 
» encore tenir compte des différents degrés de fatigue que l’ouvrier a endurée et 
*&gt; de la dextérité qu’il a montrée. Un travail violent d’une heure peut être beaucoup 
» plus pénible que celui de deux heures employées]à un ouvrage aisé; et il peut 
» y avoir beaucoup plus de travail dans une heure d’application à un métier qu’il 
» a fallu dix ans de peines pour apprendre, que dans un mois de travail appliqué 
» à luie occupation ordinaire et aisée. Mais il n’est point aisé de trouver une me- 
» sure exacte du degré de fatigue ou de dextérité. 11 est vrai qu’en échangeant les 
« différents produits de diltérentes sortes de travail les uns contre les autres, on 
" lient compte ordinairement jusqu’il un certain point. Cependant cela ne se 
» règle pas par une mesure exacte, et n’est que le résultat du débat entre le ven- 
» deur qui exige et l’acheteur qui marchande, et qui se décide d’après cette espèce 
» d égalité approximative, qui, quoiqu’inexacte, suffit cependant dans les Irans- 
» actions ordinaires de la vie. » Richesse des Nations ,\i\. 1, chap, 10. (Edit. 
Guillaumin.)
        <pb n="70" />
        PRINCIPES DE L’Economie politique.’ 
à l’autre, ou au moins que les variations qu’ils éprouvent d’une 
année à l’autre sont peu sensibles, quelque inégalité qui ait pu s’y 
trouver dans l’origine, et quels que soient la capacité, l’adresse ou le 
temps nécessaires pour acquérir la dextérité manuelle dans les diffé 
rentes branches de l’industrie. Ces légères variations ne sauraient 
donc avoir, à des époques rapprochées, aucun effet notable sur la 
valeur relative des choses. 
« Le rapport entre les taux différents des salaires et des profits dans 
.. les différents emplois du travail et des capitaux, ne paraît pas être 
» modifié d’une manière sensible, ainsi que nous l’avons déjà remar- 
» qué, par la richesse ou la misère, ni par les progrès ou la décadence 
» des sociétés. De telles révolutions dans l’Ltat doivent, en effet, in- 
» Huer sur le taux général des salaires et des profits, mais elles fiiiis- 
» sent par modifier également les uns et les autres dans tous leurs 
» différents emplois. Leurs rapports mutuels doivent donc rester les 
» mêmes, et peuvent à peine subir une grande variation tant soit peu 
» durable *, par la suite de semblables révolutions. » 
SECTION ni. 
La valeur des marchandises se trouve modifiée, non-seulement par le travail immédiate 
ment appliqué à leur production , mais encore par le travail consacré aux outils, aux 
machines, aux bAtiments qui servent à les créer. 
Même dans cet état primitif des sociétés dont il est question dans 
Adam Smith, le chasseur sauvage a besoin d’un capital quelconque, 
créé peut-être par lui-même cl qui lui permette de tuer le gibier. 
S’il n’avait aucune espèce d’arme ollensive, comment lucrait-il un 
castor ou un daim? La valeur de ces animaux se conqioserait donc 
d’abord du Icnqis et du travail employés à leur destruction, et ensuite 
du temps et du travail nécessaires au chasseur pour acquérir son ca 
pital, c’est-à-dire l’arme dont il s’est servi. 
Sujvposons que l’arme propre à tuer le (castor exige, pour sa fa 
brication, beaucoup plus de travail que celle qui suffit pour tuer le 
daim, en raison de la difliculté jilus grande d’approcher du premier 
de ces animaux, et de la nécessité d’être par conséquent muni d’une 
arme propre à porter un coup assuré. Dans ce cas, il est probable 
qu’un castor vaudra plus que deux daims, précisément parce que, tout 
considéré, il faudra plus de travail pour tuer le premier. 
• JUichesse des Nations, V\\. I, chap. 10.
        <pb n="71" />
        CHAP. I. — DE EA VALEUR. \1 
Tous les instruments nécessaires pour tuer les castors et les daims 
pourraient aussi n’appartenir qu’à une seule classe d’hommes, une 
autre classe se chargeant du travail de la chasse; mais leur prix com 
paratif serait toujours j)roportionné au travail employé, soit pour se 
procurer le capital, soit pour tuer ces animaux. Que les capitaux 
tussent abondants ou rares par rapport au travail ; qu’il y eût abon 
dance ou disette des aliments et autres objets de première nécessité, 
les personnes qui auraient consacré une valeur égale de capital à un 
de ces deux emplois, pourraient retirer une moitié, un quart, ou un 
huitième du produit, le reste servant de salaire à ceux qui au 
raient fourni leur travail. Mais cette division d’intérêts ne saurait 
affecter la valeur réelle des produits ; en effet, soit que les profits du 
capital s’élèv ent à cinquante, à vingt, ou à dix pour cent, soit que les 
salaires des ouvriers s’élèvent ou s’abaissent, l’effet en sera le même 
dans les deux emplois différents. 
Qu’on suppose les occu])ations de la société plus étendues, en sorte 
que les uns fournissent les canots, les filets et les appareils néces 
saires a la pêche; et les autres, les semences et les instruments gros 
siers ( ont on se sert en commençant une culture: il sera toujours vrai 
f e ire cependant que la valeur échangeable des objets produits est 
proportionnée au travail employé à leur production, et je ne dis pas 
seulement a leur production immédiate, mais encore à la fabrication 
des instruments et machines nécessaires à l’industrie qui les pro 
duit. 
Si nous envisageons^un état de société encore plus avancé, où les 
arts et le commerce fleurissent, nous verrons que c’est toujours le même 
principe qui détermine les variations dans la valeur des marchandises. 
Eli estimant, par exemjile, la valeur échangeable des bas de coton^ 
nous verrous qu’elle dépend de la totalité du travail nécessaire pour 
les fabriquer et les porter au marché. Il y a d’abord le travail néces 
saire a la culture de la terre où l’on a récolté le coton brut; puis celui 
qui a servi à le transporter dans le pays où l’on doit fabriquer les bas, 
et qui comprend une partie du travail employé à la construction 
du navire qui doit porter le coton, et qui est payé dans le fret des 
marchandises. Puis, vient le travail du iileur ef du tisserand, 
et une [lartie de celui de l’ingénieur, du serrurier, du charpentier, 
qui ont construit les bâtiments et les machines; enfin les services du 
détaillant et de plusieurs autres personnes qu’il serait inutile d’énu- 
uiérer. La somme totale de toutes ces sortes de travaux détermine la 
quantité des divers objets qui doit être échangée contre ces bas; et 
2
        <pb n="72" />
        ,8 PRINCIPES DE L'ÉCONOMIE POI.ITIQIE. 
une pareille eslimatioi. (le lout le travail emplojé à la preduetimi (le 
ees objets euv-mèmes, iTglera également la (|uantité qui doit en cire 
donnée pour les bas ’• , . , * . 
Pour nous eoiivainerc que c'est lit le foudemeut reel de loiile va 
leur écbaugeable, supposons qu'il ait élé fait un perlectiouuenieul 
qui al)r(ige le Iravail dans une des dilVéreiites opéralious (|ue le eotou 
brui doit subir, avant que des bas de colon piiisseid ('Ire apporles au 
niart lié pour être éehaugés eouire d'aulres objels; etidiservousqui s 
eu seraient leselVets. S'il fallait elfeclivenieut moins de bras pour cul 
tiver le coton et pour le recoller; si l’on emplojait moins de mate 
lots pour manœuvrer, ou moins de eliarpentiers pour construire le 
navire qui doit nous le porler; si moins de personnes étaient em- 
plovées il eoustruii-e les biltimenis et les machines; ou si apres leur 
construction on en augmentait la puissance, les bas baisseraient in 
failliblement de pris, et pareons((quent on ne pourrait plus les écban- 
I M Ricardo paraît n’avoir pas compris là-dedans les prolits ou l’interct des 
r-r,st:r:',:=.rÄ'Ä^ 
lorsque tous ces travaux, dis-je, font partie du prix des bas, il n y a encore rien 
dans ce prix pour paver rusage des différentes portions de capitaux qui ont servi 
durant l’exercice de tous ces travaux. Kt remarquez bien que lorsque je dis u- 
sagedes capitaux, je ne veux pas dire seulement leur deterioration, la depe 
nécessaire pour conserver aux instruments aratoires, aux navires, aux macb^ , 
leur entière valeur. Je supposé qu'il n'y a nulle détérioration dans la valeur capi 
tale, et que les fonds qui ont servi dans ce commerce et dans . 
tures sont, après la production, en raison de 1 entretien et e a res ai . 
valeurs employées, égaux à ce qu’ils étaient lorsqu on a entrepris le e pro 
tion. Je dis que l’intérêt de ce capital n’est point encore payé mdependaminenl 
de l’acquittement de tous ces frais ; il faut nécessairement que cette production 
paie le profa ou l'inlérét de ces mêmes capitaux, et par consequent que 1 mtcrel 
du capital fasse partie du prix des cboses produites. On en peut dire autan u 
revenu des propriétaires fonciers ( rent o//anrf ). ^ . 
Par suite,M . Ricardo ne comprend point, dans ce qu’il nomme, d’apres Smith, 
le prix naturel des cboses, ni l’intérêt du capital, ni les profits du tonds e terre 
qui ont concouru à leur production Cependant le concours du fonds capital et 
du fonds de terre est tout aussi indispensable pour la production que le con 
cours des facultés industrielles ; les propriétaires des facultés productives du ca 
pital et des terres ne fournissent pas gratuitement ce concours, puisque 1 un re- 
Wre un intérêt et l’autre un fermage. Cet intérêt et ce fermage font bien 
nécessairement partie du prix (les produits, puisque les frais de production ne 
peuvent être pavés qu’avec le prix des produits qui en résultent. - J -U. Say.
        <pb n="73" />
        CHAI*. I. - DE l.A VALEUI5. &lt;î) 
que pour une moindre quantiU* d’autivs objets. Ils baisseraient 
de prix, parexi qu’une moindre portion de travail suflirait pour les 
produire, et ils ne pourraient plus être donnés en échange que pour 
une quantité moindre d’articles dans la fabrication desquels il ne se 
serait point opéré une pareille économie de main-d’œuvre. 
Lue économie dans le travail ne manque jamais de faire baisser la 
valeur relative d une marchandise, —que cette économie porte suj' le 
travail nécessaire à la fabrication de l’objet même, ou bien sur le 
ti avail nécessaire à la formation du capital employé dans cette pro 
duction. Qu il y ait moins de blanchisseurs, de iileurs et de tisse 
rands directement employés à la fabrication des bas, ou moins de 
matelots, de charretiers, d’ingénieurs, de forgerons occupés indirec 
tement à la même production : dans Tun et l’autre cas, le prix devra 
baisser. Dans le premier, toute l’économie de travail porterait entiè 
rement sur les bas auxquels cette portion de travail était unique 
ment consacrée; dans le second, une partie seulement de cette énar- 
Kue porterait sur les bas, -l’autre retombant sur tous les autres 
o.jasa apioducUon dcsíjuels coiilribuaieiit hs bàlimeiits, Us lua- 
Chines et les moyens de transport. 
Il \ société peu avancé les ares et les 
cc les duebassiMir aient une valeur et une durée pareilles à celles du 
‘•anot et des instruments du pêebeur, — les uns et les autres étant, 
ailleurs, le produit de la même quantiW de travail. Dans un tel 
état de choses, la valeur du gibier, produit de la journée de travail 
du chasseur, sera exactement la même que celle du jioisson pris pal 
le peebeur dans sa journée. I^e rapport entre la valeur du poisson et 
ci lle du gibier se trouvera entièrement déterminé par la quantité de 
travail dépensé pour se procurer l’un et l’autre, quelle que soit la 
quantité de ebaeuii des produits, et indépendamment du taux plus 
ou moins élevé des salaires ou des jirolits en général. Si, par exem 
ple le pêcheur avait un canot et des instruments de pêche pouvant du- 
i*er dix ans, et ayant une valeur de 100 liv. st. ; s’il employait dix 
hommes dont le salaire serait de 100 liv. st. et dont le travail donnerait 
iliaque jour vingt saumons ; si, d’un autre côté, le chasseur, possé 
dant des armes d une égale valeur et d’une égale durée, employait 
aussi dix hommes dont le salaire serait de 100 liv. st. et dont le travail 
lui procurerait dix daims par jour, le prix naturel d’un daim devrait 
être de deux saunions,—que la jiortion du produit total aeeoidée aux 
travailleurs qui l'ont pris fut, d’ailleurs, grande ou petite. Ja pro 
portioii de ce ipii a pu être payé eomme salaire esl de la jilus haute
        <pb n="74" />
        gß principes de ¡.’économie politique. 
importance pour la question des prolits; car il est évident qu’ils doi 
vent être forts on faibles selon que les salaires sont eleves ou a bas 
nriv • mais cela ne peut nullement affecter la valeur relative du pois 
son et du gibier, le prix des journées devant être au même taux dans 
les deux genres d’industrie. Dans le cas où le chasseur voudrait exi 
ger que le pêcheur lui doniiiil plus de poisson pour chaque pièce de 
gibier, en alléguant qu’il a dépensé une plus grande partie de sa 
cha.sse, ou de ce que vaut sa chasse, pour payer les journées de ses 
chasseurs, le pêcheur lui répondrait qu’il se trouve précisément dans 
le même cas. Par conséquent tant qu’une journée de travail continuera 
à donner à l’un la même quantité de poisson, à l’autre la même quan 
tité de gibier, létaux naturel de l’échange sera de un daim pour deux 
saumons, quelles que soient d’ailleurs les variations de salaires étalé 
profits et I accumulation du capital. 
Si avec le même travail on obtenait moins de poisson ou plus de 
gibier, la valeur du premier hausserait par rapport à celle du second. 
Si, au contraire, on prenait avec le même travail moins de gibier ou 
plus de poisson, le gibier renchérirait par rapport au poisson. 
S’il existait quelque autre objet d’échange dont la valeur lut ima 
riable, et que l’on pût se procurer dans tous les temps et dans toutes 
les circonstances avec la même (piantité de travail, nous pourrions, 
en comparant à cette valeur celle du poisson et du gibier, déterminer 
avec précision quelle portion de cette inégalité doit être attribuée a la 
cause qui change la valeur du poisson , et quelle portion à la cause 
qui change la valeur du gibier. 
Supposons que l’argent soit cette mesure invariable. Si un saumon 
vaut une livre sterling, et un daim deux livres, un daim vaudra deux 
saumons; mais un daim pourra acipiérir la valeur de trois saumons, 
!■&gt; dans le cas où il faudrait plus de travail pour se rendre maître 
des daims; 2“ dans le cas où il faudrait moins de travail pour pêcher 
du saumon; 3° dans le cas où ces deux causes agiraient simultané 
ment. Si une pareille mesure, invariable, lidèle, existait, on poni 
rait aisément évaluer l’effet de chacune de ces causes. Si le saumon 
continuait à se vendre au prix d’une li\re sterling, tandis que le daim 
en vaudrait trois, nous pourrions conclure qu’il faut plus de travail 
pour se procurer des daims. Si les daims restaient au prix de 2 liv. st. 
pendant que le saumon aurait baissé à 13 s. i d., il faudrait certai 
nement en conclure que moins de travail est nécessaire pour avoir 
du saumon; et si le prix des daims haussait à 2 liv. 10 s., le sau 
mon baissant à IGs. 8 d., nous devrions en conclure que les deux
        <pb n="75" />
        CHAP. I. — DE LA VALEUR. , 21 
causes ont opéré conjointement pour produire ce changement dans 
la valeur relative de ces deux objets. 
Il n’est pas de variations dans les salaires de l’ouvrier qui puis 
sent influer sur la valeur relative des marchandises, car, en suppo 
sant même qu’ils s’élèvent, il ne s’ensuit pas que ces objets doivent 
exiger plus de travail. Seulement, ce travail se paiera plus cher, et les 
mêmes motifs qui ont engagé le chasseur et le pêcheur à hausser le 
prix du gibier et dp poisson, détermineront le propriétaire d’une 
mine à élever la \aleur de son or. Ces motifs agissant avec la même 
force sur tous les trois, et la situation relative des trois personnes 
étant la même avant et après l’augmentation des salaires, la valeur 
relative du gibier, du poisson et de l’or n’auront éprouvé aucun 
changement. Les salaires pourraient monter de 20 pour cent, les 
profits diminuant par conséquent dans une proportion plus ou moins 
grande, sans causer le moindre changement dans la valeur relative 
de ces marchandises. 
Supposons maintenant qu’avec le même travail et le même capital 
on pût avoir plus de poisson, mais non pas plus d’or ou de gibier; 
dans ce cas, la valeur relative du poisson tomberait par rapport à 
celle de l’or ou du gibier. Si, au lieu de vingt saumons le travail d’un 
jour en rapportait vingt-cinq, le prix d’un saumon serait de 16 shel 
lings au lieu de 1 livre sterling, et deux saumons et demi, au lieu de 
deux, seraient donnés en échange contre un daim; mais le prix des 
daims se maintiendrait toujours à 2 liv. comme auparavant. Pareil 
lement, si avec le même capital et le même travail on n’obtenait plus 
autant de poisson, sa valeur comparative hausserait alors, et le pois 
son augmenterait ou diminuerait de valeur échangeable, en raison 
seulemenl du plus ou moins de travail nécessaire pour en avoir 
uiKi (juantité déterminée; mais jamais cette hausæ ou cette baisse ne 
pourrait dépasser le rapport de l’augmentation ou de la diminution 
du travail nécessaire. 
Si nous possédions une mesure fixe, au moyen de latpielle on pût 
estimer les variations dans les prix des marchandises, nous verrions 
qu( la dei nière limite de la hausse est en raison de la quantité addi 
tionnelle de travail nécessaire a leur production ; et que cette hausse 
ne peut provenir que d’une production qui exige plus de travail. 
Lue hausse dans les salaires n’augmenterait point le prix des mar 
chandises en argent, ni même leur prix relativement à ces mar 
chandises, dont la production n’exigerait pas une augmentation de 
travail, au de capital fixe et circulant. Si la production d’un de ces
        <pb n="76" />
        -t, I' 
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22 imiNCiPKs i&gt;K i;k(:on()Mik POLinyUK. 
objets exigeait plus ou moins de travail, nous avons déjà montré que 
cela eauserait à l'instant un ehangement dans sa valeur relative; 
mais ee changement serait dù à la variation survenue dans la quan 
tité de travail nécessaire, et non à la hausse des salaires. 
SECTION IV. 
I/cmploî des machines et des capiUmx fixes modifie considôrablemcnl le]principe qui 
veut que la quantité de travail consacrée à la production des marchandises détermine 
leur valeur relative. 
Dans la précédente section, nous avons admis que les instruments 
et les armes nécessaires pour tuer le daim et le saumon avaient une 
durée égale, et étaient le résultat de la même quantité de travail. 
Nous avons reconnu en même temps que les variations dans la valeur 
relative du daim et du saumon dépendaient uniquement des differen 
tes quantités de travail consacrées à les obtenir ; mais à tous les âges 
de la société les instruments, les outils, les bâtiments, les machines 
employés dans différentes industries peuvent varier (juant à leur 
durée et aux différentes portions de travail consacrées à les produire. 
De même les proportions dans lesquelles peuvent être mélangés les , 
capitaux qui paient le travail, et ceux engagés sous forme d’outils, 
de machines, de bâtiments, varient à l'inlini. Cette différence dans 
le degré de persistance des capitaux fixes, et cette variété dans les 
proportions, où ils peuvent être combinés avec les capitaux engagés, 
font apparaître ici une nouvelle cause propre à déterminer les varia 
tions survenues dans la valeur relative des marchandises. (,ette eaust', 
qui se joint à la somme de travail consacrée à la production des 
marchandises, est rabaissement ou I elevation de la xaleurdu lia- 
vail. 
Ea nourriture et les vêtements qui servent a I ouvrier, les bâtiments 
dans lesquels il travaille, les outils qui facilitent son travail sont tous 
d une nature périssable. Et cependant il existe des dillerences énoi- 
mes dans le degré de permanence de ces divers capitaux, l’ne ma 
chine à vapeur durera plus longtemps (pi'un vaisseau, un vaisseau 
plus que les vêtements d’un ouvrier, ces vêtements eux-memes au 
ront une durée considérable, relativement à celle de la nourriture 
(pi’il consomme. 
Suivant (pie le capital disparait rapidement et exige un renmivel- 
lement perpétuel, ou (pTil se consomme lentement, on le divise en
        <pb n="77" />
        23 
CHAP I. — I)K LA VALKI R. 
deux catégories (|ui soul : le capital lixc et le capital eireiilant l u 
brasseur dont les bâtiments et les macbines ont une valeur et une du 
rée notables, est considéré comme employant une grande quantité de 
capital fixe. Au contraire, uii cordonnier dont le capital se dissipe 
principalement en salaires qui servent à procurer à l’ouvrier sa nour 
riture, 8(m logement et d’autres marcbaudises moins durables que les 
bâtiments et les macbines, ce cordonnier est considéré comme em 
ployant une grande partie de ses capitaux sous forme de capital cir 
culant. 
11 laut encore observer que le capital non engagé peut rester plus 
ou moins longtemps dans la circulation, avant de rentrer aux mains 
du chef d’industrie. Ainsi, le blé que le fermier acbète pour semer 
ses cbamps est un capital fixe, comparativement au blé qu’aebète le 
boulanger pour faire son pain. Le premier le dépose dans la terre, et 
ne l’en retire (pi’au bout d’un an; le second peut le faire moudre, le 
vendre aux consommateurs sous forme de pain, retrouver tout 
entier son capital au bout d’une semaine, et le consacrer à d’autres 
productions. 
Il peut donc arriver que deux industries emjdoient la même somme 
de ( apital ; mais ce capital peut aussi se diviser d’une manière très- 
dilién'nte sous le rapport de la portion engagée et de la portion qui 
circule. Dans une de ces industries, on peut n’employer qu’une faible 
traction de capital sous forme de salaire, c’est-à-dire comme fonds 
eircnlanl : le reste peut avoir été converti en macbines, instruments, 
InUiinents, tontes choses qui constituent un capital comparativement 
fixe et durable. Dans une autre industrie, au contrain-, la plus grande 
partie du capital sera peut-être consacrée à défrayer le travail, le reste 
servant a I achat des bâtiments, des instruments et des macbines. Il 
est évident, dès lors, qu’une hausse dans les salaires intluera d’une 
manière bien diItérente sur les marchandises, selon qu elles auront 
été produites sous telles et telles conditions. 
Il y a plus. Deux manufacturiers peuvent employer la même 
somme de capital fixe et de capital circulant, et cependant avoir un 
capital fixe d une durée très-inégale. L’un peut avoir des machines à 
vapeur contant l(),00(t liv. st. l’autre des vaisseaux de la même 
valeur. 
’ Division peu essentielle et qu’il est d’ailleurs diflicile d’établir d’une manière 
bien nette.
        <pb n="78" />
        U PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Si les hommes,-privés de machines, produisaient par le seul effort 
de leur travail, et consacraient à la création des marchandises qu’ils 
jettent sur le marché, le même temps, les mêmes efforts, la valeur 
échangeable de ces marchandises serait précisément en proportion 
de la fquantité de travail emplovée. 
De même, s’ils employaient un capital fixe de même valeur et de 
même durée, le prix des marchandises produites serait le même, et 
varierait seulement en raison de la somme de travail plus ou moins 
grande consacrée à leur production. 
Tout ceci est |)arfaitemcnt démontré pour les marchandises produi 
tes dans des circonstances semblables. Celles-ci ne \arieront, relati 
vement les unes aux autres, que dans le rapport de l ’accroissement ou 
de la diminution du travail nécessaire pour les produire. Mais, si on 
les compare' avec d autres marchandises qui n auraient pas été créées 
avec la même somme de capital fixe, on voit (ju’cllcs subissent l’in 
fluence de l’autre cause que j’ai énoncée, et qui est une hausse dans la 
valeur du travail : et cela, alors même que l’on aurait consacré a 
leur production la même somme d’efforts. L’orge et l’avoine conti 
nueront, quelles que soient lesM ariat ions survenues dans les salaires, 
à conserver entre elles les mêmes rapports. Il en sera de même pour 
les étoffes de coton et de laine, si elles ont été produites dans des cir 
constances identiques; mais une hausse ou une baisse des salaires 
survenant, l’orge pourra valoir plus ou moins, relativement aux 
étoffes de coton, et l’avoine, relativement aux draps. 
Supposons que deux individus emploient chacun annuellement cent 
hommes à construire deux machines, etcpi’un troisième individu em 
ploie le même nombre d’ouvriers à cultiver du blé : chacune des deux 
machines vaudra, au bout de l’année, autant (pie le blé récolté, parce 
que chacune aura été produite par la même ipiantité de travail. 
Supposons maintenant que le propriétaire d’une des machines l’em 
ploie, avec le secours de cent ouv riers, à fahriipier du drap, et (juc 
le pro])riétaire de l’autre machine l’appliipie, avec le imhne nombre 
de bras, à la production di* col on nadéis ; le fermier continuant de son 
côté à faire cultiver du blé à ses cent ouvriers. A la seconde année 
il se trouvera qu’ils auront tous utilisé la même somme de travail : 
mais les marchandises et les machines du fabricant de cotons et du 
fabricant de draps seront le résultat du travail de deux cents hommes 
pendant un an ou de cent hommes pendant deux ans. Le blé, au con 
traire, n’aura exigé ((uc les efforts de cent ouvriers pendant un an; de 
sorte que, si le blé a une valeur de 500 liv. st., les machines et les pro-
        <pb n="79" />
        2^ 
CHAP. I. — HE EA VAEEl U. 
duits créés ])ar les deux manufacturiers devront avoir une valeur 
double. Cette valeur sera même de plus du double, car le fabricant de 
eotonnades et le fabrieant de draps auront tous deux ajouté a leur 
eapital les profits de la première année, tandis que le fermier aura 
consommé les siens. Il arrivera donc, qu’à raison de la durée plus ou 
moins grande des capitaux, ou, ce qui revient au même, en raison du 
temps qui doit s’écouler avant que les différentes espèces de marchan 
dises puissent être amenées sur le marché, leur, valeur ne sera pas 
exactement proportionnelle à la (juautite de travail qui aura servi à 
les produire. Cette valeur dépassera un peu le rapport de deux à un, 
âfin de compenser ainsi le surcroît de temps qui doit s écouler avant 
que le produit le plus cher puisse être mis en vente. 
Supposons que le travail de chaque ouvrier coûte annuellement 
SO liv. st., ou que le capital engagé soit de 500 liv. st., et les profits 
de 10 pour cent, la valeur de chacune des maehines, ainsi que celle 
du blé, sera au bout de l’année de 5,500 liv. st. ha seconde année, 
l«s manufacturiers et le fabricant emploieront encore 500 liv. st. 
chacun eu salaires, et vendront par conséquent encore leurs mar- 
'•‘landiscs au prix de 5,500 liv. st. Mais, pour être de pair avec le 
firmier, les fabricants ue devaient pas seulement obtenir 5,o00 liv. st. 
retour des 5,000 liv. st. emplovées à rémunérer du travail : il leur 
audrft recueillir de plus une somme de 550 liv. st., a titre d intérêts, 
5,500 liv. st. qu’ils ont dépensées eu machines, et leurs mar- 
^•»iandis(&gt;s devrout donc leur rapporter 0,050 liv. st. On voit donc ainsi 
O^des capitalistes peuvent consacrer annuellement la même quan- 
travail à produire des marchandises, sans que ces mêmes mar- 
J Oandises aient la même valeur, et cela, eu raison des différentes quan- 
des de eai)itaux fixes et de travail, accumulés dans chacune d’elles, 
‘f'^rapet les cotonnades ont la même valeur, parce (ju’ils résultent 
« »«c même somme de travail et de capital engagé. Le blé diffère de 
parce qu’il a été produit dans des conditions autres. . 
dira-t on, comment une hausse dans les salaires pourra-t^lle 
«nfluer sur leur valeur relative’/ Il est évident que le rapport entre le 
‘iï’ap et les cotonnades ne variera pas, car, dans l’hypothèse admise, 
q^'i atteint l’nn atteint également l’autre. De même, la valeur rela 
tive du blé et de l’or ue changera pas, parce que ces deux denrees 
sont produites dans des conditions identiques, sous le double rapport 
capital fixe et du capital circulant : mais le rapport qui existe entre 
le blé et le drap ou les cotonnades devra nécessairement se mo i ler 
sousl influence d’une hausse dans le prix du travail.
        <pb n="80" />
        2«) 
l'llINCIPKS Mí IMXJTigl K 
route augmentation de salaire entraîne néeessaireinent une baisse 
dans les |)rolits. Ainsi, si le blé doit être réparti entre le fermier et 
l’ouvrier, plus grande sera la ])ortionde celui ei, plus petite sera celle 
du premier. De même, si le drap ou les étoffes de coton se divisent 
entre l’ouvrier et le capitaliste, la part du dernier ne s'accroîtra qu’aux 
dépens de celle du premier. Su])posons, dès lors, que, grace a une 
augmentation de salaires, les profits tombent de 10 a 0 poui cent; au 
lieu d’ajouter au prix moyeu de leurs marebandises, et, pour les j)roiits 
de leur capital fixe, une somme de 550 liv. st., les manufaituiitrs y 
ajouteront 105 liv. st. seulement, ce qui portera le prix de vente à 
5,005 liv. st., au lieu de 0,050 liv . st. Mais comme le prix du blé res 
terait à 5,500 liv. st., les produits manufacturés, où il entre une plus 
grande somme de capitaux fixes, baisseraient relativement au bb ou 
à toute autre denrée, l/importaneo des variations qui surviennent 
dans la valeur relative des marebandises par suite d une augmt n tat ion 
de salaires, dépendrait alors de la proportion qui existerait entn le 
capital fixe et la totalité des frais de production, l’outes les marchan 
dises produites au moyen de machines perfectionnées, dans des bA- 
timents* coûteux et habilement construits, toutes celles, en d’autres 
termes, qui exigent beaucoup de temps et d'efforts avant de pouvoir 
être livrées sur le marché, perdraient de leur valeur relative, tandis 
que celles qui, produites uniquement, ou prineipalement, avec du tra 
vail, peuvent être rapidement jetées dans la circulation, augmente 
raient de valeur. 
Le lecteur remarquera cependant que cette cause n'a qu’une ladite 
influence sur les marchandises, l ne augmentation de salaires qui en 
traînerait une baisse de 1 ponr cent dans les profits, ne déterminerait, 
dans la valeur relative des produits, qu'une \ariation de t pour cent : 
cette valeur descendrait donc de (&gt;,050 liv. st. a 5,t)d51iv. st. L eilet 
le plus sensihle ipii pût être produit par un aeeroissemeiit de salaires 
sur le prix des marehaiidises, ne dépasserait pas ii ou 7 poui (iiit, 
car on ne saurait admettre que les profits, dans quelque eireonstaïui 
que ce soit, pussent suhir d’une manière générale et permanente une 
dépression plus forte. 
Il n’en est fias de même de cette autre cause modificative de la va 
leur, (|ue nous avons reconnue être I augmentation ou la diminution 
de la quantité de travail nécessaire pour créer des marchandises. S il 
fallait pour proihiire du blé quatre-vingts hommes au lieu de cent, 
la valeur du hiédescendrait de 5,5(M) liv. st. a 1,100 liv. st., e est-a- 
dire de 20 pour cent : dans la même hypothèse, le prix du drap s’a-
        <pb n="81" />
        27 
CHAI' I. — ItK LA VALKLIL 
baisserait de 0,050 liv. st. à 4,050 liv. st. De plus, toute altération 
])rofonde et permanente dans le taux des profits, dépend d une série 
de causes qui n’agissent qu’à la longue, tandis que les variations qui 
surviennent dans la quantité de travail nécessaire pour créer des 
marchandises, sont des phénomènes de chaque jour. Chaque progrès 
dans les machines, les outils, les bâtiments, la production des ma 
tières premières épargne du travail, ])ermet de créer une marchan 
dise avec plus de facilité, et tend, par conséquent, à en réduire la 
valeur. Kn énumérant donc ici toutes les causes qui font varier la va 
leur des marchandises, on aurait tort, sans doute, de négliger l’in- 
tlucnee réservée au mouvement des salaires ; mais on aurait tort aussi 
d’y attacher une trop grande importance. C’est pourquoi, tout en 
tenant compte de cette influence dans le cours de cet ouvrage, je 
considérerai cependant les grandes oscillations qu’éprouve la valeur 
relative des marchandises, comme résultant de la quantité de travail 
plus ou moins grande nécessaire à leur production. 
Je crois à peine utile d’ajouter (|ue les marchandises dont la pro 
duction à coûté la même somme d’efforts, différeront néanmoins de 
valeur échangeable si on ne peut les amener sur le marché dans le 
même espace de temps. 
Supposons que pendant un an je consacre l,t)(K) liv. st. a rétribuer 
le travail de vingt hommes occupés à créer une marchandise. Suppo 
sons encore (pue l année suivante j’emploie vingt hommes a terminer, 
perfectionner le même produit pour des salaires egaux. Si les profits 
sunt de 10 pour cent, ma marchandise livrée sur le marché au bout 
de ces deux années devra se vendre ‘2,310 liv. st. ; car j’y ai consa- 
fré la première année un capital de 1,000 liv. st., et la seconde an 
née un capital de 2,100 liv. st. l n autre iudi\idu emploie la même 
(piantité de travail, mais dans une seule année : il paie 2,000 liv. st. 
de salaires à quarante ouvriers. A la fin de l’année, le prix de la 
niarehandise, y compris 10 pourcent de profits, ne dépassera pas 
2,200 \\^. si. Voilà donc deux marchandise^s produitcis par une quan 
tité égale de travail et dont 1 une se ^end 2,.310 b\. st., I nutre 
V, st 
Ce dernier cas semble différer du précédent, mais au fond il est 
parfaitement le même. Ainsi on y reconnaît, comme toujours, qm 
aecroissemeut de \aleur d’une marchandise naît du | ' 
aoins considérable que ue-eessiteut sa production et sem
        <pb n="82" />
        28 
PRINCIPES DE I/ÉCONOMIE POLITIQUE 
lenient exigé le double de travail ; dans le second cas, la somme de 
travail reste la même, et cependant il y a accroissement de valeur. 
Cette diflérence dans la valeur des marchandises naît de ce que, 
dans les deux cas, les ¡irolits se sont joints au capital et réclament, 
conséquemment, une compensation équitable. 
De tout ceci, il résulte que les diiîérentes proportions de capital 
fixe et de capital circulant employés dans les diverses branches de 
l’industrie, modifient considérahlement la règle qui s’applique aux 
époques où la production n’exige que du travail. Cette règle générale 
voulait que la valeur des marchandises lut dans le rapport du tra 
vail consacré à les produire; les considérations présentées dans cette 
section démontrent que sans variations aucunes dans la quantité de 
travail employée, la hausse des salaires sullit pour déterminer une 
baisse dans la valeur échangeable des marcbandises dont la produc 
tion exige une certaine somme de capital fixe: plus grand sera le 
montant du capital engagé, plus importante sera la baisse. 
SECTIOIV V. 
Le principe qui veut que la valeur ne varie pas avec la hausse ou la baisse des salaires, 
se trouve encore modifié par la durée du capital et par la rapidité plus ou moins grande 
avec laquelle il retourne à celui qui l’a engagé dans la production. 
Dans la section précédente nous avons supposé deux sommes de 
même importance engagées dans deux industries différentes et iné 
galement subdivisées en capital fixe et cajtital circulant; supposons 
maintenant (jue cette subdivision soit la même, mais (pie la différence 
se trouve être dans la durée de (;cs capitaux. IMus un capital se con 
somme rapidement et plus il se rapproche de la nature des capitaux 
circulants; il disparaît pour reparaître bientiit et retourner au ma- 
nufacturiei". Nous venons de voir (pie plus le rapport du capital fixe 
domine dans une manufacture et plus la valeur des marchandises 
qui y sont prodnit('s tend, sous l’inilucncc d’une augmentation de 
salaires, à s’ahaisser relativement aux man^handises cirées dans des 
fabriques où l’on troine plus de capital circulant. Il en résulte donc 
que la même cause produira les mêmes effets a^ ec d’autant plus d’in 
tensité (pie le capital se consommera plus rapidement et se rappro 
chera davantage de la nature des capitaux circulants. 
Si le capital engagé est d’une nature pin issable , il faudra chaque 
année de grands efforts pour le maintenir dans son intégrité; mais ce
        <pb n="83" />
        29 
CHAP. 1. — DE LA VALEUR 
travail de reconstitution peut ôtre considéré comme servant réelle 
ment à la production des marchandises, et devra se retrouver dans 
leur valeur. Si j’avais une machine de 20,000 liv. st., susceptible 
de produire certaines marchandises avec le secours d'un faible tra 
vail ; si la détérioration graduelle de cette machine était peu impor 
tante, et le taux des profits de 10 pour cent, je me contenterais 
d’ajouter 2,000 liv. st. au prix de mes produits, comme compensation 
de l’emploi de ma machine. Mais si la détérioration était rapide et 
sérieuse, s’il fallait pour la conserver le travail de cinquante hommes 
tous les’ans, j’ajouterais au prix de mes manJiandises un excédant 
égal à l’excédant obtenu par tout autre manufacturier qui n’aurait 
pas de machines et qui emploierait cinquante hommes à créer d’au 
tres produits. 
lin accroissement de salaires agira donc d’une manière inégale sur 
la valeur des marchandises produites au moyen de machines qui s’u 
sent rapidement et celles produites au moyen de machines d’une 
grande durée. Dans un cas, il entrerait une grande portion de tra 
vail dans les produits fabriqués, dans l’autre, il en entrerait fort peu. 
C’est pourquoi toute augmentation de salaires ou, ce qui est la même 
chose, tout abaissement dans le taux des profits tend à affaiblir la 
valeur relative des marchandises produites avec un capital durable 
et à élever proportionnellement au contraire la valeur de celles pro 
duites avec un caj)ital d’une nature périssable. I ne diminution de 
salaires aurait l’eflét précisément contrairi;. 
J’ai déjà dit que le capital fixe peut avoir une durée plus ou moins 
considérable. Supposons maintenant une machine se détruisant au 
bout d’une année, et accomplissant dans une certaine branche d’in 
dustrie le travail de cent hommes. Supposons encore que la machine 
coûte 5,00(1 liv. st., et que les salaires payes aux cent ouvriers 
s’élèvent à 5,000 liv. st., il est évident qu'il importera fort peu au 
manufacturier d’acheter la machine ou d’employer les cent hommes. 
Mais admettons maintenant que le prix du travail s’élève et atteigne 
5,500 liv. 8t., nul doute alors que le manufacturier ne Iroiive son 
intérêt à acheter la machine et à économiser ainsi 5,000 liv. st. sur 
la fabrication. On dira peut-être : les salaires haussant, il se peut que 
le prix de la machine hausse en même temps et atteigne 5,000 hv. s . 
est ce qui arriverait eu effet si elle n avait exige I emploi 
iniids et s’il n’avait fallu payer au constructeur une certaine semine 
^e profits. Ainsi, la machine étant le produit du travail ( t cen o 
^ï'iers, occupés peiidaul un an à raison de 50 liv. st. &lt; lat » 
Oll- 
a-
        <pb n="84" />
        30 PUINCIPES DK I/KCONOMIE DDKITIQUK 
leur serait naturellement de 5,00» liv. st.; les salaires venant à at 
teindre 55 liv. St., le prix de la maeliine devrait être alors de 5,500 liv. 
St. ; mais il n’en saurait être ainsi. Il faut néeessairement que la ma 
chine ait été créée par moins de eent ouvriers, ear dans le prix pri 
mitif de 5,000 liv. St. doivent être eompris les profits surleeapitalqui 
a serv i à pa} er les ouvriers. Supposons done que quatre-vin^s hommes 
seulement aient été employés à raison de 50 liv. st. par an, soit 4,2,)0 
liv. st. par an, l’exeédant de 750 liv. st. que donnerait la vente de la 
maehine, en dehors des salaires dépensés, représenterait alors les 
profits du méeanieien, et les salaires venant a hausser de 10 pour 
eent, il serait obligé d’employer un ea])ital additionnel de i25 liv. 
st., ee qui porterait ses frais de production à 4,075 liv. st., au lieu 
de 1,250 liv. st. I:n continuant à vendre sa machine 5,000 liv. st., 
son profit ne dépasserait donc pas 325 liv. st. Or cA.*ci s’apjilique a 
tous les manufaeturiers et à tous les capitalistes; la hausse des sa 
laires les atteint tous indistinctement. Aussi dans le cas où le fabri 
cant de machines élèverait ses prix en raison de l’augmentation des 
salaires, les capitaux afflueraient bientôt dans cette branche de la 
production pour ramener, ]iar voie de coneurrence, les profits à leur 
taux ordinaire'. Aous voyons donc ainsi que l’accroissement des sa 
laires n’aurait pas pour elfet de déterminer une hausse dans la valeur 
des machines. 
Cependant le manufacturier (|ui, au milieu d’une hausse générale 
des salaires, se servirait d'une machine (pii n’accroîtrait pas ses 
Irais de production. Jouirait nécessairement de trois grands avan 
tages s’il pouvait continuer à vendre ses marehaudisesau même ¡irix; 
mais, comme nous l’avons déjà vu, il serait obligé d’abaisser les 
prix, sons peine de voir son industrie inondé*e par un immense af 
flux de capitaux dont l’elfet serait de ramener ses profits au niveau 
général. C’est ainsi ipie la société en masse profite de l’introduction 
des machines ; ces agents muets et infatigables sont tou jours hi 
• Ceci nous iiutique pourquoi les vieilles sociétés sont constamment entraînées 
à employer des machines et les sociétés jeunes à employer surtout du travail : à 
chaque nouvelle difliculté que pr(*sente la nourriture, l’entretien des hommes, le 
travail hausse nécessairement et cette hausse est un stimulant pour la création 
et la mise en œuvre de machines. Or, cette difficulté agit constamment dans les 
nations déjà avancées : tandis que la population peut se développer sut)itement 
dans un pays neuf sans amener de hausse dans les salaires. Il |)eut être, en effet, 
aussi facile de pourvoir à la subsistance de 7, 8 ou 9 millions d'indix idus qu’a 
celle de 3 ou 4 millions.
        <pb n="85" />
        CHAI'. I - HK KA VAKKI IK 31 
produit d'un travail moins considérable que celui qu’ils déplacent, 
même (juand ils ont la même valeur vénale. Ils ont ¡mur elfet défaire 
sentir à un plus [)elit nombre d'individus raccroissement de valeur 
que prennent les subsistances et qui se relíete dans les salaires. Dans 
le cas cité plus baut cette hausse n’atteint que quatre-vin^-cinq ou- 
vriers, et l’économie de main-d’œuvre qui en résulte se révèle par 
la modicité du prix de la marchandise fabriquée. Mi les machines, 
ni les produits créés par les machines ne prennent une valeur réelle 
plus considérable; tous ces produits, au contraire, baissent et bais 
sent proportionnellement à leur destructibilité. 
il ressort donc de ceci, qu'aux premiers jours de toute société, 
avant qu’on n’ait mis en œuvre une grande quantité de machines et 
de capital lixe, les marchandises produites au mojen de sommes 
égales auront à peu près la même valeur; mais ces faits disparaissent 
aussitôt a¡)rés l'introduction de ces coûteux agents. Les marchandises 
produites avec les mêmes capitaux ¡murront avoir une valeur bien 
dilférente, et tout en étant ex|)osées à hausser ou à baisser relative 
ment les unes aux autres en raison de la quantité de travail consa 
crée à les produire, elles restent soumises à une autre iniluence, celle 
de la hausse ou de la baisse des salaires et des prolits. Dès que des 
niarchandises qui se vendent liv. st. pourront être le ¡nxKluit 
d’un capital équivalent à celui qui a servi à créer d’autres marchan 
dises se vendant 1(1,000 liv. st., les profits du manufacturier seront 
‘S mêmes; mais ces ¡irolits deviendront inégaux toutes les fois que 
e ¡nix des produits ne variera pas avec la hausse ou la baisse des 
I** * MI IN* 
Il parait encore (pie la valeur relative des marchandises auxquel 
les on a consacré un capital durable varie proportionnellement à la 
persistance de ce capital et en raison inverse du im^uvement des sa 
laires. Lette valeur s’élèvera pendant que baisseront les salaires - 
elle llechira au moment où s’accroîtra le prix du travail l&gt;our les 
marchandises, au contraire, (¡ni ont surtout été créées avec du 
travail et peu de capital fixe, ou du moins, avec un capital fixe 
dune nature plus fugitive que celle de l’étalon des valeui-s, elles 
baisseront et hausseront parallèlement aux salaires. 
SECTION VI. 
D une mesure invariable des valeurs. 
Ia's marchandises variant dans leur valeur relative, il est à dé-
        <pb n="86" />
        32 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE 
sirer que l’eu trouve les moyens de déterminer quelles sont celles 
dont la valeur réelle s’élève ou s’abaisse. Pour cela, il faudrait les 
comparer, séparément, avec un étalon invariable, un critérium qui 
serait inaccessible à toutes les fluctuations qu’éprouvent les autres 
marchandises. Or, il est impossible de se procurer cette mesure 
type, par la raison qu’il n’est pas de marebandise qui ne soit elle- 
même exposée aux variations qui atteignent les objets dont il s’agi 
rait de calculer la valeur : en d’autres termes, il n’en est aucune qui 
ne nécessite pour sa création des (quantités variables de travail. Mais, 
si même il était possible d’annuler pour un étalon déterminé toutes 
les oscillations de valeur; s’il était possible de consacrer toujours, 
par exemple, la même somme de travail à la fabrication de notre 
monnaie, on ne serait pas encona parvenu a obtenir un type par 
fait, une mesure invariable. Comme je l’ai déjà indiqué, en effet, il 
faudrait encore tenir compte de l’in fluence produite par les mouve 
ments des salaires, par les différentes proportions de capital fixe né 
cessaire pour créer cette mesure et les autres marebandises dont on 
voudrait déterminer les variations de valeur, enfin, par la durée plus 
ou moins grande du capital fixe, et le temps nécessaire pour amener 
les marchandises sur le marché; — toutes circonstances qui eidèvent 
à un objet quelconque la faculté de servir comme type exact et in 
variable. 
Ainsi, on ne saurait prendre l’or comme étalon, car l’or, comme 
toute autre marebandise, est pioduit par une certaine quantité de 
travail unie à un certain capital fixe. Des améliorations peuvent 
être introduites dans les procédés qui servent à le produire, et ces 
améliorations peuvent déterminer une baisse dans sa valeur relative 
avec les autres objets. 
En supposant même que l’or fit dis})araître cette cause de varia 
tion, et que la même (quantité de travail fût toujours nécessaire pour 
obtenir la même quantité d’or, il resterait encore comme obstacle les 
différences entre les proportions de capital fixe et le capital circulant 
qui concourent à la production des autres marebandises : — à quoi il 
faudrait ajouter encore la durée plus ou moins grande des capitaux, 
le temps, plus ou moins long, néc(ssairc pour livrer l’or sur le mar 
ché. L’or pourrait donc être une mesure parfaite des valeurs pour 
toutes les choses produites dans des circonstances exactement sem 
blables, mais pour celles-là seules. Si, par exemple, il était créé dans 
les mêmes conditions que celles nécessaires pour produire du drap 
ou des cotonnades, il déterminerait fort exactement la v aleur de ces
        <pb n="87" />
        CHAP. 1. — DE LA VALEUR. 
33 
objets; mais pour le blé, le charbon, mille autres produits où ont 
été enfouies des portions plus ou moins grandes de capital fixe, il 
serait inhabile à les mesurer. IVous avons démontré, en effet, que 
toute altération dans le taux des profits influe sur la valeur relative 
des marchandises, indépendamment même de la somme de travail 
consacrée à les produire. Il en résulte donc que ni l’or, ni aucun 
autre objet ne peuvent servir à mesurer exactement la valeur des 
marchandises; mais je me hâte de répéter ici que les variations qui 
6ur\ienuent dans le taux des profits, agissent faiblement sur le prix 
relatif des choses^ L’influence la plus manifeste appartient aux dif 
férentes quantités de travail nécessaires à la production: aussi, si nous 
admettons que l’on soit affranchi de cette influence, aurons-nous ac 
quis un critérium aussi approximatif qu’on puisse le désirer en 
théorie. Ne peut-on considérer l’or, en effet, comme le résultat d’une 
combinaison de capitaux circulants et de capitaux fixes, équivalente 
à celle qui sert à produire les autres marchandises? Et ne peut-on 
supposer en même temps cette combinaison également éloignée des 
deux extrêmes, c’est-à-dire, du cas où l’on emploie peu de capital 
fixe, et de celui, au contraire, où il faut une faible quantité de 
travail? 
Si, à tous ces titres, je puis me considérer comme possédant un 
étalon des valeurs qui se rapproche beaucoup d’un critérium inva 
riable, j’aurai cet énorme avantage de pouvoir indiquer les variations 
es autres objets, sans m’inquiéter sans cesse des variations surve- 
Írpr^ '' ^^kur de l’agent qui sert à mesurer tous 
Pour faciliter nos recherches je supposerai l’or invariable, tout 
en reconnaissant, d’ailleurs, que la monnaie faite avec ce métal est 
soumise aux mêmes variations que les autres objets, l'outes les al 
térations de prix, je les considérerai donc comme provenant des 
variations survenues dans la valeur de la marchandise dont ie m’oc 
cuperai. ■’ 
Avant de quitter ce sujet, je crois devoir faire observer qu’Adam 
' éciivains qui 1 ont suivi, sans exception aucune, ont 
soutenu que toute hausse dans le prix du travail a pour effet néces 
saire délcvci le prix des marchandises. J’espère avoir démontré 
que cette opinion ne s’appuie sur rien et que les seules choses 
susceptibles de hausse seraient celles qui auraient exigé moins de 
capital fixe que l’étalon par lequel s’évaluent les prix, Quant à celles 
qui en exigeraient davantage, leur prix baisserait parallèlement a la
        <pb n="88" />
        34 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
hausse des salaires. Le contraire aurait lieu dans le cas où les salaires 
diminueraient. 
Je n’ai pas dit, et il est essentiel de se le rappeler, que par cela 
seul que le travail consacré à une marchandise s’élève à 1000 1. st. et 
celui consacré à une autre marchandise à 2000 1. st., la valeur de ces 
deux objets doive être nécessairement de 10001. st. et de 20001. st. : 
j’ai dit simplement que cette valeur serait dans le rapport de là 2, 
et que ces marchandises s’échangeraient d’après ce rapport. 11 im 
porte fort peu à la vérité de notre théorie, que l’un de ces produits 
SC vende à raison de 1100 1. st. ou de 1500 1. st., l’autre à raison de 
2200 1. st. ou de 3000 1. st. Je n’examinerai même pas cette ques 
tion en ce moment; ce que j’affirme seulement, c’est que leur v alcur 
relative se règle sur les quantités relatives de travail consacré à leur 
production. 
SECTION VII. 
Des dilTérenles conséquences produites par les oscillations dans la valeur de la monnaie 
ou dans celle des marchandises que la monnaie, — ce symbole des prix, sert ù 
acheter. 
Quoique je me sois décidé à reconnaître, en général, à la monnaie 
une valeur invariable, afin de pouvoir déterminer d’une manière plus 
nette les variations que subissent les autres marchandises, je crois 
devoir indiquer ici les conséquences très-diverses qu’entraînent les 
altérations de valeur produites par les différentes quantités de tra 
vail nécessaires pour créer les marchandises et les variations pro 
duites par des changements dans la valeur de la monnaie elle-même. 
La monnaie étant une marchandise variable, la hausse des salaires 
eu argent devra résulter souvent d’une baisse dans la valeur de la 
monnaie. Toute augmentation de salaire, produite par cette cause, sera 
nécessairement accompagnée d’une hausse correspondante dans le 
prix des marchandises ; mais il sera facile de voir alors que le tra 
vail et les autres marchandises n’ont pas varié et que les change 
ments se rapportent uniquement à l’argent. 
Par cela seul que la monnaie nous vient du dehors, qu’elle forme 
l’agent intermédiaire des échanges entre tous les pays civilisés, qu elle 
se distribue parmi ces pays, dans des proportions qui varient con 
stamment avec les progrès de l’industrie et du commerce, et avec les 
difficultés toujours croissantes que l’on éprouve pour entretenir une 
population ascendante ; par cela seul, dis-je, la monnaie est soumise à
        <pb n="89" />
        33 
CHAP. I. — DE LA VALEUR, 
d’incessantes variations. En déterminant les principes qui règlent la 
valeur échangeable et les prix, il nous faudra donc faire une profonde 
distinction entre les variations qui viennent de la marchandise elle- 
même, et celles qui naissent des perturbations que subit l’étalon des 
valeurs et des prix. 
b ne hausse dans les salaires, qui provient d’une'altération dans la 
valeur de la monnaie, produit un effet général sur les prix, mais 
n agit pas sur les profits. Au contraire, une hausse des salaires, qui 
indiquerait qu’une rémunération plus large a été accordée à l’ouvrier 
ou que les objets de première nécessité sont devenus plus rares, plus 
coûteux, aurait, en général, pour effet d’abaisser les profits; dans 
ce cas, en effet, le pays consacrerait à l’entretien des ouvriers une 
plus grande somme de travail annuel, ce qui n’arriverait pas dans 
l’autre. 
C’est d’après la répartition du produit total d’une exploitation 
agricole entre le propriétaire, le capitaliste, l’ouvrier, que l’on juge 
de l’accroissement ou de la diminution de la rente, des profits et des 
salaires ; ce n’est pas, ce ne saurait être d’après la valeur qu’aurait ce 
produit si on le comparait à une mesure type, reconnue varialile, 
mobile, inconstante. 
C est par la quantité de travail nécessaire pour créer un produit, et 
non par la portion attribuée aux différentes classes de la société, que 
l’on peut juger exactement du taux des profits, de la rente et des sa 
laires. Des améliorations introduites en agriculture ou en industrie 
pourront doubler l’importance des produits ; mais si les salaires, la 
rente, les profits ont doublé en même temps, ils conserveront entre 
eux les mêmes rapports, et paraîtront n’avoir subi aucune variation. 
Mais s’il arrivait que les salaires ne grandissent pas dans la même pro 
portion ; si au lieu de doubler ils augmentaient seulement de 50 p. O/o 
et si la rente s’accroissait seulement de 75 p. O/o, laissant aux profits 
le reste de l’excédant obtenu, il me paraîtrait fort correct de dire que 
la rente et les salaires ont baissé tandis que s’élevaient les profits. En 
effet, si nous avions une mesure type qui nous permît de mesurer la 
valeur de ce produit, nous verrions que la part échue aux ouvriers 
et aux propriétaires est moins grande, et celle attribuée aux capitalistes 
plus forte qu auparavant. Ainsi nous verrions, par exemple, que tout 
en doublant, la quantité absolue des marchandises se trouve être pré 
cisément le produit de la même somme de travail. Si chaque centaine 
de chapeaux, d’habits et de quarters de blé se distribuait avant dans 
les proportions suivantes :
        <pb n="90" />
        30 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Aux ouvriers 25 
Aux propriétaires 25 
Aux capitalistes 50 
lOü; 
et si, la quantité de marchandises venant à doubler, cette distribu 
tion s’effectuait de la manière suivante : 
Aux ouvriers 22 
Aux propriétaires 22 
Aux capitalistes 56 
j’en conclurais que les salaires et la rente ont haussé tandis que les 
profits ont au contraire diminué : et cela, alors meme que, par suite 
de l ahondancc des marchandises, la quantité attribuée à l’ouvrier et 
au propriétaire aurait grandi dans la proportion de G25 à 44. Les 
salaires doivent s’estimer d’après leur valeur réelle, c’est-à-dire d’a 
près la quantité de travail et de capital consacrés à les produire, et 
non d’après leur valeur nominale, soit en habits, soit en chapeaux, 
en monnaie ou en blé. Dans les circonstances que j’ai supposées, les 
marchandises auraient perdu la moitié de leur valeur, et aussi la 
moitié de leur prix, si la monnaie n’avait pas varié. Si donc il était * 
bien constaté que les salaires en argent ont baissé, cette baisse n’en 
serait pas moins réelle, alors même que l’ouvrier pourrait se procu 
rer une plus grande somme de marchandises qu’auparavant. 
Quelque grande que soit cependant une variation dans la valeur 
de la monnaie, elle n’influe en rien sur le taux des profits : car sup 
posons que les produits du manufacturier haussent de 1000 1. st. 
à 2000 1. st. ou de 100 p. 0/0; si son capital, que les variations mo 
nétaires modifient aussi puissamment que la valeur de ces produits, 
si ses bâtiments, ses machines haussent aussi de 100 p. 0/0, le taux 
de ses profits restera le même, et il pourra acheter la même somme de 
travail, ni plus, ni moins. 
Si, avec un capital d’une certaine valeur, il peut par de l’économie 
dans la main-d’œuvre, doubler la masse des produits et abaisser les 
prix de moitié, les mêmes rapports subsisteront entre le capital et 
le produit, et, conséquemment, le taux des profits ne variera pas. 
Si au moment où il multiplie les produits en accroissant la puis 
sance du même capital, la valeur de la monnaie fléchit de moitié sous 
l’influence de tel ou tel événement, le prix de ces objets doublera ; 
mais le capital, consacré à leur création, prendia aussi une valeur
        <pb n="91" />
        CHAP. 1. - DE LA VALEUR. 37 
monétaire double. C’est pourquoi, le rapport entre la valeur du pro 
duit et celle du capital restera le même : et alors même que le pro 
duit doublerait la rente, les salaires et les profits suivraient unique 
ment, dans leurs variations, les diverses portions attribuées à chacune 
des classes qui se les partagent.
        <pb n="92" />
        38 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
CHAPITRE II. 
DE LA RE&gt;’TE DE LA TERRE \ 
11 reste à considérer si l’appropriation des terres et la création 
sul)séquente de la rente, peuvent causer quelque variation dans la 
■ Nous n’avons pas hésité à substituer, dans tout le cours de ce chapitre, le 
mot rente au mot fermage qui a servi à la plupart des écrivains, pour ren 
dre l’expression anglaise rent. On a craint, avant nous, d’introduire dans la 
nomenclature scientifique un terme inusité et qui commanderait la méditation ; 
comme si la première crainte ne devait pas être de vicier une démonstration par 
le vague, l’ambiguïté du langage. Chaque idée nouvelle dans les sciences, dans 
les arts, apporte avec elle sa forme, ses expressions ; et il serait aussi insensé de 
chercher à construire l’économie politique actuelle avec la nomenclature de 
Âlontchrétien, de Quesnay et de l’abbé Baudeau, que de faire de la chimie 
avec la langue de Bacon ou de Paracelse, et de bâtir nos cathédrales avec des blocs 
Cyclopéens. D’ailleurs, si nous n’avons pas hésité ici, c’est qu’en réalité nous n’a 
vions pas à hésiter, c’est qu’à tout prix il fallait rejeter l’ancien mot de fermage, 
contre lequel protestent et le sens et la lettre de Ricardo. En effet, qu’entend on 
en économie politique par le mot fermage? C’est la somme payée par celui qui 
cultive et exploite une terre, à celui qui la possède. Qu’entend-on maintenant 
par le mot rente? C’est, d’après la définition même de Ricardo, cette portion du 
produit de la terre qu’on donne au propriétaire pour avoir le droit d’exploiter 
les facultés productives et impérissables du sol. Et la différence est ici mani 
feste, essentielle, tellement essentielle même que l’auteur a consacré toute une 
série d’arguments à la faire ressortir. Il fait plus : après avoir bien établi qu’on 
ne saurait donner le nom de rente à la portion de produit attribuée au pro 
priétaire pour l’intérêt des capitaux consacrés à l’amélioration desterres, à la 
construction des granges, fermes, etc., il trace, entre ses idées et les idées 
générales, une ligne de démarcation profonde en disant que dans le langage 
vulgaire, on donne le nom de rente à tout ce que le fermier paie annuellement 
au propriétaire, et qu’Adam Smith a'souvent sacrifié à cette erreur du plus 
grand nombre. Ainsi donc, la rente est une redevance attachée au sol lui-même, 
au droit de propriété, par une fiction nécessaire, je le sais, mais analogue à celle 
qui faisait jadis du travail un droit domanial ; — c’est en effet la faculté d’exploi 
ter leur terre que vendent les propriétaires à l’instar des rois du moyen âge et du 
Sultan. Dès le moment où des placements de capitaux, des défrichements s’inter 
posent et viennent modifier la valeur de la terre, la rente se combine avec l’in-
        <pb n="93" />
        CHAP. IL — DE LA RENTE DE LA TERRE. 39 
valeur relative des denrées, abstraction faite de la quantité de tra 
vail nécessaire pour les produire. Pour bien comprendre cette par 
tie de notre sujet il faut étudier la nature de la rente et rechercher 
quels sont les principes qui en règlent la hausse et la baisse. 
La rente est cette portion du produit de la terre que l’on paie 
au propriétaire pour avoir le droit d’exploiter les facultés produc 
tives et impérissables du sol. Cependant on confond souvent la rente 
a\ec 1 intérêt et le profit du capital, et dans le langage vulgaire on 
donne le nom de rente à tout ce que le fermier paie annuellement 
au propriétaire. 
Supposons deux fermes contiguës, ayant une même étendue, 
et un sol d’une égale fertilité, mais dont l’une, pourvue de tous les 
bâtiments et instruments utiles à l’agi iculture, est de plus bien en 
tretenue, bien fumée, et convenablement entourée de baies, de 
clôtures et de murs, tandis que tout cela manque à l’autre. 11 est 
clair que l’une s’affermera plus cher que l’autre ; mais dans les denx 
cas on appellera rente la rémunération payée au propriétaire. 11 est 
cependant évident qu’une portion seulement de l’argent serait payée 
pour exploiter les propriétés naturelles et indestructibles du sol, le 
reste représenterait l’intérêt du capital consacré à amender le terrain 
érôt, les profits, et s’absorbe alors dans le fermage, qui tantôt la dépasse et tantôt 
lui est inférieure. De là des complications qui voilent souvent la notion de la 
rente : mais une analyse sévère la fait bientôt dégager et il suffit de quelque ré- 
Ilexiou pour retrouver, au milieu des autres incidents économiques, cette por 
tion du produit qui retourne, suivant l’auteur, au propriétaire uniquement 
comme propriétaire. Sans cette distinction fondamentale, qui doit se refléter 
dans les termes de notre traduction, la théorie de Ricardo serait impossible et 
nous dirons même absurde. Quelque novateur qu’on soit et amoureux de systèmes 
inconnus, il faut s’arrêter devant des extravagances outrées que repoussent tous 
les esprits; et nous placerions la théorie de Ricardo au nombre de ces extrava 
gances, s’il avait voulu établir que le fermage, v compris l’intérêt des capitaux 
engagés dans la terre, n’accroît pas les frais de production. Tout devient clair 
au contraire, sinon incontestable, si l’on admet avec l’auteur que la rentl 
est indépendante de cet intérêt, et n’existe même que par la différence des frais 
de production sur des terrains de qualités diverses. Ceci est donc plus qu’une 
rectification le.xicographique, c est, avant tout, une rectification scientifique On 
disait jadis ; Donnez-moi trois lignes d’un homme et je le fais pendre : on pour 
rait presque dire, eu général : Donnez-moi trois lignes d’un auteur à traduire, et 
je le rends incompréhensible. En substituant dans tout ce chapitre le mot rente 
de la terre au mot fermage, nous croyons avoir évité cette faute, et nous aurions 
même des autorités à invoquer, s’il en était besoin lorsqu'on a pour soi la néces* 
sité logique. — A. F.
        <pb n="94" />
        40 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
et à ériger les constructions nécessaires pour assurer et conserver le 
produit. Adam Smith donne parfois au mot rente le sens rigoureux 
dans lequel je cherche à le restreindre, mais le plus souvent il l’em 
ploie dans le sens vulgairement usité. Ainsi il dit que les demandes 
toujours croissantes de bois de construction dans les pays méridio 
naux de l’Europe, faisant hausser les prix, furent cause que l’on 
commença à affermer des forêts en Aorwège, qui auparavant ne pro 
duisaient pas de rente. iN’cst-il pas clair cependant que celui qui con 
sentit à payer ce qu’il appelle rente, n’avait d autre but que d acquérir 
les arbres précieux qui couvraient le terrain, afin d obtenir pai leur 
vente le remboursement de son argent, plus des bénéfices.^ Si après la 
coupe et l’enlèvement du bois on continuait à payer au piopriétaiie 
une rétribution pour la faculté de cultiver le terrain, soit poui y 
planter de nouveaux arbres, soit dans tout autre but, on j)ourrait 
alors en effet l’appeler rente, parce qu’elle serait payée pour la jouis 
sance des facultés productives du spl; mais dans le cas cité par 
Adam Smith, cette rétribution était payée pour avoir la liberté d’en 
lever et de vendre le bois, et nullement pour la faculté de planter 
de nouveaux arbres *, 
En parlant aussi de la rente perçue pour les mines de charbon et 
les carrières de pierre, auxquelles s’appliquent les mêmes observa 
tions, il dit que la rémunération payée pour les mines ou les carriè 
res représente la valeur du charbon ou des pierres qui en ont été 
extraits, et n’a aucun rapport avec les facultés naturelles et indes 
tructibles du sol. Cette distinction est d’une grande importance dans 
1 Si les forêts du propriétaire norvégien étaient en coupe réglée, c’est-à-dire s’il 
s’était arrangé pour que sa terre lui touriiît toujours le meme re\enu en arbres, 
les arbres qu’il vendait, ou que le fermier de ses forêts \endait pour lui, for 
maient bien en réalité le profit résultant du pouvoir productif de son fonds. Si la 
pousse annuelle ne remplaçait pas la vente annuelle, alors il vendait chaque an 
née une portion du capital dont ses terres étaient couvertes. 
Smith me paraît au surplus fondé à considérer comme faisant partie du fonds 
de terre le capital qui s’y trouve répandu en améliorations, en bâtiments d ex 
ploitation, etc , et comme faisant partie du prolit des terres ou des fermages, 
l’intérêt que le propriétaire retire de ce capital. Je sais qu’il est susceptible d’al 
tération, de destruction absolue, tandis que le pouvoir productif du sol ne peut 
pas se détruire. Mais quant aux profits, quant aux loyers, ce capital suit le sort 
de la terre elle-même. Les améliorations faites à une terre ne peuvent être trans 
portées à une autre ; elles augmentent sou pouvoir productif, et leur effet est en 
tout semblable aux effets du pouvoir productif indestructible de la terre elle- 
même. — J.-B. Sav.
        <pb n="95" />
        CHAP. H. — DE LA RENTE DE LA TERRE. 
41 
toute recherche relative à la rente et aux profits ; car on verra que 
les causes qui influent sur la hausse de la rente sont entièrement 
différentes de celles qui déterminent fau^mentation des profits, et 
qu elles agissent rarement dans le même sens. Dans tous les pays 
avancés en civilisation, la rétribution qu’on paie annuellement au 
propriétaire foncier, participant à la fois de la nature de la rente et 
de celle des jirofits, reste parfois stationnaire, et parfois augmente 
ou diminue selon que prédominent telles ou telles causes. C’est pour 
quoi quand je jiarlerai de rente dans la suite de cet ouvrage, je ne 
désignerai sous ce mot que ce que le fermier paie au propriétaire 
pour le droit d’exploiter les facultés primitives et indestructibles du 
sol. 
Lorsque des hommes font un premier établissement dans une con 
trée riche et fertile, dont il suffit de cultiver une très-petite étendue 
pour nourrir la population, ou dont la culture n’exige pas plus de 
capital que n’en possèdent les colons, il n’v a point de rente; car qui 
songerait à acheter le droit de cultiver un terrain, alors que tant de 
terres restent sans maitre, et sont par conséquent à la disposition de 
quiconque voudrait les cultiver? 
Par les principes ordinaires de l’offre et de la demande, il ne pour 
rait être payé de rente pour la terre, par la même raison qu’on n’a- 
chête point le droit de jouir de l’air, de l'eau, ou de tous ces autres 
biens qui existent dans la nature en quantités illimitées. Moyennant 
quelques matériaux, et à l’aide de la pression de l’atmosphère et de l’é 
lasticité de la vapeur, on peut mettre en mouvement des machines qui 
abrègent considérablement le travail de l’homme; mais personne 
n’achète le droit de jouir de ces agents naturels qui sont inépuisa 
bles et que tout le monde peut employer. De même, le brasseur, le 
distillateur, le teinturier, emploient continuellement l’air et l’eau dans 
la fabrication de leurs produits ; mais comme la source de ces agents est 
inépuisable, ils n’ont point de prix ‘.Si la terre jouissait partout des 
‘ « La terre, ainsi que nous l’avons déjà vu, n’est pas le seul agent de la nature 
» qui ait un pouvoir productif; mais c’est le seul, ou à peu près, que l’homme ait 
» pu s approprier, et dont, par suite, il ait pu s’approprier le bénéfice. L’eau des 
» ri\ières et de la mer, par la faculté qu’elle a de mettre eu mouvement nos machi- 
" nés, de porter nos bateaux, de nourrir des poissons, a bien aussi un pouvoir 
® productif; le vent qui fait aller nos moulins, et jusqu’à la chaleur du soleil, 
» travaillent pour nous ; mais heureusement personne n’a pu dire : Le vent et 
« le soleil m’appartiennent, et le service qu’ils rendent doit m’étre paijé." 
Economiepolilique, par J.-B. Say, liv. //, chap,^.
        <pb n="96" />
        42 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
mêmes propriétés, si son étendue était sans bornes, et sa qualité uni 
forme, on ne pourrait rien exiger pour le droit de la cultiver, à 
moins que ce ne fut là où elle devrait à sa situation quelques avan 
tages particuliers, (/est donc uniquement parce que la terre varie 
dans sa force productive, et parce que, dans le progrès de la popula 
tion, les terrains d’une qualité inférieure, ou moins bien situés, sont 
défrichés, qu’on en vient à payer une rente ])our avoir la faculté de 
les exploiter. Dès que par suite des progrès de la société on se livre 
à la culture des terrains de fertilité secondaire, la rente commence 
pour ceux des premiers, et le taux de cette rente dépend de la diffé 
rence dans la qualité respective des deux espèces de terre 
Dès que l’on commence à cultiver des terrains de troisième qualité, 
la rente s’établit aussitôt pour ceux de la seconde, et est réglée de 
même par la différence dans leurs facultés productives. La rente des 
terrains de première qualité hausse en même temps, car elle doit se 
maintenir toujours au-dessus de celle de la seconde qualité, et cela eu 
raison de la différence de produits (¡ne rendent ces terrains avec une 
quantité donnée de travail et de capital. A chaque accroissement de 
population qui force un peuple à cultiver des terrains d’une qualité 
inférieure pour en tirer des subsistances, le loyer des terrains su 
périeurs haussera. 
Supposons que des terrains n®® 1, 2, 3, rendent, moyennant l’em 
ploi d’un même capital, un produit net de 100, 90 et 80 quarters 
(2 h. 907) de hlé. Dans un pays neuf, où il y a quantité de terrains 
fertiles, par rapport à la population, et où par conséquent il suffit 
de cultiver le n" 1, tout le produit net restera au cultivateur, et sera le 
profit du capital qu’il a avancé^. Aussitôt que l’augmentation de po 
pulation sera devenue telle qu’on soit obligé de cultiver le n® 2, qui 
ne rend que 90 quarters, les salaires des laboureurs déduits, la rente 
commencera pour les terres n® 1 ; car il faut, ou qu’il y ait deux taux 
de profits du capital agricole, ou que l’on enlève ô'ix quarters de blé, 
* Dans la notice historique placée en tête de ce volume, nous avons esquissé et 
discútela théorie dont Ricardo s’est faille plus vigoureux apôtre. Nous y ren 
voyons le lecteur, afin de ne scinder l’attention qu’au profit des maîtres dont 
nous citerons l’opinion en marchant. — A. F. 
2 II ne me semble pas prouvé que tout le profit que retirera le cultivateur 
dans ce cas soit le profit de son capital. Le terrain ne sera cultivé qu’autant 
qu’on en aura assuré la propriété au cultivateur ; dès lors il a quelque chose de 
plus précieux que tout autre terrain de même qualité, non encore approprié. 
*— J.-B. Say.
        <pb n="97" />
        CHAP. H — DE LA RENTE DE LA TERRE. 43 
ou leur équivalent, du produit n° 1 pour les consacrer à un autre em 
ploi. Que ce soit le propriétaire ou une autre personne qui cultive le 
terrain n® 1, ces dix quarters en constitueront toujours la rente, 
puisque le cultivateur du n° 2 obtiendrait le même résultat avec son 
capital, soit qu’il cultivât le n® 1, en payant dix quarters de blé de 
rente, soit qu’il continuât à cultiver le n® 2 sans payer de loyer. De 
même, il est clair que lorsqu’on aura commencé à défricher les ter 
rains 11® 3, la rente du n® 2 devra être de dix quarters de blé ou de 
leur valeur, tandis que la rente du n® 1 devra atteindre vingt quar 
ters; le cultivateur du n® 3 ayant le même profit, soit qu’il cultive 
le terrain n® I en payant vingt quarters de rente, soit qu’il cultive le 
n® 2 en en payant dix, soit enüii qu’il cultive le n® 3 sans payer de 
rente. 
H arrive assez souvent qu’avant de défricher les n®* 2,3, 4, ou les 
terrains de qualité inférieure, on peut employer les capitaux d’une 
manière plus productive dans les terres déjà cultivées. Il peut arriver 
qu’eu doublant le capital primitif employé dans le n® 1, le produit, 
quoiqu il ne soit pas doublé ou augmenté de cent quari*ers, augmente 
cejicndant de quatre-vingt-cinq quarters, quantité qui surpasse ce que 
pour! ait rendre ce capital additionnel, si on le consacrait à la cul 
ture du terrain n® 3. 
Dans ce cas, le capital sera employé de préférence sur le vieux 
terrain, et constituera également une rente : —la rente étant toujours 
la dilîércnce entre les produits obtenus par l’emploi de deux quan 
tités égales de capital et de travail. Si avec un capital de 1000 1. st. 
un fermier retirait de sa terre cent quarters de blé, et que par l’em 
ploi d’un second capital de 1000 1. st. il eut un surcroît de produits 
de 85 quarters, son propriétaire serait en droit, à l’expiration du 
bail, d’exiger de lui quinze quarters, ou une valeur équivalente, à 
titre d’augmentation de rente; car il ne peut pas y avoir deux taux 
différents pour les profits. Si le fermier consent à payer quinze quar 
ters de blé en raison de l’augmentation de produits obtenue par 
l’addition de 10001. st. de capital, c’est parce qu’il ne saurait en faire 
un emploi plus profitable. Ce serait là le taux courant proportion 
nel des profits; et si l’ancien fermier n’acceptait pas la condition, un 
autre se présenterait bientôt, prêt à payer au propriétaire un excédant 
de rente proportionné au profit additionnel qu’il pourrait retirer de 
sa terre. 
Dans ce cas, comme dans le précédent, le dernier capital employé 
ne donne pas de rente. Le fermier paie, à la vérité, quinze quarters
        <pb n="98" />
        4i PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
de rente, eu égard à l’augmentation du pouvoir productif des pre 
mières 1000 1. St. ; mais pour l’emploi des secondes 1000 1. st. il ne 
pai ' pas de rente. S’il venait à employer sur la même terre un troi 
sième capital de 1000 1. st. produisant en retour soixantc-ipiinze 
quarters de plus, il paierait alors, pour le second capital de 1000 1. st., 
une rente qui serait égale à la dififércnce entre le produit des deux ca 
pitaux, c’est-à-dire à dix quarters; la rente des premières 1000 1. st. 
hausserait de quinze à vingt-cinq quarters ; et les dernières 1000 1. st. 
ne paieraient point de rente. 
S’il y*avait donc beaucoup plus de terres fertiles qu’il n’en faut 
pour fournir les subsistances nécessaires à une population croissante, 
ou s’il était possible d’augmenter le capital employé à la culture des 
vieux terrains sans qu’il y eut aucune diminution de produits, la 
hausse des rentes deviendrait impossible, la rente étant l’eflet constant 
de l’emploi d’une plus grande quantité de travail donnant moins 
de produits. 
Les terres les plus fertiles et les mieux situées seraient les premières 
cultivées, et la valeur échangeable de leurs produits serait réglée, 
comme celle des autres denrées, par la somme de travail nécessaire 
à leur production et à leur transport jusqu’au lieu delà vente. 
La valeur échangeable d’une denrée quelconque, qu’elle soit le 
produit d’une manufacture, d’une mine, ou de la terre, n’est jamais 
réglée par la plus petite somme de travail nécessaire pour sa pro 
duction dans des circonstances extrêmement favorables, et qui con 
stituent une sorte de privilèges. Cette valeur dépend au contraire de 
la plus grande quantité de travail industriel que sont forcés d’em 
ployer ceux qui n’ont point de pareilles facilités, et ceux qui, pour 
produire, ont à lutter contre les circonstances les plus défavorables. 
&gt;ous entendons par circonstances les plus défavorables, celles sous 
l’influence desquelles il est plus diflicile d’obtenir la quantité néces 
saire de produits. 
C’est ainsi que dans un établissement de bienfaisance où l’on fait 
travailler les pauvres au moyen de dotations, le prix des objets 
qui y sont fabriqués sera, en général, réglé, non d’après les avan 
tages particuliers accordés à cette sorte d’ouvriers, mais d’après 
les diflicultés ordinaires et naturelles que tout autre ouvrier aura à 
surmonter. Le fabricant qui ne jouirait d’aucun de ces avantages 
pourrait, à la vérité, n ôtre plus en état de soutenir la concurrence, si 
ces ouvriers favorisés pouvaient suppléer à tous les besoins de la 
société; mais s’il se décidait à continuer son industrie, ce ne serait
        <pb n="99" />
        CHAP. II. — DE LA RENTE DE LA TERRE 
45 
qu’antant qu’il retirerait toujours de son capital les profits ordi 
naires, ce qui ne pourrait arriver s’il ne vendait ses articles à un 
prix proportionné à la quantité de travail industriel consacré à leur 
production 
* M. Say n’a-t-il pas oublié dans le passage suivant que ce sont les frais de pro 
ductions qui règlent définitivement les prix? — « Les produits de l'industrie 
» agricole ont même cela de particulier, qu’ils ne deviennent pas plus chers en 
»devenant plus rares, parce que la population décroît toujours eu même temps 
» que les produits alimentaires diminuent ; et que, par conséquent, la quantité 
» de ces produits qui est demandée diminue en même temps que la quantité 
» offerte. Aussi ne remarque-t-on pas que le blé soit plus cher là où il y a beau- 
" de terres en friche, que dans un pays complètement cultivé. L’Angleterre, 
» la France, étaient beaucoup moius bien cultivées au moyen âge que de nos 
»jours ; elles produisaient beaucoup moins de céréales, et néanmoins, autant 
»qu’on en peut juger par comparaison avec quelques autres valeurs, le blé ne 
» s’y vendait pas plus cher. Si le produit était moindre, la population l’était aus- 
.. SI : la faiblesse de la demande compensait la faiblesse de l’approvisionnement » 
Lto- II f Chap. 8. M. Say, persuadé que le prix du travail était le régulateur de 
elui des denrees, et supposant avec raison que les établissements de charité de 
toute espece tendent à augmenter la population au delà de ce qu’elle serait de- 
à elle-même, et par conséquent à faire baisser les salaires, 
üit : « .le soupc^onne que le bon marché des marchandises qui viennent d’AnHe- 
» terre tienten partie à la multitude d’établissements de bienfaisance qui existent 
»dansce pays. » Liv. III, chap. fi. Cette opinion est conséquente dans un au 
teur qui soutient que les salaires règlent les prix. 
Je ne pense point que ce soient les frais de production qui définitivement rè 
glent le prix des choses ; car, lorsqu’une chose coûte trop cher à faire, elle ne se 
vend point. l e prix s’établit en raison directe de la quantité demandée, et en 
raison inverse de la quantité offerte. Lorsque le prix courant paie peu généreu 
sement les producteurs *, la quantité produite, c’est-à-dire offerte, diminue ; le 
prix monte, et en même temps un certain nombre de consommât^urs renoncent 
à Si porter demandeurs ; et lorsque le prix monte au point d’excéder les falcultés 
des p us riches amateurs, la production et la vente de cette espèce de produit 
cessent complètement. (Aofe de Ifiuleur.) 
Relativement à l’iiilluence que les secours donnés aux indigents exercent sur les 
salaires, et par suite sur le prix des produits, on sait qu’en Angleterre les paroi- 
scs viennent au secours des ouvriers qui gagnent trop peu pour soutenir leurs 
familles. Sans un tel secours ces familles ne pourraient pas s’entretenir et se 
perpétuer. La classe des ouvriers deviendrait moins nombreuse et plus chère. 
11 est permis de croire qu alors leurs produi s renchériraient et soutiendraient 
moins tavorablement la concurrence dans l’étranger. Au surplus, je crois, avec 
Al. Ricardo, que la valeur des salaires, dans la plupart des cas, influe, sinon 
• Dans les producteurs, je comprends toujours, outre ceux qui fournissent le travail, ceux 
qui fournissent les tonds de terre et le capital, qui ne sont pas moins indispensables que le 
tra\uil.
        <pb n="100" />
        46 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE.» 
A la vérité, les meilleurs terrains auraient toujours continué adonner 
le même produit avec le même travail qu’auparavant, mais leur valeur 
aurait haussé par suite des produits comparativement moindres obte 
nus par ceux qui auraient consacré un travail additionnel, ou de 
nouveaux capitaux à des terrains moins fertiles. Et quoique les 
avantages d’un terrain fertile sur un autre moins productif ne soient 
jamais perdus, et ne fassent que passer des mains du cultivateur et du 
consommateur dans celles du propriétaire, comme il faut employer 
plus de travail à la culture des terrains inférieurs, ces terres, seules, 
pouvant fournir l’approvisionnement additionnel de produits, la va 
leur comparative de ces produits se maintiendra constamment au- 
dessus de son ancien niveau, et s‘échangera contre plus de cha 
peaux, de draps, de souliers, etc., etc., toutes choses dont la produc 
tion n’exigera point une augmentation de travail. 
Ce qui fait donc hausser la valeur comparative des produits natu 
rels, c’est l’excédant de travail consacré aux dernières cultures, et 
non la rente qu’on paie au propriétaire. La valeur du hlé se règle 
d’après la quantité de travail employée à le produire sur les dernières 
qualités de terrains ou d’après cette portion de capital qui ne paie pas 
de rente. Le hlé ne renchérit pas, parce qu’on paie une rente ; mais 
c’est au contraire parce que le hlé est cher que l’on paie une rente ; et 
l’on a remarqué, avec raison, que le blé ne baisserait pas, lors même 
que les propriétaires feraient l’entier abandon de leurs rentes. Cela 
n’aurait d’autre eifet que de mettre quelques fermiers dans le cas de 
vivre en seigneurs, mais ne diminuerait nullement la quantité de 
travail nécessaire pour faire venir des produits bruts sur les terrains 
cultivés les moins productifs '. 
point du tout, au moins faiblement, sur la valeur des produits. Toute augmenta 
tion dans les frais de production diminue l’avantage que l’entrepreneur d'un 
certain produit en particulier trouve à le produire, diminue par conséquent la 
quantité de ce produit qui est apportée sur le marché, et, par suite, eu fait monter 
le prix ; mais, d’un autre côté, à mesure que le prix monte, la demande diminue 
de son côté. C’est ce qui fait que les producteurs ne peuvent jamais faire sup 
porter au consommateur la totalité de l’augmentation de leurs frais. Pour ne 
point diminuer la quantité qui se consomme, ils aiment mieux altérer leurs qua 
lités qu’élever leurs prix. C’est ce qui fait que plus] les marchandises montent et 
moins elles sont bonnes. S’il fallait faire les soieries aussi substantielles qu’elles 
l’étaient il y a cinquante ans, la consommation en cesserait presque entière 
ment. — J-B. Say. 
* De ce que le prix du blé ne baisserait pas quand même tous les fermiers 
seraient débarrassés de leurs propriétaires, il ne s’ensuit pas que le prix du blé
        <pb n="101" />
        47 
CHAP. II. — DE LA RENTE DE LA TERRE. 
Rien n’est plus commun que d’entendre parler des avantages que 
possède la terre sur toute autre source de production utile, et cela, en 
ne paie aucun profit en raison du droit de propriété. Qui ne voit que, dans ce 
cas, les fermiers se substitueraient aux propriétaires, et empocheraient leurs 
profits ? l a terre est un atelier chimique admirable où se combinent et s’éla 
borent une foule de matériaux et d’éléments qui en sortent sous la forme de fro 
ment , de fruits propres à notre subsistance, de lin dont nous tissons nos vête 
ments , d’arbres dont nous construisons nos demeures et nos navires. La nature 
a fait présent gratuitement à l’homme de ce vaste atelier, divisé en une foule 
de compartiments propres à diverses productions ; mais certains hommes entre 
tous s’en sont emparés, et ont dit : A moi ce compartiment, à moi cet autre ; 
ce qui en sortira sera ma propriété exclusive. Et, chose étonnante ! ce privilège 
usurpé, loin d’avoir été funeste à la communauté, s’est trouvé lui être avanta 
geux. Si le propriétaire d’une terre n’était pas assuré de jouir de ses fruits qui 
voudrait faire les avances de travail et d’argent nécessaires pour sa culture ^Les 
non-propriétaires eux-mêmes, qui maintenant du moins peuvent être passa 
blement vêtus et se procurer leur subsistance avec le produit de leur travail, 
seraient réduits comme cela se pratique dans la Nouvelle-Zélande, ou bien 
a ootka-Soimd, a se disputer perpétuellement quelques pièces de poisson ou 
aiitrl fn’ V "'"r ’ G"«"« étemelle, et à se manger les uns les 
autres, faute d un aliment plus honnête. 
C est ainsi qu’un fonds de terre a pu fournir une quantité décuple, centuple, 
de produits utiles a l’homme. La valeur de ces produits une fois créée a formé le 
revenu, 1° du propriétaire foncier ; 2«« du capitaliste qui a fourni les avances 
I soit qu il se trouve être le propriétaire lui-même ou bien le fermier) ; 3- des 
cultivateurs, maîtres et ouvriers dont les travaux ont fertilisé le sol. — Oui a 
paye cette valeur dont s’est formé le revenu de tous ces gens-là? — T/acheteur 
e consommateur des produits du sol.-Et je dis que le produit du soi a payé 
tout cela ; car s’il avait été insuffisant, une partie de ces moyens de production 
ne recevant point d’indemnité pour son concours, se serait retirée de la produc 
tion ; que le propriétaire lui-même n’aurait plus voulu louer son atelier ( le ter 
rain), puisque cette location ne lui aurait rien rapporté. Dès lors plus de garan 
tie, plus de certitude de recueillir les produits; le terrain serait resté en friche 
et a quantité offerte des produits territoriaux devenant moins grande, serait re 
montée au taux nécessaire pour que le propriétaire fût payé. (Il est entendu 
que cet effet aurait eu lieu, toutes choses d’ailleurs égales, et dans un état donné 
ne la société. ) 
du ^ profit du propriétaire foncier supporte, plus que les profits 
pi a e e in ustrie, les inconvénients du local ; car une certaine portion 
tro'aux ne sont pas aussi immobiles que la terre; ils peuvent 
I a petit changer d objets, tandis que le fonds de terre ne pouvant ni se 
ns porter dans un lieu où ses produits auraient plus de valeur, ni donner d’au- 
pro uits que ceux auxquels la nature l’a rendu propre, n’a pu composer ses 
O Its que de la valeur qui, dans ses produits, excède les profits du cultivateur 
qui n est pas propriétaire.
        <pb n="102" />
        48 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
raison du surplus qu’on en retire sous la forme de rente. Et cependant, 
à l’époque où les terrains sont le plus fertiles, le plus abondants, le 
plus productifs, ils ne donnent point de rente ; et ce n’est qu’au mo 
ment où ils s’appauvrissent,—le même travail donnant moins de pro 
duit, — qu’on détache une partie du produit primitif des terrains de 
premier ordre, pour le paiement de la rente \ 11 est assez singulier 
que cette qualité de la terre, qui aurait dù être regardée comme un 
désavantage, si on la compare aux agents naturels qui secondent 
le manufacturier, ait été considérée au contraire comme ce qui lui 
donnait une prééminence marquée. Si l’air, l’eau, l’élasticité de la 
vapeur, et la pression de l’atmosphère pouvaient avoir des qualités 
variables et limitées; si l’on pouvait, de plus, se les approprier, tous 
Voilà pourquoi de certaines terres ne rapportent que 20 sous l’arpent à leur 
propriétaire, tandis que d’autres se louent 100 fr , 200 fr., et davantage. 
La proportion entre l’offre et la demande fixe le prix des produits territoriaux 
comme de tout autre produit. Sur ces prix l’industrie et les capitaux dont le con 
cours a été nécessaire, retirent des profits proportionnés aux risques, aux talents, 
et au taux ordinaire des profits dans tout autre genre de production. Les surplus 
forment le revenu du propriétaire foncier, le profit annuel de son utile usurpa 
tion. En cela nous sommes d’accord avec ]\I. Ricardo; mais lorsqu’il prétend 
que, ii’y eût-il point de propriétaires, le prix du blé resterait le même, nous ne 
pouvons le croire. 
Lorsque, soit à cause de la médiocrité du terrain, soit à cause de la pesantejar 
des impôts, le travail et le capital employés à la culture coûtent plus que ne 
vaut le produit qui eu résulte, alors non-seulement il n’y a pas de profits, de re 
venu, pour le propriétaire du fonds ; mais il n’y eu a point non plus sur ce même 
fonds pour les capitaux ni l’industrie ; ils se consomment ou s’enfuient ; les terres 
restent en friche ; la population décroît, la civilisation s’altère , et la barbarie 
revient. C’est l’observation que Volney a faite sur la Syrie , et qu’on pourrait 
faire, quoique à un moindre degré, sur de certaines parties de l’Italie et de l’Es 
pagne, qui ont été mieux cultivées et j)lus populeuses qu’elles ne le sont à pré 
sent. 
Il m’a paru plus simple d’exposer ce que je crois être le véritable état des cho 
ses, que de combattre, paragraphe par paragraphe, la doctrine deM. Ricardo.— 
J.-B. Sav. 
' Il se peut qu’une telle théorie convienne mieux aux habitudes et peut-être 
aux préjugés des Anglais sur la propriété ; mais elle nous paraît inférieure à 
celle d’Adam Smith, qui est plus conforme à la nature des choses, et qui explique 
d’une manière beaucoup plus simple l’origine du fermage. Le fermage n'est, 
selon nous, que le prix de location d’un instrument privilégié dans les pays 
d’aristocratie, et d’un accès plus libre dans les pays où règne l’égalité des parta 
ges. La liberté absolue du commerce en ferait encore plus baisser le taux, si elle 
existait quelque part. — A. Blakql'i.
        <pb n="103" />
        4» 
CHAP. II. — DE LA RENTE DE LA TERRE. 
c€s agents donneraient une rente, qui se développerait à mesure que 
on utiliserait leurs différentes qualités. Plus on descendrait dans 
ce e le des qualités, et plus hausserait la valeur des produits fabri 
ques avec ces agents, parce que des quantités égales de travail in- 
ustriel donneraient moins de produits. L’homme travaillerait plus 
^|SKm c(mps, Ia nature fenut mcnns, et la terre ne jouirait plus d’une 
P ééminence fondée sur la limitation de ses forces 
la donnerait, en effet, plus de râleur aux marehandises fabriquées 
non-seulement aree ces maebines, mais avec toutes celles du pars • 
■ 
« terres et ^ i beaucoup plus grande valeur au produit annuel dei 
•■aval U pays, a la richesse et au revenu réel deses habitants. Dt
        <pb n="104" />
        J.Q PRIKCIMCS DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
" La hausse des rentes est toujours l’effet de l’accroissement de la 
richesse nationale, et de la difficulté de se procurer des subsistances 
. toutes les manières dont un capital peut être employé, c’est sans comparaison 
» culture n’augmente pas plus le capital national que tout autre genre in 
„ trie. Smith, en regardant la portion de la production territoriale qui represente 
. le nrolit du fonds de terre, comme si avantageuse à la société, n a pas relleüii 
» que la rente n’est que l’effet de la cherté, et que ce que le propriétaire gagne de 
„cette manière, il ne le gagne qu’aux dépens du consommateur société ne 
„ sagne rien par la reproduction du profit des terres ; c’est une classe qui prolitc 
„L dépens des autres. S’imaginer que l’agriculture donne un produit net, 
„ fobtient, non parce que la nature a aidé à la production, mais parce que, seul, 
„ il fait concorder l’offre avec la d mande » ( A ote de / . iuteiu ) 
Un ne saurait disconvenir à la suite de ces deux estimables écrivains, de M Bu 
chanan, compatriote d’Adam Smith et qui soutient si bien l’honneur de la cele 
bre école d’Edimbourg, et de M. David Ricardo , qui a développé avec tant de 
sagacité les lois de la dépréciation du papier-monnaie ; o,: ne saurait disconvenir, 
diy-je, que le propriétaire foncier n’ajoute personnellement rien a uti ite anime 
lenient produite dans un pays. Si donc les circonstances du pays établissent, pour 
K s produits agricoles, une demande telle que leur va.eur vénale excède les autres 
avances, de manière à former un revenu pour le propriétaire ioncier, il taut con 
venir que cet excédant est une portion de richesse tirée de la poche des consom 
mateurs, pour être mise, sans e'quivaleiit de leur part, dans la poche des proprié 
taires fonciers. Ou en peut dire autant du capitaliste qui tait v aloir son capital 
Cependant s’il est impossible, comme il est prouvé dans mon Traité d Lcvnvinie 
politique {Viv. 1), que la production ait lieu, non-seulement sans fonds de terre 
, Q„j pjippropriiition i'xcluslve dims les arts n’étanl point iiulispensablc pour que 'c 
D,oin,it', %isle on se passerait de celui qui vouilrail faire payer la pesanteur de l’almospl.ere 
ou la chaleur du soleil. La qu.mlilé olf. rle des produits des arts n'en étant pas molndr. Jenr 
. i . r !.. .... îliail’i*. — j »#•
        <pb n="105" />
        CHAP. 11. — DE LA RENTE DE LA TERRE. 51 
pourle surcroît de population : c’est un signe, mais ce n’est jamais une 
cause de la richesse; car la richesse s’accroit souvent très-rapidement 
pendant que la rente reste stationnaire, ou même pendant qu’elle 
baisse. La rente hausse d’autant plus rapidement, que les terrains 
disponibles diminuent de facultés productives. Là où la richesse aug 
mente avec le plus de vitesse, c’est dans les pays où les terres dis 
ponibles sont le plus fertiles, où il y a le moins de restrictions à 
1 importation, où, par des améliorations dans l’agriculture, on peut 
multiplier les produits sans aucune augmentation proportionnelle 
dans la quantité de travail, et où, par conséquent, l’accroissement des 
rentes est lent. 
Si le prix élevé du blé était l’effet et non la cause de la rente, il 
varierait en raison de l’accroissement ou de la diminution de la rente 
qui se trouverait former ainsi une portion intégrante des prix. Mais 
c’est le blé qui a exigé pour sa production le plus de travail qui 
est le régulateur du prix des grains; et la rente n’entre pas et ne 
peut entrer pour rien dans les éléments du prix du blé *. Adam 
gine a réglék'vaim" échangée deTLn^^^^^^ quât 
et sans capitaux, mais sans que ces moyens de production ne soient des oropr/é- 
¿C.S ne peut-on pas dire que leurs propriétaires exercent une fonction pro- 
ductive, puisque sans elle la production n’aurait pas lieu? fonction commode à 
InZl ,• '""r nos sociétés, a exigé une ac- 
cumulat.on, fruit d une production et d'une épargne, c’est-à-dire d’une privation 
anterieure. Quant aux capitaux, ils sont évidemment le fruit de la production de 
eurs auteurs; et quant aux terres, si le premier occupant en a pu jouir à titre 
gratuit, a coup sûr on ne peut obtenir une terre actuellement que par une nro- 
duction de valeurs épargnées, égale à sa valeur. Je ne parle pas des biens qu’on 
a par succession ou par dons entre-vifs qui ne changent en rien la nature et les 
c J têts de la propriété par rapport au consommateur. 
Si donc les propriétés territoriale et capitale sont le fruit d’une production de 
la part de leurs possesseurs ou de ceux qui la leur ont transmise, je suis fondé à 
représenter ces propriétés comme des machines travaillantes, productives, dont 
les auteurs, en se croisant les bras, tireraient un loyer ; et j'ajoute que ce loyer 
ferait partie des frais de production, de ce que Smith appelle le prix natureldu 
pio uit. entrerait aussi dans le prix vénal de ce même produit; car si l’acqué 
reur ne pavait pas tout ce qu il faut pour que la machine gagnât un loyer, celte 
machine, dont la volonté est représentée par la volonté de ses maîtres, cesserait 
de P éter son concours, et le produit n’aurait pas lieu. —J. - B. Sav. 
La parfaite intelligence de ce principe me paraît une chose de la plus haute 
importance en économie politique. (Ao/e de l'Auteur.)
        <pb n="106" />
        52 PRINCIPES DE L’ECONOMIE POLITIQUE. 
tité comparative de travail nécessaire à leur production, peut être 
modifiée par ¡’appropriation des terrains et le paiement d’une rente. 
Il entre dans la composition de presque toutes les marchandises une 
certaine source de produits agricoles, dont la valeur, aussi bien'que 
celle du blé, est réglée par la faculté productive de la dernière por 
tion de capital engagée dans la terre, de celle qui ne paie pas de rente. 
La rente n’est donc point un élément du prix des denrées 
Nous avons jusqu’ici étudié les effets du progrès naturel de la ri 
chesse et de la population sur la rente dans un pays dont les terres 
ont différents degrés de force productive, et nous avons vu qu à 
chaque portion additionnelle de capital qu’on est obligé d’employer 
à la culture, et dont le produit est moins profitable, la rente hausse 
Il résulte des mêmes principes que si, par quelques modifications 
dans l’état social, il devenait inutile d’employer autant de capital a 
‘ Entendons-nous. Si l’auteur veut dire que le profit foncier, le revenu du 
propriétaire, ne fait pas partie de ce (|ue|Smith appelle Xtprix naturel des cho 
ses, c’est-à-dire du montant des frais nécessaires de leur production, il peut 
avoir raison (sauf la restriction contenue en la note précédente). 
Si l’auteur veut dire que le revenu du propriétaire ne fait pas partie du 
prix courant des choses, de ce prix auquel le balancement de la quantité deman 
dée avec la quantité offerte porte les choses, il me semble être dans 1 erreur. 
La faculté productive du sol, du moment qu elle est de\enue une propriété, 
me semble être du même genre que la faculté productive du travail, qui est la 
propriété du travailleur. Les facultés de l’homme elles-mêmes, sa force mus 
culaire, et même sa force d’intelligence, ne sont-elles pas un don gratuit de la 
nature, comme les facultés du sol ? 
Que si IM. Ricardo prétendait que la demande des produits territoriaux ne 
va jamais au delà des facultés productives du sol, c’est-à-dire au delà des pro 
duits que peuvent fournir toutes les terres, les mauvaises comme les bonnes, je 
répondrais que je n’en vois pas la raison ; que les circonstances du pays peuvent 
être telles que les produits du sol, nécessairement bornés, soient toujours a un 
pr/x monopole qui assure au propriétaire des plus mauvaises terres un prolit 
foncier ; que les capitaux ne peuvent pas être attirés vers ces produits, et les mul 
tiplier au delà des bornes (pie leur opposent l’étendue du pays et la fertilité de 
son sol,et(¡u’en supposant même que l’on regardât le commerce étranger comme 
un supplément suffisant à la production du pays, il’resterait toujours a payer le 
profit foncier du propriétaire étranger (qui n’est pas plus disposé (jue le proprié 
taire indigène à céder pour rien le concours de ses terres), sans parler des frais 
et des risques du commerce étranger. Enfin, l’expérience nous apprend (|ue dans 
les pays populeux et productifs, les plus mauvaises terres, du moment qu’elles 
sont cultivées, rapportent toujours quelque fermage, et par conséquent quelque 
revenu foncier. — J B S.w.
        <pb n="107" />
        CHAP. 11. — de la rente de la terre. 53 
1 agriculture, les dernières portions qui y auraient été consacrées, 
donneraient plus de profit, et les rentes baisseraient. Toute réduc 
tion considérable dans le capital national, qui diminuerait d’une 
manière sensible les fonds destinés à payer le travail, aurait natu 
rellement le même effet. La population se proportionne toujours au 
capital destiné à j)ayer le travail, et, par conséquent, doit s’accroître 
ou diminuer selon que ce capital augmente ou diminue. Toute réduc 
tion dans le capital est donc lUHîessairemenl suivie d’une moindre 
demande de blé, d une baisse de prix, et d’une diminution de cul 
ture. La diminution des capitaux abaisse ainsi la rente par une in 
fluence contraire à celle de leur accumulation. Les terrains les moins 
productifs seront successivement abandonnés, la valeur échangea 
ble de leurs produits tombera, et on ne cultivera en dernier lieu 
que les terrains les plus fertiles, qui alors ne paieront plus de 
rentes. 
Le même résultat aurait encore lieu dans le cas où l’accroissement 
de richesse et de population dans un pays serait aecompagné de si 
grandes amelioraUons dans l’agriculture, qu’il n’y eût plus besoin de 
cultiver des terrains d’une qualité inférieure, ou de dépenser autant 
de capital à la culture des terrains plus fertiles. 
Supposons qu une population donnée ait besoin pour sa nourriture 
d’un million de quarters de blé, qu’on récolte sur des terrains des 
qualités n“’ 1, 2, 3. Si 1 on vient à découvrir un moyen perfectionné 
par lequel les terrains n°‘ I et 2 suflisent pour donner la quantité re 
quise sans avoir recours au n» 3, il est clair que dès lors il y aura 
baisse de la rente; car c’est le n» 2 au lieu du n» 3 (jui sera alors 
cultivé sans payer de rente et celle du n“ 1, au lieu d’être la diffé 
rence entre le produit du n“ 3 et du n° 1, ne représentera plus que la 
dilférence entre les n~ 2 et 1. La population restant ta même, il ne 
saurait y avoir de demande pour une quantité plus forte de blé ; le 
capital et le travail employés jadis à la culture du n" 3 seront consa 
crés a la production d’autres objets utiles à la société, et ne contri 
bueraient à la hausse de la rente que dans le cas où les matières 
premières qui entrent dans leur composition ne pourraient s’acquérir 
que par un emploi moins avantageux du capital consacré à l’agri 
culture. Or, dans ce cas, on reprendrait la culture du n" 3. 
Il est hors de doute que la baisse du prix relatif des produits na 
turels par suite d’améliorations agricoles ou d’une économie dans la 
production, doit naturellement conduire à une plus forte accumula 
tion ; car les profits du capital doivent s’être accrus de beaucoup.
        <pb n="108" />
        .'54 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Celte accumulation de capital fera naître une plus forte demande 
d’ouvriers, fera hausser leurs salaires, et augmentera la population ; il 
y aura ainsi, demande croissante de produits agricoles, et, par suite, 
augmentation de culture. Atais ce n’est qu’après l’augmentation de 
la population que les fermages pourront s’élever à leur ancien taux, 
c’est-à-dire après que les terres n* 3 auront etc soumises à la cul 
ture; et il se sera écoulé dans cet intervalle un espace de temps assez 
considérable, signalé par une diminution réelle des rentes. 
Les améliorations en agriculture sont de deux espèces : les unes 
augmentent la force productive de la terre, et les autres nous font 
obtenir ses produits avec moins de travail. Toutes deux tendent à 
faire baisser le prix des matières premières; toutes deux inlluent sur 
la rente, mais pas également. Si elles ne faisaient pas baisser le prix 
des matières premières, elles ne seraient plus des améliorations; car 
leur caractère essentiel est de diminuer la quantité de travail qui était 
nécessaire auparavant pour la production d’une denrée, et une telle 
diminution ne saurait s’effectuer sans être suivie de la baisse de son 
prix ou de sa valeur relative. 
Les améliorations qui augmentent les pouvoirs productifs de la 
terre, comprennent les assolements et de meilleurs engrais. Par ces 
améliorations l’on peut retirer le máme produit d’une moindre éten 
due de terrain. Si au moyen d’une rotation de turneps je puis en 
même temps nourrir mes moutons et avoir une récolte de blé, le 
terrain qui servait auparavant à nourrir mes moutons deviendrait 
inutile, et j’obtiendrais la máme quantité de produits bruts en em 
ployant une moindre quantité de terrain. Si je découvre un engrais 
qui fasse produire au máme terrain 20 pour cent en plus de blé, je 
puis retirer une partie du capital qui se trouve employé à la [)artie la 
plus improductive de ma ferme. Afais, comme je l’ai déjà remarqué, 
il n’est pas nécessaire, pour faire baisser la rente, de soustraire des 
terres à la culture : il su flit pour cela qu’on emploie des portions 
successives de capital dans la même terre avec des résultats diffé 
rents, — la portion qui donne le moins de profit étant retirée. Si 
par 1 introduction de la culture des turneps ou par l’usage d’engrais 
plus riches, je puis avoir le même produit moyennant le même ca 
pital, et sans changer la différence qui existe entre les rendements des 
portions successives de capital, je ferai baisser la rente, car cette 
portion, qui est la plus productive, sera celle qui servira de mesure 
pour estimer toutes les autres. Supposons, par exemple, que les 
portions successives de capital produisent 100, 90, 80, 70 : ma rente
        <pb n="109" />
        CHAP. II. — DE LA RENTE DE LA TERRE. 
pendant que j’emploierai ces quatre portions, sera de GO ou de toute 
la difiérciicc entre 
70 et 100-30 1 ( 100 
70 (t 90—20 f \ 90 
70 et 80—10 / tandis que le produit serait de 310 { 80 
GO ) _70 
' 340; 
et tant que j’emploierai ces portions, la rente restera toujours la 
même, quoique le produit de chacune d’elles éprouve un accroisse 
ment égal. Si, au lieu de ICO, 90, 80, 70, les produits s’élevaient 
a 125, 115, 105, 95, la rente serait toujours de GO, qui est la 
diHerence entre 
95 et 125-30 \ 
95 et 115—20 I 
95 et 105—m ( 
GO / 
tandis que les produits s’élèveraient à 440 
125 
115 
105 
95 
440, 
^fais avec une telle augmentation de produits, sans accroissement 
dans la demande, il ne pourrait y avoir aucune raison pour consacrer 
tant de capital à la terre; on en retirerait une portion, et, par con 
séquent, la dernière portion de capital rapporterait 105 au lieu de 
95, et la rente baisserait a 30, ou à la diiTérence entre 
Îa- |25—20 Ntandisquele produit spraittoujours 
lOo tt Ho— 10 les besoins de la population, car 
30 ; quarters, ou 
en rapport avre. 125 
il serait de 345 H5 
( 105 
345, 
la demande n’étant que de 340 quarters. 
Mais il est des améliorations qui peuvent faire baisser le prix 
relatif des produits et la rente en argent, sans faire baisser la rente 
en blé. De telles améliorations n’augmentent pas, à la vérité les 
forces productives de la terre, mais elles font obtenir le même 
produit avec moins de travail. Elles inOuent plutôt sur la forma 
tion du capital employé à la terre , que sur la culture même de 
la terre. Des perfectionnements dans les instruments de l’agricul 
ture, tels que les charrues et la machine à battre le blé, l’éco 
nomie dans le nombre des chevaux employés à l’agriculture, et des 
connaissances plus étendues dans l’art du vétérinaire, sont de cette 
nature. Moins de capital, ce qui est la même chose que moins de 
travail, sera consacré à la terre; mais pour obtenir le même pro 
duit, il faudra toujours cultiver autant de terrain. Pour recounûitro
        <pb n="110" />
        ^ Í’HINCIPES Dl: I/ÉCONOMIK POLITIQUE. 
si des améliorations de cette espèce influent sur la rente, il faudra 
examiner si la différence entre le produit obtenu par l’emploi de dif 
ferentes portions de capital, augmente, diminué, ou reste la 
même. Si l’on consacre quatre portions de capital à la terre, 50 60 
/O, 80, chacune donnant les mêmes résultats, et que, par quelque 
amelioration favorable à la formation de ce capital, on en puisse re - 
tirer 5 de chaque portion, en sorte qu’elles restent à 45, 55, 65 et 75 
a rente des terres à blé ne subira aucune altération ; mais si les amé- 
loratioiis sont de nature à permettre de faire sur la plus forte portion 
décapitai, 1 economic de la totalité de la portion employée d’une 
maniere moins productive, la rente baissera à l’instant, car la diffé 
rence entre le capital le plus productif et celui qui l’est le moins, se 
trouvera diminuée, et c’est cette différence qui constitue la rente. 
Je ne multiplierai pas les exemples, et j’espère en avoir dit assez 
pour prouver que tout ce qui diminue l’inégalité entre les produits 
O tenus au moyen de portions successives de capital employées sur le 
même ou sur de nouveaux fonds de terre, tend à faire baisser la 
oppoi,“ 
En parlant de la rente du propriétaire, nous l’avons considérée dans 
scs rapports avec le produit total, sans avoir le moindre égard à sa 
va cur échangeable; mais puisque la même cause— qui est la diffi 
culté de produire, — fait hausser la valeur échangeable des produits 
Jppp R plupart (les économistes anglais , a con- 
acre a Kieardo ces paroles qui sont une véritable couronne scientiliqup ; « Telle 
» la base de celte théorie si neuve et si capitale, qui est, disons-le, la gloire de 
» économie politique moderne et qui donne l’explication des faits économiques 
¡oint cene««'«'K pas Jusqu’à quel 
P ette t leorie est moderne, puisque, déjà bien avant Ricardo et Maltbus, elle 
aval ete nettement esquissée par Anderson et E. West : mais nous sommes 
111 qu e e ne constitue pas la gloire de réconomie politique actuelle. On n’y 
re rouve pas ces larges et fortes conséquences, ces arguments puissants qui font 
changer de face les questions et les sciences. C’est à la faveur d’hypothèses, d’ana- 
yses contestables et contestées, que Ricardo déroule la chaîne de ses aphorismes • 
et tout cela pour aboutir à prouver que la rente, cette dîme passablement aristo^ 
cratique, n ajoute rien aux frais de production, c’est-à-dire, pour aboutir à une 
logomachie ou à une erreur. Qu’on le sache bien, la gloire de Ricardo, comme 
celle de l’économie politique, n’est pas là : il faut la chercher, la trouver ailleurs 
et c’est ce que nous avons fait A. F. ’
        <pb n="111" />
        CHAP. II. _ DE EA HKNTE DE EA TERRE. 57 
naturels, en augmentant aussi la proportion de ces produits, donnés 
au propriétaire en paiement de sa rente, il est clair que celui-ci tire 
^^âHtage de la difficulté de produire. En effet il obtient 
a or une portion plus forte, et puis il est payé en denrées dont la 
valeur est plus considérable*. 
rentes ëntirf'''’ ""'P''"''' ''' '&gt;'™'™r à quel point peuvent varier les 
sifllISi 
les produit é~' - "ix hommes, 
lüo le prix s’élèverait à. 
à. 
à. 
I. 
4. 10. 0 
4. 16. 0 
% j 11% i de j I: l| 0 I rapporteraient j ' m 0 0 
' ' ' 5- 2 10) ( 30a. 13. 4 
MSportwIiT"'"""' j % I 
400 
et la r«mtp en argent, dans la propor-1 213 
lion de j 3^Q 
( 485 
(A’o/e f/e tauteur.)
        <pb n="112" />
        18 
PIILNXIPES DE L’l-CONOMIE POLITIQUE. 
CHAPITRE III. 
DU rnOFIT rOKCIER DES MOES. 
On obtient les métaux, ainsi que tous les autres objets, par le 
travail. La nature les produit, à la vérité; mais e’est le travail de 
l’homme qui les arrache du sein de la terre, et qui les prépare pour 
notre usage. 
Les mines, ainsi que les terres, rendent en général un profit au 
propriétaire. Lt ce profit, epii quelquefois est affermé, aussi bien que 
celui des fonds de terre, est l’effet, et n’est jamais la cause du ren 
chérissement des produits. 
S’il y avait quantité de mines également riches, que chacun pût 
exploiter , elles ne donneraient pas de rente ; la valeur de leurs pro 
duits dépendrait uniquement de la quantité de travail nécessaire pour 
tirer le métal de la mine et le porter au marché. 
Mais les mines sont de qualité différente, et, avec la même quan 
tité de travail, chacune donne un résultat différent. Le métal, retiré 
de la mine la plus ])auvre parmi celles qui sont exploitées, doit avoir 
au moins une valeur échangeable, non-seulement su disante poui 
payer l’habillement, la nourriture et les autres objets indispensables 
à l’entretien de ceux qui travaillent à l’cxploita'ion et au transpoit 
du métal, mais il doit aussi rapporter le profit ordinaire et général 
à celui qui avance le capital nécessaire a 1 entreprise. La rentrée a^ec 
profit du capital de la mine la plus pauvre, de celle qui ne peut jiayer 
aucun profit, aucune rente au propriétaire du sol, sert a régler la 
rente de toutes les autres mines plus productives. On suppose que 
cette mine rend l’intérêt ordinaire des avances; et tout ce que les au 
tres mines produisent de plus que celle-ci, sera nécessairement pa}é 
au propriétaire pour le profit du fonds. Ce principe étant précisément 
le même que celui que nous avons posé par rapport à la terre, il se 
rait inutile de nous y arrêter davantage '. 
1 Smith avait dit, au contraire ; « Le prix de la mine de charbon la plus féconde 
» règle le prix du charbon pour toutes les autres mines de son voisinage. Le pi’O'
        <pb n="113" />
        CHAP. 111. 
- DU PROFIT FONCIER DES MINES. Îi9 
Il suffira de remarquer que la même règle générale qui détermine 
la valeur des produits agricoles et des objets manufacturés, s’appli 
que également aux métaux. Leur valeur ne dépend ni du taux des 
rotits, ni de celui des salaires, ni de la rente des mines, mais de la 
quantité totale de travail nécessaire à l’extraction du métal et à son 
transport. 
Comme celle de toute autre marchandise, la valeur des métaux 
éprouve des variations. Il peut se faire dans les instruments et dans 
les machines consacrées à l’exploitation des mines, des améliorations 
au moyen desquelles il y ait une grande diminution de travail ; on 
peut découvrir de nouvelles mines plus productives, qui, avec le 
même travail, donnent plus de métal, ou bien on peut rendre les 
transports plus faciles. Dans tous les cas, les métaux baisseraient 
de valeur, et ne s’échangeraient plus que contre une moindre (pian- 
tité d’autres articles. Au contraire, si la difficulté d’obtenir le mé 
tal devenait plus grande par la nécessité d’exploiter la mine à une 
plus grande profondeur, par l’affluence des eaux ou partout autre 
accident, sa valeur, par rapport à celles des autres objets, pourrait 
hausser de beaucoup. 
C est donc avec raison que l’on a dit que les monnaies d’or et 
d argent, avec quelque scrupuleuse exactitude qu elles soient fabri 
quées d’après le type national, sont toujours sujettes à des variations 
de valeur non-seulement accidentelles et passagères, mais même per 
manentes, comme toute autre marchandise. 
La découverte de l’Amérique, et celle des riches mines qu’elle 
renferme, produisit un effet remarquable sur le prix naturel des mé 
taux précieux. 11 y a des personnes qui croient que cet effet sc pro 
longe encore. Il est cependant probable que toute l’inlluence produite 
par la découverte de l’Amérique sur la valeur des métaux a cessé de 
puis longtemps; et si, depuis quelques années, les métaux précieux 
ont éprouvé quelque déchet dans leur valeur, on ne doit l’attribuer 
qu’aux progrès qu’on a faits dans l’exploitation des mines *. 
» priétaire et l’entrepreneur trouvent tous deux qu’ils pourront se faire, i’un une 
" plus forte rente, l’autre un plus gros profit en vendant à un prix un peu infé- 
» rieur à celui de leurs voisins. » — Nous avons jugé ces diverses opinions dans 
notre Introduction. — A. F. 
* Si la quantité de travail industriel nécessaire pour se procurer les métaux 
précieux déterminait seule leur valeur, cette valeur, au lieu de décroître comme 
elle a fait depuis deux cents ans, se serait accrue; car ces frais d’extraction ont
        <pb n="114" />
        (&gt;0 
PíiliNCIF^ES 1&gt;E E’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Quelles qu'aient été les causes qui l’ont produit, il est certain que 
I effet a été si leut, si graduel, qu’on a éprouvé Itien peu d’incon- 
mm# 
rapportent plus neu on les abandonne ; mais qu’aussi longtemps qu’ils rappor- 
temquelqnecliose, ,1 y a un proUt foncier pour le propriétaire 
Les métaux précieux servant à la fois pour fabriquer des monnaies et pour fa 
briquer des objets d’utilité et de luxe, doivent être plus recherchés à mesure que
        <pb n="115" />
        CHAP. Ill, — DU profit FONCIER DES MINES. 61 
vénients d avoir adopté l'or et l’argent comme intermédiaires dans 
les échanges, et comme appréciateurs de toutes les autres marchan- 
a civilisation s étend et que les nations deviennent plus populeuses et plus riches, 
par a raison qu alors elles ont plus d’échanges à opérer au moyen des monnaies 
ustensiles d or et d’argent à leur usage. Si, comme il est probable, la 
CIVI isation gagne l’Amérique tout entière ; si cevaste continent se couvre d’États 
indépendants, agriculteurs, manufacturiers, commercants, et par conséquent 
ne es ; si l’Europe est destinée en même temps, comme il est permis de le croire, 
a jouir, en raison du progrès des lumières, d’uiie plus grande liberté d’industrie, 
I en résultera pour l’opulence générale du monde des progrès tels, qu’ils surpas 
seront de beaucoup les progrès faits durant les trois derniers siècles, tout immen 
ses qu’ils sont. Les métaux précieux devenant par cette raison beaucoup plus de 
mandés, il se peut que les profits des propriétaires des mines, qui ont été en dé 
croissant jus(|u’ii présent, recommencent à croître. Mais il se peut, d’un autre cô 
te, que la quantité de métaux précieux qui sera jetée dans la circulation, soit 
par la decouverte de nouveaux filons, soit par de meilleurs procédés d’exploita- 
é cas ne peut pas paraître invraisemblable, lorsqu’on voit ¡M. de Humboldt af- 
irmer que dufiuis le commencement du seizième siècle jusqu’à la fin du dix-bui- 
tieme, la quantité annuelle de métaux précieux que l’Amérique a versée'en Eu 
rope, a augmenté successivement depuis 3,000,000 de piastres jusqu’à 35,300,000; 
e lenient que chaque année met au jour maintenant une quantité d’or et d’ar- 
' Phis de dix fois aussi grande que chacune des années qui ont suivi la décou 
verte de l’Amérique. Le même voyageur est tenté de croire que les gîtes de mine 
rais qui sont restés intacts dans la chaîne des Andes sont tellement considéra 
bles, que l’on commence à peine à jouir de cet inépuisable fonds de richesses 
que renferme le Nouveau-.Monde. 
Quel sera le rapport entre les progrès de la civilisation et des richesses d’une 
part, et le progrès du produit des mines d’autre part ? Nos neveux pourront l’ap 
précier ; mais de ce rapport seul, je ne crains pas de le dire, dépendront la va- 
eur des métaux précieux, et les profits fonciers de leurs propriétaires 
Quelle que soit cette valeur, elle importe peu aux nations. Les métaux servent ou 
comme monnaies ou comme ustensiles. Comme ustensiles, les objets de service 
qui en sont faits sont de haut prix si la matière première en est rare, et de bas prix 
SI elle est commune; les mêmes ustensiles, sont, dans ce dernier cas, plus abondants 
a la portee de plus de monde; mais leur rareté n’est pas une calamité, car ils ne 
ni c e première, ni même de seconde nécessité. Comme monnaies, que la 
atiere dont on les compose soit d une grande ou d’une petite valeur, il n’eu 
esu te lieu que la nécessité d’en transporter de grosses masses quand ils sont 
communs, et de petites quand ils sont rares; du reste, il n’ya jamais, dans quelque 
pays que ce soit, qu’une valeur en monnaie déterminée, non par la valeur de sa 
matière, non pùr la quantité qu’en fabrique le gouvernement, mais par la valeur 
c langes qui sont à faire. Les monnaies, fussent-elles de diamant ou fussent-
        <pb n="116" />
        i 
1 
I 
I 
02 , PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE, 
dises. Quoiqu’ils constituent une mesure de la valeur essentiellement 
variable, les métaux sont peut-être, de toutes les marchandises, 
celle qui est la moins sujette à éprouver des variations. Cet avantage, 
ainsi que ceux qui résultent de la durée, de la malléabilité, de la di 
visibilité et de beaucoup d’autres propriétés des métaux précieux, 
leur ont assuré, à juste titre, la préférence qu’on leur a donnée dans 
tous les pays civilisés, pour servir de monnaie. 
Après avoir reconnu que l’or et l’argent sont une mesure impar 
faite des valeurs, en raison du plus ou moins de travail qui peut 
être nécessaire, suivant les circonstances, pour se procurer ces mé 
taux, qu’il nous soit permis maintenant de supposer pour un mo 
ment que tous ces inconvénients disparaissent, et qu’avec la même 
quantité de travail on puisse se procurer dans tous les temps une 
quantité égale d’or d’une mine qui ne paie pas de rente. L’or serait 
alors une mesure invariable de la valeur. Sa quantité augmenterait 
sans doute par la demande croissante ; mais sa valeur resterait inva 
riable , et ce serait une mesure on ne peut mieux calculée pour esti 
mer la valeur variable de tontes les autres choses. J’ai déjà, dans 
un chapitre précédent de cet ouvrage, supposé que l’or était doué de 
cette uniformité de valeur, et je continuerai à faire, dans le chapitre 
suivant, la même supposition. Lors donc que je parlerai de prix 
variables, cette variation devra toujours s’entendre de la marchandise, 
et jamais de la monnaie qui sert de mesure pour l’estimer. 
elles de papier, ne forment toujours qu’une somme de valeurs qui est dans une 
proportion quelconque avec les biens à échanger. Lorsqu’une fabrication surabon 
dante fournit une somme nominale supérieure aux besoins des transactions, la 
somme nominale diminue de valeur réelle, de manière a ne s élever toujours qu à 
la même valeur, et elle n’achète toujours qu’une même quantité de marchan 
dises. C’est une des belles démonstrations qui résultent des excellentes brochures 
de jM. David Ricardo sur la dépréciation du papier-monnaie d’Angleterre.— 
J.-B. Say.
        <pb n="117" />
        CHAP. IV. — DU PRIX NATUREL ET DU PRIX COURANT. 
63 
CHAPITRE IV. 
DU PRIX NATUREL ET DU PRIX COURANT. 
Nous avons regardé le travail comme le fondement de la valeur des 
choses, et la quantité de travail nécessaire à leur production, comme 
la règle qui détermine les quantités respectives des marchandises 
qu’on doit donner en échange pour d’autres ; mais nous n’avons pas 
prétendu nier qu’il n’y eût dans le prix courant des marchandises 
quelque déviation accidentelle et passagère de ce prix primitif et 
naturel. 
Dans le cours ordinaire des événements, il n’y a pas de denrées 
dont l’approvisionnement continue pendant un certain temps à être 
précisément aussi ahondant que l’exigeraient les besoins et les dé- 
Hi’s des hommes, et par conséquent il n’y en a pas qui n’éprouvent 
des variations de prix accidentelles et momentanées. 
Ce n’est qu’en raison de pareilles variations que des capitaux sont 
consacrés précisément dans la proportion requise, et non au delà, à 
la production des diiTérentes marchandises pour lesquelles il y a de 
mande. l’ar la hausse ou la baisse du prix, les prolits s’élèvent au- 
dessous de leur niveau général, et par la les capitaux se rapprochent 
ou s’éloignent des industries qui viennent d’éprouver l’une ou l’autre 
de ces variations. 
Chacun étant libre d’employer son capital comme il lui plait, il 
est naturel qu’il cherche à le placer de la manière la plus avauta- 
geuse; il ne se contentera pas d’un prolit de 10 pour cent, si, par 
un autre emploi, il peut en tirer 15 pour cent. Ce désir inquiet, qu’a 
tout capitaliste, d’ahandonner un placement moins lucratif pour un 
autre qui le soit davantage, tend singulièrement à établir l égalité 
dans le taux de tous les profits, ou à en fixer les proportions de 
telle sorte que les individus intéressés puissent estimer et compenser 
entre elles tout avantage que l’un aurait ou paraîtrait avoir sur l’au 
tre. 11 est peut-être assez difficile de retracer la marche par laquelle ce 
c rangement s’est opéré ; cela tient probablement à ce qu’un manu- 
acturier ne change pas absolument l’emploi de son capital, et sc
        <pb n="118" />
        64 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
borne à en retrancher une portion. Dans tous les pays riches, il y a 
un certain nombre d’hommes qu’on appelle capitalistes ; ils ne font 
aucun commerce, et ils vivent de l’intérêt de leur argent, qui est em 
ployé à escompter des effets de commerce, ou qui est prêté à la classe la 
plus industrieuse de l’État. Les banquiers consacrent aussi une grande 
partie de leurs capitaux aux mêmes opérations. Ces fonds, ainsi em 
ployés, forment un capital circulant très-considérable, qui est employé 
en quantités plus ou moins grandes dans tous les genres d’industrie. 11 
n’est peut-être pas de manufacturier, quelque riche qu’il soit, qui cir 
conscrive ses opérations dans le cercle que ses propres fonds lui per 
mettent. 11 a ^toujours une certaine portion de caj)ital flottant dont 
la somme augmente ou diminue, selon que la demande pour ses pro 
duits est plus ou moins active. Quand ily agrande demande de soieries, 
celle des draps diminuant, le fabricant de draps ne détourne pas son ca 
pital vers le commerce de la soierie ; il renvoie quelques-uns de ses ou 
vriers, et cesse d’emprunter de l’argent aux banquiers et aux capi 
talistes. Le fabricant de soieries se trouve dans une situation tout 
opposée ; et a besoin d’employer plus d’ouvriers, et par conséquent le 
besoin d’argent s’accroît pour lui ; il en emprunte en effet davantage, 
et le capital est ainsi détourné d’un emploi vers un autre, sans (ju’uii 
seul manufacturier soit forcé de suspendre ses travaux ordinaires. Si 
nous portons les yeux sur les marchés des grandes villes, nous ver 
rons avec quelle régularité ils sont pourvus de toutes sortes de den 
rées nationales et étrangères dans la quantité requise. Quelque va 
riable qu’en soit même la demande par l’effet du caprice, du goût, 
ondes variations sur veninas dans la population, il arrive rarement 
qu’on ait à signaler soit un engorgement par un approvisionnement 
surabondant, soit une cherté excessive, ])ar la faiblesse de l’approvi 
sionnement comparée à la demande. On doit donc convenir que le 
principe qui distribue le capital à chaque branche d’industrie, dans 
des proportions exactement convenables, est plus puissant qu’on ne 
le suppose en général. 
Le capitaliste qui cherche un emploi plus profitable pour ses fonds, 
doit naturellement peser tous les avantages qu’un genre d’industrie 
peut avoir sur un autre. Par cette raison, il pourrait renoncer à un 
emploi plus profitable de son argent, pour un autre emploi qui lui 
offrirait plus de sûreté, de propriété, de commodité, ou tout autre 
avantage réel ou imaginaire. 
Si, par de telles considérations, les profits des capitaux étaient 
réglés de manière à ce que dans un genre d’industrie ils fussent de
        <pb n="119" />
        CHAP. IV. — DU PRIX NATUREL ET DU PRIX COURANT. 6.S 
20, dans un autre de 25, et dans un troisième de 30 pour cent, ils 
continueraient toujours à présenter cette même différence relative, 
qui ne saurait augmenter : car si, par une cause quelconque, les pro- 
1 s un e ces genres d industrie venaient à hausser de 10 pour cent, 
cette hausse serait momentanée, et ils reviendraient promptement 
1 ou les profits des autres commerces s’élève 
raient dans la même proportion 
■ 
à nniio ^ ^ question est traité avec beaucoup de sagacité. Quant 
cinnlo - a\oir pleinement reconnu les effets qui, dans certains 
S u capital, peuvent modifier accidentellement le prix des 
(Ricardo.) r
        <pb n="120" />
        60 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE 
denrées, celui des salaires et les profits des fonds sans avoir aucune 
influence sur le prix général des denrées, des salaires ou des pro 
fits; après avoir, dis-je, reconnu ces effets qui se font également 
sentir à toutes les époques de la société, nous pouvons les négliger 
entièrement en traitant des lois qui règlent les prix naturels, les sa 
laires naturels et les profits naturels, toutes choses indépendantes 
de ces causes accidentelles. En parlant donc de la valeur échan 
geable des choses, ou du pouvoir qu elles ont d’en acheter d’autres, 
j'entends toujours parler de cette faculté qui constitue leur prix 
naturel, toutes les fois qu elle n’est point dérangée par quelque cause 
momentanée ou accidentelle *. 
. La distinction entre le prix naturel et le prix courant que M. Ricardo admet 
après Smith, parait être tout à fait chimérique. Il n’y a que des prix courants 
en économie politique. En effet, que voyous nous dans toute espèce de produc 
tion? r des services productifs fonciers (l’action productive de la terre), dont le 
-prix courant s’établit comme la valeur de toute autre chose, en raison composée 
de la quantité de ce service, offerte et demandée en chaque lieu ; 2° des services 
rendus par des capitaux productifs dont le prix courant, le loyer, se règle sur 
les mêmes motifs ; 3" eniin des travaux de tout genre, dont le prix courant dé 
pend des mêmes causes. 
Qu’est-ce qui établit la demande du service productif de ces divers agents ? la 
demande qu’on fait du produit qui doit en résulter. Et qu’est-ce qui établit la 
demande de ce produit? le besoin qu’on en a, l’utilité dont il est. 
Mais comme on n’achète un produit qu’avec un autre produit % et que le pro 
duit qui achète n’a pu exister de son côté que par des services productifs ana 
logues à ceux qui ont donné naissance au premier, les hommes qui composent 
la société ne font, dans la réalité, qu’offrir les services productifs propres à un 
genre de production, en échange des services productifs propres à un autre 
genre, propres à créer le produit dont ils ont besoin, — et par services productifs 
j’entends non - seulement les services que rend le travail que 1 auteur aurait 
dû nommer industrie, mais de plus les services que rendent les capitaux et les 
terres. 
Il en résulte, pour chaque genre, une quantité d’offres et de demandes qui 
règle la valeur courante, le prix courant de tous ces diftérents services. Il n y a 
point là de prix 'naturel, de taux commun et fixe, parce qu’il n’y a rien de fixe 
dans ce qui tient aux valeurs. 
Ce n’est pas un prix que le taux auquel une chose ne se vend pas ; et si elle se 
vend à ce taux, ce taux devient son prix courant. 
Tout le reste est hypothétique et de peu d’usage dans la pratique.—J -B SaV- 
* L’argent ou la monnaie ne sont qu’un intermédiaire qui ne reste pas entre les mains des 
contractants. L’argent qui paie un produit n’a été acquis que par la vente d’un autre. On a 
vendu son blé pour acheter son drap ; c’est comme si l’on avait échange du blé contre du drap 
L’argent qui a servi à cet échange est allé ailleurs.
        <pb n="121" />
        CHAP. V. - DES SALAIRES. 
«7 
CHAPITRE V. 
DES S.4LAIRES. 
U travail, ainsi que toutes choses que l’on peut acheter ou vendre 
et dont la quantité peut augmenter ou diminuer, a un prix naturel et 
un prix courant. Le prix naturel du travail est celui qui fournit aux 
ouvriers, en général, les moyens de subsister et de perpétuer leur es 
pece sans accroissement ni diminution. Les ressources qu’a l’ouvrier 
enchérir, en raison de la plus grande didiculté de l’acquérir Néan 
moins, les améliorations dans l’agriculture, la découverte de iiou 
veaux marches d’où l’on peut tirer des subsistances, peuvent, pendant 
un certain temps, s’opposer a la hausse du prix des denrées et iieu- 
rom.r"'* n'Ti‘’‘"ir'’ t»usej produi- 
ntun sembJahle effet sur Je prix naturel du trav ail. 
trat! i’"’‘ "T"' ~ matières primitives et le 
exceptés, — tend a baisser, par suite de l’accroissement des 
nchesses et de la population; car quoique, d’un cAté, leur valeur 
c augmente par la liausse du prix naturel des matières premières, 
n ne lérissement est plus que compensé par le perfectionnement 
® roacliiucs, par une meilleure division et distribution du travail, et 
labileté toujours croissante des producteurs dans les scieiures et 
dans les arts.
        <pb n="122" />
        ftH PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Le prix courant du travail est le prix que reçoit réellement l’ou 
vrier, d’après les rapports de l’offre et la demande, le travail étant 
cher quand les bras sont rares, et à bon marché lorsqu’ils abondent. 
Quelque grande que puisse être la déviation du prix courant relative 
ment au prix naturel du travail, il tend, ainsi que toutes les denrées, 
à s’en rapprocher. C’est lorsque le prix courant du travail s’élève 
au-dessus de son prix naturel que le sort de l’ouvrier est réellement 
prospère et heureux, qu’il peut se procurer en plus grande quan 
tité tout ce qui est utile ou agréable à la vie, et par conséquent élever 
et maintenir une famille robuste et nombreuse. Quand, au contraire, 
le nombre des ouvriers s’accroît par le haut prix du travail, les salai 
res descendent de nouveau à leur prix naturel, et quelquefois même 
l’effet de la réaction est tel, qu’ils tombent encore plus bas. 
Quand le prix courant du travail est au-dessous de son prix natu 
rel, le sort des ouvriers est déplorable, la pauvreté ne leur permet 
tant plus de se procurer les objets que l’habitude leur a rcii du 
absolument nécessaires. Ce n’est que lorsqu’à force de privations le 
nombre des ouvriers se trouve réduit, ou que la demande de bras s’ac 
croît, que le prix courant du travail remonte de nouveau à son prix 
naturel. J/ouvrier peut alors se procurer encore une fois les jouissan 
ces modérées qui faisaient son bonheur. 
Malgré la tendance qu’ont les salaires à revenir à leur taux naturel, 
leur prix courant peut cependant, dans la marche de la civilisation, et 
pendant un temps indéterminé, se maintenir constamment plus haut ; 
car à peine l’impulsion, donnée par une augmentation de capital, 
a-t-elle augmenté la demande d’ou\riers, qu’une nouvelle augmen 
tation peut produire le même effet. Et si cet accroissement de capital 
est graduel et constant, le besoin de bras continuera à servir d’encou 
ragement à la population. 
Le capital est cette partie de la richesse d’une nation (¡ni est em 
ployée à la production. Il se compose des matières alimentaires, des 
vêtements, des instruments et ustensiles, des machines, des matières 
premières, etc., nécessaires pour rendre le travail productif. 
Le capital peut augmenter à la fois en quantité et en valeur. Une 
nation peut avoir plus de subsistances et de vêtements, et deman 
der peut-être plus de travail encore qu’auparavant pour produire cette 
quantité additionnelle. Dans ce cas, le capital ne sera pas seulement 
plus considérable, il aura plus de valeur. 
1.C capital peut augmenter en quantité sans augmenter de valeur; 
il peut même s'accroître pendant ((ue sa valeur éprouve une baisse.
        <pb n="123" />
        CHAP. V. — DES SALAIRES. 69 
Ainsi une nation peut posséder plus de subsistances et de vêtements ; 
mais cette augmentation peut provenir de l’emploi des machines, 
sans qu il y ait aucune augmentation, et même avec diminution 
réelle dans la quantité proportionnelle de travail nécessaire à leur 
production. La masse de capital peut s’accroître sans qu’il augmente 
de valeur, soit dans sa totalité, soit dans une de ses parties. 
Dans le premier cas, le prix naturel des salaires haussera; car il 
est toujours réglé par le prix de la nourriture, de l’habillement et 
des autres objets nécessaires. Dans le second, il restera stationnaire, 
ou il baissera : mais, dans l’un comme dans l’autre cas, le prix courant 
des salaires doit monter; car la demande des bras augmentera en rai 
son de l’augmentation du capital. Plus il y aura d’ouvrage à faire, 
plus on aura besoin d’ouvriers. 
Dans les deux cas, le prix courant du travail montera même au- 
dessus de son prix naturel, ou tendra à s’en rapprocher; mais c’est 
surtout dans le premier que se manifestera cet accord des deux 
prix. Le sort de l’ouvrier sera amélioré, mais faiblement ; car la cherté 
des vivres et des autres objets de nécessité absorbera une grande par 
tie de son salaire, quoiqu’il soit plus fort. Par conséquent le manque 
de travail ou une légère augmentation de la population auront l’effet 
de réduire bientôt le prix courant du travail au taux naturel mo 
mentanément élevé. 
Dans le second cas, le sort de l’ouvrier s’améliorera singulièrement ; 
il recevra un bien plus fort salaire en argent, tandis qu’il pourra 
acheter les objets dont il a besoin pour lui et pour sa famille aux mê 
mes conditions, et peut-être même à plus bas prix ; et il faudra qu’il 
y ait un grand surcroît de population pour ramener de nouveau le 
prix courant du travail à son prix naturel déprécié. 
C est donc ainsi que toute amélioration dans la société, et toute 
augmentation de capital feront hausser le prix courant des salaires; 
mais la permanence de cette hausse dépendra d’un accroissement si 
multané dans le taux naturel, et cette hausse tient à son tour à cÆlle 
qui survient dans le prix naturel des denrées à l’achat desquelles 
l’ouvrier emploie son salaire. 
On aurait tort de croire que le prix naturel des salaires est absolu 
ment fixe et constant, même en les estimant en vivres et autres arti 
cles de première nécessité; il varie à différentes époques dans un 
même pays, et il est très-différent dans des pays divers*. Cela tient 
L abri, le vêtement indispeusabtes dans un pays peuvent ne l’être pas dans
        <pb n="124" />
        70 
PRINCIPES DE I/ÉCONOMIE POLITIQUE. 
essentiellement aux mœurs et aux habitudes du peuple. L’ouvrier 
anglais regarderait son salaire eomme au-dessous du taux naturel, et 
insuifisant pour maintenir sa famille, s’il ne lui permettait d’acheter 
d’autre nourriture que des pommes de terre, et d’avoir pour demeure 
qu’une misérable hutte de terre; et néanmoins cela paraît suffisant 
aux habitants des contrées où « la vie est à bon marché, « et où 
l’homme n’a que des besoins aussi modérés que faciles à satisfaire. 
11 y a bien des choses qui constituent aujourd’hui le bien-être du 
paysan anglais, et qu’on aurait regardées comme des objets de luxe à 
des époques reculées de notre histoire. 
Les progrès de la société faisant toujours baisser le prix des arti 
cles manufacturés, et hausser celui des matières premières, il s’opère 
à la longue une telle disproportion dans leur valeur relative, que, 
dans les pays riches, un ouvrier peut, moyennant le sacrifice d’une 
petite quantité de sa nourriture, satisfaire amplement tous ses autres 
besoins. 
Indépendamment des variations dans la valeur de l’argent, qui 
influent nécessairement sur les salaires, mais dont nous avons négligé 
les effets, — ayant supposé que la valeur de l’argent était invariable, 
— les salaires peuvent hausser ou baisser par les deux causes sui 
vantes : 
I " L’offre et la demande de travail ; 
T Le prix des denrées à 1 achat desquelles l’ouvrier consacre son 
salaire. 
A des époques différentes de la société, l’accumulation des capi 
taux ou des moyens de payer le travail, est plus ou moins rapide, 
et dépend toujours de la puissance plus ou moins productive du tra 
vail. Le travail est, en général, le plus productif, lorsqu’il y a abon 
dance de terrains fertiles. A ces époques l’accumulation est souvent 
si rapide, que le capital ne saurait trouver assez de bras à employer. 
On a calculé que, dans des circonstances favorables, la population 
pouvait doubler dans vingt-cinq ans. Mais, dans des circonstances 
lin autre. Tin ouvrier indien conservera toute sa vigueur dans une habitation qui 
suffirait à peine pour préserver l’ouvrier russe de la souffrance et de la mort 
Même, dans les pays qui présentent un climat analogue, les moeurs, les habitu 
des sociales peuvent occasionner souvent des variations sensibles dans le prix na 
turel du travail, et ces variations peuvent être aussi considérables que celles pro 
duites par les causes naturelles.— Essai sur le commerce extérieur du blé, par 
R. Torrens, Esq. pag. 68. —Toute cette matière a été traitée fort habilement par 
le colonel Torrens.
        <pb n="125" />
        71 
CHAP. V. — DES SALAIRES, 
lout aussi favorables, le capital national pourrait fort bien avoir dou 
blé en moins de temps. Dans ce cas, les salaires, pendant toute cette 
époque, tendront à hausser, parce que le nombre des bras sera tou 
jours insuflisant pour le besoin qu’on en aura. 
l^ans des colonies nouvelles où l’on introduit les arts et les connais 
sances des pays plus avancés en civilisation, il est probable que les 
capitaux tendent a s’accroître plus vite que l’espèce humaine ; et si 
des pays plus peuplés ne suppléaient au manque de bras, cette ten 
dance élèverait considérablement le prix du travail. A mesure que 
ces établissements deviennent plus peuplés, et que l’on commence à 
défricher des terrains de mauvaise qualité, les eapitaux n’augmen 
tent plus si rapidement; car l’excédant des produits sur les besoins 
de la population doit nécessairement être proportionné à la facilité de 
la production, c’est-à-dire au petit nombre de personnes qui y sont 
employées. Quoiqu’il soit donc probable que, dans les circonstances 
les plus favorables, la production devance la population, cela ne sau 
rait continuer longtemps; car, l’étendue du sol étant bornée , et ses 
qualités étant différentes, à chaque nouvel emploi de capital, le taux 
de la production diminuera, tandis que les progrès de la population 
resteront toujours les mêmes. 
Dans les pays où il y a des terres fertiles en abondance, mais où 
les habitants sont exposés, par leur ignorance, leur paresse et leur 
barbarie, à toutes les horreurs de la disette et de la famine, et où on 
a pu dire que la population se dispute les moyens d’alimentation, 
il faudrait y remédier autrement que dans les États depuis long 
temps civilisés, et où la diminution des subsistances entraîne tous 
les maux d’une population excessive. Dans le premier cas, le mal 
vient d’un mauvais gouvernement, de l’instabilité de la propriété 
de l’ignorance générale. Pour rendre ces populations plus heureu 
ses, il suffirait d’améliorer le gouvernement, d’étendre l’instruction ; 
on verrait alors l’augmentation du capital dépasser nécessairement 
l’acc roissement de la population , et les moyens de production 
iraient au delà des besoins de la nation. Dans l’autre cas, la popu 
lation grandit plus \ite que le fonds nécessaire à son entretien : et il 
arrivera que chaque nouvel effort de l’industrie, à moins d’ètre sui 
vi d une diminution dans les rangs du pays, ne fera qu’ajouter au 
mal . la production ne pouvant marcher aussi rapidement que les 
naissances. 
1 our un pays oii l’on se dispute les subsistances, les seuls remèdes 
sont, ou un affaiblissement de la population ou une accumulation ra-
        <pb n="126" />
        72 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
pide de capital. Dans les pays riches, où toutes les terres fertiles ont 
été déjà mises en culture, le dernier remède n’est ni très praticable ni 
très-désirable, car le résultat serait, au bout de quelque temps, de ré 
duire toutes les classes de la société à la même indigence. Mais dans 
ces contrées pauvres, où existent d’immenses moyens de production, 
enfouis dans des terres fertiles et incultes, l’augmentation du capital 
est le seul moyen eflicace et sûr de combattre le mal, car il en résul 
tera dans la situation de toutes les classes de la société une améliora 
tion sensible. 
Tous les amis de 1 humanité doivent désirer que les classes laborieu 
ses eberebent partout le bien-être, les jouissances légitimes, et soient 
poussées, par tous les moyens légaux, à les acquérir. On ne saurait 
opposer un meilleur Irein à une population exubérante. Dans les pays 
où les classes pauvres ont le moins de besoins, et se contentent de la 
plus chétive subsistance, les populations sont soumises aux misères 
et aux vicissitudes les plus terribles. Elles n’ont aucun abri contre les 
calamités sociales : elles ne sauraient chercher un refuge dans une si 
tuation plus humble ; elles sont deja si abaissées, si malheureu 
ses, qu il ne leur reste meme plus la triste faculté de descendre encore. 
Elles ne peuvent remplacer que par de rares succédanés leurs aliments 
ordinaires et principaux, et la disette entraîne pour elles presque tous 
les maux attachés à la famine '. 
' Ces tristes paroles semblent une prophétie. On dirait que Ricardo sentait 
déjà frémir ces bandes affamées d’Irlandais qui cherchent aujourd’hui, les ar 
mes à la main, le désespoir au cœur, une nourriture que les saisons leur ont 
refusée. C’est qu’il s’est fait dans la malheureuse Erin un partage étonnant des 
joies et des douleurs, de la disette et de l’abondance : à ceux qui creusent le sol, 
le fertilisent, l’inondent de sueur, ont été dévolues les tortures de la misère; à 
ceux qui épuisent la terre avec leurs meutes de chasse, et boivent des moissons 
entières dans leur coupe de Tokay ou de Johannisberg, ont été répartis les reve 
nus, et partant l’éclat, et partant la puissance. La richesse y ressemble donc à un 
beau fleuve qui aurait sa source en Irlande, et son embouchure en Angleterre : 
on sème à Dublin, et on récolte à Londres; de telle sorte qu’il ne s’y amasse 
pas de grands capitaux, et que l’industrie n’y peut naître pour donner du travail, 
des salaires à des millions de bras qui se disputent le sol. On peut même dire que, 
grâce à l’avidité des middlemen,—ce crible vivant où se dépose une grande portion 
des ressources du pays, en passant de l’humble cultivateur à l’opulent seigneur, 
— grâce, encore, à la concurrence acharnée que se font les fermiers, et au mor 
cellement infini des domaines, l’agriculture est plutôt une lutte de paysan à pay 
san qu’un travail régulier et social. Au haut de l’échelle se trouve le propriétaire 
qui hérite des bénéfices de cette folle enchère; au bas, le cottager sw qui elle pèse
        <pb n="127" />
        CHAP. V. — DES SALAIRES. 73 
Dans la marche naturelle des sociétés, les salaires tendront à bais 
ser en tant qu ils seront réglés par l’offre et la demande ; car le nombre 
^ poi s écrasant. En effet, pour payer son fermage, celui-ci consacre la plus 
travail et de ses efforts à de larges étendues de terrain qu’il 
rc e lé, et ne se réserve qu’un champ limité où croissent, quand Dieu le 
permet, les pommes de terre qui composent son unique ressource. Vienne une 
année ou la terre, frappée de stérilité, ne donne que de rares épis, et le pauvre Ir- 
andais, impuissant a assouvir middleman, expie, par la contrainte par corps 
U le bannissement, les caprices de l’atmosphère; vienne une autre année où ce 
sont les pommes de terre qui manquent, et il se trouve atteint dans son existence 
mém^ Son propriétaire est payé, et peut aller commanditer les coulisses de Co- 
^ent-Garden et les courses d’Epsom; mais il lui faut, à lui, subir toutes les souf. 
trances de la faim, à moins de courir les cou pables et tristes hasards de la révolte 
de la vengeance, de l’homicide. Il y a quelques mois, en effet, un seul propriétaire 
■ 
comme une genérense nourrice qui prête le sein à un enfant étranger Or l’ir’ 
lande n’a pas de mule-jennys, pas de capitaux : tous les bras sont tendus vers le 
sol qu on appauvrit par une subdivision extrême. Aussi, ou aura beau enconra 
capitaux, 1« progrès, ils devront se résigner à tourner éternellement dans ce cer- 
le fatal de la misere, de la faim, du crime. Rien de plus facile que de désirer 
■ len ^ re, et i n est pas d homme, filt-il le plus intraitable des ascètes, qui 
y a. pire perpétuellement : mais lorsque ces désirs se brisent contre des vices 
amentaux, il faut bien se résigner à n’y voir qu’une bien faible ressource 
our es populations. Soyez sùr que l’Irlandais désire et que le cri du Rappel 
® cri de la faim, de la chair qui se révolte, plutôt qu’un cri religieux ou 
O itiqne. Seulement, le réseau des middlemen, des absentéistes, des orangistes.
        <pb n="128" />
        74 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
des ouvriers continuera à s’aceroîlrc dans une progression un peu plus 
rapide que celle de la demande. Si, par exemple, les salaires étaient 
réglés sur un aecroisseraent annuel de capital, représenté par 2 pour 
cent, ils tomberaient lorsque le capital n’augmenterait plus qu’à rai 
son de 1 et demi pour cent. Ils baisseraient encore davantage quand 
cet accroissement ne serait plus quede 1 ou de demi pour cent; et cette 
baisse continuerait jusqu’à ce que le capital devînt stationnaire, l^es 
salaires le deviendraient aussi, et ils ne seraient que suflisants pour 
maintenir la population existante. Je soutiens que, dans de pareilles 
cireonstanees, les salaires doivent baisser, par le seul effet de l’offre 
et la demande des bras ; mais il ne faut pas oublier que le prix des 
salaires tient aussi à celui des denrées que l’ouvTicr a besoin d ache 
ter. 
A mesure que la population augmente, ces denrées iront toujours 
en augmentant de prix, —plus de travail devenant nécessaire à leur 
production. Si les salaires, payés en argent à l’ouvrier, viennent à bais 
ser pendant que toutes les denrées à l’achat desquelles il dépensait le 
produit de son travail haussent de prix, il se trouvera doublement 
atteint, et il n’aura bientôt plus de quoi subsister. C’est pourquoi, au 
lieu de baisser, les salaires en argent hausseraient, au contraire, mais 
pas suffisamment pour permettre à l’ouvrier d’acheter autant de cho 
ses nécessaires ou utiles qu’il pouvait le faire avant le renchérisse 
ment de ces denrées. Si ses salaires étaient annuellement de 24 liv. st., 
ou de six quarters de blé quand le blé valait 4 livres le quarter, 
il ne, recevrait probablement plus que la valeur de cinq quarters, 
lorsque le blé serait à 5 livres. Mais ces cinq quarters coûteraient 
25 liv. ; il recevrait donc des gages plus forts en valeur, et cepen 
dant il ne pourrait plus acheter une quantité de blé et d autres den 
rées égale à celle qu’il était dans l’habitude de consommer aupara 
vant, lui et sa famille '. 
l’enserre de toutes parts, l’étouffe. 11 le sait, et voyant que la sueur ne suffit plus 
à féconder, pour lui, sa patrie, il veut essayer du sang, et le sang coule. A. V. 
' Il est impossible de ne pas protester hautement contre des conclusions pres 
que fatidiques et qui emporteraient condamnation de tout notre système écono 
mique. Il a fallu même bien du calme à Ricardo pour n’avoir pas été saisi de 
vertige, n’avoir pas senti trembler sa main au spectacle du sort que l’avenir ré 
serve, selon lui, aux travailleurs. A ses yeux, les classes ouvrières marchent 
fatalement vers un abîme que la civilisation couvre habilement de fleurs, mais 
au fond duquel est la mort : à nos yeux, au contraire, elles s’élèvent à des desti 
nées meilleures et se font chaque jour une place plus large dans le pouvoir et le
        <pb n="129" />
        CHAP. V. — DES SALAIRES. 
75 
Et cependant, quoique l’ouvrier fût réellement moins bien payé, 
cette augmentation de salaires diminuerait nécessairement les profits 
bien-être répartis aux sociétés. Ricardo, frappé de la somme de douleurs et de 
privations qui accable, au milieu des splendeurs de notre industrie, les mains 
généreuses et fortes qui exécutent l’ccuvre de la production entière ; étonné de 
'oir tant de baillons à coté de tant de luxe, et tant de crises à côté de tant de pro 
grès, s est pris à désespérer de l’avenir, et, suivant son habitude, ce désespoir que 
tant d’autres mettent en élégies et eu pbilippiques, il l’a mis en formules, ce qui 
est plus net, mais tout aussi injuste, tout aussi réfutable. Et d’abord le résultat im 
médiat, nécessaire de cette croyance au malheur futur des travailleurs, devrait être 
'de suspendre tout à coup le mouvement social, de faire volte-face, et de repren 
dre en sous-œuvre toutes les théories, toutes les données que les siècles semblent 
avoir consacrée .11 n’est personne, eu effet, doué de quelque prévision, mu par 
quelque générosité, qui ne frémisse devant cet avertissement sombre, dernier 
mot de la science de Ricardo : Chaque jour abaisse le salaire réel de l'mirrier 
et grandit le prix des subsistances : -ce qui équivaut à dire que chaque jour la 
société doit s’anéantir par un supplice incessant, que chaque jour doit retrancher 
un battement au cœur du pauvre et exagérer pour lui le supplice de Tantale en 
éloignant de plus en plus les fruits et l’eau de ses lèvres avides. Le devoir de tout 
penseur, e tout législateur, serait donc de faire prendre à la société d’autres 
routes et de ne pas permettreque la subsistance des masses passAt dans le corps des 
nches, comme passaient la chaleur et la vie des vierges dans les corps débiles et 
disloques des vieux rois de la Bible. Mais il n’en est rien, et le bilan de notre so 
ciété suffirait, sans autres considérations , pour combattre le pessimisme de 
Ricardo. Ainsi le développement de l’industrie n’a-t-il pas mis à la portée de tous 
es objets qui constituaient il y a cent ans un luxe ruineux, impossible? La guimpe 
délicate qui entoure le sein de nos villageoises, les chauds vêtements qui couvrent 
nos paysans et nos ouvriers sont d’institution toute récente et témoignent d’un 
bien-être croisant. Des voies de communication plus parfaites ont permis aux 
hommes, aux idées, aux choses, de rayonner de toutes parts et de moraliser les 
populations : des écoles, des salles d’asile, des hôpitaux, des hospices, des crèches 
s’ouvrent de toutes parts devant l’intelligence qui va éclore, l’enfant qui va naître, 
le vieillard qui va mourir; l’air, la lumière, l’eau commencent à circuler dans 
les rues, grâce à nos institutions municipales, et pour résumer tous ces faits en 
un seul fait décisif, la moyenne de la vie humaine s’est accrue depuis cinquante 
années, hâtons-nous de le dire, ailleurs que dans les colonnes élastiques et torses 
de la statistique. 
^ Et il n en saurait être autrement. L’évolution économique suit nécessairement 
l’évolution politique, et l’influence que gagne chaque jour la démocratie, — cet 
évangile systématisé et démontré,—doit se refléter et se reflète dans la prospérité 
générale. Le premier mouvement d’une nation qui se sait indépendante est de se 
vouloir heureuse, riche; d’organiser les intérêts et les individus en vue de ce 
bien-être, et, par conséquent, de progresser, d’aller en avant. Or, la tendance mo 
derne des peuples est vers l’indépendance, et ou ne saurait faire un procès à notre 
époque, sous le rapport industriel, sans y joindre un procès politique, sans souffle-
        <pb n="130" />
        76 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
du manufacturier; car il ne pourrait pas vendre sa marchandise plus 
cher, quoique les frais de production fussent augmentés. Nous re 
ter, comme Tout fait les socialistes et les pessimistes de toutes les sectes, la li 
berté sur la joue de l’économie politique. 
Et d’ailleurs la théorie, la logique démontrent tout cela bien avant les faits. 
Quel est ici-bas le capital du prolétaire? le travail. Quel principe règle la va 
leur du travail, en fixe la rémunération ? l’offre et la demande des bras Entre 
quelles limites extrêmes oscille cette rémunération ? entre le point où les sa 
laires prélèveraient sur les profits une part trop large et qui mettrait le chef d’in 
dustrie dans l’impossibilité de continuer son œuvre, — danger peu redoutable, 
avouons-le : — et, d’un autre côté, le point où les salaires deviendraient insuf 
fisants pour nourrir l’ouvrier. Le problème consiste donc à accroître constam 
ment la somme de travail à répartir, afin d’élever la valeur de ce travail, et par 
conséquent de grossir le revenu du pauvre : il consiste encore à élargir la zone 
où il puise sa consommation, les marchés où se rendent les céréales, les 
bestiaux, les étoffes, afin de le faire participer au bénéfice delà concurrence la 
plus complète, la plus absolue. Laissez circuler le travail, laissez circuler les pro 
duits, toute la question est là, et, avec elle, le bonheur des classes laborieuses. 
Pour affaiblir entre les mains des propriétaires ce monopole formidable que 
couvre d’une sanction nécessaire, -— sinon sacro-sainte, comme on l’a bien voulu 
dire, — le pacte social, il suffit de mettre à la disposition de tous , la terre qui 
appartient à tous, et de laisser se développer librement cette grande loi économi 
que qui divise le travail parmi les nations, et fait cultiver par l’Indien ou l’Amé 
ricain le sucre qui doit s’échanger contre les produits de l’Européen. L’espèce 
humaine a besoin d’un espace illimité pour entretenir ses membres toujours 
plus nombreux : c’est un flot qui grandit sans cesse, et à qui il faut les plages les 
plus vastes, sous peine de désordres, de calamités. Les quelques esprits égarés qui, 
par conviction, veulent le maintien de nos restrictions commerciales, c’est-à-dire 
l’appauvrissement de l’ouvrier par l’action combinée d’un travail moins actif et de 
subsistances moins abondantes ; les esprits égarés, dis-je, qui n’ont pas compris 
la fécondité des principes de liberté commerciale, et ceux qui, au contraire, plus 
nombreux, plus audacieux, ne veulent pas de ces principes, parce qu’ils en com- 
preiment trop bien la grandeur, ne sauraient nier cependant qu’il faut à l’expan 
sion naturelle des générations une sphère immense, où se nivelleront les besoins, 
les intérêts, les capitaux. L’univers est une immense ruche où les travailleurs 
doivent circuler librement de cellule en cellule. Tandis que sur les districts 
manufacturiers, agités par la fièvre de la production et par les crises finan 
cières, s’agglomèrent aujourd’hui des légions d’ouvriers qui les surchargent et 
les épuisent, d’énormes superficies de terrain restent incultes et désertes, atten 
dant les capitaux et le travail pour épancher des monceaux de produits Croit-on, 
par exemple, que si nos lois et les lois anglaises sur les céréales eussent été 
abolies, tout le territoire de la Pologne, de la Hongrie, de l’Ukraine, de l’E 
gypte, de l’Amérique, ne se fût pas couvert, comme par enchantement, de mois 
sons qui, déversées sur l’Europe, eussent à la fois abaissé le prix des aliments, 
excité le travail de nos manufactures, la valeur du travail, et réfuté par l’éclat
        <pb n="131" />
        CHAP. V. - DES SALAIRES. 77 
viendrons là-dessus lorsque nous examinerons les principes qui rè 
glent les profits. 
Il paraîtrait donc que la cause qui fait hausser les rentes est aussi 
celle qui fait hausser les salaires, l’une et l’autre tenant à la difficulté 
croissante d’obtenir une plus grande quantité de subsistances moyen 
nant la même quantité proportionnelle de travail. Par conséquent si 
l’argent avait une valeur invariable, les rentes ainsi que les salaires 
tendraient toujours à la hausse dans un état d’accroissement pro 
gressif de la richesse et de la population. 
Mais entre la hausse de la rente et celle des salaires il y a une dif 
férence essentielle. La hausse des rentes estimées en argent est ac 
compagnée d’une part plus considérable des produits. Non-seule 
ment le propriétaire foncier reçoit plus d’argent de son fermier, mais 
il en reçoit aussi plus de blé ; il aura plus de blé, et chaque mesure de 
cette denrée s’échangera contre une plus grande quantité de toutes les 
autres marchandises qui n’ont pas haussé de valeur. Le sort de l’ou 
vrier sera moins heureux; il recevra, à la vérité, plus d’argent pour 
son salaire, mais ces salaires vaudront moins de blé; et non-seulement 
il en aura moins à sa disposition, mais sa condition empirera sous tous 
des résultats la décourageante hypothèse de Ricardo ? A quoi servirait donc de 
découvrir des Amériques et des Océanies, si ce n’était pour y aller chercher les 
ressources qui nous manquent, la place que demandent nos cités encombrées ? 
Avec le système de l’affranchissement commercial, les civilisations sont constam 
ment jeunes, constamment vigoureuses. I.orsqu’uu sol a été épuisé, on va chercher 
ailleurs une sève nouvelle, et la société se trouve ainsi constamment maintenue 
dans cette période active, où la somme de travail dépasse la somme de bras 
et se joint au bas prix des subsistances pour améliorer le sort de l’ouvrier. Plus 
un arbre est élevé, plus il faut à ses racines de l’espace pour se nourrir : il en est 
de même des nations, et s’il est encore ici-bas tant de souffrances et tant de crises 
il faut encore en chercher la cause aussi bien dans l’isolement absurde des centres 
de production, que dans les vestiges d’aristocratie ou de privilèges politiques qui 
déshonorent les constitutions européennes Sans doute la question de population, 
l’excès des travailleurs se dresseront toujours à nos yeux comme une menace loin 
taine : mais que de mines fécondes encore à exploiter, que de plaines à fertiliser, 
de fleuves à traverser, de richesses à puiser de toutes parts ! Nous ne sommes 
qu’au début de la production, de l’industrie, de l’agriculture, et, sans prendre la 
liberté du commerce pour une panacée infaillible, il est permis de dire que tout 
irait mieux, du jour où on laisserait la concurrence des capitalistes et des pro 
priétaires s’organiser en présente de celle des ouvriers. Ricardo a raisonné dans 
i hypothèse d’un déplorable statu quo : nous raisonnons dans l’hypothèse d’un 
®hranchissement qui déjà commence. Il a désespéré, et tout nous conduit au 
contraire à espérer dans l’avenir. A. F,
        <pb n="132" />
        78 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. ‘ 
les rapports, par la difficulté plus grande qu’il rencontrera de main 
tenir le taux courant des salaires au-dessus de leur taux naturel. 
Quand le prix du blé haussera de 10 pour cent, les salaires hausseront 
toujours dans une proportion moindre, et la rente, au contraire, dans 
un rapport plus considérable. La condition de l’ouvrier empirera en 
général, tandis que celle du propriétaire foncier s'améliorera. 
Le blé étant à 4 liv. st. le quarter, supposons que le salaire de 
l’ouvrier soit de 24 livres par an, ou d’une valeur égale à six quarters 
de blé, et supposons qu’il en dépense la moitié pour l’achat du blé, et 
qu’il en emploie l’autre moitié, ou 12 livres, à d’autres objets, il re 
cevrait 
1. 24. 14. \ /I 4. 4. 8\ /5. 83\ 
(le blé étant à J®; (ou la valeur dej^; quaters, 
27. 8. e) V 5. 2. lo) 33) 
et moyennant ces salaires il pourrait vivre aussi bien, mais pas 
mieux que par le passé; car, lorsque le blé serait à 4 liv. le quarter, 
il dépenserait pour trois quarters de blé. . . . 1. 12 
et à l’achat d’autres objets 1. 12 
1. 24 
Quand le blé vaudra 41. 4 s. 8 d., les trois quarters que lui et sa fa 
mille consomment lui coûteront 1. 12 14 
et les autres objets qui n’ont pas changé de prix . . 1. 12 
1. 24 14 
Les trois quarters à 4 1. 10 s. lui coûteront. ... 1. 13 10 
et les autres articles 
1. 25 10 
A 4 1. 16 s., les trois quarters lui coûteraient. . . 1. 14 8 
et les autres objets c 1^ 
1. 26 8 
et à 51.2. 10 il paierait les trois quarters. ... 1. 15 86 
et les autres objets 1. 12 
L TT 
A mesure que le blé renchérit, les salaires en argent augmente 
ront, mais les salaires en nature diminueront, et le bien-être de 
l’ouvrier se trouvera être, par la supposition précédente, exacte 
ment le même. Mais d’autres articles auront haussé de prix, en rai-
        <pb n="133" />
        CHAP. V. - DKS SALAIRES 
79 
son de la quantité de matière première qui entre dans leur composi 
tion, et il lui faudra payer davantage pour les obtenir. Quoique le 
thé, le sucre, le savon, la chandelle et le loyer de sa maison ne lui 
coûtent peut-être pas plus cher, le lard, le fromage, le beurre, le 
linge, la chaussure et l’habillement lui coûteront davantage ; et par 
conséquent, malgré l’augmentation des saiam«, sa position sera de 
venue comparativement plus mauvaise. On pourrait m’objecter que 
je considère toujours l’effet des salaires sur les prix, en partant de la 
supposition que l’or et les métaux qui servent à frapper les monnaies 
sont un produit du pays où il y a variation dans les salaires, et que 
les conséquences que j’en tire s’accordent mal avec l’état actuel des 
choses, parce que l’or est un métal que nous tirons de l’étranger. 
Mais de ce que l’or est le produit de l’étranger, il ne s’ensuit pas que 
l’argument soit moins vrai; car l’on peut démontrer que les effets se 
raient, en dernière analyse, les mêmes, soit que l’on trouvât l’or dans 
le propre pays, soit qu’on le retirât de l’étranger. 
Lorsque les salaires haussent, c’est que l’augmentation de la ri 
chesse et des capitaux augmente en général la demande de bras, qui 
doit infailliblement être suivie d’une production plus considérable 
de denrées. Pour mettre dans la circulation ce surcroît de denrées, 
même aux anciens prix, il faudra plus d’argent, plus de cette matière 
tirée de l’étranger, dont on fabrique la monnaie, et que l’on ne peut 
se procurer que par l’importation, l'outes les fois que la demande 
d’un article devient plus forte, sa valeur relative hausse par rapport 
aux autres objets avee lesquels on l’achète. Si l’on demandait plus de 
chapeaux, leur prix hausserait, et l’on donnerait plus d’or en échange. 
Si c’est l’or dont la demande est plus forte, l’or haussera, et les cha 
peaux baisseront de prix, car il faudra une plus grande quantité de 
chapeaux et d’autres articles pour acheter la même quantité d’or. 
Mais dire, dans le cas supposé, (|ue les denrées haussent en raison de 
la hausse des salaires, ce serait une contradiction manifeste; car nous 
dirions d’abord que l’or hausse de valeur relative par suite de la 
demande, et ensuite que sa valeur relative doit baisser, parce que les 
prix haussent, — deux phénomènes absolument incompatibles. Dire 
que les denrées haussent de prix, c’est dire que la valeur relative de 
la monnaie baisse; car ce sont les denrées qui servent à estimer la va 
leur relative de l’or. Si le prix de toutes les denrées haussait, l’or 
étranger ne viendrait certainement pas les acheter pendant qu elles 
seraient chères ; il sortirait, au contraire, du pays pour être avanta 
geusement employé, à l’étranger, à l’achat des denrées qui sont à
        <pb n="134" />
        80 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
meilleur marché. 11 ne parait donc pas que la hausse des salaires 
puisse faire hausser le prix des denrées, soit que les métaux qui ser 
vent à la fabrication des monnaies se trouvent dans le pays, soit qu’ils 
viennent de l’étranger. 11 ne peut y avoir une hausse dans toutes les 
denrées à la fois, sans qu’il y ait en même temps une augmentation 
de monnaie; et cette quantité additionnelle, on ne saurait l’obtenir 
dans le pays même, ainsi que nous l’avons déjà prouvé, et l’on ne 
pourrait pas non plus la tirer du dehors. En effet, pour pouvoir ache 
ter une plus grande quantité d’or, à l’étranger, il faut absolument 
que les denrées, chez nous, soient à bon marché. L’importation de l’or, 
et la hausse du prix de toutes les productions nationales, moyennant 
lesquelles on obtient ou on achète l’or, sont des effets d’une incompati 
bilité absolue. L’usage très-étendu du papier-monnaie ne change rien 
à la question ; car tout papier-monnaie se règle ou doit se régler par 
la valeur de l’or, et se trouve par conséquent sous l’influence des cau 
ses mêmes qui influent sur la valeur de ce métal. 
Voilà donc les lois qui règlent les salaires et qui régissent le bon 
heur de l’immense majorité de toute société. Ainsi que tout autre 
contrat, les salaires doivent être livrés à la concurrence franche et 
libre du marché, et ii’être jamais entravés par l’intervention du Gou 
verneur. 
La tendance manifeste et directe de la législation anglaise sur 
les indigents est diamétralement en opposition avec ces principes, qui 
sont de toute évidence. Ces lois, bien loin de répondre au vœu bienfai 
sant du législateur, qui ne voulait qu’améliorer la condition des pau 
vres, n’ont d’autre effet que d’empirer à la fois et celle du pauvre et 
celle du riche ; — au lieu d’enrichir les pauvres, elles ne tendent qu’à 
appauvrir les riches. Tant que nos lois actuelles sur les pauvres seront 
en vigueur, il est dans l’ordre naturel des choses que les fonds desti 
nés à l’entretien des indigents s’accroissent progressivement, jusqu’à 
ce qu’ils aient absorbé tout le revenu net du pays, ou au moins tout 
ce que le Gouvernement pourra nous en laisser après qu’il aura sa 
tisfait ses demandes perpétuelles de fonds pour les dépenses publi 
ques '. 
* Si M. Buchanan, dans le passage sui\ant, n’a eu en vue qu’un état de misère 
passager, je suis entièrement de son avis. — « Le grand malheur de la condition 
» de l’ouvrier, c’est l’indigence qui provient de la disette des vivres ou du manque 
» d’ouvrage. Aussi a-t-on fait chez tous les peuples des réglements sans nombre 
» pour venir à son secours. Mais il est dans l’état social des maux que la législation
        <pb n="135" />
        CHAI*. V. — MKS SALAIHKS. 
#* 
##### 
isSlg£pS£S= 
{OEuv. de Ricardo.) g
        <pb n="136" />
        g2 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
La nature du mal en indique le remède. En circonserivant gra 
duellement les lois des pauvres, et en eliercliant à faire sentir aux 
indigents le prix de l’indépendance, en leur montrant qu’ils ne doi 
vent plus compter sur les secours d’une bienfaisance systématique 
ou casuelle, et qu’ils n’ont d’autre ressource que celle de leur tra 
vail ; en leur prouvant enfin que la prudence est nécessaire et la 
prévoyance utile, on marchera par degrés vers un état de choses 
plus stable et plus salutaire '. 
Toute modification des lois sur les pauvres, qui n aurait pas poui 
but leur abolition, ne mérite aucune attention ; et celui-la sera le 
meilleur ami des pauvres et de l’humanité qui pourra indiquer les 
moyens d’y parvenir de la manière à la fois la plus sure et la moins 
violente. Ce n’est point en changeant d’une manière quelconque le 
mode actuel de lever les fonds pour l’entretien des pauvres, que 
le mal peut être diminué. Au lieu d’être une amélioration, cela ne 
ferait qu’aggraver encore les maux que nous voudrions détruire, 
si par là ou levait un fonds plus considérable, ou s’il était prélevé, 
ainsi que quelques personnes l’ont proposé dernièrement, comme 
une contribution générale sur toute la nation, l a manièrc^actuellc 
de lever et d’appliquer cet impôt a contribué à mitiger ses funestes 
effets. Chaque paroisse lève un fonds pour l’entretien de scs pau 
vres. Par cette méthode , l’on est plus intéressé à modérer le taux de 
cette contribution, et cela devient plus praticable que si l’on im 
posait une contribution générale pour secourir les pauvres de tout 
le royaume. Une paroisse a bien plus d’intérêt à mettre de l’éco 
nomie dans le mode de prélever les sommes imposées et dans la 
distribution des secours, —toute épargne étant pour elle un profit, 
— que si des centaines de paroisses avaient à paitager ces fonds. 
Et c’est cette cause qui a empêché le fonds des pauvres d avoir 
' Ces vues qui ne sont pas seulement d’un philanthrope, mais d un philanthroiie 
éclairé, font sentir l’imhécillitédes princes qui consacrent les événements heureux 
de leur règne par le mariage de quelques tilles pauvres, c est-à-dire qui se re 
iouissent en condamnant aux larmes, et peut-être à la mort, les tamilles qui naî 
tront de ces unions follement provoquées. Plutôt que de multiplier les creatures 
vivantes et susceptibles de souffrir, il vaudrait mieux favoriser la multip ication 
des moyens de subsistances, c’est-à-dire abolir les entraves a l’industrie, ne poin 
pmnrunter, atin de laisser les capitaux chercher des emplois productif, et iim- 
diftioiles pour les mauvais. — J. B- Sav .
        <pb n="137" />
        CHAP. V. — DES SALAIRES. 83 
déjà absorbé tout le revenu net du royaume ; c’est à la rigueur que 
Ion met dans 1 exécution de ces lois, que nous sommes redevables 
e ce qu elles ne sont pas encore devenues oppressives outre me- 
s^e. Si la loi assurait à tout indigent les moyens de s’entretenir, 
. . secours étaient suffisants pour qu’il pût vivre assez agréa- 
ment, 1 on serait conduit, par la théorie, à affirmer que tous les 
res impôts ensemble pourraient paraître légers, comparés avec le 
seul impôt des pauvres. Les lois de la gravitation ne sont pas plus 
certaines que ne l’est la tendance qu’auwient de pareilles lois à chan 
ger la richesse et la puissance en misère et en faiblesse, en faisant 
renon^r l’homme à tout travail qui n’aurait pas pour unique but 
celui de se procurer des subsistances. Il n’y aurait plus de distinc 
tions relevant des facultés intellectuelles; l’esprit ne serait occuné 
que du soin de satisfaire les besoins du corps, jusqu’à ce qu’à la 
»
        <pb n="138" />
        w 
PIIINCII'ES »K L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
CHAPITRE VI. 
des PROFITS ‘. 
.4,ant déjà montré que les prolits des capitaux dans les differentes 
I,ranches de la pcaluctio», gardent toujours eutn’ eux une même 
proportion, et tendent tous à éprouver des variations dans le menu 
degré et dans un même sens, il nous reste à rechercher la cause des 
variations permanentes dans le taux des prolits, et les mod.lieat.ons 
qui en résultent toujoum dans le taux de l uitérét. 
.Nous avons vu que le prix du Wé' se règle par la quantité de 
travail nécessaire pour le produire , au mojen de cette portion du 
capital qui ne paie pas de rente. Nous avons vu aussi que tous 1« 
articles manulaeturés haussent et naissent de prix a mesure qu il 
faut, pour les produire, plus ou moins de travail. Ni le fermier qu, 
cultive cette espèce de terres dont la qualité règle les prix courants, 
ni le manufacturier qui fabrique des mareliaudisi-s, ne reserven au 
cune portion du priKliiit pour la rente. La valeur cutiere de leurs 
articles se partage en deux seules portions, dont l’une constitue les 
profits du capital, et l’autre est consacrée au salaire des ouvriers 
El, supposant que le blé et les objets manufacturés se veiidenl 
toujours au même prix, les prolits seront toujours élevés ou réduit» , 
' Les auteurs anglais entendent par ce mot les bénéfices que tout entrepreneur 
d’industrie fait dans sa profession, (|ueUe qu’elle soit, sans distinguer dans ces e 
néiices ce qui peut être considéré comme profit du capital de cet entrepreneui 
de ce qui peut être considéré comme le prix de ses conceptions et de sou activité. 
Dans mon Traité, j’ai cru devoir mettre en garde contre cette contusion. 
J.B. Sav. . 
2 Le lecteur est prié de se rappeler que dans le but d etre plus clair, j ai con 
sidéré l’argent, ou la monnaie, comme invariable dans sa valeur; et par consé- 
(luent toute variation de prix cemme l’effet d’un cbangement dans la valeur de 
la marchandise seulement. ( l’Auteur. )
        <pb n="139" />
        CHAP. VI. — DES PROFITS. HN 
selon la hausse ou la baisse des salaires. Mais si le prix du blé 
hausse, parce que sa production exige plus de travail, cette cause ne 
fera point hausser le prix des objets manufacturés dont la fabrica 
tion n exige point de travail additionnel. Dans ce cas, si les salaires 
restent les mêmes, les profits ne changeront pas ; mais comme il est 
indubitable que les salaires montent par la hausse du blé, les profits 
alors doivent nécessairement baisser. 
Si un fabricant donnait toujours ses marebandises pour la même 
somme d argent, pour 1,000 liv. st., par exemple, ses profits dé 
pendraient du prix du travail nécessaire pour leur fabrication. Ils 
seraient moindres avec des salaires de 800 livres qu’avee d'autres 
de 000livres. A mesure donc que les salaires hausseraient, les pro 
fits diminueraient '. Mais si le prix des produits agricoles aug- 
' Je vois, moi, dans ces deux faits un parallélisme; constant, inévitable 
###==#=# 
ait que les profits suivraient une progression toujours ascendante. Or, il n'en 
estríen. Pour nous les intérêts de l’ouvrier et du chef d’industrie sont entière 
ment lies : greffes comme deux rameaux sur la production, ils en suivent toutes 
les phases, prospérant ou languissant avec elle. En effet, u’est-ce pas sur le prix 
courant des marchandises que le manufacturier prélève son revenu et celui de 
1 ouvrier, et ce prix courant ne varie-t-il pas en raison des frais de production 
combines avec l’abondance des produits ? Faites que les demandes soient actives 
(lue les échangés se multiplient, que l’industrie fatigue les machines à produire el 
NOUS aurez éleve le prix des marchandises. Et comme une production animée 
necessite des bras nombreux, le travail haussera de valeur inévitablement ; - 
c est 1 époque où l’ouvrier commande et fait largement sa part dans le butin indas- 
triel. Faites, au contraire, que les liesoinsdiminuent, que les magasins encom 
brés de produits réduisent au repos la plupart des usines, et vous voyez fléchir 
aussitôt le prix des marchandises. Or, comme un travail languissant est le signal 
de la déserUon des ateliers, l’ouvrier voit s’anéantir ses ressources c’est l’époque 
(Ml il fléchit le genou, pressé par la faim et par une concurrence acharnée. Mai 
dans tous les cas les chances sont les mêmes pour le travailleur et le capitaliste; et 
s 11 arrive que, même aux époques de prospérité manufacturière, l’ouvrier ne 
participe que faiblement aux bénéfices delà production, on peut être sûr que 
sa con ition est bien plus douloureuse, plus poignante aux moments de crise et 
a aissement. L exemple de l’Angleterre depuis ces dernières années suffirait 
seu pour démontrer la vérité de ces conclusions que nous dictent le bon sens 
a logique. F.n 1838, 3{&gt; et 40, on vit les districts manufacturiers s’assombrir 
out à coup, menacés par une disette imminente et par une crise qui devait 
contre-coup des crises financières de l’Amérique. Les manufacturiers.
        <pb n="140" />
        gg PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE, 
mente, l’on pourrait demander si du moins le fermier n’aura pas les 
mêmes profits, quoiqu’il paie de plus forts salaires. Certainement 
non; car non-seulement il aura, ainsi que le manufacturier, à 
payer plus de gages à chacun des ouvriers qu’il emploie, mais il 
sera obligé de payer une rente, ou d’employer un plus grand 
nombre d’ouvriers, pour obtenir le même produit. La hausse des 
produits agricoles ne sera que proportionnée à celte rente ou au 
nombre additionnel des ouvriers employés, et elle ne saurait le 
dédommager de la hausse des salaires. 
Si le manufacturier et le fermier employaient chacun dix homm(*s, 
et si les salaires haussaient de 24 livres à 25 livres st. par an, pour 
chaque homme, il leur en coûterait à chacun 250 livres au lieu de 
240 livres par an. Voilà tout ce qu’il en coûtera de plus au manu 
facturier pour avoir la même quantité de marchandises ; mais le 
fermier d’un terrain neuf aura probablement besoin d employer un 
homme de plus, et par conséquent de débourser pour scs gages 25 1. 
de plus ; et le fermier d’un vieux fonds de terre sera fore« de payer 
pour rente précisément cette même somme additionnelle de 25 liv. . 
car, sans cette augmentation de travail, le blé n’aurait pas pu haus 
ser. L’un et l’autre auront à débourser 275 livres; l’un, uniquement 
pour payer les salaires, et l’autre, pour les salaires et la rente; et 
chacun d’eux dépensera 25 livres de plus que le manufacturier. Ils 
seront remboursés de ces 25 livres par la hausse du prix des pro 
duits de la terre, et, par conséquent, leurs prolits seront toujours 
dans le même rapport avec c«ux du manufacturier. Comme cette 
proposition est intéressante, je vais tâcher de 1 éclaircir davan 
tage. 
Nous avons déjà montré que, dans l’enfance de la société, la part 
qui revient au propriétaire foncier et au laboureur, sur la valeur to 
tale du produit de la terre, n’est que bien faible , cl que cette part 
privés des demandes ordinaires de la classe laborieuse, restreignirent leur fa 
brication. Le 12 mai 1839, quarante-cinq filateurs de coton s engagèrent à ne 
pas travailler plus de quatre jours par semaine, et tandis que les capitaux s épui 
saient dans une production ruineuse, tandis que les profits se changeaient en 
faillites nombreuses, les salaires baissaient de 20, de 40 pour cent. Lorsque 
l’industrie courbée sous c«s orages financiers se releva, on vit les manufacturiers 
reconstituer leurs fortunes ébranlées, activer le travail, et hausser immédiatement 
les salaires. Or, ce qui est vrai pour l’Angleterre est vrai pour tous les pays, et 
suffit sans aucune espèce d’optimisme pour nous rassurer sur l’avenir des masses 
et les prédictions de Ricardo. 1“ •
        <pb n="141" />
        CHAP. VI. — DES PROFITS. 
87 
augmente en raison du progrt*s des richesses et de la dilliculté de se 
procurer de la nourriture. Nous avons montré également que, quoique 
la valeur de la part de l’ouvrier doive augmenter par le haut prix 
des subsistances, cette part se trouvera réellement diminuée; tan 
dis que celle du propriétaire foncier se trouvera augmentée à la 
fois en valeur et en quantité. 
Le surplus du produit de la terre, après que le propriétaire et les 
travailleurs sont payés, appartient nécessairement au fermier, et con 
stitue les profits de son capital. Mais, dira-t-on, quoique, par le dé 
veloppement progressif de la société, la part du fermier soit di 
minuée, comme elle augmente de valeur, il pourra, aussi bien que 
le propriétaire et l’ouvrier, recevoir une plus forte valeur. 
On peut dire, par exemple, que lors de la hausse du blé de 4 liv. 
à 10 livres, les cent quatre-vingts (¡uartcrs récoltés sur le meilleur 
fonds de terre rapporteraient 1,800 liv. au lieu de 720 liv et que 
par conséquent, quoiqu’il soit prouvé que le propriétaire et l’ou- 
mie ^us vd^ir ^ knmq^eten ^ig^. 
qualité. 
J’ai déjà fait observer que si le travail de dix hommes, sur une 
erre dune qualité donnée, rendait eeut quatre-vingts quarters de 
blé, valant 1 livres le quarter, ou 72» liv., et si le travail de dix 
hommes de plus ne produisait qu’un sureroit de cent soixante-dix 
quarters, le blé devrait hausser de 4 liv, à 4 liv. Is 8 d • ear 
170 : 180 4 liv. : 4 liv. 4 s. 8 d. Kn d’aiitna, terme.,, puis- 
&lt;pic, dans un eas, il faut le travail de dix hommes pour avoir 
eent soixante-dix quarters de blé, tandis que , dans l’antre, eeltii de 
0.44 suffit, la hausse doit iHre dans le rapport de 0.44 à |» ou dans 
eelui de 4 liv. à 4 liv. 4 s. 8 d. On pourrait démontrer de même que 
St le Iravail de dix antres hommes ne produisait que eent soixante 
quarters, le prix hausserait encore à 4 liv. Ills. , s’il ne produisail 
que eent emquante, à 4 liv. lit s., et ainsi de suite. 
Mais lorsque la terre qui ne paie pas de rente donnait cent 
quatre-vingts quarters à 1 liv. le quarter, le blé rapportait. . 1. 720 
F.t quand la même terre, ne payant pas de ix'nte, donnait 
&lt;*nt soixantiMlix quartéis, le blé ayant atteint 4 liv. 4 s. 8 d. 
rapportait ' I
        <pb n="142" />
        «8 PRINCIPES DE ¡.’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
De sorte que cent cinquante quarters, à 4 1. 10s., rappor 
tent 1* 
Et cent cinquante quarters, all. IBs., donnent la même 
somme de 1. 720 
Or, il est évident que, sur ees trois valeurs différentes, le fer 
mier étant obligé à une époque de payer des salaires réglés d'a 
près le prix du blé à 4 liv., et dans d’autres temps à de plus hauts 
prix , le taux de ses profits doit diminuer en proportion de la hausse 
du prix du blé. 
Dans ee cas, il me paraît clairement démontré que toute hausse 
du prix du blé qui augmente le salaire en argent de l’ouvrier di 
minue la valeur en argent des profits du fermier. 
Ea situation du fermier de l'ancien et meilleur fonds de terre sera 
exactement la même ; il devra aussi payer de plus forts salaires , et il 
ne pourra jamais lui rester sur la \ aleur des produits , quelque élevé 
qu’en soit le prix, plus de 720 I., pour être partagées entre lui et 
le nombre toujours égal de ses travailleurs. Or, plus ils gagneront, 
moins il leur en restera. 
Quand le prix du blé était à 4 1., la totalité des cent quatre-vingts 
([uarters appartenait au cultivateur, qui le vendait 720 1. Quand 
le blé est monté à 4 1. 4 s. S d., il s’est trouvé forcé de payer, sur 
CCS cent quatre-vingts quarters, la valeur de dix quarters pour la 
rente, et par conséquent les cent soixante-dix restants ne lui ont 
plus rapporté ((ue 720 1. Quand le blé est monté à 4 I. 10 s., il 
a dû.payer vingt quarters, ou leur valeur, pour le fermage, et il 
ne lui est resté que cent soixante quarters, qui lui rapportaient la 
somme de 720 I. 
C’est pourquoi, quelle que soit la hausse dans le prix du blé, la 
nécessité d’employer pins de travail ou plus de capital pour obtenir un 
surcroît donné de production, rend cette hausse égale en valeur à 
l’augmentation de la rente ou à celle du travail employé; en sorte que 
le fermier ne retire de ce qui reste après le paiement du fermage, 
(|ue la même valeur réelle, soit qu’il vende i L, 4 1. 1(1 s., ou bien 5 I. 
2 s. 10 d. le quarter de blé. Que le produit appartenant au fer 
mier soit de cent quatre-vingts, cent soixante-dix, cent soixante ou 
cent cinquante quarters, il n’en tire jamais que 720 1.; le prix aug 
mentant en raison inverse de la quantité. 
Ea rente, à ce qu'il paraît, retombe donc toujours sur le consom 
mateur, et jamais sur le fermier ; car si le produit de sa ferme est 
eoiistamment (le cent quatre-vingts quarters, le prix haussant, il
        <pb n="143" />
        CHAP. VI. — DES PROFITS 
8Í&gt; 
{garderait pour lui une moindre valeur et en donnerait une plus forte 
à son propriétaire ; mais eette déduction serait toujours telle, qu’elle 
lui laisserait la meme somme de 720 1. 
On voit aussi que, dans tous les cas, cette même somme de 720 1. 
oU se partager entre les salaires et les profits. Si la \aleur du pro- 
uit brut de la terre s élève au delà de cette valeur, cet excédant ap 
partient à la rente, quel qu’en soit le montant. S’il n’v a pas de 
surplus, il n’^ aura pas de rente. Que les salaires ou les profits 
éprouvent une hausse ou une baisse, c’est toujours cette somme 
fournira aux deux. D’un côté, jamais tes profits ne 
sauraient hausser au point d’absorber une si forte portion de ces 
/2() 1. qu’il n’eu restât plus assez pour fournir aux ouvriers de 
quoi se procurer l’absolu nécessaire, et, de l’autre côté, les salaires 
ne sauraient hausser au point de ne rien laisser sur eette somme 
pour les profits. 
mm# 
‘liins IVtnt I Ulu ion e la dem.iH(|p par suite de (¡uelque chaiiRemeni soudain 
blé Pt ‘ ^ 3 population. Xous voulons parler du |irix naturel et constant du 
' "°" accidentel et variable \o/c t/e /’ /u/mr.
        <pb n="144" />
        PO principes de L’économie politique. 
invariable de 720 1., une part additionnelle pour les salaires des 
dix hommes qu’il emploie constamment, comme nous l’avons sup 
posé. En traitant des salaires, nous avons déjà vu qu’ils haussaient 
constamment par suite de la hausse du prix des produits immédiats 
du sol. En prenant pour hase du calcul celle que nous avons posée 
page 174, on voit que, le blé étant à 4 1. le quarter, les salaires doi 
vent être à 24 1. par an. Et 
quand le blé est à74 
.5 
"«I 
ol 
oi 
10, 
les salaires doivent être à 
Í 1. s. d. 
24 14 0 
26 10 O 
26 8 0 
27 8 6 
et sur le fonds invariable de 720 liv. qui doit être partagé entre les 
ouvriers et les fermiers. 
i l. s. d. \ 
4 0 0 j 
1 ^ &gt; l’ouvrier recevra 
4 10 01 
4 16 01 
a 2 10/ 
1 1. s. \ 
240 ol 
247 Ol 
256 01 
264 ol 
274 5/ 
le fermier recevra 
i l. s. d. 
480 0 O 
473 0 0 
465 0 0 
456 0 0 
445 15 « 
Si l’on suppose le capital primitif du fermier de 3,000 1., les pro 
fits étant, dans le premier cas, de 480 1., donneraient un taux de 10 
pour cent. Quand les profits baissent à 473 1., le taux descend à 
15. 7 pour cent. 
à 465 1 
à 456 1 
à 445 1, 
15. 2 
14. 8 
• L« cent quatre-vingts quarters de Md se partageraient dans I« proportions 
suivantes entre le propriétaire, le fermier et les ouvriers, par 1 effet des variations 
supposées dans la valeur du blé. 
Prix du quarter. 
4 0 0 
4 4 8 
4 10 0 
4 16 0 
5 2 10 
Furiiianc 
point. 
10 quarters. 
2ti — 
ao - 
40 - 
Profit en 
blé. 
190 quarters 
117. 7 
103. 4 
95. ^ 
76. 7 
Saimirí a i n 
blu. 
60 quarters. 
58 3 
56. 6 
55. 
53. :l 
Total. 
180 
et dans ces mêmes circonstances, les fermages en argent, le salaires et les pro 
fits seraient ; 
Prix du quarter. 
I. a 3. 
4 0 0 
4 4 8 
4 10 O 
4 16 O 
5 2 10 
Frrmapr. 
I. X d. 
point. 
42 7 6 
90 O O 
144 O 0 
205 13 4 
Profit. 
480 O O 
473 O O 
465 O O 
456 O O 
445 15 O 
Salaiiea. 
1. a. d. 
240 O O 
247 0 O 
255 O 0 
264 0 O 
274 5 O 
Totai . 
I. ». d. 
720 O O 
762 7 6 
810 0 O 
864 0 O 
925 18 4
        <pb n="145" />
        CHAP. VI. — DES PROFITS. 91 
Mais le taux des profits doit baisser encore davantage; car le 
capital du fermier, comme nous l’avons dit, se compose principale 
ment de matières brutes, telles que ses meules de blé et de foin, 
son blé et son orge en gerbes, ses chevaux et ses vaches, qui doi 
vent tous hausser de prix par le renchérissement des produits, 
^on profit absolu tombera de 480 1. à 445 1. 15 s. Mais si, d’après 
es causes que je viens d’exposer, son capital augmentait de 3,000 1. 
a 3,2001., létaux de ses profits, le blé étant à 5 1. 2 s. 10 d., serait 
au-dessous de 14 pour cent. 
Si un manufacturier employait de même 3,000 1. sur sa fabri 
que, il serait forcé, par la hausse des salaires, d’augmenter son ca 
pital pour pouvoir être à même de continuer son commerce. Si sa 
marchandise se vendait auparavant 720 1., elle continuerait à 
rapporter le même prix; mais les salaires du travail, qui montaient 
d abord a 240 1., hausseront, quand le blé sera à 5 1 2 s 10 d 5 
####= 
Les marchandises haussent toujoui-s parce qu’il faut plus de tra 
earns: 
nsquil y ait la une conséquence nécessaire; car l’ouvrier peut 
contenter d’une moindre aisance. Il faut convenir (juc les sa 
nn arriver d ahord à un taux élevé, jmur subir ensuite 
^ que diminution. Dans ce cas, il n'y aura pas réduction des
        <pb n="146" />
        92 PRINCIPES DE E’ÉCONOMIE POEITIQUE. 
profits- mais il ost impossible de eoncooir comment le prix en 
argent des salaires pourrait baisser ou rester stationnaire pendant 
que celui des objets de première nécessité hausserait graduellement. 
On peut donc regarder comme une chose démontrée (pie dans es 
cas ordinaires il n’arrive point de hausse permanente dans le prix 
des articles de première nécessité qui ne cause une hanssi (Us sa 
laires, ou qui ne soit felTet d’une hausse sur\euuc auparavant. 
l/effel quV()r»uv(Tonl les profils sera le infime, ou *&gt; |u u près, s i 
y a une hausse quelconque dans les prix des autres ai fieles i e pri ^ 
mière nécessité que l’ouvrier aehète avec ses salaires,— 1rs aliments 
exceptés, ha uéeessité où il se trouverait de les paver plus cher le for 
cerait à exiger une plus forte rémunération; et tout ce qui au^meule 
les salaires riàfuil les profits. Mais supposons que le prix des soieries, 
des velours, des meubles, ou de tout autre article dont 1 ouvrier n a 
pas besoin, vienne à hausser par suite de l'excédant de, travail neces 
saire il la fabrieation de ces objets, les prolits ne s'eu ressentiraien - 
ils pas? Non assurément; car rien ne modifie les |irolits, si ce n est 
la hausse des salaires; et les soieries, les velours n’étaiit point ooii- 
sommés par l’ouvrier, le reiicbérissement (le ces articles ne saurait 
faire hausser les salaires. 
le ne parle que des profits en général, .l’ai deja averti que le 
prix courant d’une denrée pouvait surpasser son prix naturel ou 
absolu; car celle denrée peut avoir été priuluite eu quantité moin 
dre que ne l’exige ie surcroît de la demande. Cet effet eependani 
n’est que passager, hes beaux profits retirés du eapital emp ove 
à la production de celte denrée porteront bientôt des capitaux 
vers cet emploi; et aiissit.’.t que les fonds seront siillisaiils et qui 
la quantité de la denrée se trouvera assiv. augmeiilee, elle bais 
sera de prix, et les prolilsde ce genre de commerce se iiivelirroii 
aviT tous les autres, ha baisse du taux général des prolils n est 
nullement iiieoinpaliblc avec la hausse partielle des beiieliees d une 
branche particulière d’iiulusl rie; c est en raison (h nugaïc ((8 
profits que les capitaux passent (1 un emploi a un autic. (itst ainsi 
que pendant la baisse des profits en général , et pendant qu ils 
tendent graduellement vers un niveau plus bas, par suite (U au,, 
mentation des salaires et de la dillieulté croissante de pourNoir à la 
subsistance du surcroît de population; c’est ainsi, dis-je, que b s 
profits du fermier peuvent se maintenir pendant (piebpie tcnqis 
au-dessus de leur ancien taux. Il peut se faire aussi qu’une branche 
particulière de commerce étranger et colonial se trouve a une epoqm
        <pb n="147" />
        CHAI* VI. — DES DKOFITS. «j3 
extraordinairement encouragée; mais ce fait, que nous admettons, 
ne saurait invalider la théorie. 11 sera toujours vrai que les profits 
dépendent de la cherté ou du bas prix des salaires; que les salaires 
sont réglés par le prix des denrées de première nécessité, et que le 
prix de ces dernières tient principalement à celui des aliments ; caria 
quantité de toutes les autres choses peut être augmentée d une ma 
nière presque illimitée. 
L’on devrait se rappeler que le prix courant varie toujours, et va 
ne d’abord par le rapport de l’offre et la demande. C’est ainsi que du 
drap qu on peut donner à 40 s. l’aune en prélevant les profits ordi 
naires sur le capital, pourrait hausser jusqu’à 00ou 80 s., en raison 
des exigences de la mode, ou par suite de quelque autre causer, qui 
tout à coup, et sans qu’on s’y attendit, en augmenterait la demande 
ou en diminuerait l’approvisionnement. Les fabricants de draps fe 
ront, pendant quelque temps, des profits extraordinaires ; mais les 
capitaux afflueront vers ce genre de fabrique jusqu’à ce que l’offre 
gHSSÎSH 
haut pour que lo fcrnucren relire plus que les prolils orUiiiaires. s'il 
' ® le prix du Wé baissera hientAt à 
son ancien niveau, après que la quantité nécessaire de capital aura été 
employee sur ces terrains, - les pix.lils restant d’ailleurs les mêmes 
Hais s 11 11 y avait pas assez, de terres fertiles; et si, pour prixluire ce 
SUIcroit de lile, d fallait plus que la quantité ordinaire de travail et 
lie capilal, le lilé ne baisserait plus à son ancien niveau. Son prix 
naturel s eicverail, et le fermier, au lieu d'olilcnir constamment de 
plus praiids piolits, sc verrait forcé de se contenter du taux diminué 
||U1 est la suite inévitable de la liaus.se de main d'œiivre bauss,. 
causee par celle des choses nécessaires. ^ 
Les profits tendent naturellement à baisser, parce que dans h* 
progrès delà société et de la richesse, le surcroît de subsistances né 
cessaires exige un travail toujours croissant. Cette tendance, ou nour 
amsi dire, cette gravitation des profits, est souvent et heureusement 
ariitec par le pcrfectioiinemcnt des macliiiiea qui aident à la pi-oduc- 
1011 des cboscs necessaires, ainsi que par I eilet des découvertes 
agronomiques, qui nous donnent le moyen d’épargner une portion 
ravail, et de diminuer ainsi le prix des articles de première né- 
'• lté poui la consommation de l’ouvrier. Le renchérissement des 
•clés de première nécessité et des salaires a cependant des
        <pb n="148" />
        PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
bornes: car aussitôt que les salaires aurout mouté (comme dans 
le cas que nous avons déjà posé) à 720 1., total de la recette du fer 
mier U ue pourra plus y avoir d’accumulation, puisque aucun capi 
tal né saurait plus donner de bénélices; on n’aura pas besoin alors 
d’une augmentation de travail, et la population aura atteint son maxi 
mum. Bien avant ce terme même, la réduction des profits aura 
arrêté toute accumulation; et la presque-totalité des produits du 
pays, tes ouvriers une fois payés, appartiendra aux proprietaires 
fonciers et aux collecteurs des dimes et des autres impôts. 
En prenant donc pour base de mon calcul la supposition ci-dessus, 
très-inexacte d’ailleurs, il paraîtrait que le blé étant à 20 1. st. le 
quarter, tout le revenu net du pays sera entre les mains des proprie 
taires fonciers ; car, dans ce cas, la même quantité de travail qu il a 
fallu employer primitivement pour produire cent quatre-vingts 
quarters, deviendrait nécessaire pour n’en produire que trciite-six ; 
puisque 20 1. ; 4 1. 180 : 30. C’est pourquoi le fermier qui dans 
l’origine récoltait cent quatre-vingts quarters (si toutefois il en exis 
tait, car les anciens et les nouveaux capitaux sc trouveraient tellement 
confondus, qu’il n’y aurait plus moyen de les distinguer), le fermier, 
disons-nous, \endrait les : 
180 quarters à 20 1. le quarter, ou 1. 3,600 
,a valeur de 144 
-% 
la valeur de :16 muids payée aux dix ouvriers 720 
ne laissant, par conséquent, rien pour son profit. 
A ce prix de 20 1. les ouvriers continueraient à consommer cha 
cun trois quarters de blé par an, ou 
et ils dépenseraient sur d’autres articles. . . • ^ 
par conséquent dix ouvriers coûteront 720 1. par an. 
N’ayant cherché dans tous ces calculs qu à éclaircir le principe, 
il est presque inutile de dire que je suis parti d une base prise au 
liasard, uniquemeut pour servir d’exemple. Quoique les résultots 
aient pu varier eu degré, ils seraient restés les mômes en principe, 
quelque exactitude que j’eusse pu mettre en évaluant la différence 
dans le nombre des ouvriers nécessaires pour obtenir les quantités suc 
cessives de blé qu’exige la consommation d’uiie population croissante. 
Mon but a été de simpliiier la question; c’est pourquoi je n’ai point
        <pb n="149" />
        95 
CHAP. VI. — DES PROFITS, 
tenu compte du rencliérissemeiil des choses nécessaires, autres que 
les subsistances. Ce renchérissement, suite de l’augmentation dans 
la valeur des matières premières dont ces articles sont fabriqués, 
erait encore baisser les profits, en faisant hausser davantage les 
salaires. 
ai déjà dit que longtemps avant que cet état des prix soit devenu 
Í aiient, il n ^ aurait jilus de motif pour accumuler 5 car on n’ac 
cumule qu’en vue de rendre cette accumulation productive; et ce 
n est que lorsqu’elle est ainsi employée qu elle a un effet sur les pro- 
1 . Il ne saurait y avoir d’accumulation sans motif, et par consé 
quent un tel état des prix ne peut jamais persister. Il est aussi im 
possible au fermier et au manufacturier de vivre sans profits au’à 
1 ouvrier d’exister sans salaires. Le motif qui les porte à accumuler 
diminuera a chaque diminution des profits, et il cessera entièrement 
■ 
des nriui porté a ci one que, quelle que soit la diminution 
1 s u capital occasionnée par l’accumulation des capitaux
        <pb n="150" />
        l&gt;UlN&lt;&gt;irKS 1&gt;K L’KCONOMIE POLITIQUE. 
consacrés à la terre, et par la hausse des salaires, la somme totale des 
profits doit cependant augmenter. Supposons que par l’accumula 
tion renouvelée souvent d’un capital de 100,0001. le taux des profits 
tombe successivement de ‘20 à 10, à 18, h 17 pour cent, toujours en 
diminuant, on croirait que la somme totale des profits retirés par les 
possesseurs de ces capitaux successifs, doit toujoui-s être progres 
sive, et qu elle sera plus forte lorsque le capital est de 200,000 1. 
que quand il n’est que de 100,000 l., et plus forte encore quand il 
est de 300,000 1., en continuant ainsi à augmenter, quoique dans 
une proportion moindre, par suite de toute nouvelle augmentation 
de capital. Cette progression, cependant, n’est exacte que pendant un 
certain temps; car 19 pourcent sur 200,000 1. sont plus que 20 pour 
cent sur 100,000 1. ; et 18 pour cent sur 300,000 1. sont plus que 19 
pour cent sur 200,000 1. Mais lorsqu’une grande somme de capital a 
été déjà accumulée et que les profits ont baissé, une nouvelle accumu 
lation diminue la somme totale des profits. Supposons, par exemple, 
que l’accumulation soit de 1,000,000 1, et les profits de 7 pour cent, 
la totalité des profits montera à 70,000 1.; qu’on ajoute ensuite à ce 
million un capital de 100,000 1. et que les profits baissent à 0 pour 
cent, les capitalistes ne recevront plus que 06,000 1., c'est-à-dire 
4,0001. de moins, quoique le capital se trouve porté de 1,000,000 1. 
à 1,100,000 I. 
Tant que le capital donne un profit quelconque il ne peut y 
avoir aucune accumulation qui ne soit suivie d une augmen 
tation dans la quantité et la valeur des profits. Par l’emploi de 
100,000 1. de capital additionnel, aucune portion de l’ancien capital 
ne deviendra moins productive. Les produits du sol et de l’induslrie 
nationale devront s’accroitrc, et leur valeur s’élèvera non seulemenl 
en raison de l’augmentation de la quantité des produits, mais aussi 
en raison de la nouvelle valeur que donne a tous les anciens produits 
du sol la dilliculté croissante de la culture sur Uïs dernières qualités 
de terres, et c’est cette nouvelle valeur qui devient le prix de la rente. 
Néanmoins, lorsque l’accumulation des capitaux devient très-considé 
rable, malgré cette augmentation de v aleur, elle se trouve distribuée de 
telle sorte qu’il en est attribué une moindre part aux profits et une plus 
forte part au contraire à la rente et aux salaires. Ainsi, par 1 addition 
successive de 100,000 1. au capital, le taux des profits baissant de 20 
à 19 à 18 et à 17 pour cent, etc., les produits annuels augmenteront 
en quantité, et dépasseront la totalité de la valeur additionnelle que 
le nouveau capital est susceptible de produire. De 20,000 I. le pro-
        <pb n="151" />
        rilAP. VI. - DFS PÜOFITS. t,7 
(luit hauspora à plus (k 30,000 I., puis à plus de 57,000 I., el quand 
e ca])ital employe sera d’un million, ainsi que nous l’avonsddjà sup 
pose, SI on y ajoute encore 100,0001., quoique la totalité des profits 
Jt moindie que par le passe, le revenu national sera cependant aup- 
ente de plus de 0,000 1.; mais 1 augmentation portera sur cette par- 
Oedu revenu qui appartient aux propriétaires fonciers et aux ou 
vriers : ils obtiendront plus que le produit* additionnel, et par leur 
position lis pourront même empiéter sur les profits antérieurs du 
capitaliste. C est ce que nous allons voir 
mu-r, la rente pavee, d eu garde ',80 I. puur lui, en pavant 210 I à 
s 
est alfir crrains a\(e un moindre retour de produits, eet eiTet 
s permanent, l ue plus grande part de la portion du produit 
\^fnuv. de Hicardo.) y
        <pb n="152" />
        98 PRINCIPES DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE. 
qui reste, après le paiement de la rente, pour être partagée entre les 
propriétaires du capital et les ouvriers, revient alors à ces derniers. 
Chacun d’eux en a vraiscmhlahlement une moindre quantité abso 
lue ; mais comme il y a plus d’ouvriers employés en proportion du 
produit total gardé par le fermier, les salaires absorbent une part 
plus grande sur la valeur du produit total, et par conséquent il en 
reste moins pour les profits. Les lois de la nature rendraient ces 
phénomènes permanents en mettant des bornes à la force productive 
du sol. 
Nous voilà donc arrivés aux conclusions mêmes que nous avons 
déjà cherché à établir ; — que dans tous les pays et dans tous les 
temps, les profits dépendent de la quantité de travail nécessaire pour 
fournir les denrées de première nécessité aux ouvriers sur des terres 
et avec des capitaux qui ne donnent jias de rente. Les effets de 1 ac 
cumulation doivent donc être différents selon les pays, et, surtout, 
selon la fertilité du sol. Quelque étendu que soit un pays dont le sol 
est peu fertile, et où l’importation des subsistances est prohibée, les 
moindres accumulations de capital y produiront de grandes réduc 
tions dans le taux des profits, et causeront une hausse rapide de la 
rente. Au contraire, dans un pays peu étendu, mais fertile, il peut y 
avoir un grand fonds de capital accumulé sans diminution notable 
dans le taux des profits, ou sans une forte hausse de la rente des ter 
res, surtout si la libre importation des vivres y est permise. Dans le 
chapitre des Salaires, j’ai essayé de prouver que le prix métallique 
des denrées ne saurait hausser par la cherté de la main-d’œuvre, que 
l’on suppose l’or, — mesure constante du numéraire, — produit dans 
le pays, ou tiré de l’étranger. Mais s’il en était autrement et que le 
prix des denrées s’élevât constamment par la hausse des salaires, il 
serait encore exact de dire que la cherté des salaires atteint constam 
ment les personnes qui emploient des ouvriers, et les prive d'une 
portion de leurs profits réels. Que le chapelier, le marchand de bas 
et le cordonnier, soient obligés de payer chacun 10 1. de ])lus à leurs 
ouvriers pour la fabrication d’une quantité donnée de produits, et 
que le prix des chapeaux, des bas et des souliers monte assez pour 
rembourser les fabricants de ces 10 1., leur condition ne sera pas 
meilleure qu’avant cette hausse. Si le marchand de bonneterie 
vend scs bas 110 1. au lieu de 100 1., il aura exactement le même 
profit en argent; mais comme il aura en échange de cette même 
somme un dixième de moins en chapeaux, en souliers, et en autres 
articles, et comme il pouvait avec le montant de ses épargnes cm-
        <pb n="153" />
        rjIAP. VI. — DES PROFITS. 
99 
ployer auparavant moins d’ouvriers chèrement payés, et acheter 
moins de matières premières à des prix élevés, sa situation ne sera 
pas meilleure que si, les prix restant les mêmes, scs profits en 
argent étaient réellement diminués. J’ai cherché à prouver ainsi, 
1 (pic la hausse des salaires ne peut faire hausser le prix des den 
rées, mais qu’elle doit eonstamment diminuer les profits; 2" que, si 
le prix des denrees pouvait hausser, l’clîet sur les profits serait tou 
jours le même, l e fait est que l’argent seul, mesure des prix et des 
profits, pourrait baisser.
        <pb n="154" />
        PRINCIPES DE L'ECONOMIE POLITIQUE. 
iOO 
CHAPITRE VIE 
DU COMMERCE EXTERIEUR. 
Le commerce extérieur, quelle que soit son importance, ne sau 
rait augmenter tout à coup les valeurs nationales, quoiqu’il con 
tribue puissamment à accroître la masse des choses utiles, et par con 
séquent celle des jouissances. Comme la valeur de toute marchandise 
étrangère ne s’estime que par la quantité des produits de notre sol 
et de notre industrie que nous donnons en échange, lors même 
qu’en échange d’une quantité donnée de nos marchandises nous 
obtiendrions, dans les marchés nouvellement ouverts, le double en 
marchandises étrangères, nous ne recevrions cependant pas une va 
leur plus considérable. Si, par l’emploi d’une valeur de 1,000 1. st. 
en marchandises anglaises, un négociant peut obtenir en retour des 
marchandises étrangères qui rapportent, en Angleterre, 1,200 1., il 
gagnera 20 pour cent par cet emploi de capital ; mais ni son béné 
fice, ni la valeur des marchandises importées n’augmenteront ou ne 
diminueront par le retour plus ou moins fort en marchandises étran 
gères. Qu’il importe vingt-cinq ou cinquante pipes de vin, scs in 
térêts n’en souffriront nullement, si à deux époipies différentes les 
vingt-cinq, comme les cinquante pipes, lui rapportent également 
1,200 1. Dans l’un comme dans l’autre cas, il aura uu hénélic# de 
200 1., ou de 20 pour cent sur son capital, et une valeur égale aura 
été importée eu Angleterre. S’il tire plus de 1,200 1. de ses cinquante 
pipes, ce marchand fera un profit supérieur au taux général, et 
un commerce aussi lucratif attirerait bientôt les capitaux, jusqu’à 
ce que la baisse dans le prix du vin eût tout ramené à l’ancien 
niveau. 
On a néanmoins prétendu que les gros bénéfices que retirent 
certains négociants du commerce étranger, font hausser le taux gé 
néral des profits dans le pays, et que les capitaux que l’on détourné
        <pb n="155" />
        CHAP. Vil. — ÜL COMMERCE EXTERIEUR. jUj 
d autres emplois pour les consacrer à cette nouvelle branche luera 
tue du commerce extérieur, doit faire hausser les prix, et, par suite 
es pioiits. Les écrivains les plus estimés ont émis cette opinion : Si, 
sent 1 s, le capital consacré à la culture du blé, à la fabrication du 
^ chapeaux, des souliers, etc., est diminué, tandis 
, ^ emande de ces articles reste la même, le prix de ces objets 
cira 1g fermier, le chapelier, le fabricant de 
H 
n 
«vez Adam Smith , liv. I, chnp. o.
        <pb n="156" />
        102 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Si une ])liis forte portion du produit du sol et de l’industrie de 
rAngleterre est employée à l’achat des marchandises étrangères, on 
ne i)ourra pas en dépenser autant à d’autres objets, et par consé 
quent la demande de chapeaux, de souliers, etc., diminuera; mais 
en même temps qu’on aura détourné des capitaux de la fabrication 
des chapeaux, des souliers, etc., on en aura versé davantage dans les 
manufactures qui fabriíjuent les articles avec lesquels on achète les 
marchandises étrangères. Ainsi donc, la demande des produits 
étrangers et nationaux réunis est, quant à la valeur, bornée par 
le revenu et par le capital de la nation. Si l’un augmente, l’autre 
doit diminuer. Si la quantité des vins qu’on importe en échange de 
la même quantité de marchandises anglaises est doublée, la nation 
anglaise pourra, ou consommer deux fois plus de vin, ou la même 
quantité de vin jointe à plus de marcbandiscs nationales. Si, ayant 
1,000 1. de revenu, j’achète tous les ans une pipe de vin au prix de 
100 1., et ([lie j’emploie 000 1. à l’achat d’une certaine quantité d’ar 
ticles du pays, lorsque la pipe de vin ne coûtera ([uc 50 1., je pour 
rai employer les 50 1. épargnées à acheter plus de produits anglais. 
Si j’achetais plus de vin, et que tout consommateur en fit autant, le 
commerce extérieur n’é[)rouverait aucun changement; on exporte 
rait la même quantité de produits anglais pour les échanger contre 
du vin , dont nous recevrions une double ([uantité, sans ci'pendant 
en recevoir une valeur double. Mais si les autres consomma 
teurs de vin et moi-même nous nous contentions de la même quan 
tité de vin (pie par le passé, les exportations de l’Angleterre dimi 
nueraient, les buveurs de vin ayant à leur choix de consommer les 
[iroduits ([lie l’on exportait au[)aravant, ou ceux (pii leur convien 
draient davantage. Le ca[)ital nécessaire à leur production serait 
fourni [)ar celui ipi’on détournerait du commerce idranger. 
Le ca[)ilal s’accroît de deux manières : [)ar l’augmentation dn re 
venu, ou par l’alTaihlissement de la consommation.Si mes [irofits s’é 
lèvent (le 1,000 1. à 1 ,‘iOO, [lendant que ma (Uqiense reste la même, 
j’amasse ‘2001. [lar an de plus que je ne le faisais auparavant ; si j’é- 
[largnc 2001. sur ma dépense pendant (pie mes prolits sont les m(hnes, 
j’obtiens le même résultat, et j’ajoute 200 1. paran à mon capital. J.e 
négociant qui importait du vin alors ([ue les [irolits s’étaient élevés 
de 20 à iO pour cent, au lien de [layer ses marchandises anglais('s 
1,0001., n’en donnera([ue 857 1.2 s. 10 d., et vendra ce[)endant tou 
jours le vin im[)orte 1,200 1. ; ou bien, s’il payait les marchandises 
anglaises 1,000 1., il faudrait qu’il vendit son vin 1,4001. : son ca-
        <pb n="157" />
        CHA1&gt;. Vil. — ÜU CÜM.MEHCE EXTÉRIEL’K. 103- 
pital lui ra])portcrait alors 40 au lieu de 20 pour cent. Mais si, en 
raison du bas prix de tous les articles auxquels lui, ainsi que les 
auties consommateurs, employaient tout leur revenu, ils peuvent 
épargner 200 1. sur chaque 1,000 1, de leur dépense antérieure, ils 
aUj^menleront la richesse réelle du pays. Dans l’un des deux cas, 
1 c])arguc viendrait de l’augmentation du revenu ; dans l’autre, de 
la diminution de la dépense. 
^ "Production des machines opérait une baisse de 20 pour cent 
dans la valeur de toutes les marchandises auxquelles mon revenu est 
employé, j’épargnerais autant que si mon revenu s’était accru de ‘&gt;0 
pour cent; mais, dans l’un de ces cas, le taux des profits serait resté 
statmnnaire; et, dans l’autre, il aurait haussé de 20 pour cent. 
Si, par l’introduction de marchandises étrangères à bas prix je 
puis épargner 20 pour cent sur ma dépense, le résultat sera préci 
sément le même que si les frais de production eussent été diminués au 
mo^en é^s ruachines; mais le taux des profits ne liaussera pas 
mmmm. 
«ans tout le cours de cet ouvrage, j'ai cherché à prouver (me le 
.éccssite a plus bas pnx, les profits hausseront. Si, au lieu de ré- 
cr U hle chez nous, et de lahriíjiier nous-nn'incs l’hahillcnient 
‘ Loi fatale, et 
Que J ai réfutée au chapitre des Salaires. 
A. K.
        <pb n="158" />
        loi 1‘KIÍSCIOKS DE L’ÊCüiNOMlE l’üLlTlQUE. 
et les objets nécessaires pour la consoniniatioii de l’ouvrier, nous 
déeouvi-ons un nouveau mardié où nous puissions nous jiroeurer 
ees olijets à meilleur compte, les salaires de\ront baisser et les profits 
s’aeeroitre. Mais, si ees choses que l’on obtient à meilleur compte, soit 
par rextension du commerce étranger, soit [lar le perfectionnement 
des machines, ne servent qu’à la consommation des riches, le taux 
des profits n’éprouvera pas de changement. Le taux des salaires ne 
saurait changer, quoique le vin, les velours, les soieries, et autres 
objets de luxe, éprouvent une baisse de 50 pourcent; et par consé 
quent les profits resteront les memes \ 
C’est pourquoi le commerce étranger, très-avantageux pour un 
])ays, puisiju’il augmente le nombre et la variété des objets auxquels 
on peut employer son revenu, et qu’en répandant avec abondance les 
denrées à bon marché, il encourage les économies et favorise l’ac 
cumulation des ciqiitaux, ce commerce, dis-je, ne tend nullement à 
accroitre les profits du capital, à moins que les articles importés ne 
soient de la nature de ceux que l’ouvrier consomme. 
&lt; Cette asseilio.i, pour être catégorique, n’en est pas moins parfaitement in 
soutenable. — Si les prix bai sent, c'est que les sommes destinées à acheter ces 
velours, ces soieries, ces superiluités dont parle Ricardo, ont diminué ou pris une 
autre direction. Supposez une année de disette où les populations, inquiètes sur 
leur existence, voient leurs épargnes se dissiper en achats de blé; une année où 
les appels de la faim étouffent tous les autres désirs, toutes les autres jouissances : 
supposez encore un revirement dans le goût des consommateurs, un de ces capri 
ces soudains et inexplicables qui font préférer telle étoffe à telle autre, telle école 
de coiffure ou de parure à telle autre école, et dans les deux cas vous aboutissez à 
faire payer par l’industrie les frais de ces anomalies des saisons ou des esprits : — 
dans les deux cas, c’est le travail qui comble le déficit créé par la famine, les crises 
financières ou les mobiles décrets de la mode. Or, dès que l’on voit diminuer la 
somme de travail à répartir entre les ouvriers, dès que s’affaiblit la demande de 
bras, ou peut en conclure hardiment que la valeur du travail, en d’autres termes, 
les salaires doivent bientôt fléchir. En effet, ce qui constitue la dotation de l'in 
dustrie, ce sont les capitaux; si ces capitaux diminuent par la baisse des prix, il y 
a atteinte grave portée au budget des travailleurs, et, dès lors, la part de chacun doit 
s’affaiblir. Les profits de l’entrepreneur s’amoindrissent, et avec eux l’épargne au 
moyen de laquelle se créent les fortunes, et avec l’épargne,enfin, ces fortunes mê 
mes (jui sont la source d’où naissent les salaires. Dire (|ue les profits peuvent dimi 
nuer sans qu'une diminution analogue atteigne la rémunération de l’ouvrier, c’est 
donc dire que les sources d’un fleuve peuvent se tarir sans (|ue le niveau du fleuve 
s’abaisse immédiatement ; c’est commettre une erreur (jue le souvenir des désas 
tres de Manches:cr, de Spitalfieds, de Coventry et de l’Amérique eût dû épar 
gner à Ricardo A. F.
        <pb n="159" />
        ^ 4 , 
CHAI*. VU. — DL COM.MtKCL LXTLIULl K. 
Ce que je Niens de dire du commerce extérieur s’appliíjue égale 
ment au commerce intérieur. Le taux des profits n’augmente jamais 
pai une meilleure distribution du travail, ni par l’invention des ma- 
c nues, 1 établissement des routes et des canaux, ou par tout autre 
^en d abiéger le travail, soit dans la fabrication, soit dans le trans- 
1 es mar(bandises. Joutes ces causes influent sur les pi’ix, et 
toujours très-a\ antageuses au consommateur, à qui elles per- 
* itdc SC pioeuiei aNccle même travail, ou avec le même produit, 
une plus grande quantité de la denrée dont la production a été faci 
litée par ses perfectionnements ; mais ellc^ n’exercent aucune influence 
sur les profits. D’un autre côté, toute diminution dans les salaires 
des ouvriers accroît les profits, mais ne produit aucun effet sur le 
prix des choses. L’un est avantageux pour tous les membres de la 
société, car tous sont Jes consommateurs; l’autre n’est utile «u’aux 
SlSSSHH 
dans In V i lautu. Si les jirofits des capitaux eniplovés 
les foi, 1. sni passaient ceux des capitaux einplovésà J.ondres, 
passi rail ni bien \ilc de Londres dans le York sbire, cl les
        <pb n="160" />
        ion PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. | 
profits se lùvelleraieiit. Mais si le sol de l’Angleterre devenait moins 1 
j)roductif, ou si l’accroissement des capitaux et de la population ve- j 
liait à faire monter les salaires et à faire baisser les profits, il ne j 
s’ensuivrait pas pour cela que le capital et la population dussent | 
nécessairement abandonner l’Angleterre, et se porter en Hollande, j 
en Espagne ou en Jlussie, où les profits pourraient être plus élevés. 
Si le Portugal n’avait aucune relation commerciale avec d autres 
pays, au lieu d’employer son capital et sou industrie à faire du \in, 
avec lequel il achète aux autres nations le drap et la quincaillerie né 
cessaires pour son propre usage, ce pays se trouverait forcé de con 
sacrer une partie de ce capital a la fabrication de ces articles, qu il 
n’obtiendrait plus probablement qu’en qualité inférieure et en quan- 
tité moindre. 
La masse de vin que le Portugal doit donner en échange pour t 
drap anglais n’est pas déterminée par la (quantité respective de tra 
vail que la production de chacun de ces deux articles a coûté ; ce 
qui arriverait s’ils étaient tous deux fabriqués eu Angleterre ou eu 
Portugal. ^ I 
L’Angleterre peut se trouver dans des circonstances telles qu il lui j 
faille, pour fabriquer le drap, le travail de cent hommes par an, tan- | 
dis que, si elle voulait faire du vin, il lui faudrait peut-être le travail 
de cent vingt hommes par an : il serait donc de l’intérêt de l’Angle 
terre d’importer du vin, et d’exporter en échange du drap. 
Lu Portugal, la fahricatioii du vin pourrait ne demander que le 
travail de quatre-vingts hommes pendant une année, tandis que la j 
fabrication du drap exigerait le travail de quatre-vingt-dix hommes. 
Le Portugal gagnerait donc à exporter du vin eu échanp pour du 
drap. Cet échange pourrait même avoir lieu dans le cas où on fabri- , 
querait en Portugal l’article importé a moins de frais qu en An^lc | 
terre. Quoique le Portugal pût faire son drap en n’employant que - 
&lt;[uatrc-vingt-dix hommes, il ])réfcrerait le tirer d un autie pa&gt;s où 
il faudrait cent ouvriers jiour le fabriquer, parce qu il trouverait 
plus de profit à employer son capital a la production du vin, en 
échange duquel il obtiendrait de l’Angleterre une (quantité de drap 
plus forte que celle qu’il pourrait produire en détournant une por- ^ 
tion de son capital employé à la culture des vignes, et en 1 employaut 
à la fabrication des draps. 
])ans ce cas, l’Angleterre donnerait le produit du travail de cen 
hommes en échange du produit du travail de quatre-vingts. Ln 
pareil échange ne saurait avoir lieu entre les individus du même pays.
        <pb n="161" />
        CHAP. Vil. — DU COMMEIIŒ EXÏÉHIEUK. 107 
On ne peut échanger le travail de cent Anglais j)our celui de qnatre- 
Aingts autres Anglais; mais le produit du travail de cent Anglais 
peut être échangé contre le produit du travail de quatre-vingts Por 
tugais, de soixante Pusses ou de cent vingt Asiatiques. Il est aisé d’ex - 
pliqutr la cause de la diiïércncc qui existe à cet égard entre un i)ays 
plusieurs : cela tient à l’activité avec laquelle un capital passe 
constamment, dans le même pays, d’une province à l’autre pour 
rouAtr un emploi plus proiitahle, et aux obstacles qui en pareil cas 
8 opposent au déplacement des capitaux d’un pays à l’autre*. 
’ Un pays qui, par sa supériorité dans les machines et l’habileté de ses ouvriers 
fabrique avec une plus grande économie de main-d’œuvre que ses \oisins peut ’ 
avec les produits de son industrie, faire venir du dehors le blé nécessaire à s¡ 
consommation lors même que son sol serait plus fertile, et que le blé v vien- 
##### 
pot sur les terres. ** — j. -B. Say. 
lait Venir “PPorteJu dehors sans exiger de retour, comme lorstju’un liomme 
L'iilu , '•«''«“US acquis au dehors. 
e économiste uc s est pas souvenu, en écrivant ces dein ¡eres lignes, de ses ladies oh.
        <pb n="162" />
        i 08 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Dans Ia supposition que nous venons de faire, les capitalistes de 
l’Angleterre et les consommateurs des deux ¡)ays gagneraient sans 
doute à ce que le vip et le drap fussent l’un et l’autre faits en Portu 
gal, le capital et l’industrie anglaise passant par conséquent, à cet 
effet, de l’Angleterre en Portugal. 
Dans le cas supposé, la valeur relative de ces deux objets se ré 
glerait d’aj)rès le même principe que si l’une était une production de 
l’\orlvsbire et l’autre de Londres; et dans tout autre cas, si les ca 
pitaux affluent librement vers les pays où ils trouvent un emploi plus 
profitable, il ne pourra exister dans le taux des profits, et dans le 
prix réel des choses, de différence autre que celle qui proviendrait 
du surcroît de travail nécessaire pour les porter aux différents 
marebés. 
Nous savons cependant, par expérience, que bien des causes s’op 
posent à la sortie des capitaux. Telles sont ; la crainte bien ou mal 
loudéc de voir s’anéantir au dehors un capital dont le propriétaire 
n’est pas le maître absolu, et la répugnance naturelle qu’éprouve tout 
homme a quitter sa patrie et ses amis pour aller se confier à un gou 
vernement étranger, et assujettir des habitudes anciennes à des 
mœurs et à des lois nouvelles. Ces sentiments, que je serais fùcbé de 
voir affaiblis, décident la plupart des capitalistes à se contenter d’un 
taux de profits moins élevé dans leur ])ropre ])ays, plutôt que d’al 
ler chercher dans des pays étrangers un emploi plus lucratif pour 
leurs fonds. 
»«*rvalions sur Tinflufince délétère des droits élevés. Il est à peu près admis en économie po- 
lili(|ne, aujourd’hui, que des tarifs qui repoussent les consommateurs, des droits d’entrée qui 
empêchent l’entrée ne sont pas précisément le moyen le plus elticace de grossir les recettes 
ilu trésor : et s’il était même besoin de faits pour prouver l’éciatante vérité de ce principe, nous 
les pourrions puisera pleines mains dans l’histoire de la consommation de l’Angleterre depuis 
trente ou (piarante années, et surtout, depuis l’audacieuse tentative de 11. Peel, en 1842. Nous 
y verrions que les importations ont constamment marché en sens Inverse des tarifs : les unes 
grandissant a mesure que les autres fléchissaient. Le thé, le café, le sucre, présentent des résul 
tats miraculeux et qui ont peut-être encore été dépassés par l’histoire de la réforme postale. 
Ainsi, le nombre des lettres en circulation qui, sous l’ancienne législation, s’élevait à 75,000,100 
en 1835, a atteint pour l’année 1840 le chiffre énorme de 300,000,000 ; dans le district de Londres, 
l’accroissement a été du douille en 5 ans, et ainsi de suite pour les autres villes. Nous avons 
même presque honte d’insister sur de pareils truismes et surtout d’avoir à les rappeler à un 
esprit aussi éminent que celui de J.-3. Say. 11 est mort sans voir ces magniliques et courageuses 
réformes, mais il avait en main assez de faits et de logique pour les prévoir facilement. Il 
suflit même d’une dose d’intelligence tres-médiocre pour comprendre que la masse des con 
sommateurs — celle qui verse dans les trésors royaux ou autres les pluies d’or des budgets — 
est entachée du péché originel de pauvreté et que c’est la modicité seule des droits qui lui 
ouvre l’accès des marchandises de. toute nature. Il ne peut entrer que'dans la cervelle d’un 
maltôlieriou d’un Algonquin de couper l’arbre pour avoir les fruits, de tarir les sources pour 
avoir plus d’eau, de rendre la consommation impossible pour grossir le nombre des consom 
mateurs, de ruiner les contribuables pour augmenter les contributions. Eux seuls peuvent 
Avoir à ce point des yeux pour ne rien voir et des mains pour tout prendre. A F.
        <pb n="163" />
        CHAP. Vil. - DU COMMEIICE EXTEUIEUH. m 
L or ct 1 argent ayant été choisis comme agents de la circulation, 
la concurrence du eommeree les distribue parmi les différentes na- 
lons U monde, dans des proportions qui s’accommodent au trafic 
a ure qui aurait eu lieu si de tels métaux n’existaient pas, ct si le 
ro ^ bornait à l’échange de leurs produits 
respectifs. 
tnnTr •’"'"■'J"“ ' l’ortugal du drap, qu'au- 
PavsTui IV T ^ P'““ d ur qu'il u'cu a coûté dans le 
■
        <pb n="164" />
        110 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
\in baisserait en Anjülelerre, par suite des avantages réels du nou 
veau procédé pour faire le vin ; c’est-à-dire, que sou ])rix naturel 
baisserait, et que le prix relatif du drap hausserait dans ce pays par 
l’elTet de l’abondance de l’argent. 
Supposons encore (pi’avant la découverte du nouveau procédé 
pour faire du vin en Angleterre, le vin s’y vendît 50 1. la ])ipe , 
et que le prix d’une quantité déterminée de drap y fût de 45 1. ; 
tandis qu’en Portugal la même quantité de vin se vendait 45 1., 
et la même quantité de drap, 50 1. : le Portugal, dans cette by- 
potlièsc, exporterait du vin avec un profit de 5 L, et l’Angleterre, 
en exportant du drap, aurait un profit pareil. 
Maintenant, supposons qu’après l’introduction du nouveau pro 
cédé le vin tombe, en Angleterre, à 45 1., le drap conservant 
l’ancien prix. Comme toutes les transactions commerciales n’ont 
d’autre but que l’intérêt, tant que le négociant pouri'a acheter en 
Angleterre du drap à 45 1. pour le revendre avec les bénéfices ordi 
naires en Portugal, il continuera à l’exporter du premier pays dans 
le second. Pour cela, il n’a simplement ([u’à acheter du drap en 
Angleterre, qu’il paie avec une lettre de change sur le Portugal, et 
qu’il achète avec de l’argent portugais. Ce que son argent devient 
lui importe peu ; car, en faisant sa remise, il a acquitté sa dette. 
Son marché est sans doute réglé par les conditions auxquelles il peut 
se procurer cette lettre de change ; mais il les connaît bien lorsqu’il 
fait scs arrangements, et il s’occupe fort peu des causes qui peu 
vent inilucr sur le prix courant des lettres de change ou sur le cours 
du change. 
Si les prix, dans les deux marchés, sont favorables à l’exportation 
des vins du Portugal en Angleterre, le négociant exportateur sera 
vendeur d’une lettre de change qui sera achetée, soit par le négo 
ciant qui importe du drap d’Angleterre, soit par la personne qui 
lui a vendu sa lettre de change. C’est ainsi que les négociants des 
deux pays , qui exportent des marchandises, en touchent le prix 
sans qu’il soit besoin de faire passer de l’argent d’un pays à l’autre ; 
et l’argent que donne, en Portugal, le négociant qui importe le drap, 
est touché par le négociant portugais qui exporte levin, quoiqu’il n’y 
ait entre eux aucune relation directe d’intérêts. Kn Angleterre, de 
même, par la négociation d’une pareille lettre de change, le négo 
ciant qui exporte le drap est autorisé à en recevoir la valeur du 
négociant qui importe le vin. 
Si, cependant, le prix du vin était tel qu’il ne convint pas d’en
        <pb n="165" />
        CHAI*. VII. — J)L KAltlHEUH. m 
xpoiter poui i Angleterre, l’acheteur du drap, en Portugal, serait 
( iijours orcé de se procurer une lettre de change ; mais il la ])aie- 
i„norer^'^ personne qui la lui vendrait ne saurait 
^ 3 ^ point dans le marché de contre-lettre movennant 
It'S deux définitivement balancer les transactions entre 
■l»:
        <pb n="166" />
        1 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
pour les (lcu\ pays. Si la producUou du drap eu Au^letene, ou 
celle du vin en Portugal, vouait à éprouver ])lus de dilliculté ; ou 
s’il devenait plus aisé à rAugleterre de faire du vin, ou au Por 
tugal de fabriquer du drap, ce coiniiierce cesserait à l'instant même. 
Les choses peuvent aussi continuer sur le même pied en Portu 
gal , tandis que l’Angleterre peut trouver plus de profit à consa 
crer son industrie à la fabrication des vins ; et le commerce d’é- 
cbange entre les deux pays cessera aussitôt. Lt non-seulement l’ex 
portation des vins cessera en Portugal, mais il y aura dans ce pays 
une nouvelle distribution des métaux précieux, qui arrêtera les im 
portations de drap. 
Les deux pays pourraient peut-être trouver de l’avantage à faire 
le vin, ainsi que le drap, pour leur propre consommation ; mais on 
aboutirait à ce singulier résultat, qu’en Angleterre, quoique le vin i 
fût à meilleur marché, le drap aurait renchéri, et le consommateur 
le paierait plus cher; tandis qu’en Portugal les consommateurs de 
drap et ceux de vin pourraient acheter les draps et le vin à meilleur 
marché. 
Cet avantage n’est cependant qu’apparent pour le Portugal; car 
la quantité totale de vin et de drap fabriqués dans le pays aura di 
minué, tandis que les produits similaires auront augmenté en Angle 
terre. Le numéraire aura sensiblement changé de valeur dans les 
deux pays : il aura baissé en Angleterre, et haussé en Portugal. Le 
revenu total du Portugal, si on l’estime en argent, aura diminué; 
tandis que, d’après le même critérium, le revenu total de l’Angleterre ■ 
se trouvera augmenté. 
Il paraît donc que l’amélioration des manufactures d’un pays tend 
à changer la distribution des métaux précieux parmi les divers peu 
ples du monde : elle tend à accroître la quantité des denrées, eu 
même temps qu’elle fait en général hausser les prix dans le pays qui 
profite de cette amélioration. 
Pour simplifier la question, j’ai supposé jusqu’ici que le commerce 
entre deux pays se bornait à deux articles, quoique personne n’i 
gnore combien sont nombreux et variés les objets qui composent la j 
liste des exportations et des importations. Le numéraire, en sortant ^ 
d’un pays pour aller s’accumuler dans un autre, amène un change- 
ment dans le prix de toutes les denrées : cela favorise l’exportation , 
de beaucoup d’articles autres (pie le numéraire, et rend bien moins 
sensible l’eflet qui eût été produit autrement sur la valeur de l’argent ^ 
dans les deux pays. ‘
        <pb n="167" />
        CHAP. VU. — DU COMMERCE EXTÉRIEUR. 
■ 
Pssiasl
        <pb n="168" />
        iU PRINCIPES DK L’ÉC(7N0M1E POLITIQUE. 
manufactures, aux avantages du climat, aux ])roductions naturelles, 
et à beaucoup d’autres causes qui n’existent jamais au même degré 
dans deux pays. 
Mais quoique l’argent soit continuellement soumis à de telles va 
riations, et qu’il en résulte une grande différence dans le prix des 
denrées qui sont communes à presque tous les pays, cependant ni 
l’abondance ni la rareté du numéraire n’agissent sur le taux des pro 
fits. L’aljondaiice de l’agent de la circulation n’augmentera pas le 
ca])ital national. Si la rente que le fermier paie à son proprié 
taire, et les salaires qu’il donne à ses ouvriers, sont, dans un pays, 
plus élevés de 20 pour cent que dans l’autre, et si en même temps le 
capital du fermier a une valeur nominale de 20 pour cent plus grande, 
11 aura précisément le même taux de profits, quoiqu’il vende les 
produits bruts de sa terre 20 pour cent plus ober. 
Les proiits, on ne saurait trop le répéter, dépendent des salaires, 
non des salaires en valeur nominale, mais des salaires réels. Ce n’est 
pas le nombre de livres sterling que l’on paie annuellement à l’ou 
vrier, mais le travail du nombre de jours nécessaires pour acquérir 
cet argent, qu’il faut considérer. Les salaires jieuvent donc être sur 
le même pied dans deux pays et être dans les mêmes rapports avec 
la rente et avec le produit total des fonds de terre, quoique le tra 
vailleur reçoive dans l’un de ces pays 10 scbellings, et dans l’autre 
12 scbellings par semaine. Dans l’enfance des sociétés, quand l’in 
dustrie et les manufactures sont encore peu avancées, les jiroduits dé 
tous les ])ays sont à peu près semblables, et se composent de denrées 
volumineuses et d’utilité première. La valeur de l’argent dans cha 
cun de ces pays tiendra principalement à la distance a laquelle il 
pourra se trouver des mines d’où l’on tire les mAaux précieux ; mais 
à mesure que les arts font des progrès, que les améliorations s’intro 
duisent dans la société, et que certaines nations excellent dans des 
brandies particulières d’industrie, quoique la proximité ou l’éloigne 
ment des mines inline sur la valeur des métaux précieux, c’est néan 
moins la supériorité industrielle qui règle principalement cette 
valeur. 
Supposons que tous les pays produisent du blé, des bestiaux et 
du drap grossier, et que ce soit par l’exportation de ces objets qu’ils 
obtiennent, en retour, de l’or des pays qui le produisent, ou des 
pays qui en sont les maîtres. Dans ce cas, l’or vaudra plus en Po 
logne qu’en Angleterre, en raison des frais plus considérables que la 
Pologne aura à supporter pour transporter un article aussi volumi'
        <pb n="169" />
        CHAP. Vil. - uu COMMERCE EXTERIEI R. jj, 
frtis^X! "" et en raison aussi áv. 
en Polo'^iie ^ ^^u^ra supporter pour porter de l’oi 
mmm 
ïiSiSîrliiëi 
mu
        <pb n="170" />
        116 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
l’argent se maintient toujours la même, on en donnera davantage en 
échange pour du blé; en d’autres termes, le blé haussera de prix. 
Tout perfectionnement dans les machines et dans les manufactures, 
qui rendra la fabrication des objets manufacturés plus aisée et plus 
avantageuse, déterminera dans le prix du blé une hausse analogue ; 
car il amènera la surabondance du numéraire, qui, baissant de valeur, 
s’échangera contre moins de blé. 
Mais les effets de la hausse du blé, quand cette hausse provient de 
l’augmentation de sa valeur ou de la dépréciation du numéraire, sont 
entièrement différents. Dans les deux cas, le prix métallique des salai 
res s’élèvera; mais si la hausse vient de la dépréciation du numéraire’, 
non-seulement les salaires et le blé, mais encore toutes les autres den 
rées hausseront. Si le manufacturier paie de plus forts salaires, il re 
tirera plus d’argent de ses objets manufacturés, et le taux des profits 
ne variera pas. Mais lorsque le blé hausse de prix, en raison de la 
difficulté augmentée de sa production, les profits doivent diminuer ; 
car le manufacturier sera obligé de payer de plus forts salaires, sans 
pouvoir s’en dédommager par l’augmentation du prix de ses ouvra 
ges manufacturés. 
Tout perfectionnement qui facilite l’exploitation des mines, et au 
moyen duquel on obtient les métaux précieux avec une économie de 
travail, doit faire baisser la valeur de l’argent dans tout pays. Partout 
011 obtiendra en échange d’une quantité donnée d’argent, une moin 
dre quantité de marchandises ; mais si un pays excelle en industrie 
manufacturière, et si par conséquent l’argent y afflue, sa valeur y 
sera moindre, et les prix du blé et de la main-dœuvre y seront 
plus élevés relativement à tout autre pays. 
Cette augmentation dans les prix n’affecte pas le cours du change; 
car on peut continuer à négocier des lettres de change au pair, quoi 
que les prix du blé et de la main-d’œuvre soient dans un pays 10, 
20 ou 30 pour 0/0 plus élevés que dans l’autre. Dans un état de 
choses tel que nous le supposons, une pareille difference dans IcS 
prix est dans l’ordre naturel des choses ; et pour que le change reste 
au pair, il faut qu’il soit introduit une quantité suflisante d’argent 
dans le pays qui excelle en manufactures, pour y faire hausser le prix 
du blé et de la main-d’œuvre. Si dans les pays étrangers on prohibait 
l’exportation du numéraire, et que cette loi prohibitive pût être 
exactement exécutée, cela pourrait bien empêcher les prix du blé et 
de la main-d’œuvre de hausser dans le pays de manufactures ; car la 
hausse, en l’absence d’un papier-monnaie, ne peut s’opérer que par
        <pb n="171" />
        CIIAl&gt;. Vil. — DU COMMERCE EXTÉRIEUR. H7 
1 aiHueiice des métaux précieux ; mais cette prohibition ne saurait 
empêcher le change d’être très-défavorable au j)ays qui l’aurait faite. 
ngleterre était le pays de fabriques, et s’il était possible d’em- 
P er qu elle ne reçût de numéraire du dehors, son change avec 
anee, la Hollande et l’Espagne pourrait être de 5, de 10 ou de 
pour 0¿0, Contre tous ces pays. 
^ue la circulation normale du numéraire est arrêtée 
par des moyens violents, et que l’argent ne peut trouver son vrai ni- 
mm# 
^■1 
parce que les fm- a valeur en argent d’un pays à l’aui 
■s e transport sont proportionnellement plus considérai
        <pb n="172" />
        118 1*KINCIPES DE L’ÉCüNOMlE POLlTl^jEE. 
Quand il est question du eliange et de Ja valeur e*oni[)arative de 
l’argent entre deux pays, il ne faut nullement eonsidérer Ja \aleur 
relative du numéraire, estimée en denrées. Jamais le taux du eliange 
ne peut être déterminé en eomparant la valeur de l’argent avec 
celle du blé, du drap, ou de tout autre produit. L’échange n’est que 
• la valeur de la monnaie d'un paN s comparée à la \ aleur de la mon 
naie d’un autre ])ays. 
On peut encore connaître le taux du change entre deux jiays en 
comparant la valeur de leur monnaie avec une mesure lixe, et com 
mune aux deux pays. Si, par exemple, avec une traite de 100 1. st. 
sur l’Angleterre on peut acheter en France ou en Espagne une quan 
tité de marchandise égale à celle qu’on achèterait avec une traite 
de pareille somme sur Hambourg, c’est une preuve que le change 
entre l’Angleterre et Hambourg est au pair ; mais si avec une traite 
de 1301. sur l’Angleterre on n’achète pas plus qu’avec une de 1001. 
sur Hambourg, le change sera de 30 pour 100 eoiitrc l’Angle 
terre. 
Moyennant 100 1. on jieut acheter en Angleterre une lettre de 
change ou le droit de reéevoir 1011. en Hollande, 102 1. en France, 
et 105 1. en Espagne. On dit dans ce cas (pie le change est de 1 pour 
100 contre la Hollande, de 2 contre la Franee, et de 5 contre l’Es- 
pagne. (Ma annonce qu’il y a pro[)orlioniiellcment plus de numé 
raire dans ce pays qu’il ne dcM-ait y en a\oir, et la \aleur compara 
tive du numéraire de cha([ue pa; s sera bienU'd ramenée au pair si 
l’on retire l’argent ([ui est en excès dans les autres pays, et si on le 
fait passer en Angleterre. 
Ceux qui ont soutenu que la monnaie anglaise était dépréciée pen 
dant les dernières dix annt'cs, quand le cours du change variait de 
20 à 30 pour 100 contre ce pays, n’ont jamais jirétendu, eomme on 
lesen a accusés, que la monnaie ne put pas être d’une plus grande 
valeur dans un pays que dans un autre, comjiaive aux divei’ses mar 
chandises. Ils ont seulement soutmiu qu’il était imjiossihle d’expli 
quer, sans admettre cette dépréciation, comment l’Angleterre poinait 
pour ces inarchaiidises que pour les métaux précieux. Les différents degréis de 
difficultés ([u’ily aà transporter les marchandises d’un pays dans un autre, soit 
(pie la difficulté naisse de la nature des choses ou des lois, sont la seule raison 
qui établisse une grande différence de prix en argent pour ces marchandises dans 
les deux pays. —J -B. Say.
        <pb n="173" />
        CHAP, VU. - DU COMMERCE EXTÉRIEUR. 119 
retenir 130 1., alors que celte somme, estimée en argent de Ham 
bourg ou de Hollande, ne valait que 100 1. 
En remettant a Hambourg 130 1. en bonnes esjiéccs d’Angleterre, 
mime avee 5 1. de frais, je recevrais à Hambourg 125 1.; comment 
aurais-je donc pu consentir à donner 130 1. pour une lettre de change 
yui ne m aurait produit a Hambourg que 100 1., si mes liv. sterling 
tuss( lit été de bonnes espèces ? (ï’est qu’elles étaient dégradées, c’est 
que leur valeur intrinsèque était devenue moindre que celle des 
livres sterling de Hambourg, et qu’envovées aux frais de 5 1., elles 
n y valaient que 100 1. Personne ne nie qu’avec mes 130 1. en 
espèces métalliques je pusse avoir 1251. à Hambourg; mais avec des 
livres sterling en ]»apier-monnaie je ne pouvais obtenir que 1001.: 
et l’on voudrait cependant nous faire croire que 130 1. en papier va 
laient autant que 130 1. en argent ou en or ! 
D’autres ont soutenu avec plus de raison que 130 1. en nanier ne 
■ 
"r* '"""'1""' ik elmisirout un agent de oireulalinn, .,ui, 
aijti’ lappoits, leur parût moins variable que toutes les 
autres matières.
        <pb n="174" />
        1-20 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
11 faut nous conformer à cette mesure des valeurs tant que la loi 
ne changera pas, et tant qu’on ne découvrira pas quelque autre 
matière dont l’usage puisse nous fournir une mesure plus parfaite 
que celle que nous avons établie. Tant que l’or sera cette mesure 
exclusive en Angleterre, le numéraire y sera déprécié toutes les fois 
qu’une liv. stcrl. ne vaudra pas cinq gros, trois grains d’or pur, soit 
que l’or augmente, soit qu’il diminue de valeur.
        <pb n="175" />
        CHAP. VIU. - DE L'IMPOT. 
121 
CHAPITRE VIII. 
DE l’impôt. 
L’impôt est cette portion du produit de la terre et de l’industrie 
un pays, qu ou met à la disposition du gouvernement. En dé- 
linitive, cette portion est toujours payée par le capital ou le revenu 
de la nation. 
miniipnt capital d un pays diminue, ses productions di- 
la n ,1 tîDient, et, par conséquent, si le gouvernement et 
DU continuent a laire les mêmes dépenses pendant que la
        <pb n="176" />
        123 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
reproduction annuelle décroît, les ressources du peuple et de VÉ- 
tat déclineront avec une rapidité toujours croissante, et la misère, 
la mille en seront les suites inévitables. 
Maigre l’énorme dépense que le gouvernement anglais a faite 
pendant les vingt dernières années, il paraît certain que cette dé 
perdition de richesse a été plus que compensée par l’augmentation 
de la production nationale. Non-seulement le capital national est 
resté intact, mais encore il s’est accru de beaucoup, et le revenu 
annuel du peuple, même après avoir payé les impôts, est peut-être 
plus considérable actuellement qu’il ne l’a jamais été à aucune 
époque antérieure de notre histoire. 
Pour preuve de cela, nous pourrions citer l’accroissement de la po 
pulation, l’extension de l’agriculture, l’augmentation de la marine 
marchande et des manufactures, la construction de nos docks, l’ou 
verture de nouveaux canaux, ainsi qu’une grande quantité d’autres 
entreprises dispendieuses, qui prouvent toutes l’augmentation du 
capital national et de la production annuelle. ■ 
Et cependant, il faut reconnaître que sans les prélèvements de l’im 
pôt cet accroissement de richesse eût été bien plus rapide. Il est 
peu de taxes qui n’aient une tendance à diminuer la puissance d’ac 
cumulation inhérente aux capitaux. Tout impôt doit nécessairement 
atteindre le capital ou le revenu. S’il frappe le capital, il diminue 
proportionnellement le fonds dont l’importance règle le déve 
loppement que peut recevoir l’industrie d’un pays. S’il atteint | 
le revenu il affaiblit l’accumulation ou force les contribuables à 
combler, par l’épargne, le vide que fait l’État dans leurs ressources ; 
et la consommation improductive des objets de luxe, d’agrément ou 
même de première nécessité diminuera dans le pays. Certaines taxes, 
plus que d’autres, sont do nature à produire cet effet ; mais les 
maux qui résultent d’impôts exagérés, se révèlent moins par tels 
ou tels désordres partiels que par Tiniluencc qu’ils exercent sur 
l’ensemble de la fortune publique. 
L’impôt n’atteint pas nécessairement le capital, par cela seul qu’il 
est assis sur les capitaux, ni ne porte sur le revenu parce qu’il est 
assis sur le revenu. Si Ton me fait payer 100 liv. sur un revenu 
annuel de 1,000 liv., ce sera en effet un impôt sur le revenu si jü 
consens à ne dépenser que les 900 liv. qui me restent ; mais ce 
sera un impôt sur le capital si je continue à dépenser 1,000 liv. 
Le capital, duquel je retire ce revenu de 1,000 liv., peut valoir 
10,000 liv. Un imi&gt;ôt de I pour cent sur ce capital rapporterait
        <pb n="177" />
        CliAI&gt;. VIH. — DE L’IMPOT. 123 
lüü liv., mais mou capital ne serait pas entamé si, après avoir payé 
cet impôt, je me contentais de ne déjieiiser que 900 liv. 
d^ iiomine a de maintenir son rang dans le monde, 
sont intacte sa fortune, fait que la jiliipart des impôts 
les revenu, qu’ils se trouvent, d’ailleurs, assis sur 
imn ' i revenus, l’ar conséquent, à mesure que les 
po s augmentent, ainsi que les dépenses du gouvernement, la dé- 
uise annuelle de la nation doit diminuer, à moins que le peuple 
nor !|"^^,^"Ki«enter son capital et son revenu dans les mêmes pro- 
nlntout gouvernement d’encourager lette 
Éigps— 
ta# 
sHHfîf
        <pb n="178" />
        124 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
&gt;&gt; pôt : plus il sera obligé de payer comme impôt, moins il sera 
« disposé à donner comme prix. 
» De tels impôts tombent donc presque toujours sur une per- 
• sonne qui est déjà dans un état de nécessité, et ils doivent être 
V par conséquent durs et oppressifs. Les droits de timbre et les 
» droits d’enregistrement des obligations et contrats pour argent 
« prêté tombent en entier sur l’emprunteur, et dans le fait ils 
&gt;» sont toujours payés par lui. Les droits de la même espèce sur 
» les actes de procédure tombent en entier sur les plaideurs ; ils 
» réduisent, pour les deux parties, la valeur de l’objet en litige. 
&gt;&gt; Plus il nous en coûte pour acquérir une propriété, moins elle a 
» nécessairement pour nous de valeur nette quand elle est acquise. 
" Tous les impôts établis sur des mutations de toute espèce de 
» propriété, en tant qu’ils diminuent la valenr capitale de cette 
» propriété, tendent à diminuer le fonds destiné à l’entretien du 
» travail productif; tous sont plus ou moins des impôts dissipa- 
» teurs qui augmentent le revenu du souverain : or, le souverain 
» entretient généralement des travailleurs improductifs aux dépens 
« du capital du peuple, qui n’entretient, lui, jamais que des ouvriers 
» productifs. » 
Mais ce n’est pas là la seule objection contre les impôts sur les j 
transmissions de propriété. Ils cmpêcbent encore le capital natio 
nal de se distribuer de la manière la plus avantageuse pour la j 
société. Pour la prospérité générale, on ne saurait donner trop de j 
facilité à la transmutation et à l’écbange de toutes sortes de pro 
priétés ; car c’est par ce moyen que toute espèce de capital peut 
arriver à ceux qui l’emploieront le mieux, en augmentant les })ro- 
ductions du pays. « Pourquoi, dit M. Say, cet bomme veut-il ven- 
« dre sa terre? C’est parce qu’il a eu vue l’établissement d’une 
» industrie dans laquelle ses fonds lui rapporteront davantage 
" Pourquoi cet autre veut-il acheter la même terre? C’est pour 
&gt;» placer des fonds qui lui rapportent trop peu ou qui sont oisifs, 
" bien parce qu’il la croit susceptible d’améliorations. La trans- 
» mutation augmente le revenu général, puisqu’elle augmente le 
» revenu des deux contractants. Si les frais sont assez considéra- 
» bles pour empêcher l’affaire de se terminer, ils sont un obsta- 
» de à cet accroissement du revenu de la société. » 
Ces sortes d’impôts sont d’une perception aisée, et bien des per 
sonnes paraissent croire que cela compense jusqu’à un certain 
point les mauvais effets qu’ils produisent.
        <pb n="179" />
        ■ 
■ 
CHAP. IX. _ DES IMPOTS SDR LES PRODITTS NATURELS. lîTi 
CHAPITRE IX. 
PES IMPOTS SIR les produits RATURELS.
        <pb n="180" />
        120 
i'RiNciPEs DE L’Economie politique. 
J 
si le prix (les produits agricoles ne montait pas assez pour dé- j 
dommager le cnltivateiir de l’impôt qu’il est tenu de payer, il j 
(quitterait probablement un genre d’industrie dans lequel scs pro- I 
lits se trouveraient réduits au-dessous du niveau général. Cela fc- , 
rait diminuer l’approvisionnement jusqu'à ee que la demande sou- t 
tenue des produits agricoles les fit hausser au point d’en rendre la * 
culture aussi profitable que serait, en général, l’emploi des fonds 
dans les autres genres d’industrie. 
Ce n’est que par la hausse des prix que le cultivateur pourra 
])ayer scs contributions, en continuant à retirer de son capital 
(‘mployé les ])rofits ordinaires. 11 ne peut prendre la valeur de ■ 
ses impcHs sur la rente, en forçant ainsi son propriétaire à payer ; 
l’impéit, puisífu’il ne paie pas de rente. 11 ne peut le jircndre sur | 
ses profits, car il n’y aurait aucune raison pour qu’il continuât | 
une industrie si peu lucrative, alors que toutes les autres branches \ 
du travail en donneraient de plus considérables. 11 est donc in- k 
dubitable (qu’il pourra élever le qirix de ses jiroduits bruts d’uHe | 
valeur égale à celle de l’impéit. 
Ainsi donc, l’impôt sur le qiroduit agricole n’est payé ni par le 
proqiriétaire ni par le fermier; c’est le consommateur qui, payant ecs í 
denrées plus cher, acquitte l’imqiôt. | 
Il faut se rappeler (que la rente, ou les profits des fonds de terre, j 
est la diiïércnce qui existe entre les produits obtenus par des quan- j 
tités égales de travail et de capital cmqiloyécs sur des terrains de ¡ 
qualité différente ou semblable. Il faut se rappeler aussi que la rente 11 
en argent et la rente en blé ne varient pas dans une môme proqiortion. : ; 
Par l’effet d'un impôt sur les denrées agricoles, tel (qu’une contri 
bution foncière ou une dime, la rente en blé changera, tandis que 
celle en argent restera la même. 
d’influence sur la quantité et le prix des produits généraux. Il faudrait qu’un : 
nouvel impôt sur les produits des terres filt considérable au point de faire aban- ! 
donner des terres actuellement en culture, pour qu’il fit augmenter le prix des 
blés- Si un tel impôt n’augmente pas sensiblement l’étendue des terrains en fri 
che, on ne voit pas pourquoi le prix des blés augmenterait, puisque l’approvision- ! 
nement serait le même. Le gouvernement ou le clergé lèveraient des dîmes en j 
nature, que le prix du blé resterait encore le même, puisque la même quantité I 
de ce produit irait sur le marché, serait jetée dans la circulation par les collecteurs 
à défaut des cultivateurs. Tout impôt de ce genre, à moins qu’il ne soit exagéré^ 
ne peut donc que diminuer les profits du propriétaire et ceux du cultivateur, san^^ I 
faire renchérir le produit des terres. — J.-IL Say.
        <pb n="181" />
        CHAP. IX. — DES IMPOTS SUR LES PRODUITS NATURELS. 187 
Si, comme nous l’aAons déjà supposé, la terre en culture est de 
tiois qualités différentes, et que par l’emploi d’un capital pareil on 
obtienne 
180 quarters de blé du terrain n° 1, 
170 — du — n”2, 
ICO — du — n“ 3; 
O .. \ Paierait, de rente, 20 quarters, qui sont la différence entre le 
*## 
en déduisant la valeur de 
Produit net en blé. 
N» 2 rapportant. . . . . . 
en déduisant la valeur de. 
Produit net en blé. . 
N* 3 rapportant. . . . 
en déduisant la valeur. 
180 
10. 3 
103. 7 
170 
15. 
sur 180 quarters ] 
Produit net en argent 
154. 0 
100 
14. 6 
1. 720 
par quarter sur 170 quarters! L 68 
Produit net en argent.. . . .ITgsÔ 
quarters à 4 1.8 s. .... , 
quarters a 41.8 s.., ou 8s* ■ 
par quarter sur 100 quarters! 1. 04 
T'""'" 
gfipia 
P le blé toinlMi donc sur b^s consommateurs, et fail
        <pb n="182" />
        128 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
augmenter le prix"du blé, par rapport à celui des autres denrées, 
dans un degré proportionné à l’impôt. Et selon qu’il entre plus ou 
moins de matières premières dans la composition des autres mar 
chandises, la valeur de ces dernières haussera aussi, à moins que les 
effets de l’imjxH ne soient contre-halancés par d’autres causes. Ces 
marchandises se trouveraient en effet frappées d’un impôt indirect, 
et leur valeur hausserait à proportion de l’impôt. i 
Un impôt sur les produits agricoles et sur les objets de première 
nécessité pour l’ouvrier aurait encore un autre effet, celui de faire 
hausser les salaires. Par une suite des causes qui règlent la popula- , 
tion et qui augmentent l’espèce humaine, les salaires les plus faibles |, 
ne se maintiennent jamais beaucoup au-dessus du taux que la na- j, 
ture et l’habitude exigent pour l’entretien des ouvriers. Cette classe 
d’hommes ne peut jamais supporter aucune portion considérable 
de l’impôt; et par conséquent, si elle était tenue de payer 8 schcllings 
de plus par quarter de blé, et un peu moins à proportion pour les | 
autres denrées, elle ne pourrait pas subsister au moyen des anciens 
salaires. Les salaires doivent donc nécessairement hausser ; et à me- ^ 
sure qu’ils haussent, les proiits devront baisser. Le gouvernement 
percevrait un impôt de 8 sh. par quarter sur tout le blé consommé 
dans le pays, et une partie de cet impôt serait payée directement 
par les consommateurs de blé; l’autre, payée indirectement par 
les personnes qui emploient des ouvriers, influerait sur les profits 
de la même manière que si les salaires eussent haussé par la de 
mande plus forte d’ouvriers comparée à l’offre, ou si cette hausse 
eût été causée par une difficulté croissante d’obtenir la nourriture 
et les objets nécessaires à U entretien des travailleurs. 
Eu tant que l’impôt frappe les consommateurs, c’est un impôt égal ; ' 
mais il est inégal en tant qu’il affecte les profits, puisqu’il ne pèse ni : 
sur le propriétaire foncier, qui continue a recevoir les mêmes rentes 
en argent, ni sur le capitaliste, qui retire les mêmes intérêts de son 
capital. Un impôt Sur le produit de la terre opérera donc de la ma- i 
nière suivante : | 
1 ® Il fera hausser le prix des produits de la terre d’une somme égale 
à celle de l’impôt, et devra par eonséquent tomber sur chaque con 
sommateur en proportion de sa consommation ; 
2® Un tel impôt devra augmenter le prix de la main-d’œuvre, et | 
faire baisser les profits. 
On peut donc faire contre cet impôt les objections suivantes : 
1® Cet impôt, en faisant hausser le prix de la main-d’œuvre, et en ,
        <pb n="183" />
        ''"’OTS Sim (.ES PlidDülTS NATlnEI.S. (äf 
==i§s=S5:s 
m§mmà 
mm, 
iiSHSH'SSsSS
        <pb n="184" />
        i30 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
effet sur le prix des salaires, et, dans d’autres cas, la hausse des salai 
res précède celle du blé ; quelquefois aussi l’effet est lent, et quel 
quefois, au contraire, assez rapide. 
11 me semble que ceux qui soutiennent que c’est le prix des ob 
jets de première nécessité qui règle le prix de la main-d’œuvre, eu 
égard toujours à l’état particulier des progrès de la nation, admet 
tent trop facilement qu’une hausse ou une baisse dans le prix des 
objets de première nécessité n’est suivie que lentement d’une pareille 
hausse ou baisse des salaires. Le haut prix des vivres peut provenir 
de causes très-différentes, et peut par conséquent produire des ef 
fets très-différents aussi. 11 peut venir : 
l’attention du penseur, de l’économiste. Cette célérité qui suffit à l’auteur, dont 
la plume glisse sur ces redoutables problèmes, se traduit eu une effrayante et 
longue agonie pour les classes sur lesquelles retombent les crises financières. 
Une heure, un jour, une année ne sont rien pour des théories scientifiques 
dont le domaine est l’infini, dans le temps, dans l’espace ; mais ils sufGsent pour 
décider de l’agonie ^d’une famille, et de la ruine d’une industrie. A la longue, 
sans doute, l’équilibre entre les salaires et les subsistances tend à se rétablir, et, à 
prendre l’histoire de 1 industrie par catégories de siècles, on verra croître parallè 
lement le niveau des salaires et celui des prix ; mais combien de transitions 
cruelles, cachées sous cette vaste enveloppe des siècles, viennent démentir l’as 
sertion de Ricardo! combien de convulsions ont démontré la lenteur avec la 
quelle s’opère la hausse des salaires, et la rapidité avec laquelle, au contraire, 
ils s’abaissent dans les années de disette. Les faits abondent pour certifier ce 
douloureux martyrologe. Ainsi, pour chercher nos exemples dans la terre clas 
sique des crises industrielles, ou a toujours vu, eu Angleterre, les époques de 
grande cherté correspondre avec celles des salaires réduits et msullisants. Eu 
1804, le prix du blé étant de 44 sh. 10 s., le salaire des agriculteurs s’éleva à 
8 sh. Eu 1817, les prix ayant atteint 100 sh. 5 d., les salaires s’arrêtaient à 
12 sh. ; — posant ainsi un accroissement de 200 ®/o ^dans les prix, en face d’un 
accroissement de 33 “/o seulement dans les salaires. Adam Smith avait entreru 
ce jeu fatal des salaires et des subsistances, et les événements l’ont mis hors de 
doute avec une impitoyable rigueur. 11 n’a manqué à Ricardo, pour rester con 
vaincu de l’erreur où il s’est laissé entraîner, que d’assister au drame lugubre qui 
se joua eu 1839-40-41, dans les districts manufacturiers de l’Angleterre. 11 eût pU 
voir la réserve de la Rauque descendre de 9,302,000 L à 3,500,000 I., le nombre 
des faillites s’élever en quatre ans de 800 à 1,500, la taxe des pauvres grandir à 
Oldham de 159 °¡o, à Bolton, de 304 ®/o, enfin, le pays se dépeupler par l’éun- 
gration, la mort et les prisons. Quelques mois suffirent pour répandre ces calami 
tés sur la puissante Albion, et il lui fallut cinq ans d’efforts, de sacrifices pour 
réparer ses forces, reprendre son aplomb et se remettre en marche avec son éner 
gique mot d’ordre ; AU right ? Que deviennent, en présence de tous ces faits, 
degrés très-différents de célérité que Ricardo affirme ici pour les combattre 
un peu plus loin ? A. b,
        <pb n="185" />
        CHAP. IX. — DES IMPOTS SUR LES PRODUITS NATURELS. 
Í I) un défaut d’approvisionnement; 
431 
2 D une demande graduellement croissante, qui peut à la longue 
occasionner une augmentation des frais de production; 
I) une baisse dans la valeur de la monnaie; 
4” Des impôts sur les objets de première nécessité. 
oh\TA T ^ connaître l’influence de la cherté des 
■
        <pb n="186" />
        132 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE, 
ne peut augmenter qu’autant que le peuple possède plus de moyens 
de payer ce dont il a envie. L’accumulation des capitaux produit 
naturellement une concurrence plus active parmi les personnes qui 
emploient des ouvriers, et par conséquent fait hausser le prix de la 
main-d’œuvre. Les salaires, ainsi augmentés, ne sont pas dépensés 
uniquement en nourriture; ils fournissent d’abord au travailleur les 
moyens d’augmenter ses autres jouissances. Cependant ce changement 
heureux dans sa condition le porte à se marier, et le met en état de le 
faire ; et alors le besoin de plus de nourriture pour soutenir sa famille, 
le force naturellement à renoncer à la jouissance des autres objets aux 
quels il employait auparavant une grande partie de ses salaires. 
Le blé hausse donc parce que la demande en est plus forte, 
parce qu’il y a dans la nation des individus qui ont plus de moyens 
pour le payer; et les prolits du cultivateur hausseront au-dessus 
du niveau ordinaire des profits, tant que la quantité nécessaire de 
capital n’aura pas été consacrée à augmenter la production du hlé. 
Mais quand ce fait aura eu lieu, le hlé reviendra a son ancien prix 
ou restera constamment plus cher, selon la (¡ualité des terrains 
qui auront servi à produire la quantité additionnelle. Si ces ter 
rains ont une fertilité égale à celle des terres (j^u’on a cultivées les 
dernières, et si leur culture n’a pas exigé plus de travail, le prix 
reviendra à l’ancien taux; mais si les terrains (jui ont fourni le sur 
croît d’approvisionnement sont moins fertiles, le hlé se maintiendia 
constamment plus cher (ju’il n’était auparavant. Dans le premier cas, 
la hausse des salaires venait de la plus grande demande de bras, et 
comme elle favorisait les mariages, et fournissait à l’entretien des en 
fants, elle augmentait, en elfet, le nombre des travailleurs. Mais aussi 
tôt que le nombre des bras sera en rapport avec la quantité de 
travail, les salaires reviendront a leur ancien taux, si le hle des((nd 
à son ancien prix : les salaires se maintiendront, au contiaiie, au 
dessus de leur ancien taux, dans le eas où des récoltes plus aban 
dantes de blé auront ( té produit(iS sur des terres d une moins 
bonne qualité que celles (jui avaient été cultivées les dernières. 
]jcs prix élev(% ne sont nullement incompatibles avec un ap' 
provisionnement plus abondant ; et les prix, nubne, sont élevés, 
non parce qu’nne denrée est peu abondante, mais paree qu elle 
exigé plus de frais de production. 11 arrive en général que (¡uand 
un encouragement a été donné à la pojiulation, le Uct (|ui en ré 
sulte va au delà de ce que les circonstances exigent; la population 
peut augmenter, et augmente réellement en général, à un point
        <pb n="187" />
        CHAP. IX. — DES IMPOTS SUR LES PRODUITS NATURELS 133 
tel, que, malgré l’accroissement du travail à accomplir, elle se 
rouve plus forte par rapport aux fonds destinés à l’entretien des 
ravai eurs quelle ne l’était avant l’augmentation du capital. 
ns ce cas il y aura reaction, les salaires baisseront au-dessous 
. l^i^eau naturel, et s y tiendront jusqu’à ce que la propor- 
.on „rd,„a.rc entre l'offre et la ,lemán,le soit rétablie. Dans ee 
■ 
««rieoles/::;:
        <pb n="188" />
        m PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
nécessairement sur la quantité de ces produits, ni sur le nombre 
des individus (|ui ont les moyens de les acheter et la volonté de 
les consommer. Il est très-aisé de voir pour(|uoi, lorsque le capital 
d’un pays s’accroît d’une manière irrégulière, les salaires haussent 
tandis que le prix du blé reste stationnaire, ou baisse dans uue 
moindre proportion, et cela pendant un espace considérable de 
temps : c’est parce que le travail est une marchandise qu’on ne 
peut augmenter ou diminuer à volonté. Si dans le marché il y a 
trop peu de chapeaux pour satisfaire à la demande, leur prix mon 
tera, mais ce ne sera que pour peu de temps ; car dans le corn’s 
d’un an, en consacrant un plus fort ca})ital à cette fabrication, 
on peut augmenter la fourniture des chapeaux, de telle sorte que 
leur prix courant n’excède pas longtemps leur prix naturel. 
Mais il n’en est point de même des hommes; on ne peut pas en aug 
menter le nombre dans un ou deux ans, aussitôt qii il y a une aug 
mentation de capital ; pas plus qu’on ne peut en diminuer le nombre 
lorsque le capital va en décroissant ; par conséquent le nombre des 
bras n’augmentant ou ne diminuant que lentement, pendant que les 
fonds destinés à l’entretien des travailleurs s’accroissent ou diminuent 
rapidement, il faut nécessairement qu’il y ait un intervalle de temps 
considérable avant que le prix de la main d’œuvre soit exactement en 
rapport avec le prix du blé et des articles de première nécessité. Âlais 
dans le cas de la dépréciation de la monnaie ou dans celui d’un im 
pôt sur le blé, il n’y a nécessairement ni excès, ni insulïisance des 
travailleurs, et par conséquent il ne peut y avoir de cause pour que 
l’ouvrier éprouve une diminution de salaire. 
Un impôt sur le blé n en diminue pas nécessairement la quantité ; 
il ne fait qu’en augmenter le prix en monnaie. Un pareil impôt ne 
diminue pas nécessairement la demande de bras comparée à 1 offre ; 
pourquoi donc diminuerait-il la part qui est ])ayée au travailleur? 
Supposons que cct impôt diminue en effet la part du travailleur, ou, 
en d’autres termes, qu’il ne fass(‘ pas hausser ses prolits évalués en 
monnaie, eu proportion de la hausse que l’impôt a produite dans le 
prix du blé que consomme le travailleur; dans ce cas l’approvision 
nement ou l’offre de blé n’cxcéderait-elle pas la demande? le blé ne 
baisserait-il pas de prix? et conséquemment le travailleur n obtien 
drait-il pas sa part ordinaire? Dans un tel cas, on détournerait à la 
vérité les capitaux de leur emploi dans l’agriculture; car si le prix des 
produits ne haussait pas de tout le montant de l’impôt, les profits 
du cultivateur deviendraient moindres que le taux général des pro-
        <pb n="189" />
        CHAP. IX. — DES IMPOTS SUR LES PRODUITS NATURELS. I%X 
fits, et les capitaux iraient chercher un emploi plus avantageux*. 
Pour ce qui regarde donc l’impôt sur les produits agricoles, qui 
est 1 objet en question, il me paraît qu’entre la hausse du prix de ces 
produits et celle des salaires, il ne saurait y avoir un intervalle pen 
dant lequel le travailleur se trouve en détresse ; et je pense par con 
séquent que la classe ouvrière ne souffrirait pas plus de cet impôt que 
de tout autre; la seule chose à craindre serait que l’impôt n’entamât 
les fonds destinés à l’entretien des ouvriers, ce qui pourrait suspendre 
ou diminuer la demande de bras. 
Quant à la troisième objection contre les impôts sur les produits 
agricoles, objection fondée sur ce que la hausse des salaires et la di 
minution des profits s’opposent à l’accumulation du capital, comme 
le ferait un sol ingrat, j’ai déjà essayé de prouver, dans une autre 
partie de cet ouvrage, que les économies peuvent tout aussi bien se 
faire sur la dépense que sur la production, et par une baisse dans la 
valeur des denrées aussi bien que par une hausse dans le taux des 
profits. En élevant mes profits de 1,000 1. à 1,200 1., pendant que les 
prix restent les mêmes, j’ai le moyen d’augmenter mon capital par des 
épargnes ; mais je l’augmenterais bien mieux si mes profits restant les 
mêmes que par le passé, le prix des denrées baissait au point qu’il 
me suffît de 800 1. pour payer ce qui me coûtait auparavant 1,000. 
L impôt, sous quelque forme qu’il soit assis, n’offre le choix 
qu entre plusieurs maux. S’il ne porte pas sur les profits, il frappe 
eut tre M. Ricardo ne tient-il pas assez de compte de la difficulté que les 
capi aux ont, ans beaucoup de cas, pour changer d’emploi. Un très-grand nom- 
re entrepreneurs d industrie ( et par cette expression j’entends ceux qui ein- 
p oient soit dans I agriculture, soit dans les manufactures, soit dans le commerce, 
es capitaux qui appartiennent soit à eux-mêmes, soit aux autres) ; un grand 
nom re d entrepreneurs d’industrie sont obligés de faire marcher leurs capitaux 
avec eux, c est-à-dire de les laisser dans l’emploi où ils restent eux-mêmes. L’a- 
gricu ture d un canton a beau devenir moins avantageuse à ceux qui l’exercent 
que ne le serait toute autre profession, ils n’en restent pas moins agriculteurs, 
parce que telles sont leurs habitudes, tels sont leur expérience et leurs talents. 
n en peut ire autant d un manufacturier. Or, si cet homme reste manufactu 
rier ou cultivateur, il laisse dans son genre d’industrie les capitaux qui marchent 
nécessairement avec lui, c’est-à-dire ceux qui lui appartiennent, et même les 
capitaux d’emprunt. Relativement à ceux-ci, il en paie bien toujours l’intérêt, 
mais il n y fait point de profit par delà les intérêts ; il peut même en tirer moins 
e profit qu il n en paie d’intérêts, sans cependant interrompre durant de noni- 
reuses années une entreprise qui, à capital égal, à mérite égal dans son tn- 
trepreneur, rapporte moins que beaucoup d’autres entreprises. — J.-B. Say.
        <pb n="190" />
        ^3ß PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
la dépense; et pourvu que le poids eu soit également réparti, et qu’il 
ne s’oppose point à la reproduction, il importe peu qu’il soit assis 
sur les profits ou sur la dépense. Des impôts sur la production ou sur 
les profits du capital,—qu’ils soient assis immédiatement sur les pro 
fits, ou bien qu’assis sur la terre ou sur ses produits, ils les affectent 
indirectement, — ont sur tout autre impôt cet avantage, qu’aucune 
classe de la société ne peut s’y soustraire, et que chacune y contribue 
selon ses facultés. 
Un avare peut se soustraire aux impôts sur les dépenses; avec un 
revenu de 10,000 1. par an, il peut n’en dépenser que .TOO 1. ; mais 
il ne saurait échapper aux impôts directs ou indirects sur les profits ; 
il y contribuera en cédant une partie de ses produits ou une partie 
de leur valeur; ou bien, par suite de l’augmentation du prix des ob 
jets essentiellement nécessaires à la production, il ne pourra plus 
grossir son capital dans la même proportion que par le passé. 11 
conservera un revenu de même valeur, mais il ne pourra pas dispo 
ser d’un aussi grand nombre de bras, ni d’une quantité pareille de 
matériaux propres à employer ces bras. 
Si un pays se trouve isolé de tous les autres, n’ayant point de com 
merce avec ses voisins, il n’aura le moyen de rejeter aucune portion 
de ses impôts sur les autres nations. Une partie de ses produits terri 
toriaux et industriels sera consacrée au service de l’Ktat, et à moins 
que les impôts ne pèsent d’une manière inégale sur la classe qui épar 
gne et qui accumule, il importera fort peu, selon moi, qu’ils soient 
levés sur les profits, sur les produits du sol ou sur ceux des manufac 
tures. Si mon revenu annuel est de 1,000 1., et que je sois tenu de 
payer 100 1. d’impôts, il m’importera peu de prendre cette somme 
sur mon revenu, qui se trouvera ainsi réduit a 000 I., ou de payer 
100 1. de plus les produits de l’agriculture ou les marchandises ma 
nufacturées que je consommerai. Si 100 I. constituent ma quote 
part de la dépense publique, la bonté d’un impôt consistera à me 
faire payer ces 100 1. ni plus ni moins, ce (pii ne peut s’effectuer d’une 
manière aussi sûre qu’au moyen des impôts sur les salaires,’ les pro 
fits et les produits de l’agriculture. 
La quatrième et dernière objection dont il me reste à parler, con 
siste à dire ([u’en faisant hausser le prix des produits bruts de la 
terre,celui de toutes les marchandisiis dans la composition disquclles 
ils entrent, haussera également,et que par consiupient nous ne pour 
rons pas soutenir la concurrence des manufactures étrangères dans les 
divers marchés.
        <pb n="191" />
        CHAP. IX. — DES IMPOTS SUR LES PRODUITS NATURELS. 137 
Eu premier lieu, le blé el toutes les denrées de riutérieur ne peu 
vent hausser de prix d'une manière un peu sensible sans une plus 
„ran e aflluenee des métaux précieux ; car la même quantité d'arpent 
‘ peut pas serxir a la circulation de la même quantité de marchan- 
I O , quand elles sont chères, et quand elles sont à bon marché, et 
le peut jamais acheter les métaux précieux avec des marchan- 
c lères. Quand il faut plus d or, c'est en donnant en échange plus 
e marchandises, et non en en donnant moins, qu'on achète ce métal ; 
P mi ne saurait suppléer au numéraire par le papier-monnaie, car ce 
II est point ce papier qui règle la valeur de l'or, considéré comme 
marchandise, c’est au contraire l'or qui règle la valeur du papier. A 
moins donc qu'on ne puisse faire baisser la valeur de l'or, l’on ne 
saurait ajouter du papier-monnaie à la circulation sans qu'il soit 
déprécié. 
Pour sentir que la valeur de l'or ne saurait baisser, il suffit de ré 
fléchir que sa valeur, comme marchandise, dépendra de la quantité 
de marchandises qu’on est dans la nécessité de donner en échange au x 
etrangers pour avoir de l'or. Quand l’or est à bon marché, les denrées 
sontchcix^s; quand l’or est cher, les denrées sont à bon marché et 
baissent de prix. Et, comme on ne voit pas de motif qui puisse en 
gager les etrangers à nous vendre leur or à meilleur marché que 
'^»’ûinaire, il ne parait guère probablequ’il puisse v avoir une impor 
tation d’or étranger. Or, sans cette importation, l'or ne peut aug- 
nnntt r de quantité ni baisser de valeur, et le prix général des mar- 
cliandises ne saurait éprouver de hausse '. 
La raison pour laquelle les impôts sur les produits immédiats de Taericul- 
IMiM 
îl’oi. dni un quarter de blé, tandis qu’il ne serait obligé 
On no aunes pour le même quarter, si le quarter était à 3 liv. st. 
Doiir que la quantité de drap ait doublé dans le pays, 
on en donne ainsi le double en échange d’une mesure de blé. De même
        <pb n="192" />
        -138 PRINCIPES DE I/ÉCONOMIE POLITIQUE. 
L’effet d’un impôt sur les produits naturels serait probablement 
de faire hausser de prix toutes les marchandises dans la composition 
desquelles ces matières entrent, mais dans une proportion bien moin 
dre que la valeur de l’impôt; tandis que les autres marchandises 
dont les produits immédiats de l’agriculture ne font point partie, 
tels que les objets fabriqués avec des métaux ou avec des minéraux, 
baisseraient de prix, et par ce moyen la même quantité de monnaie 
suffirait aux besoins de la circulation. 
Un impôt qui ferait hausser le prix de tous les produits nationaux, 
ne découragerait l’exportation que pendant un espace de temps assez 
court. Si, par l’effet de cet impôt, ils renchérissaient dans le pays, on 
ne pourrait à la vérité les exporter dans le moment même avec pro 
fits, parce que les produits nationaux se trouveraient grevés d’un 
impôt dont ils seraient exempts dans l’étranger. Cet impôt aurait le 
même effet qu’une altération dans la valeur des monnaies qui ne se 
rait point commune à tous les pays, mais bornée à un seul. Si 1 An 
gleterre était ce pays, elle pourrait être dans l’impossibilité de ven 
dre, mais elle pourrait toujours acheter, parce que les objets d’im 
portation n’auraient point haussé de prix. Dans le cas supposé, on 
ne pourrait exporter en échange des marchandises étrangères, que 
du numéraire ; mais un tel commerce ne saurait durer longtemps : 
on ne peut épuiser le numéraire d’un pays; car, après qu’une cer 
taine quantité en est sortie, celle qui reste hausse de valeur, et il 
s’ensuit une telle baisse dans le prix des denrées, qu’elles peuvent de 
nouveau être exportées avec profit. Aussitôt que le numéraire aura 
haussé de prix, on aura cessé de l’exporter en échange pour des mar 
chandises du dehors, et on exportera au contraire les mêmes mar 
chandises qui avaient d’ahord haussé de prix, par la hausse dis 
produits immédiats de l’agriculture qui entraient dans leur composi 
tion, et que l’exportation du numéraire avait ensuite fait baisser de 
nouveau. 
Mais l’on pourrait objecter que le numéraire augmentant ainsi ( e 
valeur, augmenterait également par rapport aux marchandises na 
tionales et étrangères, et que par conséquent il n y aurait plus rien 
il n’est pas nécessaire que le numéraire augmente en quantité pour qu’une den - 
rée se vende plus cher. 
11V a une cherté propre, une cherté réelle indépendamment de la valeur rela • 
tive des choses, et cette cherté propre est en raison des frais de production- 
( Voyez le Traité iVÉconomie politique, liv. II, chap. 4. ) - J.-B. Say.
        <pb n="193" />
        CHAP. IX. — DES IMPOTS SUR LES PRODUITS NATURELS. 139 
qui pût engager à importer des marchandises du dehors. Supposons, 
par exemple, que les marchandises importées coûtent à l’étranger 
ICO 1., et qu elles rapportent dans le pays TiO 1. : l’importation ces 
sera aussitôt que, par l’augmentation de la valeur du numéraire, elles 
ne rapporteront plus que 100 1., ce qui cependant ne peut jamais 
arriver. Ce qui nous engage à faire venir une marchandise de l’é- 
langei, cest de savoir quelle s’y vend à meilleur marché, c’est 
a comparaison de son prix naturel au dehors avec son prix natu 
rel dans le pays. Si un pays exporte des chapeaux, et importe du 
«eap, il n’agit ainsi que parce qu’il peut obtenir plus de drap en 
faisant plus de chapeaux et les échangeant contre du drap , que s’il 
fabriquait le drap lui-méme. Si la hausse des matières premières ren 
dait la fabrication des chapeaux plus chère, elle occasionnerait aussi 
plus de frais dans la fabrication du drap ; et si les deux articles 
étaient faits dans le pays, ils hausseraient l’un et l’autre : cepen- 
dant l’un des deux articles étant une marchandise importée, ne ren 
chérirait ni ne baisserait de prix quand la monnaie hausserait de 
valeur; car, en ne baissant pas de prix, le drap reprendrait la valeur 
re ative naturelle qu’il avait par rapport à la marchandise exportée. 
La hausse des matières premières fait monter le prix des chapeaux 
( e ,10 sh. a 33 sh., ou de 10 [xiur cent : la môme cause, si nous 
a iriquions du drap, le ferait hausser de *20 à 22 schellings par 
aune. Cette hausse ne détruit pas la relation entre le drap et les 
lapeaux; lar un chapeau vaudrait encore, comme il valait par le 
passé, une aune et demie de drap. Mais si nous importons du drap, 
e prix en lestera constamment à 20 schellings l’aune, malgré la 
premiere baisse survenue tout d’abord dans la valeur de la monnaie 
(t a hausse qui la suivie; tandis que les chapeaux, qui avaient 
haussé de 30 sch. à 33 sch., retomberont de 33 seh. à 30 sch., taux 
auquel le rapport entre le prix du drap et des chapeaux se trou 
vera rétabli. 
Pour simpliher l’objet de cette recherche, j’ai supposé jusqu’ici 
(lu une hausse dans la valeur des matières premières affecte dans une 
proportion i gale toutes les marchandises nationales, en sorte que si 
l une éprouve une hausse de 10 pour cent, toutes les autres haus 
sent également de 10 pour cent. Mais comme la valeur des niarchan- 
( ises SC compose de quantités très-dilférentes de matières premières 
et de main-d o uvre, et comme la hausse des produits naturels n’in- 
lierait pas sur quelques marchandises, celles, par exemple, qui sont 
a riquées avec des métaux, il est évident que la plus graude variété
        <pb n="194" />
        UO PRlNClPiîS OE L’ECONOMIE POLITIQUE. 
se manifesterait dans les effets produits sur la valeur des marchandises 
par un impôt sur les produits agricoles. Selon que ces effets seraient 
plus ou moins sensibles, ils favoriseraient ou gêneraient l’exporta 
tion de certaines marchandises, et auraient certainement les mêmes 
inconvénients qu’un impôt sur les marchandises, en détruisant la re 
lation naturelle entre la valeur de chacune. Ainsi le prix naturel 
d’un chapeau, au lieu d’être égal à celui d’une aune et demie de 
drap, pourrait ne plus valoir qu’une aune et un quart, ou bien il 
pourrait valoir une aune et trois quarts de drap, ce qui donnerait 
peut-être une autre direction au commerce étranger, leíais, probable 
ment, aucun de ces inconvénients ne dérangerait la valeur des objets 
exportés ou importés ; ils ne feraient qu’empêcher la meilleure dis 
tribution possible du capital dans le monde entier, distribution qui 
n’est jamais si bien réglée que lorsqu’on laisse chaque marchandise 
atteindre librement son prix naturel. 
On voit donc que, quoique la hausse dans le prix de la plupart des 
marchandises nationales puisse pendant un certain temps entraver 
les exportations en général, et quoiqu’elle puisse même empêcher 
l’exportation d’un petit nombre de marchandises, cette hausse ne 
dérangerait pourtant pas d’une manière notable le commerce étran 
ger, et ne nous placerait pas dans une position désavantageuse pour 
ce qui regarde la concurrence dans les marchés étrangers.
        <pb n="195" />
        CHAP. X. — DES IMPOTS SUR LES RENTES. 
1A1 
CHAPITRE X. 
DES IMPÔTS SUR LES RENTES. 
Un impôt sur la rente n’affecterait que la rente, et retomberait en 
tièrement sur les propriétaires fonciers, sans pouvoir être rejeté sur 
aucune classe de consommateurs. Le projiriétaire foneier ne pour 
rait pas augmenter le prix de sa rente ; car il ne saurait changer la 
différence qui existe entre le produit obtenu sur les terrains les 
moins productifs, et celui que l’on retire de tous les autres ter 
rains. Des terres de trois sortes, n“* 1,2 et 3, sont en culture, et par 
une quantité égale de travail, elles rendent respectivement cent qua 
tre-vingts, cent soixante dix et cent soixante quarters de blé; mais 
le n® .1 ne paie pas de rente, et n’est par conséquent pas imposé ; la 
rente du n” 2 ne peut donc pas excéder la valeur de dix quarters, 
ni celle du n“ 1 la valeur de vingt. Un pareil im|MH ne saurait faire 
hausser le prix des produits de l’agriculture; car le cultivateur du 
D 3 , qui ne paie ni rente ni impôt, n’a aucun moyen d’élever le 
prix de ses denrées. Un impôt sur les rentes ne découragerait pas 
la culture de nouveaux terrains, parce que ces terrains, ne payant 
pas de rente, ne seraient point imposés. Si on venait à livrer 
à la culture le n® 4, et que ce terrain produisît cent ciinjuante 
quarters de blé, il ne paierait pas d’impôts, mais il créerait une 
rente de dix quarters de blé pour le n° 3, qui commencerait dès 
lors à payer l’impôt. 
Un impôt sur les rentes, avec la constitution actuelle de la n nte, 
découragerait la culture des terres ; car ce serait un impôt sur les 
profits du propriétaire foncier. Iaí mot rente, ainsi que je l’ai déjà 
observé, s’applique à la valeur de tout ce que le fermier paie à son 
propriétaire, (quoiqu’il n’y ait qu’une partie qui soit strictement la 
rente ou le profit du fonds de terre, jjcs bâtiments et autres con 
structions , ainsi que tous les déboursés du proprietaire, consti 
tuent strictement une partie du capital de la ferme, et le fermier 
serait obligé d’en faire les frais, si le propriétaire ne les avait déjà
        <pb n="196" />
        í42 príncipes de L'ÉCONOMIE POLITIQUE, 
faits pour lui. La rente est ee que le fermier paie au propriétaire 
foncier pour l’usage de la terre et pour cet usage seul. Ce qu’il 
paie de plus sous le nom de rente ou de loyer, il le donne pour 
la jouissance des bâtiments, etc. ; et ce sont là les profits du capital 
du propriétaire, et non les profits de la terre. 
En imposant les rentes, comme il ne serait fait aucune distinc 
tion entre la somme payée pour l’usage de la terre, et celle qui est 
payée pour l’usage du capital du propriétaire, une partie de l’impôt 
retomberait sur les profits du propriétaire, — ce qui découragerait 
nécessairement la culture, à moins que le prix des produits agricoles 
ne s’élevât. 
Sur la terre qui ne paierait point de rente, il pourrait être ac 
cordé au propriétaire une rétribution, sous le nom de rente, et a 
titre de loyer de ses bâtiments. 
Ces bâtiments ne sauraient être construits, et la terre cultivée, à 
moins que le prix des produits bruts du sol ne fût suffisant, non- 
seulement pour couvrir tous les déboursés, mais encore pour payer 
la charge additionnelle de l’impôt. Cette partie de l’impôt ne tombe 
ni sur le propriétaire, ni sur le fermier ; elle ne frappe que le con 
sommateur. 
liest très-probable que si l’on imposait les rentes, les proprié 
taires fonciers trouveraient bientôt le moyen de ne pas confondre ce 
qui leur est payé pour l’usage de la terre, avec ce qu’ils reçoivent 
pour l’usage des bâtiments, et pour les bonifications faites au moyeu 
de leur capital. 
On appellerait cette seconde rétribution, loyer de la maison et des 
bâtiments, ou bien, dans des terres nouvellement défrichées, ce 
serait le fermier et non le propriétaire qui construirait les bâti 
ments, et qui ferait les bonifications à scs propres frais. Le capital 
du propriétaire pourrait bien être en eüet employé à ces objets ; le 
fermier pourrait ne le dépenser que nominalement, le propriétaire 
le lui avançant sous la forme d’un prêt, ou en achetant une annuité 
pendant le temps que durerait le bail. Qu’on distingue ou non ces 
deux sortes de rétributions payées par le fermier pour ces deux ob 
jets au propriétaire, il est certain qu’il existe une dilTérence bien 
réelle entre la nature de l une et de l’autre ; et il est indubitable 
qu’un impôt sur le loyer de la terre tombe entièrement sur le pro 
priétaire ; mais un impôt sur la rétribution que le propriétaire re 
çoit pour l’usage de son capital dépensé sur la ferme, ne frappe que 
le consommateur des produits du sol.
        <pb n="197" />
        CHAP. X.— DES IMPOTS SUR LES RENTES. 143 
Si 1 on mettait un impôt sur les fermages sans qu’on prit quelque 
moyen de distinguer la rétribution payée actuellement par le fer 
mier au propriétaire sous le nom de fermage réel et en loyer du 
capital, un pareil impôt, en tant qu’il porterait sur le loyer des 
bâtiments et autres constructions, ne frapperait pas pendant long 
temps le propriétaire, et retomberait sur le consommateur. Les 
fonds dépensés à ces constructions doivent rendre les profits ordi 
naires des capitaux engagés. Or, ils cesseraient de rapporter ces pro 
fits sur les terrains cultivés les derniers, dans le cas où les frais de 
construction de ces bâtiments ne seraient pas supporte^ par le fer 
mier; et si le fermier en faisait les frais, il cesserait de retirer les 
profits ordinaires de son capital, s’il ne parvenait pas à se faire 
rembourser sa dépense par le consommateur.
        <pb n="198" />
        \u 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
CHAPITRE XL 
DE LA DÎME. 
La dîme est un impôt sur le produit brut de la terre, qui, eomme 
les impôts sur les matières premières, retombe entièrement sur le 
consommateur. Elle diffère d’un impôt sur les rentes en ce qu’elle 
frappe des terres que cet impôt ne saurait atteindre, et en ce qu’elle 
fait hausser le prix des produits agricoles qu’un impôt sur les ren 
tes n’altérerait pas. Les meilleures comme les plus mauvaises terres 
paient la dîme, et la paient dans l’exacte proportion de la quantité 
des produits qu’on retire de cbaeunc. La dîme présente donc tous 
les caractères de l’égalité. 
Si les terrains de la dernière qualité, ou ceux qui ne paient pas de 
rente, et qui règlent le prix du blé, donnent des produits suffisants 
pour rapporter au fermier les i)rofits ordinaires du capital, quand 
le prix du blé est à 4 1. le quarter, il faut que le blé monte à ^ 1. 
8 sell, pour qu’il puisse retirer les mômes profits après le paiement 
de la dîme; car pour cbaqoe quarter de blé le cultivateur est tenu 
de payer huit scbellings au clergé. 
La seule différence qu’il y ait entre ta dîme et l’impôit sur les 
produits agrieoles, c’est que l’un est un impôit pécuniaire variable, 
et que l’autre est un impôit |)écuniaire fixe. Lorsque l’état d’une na 
tion est stationnaire, et qu’il n’y a ni plus ni moins de facilité pour 
¡iroduirc du blé, ces deux impôits ont des effets identiques; car dans 
un tel état de choses le prix du blé devient invariable eomme l’im 
pôt. A une époque de décadenee ou de progrès pour l’agriculture, 
alors que les produits agrieoles baisseront de valeur par rapport aux 
autres marebandises, la dîme sera moins lourde qu’un impôt jierina- 
nent en monnaie ; car, si le prix du blé baissait de ^ 1. à .T I., l’im 
pôt devrait baisser de huit à six scbellings. Dans un état progressif 
de civilisation, mais dans lequel, cejiendant, il ne s’oj)érerait aucun 
grand perfectionnement en agriculture, le prix du blé montera, et
        <pb n="199" />
        CHAP. XI. - DK KA DIME. 14fj 
fl^^Pudia 1111 impôt plus lourd que l’impôt permanent 
rente en impôt en monnaie ne changeraient rien à la 
effet seiiRÎKi*^^*^^ propriétaire, et e«s deux impôts auraient un 
ment ,,,, "" *'«"* déjà vu com- 
reil lr»i, 7 1 '•* ™"es e„ blé : u„ effet pa- 
et ■( „r à "'""""'''d le résultat ,1e la (lime. Si les terres 1, 2 
si "" e»nser,era,e„t plus oe même rapport entre eux : car 
réJuTt's . """T" '"'«‘‘“¡‘■S il» resteront 
■ 
à 4 I. 8 sch. 10 ® '■®‘son de 4 1. 8 sch. 10 2/3 d., et 9 quarters 
{OEuv. de Hicardo.) jq
        <pb n="200" />
        J46 PRINCIPES DE L’ECONOMIE POLITIQUE. 
Si on levait pour le clergé une valeur égale par d'autres moyens 
qui augmenteraient ainsi que ta dime , à pro,mrliou de la dilliculle 
de la culture, l eitet serait le même. Et on se tromperait fort eu 
uensaut que les dimes, parce quelles sont prélevées directement sur 
le sol, découragent plus l’agriculteur que toute autre redevance 
du même eliillre. Le clergé, dans les deux cas, ol,tiendrait une 
portion croissante du produit net du sol et de l'iudustrie du 
pays. Daus l’état progressif de la société, le produit net du sol va 
toujours eu diminuant par rapport au produit brut ; mais c est sur le 
produit net d’un pays.que sont levés, eu dernière analyse, tous les 
impôls, que le pays se trouve en voie de développement ou reste 
stationnaire. Un impôt qui augmente eu même temps que le revenu 
brut, et qui retombe sur le revenu net, doit être iiecessaireinciit uii 
impôt très-onéreux, et extrêmement opprcssil. La dime est c 
dixième du produit brut, et non le dixième du produit «et du sol 
et par conséquent à mesure que la société croit eu ricbessc elle doi 
progressivement absorber une partie plus considerable du pioduil 
uet, quoiqu’elle soit toujours égale à une même portion du produi 
^'on peut encore regai-der la dime comme nuisible aux propriéUii- 
res fonciers, eu ce qu elle agit comme prime d’importatiou, en im 
posant le blé indigène, pendant que celui de l’étranger ne paie aucun 
impôt, lit si, dans le but de mettre les proprietaires a 1 abii de 1 a 
vilissement des terres que doit occasionner cette prime, ou Irappait i 
blé du debors d'un impôt pared, pereu pai’ l'Etat, il ne pouriait y 
avoir de mesure plus juste ni plus équitable, puisque tout ce que 
cet impôt rapporterait a l’État, aurait l’elVet de dimiiiuin- dautant 
les autres impôts que les dépenses du Gouveriiemeiit rendent iieces^ 
saires. Mais si un pareil impôt ii’était eoiisaeré qu a auginenter le. 
revenus du clergé, il pourrait a la vérité augmenter au total la masse 
des produits, mais il diminuerait la part qui revient aux classe, 
productives. 
Si ou laissait entièrement libre le commeree des draps, nos manu 
facturiers pourraient les donner à meilleur marebé qu on ne poui 
rait les importer. Si ou mettait un impôt sur la fabriealioii des draps 
du pays, et qu’on ii’eii mit pouit sur l’importation, cela pourrai 
avoir le mauvais eilet de détourner les eapitaux de la fabneulioii Ç- 
draps vers d’autres maiiufaetures, le drap pouvant alors être lire 
:rr.;=r»r;‘Â
        <pb n="201" />
        1 " 
■ 
CHAP. XI. — DE LA DIME. 
•t“ pa.ys, parce qu i| I*, payait moins cher que le drap élraiitçer, 
étranger, parce que, ne payant point 
d’un imoit has prix que celui du pays, chargé 
du jour ' I’- ** reviendrait au drap des fabriques nationales, 
et éL« également sur la fabrication indigène 
w dcrn-^*^*^^’ abaisserait le prix des produits du dedans. C’est dans 
le consommateur donne le plus baut prix pour 
le Lue T T* '"i coûte, c’est l’État qui 
P .lusec |)dr la dilliculté de la pioducüon et qu’il est toreé de 
upporter, |«ree que le ,H&gt;ids de l’iiupùl a eulevé au pays les moveus 
ue produire à de moindres frais. 
F:
        <pb n="202" />
        148 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
CHAPITRE XII. 
DK l’impôt FOKCIER. 
rn impôt foncier, prélevé proportionnellement à la rente des fonds 
de terre, et sujet à varier avec elle, est en effet un impôt sur la ren 
te; et comme un tel impôt ne peut atteindre ni les terres (pu ne 
paient pas de rente, ni le produit du capital employé sur les terns 
dans le seul but d’en retirer un prolit, — capital qui ne paie ja 
mais de loyer, — cet impôt ne peut par conséquent influer aiieiine- 
ment sur le pris des produits du sol, et doit retomber eiiliereinent 
sur les propriétaires. Pu pareil impôt ne différerait eu rien d'un im 
pôt sur les rentes. Mais si l’impôt foncier frappe toutes les terres cul 
tivées, alors, quelque modéré qu’il puisse être, il devient un impôt 
sur la production, et lait par conséquent hausser le pris des pro 
duits Si le II" Il est le terrain cultivé eu dernier lieu, quoiqu il ne 
paie pas de rente, il ne peut, après la création de cet impôt, conti 
nuer à être cultivé, ni rapporter le tans ordinaire ^ prolits à 
moins que le pris des produits ne s’élève parallèlement à 1 impôt. Uu 
l’on détournera de cet emploi les capitaus jusqu’à ce que le pris du 
blé ait suffisamment haussé, par suite de la demande, pour rapjiorter 
les profits ordinaires; ou, s’il y a un capital deja employe sur cett 
terre, on l’en retirera pour le placer d’une manière plus avantageuse. 
L’impôt ne peut être rejeté sur le propriétaire; car, dans la sup,M.- 
sition que nous avons faite, il ne reçoit pas de ii utc. 
Ln pareil impôt peut être proportionné à la qualité des terres e 
à l’abondanee de leurs produits, et dans ce cas il ne différé nulle- 
ment (le la dime; ou bien l'impôt peut ôtre uu impôt lixe e tai 
par arpent de terre cultivée, quelle qu’en soit la qualité. 
Lu impôt foncier de la nature de ce dernier serait un impôt tort 
inégal, et il serait en opposition avec l’une des quatre maxiiius 
sur les impôts en général, d’après U*quclles, selon Adam biiiith, 
“ srrr îrr;:— »
        <pb n="203" />
        CHAP. XII. — DE L’IMPOT FONCIER. 149 
soutien du Gouvernement, chacun, autant qu’il est possible, en 
proportion de ses facultés. 
» Deuxième maxime. La quote-part de l’impôt que chacun est 
tenu de payer, doit être certaine, et non arbitraire. 
Troisième maxime. Tout impôt doit être perçu à l’époque et 
se on le mode qu’on peut présumer le plus commodes pour le con 
tribuable. 
» Quatrième maxime. T out impôt doit être calculé de manière à ce 
qu il fasse sortir des mains du peuple le moins d’argent possible au 
delà de ce qu’il rapporte au trésor de l’État, et en même temps à ce 
qu’il tienne cet argent le moins longtemps possible hors de la 
bourse du public. » 
' En regard de ces maximes généreuses qui sont, en quelque sorte, une déclara 
tion des droits du contribuable, nous croyons utile de placer celles que M. de Sis- 
mond, - cette ârne si forte et si tendre à la fois - a émises sous l’inspiration des 
idé« démocratiques les plus életées. Cela fait, nous réclamerons l’attention du 
. 1**^^^® choses itrates que nous essaierons de dire sur la question des 
Charges publiques. ^ 
" ^ ' pi“’ revenu et non sur le capital. Dans le premier 
^ \ que les particuliers devraient dépenser ; dans le se- 
^»ire vivre et les particuliers et l’État. 
. ans I assiette de 1 impôt, il ne faut point confondre le produit brut an- 
» pîri ^ premier comprend, outre le second, tout le capital 
, " partie de ce produit doit demeurer pour maintenir ou renou- 
J fixes, tous les travaux accumulés et la vie de tous les ou- 
« vners productifs 
3. L impôt étant le prix que le citoyen paie pour des jouissances, on ne saurait 
t&gt;tnan er a celui qui ne jouit de rien : il ne doit donc jamais atteindre la 
« partie du revenu qui est nécessaire à la vie du contribuable. 
jamais mettre en fuite la richesse qu’il frappe; il doit donc 
re autant plus modéré que cette richesse est d’une nature plus fugitive. Il ne 
« 01 jamais atteindre la partie du revenu qui est nécessaire, pour que ce revenu 
” se conserve. 
soit un bien, on fera du moins qu’il soit un moindre mal. » 
,1 (SisMONui, t. II, livre vi, chap. 8. ) 
. on le \oit, dans les prescriptions de Smith quelque chose de plus 
de ^P P'iaiicier ; dans celles de Sismondi, quelque chose de plus social, 
P us e ev peut-être ; mais chez les deux penseurs on retrouve le même désir de 
ren^"'^'^ '*** * publiques à la force de ceux qui les supportent, et de 
^ vieux adages (|ui faisaient de la gent travailleuse’la gent 
eet corvéable à merci. Dans ce siècle où le genre buirain choisit ses guides
        <pb n="204" />
        lfm PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
lin impôt foncier, assis egalement sur tontes les terres en cultu 
re, sans avoir égard à la différence des qualités, fera hausser le prix 
et ses prophètes dans les rangs des travailleurs, — penseurs, poètes, industriels, 
artistes, — il était naturel qu’on reconnût à ces créateurs, à ces soutiens de toute 
civilisation, le droit de n’étre plus rançonnés à outrance sous prétexte de droit di 
vin, de servage, de prolétariat. Après avoir réhabilité le travail, et la source d’où il 
s’épanche, le peuple, on était amené forcément à lui reconnaître le droit à la pre 
mière place dans les jouissances sociales, le droit à la dernière dans Its charges 
publiques : deux nécessités logiques que la Révolution publia par la terrible voix 
de ses canons, la science sociale par l’éloquente proclamation de Turgot, de 
Smith, et qui, après s’être imposées aux esprits, s’imposent de nos jours aux faits. 
Qu’est-ce, en effet, que le morcellement de la propriété, la diffusion des capi 
taux, la multiplication de ces caisses prévoyantes où l’épargne, comme une urne 
intarissable, verse les millions dus aux sueurs de l’ouvrier, et, trop souvent aussi, 
aux fourberies de nos laquais, — scapins éhontés qufdéshonorent l’économie, 
achètent des chemins de fer et commanditent jusqu’à des dynasties espagnoles ou 
portugaises avec des sous pour livre, des gratifications et des bouts de bougie ? 
Qu’est-ce que l’abaissement de l’intérêt, et l’accroissement du salaire, si ce n’est 
un progrès évident vers le bien-être de la masse? Et que sont, d’un autre côté, 
ces réformes incessantes dans la répartition des impôts; ces lois qui dégrèvent les 
matières premières , ce pain de l’industrie ; les subsistances, ce pain des généra 
tions; les lettres, les écrits, ce pain de l’intelligence et de l’Ame? Que sont ces 
décrets à l’allure passablement révolutionnaire qui, déplaçant les sources de 
l’impôt, tendent graduellement à l’asseoir, comme en Angleterre, sur des reve 
nus fixes, des propriétés mollement étalées au soleil, — inanne-tax, property- 
/ox,—et non sur les bases mouvantes et capricieuses du salaire ? Que sont, dis-je, 
toutes ces choses, si ce n’est l’allégement progressif du travail? 
l a première condition d’existence pour une société, c’est une légion innombra 
ble d’ouvriers, toujours prêts à creuser le sol, à battre le fer; et on sjest aperçu, 
après tant de siècles d’ignorance et d’iniquité, qu’il était a lourde de décimer ou 
d’affaiblir ces bataillons, vraiment sacrés, en leur enlevant par mille taxes op 
pressives le sang de leurs veines, la moelle de leurs os. Le prolétaire a besoin de 
tout son salaire pour retrouver l’immense énergie qu’il déploie chaque jour dans 
la production . c’est le géant sur lequel repose le monde social; et Atlas lui-même, 
qui étayait de ses vastes épaules l’univers ancien, eût succombé sous latAcbe, s il 
lui avait fallu payer la taxe sur le pain, sur le sel, sur la viande. Il est impossible 
de remuer cette noble science de l’Économie politique que nous définissems, pour 
notre part ; la science du travail et ue sv rémunération , sans se 
sentir entraîné par une immense sympathie pour tout ce qui jiense, agit, crée 
ici-bas, sans chercher à traduire œtte sympathie en formules protectrices et 
fortes; et l’on ne doit pas s’étonner si .l.-R. Say eut l’insigne honneur d’ac 
cumuler sur sa tête toutes les haines de la bureaucratie, par l’impitoyable ri 
gueur avec laquelle il disséqua les budgets d’alore, et si les plaidoyers les plus 
énergiques contre les inaitôtiers modernes sont partis des rangs des économistes. 
C’est (lu’en effet ils sont les défenseurs nés des classes laborieuses et (¡u’ils ont,
        <pb n="205" />
        15i 
CHAP XU. - DE i;iMP()T FONCIER, 
du blé en proportion de l'impôt payé par le cultivateur de la terre 
de la plus mauvaise qualité. Des terres de qualité différente, sur les- 
plus encore que les réformateurs politiques, ôté la couronne aux hommes de la 
féodalité pour la donner aux hommes de la paix et de la production ; c’est que 
Ad. Smith, Turgot, Sismondi, en quelques lignes, ont donné la force d’axiomes 
à ces notions d’égalité qui n’existaient dans les âmes qu’à l’état de sentiment. 
Pour eux, en effet, la classe taillable et corvéable est, avant tout, surtout, la 
classe oisive, rentée, aristocratique, et ils se sont parfaitemeut entendus dans 
l’émission de cette vérité bien simple : — le seigneur, le financier, le bourgeois, 
gentilhomme ou non, participant plus largement que l’ouvrier aux joies et aux 
splendeurs de la civilisation , doivent participer plus largement aussi à ses 
dépenses. 
Il en est de cette répartition des charges publiques comme des taxes que les 
directeurs de concerts prélèvent sur la curiosité et le dilettantisme. Le même 
spectacle est ouvert à t#K : le même lustre verse sur la scène ses gerbes de lu 
mière ; les mêmes vers, les mêmes harmonies font courir sur tous les fronts le 
souffle divin du génie ; les mêmes décors, le même fard, les mêmes pirouettes, 
suivies des mêmes coups de poignard, s’adressent à tous les spectateurs, et ce 
pendant lisez le tarif, que de nuances de prix correspondant à combien de places 
différente! Le charges qui pèsent sur chacun sont mathématiquement propor 
tionnées à la dose d’aisance, de commodité dont il jouit, et si nous avions à pro 
poser aux législateurs un modèle pour la péréquation de l’impôt, nous n’en vou 
drions pas d’autre que cette échelle si habilement graduée par le impresarios. 
La civilisation n’et-elle pas, en effet, une fête immense et perpétuelle que le 
genre humain se donne à lui-même, et ceux-là (jui assistent à cette fête du haut 
de leurs amphithéâtres somptueusement décorés, n’en doivent-ils pas défrayer les 
dépenses plus largement que la foule qui gronde dans l’arène poudreuse du par 
terre, ou qui s agite, comme l’Irlandais de nos jours et l’Ilote de l’antiquité, 
sans même entrevoir les splendeurs de ce juhilé? C’est ainsi que l’on est amené 
forcément à placer au-dessus du principe qui veut qu'on frappe chaque citoyen 
dans la mesure de ses ressources, un autre principe plus grand encore , qui porte 
en lui la solution à la fois mathématique et paternelle du vaste problème de l’im 
pôt et qui n’est que la loi de la solidarité sociale mise en chiffres. Ce principe en 
trevu par Montesquieu, confirmé par I.-B. Say, et formulé dans la théorie de 
I impôt proportionnel, veut ceci ; La taxe qui atteint cette portion de la richesse 
du pays qui sert à la satisfaction des premiers besoins, doit être infiniment moins 
lourde que celle supportée par les consommations de luxe. Ainsi, des esprits que 
l’on a traités de rêveurs et de révolutionnaires, — et nous nous faisons honneur 
d’appartenir à cette jacquerie financière, — certains esprits ont eu l’audace de 
penser et de dire que tout homme doit avoir dans ses ressources une partie in 
violable, respectée, celle où il puise son existence matérielle et celle de ses en 
fants. (.e fonds indispensable, qu’on ne saurait atteindre sans commettre un 
crime pareil à celui qu’on commettrait en diminuant la somme d’air qu’il faut à 
ses poumons, la somme de liberté qu’il faut à sa conscience, ce fonds ne relève 
pas de I impôt c’est le tribut payé à la faim, à la nature. I&gt;e prélèvement de la so-
        <pb n="206" />
        iö2 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
quelles des capitaux pareils sont employés, rapporteront des quanti 
tés très-différentes de produits bruts. Si la terre, qui, au moyen d’un 
cicté commence là on la consommation des individus franchit les lignes sévères 
du besoin pour entrer dans le domaine infini et varié des choses d'agrément ou 
de luxe. C'est alors que l’impôt doit frapper, et frapper avec une énergie d’autant 
plus grande, que la consommation est plus facultative, plus futile : de telle sorte 
qu’au bas de l’échelle l’homme du peuple ne soit pas obligé de partager avec le 
fisc le morceau de pain que trempent ses sueurs, et (¡u'au sommet, au contraire, 
les grands seigneurs, les primadona et les vieilles marijuises paient fort cher le 
droit d’avoir des chevaux pur sang, des rivières de perles et des king*charles. En 
un mot nous ne verrions, avec tant d’autres, aucun inconvénient à ce que la taxe 
fût de 100 pour 100 pour les mille superfluités (pii égaient la vie des privilégiés 
d’ici bas, s’il fallait acheter à ce prix le dégrèvement du sel, du vin, des lettres • 
et nous trouverions fort raisonnable une loi qui, établissant une taxe de 2 pour 100 
sur un revenu de 500 francs, grèverait de 3 pour 100 u#revenu de 1000 francs, 
de 6 pour 100 un revenu de 10,000 fr., et ainsi de suite. Si même l’on objectait, 
ce que l’on a constamment objecté, que nous mentons au grand principe de la 
proportionnalité des charges, que nous oublions les notions les plus simples de 
l’arithmétique, nous dirions que la science sociale, opérant sur des éléments sen 
sibles et non sur des abstractions, ne doit pas chercher f équilibre des charges pu 
bliques dans des formules mathématiques, fausses à force de vérité, mais bien 
dans une appréciation intelligente des droits, des besoins, des instincts de chacun. 
Vouloir que l’ouvrier qui a lentement accumulé à force de sueurs, de privations 
un revenu de 500 fr., paie au trésor 50 fr., par la raison que le grand proprié 
taire jouissant d’un revenu de 50,000 fr., paierait 5000 f., c’est vouloir que parce 
qu’un homme de vingt ans peut soulever un poids de 200 kilogrammes, un enfant 
de deux ans soulève un poids de 20 kilogrammes qui briserait ses faibles bras; 
c’est vouloir l’absurde, l’injuste ; c'est ne tenir compte ni du développement des 
forces individuelles ni des nécessités sociales. Quoi qu’on dise ou fasse, en ef 
fet, il sera toujours plus facile pour le riche de renoncer à des volupU« gastrono 
miques, que pour le pauvre de renoncer à un pain noir qu’il brise parfois a coups 
de hache, comme dans les Alpes, comme eu Suède, lorsque la faim le presse et 
que sa dent ne peut l’entamer. 
On a dit, il est vrai,— et sans remuer ici la question si vaste et si compliquée 
des impôts, il nous est permis d’en dresser l’état actuel et les contours généraux, 
— on a dit que l’impôt ainsi com^u, tendait, sous des apparences spécieuses, à 
décourager l’accumulation des capitaux par une sorte de maximum dirigé con 
tre ceux qui grossissent leur fortune et leurs revenus : on a ajouté que, fatal sous 
ce rapport, notre système était de plus inefficace en ce que les consommations de 
luxe étant purement facultatives, les classes opulentes les délaisseraient pour 
éviter l’impôt. A la première accusation je réponds par cette simple reflexion, 
que s’il est bon de ne pas décourager l’accumulation,— ce (|u'un impôt bien^éta- 
bli serait d’ailleurs bien loin de faire,— il (ist urgent et charitable de ne pas dé 
courager le travailleur en rognant son modique salaire au moyen des octrois, des 
taxes sur les matières premières, etc. Qui n’aimerait mieux voir s’arrêter dans
        <pb n="207" />
        CHAP. XII. - DE L’IMPOT FONCIER. iî&gt;3 
*’âpporte mille quarters de blé, est imposée à 100 1., 
aussera de 2 sch. par quarter, pour que le fermier puisse être 
mieux g^nte les fortunes denos modernes traitants? qui n’aimerait 
irésors nh.tT'"’ \^^^^;^&gt;ragement chez des millionnaires avides de nouveaux 
l’inefficacitp a malheureux canut en lutte avec le fisc? Quant à 
wmMm 
imnr cantatrices d’en porter; mais nous aimons mieux admettre le fait 
■
        <pb n="208" />
        154 
PIUNCU'ES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
indemnisé de l’impôt. Mais en employant le même capital sur une 
terre de meilleure qualité, on peut recueillir deux mille quarters de 
or, qui se rappelle avoir vu diminuer et surtout annuler des impôts? Cette sou 
plesse est donc analogue à celle du knout, et nous la désavouerons en la baf- 
fouant, tant que nous verrons des décimes de guerre se perpétuer en pleine paix. 
Quant à la facilité d’ajourner à volonté l’impôt individuel, nous dirons que là 
repose encore une erreur grave et dangereuse. Il est bien vrai sans doute que le 
sacrifice se fait par parcelles; mais il n’est pas vrai que le consommateur puisse 
choisir l’époque à laquelle il devra l’acquitter, ni que la taxe grandisse ou di 
minue avec ses ressources, c’est-à-dire avec la consommation effectuée. En effet, 
la vie a des exigences quotidiennes qu’il faut satisfaire quotidiennement, et s il est 
possible d’ajourner au lendemain un plaisir, ou l’achat de quelque superfluité, il 
n’en est pas de même des denrées de première nécessité. Celles-là il les faut avoir 
sous peine de mort, et pour les avoir il faut payer tribut à ce créancier inflexible 
(|ui ne fait crédit ni aux larmes ni à la faim, et qu’on appelle l’Octroi. Il faut donc 
rayer encore de la liste des avantages attachés aux contributions indirectes, ces 
prétendus acx^ommodements et cette prétendue souplesse. Reste donc maintenant 
le parallélisme qu’on dit exister entre la consommation elle-même, l’impôt qui 
la grève, et les ressources de la masse. Rien de plus réel, de plus séduisant au 
premier coup d’œil, rien de plus faux en réalité. Voici comment : 
Étant donnée une taxe de 0,05 c. sur un litre de lait, celui qui achète deux li 
tres paiera 0,10 c., celui qui en achète quatre paiera 0,20 c., et ainsi de suite. 
Notre intelligence va jusqu’à comprendre cela; mais cette taxe en sera-t elle 
pour cela plus équitable, plus régulière, plus proportionnelle, en un mot? Nul 
lement. Pour tous les individus jouissant de revenus fixes le sacrifice fait en fa 
veur de la société sera sans doute le même chaque jour : ce n est qu à de larges 
intervalles, en effet, que s’abaissent l’intérêt des capitaux et la rente foncière. 
Mais quoi de plus mouvant, de plus capricieux (jue les salaires de I ou\ rier . au 
jourd’hui, sous l’influence d’une industrie prospère, ils atteindront un niveau 
élevé et, le lendemain, si des crises financières, des sécessions menacent la grande 
ruche populaire, ils diminueront, ils s’anéantiront peut-être ! Une taxe que I ou 
vrier supportait aisément avec une rétribution de 3 ou 4 francs par jour, lui pa 
raîtra écrasante alors (|ue cette rétribution ne sera plus que de 1 ou de l tranc- 
Or, comme ces variations du tempérament industriel se représentent chaque jour, 
on voit à quoi se réduit ce rapport tant vanté entre les ressources du citoyen et 
tribut qu’il paie à l’État. En réalité ce rapport qui existe pour certaines classes ue 
l’est pas pour d’autres ; il est vrai aujourd’hui, et ne l’est plus le lendemain. 
A quoi on a objecté qu’il faut à tout prix des revenus à l’État, que I éga 
lité réelle et non fictive demandée par nous est tout simplement une chimère, 
qu’il est impossible, par exemple, de déboucher toutes les bouteilles de vin pour 
savoir si on a affaire à du .lohannisberg, à du Porto ou à du Su rene. Il taut d^ 
revenus à tout prix, sans doute, excepté au prix de l’injuste et des privations J 
la classe laborieuse qui a besoin de toutes ses forces pour sa rude et incessante ta 
che, véritable rocher de Sisyphe, qu\ seulement ne retombe pas. Et quant a 
l’impossibilité d’asseoir nos contributions sur les données du bon sens, je la re
        <pb n="209" />
        CHAI* XII — DE i;iM|*()T l'ONCIEH 
iSS 
blé, 
qui, a 2 sell, d’augmentation par quarter, donneront 200 1., et 
cependant, 1 impôt étant assis d’une manière égale sur l’une comme 
des^l ' * i’^joute que les nations ne doivent pas souffrir de l’impuissance 
au’ Il peuvent pas se contenter]de celte fin de non recevoir, et 
les ^ ^ droit d attendre autre chose de ceux à qui elles remettent le soin de 
gouverner. Comment? il serait impossible de proportionner le droit sur le vin 
a lortune de celui qui le consomme! Mais que fait-on donc à la frontière 
pour distinguer nettement entre les graisses de cheval, d’ours, de bœuf, entre les 
'X ou douze espèces de poils qui paient tribut à la protection? Les douaniers 
sont-ils doués d’une science universelle en fait de produits, et sauraient ils clas 
ser à I odorat telle ou telle qualité de graisse, comme un courtier de thés, en 
- une, classe par la dégustation les innombrables variétés de cette plante? Eh 
oien! ce qu’on fait pour ces produits et pour tant d’autres, il serait très-facile de 
le faire, par exemple, pour les vins. Outre que les vases qui les contiennent 
affectent des formes très-variées, suivant l’origine et la qualité, formes auxquel- 
fraudl Pénalité redoutable qui s’attache à toutes les 
en attendiiiM*^ prejudice du trésor. Ce serait là une réforme transitoire 
I octroi tnmho*^ nioment où, balayées par le souffle du progrès, les barrières de 
ue veux eelles de la douane aux applaudissements de tous, le 
¡M. Horace e ees applaudissements, que les passages lumineux que 
faris, 184«. Gtiillamuiu, Éditeur.
        <pb n="210" />
        ir,6 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
sur l’autre de ces terres, sera de 100 1. pour la terre fertile de même 
que pour la terre ingrate. Par conséquent le consommateur de 
blé aura non-seulement à contribuer pour les dépenses de l’État, 
mais il paiera encore au cultivateur du meilleur de ces deux ter 
rains, pendant le temps de son bail, 100 sell, qui viendront ensuite 
s’ajouter à la rente du propriétaire. 
(In impôt de cette nature est donc en opposition avec la quatrième 
maxime d’Adam Smith ; car il tirerait de la poche du peuple une 
valeur plus forte que celle qui entrerait dans les coffres de l’État. 
économique tous les abus. Le licenciement de la moitié de l’armée, suivant le 
mode prussien, n’ôterait rien de leur héroïsme à nos soldats, restituerait à la 
production des bras vigoureux, et permettrait de faire à la nation la remise de 
deux à trois cents millions. Or, ce licenciement que tout rend probable, s’effectuera 
dès l’instant où comprenant l’amère tristesse de Napoléon à Eylau, on se détour 
nera avec horreur des champs de bataille. La philosophie nous apprend en effet 
que toutes les fois qu’on creuse la tombe d’un homme on creuse celle d’une ri 
chesse matérielle et intellectuelle ; la nation perd un citoyen, la famille un ami, 
l’Économie politique une valeur — et la plus noble de toutes. 
Si maintenant nous voulions résumer en quelques lignes, nos idées sur la ré 
partition de l’impôt, sur le point où il doit cesser et commencer, nous propose 
rions, en complétant et élargissant les maximes posées par Sismondi, Smith et 
Ricardo, les règles suivantes : 
1« L’impôt, pour être régulièrement et solidement assis , doit atteindre sur 
tout les revenus lixes, les propriétés, les différentes branches du travail industriel 
et commercial, par les contributions directes, les patentes et une application 
judicieuse de Vincome-tax (taxe sur les revenus). 
2" L’impôt, pour être équitable^ doit ne s’adresser aux revenus incertains, 
variables de l’employé, de l’artiste, de l’ouvrier, qu’après avoir épuisé toutes les 
autres sources de recettes. 
3" T/impôt, pour être réellement proportionne!doit effleurer seulement les 
objets de consommation nécessaire pour peser lourdement sur les matières de 
luxe et d’ostentation. De même, une taxe sur les revenus devra tenir compte non 
seulement du chiffre des revenus, mais encore de leur destination, et ne pas de 
mander 5 pour cent a un pauvre rentier de 500 fr., comme au Nabab qui reçoit 
annuellement 500,000 francs. 
4” L’impôt, pour être productifs doit être modéré, et l’être d’autant plus, 
qu’il atteindra des objets de consommation générale, qui s’adressent surtout aux 
humbles, aux pauvres. 
De cette manière on attend, pour y puiser, que les richesses du pays soient 
créées et on n’en tarit pas les sources en accablant le travailleur : de cette 
manière on est juste tout en étant charitable, charitable tout en étant habile, 
noble et triple résultat que nous recommandons à nos législateurs. 
A. F.
        <pb n="211" />
        CHAP. XII. - DE L’IMPOT FONCIER. 157 
La taillé, en France, avant la révolution, était un impôt de cette 
espèce, il n y avait de terres imposées que celles des roturiers. Le 
prix des produits du sol haussa dans la proportion de l’impôt, et 
par (onséquent, ceux dont les terres n’étaient pas taillées y gagnè 
rent une augmentation de rentes. 
L impôt sur les produits immédiats du sol, ainsi que la dime, 
^ id point un semblable inconvénient. Ils augmentent, à la vérité, 
prix des produits du sol ; mais il n’est perçu sur chaque espèce 
e terrain qu’une contribution proportionnée à ses produits actuels, 
«t non une contribution calculée sur le produit du terrain le moins 
productif. 
Le point de vue particulier sous lequel Adam Smith a considéré 
le loyer de la terre lui lit dire que tout impôt territorial assis sur 
la terre même, — sous forme d’impôt foncier, ou de dîme—, perçu 
sur les produits de la terre, ou prélevé sur les prolits du fermier, 
était toujours payé par le propriétaire foncier, qui était dans tous ces 
cas le seul contribuable, quoique l’impôt fût nominalement avancé 
par le termier. Cette opinion vient de ce que Smith n’a pas fait 
attention que, dans tous pays, il y a des capitaux considérables 
cnqdoyes sur des terres qui ne paient pas de rente. « Des im- 
" ‘‘‘ P»&lt;Hluit de la terre sont, dans la réalité, des 
impôts sui les fermages, et quoique l’avance en soit primitivement 
ait( par le Icrmiei, ils sont toujours définitivement supportés par 
proprutain. Quand il y a une certaine portion du produit à 
I ^ impôt, le fermier calcule le plus juste qu’il peut 
aiie a (ombien pourra se monter, une année dans l’autre, la 
a eui e (eüe poition, et il fait une réduction proportionnée dans 
a rente qu il consent de payer au propriétaire. Il n’y a pas un 
ermiei qui ne calcule par avance à combien pourra se monter 
une annee dans 1 autre, la dîme ecclésiastique qui est un ininôt 
" tuncier de ce genre. » ^ 
II est très-certain que le fermier calcule d’avance les frais de 
toute espèce qu’il aura a supporter, lorsqu’il convient avec son 
pioprietaire du prix qu’il doit lui payer pour sa rente, et si ce qu’il 
‘‘St obligé de payer pour la dîme écclésiastique ou pour l’impôt sur 
e produit de terre, ne se trouvait pas compensé par l’augmentation 
a valcui lelative du produit de sa ferme, il aurait sans doute 
uit le montant de ces charges du prix du loyer. Or, voila pré- 
' enu lit le point en discussion , et la question est de savoir si le 
eimiei déduira éventuellement toutes ces charges du montant de
        <pb n="212" />
        158 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
la rente, ou bien s’il en sera indemnisé par le plus baut prix des 
produits de sa ferme. Par les raisons que j’ai déjà données, il me 
parait certain que l’elfet de ces impôts serait de faire hausser le 
prix des produits, et par conséquent que Adam Smith a considéré 
cette question importante sous un faux jour. 
Cette manière de voir de Smith est probablement ce qui [lui fait 
dire que « la dime et~tout autre impôt sont, sous l’apparence d’une 
» égalité parfaite, des impôts extrêmement inégaux ; une portion 
» lixe du produit étant, suivant la dillérence des circonstances, 
« l’équivalent de portions très -dillérentes du fermage. « Je me 
suis attaché à montrer que de tels impôts ne pesaient point d’une 
manière inégale sur les dillérentes classes des fermiers et des pro 
priétaires, les uns comme les autres se trouvant dédommagés par 
la hausse du prix des produits du sol, et ne contrihuant à l’impôt 
qu’en proportion de ce qu’ils consomment de ces produits \ il ) a 
même plus ; car, en tant que les salaires éprouvent des variations, et 
que, par Teilet de ces variations, le taux des profits est changé, la 
classe des propriétaires, bien loin de fournir tout son contingent pour 
l’impôt, est précisément la classe qui en est particulièrement exemp 
tée. C’est la part des prolits du capital, enlevée par Timpôt, qui re 
tombe sur les cultivateurs, lesquels, par Tiusullisance de leurs fonds, 
ne peuvent pas payer des impôts. Cette portion ¡lèse exclusivement 
sur toutes les personnes qui tirent leur revenu de l’emploi d’un capi 
tal, et par conséquent elle n’a aucun eilet sur les propriétaires. 
11 ne faut pourtant pas inférer de cette manière d’envisager l’ef 
fet de la dime et des impôts sur la terre et sur ses produits, que 
ces impôts ne découragent pas la culture des terres, fout ce qui 
augmente la valeur échangeable des denrées de toute espèce ¡lour 
lesquelles il y a une forte demande générale, tend à déenurager la 
culture, ainsi que la production ; mais c’est là un mal inhérent à 
* iM, Ricardo part toujours du principe qu’on est loin de lui accorder, que 
l'impôt sur les premiers produits, et que Timpôt en nature, comme la dime, ne 
tombent pas sur le propriétaire foncier, mais bien sur le consommateur. C’est 
qu’il admet pour la lixatioii des prix d’autres bases que la quantité offerte et 
la quantité demandée de chaque chose eu chaque lieu, quoiqu'il n’y en ait point 
d’autre. C’est sur ce fondement que Smith a justement établi que Timpôt sut 
les terres , aussi longtemps (|u’il n’altère pas la qualité et la quantité des pro 
duits livrés à la consommation, n'en fait pas hausser le prix, et par conséi|uent 
n’est pas payé par le consommateur. — .L-R. Sav.
        <pb n="213" />
        CHAP. XII. — DK L’IMPOT FONCIER. itÿ) 
tout iîeine d impôt, et non un mal particulier aux impôts dont nous 
nous occupons en ce moment. 
considérer ce mal comme l'inconvénient inévilahie 
pôt^d*^ ■* perçu et dépensé par l’Ktat. Chaque nouvel im- 
evient une charp:e nouvelle sur la production, et augmente le 
v iit produits. Lîne portion du travail du pay?' dont jk)u- 
de auparavant le contribuable, t^st mise à Îa disposition 
^tat. Cette portion peut s'accroître tellement, qu’il ne reste 
P us assez d’excédant de produits pour encourager les ellorts des 
personnes qui, par leurs économies, grossisstuit d’ordinaire le eapi- 
_ Heureusement les impôts n’ont encore été portés, dans 
aucun pays libre , assez loin pour faire décroître son capital d’innée 
eu année. Une telle surcharge d’impôts ne saurait être supportée 
longtemps, car si on l’endurait, l’impôt irait toujours absorbant 
une SI grande partie du produit annuel du pays, qu’il en résulterait 
un état affreux de misère, de famine et de dépopulation 
suite • pioportion de I impôt, ne variera plus dans la 
lité e^t^*’ ^ oause. Cet impôt pourra mécontenter par son inéga- 
&gt; * J ai éja montré qu'il produisait eet effet ; car il est contraire
        <pb n="214" />
        460 PRINCIPES PE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
à la quatrième des maximes éiioneées ei-dessus; mais il ne l’est point 
à la première. 11 peut enlever au public plus qu’il ne rapporte au 
trésor de l’État; mais il ne pèsera inégalement sur aucune classe 
particulière de contribuables. 
M. Say me parait avoir mal saisi la nature et les effets de l’impôt 
foncier en ‘Angleterre dans le passage suivant : « Plusieurs écrivains 
.&gt; attribuent à cette fixité d’évaluation la haute prospérité où l’agri- 
» culture est portée en Angleterre. Qu’elle y ait beaucoup contribué, 
» c'est ce dont il n’est pas permis de douter ; mais que dirait-on si 
» le gouvernement, s’adressant à un petit négociant, lui tenait ce 
» langage : Vous faites, avec de faibles capiiaujr. un commerce borné . 
» et votre contribution directe est en conséquence peu de chose. hJm- 
» prunlez et accumulez des capitaux, étendez votre commerce, et 
» qu'il vous procure d’immenses profits : vous ne paierez toujours que 
» lámeme contribution; bien plus, quand vos héritiers succéderont à 
» vos profits. et les auront augmentés, on ne les évaluera que comme 
« ils furent évalués pour vous, et x^os successeurs ne supporteront pas 
« une plus forte part des charges publiques. 
» Sans doute et serait un grand encouragement donné aux manu- 
» factures et au commerce; mais serait-il équitable? Leur progrès 
» ne pourrait-il avoir lieu qu’à ce prix? En Angleterre même, l’in- 
» dustrie manufacturière et commerciale n’a-t-elle pas, depuis la 
» même époque, fait des pas plus rapides encore, sans jouir de 
» cette injuste faveur? 
» Un propriétaire, par ses soins , son économie, son intelligence, 
» augmente son revenu annuel de 5,000 fr. Si l’État lui demande 
» un cinquième de cette augmentation de revenu , ne lui res- 
« te-t-il pas 4,000 fr. d’augmentation pour lui servir d’encoura- 
» gement? » 
Si l’on suivait l’idée de M. Say , et que l’État réclamât du fermier 
le cinquième de son revenu augmenté, cette contribution serait iH' 
juste ; elle entamerait les prolits du fermier sans affecter les profit» 
des autres branches d’industrie, foutes les terres seraient également 
sujettes à l’impôt, celles qui rendent peu et celles qui rapportent 
beaucoup; et sur les terres qui ne paient pas de rente, il ne pourrait 
y avoir de compensation à l’impôt dans une réduction de la rente. 
Un impôt partiel sur les profits ne frappe, jamais le genre d’industrie 
sur lequel il est assis ; car le commerçant quittera son commerce, 
ou se remboursera de l’impôt. Or, ceux qui ne paient pas de rente, 
ne pouvant être dédommagés que par. la hausse du prix des produits?
        <pb n="215" />
        XII. — DK L'IMPOT FONCIEK. 161 
propose retomberait sur le consommateur, sans 
Trm “ ! le fermier. 
tioii de* impôt proposé dans le rapport de l’augmenta- 
férerait ^ valeur des produits agricoles, il ne dif- 
sur If* dîme, et il serait, de la même manière, rejeté 
brut f. "sommateur. Qu un tel impôt fût donc assis sur le produit 
c«nso2T '* T"""'* “’"■«&gt; «« sorait «" impôt sur la 
qu’à la “"’ T' '"^ P^-PriAalre et sur le fermier 
M“ ■&gt; a man,ere de tout autre impôt sur les produits agricoles 
:f: - en: 1%:%:.:::%:%;::%: 
|, \ . ’ ^^’'^^olture aurait prospéré pour le moins autant qu’elle 
a fait; car il ,«t impossible qu’aucun impôt sur la terre soit un 
mm 
ES“ «:= 
” qui lu’i reslen't.' ' ' ' &lt;«m,nune, I(,,ü0„ fr. de revenu 
{OhtH\ fif, ^ ^ ^
        <pb n="216" />
        PKINCIPKS DE L’ECONOMIE POLITIQUE. 
« Une loi commande qu’on lève en nature un douzième des fruits 
■&gt; de la terre, quels ([u’ils soient. On enlève en conséquence, au 
» premier, des gerbes de blé pour une valeur de 1,000 fr., et au se- 
» coud, des bottes de foin, des bestiaux ou des bois pour une valeur 
» de 1,000 fr. également. Qu’est-il arrivé? C'est qu’on a pris à l’un 
» le quart de son revenu, qui se montait à 4,000 fr., et à l’autre, le 
* dixième seulement du sien, qui se montait à 10,000 fr. 
» Chacun en particulier n’a pour revenu que le profit net qu U 
» fait après que son capital, tel qu’il était, se trouve rétabli. Lu 
« marchand a-t-il pour revenu le montant de toutes les ventes qu’il 
» fait dans une année? jNoii, certes ; il n’a de revenu que l’excé- 
» dant de ses rentrées sur ses avances, et c’est sur cet excédant seul 
« qu’il peut payer l’impôt sans se ruiner. *&gt; 
L’erreur dans laquelle M. Say est tombé dans ce passage, con 
siste à supposer que, parce que la valeur du produit de l’une de 
ces propriétés ( après que le capital de L’agriculteur est rétabli) est 
plus grande que la valeur du produit de l’autre terre, le revenu net 
de chacun des cultivateurs doit différer dans la même proportion. 
M. Say a entièrement, négligé de tenir compte de la rente que cha 
cun de ces cultivateurs paie. 11 ne peut y avoir deux différents tau» 
de profits dans un même emploi, et par conséquent, quand les pro 
duits sont en proportions différentes par rapport au capital, c’est 
la rente qui diffère et non les profits. Sous quel prétexte pourrait- 
on souffrir qu’un homme retirât, d’un capital de *2,000 fr., un pro 
fit net de 10,000 fr., pendant qu’un autre, avec un capital de 
8,000 fr., ne pourrait en retirer que 4,000 fr.? 
Que M. Say tienne compte de la rente; qu’il considère aussi 1 ef' 
fet qu’un semblable impôt aurait sur les prix des diflérentes espè 
ces de fruits de la terre, il verra que cet impôt n’est point inégal» 
et que les producteurs eux-mômes n’y contribuent pas plus qu^ 
toute autre classe de consommateurs '. 
• Si, dans mon Traité cTÉconomie politique, j’ai dit que l’impôt en nature' 
avec l’apparence d’être le plus équitable des impôts, en était le plus inégal, c’es* 
après avoir prouvé, d’après Smith, dont Je crois le raisonnement bon, quetoU^ 
les impôts sur les terres, ou sur le produit immédiat des terres, tombent sur le* 
propriétaires fonciers.Or, dans l’exemple cité, le produit net des deux terres, 
est pour l’une de 10,000 fr., et pour l’autre de 4,000 fr., n’est point ce qui coinp*^ 
le profit du fermier, c’est ce qui compose le profit du propriétaire, le fermage • 
non pas ce que le fermier gagne, mais au contraire ce qu’il paie. J’ai doue
        <pb n="217" />
        CHAP. xn. - DE L’IMPOT FONCIER. 163 
net enleve à l’un le quart de ce fermage, de ce produit 
VrmnTZ '' “l“' ‘-"P“' f»rt 
pas en tant nu tombait sur les profits du fermier ou du cultivateur, non 
je ne crois nas ’ i^ois en tant que capitaliste industrieux (ce que 
ferait annuellpm' inégal encore ; car, dans l’exemple cité, un fermier qui 
d’impôts • et opi.r avances de culture égales à 2,000 fr., paierait 1,000 fr. 
ploierait une inH* avances égales à 8,000 fr., c’est-à-dire qui em-
        <pb n="218" />
        164 
PKiNciPKs DE L’Economie politique. 
CHAPITRE XIII. 
DES IMPÔTS SLi; l’or. 
L’impôt, comme toute difficulté ajoutée à la production, amè 
nera toujours à la lin la hausse des denrées ; mais le temps qui peut 
s’écouler avant que le prix coiîrant devienne conforme au prix 
naturel, dépendra de la nature de la denrée, de la facilité avec 
laquelle la quantité peut en être réduite. Si la quantité de la denrée 
imposée ne peut être réduite; si, par exemple, le capital du fer 
mier ou celui du chapelier ne pouvaient être détournés vers un 
autre emploi, il serait fort indifférent que leurs prolits fussent ré 
duits au-dessous du niveau général par l’effet d’un imjmt. A moins 
que la demande de leurs marchandises n’augmentât, ils ne pour 
raient jamais élever le prix courant du hlé et des chapeaux jusqu’au 
niveau de l’augmentation du prix naturel de ces articles. S’ils me 
naçaient de quitter leur métier, et d’aller employer leurs capitaux 
dans un commerce plus favorisé, on regarderait cela comme une 
vaine menace qu’ils ne peuvent pas exécuter; et par conséquent la 
diminution de production ne ferait pas hausser le prix 
Mais les denrées de toute espece peuvent être réduites en quan 
tité, et on peut également détourner les capitaux d’un genre de 
commerce moins lucratif vers un autre qui l’est davantage, quoi 
que cela se fasse avec plus ou moins de lenteur. Selon que l’appro 
visionnement d’une denrée est susceptible d’être réduit plus aisé 
ment, le prix en augmentera plus vile quand la production sera 
devenue plus difficile, par l’effet d’un impôt ou de toute autre cause. 
Le blé étant une denrée indispensablement nécessaire pour tout 1** 
monde, l’impôt aura à peine quelque effet sur la demande du blé, 
et par conséquent l’approv isionnement ne saurait en être longtemp*^ 
surabondant, alors même que les producteurs éprouveraient de 
grands obstacles à détourner leurs capitaux de la terre; le prix du
        <pb n="219" />
        16« 
chap. Xlll. — DES IMPOTS SUR L’OR, 
blé montera donc promptement par l’effet de l’impôt, et le fermier 
aura e moyen d en rejeter le fardeau sur le consommateur. 
et si 9ui nous fournissent de l’or étaient dans ce pays, 
^ or était imposé, il ne pourrait hausser de valeur par rapport 
g . choses, tant que sa quantité ne serait pas réduite. Cela 
iverait surtout si l’on se servait exclusivement de l’or pour fa-* 
cell^ ^ *Ponnaie. A la vérité, les mines les moins productives, 
es qui ne paient pas de loyer, ne pourraient plus être exploitées; 
r, pour rendre le taux général des profits, il faudrait que la va- 
eur relative de l’or haussât d’une somme égale à celle de l’impôt. 
quantité de l’or, et par conséquent celle de la monnaie, diminue 
rait lentement; la diminution serait faible la première année, plus 
lorte la seconde, et à la longue la valeur de l’or hausserait à propor- 
hon de l’impôt. Mais, dans l’intervalle, les capitalistes ou les posses 
seurs de l’or paieraient l’impôt, qui se trouverait ainsi ne pas peser 
sur les personnes qui se servent de monnaie. Si sur chaque mille 
#### 
existen. rtcrl. de numéraire aetuellemeut 
lüsIliS
        <pb n="220" />
        1 
ü 
166 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Cela aurait lieu plus particulièrement pour ce qui regarde un mé 
tal servant de monnaie que pour toute autre marchandise ; car il 
n’y a pas de demande pour une quantité définie de numéraire, 
comme il y en a pour des objets d’habillement ou de nourriture. La 
demande de numéraire n’est réglée que par sa valeur, et sa valeur 
dépend de sa quantité. Si l’or valait le double de ce qu’il vaut, la 
moitié de la quantité actuelle remplirait les mêmes fonctions dans la 
circulation; et si l’or ne valait que la moitié de sa valeur actuelle, il 
en faudrait le double pour les besoins de la circulation. Si le prix 
courant du blé augmentait d’un dixième par l’effet de l’impôt ou par 
la difficulté de la production, il se pourrait que la consommation du 
blé n’éprouvât aucun changement; car, chacun n’ayant besoin que 
d’une quantité définie de blé, il continuerait à la consommer tant 
qu’il aurait les moyens de l'acheter. Mais pour ce qui regarde le nu 
méraire, la demande en est exactement en raison de sa valeur. Per 
sonne ne pourrait consommer le double du blé qui lui est ordinaire 
ment nécessaire pour sa iiouriture; mais tout le monde, quoique 
n’achetant et ne vendant que la même quantité de marchandises, 
peut avoir besoin d’employer deux, trois, ou un plus grand nombre 
de fois autant d’argent. 
L’argument dont je viens de me servir ne s’applique qu’aux pays 
dont la monnaie est métallique, et où il n’y a point de papier-mon 
naie. L’or, ainsi que toute autre marchandise, a une valeur courante 
qui se règle en définithe par le degré comparatif de facilité ou de 
difficulté de la production ; et quoique, par sa nat ure durable et par 
la difficulté d’en diminuer la quantité, il ne soit pas très-sujet à 
éprouver des variations dans son prix courant, cette difficulté 
augmente encore beaucoup en raison de ce qu’il sert de monnaie. Si 
la quantité de l’or, considéré uniquement comme marchandise, n’é 
tait, dans le marché, que de dix mille onces, et que la consommation 
de nos manufactures fût de deux mille onces par an, l’or pourrait 
hausser d’un quart ou de 25 pour 0/0 de sa valeur dans un an, 
si l’approvisionnement annuel venait à être retiré ; mais si, en rai 
son de ce qu’il sert de monnaie, sa quantité était de cent mille on 
ces , il faudrait dix ans pour que la valeur de l’or pût hausser d’un 
quart. Comme la monnaie de papier peut être très-facilement ré 
duite en quantité, sa valeur, quoique réglée d’après celle de l’or, 
augmenterait aussi rapidement que le ferait celle de ce métal, s’il 
n’avait aucun rapport avec la monnaie. 
Si l’or n’était que le produit d’un seul pays, et si ce métal était
        <pb n="221" />
        CHAP. XIll. — DES IMPOTS SUR L’OR. 167 
partout employé comme monnaie, on pourrait mettre sur l’or un 
impôt très-considérable qui frapperait tous les pays dans la propor 
tion de 1 or qu’on y emploierait dans la production. Quant à la por 
tion qui en serait employée comme monnaie, quoiqu’on en retirât 
un impôt considérable, personne cependant ne le paierait. C’est 
^ une propriété particulière du numéraire. Toutes les autres 
marchandises dont il n’y a qu’une quantité bornée, et qui ne 
peut 8 accroître par la concurrence , ont une valeur qui tient au 
goût, au caprice et à la fortune des acheteurs; mais l’argent est 
une marchandise qu’aucun pays ne désire augmenter ; car il n’y 
a pas plus d avantage à employer vingt millions que dix comme 
agent de la circulation. Un pays pourrait avoir un monopole de 
soie ou de vin, et cependant le prix de la soie et du vin pour 
rait baisser, en raison du caprice, de la mode ou du goût, qui 
ferait préférer et remplacer ces articles par du drap et de l’eau- 
de-vie. La même chose pourrait, jusqu’à un certain point, arri 
ver par rapport à l’or, en tant qu’il serait employé dans les ma 
nufactures; mais tant que l’or est l’agent général de la circula 
tion ou des échanges, la demande qui s’en fait n’est jamais une 
aflaire de choix : elle est toujours l’elfet de la nécessité. Vous êtes 
forcé de recevoir de l’or en échange de vos marchandises, et par 
conséquent on ne peut assigner des bornes à la quantité que le 
commerce étranger jieut vous forcer d’accfpter, s’il baisse do va 
leur ; au contraire, si son prix hausse, il n’est point de réduction 
dans la quantité de ce métal à laquelle vous ne soyez forcé de 
vous soumettre. Vous pouvez, à la vérité, remplacer le numéraire 
par un papier-monnaie; mais ce moyen ne fera pas diminuer la 
quantité de la monnaie. Ce n’est que par la hausse du prix des 
denrées qu’on peut empêcher qu elles soient exportées d’un pays où 
I on peut les acheter pour peu d’argent, dans un autre où elles se 
vendent plus cher ; et cette hausse ne peut s’elïectuer que par l’im 
Portation d’espèces métalliques de l’étranger, ou par la création ou 
augmentation du papier-monnaie dans le pays. 
Supposons donc que le roi d’Espagne soit le possesseur exclusif 
aes mines d’or, et l’or, le seul métal employé comme monnaie; s’il 
mettait un impôt considérable sur I or, il en ferait hausser beau 
coup la valeur naturelle; et comme le prix courant, en Europe, 
Pst en dernière analyse réglé par le prix naturel dans l’Améri- 
que espagnole, l'Europe livrerait une plus grande quantité de 
marchandises pour une quantité déterminée d’or. Cependant l’Amé-
        <pb n="222" />
        PRINCIPES DE l/ÉCON().MIE POLITIQUE. 
rique ne produirait plus la môme quantité d’or; car sa valeur ne 
hausserait qu’en proportion de la rareté qui résulterait de l’aeerois- 
sement des frais de production. L’Amérique n obtiendrait donc pas 
plus de marchandises que par le passé, en échange de tout l’or 
qu’elle exporterait, et on pourrait demander quel serait, dans ce cas, 
l’avantage que l’Espagne et ses colonies en retireraient. Le voici. S’il 
y a moins d’or produit, moins de capital aura été employé à la 
production ; on importera la même valeur en marehandises d’Eu 
rope, par l’emploi d’un moindre capital, et par conséquent tous les 
produits obtenus par l’emploi du capital détourné des mines, sera 
un avantage que l’Espagne retirera de l’impôt, et qu elle ne saurait 
obtenir en aussi grande abondance, ni avec autant de certitude, par 
la possession du monopole de toute autre denrée. Il ne résulterait de 
cet impôt, en tant qu’il concerne le numéraire, aucun inconvénient 
pour les nations européennes; elles posséderaient la même quantité 
de marchandises, et par conséquent elles auraient les mêmes moyens 
de jouissance que par le passé : seulement, la circulation de ces 
marchandises se ferait avec moins de numéraire. 
Si, par l’elfet de cet impôt, les mines ne rendaient plus qu’un 
dixième de l’or qu elles produisent à présent, ce dixième vaudrait 
autant que les dix dixièmes actuels. Mais le roi d’Espagne n’est pas 
le possesseur exclusif des mines de métaux précieux, et quand il le 
serait, l’avantage qu’il pourrait retirer de cette possession et de la 
faculté de mettre un impôt sur ces métaux, serait réduit de beau 
coup par la diminution de la demande et de la consommation en 
Europe, par suite du papier-monnaie qu’on y substituerait plus 
ou moins aux métaux précieux, l/accord du prix naturel et du prix 
courant de toutes les marchandises dépend toujours de la facilité 
avec laquelle l’approvisionnement peut en être augmenté ou diminué. 
Cet effet ne peut pas, dans certaines circonstances, s’opérer rapi 
dement pour ce qui regarde l’or, les maisons^ les bras et beaucoup 
d’autres objets. Il n’en est point ainsi des denrées «pii sont consom 
mées et reproduites tous les ans, telles que les chapeau^, les souliers, 
le drap et le blé ; on peut en diminuer l’approvisionnement au 
besoin, en l’accommodant à l’augmentation des frais de production , 
et sans qu’il faille pour cela un intervalle de temps bien long. 
Un impôt sur les produits agricoles retombe, ainsi que nous l’a 
vons déjà vu, sur le consommateur, et n’affecte nullement la rente, 
à moins qu’en diminuant les fonds destinés au soutien des travail 
leurs il ne fasse baisser les salaires, et ne diminue la po])ulation ainsi
        <pb n="223" />
        CHAP. Xlil. — DES IMPOTS SUR L’OR.. 169 
que la demande de blé. Mais un impôt sur le produit des mines d’or 
oit, élevant la valeur de ce métal, en réduire nécessairement la 
par conséquent détourner les capitaux de l’emploi 
les av t consacrés. Alors même que l’Espagne tirerait tous 
nriPtJr avons exposés, d’un impôt sur l’or, les pro 
raient r. îTïines, dont on aurait détourné les capitaux, en au- 
tnai-i P""’’ particuliers, 
mais "P"""" nal,un:—le loyer n'étant point une richesses créée, 
a la f„„ non-seulement tout le produit du capital déplacé, mais en- 
ore tout ce que les autres propriétaires auraient perdu. 
Supposons que les mines de la première, deuxième et troisième 
qualité soient exploitées, et rapportent respectivement cent, quatre 
■ 
rinh-x H ^ obtenait auparavant. L’Espa-ne se serait en- 
tout le produit des deux tiers du capital dégagé des
        <pb n="224" />
        m PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
mines. Si la valeur des cent livres d’or devenait égale à celle des 
deux cent cinquante tirées auparavant, la part du roi d’Espagne, ou 
soixante-dix livres, équivaudrait à la valeur qu’avaient autrefois 
cent soixante-quinze livres. 11 n’y aurait qu’une petite partie de 
l’impôt royal qui frapperait les sujets du roi, la plus grande partie 
étant obtenue par une meilleure distribution des capitaux. 
Voici quel serait le compte courant de l’Espagne : 
Produit primitif. 
Or, 250 livres valant (par supposition). . . . 10,000 aunes de drap. 
Produit actuel, 
Par les deux capitalistes qui ont renoncé à l’ex 
ploitation des mines, la valeur de 140 livres 
d’or, ou de 5,600 d* 
Par le capitaliste qui exploite la mine n° 1, 30 
livres d’or, augmenté de valeur dans la pro 
portion de 1 à 2 1/2, et par conséquent va 
lant 3,000 d“ 
Impôt au roi, 70 livres, valant actuellement. . 7,000 d® 
Total 15,600 aunes de drap. 
Sur les. sept mille aunes reçues par le roi, le peuple espagnol 
contribuerait pour quatorze cents, et cinq mille six cents seraient 
un profit net résultant de l’emploi du capital dégagé. 
Si l’impôt, au lieu d’ètre une somme fixe levée sur chaque mine . 
exploitée, représentait une certaine portion du produit, la quantité 
de ce produit ne diminuerait pas en conséquence. Quand on .prélève 
rait pour l’impôt la moitié , le quart ou le tiers du produit de chaque 
mine, l’intérêt des propriétaires serait toujours de faire rendre à leurs 
mines autant de métal qu’auparavant ; mais si la quantité n’en di 
minuait pas, et que seulement une portion en fût transférée des 
mains du propriétaire dans les coffres du roi, le métal ne hausserait 
pas de valeur; l’impôt tomberait sur les habitants des colonies; et il 
n’en résulterait aucun avantage.Un pareil imp&lt;\t produirait l’effet 
qu’Aclam Smith attribue aux impôts sur les produits agricoles, sur 
la rente des terres : il tomberait entièrement sur le loyer des mines. 
Si on le poussait un peu plus loin, non-seulement il absorberait tout 
le prix du loyer, mais il priverait encore les exploiteurs des mines 
de tous les profits ordinaires des capitaux, qu’ils détourneraient par
        <pb n="225" />
        CHAP. Xlll. — DES IMPOTS SUR L’OR. 171 
conséquent de l’exploitation des mines d'or. Si l’on donnait encore 
plus d extension à l’impôt, il absorberait le loyer même des mines 
les plus riches, et amènerait le retrait de nouveaux capitaux. La 
quantité de l’or diminuerait continuellement pendant que sa valeur 
augmenterait, ce qui produirait les effets que nous avons déjà in 
diqués : c est-à-dire, qu’une partie de l’impôt serait payée par les 
habitants des colonies espagnoles, et l’autre partie irait créer de 
nouveaux produits par l’effet de l’augmentation de la puissance de 
1 agent employé comme moyen d’échange. 
Les impôts sur l’or sont de deux espèces : les uns sont levés sur la 
quantité actuelle d’or en circulation, et les autres sur la quantité 
qu’on tire des mines annuellement. Les uns comme les autres tendent 
à faire diminuer la quantité de l’or et à en augmenter la valeur; mais 
ni les uns ni les autres n’augmenteraient la valeur de l’or, si elles n’en 
réduisaient pas la quantité. Ces impôts, tant que l’approvisionne 
ment de l’or n’est pas diminué, tombent pendant un certain temps 
sur les capitalistes ; mais en dernière analyse ils finissent par être 
supportés parles propriétaires des mines, qui en retirent des re 
venus moindres, et par les acheteurs de cette portion d’or, qui 
employée comme marchandise, sert aux jouissances de l’espèc^ 
humaine, et n’iist point consacrée exclusivement à faire les fonc 
tions d’agent de la circulation.
        <pb n="226" />
        172 
PÍ1INCIPKS Í)E L’ÉCONOMIE POLITIQUE 
CH\PITRE XIV. 
HES IMPÔTS SÍ7R LES MAISONS. 
II est encore d’autres objets dont on ne peut pas réduire promp 
tement la quantité. Tout impôt sur ces objets tombe donc sur le 
propriétaire, si la hausse du prix fait diminuer la demande. 
Les impôts sur les maisons sont de cette espèce : quoique levés 
sur le locataire, ils retombent souvent sur le propriétaire, par la 
baisse des loyers qu’ils occasionnent. Les fruits de la terre sont con 
sommés et reproduits d’une année à l’autre, et il en arrive de 
même à l’é^^ard de beaucoup d’autres objets ; leur apj)rovisionne- 
ment pouvant être promptement mis au niveau de la demande, ils 
ne sauraient rester longtemps au-dessus de leur prix naturel. 
Mais un impôt sur les maisons peut être regardé comme un loyer 
additionnel payé par le locataire et dont l’effet sera de diminuer 
la demande des maisons qui paient un pareil loyer, sans en dimi 
nuer le nombre. Les loyers baisseront donc, et une partie de l’im 
pôt sera payée indirectement par le propriétaire. • 
" On peut supposer, dit Adam Smith, le loyer d’une maison divisé 
» en deux parties, dont l’une constitue proprement le loyer du bàti- 
» ment; l’autre s’appelle communément le loyer du sol ou rente du 
» fonds de terre. 
» Le loyer du bâtiment est l’intérêt ou profit du capital dépensé à 
» construire la maison. Pour mettre le commeree d’nn entrepreneur 
» au niveau de tous les autres commerces, il est néeessaire que ce 
» loyer soit suilisant, premièrement, pour lui rapporter le même 
» intérêt qu’if aurait retiré de son capital en le prêtant sur de bonnes 
»sûretés; et, deuxièmement, pour tenir constamment la maison 
» en bon état de réparation, ou, ee qui revient au même, pour rem- 
» placer dans un certain espace d’années le capital qui a été emploVé 
•&gt; à la bâtir. S’il arrivait que le eommerce d’un entrepreneur de mai- 
» sons rapportât un profit beaucoup plus grand que celui-ci, à
        <pb n="227" />
        CHAP. XIV. - DES IMPOTS SUR UES MAISONS. 173 
proportion de T intérêt courant de l’argent, ce commerce enlève- 
lait bientôt tant de capital aux autres branches de commerce, 
" Iamènerait ce profit à son juste niveau. S’il venait, au con 
traire, à rendre beaucoup moins, les autres commerces lui enlè 
veraient bientôt tant de capital, que le profit remonterait encore 
" wiveau des autres. 
lout ce qui excède, dans le loyer total d’une maison, ce qui 
est suffisant pour rapporter ce profit raisonnable, va naturellement 
" sol, et quand le propriétaire du sol et le propriétaire 
" du bâtiment sont deux personnes différentes, c’est au premier, le 
" plus souvent, que se paie la totalité de cfct excédant. Cette aug- 
' mentation de loyer est le prix que donne le locataire de la maison, 
" imur quelque avantage de situation réel ou réputé tel. Dans les 
" maisons des champs, situées à une certaine distance des grandes 
" et où il y a abondance de terrain à choix pour construire, 
" presque rien, ou n’est pas plus que ce que 
" «ur lequel est la maison, s’il était mis en culture. 
" maisons de campagne voisines de quelque grande ville 
» ce loyer du sol est quelquefois-beaucoup plus haut, et on paie sou- 
“ vent assez cher la beauté ou la commodité de la situation. Les 
« loyers du sol sont en général le plus haut possible dans la capi- 
&gt; laie, et surtout dans ces quartiers recherchés où il se trouve y avoir 
- la plus grande demande de maisons, quelles que puissent être les 
" ^«11« demande, soit raison de commerce et d’affaires 
" «‘“^/rnson d’agrément et de société, ou simplement affaire de mode 
•' et de vanité. » 
Ln impôt sur le loyer des maisons peut tomber sur le locataire 
sur le propriétaire du terrain ou sur le propriétaire du bâtiment! 
Dans les cas ordinaires, il est à présumer que c’est le locataire qui 
mcnr ' dernier résultat, comme il le paie iinmédiate- 
Si I impôt est modique, et si le pays se trouve dans un état sta 
tionnaire ou progressif, il n’y aurait pas de motif qui pùt dé 
terminer le locataire d’une maison à se contenter d’une autre qui 
serait moins commode ou agréable. Mais si l’impôt t«t élevé, ou 
que d’autres circonstances diminuent la demande de maisons, le 
evenu du propriétaire en souffrira; car le locataire se dédomma- 
b^iu en partie de I impôt par la diminution de son loyer. Il est 
poui tant difficile de savoir dans quelle proportion la partie de l’im- 
pôt que le locataire a épargnée par la diminution de son loyer.
        <pb n="228" />
        474 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
portera sur le loyer du bâtiment et sur le loyer du sol. 11 est 
probable que, dans le premier cas, elle porterait sur l’un comme 
sur l’autre ; mais comme des maisons sont des choses périssables, 
quoiqu’elles ne se détériorent que lentement, et comme on n’en 
bâtirait plus jusqu’à ce que le profit de l’entrepreneur de bâtiments 
fût de niveau avec le prolit des autres commerces, le loyer des 
bàtinieiits reviendrait, après un certain intervalle de temps, à son 
prix naturel. L’entrepreneur de bâtiments ne recevant de loyers 
que tant que la maison est debout, ne peut pas, dans les circon 
stances les plus désastreuses, payer longtemps une partie quelcon 
que de l’impôt. 
Cet impôt pèserait donc en définitive sur le locataire et sur le pro 
priétaire du terrain. Mais « dans quelle proportion (demande Adam 
•&gt; Smith) ce paiement final se partagera-1-il entre eux? C’est ce qui 
" n’est pas très-facile à décider. Ce partage se ferait probable- 
« meid d’une manière très-différente dans des circonstances dif- 
» férentes ; et un impôt de ce genre, d’après ces circonstances diffé- 
« rentes, affecterait d’une manière très-inégale le locataire de la 
** maison et le propriétaire du terrain. 
Adam Smith regarde les loyers du sol comme un objet très-propre 
a être imposé. « Les loyers du sol, dit-il, et les rentes ordinaires des 
« terres, sont une espèce de revenu dont le propriétaire jouit le plus 
- souvent sans avoir ni soins ni attention à donner. Quand une partie 
« de ce revenu lui serait ôtée pour fournir aux besoins de l’État, on 
» ne découragerait par là aucune espèce d’industrie. Le produit 
» annuel des terres et du travail de la société, la richesse et le revenu 
&gt;* réel de la masse du peuple pourraient toujours être les mêmes 
" après l’impôt qu’auparavant. Ainsi le loyer du sol et les rentes 
■» ordinaires des terres sont peut-être l’espèce de revenu qui peut le 
" mieux supporter un impôt spticial. » 
11 faut convenir que les effets de ces sortes d’impôts seraient tels 
que le dit Adam Smith ; ce serait pourtant assurément une grande 
injustice, que d’imposer exclusivement le revenu d’une classe parti 
culière de la société. Les charges de l’État doivent être supportées 
par tous, et être en raison des facultés de chacun : c’est là une des 
quatre maximes posées par Adam Smith, et qui doivent servir de 
règle pour tout impôt. La rente appartient souvent à ceux qui, après 
bien des années de peines, ont fini par réaliser leurs profits, et ont 
employé leur fortune à l’achat d’un fonds de terre. Ce serait donc 
bien certainement au mépris de la sûreté des propriétés, principe qui
        <pb n="229" />
        CHAP. XIV. — DES IMPOTS SUR UES MAISONS. 17K 
devrait toujours être sacré, qu’on assujettirait les rentes à un impôt 
inégal. Il est à regretter que les droits de timbre dont est grevée la 
mutation des biens-fonds, soient un obstacle si puissant à leur trans 
mission, et les empêche de passer dans les mains de ceux qui 
pourraient les rendre plus productifs. Et si l’on réfléchit que non- 
seulement la terre, considérée comme un objet propre à supporter 
un impôt exclusif, baisserait de valeur pour compenser le risque 
être imposée, mais encore que plus ce risque serait indéfini, plus 
sa valeur incertaine, et plus les biens-fonds deviendraient un objet 
de spéculation, un agiotage plutôt qu’un commerce régulier; si on y 
réfléchit, dis-je, on verra combien il est probable que les mains dans 
lesquelles les terres viendraient à tomber seraient celles des indivi 
dus qui sont plutôt des agioteurs que des propriétaires prudents, 
capables de tirer le plus grand parti des fonds de terre.
        <pb n="230" />
        176 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
CHAPITRE XV. 
DES IMPÔTS SUR LES PROFITS. 
Les impôts sur les choses qu’on nomme en général objets de luxe, 
ne tombent que sur ceux qui en font usage. Un impôt sur le vin 
est payé par le consommateur : un impôt sur les chevaux de luxe, 
ou sur les voitures, est payé par ceux qui se donnent de pareilles 
jouissances, et dans la proportion exacte de la qnantité de ces objets. 
Des impôts sur les choses de première nécessité n’aiïectent pas les 
consommateurs seulement à proportion de la quantité qu’ils en peu 
vent consommer, mais souvent bien au delà. Un impôt sur le blé, 
ainsi que nous l’avons déjà remarqué, afleete le manufacturier non 
seulement en proportion du blé que lui et sa famille peuvent con 
sommer, mais cet impôt change encore le taux des profits du capital, 
et par conséquent il porte sur le revenu. Tout ce qui augmente les 
salaires des travailleurs diminue les profits du capital ', et tout impôt 
assis sur des objets consommés par le travailleur, tend à faire baisser 
le taux des profits. 
Un impôt sur les chapeaux en fera monter le prix; un impôt sur 
les souliers fera renchérir les souliers; et si cela n’était pas ainsi, 
l’impôt tomberait en dernier résultat sur le fabricant ; ses profits 
baisseraient au-dessous du niveau des autres profits, et il serait forcé 
de quitter le métier. Un impôt partiel sur les profits fera hausser le 
prix de la marchandise sur laquelle il porte. Uar exemple, un impôt 
sur les profits du chapelier augmentera le prix des chapeaux ; car 
s’il n’y avait que les profits du chapelier d’imposés, à l’exclusion de 
tout autre commerce, à moins que le chapelier n’augmentàt le prix 
de ses chapeaux, ses profits seraient au-dessous du taux de tous les 
I Nous croyons avoir réfuté cette décourageante doctrine dans un précédent 
chapitre. A. F.
        <pb n="231" />
        177 
í'HAP. XV. — DES LMPDTS SUK I.KS PKÓDUITS. 
autres genres de commerce, et il se verrait forcé de quitter son métier 
pour un autre. 
haiiR manière, un impôt sur les profits du fermier ferait 
dranT ! "" ¡mpôt sur les profits du fabricant de 
ne] su *’‘^&gt;i^bérir le drap; et si on mettait un impôt pro[K)rtion- 
üi i\ f commerces, toutes les marchandises hausseraient de 
L . cependant la mine qui nous fournit le métal dont nous 
quons notre monnaie s(‘ trouvait chez nous, et que les profits 
haulri" 'T' même, il n’y aurait point de 
dusse dans le prix d’aucune denrée; chacun donnerait une portion 
pareille de son revenu, et tout resterait comme auparavant. 
l’on n’impose pas le numéraire, et qu’il puisse par conséquent 
conserver sa valeur pendant que toutes les autres denrées sont im 
posées et renchérissent, le chapelier, le fermier et le fabricant de 
dcap chacun employant un capital égal, qui rapporte des profits 
■
        <pb n="232" />
        n8 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Dans le premier cas, le contribuable aura pour 1000 I. une quantité 
aussi grande de marchandises ((uc celle qu’il pouvait acheter au 
paravant pour 9101.; dans le second, il n’en obtiendra que ce qu’il 
pouvait acheter auparavant pour 900 1. Cela tient à la différence 
dans la quotité de l’impôt, qui, dans le premier cas, n’est que d’un 
onzième du revenu, et qui, dans le second est d’un dixième, l’ar 
gent ayant dans les deux cas une valeur différente. 
Mais quoique le numéraire ne soit pas imposé, et que sa valeur 
ne change point, toutes les denrées hausseront de prix, mais dans 
des proportions différentes ; elles ne conserveront plus après l impôt, 
les unes par rapport aux autres, la même valeur qu elles avaient 
auparavant. Dans une partie antérieure de cet ouvrage, nous avons 
examiné les effets du partage du capital en capital fixe et en capital 
circulant, ou plutôt en capital durable et en capital périssable, sur 
le prix des denrées. INous avons fait voir que deux manufacturiers 
pouvaient employer précisément un capital pareil, en retirer des 
profits égaux, et cependant vendre les produits de leur industrie 
pour des sommes d’argent très-différentes, selon que leurs capi 
taux seraient consommés et reproduits plus ou moins rapide 
ment. L’un pourrait vendre ses marchandises 4,000 I., et l’autre 
10,000 1., chacun employant peut-être un capital de 10,000 I., 
dont l’un comme l’autre retirerait 20 pour cent de profit, ou 
2,000 1. Le capital de l’un peut se composer, par exemple, de 2,0001. 
de capital circulant qui doit sc reproduire, et en 8,000 1. de ca 
pital fixe, en liàtiments et en machines; le capital de l’autre, au 
contraire, pourrait se composer de 8,000 I. de capital circulant, (t 
de 2,000 1. seulement de capital fixe en machines et en bâtiments. 
Maintenant, supposons que chacun des ces manufacturiers soit 
imposé à 10 pour cent de son revenu , ou à 200 1. L un, pour reli 
rer de son capital les profits ordinaires que rapportent les autres 
commerces, doit élever ses marchandises de 10,000 I. a 10,200 1.; 
et l’autre sera forcé d’élever le prix des siennes de 4,000 I. à 4,200 I. 
Avant l’impôt, les marchandises vendues par l’un de ces manufac 
turiers avaient une valeur plus forte deux fois et demie que celle 
de l’autre : après l’impôt, elles vaudront 2.42 fois davantage; une 
espèce de marchandise aura haussé de 2 pour cent, et l’autre de 
5 pour cent. Par conséquent, un impôt sur le revenu, tant que 
l’argent ne change point de valeur, doit changer la valeur et le prix 
relatif des marchandises. 
Cela serait encore vrai si l’impôt, au lieu d’être assis sur les pro-
        <pb n="233" />
        179 
CHAP. XV. — DES IMPOTS SUR LES PRODUTS. 
ils, était prélevé sur les marehaiidises elles-mêmes. l*ourvu que les 
ein^H soient imposées à proportion de la valeur du capital 
puisse^êt ^ P^^duetion, elles hausseront également, quelle qu’en 
même ^ valeur, et par conséquent elles ne conserveront plus la 
10 qu auparavant. Une denrée qui aurait haussé de 
uiiP ii.t ^ 11 »000 I., ne conserverait pas le même rapport avec 
circón Staurait haussé de 2,000 1. à 3,0001. Si, dans de pareilles 
q e &lt;*U put prove.,,r, eetle hausse n’affecterait pas le prix des den- 
tombía ""tT l’''‘’l"rtio„. La même cause qui pourrait faire 
mber le pnx d une denrée de 10,200 1. à 10,000 1. ou moins de 
pourcent, fera.t baisser l’autre de 4,200 1. à 4,000 1., ou de 4 3,4 
pour cent. Si elles baissaient dans des proportions autres que celles 
pSHÜiSS 
■ 
si J (Jans • ^1^ de ces denrées est imposée ; car 
dans la ^*,*^*^ haussaient toutes à proportion de la baisse 
va tur e 1 argent, les profits deviendraient inégaux. Dans
        <pb n="234" />
        PKINCIPKS de I "ECONOMIE POLITIQUE, 
le cas où les denrées seraient imposées, les profits s’élèveraient au 
dessus du niveau général, et le capital passerait d’un emploi a 
un autre jusqu’à ce que l’équilibre des profits se trouvât rétabli, 
ce qui ne pourrait arriver qu’après que les prix relatifs seraient 
changés. 
Ce principe n’explique-t-il pas les différents effets que l’on a ob 
servés dans le prix des denrées, à la suite,du changement dans la 
valeur du numéraire, pendant la durée de la loi qui autorisait la 
Banque d’Angleterre à suspendre ses paiements en argent’? On ob 
jectait à ceux qui soutenaient que l’agent de la circulation était dé 
précié par la trop grande abondance de papier-monnaie, que si cela 
était vrai, toutes les denrées auraient dù hausser dans la même pro 
portion. On remarquait bien que plusieurs d’entre elles avaient 
varié de prix beaucoup plus que d’autres; mais on en concluait que 
la hausse des prix était due à quelque cause qui affectait la valeur 
même des denrées, et non à un changement quelconque dans la va 
leur de l’agent de la circulation. Kt cependant il semble, d après ce 
que nous venons de dire, que , dans un pays qui paie des impôts 
sur les denrées, leur prix ne varie pas dans les mêmes proportions, 
par suite de la hausse ou de la baisse de la valeur de la monnaie 
courante. 
Si les profits de tout commerce étaient imposés, à l’exception de 
ceux du fermier, toutes les marchandises, excepté les fruits de la 
terre, auraient une plus forte valeur en monnaie. Le fermier aurait le 
même revenu en blé qu’auparavant, et il vendrait son blé également 
au même prix en monnaie; mais comme il serait obligé de pavei 
plus cher toutes les denrées autres que le blé, ce serait pour lui 
un impôt sur sa dépense, l n changement, même dans la valeur de 
l’argent, n’allégerait en rien le poids de cet impôt; car ce change 
ment pourrait faire baisser toutes les denrées à leur ancien |)mx, mais 
celle qui ne serait poiiit imposee tomberait au-dessous de son an 
cien niveau; et pai conséquent, (juoique le fermier pût acheter h* 
denrées pour sa consommation à leur ancien prix , il se trouverait 
avoir moins d’argent a dépenser pour leur achat. 
La position du propriétaire n’aurait pas change non plus; il rec‘- 
vrait autant de rente en blé et en argent qu’auparavant, si le pii^ 
de toutes les denrées haussait pendant que l’argent conserverait I» 
même valeur. Si toutes les denrées restaient au même prix, il rece 
vrait la même rente en nature, mais moins d’argent. Dans 1 n” 
comme dans l’autre cas, quoique son revenu ne lut piùnt imp‘»^
        <pb n="235" />
        CHAP XV. — OES IMPOTS SUR LES PRODUITS. 181 
directement, il contribuerait pourtant d’uiic manière indirecte au 
paiement de la contribution. 
Mais su])posons que les profits du fermier soient également impo 
ses. Dans ce cas, i] se trouvera dans la même position que les autres 
commerçants ; ses produits agricoles hausseront, et il aura le même 
revenu en argent après avoir payé l’impôt; mais il paiera plus cher 
toutes les marchandises de sa consommation, v compris les produits 
du sol. 
Son propriétaire, cependant, se trouvera dans une position dif 
férente. L’impôt mis sur les profits de son fermier lui sera profita 
ble; car il se trouvera indemnisé du prix plus élevé qu’il sera 
ehligé de donner pour les marchandises manufacturées dont il a 
besoin, dans le cas où elles hausseraient de prix; et il jouira du 
meme revenu en argent quand, par l’effet d’une hausse dans la valeur 
de la monnaie, les denrées reviendront à leur ancien prix. Ln impôt 
sur les profits du fermier n’est pas une contribution proportionnée 
au produit brut de la terre; il est assis sur son produit net, la rente, 
les salaires et les autres charges étant acquittés. Comme les cultiva 
teurs des différentes espèces de terres, n" I , n“ 2 et n» 3, emploient 
précisément des capitaux pareils, ils auront exactement les mêmes 
profits, quelle que soit la quantité de produit brut que l’un puisse 
obtenir de plus que les autres; et par conséquent ils seront tous 
imposés sur le même pied. 
Supposons (pie le produit brut de la terre de la qualité ii» I soit de 
cent quatre-vingts cpiartcrs, celui du n" 2 de cent soixante-dix quar 
ters et celui du n" 3 de cent soixante. Si chacune est imposée à dix 
quarters, la différence entre le produit du n“ 1, du n» 2 et du n“ 3 
l’impôt acquitté , restera la même qu’auparavant; car si le n» 1 est 
réduit à cent soixante-dix, le n» 2 à cent soixante et le n» 3 à cent 
Cinquante quarters, la différence entre le n° 3 et le n“ f sera 
* «»paravant , de vingt quarters, et celle entre le u* 3 et le 
aiitrp« r!' ' Z ‘•‘'•a , le prix du blé et de toutes les 
en «r /r tr qu’aupara\ant, les rentes en nature ou 
dp 1 ? «^Pr'^Rveraient aucune variation ; mais si le prix du blé et 
outes les autres denrées haussait par suite de l’impôt, les rentes 
, . ^ aiisseraicnt alors dans la même proportion. Si le blé vaut 
mo*t blé haussait de 10 pour cent, e’cst-à-dirc , s’il 
vin*^t^*^ à 4 I. 8 scb., la rente s’élèverait de même de 10 pour cent ; car 
quarters de blé vaudraient alors 88 I., et dix eu vaudraient
        <pb n="236" />
        182 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
44 1. Un pareil impôt ne peut donc, dans aucun cas, affecter le 
propriétaire. 
Un impôt sur les prolits du capital n’a jamais d’effet sur la rente 
en nature; mais la rente en argent varie selon le prix du blé. Au 
contraire, un impôt sur les produits immédiats de la terre, ou une 
dîme, affecte toujours les rentes en nature, et laisse en général les 
rentes en argent dans le môme état. Dans une autre partie de cet 
ouvrage, j’ai dit que si un impôt territorial d’une valeur égale en 
argent était mis sur toutes sortes de terres en culture, sans égard 
pour leurs différents degrés de fertilité, cette contribution serait très- 
inégale dans son opération, ear ce serait un profit pour le proprié 
taire des terres les plus fertiles. Un tel impôt ferait hausser le prix 
du blé à proportion de la charge supportée par le fermier du plus 
mauvais terrain; mais cette augmentation de prix étant obtenue par 
l’excédant des produits récoltés sur les meilleures terres, les fer 
miers de ces terres auraient un avantage pendant la durée de leurs 
baux, et à leur expiration cet avantage resterait au propriétaire 
sous la forme d’une augmentation dans le taux de la rente. 
L’effet d’un impôt réparti d’une manière égale sur les profits du 
fermier est précisément semblable; un tel impôt augmente la rente 
en argent des propriétaires, si l’argent conserve la môme valeur ; 
mais comme les profits de tous les autre s commerces sont imposés 
aussi bien que les profits du fermier, et qu’en conséquence les 
prix de toutes les marchandises, comme celui du ble, ont hausse, 
le propriétaire perd autant par l’augmentation du prix en argent 
des marchandises et du blé, qu’il gagne par la hausse de sa rente. 
Si l’argent haussait de valeur, et si toutes les choses, après 1 éta 
blissement d’un impôt sur les profits des capitaux, tombaient à 
leurs anciens prix, la rente redeviendrait aussi ce (ju elle était au 
paravant. Le propriétaire recevrait la môme rente en argent, et 
il aurait tous les objets qu’il achetait avec cet argent à leurs an 
ciens prix ; en sorte que, dans toiis les cas, il continuerait à ne 
pas payer l’impôt \ 
Ce fait est réellement curieux. Lu imposant les profits du 1er 
mier, il sc trouve que sa charge n’est pas plus lourde que s’il avait 
' Il serait très-avantageux pour les propriétaires que l’impôt atteignit les pro 
fits du fermier, plutôt que ceux de tout autre capitaliste. En effet, on asseoi 
rait alors sur les consommateurs de denrées agricoles, une taxe qui profiterait 
et à l’État et aux maîtres du sol.
        <pb n="237" />
        183 
CHAP. XV. — DES IMPOTS SL'H LES PKODUITS. 
échappe à la taxe. Quant au propriétaire, il a tout intérêt à voir 
taxer les profits de sa ferme, car c’est seulement à cette condition 
Hu il peut se soustraire à l’impôt. Un impôt sur les profits du capi- 
al afïecterait aussi le capitaliste , dans le cas où toutes les denrées 
hausseraient à proportion de l’impôt ; mais si, par le changement 
^ ''aleur de l’argent, toutes les denrées descendaient à leur ancien 
pï'ix, le capitaliste ne contribuerait pour rien à l’impôt; il achèterait 
tous les objets de sa consommation au même prix, mais ses fonds 
continueraient à lui rapporter les mêmes intérêts en argent. 
Si 1 on convient qu’en imposant les profits d’un seul manufactu 
rier, il doit élever le prix de sa marchandise, afin de se trouver de 
niveau avec tous les autres manufacturiers, et qu’en imposant les 
profits de deux manufacturiers, le prix des marchandises de chacun 
doit hausser, je ne conçois pas comment on peut douter qu'un im 
pôt mis sur les profits de tous les manufacturiers doive faire haus 
ser le piix de toutes les marchandises, pourvu que la mine qui four 
nit les métaux précieux se trouve dans le pays imposé. Mais comme 
l’argent ou les métaux précieux dont le numéraire est fabriqué sont 
une marchandise importée de l’étranger, les prix de toutes les mar 
chandises ne pourraient pas hausser ; car un tel effet ne peut avoir 
heu sans un surcroît d’argent " qu’on ne pourrait obtenir en échange 
de marchandises chères, ainsi que nous l’avons déjà démontré. 
Si cependant une telle hausse pouvait s’opérer, elle ne saurait être 
permanente, car elle aurait unej puissante influence sur le com 
merce étranger. En échange des marchandises importées, nous ne 
pourrions pas exporter des marchandises renchéries, et par consé- 
' De plus longues réflexions me font douter de la nécessité où l’on se trouverait 
avoir plus d’argent pour desservir la circulation de la même somme de mar- 
rnùl dans le cas où les prix hausseraient par l’impôt et non par les diffi- 
fOO 000^ * production. Supposons qu’à une certaine époque, en un certain lieu, 
ÜpSü'sisi 
nuenTeiit • a ^"^rters, il me faudrait la même somme de numéraire, uni- 
soinmpr .'/tous les cas je paierais 44 1. pour mon blé. La nation con 
sommât" ' "" onzième de moins, et ce onzième irait augmenter la con- 
mais c w” " gouvernement. L’argent serait prélevé par l’État sur le fermier, 
ohe réll"'^' retrouverait les 8 sch. dans la vente de son blé. Aussi cette taxe est- 
raire on nature, et n’exige-t-elle aucun excédant de numé- 
’ U moins, cet excédant est-il si faible qu’on peut le négliger sans crainte.
        <pb n="238" />
        i8í l‘Hli\(:i!*ES DE I/KCONOMIE l*OLITIQlJE. 
sequent nous eontinucrions, pendan! un certain temps, à acheter, 
quoique avant cessé de vendre; nous exporterions de l’argent ou 
des lingots, jusqu’à ce que les prix relatifs des marchandises re 
devinssent à peu près tels qu’ils étaient auparavant. Il me paraît 
induhitahle qu’un impôt bien réglé, prélevé sur les profits, doit, en 
dernière analyse, ramener les marchandises du crû et celle de 
l’étranger au prix en argent qu elles donnaient avant l’établisse 
ment de l’impôt. 
Comme les impôts sur les produits agricoles, la dîme, les impôts 
sur les salaires, et sur les objets de première nécessité, augmentent 
les salaires et font baisser les profits, ils produiront tous les mêmes 
effets, (quoique dans des degrés différents. 
La découverte des machines qui améliorent grandement les pro 
duits nationaux, tend toujours à élever la valeur relative de l’argent 
et à favoriser par conséquent son importation, fout impôt, toute 
nouvelle entrave qu’éprouve le manufacturier, ou le cultivateur, 
tend au contraire à faire baisser la valeur relative de l’argent, et par 
conséquent à en favoriser l’exportation 
' M. Ricardo, dans tout ce chapitre, et dans plusieurs autres endroits de son 
ouvrage, ne fait pas attention qu’il y a une autre variation de prix qu’une 
variation purement relative. Pour lui l’argent devient plus cher si dans un 
achat on donne moins d’argent pour avoir une même marchandise. A ce 
compte, comme on donne à présent seulement une once d’argent environ pour 
acheter un volume ordinaire, un Nouveau-Testament, par exemple; tandis 
que pour se procurer le même ouvrage en l’année I50n, il fallait donner envi 
ron deux onces d’argent, il en résulterait que l’argent est devenu plus cher, plus 
précieux, puisqu'on en donne moins pour une quantité de marchandise pa 
reille. Cependant il n’en est rien. D’autres considérations nous ont appris , au 
contraire, que l’argent est dix fois plus abondant, et environ quatre fois meil 
leur marché qu’en 1500 Si l’on donne une fois autant de livres pour un même 
poids d’argent, il faut donc que les livres aient diminué de prix dans la propor 
tion à peu près de huit à un. 
Il m’est impossible de me livrer ici aux développements qui seraient nécessaires 
pour faire entendre la différence qu’il y a entre une baisse réelle et une baisse 
relative des prix ; on les trouve dans mon Traité (Téronomip politique,, liv. Il, 
chap. 4. Ils se réduisent en somme à ceci ; la baisse du prix d’un produit est 
réelle lorsque, avec les mêmes moyens de production, les mêmes frais de pro 
duction, le même terrain, le même capital, le même travail, on obtient une phus 
plus grande quantité de produit. Dn livre imprimé, comparé avec un livre ma 
nuscrit, coûte huit fois moins d’intérêt de capital et de main-d'œuvre : donc il 
est réellement huit fois moins cher. 
line once d’argent coûte, en Europe, quatre fois moins d'avances et de main-
        <pb n="239" />
        1S5 
chap. XV. — DES IMPOTS SUR LKS PRODUITS, 
couvre qu elle ne coiMait en 1500 ; elle est réellement quatre fois moins chère, 
nas If '*®*3ti\e de ces deux choses a changé, mais la valeur de l’une n’a 
fonds^de^^ fortune, avec le même revenu, c’est-à-dire le même 
hommele même capital, le même travail industriel qu’en 1500, un 
J _g lois plus de livres et quatre fois plus d’argenterie. —
        <pb n="240" />
        186 
PRlNCll'ES DE L’ÉCONOMIE POLITIUCE. 
CHAPITRE XVI. 
DES IMPÔTS SOR LES SALAIRES. 
Des impôts sur les salaires feront monter les salaires, et diminue 
ront par conséquent le taux des profits du capital. Nous avons déjà 
vu qu’un impôt sur les objets de première nécessité en faisait haus 
ser le prix, et était suivi de la hausse des salaires. La seule différence 
entre un impôt sur les objets de première nécessité et un impôt sur 
les salaires, consiste en ce que le premier est nécessairement sui\i 
de la hausse du prix des objets de première nécessité, et que le 
second ne l’est pas. Un impôt sur les salaires ne pèse donc ni sur le 
capitaliste, ni sur le propriétaire foncier; il pèse uni(}uement sur 
ceux qui emploient des travailleurs. Un impôt sur les salaires n’est 
autre chose qu’un impôt sur les profits, tandis qu’un impôt sur 
les objets de première nécessité est en partie un impôt sur les pro 
fits , et en partie un impôt sur les consommateurs riches. J.es effets 
qui doivent résulter, en dernière analyse, de pareils impôts, sont 
précisément les mômes que ceux occasionnés par un impôt direct 
sur les profits. 
« Deux circonstances différentes, dit Adam Smith, comme j’ai 
» tâché de le faire voir dans le premier Jàvrc, règlent partout né- 
» cessai remen t le salaire des ouvriers; savoir : la demande de travail 
» et le prix moyen ou ordinaire des denrées. La demande de travail, 
»selon qu’elle se trouve aller en au^nnentant, ou rester station- 
» naire, ou aller en décroissant, rèfîle différemment la nature de la 
» subsistance du travailleur, et détermine le de^ré auquel cette 
« subsistance sera, ou abondante, ou médiocre, ou chétive. Le prix 
» moyen et ordinaire des denrées détermine la quantité d’argent 
»qu’il faut payer à l’ouvrier pour le mettre, une année portant 
» l’autre, à môme d’acheter cette subsistance abondante, médiocre ou 
» chétive. Ainsi, tant que la demande de travail et le prix des den- 
» rées restent les mômes, un impôt direct sur les salaires du travail
        <pb n="241" />
        CHAI». XVI. — DES IMl'OTS SEK LES SALAIKES. 187 
» ne peut avoir d’autre effet que de les faire monter de quelque 
’»chose plus haut (pe l’impôt. » 
&gt;1. Huchanau fait deux objections conlre cette proposition, telle 
|iu e e est énoncée par le docteur Smith. En premier lieu, il nie que 
eo Tyargent soient réglés par le prix des denrées ‘ ; et en se- 
n ieu, il nie encore qu’un impôt sur les salaires du travail puisse 
, ^^^der de prix. Voici, sur le premier point, l’argument 
qn emploie M. Huchanan, page 59. 
« Les salaires du travail, ainsi que je l’ai déjà fait voir, ne consist 
ent point dans l’argent, mais dans ce qu’on peut acheter avec cet 
" e\‘st-à-dire, dans les denrées et autres objets nécessaires; 
" qui sera accordée au travailleur sur le fonds commun , 
»&gt; sera toujours proportionnée à l’offre. Là où les subsistances sont à 
' abondantes, son lot sera plus fort; ét là où elles soul 
" «a part le sera moins. Son salaire sera toujours 
» exactement ce qui doit lui revenir, et jamais au delà. Ee docteur 
&gt;» . mith , et la plupart des autre^s auteurs, ont, il est vrai, prétendu 
" IJ irV" par le prix e» arpent 
dc&gt;, subsistances; et que toutes les fois que le» xi,res montent, 
• sa dires mussent dans la même proportion. Il est eependani 
• clair que le prix du travail n'a point de rap,mrt n&amp;essairo. aveé le 
’ prix des sulxsistanees, ,,nis,p, il dépend entièrement de fonVe du 
■ 
qu’on peut aioiifi page 121), nous avons fait voir ce qu’il y a de vrai e 
commentateur de Smitl/"^ enroué dans cette proposition du savant et prol
        <pb n="242" />
        188 
PRLNCIPKS HF l/ÉCONOMfE POLITIQUE 
» pres desseins, en faisant d’abord monter le prix des subsistances, 
» afin d’en diminuer la consommation, et en faisant ensuite hausser 
« les salaires pour fournir au travailleur le même approvisionnement 
» qu’auparavant \ » 
*■ Rien de plus vrai que le contraste offert par le renchérissement des subsis 
tances, et la dégradation des salaires, aux époques de disette. C’est qu’en effet la 
lutte se trouve alors engagée entre deux faits bien distincts : un fait naturel, 
physique, qui est la végétation; un fait social, qui est l’offre et la demande des 
bras ; — le premier frappant comme la foudre, le second ne pouvant subir que des 
transformations lentes, du moins quand ces transformations ne sont pas précipi 
tées, aggravées par les crises de l’industrie, du commerce ou de l’agriculture Un 
mois suffit, en effet, pour dessécher la racine des plantes, et frapper de mort les 
ressources agricoles de tout un pays; mais il faut des années quand il ne faut 
pas des siècles pour accroître avec l’industrie la valeur du travail. Un mois suffit 
pour tripler le prix du blé, mais pour tripler des salaires, il faut de grands efforts, 
suivis de grands succès A n’étudier, donc, que les phénomènes économiques 
d’un petit nombre d’années, l’ascension du prix des subsistances sera, comme le 
dit iVI. Ruchanan, contemporaine de l’abaissement des salaires; mais si, élargis 
sant l’horizon, on surveille la marche séculaire du travail, à travers les oscilla 
tions infinies et infiniment douloureuses qu’il éprouve, on découvre que sa valeur 
s’est accrue constamment, et que la même somme d’efforts donne aujourd’hui à 
l’ouvrier une somme de bien-être, de jouissances bien plus considérables que du 
temps de la reine Berthe, du roi Arthur ou des Pharaons. Les ognons d’Egypte, 
le pain noir des Ergastules, les maigres deniers qu’on donnait aux ouvriers du 
moyen-Age, sont devenus des salaires de 3 à 4 francs ou schillings, et la scène at 
tristée de l’esclavage antique, ou du servage féodal s’est illuminée aux reflets de 
cette lampe merveilleuse qui est la liberté de penser, de dire et d’agir. Si bien que 
demain, peut-être, les salaires baisseront dans un pays, pour se relever, après-de 
main, et puis tomber encore ; mais nous certifions que dans un siècle ils auront 
définitivement haussé. 
Tout ce que nous pouvons concéder à iSl. Buchanan, c’est que les travailleurs 
ne’ marchent pas vers le bien être, comme une flèche \ole au but, sans détours, 
sans déviations : ils v vont à travers mille obstacles, mille sinuosités, mais en 
réalité, ils y vont 
Et d’ailleurs, nous ne voyons pas ce que la nature a a faire dans la fixation du 
taux des subsistances, et en quoi la Providence se mêle de rédiger les tarifs de la 
Halle ou de Mark-Lane. Nous ne voyons pas surtout en quoi, comme le veut 
M. Buchanan, cumme le prétend Ricardo : Dieu contrarierait ses propres fies- 
seins en permettant aux salaires de s’élever dans te rapport du renchérisse 
ment (les subsistances. T.es desseins de Dieu, en couvrant la terre de générations 
vivantes, n’ont pas été de les affamer ou de les étouffer dans les étaux d’un syllo 
gisme économique. En créant l’homme, il lui a legué la terre pour nourrice, 
comineen créant l’enfant il a gonflé le sein des mères. Si maintenant les mois 
sons se flétrissent, si les plantes meurent frappées d’innombrables fléaux, si k 
lait manque aux faibles, et le pain aux forts, il faut voir dans ces faits redou-
        <pb n="243" />
        189 
CHAP. XVI. — l)|-:s IMPOTS SIJK I ES SALAIRES. 
11 y a , selon moi, clans eet argument de M. Buchanan, beaucoup 
de vérité mêlée a beaucoup d’erreur. De ce que le haut prix des 
ta es, une transgression des lois divines, il faut courber la tête devant ces mor- 
oes et implacables énigmes, et non les expliquer par une barbare préméditation 
e a Providence. En fait, la Providence n’intervient nullement dans de si basses 
œuvres, elle permet les famines, les disettes : la force des choses, l’organisation 
stwîiale, la logique des événements font le reste, et nous sommes convaincu que 
Oieu ne s’opposerait nullement à ce que le travailleur eût toujours la même 
dose d’aliments, — résultat que Al Buchanan trouve incompatible avec ses 
desseins. 
Il était, comme ou voit, fort inutile’ de faire jouer à la nature un rôle si peu 
digne d’elle, et d’introduire jusque sur le terrain de l’économie politique ces in- 
Iluences occultes et ces miracles qui ont tant tourmenté les alchimistes et les 
philosophes. Cela ne convient ni à notre époque, ni à nos esprits, et il suffisait, 
dans cette circonstance, de l’usage modeste du bon sens. 
Les résultats indiqués par le judicieux commentateur de Smith, sont, en effet, 
faciles à expliquer, et nous les avons déjà expliqués plus haut. Ainsi, les subsistan 
ces venant a hausser, le travail se ralentit immédiatement dans toutes les branches 
de la production ; et cela forcément, fatalement, par cette loi de solidarité qui lie 
toutes les classes de la société. Si les agriculteurs sont misérables, ils achètent 
moins de vêtements, — ce qui restreint la production manufacturière ; si les 
tisserands sont misérables, ils consomment moins de pain, moins de v iande, moins 
de vm, — ce qui restreint la production agricole. De là, diminution dans la de 
mande des bras, par conséquent, baisse dans les salaires. Pas n’est besoin des 
divinités de l’Olympe pour produire et démontrer ces Iléaux; pas n’est besoin 
d elles non plus pour y porter remède, le progrès des connaissances humaines et 
des institutions sociales tendant chaque jour a les affaiblir C’est ainsi que l’amé 
lioration des méthodes agricoles a rendu les disettes infiniment moins fréquentes ; 
c est ainsi que la rapidité des voies de communication a mis les continents anciens 
de plein pied avec les continents nouveaux ; c’est ainsi que les pays où les récoltes 
ont été abondantes peuvent laisser s’épancher ces richesses sur les pays frappés 
Ùf stérilité, et échanger, dans le langage de la Bible, leurs vaches grasses contre 
eurs vaches efllanquées ; c’est ainsi que l’égalité des partages tend à assurer à 
e lac un une place au grand festin que donne la terre à ses enfants ; c’est ainsi, 
doit'’ T 'n commerce, en élargissant la zone où se puisent les pro- 
sei.lpn! “ s’achète le travail, prépare un équilibre futur que troubleront 
lient de rares et faibles secousses. 
Sans accorder à ces généreuses réformes des vertus irrésistibles, et en faire une 
isn'^T nous les croyons infiniment plus puissantes que le maniché- 
ei 'a * I Incarnées dans cotte association géante qui les fit triompher 
bert "f ^ I3 voix inspirée de Lohden, — apôtre de celte religion de la li- 
‘Smith, Condorcet, Rousseau avaient été les révélateurs; inscrites dans 
a eiT^ ^ Riaiid peuple, par la main d’un grand ministre, qui 
1^®" c\é près de douze cents articles aux tyrannies du fisc, elles ont pénétré dans 
es intelligenc.es les plus avancées de notre pays, et pénétreront bientôt dans notre
        <pb n="244" />
        190 
PRINCIPES DE I/ECONOMIE POLITIQUE 
subsistances est (juelquefois occasionné par un manque (¡'approvi 
sionnement, M. Buclianan conclut qu’il en est un indice certain. Il 
attribue exclusivement a une cause ce (|ui peut être opéré par 
plusieurs. Il est sans doute vrai que, dans le cas de diminution de 
rapprovisionnemcnt, la quantité à partager entre le même nombre 
de consommateurs sera moindre, et qu’il eu reviendra à cbacun une 
plus petite part. Pour répartir cette privation d’une manière égale, 
et pour empêcher le travailleur de consommer autant de subsistances 
(jue par le passé, le prix hausse. On doit donc accordér à M. Bucha 
nan que toute hausse dans le prix des subsistances, occasionnée par 
le manque d approvisionnement, n’augmentera pas nécessairement 
les salaires en argent; car la consommation devant être diminuée,, 
ce but ne peut être atteint qu’en diminuant les moyens ([ue le 
consommateur a d’acheter. Mais de ce que le prix des subsistances 
s élève par le manque d’approvisionnement, cela ne nous autorise 
nulleimnt a conclure, avec M. Buchanan, qu’un approvisionnement 
a londant est incompatible avec le renchérissement des prix, non pas 
seultment pai rapport a I argent, mais par rapport à toutes les 
autres choses. 
Le prix naturel des denrées, d’après lequel se règle leur prix 
courant, dépend, en dernière analyse, de la facilité de la produc 
tion; mais la quantité produite n’est pas proportionnée à cette fa- 
dlité. Quoique les terres qui sont actuellement mises en culture 
soient très-inférieures à celles qui ont été cultivées il y a des siècles, 
et que par conséquent la production soit devenue plus diflicile, qui 
pourrait cependant douter que la quantité actuelle des produits ne 
surpasse de beaucoup celle du temps passé? iNon-seulement le haut 
prix est comjiatible avec I augmentation de rapprovisionnement, 
mais l’un va rarement sans l’autre. Si doue, par suite de l impid ou 
par la dilliculté de la production, le prix des subsistances monte, 
sans que la quantité en soit diminuée, les salaires du travail en ar- 
cher, Oiinoyer, Chevalier, VVolowski, etc., grûce surtout au plus grand de tous 
les maîtres : experience. Il s’est trouvé de plus que, pour leur début, ces doc 
trines de liberté ont préservé l’Europe d’une disette effrayante, et de secousses 
épouvantables. Elles ont payé leur bienvenue dans ce monde en sauvant des mil 
liers de malheureux dont nous entendions déjà le râle en Irlande, eu Angleterre 
et chez nous-mêmes. Qu’eu dit M. Buchanan.? a. r
        <pb n="245" />
        m 
CHAP. XVI. - DES IMPOTS SUR LES SALAIRES, 
gent monteront; car, comme le dit M. Buchanan, « les salaires du 
travail ne consistent pas dans l’argent, mais dans les choses que 
" argent peut acheter, c’est-à-dire, dans les subsistances et au- 
" choses nécessaires ; et la part accordée au travailleur, sur le 
fonds commun, sera toujours proportionnée à l’approvisioiine- 
“ ment*. „ 
iM. Buchanan, d’Edimbourg , le dernier éditeur de Smith, et l’un de ses 
plus dignes interprètes, me paraît avoir ici raison contre M. Ricardo. Il éta 
blit que rareté et cherté sont une seule et même chose ; je le pense comme lui. 
Hareté., en matière de valeurs, ne se prend pas, ne peut pas se prendre dans un 
sens absolu, mais dans un sens relatif à la demande. Ainsi, quoique l’Angleterre 
produise plus de grains au dix-neuvième siècle que dans aucun des siècles qui ont 
précédé, je dis que le blé abonde moins en Angleterre qu’il ne faisait, et que 
sa quantité n’a pas augmenté autant que le nombre de ses consommateurs ; 
car, d’après tous les relevés-statistiques que j’ai pu consulter, jusqu’à la pre 
mière année de ce siècle, l’Angleterre, année commune, a constamment exporté 
du ble, et depuis lors elle en a constamment importé. .T’en juge encore sur la 
egislation actuelle de ce pays, où les douanes sont armées contre l’importation 
U e , et où I exportation est libre, assuré que l’on est qu’on n’exportera 
, Y" P*'*’™®* * importation dans l’entrepôt, mais le versement dans la circulation n’est 
minus que lorsque le prix monte à 80 sb. le quarter et au-dessus 
h "’“P®*" i* ^ -B Say d’assister à l’Instauration définitive des principes de li- 
erié commerciale, et de voir se propager dans le monde cet affranchissement commencé en 
g eterre. Lui aussi est mort en vue de la terre sainte „avant que Robert Peel eût donné l’élan 
aux reformes économiques, avant que Cobden eût passionné les multitudes au nom de la 
&gt;er Uhie patriotisme de haut fourneau, de filature, de cardeuse, qui accompagne si tristement 
^patriotisme de clocher. — Les 80 sh., qui du temps de J.-B Say servaient de barrière aux 
éreales étrangères, se transformèrent entre les mains de M. Huskisson et cédèrent la placée au 
18à8™f ^^*^"** ~ sliding-scale — déjà propos«'-en 1813. Ceci se passait en 1827 ; en 
nomi* métamorphoses, qui alwutirent enfin à cette magnifique réforme éco- 
nouveau «V.*. la mémoire de R. Peel et la dernière session du parlement Anglais, le 
il se transm/""' encore, jusqu’au 1«' janvier 1849, celui de l’échelle mobile, mais d’ici-là 
enlièremenl P*“"' nouvelle loi porte qu’a partir de 1849, les céréales seront 
ec salutaire ré2 Seulement, comme transition vers 
mm...::— 
Echelle de 1842, 
l’KI\ nu R LÉ PAU QUART 
.1. »; a“""““- 
ïsîg.- 
•le 52 a 51 
* 31 et au-,iet,ou; 
R. — DROIT. 
14 S II. 
14 sh. 
15 sh. 
1C sh. 
17 sh. 
18 sh 
10 bll. 
20 sb. 
Echelle adoptée en 1846 
PRIX DU BLÉ PAR QUARTER. — DROIT 
à 53 sh. et au-dessus 4 sh. 
de 53 à 52 5 sh. 
de 52 a 51 Csh. 
de 51 à 50 7 sh. 
de 50 a 40 Nsh. 
de 40 a 48 * »h. 
à 48 el au-d«wsout 10 sb
        <pb n="246" />
        192 
I&gt;K1NC1Í&gt;ES DK I/ÉCONOMIE POI.ITIQUE. 
Quant au second point, qui est de savoir si un impôt sur Jes sa 
Iaires du travail doit faire monter le prix de la main-d’œuvre, 
pas du grain d’un pays où il manque constamment, et où il est par conséquent 
plus cher que partout ailleurs. 
M. Buchanan est donc fondé à dire que chacun des consommateurs, a, pour ce 
qui regarde le blé, une moins grosse part à consommer, et qu’il la paie aussi 
cher que si elle était plus grosse. 
(^ette législation est nécessitée par la circonstance qu’il y a en Angleterre, dans 
la réalité, deux prix naturels pour le blé. L’un se compose des frais de produc 
tion du blé produit par les fonds de terre du pays ; l’autre, des frais de produc 
tion du blé produit par l’industrie commerciale, du blé que l’Angleterre doit a 
son commerce. Ce dernier prix est eu général plus bas que l’autre ; et si le 
gouvernement n’ordonnait pas qu'il ne sera versé du blé du commerce qu’autant 
que le prix s’en élevera à 80 sch., les cultivateurs ne pourraient soutenir la 
concurrence des négociants; ils ne vendraient pas un quarter de grain ce que ce 
quarter leur coûte; ils abandonneraient cette culture , au moins eu partie , et 
acquitteraient ditlicilement leurs contributions, leurs fermages et la taxe des 
pauvres. C’est ainsi que l’autorité publique entretient perpétuellement une es 
pèce de disette factice, un prix monopole, qui, par suite du même système, 
s étend à beaucoup d’autres marchandises, rend la vie difficile, et chasse hors 
de leur terre natale un si grand nombre d’Anglais. Pour être conséquent dans 
En disant que cette loi nouvelle doit rayer la famine et les crises industrielles de l’ordre du 
jour des nations, j’en aurai suffisamment fait connaître la grandeur. La réforme accomplie a 
travers les luttes ardentes de la^trlbune anglaise ou pugilat des hustings, cette réforme qui 
a détruit l’inique rançon payée par la chaumière au palais, par le prolétaire a l’aristocrate, 
me semble, en effet, le plus grand triomphe, que la science, incarnée dans quelques hom- 
mes, ait remporté au profit du genre humain. Sans doute, ce n’est pas au moyen de quel 
ques articles votes dans l’enthousiasme d'une cause sainte, que l’on peut prévenir à ja 
mais le retour des disettes, des souffrances manufacturières, des diminutions de salaires. 
Décréter une aliondance perpétuelle, serait renouveler le miracle des noces de Cana, ou de" la 
multiplication des pains, et nous ne croyons pas même que les protectionistes s’en chargent, 
eux qui multiplient si facilement, cependant, le nombre des ouvriers employés dans les forges, 
les liouillieres; eux surtout, qui ont fait ce miracle étonnant de faire croire à 35 millions 
d hommes que ce qui les ruine lesenrichil.il serait donc absurde de rendre les institutions 
humaines, responsables des caprices de l’atmosphère, et des calamités qui s’opposent à leur 
bienlaisanle influence. Qu’est-ce en effet que la famine, si ce n'est le rétablissement virtuel des 
vieilles lois sur les céréales par la main du hasard?^ je ne veux pas dire de la Providence. Les 
forces humaines/ie peuvent rien contre ces brutalités du sort. Je me trompe elles pourrraienten 
alléger le poids en les répartissant sur le monde entier, et en appelant au secours des provinces 
désolées, celles dont les moissons ont été respectées ; elles peuvent préparer les approvision 
nements, en abaisser le prix par l'extension des marchés, et la régularité des opérations 
commerciales : elles peuvent faire, enfin, ce qu’elles ont fait et font encore pour l'Irlande, 
qui se lut éteinte sans elles dans le blasphème, le sang et la faim. N’avons-nous pas été nous 
mêmes demander un conseil aux vieux maîtres, aux Turgot, et aux Smith, à l’approclie de la 
crise, comme cette Rome altière, qui implorait, aux jours du danger, l’appui de ses grands 
hommes exilés. En voila bien assez pour porter haut la mémoire des Cobden, des Bright, des 
W ilson, des Villiers, et la venger des tristes et mensongères attaques, dont on voudrait la ternir 
sous prétexte de léodalité industrielle, d’oppression de l’ouvrier, etc.,—toutes choses que.la 
liberté du commerce est appelée à balayer progressivement. _ f.
        <pb n="247" />
        CHAP. XVI. — UES IMPOTS SL'H LES SALAIRES. 193 
M. Buchanan dit : .. Après que le travailleur a reçu la récompense 
" ^9uit&amp;ble de son travail, que peut-il avoir à réclamer de celui qui 
1 emploie, en raison des impôts qu'il est ensuite forcé de payer? 
" “ y a pas de loi ni de principe social qui puisse l’y autoriser, 
ne fois que le travailleur a reçu son salaire, c’est à lui à le gar- 
et il doit, selon ses facultés, supporter le fardeau de toutes 
es charges auxquelles il pourra ensuite être assujetti ; car il est 
*- évident qu’il n’a aucun moyen de forcer ceux qui lui ont déjà 
pa\é le juste prix de son ouvrage, à lui rembourser ses impôts. » 
M. Buchanan a transcrit, en l’approuvant beaucoup, un excel 
lent passage de l'ouvrage de M. Malthus sur la population, le 
quel, selon moi, détruit complètement son objection : « Le prix du 
» travail, quand rien ne l’empêche de gagner son niveau, est un 
« baromètre politique de la plus baute importance, qui marque le 
» rapport entre l’offre et la demande des subsistances, entre laquan- 
" tité a consommer et le nombre des consommateurs ; et son terme 
» moyen, abstraction faite des circonstances accidentelles, marque 
" clairement les besoins de la société, par rapport à la po- 
- pu ation. Quel que soit le nombre d’enfants, par ménage, néces- 
" saire pour conserver la population actuelle telle qu elle est, le prix 
&gt;* du travail sera justement suffisant pour fournir à l’entretien de (te 
“ nombre, et il sera au-dessus ou au-dessous, selon l'élat des fonds 
“ reels destinés à l’entretien des travailleurs, soit que leur nombre 
" trouvesWionnaire, soit qu’il aille en croissant ou en décrois- 
» saut. Au lieu donc de le considérer sous ce point de vue, nous le 
" "«‘«me quelque chose que l’on peut élever ou baisser 
• a volonté, quelque chose qui dépend principalement des juges de 
“ paix du royaume. Lorsque la hausse du prix des subsistances mar- 
que jà que la demande est trop forte par rapport à l’offre on 
•&gt; Pl^Gcr le travailleur dans la même 
- Zi de" r c’est-à-dire, que nous augmentons la de- 
&gt; t nous sommes alors fort surpris de voir que le prix 
qu'on emnêi h i’ temps qu on diminue, ou, ce qui revient au même 
de s’accroît î ^ ^ accroître les objets de consommation, il faudrait einpéchei 
dessus en ^ des consommateurs ; mais on n’est point d’accord là 
L’un n’est aterre . j en juge par les contradictions qu’éprouve Al Malthus 
tenir que 9"^ la conséquence nécessaire de l’autre. On ne peut sou- 
ue veut nt. * aiauvais palliatifs une sauté politique altérée par des excès qu’or 
‘ pas irriger. _ .|._B. Say. 
{Ohuv, de lücardo.) 13
        <pb n="248" />
        i 94 
PRINCIPES DE L'ECONOMIE POLITIQUE. 
» des subsistances continue à hausser. A cet égard, nous agissons 
» à peu près comme si, lorsque le mercure, dans le baromètre ordi- 
» uaire, mar(|ue Vorage, nous allions le faire monter, en employant 
» quelque pression forcée, de manière à le mettre au beau fixe, 
» et si alors nous nous étonnions beaucoup de ce qu’il continue de 
» pleuvoir. » 
Le prix du travail marquera clairement les besoins de la société 
par rapport à la population ; il sera précisément suffisant pour 
fournir aux besoins de la population que suppose et exige l’état des 
fonds destinés à cette époque à l’entretien des travailleurs. Si leurs sa 
laires n’étaient auparavant que suffisants pour satisfaire aux besoins 
de la population, après l’impôt ils deviendront insuffisants; car le 
travailleur aura moins à dépenser pour l’entretien de sa famille. Le 
travail haussera donc de prix, parce que la demande se soutient ; 
et c’est uniquement par un prix plus haut que l’oflre peut ne pas 
être contrariée*. 
Rien n’est plus commun que de voir les chapeaux, ou la drèche 
renchérir quand ou y met des impôts ; ces objets montent, parce que, 
s’ils ne montaient pas, on ne pourrait point en fournir l’approvi 
sionnement nécessaire. 11 en est de même du travail; quand les sa 
laires sont imposés, il augmente de prix; car, s’il ne montait pas, 
il serait impossible que la population nécessaire pût se maintenir. 
M. Buchanan n’admet-il pas lui-même tout ce que nous prétendons 
prouver, que « si, en elfet, le travailleur se trouvait réduit à avoir 
•&gt; uniquement de quoi se procurer les choses de première nécessité, 
“ son salaire ne pourrait plus soulfrir de diminution, car il lui serait 
» impossible d’entretenir sa famille à de telles conditions. » 
Supposons que le pays se trouve dans des circonstances telles, 
que les moindies travailleurs soient appelés, non-seulement à en 
tretenir leur famille, mais enclore à l’augmenter, leurs salaires seront 
réglés eu conséquence. Bourraient-ils multiplier, si l’impôt leur 
enlevait une partie de leur salaire et les réduisait à l’absolu néces 
saire ? 
11 est hors de doute qu’une denrée imposée ne haussera pas de 
■ il est impossible d'accorder à l’auteur que la demande du travail reste la 
même lorsque le travail augmente de prix. Si donc, l’ouvrier quand ou le force à 
payer un nouvel impôt, voulait s’eu faire rembourser par ceux qui l’emploient, 
à coup sûr la demande faite par ceux-ci diminuerait, il n’y a pas de fait plus con 
stant et mieux expliqué dans toute l’économie politique. — J.-B. Sav .
        <pb n="249" />
        CHAP, XVI. — DES IMPOTS SUR LES SALAIRES 195 
prix à proportion de l’impôt, si la demande en diminue sans que 
la quantité puisse en être réduite. Si la monnaie métallique était 
en usage généralement, sa valeur ne monterait pas longtemps, par 
1 effet de l’impôt, à proportion du montant de cet impôt ; car, dès 
qu elle aurait une plus forte valeur, la demande en diminuerait 
sans que sa quantité diminuât. Et la même cause inilue sans doute 
souvent sur les salaires du travail; le nombre des travailleurs ne 
peut être augmenté ou diminué aussi rapidement que les fonds; 
•nais, dans le cas supposé, il n’y a pas de diminution nécessaire 
de la demande de bras; et quand même cette diminution existerait, 
elle ne serait pas en proportion de l’impôt établi *. 
’ L’effet de l’impôt est nécessairement très-compliqué, parce que les diffé 
rentes classes sur lesquelles il porte ou qui en font l’avance sont placées dans 
une foule de situations variées, plus ou moins avantageuses ou désavantageuses 
pour en rejeter le fardeau sur d’autres classes. Vouloir décider de l’effet de l’im- 
P t par des principes trop absolus, et sans tenir compte de la multitude de cir- 
selon moi, arriver à des résul- 
tats tort différents de ceux que nous présente l’observation. 
Que l’on mette un impôt sur la fabrication ou les fabricateurs de chapeaux • 
que ce soit une patente ou bien une estampille, ou bien un droit sur la matièr^ 
premiere, ou le local, ou les ouvriers chapeliers, peu importe ; que ce droit 
seieve a 2 fr., je suppose, pour chaque chapeau de 20 fr., qu’arrivera-t-il ? les 
chapeaux se paieront-ils 22 fr. ? Non ; il faudrait pour cela que la demande restât 
la même, ce qu, n’est pas possible. Les chapeaux se paieront-ils 20 fr. comme 
moins avantageuse, diminuerait la quantité offerte des moyens de production 
des chapeaux. Pour qu’elle se balance avec la nouvelle quantité qui sera deman 
dée H faudra peut-être payer non pas 18 fr., mais 19 fr. la totalité des services 
productifs propres à faire un chapeau; et l’impôt de2fr. payé, il se trouvera 
pavait payé 21 fr. un chapeau de la qualité de ceux qu’il 
et la nrnZr f consommateurs, à cause de l’augmentation du prix, 
(iuelnii0u ^ article, comme sa consommation, auront diminué. Avec 
l’effpt H '^^•’•atious dépendantes de circonstances diverses, c’est à peu près là 
du . ^ ^aate espèce d impôt; et cet effet, résultat de la nature des choses et 
l’édifi l’explique suffisamment, ébranle, je le dis avec chagrin , 
Ques ^"-ardo, non-seulement dans ce chapitre, mais dans quel- 
M ir ''^***’ avec beaucoup d’habileté sur des principes trop absolus, 
icardo dira peut-être à l’appui de sa doctrine qu’il faut bien que la quau-
        <pb n="250" />
        i9fi PRINCIPKS DE L’ECONOMIE POLITIQUE. 
M. Buchanan oublie que les fonds que le gouvernement lève par 
l’impôt sont par lui employés à l’entretien de travailleurs, à la vé 
rité improductifs, mais qui sont cependant des travailleurs. Si, lors 
que les salaires sont imposés, le prix du travail ne montait pas, il y 
aurait une grande augmentation dans la demande des bras ; car les 
capitalistes, qui n’auraient rien à payer sur cÆt impôt, auraient les 
mêmes fonds disponibles pour donner de l’emploi à des ouvriers, 
tandis que le gouvernement aurait, dans le montant de l’impôt qu’il 
aurait reçu, un surcroît de fonds pour le même emploi. Le gouver 
nement et la nation se trouveraient par là en concurrence, et la suite 
de leur rivalité serait la hausse du prix du travail. On n’emploie 
rait que le même nombre d’ouvriers, mais on leur donnerait de 
plus forts salaires ‘. 
tité de travail industriel se proportionne au capital productil de la société; 
qu’ainsi il ne peut pas y avoir moins de chapeaux produits après l’impôt qu’au- 
paravant ; que la quantité offerte restant la meme, le prix n’en peut pas monter, 
et que s’il y a 2 fr. d'impôt à payer, il faut que ce soit l’entrepreneur seul qui en 
supporte la perte. 
Je répondrai, en premier lieu, qu’un commerce grevé d’impôts exige, en pro 
portion des quantités produites, plus de capitaux ; en second lieu, qu’une partie 
des capitaux sorte évidemment d’un emploi qui devient moins avantageux, sans 
que ce soit toujours pour se porter sur d’autres productions également favora 
bles au bien-être de la société, et qu’ils eu sortent aussi pour être voués à la 
consommation improductive, à la destruction. Ne voyons-nous pas chaque an 
née, au moyen des emprunts publics, la plupart des gouvernements de l’Europe 
détruire une partie considérable des épargnes et des capitaux de leurs sujets ? 
Us rendent d’une part la production désavantageuse par des impôts exagérés, 
et d’autre part offrent complaisamment aux producteurs de dévorer a la suite d’un 
emprunt les capitaux qui, par leur faute, rendent trop peu entre les mains de 
l’industrie. Le vice nourrit le vice ; et s’il n’y avait pas maintenant en Europe, 
dans le monde entier, un développement de connaissance et d’activité industrielle 
supérieur a tous les exemples que nous fournissent les temps historiques, un 
développement qui fait plus que balancer les maux qui résultent de la mal-ad 
ministration, il ne tiendrait pas a la politique européenne que la civilisation du 
monde rétrogradât on ne sait où. —J.-B. Sav . 
‘ N’y a-t-il point dans tout ce qui précède une confusion entre le fonds 
destiné à la consommation improductive, à la simple satisfaction des besoins 
de l’homme, et le fonds destiné à la reproduction, qu’on nomme le capital ? 
Lorsqu’on fait payer à un ouvrier un impôt qu’il ne pt'ut se faire rembourser 
ni par son maître, ni par le consommateur du produit auquel il concui.it 
lorsque le montant de cet impôt est donné a un courtisan, il est clair que le 
fonds de consommation du courtisan ou du percepteur est augmenté de tout 
ce qui est ôté au fonds de consommation de l’ouvrier; les jouissances du pre-
        <pb n="251" />
        CHAP XVI. — DRS IMPOTS SUR LKS SALAIRES. 497 
Si l’impôt avait été établi directement sur le peuple, le fonds na 
tional pour ¡’entretien des travailleurs aurait diminué dans la même 
proportion que celui du ^gouvernement, destiné au même emploi, 
et il ny aurait pas eu, par conséquent, de hausse des salaires; 
ear, quoique la demande restât la même, il n’y aurait plus la 
même concurrence. Si, une fois l’impôt levé, le gouvernement en 
exportait le produit pour le donner comme subside à un État étran 
ger; et si par conséquent ces fonds étaient consacrés à payer les 
travailleurs étrangers, au lieu des Anglais, tels (pie des soldats, des 
matelots, etc,, alors il y aurait sans doute une moindre demande de 
bras, et les salaires pourraient bien ne pas hausser, quoique étant im 
posés. Mais la même chose arriverait si l’impôt avait été mis sur des 
denrées de consommation, sur les prolits du capital, ou si la même 
somme avait été levée de toute autre manière, pour fournir le mon 
tant du subside; c’est-à-dire, il y aurait moins de bras employés 
dans le pays. Dans l’un des cas, on empêche les salaires de monter; 
dans l’autre, ils doivent baisser absolument. 
Mais supposons que le montant d’un impôt sur les salaires, après 
avoir été prélevé sur les ouvriers, fût donné gratuitement à ceux 
qui les emploient; cela augmenterait le capital de ceux-ci d’une 
somme d’argent destimic à payer la main-d’œuvre, mais cela ne mul 
tiplierait ni l(!s denrées ni le nombre des bras. Il y aurait donc aug 
mentation de concurrence entre ceux qui emploient des ouvriers, et 
l’impôt n’occasionnerait en définitive aucune perte ni à l’ouvrier ni 
à celui qui l’emploie. Ce dernier paierait plus cher le travail ; et ce 
mier sont multipliées aux dépens quelquefois des besoins urgents du second ; 
mais on peut dire, à la rigueur, que la demande des travaux productifs n’est 
pas diminuée : elle n’est que déplacée. On demande, en travaux qui concourent 
à des objets de luxe, ce que l’ouvrier cesse de demander en bonne nourriture, 
fn bons vêtements, en ameublements commodes. 
Lorsque l’impôt est pris sur le capital, il ne faut pas croire qu’il achète au- 
ttiiit de travaux que s’il était demeuré dans cet utile emploi. A la vérité, le gou 
vernement se sert de son montant pour faire des achats (pii remplacent ceux 
qu aurait faits cette portion de capital ; c’est-à-dire {)eut-étre de la poudre à 
canon, au lieu de la laine dont on aurait fabri(|ué du drap ; mais la poudre à ca 
non ne se reproduit pas par elle-même, tandis que le drap, une fois fabriqué, 
se vend, et de sa valeur on recoinmem^ a acheter de nouvelles denrées dont la 
production fait travailler de nouveau les producteurs, et le même jeu se renou 
velle perpétuellement. Dans ce cas, il ne faut pas dire que le montant de l’impôt 
ontre les mains du gouvernement réclame autant de travaux industriels qu entre 
los mains des particuliers. — J.-B Say.
        <pb n="252" />
        i98 PRINCIPES DE L'ÉCONOMIE POLITigUE. 
surcroît de salaire, l’ouvrier le paierait à son tour au gouvernement, 
qui, dans le cas supposé, le rendrait à l’entrepreneur de travaux. 
On ne doit cependant pas oublier que le produit de l’impôt est 
souvent dissipé sans fruit, et qu’en diminuant le capital, l’impôt 
tend à diminuer le fonds réel destiné au soutien des travailleurs, et 
par conséquent qu’il occasionne une moindre demande de bras. Les 
impôts donc en général, en tant qu’ils diminuent le capital réel du 
pays, rendent la demande des bras moindre; par conséquent l’effet 
probable d’un impôt sur les salaires, quoique cet effet ne soit ni 
nécessaire ni particulier à cet impôt, c’est que, quoique les salaires 
éprouvent une hausse, elle ne sera cependant pas d’une somme pré 
cisément égale à la valeur de l’impôt. 
Adam Smith, ainsi que nous l’avons déjà dit, convient pleinement 
que l’effet d’un impôt sur les salaires serait de les faire monter 
d’une somme égale au moins à la valeur de l’impôt, et que cet im 
pôt serait en définitive payé par l’entrepreneur de travaux, s’il ne 
1 était pas immédiatement. .1 usque là nous sommes tout à fait d’ac 
cord ; mais nous différons essentiellement dans la manière dont cha 
cun de nous envisage 1 action postérieure d’un pareil impôt. 
« Ainsi, quand môme un impôt direct sur les salaires du travail, 
» dit Adam Smith, serait payé par les mains mêmes de l’ouvrier, on 
» ne pourrait pas dire proprement qu’il fait l’avance de l’impôt, 
« du moins si la demande de travail et le prix moyen des denrées 
» restaient les mêmes après l’impôt comme auparavant. Dans tous 
» les cas, la personne qui emploie immédiatement l’ouvrier serait 
“ obligée d’avancer, non - seulement l’impôt, mais quelque chose 
« de plus que l’impôt. Le paiement définitif retomberait sur des 
» personnes différentes, selon les circonstances. La hausse que l’im- 
» pôt occasionnerait dans les salaires des ouvriers de manufac- 
» ture, serait avancée par le maître manufacturier, qui serait 
« à la fois dans la nécessité et dans le droit de la reporter, avec nn 
» profit, sur le prix de ses marchandises. Ainsi, le paiement défi- 
» nitif de ce surhaussement de salaires, y compris le profit addition- 
» nel du maître manufacturier, retomberait sur le consommateur. 
» La hausse qu’un tel impôt occasionnerait dans les salaires du tra 
« vail de la campagne, serait avancée par le fermier, qui serait obligé 
« alors d’employer un plus gros capital pour entretenir le même 
» nombre de travailleurs qu’auparavant. Pour se rembourser de cet 
» excédant de capital, ain.si que des profits ordinaires des capitaux, il 
“ serait nécessaire qu’il retînt dans ses mains une plus forte portion.
        <pb n="253" />
        199 
CHAP. XVI. — DES IMPOTS SUR UES SALAIRES. 
» ou, ce qui revient au même, la valeur d’une plus grande portion 
» du produit de la terre, et par conséquent qu’il payât moins de 
» rente au propriétaire. Ainsi, dans ce cas, le paiement définitif de 
» ce surhaussement de salaires, en y joignant Je profit additionnel 
» du fermier qui Vaurait avancé, retomberait sur le propriétaire. 
» Dans tous les cas, un impôt direct sur les salaires du travail doit 
» nécessairement occasionner, à la longue, une plus forte diminution 
“ dans la rente de la terre; et en même temps une plus forte hausse 
'• dans le prix des objets manufacturés que n’en aurait pu occasion- 
" ner, d’une part ni de l’autre, l’imposition d’une somme égale au 
" produit de cet impôt, qui aurait été convenablement assise, par- 
» tie sur le revenu de la terre, et partie sur les objets de consomma- 
“ tion. » Tome IÍI, page .337. 
Smith soutient, dans ce passage, que le surhaussement des sa 
laires payé par les fermiers doit retomber en définitive sur les 
propriétaires fonciers, qui recevront moins de rente; mais que 
l’excédant de salaires payé par les manufacturiers à leurs ouvriers 
occasionnera une hausse dans le prix des ouvrages manufacturés, 
et que ce surcroît de frais retombera par conséquent sur le con 
sommateur. 
Supposons la société composée de propriétaires fonciers, de ma 
nufacturiers, de lermiers et d ouvriers. On convient que les ouvriers 
seront dédommagés de ce qu’ils paieront pour l’impôt; mais qui 
les en dédommagera? qui voudra se charger de payer la portion 
qui ne retombe pas sur les propriétaires? IjCS manufacturiers ne 
pourraient en payer aucune partie ; car, si le prix de leurs mar 
chandises haussait à proportion du surhaussement des salaires qu’ils 
sont obligés de payer, ils se trouveraient dans une plus belle po 
sition après l’impôt qu’auparavant. Si le fabricant de drap, le 
chapelier, le cordonnier, etc., pouvaient chacun élever le prix de 
s(‘8 marchandises de 10 pour cent, en supposant que c«s 10 pour 
cent suffisent complètement pour les indemniser du surcroît de sa 
laires qu’ils paient à leurs ouvriers; si, comme le dit Adam Smith, 
" ils étaient à la fois dans la nécessité et dans le droit de reporter 
» ce surcroît de salaires, avec un profit, sur le prix de leurs mar- 
• ehandises, • dans ce cas, chacun d’eux pourrait consommer autant 
de marchandises des autres marchands que par le passé, et par 
conséquent ils ne contribueraient en rien à l’impiH. Si le fabricant 
draps payait ses chapeaux et ses souliers plus cher, il vendrait 
aussi son drap à plus haut prix. Ces fabricants achèteraient tous
        <pb n="254" />
        200 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
les ouvrages manufacturés avec autant d avantage qu’auparavant, 
et tant que le blé conserverait le même prix, — ce «pi’admet le 
docteur Smith, — et qu’ils auront un surcroît de monnaie pour 
l’acheter, ils gagneraient, au lieu de perdre, à un tel impôt. 
Si donc, ni les cultivateurs ni les manufacturiers ne contribuent 
à un tel impôt, et si les fermiers s’en dédommagent par la 
baisse de la rente, il n’y aura que les propriétaires fonciers qui en 
supporteront tout le fardeau, et ils devront encore fournir au sur- 
haussement des profits du manufacturier. Mais pour effectuer cela, 
il faut qu ils consomment tous les ouvrages manufacturés du pays ; 
car le surcroît de prix réparti sur toute la masse, est à peine supé 
rieur à la valeur de l’impôt levé dans l’origine sur les ouvriers des 
manufactures. 
Or personne ne niera que le fabricant de draps, le chapelier et 
les autres manufacturiers ne soient tous consommateurs respectifs 
de leurs marchandises; tout le monde conviendra que tout ou 
vrier consomme du savon, du drap, des souliers, de la chan 
delle et plusieurs autres denrées ; il est donc impossible que tout 
le fardeau de ces sortes d impôts tombe uniquement sur les pro 
priétaires. 
Mais si les ouvriers ne paient aucune part de l’impôt, et que 
cependant le prix des ouvrages manufacturés hausse,, les salaires 
doivent hausser, non-seulement pour les indemniser de l’impôt, 
mais encore à cause du renchérissement des objets manufacturés 
de première nécessité; et cette hausse, en tant qu elle affecte les 
travaux de l’agriculture, deviendra une nouvelle cause de la baisse 
de la rente , tandis qu’elle occasionnera une nouvelle hausse du 
prix des marchandises manufacturées. Ce surhaussement du prix 
des marchandises agira à son tour sur les salaires. L’action et la 
réaction, d’abord des salaires sur les marchandises, et ensuite des 
marchandises sur les salaires, s’étendra sans (ju’on puisse lui assi 
gner des limites. Les arguments sur lesquels repose cette théorie 
mènent à des conclusions si absurdes, qu’il est aisé de voir du pre 
mier coup d œil que le principe posé est tout à fait insoutenable. 
Toutes les variations qu’éprouvent les profits du eapital et les 
salaires du travail, par la hausse des rentes et par celle des objets de 
première nécessité, dans le'progrès naturel de la société , et la diffi 
culté croissante de la production, seront également occasionnées pai 
l’aeeroissement de salaires que cause un impôt; et par eonsécpient les 
jouissances de l’ouvrier, aussi bien que celles de ceux (¡ni l’emploient.
        <pb n="255" />
        CHAP. XVI. — DES IMPOTS SUR LES SALAIRES. 
seront diminuées par l’effet, non-seulement de l’impôt en question, 
niais de tout autre moyen servant à prélever la même somme. 
]., erreur d’Adam Smith vient d’abord de et^ qu’il suppose que tout 
impôt payé par le fermier doit nécessairement retomber sur le pro 
priétaire, sous la forme d’une réduction de rente. Quant à cet objet, 
me suis déjà expliqué dans le plus p^rand détail, et je me flatte 
fl a\oir démontré , à la satisfaction du lecteur, que puisqu’un capital 
(onsidérable est employé sur les terres qui ne paient pas de rente, 
&lt;t puisque c est le résultat obtenu au moyen de ce capital qui règle 
le prix des produits agricoles, il ne saurait être fait de déduction 
flans les rentes. Par conséquent, ou il ne sera point accordé de com 
pensation au fermier pour l’indemniser de l’impôt sur les salaires; 
ou, s’il en obtient une, ce ne sera qu’au moyen d’un renchérissement 
fl es produits agricoles. 
Si l’impôt est trop onéreux pour le fermier, il pourra élever le 
prix de ses denrées premières, afin de se mettre de niveau avec les 
autres commercants ; mais un impôt sur les salaires, qui ne pèserait 
î&gt;as plus sur son commerce que sur celui des autres, ne pourrait ni 
être rejeté sur ceux-ci, ni compensé par la hausse des produits agri 
coles; car le même motif qui pourrait l’engager à élever le prix du 
blé, c’est-à-dire , le désir de se rembourser de l’impôt, déciderait 
le fabricant de draps à élever le prix de, ses étoffes, et le cordonnier, 
le chapelier et le tapissier, à augmenter le prix de la chaussure, des 
chapeaux et des meubles. 
S’ils peuvent tous augmenter le prix de leurs marchandises de ma 
nière à SC rembourser avec profit de l’impôt, puisqu’ils sont tous 
consommateurs, chacun des marchandises des autres, il est évident 
«lue l’impôt ne serait jamais payé ; car si tout le monde en trouve 
la compensation, où seraient les contribuables? 
l’espère donc avoir réussi à prouver que tout impôt qui peut oc 
casionner une hausse des salaires, sera payé moyennant une dimi 
nution des profits, et par consécpient qu’un impôt sur les salaires 
n est réellement (pi’un impôt sur les profits. 
Ce principe fondamental du partage du produit du travail et du 
«•apital, entre les salaires et les profits, queje me suis efforcé d’établir, 
»«e parait si certain, qu’à l’exception de l’effet immédiat, je suis 
•sposé a croire qu il importe peu lequel des deux on impose, des 
du capital ou des salaires du travail. En imposant les profits 
‘âpilal, vous ebangere/, probablement le taux d’accroissement 
P agressif des fonds destinés à entretenir les travailleurs, et les
        <pb n="256" />
        20á PRÍNCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
salaires, en haussant trop , se trouveraient hors de proportion avec 
l’état de ce fonds. En mettant l’impôt sur les salaires, la récompense 
accordée à l’ouvrier étant trop faible, ne se trouverait pas non plus 
proportionnée à ce fonds. L’équilibre naturel entre les profits et les 
salaires se rétablirait, dans un cas, par la baisse, et dans l’autre, 
par la hausse des salaires en monnaie. 
Un impôt sur les salaires ne pèse donc pas sur le propriétaire, 
mais il porte sur les profits du capital. Il « n’autorise ni n’oblige le 
') maître manufacturier à le reporter avec un profit sur le prix de 
» ses marchandises; » car il ne pourra pas en augmenter le prix, et 
il doit par conséquent supporter en entier, et sans compensation, 
tout le fardeau d’un tel impôt*. 
Si l’effet des impôts sur les salaires est tel que je viens de le dé 
crire, ces impôts ne méritent point la censure dont le docteur Smith 
les a frappés. Voici ce qu’il dit au sujet de tels impôts : « On dit 
» que ces impôts et quelques autres du même genre, en faisant mon- 
» ter le prix du travail, ont ruiné la plupart des manufactures de 
» Hollande. Des impôts semblables, quoique pas tout à fait aussi 
» lourds, ont lieu dans le Milanais, dans les États de Gênes, dans le 
» duché de Modène, dans les duchés de Parme, de Plaisance et de 
» Guastalla, et dans fÉtat de l’Église. Un auteur français, de quel- 
» que réputation, a proposé de réformer les finances de son pays, 
» en substituant à la plus grande partie des autres impôts, cette 
» espèce d’impôts, la plus ruineuse de toutes : — 11 n’y a rien de si 
» absurde, dit Cicéron, qui n’ait été avancé par quelque philosophe. » 
— Dans un autre endroit il dit : « Les impôts sur les choses de né- 
» cessité, en faisant monter les salaires du travail, tendent nécessai - 
» rement à faire monter le prix de tous les objets manufacturés, 
» et par conséquent à en diminuer la vente et la consommation. » 
Ce genre d’impôt ne mériterait point une pareille censure , quand 
même le principe posé par le docteur Smith serait exact : — à savoir 
que ces impôts tendent à faire monter le prix des objets manufactu- 
' M Say paraît être imbu de l’opinion générale sur ce point. En parlant du 
blé, il dit : « De là il résulte encore que son prix influe sur celui de tous les 
» autres produits. Un chef d’entreprise, fermier, manufacturier, ou négociant, 
» emploie un certain nombre d’ouvriers, qui tous ont besoin de consommer une 
« certaine quantité de blé. Si le prix du blé augmente, il est obligé d’aug- 
» menter dans la même proportion le prix de ses produits. .. Liv. I,chap. xvii. 
{Note de l’Auteur)
        <pb n="257" />
        CHAP. XVI, — DES IMPOTS SHU LES SALAIRES 203 
rés ; car cet effet ne pourrait être que temporaire, et n'entraînerait 
pour nous aucun désavantage dans notre commerce étranger. Si une 
&lt;au8e quelconque faisait monter le prix de quelques marchandises 
manufacturées, elle en entraverait ou en empêcherait l’exportation. 
Mais si cette même cause avait un effet général sur toutes les mar 
chandises, son effet ne serait que nominal ; il n’affecterait pas leur 
valeur relative, et ne diminuerait en rien l’appât que présente le 
commerce d’échange. Or, tout commerce extérieur et intérieur n’est 
réellement autre chose qu’un commerce d’échange*. 
J ai déjà essayé de prouver que, lorsqu’une cause quelconque fait 
renchérir toutes les denrées en général, ses effets sont presque pa 
reils à ceux qu’occasionne une baisse dans la valeur de la monnaie. 
Si la monnaie baisse de valeur, toutes les denrées haussent de prix ; 
et si cet effet se borne à un seul pays, il modifie son commerce étran 
ger de la même manière que le ferait un renchérissement de denrées 
occasionné par des impôts. Par conséquent, examiner les effets de la 
dépréciation de la monnaie d’un seul pays, c’est examiner les effets 
d un renchérissement des denrées borné à un seul pajs. Adam 
Smitb, en effet, était bien persuadé de la parité de ces deux cas; 
c est pourquoi il soutient que la dépréciation du numéraire, ou, 
comme il le dit, de l’argent en Espagne, par suite de la défense de 
I exporter, est très-nuisible aux manufactures et au commerce étran 
ger de l’Espagne. 
« Mais cette dégradation de la valeur de l’argent, qui, étant le 
résultat ou de la situation particulière d’un pays ou de ses insti 
tutions politiques, n a lieu que pour ce pays seulement, entraîne 
" conséquences tout autres; et bien loin qu’elle tende à rendre 
Même dans le commerce d’échange et sans faire usage de monnaie, une 
marchandise peut être chère ou à bon marché. Elle est chère lorsqu’elle est le 
résultat de beaucoup de frais de production, du service de beaucoup de capitaux 
ou d indtLstne, ou, ce qui revient au même, lorsque beaucoup de capitaux ou 
industrie n’ont donné que peu de marchandise. I.orsque cette marchandise va 
ans etranger, on n en peut donner que peu en échange de quoi que ce soit ; 
par conséquent elle ne trouve pas à s’y échanger facilement. C’est ce qu’on appelle 
soutenir la concurrence avec les marchandises produites dans ce pays 
g. ^^^Quelles pouvant s offrir en plus grande abondance dans les échan- 
Kt’s, obtiennent la préférence. 
dans^T preuve de plus qu’il y a autre chose que des variations relatives 
T B toute la doctrine de M. Ricardo semble l’établir. — 
•’••B. Sav.
        <pb n="258" />
        204 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
» personne réellement plus riche, elle tend à rendre chacun réelle- 
» lement plus pauvre. La hausse de prix en argent de toutes les 
» denrées et marchandises, qui, dans ce cas, est une circonstance par- 
« ticulière à ce pays, tend à y décourager plus ou moins toute espèce 
» d’industrie au dedans, et à mettre les nations étrangères à portée 
» de fournir presque toutes les diverses sortes de marchandises pour 
« moins d’argent que ne le pourraient faire les ouvriers du pays, et, 
* par là, de les supplanter non-seulement dans les marchés étran- 
» gers, mais encore dans leur propre marché intérieur. » Lir. IV, 
chap. 5. 
Ln des désavantages, et, je crois, le seul qui provienne de la dé 
préciation de l’argent, occasionnée par une abondance forcée, a 
été très-habilement développé par le docteur Smith. Si le com 
merce de l’or et de l’argent était libre, « l’or et l’argent qui iraient 
» au dehors, dit Smith, u’iraient pas pour rien, mais rapporteraient 
» en retour une valeur égale de marchandises d’une espèce ou d’une 
« autre. Ces marchandises ne seraient pas non plus toutes en objets 
« de luxe ou en superfluités destinés à ces gens oisifs qui ne produi- 
sent rien en retour de leur consommation. Comme cette expor- 
» tation extraordinaire d’or et d’argent ne saurait augmenter la ri- 
u chesse réelle ni le revenu réel de ces gens oisifs, elle ne saurait non 
» plus apporter une grande augmentation dans leur consommation. 
» Vraisemblablement la plus grande partie de ces marchandises, et 
» au moins certainement une partie d’elles consisterait en matières , 
» outils et vivres destinés à employer et à faire subsister des gens 
» laborieux, qui reproduiraient avec profit la valeur entière de leur 
&gt;&gt; consommation. Une partie du fonds mort de la société se trou- 
« verait ainsi convertie en un capital actif, et on mettrait en mou 
« vement une plus grande somme d’industrie qu’au para vaut. » 
En empêchant le commerce des métaux précieux d’ètre libre, 
quand le prix des denrées hausse ou par l'effet de l’impôt ou par 
raffluence de ces métaux, on empêche qu’une partie du capital 
mort de la société ne soit convertie en un capital actif, et on empêche 
une plus grande quantité d’industrie d’ètre mise en activité. Mais 
voilà tout le mal, et ce mal n’est jamais ressenti dans les pays où 
l’exportation du numéraire est permise ou tolérée. 
Le change entre différents pays n'est au pair qn’autant qu’ils ont 
chacun en circulation la quantité de monnaie qui, dans un état donné 
de choses, est nécessaire pour le mouvement de leurs produits. Si 
le commerce des métaux précieux était parfaitement libre, et que
        <pb n="259" />
        20» 
CHAP. XVI. — DES IMPOTS SUR LES SALAIRES, 
l’üii pût exporter du numéraire sans aucuns frais, les changes ne 
pourraient man(|uer d’étre, sur toutes les places, au pair. Si le coin 
inerce des métaux précieux était ])arfaitement libre, s’ils étaient 
généralement employés comme agents de la circulation, malgré les 
frais de transport, le change ne pourrait, dans tout pays , dévier du 
pair que du montant de ces frais. Ces principes sont, je crois, uni 
versellement reconnus. Si un pavsse servait d’un papier monnaie qui 
ne fût pas échangeable contre des espèces métalliques, et qui n’eùt 
par conséquent,point de régulateur fixe, les changes d’un tel pays 
pourraient s’écarter du pair selon que la monnaie s’y trouverait mul 
tipliée au delà de la quantité qui lui serait départie par le commerce 
de toutes les nations, si le commerce des métaux précieux était libre, 
et si ces métaux étaient employés comme monnaie et comme régu 
lateur. 
Si, par les opérations générales du commerce , la part de l’Angle 
terre se trouvait être de lU millions de livres sterling, d’un poids et 
d’un titre reconnus, et qu’on y substituât 10 millions de papier- 
monnaie , le change n’éprouverait aucun changement ; mais si, en 
^busant de la faculté de mettre du papier en circulation, on en fai 
sait une émission de 11 millions, le cbange serait de 0 pour cent au 
désavantage de l’Angleterre; si l’émission était de 12 millions, le 
change baisserait de 10 pour cent; et si elle était de 20 millions, le 
change serait de 50 pour cent contre l’Angleterre. 
('-et effet peut cependant avoir lieu sans Tintroduetion d’un papier- 
monnaie. Tonte cause qui retient en circulation nue quantité de livres 
sterling plus forte que celle qui aurait circulé si le commerce eût été 
libre, et que les métaux précieux d’un poids et d'une pureté recon 
nus, eussent été employés comme numéraire ou comme régulateurs de 
la monnaie métallique, produirait exactement les mêmes effets. Suppo 
sons que, les pièces de monnaie étant rognées, chaque livre sterling 
ne renfermât plus la quantité d’or et d’argent déterminée par la loi ; 
on pourrait, dans ce cas, employer dans la circulation un plus grand 
nombre de ces livres rognées qu’on n’en aurait employé dans leur 
état de pureté. Si l’on rognait un dixième sur chaque pièce d’une li 
vre, on pourrait avoir en circulation 11 millions de ces pièces au lieu 
10 ; si on enlevait à chacune deux dixièmes, on pourrait employer 
millions de pièces d’une livre sterling rognées; et si l’on rognait 
moitié du poids, 20 millions de pièces ainsi dégradées pourraient 
R® pas être de trop dans la circulation. Si on employait ces 20 millions 
pièces d’une livre au lieu de 10 millions, toutes les marchandises,
        <pb n="260" />
        206 PRINCIPES DE l/ÉCONOMIE POLITIQUE. 
en Angleterre, monteraient du double de leur ancien prix , et le 
change se trouverait à 50 pour cent au désavantage de l’Angleterre ; 
mais cela ne dérangerait en rien le commerce étranger, et ne décou 
ragerait non plus la fabrication d’aucune marchandise dans l’inté 
rieur. Si le drap, par exemple, haussait en Angleterre de 20 1. à 40 1. 
par pièce, on pourrait l’exporter tout aussi faeilement qu’aupara- 
vant ; car le change offrirait à l’acheteur étranger une compensation 
de 50 pour cent ; en sorte qu’avec 20 1. de son argent, il pourrait 
acheter une traite movennant laquelle il serait en état d’acquitter, 
en Angleterre, une dette de 40 1. De la même manière, si le mar 
chand étranger exporte une marchandise qui coûte chez lui 20 1., 
et qui se vend en Angleterre 40 1., il ne recevra cependant que 201.; 
car, pour 40 1. en Angleterre, il ne pourra acheter qu’une traite de 
20 I. sur l’étranger. 
Les mêmes effets auraient lieu , quelle que fût la cause qui porte 
rait l’agent de la circulation en Angleterre à 20 millions, lorsque 
10 eussent sufli à tous les besoins. Si une loi aussi absurde que le 
serait celle qui prohiberait l'exportation du numéraire, pouvait s’exé 
cuter, et que, par suite de cette prohibition, il se trouvât 11 millions 
au lieu de 10 en circulation , le change serait de 9 pour cent con^e 
l’Angleterre; il serait de 16, si la circulation était portée à 12 millions, 
et de 50 pour cent contre l’Angleterre, si, par des moyens également 
arbitraires, l’agent de la circulation était porté a 20 millions. Cela 
ne découragerait cependant nullement l’industrie anglaise. Si les 
marchandises du cru se vendaient cher en Angleterre, celles de 
l’étranger seraient également à un haut prix. 11 importerait peu au 
négociant étranger que ces prix fussent hauts ou bas ; car, d’un côté, 
11 serait obligé de donner une compensation sur le change lorsqu il 
vendrait cher ses marchandises, et il recevrait une pareille compen 
sation quand il serait obligé d’acheter des marchandises anglaises à 
haut prix. 
Le seul désavantage qui pourrait résulter pour le pays où l’on re 
tiendrait , par des lois prohibitives, une quantité d’or et d’argent 
en circulation plus forte que celle qui y circulerait autrement, serait 
la perte qu’il ferait en employant une partie de sou capital d’une 
manière improductive, au lieu de l’employer productivenient. Comme 
monnaie, ce capital ne saurait rapporter aucun profit; mais converti 
par échange en matériaux, en machines et en subsistances, il don 
nerait un revenu, et ajouterait à la richesse et aux ressources du 
pays.
        <pb n="261" />
        207 
CHAP. XVI. — DES IMPOTS SUR lÆS SALAIRES. 
Je me flatte donc d’avoir démontré d’une manière satisfaisante, 
qu’un prix, comparativement bas des métaux précieux, par suite d un 
impôt, ou , en d’autres termes, un prix généralement élevé des den 
rées, ne peut nuire en rien à un pays, attendu qu’une partie des mé 
taux serait exportée, ce qui, en faisant hausser leur valeur, ferait 
baisser d’un autre côté le prix des denrées. J’ai démontré de plus, 
que, si les métaux précieux n’étaient point exportés, et si, par des 
lois prohibitives, on pouvait les retenir dans le pays, l’effet produit 
sur le change contre - bal ancerait celui des hauts prix. Si donc des 
impôts sur les objets de première nécessité et sur les salaires, ne 
peuvent pas avoir l’effet d’élever le prix de toutes les denrées dont 
la production a exigé l’emploi d’une certaine somme de travail, on 
aurait tort de condamner ces impôts sur de pareils motifs : et quand 
même il serait vrai qu’ils produisissent de semblables effets, ils n’en 
seraient pas, pour cela, plus nuisibles. 
Il est incontestable que « les impôts sur les choses de luxe n’ont 
•&gt; aucune tendance à faire monter le prix d’aucune autre marchandise 
" que de celles qui sont imposées ; » mais il n’est pas vrai « que les 
» impôts sur les objets de nécessité, en faisant monter les salaires du 
» travail, tendent nécessairement à faire monter le prix de tous les 
« objets manufacturés. * 11 est vrai « que les impôts sur les choses de 
" luxe sont payés, en définitive, par les consommateurs de la chose 
» imposée, sans aucune répétition de leur part. Ils tombent indis- 
" linctement sur toutes espèces de revenus, salaires de travail, profits 
" de capitaux, et rentes de terre. » Mais il est faux « que les im- 
» pôts sur les choses de nécessité, pour ce (jui pèse sur la classe pau- 
» vre et ouvrière, soient payés en définitive, partie par les proprié- 
» taires dans lé déchet que souffrent les fermages de leurs terres, et 
" partie par les riches consommateurs, propriétaires et autres, dans 
" surhaussement de prix des choses manufacturées ; » car, en 
taut que ces impôts portent sur Ja classe pauvre et ouvrière, ils 
seront payés presque en totalité par la diminution des profits du 
capital, les travailleurs eux-mémt*8 n’en payant qu’une très-petite 
partie par la diminution du travail, diminution que les impôts de 
tout genre tendent à produire. 
est d’après la manière erronée dont le docteur Smith a envisagé 
les eiitj^g de ces impôts, qu’il a été conduit à la conclusion suivante : 
“ les classes supérieures et mitoyennes entendaient bien leur inté- 
" **^1, elles devraient toujours s’opposer à tous impôts sur les choses 
” 'Nécessaires à la vie , tout comme aux impôts directs sur les salaires
        <pb n="262" />
        208 PRINCIPES DK l'ÉCONOMIE POLITIQUE. 
» du travail. &gt;• Cette eonelusioii découle du raisonnement suivant : 
« Le paiement définitif des uns aussi bien que des autres retombe 
» en entier sur elles, et toujours avec une surcharge considérable. 11 
» retombe avec plus de poids surtout sur le propriétaire, qui paie dou 
» blement, ou à deux différents titres, comme propriétaire par la ré- 
» duction de son revenu, et comme riche consommateur par l’aug- 
» mentation de sa dépense. L’observation faite par sir Matthew 
» Decker, qu’il y a des impôts qui sont quelquefois répétés et accu- 
« mulés cinq ou six fois dans le prix de certaines marchandises, est 
» parfaitement juste à l’égard des impôts sur les choses nécessaires à 
» la vie. Par exemple, dans le prix du cuir, il faut que vous payiez 
» non-seulement l’impôt sur le cuir des souliers que vous portez, 
» mais encore une partie de cet impôt sur les souliers que portent le 
» cordonnier et le tanneur. 11 faut que vous payiez de plus, pour 
» l’impôt sur le sel, sur le savon et sur les chandelles que consomment 
» ces ouvriers pendant le temps qu’ils emploient à travailler pour 
» vous, et puis encore pour l’impôt sur le cuir qu’usent le faiseur 
» de sel, le faiseur de savon et le faiseur de chandelles, pendant qu’ils 
" travaillent pour ces mêmes ouvriers.» 
Cependant, comme le docteur Smith ne prétend pas que le tanneur, 
le faiseur de sel ou le fabricant de chandelles, tirent l'un ou l’autre 
aucun avantage de l’impôt sur le cuir, le sel, le savon ou les chan 
delles, et comme il est certain que le gouvernement ne reçoit 
jamais que le montant de l’impôt assis, il est impossible de concevoir 
comment il eu pourra être |)ayé davantage par le peuple, quelle que 
soit la classe sur laquelle l’impôt puisse porter. Les riches consomma 
teurs pourront payer et paieront eu effet pour le consommateur 
pauvre, mais ils ne paieront rien au delà du montant de l’impôt, et il 
n’est pas dans la nature des choses que « Vimpôt soit répété et accumulé 
quatre ou cinq fois. » 
Lu système d’impôt peut être vicieux, parce qu’il enlève au peuple 
une somme plus forte que celle qu’il fait entrer dans les colin« de 
l’Ktat, — une partie de cet impôt pouvant, en raison de son effet sur 
les prix, être reçue par les personnes qui profitent du mode parti 
culier de la perception. De tels impôts sont funestes, et l’on ne devrait 
pas les encourager; car on peut poser en principe que toutes les fois 
que l’action d’un impôt est équitable , l’impôt est conforme à la 
première des maximes du docteur Smith, et ôte au peuple le moins 
possible au delà de ce qu’il rapporte au trésor public. M. Say dit : 
« D’autres enfin apportent des plans de finance, et proposent des
        <pb n="263" />
        CHAI*. XVI. — DES IMI’UIS SUK EES SALAIRES. 20«) 
moyens de remplir les colfres du prince sans eliar^er les sujets; 
" moins qu’un plan de finance ne soit un objet d’entreprise 
" ^Hdustrielle, il ne ])eut donner au gouvernement que ce qu’il ôte 
” au particulier, ou ce qu il ôte au gouvernement sous une autre 
” forme. On ne fait jamais, d’un coup de baguette, quelque chose 
&gt;' de rien. J)e quelque déguisement qu’on enveloppe une opération, 
»quelque détour qu’on fasse prendre aux valeurs, quelque méta- 
&gt; morphose ([u’on leur fasse subir, on n’a une valeur qu’en la créant 
» ou en la prenant. Le meilleur de tous les plans de finance est de 
» dépenser peu, et le meilleur de tous les impôts est le plus petit. « 
J'railé d’Écon. polit.. Édit. Guillaumin, livr. III, chap. 8. 
Le docteur Smith soutient, dans tout le cours de son ouvrage, et 
je crois, avec raison, que les classes ouvrières ne sauraient contri 
buer aux besoins de l’État, l u impôt sur les choses de première 
nécessité, ou sur les salaires, doit par conséquent être reporté des 
pauvres sur les riches. Si donc le docteur Smith a voulu dire 
que certains impôts sont quelquefois répétés dans le prix de cer- 
laines marchandises, et accumulés quatre ou cinq fois, unique 
ment dans le but de reporter l’impôt du pauvre au riche, cela ne les 
rend pas dignes de censure. 
Supposons que 1 impôt équitable d’un riche consommateur soit 
de 100 livres, et qu’il le paie directement, l’impôt étant assis sur 
le revenu, sur le vin ou sur tout autre objet de luxe, ce contri 
buable ne perdra rien si, par un impôt sur les choses de nécessité, il 
n était tenu de payer que 25 liv. pour ce que lui et sa famille con 
somment en objets de première nécessité, et qu’on lui fit répéter cet 
impôt trois fois dans le renebérissement des autres denrées, renché 
rissement destine à indemniser les ouvriers ou les entrepreneurs d’in 
dustrie de l’impôt qu’ils ont été obligés d’avancer. Dans ce cas même 
argument n’est pas concluant ; car s’il n’y a rien de payé au delà de 
ce qui est exigé par le gouvernement, qu’importe au consommateur 
iclie d acquitter directement l’impôt, en donnant un prix plus élevé 
pour un objet de luxe, ou de l’acquitter indirectement en payant plus 
Her les objets de nécessité et autres articles de sa consommation? 
CO P^'^ 40e ce qui est reçu par le gouvernement, le 
riebe ne contribuera que pour sa juste part; s’il y a 
Ad' ^bose de payé au delà de ce (pie le gouvernement reçoit, 
^ni Smith aurait dû dire quel est celui qui reçoit ce surplus. 
évident^parait pas être resté d’accord a\w le principe 
. ^i transcrit de son excellent ouvrage; car dès la jiage 
(DLar. i/e/hca&gt;(io.) l i
        <pb n="264" />
        .2^0 l‘llU\Cll*KS DE L’ÉCONOMIE EOLlliOCE. 
suivante, en parlant de l’impôt, il dit : « Lorsqu’il est poussé trop 
loin il produit ce déplorable effet de priver le contribuable de sa 
» richesse sans en enrichir le gouvernement ; c’est ce qu’on pourra 
» comprendre, si l’on considère (lue le revenu de chaque contribua- 
» blc offre toujours la mesure et la borne de sa consommation, 
„ productive ou non. On ne peut donc lui prendre une part de son 
« revenu sans le forcer à réduire proportionnellement ses consomma- 
» tions. ])e là, diminution de demande des objets qu’il ne consomme 
&gt;. plus, et nommément de ceux sur lesquels est assis l’impôt ; de cette 
« diminution de demande résulte une diminution de production, et 
» par conséquent moins de matière imposable. H y a donc perte 
» pour le contribuable d’une partie de ses jouissances, et perte pour 
» le fisc d’une partie de ses reeettes. » 
M. Say en donne pour exemple l’impôt établi sur le seien trance 
avant la révolution, et qui diminua la production du sel de moitié. 
Cependant si l’on consommait moins de sel, il y avait aussi moins 
de capital employé à sa production ' ; et par conséquent, quoique le 
1 Lorsque, par défaut de eonsouiiuation, on ne fait plus usage d’un marais 
liant les frais qui ont été faits pour l’établir sont un capital perdu, un capital 
ji ne peut se vouer à aucune autre production. Dans les cas même, ce qui est 
rt rare où l’on peut retirer, sans en perdre la majeure partie, ses capitaux 
une industrie dont les frais excèdent les produits, on ne replace pas nécessai- 
,ment dans l’industrie les portions qu’on en sauve. Souvent on es prite au 
luvernemeutton en achète des charges ; on les place dans 1 eh anger. 1. 
alants auxquels on a été forcé de renoncer ? Kt en supposant qu ,1s a e,,t pu se 
riels; quant aux chels de celle industrie, en supposant meme qu ils n aient p, 
énoncé entièrement à une production devenue trop ingrate, ils auront du moins 
éduit leur exploitation •, leurs bénéfices n auront plus été les m mes. -e lu 
lont donc pas seulement dos capitaux et une industrie qui changent e p ate, 
nais des capitaux et une industrie diminués et produisant moins, . ai ont 
ni dire que lorsque l’impôt est poussé trop loin, il y a des pertes de jouissan 
■es et de revenus dont le gouvernement ne tait pas son prolit. 
L’impôt prive aussi quelquefois complètement les consommateurs de certains 
produits que rien ne remplace. Sans les impôts on pourrait se procurer en An- 
Tleterre les vins communs du midi de la France pour tpielques sous par luni* 
Lop 1 e peuple d’Angleterre est totalement privé de cette boisson salubre- 
I omiiue par suite d’une prohibí,im, ridicule, le sucre volait eu France 5 aj 
ranci la livre, toutes les femmes en couches, tous les malades de la classe indi-
        <pb n="265" />
        CHAP. XVI. — DLS IMPOTS SUR LES SALAIRES. àH 
producteur tirât moins de profit de la production du sel, il en 
devait obtenir davantage de la production de quelque autre den 
rée. Si un impôt, quelque lourd qu’il soit, est assis sur le revenu , 
t^t non sur le capital, il ne diminue pas la demande, il ne fait qu’en 
changer la nature. Il met le gouvernement dans le cas de consommer 
autant.du produit de la terre et du travail national, que les contri 
buables en consommaient auparavant. Si mon revenu est de lüOOl. 
par an, et que je sois tenu de payer 100 1. d’impôts par an, je ne 
pourrai faire que la demande des neuf dixièmes de la quantité de 
marchandises que je consommais auparavant; mais je fournis au 
gouvernement les moyens de faire la demande de l’autre dixième. 
Si c’est le blé qui est l’artiele imposé, il n’est pas nécessaire que ma 
demande en soit diminuée, car je puis préférer de payer 100 1. de 
plus par an pour mon blé, en réduisant ma dépense en vin, en meu 
res, ou en autres objets de luxe d’une somme pareille*. Moins de 
gente, furent privés en totalité de cette matière si précieuse dans leur situation. 
La consommation du sucre diminua de moitié, et par conséquent les jouissances 
provenant de la consommation du sucre. 
Sans doute c’est un principe vrai en soi, qu’en général l’industrie et la pro 
duction sont en raison des capitaux productifs ; et cependant toutes les observa 
tions nous persuadent que les impôts altèrent la production, même avant que 
la somme des capitaux soit entamée. Il n’est pas prudent, en économie politique, 
de s’etayer même du principe le mieux établi, pour en déduire constamment les 
consequences les plus incontestables. Les résultats sont modifiés par une foule 
de circonstance dont l’inlluence n’et pas moins incontestable, et qu’il et on ne 
. peut pas plus difficile d’apprécier. Heureusement que ce questions ardues ne 
sont pas celles dont l’application présente le plus d’utilité. Ce qu’il y a de vrai 
ment important dans l’Economie politique, c’est de savoir en quoi consistent le 
richesses, par quels moyens elles se multiplient et se détruisent ; et sur ces points 
essentiels, Smith, Buchanan, Malthus, Ricardo sont heureusement d’accord. 
J.'B Say. 
M. Say dit que « l’impôt ajouté au prix de la denrée en élève le prix. &gt;. Et il 
1 aussitôt après : «Tout renchérissement d’un produit diminue nécessairement 
I ® ^ ceux qui sont à portée de se le procurer, ou du moins la consom- 
DosnT*r conséquence nécessaire. Si l’on im- 
jj, ^ P^ui, le drap, le vin ou le savon, je ne crois pas que la consommation 
^ une de ces denrées devînt moindre. de l’AuteurJ. 
uîoiiis isettes, et lorsque le blé renchérit, il s’en consomme beaucoup 
pourvoi attesté par tous les administrateurs qui ont été chargés de 
polit subsistances. « Dans les années d’abondance, dit Steuart ( Aro/i. 
" partie d ' chap, wii), tout le monde est mieux nourri; on emploie une 
CS produits à engraisser des animaux de basse-cour ; les denrées étant
        <pb n="266" />
        212 principes de L’économie poi.itioue. 
capital sera par consécpient employé dans le eoramerce des vins, ou 
dans celui des meubles, mais il y en aura davantage d’employé à la 
fabrication des objets que le gouvernement se procure moyennant 
le produit des impôts qu’il lève. 
M. Say dit que M. Turgot, en réduisant leu droits d’entrée et de 
halle sur la marée de moitié à Paris, n’en diminua point le produit 
total, et qu’il faut par conséquent que la consommation du poisson 
ait doublé. 11 en conclut qu’il faut que les profits du pécheur et de 
ceux qui font le commerce du poisson aient doublé aussi, et que le 
revenu du pays doit s’être accru de tout le montant de l’augmenta 
tion des profits, dont une partie, en s’accumulant, doit avoir aug 
menté les ressources nationales '. 
Sans examiner les motifs qui ont dicté une telle modification 
de l’impôt, qu’il me soit permis de douter qu elle ait beaucoup 
encouragé l’accumulation. Si les profits du pécheur et des autres 
personnes engagées dans ce commerce avaient doublé par suite de 
la consommation augmentée du poisson , certaines portions de capi 
taux et de travail auraient été détournées de quelque autre occupa 
tion pour être employées dans cette branche ¡lartieulière de com 
merce. Mais le capital et le travail employés à ces autres occupations 
procuraient un profit auquel on a dû renoncer en les retirant de cet 
» moins chères, il y a un peu plus de gaspillage. Quand la disette survient, 
&gt;. la classe indigente est mal nourrie ; elle fait de petites parts à ses enfants ; 
» loin de mettre en réserve, elle consomme ce qu’elle avait amassé; enfin il n’est 
» (lue trop avéré qu’une portion de cette classe souffre et meurt. » 
C’est un des faits les plus constants que la demande diminue à mesure que 
les prix augmentent, et la raison en est palpable. Les facultés des consomma 
teurs s’élèvent par degrés insensibles, depuis les plus pauvres jusqu’aux plus 
riches; or, du moment qu’un prix s’élève, il excède les facultés de quel(|ues 
consommateurs qui pouvaient y atteindre l’instant d’avant. Cette conséquence 
est forcée ; autrement les consommateurs dépenseraient plus qu’ils n’ont à 
dépenser. Quand cela arrive à quelqu'un , c’est qu’il dépense le bien d’un 
autre, qu’il substitue sa consommation à celle qu’un autre aurait faite. — 
J,-B. Say. 
* La remarque suivante du même auteur me semble également fausse : 
« Lorsqu’on met un droit excessif sur les cotons, on nuit à la production 
» de tous les tissus dont cette matière est la base. Si la valeur totale ajoutée 
» aux cotons par tes diverses manufactures s’élève en un certain pays à lOO 
X) millions par an, et que les droits réduisent de moitié cette activité, alors 
» l’impôt ravit chaque année à ce pays .'»O millions ; indépendamment de 
»qu’il fait entrer dans le trésor.» Livre Ill, chapitre xviii. 
fMote de l’Anteurj.
        <pb n="267" />
        CHAP. XVI. — DES IMPOTS SUR LES SALAIRES. 213 
emploi. La facilité d’accumuler ne s’est augmentée dans le pays que 
de la dilFérencc entre les proiits obtenus dans le dernier de ces em 
plois et ceux qu’on obtenait dans le précédent L 
Que les impôts soient assis sur le revenu ou sur le capital, ils 
diminuent la matière imposable d’nn Etat. Si je cesse de dépenser 
100 1. en \in, parce qu en payant un impôt de cette valeur, j’ai mis 
le gouvernement à portée de dépenser ces 100 1. au lieu de les dé 
penser moi-méme, il y a nécessairement une valeur de 100 1. de 
marchandise retirée de la liste des choses imposables. Si le revenu 
des habitants d'un pays est de 10 millions, ils posséderont au moins 
pour 10 millions de valeurs imposables. Si, en frappant d’un impôt 
une partie de ces valeurs, on en met un million à la disposition du 
gouvernement, le revenu des habitants restera toujours nominale 
ment de 10 millions, mais il ne leur restera que 9 millions de valeurs 
imposables. 11 n’y a pas de cas où l’impôt ne diminue les jouissances 
&lt;le tous ceux sur (jui il tombe en définitive, et il n’y a d’autre moyen 
d’augmenter de nouveau res jouissances, que l’accumulation d’un 
nouveau revenu. 
L impôt ne peut jamais être si équitablement réparti qu’il inline 
dans la même proportion sur la valeur de toutes les choses, en les 
maintenant toutes dans la même valeur relative. Il agit souvent, 
par ses elfets indirects, d’une manière qui s’écarte beaucoup des 
vues du législateur. .Nous avons déjà vu que l’effet d’un impôt 
direct sur le blé et les produits agricoles est, dans le cas où le 
numéraire serait un produit du pays, de faire monter le prix de 
toutes les marchandises à proportion que les produits agricoles 
en font partie, et par là de détruire le rapport naturel qui exis 
tait auparavant entre elles. Un autre de ses effets indirects, c’est 
iRoureusement parlant, M. Ricardo, a, dans ce cas-ci, raison contre moi. 
.ertes, si tous les capitaux étaient aussi bien employés qu’ils peuvent l’être on 
ne pourrait donner de l’accroissement à une industrie sans retirer à une autre 
nne partie de ses instruments ; mais dans la pratique rien ne se fait avec 
e rigueur. Une industrie qui s’élève, et surtout lorsqu’elle se compose de 
foui comme le commerce de la marée, s'élève au moyen d'une 
cinn^ petites sommes mises en réserve, et qui n'avaient souvent aucun utile 
^ovor 1 1 craint pas de les hasarder lorqu’ime occasion 
P'taux 1 présente Plusieurs industries comme celle-ci exigent peu de ca- 
qu’elle ^ pouvant se conserver plus de trois ou quatre jours, il faut 
avanc revendue presque aussitôt qu'achetée ; elle n'admet pas de longues
        <pb n="268" />
        214 PIUNCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE, 
qu’il fait monter les salaires et qu’il fait baisser le taux des profits ; 
et nous avons aussi vu dans une autre partie de cet ouvrage que l’ef 
fet de la hausse des salaires, et de la diminution des profits, est d’a 
baisser les prix en monnaie des objets dont la production lient prin 
cipalement à l’emploi d’un capital fixe. 
On est si convaincu qu’un produit, dès qu’il est frappé d’imjidt, 
ne peut plus être ex])orté aussi avantageusement, qu’on accorde, sous 
forme de draw-back, la remise des droits aux marchandises exportées, 
et qu’on établit les droits sur l’importation des produits similaires. 
Si cette remise des di'oits et ces droits d’entrée sont assis avec équité, 
non-seulement sur ces marchandises elles-mêmes, mais encore sur 
toutes les autres sur lesquelles ils peuvent exercer une influence in 
directe, alors il n’y aura certes aueun dérangement dans la valeur des 
métaux précieux. Dès que nous pouvons exporter un article frappé 
de l’impôt aussi bien qu’auparavant, sans donner aucune facilité 
particulière à l’importation, les métaux précieux n’entreront pas 
plus que ¡)ar le passé dans la liste des matières d’exportation. 
Il n’est peut-être point de matières plus propres à être imposées 
que celles que la nature ou l’art produisent avec une facilité remar 
quable. Pour ce qui concerne les pays étrangers, l’on peut ranger 
ces objets parmi ceux dont le prix n’est pas réglé par la quantité de 
travail qu’ils ont coûté, mais plutôt par le caprice, le goût et les fa 
cultés de l’acheteur. Si l’Angleterre possédait des mines d’étain plus 
riches (luc celles des autres pays; si, par lasu])ériorité des machines 
ou l’avantage du combustible, elle avait des facilités particulières 
pour fabriquer des tissus de coton, les prix de l’étain et du coton 
n’en seraient pas moins réglés, en Angleterre, par la quantité com 
parative de travail et de capital nécessaires ])our la production de 
ces matières, et la concurrence ])armi nos négociants ferait que le 
consommateur étranger les paierait à peine plus cher que nous. 
Notre supériorité dans la production de ces objets pourrait être 
telle que, dans les marchés etrangers, ils se vendissent beaucoup plus 
cher ^ sans que cela influât beaucoup sur leur consommation. Mais 
ils ne pourraient jamais parvenir à ce prix par aucun autre moyen 
que par un droit de sortie, tant que la concurrence serait libre chez 
nous. Cet impôt retomberait principalement sur les consommateurs 
étrangers, et une partie des dépenses du gouvernement anglais se 
rait défravée par un impôt sur l’agriculture et sur l’industrie des 
autres pays, l.’inqmt sur le thé, que paie actuellement le peuple an 
glais, et qui fournit à une partie de la dépense du gouvernement de
        <pb n="269" />
        CHAP. XVI. — DES IMPOTS SUK LES SALAIRES. 21î&gt; 
l’Angleterre, pourrait, s’il était levé en Chine à la sortie de cette 
plante, servir à défrayer les dépenses du gouvernement chinois. 
Les impôts sur des objets de luxe ont quelque avantage sur ceux 
qui frappent des objets de nécessité. Ils sont en général payés aux 
dépens des revenus, et ne diminuent point par conséquent le capital 
productif du pays. Si le vin renchérissait beaucoup par suite d’un 
impôt, il est vraisemblable qu’on renoncerait plutôt au plaisir d’en 
boire, qu’on ne serait disposé à faire une brèche un peu importante 
à son ca])ital pour avoir le moyen d’acheter du vin. Des impôts de 
ce genre sont tellement identifiés avec le prix, que le contribuable 
s’aperçoit à peine qu’il paie un impôt. Mais ils ont aussi leurs incon 
vénients. D’abord, ils n’atteignent jamais le capital; et il y a des cir 
constances extraordinaires où il peut être nécessaire que le capital 
môme contribue aux besoins de l’État; en second lieu, il n’y a point 
de certitude quant au produit de ces impôts ; car ils peuvent même ne 
pas atteindre le revenu. Une personne décidée à économiser, se sous 
traira à un impôt sur le vin, en renonçant à en boire. Le revenu du 
pays peut ne pas souffrir de diminution, et cependant l’impôt peut ne 
pas fournir un seul shilling à l’État. 
I out objet que l’habitude aura rendu une source de jouissances, 
ne sera abandonné qu’à regret, et l’on continuera à en faire usage, 
quoiqu il soit frappé d’un fort impôt; mais cela a des bornes, et l’ex 
périence journalière démontre que l’augmentation de la valeur no 
minale des impôts, en diminue souvent le produit. Tel homme conti 
nuerait a boire la même quantité de vin, quoique le prix de chaque 
bouteille eût monte de trois shillings, qui renoncerait à en boire 
plutôt que de le payer quatre shillings plus cher. Tel autre consentira 
à le payer 4 s., qui ne voudra pas en donner 5 s. On peut en dire 
autant de tout autre impôt sur les objets de luxe. Tel individu pour 
rait consentir à payer 5 1. pour avoir la jouissance que procure un 
cheval, qui ne voudrait pas payer 10 1. ou 20 1. pour cela. Ce n’est 
pas parce qu’on ne peut pas payer davantage qu’on renonce à l’usage 
du vin et des chevaux, ce n’est que parce qu’oii ne le veut pas. Cha 
cun a une certaine mesure d’après laquelle il apprécie la valeur de 
jouissances; mais cette mesure est aussi variable que l’est le ca 
ractère des hommes. Un pays dont les finances sont dans une situa 
ron tout artificielle , par le système funeste d’accumuler une grande 
nationale, et, par suite, de se créer des budgets énormes, est 
P Us particulièrement exposé à l’inconvénient inséparable de ce 
d impôt. Après avoir frappé de contributions tout le cercle de
        <pb n="270" />
        2Iß PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
nos jouissances, après avoir frappé d’impôts les chevaux, les earros- 
ses, le vin, les domestiques, et toutes les autres jouissances du riche, 
un ministre est porté à conclure que le pays est imposé au maxi- 
nnim ; car, en augmentant le taux, il ne peut plus augmenter le pro 
duit d’aucun de ces impôts. 11 pourra cependant se tromper parfois 
dans cette conclusion ; car il se peut bien qu’un tel pays puisse encore 
supporter un grand surcroît de charges, sans que son capital soit 
entamé.
        <pb n="271" />
        CH. XVII. — DES IMPOTS SUR LES PRODUITS NON AGRICOLES. 217 
CHAPITRE XVII. 
DES IMPOTS SLR LES PRODUITS NON AGRICOLES. 
Par le même principe qu’un impôt sur le hlé en élève le prix, un 
impôt sur toute autre denrée la fera également renchérir. Si le 
prix de cette denrée ne haussait pas d’une somme égale à celle de 
i’impôt, elle ne rajiporterait pas au producteur le même profit qu’il 
retirait auparavant, et il déplacerait son capital pour lui donner un 
autre emploi. 
.(‘S impôts sur toute espèce de choses, qu’elles soient de nécessité 
ou de luxe, tant que la valeur de la monnaie reste la même, en fe- 
Ion toujours hausser la valeur d’une somme au moins égale à celle 
‘ sur les objets manufacturés, nécessaires pour 
et sans vôet • remarquer que )I. Ricardo admet trop généralement 
ne doiiup les capitaux et l’industrie se retirent d’une production qui 
tous les % profits égaux aux profits des autres commerces. Dans presque 
pourrait l il se troine des capitaux tellement engagés qu’on ne 
os retirer de leur emploi sans altérer considérahlement leur valeur. T .es
        <pb n="272" />
        2t s PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
l’iisafîe de l’ouvrier, aurait le même effet qu’un impôt sur le blé, qui 
lie diffère des autres choses nécessaires, que parce qu’il est, entre tou 
tes, la première et la ])lus importante ; et cet impôt produirait préci 
sément les mêmes effets sur les profits des capitaux et sur le commerce 
étranger. Mais un impôt sur les objets de luxe n’aurait d’autre effet 
que de les faire renchérir. 11 retomberait en entier sur le eonsomma- 
teur, et il ne saurait ni faire hausser les salaires, ni faire baisser les 
profits. 
Les im¡)óts qu’on lève sur un pays pour les frais de la guerre ou 
pour les dépenses ordinaires du gouvernement, et dont le produit est 
principalement destiné à rentretien d’ouvriers improductifs, sont 
pris sur l’industrie productive du pays ; et tout ce qu on peut épar 
gner sur de telles dépenses, est en général autant d ajouté au revenu 
ou même au capital des contribuables. Quand on lève, par la voie 
d’un emprunt, ‘20 millions pour les dépenses d’une année de guerre, 
ce sont 20 millions que l’on enlève au capital productif de la nation. 
Le million annuel qu’on lève par des impôts pour payer les intérêts 
de cet emprunt, ne fait que passer des mains de ceux qui le paient 
dans celles de ceux (pii le reçoivent, des mains du contribuable dans 
celles du créancier de l’Ltat. La dépense réelle, ce sont les 20 mil 
lions, et non l’intérêt qu’il faut en payer '. 
talents et les travaux industriels eux-mêmes ne changent pas d’objet sans de gra 
ves inconvénients. On aime mieux continuer à travailler dans un genre qui rap 
porte moins, parce qu’il y aurait plus de perte encore à changer ; et cet eftet se 
perpétue quelquefois un demi-siècle durant, c’est à-dire tout le temps que dure 
bien souvent la forme d’administration et le système des contributions. 
Il est impossible de négliger des circonstances qui influent si puissamment sur 
les résultats ; on risque beaucoup de se tromper quand on n’a les yeux fixés que 
sur quelques grands principes, et qu’on ne veut compter pour rien les modifica 
tions qu’ils rei^oivent des considérations accessoires. Les circonstances agissent 
en vertu de principes tout aussi incontestables, et (jui, de même que les principes 
les plus généraux, dépendent de la nature des choses. — J.-R. Sav. 
' ÎMelon dit que les dettes d’un État sont des dettes de la main droite à la main 
gauche dont le corps ne se trouve pas affaibli. A la vérité, la richesse générale 
n’est point diminuée par le paiement des intérêts ou arrérages de la dette ; les 
intérêts sont une valeur qui passe de la main du contribuable dans celle du ren 
tier de l’État : que ce soit le rentier ou le contribuable qui l’accumule ou la 
consomme, peu importe à la société, j’en conviens; mais le principal de cette 
rente où est-il? il n’est plus. La consommation qui a suivi l’emprunt a emporté 
un capital qui ne rapportera plus de revenu. La société est privée, non du mon 
tant des rentes, puisqu’il passe d’une main dans l’autre, mais du revenu d’un
        <pb n="273" />
        CH. XVII. - DES IMPOTS SUR LES PRODUITS NON AGRICOLES. 2U&gt; 
Que les intértHs de l’emprunt soient ou ne soient pas pavés, la na 
tion ne s en trouvera ni plus ni moins riche. Le gouvernement 
aurait pu lever d’un coup les 20 millions parle moyen d’impôts, et, 
dans ce cas, il aurait été inutile de lever pour un million d’impôts 
annuels. Cela n aurait cependant pas changé la nature de l’opération. 
On aurait pu forcer un individu de donner 2000 1. pour une seule 
h)is, au lieu de payer 100 1. tous les ans; et il pourrait aûssi conAe- 
nir davantage à cet individu d’emprunter ces 2000 1., et d’en payer 
100 1. d’intérêts par an au prêteur, plutôt que de prendre la plus 
lortc de ces deux sommes sur son propre fonds. Dans l'un de ces cas. 
c’est une transaction privée entre A et B; dans l’autre, c’est le gou 
vernement qui garantit à B le paiement des intérêts qui doivent éga 
lement être payés par A. Si la négociation eût été entre particuliers, il 
n’en aurait pas été fait d’acte authentique, et il aurait été à peu près 
indifférent pour le pays que A exécutât ponctuellement son contrat 
avec B, ou qu'il retînt injustement les 100 1. par an en sa possession. 
L’intérêt de la nation, en général, serait que le contrat s’exécutât 
ponctuellement; mais quant à la richesse nationale, le seul objet 
d intérêt est de savoir lequel de A ou de D rendra ces 100 1. plus 
productives; mais à l’égard de cette question, la nation n’a ni le 
droit ni les moyens de la décider. Il serait possible que A, gardant 
cette somme pour son usage, la dissipât d’une manière improductive ; 
eUl serait possible aussi qu’au contraire ce fût B qui la dissipât, tan 
dis que A l’emploierait d’une manière productive. Sous le seul point 
de vue de l’utilité nationale, il pourrait être plus ou moins à désirer 
&lt;[ue A payât ou ne payât pas la somme ; mais les principes de la jus 
tice et de la bonne foi, qui sont d’une tout autre importance, ne doi 
vent point céder à des considérations d'un intérêt bien moindre ; cl 
liar conséquent, si on réclamait l'intervention du gouvernement les 
tribunaux obligeraient A à exécuter son contrat, l ne dette garantie 
par la nation ne diffère en rien d’une telle négociation. La justice et 
la bonne foi exigent que les intérêts de la dette nationale continuent 
&lt;1 être payés, et que ceux qui ont avancé leurs capitaux pour l’avan- 
capital détruit. Ce capital, s il avait été employé productivenient par celui qui 
a prêté à l’Etat, lui aurait également procuré un intérêt; mais cet intérêt au 
rait été fourni par une véritable production, et ne serait pas sorti de la poebe 
d un concitoyen. » — J.-R. Say, liv. Ill, chap. í). 
Ce passage est concu et rendu selon le véritable esprit de la science. 
{Note de l’Auteur.)
        <pb n="274" />
        020 PRINCIPES DE L’ECONOMIE POLITIQUE. 
tage général, ne soient pas forcés de renoncer à leurs justes préten 
tions, sous le prétexte que cela convient à l’État*. 
Mais, cette considération à part, il n’est pas du tout surque Tutilité 
publique gagnât quelque chose au sacrifice de la justice politique; il 
Ti’est nullement certain que ceux qu’on libérerait du paiement des in 
térêts de la dette nationale , employassent cet argent d’une manière 
plus productive que ceux à qui il est incontestablement du. En sup 
primant la dette nationale, le revenu d’une personne pourrait monter 
de 1,000 1. à 1,500 1. ; mais celui d’une autre baisserait de 1,500 1. à 
1,0001. Les revenus de ces deux individus, ensemble, montent à pré 
sent à 2,500 1. ; et ils ne vaudraient pas davantage après la banque 
route. Si l’objet de tout gouvernement est de lever des impôts, il y 
aurait le même capital et le même revenu imposable dans un cas que 
dans l’autre. 
Ce n’est donc pas le ¡»aiement des intérêts de la dette nationale, 
qui accable une nation , et ce n’est pas en supprimant ce paiement 
qu’elle peut être soulagée. Ce n’est que par des économies sur le re 
venu, et en réduisant les dépenses, que le capital national peut s’ac 
croître ; et l’anéantissement de la dette nationale ne contribuerait en 
rien à augmenter le revenu ni à diminuer les dépenses. C’est la pro 
fusion des dépenses du gouvernement et des particuliers, ce sont les 
emprunts qui appauvrissent un pays ; par conséquent, toute mesure 
&lt;|ui pourra tendre à encourager l’économie du gouvernement et des 
particuliers soulagera la détresse publique, sans doute, mais c’est une 
erreur et une illusion de croire qu’on peut soulager une nation du 
poids d’un fardeau qui l’accable , en l’ôtant de dessus une classe de 
la société qui doit le supporter, pour le faire peser sur une autre (pii, 
suivant tous les jirincipes d’équité, ne doit supporter (jue sa part. 
' A Dieu ne plaise (|ue je veuille (ju’aucun (louveniement maïuiue de parole aux 
créanciers de l’État ; mais si jamais pareil malheur arrive entre Ualerme et 
Edimbourg, on lira en tête de l’édit un beau préambule dans lequel il sera dit ; 
« Attendu que les créanciers de l’État ont prêté, non pour l’avantage général, 
mais pour retirer un bon intérêt de leurs fonds ; attendu (ju’ils ont prêté, non a 
nous, mais à des gouvernants qui nous ont précédés, qui non-seulement n’é 
taient pas nous, mais ont employé cet argent à nous combattre, nous ou le système 
que nous chérissons ; attendu qu’ils n’ont été guidés par aucun sentiment de 
confiance, mais plutôt par le dé*sir d’avoir une propriéité que l’impôt n’atteint pas, 
et qu’on peut vendre à la Rom-se du jour au lendemain; attendu que la nation 
n’est point engagée par le vote de législateurs qui se disaient ses représentants, 
mais qui ne représentaient en réalité que la volonté des ministres occupés du 
doux emploi de dissiper les fonds de tous ces emprunts, etc., etc. &gt;• — .l.-R. Sav.
        <pb n="275" />
        CH. XVII. — DES IMPOTS SUR EES PRODUITS NON AGRICOLES. ±¿i 
On aurait tort de conclure de tout ce que je viens de dire que 
je regarde le système des emprunts comme le meilleur moyen de 
fournir aux dépenses extraordinaires de l'Etat. C’est un système qui 
tend à nous rendre moins industrieux, à nous aveugler sur.notre 
situation. Si les frais d’une guerre montent à 40 millions par an, et 
que la part d’un particulier, pour subvenir à cette dépense annuelle, 
soit de 100 1., il tâchera, si l’on exige de lui le paiement total et 
immédiat de cette somme, d’épargner promptement 100 1. sur son 
revenu. Par le système des emprunts, on n’exige de lui que l’intérêt 
de ces 100 1., ou 5 1. jjar an; il croit qu’il lui sullit d’épargner ces 
5 1. sur sa dépense, et il se fait illusion, se croyant aussi riche en 
fonds que par le passé. La nation et son gouvernement, en raison 
nant et en agissant de la sorte, n’épargnent que les intérêts de 40 
niillions, ou de 2 millions ; et ils perdent non-seulement tous les 
intérêts ou le prolit que 40 millions de capital employés produe- 
tivemeiit auraient rendus, mais ils perdent encore 38 millions, 
diflérence entre leur épargne et leur dépense ordinaire. 
Si, comme je l’ai observé plus haut, chacun avait à faire un em 
prunt particulier, afin de contribuer pour toute sa part aux besoins 
de l’Etat, dès que la guerre serait terminée, l’impôt cesserait, et 
toutes les denrées, reviendraient à l’instant à leur taux naturel. 
A pourrait a&gt;oir à payer, sur son fonds ])artieulier, à B, l’intérêt 
de l’argent que ce dernier lui aurait prêté pendant la guerre, pour 
lui donm r les moyens de payer sa quote-part des dépenses publi 
ques; mais la nation ne s’en mêlerait pas. 
lu pays qui a laissé une grande dette s’accumuler, se trouve 
])Iacé dans une situation artificielle ; et quoique le montant de ses 
impôts et l’augmentation du prix du travail jmissent n’avoir et 
n’aient probablement d’autre inconvénient, par rapport aux pays 
étrangers, que l’inconvénient inévitable de payer ces impôts, il est 
cependant de l’intérêt de tout contribuable de se soustraire à cette 
charge, en en rejetant le paiement sur les autres. Le désir de trans 
porter sa personne et son capital dans un autre pays où on soit exempt 
de pareilles charges, devient à la longue irrésistible, et finit par 
vaincre la répugnance naturelle que tout le monde éprouve à re 
noncer à son pays natal et aux objets de ses premières affections. I n 
pays qui s’est plongé dans les embarras qu’entraîne ce système ar 
tificiel, ferait bien de s’en débarrasser par le sacrifice même d’une 
portion de son capital, suffisante pour racheter sa dette. La conduite 
&lt;iui conviendrait à un particulier convient également à une nation.
        <pb n="276" />
        jgj PRINCIPES DK L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Lin particulier qui a 10,000 1. de fortune, qui lui rapportent 500 1., 
sur lesquelles il est tenu de payer 100 1. par an, ne possède réelle 
ment que 8,000 1., et il serait aussi riche en continuant de payer 
100 1. par an ou en sacriliant une fois pour toutes 2,000 I. Mais qui 
serait, demandera-t-on, l’acheteur des propriétés qu’il serait obligé 
de Tendre pour se procurer ces 2,000 1. ? La réponse est toute sim 
ple. Le créancier national, qui doit recevoir ces 2,000 1., aura be 
soin de placer son argent; et il sera dis])osé à le prêter au proprié 
taire foncier, ou au manufacturier, ou à leur acheter une partie des 
propriétés qu’ils ont à vendre. Les capitalistes eux-mêmes contri 
bueraient beaucoup à amener ce résultat. 
On a souvent ])ro])Osé un plan de ce genre ; mais nous ne sommes, 
je le crains, ni assez sages ni assez vertueux ])Our l’adopter. On doit 
cependant admettre que, pendant la paix, nos ellorts doivent être 
dirigés vers le ])aiement de la portion de dette qui a été contractée 
j)endant la guerre, et qu’aucun désir d’alléger un lardean, qui, je 
l’espère, n’est que temporaire, ne doit nous détourner un instant de 
ce grand objet. Aucun fonds d’amortissement ne pent contribuer 
d’une manière ellicace à diminuer la dette de l’Ltat, s’il n’est tire 
de l’excédant du revenu sur la dépense publique. Il est à regretter 
que le fonds d’amortissement de l’Angleterre ne le soit que de nom; 
car il n’existe pas, chez nous, d’excédant de la recette sur la dé 
pense. Ce ne sont que les économies qui pourraient le rendre ce qu’il 
devrait être, un fonds réellement capable d’éteindre la dette natio 
nale. Si, au moment où une nouvelle guerre éclatera, nous n’avons 
pas éteint une grande partie de notre dette, il arrivera de deux 
choses l’une ; ou tous les frais de cette nouvelle guerre seront payés 
par des impôts levés année par année, ou bien il faudra (pi a la 
lin de la guerre, et peut-être même avant, nous nous soumettions à 
une baïupieroutc nationale. Ce n’est pas (ju il nous soit impossible 
de supporter encore un surcroît assez considérable de dette, car il 
est impossible d’assigner des bornes aux ressources d’une grande 
nation; mais certes il y a des bornes aux sacrilices d’argent que 
les particuliers pement consentir à faire continuellement, pour le 
seul privilège de pouvoir vivre dans leur pays natal*. 
4 Robert tiamilton est, à ma connaissance, le premier (jui ait averti les 
Anglais qu’on n’éteint aucune partie de sa dette quand on emprunte d’un côté 
plus qu’on ne rembourse de l’autre ; qu’il vaut mieux ne rien rembourser et em-
        <pb n="277" />
        CH. XVll. — DES IMPOTS SUR LES PRODUITS NON AGRICOLES. ti'A 
Quand une denrée est à un prix de monopole, elle a atteint le plus 
haut prix auquel le consommateur puisse consentir à l’acheter. Les 
denrées n’atteignent ce prix de monopole que lorsqu’il est impossi 
ble d’imaginer aucun moyen d’en augmenter la quantité, et lorsque, 
par conséquent, il n’y a de concurrence que d’un seul côté, c’est-à- 
dire, parmi les acheteurs. Le prix de monopole peut, à une époque, 
être beaucoup plus haut ou plus bas qu’à une autre, parce que la 
concurrence entre leS acheteurs doit dépendre de leur fortune et de 
pruuter un peu moins, parce qu’on épargne du moins alors les frais de l’opération. 
Je regarde néanmoins comme important de voir l’opinion d’un homme aussi ca 
pable que M. Ricardo, et qui connaît aussi bien la nature des fonds publics en 
général, et des fonds anglais en particulier, conlirmer entièrement la doctrine du 
savant académicien d’Edimbourg ; je regarde comme important de voir IM. Ri 
cardo nous annoncer que si, au moment d’une nouvelle guerre, le Gouvernement 
britannique n’a pas, remboursé une portion considérable de la dette (ce qui ne s’a 
chemine pas, puisque durant la paix il l’augmente chaque année); ou bien s’il ne 
trouve pas le moyen de faire payer .-haque année à la nation la dépense extraor 
dinaire que cette guerre occasionnera (ce qui n’est point possible, puisqu’on a de 
la peine à trouver de nouveaux impôts pour payer seulement l’interét de ces 
frais extraordinaires) ; de le voir, dis-je, nous annoncer que, sauf ces deux suj)- 
positions, qui sont inadmissibles, la banqueroute est inévitable. 
Smith avait dit que les caisses d’amortissement semblaient avoir eu pour objet 
moins de rembourser la dette que de l’accroître. Mais Hamilton et Ricardo ont 
creusé ce sujet jusqu’au fond , et y ont fait pénétrer une lumière à laquelle désor 
mais aucune fallacieuse doctrine ne saurait résister. M. Ricardo, avec une sagacité 
admirable, réduit ici la question à ses termes essentiels. Contracter une dette, 
c’est se charger d’un fardeau dont la banqueroute elle-même ne saurait vous 
libérer, puisque son effet ne serait pas d’augmenter les revenus des particuliers de 
tout ce que l’impôt lèverait de moins ; mais seulement d’augmenter les revenus 
&lt;ies contribuables (qui ne paieraient plus cette portion de l’impôt) aux dépens des 
rentiers (qui ne la recevraient plus). Et quel est l’effet de ce fardeau inévitable ? 
de rendre plus dure la condition des habitants du pays, de les exciter à secouer 
cette importune charge sur les épaules de leurs concitoyens en s’éloignant, en se 
soustrayant par l’émigration aux privations, aux gênes, aux frais qui résultent de 
la dilapidation antérieure d’un grand capital. Il prouve que le remède à ce mal 
ne peut venir que de la restitution de ce capital ; mais pour restituer un capital, 
il faut l’accumuler lentement en dépensant chaque année moins qu’on ne reçoit. 
Or, tout homme de bon sens se demande de qui l’on peut attendre cette sage con- 
«luite : sera-ce d’un gouvernement intéressé à dépenser, à multiplier le nombre de 
ses salariés pour multiplier ses créatures? sera ce de ces salariés eux-mêmes inté 
ressés à conserver leurs places et leur faveur aux dépens des contribuables ? ou 
bien sera-(te d’une représentation nationale forte et indépendante, intéresstie à 
ménager la bourse du peuple, qui est la sienne ? — J.-R. Say.
        <pb n="278" />
        PRINCIPES DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE. 
leurs goûts ou de leurs eapriccs. Ces vins exquis, (jui ne sont pro 
duits qu’eu très-petite quantité, et ecs ouvrages de l’art, qui, par 
leur exeelleiiec ou leur rareté, ont acquis une \aleur idéale , seront 
échangés contre des quantités très-différentes des produits du tra 
vail ordinaire, selon que la société sera riche ou pauvre, selon que 
ces produits seront abondants ou rares, et selon qu’elle se trouvera 
dans un état de barbarie ou de civilisation. La valeur échangeable 
d’une chose qui est à un prix de monopole n’est donc nulle part ré 
glée par les frais de production. 
Les produits immédiats de la terre ne sont pas au prix de mono 
pole; car le prix courant de l’orge et du blé est aussi bien réglé par 
les frais que leur production a coûtés, que celui du drap ou de la 
toile. La seule différence consiste en ce qu’une portion du capital em 
ployé en agriculture, c’est-à-dire la portion qui ne paie pas de rente , 
règle le j)rix du blé ; tandis que, dans la production des ouvrages 
manufacturés, chaque portion de capital est employée avec les me 
mes résultats ; et comme aucune portion ne paie de loyer, chacune 
d’elles sert également de régulateur du prix. D’ailleurs le blé, ainsi 
que tous les produits agricoles, peut être augmenté en (quantité ])ar 
l’emploi d’un plus gros capital sur la terre, et par conséquent ces den 
rées ne sauraient jamais être à un prix de monopole. Dans ce cas, il 
y a concurrence parmi les vendeurs ainsi que parmi les achl9teui*s. 11 
n’en est pas de même pour ce qui regarde la production de ces vins 
exquis ou de ces ouvrages précieux des arts dont nous venons de 
parler; leur quantité ne saurait être augmentée; et rien ne met des 
bornes à leur prix que la fortune et la volonté d(is acheteurs. La 
rente de ces vignobles peut augmenter au delà de toute limite rai 
sonnable; car aucun autre terroir ne j)ouvant donner de tels vins, 
aucun ne peut entrer en concurrence. 
Le blé et les produits agricoles d’un pays peuvent, à la vérité, se 
vendre pendant un certain temps à un prix de monopole; mais cela 
ne peut avoir de durée que lorsqu’il n’est plus possible d’employer, 
d’une manière productive, de nouveaux capitaux sur les terres, et 
que, par conséquent, les produits ne peuvent être augmentés. Alors, 
toutes les terres cultivées et tous les capitaux employés sur les terres 
rapporteront une rente qui sera différente selon la différence des pro 
duits. Alors aussi, tout impôt qui pourra être mis sur le fermier, 
tombera sur le propriétaire et non sur le consommateur. Le fermier 
ne peut élever le prix de son blé; car, par notre su¡)position, il est déjà 
au plus haut prix auquel les acheteurs veuillent ou puissent l'acheter.
        <pb n="279" />
        CH. XVII. — DES I.MPOTS SUR LES l'HODUITS NOX ACHICOLES, iîf, 
Il ne se contentera pas d un moindre taux de prolits que celui que 
retirent de leurs fonds les autres capitalistes, et par conséquent il 
n aura d autre alternative que d’obtenir une réduction de la rente 
ou de quitter son industrie. 
M. Buchanan regarde le blé et les produits agricoles comme étant 
au prix de monopole, parce que ces produits paient une rente. Se 
lon lui, toutes les denrées qui paient une rente doivent être au prix 
de monopole, et il en conclut que tout impôt sur les produits agri- 
eo es doit tomber sur le propriétaire et non sur le consommateur, 
-e prix du blé, dit-il, qui rapporte toujours une rente, n’étant 
■ sous aucun rapport, modilié par les frais de production, ces frail 
■ doivent être pris sur la rente, et par conséquent, lorsque ces frais 
• haussent ou baissent, il n’en résulte pas un prix plus baut ou plus 
• bas, mais une rente plus ou moins élevée. Sous ce point de vue 
" tout impôt sur les domestiques de ferme, sur les chevaux ou sur 
- les instruments d’agriculture, est réellement un impôt foncier 
• dont le poids tombe sur le fermier pendant la durée de son bail’ 
■ et sur le propriétaire quand il faut le renouveler, üe même tous 
• les instruments d’agriculture perfectionnés, qui épargnent des dé- 
• Mises au fermier, tels que les machines à battre ou à faucher le 
blé, tontee qui lui rend l’accès du marché plus aisé, comme de 
I Wre"! f"';' -‘■”^“«■■‘*“«'■1 appartient au proprié- 
taire et fait partie de sa rente. » 
de probt, et que c’est cette portion de capital — dont le pro- 
I \ I celui des manufactures, se partage entre les profits et 
yui règle le prix du blé. Le prix du blé qui ne rap- 
^ ^ cente étant donc modifié par les frais de sa production, 
sauraient être pris sur la rente ; et la suite de l’augmen- 
{OEuv. de liicardo,]
        <pb n="280" />
        226 PHINCIPKS DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
talion de ces frais sera donc un surhaussement de prix, et non une 
diminution de la rente*. 
11 est singulier qu’Adam Smith et M. Buchanan, qui, tous deux, 
convieunent que les impôts sur les produits agricoles, l’impôt fon 
cier et la dime, tombent tous sur le proiit du propriétaire foncier, 
et non sur les consommateurs des produits de l’agriculture, admettent 
néanmoins qu’un impôt sur la drèche tomberait sur le consommateur 
' « L’industrie manufacturière augmente ses produits à proportion de la de- 
» mande, et les prix baissent ; mais on ne peut pas augmenter ainsi les produits 
.. de la terre, et il faut toujours un haut prix pour empêcher que la consomma- 
» tion n’excède la demande. &gt;&gt; iiuchanan, loin. IV, pag- 40. Est-il possible que 
que iM. Buchanan puisse soutenir serieusement que les produits de la terre ne 
peuvent être augmentés quand la demande en devient plus considerable. 
ote de l’Auteur.) 
M. Buchanan suppose, je pense, que la tendance qu'a la population à devancer 
les moyens de subsistance (V . Ifcs raisons irrésistibles qn’en donne Malthus), éta 
blit une demande telle, que le prix des subsistances excède toujours ce qui serait 
rigoureusement nécessaire pour payer les seuls profils du capital et de l’industrie 
employés à la culture des terres. C’est cet excédant qui compose le profit du pro 
priétaire foncier, la rente qu’un fermier consent à payer, même lorsqu’il n’y a 
aucun capital répandu sur la terre qu il loue- 
Le prix des produits territoriaux, comme tous autres, est toujours fixé en raison 
composée de l’offre et de la demande ; or, il est clair que dans lecas dont il est ici 
question, la demande n’étant jamais bornee, et l’offre l’étant toujours (puisque 
l’étendue des terres cultivables l’est), le produit des terres doit être a un prix 
monopole, qui s’élève d’autant plus, que les facultes des consommateurs s’aug 
mentent. 
Il ne faut pas dire que la quantité des terres cultivables n’est pas bornee tant 
qu’il en reste d’incultes. Si les produits possibles des terres actuellement incultes, 
soit eu raison des difücultés provenant de la distance ou des ditlicnlti* provenant 
des douanes,doivent rev enir plus chers au consommateur que le blé qu il adiete au 
prix monopole de son canton, il est evident que ces terres ne peuvent point, par 
leur concurrence, faire baisser le blé dans son canton. 
J’avoue d’ailleurs queje ne vois aucun motil sutlisantde renoncer à I opinion 
de Smith, qui regarde la terre comme un grand outil, une machine propre à taire 
du blé, quand elle est convenablement manœuvrée, et qui trouve tout simple que 
le propriétaire de cette machine, à quelque titre qu’il la possède , la loue à ceux 
qui eu ont besoin. C’est le besoin qu’on a des produits qui est la premiere source 
du prix qu’on y met. Si la concurrence des producteurs fait baisser ce prix au 
niveau des frais de production, ce n’est pas une raison pour que les proprietaires 
de terres réduisent leurs prétentions au niveau de rien ; car, quoique les tonds de 
terre n’aient rien coûté dans l’origine, l’offre de leur concoui-s est nécessairement 
borné, et les bornes de la quantité offerte sont aussi l’un des éléments de la valeur. 
— J .-B. Sa\ •
        <pb n="281" />
        CH. XVII. — DES IMPOTS SUB LES PBODUITS NON ACRICOLES. 227 
de bière, et ne porterait pas sur Ja rente du j)ropriétaire. L'argument 
d Adam Smitli est un exposé si bien tracé de la manière dont j’en 
visage l’impôt sur la drèche, ainsi que tout autre impôt sur les 
produits agricoles, queje ne peux pas m’empècher de le transcrire, 
en l’offrant à la méditation du lecteur. , 
« D ailleurs, il faut toujours que la rente et les profits des terres 
en orge se rapprochent de ceux des autres terres également fertiles 
" également bien cultivées. S’ils étaient au-dessous, il y aurait 
" bientôt une partie des terres en orge qui serait mise en une autre 
" culture; et s’ils étaient plus forts, plus de terre serait bientôt 
employée à produire de l’orge. Quand le prix ordinaire de quelque 
" produit particulier de la terre est monté à ce qu’on peut appeler 
“ un prix de monopole, un impôt sur cette production fait baisser 
" nécessairement la rente et le profit de la terre où elle croit*. Si 
" ^ on mettait un impôt sur le produit de ces vignobles précieux, 
" dont les vins sont trop loin de remplir la demande effective pour 
" que leur prix ne monte pas toujours au delà de la proportion 
naturelle du prix des productions des autres terres également 
fertiles et également bien cultivées, cet impôt aurait nécessaire 
“ ment l'effet de faire baisser la rente et le profit de ces vignobles. 
Le prix de ces vins étant déjà le plus baut qu’on en puisse retirer, 
" relativement à la quantité (¡ui en est communément envoyée au 
" marché, il ne pourrait pas s’élever davantage, à moins qu’on ne 
« diminuât cette quantité. Or, on ne saurait diminuer cette quantité 
V sans qu’il en résultait une perte encore plus grosse, parce que la 
•&gt; terre où ils croissent ne pourrait pas être consacré à une autre 
« genre de culture dont le produit fût de valeur égale. Ainsi tout le 
" P«id8 de l’impôt porterait sur la rente et Je produit du vignoble; 
» et à bien dire, il porterait sur la rente. Mais le prix ordinaire de 
■» I orge n’a jamais été un prix de monopole; la rente et le profit des 
» terres en orge n’ont jamais été au delà de leur proportion naturelle 
» avec ceux des autres terres également fertiles et également bien 
" cultivées. Les différents impôts qui ont été établis sur la drêcbe, 
“ la bière et l’ale, nom jamais fail baisser le prix de Vonje ; ils n’ont 
' .l’aurais voulu que le moi profit eût été supprimé. 
H laut que le docteur Smith croie que les profits des fermiers de ces vignobles 
précieux sont au-dessus du taux ordinaire des prolits. S’ils ne l’étaient pas, ils ne 
paieraient point l’impôt, a moins qu’il ne leur fût possible de le rejeler sur le pro 
prietaire ou sur le consommateur. (^o/c de l'Auteur.)
        <pb n="282" />
        228 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
» iamais réduit la rente et le prolit* des terres en orge. Le prix de 
, la drêche a monté certainement, pour le brasseur, en proportion 
,, des impôts mis sur cette denrée ; et ces impôts, réunis aux droits 
» sur la bière et l’ale, oui constamment fait monter le prix de ces 
» denrées pour le consommateur, ou bien, ce qui revient au même, 
» ils en ont fait baisser la qualité. Le paiement déiiuitif de ces impôts 
» est constamment retombé sur le consommateur, et non sur le 
» producteur. » 
M. Bucbanau fait sur ce passage les remarques suivantes ; « Lu 
.. droit sur ladrècbe ne peut jamais réduire le prix de l’orge; car, 
» a moins qu’on ne put vendre aussi cher l’orge convertie en drècbe 
» que dans son état naturel, il n’en viendrait pas au marché la 
« quantité nécessaire. Il est donc clair que le prix de la drècbe doit 
« monter à proportion du droit mis dessus; car il serait impossible 
» autrement de fournir à la demande. Le prix de 1 orge est cepen- 
» daiit autant un prix de monopole que celui du sucre; ils rap- 
» portent l’uii et l’autre une rente et le prix courant de tous les 
» deux a également perdu tout rapport avec ce qu’ils ont pu coûter 
» dans l’origine. » 
11 paraîtrait donc que M. Bucbanau est persuadé qu’un droit sur 
la drècbe doit eu élever le prix, mais qu’un impôt sur l’orge qui 
sert à préparer la drècbe ne ferait point hausser le prix de l’orge; 
et par conséquent, que si la drècbe est frappée d’un impôt, il sera 
payé par le consommateur; si l’orge est imposée, l’impôt eu sera 
payé par le propriétaire; car il éprouvera une diminution dans sa 
rente. D’après l’opinion de M. Bucbanau, l’orge est donc à un prix 
de monopole, ou au plus haut prix que les acheteurs soient disposes 
à en donner; mais la drècbe, qui est préparée avec de l’orge, n’est 
pas au prix de monopole, et par conséquent elle peut rencbéiir à 
proportion des impôts dont on pourrait la Irapper. L opinion de 
M. Buchanan, sur les elVets d’un droit sur la drècbe, me semble 
être en contradiction directe avec l’opinion qu il a émise au sujet 
d’un impôt semblable, celui sur le pain. « Lu droit sur le pain, 
» dit-il, sera acquitté eu déliuitive, non par un surbaussement de 
» prix, mais par une réduction de la rente*. » Si un droit sur la 
drècbe fait hausser le prix de la bière, il laut bien (ju un droit sui 
le pain fasse renchérir le pain. 
I ; oyez la note précédente. 
»Tom. Ill, pag. 355.,
        <pb n="283" />
        CH, XVll. — DES IMPOTS SUD DES PRODUITS NON AGRICOLES. 229 
L’argument suivant, de M. Say, est fondé sur les mêmes consi 
dérations que celui de M. Buchanan. « La quantité de vin ou de blé 
* que produit une terre, reste à peu près la même, quel que soit 
“ l’impôt dont la terre est grevée ; l’impôt lui enlèverait la moitié, 
" les trois quarts même de son produit net, ou, si l’on veut, de sa 
» rente, que la terre serait néanmoins exploitée pour en retirer la 
« moitié ou le quart que l’impôt n’absorberait pas. Le taux de la 
»rente, c’est-à-dire la part du propriétaire, baisserait; voilà tout. 
» On en sentira la raison, si l’on considère que, dans le cas supposé, 
» la quantité de denrées produites par la terre, et envoyée au 
» marché, reste néanmoins la même. D’un autre côté, les motifs qui 
» établissent la demande de la denrée restent les mêmes aussi. Or, 
» si la quantité des produits qui est offerte, si la quantité qui est 
» demandée, doivent, malgré l’établissement ou l’extension de la 
» contribution foncière, rester néanmoins les mêmes, les prix ne 
» doivent pas varier non plus; et si les prix ne varient pas, le con- 
» sommateur des produits ne paie pas la plus petite portion de cet 
» impôt. 
» Dira-t-on que le fermier, celui (|ui fournit l’industrie et les 
» capitaux, partage avec le propriétaire le fardeau de l’impôt? On se 
» trompera, car la circonstance de l’impôt n’a pas diminué le nom- 
» bre des biens à louer, et n’a pas multiplié le nombre des fermiers. 
» Dès qu’en ce genre aussi, les quantités offertes et demandées sont 
» restées les mêmes, le taux des rentes a dû rester le même. 
» L’exemple du manufacturier de sel, qui ne peut faire suppor- 
» ter à ses consommateurs qu’une partie de l’impôt, et celui du pro 
» priétaire foncier, qui ne peut s’en faire rembourser la plus petite 
■&gt; partie, prouvent l’erreur de ceux qui soutiennent, en opposition 
» avec les économistes, que tout impôt retombe définitivement sur 
» les consommateurs. » Liv. Ill, chap. 8. 
Si l’impôt enlevait la moitié, leu trois quarts même du produit 
net de la terre sans que le prix des produits haussât, comment 
ces fermiers pourraient-ils retirer les profits ordinaires des capitaux 
qui ne paieraient que des rentes modiques, ayant à exploiter cette 
sorte de terres qui exige beaucoup plus de travail pour rendre un 
produit donné (jue des terres d’une meilleureijualité? La rente se 
rait même abandonnée en entier, (|ue ces fermiers retireraient tou 
jours de leur industrie des profits moindres que ceux des autres 
commerces, et ils ne continueraient par consc(|ucnt à cultiver leurs
        <pb n="284" />
        230 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
terres qu’autaiit qu’ils pourraient élever le prix de leurs produits \ 
Si l’impôt tombait sur les fermiers, il v eu aurait moins de dispo- 
* J’ai distingué dans mon Économie politique\e&amp; profits du fonds de terre des 
profits du capital employé à sa culture ; j’ai même distingué, en parlant de ce ca 
pital, celui qui a été employé par le propriétaire en bâtiments, en clôtures, etc.,de 
celui du fermier, qui consiste principalement en bestiaux et en avances de frais 
de culture. Le premier capital est tellement engagé dans la terre à laquelle il a 
été consacré, qu’on ne peut plus l’en séparer ; c’est une valeur ajoutée à la valeur 
du sol, et qui en subit toutes les chancos, bonnes ou mauvaises. Lorsqu’on est 
forcé d’abandonner la culture d’une terre, on est forcé d’abandonner les irriga 
tions, les clôtures, et même la plupart des bâtiments qu’on avait faits dans la vue 
de l’exploiter. Cette portion du capital est donc devenue/ond.s de terre. Il n’en 
est pas de même des bestiaux et des avances de irais ; on retire ces dernières va 
leurs, on les emploie ailleurs quand on abandonne un fonds de terre. C’est ordi 
nairement cette portion du capital qui appartient au fermier, et qui se retire 
lorsqu’elle ue rend plus des profits ordinaires. 
Or, je dis que lorsqu’une terre est directement ou indirectement grevée d’im 
pôts, ce n’est pas le profit de l’industrie et du capital du fermier qui en supporte 
le faix, parce qu’alors ses talents, ses travaux et son argent, qui se sont mis en 
avant pour un métier où l’on gagnait autant que dans tout autre, cæteris pari- 
bus, abandonneraient une terre qui ne leur offrirait plus que des profits infé 
rieurs, s’il fallait en déduire de nouvelles charges. Dès lors, au premier renou 
vellement de bail, il faudrait bien que le propriétaire baissât le prix de son bail ; 
autrement il ne trouverait point de locataires. 
En supposant que l’impôt montât de celte manière, jusqu’à ravir au proprié 
taire la totalité du fermage, du produit net, je ne vois pas que le fermier, quelque 
inférieure que fût la qualité des terres, quelque coûteuse que fût la culture, y 
perdît encore rien, puisqu’il a dû s’arranger pour en être remboursé par les 
produits avant d’en payer un fermage. 
M. Ricardo me semble demander sur quoi il retiendra le montant de l’impôt 
dont il fait l’avance, lorsqu’il n’a point de fermage à payer. Mais je n’appelle du 
nom de fermage ou produit net d’une terre (|ue ce qui revient au propriétaire après 
que l’impôt est acquitté ou retenu p ir le fermier. Que si I impôt ne peut ctre 
payé, même avec le sacrifice de tout le produit net ; si le fisc veut avoir encore 
de plus une portion du profit du capital et du profit industriel du fermier, il est 
clair que celui-ci quitte la partie, et que nul autre ne voulant prendre sa place 
pour travailler avec trop peu de profit, ou sans profit, la terre reste en friche. 
M. Ricardo peut dire qu’un certain nombre de terres, à commencer par les 
qualités les plus mauvaises, devant toujours se trouver dans ce cas, une extension 
d’impôts doit toujours faire abandonner quelques cultures, diminuer par consé 
quent la quantité de blé portée au marché, ce qui en fait hausser le prix \ or, du 
moment que le prix hausse, c’est le consommateur qui paie l’impôt. 
.le réponds, avec Adam Smith, qu’un système durable d’impôts insupportables 
agit à la manière d’un climat inhospitalier, d’un fléau de la nature : il contrarie 
la production, et la production des substances alimentaires contrariée entraîne la
        <pb n="285" />
        CH. XVU. — DES IMPOTS SUR LES PRODUITS NON AGRICOLES. 231 
sés à affermer des biens fonds ; s’il tombait sur les propriétaires, il 
y aurait bien des fermes qui ne seraient points louées, car elles ne 
rapporteraient pas de fermage. Mais sur quels fonds ceux qui pro 
duisent du blé sans payer de fermage, prendraient-ils de quoi payer 
l’impôt? Tl est évident que l’impôt doit tomber sur le consommateur. 
Comment une telle terre pourrait-elle payer un impôt égal à la moi 
tié ou aux trois quarts de sa production, ainsi que M. Say l’énonce 
dans le passage suivant ? 
« On voit en Écosse de mauvais terrains ainsi cultivés par leurs 
« propriétaires, et qui ne pourraient l’ètre par aucun autre. C’est 
« ainsi encore que nous voyons dans les provinces reculées des États- 
&gt;' Unis des terres vastes et fertiles dont le revenu tout seul ne suffit 
" pas pour nourrir leur propriétaire : elles sont cultivées néan- 
» moins ; mais il faut que le propriétaire les cultive lui-même, c’est- 
» à-dire, qu’il porte le consommateur à l’endroit du produit, et qu’il 
» ajoute au profit de son fonds, qui est peu de chose ou rien, les 
» profits de ses capitaux et de son industrie, qui le font vivre dans 
’&gt; l’aisance. 
» On connaît que la terre, quoique cultivée, ne donne aucun pro- 
« fit, lorsqu’aucun fermier ne veut payer de fermage; c’est une 
" preuve qu’elle ne permet de retirer que les profits du capital et de 
» l’industrie nécessaires à sa culture. » Say, liv. Il, cbap. 9, 3* éd. 
dépopulation. Le défaut de population excède souvent même, par des causes que 
découvre l’économie politique, mais qui ne peuvent être développées ici, le défaut 
de production des aliments. C’est ainsi que la dépopulation de l’Égypte a excédé 
le déclin de son agriculture. Il ne faut donc pas être surpris si des terres qu’on 
laisse en friche ne font pas monter le prix du blé. — l.-R. Say.
        <pb n="286" />
        232 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
CHAPITRE XVIII. 
DE LA TAXE DES PAUVRES. 
Nous avons vu que les impôts sur les produits agricoles et sur les 
profits du fermier retombent sur les consommateurs de ces produits ; 
car si le fermier n avait pas le moyen de s indemniser de 1 impôt par 
le renchérissement de ces denrées, ses profits se trouvant réduits 
par là au-dessous du niveau général des profits, il se trouverait 
forcé de détourner son capital vers un autre genre de commerce. 
Nous avons vu aussi qu’il ne pouvait rejeter l’impôt sur son proprié 
taire en en déduisant la valeur sur le prix de la rente ; car le fermier 
qui ne paierait pas de rente, aussi bien que celui qui cultiverait une 
meilleure terre, serait sujet à l’impôt, soit qu’il fût assis sur les pro 
duits immédiats de la terre ou sur les profits du fermier, .l’ai aussi 
tâché de faire voir que, si un impôt était général, et qu’il affectât 
également tous les profits, ceux du manufacturier comme ceux de l’a 
griculteur, il n’opérerait ni sur le prix des marchandises ni sur celui 
des produits immédiats de la terre, mais il serait immédiatement 
ou définitivement payé par les producteurs. Un impôt sur les rentes, 
ainsi (pi’il a déjà été observé, ne tomberait donc que sur le pro 
priétaire, et ne saurait par aucun moyen être rejeté sur le fermier. 
L’impôt pour les pauvres ‘ tient de la nature de tous ces impôts. 
' Voici l’état actuel de cette législation célèbre que la famine et une crise so 
ciale menaçante viennent de naturaliser en Irlande. Les distributions à domicile 
ont été supprimées, et cette défense ne fléchit que dans certains cas exception 
nels, où des secours habilement distribués peuvent servir à compléter au dehors 
des salaires insuffisants, et à éviter l’encombrement du Work-house. 11 n’est donc 
plus question ici de mendicité, ni de vasselage, ni d’aumônes dédaigneusement 
versées par la main du riche ; il y a rémunération accordée par la paroisse à des 
hommes qui lui consacrent leurs efforts, leur temps. Dans le fait, les ateliers de 
charité, que recommandait déjà l’acte de la 43« année du règne d’Élisabeth, et 
que les gouvernements modernes se hâtent d ouvrir aux époques ou s agite le lion
        <pb n="287" />
        CHAP. XVlll. - DE LA TAXE DES PAUVRES. 
233 
t“t selon les circonstances différentes, il tombe sur le consommateur 
des produits agricoles et des marchandises, sur les profits du capital 
populaire, affamé et irrité ; ces ateliers, qui n’ont, d’ailleurs, reçu d’organisation 
définitive qu’en Angleterre, font pour le travail ce que les greniers d’abondance 
font, ou sont censés faire, pour les subsistances. Ils tiennent de la main-d’œuvre 
en réserve, et peuvent être appelés des dépôts de salaires. Quand le travail se 
ralentit dans les manufactures, le flot des ouvriers que la grève jette inoccupés 
dans les villes et dans les champs, se dirige sur les Work-houses, y pénètre et y 
séjourne jusqu’au moment où les capitaux redevenus abondants font mouvoir de 
nouveau les cent bras des machines. Alors le reflux commence, et ce sont les ate 
bers de charité que désertent les travailleurs. 
Comme agent économique, ce système présente donc des avantages incontesta 
bles, car il pose sous l’édifice manufacturier des étais solides et puissants ; — comme 
agent moralisateur, il est peut-être plus recommandable encore. Ainsi l’indigent 
peut entrer tête haute dans ces asiles où l’attendent, s’il est vigoureux, du travail 
et des salaires ; s’il est vieux et infirme, des soins, du repos, des salles spacieuses où 
se réchauffent ses membres glacés; s’il est enfant, le lait de nourrices émérites, 
et ces nids tapissés de linge blanc’et qu’on appelle crèches. Adulte, il reçoit le prix 
de son œuvre actuelle ; vieillard, le prix des richesses qu’il a préparées et semées 
pour les générations nouvelles ; enfant, le prix de son travail futur, et peut-être 
de son génie. Sous le double rapport de la régçularisation du mouvement indus 
triel et de la dignité humaine, les Work-houses sont donc une institution salu 
taire en principe, salutaire en fait; et, s’il est arrivé souvent, comme à Andover, 
comme en d’autres districts, que l’Etat ait fait payer cher aux malheureux le 
secours qu’il leur donne, ou plutôt qu’il échange contre leur temps et leurs 
sueurs ; s’il est arrivé que, sous prétexte de viande, on leur ait laissé ronger des 
os et d’infâmes rebuts, et que, sous prétexte de travail, on les ait épuisés avec le 
tread-mill, et abrutis avec cette infernale invention de travail inutile, — som 
bre reproduction des supplices mythologiques d’ixion et de Sysyphe ; s’il est arrivé 
enfin, que ces lieux de refuge aient été transformés en géhennes, ce n’est ni à 
l’institution elle-même, ni aux législateurs qu’il faut en demander compte. 
Quelque généreux et sages que soient des ministres, ils ne peuvent faire qu’il ne 
se glisse dans les rangs des administrateurs des âmes cruelles ou insouciantes, 
— ce qui revient au même, quand il s’agit de la tutelle des pauvres. Il serait tout 
aussi absurde de rendre le Gouvernement anglais responsable de ces tristes acci 
dents, que de lui attribuer les insolences des plus vils limiers de police, ou les 
fureurs que tels ou tels soudards commettent sur les bords de l’Indus ou du 
Rrahmapooter. La torture est bien sortie du livre le plus doux, le plus miséricor 
dieux, l’Evangile; comment s’étonner de voir jaillir d’un acte du Parlement des 
8 US et des infamies? N’y a-t-il pas ici-bas, perdues dans le nombre, des femmes 
qui portent au front le stigmate des marâtres? comment n’y aurait-il pas des 
ommes portant le stigmate des mauvais directeurs de Work-house ? Sans doute, 
existence qu’on y a faite aux pauvres, n’a pas les douceurs et les joies ineffa- 
es d un Phalanstère, d’une Icarie, d’une Utopie, d’une île de Barataria, ou de 
toute autre villégiature dessinée à la plume, et bâtie sur le terrain capricieux de
        <pb n="288" />
        234 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
ou sur la rente. C’est un impôt (pii pèse d’une manière atablante 
sur les profits du fermier, et (jui peut, par conséquent, être regardé 
l’hypolhèse et des souscriptions : sans doute les réglements veulent que le mari 
soit séparé de sa femme et de ses enfants, et qu’il impose à son âme cette priva 
tion momentanée au prolit de son corjis* ; sans doute, enfin, le Work-house a 
pris aux yeux du pauvre une teinte morne, une physionomie de geôle qui l’en 
éloigne souvent ; mais tous ceux qui ont visité ces établissements, et ont suivi at 
tentivement les résultats de la réforme de 1834, doivent rester convaincus de 
l’éminente supériorité de la loi actuelle et de l’éxagération outrée de la plupart 
des élégies écrites à l’adresse des dignitaires de Sommerset-Street. Nous en avons 
parcouru plusieurs, sous le coup de ces préventions que nous prenions pour une 
philanthropie éclairée, et nous avons été doucement surpris de voir régner par 
tout l’ordre, la propreté, l’abondance, la décence. Certes, dans un asile ouvert à 
toutes les infirmités, et où l’on peut entendre gémir l’enfant qui naît, à côté du 
vieillard (jui expire, on ne peut espérer trouver la gaîté, la fraîcheur d'un pen 
sionnat de demoiselles : mais ce qu’on y cherche, c’est un travail modéré, c’est 
une nourriture abondante, c’est une infirmerie constamment et largement 
pourvue ; c’est, en un mot, une existence assurée. Ces choses, je les ai rencontrées 
presque partout, et là où elles n’existent pas, le cri de l’opinion, le contrôle des 
inspecteurs, la rumeur publique les font bientôt rétablir. 
Il est triste, j’en conviens, je le déplore, de vendre au travailleur l’existence 
matérielle au prix de sa liberté et des joies de la famille; mais les abus, qui ac 
compagnent tout système de charité légale, sont bien autrement déplorables. 
Mieux vaut mille fois les scandales isolés du régime actuel que le spectacle des 
luttes honteuses que se livraient les paroisses entre elles pour se décharger de 
l’entretien des indigents, sous prétexte de je ne sais quelles conditions de domi 
cile : — comme si la charité était une affaire de clocher, et comme si, en passant 
d’un bourg à un autre, on pouvait perdre le droit d’être secouru par ses frères. 
— La grande et forte main du pays s’est substituée aujourd’hui à ces petits 
égoïsmes locaux ; et si l’on ne voit plus, comme jadis, les pauvres se marier pour 
percevoir double taxe, des filles estimées d’autant plus précieases qu’elles ont 
plus de bâtards à offrir en dot à l’époux, et les enfants pulluler (îomme autant 
de titres à la bienfaisance publique ; si l’on ne voit plus les paroisses acquitter 
la plus grande partie du salaire des agriculteurs, et les indigents se livrer à ceybr- 
nienle délectable, à cette llAnerie de lazzarone, que M. Gustave de Beaumont 
nous a dépeints si spirituellement; en revanche, on ne voit plus les ouvriers hon 
nêtes repoussés impitoyablement des Work-houses, ni une cour d’assises juger 
en vn an 4,700 conflits entre les paroisses et les indigents. Exécuté avec bienveil 
lance, le régime actuel nous paraît donc fort supportable. Il ne présente ni le gas 
pillage ruineux d’une bienfaisance publique aveugle, ni les caprices de la charité 
privée, dont il seconde d’ailleurs les généreux efforts, en faisant donner par l’E 
tat l’exemple de la sollicitude pour les classes ouvrières. Plus doux, il manquerait 
’On peut consulter pour connaître l’ensemble de l’acte de 1834, les notes que M. (Jarnier, 
intelligence vive et lucide, a jointes à son beau travail sur \'Essai de Malthus. — Edit. (Guil 
laumin.
        <pb n="289" />
        235 
CHAI» XVIH. — DE LA TAXE DES FAÜVKES. 
comme affectant le prix des produits agricoles. Selon le degré dans 
lequel il frappe à la fois les profits du manufacturier et ceux du 
cultivateur, il deviendra un impôt général sur les profits du capital, 
et il n’occasionnera point de changement dans le prix des produits 
agricoles ni dans celui des ouvrages manufacturés; et à proportion 
de l’impossibilité où se trouvera le fermier de se dédommager, en 
élevant le prix de ses denrées, de la portion de l’impôt qui pèse 
particulièrement sur lui, ce sera un impôt sur le fermage, et il 
sera payé par le propriétaire. Pour connaître donc l’action qu’exerce 
la taxe des pauvres à une époque déterminée quelconque, l’on doit 
s’assurer si elle affecte alors, dans un degré égal ou inégal, les profits 
du fermier et du manufacturier, et, en même temps, si les circon 
stances sont telles qu’elles permettent au fermier d’élever le prix des 
produits de sa terre. 
On prétend que la taxe des pauvres est levée sur le fermier, à pro 
portion de sa rente, et que, par conséquent, celui qui ne paie que peu 
ou point de rente, ne devrait payer qu’un faible impôt, ou n’en point 
payer du tout. Si cela était vrai, l’impôt des pauvres, en tant qu’il 
porte sur la classe des cultivateurs, tomberait entièrement sur les pro 
priétaires, sans pouvoir être rejeté sur le consommateur des produits 
de la terre. Mais je ne crois pas que cela soit vrai, l a taxe des pau 
vres n’est pas calculée d’après la rente (pie le fermier paie au proprié 
taire ; elle est proportionnée à la valeur annuelle de sa terre, soit que 
à ces deux résultats, et ramènerait l’Angleterre aux dilapidations, et, par suite, 
aux turpitudes qui grossissent si tristement la fameuse enquête de 1833. 
Personne ne s’avisera certes de trouver barbares, sauvages, des réglements qui 
créent un abri’pour les infirmités sociales, allègent le fardeau des sécessions indus 
trielles, et vont jusqu’à permettre l’usage du tabac dans l’intérieur des Work-bou 
ses. ISoiLs avons pu contempler dans une vaste cour, avec un étonnement mêlé de 
joie, six ou huit vieilles femmes assises, le visage tourné vers un mélancolique 
soleil de janvier, et fumant leur pipe sur les débris de leur jeunesse et de leur 
santé, avec une philosophie digne de matrones indiennes. Nous avons assisté, 
de plus, dans l’asile de Manchester, à des exhibitions de côtelettes, de légumes, 
tout à fait rassurantes sur la férocité des directeurs, et qui nous firent ajourner 
la malédiction qui leur était destinée- En Angleterre, comme dans la plupart des 
pays dits civilisés, le vice est donc moins dans le système qui soulage les pauvres, 
que dans celui qui les crée, dans les vestiges d’aristocratie, de despotisme, de 
féodalité, qui gênent la libre expansion de la pensée, de la richesse, de l’égalité. 
Les Work-houses sont les tristes correctifs du servage, de la douane, des pri 
vilèges, des substitutions : supprimez les uns, vous supprimez les autres, et la 
(Question du paupérisme touche à sa fin. A. L.
        <pb n="290" />
        236 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
cette valeur annuelle provienne du capital du propriétaire ou du 
capital du fermier. 
Deux fermiers qui affermeraient des terres de deux qualités diffé 
rentes dans une même paroisse, et dont l’un paierait une rente de 
100 1. par an pour cinquante acres de la terre la plus fertile, et l’autre 
la même somme de 100 1. pour mille acres de la terre la moins fer 
tile, paieraient une somme pareille pour la taxe des pauvres, si au 
cun de ces fermiers ne cherchait à améliorer sa terre; mais si le fer 
mier de la mauvaise terre, comptant sur un très-long bail, se décidait 
à améliorer à grands frais les facultés productives de sa terre, au 
moyen d’engrais, de dessèchements, de clôtures, etc., il contribue 
rait, dans ce cas, à l’impôt des pauvres, non à proportion de la rente 
payée au propriétaire, mais du produit annuel qu’aurait la terre. La 
valeur de l’impôt pourrait être égale ou plus forte que la rente; mais 
que cela fût ou non, il est certain qu’aucune partie de cet impôt ne se 
rait payée par le propriétaire. Le fermier l’aurait calculé d’avance; 
et si le prix des produits ne suffisait pas pour le rembourser de tous 
ses frais, en y joignant ce surcroît de charge pour les pauvres, il n’en 
treprendrait point ces bonifications. 11 est donc évident que, dans ce 
cas, l’impôt est payé par le consommateur; car, s’il n’eût pas existé 
de pareil impôt, les mêmes bonifications auraient été entreprises, et 
on aurait retiré du capital employé le taux ordinaire et général des 
profits, avec une diminution dans le prix du blé. 
11 n’y aurait rien de changé à l’état de la question, si le proprié 
taire, ayant fait ces bonifications, eût augmenté la rente de sa terre 
de 100 1. à 500 1. Dans ce cas, l’impôt pèserait également sur le con 
sommateur; car, si le propriétaire se décide à dépenser une forte 
somme sur sa terre, c’est dans l’espoir d’en retirer une rente qui pût 
l’indemniser de ses déboursés ; et cette rente dépendrait à son tour 
d’une hausse dans le prix du blé, non-seulement suflisaiite pour payer 
l’excédant de rente, mais encore pour acquitter l’impôt dont ta terre 
se trouverait gi’evée. ¡Víais si, en même temps, tout le capital du ma 
nufacturier contribuait, pour sa part, à la taxe des pauvres, dans la 
même proportion que le capital dépensé par le fermier ou le proprié 
taire en améliorations agricoles, alors ce ne serait plus un impôt par 
tiel sur les profits du capital du fermier ou du propriétaire, ce serait 
un impôt sur le capital de tous les producteurs, et, par conséquent, 
il ne pourrait plus être rejeté ni sur le consommateur des produits 
immédiats de la terre, ni sur le propriétaire. Les profits du fermier ne 
se ressentiraient pas plus de l’impôt que ceux du manufacturier, et le
        <pb n="291" />
        237 
CHAP. XVIll. — DE LA TAXE DES PAUVRES, 
premier ne pourrait pas plus que le second prendre ce prétexte pour 
élever le prix de sa denrée. Ce n’est point la baisse absolue des profits, 
e’est leur baisse relative qui détourne les capitaux d un commerce 
quelconque ; c’est la différence entre les profits qui attire le capital 
d’un emploi vefs un autre. 
Il faut cependant convenir que dans l’état actuel de la taxe des 
pauvres en Angleterre, une plus grande partie de cette contribution 
tombe sur le fermier que sur le manufacturier, eu égard aux profits 
respectifs de chacun, le fermier étant imposé d après les productions 
qu’il retire de la terre, et le manufacturier ne l’étant que d’a 
près la valeur des bâtiments dans lesquels il travaille, sans aucun 
égard à la valeur des machines, du travail industriel, ni du capital 
qu’il peut employer. Il s’ensuit que le fermier peut élever le prix de 
ses produits de la totalité de cette différence 5 car, puisque 1 impôt 
est inégal dans sa répartition, et qu il atteint surtout ses profits, le 
fermier aurait moins d avantage à consacrer son capital à 1 agricul 
ture, qu'à l’employer dans un autre commerce, si les produits de la 
terre ne montaient pas de prix. Si, au contraire, 1 impôt eût pesé 
avec plus de force sur le manufacturier que sur le fermier, le pre 
mier aurait pu élever le prix de ses marchandises de tout le mon 
tant de la différence, par la raison même qui, en de pareilles circon 
stances, aurait déterminé le fermier à élever le prix des produits de 
la terre. Dans un pays dont l’agriculture acquiert tous les jours une 
nouvelle extension, si les impôts pour les pauvres pèsent particuliè 
rement sur l’agriculture, ils seront payés, partie par ceux qui enp 
ploient les capitaux et qui en retireront moins de profits, et partie 
par le consommateur des produits de la terre, qui les paiera plus cher. 
Dans un tel état de choses, l’impôt peut, dans certaines circonstances, 
devenir même avantageux aux propriétaires, au lieu de leur être nui 
sible ; car, si l’impôt payé par les cultivateurs des terres de la plus 
mauvaise qualité, est plus fort, relativement à la quantité du pro 
duit obtenu, que l’impôt payé par les fermiers des terres les plus fer 
tiles, la hausse dans le prix du blé, qui doit s’étendre à tous les blés, 
fera plus qu’indemniser ces derniers fermiers du montant de l’im 
pôt. Ils conserveront cet avantage pendant tout le temps que dure 
ront leurs baux ; mais, à leur expiration, il passera aux propriétaires. 
Voilà quel serait l’effet de la taxe des pauvres dans un état de 
prospérité croissante de la société j mais dans un état stationnaire 
ou rétrograde, s’il était impossible de retirer les capitaux employés 
à la culture des terres, dans le cas où l’on augmenterait le taux de 
l’impôt, la partie qui tomberait sur l’agriculture serait payée, pen-
        <pb n="292" />
        238 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
dant Ja durée des baux, par les fermiers ; mais à l’expiration des 
baux, elle tomi)erait presque eu entier sur les propriétaires. Le fer 
mier qui, pendant la durée de son précédent bail, aurait consacré son 
capital à des améliorations agricoles, serait imposé, par cette nou 
velle taxe, d’après la nouvelle valeur que la terre aurait acquise 
par ses améliorations, et serait forcé de payer sur ce pied pendant son 
bail, quoique par là ses prolits pussent sc trouver réduits au-dessous 
du taux général ; car le capital qu’il a déboursé peut se trouver 
tellement identifié avec la terre, qu’il soit impossible de l’en séparer. 
Si en effet, le fermier ou son propriétaire (en supposant que ce fût 
ce dernier qui eût fait les avances) ponvaient retirer ce capital en 
réduisant ainsi la valeur annuelle de la terre, la part de l'impôt dimi 
nuerait a proportion. Et comme les produits diminueraient en même 
temps, ils hausseraient de prix ; ce qui servirait de compensation à 
l’impôt, dont la charge serait reportée sur le consommateur, sans 
qu’aucune partie en tombât sur la rente. Mais cela est impossible, au 
moins pour ce qui regarde une •certaine partie du capital, sur laquelle 
par conséquent l’impôt sera payé par les fermiers pendant le cours 
de leurs baux, et par les propriétaires, à leur expiration. Cette con 
tribution additionnelle, en tant qu elle tomberait d’une manière iné 
gale sur les manufacturiers, serait dans un pareil cas, ajoutée au prix 
de leurs marchandises ; car il ne peut y avoir de raison pour que leurs 
profits soient réduits au-dessous du taux général des profits, quand 
il leur serait si aisé de détourner leurs capitaux vers l’agriculture *. 
’ Dans une partie antérieure de eet ouvrage, j’ai établi la ditïérenee qui existe 
entre la rente proprement dite et la rétribution payée, sous ce nom, au proprié 
taire pour les profits que le fermier a retirés de l’emploi du capital du proprié 
taire; mais peut-être n’ai-je pas suffisamment distingué les différents résultats 
qui seraient la suite des différents emplois de ce capital. (k)mme une partie de 
ce fonds, une fois qu 'il est employé à ramélioration de la terre, s’identifie avec elle, 
et tend à augmenter sa force productive, la rétribution payée au propriétaire 
pour l’usage de la terre est strictement de la nature de la rente, et est sujette aux 
mêmes lois. Que les améliorations soient faites aux frais du propriétaire ou du 
fermier, on ne les entreprendra pas, à moins qu’il n’y ait une grande probabilité 
que le profit qui en résultera sera au moins égal à celui qu’on pourrait tirer de 
tout autre emploi du même capital ; mais une fois ces avances faites, le retour 
obtenu sera entièrement de la nature d’une rente, et sujet à toutes ses \ariatious. 
Quelques-unes de ces dépenses cependant n’améliorent la terre que pour un temps 
limité, et n’augmentent point ses facultés productives d’une manière permanente. 
Tels sont des batiments et autres améliorations périssables qui ont besoin d’être • 
constamment renouvelées, et qui, par conséquent, n’augmentent point le revenu 
réel du propriétaire. {Note de l’Auteur J
        <pb n="293" />
        CHAP. XIX. — DES CHANGEMENTS DANS LES VOIES DU COMM. 239 
CHAPITRE XIX. 
ÜES CHANtiEMETSTS SOlJDAlISS DANS LES VOIES DU COMMERCE. 
Tu pays très-riclie en manufactures est particulièrement expose à 
(les revers et à des accidents temporaires, provenant du transport 
des capitaux d’un emploi dans un autre. Les demandes des produits 
de l’agriculture sont uniformes, et elles ne sont pas sous l’intluence 
de la mode, du préjugé ou du caprice. Pour la conservation de la 
vie, il faut de la nourriture, et dès lors la demande de subsistances 
doit se soutenir dans tous les temps et dans tous les pays. Il n’en 
est pas de même pour ce qui regarde les objets manulacturés, dont 
la demande dépt nd, non-seulement des besoins, mais encore du goût 
et du caprice des acheteurs. De plus, un nouvel impôt peut détruirt 
les avantages comparatifs qu’un pays retirait auparavant de la fa 
brication d’une certaine marchandise, ou bien la guerre peut faire 
tellement hausser le fret et l’assurance, que ces produits manufac 
turés ne puissent plus soutenir la concurrence avec les ouvrages 
fabriqués dans les dilférents pays où ces produits étaient exportés 
auparavant. Dans tons ces cas, ceux qui se trouvent engagés dans 
la fabrication de ces articles, éprouveront une grande crise , et 
feront sans doute (Quelques pertes. Les maux seront sentis, non- 
seulement au moment du changement, mais encore pendant tout 
I intervalle «pii s’écoulera avant que les industriels donnent une nou 
velle direction à leurs capitaux et aux bras dont ils disposent, en les 
(iirigeant vers un autre genre d’industrie. 
Le mal ne se fera pas sentir seulement dans le pays où cesdiflicul- 
tés ont pris naissance : il s’étendra également à ceux où ce pays ex 
portait auparavant ses inarcbandLses. i\ul pays lie peut longtemps im 
porter, sans ex])orter en même temps, comme il ne saurait exporter 
longtemps sans iinjiorter. S’il arrive donc quelque circonstance qui 
empêche un pays d’importer la quantité ordinaire de marchandises 
étrangères, la fabrication de quelques-uns des objets que 1 on expor 
lait ordinairement diminuera nécessairement ; et quoique la valeur
        <pb n="294" />
        240 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
totale (les productions du pays n’en souffre que peu de variation,— 
le capital employé restant le même, — ces produits ne seront plus 
ni aussi abondants ni à si bon marché, et le changement dans l’em 
ploi des capitaux entraînera une grande détresse. 
Si, par l’emploi de 10,000 1. st. dans la fabrication des tissus de 
coton destinés à l’exportation, nous importions chaque année trois 
mille paires de bas de soie de la valeur de 2,0001., et que, par l’inter 
ruption du commerce, nous fussions obligés de détourner ce capital 
de la fabrication des tissus de coton, pour l’employer dans celle des 
bas, nous continuerions toujours à obtenir des bas pour la valeur de 
2,000 1., pourvu qu’aucune partie du capital n’eùt été détruite ; mais 
au lieu d’avoir trois mille paires de bas, nous pourrions n’en avoir 
que deux mille cinq cents. Dans le passage des capitaux de l’industrie 
du coton à celle des bas de soie, les particuliers pourraient éprouver 
une grande gène, sans que néanmoins la valeur du capital national 
en souffrît beaucoup , et sans que la quantité de la production an 
nuelle se trouvât diminuée \ 
Une guerre qui éclate après une longue paix, ou une paix qui suc 
cède à une longue guerre, occasionne en général une grande détresse 
dans le commerce. Ces événements changent considérablement la na 
ture des emplois auxquels les capitaux étaient consacrés auparavant 
dans chaque pays; et pendant que s’en opère le nouveau classement, 
le capital fixe dort, s’anéantit même parfois, et les ouvriers n’ont plus 
assez de travail. La durée de cette crise sera plus ou moins longue, 
selon le degré de répugnance que la plupart des hommes éprouvent à 
quitter le genre d’industrie dans lequel ils ont pendant longtemps 
été dans l’habitude d’employer leur capital. La détresse est souvent 
' « Le commence nous permet d’aller chercher une marchandise dans les 
lieux où elle existe et de la transporter dans d’autres lieux où on la consomme. Il 
nous donne donc les moyens d’accroître la valeur d’une marchandise de toute la 
différence entre les prix courants de ces différentes localités. » — J.-B. Sav. 
Cela est parfaitement vrai. IMais comment se crée cette valeur additionnelle? 
En ajoutant aux frais de production : 1° les frais de transport ; 2“ les profits affé 
rents au capital avancé par le marchand.—La marchandise indiquée par l’auteur 
haussera de valeur par les raisons mêmes qui font hausser celle de tous les autres 
produits, c’est-à-dire par le surcroît de travail consacré à leur production et à 
leur transport, avant qu’elles atteignent le consommateur. Il ne faut donc pas 
considérer ceci comme un des avantages qui naissent du commerce. En exami 
nant cette question de plus près, on trouve que les bienfaits du commerce se 
réduisent à nous permettre d’acquérir, non des objets plus chers, mais des objets 
plus utiles. (Note de l’Auteur.J
        <pb n="295" />
        CHAP. XIX. — DES CHANGEMENTS DANS LES VOIES DU COMM. 2il 
aussi prolongée par les restrictions et prohibitions auxquelles don 
nent naissance les jalousies absurdes qui existent entre les différents 
états de la république commerciale. 
La détresse qui provient d’un changement dans les voies du com 
merce est souvent confondue avec celle qui accompagne une diminu 
tion du capital national et un état rétrograde de la soeiété ; et il serait 
dillicile d’indiquer des signes certains au moyen desquels on put 
distinguer l’une de l’autre. 
Cependant, lorsque cette détresse se fait sentir immédiatement à 
la suite du passage de la guerre à la paix, la connaissance que nous 
avons de l’existence d’une pareille cause rend très-probable cette 
opinion que les fonds pour l’entretien des travailleurs ont plutôt été 
détournés de leurs canaux ordinaires que notablement entamés, et 
fait espérer qu’après quelques souffrances passagères, la nation re 
prendra de nouveau sa prospérité. Il faut aussi se rappeler que l’état 
rétrograde d’une nation est toujours un état anormal. L’homme 
parvient de l’enfance à l’âge viril, et alors il décline jusqu’à la mort j 
mais cette marche n’est pas celle des nations. Une fois qu’elles sont 
parvenues à leur plus grande force, il se peut qu elles ne puissent 
plus avancer au delà de ce terme; mais leur tendance naturelle est 
de continuer pendant des siècles à maintenir leur richesse et leur po 
pulation dans le même état de prospérité. 
Dans les pays riches et puissants, où il y a de grands capitaux 
placés en machines, la détresse provenant d’un changement de di 
rection dans le commerce sera plus sensible que dans des pays plus 
pauvres, où il y a proportionnellement une moindre valeur en capi 
tal lixe, et une plus grande en capital circulant, et où par conséquent 
il se fait plus d’ouvrage par la main des hommes. Il n’est pas aussi 
dillicile de retirer un capital circulant qu’un capital fixe, de l’emploi 
dans lequel il peut être engagé. Il est souvent impossible de faire 
servir à un genre de manufacture les machines construites pour un 
autre; mais l’habillement, la nourriture et le logement d’un ouvrier 
quelconque, peuvent lui servir également dans toute branche de tra 
vail ; — en d’autres termes, le même ouvrier peut recevoir la même 
nourriture , le même habillement. le même logement, quoiqu’il soit 
employé à un autre genre d’occupation. Ce mal est cei&gt;endant un de 
ceux auxquels une nation riche doit se soumettre, et il ne serait pas 
plus raisonnable de s’en plaindre, qu’à un riche négociant de s’affliger 
que son navire soit exposé aux dangers de la mer, pendant que la 
chaumière de son pauvre voisin se trouve à l’abri de tout risque. 
{OEm\ (le Hieardo.) IC
        <pb n="296" />
        2i2 
l'RINCIPES DE l/to)NOMlE POUTIQUE. 
L’agriculUire même n’cst pas à l’al)ri de ces aceideiits, quoique à 
un moindre degré. La guerre, qui interrompt les relations d’un pays 
commercial avec les autres États, empêche souvent l’exportation du 
blé, des pays où il peut être produit à peu de frais, dans d’autres pays 
qui, sous ce rapport, sont moins favorisés de la nature. Dans de 
pareilles circonstances, une quantité extraordinaire de capital est di 
rigée vers l’agriculture dans le pays qui importait auparavant du blé, 
et qui devient par là indépendant des secours de l’étranger. A la 
fin de la guerre, les obstacles à l’importation cessent, et une con 
currence funeste au producteur national commence ; il ne peut s’y 
soustraire sans faire le sacrifice d’une partie de son capital. Le meil 
leur expédient pour un Ktat, serait de mettre un impôt dont la valeur 
décroîtrait de temps en temps, sur l’importation des blés étrangers, 
pendant un nombre limité d’années, afin d’offrir au cultivateur na 
tional l’opportunité de retirer graduellement son capital de l’agri 
culture L En adoptant une pareille mesure, le jiays pourrait ne pas 
faire de son capital, la distribution la plus avantageuse, mais l’impôt 
temporaire auquel il se trouverait assujetti serait avantageux à une 
classe particulière de la société, à celle dont le cajiital aurait été con 
sacré à faire croître les subsistances nécessaires au pays pendant la 
‘ On trouve dans le dernier volume du Supplémeiit a l’Kneydopédie bri 
tannique, à l’article ; Du commerce et de la législation des céréales, les excel 
lentes observations qui suivent : « Si à une époque future nous devons revenir sur 
nos pas, il faudra, pour favoriser le passage des capitaux des terrains pauvres à 
des industries plus lucratives, agir au moyen d’une échelle décroissante de 
droits. Ainsi on pourrait abaisser annuellement de 4 a 5 scb. par quarter, le droit 
de 80 scb., qui est actuellement la limite où commence la libre importation des 
céréales. Arrivé à 50 scb., on ouvrirait les ports en sécurité, et le système res 
trictif pourrait être à jamais aboli. Quand ce salutaire événement aura été accom 
pli, il ne sera plus nécessaire d’entrer, par voie de législation, en lutte avec la 
nature. Le capital et le travail du pays se dirigent sur les branches d'industrie qui 
répondent le mieux à notre situation géographique, à notre caractère national, 
ou à nos institutions politiques. ï,e blé de la Pologne, les cotons de la Caroline 
s’échangeront contre les produits de Birmingham et les mousselines de Glascow. 
Le véritable génie du commerce, celui qui assure à jamais la prospérité d’un 
pays, est complètement incompatible avec les allures clandestines et timides du 
monopole. Les peuples de la terre étant comme les différentes provinces du même 
royaume, doivent retirer de la liberté illimitée des échanges d’immenses avanta 
ges locaux et généraux. » 
Tout cet article de l'Encyclopédie britannique mérite une attention sérieuse : 
bien écrit, savamment pensé, il dénote chez l’auteur une connaissance profonde 
du sujet. de r/tnteur.J
        <pb n="297" />
        CHAP. XIX. — DES CHANGEMENTS DANS LES VOIES DU COMM. 2i3 
suspension de l’importation. Si de pareils efforts, faits dans un mo 
ment critique, entraînaient le risque de se trouver ruiné au moment 
où les besoins cesseraient, personne ne voudrait exposer son capital 
dans un pareil emploi. Outre les profits ordinaires des capitaux, le 
fermier s’attendrait à être indemnisé du risque auquel il serait ex 
posé par une affluence subite de blé, et ])ar conséquent le prix pour 
le consommateur, dans la saison où celui-ci aurait le plus besoin 
d’approvisionnement, éprouverait uue hausse due non-seulement 
au renchérissement de la culture du blé dans le pays, mais encore 
à la i)rime d’assurance qu’il serait obligé de payer, pour le risque 
particulier auquel cet emploi expose le capital. Et quoiqu’il résultât 
un plus grand avantage pour le pays de l’importation du blé à bon 
marché, il serait peuf-ètre convenable de mettre, pendant quelques 
années, un droit sur l’importation de cette denrée. 
En traitant de la rente nous avons vu ([u’à chaíjue augmentation de 
rapprovisionnement du blé, et à chaque diminution de son prix, ipii 
en est la suite, on dégagera les capitaux employés sur les mauvaises 
terres; et les terrains d’une qualité supérieure qui, dans ce cas, ne 
paieraient pas de rente, deviendraient la mesure commune par la 
quelle se réglerait le prix naturel du blé. Quand il serait à 4 1. le 
quarter, des terres inférieures, que l’on peut désigner par le n® ü, 
pourraient être cultivées; on s’arrêterait au n" 5, à .‘i 1. au n® 4 et 
ainsi de suite. Si le blé, ])ar l’effet d’une abondance permanente, 
tombait à I. 10 scb., le capital employé dans le n" G cesserait sou 
emploi; car ce n’est que quand le blé vaut 4 1., que ce capital peut 
ra¡)porter les profits ordinaires, même étant exempt de rente. Il 
serait donc déplacé pour être employé à fabriijuer les produits avec 
lesquels on achèterait et l’on importerait tout le blé que l’on récol 
tait sur le n" G. Dans ce nouvel emploi, il deviendrait nécessairement 
plus lucratif pour le capitaliste; car, s’il pouvait obtenir plus de 
blé par la culture de la terre dont il ne paie pas de rente, (pie parla 
fabrication d’un produit quelconque avec lequel il peut acheter du 
blé, son prix ne pourrait pas être au-dessous de 4 1. 
On a pourtant prétendu que l’on ne pouvait pas retirer le capital 
engagé dans la terre, parce qu’il se convertit en déjiensi's qu’on ne 
peut plus recouvrer, telles que celles des engrais, des cbHnrcs, des 
dessèchements, etc., (jui s’incorporent à la terre, et en deviennent 
inséparables. Cela est vrai jus(}u’à uncertain point; mais le capital 
qui se compose de bétail, de moutons, de meules de foin ou de blé, 
de charrettes, etc., peut être retiré; et il reste à calculer, si c(îs ob-
        <pb n="298" />
        ç,^ principes de L'économie politique. 
jets doivent continuer à èlre employés sur la terre, malgré le bas 
prix, du blé, ou s’il ne vaut pas mieux les vendre, et employer leur 
valeur à autre ebose. 
Supposons, cependant, que le fait soit tel qu’on l’énonce, et qu’au 
cune partie du capital ne puisse être retirée % le fermier, dans ce 
cas, continuerait à cultiver du blé, et à en récolter ])récisément la 
même quantité, quel qu’en fût le prix ; car il ne serait pas de son in 
térêt d’en récolter moins, puisque, s’il n’employait pas son capital 
de cette manière, il n’en obtiendrait aucun profit. Il n y aurait au 
cune importation de blé, car on le vendrait au-dessous de ^ 1. 10 scb., 
plutôt que de ne pas le vendre ; et, dans le cas supposé, le négociant 
qui en importerait de l’étranger ne pourrait point le donnei au-des 
sous de ce prix. A la vérité, les fermiers qui cultiveraient des terres 
de cette qualité inférieure, souffriraient de la baisse dans la xaleui 
échangeable de leurs denrées ; mais quel effet en éprouverait le jiays? 
^'ous aurions précisément la même quantité de toutes sortes de pro 
duits; mais les produits immédiats de la terre, et le blé, se vendraient 
à bien meilleur marché. Le capital d’un pays se compose de ses pro 
duits; et comme ils seraient les mêmes qu’auparavant, la reproduc 
tion s’en ferait toujours dans la même proportion. Le bas prix du 
blé ne rapporterait cependant les profits ordinaires des capitaux que 
sur les terres n" 5, qui, dans ce cas, ne paieraient pas de rente, et 
celle de toutes les terres d’une qualité supérieure baisserait ; les 
* Tout le capital engagé dans la terre, quelle que soit d’ailleurs son importance, 
doit, à l’expiration du bail, rester au propriétaire, et non au fermier. La rémuné 
ration accordée au propriétaire pour l’usage de ce capital lui reviendra toujours 
sous forme de rente; mais cette rente elle-même cesserait du jour où, avec 
une quantité donnée de capital, on pourrait récolter sur des terres éloignées plus 
de blé que sur celles où ont été versés les capitaux. Si la situation du pays exige 
l’importation de céréales étrangères, si , avec la même somme de frais, ou peut 
récolter 1100quarters, au lieu de 1000 quarters, il se formera nécessairement 
alors une rente de 100 1. st. Mais si au dehors on obtient 1200 quarters, la cul 
ture indigène sera abandonnée, car elle ne donnera même plus le taux général 
des profits. Mais quelque forts que soient les capitaux engagés dans la terre, il ne 
faudrait pas voir dans tout ceci un inconvénient bien grave. Tout capital qu’on 
dépense aboutit ou doit aboutir à une augmentation de produits : — il est essen 
tiel de ne pas perdre de vue cette considération fondamentale. Qu’importe, dès 
lors, à la société que la moitié de son capital, ou même que la totalité de ce capi 
tal s’anéantisse, si l’on en retire un produit annuel plus considérable. Ceux qui 
déploreraient la perte du capital dans des cas pareils, me sembleraient sacrifier la 
lin aux moyens. (Sote île l’Auteur.)
        <pb n="299" />
        CHAl&gt;. XIX. — DES CHANGEMENTS DANS LES VOIES DU CüMM. 24.^i 
salaires baisseraient eu môme temps, tandis que les profits monte 
raient. 
A quelque bas prix que tombât le blé, si le capital ne pomait être 
retiré de la terre, et si la demande n’augmentait pas, 1 importation 
du blé serait impossible, car le pays en produirait la même quantité 
qu’auparavant. Bien qu’il y eût un partage différent du produit, 
bien que (¡ueb^ues classes de la société y gagnassent, et que d autres 
y perdissent, la somme totale de la production serait exactement la 
même, et la nation, prise collectivement, ne se trouverait ni plus 
riche ni plus pauvre. 
Mais une baisse relative dans le prix du blé a toujours cet heureux 
résultat d’accroître le fonds destiné à payer le travail; car, sous le 
nom de profits, une part plus considérable reviendra à la classe pro 
ductive, et une moindre part, sous le titre de rente, a la classe im 
productive. 
Cela est vrai, même en admettant que le capital ne peut pas être 
retiré de la terre, et qu’il doit y être employé ou rester sans emploi. 
Si pourtant une grande partie de ce capital pouvait être retirée, com 
me il est évident que cela est possible, elle ne le sera cependant que 
lorsqu’elle rapportera davantage au propriétaire dans un autre em- 
jdoi. Cette portion de capital ne sera donc retirée que lorsqu’elle 
pourra être employée d’une manière plus productive et pour le pro 
priétaire et pour le public. Le j)ropriétairc consent à perdre la por 
tion de capital qu’il ne peut dégager de la terre; car avec la portion 
qu’il lui est possible d’en retirer, il peut obtenir une plus grande va 
leur et une plus grande quantité de produits agricoles, que s il vou 
lait tirer parti de la portion de capital qu’il laisse dans la terre. Il 
SC trouve précisément dans la position d’une personne qui aurait 
construit à grands frais des machines dans une manufacture, ma 
chines qui auraient été tellement perfectionnées par de récentes dé 
couvertes, (ju’il en serait résulté une diminution dans le prix de ses 
produits. Ce serait un sujet bien digne de calcul pour lui, de savoir 
s’il doit abandonner scs vieilles machines, et les remplacer par d’au 
tres plus parfaites, en perdant toute la valeur des anciennes, ou con 
tinuer à tirer parti de leur puissance, comparativement faible. Quel 
serait l’homme qui, dans de telles circonstances, s’aviserait de lui 
conseiller de ne ¡mint adopter les nouvelles machines, par la raison 
que cela diminuerait ou détruirait même la valeur des anciennes. 
l’elest cependant le raisonnement de ceux qui voudraient que 1 on 
défendît l’importation du blé, raisonnement fondé sur ce qu elle tend
        <pb n="300" />
        « 
246 1‘IUNCIPES DE L’ÉCOiNOMlE POLITIQUE. 
à diminuer ou même à anéantir cette partie du capital du fermier 
qui est pour jamais identifiée avec la terre. Ils ne voient pas que 
tout commerce tend à augmenter la production, et que, par cet ac 
croissement , le bien-être général est augmenté, quoiqu’il puisse en 
résulter quelque perte partielle. Pour être d’accord avec eux-mêmes, 
ils devraient chercher à arrêter tout perfectionnement en agriculture 
et en manufactures, et toutes les inventions de machines; car, quoi 
que tous ces perfectionnements contribuent à l’abondance générale, 
et par conséquent au bonheur de toute la société, ils ne manquent 
pourtant jamais, au moment où ils sont introduits, de détériorer 
ou d’anéantir une partie du capital existant des cultivateurs et des 
manufacturiers. 
La culture des terres, ainsi que tous les autres commerces, surtout 
dans un pays commerçant, est sujette à une réaction, qui, dans un 
sens opposé, succède à l’action produite par une forte cause exci 
tante. C’est ainsi que, si une guerre interrompt l’importation du 
blé, la hausse de prix qui s’ensuivra attirera les capitaux vers l’agri 
culture, par rappât des gros profits qu’un tel emploi présente. 11 
en résultera probablement qu’il y aura plus de capital employé, et 
qu’il sera apporté au marché plus de denrées du sol qu’il n’en faut 
pour la demande du pays. Dans ce cas, le prix du blé tombera par 
reflet de la surabondance , et jusqu’à ce que le terme moyen de 
l’offre se’trouve de niveau avec celui de la demande, les cultivateur ; 
seront sous le coup d’une crise douloureuse.
        <pb n="301" />
        cil. XX. 
UES PKOrKlÉTÉS UE LA VALEIH ET UES RICHESSES. 
2T7 
CHAPITRE XX. 
DKS 1‘KOPRIÉTKS lUSTIPiCTIVES DE LA VALEUR ET DES RICHESSES. 
« Un liomme est pauvre ou riche, dit Adam Smith , selou le plus 
» ou moins de choses nécessaires, utiles ou agréables, dont il peut 
» se procurer la jouissance. » 
La valeur diffère donc essentiellement de la richesse ; car la valeur 
ne dépend pas de l’ahondance, mais bien de la difficulté ou de la 
facilité de production. Le travail d’un million d’hommes produira 
toujours la même valeur industrielle, sans produire toujours la 
môme richesse. Par l’invention de machines, par plus d’hahileté, 
par une division mieux entendue du travail, ou par la découverte de 
nouveaux marchés où l’on peut faire des échanges plus avantageux, 
un million d’hommes peut, dans un état donné de la société, dou 
bler ou tripler les richesses, les choses nécessaires, utiles ou agréa 
bles, que produisait aujiaravant le môme nombre d’ouvriers ; mais 
on n’ajouterait rien par là à la valeur des produits. Lu effet, tou 
augmente ou baisse de valeur à pro[)ortion de la facilité ou de la 
difficulté de production, ou, en d’autres mots, à proportion de la 
quantité de travail employée dans la production. 
Supposons (ju’avec un capital donné, le travail d un certain nom 
bre d ouvriers puisse produire mille paires de bas^ et que, par des 
inventions de machines, le môme nombre d hommes puisse en pro 
duire deux mille paires, ou qu’en continuant à produire mille pai 
res, il puisse, de plus, fabriquer cinq cents chapeaux. Daus ce 
cas, la valeur des deux mille jiaires de bas, ou celle des mille paires 
de bas jointe à celle des ciiui cents chapeaux, sera exactement la 
môme qu’avaient les mille paires de bas avant l’introduction des ma 
chines, parce que ces différents produits seront le résultat de la môme 
quantité de travail. Mais la valeur de la masse générale des denrées se 
trouvera cependant diminuée; car, quoique la valeur des pioduits, 
augmentés par suite des procédés perfectionnés, soit exactement
        <pb n="302" />
        248 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
égale en valeur à la quantité produite avant ce perfeetionnement, il 
y a aussi un effet produit sur la portion de marchandises non encore 
consommées, et qui ont été fabriquées avant l’introduction des pro 
cédés perfectionnés. La valeur de ces marchandises se trouvera ré 
duite 'y car il faut qu elle tombe, à quantités égales, au niveau de 
celle des marchandises produites sous l’in fluence des procédés perfec 
tionnés ; et la société, malgré la quantité augmentée de ses produits 
et le surcroît de richesse et de moyens de jouissance, aura, somme 
totale, moins de valeurs. En augmentant constamment la facilité de 
production, nous diminuons constamment la valeur de quelques- 
unes des choses produites auparavant, quoique, par ce même moyen, 
nous accroissions non-seulement la richesse nationale, mais encore 
la faculté de produire pour l’avenir. 
Grand nombre d erreurs, en économie politique, ont pris leur 
source dans cette manière fausse de regarder l’augmentation de la 
richesse et l’augmentation de la valeur comme des expressions syno 
nymes, et dans les fausses notions sur ce qui constitue la mesure com 
mune de la valeur. L’un, regardant le numéraire comme la mesure 
de la valeur, croit qu’une nation devient riche ou pauvre, selon que 
scs produits, de quelque nature qu’ils soient, peuvent s’échanger 
contre plus ou moins de numéraire. D’autres regardent le numérair 
comme un agent très-commode d’échange, mais non comme une 
mesure convenable, par laquelle on puisse estimer la valeur des 
choses; d’après eux, la véritable mesure de la valeur, c’est le blé*, 
et un pays est riche ou pauvre, selon que ses produits peuvent lui 
procurer en échange plus ou moins de blé. 11 en est encore d’autres 
qui regardent un pays comme pauvre ou riche, selon la quantité de 
travail qu’il peut payer*. Mais pourquoi l’or, le blé ou le travail. 
* Adam Smith dit « que la différence entre le prix réel et le prix nominal des 
» denrée et du travail, n’est point un objet de simple spéculation, mais peut, au 
» contraire, être quelquefois très-utile dans la pratique, v Je suis de son avis; 
mais le prix réel du travail et des denrées ne peut pas plus être déterminé par 
leur prix en marchandises, qui est la mesure réelle adoptée par Adam Smith, que 
par ce qu ils valent en or ou en argent, qui est la mesure nominale. L’ou 
vrier ne reçoit un prix réellement élevé pour son travail, que quand avec son 
salaire il peut acheter le produit de beaucoup de travail, (Note de 1‘Auteur.J 
* M. Say {Écon. polit., liv. I, chap. II) conclut que l’argent a aujourd’hui à 
peu près la même valeur qu’il avait sous Louis XIV, « parce que la même 
» quantité d’argent achète la même quantité de blé. » (Note de l’Auteur.) 
Dans un autre endroit de mon Économie politique^ je donne les raisons qui
        <pb n="303" />
        cil. XX. — DES PROPRIÉTÉS DE LÀ VALEUR ET DES RICHESSES. ái9 
seraient-ils la mesure commune de la \aleur plutôt que le charbon 
ou le fer, que le drap , le savon , la chandelle, ou tout autre objet 
nécessaire à l’ouvrier? Comment, en un mot, une denree quelcon 
que , ou toutes les denrées ensemble, pourraient-elles constituer une 
mesure commune, lorsque la mesure elle-même se trouve être sujette 
à éprouver des variations dans sa valeur? Le blé, ainsi que 1 or, 
peut, par la difliculté ou la facilité de sa production, varier de 10, 
20 ou .30 pour 100, relativement aux autres choses; pourquoi donc 
dire toujours que ce sont ces autres choses qui ont varié, et non le 
blé? 11 n’y a de denrée invariable que celle qui, dans tous les temps, 
exige pour sa production le même sacriiice de travail et de peines. 
Nous n’en connaissons point de semblables, mais nous pou^ons en 
parler et en raisonner, par hypothèse, comme si elle existait; et 
nous pouvons perfectionner la théorie de la science en faisant ^oir 
clairement que toutes les mesures adoptées jusqu’à présent pour ap 
précier la valeur sont absolument inapplicables L 
me font croire que, bien que la valeur d’aucune espèce de choses ne soit invariable, 
la valeur du blé est sur un grand nombre d’années communes la moins variable 
de toutes. J.*D. Say. 
* La valeur est une qualité inhérente à certaines choses ; mais c’est une qua 
lité qui, bien que très-réelle, est essentiellement variable, comme la chaleur. Il 
n’y a point de valeur absolue, de même qu’il n’y a point de chaleur absolue ¡ 
mais on peut comparer la valeur d’une chose avec la valeur d une autre, de même 
qu’on peut dire qu’une eau où l’on plonge le thermomètre, et qui le fait monter 
à quarante degrés, a autant de chaleur apparente que tout autre liquide qui fait 
monter le thermomètre au même degré. 
Pourquoi la valeur est-elle perpétuellement variable? La raison en est évi 
dente : elle dépend du besoin qu’on a d’une chose qui varie selon les temps, selon 
les lieux, selon les facultés que les acheteurs possèdent; elle dépend encore de la 
quantité de cette chose qui peut être fournie, quantité qui dépend elle-même 
d’une foule de circonstances de la nature et des hommes. 
La valeur ne peut être mesurée que par la valeur. Si l’on entreprenait de me 
surer la valeur des choses par une autre de leurs propriétés, ce serait comme si 
l’on voulait mesurer leur poids par leur forme ou par leur couleur; mais toute 
valeur étant essentiellement variable, aucune n’a la qualité nécessaire d'une me 
sure : l’invariabilité. Aucune ne peut donc servir à donner une idée exacte d’une 
autre valeur qui est dans un autre temps ou dans un autre lieu. On ne peut pas 
dire qu’une chose qui a coûté deux guinées à Londres, vaut le double de celle qui 
a coûté une guinée à Paris, parce que la guiiiée, lorsqu’elle est à Paris, ne vaut 
pas ce qu’elle vaut à Londres. On ne peut même pas dire qu’une chose qui \alait 
à Londres, il y a dix ans, une guinée, a conservé sa même valeur, parce qu elle 
s’y vend encore une guinée; car il faudrait pour cela avoir la certitude que, dans
        <pb n="304" />
        2ri0 PRINCIPES DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Et en 8ii])posaiit môme qu’une de ees mesures fût une mesure 
exacte de la valeur, elle ne le serait cependant pas de la richesse ; car 
la richesse ne dépend pas de la valeur. Un homme est riche ou pau 
vre, selon l'abondanee des choses nécessaires ou d’agrément dont il 
peut disposer, et elles contrihuent également aux jouissances du pos 
sesseur, (pie leur valeur échangeable contre de l’argent, du blé ou du 
travail, soit forte ou faible. C’est en confondant les idées de valeur 
et de richesse qu’on a prétendu (¡u’en diminuant la (Quantité des 
marchandises, e’est-à-dirc des choses nécessaires, utiles ou agréa 
bles à la vie, on pouvait augmenter les richesses. Si la valeur était 
la mesure de la richesse, on ne pourrait pas nier cette proposition, 
Londres même, une guidée ne vaut ni plus ni moins que ce qu’elle valait il y a 
dix ans. Or, cette certitude, on ne peut l’avoir. 
Rien n’est donc plus chimérique que de vouloir proposer une mesure des va 
leurs et un moyen de comparer deux valeurs, à moins que ces deux valeurs ne 
soient en présence. Alors, en effet, on peut les comparer : chaque chose a son 
prix courant^ qui est la valeur que les circonstances du moment y attachent en 
chaque lieu. On peut donc dire qu’en un lieu, en un moment donné, une chose 
dont le prix courant est de cinq, dix, cent fois le prix courant d’une autre chose, 
vaut cinq fois, dix fois, cent fois autant que cette dernière. Alors toute espèce de 
chose peut servir de point de comparaison pour estimer la valeur d’une autre 
chose, pourvu que l’une et l’autre aient un prix courant. On peut donc dire 
qu’une maison vaut aujourd’hui cinq cent mille hectolitres de blé, aussi bien que 
20,000 francs ; et si nous disons de préférence 20,000 francs, c’est parce que 
nous connaissons mieux en général la valeur de 20,000 francs, que celle de 
cinq cent mille hectolitres de blé, quoiqu’elle soit la même dans le cas sui)- 
posé. 
En raisonnant sur l’Économie politique, on est obligé bien souvent de consi 
dérer un même objet à deux époques successives, comme lorscju’on recherebe 
riniluence de l’impôt sur la valeur d’un produit. Il faut se former une idée du 
produit avant l’impôt et après l’impôt; mais comme cette valeur peut changer 
par d’autres causes ; comme la valeur du terme de comparaison, de l’argent, par 
exemple, peut varier aussi dans l’intervalle, il faut toujours sous-entendre, en par 
lant d’une cause qui agit sur quelques valeurs que cc soient, que l’on regarde 
l’action des autres causes comme semblable dans les deux cas. En disant, par 
exemple, que telle circonstance a fait monter le prix d’une chose de 2 francs à 
3 francs, je suppose que la marchandise appelée franc n’a éprouvé aucune va 
riation ; et si elle en a éprouvé, il est de droit qu’il faut faire à mon résultat une 
correction équivalente. 
Quoique cette restriction soit de droit, RL Ricardo, au commencement de sou 
ouvrage, a eu soin de l’exprimer positivement. 
Ces explications m’ont paru nécessaires pour apprécier convenablement ce que 
l'auteur a dit et va dire sur le sujet de la mesure des valeurs. — L-R Say.
        <pb n="305" />
        CH. XX. — DES PROPRIÉTÉS DE LA VALEUR ET DES RICHESSES. ¡251 
car la rareté des choses en augmente la valeur. Mais si Adam Smith 
a raison, si la richesse se compose des choses de nécessité et d agré 
ment ; dans ce cas elle ne saurait augmenter par la diminution de 
CCS choses. 
11 est vrai qu’une personne qui possède un objet rare, est plus 
riche, si, au moyen de cet objet, elle peut se procurer une plus grande 
quantité de choses nécessaires et agréables à la vie ; mais le fonds 
général duquel est tirée la richesse des autres personnes s’en trouve 
nécessairement diminué. 
« Que l’eau devienne rare, dit lord Lauderdale, et qu elle soit le 
partage exclusif d’un seul individu, sa richesse personnelle croîtra ; 
car l’eau, dans ce cas, aura une valeur; et si la richesse nationale 
se compose de la somme des fortunes individuelles, par ce moyen 
la richesse générale se trouvera aussi augmentée. » 
La richesse de cet individu augmentera, nul doute ; mais comme 
il faudra que le fermier vende une partie de son blé, le cordonnier 
une partie de ses souliers, et que tout le monde se prive d’une partie 
de son avoir dans l’unique but de se procurer de l’eau qu’ils avaient 
auparavant pour rien, ils seront tous appauvris de toute la quantité de 
denrées qu’ils sont forcés de consacrer à cet objet, et le propriétaire 
de l’eau aura un profit jirécisément égal à leur perte. La société 
jouira toujours de la même quantité d’eau et de la même quantité 
de denrées ; mais la distribution en sera différente. C’est cependant 
dans la supposition qu’il y a seulement monopole d’eau, et non di 
sette ; car si l’eau manquait, la richesse nationale et individuelle se 
trouverait réellement réduite, en tant qu elle serait privée d’une por 
tion d’un des objets qui servaient aux jouissances générales. Non- 
seulement le fermier aurait moins de blé à donner en échange pour 
les autres denrées qui pourraient lui être nécessaires ou agréables ; 
mais il éprouverait, comme tout autre individu, une diminution 
dans la jouissance d’un objet aussi essentiel à son bien-être. 11 y au 
rait donc, non-seulement une répartition dilférentc des richesses, 
mais il y aurait encore perte réelle de richesse. 
C’est pourquoi l’on pourrait dire de deux pays qui posséderaient 
une quantité égale de toutes les choses nécessaires, utiles ou agréa 
bles à la vie, qu’ils sont également riches ; mais la valeur de leurs 
richesses respectives dépendra de la facilité ou difficulté comparative 
avec laquelle ces richesses sont produites. Si une machine perfec 
tionnée nous donnait le moyen de faire deux paires de bas, au heu 
d’une, sans employer plus de travail, on donnerait double quantité
        <pb n="306" />
        2r.i2 PRINCIPES DE L’ECONOMIE POLITIQUE, 
de bas eu échange d’une aune de drap. Si une pareille amélioration 
avait lieu dans la fabrication du drap, les bas et le drap s’échange 
raient dans les mêmes proportions qu’auparavant ; mais ils auraient 
tous les deux baissé de valeur, puisqu’il faudrait eu donner double 
quantité en les échangeant contre des chapeaux, de l’or ou d’autres 
marchandises en général, pour obtenir une quantité déterminée de 
ces objets. Que l’amélioration s’étende à la production de l’or et de 
toute autre denrée, et les anciennes proportions seront de nouveau 
rétablies. 11 y aura double (juantité de produits annuels, et par con 
séquent la richesse nationale sera doublée ; mais elle n’aura point 
augmenté de valeur 
’ Toute cette doctrine est puisée dans mon Traité d’Économie politique 
(liv. Il, chap. IV), mais l’auteur en tire une conclusion opposée, c’est-à-dire que 
la richesse n’est pas la même chose que la valeur, tandis que j’établis que 
la richesse n’est que la valeur des choses. Ce qu’il y a de singulier, c’est qu’Adam 
Smith dit dans une circonstance comme Ricardo, et dans beaucoup d’autres 
circonstances, comme moi. On sent bien que des auteurs d’un si grand sens, et 
accoutumés à ne juger que d’après l’observation, ne peuvent être divisés sur ce 
point essentiel que par un malentendu ; or, c’est ce malentendu qu’il faut 
éclaircir. 
Que la richesse n’est autre chose que la valeur courante des choses qu’on 
possède^ c’est un point de fait. Lorsqu’on veut connaître ses richesses, on fait un 
état général de tout ce qu’on possède ; on met à la suite de chaque article le prix 
qu’on en pourrait tirer si l’on voulait s’en défaire ; et le total compose la richesse 
qu’on a voulu connaître. Alais il ne faut point perdre de vue les propriétés inhé 
rentes à la valeur, parce que ces mêmes propriétés sont inhérentes à la richesse, 
qui n’est autre chose que de la valeur. Ces propriétés sont 1® A variables^ 
ainsi queje l’ai dit dans ma précédente note : un inventaire n’indique une somme 
de richesses que pour le temps et le lieu ou il est dressé. Dès le mois suivant peut- 
être, plusieurs prix auront varié, et il ne sera plus exact. Ces prix sont différents 
dans la ville voisine *, si l'on s’y transporte avec ses richesses, elles ne seront plus 
exactement les mêmes. En conclure que ce n’est pas de la richesse, ce serait vouloir 
conclure que la chaleur n’est pas de la chaleur, parce qu il fait frais le malin et 
chaud à midi. 
Ces propriétés sont encore, 2» d’être relatives : c’est-à-dire que dans l’inven 
taire supposé, si l’évaluation totale de la propriété s’élève à 100,000 francs, cela 
ne veut dire autre chose, sinon que la valeur de tous ces objets est égale à la 
valeur qu’ont, dans le même endroit, vingt mille écus de cinq Irancs pesant cha 
cun vingt-cinq grammes au titre de */„ d’argent fin. De ce que le rapport entre 
la valeur des effets et la valeur des écus peut cesser d’être la même, il ne s’ensuit 
pas encore que la valeur ne soit pas de la richesse; il s’ensuit seulement que dans 
le moment de l’évaluation telle richesse en effets est égale à telle richesse en ar 
gent. Si les effets viennent à baisser de valeur, ou si l’argent devient plus pré 
cieux, le rapport ne sera plus le même ; il en résultera seulement que le posses-
        <pb n="307" />
        cil. XX. — DES PROPRIÉTÉS DE LA VALEUR ET DES RICHESSES. 253 
Quoique Adam Smith ait donné de la richesse une idée exacte et 
dont j’ai déjà plus d’une fois fait mention, il en donne ensuite une 
seur des effets sera moins riche par rapport au possesseur de l’argent, ou celui-ci 
plus riche relativement à l’autre. ^ 
Idaintenant, avec ces données, essayons de résoudre la grande difficulté. Com 
ment se fait-il que lorsqu’un objet devient plus abondant, lorsque les bras, par 
exemple, tombent à moitié prix, je sois tout à la fois moins riche en valeur et plus 
riche eu jouissances? La somme de mes bas portés à l’inventaire sera moindre, 
et cependant mes jouissances seront accrues, puisque j’aurai un plus graud nom- 
bre de pqires. ^ 
Ici l’on fait sans s’en douter une question multiple, c’est a-dire plusieurs ques- 
tions dans une seule ; voilà pourquoi il se peut qu’il y ait plusieurs réponses, et 
que ces réponses soient toutes justes, au moins dans le point de vue sous lequel 
on considère la question. . 
Si vous vous considérez comme possesseur d’une certaine quantité de bas, et 
que les bas tombent à moitié prix, non seulement relativement à l’argent, mais 
relativement à toute autre espèce de marchandise, alors cette portion de vos ri 
chesses a diminué de moitié relativement à toutes les autres; ou, ce qui revient 
au même, toutes les autres richesses ont doublé par rapport à celle-là. Si vous ac 
quériez en vendant une paire de bas six livres de sucre, vous n’en acquerrez plus 
que trois ; vos jouissances en bas seront demeurées les mêmes : mais si vous voulez 
les changer coutÂ des jouissances en sucre, vous n’obtiendrez plus de ces derniè 
res qu’une moitié de ce que vous auriez obtenu. La somme des moyens de jouis 
sances qui existaient dans la société, n’a ni augmenté ni diminué ; la somme des 
richesses non plus; la valeur de toutes les marchandises par rapport aux bas 
(l’argent compris) a haussé précisément autant que la valeur des bas a baissé ; 
car, encore une fois, il est de l’essence de la valeur d’être relative. Quand on con- 
sidie dans les choses une qualité absolue, comme la jouissance qui résulte de 
leur usage, on n’en considère plus la valeur échangeable. On considère une jouis 
sance, et non plus une richesse. 
Que si vous considérez les bas, non plus comme une marchandise déjà pro 
duite, mais comme une marchandise pouvant se produire, et qui, en baissant à la 
moitié de son ancien prix, vous permet d’en consommer une double quantité, 
ou, ce qui revient au même, une (pialité le double plus belle, sans pour cela 
faire un plus grand sacrifice, alors vous considérez la \ aleur des bas dans son 
rapport avec la râleur de votre revenu, et vous vous trouvez, relativement à 
ce prodidt en particulier, le double plus riche que vous n’étiez, puisqu’on moyen 
du même sacrifice vous obtenez en ce genre une double jouissance. 
C’est en ce sens que, bien que la valeur soit la seule mesure de la richesse, une 
baisse de prix est une augmentation de richesse, puisque alors votre revenu a dou 
blé par rapiiort aux bas ; et si les perfectionnements dans les procédés de la pro 
duction avaient été pareils pour tous les autres produits, votre richesse-revenu 
serait véritablement double. C’est cemme si le fonds d’où vous tirez votre revenu 
avait doublé, soit que ce fonds fût en terres, en capital, ou bien en talents indus 
triels.
        <pb n="308" />
        &gt;riv nuNcii'ES de l’économie dolitiode. 
explication (lifîércnte, en disant « qu’nn homme doit être riche ou 
» pauvre, selon qu’il peut disposer de plus ou moins de travail. » 
Cette manière de voir est essentiellement différente de la première, et 
est certainement inexacte; car, supposons que les mines fussent de 
venues plus productives, en sorte que l’or et l’argent eussent baissé 
de valeur, par la plus grande facilité de leur production ; ou que 
le velours étant fabrhpié avec beaucoup moins de travail qu’aupa- 
ravant,. la valeur en tombât de moitié; la richesse de tous les con 
sommateurs de ces articles se trouverait augmentée. Un particulier 
pourrait, dans ce cas, augmenter la quantité de sa vaisselle; nn 
autre pourrait acheter une quantité double de velours ; mais, quoi 
que possesseurs de cette quantité additionnelle de vaisselle et de 
velours, ils ne pourraient pas employer plus d’ouvriers que par 
le passé; car la valeur échangeable du velours et de la vaisselle 
ayant baissé, ils seraient obligés de sacriiîer une plus grande por 
tion de cette sorte de richesse au paiement de la journée de l’ouvrier. 
Ua richesse ne saurait donc être estimée ])ar la quantité de travail 
qu’elle peut payer. 
De tout ce (ju’on vient de dire, il résulte que la richesse d’un ])ays 
peut s’accroître de deux manières : par l’emploi d’une portion plus 
considérable de revenu consacré à l’entretien des travailleurs, —ce 
qui non-seulement augmentera la quantité, mais encore la valeur de 
la masse des produits’ : ou encore, par l’augmentation des forces 
productives du même travail, —ce qui ajoutera à l’abondance, mais 
n’augmentera point la valeur des produits. 
Dans le premier cas, non-seulement un pays deviendra riche, 
mais encore la valeur de ses richesses s’accroîtra. Il s’enrichira 
par l’économie, en réduisiuit ses dépenses en objets de luxe et d’a 
grément, et en employant le fruit de ses épargnes à la reproduction. 
Dans le second cas, il se peut (pi’il n’y ait ni réduction dans les 
dépenses de luxe et d’agrément, ni augmentation de travail pro 
ductif employé; mais avec la même quantité de travail, les pro 
duits seront plus considérables : la richesse s’accroîtra, niais non la 
valeur *. 
Cette doclriue est fort importante; elle est rigoureusement conforme à la na 
ture des choses, et par conséquent inébranlable, et elle explique des diflicultés où 
l’on s’est perdu Jusqu’à présent. — Say. 
‘ Les deux hypothèses de M. Ricardo me semblent se réduire à ceci ; 
l.es richesses d’un pays s’augmentent de deux façons ; soit lorsque les fonds
        <pb n="309" />
        cil. XX. — DKS PKOPIUÉTÉS DK LA VALEUR ET DES RICHESSES. âNÔ 
Üe ces (leux manières d’augmenter la richesse, ou doit préférer la 
seconde, puisqu’elle ])roduit le même effet sans nous pri&gt;cr de nos 
jouissances ni les diminuer, ce qui est inévitable dans la première. 
Le capital d’un pavs est cette portion de sa richesse qui est em 
ployée dans le but d’une production à venir. Il peut s’accroître 
de même que la richesse. Un surcroît de capital contribuera aussi 
effectivement à la production de la richesse future , qu’il pro 
vienne des améliorations dans les connaissances pratiques et dans 
les machines, ou de l’emploi d’une plus grande jiartie du revenu 
productifs s’accroissent, soit lorsque, sans être plus grands, ils produisent davan- 
l«ige. Ajoulons-y quelques éclaircissements. 
Par fonds productifs, j’entends les terres productives, les capitaux productifs, 
l’industrie productive. M. Ricardo, disciple en cela de Smith, n’entend que le 
travail. Dans sa première hypothèse, les capitaux accrus par l’épargne entretien 
draient un plus grand nombre de travailleurs. Il y aurait plus de choses pro 
duites ; mais ces choses étant le résultat de plus de services productifs, seraient 
dans le même rapport de valeur avec les services productifs. I.e pays aurait plus 
de producteurs (capitalistes ou industrieux), mais aussi il aurait plus de consom- 
niateurs. Chacun, avec le même revenu, n’obtiendrait que la même quantité de 
produits. M. Ricardo regarde cette augmentation de richesses comme la moins 
désirable. 
I.'autre augmentation, en effet, est plus propre à procurer à chacun la libre dis 
position de plus de produits, de plus de jouissance. Elle consiste en un plus grand 
parti tiré des mêmes fonds productifs; d’où résulte, sans la moindre diminution 
dans le revenu, une baisse dans la valeur des produits qui permet à chacun d être 
mieux pourvu, (^l'oyez ma dernière note, page 252.) 
Le revenu reste le même quand le fonds productif rend le double de produits, 
quoique moins chers de moitié. C’est une chose de fait que le raisonnement expli 
que. Si par un meilleur procédé on double le produit des ^rres en pommes de 
terre, par exemple, si l’on fait produire à chaque arpent cent setiers à 3fr. 
au lieu de cinquante setiers à 6 fr., dans les deux cas l'arpent rapporte 
300 fr.; mais dans le premier cas, le produit est à moitié prix, et relative 
ment à ce produit, non-seulement les revenus fonciers, mais tous les revenus sont 
doublés. 
De même, s’il est question d’un perfectionnement qui fait qu’un capital donne 
un produit double; si, comme il est arrivé dans la fabrication des fils et tissus 
de coton, des machines valant 30,000 fr. ont donné le double des produits, de ce 
que la même somme produisait avec autant de travail et des machines moins par 
faites, alors les jiroduits de ce capital ont successivement baissé de prix par la 
concurrence. On en a eu le double en quantité, qui, en baissant de prix, ont 
néanmoins valu autant en somme. Les revenus capitaux n’en ont pas été altéra; 
mais pour la même somme de revenu, chacun a pu obtenir le double de produits 
en cotonnades : le public a réellement été le double plus riche relativement aux 
cotonnades. —.I.-B, Say.
        <pb n="310" />
        PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE, 
dans la reproduction ; car la richesse tient toujours à la quantité des 
produits, sans égard pour la facilité avec laquelle on peut s’ètre pro 
curé les' instruments qui servent à la production. Une certaine 
quantité de vêtements et de vivres suflira aux besoins et à l’entre- 
tien d’un même nombre d’hommes, et fera faire la même quantité 
d’ouvrage , que ces objets soient le fruit du travail de cent hommes 
ou de deux cents; — mais ces vêtements et ces subsistances auront 
double valeur si les deux cents hommes ont été employés à les pro 
duire. 
Malgré les modifications qu’il a introduites dans la quatrième et 
dernière édition de son Traité ^Économie poUiique, M. Say me pa 
raît avoir été très-malheureux dans sa définition de la valeur et des 
richesses. 11 considère ces deux termes comme synonymes et déclare 
que tout homme est riche eu proportion de l’accroissement de valeur 
que reçoivent scs propriétés et de l’abondance des marchandises qu il 
peut acheter. « La valeur des revenus s accroît, dit-il, dès que, par 
» des causes quelconques, ils peuvent nous donner une plus grande 
» quantité de produits. » D’après M. Say, si doue la difficulté de 
produire du drap venait à doubler, et si, par conséquent, le drap 
s’échangeait contre une quantité de marchandises deux fois plus 
grande, il doublerait de valeur : cela est incontestable. Mais dans le 
cas où la production de ces marchandises se trouverait facilitée sans 
que celle du drap devînt plus cuùteuse, et où, par conséquent, le 
drap s’échangerait encore contre une quantité de marchandises dou 
ble , M. Say soutiendrait encore que la valeur du drap a doublé ; 
tandis que , d’après mes propres vues sur la matière , il devrait dire 
que le drap a conservé sa valeur première, et que ces marchandises 
ont baissé de moitié. M. Say ne manque-t-il pas de logique lorsqu’il 
dit que les progrès de la production peuvent faire qu’on crée, avec 
les mêmes procédés, deux sacs de blé au lieu d’un, que la valeur de 
ces sacs baisse conséquemment de moitié, et que, neanmoins, le 
drapier, qui échange scs étoffes contre deux sacs de blé, obtiendra 
une valeur double de celle qu’il recevait, alors qu il recevait un 
seul sac de blé pour son drap. Si deux sacs ont maintenant la valeur 
qu’un seul sac avait précédemment, il recevra exactement la même 
valeur, et rien de plus : il obtient, sans doute, une somme de richesse 
et d’utilité double, il reçoit deux fois jilus de ce qu’Adam Smith ap 
pelle valeur en usage, mais non de ce qu’on entend par valeur en 
échange, ou valeur proprement dite. C’est pourquoi M. Say a tort 
(|uand il considère comme synonymes les termes de valeur, d’utilité;
        <pb n="311" />
        CH. XX. — OES PROPRIÉTÉS DE LA VALEUR ET LES RICHESSES. 257 
de richesse, ,1e pourrais même en appeler à M Say, et emprunter, 
au bénéfice de ma cause et de la différence essentielle qui existe en 
tre la valeur et les richesses, plusieurs chapitres de ses ouvrages; 
tout en reconnaissant, cependant, que dans d’autres passages il com 
bat mes idées. 11 m’est, on le pense bien, impossible de concilier ces 
pages contradictoires, et je les désigne àM. Say lui-même, pour qu’il 
me fasse l’honneur de discuter mes observations dans une édition 
future de son ouvrage, et qu’il y introduise les explications que tout 
le monde, comme moi, juge necessaires pour la parfaite entente de 
ses doctrines. ^ 
1. Dans l’échange de deux produits, ce que nous échangeons réel 
lement ce sont les services productifs qui ont servi à les créer. Traité 
d’Économie politique, édit. Guillaumiis, p. 346. 
2. 11 n’y a cherté véritable que celle provenant des frais de pro 
duction : et une chose réellement chère est celle qui coûte beaucoup 
à produire. 
3. La valeur de tous les services productifs nécessaires pour la 
création d’un produit, constitue les frais de production de cet article. 
4. C’est l utilité qui détermine la demande d’une marchandise : 
mais ce sont les frais de production qui servent de limite à cette de 
mande. Quand son utilité ne suffit même pas pour élever la valeur 
au niveau des frais de production, cette chose ne vaut pas ce qu elle 
a coûté ; et il y faut voir la preuve que les mêmes services ¡)roductifs 
auraient pu être employés plus avantageusement dans une autre 
branche d’industrie. Les propriétaires des fonds productifs, ceux qui 
disposent de capital, de terre ou de travail, sont constamment occu 
pés à comparer les frais de production avec la valeur d’échange, ou, 
ce qui revient au même, la valeur des différentes marchandises entre 
elles. En effet, les frais de production ne sont autre chose que la va 
leur des services productifs consacrés à la création d’une marchan 
dise; et la valeur d’un service productif n’est autre chose que celle 
de la marchandise produite. D’où il suit que la valeur d’une marchan 
dise, la valeur d’un service productif, la valeur des frais de produc 
tion sont des valeurs équivalentes, toutes les fois qu’on laisse jmendre 
aux choses leur cours naturel. 
5. La valeur des revenus s’accroît donc du moment où ils nous 
procurent n’importe par (lucls moyens — une plus grande somme 
de produits. 
6. Le prix sert de mesure à la valeur des choses, et leur valeur 
sert à mesurer leur utilité. 
{()Eut\ de Ricardo.) 
17
        <pb n="312" />
        258 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
7. L’échange fait librement montre pour le temps, le lieu, la si 
tuation sociale où l’on se trouve, le prix que nous attachons aux 
choses échangées. 
8. Produire, c’est créer de la valeur en donnant de l’utilité aux 
choses qui n’en ont pas, ou en augmentant celle qu’elles ont déjà, et 
par conséquent en faisant naître des demandes. 
9. L’utilité créée constitue un produit. La valeur échangeable qui 
en résulte est seulement la mesure de cette utilité et de la production 
qui vient d’avoir lieu. 
10. L’utilité que les habitants de certaines contrées reconnaissent 
à une chose, ne peut être appréciée que par le prix qu’ils consentent 
à en donner. 
11. Le prix est la mesure de l’utilité que notre jugement attache a 
un produit, et de la satisfaction que nous éprouvons en le consom 
mant : eu eilet personne ne se livrerait à cette consommation si, 
pour le même prix, on pouvait sc procurer une utilité, une jouis 
sance plus grande. 
12. Lue valeur incontestable est Ja quantité de toute autre chose 
quon peut obtenir, du moment qu'on le désire, en écJianye de la chose 
dont on veut se défaire^ p. 314, édit, (iuillaumin. 
S’il n’y a réellement de cherté que celle qui uait des frais de pro 
duction, comment dire qu’une marchandise peut hausser de valeur 
sans que les frais de production augmentent, et par cela seul qu’elle 
s’échangera contre une quantité plus grande de certaines denrées 
dont le coût aura diminué? Quand je donne deux mille fois plus de 
drap pour une livre d’or que pour une livre de fer, cela prouve- 
t-il que j’accorde à l’or une utilité deux mille fois plus grande qu’au 
fer? Certainement non : cela prouve simplement — comme l’a re 
connu M. Say au paragraphe 2 , — que la production de 1 or est 
deux mute fois plus dillicile , plus coûteuse que celle du fer. Si les 
frais de production de ces deux métaux étaient les mêmes, j en 
donnerais le même prix ; mais si 1 utilité était réellement le fonde 
ment de la valeur des elioses, il est probable que je donnerais davan 
tage pour le fer. C’est la concurrence des producteurs « perpétuel 
lement occupés, dit l’auteur, à comparer les frais de production avec 
la valeur de la chose créée, » qui règle la valeur des diilérentcs mar 
chandises. Si donc je donne un shilling pour un pain et 21 sliillings 
pour une guinée, il ne faut pas y voir la mesure de l’utilité que j’at 
tribue à chacune de ces denrées. 
Dans le numéro 4 M. Say défend, presque sans modification , la
        <pb n="313" />
        CH. XX. — DES PK01‘KIÉTÉS DE LA VALEÜU ET DES RICHESSES. 259 
doctrine que j’ai émise relativement à la valeur. Au rang des ser 
vices produetifs il place ceux qu’on retire de la terre, du capital, 
du travail : je n’admets, moi, à l’exclusion complète de la terre, 
que le capital et le travail. La différence provient ici de la diversité 
de nos vues sur la rente territoriale. Je la considère, moi, comme le 
résultat d’un monopole partiel qui, loin de régler les prix, en subit 
au contraire l’inlluence. Je crois que si tous les propriétaires renon 
çaient , par un généreux effort, à toutes leurs rentes, le prix des 
produits agricoles ne laisserait pas : car il y aurait toujours une cer 
taine proportion de ces produits créés sur des terres qui ne paient 
pas et ne peuvent pas payer de rentes, —l’excédant du produit sur 
les frais suffisant à peine pour couvrir les profits du capital. 
Pour conclure, et quoique personne n’estime plus haut que moi 
les avantages qui peuvent résulter pour toutes les classes de consom 
mateurs de l’abondance et du bas prix réel des marchandises, je 
ne puis tomber d’accord avec M. Say quand il évalue le prix d’une 
marchandise par l’abondance des autres marchandises contre lesquel 
les elle s’échange. Je suis, à cet égard, de l’avis d’un écrivain dis 
tingué, M. Destutt de Tracy, qui dit que « mesurer une chose, c’est la 
(omparer avec une quantité donnée de cette autre chose qui nous 
sert de terme de conq)araison, d’étalon, d’unité, ilesurer, déterminer 
une longueur, une valeur, un poids, c’est donc rechercher combien 
ils contiennent de mètres, de francs, de grammes, eu un mot, d’uni 
tés d’une même nature » Le franc n’est une mesure de valeur, que 
pour une certaine quantité du métal dont sont faits les francs, à moins 
que les francs et la chose qu’on doit mesurer ne puissent être rappor 
tés à quelqu’autre mesure commune aux deux. Or, je crois qu’on 
peut effectivement trouver ce terme de comparaison , car les francs 
et la marchandise déterminée étant le résultat de la môme somme de 
travail, le travail peut être considéré comme une mesure commune 
servant à déterminer leur valeur réelle et relative. Ceci, je suis heu 
reux de le dire, me parait être aussi l’avis de M. Destutt de Tracy. 
11 dit : « Comme il est certain que nos facultés physiques et morales 
sont nos seules richesses primitives, l’emploi de ces facultés consti 
tue aussi notre seul trésor à l’origine des sociétés ; et c’est par consé- 
' Elévmits d’idéologie^ c. iv, p. 99. Dans cet ouvrage, M. de Tracy a groupé, 
d’une manière utile et habile, les principes généraux de l’économie politique, et 
je suis fâché d’ajouter qu’il y fortifie, par son autorité, les définitions que nous a 
données M. Say de la valeur, des richesses, et de l’utilité.
        <pb n="314" />
        260 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
quent de notre activité, de notre intelligence, que découlent les cho 
ses que nous nommons richesses, aussi bien celles qui sont le plus 
nécessaires (pie celles qui sont simplement une valeur d’agrément. 
11 est évident, aussi, que toutes ces choses représentent unique 
ment le travail qui les a créées; et si elles ont une valeur, ou deux 
valeurs différentes, elles les reçoivent de la somme de travail dont 
elles émanent. " » 
M. Say, en parlant du mérite et des imperfections du hel ouvrage 
d’Adam Smith, l’accuse d’avoir commis une erreur, en attribuant au 
seul travail de l’homme le pouvoir de produire des valeurs. « lue 
« analyse plus exacte, dit M. Say, prouve que ces valeurs sont dues 
» à l’action du travail, ou plutôt de l’industrie de l’homme combinée 
» avec l’action des agents que lui fournit la nature, et avec celle des 
» capitaux Ce principe méconnu l’empéche d’établir la vraie 
» théorie des machines, par rapport à la production des richesses. » 
En contradiction avec 1 opinion d Adam Smith, IVI. Say, dans le 
quatrième chapitre du premier livre de son Traité d’Économie poli 
tique, parle de la valeur que les agents naturels, tels que la lumière 
du soleil, l’air, la pression de l’atmosphère, donnent aux choses, en 
remplaçant souvent le travail de l’homme, et quelquefois en travail 
lant à la production en communauté avec lui*. &gt;Iais ces agens natu- 
, J,ai dit que la valeur qu’on met aux choses est la mesure de leur utilité, de la 
satisfaction qu’on peut tirer de leur usage, en ce sens que lorsque deux choses ont 
le même prix courant, c’est une preuve que les hommes de ce lieu et de ce temps 
estiment qu’il y a le même degré de satisfaction à retirer de la consommation de 
l’une ou de l’autre. Alais j’aurais eu très-grand tort si l’on pouvait iniérer de ce 
que i’ai dit que lorsque le prix d’une chose baisse, son utilité diminue. L utilité 
d’une chose qui baisse de prix se rapproche alors de l’utihté de l’air, qui ne nous 
coûte rien, quoique fort utile. 
Du reste, il n’y aurait pas eu de cercle vicieux à dire que la valeur est la 
mesure de l’utilité, et l’utilité la mesure de la valeur, si ces quantités suivaient 
une marche absolument pareille dans leurs variations; ce qui nest pas. 
J.-B. Say. , , 
2 « Le premier homme qui a su amollir les métaux par le feu n est pas le créa- 
» leur actuel de la valeur que ce procédé ajoute au métal fondu. Cette valeur est 
I) le résultat de l’action physique du feu jointe à l’industrie et aux capitaux de 
» ceux qui emploient le procédé. » 
„ ... De cette erreur, Smith a tiré celte fausse conséquence, c est (jue 
» toutes les valeurs produites représentent un travail récent ou ancien de l’homme, 
en d’autres termes^ que la richesse n’est que du travail accumulé; d’où 
" 2^ seconde conséquence lout aussi fausse, le travail est la seule mesure 
\des richesses ou des valeurs produites. « Ces dernières conséquences, c’est
        <pb n="315" />
        CH. XX. — DES PROPRIÉTÉS DE LA VAl.ELR ET DES RICHESSES. 201 
reis, quoiqu’ils ajoutent beaucoup à la valeur d'ulihlé n’augmentent 
jamais la valeur échangeable d’une chose, et c est celle dont parle ici 
M. fiay. Aussitôt qu’au moyen de machines, ou par nos connaissances 
en physique, nous forçons les agents naturels à faire 1 ou\ rage que 
l’homme faisait auparavant, la valeur échangeable de cet ouvrage 
tombe en conséquence. S’il fallait dix hommes pour faire tourner un 
moulin à blé, et qu’on découvrit que, parle moyen du vent ou de l’eau, 
le travail de ces [dix hommes pourrait être épargné, la farine qui 
serait le produit de l’action du moulin tomberait dès ce moment de 
valeur, en proportion de la somme de travail épargné; et la société 
se trouverait enrichie de toute la valeur des choses que le travail de 
ces dix hommes pourrait produire, — les fonds destinés a l’entretien 
des travailleurs n’ayant pas éprouvé par là la moindre diminution. 
M. Say méconnaît toujours la différence qui existe entre la valeur en 
échange et la valeur d’utilité. 
M. Say accuse le docteur Smith de n’avoir pas fait attention à la 
valeur donnée aux choses par les agents naturels et par les machines, 
en raison de ce qu’il considérait la valeur de toutes choses comme 
étant dérivée du seul travail de l’homme; mais il ne me paraît pas 
que cette accusation soit prouvée; car, dans aucun endroit de son 
ouvrage, Adam Smith ne déprécie les services que ces agents naturels 
et les machines nous rendent, mais il caractérise avec beaucoup 
de justesse la nature de valeur (pi ils ajoutent aux choses. Ils sont 
utiles, en ce qu’ils augmentent l’abondance des produits, et qu’ils 
M Say qui les tire, et non le docteur Smith; elles sont fondées si l’on ne distin 
gue pas la valeur d’avec la richesse ; mais Adam Smith, quoiqu’il ait avancé que la 
richesse consiste dans Pahondance des choses nécessaires, utiles, ou agréables à 
la vie, aurait admis que les machines et les agents naturels peuvent ajouter beau 
coup à la richesse d’un pays : cependant il n’aurait point accordé que ces objets 
pussent rien ajouter à la valeur échangeable des choses. Note de l Auteur, à 
quoi M. Say répond : 
De mes dernières not(*s on peut inférer ma réponse à celle-ci. L action gratuite 
des agents naturels, quand elle remplace l’action onéreuse des hommes et des ca 
pitaux, fait baisser la valeur des produits. Comme toute valeur est relative, la va 
leur des produits ne peut pas baisser sans que la valeur des revenus (ou des fonds 
productifs qui donnent ces revenus) n’augmente. Les consommateurs sont d’au 
tant plus riches, que les produits sont à meilleur marché. J’ai prouvé ailleurs (jue 
la baisse des produits provenant d’une économie dans les frais de production 
n’altérait en rien les revenus des producteurs; un homme qui parvient à aire par 
jour deux paires de bas à 3 francs gagne autant que lorsqu il en faisait une a 
6 francs J.-R. Say.
        <pb n="316" />
        262 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
ajoutent à notre richesse en augmentant la valeur d’utilité; mais, 
comme ils travaillent gratuitement, comme on ne paie rien pour 
l’usage de l’air, de la chaleur du soleil, ni de l’eau, les secours qu’ils 
nous prêtent n’ajoutent rien à la valeur échangeable*. 
' M. Ricardo, en rapprochant divers passages pris en plusieurs endroits de mes 
ouvrages, sans pouvoir citer les développements que j’y donne, ni les restrictions 
que j’y mets, y trouve de l’obscurité et des contradictions. Il peut être fondé; 
mais a-t-il éclairci cette obscurité? a-t-il levé ces contradictions? 
Si l’on prend le mot richesses dans sa signification la plus étendue, les richesses 
de l’homme sont tous les biens qui, étant à sa disposition, peuvent, de quelque 
manière que ce soit, satisfaire ses besoins, ou seulement ses goûts Dans ce sens, 
l’air que nous respirons, la lumière du soleil, et même l’attachement de notre fa 
mille et de nos amis, sont des richesses. Ce sont des richesses qu’on peut appeler 
naturelles. 
Dans un sens plus restreint, et lorsqu’il est question seulement des biens que 
possèdent un homme riche, une nation riche, on trouve que les richesses sont des 
choses qui, pouvant satisfaire les besoins et les goûts des hommes en général, 
n’ont pu devenir leur propriété qu’au moyen de quelques difficultés qu’ils ont 
vaincues; d’où il est résulté pour ces choses une valeur, c’est à-dire la qualité de 
ne pouvoir être acquises qu’au moyen d’un sacrifice égal à celui qu’elles ont 
coûté. Si je consens à donner un boisseau de froment pour obtenir deux livres de 
café ; c’est parce que j’estime que la satisfaction que je me promets de deux livres 
de café vaut les difficultés qu’il m’a fallu vaincre pour créer un boisseau de fro 
ment. Si le propriétaire des deux livres de café pense de même relativement au 
boisseau de froment, je dis que la valeur échatujeable du boisseau de froment 
est deux livres de café, et réciproquement ; et si l’une ou l’autre de ces choses 
trouve à s’échanger contre une pièce de 5 francs, je dis que l’une ou l’autre sont 
une portion de richesses égale à 5 francs; qu elles le sont par leur valeur échan 
geable, et en proportion de cette valeur échangeable, h'aleur échangeable et 
richesse sont donc synonymes. 
Or, cette richesse ainsi entendue, et qu’on pourrait nommer sociale, en ce 
qu’elle ne peut exister que parmi les hommes en société, est celle qui fait l’objet 
des recherches de Y Économie politique *, parce que seule elle est susceptible de 
s’accroître, de se distribuer et de se détruire. 
Maintenant la grande difficulté est de faire concorder les lois de la richesse 
sociale, ou de l’Économie politique, avec celles de la richesse naturelle- Lorsqu’un 
produit se multiplie par le meilleur emploi que nous faisons de nos terres, de nos 
capitaux, et de notre industrie, il y a plus d’utilité (soit de richesse naturelle) 
produite, et en même temps la production de la richesse sociale semble être moin 
dre, puisque la valeur échangeable du produit diminue. La richesse sociale ne 
suit donc pas la même marche que la richesse naturelle ; de là les difficultés où se 
sont |)erdus Lauderdale et bien d’autres, et les contradictions apparentes que 
M. Ricardo me reproche. 
♦ Ce qui montre, pour le dire en passant, que Y Économie politique tsi une science bien 
nommée, puisque ce mot. d’après son étymologie, peut être traduit par cette expression : 
Loit relatives aux richesses sociales.
        <pb n="317" />
        CH XX -DESPROPKIËTÉSBEIAVALKURKT nESlilCllESSES. ¿63 
%'urt former une idée juste des choses, je pense qu’il f““* “ "YndSlrTelIfô 
nature entière, les capitaux accumulés par 1 homme, et Ifô acu toutes 
de l’homme, comme le grand fonds où se forment, et uque nai ... 
les utilités, toutes les richesses naturelles et sociales qui servent a satislai 
plus ou moins complètement à tous les besoins, à tous les goûts des homme . 
Les portions de ce fonds qui n’ont pas besoin d’être sollicitées, losoW, p 
exemple, qui nous fournit une lumière et une chaleur si necessaires aodo'^olop- 
pement des être organisés, sont des fonds productifs appartenant a c o^un 
nous, d’une valeur intinie, pour ce qui eàl de l’utilité qu’on en tire, puisque cette 
utilité est infinie, inépuisable. ...» 
D’autres fonds, tels, par exemple, qu’un capital productif, n appartiennent pas 
à tout le monde. Ils ne peuvent faire leur office que parce qu ils sont des pr^ 
priétés : l’Économie politique en assigne les motifs. Leur valeur peut etre assimilée 
à la valeur des fonds naturels, eu ce qu’elle est proportionnée a la quantité d uti 
lité qui peut en naître. Ainsi un fonds capital, territorial et industriel, duquel sont 
sortis cinquante boisseaux de froment, vaudrait dix fois autant relativemen a 
cette espèce de produit, si, dans un espace de temps pareil, par un perfectionne 
ment quelconque, on parvenait à en tirer cinq cents. 
11 reste à connaître quels sont ceux qui profitent de cette augmentation, 
ceux qui sont plus riches, non seulement en richesses naturelles, mais en ri 
chesses sociales, en valeurs échangeables, de tout cet accroissement d utilité pro- 
Si?par des causes dont la discussion est étrangère à l’objet de notre spéculation 
présente, la valeur échangeable de chaque boisseau de blé se soutient ma^é 
l’augmentation survenue dans la quantité de blé produite, alors 1 augmentation 
de richesse produite est entièrement au profit des producteurs, c’est-a-dire des 
propriétaires du fonds capital, du fonds territorial, et du fonds industriel, dont 
il est sorti cinq cents boisseaux au lieu de cinquante. Le revenu provenant de ces 
portions de fonds a décuplé. 
Si, comme il arri\e plus fréquemment, la valeur échangeable de chaque bois- 
seau’de blé a baissé en raison de la plus grande quantité qui en a été produite, le 
profit obtenu est bien toujours dans la proportion de cinq cents à cinquante; mais 
ce profit est fait par la classe des consommateurs, lesquels sont aussi riches de ce 
qu’ils paient de moins que les producteurs l’auraient été de ce qu’ils auraient 
vendu de plus. Leur revenu n’a pas décuplé, parce qu’ils ne l’emploient pas tout 
entier en froment; mais la portion de revenu qu’ils avaient coutume d’employer 
en froment a décuplé, et toutes ces portions de revenu ainsi décuplées se monte 
raient, si elles étaient réunies, à une somme égale à la valeur décuplée du produit, 
en supposant qu’il n’eût pas baissé de prix. Dans les deux cas, la 
joui d’une augmentation de valeurs comme d’une augmentation u i 
J.-B. Say. 
* Principalet causes de la richesse des peuples et des particulier&gt;, par y, ég 
de Kanles, brochure de 178 pages. Paris, Détcrville.
        <pb n="318" />
        264 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
CHAPITRE XXI. 
DES EFFETS DE l’ACCUMULATION SUR LES PROFITS El SUR l’INTÉRÈT 
DES CAPITAUX. 
D’après la manière dont nous avons considéré les profits des capi 
taux, il semblerait qu’aucune accumulation de capital ne peut faire 
baisser les profits d’une manière permanente, à moins qu’il n’y ait 
quelque (;ause, également permanente, qui détermine la hausse des 
salaires. Si les fonds pour le paiement du travail étaient doublés, 
triplés ou quadruplés, il ne serait pas dillicile de se procurer bientôt 
la quantité de bras nécessaires pour remploi de ces fonds ; mais en 
raison de la dilïiculté croissante d’augmenter constamment la quan 
tité de subsistances, la même valeur en capital ne pourrait probable 
ment pas faire subsister la même quantité d’ouvriers. S’il était 
possible d’augmenter continuellement, et avec la même facilité, les 
objets nécessaires à l’ouvrier, il ne pourrait y avoir de cbangement 
dans le taux des profits et des salaires, quel que fut le montant du 
capital accumulé. Cependant Adam Smith attribue toujours la baisse 
des profits à l’accumulation des capitaux et à la conenrrence qui en 
est la suite, sans jamais faire attention à la dilïicnlté croissante 
d’obtenir des subsistances pour le nombre croissant d’ouvriers que le 
capital additionnel emploie. « L’accroissement des capitaux, dit-il, 
« qui fait hausser les salaires, tend à abaisser les profits \ Quand les 
‘ Il m’est impossible, à voir la persistance avec laquelle Ricardo cherche à éta 
blir l’antagonisme prétendu des salaires et des profits, et son impassibilité devant 
les démentis que l’expérience donne à son système, il m’est impossible, dis-je, de 
ne pas croire à une confusion dans les idées qu’il remue II a beau appeler Ad. 
Smith à son secours pour le sauver de la réalité qui le combat, il a beau se enu- 
vrir de mystères dans certains passages, distinguer entre les hausses momentanées 
et les hausses prolongées, entasser les observations, prétendre que chaque ohole 
ajoutée aux salaires est une perte pour le manufacturier, nous faire chercher 
enfin dans les fanges du paupérisme les perles et le luxe du riche, il ne pourra
        <pb n="319" />
        CH. XXI. - DES PIIOFITS ET DE L’LM'ÉKÈÏ DES C.\P1TAUX. “265 
« capitaux d’un grand nombre de riehes commerçants sont versés 
&gt;• dans la même branche de commerce, leur concurreuce mutue e 
faire que, par la solidarité qui relie les membres de la famille Wmame , !^ 
souffrances ou les joies des uns ne retentissent, tôt ou tard dans lâme de tous. 
Chacune de ces grandes années de crise, qui ont ébranlé les sociétés anglaise, 
américaine, française, et ont jeté sur la place publique, dans le forum ardent 
et courroucé, les masses sans travail que vomissaient les manufactures; cha 
cune de ces années aurait dû enseigner à l’austère économiste que les ouvriers 
sont la base de l’édifice industriel, et que lorsque la base d’un ediüce s ébranlé le 
faite est bien près de s’écouler, en d’autres termes, que la ruine frappe en meme 
temps en haut et en bas. D’un autre côté, chacune de ces années radieuses, ou 
l’on vit les débouchés s’agrandir, les capitaux afduer dans toutes les industries 
pour les vivifier, le travail rouvrir, comme une formule magique, les portes 
muettes des ateliers, l’abondance secouer de toutes parts sur le inonde ses mer 
veilles et ses richesses, chacune de ces années, dis-je, aurait dû lui prouver que 
si les mauvais jours pèsent sur les chefs et sur les ouvriers, les jours de prospérité 
ont des récompenses pour tous, sous forme de hauts salaires pour les uns, et de 
riches inventaires pour les autres. Je ne puis croire que Ricardo se soit tenu 
assez loin des événements pour n’en pas suivre la marche, et n’en pas comprendre 
les enseignements, et ces événements eussent été pour lui un espoir, et non une 
sorte d’anathème, si, à mon humble avis, du moins, l’arme du raisonnement et 
de l’observation ne s’était faussée entre ses mains. Je ne vois pas d’autre moyen 
d’expliquer comment, toutes les fois qu’il indique une hostilité profonde dans 
les rangs des travailleurs, les faits répondent au contraire par une union qui n a 
rien certainement de la tendre affection que nous promet Fourier entre pag^ 
et pagesses, mais qui repose sur l’intérêt individuel, garanti par l’intérêt social, 
- du moins autant que le permettent toutes les charges qui sous le nom d oc 
trois, de douanes, d’impôts exagérés, de dettes publiques grèvent le producteur 
et altèrent les contrats économiques. 
Au spectacle du développement merveilleux de l’industrie, des progrès inespérés 
de la mécanique qui, d’un côté, abaissent chaque jour la valeur courante des 
marchandises, et de l’autre, provoquent l’accroissement des salaires par l’immen 
sité de la tâche qu’il s’agit d’accomplir et par la demande de travailleurs : au 
spectacle de cette double impulsion, ascendante pour le prix du travail, descen 
dante pour le prix des produits, le savant auteur des Principes d’Economie 
Politique n’a pas senti que, loin d’être pour le manufacturier une cause de 
ruine, l’avilissement graduel de ses marchandises était la base la plus sûre de sa 
prospérité. Dans le fait, et par une aberration étrange pour un aussi grand esprit, 
— aberration devant laquelle le respect a même fait longtemps hésiter notre main, 
— Ricardo a confondu une diminution dans la valeur des produits avec une di 
minution des profits. Il a vu que, par la concurrence des producteurs, les inven 
tions se succèdent chaque jour dans le champ industriel, que les forcfô méca 
niques se retrempent au contact de la science ; il a vu que le génie de loinme, 
entassant ainsi les produits, luttait de prodigalité avec la nature e e in me, e 
tendait à faire des richesses sociales un fonds où les plus humbles vinssen puiser
        <pb n="320" />
        266 ‘ PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
» tend naturellement à en faire baisser les profits ; et quand les capi- 
o taux se sont pareillement grossis dans tous les différents commerces 
à peu de frais ; et cet admirable travail d’égalité, ce nivellement du bien-être, il 
a cru qu’on ne pouvait l’accomplir qu’en retranchant des profits du manufactu 
rier ce que l’on accordait, par l’abaissement du prix , au consommateur, par la 
hausse des salaires, aux classes laborieuses. Il n’a pas vu que c’est précisément 
dans la salutaire action de ce double phénomène que reposent l’avenir de l’in 
dustrie et sa prospérité : car c’est ce double phénomène qui appelle la masse'à 
consommer les produits créés, et qui, par conséquent, fait des besoins de tous 
un étai pour le travail de tous. Dire que parce qu’un fabricant fait à ses ouvriers 
une part plus large dans la répartition de la fortune publique il diminue d’autant 
son revenu et ses profits, c’est dire à la fois une chose fausse et une chose décou 
rageante : — décourageante, parceque, ou l’on introduirait la lutte et la haine 
dans les rangs des travailleurs, ou l’on condamnerait l’ouvrier à' un ilotisme 
barbare et à des salaires minimes, ou l’on convierait le manufacturier à une 
générosité impossible ; —fausse, en ce que plus une marchandise diminue de 
valeur, plus elle appelle la consommation, et plus elle appelle la'; consommation 
plus les bénéfices du fabricant se grossissent. Ne nions pas, ne refusons pas, sur 
tout, par amour pour les abstractions, ce miracle perpétuel de la production, 
qui appelle les plus humbles à la vie physique, comme les appelait le Christ à la 
vie morale. 
Quoi qu’on fasse ou dise, on n’échappera pas à la force des choses; et la force 
des choses veut que le capitai ne se dépouille pas en faveur du travail, et qu’avant 
d’attenter à ses profits, il prélève sur les salaires ce que l’état du marché ne peut 
plus lui donner. Si donc on voit un manufacturier hausser le prix de la main- 
d’œuvre, on peut être sûr que ses inventaires ont un aspect rassurant, que ses 
ateliers sont en pleine activité. Lorsque l’or s’écoule en minces filets au profit des 
ouvriers, on peut être convaincu qu’il coule à larges flots dans la caisse des chefs 
d’industrie, et je ne sache pas un seul exemple où l’on ait vu les salaires grandir 
au sein d’une industrie languissante. « Mais, dira-t-mi, ne voyez-vous pas le taux 
» de l’intérêt s’abaisser de toutes parts, tandis que s’élève au contraire, avec la 
» valeur des forces humaines, celle des subsistances. Ne voyez-vous pas que le 
» producteur hérite des dépouilles du capitaliste, du propriétaire, du rentier, 
» et que, dans ce déplacement de la richesse, les caisses des uns s’emplissent 
» aux dépens des caisses des autres? » Je reconnais facilement la décadence du 
rentier et du propriétaire, c’est-à-dire de l’élément oisif de la société. Ils repré 
sentent des capitaux inertes qui doivent nécessairement perdre de leur prix 
au milieu de la multiplication générale des produits et des signes monétaires : 
et leur fortune présente même quelque chose d’analogue à ces monnaies qui 
s’usent par le frai, ou bien, — que l’on me permette cette comparaison peu éco 
nomique — à des habits qui deviennent trop courts pour un corps que le temps 
développe et grandit. Rien de plus juste et de plus naturel à leur égard; mais 
je nie positivement l’autre partie de la proposition, celle qui veut envelopper dans 
la même déchéance toute cette classe de producteurs qui mettent en œuvre leurs 
capitaux, commanditent des industries, et font servir leurs sueurs d’hier à fécon-
        <pb n="321" />
        cil. XXL - DES PROFITS ET DE L’iNTÉRÉT DES CAPITAUX. 207 
« établis dans la société, la même concurrence doit produire le même 
» effet dans tous. * 
der leurs sueurs du jour et du lendemain. Pour ceux-là, au contraire, le bien- 
être s’accroît, et il faudrait pousser bien loin l’esprit de système, pour mettre la 
position d’un membre de la vénérable confrérie des merciers ou des drapiers du 
moyen-ñge au-dessus de celle des manufacturiers puissants qui remuent des 'mil 
lions dans le Lancashire, à Lyon, à Mulhouse, et qui nous étonnent par le faste 
de leur existence. 
Sans doute les capitaux se sont multipliés à l’infini et sont allés, en s’épan 
chant sur le monde, fertiliser, comme de riches alluvions, les contrées les plus 
pauvres, les plus stériles sous le rapport industriel. Sans doute cette multiplica 
tion de la richesse a dû en amener la dépréciation; sans doute, nous marchons 
vers une époque où les prodiges de la mécanique, commanditée par le capital, 
feront de la chaussure, du vêtement, de la nourriture, des choses presque aussi 
gratuites que l’air, le ciel, le soleil, l'eau, l’électricité : mais qui voudrait pros 
crire ces bienfaits, et qui ne voit, d’ailleurs, que si les valeurs sociales sont deve 
nues plus nombreuses et out baissé de prix, elles sont devenues, par cela même, 
plus facilement accessibles? Qu’importe à un capitaliste de voir dépérir entre ses 
mains des richesses, si ces richesses se reproduisent à l’infini ; que lui importe de 
posséder 100,000 fr., qui lui rapportent 10 p. 0/0, ou 200,000 qui produisent un 
intérêt de 5,000 fr. ; que lui importe encore de vendre, à frais égaux, dix aunes 
de brocard à 100 fr. ou vingt auues à 50 fr.? Sa situation sera la même, tandis 
que la société en masse aura hérité de cette abondance qui s’infiltrera peu à peu 
dans ses rangs les plus infimes. Déplorer cet avilissement des objets de consom 
mation, ce serait donc déplorer la gratuité des rayons solaires, des forces natu 
relles, des fleuves ; ce serait méconnaître que la valeur est une chose abstraite, 
une véritable équation établie entre les frais de production et la demande des 
différents produits, — rien de plus ; ce serait, en un mot, sacrifier la substance 
à l’attribut, la réalité à l’idéal, et lâcher niaisement la proie pour courir après 
l’ombre. Loin de s’apitoyer sur la dépréciation des capitaux, il faut donc, au 
contraire, s’en réjouir au nom de toutes les classes de la société ; car cette dépré 
ciation indique qu’ils se sont multipliés, et cette multiplication indique qu’ils se 
distribuent à un plus grand nombre d’individus. Qui dit valeur excessive d’un 
produit, dit monopole, consommation restreinte, et par conséquent, industrie 
sans débouchés, sans profits ; qui dit valeur infime, dit consommation gé 
nérale, et par suite, industrie florissante, s’appuyant sur ces bases solides qui 
sont les besoins de tous. Si bien que l’époque la plus prospère pour la société 
sera celle où les ateliers, sans cesse en activité, produiront avec une sorte 
de fièvre; où le travail, partout recherché, obtiendra de forts salaires; où 
les produits, inondant les marchés, s’y vendront à assez bas prix pour que les 
plus pauvres y puissent atteindre, et assureront ainsi aux manufacturiers la 
clientèle des masses, la seule qui, en réalité, puisse commanditer sûrement une 
entreprise. 
Voilà les conclusions auxquelles eût été conduit Ricardo s’il eût étudié de plus 
près les faits et en eût fait une analyse plus nette, plus exacte. Il n’eût pas abouti
        <pb n="322" />
        268 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Adam Smith parle ici d’une hausse des salaires, mais c’est d’une 
hausse momentanée, provenant de l’accroissement des fonds avant 
qu’il y ait accroissement de population ; et il paraît ne pas s’être 
à dire que les profits doivent aller toujours en s’abaissant ; à déplorer la surabon 
dance et l’avilissement des capitaux : il n’eut pas surtout prêté l’autorité de son 
nom, de sa forte intelligence, aux sectes sans nombre qui se sont abattues avec 
fureur sur l’économie politique, pour lui arracher, sous forme de formules dan 
gereuses et désespérées, un acte d’abdication. Dernièrement encore, un écrivain, 
à l’imagination brillante, qui excelle à parer le clinquant de ses paradoxes d’un 
style puissant et coloré; un penseur qui, plongé dans les abstractions transcen 
dantales, ne s’aperçoit pas que dans les sciences comme dans la nature, à force de 
vouloir s’élever et planer, ou arrive à des régions où le vide se forme, et où l’air 
manque aux poumons, comme la netteté à l’intelligence; M. Proudhon, — pour 
le nommer deux fois, — a rangé cette dépréciation graduelle et fatale des produits 
et des valeurs au nombre de ce qu’il veut bien appeler les contraditions écono 
miques. Il s’est extasié sur cette divergence de phénomènes , qui veut que tandis 
que la société s’enrichit par la multiplication des produits, elle s’appauvrisse par 
la dépression de leur valeur : et il a creusé cette anomalie, ou cette autonomie 
prétendue, avec un acharnement qu’il a pris pour de la profondeur, et qui est 
tout simplement de la naïveté. Il n’a pas vu, d’une part, que ce jeu des richesses 
sociales est la chose du monde la plus simple, la plus naturelle, et que la hase de 
toutes les valeurs étant, ici-bas, le travail, il est évident, il est fatal que moins 
les frais de production d’une marchandise seront élevés, plus fléchira son prix 
courant, plus elle sera demandée, et plus la production s’agitera pour la ré 
pandre de toutes parts. Il n’a pas vu ensuite, ce qui était bien plus important 
et plus visible encore, que la société s’enrichit, loin de s’appauvrir, dès que 
la valeur des choses s’abaisse, parce que cet abaissement est le signe de leur 
abondance. Loin donc qu’il y ait anomalie dans cette grande loi de la valeur, 
il s’y trouve une harmonie salutaire, pleine d’enseignement, et (ju’on ne peut 
méconnaître qu’à force d’arguties, de logomachie et de sysièmes systémati 
ques. Dans le fait, ce n’est pas de valeurs que vit la société ; c’est de hié, de vê 
tements, de meubles, et plus ces choses sont à bas prix, plus une société doit être 
réputée opulente, parce que plus elle est à même d’en distribuer les bienfaits à tous 
ses membres. I.a tendance actuelle de notre époque, de notre industrie, est pré 
cisément de réaliser ce beau programme, et de créer, pour ainsi dire, la démo 
cratie des prix et des produits, au profit du consommateur, qui paiera moins 
cher les marchandises, — de l’ouvrier, dont le travail deviendra plus précieux, — 
du capitaliste, qui verra grandir ses débouchés. Qu’on mette, d’ailleurs, pour plus 
de sécurité dans le raisonnement, l’Angleterre, la France, l’Allemagne, la Hol 
lande, qui comptent par milliards des richesses dont l’intérêt s’arrête à (i, à 
5, à 4, à 3, ou même 2 p. O/o ; qu’on mette ces grandes nations en face de 
ces peuples où de maigres capitaux provoquent l’usure, et donnent des re 
venus douteux de 10, 20 ou 2 &gt; p. O/O; qu’on fasse cette comparaison, et, quoi- 
qu’en dise Ricardo, aidé de M. l’roudhon, le choix ne sera pas douteux. 
A. F.
        <pb n="323" />
        CH. XXI. — DES PROFITS ET DE L’INTÉRÊT DES CAPITAUX. 269 
aperçu qu’à mesure que le capital grossit, l’ouvrage que ce capital 
doit faire exécuter augmente dans la même proportion. Cependant 
M. Say a prouvé de la manière la plus satisfaisante, qu’il n’y a 
¡)oint de capital, quelque considérable qu’il soit, qui ne puisse être 
employé dans un pays, parce que la demande des produits n’est 
bornée que par la production. Personne ne produit que dans l’inten 
tion de consommer ou de vendre la chose produite, et on ne vend 
jamais que pour acheter quelque autre produit qui puisse être d’une 
utilité immédiate, ou contribuer à la production future. Le produc 
teur devient donc consommateur de ses propres produits, ou acheteur 
et consommateur des produits de quelque autre personne. 11 n’est 
pas présumable qu’il reste longtemps mal informé sur ce qu’il lui 
est plus avantageux de produire pour atteindre le but qu’il se pro 
pose, c’est-a-dire, pour acquérir d’autres produits. Il n’est donc pas 
vraisemblable qu’il continue à produire des choses pour lesquelles il 
il n’y aurait pas de demande\ 
Il ne saurait donc y avoir dans un pays de capital accumulé, quel 
qu’en soit le montant, qui ne puisse être employé productivement, 
jusqu au moment où les salaires auront tellement haussé par Teilet 
du renchérissement des choses de nécessité, qu’il ne reste j)lus qu’une 
part très-faible pour les profits du capital, et que, par là, il n’y ait 
plus de motif pour accumuler*. Tant que les profits des capitaux 
' Adam Smith cite la Hollande comme un exemple de la bais.se des profits pro 
venant de raccumulation des capitaux et de la surabondance de capital affecté à 
chaque emploi. « I.e gouvernement hollandais emprunte à 2 pour cent, et les 
» particuliers qui ont bon crédit à 3 pour (%nt. » Mais il aurait fallu considérer 
que la Hollande est obligée d’importer presque tout le blé qu’elle consomme et 
qu’en mettant de forts impôts sur les objets nécessaires à l’ouvrier, elle augmente 
encore les salaires du travail. Ces faits expliquent assez le taux peu élevé des pro 
fits et de l’intérêt en Hollande. 
* I/expression suivante est-elle tout-à-fait d’accord avec le principe posé par 
M. Say ? « Plus les capitauv disponibles sont abondants en proportion de l’étendue 
»des emplois, et plus on voit baisser l’intérêt des capitaux prêtés. » j.iv II 
chap. 8. Si des capitaux, quelque considérables qu’il soient, peuvent toujours 
trouver de l’emploi dans un pays, comment peut-on dire qu’ils sont abon 
dants, comparés avec l’étendue de l’emploi qu'ils peuvent trouver ? 
{Note de l’Auteur.) 
M. Ricardo tire ici une conséquence parfaitement juste du principe établi dans 
mon Traité d’Économie politique., et il explique d’une manière qui me paraît 
tres-satifaisante la baisse des profits-capitaux, ou intérêts, à mesure que les capi 
taux s’accroisssent, quoique les emplois se multiplient avec les capitaux. 11 est 
également certain que j’ai eu tort de dire que les capitaux peuvent être plus ou
        <pb n="324" />
        270 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
seront élevés, les particuliers auront un motif pour accumuler. Tant 
qu’un individu éprouvera le désir de satisfaire une certaine jouis 
sance, il aura besoin de plus de marchandises, et la demande sera 
effective dès qu’il aura une nouvelle valeur quelconque à offrir en 
échange pour ces marchandises. Si on donnait 10,000 1. st. à un 
homme qui en possède déjà 100,000 1. de rente, il ne les serrerait 
pas dans son coffre ; il augmenterait sa dépense de 10,0001. ; il les 
emploierait d’une manière productive, ou il prêterait cette somme 
à quelque autre personne pour cette même fin. Dans tous les cas, la 
demande s’accroîtrait, mais elle ]iorterait sur des objets divers. S’il 
augmente sa dépense, il est probable qu’il emploiera son argent à 
des constructions, à des meubles, ou à tout autre objet d’agrément. 
S’il emploie ses 10,000 1. d’une manière productive^ il consommera 
plus de subsistances, d’objets d’habillement et de matières premières, 
qui serviraient à mettre à l’œuvre de nouveaux ouvriers. Ce serait 
toujours une demande \ 
moins abondants par rapport à l’étendue des emplois, ayant prouvé ailleurs que 
les emplois se multiplient en proportion de l’abondance des capitaux. Les seuls 
cas où l’observation que j’ai faite après Smith pourrait être réelle, seraient ceux 
où la production est rendue si désavantageuse, soit en raison des impôts, ou par 
toute autre cause, qu’aucun produit ne vaut les sacrifices qu’il faudrait faire pour 
l’obtenir. Il y a bien certainement des produits qui ne se font pas, par la raison 
que leur prix-courant est inférieur aux frais de leur production. Ne peut-on pas 
supposer ce cas pour un si grand nombre de produits, que le nombre des 
emplois de capitaux et de facultés industrielles eu soient considérablement ré 
duits? 
' Adam Smith dit que, « quand le produit d’une branche particulière d’iudus- 
» trie excède ce qu’exige la demande du pays, il faut bien qu’on envoie le surplus ' 
»à l’étranger pour, l’échanger contre quelque chose qui soit en demande dans 
» l’intérieur. Sans cette exportation une partie du travail productif du pays 
» viendrait à cesser^et la valeur de son produit annuel diminuerait necessaire- 
» ment. La terre et le travail de la Grande-Bretagne produisent en général plus 
1) de blé, de lainages et de quincailleries que n’en exige la demande du marché 
» intérieur. Il faut donc exporter le surplus et l’échanger contre quelque chose 
» dont il y ait demande dans le pays. Ce n’est que par le moyen de l’exportation 
» que ce surplus pourra acquérir une valeur suffisante pour compenser le travail 
» et la dépense qu’il en coûte pour le produire. » On serait tenté de croire, d’après 
ce passage, qu’Adam Smith en concluait que nous sommes dans la nécessité de 
produire un excédant de blé, d’étoffes de laine et de quincailleries, et que le 
capital employé à leur production ne saurait l’être d’une autre manière. On a ce 
pendant toujours le choix de l’emploi à donner à son capital, et par conséquent il 
ne peut jamais y avoir pendant longtemps un excédant d’un produit quelconque ;
        <pb n="325" />
        CH. XXI. — DES PROFITS ET DE L'INTÉRÊT DES CAPITAUX. 271 
Oü n’achète des produits qu’avec des produits, et le numéraire 
n’est que l’agent au moyen duquel l’échange s’effectue. 11 peut être 
produit une trop grande quantité d’une certaine denrée, et il peut 
eu résulter une surabondance telle dans le marché, qu on ne puisse 
en retirer ce qu’elle a coûté ÿ mais ce trop plein ne saurait avoir lieu 
pour toutes les deurées. La demande de blé est bornée par le nombre 
de bouches qui doivent le manger; celle des souliers et des habits, 
par le nombre des personnes qui doivent les porter; mais quoique 
une société, ou partie d'une société, puisse avoir autant de blé et 
autant de chapeaux et de souliers qu'elle peut ou qu’elle veut eu 
consommer, on ne saurait en dire autant de tout produit de la 
nature ou de l’art. Bien des personnes consommeraient plus de vin, 
si elles avaient le moyen de s’eu procurer. D’autres, ayant assez de 
vin pour leur consommation, voudraient augmenter la quantité de 
leurs meubles, ou en avoir de plus beaux. D’autres pourraient vou 
loir embellir leurs campagnes, ou doimer plus de splendeur à leurs 
maisons. Le désir de ces jouissances est inné dans l’homme; il ne 
faut qu’en avoir les moyens ; et un accroissement de production 
peut, seul, fournir ces moyens. Avec des subsistances et des denrées 
de première nécessité à ma disposition, je ne manquerai pas long 
temps d’ouvriers dont le travail puisse me procurer les objets qui 
pourront m’être plus utiles ou plus désiraides. 
J.a baisse ou la hausse de profits, que cet accroissement de produc 
tion et la demande qui eu est la suite ¡x)urront occasionner, dépend 
uniquement de la hausse des salaires; et la hausse des salaires, ex 
cepté pendant un temps limité, tient à la facilité de produire les sub 
sistances et les choses nécessaires à l’ouvrier. J’ai dit, pendant un 
temps limité, car il n’y a rien de mieux établi que ce principe, sui 
vant lequel la quantité des ouvriers doit toujours , en dernière] ana 
lyse, se proportionner aux moyens de les payer. 
Il n’y U qu’un seul cas, et celui-là n’est (juc temporaire, dans lequel 
raccumulation du capital, accompagnée du bas prix des subsistances, 
peut amener une baisse des profits; ce cas est celui où les fouds des 
car, si cela était, il tomberait au-dessous de son prix naturel, et le capital passe 
rait à un autre emploi plus lucratif. Il n’y a pas d’écrivain qui ait montré d’une 
manière plus satisfaisante et plus habile que le docteur Smith la tendance qu’ont 
les capitaux de quitter des emplois dans lesquels les produits ne suflisent pas à 
payer tous les frais de production et de transport en y joignant les profits ordi 
naires. de l’Auteur.)
        <pb n="326" />
        272 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
tines à faire subsister les ouvriers s’accroissent plus vite que la po 
pulation. Dans ce cas, les salaires seront forts et les prolits faibles. 
Si tout le monde renonçait à l’usage des objets de luxe, et ne songeait 
qu’à accumuler, il pourrait être produit une quantité d’objets de nc^ 
cessité, dont il ne pourrait pas y avoir de consommation immédiate. 
11 pourrait sans doute y avoir alors un engorgement général de ces 
produits, et par conséquent il se pourrait qu’il n’y eût ni demande 
pour une quantité additionnelle de ces articles, ni profits à espérer 
par l'emploi d’un nouveau capital. Si on cessait de consommer, on 
cesserait de produire, et cette concession n’est pas en opposition avec 
le principe général. Dans un pays tel que l’Angleterre, par exemple, 
il est dillicile de supposer qu’il puisse y avoir de motif qui détermine 
les babilants à consacrer tout leur capital et leur travail à la produc 
tion exclusive des choses de première nécessité. 
Quand des commerçants placent leurs capitaux dans le commerce 
étranger ou de trans[)ort, c’est toujours par choix , et jamais par né 
cessité. ils ne le font que ])arce que leurs profits, dans ce commerce, 
sont un peu au-dessus de ceux du commerce intérieur. 
Adam Smith a observé, avec raison, que « le besoin de nourriture 
» était, dans chaque individu , limité par la capacité bornée de l’es- 
» tomac de l’homme ; mais que le désir des choses commodes ou des 
« objetsdc décoration et d’ornement pour les édifices, l’habillement, 
» les épuipages ou l’ameublement, paraît n’avoir point de homes ou 
» de limite certaine. J^a nature a donc nécessairement limité la somme 
» des capitaux qui peut, à une époque quelconque, être consacrée 
» avec profit à l’agriculture; mais elle n’a point posé de limites à la 
» somme de capital qui peut être consacrée à nous procurer les cimes 
» miles à l’existence, et propres à Vembellir. »&gt; Nous procurer le plus 
grand nombre possible de ees jouissances, voilà le but((uenous nous 
proposons, et c’est uniquement parce que le commerce étranger, ou 
celui de transport, parvient mieux à ce but, que les commerçants l’en- 
treprennent de préférence à la fabrication des objets désirés, ou de 
ceux qui peuvent les remplacer dans le pays même. Si, cependant, des 
circonstances particulières nous empêchaient de placer nos capitaux 
dans le commerce étranger ou dans celui de transport, nous serions 
obligés de les employer, quoique moins avantageusement, chez nous ; 
et tant qu’il n’y a point de limites au désir de posséder « des cimes 
» commodes, des objets d’ornement pour les édifices , VhabiUement, les 
» équipages et l’ameublement, » il ne saurait y avoir d’autres limites 
aux capitaux qui peuvent être employés pour nous procurer ces ob-
        <pb n="327" />
        cu. XXI. — DES PROFITS ET DE L’INTÉRÍT DES CAPITAUX. 273 
jets, que celles des subsistances destinées aux ouvriers qui doivent 
les produire. 
Adam Smith dit cependant que le commerce de transport n’est point 
un commerce de choix, mais de nécessité ; comme si le capital qui y 
est versé fût resté stérile sans un pareil emploi ; comme si le capital 
employé au commerce intérieur pouvait regorger s’il n’était contenu 
dans de certaines limites. « Quand la masse des capitaux d’un pays, 
" dit-il, est parvenue à un tel degré d’accroissement, qu’elle ne peut 
être toute employée à fournir à la consommation de ce pays, et à 
“ faire valoir son travail productif, alors le superflu de cette masse se 
» décharge naturellement dans le commerce de transport, et est em- 
" ployé à rendre le même service à des pays étrangers. 
» On achète, avec une partie du produit superflu de l’industrie de 
" la Grande-Bretagne, environ quatre-vingt-seize mille quarters de 
“ tabac dans la Virginie et le Maryland. Or, la demande de la Grande- 
" Bretagne n’en exige peut-être pas plus de quatorze mille. Ainsi, si 
» les quatre-vingt-deux mille restant ne pouvaient être exportés et 
" échangés contre quelque chose de plus demandé dans le pays^ l’impor- 
" tation de cet excédant cesserait aussitôt, et, avec elle, le travail 
• productif de tous ceux des habitants de la Grande-Bretagne qui sont 
» maintenant employés à préparer les marchandises avec lesquelles 
» ces quatre-vingt-deux mille quarters sont achetés tous les ans. » 
Mais cette portion du travail productif de la Grande-Bretagne 
ne pourrait-elle pas être employée à préparer des marchandises 
d’une différente espèce, avec lesquelles on aurait la faculté d’acheter 
quelque chose qui serait plus demandé dans le pays? Et quand même 
cela serait impossible, ne pourrait-on pas, quoique avec moins d’a 
vantage , employer ce travail productif à fabriquer les articles de 
mandés dans le pays, ou du moins à en fournir d’autres qui pussent 
les remplacer? Si nous avions besoin de velours, ne pourrait-on pas 
essayer d’en faire; et si nous ne pouvions pas y réussir, ne serait-il 
pas possible de fabriquer plus de drap, ou quelque autre objet qui se 
rait à notre convenance? 
Nous fabriíjuons des marchandises, et avec ces marchandises nous 
en achetons d’autres à l’étranger, parce que nous pouvons nous les y 
procurer à meilleur compte que si nous les fabriquions chez nous. 
Qu’on nous prive de ce commerce, et à l’instant nous fabriquerons de 
nouveau ces articles pour notre usage. D’ailleurs cette opinion d’A 
dam Smith est en contradiction avec toute sa doctrine générale sur 
cette matière. « Si un pays étranger peut nous fournir une marehan- 
(OEuv. de Bicardo.) f ^
        <pb n="328" />
        -274 PIONCIPES DE L'ECONOMIE POLlTIßUE. 
. disc à meilleur marché que nous ne sommes eu état de le faire nous- 
. mêmes, il \aut bien mieux que nous la lui adietions avec les pro- 
» duits de quelque industrie où nous excellions. L’industrie générale 
» du pays étant toujours en proportion du capital qui la met en œuvre, 
» elle ne sera pas diminuée pour cela;... seulement ce sera a elle à 
« chercher la manière dont elle peut être employée à son plus grand 
» avantage. » 
Et dans une autre endroit : « Par conséquent,'ceux qui peuvent dis • 
» poser d’une plus grande quantité de vivres qu ils ne peuvent en 
» consommer, sont toujours prêts à donner ce surplus, ou, ce qui re- 
« vient au même, sa valeur en échange d’un autre genre de jouissan- 
. ces. Tout ce qui reste après avoir satisfait des besoins nécessairement 
» limités, est donné pour flatter ces désirs que rien ne saurait satis- 
» faire, (jiii paraissent tout à fait insatiables. Les ])auvres, pour 
» avoir de la nourriture, travaillent à satisfaire les fantaisies des ri- 
» ches ; et, pour être plus sûrs d’obtenir cette nourriture, ils enché- 
» rissent l’un sur l’autre à qui travaillera à meilleur marché, et à qui 
» mettra plus de perfection à son ouvrage. Le nombre des ouvriers 
» s’accroît par l’abondance de vivres, ou par les améliorations crois- 
» sautes dans la culture des terres ; et comme la nature de leurs occu- 
- pations est susceptible de la plus grande division de travail, la 
- quantité de matières qu’ils peuvent consommer augmente dans une 
« proportion beaucoup plus forte que le nombre des ouvriers. De là 
» naît une demande de toute sorte de matières que l’industrie des 
« hommes peut employer en objets d’utilité ou d’ornement, en babil- 
» Icments, équipages, ameublements, substances fossiles, minéraux 
. renfermés dans le sein de la terre, et métaux précieux. » 
Il résulte donc de ces développements qu’il n’est pas de limites pour 
la demande, pas de limites pour l’emploi du capital, toutes les fois 
que le capital donne quelques profits et que ces profits ne peuvent 
baisser que par suite de la hausse des salaires. Enfin j ajouterai que 
la seule cause qui fasse hausser constamment les salaires, c est la diffi 
culté toujours croissante de se procurer de la nourriture et des objets 
de première nécessité pour le nombre cha([ue jour croissant des 
ouvriers. 
Adam Smith a observé, avec raison, qu’il est extrêmement difficile 
de fixer le taux des profits des capitaux. « Le ])rofit est sujet à des 
» variations telles, dit-il, que même dans un commerce particulier, 
» et à plus forte raison dans les différentes branches de commerce en 
». général, il serait difficile d’en déterminer le terme moyen...... Et
        <pb n="329" />
        CH. XXI. — DES PROFITS ET DE L’INTÉRÊT DES CAPITAUX. 375 
* quant à prétendre juger avec une certaine précision de ce qu’il peut 
“ avoir été à des époques antérieures, c’est ce qui doit être absolu- 
» ment impossible. » Cependant, puisqu’il est évident qu’on paie cher 
la faculté de se servir de l’argent, toutes les fois que par son moyen 
on peut gagner beaucoup, il croit que « le taux ordinaire de l’intérêt 
» sur la place peut nous conduire à nous former quelque idée du taux 
“ des profits, et que l’histoire des progrès de l’intérêt peut nous don- 
“ ner celle du progrès des profits. » Certes, si le taux de l’intérêt 
pouvait être connu avec précision pendant une époque un peu con 
sidérable, il pourrait nous fournir une mesure assez exacte pour 
estimer le progrès des profits. 
Mais dans tous les pays, par suite de fausses notions en économie 
politique, les gouvernements sont intervenus, pour empêcher que le 
taux de l’intérêt ne s’établît d’une manière libre et équitable, en im 
posant de grosses et excessives amendes sur tous ceux qui prendraient 
un intérêt au-dessus de celui fixé par la loi. On élude probablement 
partout de semblables lois; mais l’histoire nous apprend peu de cho 
ses à ce sujet, et les écrivains nous indiquent plutôt l’intérêt fixé par 
les lois, que son taux courant. 
Pendant la dernière guerre, les billets de l’échiquier et de la 
marine, en Angleterre , ont éprouvé une perte telle, qu’en les ache 
tant on a pu retirer 7 et 8 pour cent, ou même un plus fort intérêt 
de son argent. Le gouvernement a négocié des emprunts à un intérêt 
au-dessus de G pour cent, et des particuliers se sont souvent vus 
forcés de payer, par des voies indirectes, plus de 10 pour cent pour 
l’intérêt de l’argent; et néanmoins, pendant tout ce temps, l’intérêt 
légal était toujours au taux de 5 pour cent. 11 y a donc fort peu 
de fond à faire sur ce que les historiens peuvent dire de l’intérêt 
fixe et légal, puisque nous voyons jusqu’à quel point il peut être diffé 
rent du taux courant. Adam Smith nous apprend que, depuis la tren 
te-septième année du règne de Henri Ylll jusqu’à la vingtième année 
de Jacques 1", le taux legal de l’intérêt demeura à 10 pour cent. Peu 
de temps après la restauration, il fut réduit à 6 pour cent; et, par le 
statut de la douzième année de la reine Anne, à 5 pour cent. Il croit 
que l’intérêt légal a suivi, et non précédé le taux courant de l’intérêt. 
Avant la guerre d’Amérique, le gouvernement anglais empruntait à 
3 pour cent, et dans la capitale, ainsi que dans beaucoup d’autres en 
droits du royaume , les gens qui avaient bon crédit empruntaient à 
3?, 4 et 4 Y pour cent. 
Le taux de l’intérêt, quoiqu’il soit en dernière analyse, et d’une
        <pb n="330" />
        2TÜ PRINCIPES DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE. 
manière stable, déterminé parle taux des prolits, est eependant su 
jet à éprouver des variations temporaires par d’autres causes. A la 
suite de chaque fluctuation dans la quantité et la valeur de l’argent, 
le prix des denrées doit naturellement varier. 11 varie encore, ainsi 
que nous l’avons déjà fait voir, par le changement dans les rapports 
entre l’offre et la demande, quoique la ])roduction ne soit ni plus ni 
moins aisée. Quand le prix coui antdes marchandises baisse par l’effet 
d’un approvisionnement abondant, d’une moindre demande ou d’une 
hausse dans la valeur de l’argent, un manufacturier garde en magasin 
une quantité extraordinaire de marchandises prêtes pour la vente, 
plutôt que de les livrer à vil prix. Et pour faire face à ses engage 
ments, pour le paiement desquels il comptait auparavant sur la vente 
de ses articles, il est obligé d’emprunter à crédit, et souvent à un 
taux d’intérêt plus élevé. Cela , cependant, n’a qu’une courte durée ; 
car, ou l’espoir du manufacturier est fondé, et le prix courant de 
ses marchandises montera; ou bien, il s’aperçoit que la diminution 
de la demande est ])ermanente, et alors il ne cherche plus a résister à 
la direction que le commerce a prise; les jmix baissent, et l’argent 
ainsi que l’intérêt reprennent leur ancien taux. Si, par la découverte 
d’une nouvelle mine, par l’abus des banques ou par toute autre 
cause, la quantité de la monnaie augmente considérablement, son effet 
définitif est d’élever le prix des choses en proportion de l’accroisse 
ment de la monnaie ; mais il y a probablement toujours un intervalle 
¡»endant lequel le taux de l’intérêt subit’quelque variation. 
i.e prix des fonds publics n’est pas un indice certain pour estimer 
le taux de l’intérêt. En temps de guerre, le marché est si surchargé 
de rentes sur l’État, par suite des emprunts continuels que fait le gou 
vernement , qu’avant que le prix de la rente ait eu le temps de pren 
dre son juste niveau, une nouvelle opération financière ou des évé 
nements politiques changent toute la situation. En temps de paix, au 
contraire, l’action du fonds d’amortissement, la répugnance qu’é 
prouve une certaine classe de gens à donner à leurs fonds un emploi 
autre que celui auquel ils sont habitués, qu’ils regardent comme triis- 
sûr, et dans lequel les dividendes leur sont payés avec la plus grande 
régularité; toutes ces causes font monter les rentes sur l’État, et 
abaissent par conséquent le taux de l’intérêt sur ces valeurs au-des 
sous du prix courant sur la place. Il faut observer encore que le gou 
vernement paie des intérêts différents, selon la solidité de ses rentes. 
Pendant que le capital placé dans les 5 pour cent se vend 95 1. st., un 
hillet de l’cchiquicr de 100 liv. vaudra quelquefois 1001. 5 sh., quoi-
        <pb n="331" />
        CH XXI. - DES PROFITS ET DE L’INTÉRÊT DES CAPIT.\UX. 277 
qu’il ne porte que 4 1. 11 sh. 3 d. d’intérêt annuel. L’un de ces effets 
rapporte à l’acheteur, aux prix mentionnés, un intérêt de 5 ^ pour 
cent; l’autre ne rapporte que 4 j. Les banquiers ont besoin d’une 
certaine quantité de ces billets d’échiquier, comme offrant un place 
ment sûr et négociable. Si leur quantité dépassait de beaucoup cette 
demande, ils se trouveraient aussi bas que les 5 pour cent. La rente à 
3 pour cent par an aura toujours, comparativement, un prix plus haut 
&lt;iue celle à 5 pour cent; car le principal de l’une comme de l’autre ne 
peut être remboursé qu’au pair, c’est-à-dire, en donnant 100 1. st. 
en argent ponr 100 1. st. de capital en rentes. Le prix courant de l’in 
térêt sur la place peut tomber à 4 jmur cent, et, dans ce cas, le. gou 
vernement rembourserait au possesseur des 5 pour cent son capital 
au pair, à moins qu’il ne consentit à recevoir 4 pour cent, ou un inté 
rêt au-dessous de 5 pour cent. Le gouvernement ne retirerait aucun 
avantage de rembourser ainsi le possesseur des 3 pour cent, tant que 
le taux courant de l’intérêt ne serait pas descendu au-dessous de 3 
pour cent par an. 
Pour payer les intérêts de la dette nationale, l’on retire quatre fois 
par an, et pendant ])eu de jours, de grandes sommes de monnaie de la 
circulation. Ces demandes de monnaie, n’étant que tcm])oraires, ont 
rarement de l’effet sur les prix ; elles sont, en général, remplies moyen 
nant le j)aiement d’un taux plus élevé d’intérêt L 
' « Toute espèce d’emprunt public, dit IM. Say a l’inconvénient de retirer 
» des usages productifs des capitaux ou des portions de capitaux pour les dévouer 
» à la consommation ; et de plus, quand ils ont lieu dans un imys dont le goU' 
» vernement inspire peu de confiance, ils ont l’inconvénient de faire monter 
»'l’intérêt des capitaux. Qui voudrait prêter à 5 pour cent par au à l’agriculture, 
» aux fabriques, au commerce, lorsqu’on trouve un emprunteur toujours prêt à 
» payer un intérêt de 7 à 8 pour cent? Le genre de revenu qui se nommeproyii 
» des ca/)i7aMa/s’élève alors aux dépends du consommateur. La consommation se 
» réduit par le renchérissement des produits, et les autres services productifs 
» sont moins demandés, moins bien récompensés; la société, les capitalistes ex- 
» ceptés, souffre de cet état de choses. » A la question, « qui voudrait prêter à 
»5 pour cent par an à l’agriculture, aux fabriques, au commerce, lorsqu’on 
» trouve un emprunteur toujours prêt à payer un intérêt de 7 à 8 pour cent ? » je 
réponds : tout homme prudent et sensé. Parce que le taux de l’intérêt est à 7 ou 8 
pour cent là où le prêteur court un risque extraordinaire, y a-t-il une raison pour 
qu’il soit aussi haut dans les endroits où les prêteurs sont à l’abri de pareils ris 
ques? M. Say convient que le taux de l’intérêt tient à celui des profits; mais il u« 
s’ensuit pas que le taux des profits dépende du taux de l’intérêt ; l’un est la cause, 
l'autre l’effet, et il est impossible que des circonstances quelconques puissent les 
faire changer de place. (Sote de l Àuleur-J 
* Écoiiotn poliliq. liv. III, cliap. 9.
        <pb n="332" />
        “278 
I*RiNCIFES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
CHAPITRE XXII. 
DES PRIMES A L’EXPORTATION , ET DES PROHIBITIONS A L IMPORTATION. 
Une prime accordée à Texportation du blé tend à en abaisser le 
prix pour le consommateur étranger, mais n'a point d’effet perma 
nent sur son prix dans les marchés de l’intérieur. 
Supposons que, pour retirer des capitaux les profits ordinaires, il 
soit nécessaire que le blé se vende en Angleterre 4 1. st. le quarter; 
dans ce cas, il ne pourrait être exporté dans les pays étrangers où 
il ne se vendrait que 3 1. 15 sh. Mais si l’on donnait 10 sh. par 
quarter de prime d’exportation, on pourrait le vendre, dans le 
marché étranger, 3 1.10 sh., et par conséquent il en résulterait le 
même profit pour le cultivateur de blé, soit qu’il le vendit 3 1. 10 sh. 
dans le marché étranger, ou 4 1. dans le pays même. 
Une prime qui ferait donc baisser le prix du blé anglais, dans un pays 
étranger, au-dessous de ce qu’y coûte la production du blé, aurait natu 
rellement pour effet d’augmenter la demande de blé anglais, en dimi 
nuant celle des blés du pays. Ce surcroît de demande de blé anglais ne 
saurait manquer d’en faire hausser le prix en Angleterre, et de l’empê 
cher de baisser, sur le marché étranger, jusqu’au taux où la prime tend 
à le faire descendre. Mais les causes qui pourraient agir de la sorte sur 
le prix courant du blé en Angleterre, n’auraientpas le moindre effet sur 
son prix naturel, ou sur les frais réels de production. Pour récolter du 
blé, il n’y aurait besoin ni de plus de bras ni de plus de fonds, et par 
conséquent, si les profits du capital du fermier n’étaient aujiaravant 
qu’en égalité avec ceux des capitaux des autres commerçants, après 
la hausse des prix ils les surpasseraient considérablement. En grossis 
sant les profits du fermier, la prime agira comme un encouragement 
à l’agriculture, et le capital employé en manufactures eu sera retiré 
pour être employé sur les terres jusqu’à ce qu’on ait fait face à l’ac 
croissement des demandes extérieures. Quand cela sera arrivé, le prix 
du blé tombera de nouveau, dans le marché de l’intérieur, à son prix
        <pb n="333" />
        ¿79 
CH. XXll. — DE L’EXPOKTATIUN ET DE L’lMPüHTATlO.N. 
naturel et forcé, et les profits reviendront à leur niveau accou 
tumé. Un approvisionnement plus abondant, agissant de même dans 
le marché étranger, fera aussi baisser le prix du grain dans le pays où 
il est exporté, et, par là, les profits du négociant qui 1 exporte se 
trouveront réduits au taux le plus bas auquel il puisse faire ce 
commerce. 
L’effet d’une prime d’exportation sur le blé n’est donc, en dernier 
résultat, ni d’en élever ni d’en abaisser le prix dans lé marché inté 
rieur, mais bien de faire baisser le prix du blé, pour le consommateur 
étranger, de tout le montant de la prime, dans le cas où le blé n’aurait 
pas été à plus bas prix dans le marché étranger que dans celui de l’in 
térieur • et de le faire baisser dans une proportion moindre, dans le 
cas où le prix dans l’intérieur aurait été plus élevé que celui du mar 
ché étranger. 
Un écrivain, en traitant, dans le cinquième volume de la Revue 
d'Édimbourg. des primes pour l’exportation du blé, a très clamement 
fait voir quels en étaient les effets sur la demande de l’étranger et de 
l’intérieur. 11 a aussi observé avec raison que ces primes ne pouvaient 
manquer d’encourager l’agriculture du pays qui exporte; mais il 
parait imbu de la même erreur qui a égaré le docteur Smith, et, je 
crois, la plupart des autres auteurs qui ont traité de cette matière. Il 
suppose que, parce que c’est le prix du blé qui règle, en dernier ré 
sultat, les salaires, c’est aussi ce même prix qui doit régler celui de 
toutes les autres choses. 11 dit que la prime, « en augmentant les pro- 
» fits du fermier, servira d’encouragement à l’agriculture ; en faisant 
» monter le prix du blé pour les consommateurs nationaux, elle di- 
» minuera pendant ce temps leurs facultés d’acheter cet objet de pre- 
» mière nécessité, et réduira ainsi leur richesse réelle. 11 est cependant 
» évident que ce dernier effet ne peut être que temporaire; car les 
» salaires des consommateurs industrieux ayant été auparavant réglés 
» par la concurrence, ce même principe les ramènera encore aux 
» mêmes proportions, en faisant hausser le prix en argent du travail, 
» et, par ce moyen, celui des autres denrées jusqu’au niveau du prix 
» en argent du blé. La prime d’exportation fera donc, en dernier ré- 
&gt;&gt; sultat, hausser le prix en argent du blé dans le marché du pays, non 
» pas directement, mais au moyen de l’accroissement de demande 
» dans le marché étranger, et du renchérissement qui s’ensuit dans le 
" prix réel du pays ; et celte hausse du prix en argent, quand une fois 
» elle se sera étendue aux autres denrées^ deviendra par conséquent 
» permaneiUe. »
        <pb n="334" />
        280 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Si j’ai cependant réussi à faire voir que le surhaussement des sa 
laires en argent ne fait pas monter le prix des produits, mais qu’un 
tel surhaussement affecte toujours les profits, il doit s’ensuivre que le 
prix des produits ne montera pas par l’effet de la prime. 
Mais une hausse temporaire dans le prix du blé, oceasionnée par 
une plus forte demande de l’étranger, ne produirait aucun effet sur le 
prix en argent des salaires. Le renchérissement du blé est causé par 
une concurrence de demande pour cet article, dont l’approvisionne 
ment était auparavant exclusivement destiné au marché national. Par 
l’effet de la hausse des profits, il y a plus de capitaux employés dans 
l’agriculture, et l’on obtient par là un surcroît d’approvisionnement; 
mais tant qu’il n’est pas obtenu, le haut prix en est absolument néces 
saire pour régler la consommation sur l’approvisionnement, ce que la 
hausse des salaires empêcherait. Le renchérissement du blé est la suite 
de sa rareté, et c’est c« qui en fait diminuer la demande par les ache 
teurs nationaux. Si les salaires montaient, la concurrence augmente 
rait, et un nouveau surhaussement du prix du blé deviendrait né 
cessaire. 
Dans cet exposé des effets produits par les primes d’exportation, 
nous n’avons point supposé d’événement qui fit hausser le prix natu 
rel du blé, lequel prix règle, en dernière analyse, son prix courant; 
car nous n’avons point supposé qu’il fallût un surcroît de travail 
pour forcer la terre à donner une quantité déterminée de produits, 
et il n’y a que cela qui puisse faire monter le prix naturel. Si le prix 
naturel du drap était de 20 sh. par verge, une grande augmentation 
de demandes du dehors pourrait en faire monter le prix à 25 sh., ou 
au delà; mais les profits que ferait alors le fabricant de drap ne man 
queraient pas d’attirer les capitaux vers cette fabrication; et quoi 
qu’elle pût doubler, tripler ou quadrupler, elle finirait par être satis 
faite; et le drap baisserait de nouveau à son prix naturel de 20 sh. 11 
en arriverait autant pour ce qui concerne l’approvisionnement du 
blé. Quoique nous en exportions deux, trois ou huit cent mille quar 
ters par an, il finirait par être produit à son prix naturel, lequel ne 
varie jamais, à moifis qu’une différente quantité de travail ne devienne 
nécessaire à la production. 
Il n’y a peut-être pas, dans tout l’ouvrage si justement célèbre 
d’Adam Smith, de conclusions plus susceptibles d’être contestées que 
celles qu’on lit dans le chapitre des primes d’exportation. Il parle 
d’abord du blé comme d’une denrée dont la production ne saurait 
s’accroître par l’effet d’une prime d’exportation ; il suppose in varia-
        <pb n="335" />
        “281 
CH. XXll. — DE L’EXPUUTATiON ET DE LlMPORTATIÜ&gt;. 
hlement que la prime n’influe que sur la quantité déjà produite, et 
qu’elle n’encourage point une nouvelle production. « Dans les années 
» d’abondance, dit-il, la gratification, en occasionnant une exporta- 
« tion extraordinaire, tient nécessairement le prix du blé, dans le 
" marché intérieur, au-dessus du taux auquel il descendrait naturel- 
“ lement... Quoique la gratification soit souvent suspendue pendant 
'* les années de cherté, la grande exportation qu’elle occasionne 
" dans les années d’abondance doit avoir souvent pour effet d’em- 
» pêcher plus ou moins que l’abondance d’une année ne soulage la 
» disette d’une autre. Ainsi, dans les années de cherté, tout aussi 
" bien que dans celles d’abondance, la prime d’exportation tend de 
“ même, nécessairement, à faire monter le prix en argent du blé de 
" quelque chose plus haut qu’il n’aurait été sans cela dans le marché 
" intérieur '. » 
Adam Smith paraît avoir senti parfaitement que la justesse de son 
raisonnement dépendait uniquement de la question de savoir si 
" l’augmentation du prix en argent du blé, en rendant sa culture plus 
“ profitable au fermier, ne doit pas nécessairement en encourager la 
“ production. 
‘ Dans un autre endroit il s’exprime de la manière suivante ; « Quelque exten- 
» sion que la prime puisse occasionner dans les ventes à l’étranger, dans une an- 
» née quelconque, cette extension se fait toujours entièrement aux dépens dn 
» marché intérieur, attendu que chaque boisseau de blé que la prime fait exporter, 
» serait resté dans le marché intérieur, où il aurait augmenté d’autant la con- 
» sommatipn et fait baisser le prix de la denrée. Il faut observer que la prime sur 
»le blé, comme toute autre prime pour l’exportation, établit sur la nation deux 
» impôts différents : le premier est l’impôt auquel il faut qu’il contribue pour dé- 
» frayer la prime, et le second est l’impôt qui résulte du prix renchéri de la 
» denrée dans le marché intérieur; impôt qui, pour cette espèce particulière 
» de marchandise, se paie par toute la masse du peuple, toute la masse devant 
» nécessairement acheter du blé. Par conséquent, à l’égard de cette marchandise 
»en particulier, le second impôt est de beaucoup le plus lourd des deux... Par 
» conséquent, par chaque 6 schellings pour les(;uels le peuple contribue au paie- 
• ment du premier de ces deux impôts, il faut qu’il contribue pour 6 livres ster- 
» ling et 4 schellings à l’acquittement du second... Par conséquent, l’exportation 
» extraordinaire de blé, occasionnée par la prime, non-seulement resserre chaque 
» année le marché et la consommation intérieure de tout ce dont elle étend le 
» marché et la consommation chez l’étranger, mais encore par les entraves à la 
» population et à l’industrie du pays, sa tendance, en dernier résultat, est de gê- 
» ner et de comprimer l’extension graduelle du marché intérieur, et par là de di - 
» minuer à la longue, bien loin de l’augmenter, la consommation totale et le 
" débit du blé. » ( \ote de l'Auteur.J
        <pb n="336" />
        i«2 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
» Je réponds, dit-il, que cela pourrait arriver si l’effet de la prime 
» était de faire monter le prix réel du blé, ou de mettre le fermier en 
• état d’entretenir, avec la même quantité de blé, un plus grand nom- 
« bre d’ouvriers de la même manière que sont communément entre- 
» tenus les autres ouvriers du voisinage, largement, médiocrement ou 
» petitement. » 
Si l’ouvrier ne consommait que du blé, et s’il n’en recevait que ce 
qui suffirait strictement pour sa nourriture, il pourrait y avoir quel 
que raison de supposer que la part de l’ouvrier ne peut en aucun 
cas être réduite j mais les salaires en argent ne montent quelque 
fois pas, et jamais ils ne montent proportionnellement aux prix en 
argent du blé, parce que le blé ne forme qu’une partie de la con 
sommation de l’ouvrier, — quoique ce soit la partie la plus impor 
tante. Si l’ouvrier dépense la moitié de son salaire eii/blé, et 1 autre 
moitié en savon, en chandelle, en bois à brûler, en thé, en sucre, en 
habillement, etc., tous objets que l’on suppose ne pas avoir éprouvé 
de hausse, il est clair qu’il serait aussi bien payé avec un boisseau et 
demi de blé , lorsqu’il vaut 16 sch. le boisseau, qu’avec deux bois 
seaux, dont chacun ne vaudrait que 8 sch., ou avec 24 sch. en ar 
gent, qui équivaudraient à 16 sch., qu’il.recevait auparavant. Son 
salaire ne monterait que de 50 pour cent, tandis que le blé haus 
serait de 100 pour cent, et par conséquent il y aurait un motif 
suffisant pour consacrer plus de capitaux à l’agriculture, si les 
profits des autres commerces continuaient à être les mêmes qu’au 
paravant. 
Mais une telle hausse des salaires engagerait en même temps les 
manufacturiers à retirer leurs capitaux des manufactures, pour les 
consacrer à l’agriculture ; car tandis que le fermier augmenterait le 
prix de ses denrées de 100 pour cent, les salaires de ses ouvriers 
n’ayant haussé que de 50 pour 100, le manufacturier se verrait aussi 
dans la nécessité de payer 50 pour cent de plus à ses ouvriers, n’ayant 
en même temps aucune compensation, pour ce surcroît de dépense, 
dans le renchérissement de ses produits. Les capitaux se porteraient 
donc, des manufactures vers l’agriculture, jusqu’à ce que l’approvi 
sionnement du blé fît de nouveau descendre les prix à 8 sch. le 
boisseau, et fît baisser les salaires à 16 sch. par semaine. Alors le 
manufacturier obtiendrait les mêmes profits que le fermier, et les 
capitaux, dans chaque emploi, se trouveraient balancés. Voilà, dans 
le fait, la manière dont la culture du blé acquiert toujours plus 
d’étendue, et fournit aux besoins croissants du marché. Les fonds
        <pb n="337" />
        CH. XXll. - DE L’IMPORTATION ET DE L’EXPORTATION. 283 
pour reiitrelieii des ouvriers augmentent, et les salaires haussent. 
L’état d’aisance de l’ouvrier l’engage à se marier, la population s’ac 
croît, et la demande de blé en élève le prix relativement aux autres 
choses. Plus de capitaux sont employés profitablement dans l’agri 
culture et continuent à y affluer, tant que l’approvisionnement 
n égale pas la demande ; car alors le prix baisse de nouveau, et les 
profits de l’agriculteur et du manufacturier reviennent au môme 
niveau. 
Il n’est d’aucune importance pour la question qui nous occupe, 
que les salaires restent stationnaires après le renchérissement du blé, 
ou qu’ils montent modérément ou excessivement ; car le manufactu 
rier aussi bien que le fermier paient des salaires, et ils doivent à cet 
^gard être également affectés par la hausse du prix du blé. Mais leurs 
profits respectifs sont atteints d’une manière inégale, puisque le fer 
mier vend ses denrées plus cher, tandis que le manufacturier donne 
ses produits au même prix qu’auparavant. C’est pourtant l’inégalité 
des profits qui engage les capitalistes à détourner leurs capitaux d’un 
emploi vers un autre ; il y aura par conséquent une plus forte pro 
duction de blé, et une moindre d’objets manufacturés. Les objets 
manufacturés ne monteraient pas de prix en raison de la moindre 
quantité qui en serait fabriquée ; car on en obtiendrait un approvi 
sionnement de l’étranger, en échange du blé exporté. 
Lorsqu’une prime fait monter le prix du blé, ce prix peut être ou 
ne j)as être élevé, relativement à celui des autres marchandises. Dans 
le cas où le prix relatif du blé hausse, il est hors de doute que le 
fermier fera de plus forts profits, et qu’il y aura un appêt pour le 
déplacement des capitaux, tant que le prix du blé ne tombera pas de 
nouveau par l’effet d’un approvisionnement abondant. Si la prime ne 
fait point hausser le prix du blé relativement à celui des autres mar 
chandises , quel tort cela peut-il faire au consommateur national a 
l)art l’inconvénient de payer l’impôt? Si le manufacturier paie son 
blé plus cher, il en est indemnisé par le plus haut prix auquel il 
vend les produits avec lesquels il achète en définitive le blé dont il a 
besoin. 
L’erreur d’Adam Smith provient de la même source que celle de 
1 auteur de 1 article de la Jievue d Jbdinibouiy/, car ils croient tous 
deux que « le prix en argent du blé règle celui de tous les autres 
” produits nationaux *. » « 11 détermine, dit Adam Smith, le prix en 
C’est aussi l’opinion de M. Say. Liv. ///, c/iaj). 8.
        <pb n="338" />
        ¿84 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQIIE. 
» argent du travail, qui doit toujours nécessairement être tel qu’il 
» mette l’ouvrier en état d’acheter une quantité de blé suffisante pour 
» l’entretien de sa personne et de sa famille, selon que le maître qui 
» le met en œuvre se trouve obligé par l’état progressif, stationnaire 
* ou décroissant de la société, de lui fournir cet entretien abondant, 
• médiocre ou chétif... 
w En déterminant le prix en argent de toutes les autres parties du 
» produit brut de la terre, il détermine celui des matières premières 
» de toutes les manufactures. En déterminant le prix en argent du 
» travail, il détermine celui de la main-d’œuvre et de toutes les ap- 
» plications de l’industrie ; et en déterminant l’un et l’autre de ces 
« prix, il détermine le prix total de l’ouvrage manufacturé. Il faut 
» donc nécessairement que le prix en argent du travail, et de toute 
« chose qui est le produit de la terre ou du travail^ monte ou baisse en 
" proportion du prix en argent du blé. » 
J’ai déjà essayé de réfuter cette opinion d’Adam Smith. En consi 
dérant la hausse du prix des choses comme uñe conséquence néces 
saire du renchérissement du blé, il raisonne comme s’il n’existait 
pas d’autre fonds qui pût fournir à ce surcroit de dépense. 11 a en 
tièrement négligé les profits qui créent ce fonds par leur diminution 
sans élever le prix des produits. Si cette opinion du docteur Smith 
était fondée, les profits ne pourraient jamais tomber réellement, 
quelle que fût l’accumulation des capitaux. Si, lorsque les salaires 
haussent, le fermier pouvait renchérir son blé, et si le marchand de 
drap, le chapelier, le cordonnier, et tout autre fabricant pouvaient 
également augmenter le prix de leurs marchandises en proportion 
du surhaussement des salaires, le prix de tous les produits de ces dif 
férents commerçants pourrait bien hausser, si on l’estimait en ar 
gent ; mais relativement, il resterait le même. Chacun de ces fabri 
cants pourrait acheter la même quantité de marchandises aux autres 
fabricants ; et puisque ce sont les marchandises, et non l’argent, qui 
constituent la richesse, le reste leur importerait fort peu. Tout le 
renchérissement des matières premières et des marchandises ne fe 
rait de tort qu’aux seules personnes dont les fonds consisteraient eu 
or ou en argent , ou dont le revenu annuel serait payé dans une 
quantité fixe de ces métaux, sous la forme de lingots ou de numé 
raire. . 
Supposons l’usage des monnaies entièrement abandonné, et tout 
commerce borné à des échanges. Je demanderai si, dans un cas 
semhlahle, la valeur échangeable du hic monterait par rapport
        <pb n="339" />
        CH. XXII. - DE L’IMPORTATION ET DE L’EXPORTATION. im 
aux autres produits ? Si l’on répond aflirmativement, il n est donc 
pas vrai que ce soit la valeur du blé qui règle la valeur des au 
tres produits ; car, pour pouvoir en régler la valeur, il faudrait que 
le blé ne changeât pas de valeur relative par rapport à ces produits. 
Si l’on répond négativement, il faudra alors soutenir que le blé, 
qu’on le récolte sur un sol fertile ou ingrat, avec beaucoup ou peu 
de travail, à l’aide de machines ou sans leur secours, s’échangera 
toujours contre une quantité égale de tous les autres produits. 
Je dois cependant avouer que, quoique la teneur générale des doc 
trines d’Adam Smith se rapporte à l’opinion que je viens de citer, il 
paraît pourtant, dans le passage suivant de son livre, avoir eu une 
idée exacte de la nature de la valeur. « La proportion entre la valeur 
&gt;&gt; de l’or et de l’argent, et la valeur des marchandises d’une autre es- 
&gt;' pèce queleonque, dépend dans tous les cas, dit-il, de la proportion 
" qii’il y a entre la quantité de travail nécessaire pour amener au 
» marché une quantité déterminée d’or et d’argent, et celle qui est né- 
» cessaire pour y faire arriver une quantité déterminée de toute autre 
« sorte de marchandises. » N’avoue-t-il pas ici pleinement que, si une 
quantité de travail plus eonsidérahle devient indispensable pour faire 
arriver au marché une certaine marchandise, pendant qu’une autre 
peut y arriver sans augmentation de frais, la première haussera de 
valeur relative ? S’il fallait autant de travail pour porter du drap et 
de l’or au marché, la valeur relative de chacun de ces objets ne va 
rierait pas ; mais s’il fallait [dus de travail ])our faire arriver au mar 
ché du blé ou des souliers, le blé et les souliers ne monteraient-ils 
pas relativement au drap et à l’or monnayé? 
Adam Smith regarde aussi les primes comme ayant pour effet de 
causer une dégradation dans la valeur de l’argent. « Une dégradation 
» de la valeur de l’argent, dit-il, qui est l’effet de la fécondité des 
» mines, et qui se fait sentir également ou presque également dans la 
» totalité, ou peu s’en faut, du monde commerçant, est de très-peu 
» d’importance pour un pays en particulier. La hausse qui en résulte 
» dans tous les prix en argent ne rend pas plus riches ceux qui les 
« reçoivent, mais du moins elle ne les rend pas plus pauvres. Un ser- 
« viee en argenterie devient réellement à meilleur marché ; mais 
» toutes les autres choses , généralement, restent exactement comme 
» elles étaient auparavant, quant à leur valeur réelle. » Cette obser 
vation est on ne peut pas plus correete. 
« Mais cette dégradation de la valeur de l’argent, qui, étant le ré- 
» suit at ou de la situation particulière d’un pays, ou de ses institutions
        <pb n="340" />
        286 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
» politiques, n’a lieu que pour ce pays seulement, entraîne des con- 
» séquences tout autres ; et bien loin qu’elle tende à rendre personne 
» plus riche, elle tend à rendre chacun plus pauvre. La hausse du prix 
» en argent de toutes les denrées et marchandises, qui, dans ce cas, 
» est un fait particulier à ce pays, tend à y décourager plus ou moins 
V. toute espèce d’industrie au dedans, et à mettre les nations étran- 
u gères à portée de livrer presque toutes les diverses sortes de mar- 
« chandises pour moins d’argent que ne le pourraient faire les 
• ouvriers du pays, et, par là, de les supplanter, non-seulement 
» dans les marchés étrangers, mais même dans leur propre marché 
» intérieur. » 
J’ai essayé de faire voir ailleurs qu’une diminution partielle de la 
valeur de l’argent, capable d’affecter à la fois les produits de l’agri 
culture et ceux des manufactures, ne peut jamais être permanente. 
Dire, dans ce sens, que l’argent éprouve une dépréciation partielle, 
c’est comme si l’on disait que tous les produits ont renchéri ; mais 
tant qu’on aura la liberté de les acheter avec de l’or et de l’argent dans 
le marché le moins cher, on les exportera en échange des produits des 
autres pays qui sont à meilleur marché, et la diminution de la quan 
tité de CCS métaux augmentera leur valeur dans l’intérieur; les mar 
chandises reprendront leur niveau ordinaire, et celles qui conviennent 
aux marchés étrangers seront exportées comme par le passé. 
Ce n’est donc pas là, je pense, une raison qu’on puisse alléguer 
contre les primes. 
Si donc la prime faisait hausser le prix du blé comparativement aux 
autres choses, le fermier y trouverait du profit, et il y aurait plus de 
terres mises en culture ; mais si la prime ne changeait pas la valeur du 
blé relativement aux autres choses, dans ce cas, la prime ne pourrait 
avoir d’autre inconvénient que celui eonsistant à la payer, et cet in 
convénient, je suis loin de chercher à en dissimuler les effets ou à en 
diminuer l’importance. 
« Il semble, dit le docteur Smith, que nos propriétaires ruraux, en 
» imposant sur l’importation des blés étrangers de gros droits qui, 
« dans les temps d’une abondance moyenne, équivalent à une prohi- 
» bition, et en établissant les primes d’exportation, aient pris exemple 
» sur la conduite de nos manufacturiers. Par ces moyens, les uns 
» comme les autres ont cherché à faire monter la valeur de leurs pro- 
1) duits. Peut-être n’ont-ils pas fait attention à la grande et essentielle 
» différence établie par la nature entre le blé et presque toutes les 
- autres sortes de marchandises. Lorsqu’au moyen d’un monopole
        <pb n="341" />
        287 
CH. XXII. — DE L’IMPORTATION ET DE L’EXPORTATION. 
» dans le marché intérieur, ou d’une prime accordée à l’exportation, 
« on met nos fabricants de toiles ou de lainages à même de vendre 
“ leurs marchandises à un prix un peu meilleur que celui auquel ils 
» les auraient données sans cela, on élève non-seulement le prix no- 
» minai, mais le prix réel de leurs marchandises ; on les rend équiva- 
“ lentes à plus de travail et à plus de subsistances; on augmente non- 
« seulement le profit nominal de ces fabricants, mais leur profit réel, 
« leur richesse et leur revenu réels On encourage réellement ces 
“ manufactures Mais quand, à l’aide de mesures semWahles, vous 
» faites hausser le prix nominal du blé et son prix eu argent, vous n’é- 
» levez pas sa valeur réelle, le revenu réel de nos fermiers ni de nos 
• propriétaires ruraux ; vous n’encouragez pas la production du blé.... 
** La nature des choses a imprimé au blé une valeur réelle, qui ne sau- 
&gt;* rait changer par reffet d’une simple variation de son prix en argent... 
» Dans le monde entier, cette valeur sera égale à la quantité de bras 
» qu elle peut faire subsister. » 
J’ai déjà tâché de faire voir que le prix courant du blé doit, en 
raison de l’augmentation de la demande par l’effet d’une prime d’ex 
portation, excéder son prix naturel jusqu’à ce que l’on obtienne le 
surcroît d’approvisionnement ; et, dans ce cas, il doit revenir à son 
prix naturel. Mais le prix naturel du blé n’est pas aussi stable que 
celui des autres marchandises, ¡»arce que, dès que la demande de 
blé augmente considérablement, il faut livrer à la culture des terrtîs 
d’une qualité inférieure, qui, pour produire une quantité déterminée 
&lt;le blé, exigeront plus de travail, ce qui fera hausser le prix du blé. 
L’effet d’une prime permanente sur l’exportation du blé serait donc 
de le faire tendre constamment à la hausse ; ce qui, comme je l’ai 
fait voir ailleurs, ne manque jamais de faire hausser la rente L Les 
propriétaires ruraux ont donc un intérêt non-seulement temporaire, 
mais permanent, aux prohil)itions d’importation du blé, et aux pri 
mes accordées à son exportation ; mais les manufacturiers n’ont 
point d’intérêt permanent aux ¡»rimes d’ex¡)ortation de leurs produits 
manufacturés : leur intérêt, à cet égard, n’est que temporaire. 
Des ¡»rimes accordées à l’exportation des objets manufacturés ne 
. peuvent manquer, ainsi que le docteur Smith le dit, de faire hausser 
le ¡»rix courant des objets manufacturés ; mais elles ne feront ¡»as 
monter le ¡»rix naturel de ces objets. Le travail de deux cents hom- 
■' Fuyez le chapitre de la Rente.
        <pb n="342" />
        288 
PRINCIPES DE L’ECONOMIE POLITIQUE. 
mes produira une quantité de marchandises double de celle que cent 
hommes pouvaient fabriquer auparavant; et par conséquent, aussitôt 
que la somme nécessaire de capital aura été consacrée à fournir la 
quantité requise d’objets fabriqués, ils reviendront à leur prix natu 
rel. Ce n’est donc que pendant cet intervalle qui suit la hausse du 
■prix courant des denrées, et qui précède l’accroissement delà produc 
tion, que les manufacturiers peuvent faire de gros profits; car aussitôt 
que les prix seront descendus, leurs profits devront baisser au niveau 
des autres profits. 
Loin donc d’accorder à Adam Smith que les propriétaires ruraux 
n’ont pas un intérêt aussi grand à la prohibition de l’importation du blé, 
que les industriels en ont à la prohibition des produits manufacturés, 
je soutiens, au contraire, que les propriétaires ruraux y ont un inté 
rêt bien plus fort; — les avantages qu’ils tirent de cette prohibition 
étant permanents, tandis que le manufacturier n’en profite que pour 
un temps donné. Le docteur Smith observe que la nature a établi une 
grande et essentielle différence entre le blé et les autres marcbandises; 
mais la conséquence qu’il faut en tirer est précisément l’opposé de 
celle ([U en tire Adam Smith ; car c’est précisément cette différence 
qui crée la rente, et qui fait que les propriétaires ruraux trouvent un 
intérêt à la hausse du prix naturel du blé. Au lieu d’avoir mis en 
parallèle les intérêts du manufacturier avec ceux du propriétaire 
foncier le docteur Smith aurait dù comparer les intérêts du premier 
avec ceux du fermier, qui sont très-distincts des intérêts du proprié 
taire. Le manufacturier n’a pas d’intérêt à la hausse du prix natu 
rel de ses produits, pas plus que le fermier n’en a à la hausse du 
prix naturel du blé ou de tout autre produit immédiat du sol, quoi 
que l’un et l’autre soient intéressés à ce que le prix courant de 
leurs produits s’élève au-dessus de leur prix naturel. Le proprié 
taire foncier, au contraire, a l’intérêt le plus marqué à la hausse du 
prix naturel du blé, puisque le surbaussement de la rente est la 
suite inévitable de la difliculté qu’il y a à produire des denrées de 
première nécessité, difliculté qui peut seule faire hausser leur «prix 
naturel. Or, puisque des primes d’exportation et des prohibitions à 
l’importation du blé en augmentent la demande, et forcent à livrer 
à la culture des terrains plus ingrats, elles occasionnent nécessaire 
ment une augmentation des frais de production. 
Le seul effet qu’occasionne une prime accordée à l’exportation des 
objets manufacturés ou à celle du blé, est de porter une portion de 
capital vers un emploi qu’on n’aurait pas cherché sans cela. 11 en
        <pb n="343" />
        CH. XXIl. — DE L’IMPODTATION ET DE L’EXPORTATION. 289 
résulte une distribution nuisible du capital national ; c’est un leurre 
qui séduit le manulacturier , et qui l’engage à commencer ou à con 
tinuer un genre de commerce comparativement moins profitable. 
C’est le plus mauvais des impôts ; car il ne rend pas aux étrangers 
tout ce qu’il ôte aux nationaux, la balance en perte étant supportée 
par une distribution moins avantageuse du capital national. Si, par 
exemple, le prix du blé en Angleterre était de 4 1. st., tandis qu’il 
serait en France de 3 1. 15 sb., une prime de 10 sh. finirait par le ré 
duire eu France à 3 1. 10 sb. en le maintenant en Angleterre au prix 
de 4 1. L’Angleterre paierait un impôt de 10 sh. sur chaque quarter 
de blé qu elle exporterait, et la France ne gagnerait que 5 sb. sur 
chaque quarter qu elle importerait d’Angleterre. Voilà donc une va 
leur de 5 sb. par quarter absolument perdue pour la société, eu rai 
son d’une mauvaise distribution de son capital, qui tend à diminuer 
la masse totale, non pas probablement du blé, mais bien de quelque 
autre objet de nécessité ou d’agrément. 
M. Buchanan parait avoir senti le vice du raisonnement du docteur 
Smith, au sujet des primes, et il fait sur le dernier passage de cet au 
teur, que j’ai cité plus haut, des réllexions très-judicieuses. « En sou- 
" f^want, dit M. Buchanan, que la nature a conféré au blé une valeur 
" réelle que les simples variations de son prix en argent ne sauraient 
" lî^lï'ii varier, le docteur Smith confond la valeur d’utilité avec la 
" valeur échangeable du blé. Lu boisseau de blé ne peut pas nourrir 
« plus de monde pendant la disette que pendant les époques d’aljon- 
« dance ; mais un boisseau de blé s’échangera eontre une plus grande 
« quantité d’objets de luxe ou d’utilité, quand il est rare, que lors- 
» qu’il est abondant; et les propriétaires fonciers, qui ont un surplus 
» de subsistances à leur disposition, deviendront par conséquent plus 
« riches dans des temps de disette, et ils échangeront ce surplus contre 
“ une plus grande somme de jouissances. C’est donc à tort que l’on 
" prétend que si la prime occasionne une exportation forcée de blé 
« elle ne produira pas de môme une hausse réelle de sou prix. « L’en 
semble du raisonnement de M. Buchanan, sur cet effet particulier des 
primes, me parait parfaitement clair et concluant. 
Cependant M. Buchanan, pas plus que le docteur Smith et l’auteur 
de 1 article de la Revue d’Édimbourg, ne me paraissent avoir des idées 
exactes sur l’inlluence que le renchérissement de la main-d’œuvre 
doit avoir sur les objets manufacturés. D’après la manière de voir 
qui lui est particulière, et que j’ai déjà rapportée ailleurs, M. Bucha 
nan pense que le prix du travail n’a aucun rapport avec le prix du 
{OEuv. de Ricardo.) 19
        <pb n="344" />
        290 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE, 
blé, et par conséquent il croit que la valeur réelle du blé pourrait 
monter et monte eu effet sans influer sur le prix du travail. Pour le cas, 
cependant, où le prix du travail se ressentirait de cette hausse, il sou- 
tent, avec Adam Smith et l’auteur de l’article de la Revue d’Èdim- 
bourg, que le prix des objets manufacturés devrait monter en même 
temps ; hors ce cas, je ne conçois pas comment il pourrait distinguer 
une telle hausse du blé d’avec une baisse dans la valeur de l’argent, 
ou comment il pourrait arriver à un résultat différent de celui du 
docteur Smith. ' 
Dans une note, à la page 270 ' du premier volume de la richesse des 
Nations, M. Buchanan s’exprime ainsi : « Mais le prix du blé ne règle 
» pas le prix en argent de tous les autres produits bruts de la terre. 
» Il ne règle ni le prix des métaux ni celui de beaucoup d’autres matiè- 
» res utiles, telles que la houille, le bois, les pierres, etc.; et comme 
» il ne règle pas le prix du travailj il ne règle pas non plus celui 
» des objets manufacturés ; en sorte que la prime, en tant qu elle élève 
» le prix du blé, forme incontestablement un avantage réel pour 
» le fermier. Ce n’est donc pas sous ce rapport que l’on peut en mn- 
» tester l’utilité. 11 est hors de doute que ces primes offrent un encou- 
» ragement à l’agriculture, par la hausse qu elles opèrent dans le prix 
» du blé. La question se réduit donc à savoir s’il convient d’eneoura- 
» ger l’agriculture par un tel moyen. » Les primes sont avantageuses 
au fermier, en ce qu elles ne font point hausser le prix du travail ; 
car, si elles produisaient un tel effet, elles feraient bansser le prix de 
toutes les autres choses à proportion, et ne présenteraient alors aucun 
encouragement à l’agriculture. 
il faut cependant convenir que la tendance d’une prime accordée à 
l’exportation d’une marchandise quelconque, est de faire baisser un 
peu la valeur de l’argent. Tout ce qui facilite l’exportation tend à 
augmenter la quantité de l’argent dans le pays qui exporte ; et au 
contraire, tout ce qui s’oppose à l’exportation tend à diminuer la quan 
tité de l’argent. L’effet général de l’impôt est de diminuer l’exporta 
tion par la hausse qu’il occasionne dans les prix des produits imposés, 
et de s’opposer par conséquent A l’introduction de l’argent. Nous 
avons expliqué cela plus en détail dans nos observations générales sur 
l’impôt. 
Le docteur Smith a parfaitement développé les effets nuisibles du 
Édition anglaise.
        <pb n="345" />
        291 
CH. XXH. — DE L’IMPORTATION ET DE L’EXPORTATION. 
système mercantile, qui n’avait pour but que de faire hausser le prix 
des marchandises dans le pays, en repoussant la concurrence des pro 
duits étrangers ; mais ce système n’était pas plus funeste aux cultiva 
teurs qu’aux autres classes de la société. En forçant les capitaux à 
prendre une direction qu’ils n’auraient pas autrement suivie, ce sys 
tème diminuait la somme totale des produits. Le prix, qui se main 
tenait constamment plus haut, n’était pas dù à la rareté des produits, 
niais à la seule dilliculté de la production ; et par conséquent, quoique 
les possesseurs de ces produits les vendissent plus cher, cependant, 
considérant la quantité de capital qu’il leur avait fallu employer 
pour les obtenir, ils n’en tiraient réellement pas de plus gros profits ‘. 
' M. Say penseque l’avantage des manufacturiers nationaux est plus que tem 
poraire. « Un gouvernement, dit-il, qui défend absolument l’introduction de 
» certaines marchandises étrangères, établit un monopole en faveur de ceux qui 
» produisent cette marchandise dans l’intérieur, contre ceux qui la consomment; 
» c’est-à-dire que ceux de l'intérieur qui la produisent, ayant le privilège exclusif 
» de la vendre, peuvent en élever le prix au-dessus du taux naturel, et que les 
« consommateur de l’intérieur, ne pouvant l’acheter que d’eux, sont obligés de la 
» payer plus cher. » Lih. 1, chap. 17. 
Mais comment peuvent-ils maintenir constamment leurs produits au-dessus de 
leur prix naturel, lorsque chacun de leurs concitoyens a la possibilité de se livrer 
au même genre d’industrie ? Ils sont protégés contre la concurrence des étrangers, 
mais non contre celle des nationaux. Le mal réel que ressent un pays par l’effet 
de ces monopoles, s’il est permis de leur donner ce nom, vient, non de ce qu’ils 
font hausser le prix courant de ces produits, mais bien de ce qu’ils en font hausser 
le prix reel et naturel. En augmentant les frais de production, ils sont cause 
qu’une portion de l’industrie du pays est employée d’une manière moins produc- 
. (iSote de l’Auteur.) 
M. Ricardo me paraît avoir ici raison contre moi. En effet, quand le gouverne 
ment prohibe un produit étranger, il ne saurait élever dans l’intérieur les bénéli- 
cos qu’on lait sur sa production au-dessus du taux commun des prolits; car alors 
les producteurs de l’intérieur, en se livrant à ce genre de production, eu ramène 
raient bientôt, par leur concurrence, les profits au niveau de tous les autres. Je 
dois donc, pour expliquer ma pensée, dire que je regarde le taux naturel d’une 
marchandise, comme étant le prix le plus bas auquel on peut se la procurer par 
la voie du commerce, ou par toute autre industrie. Si l’industrie commerciale 
peut la donner a meilleur marché que les manufactures, et si le gouvernement 
orce a la produire par les manufactures, il force dès lors à préférer une manière 
P us ispendieuse. C’est un tort qu’il lait à ceux qui la consomment, mais ce 
U est pas au prolit de ceux qui la produisent. C’est sous ce point de vue que la 
critique de M. Ricardo est fondée ; mais la mesure que je combats n’en est que 
P Us mauvaise : elle augmente la difficulté naturelle qui s’oppose à la satisfaction 
O nos besoins, et c’est sans profit pour personne. — J-R. Say. ;
        <pb n="346" />
        292 PRINCIPES RE L’ÉCONOMIE POLlTigüE. 
Les mauufacturiers eux-mèines, eu leur qualité de eousoumiateurs, 
auraieut payé ees produits plus cher, et par couséqueut il n’est pas 
exact de dire que « le surhaussemeut de prix occasionné, par les régle- 
« meuts des maîtrises et par de forts droits sur l’importation des 
» produits étrangers, est partout, et eu dernier résultat, payé par 
« les propriétaires, les fermiers et les ouvriers du pays. » 
il est d’autant plus nécessaire d’insister sur ce point, que les pro 
priétaires fonciers allèguent à présent l’autorité d’Adam Smitii pour 
prouver qu’il faut mettre de pareils et de forts droits sur l’introduc 
tion des blés étrangers. C’est ainsi que les frais de production, et, 
par couséqueut, le prix de plusieurs objets mauulacturés, ayant 
augmenté pour les consommateurs par suite d’une laute de légis 
lation, on a, sous prétexte de justice, exigé de la nation qu’elle coii- 
seutit à endurer de nouvelles extorsions. Parce que nous papous 
tous plus cher le linge, la mousseline et les tissus de coton, ou croit 
qu’il est juste que nous payions le blé également plus cher. 
Parce que, dans la distribution générale du travail sur notre globe, 
nous avons empêché que le travail, chez nous, fournît la plus grande 
quantité possible de produits manufacturés, ou voudrait nous eu 
punir encore eu diminuant les facultés productives du travail em 
ployé à la création des fruits de la terre, il serait bien plus sage d’a 
vouer les fautes qu’un faux calcul nous a lait commettre, eu com 
mençant dès ce moment à revenir graduellement aux principes 
salutaires d’un commerce libre entre tous les peuples'. 
« J’ai déjà eu occasion, observe M. Say, de remarquer, eu parlant 
« de ce qu ou nomme improprement balance du conimevce, que s il 
» convient mieux, au négociant du pays, d envoyer des métaux pré- 
« cieux à l’étranger, plutôt que toute autre marchandise, il est aussi 
•&gt; de l’intérêt de l'Ltat que ce négociant eu cm oie ; car l’Ktat ne gagne 
" et ne perd que par le canal de ses citoyens j et, par rappoit à 
' Il subirait de la liberté du commerce pour protéger un pays comme la 
Grande Bretagne, abondamment pour\u des différents produits de l’industrie 
humaine, des marchandises propres à satisfaire les besoins de toute société, con 
tre le retour de la disette. Les nations de la terre ne sont pas tatalement condam 
nées à tirer constamment au sort celle qui, parmi toutes, devra s’éteindre dans la 
famine. A prendre le globe dans son ensemble, les subsistances y abondent tou 
jours ; et pour jouir à jamais d’un riche approvisionnement, nous n’a\ons qu’à 
renoncer à nos prohibitions, à nos restrictions, et a cesser de lutter contre les vues 
bienfaisantes de la Providence. ( Article sur la législation et le commerce des 
céréales. Supplément à l’Encyclopédie britannique.)
        <pb n="347" />
        293 
ai. XXII. — DK LMMPOHTATION ET DE I/EXPORTATION. 
» rétranfçer, ce qui convient le mieux aux citoyens, convient le mieux 
» à l’État : ainsi, quand on met des entraves à l’exportation que les 
» particuliers seraient tentés de faire de métaux précieux, on ne fait 
» autre chose que les forcer à remplacer cet envoi par un autre moins 
» profitable pour eux et pour l’État. 
» Qu’on fasse bien attention que je dis seulement, dans ce qni a 
» rapport au commerce avec Vétranger ; car les ßains que font les 
» négociants sur leurs compatriotes, comme ceux qu’ils font dans le 
» commerce exclusif des colonies, ne sont pas, en totalité, des pains 
» pour l’État. Dans le commerce entre compatriotes, il n’y a de 
» gain pour tout le monde que la valeur d'une utilité produite \ » 
Tiv. I, cbap. 22, § I. 
Je ne comprends pas cette différence entre les profits du commerce 
intérieur et ceux du commerce étranger. L’objet de tout commerce 
est d’augmenter la production. Si, pour acheter une pipe de vin, 
je peux exporter des lingots qui ont été achetés moyennant le pro 
duit du travail de cent jours, et que le gouvernement, en défendant 
l’exportation des lingots, me force à acheter mon vin au moyen 
d’une denrée qui me coûte la valeur produite par le travail de cent 
cinq jours, je perds le fruit de ces cinq jours de travail, et l’État le 
perd aussi bien que moi. Mais si ces transactions avaient lieu entre 
particuliers, dans différentes provinces d’un même pays, les indi 
vidus et l’État en tireraient les mêmes avantages si les acheteurs 
étaient libres dans le choix des marchandises qu’ils donneraient en 
paiement; et les mêmes désavantages, si le gouvernement forçait 
les particuliers à acheter avec des marchanilises qui offriraient moins 
d’avantages. Si un fabricant peut, avec le même capital, travailler 
une plus grande quantité de fer là où le charbon abonde, que là où 
‘ Les passades suivants ne sont-ils pas en contradiction avec celui que je viens 
de citer ? 
« Outre qu’en tous pays le commerce intérieur, quoique moins aperçu, parce 
» qu’il est en toutes sortes de mains, est le plus considérable, c’est aussi le plus 
» avantageux. Les envois et les retours de ce commerce sont nécessairement les 
» produits du pays. » Traité d’Economie politique, liv. I, chap. 9. 
« Le gouvernement anglais n’a pas fait atttention que les ventes les plus profi- 
" tables sont celles qu’une nation se fait à elle-même, parce qu’elles ne peuvent 
» avoir lieu qu’autant qu’il y a, par cette nation, deux valeurs produites : la valeur 
&gt;&gt; qu’on vend et celle avec laquelle on achète. » Ibid., liv. I,chap. 7. 
Hans le xxvi* chapitre de cet ouvrage, je me propose d’examiner la solidité 
de cette doctrine. f Note de T Auteur.J
        <pb n="348" />
        294 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
il est rare, le pays gagnera dans le premier cas. Mais si nulle part 
dans le pays le charbon ne se trouvait en abondante, et qu’il im- 
j)ortàt cette quantité additionnelle de fer en donnant en échange un 
produit créé au moyen du même capital et du même travail, il enri- 
ehirait également le pays de toute cette quantité additionnelle de 
fer qu’il y introduirait. 
Dans le sixième chapitre de cet ouvrage, j’ai tâché de faire voir 
que tout commerce étranger ou intérieur est utile, parce qu’il 
augmente la quantité des produits, et non parce qu’il en augmente 
la valeur. Nous ne posséderons pas une valeur plus forte, soit que 
nous fassions un commerce intérieur et étranger profitable, soit que, 
par les entraves des lois prohibitives, nous soyons obligés de nous 
contenter du eommerce le mobis avantageux. I^es profits et la valeur 
produite seront les mêmes. Les avantages reviennent toujours, en 
dernier résultat, à ceux que M. Say parait n’accorder qu’au com 
merce intérieur. Dans ces deux cas, il n’y a d’autre gain que celui 
de la valeur d’une utilité produite '. 
' Outre les gains qu’on peut faire par le moyen d’une utilité, et par suite d’une 
valeur produite, on peut faire son profit des pertes d’un autre homme. I.orsque 
cet autre homme est un compatriote, la nation ne perd ni ne gagne par ce béné 
fice porté d’une poche dans l’autre ; lorsque cet autre homme est d’un autre 
pays, la nation dont le premier fait partie gagne ce que l’autre nation perd. 
Je ne prétends pas justifier ce gain ; je me borne à établir le fait. — J.-B. Say.
        <pb n="349" />
        en. XXUl. — DES PRIMES ACCORDÉES A LA PRODUCTION. í¿90 
CHAPITRE XXm. 
DES PRIMES ACCORDÉES A LA PRODUCTION. 
11 peut être de quelque intérêt de considérer les effets d’une prime 
accordée à la production agricole et à celle des denrées manufactu 
rières, pour faire l’application des principes que je me suis efforcé 
d’établir sur les profits des capitaux, sur les produits annuels de 
la terre et du travail, et sur le prix relatif des objets fabriqués et 
des produits naturels. Supposons d’abord qu’on mît un impôt sur 
toutes les denrées pour lever un fonds destiné par le gouvernement 
à donner des primes d’encouragement pour la production du blé. 
Comme aucune portion de cet impôt ne serait dépensée par le gou 
vernement, et comme tout ce qu’il recevrait d’une classe de per 
sonnes il le rendrait à une autre, la nation, prise en masse, ne se 
trouverait ni plus riche ni plus pauvre par l’effet d’un tel impôt 
et d’une semblable prime. On conviendra sans doute que l’impôt 
sur les denrées, qui fournirait ce fonds, aurait l’effet de faire haus 
ser le prix des objets imposés ; tous les consommateurs de ces objets 
contribueraient par conséquent à ce fonds, ou, en d’autres mots, 
le prix naturel et forcé de ces choses ayant haussé, leur prix cou 
rant hausserait de même. Mais par la même raison que le prix na 
turel de ces denrées aurait haussé, celui du blé serait tombé. Avant 
qu’on eût accordé une prime à la production, les fermiers auraient pu 
obtenir de leur blé un prix qui leur permît de se rembourser de 
la rente, de leurs frais, et de retirer les profits ordinaires ; après 
la concession de la prime, ils recevraient plus que ces profita si 
le prix du blé ne tombait pas d’une somme au moins égale à la 
prime. L’effet de l’impôt et de la prime serait donc de faire haus 
ser le prix des denrées d’une somme égale à celle de rim[)ôt dont 
elles sont grevées, et de faire baisser le prix du blé d une somme 
égale à la prime.
        <pb n="350" />
        21)6 
■ PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Il faut aussi observer qu’il ne pourrait être fait de changement 
permanent à la distribution des capitaux entre l’agriculture et les 
manufactures ; car, comme il n’y aurait point de variation ni dans 
le montant du capital, ni dans la population, il y aurait précisé 
ment la même demande de pain et d’ouvrages manufacturés. Les 
profits du fermier ne seraient pas au-dessus du niveau général après 
la baisse du prix du blé, et les profits du manufacturier ne baisse 
raient pas non plus après le renchérissement des objets manu 
facturés. La prime ne rendrait donc pas nécessaire l’emploi d’un plus 
fort capital dans la production du blé, ni d’un capital moindre dans 
les manufactures. Mais les intérêts du propriétaire foncier ne se 
raient-ils pas affectés? Par le même principe qu’un impôt sur les 
produits de la terre a l’effet de faire baisser les rentes en blé sans 
changer la rente en argent, de même une prime accordée à la pro 
duction et qui est précisément l’opposé d’un impôt, ferait hausser 
les rentes en blé sans apporter aucun changement à celle en argent. 
Le propriétaire foncier recevra, dans ce cas, la même rente en argent ; 
et tandis qu’il paiera plus cher les objets manufacturés dont il aura 
besoin, • il aura le blé à meilleur marché : il ne se trouvera donc 
vraisemblablement ni plus riche ni plus pauvre. 
. Quant à l’effet qu’une pareille mesure pourrait avoir sur les 
salaires, il s’agit de savoir si l’ouvrier, par l’achat des objets de 
sa consommation, paiera autant pour l’impôt qu’il gagnera, par 
l’effet de la prime, sur les prix réduits de sa nourriture. Si ces deux 
quantités étaient. égales, les salaires n’éprouveraient point de 
variation; mais si les objets imposés n’étaient pas de ceux que l’ou 
vrier consomme, son salaire tomberait, et l’entrepreneur de tra 
vaux gagnerait toute la valeur de cette différence. Mais l’entre 
preneur de travaux n’en tirerait cependant aucun avantage réel; 
cela augmenterait le,taux de ses profits, comme le ferait toute 
baisse des salaires; mais à mesure que l’ouvrier contribuera pour 
une somme toujours moindre au fonds qui doit fournir à la prime, 
et qui doit être levé par contribution, l’entrepreneur de travaux 
devra y contribuer pour une plus forte part, ou, en d’autres mots, 
l’entrepreneur devra fournir à l’impôt, au moyen de sa dépense, une 
somme égale à celle qu’il gagnera par l’effet réuni de la prime et 
de profits plus considérables. Il retire de plus forts profits de son 
capital, afin d’être dédommagé, non-seulement de sa quote-part de 
l’impôt, mais encore de celle de ses ouvriers. La rétribution qu’il 
reçoit pour la part de l’impôt des ouvriers se trouve dans la dimi-
        <pb n="351" />
        cu. XXllI. — DES MUMES ACCORDÉES A LA PRODUCTION. 297 
nution des salaires, ou, ce qui revient au même, dans l’augmen 
tation des profils. Quant à sa propre part de la contribution, il la 
trouve dans la diminution du prix du blé qu’il consomme, et qui 
est l’effet de la prime. 
11 est à propos de distinguer iei les différents effets que produit 
sur les profits un changement dans la valeur réelle du blé, estimée en 
travail, et un changement dans la valeur relative du blé, qui provien 
drait de l’impôt et des primes. Si le blé baisse par un changement de 
son prix estimé en travail, non-seulement le taux des profits des ca 
pitaux changera, mais encore les profits absolus; ce qui n’a pas lieu, 
comme nous venons de le faire voir, lorsque la baisse est occasionnée 
artificiellement par une prime. Dans la baisse de la valeur réelle du 
blé, qui provient de ce qu’un moindre travail suffit pour produire un 
des articles les plus importants de la consommation de l’homme, 
le travail est rendu plus productif. Moyennant un même capital, 
et l’emploi du même travail, on obtient une augmentation de pro 
duits ; par conséquent, non-seulement le taux des profits s’accroît, 
mais les profits absolus du capital augmentent aussi ; non-seulement 
cliacjue capitaliste aura un plus gros revenu en argent, s’il emploie le 
même capital en argent, mais encore ce revenu lui procurera une 
plus grande quantité de choses utiles et de jouissances. Dans le cas 
de la prime, l’avantage qu’il tire du bas prix d’un produit est com 
pensé par le désavantage d’être obligé d’en payer un autre plus 
cher ; il retire de plus gros profits pour jiouvoir payer ee prix plus 
élevé, en sorte que sa condition ne se trouve en rien améliorée. 
Quoique ses profits soient à un taux plus élevé, il ne peut cependant 
pas disposer d’une plus grande portion du produit de la terre et de 
l’industrie nationale. 
Quand la baisse de la valeur du blé est amenée par des causes na 
turelles, elle n’est pas contrariée par la hausse des autres marchan 
dises ; car ces marchandises, au contraire, baissent par suite de la 
baisse des produits naturels qui servent à les fabriquer. Mais quand 
là baisse du blé s’opère par des moyens artificiels, elle est toujours 
contrariée par la hausse réelle de la valeur de quelque autre marchan 
dise ; en sorte que, si l’on achète le blé à meilleur marché, on paie 
d’autres denrées plus cher. 
Voilà donc une nouvelle preuve qu’il ne résulte aucun désavantage 
particulier des impôts sur les olijets de première nécessité, en raison 
de ce qu’ils font hausser les salaires et baisser les profits. Les profits 
tombent, en effet; mais cette baisse est simplement égale au montant
        <pb n="352" />
        298 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
de la portion de l’impôt que l’ouvrier paie, laquelle doit, en tous cas, 
être payée ou par celui qui l’emploie, ou par le consommateur des 
produits du travail de l’ouvrier. Que vous retranchiez 50 1. par an du 
revenu de l’entrepreneur de travaux, ou que vous ajoutiez 50 1. au 
prix des objets qu’il consomme, cela ne l’intéresse, lui et la société, 
qu’autant que les autres classes d’individus pourraient ressentir les 
mêmes effets. Si cette somme est ajoutée au prix de la denrée, un 
avare peut se soustraire à l’impôt en ne consommant pas; si elle est 
retranchée indirectement du revenu de chacun, on ne peut éviter de 
payer sa juste part des charges publiques. 
Une prime sur la production du blé n’aurait donc pas d’effet réel 
sur les produits annuels de la terre et du travail du pays, quoiqu’elle 
rendît le blé relativement à bon marché, et les objets manufacturés 
relativement chers. 
Mais supposons maintenant qu’une mesure contraire fût adoptée, 
et qu’on mît un impôt sur le blé, afin de constituer un fonds qui ser 
virait à fournir des primes d’encouragement à la production des ob 
jets manufacturés. 
Dans un tel cas, il est évident que le blé renchérirait, et que les 
objets manufacturés baisseraient de prix. Le prix du travail resterait 
le même, si le bon marché des objets manufacturés procurait à l’ou 
vrier autant de gain que la cherté du blé lui cause de perte ; mais si 
cela n’arrivait point, les salaires devraient hausser, et les profits tom 
ber, tandis que les rentes en argent resteraient comme auparavant. 
Les profits doivent tomber parce que, ainsi que nous venons de l’expli 
quer, ce sera par ce moyen que la part de l’impôt qui pèse sur l’ou 
vrier SC trouvera payée par ceux qui le font travailler. Par la hausse 
des salaires, l’ouvrier se trouvera dédommagé de l’impôt qu’il aura 
à payer par le renchérissement du blé; et, ne dépensant aucune par 
tie de son salaire en objets manufacturés, il ne lui reviendra rien de 
la prime, qui sera reçue en entier par les entrepreneurs de travaux ; 
tandis que l’impôt sera en partie payé par les travailleurs. 11 sera 
donné aux ouvriers une gratification, sous forme de salaire, ¡mur 
cette charge additionnelle qui leur est imposée, et cela réduira le 
taux des profits. Dans ce cas, il y aura également une complication 
de mesures, dont le résultat sera nul pour la nation. 
Ln examinant cette question, nous avons exprès mis de côté la con 
sidération de l’effet qu’une telle mesure pourrait avoir sur le com 
merce étranger; nous avons raisonné plutôt dans la su¡)position d’un 
pays isolé qui n’aurait point de rapports de commerce avec les au-
        <pb n="353" />
        ■f.i 
CH. XXHI. — DES PRIMES ACCORDÉES A LA PRODUCTION. 29Í) 
tres États. Nous avons fait voir que, comme la demande dans 1 in 
térieur, pour du blé et des marchandises, resterait la même, quelle 
que fût la direction que pourrait suivre la prime, il n’y anrait rien 
qui put engager les particuliers à retirer leurs capitaux d’un emploi 
])our les placer dans nn autre ; mais cela n’aurait 'plus lieu s’il y 
avait un commerce avec l’étranger, et si ce commerce était libre. En 
changeant la valenr relative des marchandises et du blé, et en modi- 
liant d’une manière si notable leur prix naturel, nous donnerions un 
très-puissant encouragement à l’exportation de ceux de ces produits 
dont le prix naturel aurait baissé, en encourageant par là égale 
ment l’importation des produits dont le prix naturel aurait haussé. 
C’est pourquoi une pareille mesure de finances pourrait changer en 
tièrement la distribution naturelle des capitaux d’une manière avan 
tageuse, il est vrai, aux pays étrangers, mais ruineuse pour celui qui 
aurait adopté une mesure aussi absurde.
        <pb n="354" />
        300 
PRINCIPES DE L’ECONOMIE POLITIQUE, 
CHAPITRE XXIV. 
DE LA DOCTRrjNE DA DAM SMITH SUR LA RENTE DE LA TERRE. 
« Ou ne peut porter généralement au marché, dit Adam Smith, 
» que ces parties seulement du produit de la terre dont le prix ordi- 
» iiaire est sulïisant pour remplacer le capital qu’il faut employer pour 
» les y porter, et les prolits ordinaires de ce capital. Si le prix ordi- 
« naire est plus que suflisant, le surplus en ira naturellement à la 
» rente. S’il n’est juste que suffisant, la marchandise pourra bien être 
» portée au marché, mais elle ne peut fournir à payer une rente au 
» propriétaire. Le prix sera-t-il ou ne sera-t-il pas plus que sulïisant? 
» C’est ce qui dépend de la demande. » 
Le lecteur serait naturellement porté à croire, d’après ce passage, 
qu’il n’est pas possible que son auteur se soit trompé sur la nature de 
la rente, et qu’il doit avoir senti que la qualité des terrains, que les 
besoins de la société font défricher, dépend « du prix ordinaire des 
» produits, et de la question de savoir si ce prix est suffisant pour 
» remplacer le capital qui a dû être employé à cette culture, en y joi- 
» ynant les profits ordinaires. » 
Mais Smith avait adopté l’opinion, « qu’il y a quelques parties du 
» produit de la terre dont la demande doit toujours être telle, qu’el- 
» les rapporteront un prix plus fort que ce qui est sulïisant pour les 
» faire venir au marché; » et il regardait les subsistances comme 
étant une de ces parties. 
Il dit encore : « La terre, dans presque toutes les situations pos- 
» si bles, produit plus de nourriture que ce qu’il faut pour faire suh- 
» sister tous ceux dont le travail concourt à porter cette nourriture au 
» marché et même pour les faire subsister de la manière la plus lihé- 
» jale. Le surplus de cette nourriture est aussi toujours plus que sulli- 
» sant pour remplacer avec profit le capital qui met en œuvre ce tra- 
» vail. Amsi il reste toujours quelque chose pour fournir une rente 
« au propriétaire. »
        <pb n="355" />
        301 
CHAP. XXIV. — DES DOCTRINES D'ADAM SMITH. 
Mais quelle preuve en donne t il? Aucune, si ce n’est l’assertion, 
que n les marais les plus déserts d’Écosse et de Norwége forment une 
» espèce de pâturage pour des bestiaux qui, avec leur lait et l’ac- 
" croissement du troupeau, suflisent toujours, non-seulement à faire 
« subsister tous les gens que leur garde et entretien exigent, mais 
« encore à payer au fermier ou maître du troupeau les profits or- 
» dinaires de son capital. » Qu’il me soit permis d’en douter. Je 
crois qu’il existe dans tout pays, depuis le moins avancé en ci 
vilisation jusqu’au plus civilisé , des terres d’une qualité telle qu’el 
les ne rendent que le produit suiiisant pour remplacer le capital 
qui y est employé, avec les profits qu’on retire ordinairement des 
capitaux dans chaque pays. Nous savons que cela a lieu en Amé 
rique, et cependant personne ne prétend que le fermage y soit ré 
glé d’après des principes différents de ceux qui sont admis pour 
l’Europe. Mais quand il serait vrai que l’Angleterre fût si avan 
cée en civilisation, qu’il n’y restât actuellement plus de terres qui 
ne payassent de rente, il serait toujours vrai qu’il faut qu’il y ait 
eu autrefois de pareilles terres. Qu’il y en ait ou qu’il n’y en ait pas, 
cela ne fait rien à la question, car il suffit qu’on admette qu’il y a 
des capitaux employés, dans la Grande-Bretagne, sur des terres qui 
ne rendent que le capital déboursé avec les profits ordinaires, soit 
que ces terres aient été depuis longtemps cultivées, soient qu’elles 
ne l’aient été que récemment *. 
Si un fermier consent à ¡»asser un bail de sept ou de quatorze ans 
pour une terre sur laquelle il se propose d’employer un capital de 
10,000 1., sachant bien qu’au prix actuel du grain et des produits 
de la terre , il peut remplacer le capital qu’il est obligé de débour 
ser, payer sa rente, et retirer les profits ordinaires; ce fermier^ 
dis-je, n’emploiera pas 11000 1., à moins que les dernières 1000 1. 
ne puissent, par leur pouvoir productif, lui donner les profits ordinai 
res des capitaux. Pour savoir s’il doit ou ne doit pas employer cette 
dernière somme, il calculera uniquement si le prix des produits de 
l’agriculture est suffisant pour le rembourser de ses frais et lui assurer 
ses profits; car il sait bien qu’il n’aura pas à payer de rente addition 
nelle. Sa rente ne sera pas augmentée, même à l’expiration du bail ; car 
si le propriétaire de la terre exigeait un surcroît de fermage en raison 
‘ Or, c’est précisément ce que Smith n'admet pas, puisqu’il dit qu’il n’a vu 
si mauvais pâturage d’Écosse qui ne rapportât quelque revenu loncier à son 
propriétaire. — J.-D. Sav.
        <pb n="356" />
        302 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
(le l’emploi de ces 1,0001. de plus sur la propriété, le fermier retirerait 
cette portion de son capital, puisque, dans le cas supposé, elle ne lui 
rapporte que les profits ordinaires et courants qu’il peut obtenir par 
tout autre placement de ce capital ; et par conséquent il ne saurait 
consentir à en payer un fermage, à moins que le prix des produits 
de l’agriculture n’éprouve une plus forte hausse, ou, ce qui revient au 
même, à moins que le taux ordinaire et courant des profits ne vienne à 
baisser. 
Si l’esprit pénétrant d’Adam Smith se fût arrêté sur ce point, il 
n’eût jamais soutenu que la rente est un des éléments du prix des 
produits agricoles ; car le prix est constamment réglé par le profit 
que l’on retire de celte dernière portion de capital employé dont 
on ne paie pas de rente ou de loyer. S’il eût songé à ce princi[)e, il 
n’aurait pas fait une distinction entre le fermage ou loyer des mines 
et celui des terres. 
•• Savoir, par exemple, dit Smith, si une mine de charbon de terre 
» rapportera un loyer ou rente, c’est ce qui dépend en partie de sa 
» fécondité et en partie de sa situation. On peut dire d’une mine en 
U général qu’elle est féconde ou qu elle est stérile, selon (jue la quan- 
» tité de minéral que peut en tirer une certaine quantité de travail est 
O plus ou moins grande que celle qu’une même quantité de travail 
» tirerait de la plupart des autres mines de la même espèce. Quel- 
« ques mines de charbon de terre, avantageusement situées, ne ]Mni- 
» vent être exploitées à cause de leur stérilité, le produit ne vaut pas 
« la dépense ; elles ne peuvent rapporter ni profit, ni loyer ou rente. 
» 11 y en a dont le produit est purement suflisant pour payer le tra- 
» vail, et remplacer avec les profits ordinaires le capital employé à 
» leur exploitation ; elles donnent (quelques profits à l’entrepreneur, 
» mais point au propriétaire. Personne ne peut les exploiter plus 
» avantageusciment (|ue le propriétaire, qui, en faisant lui-miMne 
•&gt; l’entreprise, gagne les profits ordinaires sur le capital qu’il y 
» emploie. 11 y a en Écosse beaucoup de mines de charbon qui sont 
» exploitées ainsi, et qui ne pourraient pas l’être autrement. I^e pro 
» priétaire n’en permettrait pas l’exploitation à d’autres sans exiger 
» une rente, et personne ne trouverait moyen de lui en payer une. 
» Dans le même pays, il y a d’autres miims de charbon (jui s(î- 
« raient bien assez riches, mais qui ne peuvent être exploitées à cause 
» de leur situation. La quantité de minéral sullisante pour défrayer 
» la dépense de l’exploitation, pourrait bien être tirée de lamine avec 
» la quantité ordinaire ou même encore moins que la quantité ordi-
        <pb n="357" />
        303 
CHAP. XXIV. — DES DOCTRINES D’ADAM SMITH. 
“ naire de travail ; mais dans un pays enfoncé dans les terres, peu 
&gt;&gt; habité, et qui n’a ni bonne route ni navigation, cette quantité de 
’&gt; minéral ne pourrait être vendue. » Toute la théorie de la rente se 
trouve, dans ce passage, expliquée admirablement et avec toute la 
clarté possible; mais il n’y en a pas un mot qui ne soit également appli 
cable à la terre aussi bien qu’aux mines, et cependant Adam Smith 
pretend que, « il en est autrement des biens qui existent à la surface 
“ de la terre. La valeur, tant de leur produit que de leur rente, est 
» en proportion de leur fertilité absolue, et non de leur fertilité rela- 
“ tive \ » 
Mais supposons qu’il n’y ait point de terres qui ne rapportent une 
rente; dans ce cas, le montant de la rente des terrains les plus ingrats 
devrait être en proportion de l’excédant de la valeur du produit par- 
delà le capital dépensé et les profits ordinaires. Le même principe ré 
glerait la rente des terres d’une qualité supérieure ou plus heureuse 
ment situées, et par conséquent ces terres paieraient un loyer un peu 
plus fort que les précédentes, en raison des avantages supérieurs 
qu elles possèdent. On peut en dire autant des terres d’une qualité 
encore supérieure et ainsi de suite jusqu’aux plus fertiles. IN ’est-il donc 
I«s évident que c’est d’après la fertilité relative des terres qu’on déter 
mine quelle sera la portion du produit qui sera payée comme rente, 
comme c’est la richesse relative des mines qui détermine cette portion 
de leur produit qui doit en constituer le loyer “ ? 
Adam Smith ayant admis qu’il y a quelques mines que les proprié 
taires seuls peuvent exploiter, en raison'de ce que leur produit n’est 
que sullisant pour défrayer les dépenses de l’exploitation et rap|)orter 
les profits ordinaires du capital employé, on se serait attendu à le voir 
‘ Le motif qu’en donne Smith n’a rien qui répugne à ma raison. Partout où il 
peut croître des denrées alimentaires, il peut naître des hommes pour les consom 
mer. La demande, à coup sûr, va chercher les produits de ce genre, tandis qu’elle 
ne va pas chercher des houilles ou des bois de construction, lorsque la dépense 
qu'il faudrait faire pour les conduire au lieu de la consommation eu excéderait la 
valeur. Les démonstrations de Malthus, qui prouvent que la population tend tou 
jours à surpasser les moyens de subsistances, confirment, ce me semble, la ma 
nière de voir de Smith. — J.-D. Say. 
^ Qui songe à nier cela, puisque le fermage est le prix aimuel du pouvoir pro- 
ductif de la nature, toutes les fois que tte |K)uvoir est devenu une propriété ? S'il 
arrive même, dans certains cas, que ce (xmvoir ne soit pas payé, cela em|)êche-t-il 
qu’il le soit dans d'autres cas? Cela prouve-t-il que les produits du sol ne se 
raient pas moins chers si ce pouvoir productif n'était payé dans aucun cas? 
J-R. Say.
        <pb n="358" />
        30i 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
poser également en principe, que c’est précisément cette espèce de 
mines qui règle le prix des produits. Si les anciennes mines sont insulli- 
santes pour fournir la quantité de charbon demandée, le prix du char 
bon doit hausser, et il continuera à renchérir jusqu’à ce que le proprié 
taire d’une mine nouvelle et d’une qualité inférieure, trouve qu’il 
peut, en l’exploitant, obtenir les profits ordinaires sur son capital. Si 
cette mine est médiocrement riche, son propriétaire n’aura pas besoin 
que la hausse du charbon soit très-forte pour trouver de l’intérêt à 
employer son capital à l’exploiter; mais si elle est très-pauvre, il est 
clair qu’il faudra que le prix du charbon continue à hausser telle 
ment qu’il puisse lui fournir le moyen de retirer ses frais, et d’obtenir 
les profits ordinaires du capital. 
11 paraît donc que c’est toujours la mine la moins productive qui 
règle le prix du charbon. AdamSmitb est pourtant d’une opinion diffé 
rente. 11 s’exprime dans les termes suivants : « Le prix de la mine la 
» plus riche règle le prix du charhon pour toutes les autres mines 
« de son voisinage. Le propriétaire et l’entrepreneur trouvent tous 
» deux qu’ils pourront se faire, l’un une plus forte rente, l’autre un 
» plus gros profit, en vendant un peu au-dessous de tous leurs voisins. 
» Les voisins sont bientôt obligés de vendre au même prix, quoiqu’ils 
» soient moins en état d’y suffire, et quoique ce prix aille toujours en 
» diminuant, et leur enlève même quelquefois toute leur rente et tout 
» leur profit. Quelques exploitations se trouvent alors entièrement 
w abandonnées ; d’antres ne rapportent plus de rente, et ne peuvent 
» plus être continuées que par le propriétaire de la mine. » Si la de 
mande de charbon diminuait, ou si, par de nouveaux procédés, la 
quantité en devenait plus considérable, le prix du charbon tomberait, 
et quelques mines seraient abandonnées ; mais, dans tous les cas, le 
prix doit suffire pour remjdacer les frais et les profits de celles des 
mines qui ne sont pas grevées d’une rente. C’est donc la mine la 
, moins fertile qui règle le prix du charbon. Adam Smith en convient lui- 
même dans un antre endroit, car il dit : « Le prix le plus bas, auquel 
» le charbon de terre puisse se vendre pendant un certain temps, est, 
» comme celui de toutes les autres marebandises, le prix qui est sim- 
» plement suffisant pour remplacer, avec les profits ordinaires, le 
» capital employé à le faire venir au marché. Dans une mine dont le 
» propriétaire ne retire pas de rente, et qu’il est obligé d’exploiter 
» lui-même ou d’abandonner tout à fait, le prix du charbon doit en 
« général approcher beaucoup de ce prix. » 
Mais la même cause, c’est-à-dire l’abondance, et, par conséquent
        <pb n="359" />
        CHAP. XXIV. —.1)KS DOCTKIKES D’ADAM SMITH. 305 
le bas prix du charbon, de quelque source qu’elle provienne, en fai 
sant abandonner l’exploitation des mines qui ne paient pas de loyer 
ou qui II en paient qu’un très-modique, aurait des eli’ets analogues 
sur la culture des terres ; car cette grande abondance et ce bas prix 
conduiraient à délaisser des produits de la terre, rendraient néces 
saire d abandonner la culture des terrains qui ne paient pas de rente, 
ou n’en paient qu’une très-modique. Si, par exemple, les pommes de 
birre devenaient la nourriture ordinaire et générale de notre nation, 
comme le riz l’est chez quelques peuples, un quart ou une moitié des 
terres actuellement en culture serait vraisemblablement abandonné 
¿l’instant ; car si, comme Adam Smith l’assure, « un acre de terre 
" en pommes de terre produit six mille livres pesant de nourriture 
" substantielle, ce qui est trois fois autant qu’en donnerait un acre 
“ de terre en blé, » la population ne pourrait pas se développer long 
temps sur une échelle assez vaste pour suffire à consommer la quan 
tité de nourriture récoltée sur les terres où l’on cultivait aupara 
vant du blé. 11 y aurait beaucoup de terrains abandonnés, et les rentes 
tomberaient; et ce ne serait que lorsque la population aurait doublé 
ou triplé, qu’on pourrait cultiver de nouveau autant de terres et 
payer de ces terres un aussi fort loyer que par le passé. ' 
11 ne serait pas payé non plus une plus forte part du produit brut 
au propriétaire foncier, que ce produit consistât en pommes de terre 
suffisantes pour nourrir trois cenia individus, ou, en blé, qui ne pour 
rait en nourrir que cent; car, quoique les frais de production se 
trouvassent bien diminués, dans le cas où les salaires de l’ouvrier 
seraient réglés principalement par le prix des pommes de terre et 
non par celui du blé, et quoique, par conséquent, la somme totale 
ilu produit brut, — les travailleurs payés, — se trouvât considéra- 
blement augmentée, cependant aucune partie de ce surplus n’irait 
grossu- la rente ; il irait constamment grossir les profits, lesquels mon 
tent toujours quand les salaires baissent, et tombent lorsque les sa 
laires haussent. La rente suivra la même marche, que l’on cultive du 
blé ou des pommes de terre; elle sera toujours égale à la différence 
entre les quantiWs de produits obtenues par l’emploi de capitaux 
pareils sur des terres de la même ou de différente qualité; et par con 
sequent, tant que des terres d’une même qualité seront cultivées et 
^ il 11 y aura aucune variation dans leur fertilité et dans leurs avan- 
fees respectifs, le loyer sera toujours dans le même rapport avec 
le produit brut. 
Adam Smith prétend cependant que la part du propriétaire se trou- 
{OEuv. de Ricardo.) 20
        <pb n="360" />
        30« 
PHINOOKS DK K’KCDNOMIE POLITIQUE, 
vera augmentée par suite de la diminution des frais de production, 
et qu’il recevra par conséquent une plus grande part et une quan 
tité plus considérable d'un produit abondant que d’un produit rare. 
« Une rizière , dit il, produit une plus grande quantité de nourri- 
.. ture que le cbamp de blé le plus fertile. Le produit ordinaire d’un 
« acre monte à ce qu’on dit, à deux récoltes par an, de trente à 
» soixante boisseaux chacune. Ainsi, quoique la culture exige plus 
» de travailleurs, quand tous ces travailleurs ont subsisté, il reste un 
» plus grand excédant. Par conséquent, dans les pays où le riz est la 
» nourriture végétale ordinaire et favorite du peuple, et où il corn 
» pose la principale subsistance des lalmureurs qui le cultivent, il doit 
» revenir uu pri^prièlaire^ dans ce plus (/raud excédant, une portion 
» plus forte que celle qui lui revient dans les pays à blé. » 
M. Bucbanaii remarque aussi : « qu’il est bien clair que si la ten e 
» donnait un autre produit en plus grande abondance que le blé, et 
» que ce produit devint la nourriture ordinaire du peuple, la rente 
» des propriétaires des terres augmenterait a proportion de 1 abon- 
» dauce plus grande de ce produit. »* 
Si les pommes de terre devenaient la nourriture habituelle du peu 
ple, il y aurait un intervalle assez long pendant le(¡uel les proprié 
taires fonciers éprouveraient une très-1 orte réduction dans leurs 
rentes. Us ne recevraient probablement alors qu’une portion de sub 
sistances bien moindre que œlle qu’ils en retirent à présent, tandis 
que ces subsistances descendraient au tiers de leur valeur actuelU. 
Mais tous les objets manufacturés a Lachat desquels le propriétaire 
foncier dépense une partie de son fermage, n’éprouveraient d’autiv 
baisse que celle qui proviendrait de la baisse des matières preinièi es 
dont ils sont fabriqués , baisse qui ne pourrait être occasionnée que 
par la fertilité plus grande desterres qui pourraient être aloi-s consa 
crées à leur production. 
Quand, par snite de l'accroissement de la population, on viendrait 
a livrer de nouveau à la culture, des terres ayant les mêmes qualités 
que celles qu’on cultivait auparavant pour en tirer la nourriture né 
cessaire, et quand on viendrait à consacrer a cette c ni turc le même 
nombre d’hommes, le propriétaire foncier retirerait, non-seulement 
la même part du produit qu’auparavant, mais cette part aurait en 
core la même valeur (jue par le passé. rente serait donc la même 
(lu’auparavant; cependant les prolits seraient beaucoup plus élevés, 
parce que le prix de la nourriture, et par conséquent les salaires se 
raient bien plus bas. Les gros prolits favorisent l’accumulation du
        <pb n="361" />
        307 
CH. XXIV, — DES DOCTRINES D’ADAM SMITH. 
capitai, l^a demande de bras augmenterait encore, et les propriétaires 
retireraient un avantage permanent de la concurrence qui s’établirait 
pour avoir des terres à défricher. 
La culture pourrait, même, tellement s’améliorer, il pourrait en ré 
sulter une telle abondance de denrées alimentaires, que, naturelle 
ment , les mêmes terres desserviraient les besoins d’une population 
beaucoup plus considéralile et paieraient des rentes beaucoup plus 
élevées. De tels résultats ne peuvent manquer d’être avantageux aux 
propriétaires et s’accordent, d’ailleurs, pleinement avec le principe 
que ces recherches doivent mettre hors de doute : savoir, que des pro- 
lits extraordinaires ne peuvent jamais avoir qu’une durée fort limitée, 
car l’excédant que donnent les produits du sol après le prélèvement 
des bénéfices suiiisaiits pour encourager la production et l’épargne, 
cet excédant, dis-je, retourne, en définitive, au propriétaire. 
La baisse que déterminerait dans les salaires cette abondance de 
produits naturels aurait non-seulement pour résultat d augmenter le 
rendement des terres déjà cultivées, mais encore d attirer vers elles 
de nouveaux capitaux, et, en même temps, d’amener le défrichement 
des travaux de qualité inférieure; ce qui tournerait au profit des pro 
priétaires et de la classe entière des consommateurs. La terre — cette 
machine qui produit la denrée la jdus importante — s’améliorerait 
et prendrait une valeur naturelle en face des demandes qui en se 
raient faites. Tous les avantages se feraient d’abord sentir aux ou 
vriers , aux capitalistes et aux consommateurs : mais peu à peu, et 
par la marche naturelle des faits, ils passeraient aux propriétaires 
du sol. 
Indépendamment de ces améliorations qui intéressent si vivement 
la société et si faiblement le pro[)riétaire, l’intérêt du propriétaire 
foncier est toujoui's en opposition avec celui du consommateur et du 
manufacturier. Le blé ne peut jamais se soutenir à un haut prix 
qu autant qu’il faut plus de travail pour le produire, qu’autaut qu’il 
uéeessite plus de Irais de production. La même cause faisant également 
hausser les rentes, il est de l’intérêt du propriétaire foncier que les 
irais de production du blé augmentent. Ce n’est pourtant pas là l’in 
térêt du consommateur, qui voudrait que le blé fût toujours à bas 
prix, relativement à l’argent et aux marchandises; car c’est toujours 
avec des marchandises ou de l’argent que l’on achète du blé. 11 n’est 
pas non plus de l’intérêt du manufacturier que le blé soit cher, car 
ia cherté du blé amène celle des salaires, sans amener celle des mar 
chandises. Il faudra qu’il donne alors non-seulement plus de ses mar-
        <pb n="362" />
        308 
PRlNCll'KS DE L’fiCONOMIE POLITIQUE. 
chaiidises, ou, ce qui revient au même, une plus forte valeur eu mar 
chandise, en échange du blé qu’il consomme lui-même; mais U sera 
encore obligé de donner plus de marchandises ou plus de valeur pour 
payer le salaire de ses ouvriers, sans en recevoir de dédommagement. 
Toutes les classes de la société souffriront donc par le renchérisse 
ment du blé, excepté la classe des propriétaires. Les transactions 
entre le propriétaire foncier et le public ne ressemblent pas aux trans 
actions mercantiles, dans lesquelles on peut dire que le vendeur 
gagne aussi bien que l’acheteur ; car, dans les premières, toute la perte 
est d’un côté, et le gain de l’autre; et si, par l’importation, l’on pou 
vait se procurer du blé à meilleur marché, on verrait combien la 
perte qui résulte de la non importation est plus forte pour les uns 
que le gain ne l’est pour les autres. 
Adam Smith ne fait jamais de distinction entre la valeur diminuée 
de l'argent et la valeur augmentée du blé, et voilà pourquoi il pense 
que l’intérêt des propriétaires fonciers n’est point en opposition avec 
celui du reste de la société. Dans le premier cas, c est 1 argent qui a 
baissé relativement à tous les autres produits : dans le second cas, 
c’est le blé. Dans le premier cas, le blé et les marchandises conti 
nuent d’avoir la même valeur relative ; dans le second cas, le blé est, 
comme l’argent, plus élevé relativement aux marchandises. 
L’observation suivante d’Adam Smith est applicable au bas prix de 
l’argent; mais eUe ne l’est nullement à la valeur augmentée du blé. 
« Si l’importation ( du blé ) était libre en tout temps, nos fermiers 
V et nos propriétaires ruraux retireraient vraisemblablement moins 
» d’argent de leur blé, une année dans l’autre, qu’ils ne font à pré- 
» sent, que l’importation est, par le fait, prohibée la plupart du 
» temps ‘ ; mais l’argent qu’ils en retireraient aurait plus de valeur, 
» achèlerait pins de marchandises de Ionie autre espèce, et emploierait 
&gt;. plus de bras. Dar conséquent leur richesse réelle, leur revenu réel 
» seraient les mêmes qu’à présent, quoique exprimés pai une moin 
» dre quantité d’argent, et dès lors ils ne se trouveraient ni moins en 
» état de cultiver, ni moins encouragés a le faire qu ils ne le sont à 
« présent. Au contraire, comme une hausse dans la valeur de 1 argent, 
» procédant d’une baisse dans le prix en argent du blé, fait baisseï 
» de quelque chose le prix de toutes les autres marchandises, elle 
i avons fait voir dans une note précédente les transformations radicales 
subies, depuis l’époque de Smith, par la législation des céréales en Angleterre.
        <pb n="363" />
        309 
CH. XXIV - DES DOCTRINES D’ADAM SMITH. 
“ donne à l’industrie du pays où elle a lieu quelque avantage dans 
&gt;• tous les marchés étrangers, et tend par là à accroître et à encoura- 
» ger cette industrie. Or, l’étendue du marché national pour le blé, 
» doit être en proportion de l’industrie générale du pays où il croît, 
» ou du nombre de ceux qui produisent quelque autre chose à donner 
&gt;&gt; en échange pour le blé; et le marché national étant, dans tout pays, 
" le marché le plus rapproché et le plus commode est aussi le plus 
&gt;* vaste et le plus important ; par conséquent cette hausse dans la va- 
« leur réelle de l’argent, qui provient de la baisse du prix moyen du 
V blé en argent, tend à agrandir le marché le plus vaste et le plus im 
» portant pour le blé, et par conséquent à encourager la production 
» bien loin de la décourager. » 
La hausse ou la baisse du prix du blé provenant de l’abondance et 
du bas prix de l’or et de l’argent, n’intéresse nullement le proprié 
taire foncier, car tous les autres produits s’en ressentiront de la ma 
nière exposée par Adam Smith ; mais la cherté relative du blé 
est toujours très-avantageuse au propriétaire foncier, qui, avec la 
même quantité de blé, peut acquérir, non-seulement une plus grande 
somme d’argent, mais encore une quantité plus considérable de tout 
ce qu’on peut acheter avec de l’argent.
        <pb n="364" />
        310 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
CHAPITRE XXV. 
DU COMMERCE COLONIAL. 
Dans ses observations sur le commerce colonial, Adam Smith a 
fait voir, de la manière la plus satisfaisante, les avantages d’un com 
merce libre, et l’injustice que les métropoles font éprouver aux co 
lonies, en les empêchant de vendre leurs produits sur le marché où 
les prix sont le plus élevés, et d’acheter au contraire les objets ma 
nufacturés et leurs subsistances dans le marché où ces choses 
sont au plus bas prix. 11 a prouvé que si on laissait chaque pays 
libre d’échanger les produits de son industrie dans le temps et dans 
les endroits qui lui conviendraient, on obtiendrait ainsi la meil 
leure distribution possible du travail de l’espèce humaine, et l’on 
s’assurerait la plus grande abondance des choses nécessaires ou agréa 
bles à la vie. 
11 a encore tâché de faire voir que cette liberté de commerce, qui 
est incontestablement avantageuse à la société en masse, l’est egale 
ment à chaque pays en particulier ; et que le système d’une politique 
étroite, adopté par les États de l’Europe envers leurs colonies, n’est 
pas moins nuisible aux métropoles elles-mêmes qu’il ne 1 est aux co 
lonies , dont on sacrifie les intérêts. 
« Ainsi, comme tous les autres expédients misérables et nuisibles 
» de ce système mercantile que je combats, dit Adam Smith, le mo- 
» nopole du commerce des colonies opprime l’industrie de tous les 
» autres pays, et principalement celle des colonies, sans ajouter le 
» moins du monde à celle du pays en faveur duquel il a été établi, 
» et tout, au contraire, en la diminuant. » 
Cette partie de son sujet n’est cependant pas traitée d’une manière 
aussi claire et aussi convaincante que celle où il montre l’injustice 
du système adopté envers les colonies. 
Sans prétendre décider si le système actuel, adopté par l’Europe 
à l’égard de ses colonies, est ou non nuisible aux métropoles, qu’il
        <pb n="365" />
        311 
CH. XXV. — DU COMMERCE COLONIAL, 
me soit permis de croire que la mère-patrie peut quelquefois retirer 
un avantage des entraves aux(juclles elle assujettit les habitants de 
ses colonies. Qui peut douter, par exemple, que, supposant que 1 An 
gleterre fût une colonie de la France, ce dernier pays ne trouvât 
du profit à faire payer à l’Angleterre, une forte prime sur l’exporta 
tion du blé, du drap, ou de toute autre marchandise? En exami 
nant la qnestion des primes, et partant de la supposition que le blé 
se vendait en Angleterre 4 1. st. le (quarter, nous avons vu qu’en 
accordant 10 sh. de prime sur l’exportation, le blé serait revenu en 
France à :11. 10 sh. Or, si le blé était auparavant à 3 1. 15 sh. le 
quarter en France, le consommateur français aura gagné o sh. pai 
(luarter sur tout le blé importé ; et si le prix naturel du blé eu France 
était auparavant de 4 1. les Français auraient gagné en totalité les 
10 sh., montant delà prime. La France profiterait donc par là de 
toute la piTte que T Angleterre aurait supportée; elle ne gagnerait 
pas seulement une partie de ce que l’Angleterre aurait |)erdu; mais, 
dans quelques cas, elle en aurait gagné la totalité. 
On pourra cependant objecter qu’une prime d’exportation étant 
une mesure de police intérieure, ne peut pas facilement être imposée 
par la mère-patrie. 
S’il convenait à la Jamaïque aussi bien qu’à la Hollande de faire 
un échange réciproque des produits de chacun de ces pays, sans 1 in 
tervention de rAngleterre, il est bien certain &lt;|ue, si l’on y mettait 
obstacle, les intérêts de la Hollande et de la Jamaïque en souffri 
raient; mais si la Jamaïque est forcée d’envoyer ses produits en An 
gleterre, pour les y échanger contre des marchandises hollandaises, 
11 y aura un capital anglais et une agence anglaise employés dans un 
commerce dans lequel ni l’un ni l’autre n’auraient été engagés sans 
cela. Ce commerce y est attiré par une prime que l’Angleterre ne paie 
pas, et qui est payée par la Hollande et la Jamai(|ue. 
Que la perte supfM)rtée en raison d’une distribution désavantageuse 
du travail dans deux pays, puisse être profitable à l’un des deux, 
tandis que l’autre souffre une perte encore plus forte que celle qui 
résulte immédiatement d’une telle distribution, c’est une opinion 
(¡u’.Adam Smith lui-même a adoptée; et si elle est vraie, ce sera une 
preuve décisive qu’une mesure qui peut être très-nuisible à une 
colonie, peut être d’un avantage partiel pour la mère-patrie. 
En parlant des traités de commerce, Adam Smith s’exprime ainsi. 
« Quand une nation s’oblige, par un traité, de permettre thez elle
        <pb n="366" />
        312 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
» l’entrée de certaines marchandises d’un pays étranger, tandis 
» qu’elle les prohibe venant de tous les. autres pays, ou bien d’e- 
» xempter les marchandises d’un pays des droits auxquels elle assu- 
» jettit celles de tous les autres, le pays, oji du moins les marchands 
» et les manufacturiers du pays dont le commerce est ainsi favorisé, 
» doivent tirer de grands avantages de ce traité. Ces marchands et 
» manufacturiers jouissent d’une sorte de monopole dans le pays qui 
» les traite avec tant de faveur. Ce pays devient un marché à la fois 
« plus étendu et plus avantageux pour leurs marchandises : plus 
» étendu, parce que les marchandises des autres nations ayant l’ex- 
» elusion ou étant assujetties à des droits plus lourds, il absorbe une 
» plus grande quantité de celles qu’ils y portent; plus avantageux , 
» parce que les marchands du pays favorisé, jouissant dans ce marché 
» d’une espèce de monopole, y vendront souvent leurs marchandises 
» à un prix plus élevé que s’ils étaient exposés à la libre concurrence 
» des autres nations. » 
Or, les deux nations qui font un tel traité de commerce peuvent 
être la mère-patrie et ses colonies; et Adam Smith admet, comme 
on voit, qu’une métropole peut gagner à opprimer ses colonies. Nous 
observerons cependant encore une fois qu’à moins que le monopole 
du marché étranger ne se trouve entre les mains d’une compagnie 
exclusive, les consommateurs étrangers ne paieront pas les marchan 
dises plus cher que les nationaux. Le prix qu’ils paieront, les uns 
comme les autres, ne s’éloignera pas beaucoup du prix naturel de ces 
marchandises dans le pays qui les produit. Par exemple, l’Angle 
terre, dans des circonstances ordinaires, pourra toujours acheter des 
marchandises françaises à leur prix naturel en l’rance, et la France 
aurait le même privilège d’acheter des marchandises anglaises à leur 
prix naturel en Angleterre. Mais on achèterait des marchandises à 
ce prix, sans qu’il y eût besoin d'un traité de commerce. Quel serait 
donc l’avantage ou le désavantage d’un semblable traité? 
Voici quel serait le désavantage qui en résulterait pour le pays qui 
importerait. Par le traité, il serait forcé d’acheter une marchandise 
en Angleterre, par exemple, à son prix naturel, tandis qu’il aurait 
peut-être pu l’avoir, dans quelque autre pays, à un prix naturel plus 
bas. Le traité produit donc une distribution désavantageuse des ca 
pitaux en général, dont soutire principalement le pays qui est borné 
par traité au marché le moins avantageux ; mais le traité ne donne 
aucun avantage au vendeur, en vertu d'un prétendu monopole; car
        <pb n="367" />
        313 
CH. XXV. — DU COMMERCE COLONIAL, 
la concurrence de ses compatriotes empêche le vendeur de vendre ses 
marchandises au-dessus de leur prix naturel ; ce qu’il eût fait, soit 
qu’il les exportât en France, en Espagne, aux Indes occidentales, 
soit qu’il les vendit pour la consommation de l’intérieur. 
En quoi donc consiste l’avantage de cette stipulation du traité? 
l e voici. 11 n’aurait pas été possible de fabriquer ces marchandises 
en Angleterre pour l’exportation , si ce pays n’avait pas le privilège 
exclusif d’en approvisionner le marché en question; car la concur 
rence des pays dans lesquels le prix naturel est plus has lui aurait ôté 
toute chance de pouvoir vendre ses marchandises. Cela inquiéterait 
cependant fort peu l’Angleterre, si elle était bien sûre de pouvoir ven 
dre pour une valeur aussi forte d’autres produits de ses manufactu 
res, soit dans le marché français, soit autre part, avec le même héné- 
lice. E’objet que l’ Angleterre se propose est d’acheter en France pour 
une valeur de 5,000 1. st. de vins; elle voudrait donc vendre dans 
un marché quelconque, des marchandises qui puissent lui rapporter 
ces 5,000 I. st. Si la France lui accorde le monopole du drap, l’An 
gleterre y enverra aussitôt du drap pour l’échanger contre le vin 
dont elle a besoin ; mais si le commerce* est libre, la concurrence de 
I industrie des autres pays peut empêcher que le prix naturel du blé 
ne soit assez bas pour qu’en le vendant, elle retire ces 5,000 1. ,en ob 
tenant en même temps les profits ordinaires du capital employé dans 
cc genre de manufacture. Il faut donc que l’industrie de l’Angleterre 
se porte vers un autre objet. Mais il se peut qu’il u’y ait aucun de ses 
produits, qu’elle puisse, eu égard à la valeur actuelle de l’argent, 
vendre au prix naturel des marchandises des autres pays. Quelle en 
sera la conséquence? Comme les buveurs de vin, en Angleterre, sont 
encore disjmsés à dépenser 5,000 I. st. en vin de France, il faudra 
qu’on exporte dans ce pays 5,000 I. st. en argent pour y acheter ce 
vin. Cette exportation de numéraire en fera hausser la valeur en 
Angleterre, en la faisant baisser dans les autres pays; et le prix natu 
rel de tous les produits de l’industrie anglaise baissera aussi en même 
temps ; car la hausse du prix de l’argent équivaut à la baisse du prix 
des marchandises. On pourra alors se procurer les 5,000 1. par l’ex 
portation de marchandises anglaises ; car, après la réduction de leur 
prix naturel, elles pourront soutenir la concurrence avec les mar- 
ehandises des .autres pays. Il faudra cependant vendre une quantité 
plus considérable de marchandises à bas prix fmur obtenir les 5,000 
I. dont on a besoin ; et quand on les aura obtenues, elles ne s’échan 
geront plus contre la même quantité de vin qu’auparavant; car pen 
dant que la diminution de numéraire en Angleterre y aura fait bais
        <pb n="368" />
        3U PRINCIPES DE I/ÉCONOMIE POLITIQUE. 
ser le prix naturel des marchandises, l’augmentation d’argent en 
France y fera monter le prix naturel des marchandises et du vin. On 
importera donc moins de vin en Angleterre en échange de ses pro 
duits, quand le commerce sera entièrement libre, que lorsque ce pays 
sera particulièrement favorisé par des traités de commerce. Cepen 
dant, le taux des profits ne varierait pas; le numéraire aurait changé 
de valeur relative dans les deux pays, et l'avantage (pie la France 
en retirerait, serait d’ohtenir une plus grande quantité de marchan 
dises anglaises en échange d’une quantité déterminée de produits 
français; et la perte pour l’Angleterre consisterait en ce qu elle ob 
tiendrait une moindre quantité de marchandises françaises en échange 
des marchandises anglaise«. 
Le commerce étranger se soutiendra donc tou jours, qu on y mette 
des entraves, qu’on l’encourage, ou qu’il soit libre; et il ne peut 
être réglé que par le changement du prix naturel, et non par le 
changement de la valeur naturelle des frais de production dans cha 
que pays, et ce changement s’opère dès qu’on altèiv la distribution 
des métaux précieux. (]ettc explication confirme l’opinion (jue j’ai 
émise ailleurs, qu’il n’y a pas d’impôt, de prime ou de prohibition 
sur l’importation ou l’exportation des marchandises, qui ne donne 
lieu à une différente distribution des métaux précieux, et qui, par 
conséquent, ne modifie dans tout pays le prix naturel et le prix cou 
rant des marchandises. 
Il est donc évident que le commerce avec l(;s (colonies peut être ré 
glé de manière qu’il soit en même temps moins avantageux pour les 
colonies et plus lucratif pour la métropole, qu’un commerce parfai 
tement libre. De même qu’il serait désavantageux pour un consom 
mateur d’être ri'streint à n acheter (pie dans une seule boutique, de 
même est-il nuisible pour une nation de consommateurs d être forcée 
de n’acheter que dans un seul pays. Si la boutique, ou le pays en 
question, peut fournir les marchandises demandées à meilleur mar 
ché, ils sont bien sûrs de les vendre sans avoir besoin pour cela 
d’aucun privilège exclusif; et s’ils ne peuvent pas les livrer au prix 
le plus bas , l’intérêt général demanderait qu’on ne les encouragent 
point à continuer un commerce (ju'ils ne peuvent pas faire avec un 
avantage égal à celui de leurs rivaux. La houti(|uc et le pavs qui ven 
draient exclusivement pourraient perdre à ce changement d’emploi ; 
mais l’intérêt général n’est jamais si bien assuré que par la distribu 
tion la plus productive du capital général, c’est-à-dire par un com 
merce universellement libre. 
L’augmentation des frais de production ne diminue pas nécessai-
        <pb n="369" />
        CH. XXV — DU COMMKUCE COLONIAL. 3LS 
rement la consommation d’un produit, si ce produit est de première 
nécessité ; car, quoique en général les ressources des consommateurs 
se trouvent diminuées par la hausse d’une marchandise quelconque, 
ils peuvent cependant renoncer à la consommation de quelque autre 
produit dont les frais de production n’ont pas augmenté. Dans ce 
eas, l’offre et la demande conserveront la même proportion que par 
le passé : les frais de production seuls auront augmenté, et cependant 
le prix haussera ; et il doit hausser, pour mettre les profits du créa 
teur du produit renchéri au niveau des profits des autres commerces. 
M. Say convient que les frais de production sont le fondement du 
prix, et pourtant, dans plusieurs endroits de son livre, il soutient 
que le prix est réglé par la proportion entre l’offre et la demande. Le 
régulateur réel et définitif de la valeur relative de deux produits quel 
conques , c’est ce que la production de chacun a coûté, et non les 
(Quantités respectives de chacun de ces produits, ni la concurrence 
parmi les acheteurs. 
Selon Adam Smith, le commerce colonial de l’Angleterre étant un de 
ceux dans lequel il ne peut y avoir d’employés que des capitaux an 
glais, fait monter le taux des profits de tous les autres commerces, et 
comme, selon lui, les hauts profits, ainsi que les forts salaires, font 
hausser le prix des produits, le monopole du commerce colonial a été, 
à ce qu’il croit, nuisible à la mère-patrie, dont il a diminué la faculté de 
pouvoir vendre des objets manufacturés à un prix aussi bas que les au 
tres pays. " Par l’effet du monopole, dit-il, l’accroissement du com- 
&gt;&gt; merce des colonies a bien moins été, pour le (îommerce général de la 
-&gt; (irande-Bretague, la cause d’une addition à ce qu’il était aupara- 
» vaut, que celle d’un changement total de direction. St^condement, ce 
'» monopole a contribué nécessairement à maintenir, dans toutes les 
» branches différentes du commerce de la Grande-Bretagne, létaux 
» des profits à un degré plus haut que celui où il serait tenu iia- 
» lurellemeut, si le commerce avec les colonies anglaises eût été ou- 
» vert à toutes les nations.... Or, tout ce qui fait monter dans un 
» pays le taux ordinaire du profit plus haut qu’il n’aurait été sans 
« cela, assujettit nécessairement ce pays eu même temps à un désavan- 
" tage aft.so/wct à un désavantage relnlif dñm toutes les autreshran- 
» ches de commerce, dont il n’a pas le monopole. Il assujettit ce pays à 
» un désavantage absolu, attendu que, dans toutes les autres bran 
» ches de commerce, ses marchands ne peuvent retirer ce plus gros 
» profit sans vendre à la fois, et les marchandises des pays étrangers 
” qu’ils importent dans le leur, et les marchandises de leur propre
        <pb n="370" />
        316 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
» pays qu’ils exportent à l’étranger, plus cher qu’ils ne les eussent 
» vendues sans cela. Il faut, à la fois , que leur propre pays vende 
» plus cher qu’il n’aurait fait sans cela; qu’il achète moins et vende 
» moins; qu’il jouisse moins et qu’il produise moins. 
» On entend souvent nos marchands se plaindre des hauts 
» salaires de nos ouvriers, comme étant la cause de ce que les ouvra- 
» ges de leurs fabriques ne peuvent soutenir la concurrence dans les 
» marchés étrangers; mais on ne les entend jamais parler des hauts 
» profits du capital. Ils se plaignent des gains excessifs des autres, 
» mais ils ne disent rien du leur. Cependant les hauts profits du ca- 
» pital, en Angleterre, peuvent contribuer, dans beaucoup de cir- 
» constances, autant que les hauts salaires qu’on y paie aux ouvriers, 
» et, dans quelques circonstances , contribuent peut-être davantage 
» à faire hausser le prix des ouvraiges des fabriques anglaises. » 
J’admets que le monopole du commerce avec les colonies doit dé 
ranger, et quelquefois d’une manière désavantageuse, la direction des 
capitaux ; mais d’après ce que j’ai déjà dit au sujet des profits, on 
verra, je crois, qu’aucun déplacement du commerce étranger et au 
cun changement du commerce intérieur pour le commerce avec l’é 
tranger, ne sauraient affecter le taux des profits. La perte qui en ré 
sultera est celle que je viens d’exposer ; elle consiste dans une moins 
bonne distribution des capitaux et de l’industrie, et par suite dans une 
diminution de production. Le prix naturel des produits haussera, et 
par conséquent, quoique le consommateur soit en état d’acheter pour 
une même valeur en argent, il n’obtiendra , avec cet argent, qu’une 
quantité moindre de marchandises. Et lors même que le monopole 
aurait pour effet de faire hausser les profits, il n’occasionnerait pas 
le moindre dérangement dans les prix ; car le prix n’est réglé ni par 
les salaires ni par les profits. 
Adam Smith lui-même paraît en convenir, quand il dit que « le 
» prix des choses, ou la valeur de l’or et de l’argent, comparée aux 
« marchandises, dépend de la proportion qu’il y a entre la quantité 
» de travail nécessaire pour faire arriver au marché une certaine 
» quantité d’or et d’argent, et la quantité de travail nécessaire pour 
» y faire arriver une certaine quantité de marchandises d’une autre 
» espèce. » Cette quantité restera la même, que les profits et les sa 
laires montent ou baissent. Comment donc le prix peut-il hausser 
par l’effet des hauts profits? ,
        <pb n="371" />
        CH. XXVI. — DU REVENU BRUT ET DU REVENU NET. 
317 
CHAPITRE XXVI. 
DU REVEWL BRUT ET DU REVENU NET. 
Adam Smith exagère toujours les avantages qu’un pays tire d’un 
grand revenu brut‘, par opposition à un grand revenu net. « Plus 
» grande sera la portion du capital d’un pays consacré à l’agriculture, 
« et plus la somme de travail productif que ce capital met en œuvre 
» deviendra considérable dans l’intérieur du pays, lien sera de même 
» de la valeur que son emploi ajoute aux produits annuels de la terre 
» et de l’industrie de la communauté. Lt-i capital employé dans les 
« manufactures est celui qui, après le capital comparé à l’agriculture, 
» met en œuvre la plus grande quantité de travail productif, et ajoute 
« le plus grand accroissement de valeur à la production annuelle. Le 
» capital employé au commerce d’exportation est le moins productif 
»destróis*. » 
' C’est à bon droit qu’à ne considérer que les intérêts nationaux, Smith fait cas 
d’un gros revenu brut, c’est-à-dire d’une grande masse d’utilité produite. On ue 
devrait parler de revenu net que lorsqu’il est question des intérêts d’un particu 
lier par opposition à ceux d’un autre, l.e revenu net d’un particulier se compose 
de la valeur du produit auquel il a concouru, soit parson industrie, soit par ses 
capitaux, soit par ses terres, moins ses déboursés. Mais comme tous les déboursés 
qu’il a faits sont des portions de revenus qu’il a payées à d’autres, la totalité de 
la valeur du produit a servi à payer des revenus, l.e revenu total d’une nation se 
compose de son produit brut; c’est-à-dire de la valeur brute de tous ses produits 
qui se distribue entre les producteurs. 
Cette valeur, après plusieurs échanges, se consommerait tout entière dans l’an 
née qui l’a vu naître, qu’elle n’en serait pas moins encore le revenu de la nation; 
de même qu’un particulier qui a 20,000 fr. de revenu annuel, n’a pas moins 
20,000 fr. de revenu annuel, quoiqu’il le mange tout entier chaque année. Son 
revenu ne se compose pas seulement de ses épargnes. — J.-B Say 
* M. Say est de la même opinion qu’Adam Smith. « L’emploi le plus produc- 
” tif après celui-là, dit-il, pour le pays eu général, est celui des manufactures et 
• du commerce intérieur, parce qu’il met en activité une industrie dont les profits
        <pb n="372" />
        318 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
En admettant pour un moment que cela soit \rai, quel avantage 
résultera-t-il pour un pa&gt;s de l’emploi d'une grande quantité de tra 
vail productif, si, soit qu’il emploie cette quantité ou une quantité 
moindre, son revenu et scs profits réunis doivent rester les mêmes? 
Le produit total de la terre et de l’industrie de tout pays se partage 
en trois portions, dont la première est destinée aux salaires, la se 
conde aux profits, et la troisième à la rente. Ce n’est que sur les deux 
dernières portions qu’on peut lever des impôts, ou faire des épar 
gnes : la première, si elle est modique, étant toujours égale aux frais 
nécessaires de production, il serait tout à fait indifférent pour une 
personne qui sur un capital de 20,000 1. ferait 2,000 1. par an de 
profits, que son capital employât cent hommes ou mille, et que ses 
produits se vendissent 10,0001. ou 20,000 1., pourvu que, dans tous 
les cas, ses profits ne baissassent point au-dessous de 2,0001. L’inté 
rêt réel d’une nation n’est il pas aussi garanti? et dès que son revenu 
net et réel, que ses rentes et profits sont les mêmes, qu’importe 
qu’elle se compose de dix ou de douze millions d’individus? Ses fa 
cultés pour l’entretien d’escadres, d’armées, et de toute autre sorte 
de travail improductif, doivent être en proportion de son revenu 
net, et non de son revenu brut. Si cinq millions d’hommes pouvaient 
produire la nourriture et l’habillement nécessaires pour dix millions, 
la nourriture et riiabillemcnt de cinq millions constitueraient le re 
venu net. Le pays retirerait-il quelque avantage, si, pour produire 
ce même revenu net, il fallait sept millions d’hommes, c’est-à-dire, 
s’il fallait que sept millions d’hommes fussent employés à produire 
de la nourriture et de l’habillement pour douze millions? La nourri 
ture et rhabillement de cinq millions seraient toujours le revenu net. 
L’emploi d’un plus grand nombre d’hommes ne nous mettrait en 
état ni d’ajouter un homme à notre armée ou à noire marine, ni de 
fournir une guinée de plus aux impôts \ 
» sont gagnés dans le pays, tandis que les capitaux employés par le commerce ex- 
« térieur tout gagner l’industrie et les fonds de terre de toutes les nations indis- 
» tinctement. 
U L’emploi le moins favorable à la nation est celui des capitaux employés au 
» commerce de transport, de l’étranger à l’étranger. » Liv. Il, chap. 8, § 3. 
(iVo/e de l’Auteur.) 
' Si j’osais me permettre de faire une critique générale de la doctrine de AL Ri 
cardo et de sa manière de traiter plusieurs questions d’économie politiijue, je di 
rais qu’il donne aux principes qu’il croit justes une telle généralité qu’il en re 
garde les résultats comme infaillibles. De ce principe, que la classe qui vit de
        <pb n="373" />
        CH. XXVI. —DU REVENU BRUT ET Dll REVENU NET 319 
O n’est point en raison d’aucun avantage supposé provenant 
d'une grande population, ni en raison du Iwnlieur dont peut jouir 
salaires ne gagne que ce qui est rigoureuseineut necessaire pour se perpétuer et 
s’entretenir, il tire cette conséquence, qu'une industrie qui fait travailler sept 
millions d’ouvriers n’est pas plus avantageuse qu’une industrie qui en fait travail 
ler cinq millions, se fondant sur ce que, dans l’un et l’autre cas, les ouvriers con 
sommant tout ce qu’ils gagnent, il ne reste pas plus du travail de ^pt millions 
que du travail de cinq millions. Cela ressemble tout à fait à la doctrine des Éco 
nomistes’ du dix-huitième siècle, (|ui prétendaient que les manufactures ne ser 
vaient nullement à la richesse d’un État, parce que la classe salariée consommant 
une valeur égale à celle qu’elle produisait, ne contribuait en rien à leur fameux 
produit net. 
tn universalibus tatet dolus, a dit Bacon, avec ce bon sens exquis qui l’a fait 
nommer le Père de la saine philosophie Lorsqu’on descendra de ces généralités 
aux réalités qu’il faut toujours prendre pour guides, ou trouvera que sur sept 
millions d’ouvriers .tous occupés, il y aura plus d’épargnes faites que sur cinq 
millions. Ce n’est que dans la classe la plus grossière des simples manouvriers que 
les gains se bornent à ce qui est rigoureusement nécessaire pour perpétuer cette 
classe. Du moment qu’il y a un talent ajouté aux facultés du simple travailleur, il 
en résulte une faculté un |)eu moins commune et moins offerte, circonstance qui 
ajoute à la valeur du travail qui en résulte. Smith remarque qu’une intelligence 
remarquable, une probité scrupuleuse dans itette classe, sont payées au delà du 
taux rigoureusement nécessaire pour perpétuer la famille. Aussi voit-on un très- 
grand nombre de familles de simples salariés qui font des économies, augmentent 
leur bien-être et leur mobilier, ce qui augmente la somme des épargnes de la 
société. 
Mais quand meme il serait vrai que de sept millions d’ouvriers tous occupés il 
ne sortit pas plus d’épargnes que de cinq millious, serait-ce une matière indiffé 
rente que de nourrir l’un ou l’autre nombre ? Sous le rapport de la puissance na 
tionale, la population, et une population active et industrieuse, n’est-elle pas une 
puissance aussi? Et si quelque Attila barbare, ou même quelque Attila civilisé 
attaquait un pays populeux, ne serait-il pas plus facilement repoussé que s’il ne 
rencontrait pour s’opposer à ses armées, que des capitalistes spéculateurs occupés 
dans le fond de leur comptoir à balancer les prix-courants des principales places 
de l’Europe et de l’Amérique? 
Sous le rapport du bonheur, on peut dire de même qu’il y a une plus grande 
masse de bonheur dans une population de sept millions qui gagne et consomme ce 
qu’elle gagne, élève sa famille, et jouit de l’exercice de ses facultés, que dans une 
population de cinq millious. 
Il semblerait que l’homme n’est au monde que pour épargner et accumuler! 
Il y est principalement pour consommer ce que la nature lui donne gratuitement 
et ce qu’il acquiert par son industrie. Produire et consommer, voilà le propre de 
la vie humaine, voilà sa liu principale ; c’est ce que font les nations qui ne s élè 
vent ni ne déclinent. Si elles peuvent y joindre des épargnes qui, en grossissant 
leurs capitaux, étendent leur industrie, c’est une circonstance lavorable sans
        <pb n="374" />
        3á0 
PRÍNCIPES I)i: L’ÉCONOMIE POLITIQUE, 
un plus grand nombre d’hommes, qu’Adam Smith donne la préfé 
rence à cet emploi de capital qui met en œuvre la plus grande quantité 
d’industrie ; mais c’est expressément eu se fondant sur l’effet qu’il 
lui suppose d’augmenter la puissance nationale, car il dit que « la 
-* richesse et la puissance de toute nation, en tant que la puissance 
« dépend de la richesse, doit toujours être en proportion de la valeur 
» de sa production annuelle, qui constitue le fonds qui sert en déli- 
» nitive à payer tout impôt. &gt;» Il est cependant évident que les facul 
tés de payer des impôts sont en proportion du revenu net et non du 
revenu brut. 
Dans la distribution des emplois des capitaux entre tous les pays, 
le capital des peuples pauvres sera naturellement employé à ces gen 
res d’industrie qui font subsister une grande quantité de travailleurs 
dans l’intérieur, parce que, dans de tels pays, on peut se procurer 
avec le plus de facilité la nourriture et les choses nécessaires pour 
une population croissante. Dans les pays riches, au contraire, où la 
nourriture est chère, les capitaux se porteront, si le commerce est li 
bre, vers ces genres d’industrie qui exigent l’emploi du plus petit 
nombre d’ouvriers dans l’intérieur : tels sont le commerce de trans 
port, le commerce avec les pays étrangers très-lointains, dans les 
quels les profits sont en proportion des capitaux, et non en propor 
tion de la quantité de travail employé 
doute, et vers laquelle elles doivent tendre autant qu’elles peuvent ; mais ce n’est 
pas une condition essentielle de leur existence. — J.-B. Say. 
* « Il est heureux, dit M. Say, que la pente naturelle des choses entraîne les 
» capitaux préférablement, non là où ils feraient les plus gros prolits, mais où 
» leur action est le plus profitable à la société. « Liv. //, chap. 8, § 3. RI. Say ne 
nous a pas dit quels étaient ces emplois qui, tout en étant les plus profitables 
pour les particuliers, ne le sont pas de même pour l’Etat. Si des pays, ayant des 
capitaux bornés, mais des terres fertiles en abondance, ne se livrent pas de bonne 
heure au commerce étranger, c’est parce que ce commerce présente moins 
d’avantages aux particuliers, et qu’il est par conséquent moins avantageux pour 
l’ÉtaL {Note de l’Auteur). 
Ce que RL Ricardo se plaint de ne pas trouver dans mon ouvrage, y est dans un 
passage que lui-même a cité quatre pages plus haut. Les emplois de capitaux 
qui, tout en procurant un profit au propriétaire du capital, mettent en valeur les 
facultés industrielles des gens du pays, ou les facultés productives du sol, aug 
mentent plus les revenus du pays que les emplois qui ne procurent d’autre revenu 
que le simple profit du capital. Il y a même des emplois de capitaux qui, malgré 
le profit qu’ils procurent au capitaliste, ne fournissent aucun revenu au pays. Les 
bénéfices qu’on fait dans le jeu des effets publics, tout bénéfice qui ne saurait être
        <pb n="375" />
        321 
ClI. XXVI. — I»U HEVENlj BRUT ET Ul REVENU NET. 
(^Rioiijue je comicime que, par la nature du feimage, un capital 
déterminé employé à l’agriculture sur tous les terrains autres que 
ceux cultivés les derniers, met en activité une plus grande quantité 
de travail qu’un capital employé dans les manufactures ou dans le 
commerce, je ne saurais pourtant admettre qii il y ait la moindre 
différence entre les quantités de travail mises en activité par un ca 
pital emi)loyé dans le commerce intérieur, et par un pareil capital 
employé dans le commerce étranger. 
« Le capital (^ui envoie à Londres, dit Adam Smith, des ouvrages 
» de fahriipie écossaise, et rapporte à Edimbourg du blé anglais et 
» des ouvrages de fabrique anglaise, remplace nécessairement, 
» dans chacune de ces opérations, deux capitaux appartenant à des 
» sujets de la Crande-Bretagne, et qui ont, tous les deux, été em- 
» ployés dans lagriculturc ou les manufactures de la Grande-Bre- 
» tagne. 
» Le capital qui est employé à acheter des marchandises étrangè- 
» res pour la consommation intérieure, quand l’achat sc fait avec le 
» produit de l’industrie nationale, remj)lacc aussi, par chaque opé- 
» ration de ce genre, deux capitaux distincts, mais dont un seule- 
» ment est employé à soutenir l’industrie nationale. Le capital qui 
&gt;* envoie en Portugal des marchandises anglaises, et qui rapporte en 
» Angleterre des marchandises portugaises, ne remplace, dans cha- 
&gt;&gt; cune des opérations qu'il fait, qu’un seul capital anglais; l’autre 
» est un capital %)ortugais. Ainsi, quand même les retours du com- 
» mcrcc Hranijer de consommation seraient aussi prompts que ceux du 
» commerce intérieur, le capital employé dans celui-là ne donnerait 
&gt;) toujours qu’un encouragement de moitié plus faible à l’industrie 
» ou au travail productif du pays. « 
Cet argument me parait fallacieux; car, quoique deux capitaux, 
l’un portugais et l’autre anglais, soient employés, ainsi que le suppose 
le docteur Smith, il y aura cependant un capital employé au com 
merce étranger, double de celui qui sera employé an commerce inté 
rieur. Supposons que l’Écogsc emploie un*capital de 1,000 livres ster 
ling à la fabrication desifhiles, qu elle échange contre le produit d’un 
capital pareil employi^if Angleterre à la fabrication des soieries, ces 
deux pays emploieront^ainsi 2,000 liv. sterl. et une (pianlité de tra 
un profil pour l’un sans être une perte pour (pielíjue autre, est profitable pour le 
particulier (|ui gagne, sans l’être pour le pays. — I -lE Say. 
GL'ur. de Jiicardo.) ^ I
        <pb n="376" />
        322 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
vail proportionnelle. Supposons maintenant que l’Angleterre décou 
vre qu’elle peut obtenir de l’Allemagne une plus grande quantité de 
toiles en échange des soieries qu’elle était dans l’habitude d’exporter 
en Écosse, et que l’Écosse, à son tour, trouve qu’elle peut obtenir 
de la France plus de soieries en échange de ses toiles qu’elle n’en 
obtenait auparavant de l’Angleterre ; dans ce cas, le commerce 
entre l’Angleterre et l’Écosse ne cessera-t-il pas à l’instant, et le com 
merce de consommation intérieure ne sera t il pas remplacé par uu 
commerce de consommation étrangère? Mais quoique deux capitaux 
additionnels entrent dans ce commerce, c’est-à-dire le capital alle 
mand et le capital français, la même somme de capital écossais et an 
glais ne continuera-t-elle pas à être employée, et ne mettra-t-elle pas 
en activité la même quantité d’industrie que lorsque ces capitaux 
étaient consacrés au commerce intérieur?
        <pb n="377" />
        CHAI*. XXVll. — DK KA MONNAIE ET DES BANQUES. 
323 
CHAI'lïllE XXVII. 
in: LA MoxxAii: in di:s baxqli*. 
On a déjà tant écrit sur la monnaie, que, dans le nombre des per 
sonnes qui s’occupent de cette matière, il n’y a guère que les gens à 
préjugés qui puissent en méconnaître les vrais principes. Je me bor 
nerai donc à un aperçu rapide de quel,pies unes des lois générales qui 
règlent la quantité et la valeur de la monnaie. 
L’or et l’argent, ainsi que toutes les autres marcbandiscs, n’ont de 
valeur qu’en proportion de la quantité de travail nécessaire pour les 
produire et les faire arriver au marclié. L'or est quinze fois environ 
plus cher que l’argent, non pas que la demande en soit plus forte, 
ni que l’argent soit quinze fois plus abondant que î’or, mais unique- /v 
ment en raison de ce qu’il faut quinze fois plus de travail pour olite- ( ' 
nir une quantité déterminée d’or. * 
La quantité de monnaie qui peut être employée dans un pays dé 
pend de sa valeur. Si l’or seul était employé pour la circulation des 
marebandises, il n'en faudrait qu'un quinzième de ce qui serait né 
cessaire si l’argent était consacré à cette fonction. 
La monnaie en circulation ne saurait jamais être assez abondante 
pour regorger; car si vous en faites baisser la valeur, vous en aug 
menterez dans la même proportion la quantité; et en augmentant L 
valeur vous en diminuerez la cpiantité *. 
' « Les usages de l’or et de l'argent établissent donc en chaque lieu un certain 
J “doniianto qui sont à charge à leurs,assesseurs. . - 
hc. l^cfiop. \7. 
cationTi! r P'^yde du même chapitre, M. Say dit que si, pour les comniuni- 
sédftt nu * ^ pays, il fallait I emploi de mille voilures, et qu’ou en pos- 
elutfjue'’”^*^ *1"' excéderait les mille serait inutile; et de là il con- 
rest/vn’f ' "" plus que la quantité nécessaire de monnaie, l'excédant 
-•esterait sans emploi de fMeurX
        <pb n="378" />
        ív. 
394 PRÍNCIPES DE L'ÉCONOMIE-POLITIQUE. 
Tant que le gouvernement fait frapper des monnaies sans retenir 
les frais de monnayage, les pièces de monnaies ont une valeur égale 
à celle de toute autre pièce de même métal, d’un poids et d’une fi 
nesse pareils. Mais si le gouvernement retient un droit de monnayage 
ou de seigneuriagc, la pièce de métal frappée excédera en général la 
valeur de la pièce non frappée de tout le montant de ce droit, parce ^ 
qu’elle aura exigé plus de travail, ou, ce qui revient au même, la va 
leur duproduit d’une plus grande quantité de travail pour sa fafiri- I 
cation. 
Quand l’État seul bat monnaie ,41 ne peut pas y avoir de limites 
à ce droit de monnayage ; car, en restreignant la quantité du numé 
raire, on peut en élever fa valeur indéfiniment. 
C’est en vertu de ce principe que circule le papier monnaie. Toute 
sa valeur peut être regardée comme représentant un seigneuriagc. 
Quoique ce papier n’ait point de valeur intrinsèque, cependant, si ; 
l l’on en borne la quantité, sa valeur échangeable peut égaler la va- 
\ leur d’une monnaie métallique de la même dénomination, ou de lin 
gots estimés en espèces C’est encore par le même principe, c est-à- 
dire en bornant la quantité de la monnaie que des pièces d’un bas titre 
peuvent circuler pour la valeur qu’elles auraient eue si leur poids et- i 
leur titre étaient ceux fixés par la loi, et non pour la valeur intrin- , 
sèque du métal pur qu’elles contiennent. Voila pourquoi, dans l’his- j 
toire des monnaies anglaises, nous trouvons que notre numéraire n a | 
jamais été déprécié aussi fortement qu’il a été altéré, l a raison en f 
est qu’il n’a jamais été multiplié en proportion de sa dépréciation"*. I 
Le point capital dans l’émission du papier - monnaie, c est d être 
l parfaitement éclairé sur les effets-qui résultent du principe de la rcs- 
\ triction dans les quantités mises en circulation. On voudra a peine - 
croire dans cinquante ans que les directeurs de la banque et les mi- , 
' nistres ont soutenu à la fois devant le Parlement,et devant les Comi- ; 
: Cet exemple devrait suffire, ce semble, pour convaincre l’auteur que la base 
de toute valeur est, non pas la quantité de travail nécessaire pour faire une mar 
cbandise, mais le besoin qu’on en a, balancé par sa rareté. Le travail, ou en ge 
néral les frais de production, sont une difficulté à vaincre qui borne la quantit 
d’une marchandise qu’on peut apporter sur le marché, et c’est en ce sens qu i s 
sont un des éléments de la valeur des choses. Mais quand cette rareté est volon 
taire, l’effet est le même.—J .-B. Say. 
3 ce que je dis des monnaies d’or est également applicable à celles d âr- 
eent et il serait inutile de les désigner toutes les deux à tout propos. 
® ’ {Note de l'Auteur)-
        <pb n="379" />
        CHAP. xxvn. - DE LA MONNAIE ET DES BANQUES. 3«; 
lés nommés par les Parlements, que des émissions de billets de la 
banque d’Angleterre, — en les supposant, même, affranchies de la 
faculté qu’ont les porteurs de réclamer des espèces ou des lingots, — 
que ces émissions, dis-je, n’avaient pas et ne jmuvaient pas avoir 
d’action sur le prix des marchandises ou des lingots, ni sur l’état 
des changes. 
Après l’établissement des Imnques, l’État n’a plus à lui seul le pou 
voir de battre monnaie ou d’en faire l’émission. On peut tout aussi 
bien augmenter la monnaie en circulation, au moyen du papier de 
banque, que par des espèces ; en sorte que si un État altérait ses 
monnaies et on limitait la quantité, il ne pourrait en maintenir la 
valeur ; car les banques auraient la même faculté que le gouverne 
ment d’augmenter la quantité de l’agent de la cireulation. 
D’après ces principes, il est aisé de voir que pour donner une va 
leur au papier-monnaie, il n’y a pas besoin qu’il soit payable à vue 
on espèces monnayées ; il suffit pour cela que la quantité de ce papier ! 
soit réglée d après la valeur du métal qui est reconnu comme me 
sure commune .Si 1 or, d un poids et d’un titre déterminé, était 
cette mesure, on pourrait augmenter la quantité du papier à chaque 
baisse dans la valeur de l’or, ou, ce qui revient au même quant à 
1 effet, à chaque hausse dans le prix des marchandises. 
« La banque d’Angleterre, dit le docteur Smith, pour avoir émis 
* Cette vérité aurait pu être énoncée par dix auteurs judicieux, et néanmoins 
être révoquée en doute par autant d’imbéciles, si ce qui est arrivé dans ces der 
niers temps aux billets de la banque d’Angleterre n’était venu confirmer l’asser 
tion par un mémorable exemple. Le gouvernement anglais ne pouvant, en 1797, 
rembourser à la Banque les avances que cette compagnie lui avait faites, l’auto 
risa à faire une véritable banqueroute, qui dure encore, et à ne pas payer ses bil 
lets payables à vue. Malgré ce manque de foi, et quoique la Banque n’ait point de 
valeur réelle à offrir pour gage de ses billets (car les engagements du Trésor ne 
sont quedes promesses), nous avons vu récemment les billets de banque remonter 
au pair des espèces monnayées, non, comme on affecte de le dire, à cause du 
credit du gouvernement et de l’esprit national des Anglais qui s’obstine à soutenir 
la valeur des billets (tout leur esprit national n’en pourrait empêcher la dépré 
ciation SI la somme grossissait), mais tout simplement parce que les besoins de la 
circulation exigent un agent de la circulation qui se monte à une certaine somme, 
est-a-dire à une somme qui égale la valeur courante d’une certaine quantité 
^_or ou d’argent; or cette somme paraît avoir été peu excédée par les émis- 
beM * de la banque d’Angleterre et des banques de province. C’est une des 
ÿ. ^ ^^périences qui aient été faites depuis le commencement de ce siècle eu 
' ‘ternie politique, et il s’en prépare d’autres qui ne seront pas moins importan- 
~J.-B. SxY.
        <pb n="380" />
        326 
PIUNCIPES DE L'ÉCONOMIE l’OLITIQÜE. 
« uiie trop grande quantité de papier, dont l’excédant lui revenait 
» continuellement à l’échange, a été obligée, pendant plusieurs an- 
» nées de suite, de faire battre de la monnaie d’or jusqu’à concur- 
» rcnce de 800,000 livres st. et de 1,000,000 dans une seule année, 
» ou, par évaluation moyenne, jusqu’à environ 850,000 liv. st. Pour 
» fournir à cette immense fabrication, la banque, à cause de l’état 
» usé et dégradé où la monnaie d’or était depuis quelques années, 
» se vit souvent obligée d’acheter jusipi’au prix de 4 liv. st. l’once 
Ä. l’or en lingots, qu’elle émettait bientôt après sur le pied de 3 liv. 
» st. 17 sb. 10 7 deniers l’once, ce qui lui faisait une perte de 2 7 à 
» 3 pour cent sur la fabrication d’une somme aussi énorme. Ainsi, 
•&gt; quoique la bampie n’cùt point de droit de seigneuriage à payer, 
« et quoique, à proprement parler, la dépense de fabrication fût aux 
» frais du gouvernement, cette libéralité du gouvernement ne couvrit 
» pas toute la dépense supportée par la banque. » 
D’après le principe énoncé plus haut, il me semble très-évident 
qu’en retirant de la circulation le papier qui rentrait ainsi à la ban 
que, la valeur de toute la monnaie, y compris celle des anciennes 
espèces monnayées et usées et celle des nouvelles, aurait monté, et, 
dans ce cas, toutes les demandes sur la banque auraient cessé d’étre. 
M. Buchanan n’est ])Ourtant pas de celte opinion; car il dit que 
« la grande dépense que la banque a eu à supporter à celle époque 
» fut occasionnée, non comme le docteur Smith paraît le supposer, 
- par une émission excessive de papier, mais par l'état dégradé de 
» la monnaie mêlailiqne, et par le haut prix du lingot qui en était la 
» conséquence. On doit faire attention que la banque, n’ayant d’autre 
« moyen de se procurer des guiñees * que d’envoyer des lingots à la 
I I. Dans les marchés que le gouvernement conclut avec les particuliers, et 
» dans ceux que les particuliers concluent entre eux, une pièce de monnaie n’est 
■ reque, quelque dénomination &lt;|u’on lui donne, que pour sa valeur intrinsèque, 
» accrue de la valeur que l’utilité de son empreinte y ajoute. »—J.-li. Say,/ir. 
chap. 21,§4. 
« La monnaie d’argent est si peu un signe, que les pièces de monnaie perdent 
w de leur valeur en s’usant par le frottement ou par la friponnerie des rogneurs 
» d’espèces; toutes les marchandises augmentent nominalement de prix en pro- 
» portion de l’altération éprouvée par elles; et si le gouvernement fait une refonte 
» équitable et rétablit dans chaque pièce la quantité de métal lin qui s’y trou- 
» vait dans l’origine, les marchandises reprennent le prix qu’elles avaient alors, 
» sauf les variations qui out pu avoir lieu dans la valeur de ces marchandises, par 
» des circonstances qui leur sont particulières. » — J.-B. Say,/ii?. y, c/mp. 21, 
§ 6. éA’ofe de l’Auteur.)
        <pb n="381" />
        CHAP. XXVll. — DE LA MONNAIE ET DES BANQUES. 327 
• monnaie pour èti'e frappés, était toujours dans la nécessité d émet- 
- tre des guiñees neuves eu paiement des billets qui lui revenaient, 
•» et quand les espèces manquaient en général de poids, et que le 
» prix des lingots était haut à proportion, on trouvait un intérêt à 
» tirer les gui nées de poids de la banque en lui donnant son papier 
" en échange, et ensuite à fondre ces guinées, et à en vendre l’or en 
» lingots, avec profits, pour du papier de la banque, avec lequel on 
" se procurait de nouvelles guinées, qu’on fondait et qu’on vendait 
•* de même. La banque doit toujours être exposée à se voir ainsi 
« épuisée de son or toutes les fois que les espèces monnayées man- 
*&gt; queront de poids, puisque, dans ce cas, il y a toujours un profit 
&gt;» aisé et certain à changer constamment le papier de banque contre 
» de l’or. Il est cependant bon d’observer que, quelle qu’ait été, à 
** cette époque, la gêne et la dépense supportées par la banque par 
» suite de l’écoulement de ses espèces, on ne crut pas nécessaire de 
» la dispenser de l’obligation de donner des espèces en paiement de 
- ses billets. » 
11 est clair que M. Buchanan penseque toute la monnaie en circu 
lation doit descendre au niveau de la valeur des pièces dégradées ; 
mais certes, en diminuant la quantité de la monnaie en circulation, 
tout le surplus peut être élevé à la valeur des meilleures pièces. 
Le docteur Smith paraît avoir oublié le principe qu’il a posé lui- 
même, dans le raisonnement qu’il fait au sujet de la monnaie des 
colonies. Au lieu d’attribuer sa dépréciation à sa trop grande abon 
dance, il demande si, en admettant que les valeurs coloniales soient 
parfaitement solides, 100 1. st., payables dans quinze ans, pour 
raient valoir autant que 100 1. st. payables à vue. Je réponds que 
oui, si le papier n’est pas trop abondant. 
L’expérience prouve cependant que toutes les fois qu’un gou 
vernement ou une banque a eu la faculté illimitée d émettre du 
papier-monnaie, ils en ont toujours abusé. Il s’ensuit que, dans 
tous les pays, il est nécessaire de restreindre l’émission du papier- 
monnaie, et de l’assujettir à une surveillance; et aucun moyen ne 
paraît mieux calculé pour prévenir l’abus de cette émission, qu’une 
disposition qui impose à toutes les banques qui émettent du papier, 
&lt;ie payer leurs billets, soit en monnaie d’or, soit en lingots. 
« Garantir le public* contre toutes les variations qui ne seraient 
* Toutes les ligues renfermées dans des guillemets sont extraites d’un pamphlet
        <pb n="382" />
        3i8 l'lliNCII'liS ])E l,'ÉWK(IMIK l'OI.IÏIUUE. 
X 
pajELdéj^imiiées par celles de l^étalon lui-mèiiié. eiïeetuer les mouve 
ments moiiétãírcs au mo^cn de l’agent le moins coûteux, serait at 
teindre le degré de perfection le plus élevé auquel on puisse amener 
la circulation d’un pays. Or, on obtiendrait tous ces avantages si 
l’on obligeait la banque à délivrer, au lieu de guinées, et en échange 
de ses billets, des lingots d’or et d’argent, évalués au titre et au prix 
de la monnaie : de cette manière, toutes les fois que le papier des 
cendrait au-dessous de la valeur des lingots, on en réduirait immé 
diatement la quantité Pour empêcher que le papier ne s’élevât au- 
dessus des lingots la banque serait en même temps astreinte à échan 
ger son papier contre l’or, au titre et au [irix de 3 1. 17 s. l’once. Afin 
de ne pas surcharger les opérations de la banque, les quantités 
d’or demandées en échange de pajùer, au taux de 3 liv. 17 s. 10^ et 
celles offertes à raison de 31. 17s. devraient être de vingt onces au 
moins. En d’autres termes, la banque serait obligée, à partir de 
vingt livres, d’acheter toutes les quantités d’or qui lui seraient offertes 
au prix de 3 1. 17s.’ l’once et de vendre celles qui lui seraient de 
mandées au prix de 3 liv. 17 s. 10 7 ; et le soin qu’auraient lès ad 
ministrateurs , de régler la masse de leur papier la garantirait 
contre tous les inconvénients qui pourraient résulter de ces dispo 
sitions. 
La loi devrait laisser en meme temps importer et exporter sans 
entraves tous les lingots. Ces opérations sur les lingots seraient 
d’ailleurs, très-rares si la banque s’attachait à rapporter ses avances 
et ses émissions au critérium que j’ai déjà si souvent indiqué ; crite- 
liuin qui consiste dans le ])rix des lingots au titre, indépendamment 
de la quantité générale de papier en circulation. 
On aurait déjà réalisé une grande partie de mon projet, si l’on 
obligeait la banque à changer contre ses propres billets des lingots 
évalués au titre et au prix de la monnaie. On pourrait même, sans 
intitulé : Projet d’uiie Circulation monétaire économique et sûre. Ce pamplilet 
a été publié par moi, en 181C. ' ( Note de l'Auteur.J 
* Le prix deô 1.17 s., que nous avons indiqué ici, est, nécessairement, un prix 
arbitraire : il y aurait peut-être d’excellentes raisons pour le fixer un peu plus 
haut ou un peu plus bas. Lu disant 3 1.17 s., j’ai seulement voulu éclaircir le prin 
cipe. Le prix devrait être conçu de manière à ce que le possesseur de l’or 
trouvât de l’avantage à le vendre à la Banque plutôt qu’à le faire monnayer par 
l’administration. 
La même observation s’applique à la quantité désignée de vingt onces. Il pour 
rait être tout aussi convenable de la porter à dix ou à quinze.
        <pb n="383" />
        3á0 
CHAI*. XXVll. - DK LA MONNAIE ET DES BANQUES. 
dangers pour la sûreté de ses résultats, l’allraneliir de la iiéeessité 
d’aeheter toutes les quantités de lingots qui lui seraient ofl'ertes 
aux prix déterminés, surtout si les ateliers de la monnaie restaient 
ouverts au public. 
l.n effet, cette disposition tend seulement à empêcher que la mon 
naie ne s’écarte de la valeur des lingots d’une différence plus 
grande que celle qui sépare si légèrement à la banque les prix d’a 
chat de ceux de vente; différence qui serait un degré approximatif 
vers cette uniformité tant désirée. 
Si la banque bornait capricieusement le montant de ses billets, ils 
hausseraient de valeur, et l’or semblerait descendre au-dessous des 
limites auxquelles j’ai ¡)roposé de fixer les achats de la banque. — 
Dans ce cas on le porterait à la monnaie, et les coms qu’il aurait 
servi à frapper, s’ajoutant à la circulation, auraient pour effet d’en 
abaisser immédiatement la valeur et de la ramener au taux de l’éta 
lon. — Mais ces moyens n’offrent ni la sécurité, ni l’économie, ni la 
promptitude de ceux que j’ai proposés, et auxquels la bambuc ne 
saurait opposer d’objection sérieuse; car il est évidemment dans son 
intérêt d’alimenter la circulation avec son papier plutôt que d’obliger 
les autres a l’alimenter avec du numéraire. 
Sous l’empire d’un tel système, avec une circulation ainsi dirigée, 
la banque serait affranchie de tous les embarras, de toutes les crises. 
I..es seules éventualités qui pourraient l’atteindre, sont ces événe 
ments extraordinaires, qui jettent la j)anique sur tout un pays, et 
font que chacun reeberebe les métaux précieux, comme le moyen 
le plus commode pour réaliser ou cacher sa propriété. — Jl n’est pas 
de système qui puisse garantir les banques contre de telles éventua 
lités. Leur nature même les y condamne, car, à aucune époque, il 
lie peut y avoir dans une banque ou dans un pays assez d’espèces ou 
de lingots pour satisfaire aux justes réclamations des capitalistes (jui 
^ y pressent. — Si chacun voulait réaliser le même jour la balance 
de son compte chez son banquier, il arriverait souvent (pie la masse 
de billets de banque actuellement en circulation ne suffirait pas pour 
répondre à toutes les demandes. C’est une panique de ce genre qui 
a déterminé la crise de 17t)7, et non, comme on l’a supposé, les fortes 
avances que la ban(|ue avait faites au gouvernement. IVi la banque, 
111 le gouvernement n’étaient alors coupables. — Tfinvasion sou 
daine des bureaux de la banque, prit naissance dans les craintes 
chiinériipies qui émurent les esprits timides : elle eût aussi bien éclate 
dans le cas où la banque ii’cùt fait aucune avance au gouvernement
        <pb n="384" />
        330 PHINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
et où sa réserve eût été double du moulant actuel. — Il est même 
probable (¡ue, si elle avait coiilimié à payer à bureaux ouverts et en 
espèces, elle aurait tué la panique avant d’arriver à l’épuisement de 
sa réserve *. 
• Nous ne saurions donner de ce curieux et grave épisode financier un histo 
rique plus net et plus complet, que celui dont IM. IM. Cul loch a enrichi son 
édition d’Ad. Smith, et dont nous puisons la traduction dans la belle édition 
française de IM. Blanqui. On sent que ce morceau a été écrit sur la brèche, au 
spectacle des banques américaines qui s’écroulaient par centaines, des banques 
provinciales qui chancelaient avant de tomber , et d un système de crédit qui 
menaçait de couvrir de ruines le sol de l’Angleterre, déjà tra\aillé par la crise in 
dustrielle, la disette et les soulèvements politiques. Ou pourra reconnaître, dans 
les lignes qui vont suivre, combien les événements portent secours aux saines 
théories, on y pourra voir les mêmes principes, les memes vérités, écrites a\ec des 
catastrophes et des faillites par la main du temps, et avec des mots et des phrases 
par tes penseurs : car la logique de l’esprit humain n’est si grande que parce 
qu’elle pressent et devance la logique des faits ; — 
« La crise la plus importante dans l’histoire de la circulation du papier de la 
Orande-Bretagne eut lieu en 1797. En partie par suite des événements résultant 
de la guerre où nous étions alors engagés, des prêts à l’empereur d’Allemagne, 
des traites faites sur le trésor par les agents anglais au dehors, et, en partie, et 
principalement peut-être, par suite des larges avances accordées au gouverne 
ment par la banque d’Angleterri^l^jdiange devint onéreux en 1795, et, cette 
année, ainsi que les années suivantes, il fut demandé à la banque des quantités 
énormes en espèces. 11 n’est pas douteux cependant que la dernière crise ne fût 
entièrement due à des causes politiques. Des bruits d’invasion, et même de des 
centes qui auraient eu lieu survies cotes, acquirent une certaine gravité pendant 
la fin de l’année l79Get le commencement de 1797. Cette alarme provoqua chez 
beaucoup de particuliers, mais surtout chez les petits fermiers et les marchands 
en détail, un vif désir de convertir la plus grande partie possible de leur fortune 
en especes. Une foule redoutable se précipita sur la plupart des banques de pro 
vince; et la baiujueroute de (juelques-uns de ces établissements à Newcastle, ainsi 
qu’en d’autres parties du royaume, imprima une force nouvelle à la première pa 
nique. La banque d’Angleterre fut assaillie de tous les points du territoire par des 
demandes d’argent, et le fonds d’espèces et de lingots renfermés dans ses coffres, 
qui s’était élevé en mars 1795 à 7,940,000 livres, se trouvait réduit, le samedi 25 
février 1797, à 1,272,000 livres, avec la perspective d’une violente irruption pour 
le lundi suivant. Dans cette douloureuse circonstance, le conseil privé se réunit et 
décida que les paiements en espèces seraient suspendus à la banque juscju’à ce 
que le Parlement eût pu statuer. A cx;t effet, un ordre du conseil fut promulgué le 
dimanche 26 février 1797. 
» Aussitôt que commença la suspension, les principaux négociants, banquiers 
et armateurs de Londres signèrent la résolution expresse d'accepter les billets de 
la banque d’Angleterre, et se portèrent caution des efforts qu’ils tenteraient pour 
\ les faire accepter des autres, dette ré'solution prise conformément à l’état officiel
        <pb n="385" />
        CHAP. XXVII. - DE LA MüMMAlE ET DES BANQUES. 
Si l’on rélléchit à l’opinion des directeurs de la banque sur les rè 
gles qui gouvernent les émissions de papier, on verra qu’ils n’ont 
usé de leur privilège qu’avec discrétion. 
(les affaires de la banque qui fut rendu public, et jointe à l’emploi de ses billets 
dans les paiements publics, prévint toute interruption dans leur circulation; et, 
grâce à la modération qui présida aux émissions, ils continuèrent pendant trois 
ans à être parfaitement équivalents à l’or. 
» La première baisse dans la valeur des billets de banque comparés à l’or coni- 
men(;;a vers la lin de 1800. Les faibles récoltes de cette année amenèrent une ex 
portation considérable de métaux précieux ; mais au lieu de diminuer leurs émis 
sions, comme le leur ordonnaieiit les vrais principes, et comme ils eussent été 
obligés de le faire dans le cas où ou leur eût imposé l’obligation de payer en ar 
gent, les directeurs ajoutèrent encore à la quantité de leurs billets existants, et 
la conséquence immédiate fut que ceux-ci subirent une dépréciation de 8 pour 
100 comparés avec l’or. Mais bientôt après ils reprirent leur valeur; et de 1803 
â 1808 inclusivement, ils n’offraient plus qu’un escompte de 2 livres 13 sch. 3 de 
niers pour 100. Lu 1809 et 1810 cependant, les directeurs parurent avoir méprisé 
tous les principes qui avaient jusque là gouverné leurs émissions. La quantité 
moyenne de bank-notes en circulation, qui n’avait jamais dépassé 17 millions l /2, 
ni été au-dessous de IG millions 1/2 dans aucune des années de L802 à 1808 inclu 
sivement, s’éleva eu 1809 à 18,927,833 livres, et en 1810 à 22,541,523 livres. Les 
émissions des banques de province s’accrurent dans un rapport entire plus grand, 
et comme il ne se manifesta pas un dévelopjvement relatif dans les affaires du 
pays, l escompte sur les bank-notes s’éleva, de 2 liv. 13 sch. 2 deniers vers le 
commencement de 1809, à 13 livres 9 schelliiigs G deniers en 1810. Cette chute 
extraordinaire dans la valeur du papier comparée à celle de l’or, jointe comme 
e e IG fut à une baisse égale dans le change, excita au plus haut point l’attention, 
et eu évrier 1810, un comité de la Chambre des communes fut désigné pour re 
chercher les causes du haut prix des lingots d’or, et de l’état du change. Le co- 
imté consulta plusieurs négociants et banquiers, et son rapport, principalement 
ré igé par M. I-rancis Horner, renferme une habile réfutation des chiffres et des 
doctrines posés par ceux qui soutenaient (|ue la baisse du change et le haut prix 
des lingots devaient être entièrement attribués à nos dépenses au dehors et à 
état spécial de nos relations avec les autres puissances, et ne tenaient nullement 
aux quautitéîs additionnelles de papier (¡ui étaient venues grossir la circulation. 
' «a Chambre des communes refusa de sanctionner le projet par lequel le 
comité invitait la banque à reprendre ses paiements en espèces au bout de deux 
ans. Aussi, en mai 1811, é{)oque a laquelle les guinées emportaient couramment 
utie prime, et où les bank-notes éprouvaient un escompte avoué,de plus de 10 
|)our 100 comparés aux lingots d’or, la Chambre des communes adopta, à une 
grande majorité, la résolution proposée par M. Vansittart (actuellement lord 
C’v ey), déclarant que les engagements de la banque d’Angleterre av aient été jus 
qu a ors, et étaient encore en ce moment considérés dans .l’opinion publique 
(omnie équivalents à la monnaie légale du royaume. 
“ ette résolution, tellement extraordinaire qu’elle était contraire au simple
        <pb n="386" />
        33-2 VULNCIPliS DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Il est môme évident, qu’animés par des principes arbitraires, ils 
n’y ont obéi qu’avec une extrême prudence. — Les termes actuels 
bou sens, dégagea les directeurs de la banque de toute crainte relativement à 
l’intervention du Parlement, et les encouragea à accroître le nombre de leurs bil 
lets en circulation. Les émissions des banques provinciales s’augmentèrent encore 
plus rapidement que celles de la banque d'Angleterre. La facilité d’être admis 
là l’escompte fut telle, que des individus qui pouvaient à peine payer le timbre 
de leurs billets réussirent très-fréquemment à obtenir de vastes capitaux ; et 
comme ils ne risquaient rien personnellement, ils se livrèrent audacieusement 
aux spéculations les plus hasardées. M. Wakefield, dont la position lui offrit 
tant d’occasions de recueillir des' renseignements exacts, informa le comité 
d’agriculture, en 1821, que «jusqu’à l’année 1813, il existait des banques sur 
I l presque tous les points du territoire, qui forçaient l’entrée de leur papier dans la 
1 circulation au prix d’énormes dépenses pour elles-mêmes, et, en beaucoup de 
cas, aux prix de leur ruine. » Et parmi les diverses réponses qui furent adressées 
aux enquêtes du conseil d’agriculture en 1816 par les citoyens les plus intelli 
gents des différents districts du pays, il en est à peine une dans laquelle l’é- 
mission exagérée des billets de banque ne soit pas partienlièrement désignée 
comme l’une des causes prédomnianteslß la hausse, sans antécédent encore, qui 
avait atteint les rentes et les prix. 
» Le prix du blé s’était élevé à un chiffre extraordinaire pendant les cinq an 
nées qui finirent en 1813. Mais partie en raison de la brillante récolte de cette 
année, partie, et principalement peut-être par suite de l’ouverture des ports 
hollandais et du renouvellement des relations avec le continent, les prix fléchi 
rent considérablement vers la fin de l’année 1813 et le commencement de 1814. 
Et cette baisse ayant produit un manque de confiance, et répandu l’alarme parmi 
les banques de province et leurs clients, détermina une destruction de papier de 
province qui n’a pu être égalée que par celle de 182,'». Eu 1814,1815 et 1816, on 
ne vit pas moins de 240 banques suspendre leurs paiements ; 89 accusations de 
banqueroute fureiîtlancées contre c^'etablissemenls, et cela dans le rappor t 
d’une accusation contre 10 1/2 banques de province existant en 1813. Les failli 
tes qui s’ouvrirent alors fureiit Ifis plus désastreuses, car elles atteignaient prin- 
^ ^ cipaten^t les Has,sps ouvrières, et dévoraient ainsi en un moment les fruits 
vAd’une longue vi^détravail et d’économie. Des milliers d’individus, qui avaient 
"en 1812 rêvé l’aisance, se trouvèrent dépourvus de toute véritable propriété, et 
plongés, comme par enchantement, sans qu’il y eût faute de leur part, dans l’a 
bîme de la pauvreté. 
» La destruction du papier des banques de province en 1814, 1815 et 1816, en 
réduisant la masse totale mise en circulation, éleva sa valeur, en 1816, à une 
presque égalité avec l’or. Et cette hausse ayant matériellement facilité un re 
tour aux paiements en espèces, on commença à être généralement convaincu de 
l’opportunité qu’il y aurait à rapporter le décret sur les paiements en argent de 
la banque d’Angleterre. Ceci fut effectué en 1819 par l’acte 59 de Georges IIi, 
chap. 78, communément appelé bill de Peel, parce qu’il avait été proposé et ob 
tenu à la Chambre des communes par sir Robert Peel.
        <pb n="387" />
        CHAP. XXVH — DE LA MONNAIE ET DES BANQUES. 3^‘i 
de notre législation leur conservent le pouvoir d’accroitrc ou de ré 
duire, sans contrôle et dans les ¡)ro port ions (pi’ils jugeront conve- 
» On sera justement étonné que, malg ér a leçons sévères des banquerou 
tes de 1793, 1814, 1815 et 1816, occasionnées d’une manière si funeste par le 
système des banques de province, il ne fut fait aucun pas en 1819, même 
après la reprise des paiements en espèces pour reconstituer ce sptème et le 
fonder sur des bases plus solides. Les nations sont des écoliers lents et rétifs, 
et il semble qu’une expérience complémentaire était nécessaire pour convain 
cre le parlement et le peuple d’Angleterre qu’il existait quelque chose de défec 
tueux dans un système qui, dans deux circonstances antérieures, avait inondé le 
pays de banqueroutes, et qui décernait à tout individu, même pauvre ou sans 
principes, mais qui se sent porté à être banquier, le droit d’émettre des billets \ 
(|ui serviront comme monnaie dans les transactions habituelles de la société, j 
La crise qui survint en 1825 et 1826 fut le résultat naturel de cet état de cho 
ses, et eût pu être prévue par tout individu instruit des principes sur lesquels 
doivent se baser les opérations des banques, ou de l’histoire précédente de ces 
banques dans le pays. 
» Ces événements persuadèrent enfin le Parlement et le public de ce dont ils 
eussent dd être convaincus longtemps avant, c’est-à-dire que le système des 
banques privées en Angleterre et dans les Galles était au plus haut degré faible 
et vicieux, et qu’il était impérieusement nécessaire de le réformer et le fortifier. 
Dans ce dessein, l’acte de 1708, limitant le nombre des associés d'une banque à 
six, fut rapporté avec le consentement de la bainjue d’Angleterre. Permission fut 
accordée d’établir des joint-slock banks, banques à fonds réunis ou par ac 
tions, composées d’un nombre illimité d’actionnaires , pour l’émission de bil 
lets payables sur tous les points du territoire, mais au delà d’un*rayon de 
soixante-cinq milles seulement, autour de T.ondres. On autorisa en même 
temps l’institution, à Londres, de joint-stock banks pour les dépôts ou banques 
destinées à prendre soin de l’argent de leurs commettants. Après les restrictions 
imposées aux paiements en espèces, en 1797^ la Rauque d’Angleterre commença 1 
à émettre, pour la première fois, des billets d’une livre, opération dans laquelle 1 
elle fut imitée par la plupart des banques de province. La première retira ses ' 
billets d’une livre peu après la reprise des paiements en espèces, en 1821 ; mais 
les billets similaires des banques de province continuèrent à circuler, et formè 
rent un des principaux canaux par lesquels elles faisaient pénétrer leur papier 
dans la circulation. En 1826, cependant, l’émission des billets d’une livre fut 
définitivement prohibée après une certaine époque spécifiée en Angleterre et dans 
les Galles; et, depuis 1829, il ne fut plus permis de créer des billets de moins 
de cinq livres. 
» La dernière de ces mesures réparatrices, c’est-à dire la suppression de bil 
lets d’une livre, a indubitablement fermé une des voies les plus aisées et les plus 
sdres dont se servaient les classes inférieures des banques de province pour écou 
ler leur papier, et elle a été sous ce rapport tres-avantageuse. Mais un grand 
nombre d’autres routes leur demeurent ouvertes ; et l’exemple de 1792-93, alors 
qu il n existait point de billets au-dessous de cinq livres en circulation, démontre
        <pb n="388" />
        3:u PRINCIPES DK L'ECONOMiK POLITIQUE.' 
nal)les, l’eiiscm])le de la circulatipn. llii lei pouvoir ne devrait ap 
partenir à aucune association, pas nn'ine à l’État; car il ne peut y 
avoir aucune garantie d’uniformité dans un système où la volonté 
seule des créateurs de la monnaie peut en décréter l’augmentation 
ou la diminution. La banque peut réduire aujourd’hui la circulation 
aux limites les plus extrêmes; c’est un fait que ne nieront même 
pas ceux qui pensent avec les directeurs, qu’ils n’ont pas le pouvoir 
de multiplier à l’infini les signes monétaires, .le suis pleinement con- 
viptorieiisement que la suppression des billets d’une livre n’offre aucune sécu 
rité contre les swr-cmissions, les paniques, contre rien enfin, sinon contre une 
banqueroute universelle. 
» Ce fut cependant de la seconde mesure, celle autorisant l’établissement des 
joint-stock banks, qu’on attendait les plus grands avantages. Peut-être serait-ce 
une exagération que d’affirmer que ces espérances ont été complètement dé(*ues ; 
mais, si quelques attentes ont été réalisées, elles sont bien peu importantes. Il 
aurait été, eu effet, facile de prédire, à l’origine de cette institution, comme cela 
eut lieu, du reste, que le seul établissement des joint-stock banks ne fournirait 
aucun remède contre les maux primitivement inhérents à notre système finan 
cier. Une banque avec sept, soixante-dix ou sept cents associés peut n’être pas 
appelée à plus de crédit qu’une autre banque avec cinq ou six, et peut-être même 
à moins. La fortune des associés d’une banque privée peut excéder celle des asso 
ciés d’une vaste banque par actions; et il est probable que les opérations de la 
plus petite banque étant conduites par les intéressés eux mêmes, le seront plus 
prudemment et plus économiquement que celles d’une grande banque, qui doi 
vent nécessairement être confiées à des agents sur lesquels ne plane qu’un con 
trôle inefficace. On ne peut concevoir de plus grande erreur que celle qui décide 
que parce qu’une banque a un plus grand nombre d’associiis, elle est plus digne 
de la confiance publique. Celle ci devant dépendre de leur richesse et de leur in 
telligence, mais non de leur nombre : ce serait substituer la masse au mérité. La 
richesse seule ne peut suffire à mettre en rapport les émissions de papier avec les 
besoins. Leiijohit-stock banks demeurent aussi loin, et, si cela est possible, plus 
loin même de ce critérium que les banques privées. C’est, en effet, la plus gros 
sière des erreurs et des illusions, que de supposer qu’il est possible de faire dispa- 
I raître les fluctuations dans la masse et la valeur de la monnaie, par cela seul 
; qu’elle sera fournie par différents agents. Tant qu’un individu ou une réunion 
d’individus, quelque tarés qu’ils puissent être, jouiront du privilège royal d’émet 
tre du papier sans autorisation ni oWaeles, on verra cc papier s’accroître déme 
surément aux époques de confiance, et disparaître aussitôt que les prix et la con 
fiance s’ébranleront. Si l’on désire que le pays soit à jamais dévoré par une fièvre 
intermittente, et livré tantôt aux accès de sur-excitation, tantôt à un état d’atonie 
qui en est la suite inévitable, il n’est pas de meilleur moyen’à employer que notre 
système financier actuel. INlais nous pensons que le lecteur se joindra a nous, 
dans la pensée qu’une fièvre de cette nature est aussi fatale au corps politique 
qu'au corps physique; et que si l’on n’opère une cure radicale, elle paralysera et 
détruira le Mac (.uli.uch.
        <pb n="389" />
        335 
CHAI». XXVll. — ÜE EA MONNAIE ET DES BANQUES. 
vaincu qu’il répugne aux intérêts et à la volonté de la banque^ 
d’excrecr ee privilège au détriment du ])ublie, mais à l’aspect des 
maux qui peuvent résulter d’une réduction ou d’une augmentation 
^soudaine des agents monétaires, je ne puis que déplorer la facilité 
avec laquelle l’État a armé la banque d’une prérogative aussi formi 
dable. 
Les dilTicultés auxquelles étaient restées soumises les banques ])ro- 
vinciales avant la suspension des paiements en numéraire ont dû 
prendre, à certaines époques, un caractère sérieux. —• Aux moindres 
symptômes d’une crise réelle ou imaginaire, elles étaient astreintes à 
se pourvoir de guinées et à s’armer contre les exigences des porteurs. 
— Elles faisaient alors un appel à la banque. Elles y échangeaient 
leurs propres billets contre des guinées, qu’un agent de confiance 
transportait ensuite à leurs frais et risques. Après avoir accompli les 
fonctions auxquelles elles étaient destinées, les guinées revenaient à 
Londres, et il est fort probable qu elles retournaient dans les caisses 
de la baiujue toutes les fois que ces déplacements successifs n’avaient 
pas eu assez d’action pour en diminuer le ])oids et les réduire au- 
dessous du type légal. 
Si l’on adoptait le plan que j’ai proposé de payer les billets de 
banque en lingots, il faudrait étendre ce privilège aux banques pro 
vinciales ou donner aux bank-notes le caractère de monnaie Itigale. 
— Dans ce dernier cas, ôn se trouverait n’avoir introduit aucun 
changement dans la législation qui régit ces établissements ; car ils 
seraient alors sollicités, comme aujourd’hui, à rembourser leur pa 
pier en billets de la banque d’Angleterre. 
« Ce système, en nous permettant de ne pas exposer les guinées au 
frottement et à la diminution de poids qui résultent de déplacements 
multipliés, en nous affranchissant aussi de tous les frais de trans 
ports, nous procurerait déjà une économie considérahle ; mais l’avan 
tage qui résulterait, pour la marche des petits ])aicments, serait bien 
plus sensible encore. En effet la circulation de Londres et des pro 
vinces s’effectuerait alors au moyen d’un agent à bon marché, ïe pa-^ 
pier, et délaisserait un agent onéreux. Vor ; — ce qui enrichirait le 
pays de tous les bénéfices que peut produire l’or abandonné. Il se 
rait donc insensé de renoncer à de tels avantages, à moins que l’on 
ne découvrît dans l’emploi d’un agent à bas prix des inconvénients 
manifestes. » _ 
« La monnaie est dans l’état le plus parfait quand clic se compose 
uniquement de papier, mais d’un papier dont la valeur est égale à la
        <pb n="390" />
        330 
PHINCIPF.S in: L’FCONOMIE POMTIUti:. 
somnio d'or (|u'il reprdsentc. l/nsage du papier eu place de l'or rem 
place im agent tiès-dispeudieux au moyen d'un autre (pii l’eRt fort 
peu, ce qui met le pays, sans qu’il en riisultc aucune porte pour les 
particuliers, en état d'échanger tout l’or qu’il employait auparavant 
pour la circulation, contre des matières premières, des ustensiles cl 
des subsistances, dont l’usage augmente à la fois la richesse et les 
jouissances de la nation. 
» Sous le point de vue de l’intérêt national, il est tout à fait indiiTé- 
rent que ce soit le gouvernement ou une banque qui fasse l’émission 
d'un papier-monnaie, si cette émission est dirigée d’après les sages 
principes que nous venons d'exposer. Que ce soit l'un ou l'autre 
qui l’émette, il en résultera à peu près le même accroissement de ri 
chesse nationale; mais reifet ne sera pas le même quant à l’intérêt 
des particuliers. Dans un pays où le taux courant de l’intérêt est de 
7 pour cent, et où le gouvernement a besoin, pour des dépenses par 
ticulières, de 70,000 liv. st. par an, il importe beaucoup aux indi 
vidus de ce pays, de savoir S’ils paieront ces 70,000 liv. par un impôt 
annuel, ou s’ils pourront les obtenir sans payer pour cela d’impôt. 
Supposons qu’il faille un million en argent pour préparer une expé 
dition. Si le gouvernement émettait un million de papier-monnaie 
l’expédition se ferait sans qu'il en coûtât rien à la nation ; mais si 
en déplaçant ainsi un million d’argent monnayé, une banque fai 
sait l’émission d'un million de papier, et qu’elle le prêtât au gou 
vernement à 7 pour cent, en déplaçant de même un million de 
numéraire, le pays se trouverait grevé d'un impôt perpétuel de 
70,000 liv. par an. La nation paierait l’impiù, la ban(|ue le rece 
lait, et la nation resterait, dans les deux cas, aussi riche qu'au- 
paravant. L’expédition aura été réellement faite au moyen du 
système, par lc([uel on rend productif un capital de la valeur d’un 
million , en le convertissant en denrées, au lieu de le laisser im- 
|)rodnctif sous la forme de numéraire; mais l’avantage serait tou 
jours pour ceux qui émettraient le papier; cl comme le gonor 
nement rc|)réscntc la nation, la nation aurait épargné l'impôt, si 
elle, et non la banque, avait fait l’émission de ce million de papier- 
monnaie. 
«J’ai déjà observé que, s’il pouvait y avoir une^d mre j^arant ie 
(pi on n’abuserait ])oint de la faculté d émettre (lu pa|)ier-monnaie, 
il serait tout à fait indifférent pour la riebesse nationale, prise col 
lectivement, par qui ce papier fût émis; et je viens de faire voir (pic 
le public aurait un intérêt direct à ce (pie ce fût l'Ktat, et non une
        <pb n="391" />
        CHAP. XXVII. — DE LA MONNAIE ET DES BANQUES. 337 
compagnie de marchands ou de banquiers, qui fît cette émission. Il 
sei ait cependant plus à craindre que le gouvernement ii’abusàt de 
(e e acu té qu une compagnie de banquiers. Une compagnie est, 
A .T des lois; et quoiqu’il put être de son intérêt 
oil 9u delà des homes prescrites par la prudence, 
e serait forcée de s’y renfermer, et de restreindre l’émission de son 
I pier, par la faculté qu’auraient les particuliers d’exiger des lingots 
U des espi-ces en échange des hillets de banque. On prétend que, si 
e gouvernement avait le privilège d émettre du papier, il ne respec 
terait pas longtemps cette disposition qui le gênerait; on croit qu’il 
serait trop porté à sacrifier la tranquillité de l’avenir à l’intérêt du 
moment, et qu’il pourrait par conséquent, en alléguant des motifs 
d urgence, se débarrasser de toute entrave qui bornerait le montant 
de ses émissions de papier. 
• Cette objection est d’un grand poids quant à un gouvernement 
ne som r “’“"''’■'‘f administré par des commissaires qui 
des soi ■■ Pa'-lamant, et le placement 
les sommes qui leur sont conliées se fait avec la plus grande régula- 
lé, quelle raison peut-il donc y avoir de douter que l’émission du 
i O.” 'T ^avec la même exactitude, si on la confiait 
d une administration du même genre ’? » 
moyens d’influp ^ ^ guerres décorées de beaux motifs, en grAces et en 
dépens du nubliT n^maintenir la prépondérance de l’intérêt privilégié aux 
ífíVt ,x yiyad économie profitable pour les nations que lorsqu’une 
île Jiicardo.) 2^
        <pb n="392" />
        :m PRINCIPES RE L’ÉCONOMIE POI.ITIQUE. 
On pourrait ol)jc(‘tcr que, quoique Tavauta^e que tirerait l’Etat, 
et par couséqueiit le public, de ce mode d’émission de pa¡)ier-mou- 
iiaie, soit assez évident, puisqu’on convertirait par là une partie 
de la dette nationale portant un intérêt ])ayé par le public, en 
dette sans intérêt; on pourrait objecter, dis-je, que cependant cela 
serait nuisible au commerce, en empêcbant les négociants d’em 
prunter de l’argent, et d’escompter leurs lettres de ebange ce (jui 
forme, en partie, la manière dont sc fait l’émission des billets de 
banque. 
Cela suppose qu’il serait im])ossiblc de trouver de l’argent à em 
prunter si la banque n’en prêtait pas, et (pie le taux courant de l’in 
térêt et des profits tient au montant de l’émission de la monnaie et à 
la voie par laquelle se fait cette émission ; mais comme le pays ne 
manquerait ni de drap, ni de vin, ni d’aucune autre marchandise, 
s’il avait les moyens de l’acheter, de même on ne manquerait pas 
d’y trouver de capitaux à prêter, pourvu que les emprunteurs eussent 
de bonnes garanties, et fussent disposés à payer le taux courant de 
l’intérêt pour l’argent prêté. 
Dans une autre partie de cet ouvrage, j’ai tâché de faire voir que 
la valeur réelle d’une chose se règle, non d’après les avantages acci 
dentels dont peuvent jouir quelques-uns de ses producteurs, mais 
bien d’après la dilliculté réelle qu’éprouve le producteur le moins 
favorisé. 11 en est de même par rapport à l’intérêt de l’argent; il ne 
se règle pas#d’après le taux auquel la banque veut prêter, que ce 
soit à 5, 4 ou 3 pour cent, mais bien d’après le taux des profits 
qu’on peut retirer de l’emploies capitaux, et qui est tout à fait in 
dépendant de la quanti téou de Talvaleur de l’argent. Qu’une banque 
prête un, dix ou cent millions, cela n’ajiportera aucun changement 
au taux courant de l’intérêt ; la bamiue ne fera que changer la va 
leur de la monnaie qu’elle mettra ainsi en circulation. Dans l’un de 
ces cas, il faudra dix ou vingt fois ])lus de monnaie pour faire un 
certain commerce, qu’il n’en faudrait dans l’autre. La demande d’ar 
gent à la banque dépend donc du taux des profits qu’on peut retirer 
de son emploi, comparé avec le taux d’intérêt auquel la bamjue le 
prête. Si elle prend moins que le taux courant de l’intérêt, elle peut 
représentation forte et indépendante tient véritablement les cordons de la bourse, 
et ne l’ouvre que pour payer un petit nombre de fonctionnaires alisolument indis 
pensables pour maintenir l’ordre public. Jusque là il ne peut y avoir que des rapi 
nes légalisées. — J.-B. Say.
        <pb n="393" />
        , - . r-í ! 
CHAI». XXVII. — UK I A MONXAIK KT DES BANQUES. .339 
príler indélininient ; si ollc prend plus que ec taux, il n'y aura que 
&lt; es issipateurs et des prodigues qui consentent à lui emprunter. C’est 
liWt '030ns que toutes les fois que le taux courant de l’in- 
ioiirts ^ î ^ le taux auquel la banque prête tou- 
de l’ar escompte est encombré de gens qui demandent 
neu HpT ' ^««traire, quand le taux courant est, même pour 
u’ont .""’P*’5 l'«»'- fcnt les commis de ce bureau 
" OUI rien a faire. 
tant de 1 argent aux commerçants, c’est que pendant toute cette épo 
que, elle a prêté de l’argent au-dessous du taux courant de l’intérêt 
sur la place, c’est-à-dire au-dessous du taux auquel les commercants 
pouvaient emprunter ailleurs; mais, quant à moi, j’avoue que cela 
me semble plutôt une objection contre cet établissement, qu’un ar 
gument en sa faveur. ’ ^ 
Ire sousr ' n"" *’“* l«s personnes qui sont forcées d &amp; 
faire deii'^Vü^^^^ affaires de commerce ipic la communauté peut 
U( e la quantité de son capital, c’est-à-dire des matières
        <pb n="394" />
        340 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
premières, des machines, des subsistances, des navires, etc., em 
ployés à la production. Après l’établissement d’un papier-monnaie 
sagement réglé, les opérations des banques ne sauraient augmenter 
ni diminuer la somme de ce capital. Si le gouvernement faisait 
donc l’émission d’un papier-monnaie national, quoiqu’il n’escoinp- 
tàt pas un seul effet, et ne prêtât pas un seul schilling au public, 
il n’y aurait pas la moindre altération dans le mouvement du com 
merce ; car il y aurait la même quantité de matières premières, de 
machines, de subsistances, de navires, etc., et vraisemblablement il 
y aurait autant d’argent à prêter, non pas, à la vérité, à 5 pour cent, 
taux fixé par la loi, mais à 6, à 7 ou à 8 pour cent, — ce qui serait 
le résultat de la concurrence franche, sur le marché, entre les prê 
teurs et les emprunteurs. 
Adam Smith parle des avantages que les marchands, retirent en 
Ecosse, par la manière dont les banques de ce pays traitent les com 
merçants, en ouvrant des comptes courants, système qui lui paraît 
très-supérieur à celui adopté en Angleterre. Ces comptes courants, ou 
de caisse, sont des crédits que le banquier écossais donne aux négo 
ciants, en sus des lettres de change qu’il leur escompte ; mais comme 
le banquier, à mesure qu'il avance de l’argent et qu i) le met en 
circulation par une voie, se trouve dans l’impossibilité dzms émettre 
par une autre, il' n’est pas aisé de concevoir en quoi cet avantage 
consiste. Si toute la circulation n’a besoin que d’un million de pa 
pier, il n’en circulera qu’un million; il ne peut pas être d’une impor 
tance réelle pour le banquier ou pour le commerçant, que cette 
somme soit émise en escompte de lettres de change, ou qu’une par 
tie seulement soit employée à cet usage, le reste étant émis sous la 
forme de ces comptes de caisse. 
11 me semble nécessaire de dire quelques mots au sujet des deux 
métaux, l’or et l’argent, qui sont employés comme monnaie, surtout 
parce que cette question paraît avoir, dans l’esprit de beaucoup de 
personnes, jeté de l’obscurité sur les principes évidents et simples de 
la théorie des monnaies. « En Angleterre, dit le docteur Smith, ou 
» ne fut pas légalement admis à s’acquitter en or, même longtemps 
» après qu’on y eût frappé des monnaies d’or. Aucune loi ou procla- 
» maf.on publique n’y fixait la proportion entre l’or et l’argent; on 
» laissait au marché à la déterminer. Si un débiteur offrait de payer 
» en or, le créancier avait le droit de refuser tout-à-fait, ou bien d’ac- 
» cepter cette offre d’après une évaluation de l’or faite à l’amiable entre 
» lui et son débiteur. »
        <pb n="395" />
        o 
CHAP. XXVH. — de la MONNAIE ET DES BANQUES. 341 
Dans un tel état de choses, il est évident qu’une guinée aurait tan 
tôt passé pour 22 sh. ou plus, et quelquefois elle n’aurait valu que 
18 sh. ou moins, ce qui aurait dépendu uniquement du changement 
e a valeur courante relative de l’or et de l’argent. Et toutes les va- 
a mns dans la valeur de l’or, aussi bien que celles dans la valeur de 
argent, auraient été estimées en monnaie d’or, comme si l’argent 
avait eu une valeur invariable, tandis que l’or aurait été sujet à 
monter ou à baisser de prix. Quoique une guinée passât pour 22 sh. 
au heu de 18 sh., l’or aurait pu ne pas avoir changé de valeur, cette 
(hllerence étant uniquement due à celle de l’argent ; et par conséquent 
— sh. pouvaient n’avoir pas plus de valeur que 18 sh. n’en avaient 
auparavant ; et, au contraire, toute cette différence aurait pu être 
due à l’or, une guinée qui valait 18 sh. ayant pu hausser jusqu’à va 
loir 22 sh. 
Si, maintenant, nous supposons la monnaie d’argent ro^-née et en 
même temps augmentée en quantité, la guinée pourrait passer pour 
30 sh., parce que l’argent contenu dans ces 30 sh. de monnaie dé- 
^adec, pourrait n’avoir pas plus de valeur que l’or d’une guinée. En 
undant anx pieces d’argent monnayé Icnr valeur intrinsèque, l’argent 
monnaté hausserait de prix; mais l’or paraîtrait tomber, car une 
guniee ne vaudrait probablement pas alors plus de 21 bons shillings 
kl 1 or devient aussi un moyen légal de ,iaiement, et que chaque 
debiteur soit libre d’acquitter une dette de 21 1. st., en payant 420 sh. 
ou 21 Ruinées, il paiera en or ou en argent, selon qu’il aura l’un oil 
1 autre à meilleur marché. S’il peut, avec cinq quarters de froment 
acheter auünt d’or en lingots que la monnaie en met dans vingt guil 
iiees; et si, avec la même quantité de froment, il peut acheter au- 
tant d argent eu lingots que la monnaie en emploie à frapper 4.30 
shillings, il aimera mieux acquitter sa dette en argent: car il 
ceTomentt contraire, il pouvait avec 
ou «igal «l’acquitter sa dette en or 
iaimi« P®® affaire de pur hasard ; ce n’est 
d’un n ^ convient mieux pour agent de la circulation 
riche, qu on le préfère à l’argent pour acquitter des dettes ;
        <pb n="396" />
        342 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
cela vient uniquement de ce qu’il est de l’intérét du débiteur de les 
acquitter dans ce métal. 
Pendant un temps considérable, avant l’année 1797, date de la sus 
pension des paiements en espèces, l’or était à si bas prix, comparé à 
l’argent, qu’il était avantageux à la banque d’Angleterre, ainsi qu’à 
tout autre débiteur, d’acheter de l’or, et non de l’argent, pour le faire 
frapper à la monnaie, car on pouvait acquitter les dettes à meilleur 
compte dans ces espèces monnayées. L’argent monnayé fut, pendant 
une grande partie de cette époque, très-dégradé ; mais comme il était 
rare, il ne baissa jamais dans sa valeur courante, et cela, en raison du 
principe que je viens d’expliquer. Quoique la monnaie d’argent fut 
si dégradée, c’était toujours l’intérêt des débiteurs de payer en or. 
Si, cependant, cette monnaie d’argent dégradée eût été extrêmement 
abondante, les débiteurs auraient pu trouver de l’avantage à s’en ser- 
I vir pour acquitter leurs dettes ; mais la quantité en étant bornée, sa 
\ valeur se soutenait, et par conséquent l’or était, dans le fait, la véri- 
\ table monnaie courante. 
‘ ' Personne n’en a jamais douté ; mais on a prétendu que cela était 
reflet de la loi qui avait déclaré que l’argent ne serait pas un moyen 
légal de paiement pour toute somme au-dessus de 25 1. st., à moins 
qu’il ne fut pris d’après son poids, et au titre de la monnaie. 
Mais cette loi n’empêchait aucun débiteur de payer une dette, quel 
que forte qu’elle fut, en argent monnayé sortant de la Monnaie ; et 
si les créanciers ne payaient pas avec ce métal, ce n’était ni par un 
effet du hasard ni par force, mais uniquement parce qu’il ne leur con 
venait pas de porter leur argent à la Monnaie pour l’y faire frapper, 
tandis qu’il leur convenait fort d’y porter de l’cr. 11 est vraisemblable 
que si la quantité de cette monnaie dégradée d’argent en circulation 
eût été extrêmement multij)liée, et qu’elle eût été en même temps un 
moyen légal do paiement, il est probable, dis-je, qu’une guinée eût 
acquis de nouveau la valeur de 30 shillings ; mais, dans ce cas, c’est 
le shilling dégradé qui aurait baissé de valeur, et non la guinée qui 
aurait monté. 
11 paraît donc que, tant que ces métaux ont été légalement receva 
bles en paiement des dettes d’une valeur quelconque, on est resté 
constamment exposé à des variations dans la mesure principale de la 
Í valeur. L’or ou l’argent ont été tour à tour cette mesure ; ce qui pro- 
; ■ vint entièrement des variations dans la valeur relative des deux mé 
taux Aussi toutes les fois qu’un des deux cessa d’être la mesure de la
        <pb n="397" />
        543 
CHAP. XXVH. - DE LA MONNAIE ET DES BANQUES. 
\aleur, on le fondit en le retirant de la eireulation, parce que sa va 
leur en lingots excédait celle qu’il avait en monnaie. C’était un in 
convénient qu’il importait beaucoup de faire disparaître ; mais telle 
est la marche lente de toute amélioration, que, quoique Locke l’eût \ 
démontré sans réplique, et que les écrivains qui, depuis, ont écrit sur 
les monnaies, en aient fait mention, ce n’est que dans la dernière 
session du Parlement, en 181 G, qu’il a été déclaré que l’or seul était 
un moyen de paiement légal pour toute somme excédant quarante 
shillings. 
l^e docteur Smith ne paraît pas avoir bien compris les effets qui 
résultent d’employer à la fois deux métaux comme monnaie courante 
tit comme moyen légal de paiement des dettes, quel qu’en soit Je mon 
tant ; car il dit : « Dans le fait, pendant tout le temps que dure et con- 
« tinue une proportion déterminée entre la valeur respective des dif- I 
» férents métaux monnayés, la valeur du plus précieux des deux rè- 
» gle celle de toutes les espèces monnayées. • Parce que, de son 
temps, 1 or était le métal que les débiteurs préféraient pour acquitter 
leurs dettes, il a cru que ce métal possédait quelque propriété qui lui 
était inhérente, et moyennant laquelle il réglait à cette époque, comme 
il devait régler toujours la valeur de la monnaie d’argent. 
A 1 époque de la refonte des monnaies d’or, en 1774, une guinée 
nouvellement frappée à la Monnaie ne s’échangeait que contre 21 sbil- 
lings dégradés ; mais sous le roi Guillaume, la monnaie d’argent étant 
également dégradée, une guinée nouvellement frappée s’échangeait 
contre 30 shillings. Là-dessus M. Buchanan fait 1 observation sui 
vante ; « Voici donc un fait très-singulier, et duquel les théories reçues 
« n’offrent aucune explication ; nous voyons à une époque la guinée 
» s’échangeant contre 30 shillings dégradés ( qui était sa valeur iu- 
“ trinsèque), et plus tard cette même guinée ne s’échangeant plus 
» que contre 21 de ces mêmes schillings dégradés. 11 faut nécessai- 
» rement ([u’il se soit opéré quelque changement remarquable dans 
» 1 état des monnaies entre ces deux éj)oques, changement sur lequel 
» le docteur Smith ne donne aucun éclaircissement. » 
11 me semble que la solution de cette difficulté est très-aisée, si l’on 
explique la différence dans la valeur de la guinée aux deux époques 
mentionnées, par les di/ferenies quanlilés de monnaie d’argent dé 
gradée qui se trouvait en circulation. Sous le règne du roi Guillaume, 
* or n’était pas un moyen légal de paiement, il n’avait qu’une valeur 
convention. Tous les forts ])aiements étaient vraisemblablement 
faits en monnaie d argent, surtout en raison de ce que le papier-mon-
        <pb n="398" />
        34i 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
iiaie, et les opérations de banque étaient, à cette époque, peu com 
pris. La quantité de cette monnaie d’argent dégradée excédait la 
quantité de la monnaie d’argent dégradée qui serait restée en circu 
lation, si la bonne monnaie avait seule eu cours, et par conséquent 
elle se trouvait non-seulement dégradée, mais encore dépréciée. 3Iais 
dans la suite, lorsque l’or devint moyen légal de paiement, et qu’on 
employa aussi des billets de banque dans les paiements, la quantité de 
monnaie dégradée d’argent n’excéda pas la quantité de la bonne 
monnaie d’argent nouvellement frappée qui aurait circulé s’il n’y 
avait pas eu de monnaie dégradée d’argent ; c’est pourquoi, quoique 
cette monnaie fut altérée, elle ne fut pas dépréciée. L’explica 
tion qu’en donne M. Buchanan est un peu différente ; il croit que 
la monnaie du métal qui domine dans la circulation, est sujette à la 
dépréciation, mais que l’agent subalterne ne l’est pas. Sous le roi 
Guillaume, la monnaie principale qui était d’argent, fut par consé 
quent sujette à être dépréciée. En 1774, l’argent n’était plus que sub 
sidiaire, et en conséquence il conserva sa valeur. La dépréciation 
des monnaies ne dépend cependant pas de ce qu’un des métaux est l’a 
gent principal de la circulation, et l’autre un agent subsidiaire ; elle 
ne provient que de ce que la quantité d’un métal monnayé jeté dans 
la circulation est excessive *. 
' Toute cette longue explication se réduit à ceci : les échanges qui se font dans 
un pays exigent différentes coupures de monnaie, c’est-à-dire des pièces de petite 
valeur, soit pour les petits paiements, soit pour les appoints des gros. Tant que les 
petites pièces ne sont qu’en quantité suffisante pour ce genre de circulation, le 
besoin qu’on en a soutient leur valeur courante au niveau de leur valeur légale, 
quelque dégradées qu’elles soient par le frai. Ainsi quand les paiements se faisaient 
eu or en Angleterre, on trouvait facilement une guinée pour 21 shillings en 
argent, quoique les shillings eussent perdu plus du quart de leur valeur intrin 
sèque. Leur valeur se soutenait par la même raison qui soutient celle de tout 
billet de conliance : parce qu’on trouve partout à les échanger à bureau ouvert. 
C’est en ce sens que Smith a dit que la valeur de la bonne monnaie soutient celle 
de la mauvaise. 
Mais si l’on mettait dans la circulation plus de cette monnaie dégradée que les 
besoins du commerce n’eu exigent, alors on ne trouverait plus aussi facilement 
des personnes disposées à la rembottrser à bureau ouvert, c’est-à-dire à vous 
donner en échange une bonne pièce. Il faudrait vendre cette monnaie dégradée 
avec perte ; c’est ce qui était arrivé en France lorsqu’on avait laissé se multiplier 
les coupures de billon au delà de ce qu’il en fallait aux appoints. Les porteurs de 
cette monnaie de billon étaient obligés d’y perdre pour la changer en argent, et il 
fallut une loi pour borner à V40 de la somme totale la quantité de billon qu’on pou 
vait donner en paiement. Cette loi dégradait la monnaie tout entière comme au 
rait pu faire un alliage.— J.-R Say.
        <pb n="399" />
        CHAP. XXVII. — de la monnaie ET DES BANQUES- Ziti 
11 n y a pas grand inconvénient à établir un droit modéré de 
monnayage, surtout sur la monnaie destinée au paiement des petites 
sommes. Les pièces frappées acquièrent en général un surcroît de va 
leur égal au montant du droit, et cet impôt est par conséquent un de 
ceux qui n’affectent nullement ceux qui le paient, tant que la quan 
tité de monnaie en circulation n’est pas excessive. 11 faut cependant 
remarquer que, dans un pays où il y a un papier-monnaie en circu 
lation, quoique ceux qui l’émettent soient tenus de le rembourser en 
especes, si le porteur l’exige, il peut cependant arriver que ces billets, 
ainsi que les espèces, soient dépréciés de tout le montant du droit de 
monnayage établi sur le métal reconnu comme le seul moyen légal de 
paiement, et cela, avant que les règlements tendant à limiter la circu 
lation du papier aient pu opérer. Si le droit de monnayage sur les 
pièces d’or était, par exemple, de 5 pour 100, la monnaie courante 
pourrait, par une forte émission de billets de banque, se trouver 
réellement dépréciée de 5 pour 100 avant que les porteurs de ces 
billets eussent trouvé de l’intérêt à les échanger contre des espèces 
pour les fondre en lingots. 
Nous ne serions jamais exposés à éprouver une pareille dépré 
ciation , s il n’existait point de droit de monnayage ; ou si, mal 
gré l’existence du droit, les porteurs de billets de banque pou 
vaient en demander le remboursement en lingots, à 3 1. 17 sli. 
10 - d., prix de la monnaie, et non en espèces monnayées. A moins 
donc que la banque ne soit tenue de rembourser scs billets eu lin 
gots ou en espèces monnayées au gré du porteur, la loi récente qui 
a établi en Angleterre un droit de monnayage de 6 pour 100, ou de 
quatre pence par once d’argent, mais en ordonnant que l’or sera frappé 
par la monnaie sans frais, est peut-être la mesure la plus sage, et 
la plus efficace pour empêcher toute variation inutile dans ' les 
monnaies *. 
„ du privilège exclusif de fabriquer ; mais il devrait va- 
circonstances où se trouveraient les Hôtels des Monnaies et les 
aurait'”^ circulation. » — J.-B. Say, liv. i, chap. 21. Une telle disposition 
rabie ^ très-dangereux, et exposerait le pays à une variation considé- 
Jen’ dans la valeur intrinsèque des monnaies. ('Aote del’Àuteur.J 
^1 rien à dire au sujet du danger que M Ricardo trouve à ma proposition,
        <pb n="400" />
        3in PIUNCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
si ce n’est queje suis assez porté à être de sou avis. Mais si Part d’organiser la so 
ciété n’était pas encore dans l’enfance, si l’on avait trouvé des moyens pour que 
les intérêts de ceux qui sont gouvernés ne fussent pas toujours subordonnés aux 
intérêts de ceux qui gouvernent, on aurait lieu de regretter qu’une manufacture 
aussi lucrative (sans rien coûter au consommateur) que pourrait l’être celle de 
battre monnaie, non-seulement ne donne aucun bénéfice à l’État, mais lui soit 
au contraire fort onéreuse. Au surplus, je ne veux point indiquer les moyens de 
rendre cette manufacture profitable, jusqu’à ce qu’il me soit démontré que ces 
bénéfices tourneront au profit de la nation, eu lui procurant un allégement équi 
valent dans l’impôt. —J.-B Sa y.
        <pb n="401" />
        cu. XXVllI. - DE LA VALEUR COMPARATIVE DE L’OR, ETC. 
347 
CHAPITRE XXVIIl. 
I&gt;E LA VALEUR COMPARATIVE DE l’or , DU RLE, ET DE LA MAIN 
1&gt; OEUVRE, DANS LES PAYS RICHES ET DANS LES PAYS PAUVRES. 
" ï/or et l’argent comme toute autre marchandise, dit Adam 
« Smith, cherchent naturellement le marche où l’on donne le meil- 
&gt;' leur prix pour les avoir. Or, j)our quelque denrée que ce soit, ce 
» meilleur prix sera toujours offert par le pays qui est le plus en 
» état de le donner. Le travail, comme il faut toujours se le raj)- 
» peler, est le prix qui, en dernière analyse, paie tout, et dans deux 
pays ou le travail sera également bien récompensé, le prix du tra- 
» vail en argent sera en projiortion du \mx des subsistances. L’or 
» et 1 argent s échangeront doue naturellement contre une plus 
»* grande quantité de subsistances dans un pays riche que dans 
** un pays pauvre, dans un pays où les subsistances abondent, que 
dans un pays qui n’en est que médiocrement fourni. » 
Mais le blé est une marchandise, ainsi que l’argent et les autres 
choses ; or, si toutes les marchandises ont une grande valeur échan 
geable dans un pays riche, on ne doit pas en excepter le blé. 11 pour 
rait donc être exact de dire, en ce cas, que le blé s’échange contre 
une grande quantité de monnaies, parce qu’il est cher, et que la 
monnaie s’échange de même contre une grande quantité de blé 
parce quelle est chère aussi, ce qui serait allirmcr que le blé est 
à la fois &lt;her et à bon marché. Il n'y a pas ,1e principe ,p,i puisse 
Etre mieux établi en économie politique que celui par lequel on 
reconnaît qu'un pays riche, de même qu’un pays pauvre, est re 
tenu dans 1 accroissement de sa population par la difficulté pro 
gressive d’obtenir des subsistances. Cette difficulté doit nécessaire- 
juuit faire hausser le prix relatif des subsistances et en encourager 
'mportation. Comment se peut-il (juc la monnaie d’or ou d'argent 
^ ^ contre plus de blé dans les pays riches que dans les pays 
I auvrts? Ce n est guère que dans les pays riches où le blé est cher.
        <pb n="402" />
        348 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE, 
que les propriétaires fonciers engagent la législature à prohiber l’im 
portation du blé. A-t-on jamais entendu parler d’une loi en Amérique 
ou en Pologne qui défendît l’importation des produits de l’agricul 
ture? La nature y a mis un obstacle insurmontable en rendant la 
production de ces denrées beaucoup plus facile dans ces pays-là que 
dans les autres. 
Comment donc peut-il, être vrai « qu’à l’exception du blé et 
« d’autres substances végétales, qui sont entièrement le fruit de 
&gt;&gt; l’industrie de l’homme, tous les autres produits naturels, le bé- 
•&gt; tail, la volaille, le gibier, les fossiles et les minéraux utiles, etc., 
» renchérissent naturellement à mesure que la société fait des pro- 
» grès? » L’erreur du docteur Smith, dans tout le cours de son ou 
vrage, consiste dans la supposition que le blé a une valeur constante 
qui ne peut jamais monter, quoique la valeur de toutes les autres 
choses puisse augmenter. Selon lui, le blé a toujours une même va 
leur, parce qu’il sert toujours à nourrir le même nombre d’individus. 
On aurait autant de raison de soutenir que le drap ne change jamais 
de valeur, parce qu’avec une quantité donnée, on peut toujours en 
faire le même nombre d’habits. Qu’y a-t-il de commun entre la va 
leur et la propriété de servir à la nourriture et aux vêtements*? 
Le blé, comme toute autre marchandise, a dans chaque pays son 
pnx naturel, c’est-à-dire le prix que sa production exige, et sans le 
quel on ne pourrait pas le cultiver; c’est ce prix qui règle le prix 
courant, et qui détermine s’il convient d’exporter du blé à l’étran 
ger.'Si l’importation du blé était prohibée en Angleterre, de prix 
naturel du blé pourrait y monter à 6 1. st. le quarter, pendant qu’il 
serait en France à la moitié de ce prix. Si alors on levait la prohibi 
tion d’importer du blé, il tomberait dans le marché anglais, non 
à un prix moyen entre 6 1. et 3 1., mais il y baisserait en définitive. 
* M. Ricardo oublie la raison que Smith en donne. La tendance qu’a la popula 
tion à s’accroître au niveau des moyens de subsistances, multiplie l’espèce hu 
maine partout où la production du blé augmente, et le travail humain, qui se 
multiplie en même temps, fournit le moyen de payer le blé, 11 n’en est pas de 
même du drap. On aurait beau multiplier les habits, cela ne ferait pas naître un 
homme de plus pour les porter, tandis que le blé fait naître ses consommateurs. 
De là, pour cette denrée, une demande toujours à peu près proportionnée à la 
quantité offerte. Je dis à peuprès^ car il n’y a rien de rigoureux en Economie 
politique, — les besoins, les goûts, les passions, les craintes et les préjugés des 
hommes, exerçant une influence sur toutes les appréciations, et n’étant point 
eux-mêmes des quantités rigoureusement appréciables. — J.-B. Say.
        <pb n="403" />
        CH. XXVIU. — DE LA VALEUR COMPARATIVE DE L’OR, ETC. 349 
et s’y maintiendrait à son prix naturel en France, c’est-à-dire au prix 
auquel il pourrait être porté au marché anglais, en rapportant les 
profits ordinaires aux capitaux français, et il se soutiendrait à ce 
9^^ P Angleterre en consommât d’ailleurs cent mille ou un 
million de qnarters. Si la demande de l’Angleterre montait à cet 
dernier cliiiîre, il est vraisemblable que la nécessité où se trouverait 
la T lance d avoir recours à la culture de terrains moins fertiles pour 
pouvoir fournir un si fort approvisionnement, ferait hausser eu 
l'rance le prix naturel du blé, et cela influerait par conséquent sur 
sou prix en Angleterre. Ce que je prétends, c’est que le prix na 
turel des choses dans le pays qui exporte, est celui qui règle eu 
définitive le prix auquel ces choses doivent être vendues, si elles ne 
sont pas sujettes à un monopole dans le pays qui importe. 
Mais le docteur Smith, qui soutient avec tant de talent la doc- 
trinequi établit que le prix naturel des choses règle en dernière 
analyse leur prix courant, a supposé un cas dans lequel il pense que 
le prix courant ne serait réglé ni par le prix naturel du pays qui 
exporte, ni par celui du pays qui importe. « Diminuez, dit-il, l’opu- 
» lencc réélit de la Hollande ou du territoire de Gênes, le nombre 
&gt;&gt; des habitants y restant toujours le même; diminuez la faculté 
« qu’ont ces pays de tirer leurs approvisionnements des pays éloi- 
» gnés, et vous verrez que, bien loin de baisser avec cette dimi- 
&gt;&gt; notion dans la quantité de l’argent, — laquelle, soit comme cause, 
» soit comme effet, doit nécessairement accompagner cet état de dé- 
« cadence, — le prix du blé s’y élèvera au taux de famine. » 
Je pense qu’il en résulterait précisément le contraire. La dimi 
nution des ressources des Hollandais et des Génois, pour acheter du 
blé dans les marchés étrangers, pourrait faire baisser le prix du blé 
IHiiidant un certain temps, au-dessous de son prix naturel dans le 
pays d’où on l’exportait, aussi bien que dans le pays qui l’impor 
tait; mais il est absolument impossible que cela put jamais faire 
monter le blé au-dessus de son prix naturel. Ce n’est qu’en augmen 
tant 1 opulence des Hollandais ou des Génois que vous pourriez faire 
augmenter la demande du blé, et le faire monter au-dessus de l’an 
cien prix; et cela n’aurait même lieu que pendant un espace de temps 
tres-borné, a moins qu’il ne survint de nouveaux obstacles qui ren- 
ssent plus diflicile d obtenir 1 approvisionnement nécessaire. 
-e docteur Smith dit encore à ce sujet : « Quand nous venons à 
anquer des choses nécessaires, il faut alors renoncer à toutes les 
" c loses superflues, dont la valeur, qui, dans les temps d’opulence et
        <pb n="404" />
        nr50 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
» de prospérité, monte rapidement, baisse de même dans les temps de 
» pauvreté et de détresse.» Cela est de toute vérité; mais il ajoute ; 
. 11 en est autrement des choses nécessaires. Leur prix réel, la 
« quantité de travail qu’elles peuvent acheter ou commander, s’élève 
» dans les temps de pauvreté et de détresse, et baisse dans les temps 
O d’opulence et de prospérité, qui sont toujours des temps de grande 
w abondance, sans quoi ils ne seraient pas des temps d’opulence et de 
» prospérité. Le blé est une chose nécessaire ; l’argent n’est qu’une 
» chose superflue. » 
Il y a dans ce raisohnnement deux propositions mises en avant, 
qui n’ont aucune liaison entre elles : l’une, que, dans les circon 
stances supposées, le hlé pourrait commander plus de travail, ce que 
nous admettons ; l’autre, que le hlé aurait un plus haut prix en argent, 
ou s’échangerait contre une plus grande quantité d argent métalli 
que. C’est cette seconde proposition que je crois fausse. Elle pourrai- 
ôtre vraie, si le blé était rare en même temps que cher, si 1 approvit 
sionnement ordinaire avait manqué. Mais, dans le cas supposé, le blé 
est en abondance, et oii ne prétend pas que l’importation en soit moin 
dre que de coutume, ou qu’il en faille davantage. 11 manque aux 
Hollandais et aux Génois de l’argent pour acheter du blé, et, pour 
avoir cet argent, ils sont obligés de vendre leurs superfluités. C’est la 
valeur et le prix courant de ces superfluités qui baissent, et l’argent pa 
rait hausser si on le compare à ces objets. Mais cela ne fera pas augmen 
ter la demande de blé, ni tomber la valeur de l’argent, qui sont les 
deux seules causes qui puissent faire monter le prix du blé. Il peut 
y avoir une grande demande d’argent, soit faute de crédit, soit par 
d’autres causes, et il peut renchérir en conséquence par rapport au 
blé ; mais il est impossible d’établir sur aucun principe raisonnable 
que’ dans de semblables circonstances, l’argent doive être à bon mar 
ché, et que par conséquent le prix du blé doive hausser. 
Quand ou parle du plus ou moins de valeur de l’or, de l’argent ou de 
toute autre marchandise dans différents pays, on devrait toujours choisir 
une mesure pour estimer cette valeur, si l’on veut être intelligible. 
Par exemple, quand on dit que l’or est plus cher en Angleterre qu en 
Espagne, si l’on ne l’estime pas en le comparant à d’autres marchan 
dises, quel peut être le sens de cette assertion? Si le blé, les olives, 
l’huile, le vin et la laine sont à meilleur marché en Espagne qu’en 
Angleterre, l’or, estimé au moyen de ces denrées, se trouvera être plus 
cher eu Espagne. Si, d’un autre côté, la'quincaillerie, le sucre, le drap, 
etc., sont à plus bas prix en Angleterre qu’en Espagne, dans ce cas.
        <pb n="405" />
        301 
CII. XXYlll. — DE LA VALEUR COMPARATIVE DE L’OR, ETC. 
1 or, estimé au moyeu de ces articles, sera plus cher en Angleterre. 
C est ainsi que 1 or paraîtra cher où à bas prix en Espagne, selon que 
le caprice du spéculateur lui fera choisir la mesure d’après laquelle 
il en estimera la valeur. Adam Smith, ayant imprimé le caractère de 
mesure générale de la valeur au blé et au travail, aurait naturelle 
ment estimé la valeur comparative de l’or par la quantité de ces deux 
.1 s contre laquelle on pourrait 1 échanger ; et par conséquent, 
quand il parle de la valeur comparative de l’or dans deux pays, je 
dois croire qu’il veut parler de la valeur de l’or estimée en blé et en 
travail. 
niais 011 a déjà vu que l’or, estimé en blé, peut avoir une valeur 
tres-différciite dans deux pays. J’ai déjà tâché de faire voir que l’or, 
comparé au blé, sera à bas prix dans les pays riches, et cher dans les 
pauvres. Adam Smith est d’une opinion différente; il pense que la va 
leur de l’or estimé en blé est plus élevée dans les pavs riches Mais sans 
nous arrêter davantage à examiner laquelle de ces deux opinions est la 
vraie, l’une et l’autre suffisent pour faire voir que l’or n’est pas né- 
«...nrennmt alibis b^ prix dans les pays Vpii en possèdent d^ mi- 
.CS quoique Adam Sm.tl. soutienue cette propositiou. Supposons que 
. , cttrre soit en possession de mines d'or, et que l'opinion d'Adam 
mit I, qui veut que l'or ait plus de valeur dans les pays riclics, soit 
exacte ; dans ce cas, quoique l'or sortit naturellement de l'Aindeterrc 
pour a 1er s'éel,auger dans tous les autres pays contre leurs marchan- 
di.«. ,1 ne s ensuivrait pas qu'il se trouvât néeessaireineiit à plus lias 
prix en Angleterre, comparé au 1,1« et au travail, que dans les pays 
étrangers. Dans un autre endroit, cependant, Adam Smith dit qL 
les métaux précieux sont nécessairement à plus lias prix en Kspamic 
et eu 1 ortugalque dans les autres pays de l'Europe, parce que les 
„ ^ ^ ^ étendu 1 agriculture et les manufaetures 
J m amélioré le sort de scs habitants. L’Espagne et le Por-
        <pb n="406" />
        3S2 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
» tugal, qui possèdent les mines, sont peut-être après la Pologne, les 
» deux pays les plus pauvres de l’Europe ; cependant il faut bien que 
» la valeur des métaux précieux soit plus basse en Espagne et en Por- 
« tugal que dans tout autre endroit de l’Europe, puisque de ces deux 
» pays ils viennent se rendre dans tous les autres, avec la charge, 
» non-seulement du fret et de l’assurance, mais encore avec la dé- 
» pense de la contrebande, leur exportation étant ou prohibée ou sou- 
» mise à des droits. Leur quantité, par rapport au produit annuel 
» des terres et du travail, doit donc nécessairement être plus grande 
» dans ces deux pays qu’en aucun autre endroit de l’Europe ; cepen- 
» dant ces pays sont plus pauvres que la plupart des autres États de 
» l’Europe. C’est que si le système féodal a été aboli en Espagne et en 
» Portugal, il y a été remplacé par un système qui ne vaut guère 
» mieux.» 
Voici, selon moi, à quoi se réduit le raisonnement du docteur 
Smith. L’or, estimé en blé, est à plus bas prix en Espagne que dans 
les autres pays ; et la preuve en est, que ce n’est pas du blé que les 
autres pays donnent à l’Espagne, en échange pour son or, mais bien 
du drap, du sucre, dés quincailleries, qu’on échange contre ce métal.
        <pb n="407" />
        cil. XXIX. — DES IM DOTS PAYÉS PAH LK PRODUCT EU H. 
3S3 
CHAPITRE XXIX. 
DES IMPÔTS PAYÉS PAR lÆ PRODUCTEUR. 
• Say exagère beaucoup les iiieonvénicnls qui résultent des impAts 
établis sur les jiroduits manufacturés, surtout lorsqu’ils portent sur la 
première époque de la fabrication, et avant que ces produits soient 
terminés. I,es manufacturiers, dit-il, par les mains desquels le produit 
manufacture doit passer successivement, sont obligés d'employer de 
îÈsaseâ 
cent ^ ^ an,l’argent étant à 10 pour 
Ri wni ^ plus, en effet, que 1000 1. payables sur-le-champ. 
^ exige l’impôt qu’après un an, lorsque la fabriea- 
[OEuv. de Ricardo.) 23
        <pb n="408" />
        354 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
tion des ouv rages maïuifaclurés se trouvera terminée, il sera peut-être - 
obligé d’émettre une obligation du trésor portant intérêt, et l’intérêt 
lui coûterait autant que ce que le consommateur épargnerait dans le 
prix, non compris cependant la partie du prix que le manufacturier 
pourrait, en vertu de l’impôt, ajouter à son gain réel. Si le gouverne 
ment avait dû payer cinq pour cent pour l’intérêt de l’obligation du 
trésor, il y aura 50 1. d’impôts d’épargnes par la non-émission de l’o 
bligation. Si le manufacturier emprunte le capital additionnel dont il a 
besoin pour faire l’avance de l’impôt à 5 pour cent, et s’il le fait payer 
à 10 pour cent au consommateur, il aura gagné 5 pour cent sur son 
avance en sus de ses profits ordinaires; en sorte que le manufacturier 
et le gouvernement gagnent ou épargnent tous deux précisément la 
somme que le consommateur paie. 
M. de Sismondi, dans son excellent livre de la Richesse commer 
ciale, en suivant le raisonnement de M. Say, a calculé qu’un impôt 
de 4000 francs, payé dans l’origine par un manufacturier dont les 
profits ne seraient qu’au taux modéré de 10 pour cent, si le produit 
manufacturé passait seulement par les mains de cinq différentes per 
sonnes, reviendrait au consommateur à la somme de 6734 francs. 
Ce calcul est fondé sur la supposition que celui qui le premier a fait 
l’avance de l’impôt, a dû recevoir du second manufacturier 4 400 francs, 
et ce dernier du troisième 4840 francs ; en sorte que chaque fois que 
le produit passerait par les mains d’un autre manufacturier, il se 
trouverait chargé de 10 pour cent sur sa valeur. C’est supposer 
(jue la valeur de l’impôt s’accroît selon un taux d’intérêt composé, 
non au taux de 10 pour cent par an, mais au taux de 10 pour cent 
chargé à chaque transmission progressive. L’opinion de M. de Sis 
mondi serait exacte s’il s’était écoulé cinq ans depuis la première 
avance de l’impôt jusqu’à la vente du produit imposé au consomma 
teur; mais si une seule année s’est écoulée, une rétribution de 400 fr., 
au lieu de 2734, aura fourni un profit au taux de 10 pour cent à 
tous ceux qui auraient contribué à faire l’avance de l’impôt, soit 
que l’ouvrage manufacturé eût passé par les mains de cinq ou cin 
quante manufacturiers.
        <pb n="409" />
        Cil. XXX. — liNFLlENCE 1)E l/OFFHE ET DE LA DEMANDE. 
Ziiü 
CHAPITRE XXX. 
OE I. ISruIEKCE yiIE E’OFFBE ET LA DEMANDE O." 
ONT SUR LES PRIX» 
Ce sont les frais de production qui règlent en dernière analyse 
le prix des choses, et non comme on l’a souvent avancé, le rapport 
entre l’offre et la demande. Ce rapport, à la vérité, modifie pour quel 
que temps la valeur courante d’une chose, selon que la demande peut 
avoir augmenté ou diminué et jusqu’à ce que l’approvisionnement en 
evienne plus ou moins abondant; mais cet effet n’aura qu’une durée 
passagère. ^ uuici 
hopes cndiminuantleprixnaturel delanourritureetdes vêtements 
q soutiennent la vie, et vous verrez les salaires finir par baisser 
quoique la demande de bras ait pu s’accroître considérablement 
..... p™,,,.......... ...... J. 
marcha n ^ argent baissait de valeur, le prix de toutes les 
dénei hausserait, car chacun des concurrents serait disposé à 
scr P us d argent qu auparavant à faire des achats; mais quoique
        <pb n="410" />
        I 
356 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE, 
le prix de toutes les marchandises eût haussé de 10 ou de 20 pour 100, 
si l’on ii’eii achetait pas plus que par le passé, je crois qu’on ne pour 
rait pas dire que le changement de prix de la marchandise a été l’effet 
d’une plus grande demande; sou prix naturel, ses frais de production 
en argent, se trouveraient réellement changés par la différente valeur 
de l’argent ; et sans aucun surcroît de demande, le prix de la mar 
chandise s’accommoderait à cette nouvelle valeur. 
« Nous avons vu (dit M. Say) que les frais de production déter- 
» minent le plus bas prix des choses, le prix au-dessous duquel elles 
» ne tombent pas d’une manière durable, car alors la production s’ar- 
» rète ou diminue. » Liv. Il, chap. 4. 
.11 dit ensuite que la demande de l’or ayant depuis la découverte des 
mines augmenté dans une proportion encore plus forte que l’appro 
visionnement, « le prix de l’or estimé en marchandises, au lieu de 
. tomber dans la proportion de dix à un, n’a baissé que dans la pro 
portion de quatre à un ; » c’est-à-dire qu’au lieu de baisser en pro 
portion de la baisse de son prix naturel, il n’est tombé qu’en suivant 
la proportion de l’excès de l’approvisionnement par rapport à la 
demande \ La,valeur de chaque chose monte toujours en raison directe 
de la demande et en raison inverse de l'offre. 
Lord Lauderdale énonce la même opinion : 
« Quant aux variations de valeur auxquelles toute marchandise 
» est exposée, dit-il, si nous pouvions supposer pour un moment 
. qu’une substance quelconque possédât une valeur intrinsèque et 
» fixe de manière qu’une quantité déterminée eût toujours et 
» dans toutes les circonstances une même valeur, le prix de cha- 
. que chose, mesuré par une telle mesure fixe et constante^ va- 
. rierait suivant le rapport entre .sa quantité, et la demande qu’il 
» y en aurait, et chaque chose serait sujette à varier de valeur par 
. quatre circonstances différentes : 
» 1° Une chose augmenterait de valeur en raison de la diminu- 
. lion de sa quantité ; ' ' ' 
« « Si, avec la quantité d’or et d’argent qui existe actuellement, ces métaux ne 
D servaient qu’à la fabrication de quelques ustensiles et de quelques ornements, 
i&gt; ils abonderaient, et seraient à bien meilleur marché qu’ils ne sont, c est à-dire 
» nu’en les échangeant contre toute espèce de denrées, il faudrait, dans ce troc, 
! en donner davantage à proportion. Mais comme une grande partie de ces mé- 
” taux sert de monnaie, et que cette partie ne sert pas à autre chose, il en reste 
” mdihs à employer en meubles et en bijoux ; or, cette rareté ajoute à leur valeur.» 
1 Ji-B. Say, Uv. I,chap. 21, § 3. iNote de l'Auteur.)
        <pb n="411" />
        CH. XXX. — INFLUENCE DE L’OFFRE ET DE LA DEMANDE. 357 
* 2“ Elle diminuerait de valeur, par l’augmentation de sa quantité ; 
"3" Elle pourrait augmenter de valeur en raison d’une plus 
* forte demande ; 
4 Elle pourrait diminuer de valeur, faute d’ètre demandée. 
“ il est eependant aisé de prouver qu’aucune chose ne peut 
avoir une valeur intrinsèque et fixe qui puisse la rendre propre à 
“ la valeur des autres denrées, les hommes ont été conduits 
“ à choisir, pour mesure pratique de la valeur, la matière qui parait 
" le moins sujette à varier de valeur par l’une ou l’autre des quatre 
’• causes ci-dessus énoncées, et qui sont les seules qui fassent changer 
Iß valeur des choses \ 
' Si l’esprit humain, dans ses recherches, n’avait pas l’habitude de viser trop 
haut ou trop bas, comme un tireur nov ice ; si la vérité n’avait pas pour caractère 
distinctif d’étre la dernière formule cpii nous apparaisse, dans les sciences comme 
f^ nouveaux mondes qu’on découvre ; si, enfin, 
et I« critUlu« ou les enthou- 
iipüüiüil 
fort a ces accouplemeuls raouslrueux que Pou se plaît à imposer à des doctrines 
qui se repoussent invinciblement, nous ne pouvons laisser s’isoler ici deux lois 
qu’il s’amt V pas satisfaites . rompez 1 equilibre entre la somme de travail 
sont nas c et 1 échange ne s’effectuera pas. Si les frais de production ne 
combler 1m*'1® produit ne sera plus créé : car on trouve bien des Curtius pour 
a unes politiques, maison ne trouve pas des capitaux toujours prêts à
        <pb n="412" />
        358 PRINCIPES DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE. 
» Quand donc nous exprimons, dans le langage ordinaire, la 
» valeur d’une chose quelconque, cette valeur peut changer d’un 
» temps à un autre par l’opération de huit causes différentes : 
s’engloutir dans une industrie ruineuse. Si, d’uu autre côté, le prix nécessaire du 
produit n’est pas en rapport avec son utilité, le demandeur disparaît et ses ma 
nufactures restent encombrées. Vous aurez beau désirer un objet, le demander, 
si vous ne parvenez pas à rémunérer le travail qui sert à le mettre à votre portée, 
votre désir restera à l’état de rêve ; vous aurez beau produire chèrement, envoyer, 
par exemple, sur les terres équinoxiales des patins destinés à glisser sur une glace 
qui n’existe pas; enfin, vous aurez beau inonder de vins précieux les pays voués à 
l’eau par le Coran, votre opération pour être coûteuse n’en sera pas moins désas 
treuse.' Il y a donc action et réaction constantes entre les conditions de la produc 
tion et l’état du marché. Une augmentation et une diminution dans les frais res 
serrent et dilatent tour,à tour la demande ; des besoins “plus nombreux, plus 
ou moins pressants activent ou paralysent l'œuvre industrielle, et, par suite, 
grossissent ou diminuent les frais. C’est donc fausser la question que retrancher 
une de ces influences ; c’est faire quelque chose d’analogue à l’acte d’un individu, 
qui pour établir l’équilibre dans une balance enlèverait un des plateaux. 
Ce qui prouve bien, d’ailleurs, la nécessité de combiner des lois, si mal à pro 
pos rendues antagonistes, c’est l’exagération que prennent les prix à certaines 
époques et l’affaissement subit qui succède à cette hausse. I.es frais de produc 
tion du blé, par exemple, ne varient pas sensiblement d’une année à l’autre : la 
somme de travail humain qui se dépense à creuser les sillons, à semer, à prépa 
rer la moisson, reste à peu près la même; et cependant, vienne un beau soleil, 
une saison féconde, le prix des céréales fléchit, le pain descend à la portée des 
bouches les plus humbles : vienne, au contraire, une année calamiteuse, et ce 
sont des prix de famine qui s’établissent. Les frais de production n’ont certes pas 
ajouté un centime cette année à la valeur du blé ; mais le hasard a voulu que les 
populations fussent trop abondantes pour les produits alimentaires, et l’influence 
est ainsi passée complètement à l’autre loi. Lorsque les Hollandais anéantissaient 
leurs splendides récoltes de Java et des Moluques, ils n’accroissaient pas d’un cen 
time le prix de revient du gingembre, du poivre, de la muscade : ils rompaient 
violemment l’équation entre l’offre et la demande, et le renchérissement de ces 
denrées était destiné à combler le vide artificiellement créé. ¡Mais aussi, lorsque 
Crompton, Watt et Arkwright armaient l’industrie anglaise de machines infati 
gables et abaissaient, par l’immensité des produits et l’allégement des frais géné 
raux, le prix des étoffes de coton et de laine, la demande recevait un stimulant 
énergique et le marché obéissait à son tour aux influences de la fabrication. 
Il n’est donc pas^de choix à faire entre l’idcejde Ricardo et l’idée de J .-B . Say, 
l’une et l’autre étant nécessaires pour déterminer la valeur des choses ; mais il 
est incontestable que les frais de production ont sûr les prix une influence plus 
générale, plus fondamentale. Comme, eu réalité, dans une organisation économi 
que, légitime et équitable, c’est le travail qui fonde la valeur des choses et déter 
mine la part de chacun dans la richesse collective ; comme les frais de produc-
        <pb n="413" />
        CH XXX. — INFLUENCE DE L’OFKKE ET DE LA DEMANDE. 359 
“ l“Par les quatre déjà énoncées, dans leur rapport avec la chose 
» môme dont nous voulons exprimer la valeur; 
tion se composent de salaire ou rétribution d’un'travail actuel, et d’intérêts ou ré- 
ri utiond un travail antérieur, ou se trouve ainsi amené forcément à reconnaître 
pour ase des'prix tout ce que les marchandises ont coûté à produire. Il est même 
pi ent que les manufacturiers n’engagent leurs capitaux dans une industrie que 
orsqu ils pressentent une demande suffisamment active ; et comme il ne peut 
y avoir, dès lors, de fabrication inutile, il faut bien que cette fabrication soit 
rémunérée sous peine de ne plus être. D’ailleurs , si vous retranchez cette 
01 des frais de production, qui plonge jusque dans les entrailles mêmes du 
problème des échanges, quelle base offrirez-vous aux valeurs? Vers quel centre 
les ferez-vous converger ; où sera votre point d’appui et où votre levier ? Placez 
I offre en face de la demande, aussi longtemps que vous voudrez ; faites les ap 
provisionnements excessifs, laites-les insuffisants, vous n’eu serez pas moins 
obligé de recourir, pour fixer vos opérations, au prix de revient de chaque denrée, 
en d autres termes à la somme d’efforts et de temps que Tacheteur et le vendeur 
veulent se concéder réciproquement sous des formes diverses. Alors seulement 
peut s’établir cette équation qu’on appelle échange et que niait ^Montesquieu, 
preten ant que 1 intérêt des uns se satisfait nécessairement aux dépens des autres. 
.1 donc nous étendons sa loi à de larges catégories d’années, Ricardo nous paraît 
ctre ans le vrai et avoir vu la question de haut, puisqu’il fait prédominer la 
notion du travail. Riais si nous envisageons \e^J'aits actuels, les incidents écono 
miques de chaque jour, les fluctuations des besoins, des idées, des goûts, il est 
impossible de ne pas reconnaître à la loi de J.-B. Say une influence décisive, et 
même de ne fpas lui attribuer les perturbations, les revirements incessants que 
présentent les marchés. 
Ce n est que lentement, après des tâtonnements nombreux que semodifient 
les frais ou mieux les* coiuiitions de la production : — les perfectionnements 
sont des plantes tardives qu’il faut arroser longtemps de sueurs et de capitaux : 
mais c’est dans un clin d’œil que se modifient le goût, les habitudes d’un pays 
* Si nous proposons l’expression conditions de la production, au lieu de frais de produc- 
IO«, c'est qu’il est, en effet, un grand nombre de circonstances qui modifient la valeur du 
logique que nous avons voulu faire : c’est une modification qui atteint la substance même de la 
doctrine de Ricardo. Sans cette considération, nous n’aurions certainement pas voulu attenter 
a la nomenclalure babituelle, si controversée, si ardue, surtout depuis le livre curieux de Mal 
us sur les définitions en économie politique ; livre qui devait cependant mettre lout.le monde 
* accor . Nous aurions d’autant moins hasardé un nom inusité que nous tenons pour égale 
men mal avisés ceux qui croient avoir (lerfectinnné une machine par l’addition d’une vis ou 
d un clou, et ceux qui croient avoir fait marcher une science par l’addition d’un mot. 
k F.
        <pb n="414" />
        360 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
k 2* Par ces mêmes causes, dans leur rapport avec la chose que 
V nous avons adoptée comme mesure fixe de la valeur \ » 
Tout ceci est vrai pour ce qui regarde les monopoles, et même, 
quant au prix courant de toute marchandise, pendant un temps 
borné. Si la demande de chapeaux devient deux fois plus forte, le 
prix en montera sur-le-champ ; mais cette hausse ne sera que tempo 
raire , à moins que les frais de production des chapeaux, ou leur 
prix naturel ne s’élève en même temps. Si le prix naturel du pain 
baissait de 50 pour cent par suite de quelque grande découverte 
dans la science de l’agriculture, la demande de pain n’augmenterait 
pas considérablement, personne n’en voudrait avoir que ce qui lui 
suffirait pour satisfaire ses besoins, et la demande n’augmentant 
pas, l’approvisionnement n’augmenterait pas non plus ; car il ne 
suffit pas qu’on puisse produire une chose pour qu elle soit produite 
en effet, il faut eneore qu’on la demande. Voici donc un cas où l’offre 
et la demande ont à peine varié, ou n’ont augmenté que dans une 
même proportion ; et ecpendant le prix du blé aura baissé de 50 pour 
cent, et cela pendant que la valeur de l’argent n’aura point éprouvé 
de variation. 
Des produits dont un particulier ou une compagnie ont le mono 
pole , varient de valeur d’après la loi que lord Lauderdale a posée ; 
ils baissent à proportion qu’on les offre en plus grande quantité, et 
ils haussent avec le désir que montrent les acheteurs de les acquérir; 
leur prix n’a point de rapport nécessaire avee leur valeur naturelle ; 
mais quant aux choses qui sont sujettes à la coneurrence parmi les 
et que surviennent les crises matérielles. A tout prendre, rien n’empêcherait de 
fabriquer aujourd’hui, aux mêmes frais qu’il y a tant de siècles, les catapultes, 
les béliers et les tortues qui servaient aux assauts de nos ancêtres : mais le canon 
a remplacé, avec ses rugissements et ses violences, toutes ces vieilleries de 
la guerre et U n’en figure plus sur nos marchés. Pour résumer maintenant 
en quelques mots cette dissertation qui ne nous semble pas avoir été poursuivie 
encore sous toutes ses faces ; nous dirons que, pour un moment donné, et des 
intervalles restreints, le prix relève surtout de l’offre et de la demande ; mais 
que pour de vastes époques, ce sont les frais de production qui gouvernent le 
marché. L’une des deux lois est plus souple, plus actuelle, l’autre plus régu 
lière et plus forte : l’une est la partie mobile, l’autre la partie fixe d’une autre 
loi générale qu’elles constituent par leur réunion, et qu’on pourrait appeler 
loi régulatrice des échanges, si l’on tenait absolument à lui donner un nom. 
I Voyez An Inquiry in to the nature and Origin of public íVealth , 
pag. 13.
        <pb n="415" />
        CHAP. XXX. — INFLUENCK DE L’OFFRE ET DE LA DEMANDE. 3UI 
\eiideurs, et dont la quantité peut s’augmenter dans des bornes mo- 
( érées, leur prix dépend en définitive, non de l’état de la demande 
et e 1 approvisionnement, mais bien de l’augmentation ou de la 
diminution des frais de production '. 
ont ¿h T 9"' les mêmes méthodes d’investigation, et qui 
sur un ni—jugement en plusieurs occasions, diffèrent complètement d’avis 
si l’nn ^ dissentiment ne peut venir que faute de s’entendre. Essayons 
rallie C^lÏ:; " """"" 
La plupart des Économistes politiques établissent que la valeur ou le prix d’une 
Chose s’élève ou s’abaisse en raison directe de la demande qui en est faite et en 
raison inverse de l’offre. M. Ricardo aflirme que l’offre et la demande n’y font 
rien ; que le prix baisse par la concurrence des producteurs jusqu’au niveau des 
trais de production, et s’arrête là. 
dont il résulté un nmi ^ ^^”*^”^*1 action, le concours des travaux, des capitaux, des terres, 
terrain, recoiven» i.. „ t"' fournissent leur travail, qui prêtent leur capital ou leur 
prix de ce concours, et ce prix compose les frai* de production.
        <pb n="416" />
        302 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
posé à payer le café, et alors il ne s’en produit pas. C’est le cas de mille produits 
qui ont ruiné leurs producteurs, parce qu’ils ne valaient pas leurs frais de produc 
tion. 
" Une plus grande puissance de produire équivaut à une plus grande quantité de 
services productifs versés dans la circulation. Si quelque grand perfectionnement 
en agriculture me permet d’obtenir trente-six livres de blé là où je n’en obtenais 
que dix-huit, c’est comme si je doublais l’offre de mes services propres à faire du 
blé. Ils baisseront de moitié, et l’on pourra obtenir alors dix-huit livres de blé pour 
une demi-livre de café seulement. Les services productifs propres à faire dix-huit 
livres de blé vaudront autant que les services productifs propres à faire une demi- 
livre de café ’. 
Dans le systènàe de M. Ricardo, qui professe dans tout le cours de ce livre que la 
quantité de travail nécessaire pour faire un produit est le seul élément de son 
prix, et qui ne tient nul compte de ce que peut avoir coûté le concours du capital 
et du fonds de terre, voici comme j’exprimerais le même principe : on met d’au 
tant plus de prix au travail nécessaire pour faire une chose, c’est à-dire on est 
disposé à le payer d’une quantité d’autant plus grande de travail propre à faire 
toute autre chose, que le premier est moins offert et plus demandé, et vice versâ- 
— J.-B. S.4.Y. 
* Dans le cas toutefois où cette baisse n’influerait en rien sur la demande. Il est probable, 
au contraire, qu’une semblable baisse du blé changerait tous les rapports de valeur.
        <pb n="417" />
        CHAI». XXXI. — DES MACIILNES. 
3r&gt;3 
CHAPITRE XXXI 
UES MACHINES ‘. 
Dans ce chapitre je me propose d’étudier l’inlluence que les ma 
chines exercent sur les intérêts des différentes classes de la société, 
question importante et qui ne me parait pas avoir été suffisamment 
approfondie jusqu’à ce jour. Je me sens même d’autant plus en 
traîné à émettre mes opinions sur cette grave matière que ces opinions 
ont subi, sous l’empire de méditations prolongées, des changements 
eonsiderables. Et quoique je ne sache pas avoir publié sur la question 
des machines une seule ligne que je doive rétracter, j’ai cependant 
pu soutemr indirectement des doctrines qu’aujourd’hui je crois 
fausses. C’est donc un devoir pour moi de soumettre à l’examen du 
publie mes vues actuelles et les raisons qui les ont fait naître dans 
mon esprit. 
Dès le moment où je commençai à étudier les questions écono 
miques, je crus que toute machine qui avait pour effet d’introduire 
dans une branche quelconque de la production une économie de 
main-d’œuvre, produisait un bien général qu’altéraient seulement les 
crises qui accompagnent le plus souvent le déplacement des capitaux 
et du travail d’une industrie vers une autre. 11 me parut que tant 
»lue les propriétaires auraient les mêmes rentes en argent, ils profi- 
taraient de la diminution de prix survenue dans les marehaudises 
(pi dsaelietaientavec leurs rentes, — diminution que devait inieessai- 
rement entraîner l’emploi des maehines. 11 en serait de même, me 
disais-je, pour le capitaliste. Sans doute, celui qui découvre une ma- 
eliiiie ou qui en fait le premier l’application, doit, pendant quel- 
quts années, jouir d avantages spéciaux et légitimes et de profits 
normes, mais 1 emploi de sa machine se généralisant peu à peu. 
Ce chapitre est complètement neuf dans notre langue et ne figure dans les 
uvres de Ricardo que depuis la quatrième edition. (A. V.)
        <pb n="418" />
        364 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE, 
le prix de la marchandise produite descendrait, sous la pression de 
concurrence, au niveau des frais de production, et le capitaliste 
verrait baisser ses profits. Seulement il profiteraità titre de con 
sommateur, de l’avantage réparti à tous, et pourrait, avec le même 
revenu en argent, se procurer une somme plus considérable de jouis 
sances et de bien-être. 
• Je croyais encore que les machines étaient une institution émi 
nemment favorable aux classes ouvrières en ce qu’elles acquéraient 
ainsi les moyens d’acheter une plus grande masse de marchandises 
avec les mêmes salaires en argent : et je pensais, de plus, que les sa 
laires ne subiraient aucune réduction par la raison que les capitalistes 
auraient besoin de la même somme de travail qu’àuparavant, quoique 
ce travail dût être dirigé dans des voies nouvelles. Si, par l’emploi 
de machines nouvelles, on parvenait à quadrupler la quantité de 
bas fabriqués, et que la demande de bas ne fît que doubler, il fau 
drait nécessairement licencier un certain nombre d’ouvriers ; mais 
comme le capital qui servait à les entretenir existait toujours et que 
l’intérêt des capitalistes devait être d'employer productivement ce 
capital, il me paraissait qu’il irait alimenter quelque autre industrie 
utile à la société. J’étais, en effet, et demeure profondément con 
vaincu de la vérité de ces paroles d’Adam Smith. — « Le désir des 
aliments se trouve limité chez l’homme par l’étroite dimension de son 
estomac; mais le désir du bien-être, du luxe, des jouissances’, des 
équipages, de la toilette est infini comme l’art, comme le caprice. » 
Dès lors, comme je pensais que la demande de travail serait la 
même et que les salaires ne baisseraient pas, je pensais aussi que 
les classes inférieures participeraient, comme toutes les autres clas 
ses , aux avantages résultant du bas prix des marchandises, et par 
conséquent de l’emploi des machines. 
Telles étaient mes opinions : telles elles sont encore relativement 
au propriétaire et au capitaliste ; mais je suis convaincu que la sub 
stitution des forces mécaniques aux forces humaines pèse quebiuefois 
très-lourdement, très-péniblement sur les épaules des classes labo 
rieuses. 
Mon erreur provenait de ce que je faisais toujours croître parallè 
lement le revenu net et le revenu brut d’une société, et que tout 
prouve, au contraire, que les fonds où les propriétaires et les capita 
listes puisent leurs revenus peuvent grandir tandis que celui qui sert 
à maintenir la classe ouvrière diminue. D’où il suit que la cause 
même qui accroît le revenu net d’un pays peut en même temps acti-
        <pb n="419" />
        CHAP. XXXl! - DES MACHINES. 365 
ver 1 accroissement de la population, aggraver la concurrence des tra 
vailleurs et diminuer leur bien-être. 
Supposons (pi’un capitaliste spécule sur une somme de 20,000 1. 
St., et qu il joigne aux fonctions d’un fermier celles d’un fabricant de 
denrées de première nécessité. Supposons encore que, sur ce capital, 
7,000 1. St. soient engagées dans des constructions, des instruments, 
etc., et que le reste, soit employé, sous forme de capital circulant, à 
solder le travail. Supposons, enfin, que les profits soient de 10 %, 
et que les- 20,000 1. st. rapportent régulièrement et annuellement 
2,000 1. St. 
Cliaque année notre capitaliste commence ses opérations en ache 
tant la nourriture et les objets de consommation qu’il vendra dans 
le cours de l’année à ses ouvriers, jusqu’à concurrence de 13,000 
1. St. Pendant tout ce temps il leur donne sous forme de salaires 
la même somme de monnaie, et ceux-ci lui restituent au bout de 
1 année pour 15,000 1. st. de subsistances, d’objets de première 
nécessité. Sur ces 15,000 1. st. il en est 2,000 qu’il consomme lui- 
m( me ou dont il peut disposer comme il lui plaît. Le produit brut 
de cette année aura donc été de 15,000 1. st. et le produit net de 
i,OüO 1. st. Supposons maintenant que l’année suivante le capitaliste 
emploie la moitié de ses ouvriers à construire une machine, et l’autre 
moitié à produire, comme auparavant, des subsistances et des den 
rées de première nécessité. Pendant cette année, encore, il dépen 
serait 13,000 1. st. en salaires, et vendrait à ses ouvriers la même 
quantité de nourriture et d’autres objets; mais qu’arriverait-il l’an- 
Dée suivante ? 
U travail détourné vers la fahrication de la machine abaisserait 
de moitié la quantilé et la valeur totale des subsistances et des den 
rées de première nécessité produites anciennement. La maeliine 
vaudrait 7,500 1. st. : les subsistances et autres objets 7,500 1. st. de 
sorte que la richesse du capitaliste serait absolument la même car 
outre ces deux valeurs, son eapilal fixe serait toujours de 7 000 l’ st 
donnant en somme le fonds primitif de 20,000 1. st. joint'aux 2,000 
1. St. de bénéfice annuel. ’ 
Mais après avoir déduit pour ses dépenses personnelles cette 
somme de 2,000 1. st., il ne lui restera plus, pour continuer scs 
P rations, qu uu capital circulant de 5,500 1. Sa faculté de payer 
e maintenir des ouvriers se trouvera donc réduite de 13,000 1. st. 
^ ^ conséquent tout le travail défrayé jadis par la 
1 erence, 7,500 1. st. se trouveraient en excès.
        <pb n="420" />
        366 
PHINCIPES UE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
La quantité restreinte de travail que pourra occuper actuellement le 
capitaliste, devra, sans doute, grâce aux machines, et après la défal 
cation faite des frais de réparation • et d’entretien, produire une 
valeur égale à 7,500 1. st. et reconstituer le capital circulant avec 
un bénéfice de 2,000 1. st. sur le fonds primitif ; mais s’il en est 
ainsi et si le revenu net n’est pas diminué, il importera fort peu au 
capitaliste que le revenu brut soit de 3,000, de 10,000 ou de 
15,000 1. st. 
Quoique la valeur du produit net n’ait pas diminué, et que 
sa puissance d’acheter d’autres marchandises se soit au con 
traire notablement accrue, le produit brut n’en aura pas moins été 
ramené, dans ce cas, de 16,000 1. st. à 7,500 1. st., et comme la 
faculté d’entretenir une population et d’employer du travail, dépend 
toujours du produit lirut d’une nation, et non de son produit net, 
la demande de bras diminuera nécessairement, la population de 
viendra excessive et les classes ouvrières entreront dans une période 
de détresse et d’angoisses. 
Cependant ,• comme ' le fonds qui grossit les épargnes de chacun 
est proportionnel au revenu net, la diminution du prix des mar 
chandises, — suite de l’introduction des machines, aurait pour ré 
sultat évident d’accroître la facilité d’épargner, de transformer des 
révenus en capitaux. Or, comme chaque accroissement de capital 
lui permettrait d’employer un plus grand nombre de bras, une 
fraction des ouvriers rejetés hors des ateliers par les engins méca- 
hiques trouverait de nouveau à s’utiliser. Et s’il arrivait que, sous 
l’influence des machines, l’accroissement de la production fût assez 
grand pour fournir, sous forme de produit net, une quantité de 
nourriture et de denrées de première nécessité aussi considérable 
que celle qui existait auparavant comme produit brut, il resterait au 
service du travail un fonds tout aussi considérable et, par consé 
quent, on n’aurait pas à subir les maux d’une sur-population. 
Tout ce que je tiens à prouver, c’est que la découverte et l’usage 
des forces mécaniques peuvent être suivis d’une diminution de pro 
duit brut : et toutes les fois qu’il en sera ainsi, la classe laborieuse 
souffrira, car elle deviendra excessive comparativement aux fonds 
destinés à la maintenir, et une fraction de ses membres se verra pri 
vée de travail et de salaires. 
Le cas que j’ai choisi se recommande par son extrême simplicité; 
mais les résultats eussent été absolument les mêmes si nous avions 
introduit, par supposition, les machines dans une manufacture, soit
        <pb n="421" />
        CHAI*. XXXI. — DES .MACHINES. 
(le drap, soit de coton. Si nous prenions l’exemple d’un fabricant de 
rap, nous Verrions diminuer immédiatement la masse de ses j)ro- 
&lt; uits , car il n aurait plus besoin de cette quantité de draps qui lui 
ait a payer un corps nombreux d’ouvriers. 11 n’aurait plus qu’à 
im n valeur égale à la détérioration des machines et aux 
. I. sur le capital total. 7,500 ]. st. feraient ceci tout 
. _ i lien que le faisaient auparavant les 15,000 1. st., ce qui prouve 
» »“m« différence entre les deux hypothèses. Ou peut 
, cependant, que la demande de draps serait tout aussi grande 
^ demander comment s'approvisionnerait le 
Mais d’où viendront maintenant les demandes? Des fermiers et 
des autres producteurs de denrées nécessaires, lesquels consacraient 
leurs capitaux à produire ces objets afin de les échanger contre du 
drap : ils fournissaient au marchand de draps du blé et des produits 
divers en échange de ses draps, et celui-ci les distribuait à ses ou 
vriers en échange du drap que leur travail lui fournissait 
3 Que 1 opinion des classes ouvrières sur les machines qu'ils croient 
atoles a leurs mteréU, ne repose pas seulement sur 1 erreur et les 
^ ^ principes les plus fermes, les plus nets de 
1 Lcoiiomie politique; 
Que si 1 impulsion donnée au travail par les machines pouvait
        <pb n="422" />
        368 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
tellement accroître le produit net, qu’il n’en résultât aucune diminu 
tion dans le produit brut, la situation de toutes les classes pourrait alors 
s’améliorer. Le propriétaire et le capitaliste profiteraient non pas de 
l’accroissement de leurs rentes ou de leurs profits, mais de la réparti 
tion des mêmes revenus sur des marchandises d’une valeur considé 
rablement réduite. .Quant à la condition des classes laborieuses, elle 
se trouverait aussi considérablement améliorée, 1 ° par une demande 
plus considérable de domestiques ; 2” par le stimulant que les revenus 
nets, abondants, communiquent toujours à l’épargne ; et 3” par le bas 
prix des articles de consommation que payaient leurs salaires. 
Indépendamment de la question des machines que nous venons de 
traiter et d’approfondir, les classes laborieuses ont encore un grand 
intérêt à revendiquer dans la manière dont le produit net du pays se 
trouve dépensé, quoique dans tous les cas cette dépense soit destinée 
à la satisfaction et aux jouissances de ceux qui y ont droit. 
Si un propriétaire ou un capitaliste dépense son revenu à la ma 
nière d’un baron féodal, en s’entourant d’un grand nombre de ser 
viteurs, de laquais, il emploiera bien plus de bras que s’il le consacrait 
à acheter de belles étoffes, de splendides ameublements, des voitures, 
des chevaux et tant d’autres objets de luxe. 
Dans les deux cas le revenu net et le revenu brut seraient les 
mêmes; mais le premier serait transformé en différentes marchan 
dises. Si mon revenu était de 10,000 1. st. la même quantité de tra 
vail productif serait employée, soit que je m’en servisse pour acheter 
des objets de luxe, des velours, des tapis j soit qu’il fût consacré à 
acheter une certaine quantité de vêtements et de nourriture de la 
même valeur, l’outefois en transformant mon revenu en objets de 
luxe, je n’aurai pas nécessairement employé plus de travail, tandis 
que si je le consacrais à acheter des denrées nécessaires et à entretenir 
des domestiques, tous les individus que je pourrais ainsi entretenir 
avec mon revenu de 10,000 1. st. ou avec la nourriture et le vête 
ment que ce revenu me procure, devraient être considérés comme sti 
mulant la demande de travail. Or, ce stimulant dépend uniquement 
de la manière dont il peut me plaire de dépenser mon revenu. Comme 
les ouvriers se trouvent ainsi intéressés dans la demande du tra 
vail, ils doivent naturellement désirer que l’on enlève aux dépenses 
de luxe les plus grandes sommes possibles pour les consacrer à l’en 
tretien de domestiques. 
De même un pays entraîné h travers les péripéties d’une guerre, 
et qui se trouve dans la nécessité de maintenir de larges flottes
        <pb n="423" />
        360 
CHAP. XXXI. —¿DES MACHINES, 
et de puissantes armées, emploie un nombre d’hommes bien plus 
eonsi erable que celui qui sera employé au moment où la guerre 
cessera, et, a^ec elle,les dépenses qu’elle nécessitait. 
gucrrc ne m’avaient imposé une taxe an- 
i’ann.- ^ U ' ^ entretenir des soldats et des matelots, 
d’bali't ablcmcnt dépensé cette somme en achat de meubles, 
_ , ‘ ^ «as la même quantile de travail 
du ; «ar la nouriturc et le vêtement 
soldat et du matelot exigeraient la même somme d’industrie que 
celle necessaire pour créer des objets de luxe. Mais il est à remar 
quer qu’en temps de guerre il se crée une demande additionnelle 
, matelots; et conséquemment, une guerre que défraie 
le revenu et non le capital d’une nation est, en définitive, favorable 
au développement de la population. 
ttim* 
■■■ 
donner ainsi une plus t^ande somme de produits, j’écouterai Z 
déraillement accru, ils pourraient trouver du travail dans les manu- 
factures ou à titre de domestiques. 
H ne faudrait pas croire cependant que mes conclusions définiti 
fs soient contre 1 emploi des machines. Pour éclaircir le principe, 
{OEuv. de Ricardo.) 21
        <pb n="424" />
        370 PRINCIPES DE' L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
lui donner plus de relief, j’ai supposé que des machines nouvelles 
auraient été soudainement découvertes et appliquées sur une vaste 
échelle : mais dans le fait ces découvertes se font lentement, gra 
duellement, et elles agissent plutôt en déterminant l’emploi des 
capitaux épargnés et accumulés, qu’en détournant les capitaux exis 
tants des industries actuelles. 
A mesure que le capital et la population d’un, pays grandissent 
la production devient plus coûteuse, et le prix des subsistances s’é 
lève généralement. Or, la hausse des aliments entraîne la hausse des 
salaires, et la'hausse des salaires tend à pousser plus activement le 
capital vers l’emploi des machines. Les forces mécaniques et les forces 
humaines sont en concurrence perpétuelle, et il arrive souvent que 
les premières ne sont employées qu au moment ou s élève le prix 
des secondes. 
En Amérique et dans un grand nombre d’autres pays où l’on 
pourvoitfaisément à la nourriture de l’homme, les stimulants qui 
poussent à l’emploi des machines, sont loin d être aussi puissants 
qu’en Angleterre, où la nourriture est chère et exige des frais de 
production considérables. La même cause qui élève les salaires n’é 
lève pas la valeur des machines, et c’est pourquoi toute augmen 
tation de capital aboutit au développement des engins mécaniques. 
La demande de travail continuera de s’accroître avec l’accroissement 
du capital^ mais non dans le rapport exact de cet accroissement L 
I La demande de bras dépend de l’accroissement du capital circulant et non du ca 
pital fixe. S’il était vrai d’ailleurs que la proportion entre ces deux genres de capitaux 
fût la même en tout temps et dans tous les pays, il s’ensuivrait naturellement que 
le nombre des ouvriers serait proportionné à la richesse du pays.Mais unetelle pro 
position n’est pas soutenable. A mesure que les arts viennent épurer le goût des na 
tions, que la civilisation s’étend, le capital fixe prend, relativement au capital 
circulant, des proportions de plus en plus vastes. La somme de capital fixe consa 
crée à la fabrication d’une pièce de mousseline anglaise est cent fois, probable 
ment même mille fois, plus grande que celle qui, dans 1 Inde, sert à fabriquer la 
même étoffe ; et, d’un autre côté, la somme de capital circulant est cent fois ou 
mille fois moindre. 11 est facile de concevoir que dans de certaines circonstances 
la totalité des épargnes annuelles d’un peuple industriel peut être ajoutée au ca 
pital fixe, ce qui n’aurait aucun effet sur la quantité de travail à distribuer. 
Barton. Sur la situation des classes ouvrières / 16. 
II n’est pas facile de concevoir comment un accroissement de capital peut ne 
pas accroître la demande de travail : le plus qu’on peut dire, c’est que la demande 
va en proportion décroissante. M. Barton, dans l’ouvrage cité plus haut, me sem 
ble avoir, d’ailleurs, assez bien compris les effets produits par l’augmentation des
        <pb n="425" />
        CHAP. XXXI. - DES MACHINES. 37^ 
.1 ai encore fait observer que l'accroissement du revenu net, 
évalué en marcliandiscs, —accroissement qu’entraîne nécessairement 
1 emploi des machines, — doit conduire à de nouvelles épargnes, 
à de nouvelles accumulations. Ces épargnes, qu’on se le rappelle 
bien, sont annuelles, et doivent arriver bientôt à créer un fonds 
beaucoup plus considérable que le revenu brut détruit tout d’abord 
par la découverte des macbiues. Dès lors la demande de bras sera 
aussi grande qu’auparavant, et la condition du pays sera encore amé 
liorée par l’accroissement d’épargnes que l’augmentation du revenu 
net lui permettra de faire. 
Il serait toujours dangereux d’entraver l’emploi des maehines 
car si l’on n’aeeorde pas dans un pays, au eapital, la faeultc de 
recuedlir tous les profits que peuvent produire les forées mécaniques 
perfeetioniiées, on le pousse au dehors, et cette désertion des cani 
taux sera bien plus fatale à l’ouvrier que la propagation la plus 
1 exjiorte on annulle complètement cette demande. 
D’ailleurs, le prix des marchandises se règle d’après les frais de 
production ; des qu’on emploie des forces perfectionnées, on diminue 
es frais de production des marebandises et, par conséquent, on peut 
les vendre sur les marchés étrangers à des conditions réduites Si 
cependant vous rejetez l’emploi des machines, vous serez obligé 
d exporter de la monnaie en échange des marchandises étrangères 
jusqu’à ce que la rareté du numéraire abaisse le prix de vos mar’ 
chandiscs au niveau des prix du dehors. Dans vos relations avec les 
autres pays vous pourriez être amené à donner une marchandise oui 
vous aurait coûté deux journées de travail, pour une marchandise oui 
n en aurait exigé qu’une au dehors; et ce marché ruineux ne serait 
cependant que la conséquence de vos propres actes. En effet cette 
marchandise que vous exportez et qui vous a coûté deux jours de 
travail, ne vous en aurait coûté qu’un, si vous n’aviez pas repoussai 
ces machines, dont les forces ont été si habilement utilisées par 
vos voisins. 
capitaux engagés sur les classes laborieuses. Son lissai renferme à cet égard des 
{.Molde f Mcvr.)
        <pb n="426" />
        372 
PRINCIPES UE L’ÉCONOMIE POfJTIQÜE. 
CHAPITRE XXXn. 
DE r/OPrSION DE M. MALTHl S SD R LA RENTE. 
Quoique je me sois étendu assez longuement, dans les premiers 
eliapitres de eet ouvrage, sur la nature de la rente, je me erois ee- 
pendant obligé d’examiner eertaines opinions émises sur eette ma 
tière , opinions qui me paraissent fausses, et qui sont d’autant plus 
dangereuses, qu’elles se trouvent énoncées dans les écrits d’un pen 
seur auquel diverses branches de l’Economie politique doivent plus 
qu’à aucun autre auteur vivant. Je saisis cette opportunité pour té 
moigner de mon admiration pour VEssai sur la population, de M. Mal- 
thus. Les attaques des adversaires de eet admirable ouvrage n’ont 
servi qu’à démontrer la solidité des doctrines qu’il renferme, et je 
suis convaincu que la réputation bien méritée de son auteur s’é 
tendra à mesure qu’on cultivera davantage la science dont il est 
l’im des ornements les plus distingués. M. Malthus a aussi expliqué 
d’une manière satisfaisante la théorie de la rente, et il a fait voir 
qu’elle monte ou s’abaisse selon les avantages relatifs de fertilité ou 
de situation des différents terrains en culture. Par là il a répandu 
beaucoup de lumières sur plusieurs points difficiles qui ont du rap 
port avec le fermage, et qui étaient inconnus auparavant ou très- 
imparfaitement compris; il mC paraît cependant être tombé dans 
quelques erreurs, que son autorité rend plus nécessaire de combat 
tre ; et ce devoir devient moins pénible en raison de la noble sim 
plicité qui le caractérise. 
Une de ces erreurs consiste dans la supposition que la rente est 
un profit net, et une nouvelle création de richesse. 
Je n’admets pas toutes les opinions de M. Buchanan au sujet de 
la rente ; mais je suis parfaitement d’accord avec les observations 
contenues dans le passage suivant de sou ouvrage, et qui a été 
transcrit par M. Malthus. Par la même raison, je ne saurais adop 
ter le commentaire que ce dernier auteur eu donne :
        <pb n="427" />
        CH. XXXll. — DE L’OIMMON HE M. MALTliÜS SLR LA RENTE. 373 
" Sous ce point de vue, la reute ne peut rien ajouter au capital 
" do la communauté en général ; car l’excédant net en question n’est 
“ rien de plus qu’un revenu qui passe des mains d’une classe de la 
« société dans celles d’une autre, et il est évident que cela ne peut 
» pas créer un fonds susceptible de couvrir l’impôt. Le revenu qui 
“ paie les produits de la terre, existe déjà entre les mains de ceux 
- qui achètent ces produits, et si le prix des subsistances était plus 
- bas, il resterait dans leurs mains, où il serait tout aussi aisé de 
- le soumettre à un impôt, que lorsque, en raison d’un prix plus 
» élevé, il a passé dans les mains du propriétaire foncier. » 
Après diverses observations sur la différence qui existe entre les 
produits de l’agriculture et les objets manufacturés, M. Maltbus 
demande : « Est-il dès lors possible de considérer la rente, avec 
» M. de Sismondi, comme un simple produit du travail, cLmme 
• une valeur purement nominale, et qui n’est que le résultat de 
- cette augmentation de prix qu’un vendeur obtient par l’effet d’un 
: i." r.iïr'SÂ r‘ 
J ai deja, en traitant de la rente, exprimé nettement mon opinion, 
et J ajouterai que la rente est une création de valeur, dans le sens 
que je donne à ce mot, mais non une créaüon de richesse. Si le pr¡¿ 
du blé, en raison de la difficulté d en produire une portion queleoii- 
non-seulement contre plus d'argent, mais aussi contre une plus 
grande quantité de toute espèce de marchandises, il est clair que les 
propriétaires auront une valeur plus forte ; et comme cela ne dimi 
nuera la richesse de personne, la société entière possédera une somme 
plus considerable de valeur, et dans ce sens la rente devient une créa 
tion de valeur. Mais cette valeur peut être regardée comme nomi 
nale, en ce qu elle n’ajoute rien à la richesse de la société, c’est-à- 
dirc a la masse des choses nécessaires, commodes ou agréables. Nous 
aurions toujours précisément la même quantité de choses, pas da 
vantage, et le même million de quarters de blé; mais l'clfet de la 
laussc du blé, de i à 5 I., serait de faire passer une partie de la va- 
cur du blé et des autres marchandises des mains de leurs anciens 
•4n Inquby into the nature and progress of lient, pag. 15
        <pb n="428" />
        374 ' PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE.' 
possesseurs dans celles des propriétaires. La reutee est donc une 
création de valeur, mais non une création de richesse. Il n’ajoute 
rien aux ressources du pays ; il ne lui fournit pas les moyens d’en 
tretenir des escadres et des armées ; car le pays aurait un fonds dis 
ponible plus considérable si son terrain était d’une meilleure qualité, 
et il pourrait employer le même capital sans donner naissance à la 
rente. 
Dans une partie de son ouvrage, M. Malthus observe que, « la 
» cause immédiate de la rente est évidemment l’excédant du prix 
» sur les frais de production, obtenus par la vente des’produits 
» agricoles sur le marché : » et dans un autre endroit, il dit que 
« les causes du haut prix des productions agricoles peuvent se ré- 
» duire aux trois suivantes : 
» En premier lieu, et c’est la cause la plus importante, vient la 
« qualité de la terre, qui permet d’en retirer une quantité plus con- 
« sidérable de choses nécessaires à la vie. En second lieu, se place 
« la propriété particulière qu’ont les choses nécessaires à la vie, de 
» pouvoir se créer d’eUes-mêmes une demande, ou de faire naître 
» un nombre de consommateurs proportionné à la quantité de ces 
» denrées produites : en troisième lieu, enfin, la rareté comparative 
» des terrains plus fertiles. » ; 
En parlant du haut prix du blé, il est évident que M. Malthus ne 
veut pas parler du prix par quarter ou par boisseau, mais plutôt 
de l’excédant de prix de toute la production sur les frais qu’elle a 
coûtés, entendant toujours, par frais de production, les profits aussi 
bien que les salaires. Cent cinquante quarters de blé, à 3 1. 10 sh. 
le muid, doivent rapporter une plus forte rente au propriétaire que 
cent quarters à 4 1., pourvu que les frais de production soient les 
mêmes dans les deux cas. 
L’élévation du prix, si l’on prend l’expression dans ce sens, ne 
peut être dite la cause de la rente. On ne saurait dire que « la cause 
» immédiate de la rente est. évidemment l’excédant des prix sur 
» les frais de production; » car c’est précisément cet excédant qui 
constitue la rente. M. Malthus a défini la rente « la portion de 
» la valeur de tout le produit qui reste au propriétaire de la terre, 
» après qu’il a payé tous les frais de sa culture , — de quelque 
» nature qu’ils soient, et y compris les profits du capital employé, 
» estimé d’après le taux courant et ordinaire des profits agricoles 
» à une époque déterminée. » Or, ce que la rente de cette portion 
peut rapporter en argent est le montant de la rente en argent ; c’est
        <pb n="429" />
        CH. XXXII. —DE L’OPLMON DE M MALTllUS SUK LA RENTE. 375 
ce que M. Maltlius appelle « l’excédant du prix sur les frais de 
» production; » et par conséquent, en recherchant les causes qui 
peuvent faire monter le prix des produits agricoles, comparé avec 
les frais de production, nous recherchons les causes qui peuvent 
faire monter les rentes. 
Par rapport à la première cause de hausse, M. ^lalthus fait les 
observations suivantes ; « 11 nous reste encore à connaître pourquoi 
» la consommation et rapprovisionncmcnt sont tels, qu’ils font 
» monter le prix si fort au-dessus des frais de production. La cause 
« principale est évidemment la fertilité de la terre qui produit les 
» choses nécessaires à la vie. Diminuez cette abondance, diminuez la 
» fertilité de la terre, et l’excédant diminuera ; diminuez-la encore, 
» et il disparaîtra. » Certes, l’excédant des choses nécessaires dimi 
nuera et disparaîtra, mais ce n’est pas de cela dont il est question ; il 
s’agit de savoir si l’excédant du prix de ces objets de première né 
cessité sur les frais de j)roduction diminuera ou disparaîtra; car 
c est de cette circonstance que dépend la rente en monnaie. De ce 
que l’excès de quantité doit diminuer et disparaître, M. Alalthus est- 
il en droit de conclure que « la cause de l’excédant de prix des choses 
» nécessaires dépend de leur abondance plutôt que de leur rareté, et 
» est non-seulement essentiellement différente de la cherté occasion- 
“ née par des monopoles artificiels, mais encore du prix élevé des 
» produits particuliers de la terre, autres que les subsistances, pro- 
" duils qu’on peut nommer des monopoles naturels et nécessaires? « 
IN’y aurait-il pas des circonstances dans lesquelles la fertilité de 
la terre et l'abondance de ses produits peuvent éprouver une dimi 
nution sans en occasionner une pareille dans ce produit net, c’est-à- 
dire , sans occasionner une diminution des rentes? Si ce cas peut 
exister, la proposition de M. Malthus devient beaucoup trop géné 
rale ; car il me semble qu’il pose en principe général, (¡ue la rente 
doit hausser par l’augmentation de la fertilité de la terre , et qu’elle 
doit baisser par la diminution de sa fertilité. 
M. Malthus aurait raison sans doute, si, à mesure que la terre ren 
drait plus de produits, il en était payé une^plus forte part au pro 
priétaire; mais il en arrive tout autrement. Quand il n’y a en culture 
que les terrains les plus fertiles, le propriétaire n’a que la moindre 
part de tout le produit, aussi bien que la moindre valeur, et ce n’est 
que quand on a besoin des terres de qualité inférieure, pour nourrir 
une population croissante, (jue la part de tout le produit qui revient 
au propriétaire, ainsi (jue sa valeur, augmentent progressivement.
        <pb n="430" />
        \ 
•376 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Supposons que la demande soit de un million de quarters de blé, 
et que ce soit le produit des terres actuellement en culture ; suppo 
sons encore que la fertilité de ces terres soit tellement diminuée, 
qu’elles ne rendent plus que neuf cent mille muids, la demande étant 
de un million de muids, le prix du blé hausserait, et il faudrait avoir 
recours à des terrains d’une qualité inférieure plus tôt qu’on ne l’au 
rait fait si les bonnes terres avaient continué à produire un million 
de quarters. 
C’est cette nécessité de mettre des terres d’une qualité inférieure 
en culture, qui est la cause de l’augmentation de la rente. La rente 
n’est pas, il faut se le rappeler, en proportion de la fertilité absolue des 
terres en culture, mais en proportion de leur fertilité relative. Toute 
cause qui portera les capitaux vers la culture des terrains ingrats 
doit la faire hausser, puisque la rareté comparative des terrains les 
plus fertiles est la source de la rente, ainsi que M. Malthus l’a an 
noncé dans sa troisième proposition. Le prix du blé doit naturelle 
ment s’élever par suite de la difficulté qu’on éprouve d’en obtenir 
les dernières portions ; cependant, comme les frais de production 
ne s accroîtront pas sur les terres les plus fertiles, que le salaire et 
les profits, pris ensemble, conserveront la même valeur*, il est clair 
que l’excédant du prix par delà les frais de production, ou, en d’au 
tres termes, la rente, doit monter par suite de la diminution de 
fertilité de la terre, à moins qu’une grande réduction de capital, de 
population et de demande ne s’y oppose. 
' Il ne paraît donc pas que la proposition de M. Malthus soit exacte; 
la rente ne monte ni ne baisse d’une manière immédiate et néces 
saire à^proportion de l’augmentation ou de la diminution de la fer 
tilité de la terre ; mais l’augmentation de sa fertilité la rend suscep 
tible de payer à la longue une rente plus forte. Des terres très-peu 
fertiles ne peuvent jamais fournir un rente ; des terres médiocre 
ment fertiles peuvent supporter de payer une rente modique lorsque 
la population s’accroît; et, dans ce même cas, les terres très-fertiles 
peuvent payer une grosse rente, mais ce n’est pas la même chose 
de pouvoir supporter une» forte rente, et de la supporter elTective- 
* Voyez le chapitre des Profits, où j’ai essayé de démontrer que, quelque 
facilité ou difficulté qu’on puisse rencontrer dans la production du blé, les sa 
laires et les profits conservent la même valeur. Quand les salaires haussent, c’est 
toujours aux dépens des profits, et quand ils baissent les profits s’en augmentent. 
• (Note de l’Auteur.J
        <pb n="431" />
        CH. XXXll. — DE L’OPIMON DE M. MALTHUS SDK LA HENTtl, 377 
ment. Les rentes peuvent être plus basses dans un pays dont les terres 
sont extrêmement fertiles, que daus un autre où elles ne sont que 
d un rapport médiocre ; car la rente est en raison de la fertilité 
relative plutôt que de la fertilité absolue, en raison de la valeur des 
produits plutôt que de leur abondance. M. Maltbus dit que « la cause 
« qui fait que des choses nécessaires à la vie donnent un produit 
• net, tient plutôt à l’abondanco de ces denrées qu’à leur rareté , et 
• diffère essentiellement à la fois de l’élévation des prix occasionnée 
» par des monopoles artificiels et du haut prix de certains produits 
» naturels, autres que les subsistances, et que l’on peut nommer des 
" monopoles naturels et nécessaires. » 
N’arrive-t-il donc jamais que la fertilité de la terre et la richesse 
de ses produits diminuent sans diminuer nécessairement le produit 
net ou la rente? Si ce fait n’est pas sans exemple, la proposition de 
M. Maltbus prend donc un caractère trop absolu : car il parait avoir 
établi avec l’inflexibilité d’un principe, que la rente s’élève ou s’a- 
baisse toujours lorsque s’élève ou s’abaisse la fertilité de la terre. 
M. Maltlms aurait incontestablement raison, si la part du proprié 
taire se grossissait proportionnellement à l’aliondance croissante des 
récoltes sur tout domaine : mais c’est dans le contraire précisément 
qu II faut aller chercher la vérité. Lorsque les terres d’une fertilité 
supérieure sont seules livrées à la culture, la part du propriétaire, 
en quantité et en valeur, est à son minimum ; et c’est seulement lors 
que les [besoins d’une population croissante ont provoqué le défri 
chement des sols moins riches, qu’augmente progressivement cette 
part. 
Supposons que les nécessités de la situation fassent demander un 
million de quarters de blé, et que ce million soit récolté sur la su 
perficie de terrain actuellement cultivée; supposons encore que la fer 
tilité de ce territoire s’altère au point de ne plus donner que 900,000 
quarters : la demande restant toujours d’un million de quarters le 
prix du blé s élèverait, et on devancera ainsi le moment où l’on aurait 
défriché les terrains inférieurs, si la fertilité de l’ancien sol était 
restée la même. Mais c’est précisément l’indispensable, l’implacable 
nécessité du recours à des terrains moins riches qui crée et élève la 
rente, etjqui l’élève alors même que le blé reçu par le propriétaire se 
trouve réduit eu quantité, l^a rente, il faut bien se le rappeler, n’est 
pas en proportion de la fertilité absolue des terres cultivées, mais 
en proportion de leur fertilité relative. Toute cause qui fait affluer le 
capital sur un sol pauvre accroît la rente sur les (pialitcs supérieures.
        <pb n="432" />
        378 - • ‘ - PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Torigiue, la'source de la rente étant, comme l’a établi M. Âialthus 
dans la troisième proposition, « la rareté comparative des sols fer- 
tiles. » 
Le prix du blé s’élèvera naturellement à mesure que.grandiront 
les diflicultés de la production, et, quoique la quantité récoltée sur une 
ferme ait diminué, la valeur de cette récolte aura augmenté. Mais 
comme le coût de la production ne croîtra pas sur les terres les plus 
fertiles, comme les salaires et les profits , pris ensemble, conserve 
ront toujours la même valeur, il est évident que l’excédant du prix 
sur des frais de production, en d’autres termes, que la rente, à moins 
d’être entravée par une grande réduction de capital, de population 
et de demande, croîtra parallèlement à l’épuisement des terres. 
La proposition de M. Maltbus ne me paraît donc pas parfaitement 
exacte. La rente ne s’élève pas et ne s’abaisse pas immédiatement, né 
cessairement lorsque grandit ou diminue la fertilité de la terre : mais 
en gagnant en fertilité, la terre peut supporter et supporte un loyer 
plus considérable. Des terres d’une riebèsse très-médiocre ne peu 
vent jamais donner de rentes ; celles d’une fertilité moyenne peuvent, 
grêce au mouvement ascendant de la ])opulation, donner une rente 
modérée ; enfin, celles des catégories supérieures donneront de forts 
loyers, mais il y a une grande différence entre l’aptitude à payer 
une rente et le paiement actuel, effectif de cette rente. La rente peut 
être plus basse dans un pays où les terres sont excessivement fécondes, 
que dans un territoire d'une richesse moyenne ; car elle se propor 
tionne à la fertilité relative plutôt qu’à la fertilité absolue, à la va 
leur du produit plutôt qu’à son abondance. 
M. Maltbus suppose que la rente provenant des terres qui pro 
duisent ces denrées spéciales, qu’on a pu appeler des monopoles na 
turels et nécessaires, est réglée par un principe.différent de celui qui 
régit la rente de ces terres qui produisent des subsistances. 11 croit 
que c’est la rareté de ces produits privilégiés qui créent une forte 
rente, et que, pour les subsistances, c’est leur multiplicité au con 
traire qui amène ce résultat. 
Cette distinction ne me paraît pas fondée : car vous élèverez tout 
aussi immédiatement la rente des terres qui donnent les vins pré 
cieux que celle des terres à blé, en accroissant le produit. Il va sans, 
dire que la demande de blé se sera accrue, car autrement, un afflux 
de céréales sur le marché abaisserait, au lieu de l’augmenter, la rente 
des terres à blé. Quelle que soit d’ailleurs la nature de la terre, une 
rente élevée dépend du haut prix du produit; mais ce haut prix une
        <pb n="433" />
        cu. XXXIl. — DE L’OPIMON DE M. MALTUUS SUK LA DENTE. 379 
íois acquis, la rente s’élèvera dans le rapport de l’abondance et non 
de la rareté de ces denrées. 
11 n y a nul besoin de produire constamment une denrée dans une 
quantité plus grande que la demande ne l’exige. Si, par hasard, la 
production excédait la demande, cette denrée tomberait au-dessous de 
son prix naturel, et par conséquent elle ne rapporterait pas ses frais 
de production, en y joignant les profits courants et ordinaires du ca 
pital; l’approvisionnement en serait diminué jusqu’à ce qu’il se 
trouvât en rapport avec la demande, et que le prix courant atteignît 
le niveau du prix naturel. 
M. Malthus me ])araît trop disposé à croire que la population 
n’augmente que par l’effet d’un surcroît dans la quantité des subsistan 
ces; « que les subsistances se créent d’elles-mêmes une demande ; « que 
c’est en fournissant d’abord des aliments au peuple qu’on encourage 
les mariages, au lieu de remarquer que le progrès général de la po 
pulation est affecté par l’accroissement des capitaux, et par la plus 
forte demande de bras, et la hausse des salaires qui en sont la suite, 
enfin que la production des subsistances n’est que l’effet de cette de 
mande. 
C est en donnant à l’ouvrier plus d’argent, ou une plus grande 
quantité de toute autre marchandise, moyennant laquelle on paie son 
travail, que le sort de l’ouvrier devient meilleur. L’accroissement de 
la population et l’augmentation des subsistances seront presque tou 
jours un effet, mais non un effet nécessaire de la hausse des salaires. 
Le sort de l’ouvrier, amélioré par l’excédant de valeur qu’il reçoit 
en paiement de son travail, ne lui impose pas l’obligation de se 
marier et de se charger du soin d’une famille ; il peut, si cela lui plaît, 
échanger son salaire augmenté contre des objets qui puissent contri 
buer à augmenter ses jouissances, comme des chaises, des tables, de 
la quincaillerie, ou de meilleures hardes, du sucre et du tabac. Dans 
ce cas 1 augmentation de son salaire n’aura d’autre effet que d’aug 
menter la demande de quelques-unes de cos marchandises: et comme 
le nombre des ouvriers ne se sera pas beaucoup augmenté, leurs sa 
laires se conserveront toujours élevés. Mais quoique telle pût être la 
suite de l’augmentation des salaires, cependant il est tant de douceurs 
«ans la famille, qu’on voit constamment dans le fait l’accroissement 
ue population suivre l’amélioration du sort de l’ouvrier ; et c’est uni 
quement parce que cela est ainsi qu’il survient une nouvelle et jilus 
forte demande de subsistances. Cette demande est donc l’effet de 
1 augmentation de population, mais elle n’en est pas la cause; c’est
        <pb n="434" />
        380 
• PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
uniquement parce que les dépenses du peuple prennent cette direc 
tion, que le prix courant des objets de première nécessité excède 
leur prix naturel, et que la quantité de subsistances requise est pro 
duite ; et c’est parce que la population s’accroît que les salaires tom 
bent de nouveau. 
Quel motif un fermier peut-il avoir pour produire plus de blé qu’on 
n’en demande, quand il sait que cela fera tomber le prix courant au- 
dessous de son prix naturel, et le privera par conséquent d’une par 
tie de ses profits, en les réduisant au-dessous du taux général? « Si les 
» objets de première nécessité, dit M. Malthus, les produits les plus 
» précieux de la terre, n’avaient pas la propriété de faire naître un 
» surcroît de demande proportionné à l’augmentation de leur quan- 
» tité, une telle augmentation occasionnerait une baisse dans leur va- 
V leur échangeable *. Quelque abondants que soient les produits d’un 
» pays, sa population'peut rester stationnaire; or, cette abondance 
» qui ne serait pas accompagnée d’une demande proportionnée, mais 
■ qui élèverait considérablement le prix des salaires du travail esti- 
» mé en blé, pourrait réduire le prix des produits de la terre , ainsi 
» que celui des produits manufacturés, aux simples frais de produc- 
» tion. » ' * 
Pourrait-on réduire le prix des produits de la terre aux simples 
frais de production? Ce prix reste-t-il donc jamais bien longtemps 
au-dessus, ou au-dessous des frais de production? M. Malthus lui- 
même ne convient-il pas que cela ne peut jamais avoir lieu? « J’es- 
» père, dit-il, qu’on m’excusera si je m’étends un peu en présentant 
» aux lecteurs, sous diverses formes, la doctrine qui pose en principe 
w que le blé, selon la quantité qui en est actuellement produite, se 
» vend à son prix nécessaire, de même que les produits manufacturés'; 
» c’est que cette vérité, que je regarde comme étant de la plus haute 
» importance, n’a été connue ni des économistes, ni d’Adam Smith, 
» ni de tous les auteurs qui ont avancé que les produits de la terre 
" se vendaient toujours à un prix de monopole. 
» Tout pays d’une certaine étendue peut donc être considéré 
» comme possédant une gradation de machines servant à la pro- 
« duction du blé et des matières premières, en comprenant dans 
» cette gradation non- seulement toutes les différentes qualités 
,1 De quelles augmentations de quantité M. Malthus veut-il parler? Qui la pro 
duira? Qui peut avoir des motifs pour la produire avant qu'il existe au préalable 
une demande pour cette quantité additionnelle? iNote de VAuteur.j
        <pb n="435" />
        CII. XXXll. - DE L’01‘1M()N DE M. MALTIIUS SUli LA RENTE. 381 
• (Ic mauvais terrains, dont il existe eu général dans tous les pays 
» une assez grande quantité, maisj aussi les machines moins par- 
" faites dont on peut dire qu’on fait usage quand on force de bonnes 
» terres h donner un produit toujours croissant. A mesure que le 
prix des produits agricoles^ continue à hausser, ces machines 
" moins parfaites sont successivement employées, et à mesure que 
*&gt; le prix de ces produits continue à baisser, on met successivement 
•* ces machines de côté. Cette application démontre à la fois le rap- 
» port nécessaire qui existe entre le prix actuel du hlé et sa produc- 
» tion actuelle, et l’effet tout différent qu’auraient une grande ré- 
» duction dans le prix des produits manufacturés et une grande 
» réduction dans le prix des produits de la terre \ * 
Comment concilier ces passages avec celui où il est dit que si 
les choses de première nécessité n’avaient pas la propriété de faire 
naître une augmentation de demande proportionnée à l’augmenta 
tion de leur quantité, ce surplus de produit aurait alors, et alors seu 
lement, l’effet de réduire le prix des prmluits agricoles aux simples 
frais de production ? Si le hlé n’est jamais au-dessous de son prix il 
n est jamais plus abondant que ce qu’exige la population existante 
pour la consommation; on ne peut eu faire un approvisionnement 
l)our d’autres consommateurs; il ne peut donc jamais, par son abon 
dance et par son bas prix, devenir un encouragement à la popula- 
* Voyez Inquiry, etc. « Dans tous les pays dont la prospérité est progressive le 
&gt;. prix moyen du blé n'est jamais plus haut qu’il ne faut pour maintenir le taux 
» moyen de l’augmentation de production... Observations, pag. 21. 
« Toutes les fois qu’on consacre de nouveaux capitaux à la culture de la terre 
&gt;. pour en retirer des produits suffisants pour une population croissante soi! 
" (1" O» emploie ce capital à défricher de nouveaux terrains, ou à bonifier des 
•&gt; terres déjà en culture^ le point principal qu'on a en vue, ce sont les retours que 
on attend de ce capital ; c’est pourquoi l’on ne saurait retrancher la moindrp 
*&gt; portion des profits bruts sans affaiblir les motifs qui peuvent déterminer les 
" ‘capitalistes a employer leurs fonds de cette manière. Toute diminution des nrix 
^^.te pour le fermier, doivent entrer en comptes; et si, tous ces déboursés 
calcules le prix du produit ne laisse pas une rétribution suffisante pour le capi- 
emp oyé, d après le taux général des profits, et une rente au moins] égale à 
rente que payait la terre dans son état antérieur, il ne peut y avoir de motifs 
" su lisants pour qu’on entreprenne les améliorations projetées. » Observations, 
{'Aote de l’Auteur.)
        <pb n="436" />
        38“2 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
tion. A proportion que le blé peut être produit à peu de frais, le sur- 
haussemeiit des salaires des ouvriers augmentera les moyens qu’ils 
ont d’entretenir leurs familles. Aux Etats-Unis la population s’ac 
croît rapidement, parce que la nourriture y est produite à bas prix, 
et non parce qu’il y existe des approvisionnements abondants produits 
à l’avance. En Europe, la population augmente lentement en compa 
raison, parce que la production des subsistances y est coûteuse. D’a 
près le cours ordinaire des choses, la demande précède toujours l’ap 
provisionnement d’une denrée quelconque. En soutenant que le blé, 
comme les produits manufacturés, s’il n’avait pas la propriété de faire 
naître ses consommateurs, tomberait à son prix de production, 
M. Maltlius ne peut pas vouloir dire que toute la rente serait absor 
bée, puisqu’il a lui-même observé avec raison que lors même que 
les propriétaires renonceraient tout à fait à leur rente, le blé ne 
baisserait pas de prix pour cela. La rente est l’effet et non la cause 
des hauts prix, car il y a toujours des terres en culture qui ne 
paient aucune rente, et dont le produit en blé ne rapporte pas un 
prix suffisant pour payer les salaires et les profits. 
Dans le passage suivant, M. Maltlius a exposé habilement les cau 
ses de la hausse du prix des produits agricoles dans les pays riches 
dont la prospérité est croissante, et je suis là-dessus entièrement d’ac 
cord avec lui ; mais il me semble qu’il est en contradiction avec quel 
ques-unes des propositions qu’il a avancées dans différents endroits 
de son Essai sur la Rente. 
« J’ose affirmer, dit-il, qu’abstraction faite des variations subies 
»■ par le système monétaire d’un pays, et d’autres circonstances lem- 
» porairès et accidentelles, la cause du haut prix comparatif du blé 
. » en monnaie, est son haut prix réel comparatif, ou l’excédant de 
» capital et de travail qu’il faut employer pour le produire ; je pense 
» que ce qui fait que le prix réel du blé va toujours en montant 
» dans des pays déjà riches, et dont la prospérité et la population 
“ continuent à s’accroître, c’est la nécessité d’avoir constamment rc- 
» cours à des terrains plus ingrats, à des machines dont l’entretien 
» exige plus de dépense, et où chaque nouvelle addition de produits 
» agricoles ne s’obtient qu’avec plus de frais ; en un mot, la cause 
» du fait ci-dessus énoncé dépend de cette importante vérité : que le 
» blé dans un pays qui avance en prospérité se vend au prix conve- 
» nable pour que l’approvisionnement demandé soit fourni ; et qu’à 
„ mesure que cet approvisionnement devient de plus en plus difficile^ 
» le prix hausse à proportion. &gt;&gt;
        <pb n="437" />
        cil. XXIII. — DE L’OPiniON DE M. MALTllUS SLU LA DENTE. 383 
C’est avec raison que dans ce passage on fait dépendre le prix réel 
d’une denrée du plus ou moins de travail et de capital (c’est-à-dire de 
travail accumulé) qu’il faut employer j)our la produire. Le prix réel 
ne dépend pas, comme quelques écrivains l’ont prétendu, de la valeur 
eu argent, ni, comme d’autres l’ont avancé, de la valeur estimée en 
blé, en travail, ou comparée à toute autre denrée prise isolément, ou 
à toutes les denrées prises collectivement ; ce prix ne dépend, comme 
M. aialtlius le dit avec raison, que « de la j)lus ou moins grande somme 
" de capital et de travail qu’il faut employer pour la production. » 
Parmi les causes de la hausse des rentes, M. Malthus compte « un 
» accroissement tel de la population qu’il en résulte une baisse des 
» salaires. » Mais si à mesure que les salaires baissent, les profits du 
capital s’élèvent, et que, pris ensemble, ils aient toujours une même 
valeur, aucune baisse des salaires ne pourra faire monter les rentes, 
car elle ne diminuera ni la part, ni la valeur de la part du produit 
qui doit appartenir au fermier et au manouvrier ensemble, et par 
conséquent elle ne peut point laisser une part plus forte ni une va 
leur plus considérable pour le propriétaire. À proportion qu’on dé 
pensera moins en salaire, il en restera plus pour les profits, el vice 
versâ. Ce partage se fera entre le fermier et les travailleurs, sans que 
le propriétaire sen mêle; et dans le fait, c’est une affaire dans la- * 
quelle rien ne l’intéresse, si ce n’est la manière dont un certain mode 
de partage peut plus qu’un autre contribuer à faciliter de nouvelles 
accumulations, et à augmenter la demande des terres. Si les salaires 
baissent,;cc sont les profits qui monteront et non les rentes. Le sur- 
haussement des fermages et des salaires, et la diminution des profits 
sont en général les effets inévitables des mêmes causes, et ces causes 
sont :— la demande croissante de subsistances, la quantité plus consi 
dérable de travail nécessaire pour les produire, et conséquemment 
leur renchérissement. Le propriétaire pourrait renoncer à toute sa 
rente, sans que les travailleurs en tirassent le moindre profit. Si les 
travailleurs renonçaient à tout le montant de leurs salaires, les pro 
priétaires n’en retireraient pas non plus le moindre avantage ; mais 
dans ces deux cas, le fermier recevrait et garderait tout ce qui pour 
rait être ainsi abandonné. J ai tâché de faire voir, dans cet ouvrage, 
qu’une baisse dans les salaires n’aurait d’autre effet que de faire 
monter les profits. 
Lue autre cause de la hausse de la rente, selon M. Malthus, consiste 
dans " de telles améliorations en agriculture, ou dans un surcroît 
» d’efforts suffisant pour diminuer le nombre des ouvriers nécessaires
        <pb n="438" />
        384 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
» pour donner un résultat déterminé. «* Cela ne ferait pas hausser la 
valeur de tous les produits, et n’augmenterait pas par conséquent la 
rente. Au contraire : si, par suite de ces améliorations, la quantité 
nécessaire de subsistances pouvait être obtenue en employant moins 
de bras ou moins de terres, le prix des produits agricoles baisse 
rait, et une partie’ des . capitaux serait retirée de l’agriculture. Bien 
ne peut faire monter la rente que la demande de nouveaux terrains 
moins fertiles, Ou quelque cause qui puisse occasionner un change 
ment dans la fertilité relative des terrains déjà cultivés *. Des amé 
liorations dans l’agriculture et dans la division du travail, s’éten 
dent à tous les terrains; elles augmentent la quantité absolue des 
produits agricoles de chaque fonds de terre, sans peut-être déranger 
beaucoup les proportions relatives qui existaient auparavant entre 
les différents terrains. 
1 M. Malthus a relevé avec raison une erreur du docteur Smith. 
« L’argument du docteur Smith, dit-il, se réduit à ceci : Le blé a cette 
» singulière propriété qu’on ne peut en encourager la production de 
« la même manière que celle de toutes les autres marchandises. » 
Il ajoute : « Je ne prétends cependant pas contester la puissante 
») influence que le prix du blé a sur le prix du travail, en prenant 
’» le terme moyen d’un nombre considérable d’années ; mais cette in- 
« fluence n’est pas telle qu’elle puisse s’opposer au mouvement des 
» capitaux portés vers l’agriculture ou détournés de cet emploi ; ce 
b qui est le véritable objet de la discussion. Cela paraîtra suffisam- 
» ment prouvé par un examen rapide de la manière dont le travail 
» est payé et dont il est offert dans le marché, et par l’étude des 
» conséquences qui découleraient inévitablement de la proposition 
» d’Adam Smithy si elle était une fois admise*. ¿ 
M. Malthus cherche ensuite à prouver que la demande et le haut 
prix encouragent d’une manière aussi efficace la production des pro 
duits agricoles, que la demande et la cherté de toute autre marchan 
dise encouragent leur production. D’après ce que j’ai dit sur les effets 
’ Il est inutile de le répéter sans cesse, mais il faut toujours faire attention que 
le même effet aura lieu, non-seulement par l’emploi de différentes portions de 
capital, mais encore en employant sur les terres déjà cultivées des portions diffé 
rentes de capital avec des résultats différents, le fermage étant la| différence du 
produit obtenu moyennant un capital et un travail pareils sur une même ou sur 
différentes qualités de terrains. f^ote de VAuteur.) 
* Voyez Observations, etc., page 4,
        <pb n="439" />
        en. XXXII. - DK L’OPINION DE M. MALTHUS SLR LA RENTE. 38.% 
des [»rimes, ou voit que je suis entièrement de l’o])inion de M. Mai- 
thus. .T’ai cité le passade de son ouvrage intitulé : Observalions 
relaHves mix céréales, pour montrer combien le sens que cet écri 
vain, dans cet écrit, attache à l’expression prix réel, diffère de 
celui qu’il lui donne dans sa brochure intitulée : Motifs d’une Opi 
nion, etc. Dans cc passage, M. Malthus nous dit que « c’est la hausse 
» du prix réel du blé qui seule peut en encourager la [»roductioii, » 
et par prix réel il est clair qu’il veut désigner l’augmentation de sa 
valeur relativement à toutes les autres choses, ou, en d’autres termes, 
la hausse de son prix courant au-dessus de son prix naturel. Si c’est 
là ce que M. Malthus entend par prix réel, son opinion est certaine 
ment fondée; c’est en effet le surhaussement du prix courant du blé 
qui seul en encourage la production ; car on peut regarder comme 
principe infaillible que la seule chose qui puisse encourager l’aug 
mentation de production d’une denrée, c’est l’excès de sa valeur cou 
rante sur sa valeur naturelle ou nécessaire. 
Mais cette acception n est pas celle que, dans d’autres endroits, 
M. Malthus donne à l’expression prix réel. Dans l’Essai sur la Rente, 
il dit . « Par prix réel croissant du blé, j’entends la quantité réelle 
*» de travail et de eapital qui ont été employés pour produire les der- 
“ Bières additions qui ont été faites au produit national. * Dans un 
autre endroit, il dit que « la cause du prix réel et comparativement 
M élevé du blé, est la plus grande quantité de capital et de travail 
» qu’on doit employer pour sa production (*). » Si, dans le passage 
précédent, l’on substituait à l’expression de prix rëcUa définition 
de M. Malthus, n’aurait-il pas le sens suivant? « 11 est elair que c’est 
» l’augmentation du travail et du capital qu’il est nécessaire d’em- 
« ployer pour la production du blé qui peut seule en encourager la 
» production. » 11 vaudrait autant dire, que c’est évidemment la 
hausse du prix naturel et nécessaire du blé qui en encourage la pro 
duction— proposition tout à fait insoutenable. Ce n’est pas le prix 
auquel on peut produire du blé qui peut influer sur la quantité pro- 
* En montrant ce passage à M. Malthus, au moment où ces feuilles allaient 
être livrées à l’impression, il observa que « dans ces deux passages, il avait, par 
&gt;&gt; inadvertance, employé l’expression pr/x réel au lieu de frais de production. » 
D’après ce que j’ai déjà dit, l’on verra, que je pense, au contraire, (|ue dans ces 
deux cas il a employé l’expression de prix réel dans son acception vraie et exacte, 
et que ce n’est (jue dans le passage cité plus haut que cette expression est inexacte. 
(Note de l’Auteur.J 
25 
{OEm\ de Ricardo.)
        <pb n="440" />
        380 
PRINCIPES DK L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
duite, mais bien le prix auquel ou peut le vendre. C'est eu raison 
de l’exeédant du prix sur les frais de production, que les capi 
taux sont attirés vers l’agriculture ou qu’ils eu sont détournés. Si 
cet excédant est tel qu’il donne au capital ainsi employé un plus grand 
profit que le profit général des capitaux, ces capitaux aiïllieront vers 
l’agriculture. Si ce profit est moindre , on les détournera de cet em 
ploi. 
Ce n’est donc pas par un changement dans le prix réel du blé que 
sa production est encouragée, mais bien jiar un cliangement dans 
son prix courant. Car ce n’est point « parce qu’il faut employer une 
» plus grande quantité de capital et de travail pour produire le 
»blé, » — telle est la définition exacte que M. Itlalthus donne 
du prix réel, — qu’il y a plus de capitaux et plus de bras attirés 
vers l’agriculture ; cela vient uniquement de ce que le prix courant 
est monté au-dessus de ce prix réel, et que, malgré le surcroît des 
charges, la culture des terres présente encore l’emploi le plus pro 
fitable pour les capitaux. 
Bien n’est mieux fondé que les observations suivantes de M. Mal- 
thus sur la mesure de la valeur adoptée par Adam Smith.| « Il est 
» clair qu’Adam Smith a été conduit à raisonner de la sorte à ce 
» sujet, par l’habitude où il était de considérer ¡e travail anime la 
» mesure constante de ta valeur, et le blé comme la mesure du tra- 
» vail.Màis riiistoirc de notre pays démontre pleinement combien 
» le blé est une mesure inexacte de la valeur ; on y voit combien la 
» main-d’œuvre, comparée au blé, a éprouvé de variations très- 
» grandes et remarquables, non-seulement d’une année, mais d’un 
* siècle à l’autre, et pendant dix , vingt et trente ans consécutifs. 
» Que ni le travail ni aucune autre denrée ne peuvent servir de mesure 
-&gt; exacte de la valeur réelle d’échange, c’est là un des principes ran- 
» gés aujourd’hui en Économie politique parmi les mieux établis ; 
» et en effet, il découle de la définition même de la valeur éclian- 
» geable. » 
Si, ni le blé, ni le travail ne sont des mesures exactes de la va 
leur réelle échangeable, et il est clair qu’ils ne le sont pas, quelle 
autre chose peut donc servir de mesure? — Aucune assurément. 
Dans ce cas, si l’expression de prix réel des choses a un sens, ce doit 
être celui que lui donne M. Maltbus, dans son Essai sur la Hente : 
ce prix doit se mesurer jiar la quantité proportionnelle de capital et 
de travail nécessaire pour la production de ces choses. 
Dans ses Recherches sur la nature de la Rente M. Maltbus dit :
        <pb n="441" />
        CH. XXXII. — DE L’OPIMON DE M. MALTHÜS SDR LA RENTE. 387 
« qu’abstraction laite des variations dans la monnaie d’un pays, et 
» d’autres circonstances temporaires et accidentelles, la cause du 
« prix en argent com])arati\ement haut du blé', est son haut prix 
» réel comparatif, ou la plus (jrande quanlilé de capital et de travail 
qu’il faut employer pour sa production *, &gt;&gt; 
Voilà, je pense, l’explication exacte de toutes les variations per 
manentes du prix du blé, aussi bien que du prix de tous les autres 
produits. Une marchandise ne saurait éj)rouver une hausse perma 
nente de prix que par une de ces deux causes, ou parce qu’il faut 
plus de capital et de travail pour sa production, ou parce que la mon 
naie a baissé de valeur; et, au contraire, une chose ne saurait baisser 
de prix à moins qu’il ne faille moins de capital et de travail pour la 
produire, ou que la monnaie n’ait haussé de valeur. 
Une variation causée par un changement de valeur dans la monnaie 
agit à la fois sur toutes les marchandises ; mais une variation causée 
par le plus ou moins de capital et de travail nécessaires à la produc 
tion d une chose, est bornée, dans ses effets, à cette chose même. 
L importation libre du blé , ou des perfectionnements en agricul 
ture, feraient baisser le prix des produits agricoles, mais ii’inilue- 
raient sur le prix des autres marchandises, qu’en proportion de la 
diminution de valeur réelle ou de frais de production des produits 
agricoles qui pourraient servir à fabriíjuer ces marchandises. 
ÄI. Maitlius a admis ce principe, et, pour être constiquent, il ne 
IKîut pas, ce me semble, soutenir que la totalité de la valeur en mon 
naie de toutes les marchandises d’un pays doit diminuer exactement 
à proportion de la baisse du prix du blé. Si le hjê consommé annuel- 
ment dans le pays était de la valeur de dix millions, et si les mar 
chandises manufacturées et étrangères consommées ])endant le même 
temps valaient 20 millions, — faisant aiqsi un total de 30 millions, 
on aurait tort de conclure que la dépense annuelle serait réduite à 15 
millions, parce que le blé aurait baissé de 50 pourcent, ou de 10 à 
5 millions. 
La valeur des produits immédiats de la terre qui entreraient dans 
la composition de ces marchandises manufacturées , pourrait ne pas 
excéder 20 pour cent de leur valeur totale, et, par consiiqucnt, la 
valeur des produits manufacturés, au lieu de baisser de 20 mil 
lions à dix, ne tomberait que de 20 millions à 18. Après la
        <pb n="442" />
        388 PRINCIPES DE L’ECONOMIE POLITIQUE. 
baisse de 50 pour cent dans le prix du blé, la somme totale de toute 
la dépense annuelle, au lieu de tomber de 30 millions à 15, 
descendrait de 30 millions à 23*. 
• Au lieu de considérer sous ce point de vue l’effet d’une baisse dans 
la valeur des produits agricoles, comme M. Malthus devait le faire 
d’après le principe qu’il venait d’admettre, il la regarde comme équi 
valant précisément à une hausse de 100 pour cent dans la valeur de 
la monnaie, et il raisonne en conséquence eomme si toutes les mar 
chandises devaient tomber à la moitié de leur ancien prix. 
« Vendant les vingt années qui se sont écoulées depuis 1794, dit-il, 
» jusqu’à 1813, le prix moyen du blé, en Angleterre, était d’environ 
» 83 shillings le quarter ; pendant les dix dernières années de cette 
» période, il a été de 92 shillings, et pendant les cinq dernières de 
» ces vingt années, de 108 shillings. Dans le cours de ces vingt ans, 
» le gouvernement emprunta près de 500 millions st. desquels, abs- 
» traction faite du fonds d’amortissement, il s’engagea à payer eii- 
» virón 5 pour cent, selon un terme moyen approximatif. Mais si le 
» blé baissait à 50 shillings le quarter, et toutes les autres choses à 
» proportion, le gouvernement, au lieu d’un intérêt de 5 pour cent, 
» se trouvait en payer un de 7, 8,9, et mèjue de 10 pour les der- 
» niers 200 millions. 
» Je ne trouverais peut-être rien à redire à une générosité si ex- 
„ traordinaire envers les rentiers de l’État, s’il ne fallait pas consi- 
» dérer aux dépens de qui elle est faite ; et un moment de réflexion 
* suffira pour nous faire apercevoir que ce ne peut être qu’aux dé- 
» pens des classes industrieuses de la société et des propriétaires, 
» c’est-à-dire aux dépens de tous ceux dont le revenu nominal est 
« sujet à varier par suite des variations dans la mesure de la valeur. 
» Le revenu nominal de cette partie de la société, comparé avec le 
» terme moyen du prix des cinq dernières années de cette période, 
» se trouvera réduit de moitié, et sur ce revenu, ainsi réduit nomi- 
» nalement, ils auront à payer le même montant nominal d’im- 
. » pôts^. » 
* Les ouvrages manufacturés ne pourraient pas même baisser dans cette pro 
portion, car, dans le cas supposé, il y aurait une nouvelle distribution des métaux 
précieux dans chaque pays. Ceux de nos produits qui seraient à bon marché se 
raient exportés pour être échangés contre du blé et de l’or, jusqu’à ce que l’ac 
cumulation de l’or le fit baisser de valeur, et fit hausser en même temps le prix 
en argent des denrées. fNote de l Auteur J 
a Voy. Grounds of an Opinion, etc., page 36.
        <pb n="443" />
        cil. X\Xll. - DE L'OIMMON DE M. M.XLTIIUS SUR L\ RENTE. 38» 
D’abord, il me semble que j’ai déjà fait voir que le revenu nomi 
nal ne sera pas réduit dans la proportion que M. Malthus cherche a 
établir ; il ne s’ensuivrait pas de ce que le blé aurait baissé de 50 
pour cent, que la valeur du revenu de chaque particulier se trouvât 
réduite de 50 pour cent 
En second lieu, je crois que le lecteur conviendra avec moi que ce 
fardeau, en admettant qu’il existe, ne pèserait pas exclusivement 
sur « les propriétaires et les classes industrieuses de la société. •» Le 
créancier de l’État, dans la dépense qu’il fait, paie sa part, pour 
subvenir aux dépenses de l’État, de la même manière que les autres 
classes de la société. Dans le cas donc où l’argent augmenterait de 
valeur réelle, quoiqu’il reçoive une valeur plus forte, il en paiera 
également une plus grande en impôts. Il ne peut donc être vrai de 
dire que toute l’addition à la valeur réelle de l’intérêt, doit être 
payée par les propriétaires et par les classes indusirieuses. 
Mais tout l’argument de M. aialthus repose sur une base peu so 
lide. Il suppose que, parce que le revenu brut du pays est diminué, 
il faut, par conséquent, que le revenu net le soit également, et dans 
la même proportion. Un des objets que j’ai eus en vue dans cet ouvra 
ge a été de montrer que, par suite de toute baisse dans la valeur des 
choses de première nécessité, les salaires du travail doivent baisser, 
et les profits du capital s’élever, ou, en d’autres mots, que, sur une 
valeur annuelle déterminée, une moindre portion serait donnée en 
paiement à la classe ouvrière, et une jilus considérable reviendrait à 
ceux dont les capitaux ont servi à payer le travail de cette classe. 
Supposons que la valeur des produits d’un genre particulier d’indus 
trie soit de 1000 1. St., et qu’elle soit partagée entre le maître et ses 
ouvriers, de telle sorte que 800 1. appartiennent aux ouvriers, et ‘iOO 
livres au maître ; si la valeur de ces produits tombait à 000 livres, 
et qu’on épargnât 100 1. sur les salaires des ouvriers par suite de la 
baisse des objets de première nécessité, le revenu net du fabricant 
n’en souffrirait nullement, et par conséquent il pourrait aussi aisé 
ment payer le même montant d’impôts après cette réduction de 
prix 
' M. Maltlius, dans un autre endroit de son ouvrage, suppose que les denrées 
varient de 25ou de 20 pour cent, pendant que le blé varie de 33 '/s pour oent. 
{'yo/e (le rAuteur.) 
^ Dans le chapitre xxvi, j'ai observe que les ressources réelles d’un pays et ses
        <pb n="444" />
        3íl() ' PRINCIPES DE l/ECONüMlE POLITIQUE. 
11 est essentiel d’établir nettement la dilférence qui existe entre le 
revenu net et le revenu brut, car c’est au moyen du revenu net de la 
société que s’acquittent les taxes. Supposons que toutes les marchan 
dises du pays, tout le blé, les produits agricoles, les produits manu 
facturés qui peuvent être jetés sur le marché dans le cours de Tan- 
née, aient une valeur de vingt millions; supposons que le travail 
d’un certain nombre d’hommes soit nécessaire pour créer cette va 
leur, et qu’enlin le strict nécessaire de ces ouvriers exige une dépense 
de 10 millions : je dirai, dans ce cas, que le revenu brut de la so 
ciété est de vingt millions et son revenu net de dix millions. 11 ne 
résulte pas cependant de cette hypothèse que les ouvriers ne doivent 
recevoir que dix millions pour leur travail : ils pourraient recevoir 
12, 14 ou même 15 millions et entrer ainsi en partage du revenu net 
pour une somme de 2, 4 ou 5 millions. Le reste se diviserait entre 
propriétaires et capitalistes ; mais la totalité du revenu net n’excéde 
rait pas dix millions. En admettant maintenant que la société, dont 
nous analysons ici les ressources, supporte un impôt de deux mil 
lions, son revenu net tomberait à 8 millions. 
Supposons maintenant que la valeur de la monnaie hausse d’un 
dixième, toutes les marchandises baisseraient à la fois, entraînant 
avec elles le salaire. En effet, comme les objets nécessaires à l'ouvrier 
forment une portion intégrante de ces marchandises, le revenu brut 
descendrait à 18 millions et le revenu net à 9 millions. Si les taxes 
diminuaient dans la môme proportion, et qu’au lieu de 2 millions on 
ne prélevât plus que. 1,800,000, 1. le revenu net descendrait à 7 mil 
lions 200,000 1. qni auraient une valeur égale à celle des 8 millions 
primitifs, et la société n’aurait ni perdu ni gagné à ces événe 
ments. Mais supposons que, malgré la hausse de la monnaie , on 
maintînt les taxes à deux millions, la société serait évidemment plus 
pauvre de 200,000 1. par an, car en réalité les contributions se 
seraient accrues d’un neuvième. Et en effet, altérer la valeur pécu 
niaire des marchandises en altérant la valeur de la monnaie et en 
continnant de lever la môme somme d’impôts, n’est-ce pas accroître 
incontestablement les charges de la société ? 
facultés pour payer des impôts, dépendent de son revenu net, et non de son revenu 
brut. fMoie de f \iuteur.J 
Foyez ma note du chapitre 26, où je crois avoir prouvé précisément le con 
traire.— J.-B. Sa Y.
        <pb n="445" />
        CH. XXXH. — DE L’OPINION DE M. MALTUUS SLR LA REME. 31)1 
Mais supposons que, sur ces dix millions de revenu net, les pro 
priétaires reçoivent cinq millions à titre de rente, et que par la facilité 
de la production, ou par l’importation du blé, le prix naturel de cet 
article descendit d’un million, la rente baisserait immédiatement 
d’un million, et les prix de l’ensemble des marchandises subiraient 
une dépression pareille ; mais le revenu net resterait invariable. Iæ 
revenu brut serait, il est vrai, de II) millions seulement, et les frais 
nécessaires pour l’obtenir de 9 millions, mais le revenu net se main 
tiendrait à 10 millions. Maintenant supposons qu’on prélève deux 
millions comme taxes sur ce revenu brut amoindri, la société en 
serait-elle plus riche ou ])lus pauvre? Plus riche, dirons-nous sans 
hésiter ; car après le paiement de leurs taxes, elle aurait comme 
toujours un revenu libre de 8 millions à dépenser en marchandi 
ses, dont la quantité se sera accrue et dont la valeur aura Iléchi dans 
la proportion de 20 à 19. Et on pourrait non-seulement conserver 
alors la même taxe, mais encore l’aggraver tout en voyant s’ac 
croître le bien-être de la classe ouvrière. 
Si le revenu net de la société, après qu’on aura payé les mêmes 
taxes en argent, est aussi grand qu’auparavant, et si la classa; des pro 
priétaires perd un million par l’abaissement de la rente, les autres 
classes productives, en dépit de la chute des prix, devront avoir des 
revenus en argent plus considérables. Le capitaliste jouira alors d’un 
double bénéfice : le blé et la viande de boucherie (jue lui et sa fa 
mille consomment baissera de prix, et d’un autre côté, il pourra di 
minuer le salaire de ses domestiques, jardiniers, ouvriers de tout 
genre. Ses chevaux et ses bestiaux lui coûteront aussi beaucoup 
moins à acheter et à nourrir; et il en sera de même pour toutes les 
marchandises où les produits naturels entrent comme partie princi 
pale. On le voit donc : cette série d’économies faites sur ses dépenses, 
jointe à l’accroissement de valeur de son revenu, doit lui proliter dou 
blement et lui permettre non-seulement d’augmenter la somme de 
ses jouissances, mais encore de supporter, s’il le fallait, des taxes 
supplémentaires. Ces mêmes observations s’appliquent aux fermiers 
et à toutes les classes de commerçants. 
« Mais, dira-t-on, le revenu du capitaliste ne se trouve nullement 
accru et le million enlevé à la rente du propriétaire sera payé aux 
ouvriers sous forme d’un excédant de salaires. Soit, je 1 admets; 
mais cela même ne change rien à mon argument. La situation de la 
société SC sera améliorée et elle pourra supporter avec bien plus de 
facilité les mêmes taxes en argent. Seulement, — ce qui est infini
        <pb n="446" />
        392 ■ . ’PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
ment désirable et heureux, — la situation de la classe la plus impor 
tante, la plus utile de la société, sera précisément celle qui s’amélio 
rera le plus sous l’influence de cette nouvelle distribution. Tout ce 
qu’elle reçoit au-dessus de 9 millions , forme une partie du revenu 
net du pays et ne peut être dépensé sans ajouter à son revenu, son 
bonheur ou sa puissance. Distribuez donc sans soucis le revenu net. 
Donnez-en un peu plus à une classe, un peu moins à une autre, et 
vous ne l’aurez cependant pas diminué : car la même somme de travail 
n’en aura pas moins produit une plus grande somme de marchandises, 
parce que la valeur en argent de ces marchandises aura fléchi. Mais 
le revenu net du pays, ce fonds qui défraie les budgets et les jouissan 
ces du pays ; le revenu net, dis-je, sera bien plus apte que jamais à 
entretenir la population actuelle , à supporter les taxes nationales , 
à répandre de toutes parts le bien-être et le luxe. 
11 est hors de doute que le rentier de l’État gagne beaucoup à une 
forte baisse du blé; mais si personne ne souffre de cette baisse, ce 
n’est pas une raison qui puisse engager à prendre des mesures pour 
faire renchérir le blé ; car le gain du rentier est un gain national, et, 
ainsi que tout autre gain, il augmente la richesse et la puissance réelles 
du pays. S’il fait un profit indu, il faut examiner exactement jusqu’à 
quel point cela est, et c’est alors à la législature à en chercher le 
remède ; mais rien ne peut être plus impolitique que de nous priver 
entièrement de tous les avantages qui résultent du bas prix du blé 
et d’une grande abondance de produits, par le seul motif que le 
• rentier de l’État eu tire un avantage qui ne lui serait pas dù. 
Jusqu’à ce jour on n’a jamais essayé de régler les dividendes des 
fonds publics d’après la valeur en argent du blé. Si l’équité et la 
bonne foi exigeaient un pareil réglement, les possesseurs des vieilles 
rentes auraient une grande somme à réclamer; car ils ont, depuis un 
siècle , reçu toujours les mêmes dividendes en argent, quoique pen 
dant cette époque le blé ait peut-être doublé ou triplé de prix '. 
M. Malthus dit : « 11 est vrai que les dernières additions que l’on 
» fait aux produits agricoles d’un pays dont la prospérité est crois- 
* ]M. Mac Culloch, dans un écrit plein de mérite, a fortement soutenu qu’il était 
juste de rendre les dividendes de la dette nationale conformes à la valeur réduite 
du blé. Il est partisan de la liberté du commerce des grains, mais il pense qu’elle 
devrait être accompagnée d’une réduction de l’intérêt payé au créancier de 
l’État*. (Sotede V,tuteur.J 
* Ricardo a lui meme répondu à cet expédient élrnn&lt;&gt;ecl inexplicable.
        <pb n="447" />
        CH. XXXH. — DE L’OFINION DE M. MALTHUS SLR LA RENTE. 393 
« sante, ne sont pas accompagnées d’une grande augmentation de 
» rente ; et c’est précisément cela qui doit décider un pays riche à 
» importer une partie du blé qu’il consomme, s’il peut être assuré 
" d’en obtenir un approvisionnement uniforme. Mais dans tous les 
» cas, l’importation du blé étranger ne peut convenir à une nation, 
» à moins qu’il ne soit moins cher que le blé récolté dans le pays, 
» d’une valeur égale à celle des profits et de la rente que rapporte 
“ le blé du cru, qui est ainsi remplacé. » Voyez Grounds, etc. 
page 36. 
De même que la rente est l’effet de la cherté du blé, l’extinc 
tion de la rente est la suite d’un prix très-bas. Le blé étranger n’en 
tre jamais en concurrence avec le blé du cru qui ne paie aucun fer 
mage ; la baisse du prix est toujours supportée par le propriétaire, 
jusqu’à ce que tout son fermage soit absorbé ; si le prix baisse en 
core davantage, le capital ne rapportera plus les profits ordinaires , 
il sera détourné de la culture de la terre pour être employé autre 
ment , et le blé qui était récolté sur cette terre, sera alors, et pas 
avant, remplacé par dublé importé. L’extinction du fermage occa 
sionnera une perte de valeur estimée en argent, mais il y aura aug 
mentation de richesse. La somme totale des produits de l’agriculture 
et autres se trouvera augmentée par la plus grande facilité de leur 
production : et, quoique augmentés en quantité, ils auront diminué 
de valeur. 
Deux hommes emploient des capitaux égaux, l’un à l’agriculture, 
l’autre aux manufactures. Le premier capital rapporte un revenu 
annuel net de 12001. st., dont 1000 1. restent pour les profits, et 200 
sont payées pour la rente : le capital employé dans l’industrie ne rap 
porte qu’une valeur de 1000 1. par an. Supposons qu’au moyen de 
l’importation l’on puisse obtenir la même quantité de blé en échange 
de marchandises qui coûtent 950 1., et qu’en conséquence le capital 
de l’agriculteur soit détourné vers les manufactures, où il peut pro 
duire une valeur de 1000 1. ; dans ce cas, le revenu net de la nation 
aura perdu en valeur, se trouvant réduit de 2200 1. à 2000 1.; mais 
il y aura non-seulement la même quantité de produits et de blé pour 
la consommation du pays, mais encore un surcroît égal à la quantité 
de produits qu’on pourra acheter avec 50 1., montant de la différence 
«ntre la valeur que les produits manufacturés rapportaient de l’é- 
Iranger, et la valeur du blé qu’on y achetait*. 
' Or, voilà précisément la question à résoudre relativement aux avantages re-
        <pb n="448" />
        394 
PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. ' 
M. Malthiis dit : « Adam Smitli a observé avec raison, que jamais 
» des quantités égales de travail employées en industrie ne sauraient 
» reproduire autant qu’en agriculture. » Si Adam Smith veut parler 
de valeurs, il a raison ; mais s’il parle de richesse, ce qui est le 
point important, il se trompe ; car il a lui-même défini la richesse 
en disant qu’elle consistait dans les choses nécessaires, utiles ou 
agréables à la vie. Des choses nécessaires ou utiles d’une espèce ne 
peuvent pas être comparées avec celles d’une autre espèce ; la valeur 
d’utilité ne peut être estimée d’après aucune mesure connue; chacun 
l’estime à sa manière. 
latifs que l’on trouve à importer ou à faire croître du blé. On n’importera ja 
mais de blé j usqu’à ce que la quantité obtenue au dehors par l’emploi d’un certain 
capital, excède la quantité que ce même capital créerait dans le pays, et excède 
non-seulement la portion qui appartient au fermier, mais encore celle qui va au 
propriétaire à titre de rente. 
J": 
FIN DES PRINCIPES DE l’ÉCONOMIE POI.ITIQDE.
        <pb n="449" />
        OEUVRES DIVERSES, 
RELATIVES A DES 
QUESTIONS DE Mü^Si\lE, DE DV\Dl]E, DE Fl^AWES, 
ET DE LIBERTÉ COMMERCIALE, 
TRADUITES EN FRANÇAIS 
PAR RI. ALC. rONTETRAUD.
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        INTRODUCTION. 
Pour qui connaît la vie de Ricardo, ces longues années passées dans le 
tourbillon des affaires de bourse, sur ce terrain glissant de la hausse et de 
la baisse, où l’équilibre est si difficile à conserver pour les plus puissantes 
fortunes’comme pour les plus nobles âmes; pour qui a pénétré dans 
celte carrière partagée entre les préoccupations du spéculateur, les médi 
tations de l’écrivain et les plaidoyers du député ; enfin pour qui a suivi 
cet économiste remarquable, dont la pensée nourrie de faits, fortifiée par 
une pratique constante, a su s’élever jusqu’aux plus hautes conceptions 
de la science, il paraîtra tout simple que son plus beau titre au respect 
des penseurs soit cette série de brochures où il a remué successivement 
les questions relatives à la monnaie, aux banques, aux dettes publi 
ques , etc. C’est au centre des événement, en effet, qu’il a pu reconnaître à 
quel point la logique est chose inflexible de sa nature, à quel point le plus 
petit écart des lois posées par la théorie réagit en secousses, en crises terri 
bles , sur le mouvement économique d’un grand pays. La fidélité im 
placable avec laquelle les moindres excès dans les émissions du signe 
monétaire se reflètent dans la hausse ou la baisse des fonds publics, 
des marchandises, du change extérieur; la pression des événements so 
ciaux, des disettes, des guerres sur la prospérité générale, tout cela 
devait frapper vivement une intelligence aussi lumineuse que celle de 
M. Ricardo, et le conduire à chercher des principes qui pussent porter 
l’ordre dans ce chaos, des principes qui fissent de la circulation monétaire 
un agent docile, souple entre les mains du commerce, et non une arme 
dangereuse toujours prête, en se brisant, à disloquer soudainement l’é 
difice des affaires. Là où tant d’individus ne voyaient qu’une occasion de 
bénéfices quand même, dans les hasards des événements et des hommes ; 
là où tant d’autres ne voyaient qu’un affligeant scandale ou un irréparable 
désordre, il vit le point de départ de doctrines nouvelles et réparatrices. 
Aussi de toutes les consécrations qui couvrent les écrits qui vont suivre, 
celle qui manque le moins est-elle celle de la pratique. 
Ces empiriques,—adorateurs du fait accompli ou du fait qui s’accomplit, 
qui repoussent toute Idée générale et sont toujours prêts à nier, par exem-
        <pb n="452" />
        398 
INTRODUCTION. 
pie, les lois de l’équilibre parce qu’un cheval s’abat, ou les lois de la vitesse 
parce que tel ou tel gouvernement est en retard ; ces intéressés ou ces myo 
pes, en un mot, qui ne voient pas que la théorie c’est l’intelligence appliquée 
aux événements et les devançant, seraient mal venus sans doute à atta 
quer comme nuageux les principes d’un homme qui a gouverné la finance, 
remué les spéculations par milliards et démontré son habileté pratique par 
une fortune de quelques millions. Aussi l’opinion publique, en Angleterre, 
ne s’y est-elle jamais trompée. Dès l’apparition de son premier pamphlet 
(fraci) publié en 1811, et ayant pour titre : Le haut prix des lingots est une 
preuve de la dépréciation des billets de banque^ on reconnut ce qu’il y avait 
d’expérience dans la vie de M. Ricardo , on pressentit ce qu’il y aurait de 
vigueur et d’initiative dans sa pensée. La faveur qui accueillit ce premier 
jet de son talent, où il rappelait les banques éperdues et avides à la modéra 
tion dans l’émission des billets , le suivit dans toutes ses autres productions 
et prépara le magnifique succès obtenu par les Principes d’Économie Poli 
tique, publiés, comme nous l’avons déjà dit, en 1817. Si bien qu’il n’est pas 
d’écrivain en Angleterre dont l’influence ait été plus puissante , plus univer 
sellement acceptée. Dans toutes les grandes crises financières,de ce pays, on 
voulut connaître son opinion, on vint lui demander des solutions ; et tandis 
qu’à de faibles distances paraissaient successivement : la fíéponse aux 
observations de M. fíosanquet; VEssai sur l’influence du bas prix des cé 
réales sur les profits du capital; le Projet d’une circulation economique et 
sûre : le Plan d’une banque nationale; tandis que 1rs esprits méditaient ces 
œuvres, dictées par le moment et écrites sur la brèche, le parlement applau 
dissait aux trop rares discours qu’il prononça sur les questions de crédit 
et de richesse nationale. En 1819, le jour où sir R. Peel présenta le bill 
célèbre pour la reprise des paiements de la banque d’Angleterre, suspen 
dus depuis 1797 , toute la chambre se leva en masse pour prier M. Ricardo 
d’émettre son avis sur cette grave matière. 11 ne fallut même rien moins 
que cette ovation des esprits pour desceller ses lèvres que la timidité avait 
tenues fermées pendant toute la session. On admira dans cette occasion la 
mâle simplicité de son langage, langoureuse netteté de sa logique, et on s’ha 
bitua à la domination latente d’un penseur qui retrempait chaque jour ses 
doctrines dans les eaux vives de la réalité. Nous né saurions rien dire qui 
fiit pour les œuvres de Ricardo un plus grand éloge. Faire désirer sa voix 
par une assemblée d’hommes éminents; agir sur les résolutions de cette 
assemblée et signer de vastes réformes financières, c’en est assez sans doute 
pour recommander des écrits et constater leur haut mérite , sinon leur vé 
rité absolue et complète. 
Dans V introduction générale qui précède ce volume, nous avons discuté la
        <pb n="453" />
        INTRODUCTION. 
399 
valeur scientifique des principes établis par l’auteur dans ses nombreuses 
brochures. Ces essais détachés ont été comme une préparation aux Princi 
pes , et nous avons voulu faire assister le lecteur à cette marche graduelle 
du talent de Ricardo, à l’essor d’une pensée qu’éveillent d’abord des inté 
rêts , des difficultés de chaque jour, et qui se crée peu à peu des vues d’en 
semble et un corps de doctrines. Ce n’est pas là le côté le moins original de 
l’écrivain dont nous avons essayé d’interpréter et parfois même de réfuter 
les idées; et l’on peut même dire que Ricardo restera surtout pour ses écrits 
sur la circulation monétaire , quoique pour la masse des esprits son titre 
principal repose sur son grand ouvrage. 
Il nous a paru bon de rectifier cette erreur et de reporter la célébrité du 
savant économiste à ses véritables sources. En traduisant ces brochures 
pour la première fois en français, — en initiant les esprits à la dialectique 
serrée et parfois algébrique qui effraya si longtemps les directeurs de ban 
ques, nous croyons donc avoir complété à la fois une œuvre et une répu 
tation. A ce double titre Ricardo nous accordera la plus grande marque 
de bienveillance qu’on puisse attendre d’un écrivain : il nous pardonnera 
de l’avoir traduit. 
A. Fonteyraud.
        <pb n="454" />
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        <pb n="455" />
        LE HAUT PRIX DES LINGOTS 
EST UNE 
PREUVE DE LA DÉPRÉCIATION DES BILLETS DE BANQUE; 
traduit sur LA CINOUIÈME ÉDITION, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE D’UN 
appendice 
(OEuv.de /ii'carrfo employée dans le monde œimiu; m
        <pb n="456" />
        402 OEUVRES DIVERSES. 
iiaie serait cxtrómement niiiiinie ou extrêmement abondante, qu’elle 
n’altérerait en rien les proportions dans lesquelles ils se divisent par 
mi les nations. Le seul eflet que produiraient ees variations de 
quantité serait d’élever ou d’abaisser relativement le prix des mar 
chandises avec lesquelles on les échange. 
La plus petite quantité de numéraire remplirait aussi bien que la 
somme la plus considérable les fonctions d’un agent de la circulation. 
Dix millions seraient aussi puissants (jue cent millions pour atteindre 
ce résultat. Le docteur Smith fait observer que « les mines les plus 
» abondantes de métaux précieux n’ajouteraient rien a la richesse du 
» globe, — un produit qui fonde sa principale valeur sur sa rareté 
.» éiant nécessairement déprécié lorsqu'il abonde. » 
Si, dans sa marche vers la richesse, une nation avançait plus rapi 
dement que les autres, elle demanderait et obtiendrait une plus laige 
portion des monnaies du monde. Son commerce, ses marchandises 
et ses paiements s’accroîtraient, et la circulation métallique du globe 
se diviserait encore sous l’influence de nouvelles proportions : toutes 
les nations répondraient immédiatement à eet appel pour leur part 
re.sj)ecti&gt;e. 
De même si une nation dissipait une partie de sa richesse ou per 
dait une jwrtie de son commerce , elle ne pourrait plus conserver la 
mèinp quantité de ces agents de circulation : une portion serait expor 
tée et divisée parmi les autres nations jusqu’à ce que les proportions 
habituelles fussent rétablies. 
Tant que la situation relative des pays ne variera pas, ils pourront 
entretenir un vaste commerce, mais leurs importations et leurs ( X 
portations seront égales af)rès tout. Il se pourrait que, relatiff 
ment à la France, les importations de l’Angleterre fussent plus con 
sidérables que ses exportations; mais la consé(|uence serait que la où 
eilt exporterait davantage les importations de la H rance seraient plus 
nombreuses : de telle sorte que les iinporlatious et les expoitâtions 
de tous les pays se balanceraient réeùproquement. Des lettres de 
change serviraient à ellectucr les paiements n&amp;essairi s, mais aucune 
monnaie ne se déplacerait, parce qu elle aurait partout la même va 
leur. 
Si on découvrait une mine d’or dans un pays, les monnaies y é|)rou- 
veraient une diminution de valeur résultant de la multiplication des 
métaux précieux jetés dans la circulation, et n’y conserveraient plus 
dès lors une valeur égale à celle qu’elle aurait dans les autri* pays. 
L’or et l’argent, obéissant soit comme numéraire, soit comme lingots,
        <pb n="457" />
        LE HAUT PKIX DES LINGOTS. m 
aux lois qui régissent les autres marchandises, deviendraient immé 
diatement des objets d’exportation. Ils abandonneraient le pays où ils 
sont à bas prix pour ceux où ils sont chers, et continueraient à se 
déplacer jusqu’à ce que la mine eût cessé de produire, et jusqu’à ce 
que la proportion qui existait dans chaque pays entre le capital et 
les monnaies, avant la découverte, fût de nouveau rétablie, et l’or 
et l’argent rendus partout à une valeur uniforme. En échangé de l’or 
exporté on importerait des marchandises. Et quoique le pays d’où 
sortirait la monnaie ou les lingots dût avoir contre lui ce qu’on ap 
pelle habituellement la balance du commerce, il est évident qu’il fe 
rait un commerce avantageux ; car il exporterait un ôbjet, pour lui 
dépourvu d’utilité, en retour de marchandises qui contribu eaient à 
l'extension de ses manufactures et au développement de sa richesse. 
Supposons qu’au lieu de découvrir une mine dans un pays on y 
fondât une banque, telle que la banque d’Angleterre, revêtue du 
pouvoir d émettre ses billets comme agents de circulation. Aussitôt 
qu une forte émission, provoquée soit par des prêts aux marchands, 
soit par des avances au gouvernement, serait venue ajouter une 
somme considerable à la niasse de la circulation, on verrait sc re 
produire un phénomène analogue à celui de l’hypothèse précédente. 
agent de la circulation baisserait de valeur, et les marchandises 
éprouveraient une hausse proportionnée. L’équilibre entre cette na 
tion et les autres ne fiouiTait alors se rétablir que par l’exportation 
d une partie du numéraire. 
L établissement de la banque, et l’émission subséquente de ses bil 
lets agissent donc, comme la découverte d’une mine, à titre de sti 
mulant, sur l’exportation des lingots ou du numéraire. Cette ac 
tion est même une condition uécessaire sans laquelle ils ne présen 
teraient aucun avantage. La banque substitue une circulation sans 
va eur a une autre circulation éminemment coûteuse. Elle non« 
vertís» t à ceux qu’ou obUeudraiten e«..- 
im T "T P“*'"®«“ et en terre» a blé, ou eu traçant 
J. . **** chemins, comme le numéraire, sont 
esnrii utilité, mais ne produisent aucun revenu. Quelques 
et Pourraient s alarmer en voyant les espèces abandonner le pays 
I orraient croire désavantageux le commerce qui nous forcerait à 
r pan re au dehors. — La loi, il est vrai, a suivi ces idées en
        <pb n="458" />
        404 OEUVRES DIVERSES. 
prohibant l’exportation des monnaies métalliques; mais une légère ré 
flexion nous convaincra que c’est notre choix et non la nécessité qui 
nous fait l’envoyer au dehors, liest en eilet hautement avantageux 
pour nous d’échanger une marchandise superflue pour des objets 
qu’on peut rendre productifs. 
On peut en tout temps confier sans danger l’exportation du numé 
raire au libre arbitre des particuliers. Jamais cette exportation ne dé 
passera celle des autres mai-chandises, si elle n’est pas profitable à la 
! nation. Et si réellement eef avantage existe, il n’est pas de loi ca- 
: pable de prévenir l’exportation. Heureusement que dans ce cas, com- 
\ me dans la plupart de ceux où le commerce est ouvert à la libre 
\ concurrence, les intérêts individuels et ceux de la communauté sont 
\ constamment en barmonie. 
S’il était ¡jossible d’exécuter strictement la loi dirigée contre la fu 
sion et l’exportation du numéraire, à un moment où d’autres régie 
ments permettraient d exporter les lingots d or, il n en résulterait au 
cun bénéfice. Loin delà, on imposerait un dommage notable à ceux qui 
pourraient se trouver obligés de payer deux onces et plus d’or mon 
naie pour une once d’or métal. 11 y aurait là une dépréciation réelle 
de notre système monétaire, qui élèverait les prix de toutes les autres 
commodités dans un rapport direct avec l’accroissement de la valeur 
des lingots d’or. Le détenteur de numéraire aurait alors a supporter 
une perte égale à celle qui pèserait sur le propriétaire de blé, si on 
promulguait une loi qui lui défendît de vendre son blé à plus de la 
moitié de sa valeur sur le marché. La loi contre l’exportation du nu 
méraire {coin) a réellement cette tendance. Mais il est si facile de l’é 
luder que l’or-lingot a conslammimt eu une valeur à peu près égale a 
celle de l’or-monnaie. 
11 ressort donc de tous ces faits qu’en supposant partout des 
quantités égales de métaux précieux, la circulation d’un pays ne 
peut jamais avoir pendant longtemps une valeur très-supérieure a 
I celle d’une autre nation; que, de plus, ces mots excès de ciiculalion, 
I ne sont que des termes relatifs ; qu’enfin, la circulation de 1 Angle 
( terre étant de dix millions, celle de France de cinq millions, celU 
de Hollande de quatre millions, etc., etc., si ct's divei'ses circulations 
’ conservaient leurs proportions relatives tout en doublant ou triplant 
t d’une manière absolue, aucun des pays ne se ressentirait d une exii- 
I bérance de monnaie. 
Le prix des marchandises s’élèrerait partout sous l’inlluence de 
cette circulation multipliée, mais nuUe part ou u’exporterait du nu-
        <pb n="459" />
        LE HAUT PRIX MES LINGOTS. 
405 
méraire. Mais ces proportions seraient détruites si, la circulation 
de l’Angleterre seule doublant, celles de Hollande , de France, etc., 
restaient les mêmes. Nous reconnaîtrions aim’s un excî'S dans notre 
circulation ; par la même raison , il se formerait un vide dans celle 
des autres pays et une partie de notre excédant s’exporterait jus 
qu’au moment où les proportions primitives de dix , de cinq , qua 
tre millions, etc., auraient été rétablies. 
Si une once d’or avait en France plus de valeur (pi’en Angleterre , 
et conséquemment, si elle acquittait en France une plus grande som 
me de marebandises communes aux deux pays, l’or abandonnerait 
immédiatement l’Angleterre pour aller effectuer cette opération au 
dehors. Nous expédierions ainsi l’or de préférence à tout autre 
article, parce qu’il constituerait la marchaudisc,ncbangeabl&lt;‘ la moins 
cù^e sur le marché anglais. Si l’or est plus cher en France qu’en 
An^ètérre' ies marebandises doivent y être à plus bas prix. C’est 
pourquoi, au lieu d’être transportées d’un marché cher à un marché 
où les prix sont moins élevés, elles quitteront ce dernier pour affluer 
sur le premier et s’y échanger contre notre or. 
La banque pourrait persister à émettre ses billets et l’exportation 
des coins continuer à être avantageuse au pays, tant que les billets 
seraient remlmursablcs en espèces à volonté , car elle ne saurait ja 
mais créer une masse de billets supérieure à la valeur du numéraire 
qui eût alimenté la circulation en l’absence d’une banque *. 
1 Si elle essayait de dépasser cette somme, elle verrait l’excédant lui 
[revenir en échange d’espèces. Fn effet, la valeur de notre monnaie 
élant^alors diminuée, provoquerait l’exportation du numéraire et 
relierait ^notre circulation. C’est ainsi, comme je l’ai déjà 
expliqué, que notre circulation tend a entrer en équilibre avec celle 
des autres nations. Les avantages de l’exportation cesseraient aus 
sitôt (,ue cette égalité aurait été établie. Mais si la banque con 
cluait, de ce qu’une quantité donnée d’instruments monétaires aurait 
te nécessaire l’année précédent!^, à une nécessité égale pour celle ci • 
ou SI, pour toute autre raison, elle émettait de nouveau ses biUets 
lembourses, le stimulant déjà exercé par une circulation exubé 
rante sur l’exportation du coin , se reproduirait, et, avec lui, des 
tioi P rigueur, dépasser cette quantité ; car l’Angleterre par- 
^ * accroissement (|ue la banque développerait dans la circulation du
        <pb n="460" />
        406 
OEUVRES DIVERSES. 
effets analogues. L’or serait encore demandé, le change devien 
drait défavorable, et l’or-lingot dépasserait légèrement son prix à la 
Monnaie, parce qu’il est légal d’exporter des lingots, mais illégal 
d’exporter du numéraire; enfin, la différence compenserait largement 
les risques de l’opération. 
De cette manière, si la banque persistait à rejeter ses billets dans 
la circulation, elle pourrait voir enlever à ses coffres la dernière de 
ses guiñees. 
Pour suppléer à la faiblesse de son fonds en or, elle pourrait ache 
ter de l’or-lingot au prix surélevé, et le faire frapper en guinées; mais 
cette mesure ne remédierait pas au mai. Les guinées seraient encore 
demandées, mais au lieu de les exporter, on les fondrait pour les 
vendre à la banque sous forme de lingots et au prix surélevé. 
« Les opérations de la banque , dit ingénieusement le docteur Smith, 
j ressemblaient sous ce rapport à la toile de Pénélope ; l’ouvrage ache- 
I vé le jour était détruit la nuit. » M. l’hornton exprime les mêmes 
sentiments dans les lignes suivantes : « Voyant la niasse des gui 
nées diminuer chaque jour dans ses coffres, les administrateurs de la 
banque devront nécessairement s’efforcer de les remplacer par tous 
les moyens qui, sans être extravagants, seraient eilicaces. Ils seront 
donc portés, jusqu’à un certain degré, à acheter l’or, même à un prix 
onéreux, et à le frapper en nouvelles guinées; mais ils le feront pré 
cisément au moment où un grand nombre de spéculateurs privés 
seront occupés à refondre ce qui est monnayé. Les uns fondront et ven 
dront pendant que les autres achèteront et feront monnayer. Kt ces 
opérations contraires ne s’accompliront pas dans le but d’exporter 
chaque guinée fondue à Hambourg, par exemple, mais elles concen 
treront leurs plus grands efforts sur le marché de Londres. Les mon- 
nayeurs et les fondeurs vivront ainsi sur le même lien et se créeront 
! mutuellement du travail. Si nous supposons d’ailleurs, poursuit 
\ M. l'hornton, que la banque s’engage dans cetbi espiœ de lutte avec 
I les fondeurs, elle fera évidemment une guerre inégale; et quand 
même elle ne s’en fatiguerait pas promptement, il est probable qu’elle 
déposera les armes avant ses adversaires. » 
La banque serait donc, en dernier ressort, obligée d’adopter le 
seul remède qui soit en sa puissance pour arrêter la demande de 
guinées. Elle enlèverait progressivement à la circulation une partie 
de ses billets, jusqu’à ce (pielle eût élevé la valeur de l’autre partie 
* au niveau de celle du lingot, et conséquemment au taux de la circula 
tion (les autres pays. Tous les avantages attachés à l’exportation s’ef-
        <pb n="461" />
        LE HALT PHIX DES LINGOTS. ^ 407 
faoeraient alors et l’on ne serait plus tenté d’échan^r des billets de 
banipie contre des guinées 
11 résulte donc de cet examen du sujet, que le penchant à exporte 
du numéraire en échange de marchandises, en d’autres termes,qu’une 
balance défavorable de commerce ne naît jamais (pie d’une sur 
•abondance de circulation monétaire. Alais M. Tliornton, (pii a étudié 
ce ifujet d ime manière très vaste, suppose (pi’une balance de com 
merce très défavorable peut être léguée à (xî pays par une mauvaise 
récolte, par l’importation du blé (|ui en résulterait, et que de plus, 
le pays dont nous sommes débiteurs peut en même temps refuser de 
recevoir nos marchandises en paiement. La bai ame due à ce pays 
devra nécessairement alors être soldée avec un contingent en numé 
raire , pris sur notre circulation : de là les demandes d’or-lingot et 
le renchérissement de son prix. Il reconnaît, d’ailleurs, que la ban 
que offre de grandes facilit('*s aux négociants, eu comblant avec ses 
billets le vide produit par l’exportation des espèces. 
Comme M. Ihomton a admis, en de nombreux passages de son 
écrit, que le prix de 1 or-lingot est coté en or-monnaie j 
Comme il a aussi rfîconnu (|ue la loi contre la fonte et l’exportation 
de 1 or monnayé était facilement éludée, il ini n^sulte qu’aucune de 
mande pour les lingots d’or, dérivant de cette cause ou de toute autre, 
ne peut élever le prix en numéraire de cette marchandist;. 1/erreur 
d’un tel raisonnement provient de n’avoir pas reconnu la dilféi-ence 
entre I accroissement de la valeur de l’or et l’aixToissement de son 
prix en numéraire. 
Si le blé était soumis à une grande demande, son prix en numuaie 
s’élèverait, parce qu’en comparant le blé avec le numéraire nous le 
comparons effectivement avec une autre marchandise ; — de même 
lorsqu’il existe de fortes demandes pour l’or, son prix en 6/é s’accroît 
aussitiM. Mais jamais l’on ne verra un boisseau de blé valoir plus 
qu un autre boisseau de blé, ou une once d’or plus qu’une once d’or. 
I ne once d’or-lingot ne pourra, quelle qu'en soit la demande, avoir 
une valeur supérieure à une on(;e d’or-monnaie, ou à :i|. |7r, \() |/‘2d. 
Si l’on n’admettait pas cet argument comme décisif, j’établirais 
que le vide supposé de la circulation ne peut (Hre produit que par 
anéantissement ou la réduction du papier monnaie, fl serait dès 
nrs rapidement comblé par des importations de lingots que son ac 
croissement de valeur, déterminé par la diminution des agents de 
circulation, attirerait infailliblement sur le marché favorable. Quel 
que grande que soit la disette de blé, l’exportation du numéraire
        <pb n="462" />
        408 
OEUVRES DIVERSES. 
se trouvera limitée par la rareté croissante des agents de circulation. 
La monnaie excite de si nombreuses demandes, elle est devenue dans 
l’état actuel de la civilisation tellement essentielle aux opérations com 
merciales, qu’on ne pourra jamais l’exporter à l’excès. — Dans l’hy 
pothèse même d’une guerre comme celle que nous subissons, et pen 
dant laquelle nos ennemis s’eflorcent d’interdire tout commerce avec, 
nous, dans cette hypothèse même, la valeur que recevrait notre nu 
méraire de sa rareté croissante, empêcherait que l’exportation ne fût 
poussée assez loin pour occasionner un vide dans la circulation. 
M. Thornton ne nous a pas expliqué pourquoi les pays étrangers 
refuseraient de recevoir nos marchandises en échange de leur blé. 
Et d’ailleurs, il serait nécessaire pour lui de démontrer que cette ré 
pugnance existant en effet, nous consentirions à la subir jusqu’au 
point de nous priver de tout notre numéraire. 
Si nous consentons à donner du numéraire en échange de blé, ce 
doit être par choix et non par nécessité. Nos importations de mar 
chandises ne dépasseront nos exportations que dans le cas où, subis 
sant une surabondance de monnaie, nous jugerions convenable de la 
réunir à nos articles d’exportation. L’exportation du numéraire 
naît de son bas prix; elle n’est pas l’effet, mais la cause d’une ba 
lance défavorable. Nous ne l’exporterions pas si nous ne le remet 
tions à un marché plus avantageux, ou s’il existait une autre marchan- 
chandise dont l’expédition fût plus favorable. C’est là un remède 
salutaire pour une circulation exagérée; et comme j’ai déjà essayé 
de prouver que l’exubérance ou l’excès sont seulement des termes re 
latifs, il en résulte que les demandes étrangères naissent exclusive 
ment d’une pénurie comparative qui détermine une plus value dans 
les agents monétaires. 
Toutes ces considérations se réduisent entièrement à une question 
d'intérêt. Si les vendeurs de blé, après avoir approvisionné le 
marché d’Angleterre pour une valeur d’un million, pouvaient y re 
cevoir des marchandises qui coûteraient un million en Angleterre, 
mais qui, vendues au dehors produiraient plus que la remise du 
million en monnaie, les marchandises seraient préférées. — Dans le 
cas contraire, les demandes s’adresstîraient à la monnaie. 
Si les étrangers préfèrent l’or en échange de leur blé, c’est seulement 
après avoir comparé la valeur de l’or et des autres marchandises sur 
leurs marchés et sur le nôtre, et s’être assurés (pie l’or est moins cher 
sur le marché de Londres que sur les leurs. Diminuons la masse du 
numéraire, et nous lui donnerons immédiatement une valeur addi-
        <pb n="463" />
        LE HAUT PKIX DES LINGOTS. 409 
tionnelle. Immédiatement aussi le choix des étrangers se reportera 
sur les marchandises. Si je suis débiteur envers Hambourg de 
iOO 1., je rechercherai le mode de paiement le moins onéreux. Si 
j envoie de 1 argent, en supposant les frais de transport de 5 1., le 
remboursement de ma dette me coûtera 105 1. Si j’achète ici du 
drap qui s élève avec les frais d’exportation à 100 1. et qui se vendra 
a Hambourg 100 1., il me sera évidemment plus profitable de faire 
ma remise en numéraire. Si, enfin, l’achat et les frais à supporter 
pour acquitter ma dette avec de la quincaillerie s’élevaient à 107 1., 
je préférerais le drap à ce dernier article ; mais à tous deux je pré 
férerais encore la monnaie, celle-ci étant la marchandise d’exporta 
tion le moins chère sur le marché de Londres. Les mêmes raisons 
agiraient sur le spéculateur de blé, si l’opération était à son propre 
compte. Mais si les administrateurs de la banque, « tremblant pour 
la sécurité de leur établissement, » et prévoyant que le nombre de gui- 
uées nécessaire leur serait enlevé au prix de la monnaie; si, dis-je, ils 
jugeaient indispensable de diminuer le montant des billets en circula 
tion, la proportion existante entre la valeur de la monnaie ; du drap 
et delà quincaillerie ne serait plus comme 105, 100 et 107. La mon 
naie deviendrait la plus précieuse marchandise, et serait dès lors af 
fectée avec moins d’avantage au paiement des dettes étrangères. 
Dans le eas même, plus impérieux, où nous aurions consenti à 
payer un subside à une puissance étrangère, on n’exporterait lor 
que s il II y avait plus sur le marché de marchandises propres à ef 
fectuer les paiements à de meilleures conditions ; l’intérêt individuel 
rendrait tout à fait inutile l’exportation du numéraire *. 
Ainsi donc, pour acquitter une dette, on n’expédiera des espèces 
au dehors que dans le cas_pii elles seront surabondantes; que dans le 
cas où elles constitueront la marchandise d’expöriätion la moins chère 
BliBfl 
dans IVnti- J dépenses extérieures, consistant en subsides à nos alliés et 
entretien de nos armées et de nos Hottes au debors. 
(Note de l'Auteur. )
        <pb n="464" />
        OEUVRES DIVERSES. 
410 
Si à la même époque la banque payait ses billets en espèces, la deman 
de de l’or s’accroîtrait rapidement et tendrait à satisfaire ces be 
soins additionnels, Alors même que le prix de l’or comme lingot 
serait supérieur à sa valeur comme coin , les spéculateurs l’obtien 
draient à la banque au prix de la Monnaie, car les lingots peuvent. 
et les espèces ne peuvent pas s’exporter légalement. 
liest évident dès lors que la dépréciation des agents monétaires est 
la conséquence immédiate de leur surabondance, et (jue, dans l’état 
habituel de la circulation nationale, celte dépréciation se trouve corri 
gée par l’exportation des métaux précieux ‘. 
relies m’apparaissent alors lesjois qui régissent la distribution des 
métaux précieux sur le globe, et qui, en déterminant leur valeur, 
provoquent et limitent leurs migrations d’un pays à un autre. Mais 
avant d’appliquer ces principes à l’examen du principal objet de mes 
recherches, je dois nécessairement indiquer l’étalon métrique des 
’ Il a été établi dans une publication d’une réputation grande et méritée, dans 
la Revue d’Edimbourg (I®' vol., p. 183 ), qu’un accroissement dans la circula 
tion du papier occasionnerait une hausse dans le prix en papier ou en nu 
méraire, des marchandises, mais ne produirait aucune augmentation dans 
leur prix en lingots. 
Cette observation, vraie pour une époque où la circulation serait exclusivement 
alimentée avec du papier non remboursable en espèces, devient inexacte dès que 
le numéraire constitue une partie des monnaies. Dans ce dernier cas, l’effet d’une 
surémission de papier serait de rejeter de la circulation une masse égale d’espèces 
Mais on ne pourrait le faire sans ajouter à la quantité de lingots, et conséquem 
ment sans abolir leur valeur sur le marché ; en d’autres termes, sans accroître 
le prix en lingots des marclvandises. C’est sous l’influence exclusive de cette 
baisse dans la valeur de la circulation métallique et des lingots que naît la tenta 
tion de les exporter; et la pénalité qui pèse sur la fusion du coin est la seule 
cause d’une petite différence entre la valeur du numéraire et des lingots ou d un 
excédant dévolu au prix du marché sur le prix à la Monnaie. Mais, eX' 
portation de lingots est synonyme de balance défavorable du commerce. l&gt;e 
quelque source que procède une exportation de lingots en échange de marchan 
dises, on la nomme(très-iiuîorrectement suivant moi), une balance défavorable 
du commerce. 
Quand la circulation est entièrement composée de papier, tout accroissement 
dans sa quantité tend à élever le prix, en monnaie des lingots sans abaisser leur 
valeur, de la même manière et dans les mêmes proportions suivant lesquelles ü 
élèverait le prix des autres marchandises. — Cet accroissement abaisserait aussi 
les changes extérieurs. Mais la baisse sera seulement nominale et non réelle- 
Elle ne déterminera pas rexpoi tation des lingots., parce (|ue l’abondancie de ces 
lingots sur le marché n’étant pas augmentée, leur valeur intrinsèque n’aura 
subi aucune diminution. {Note de l .tuteur.)
        <pb n="465" />
        LE HAUT PRIX DES LINGOTS. 4H 
valeurs dans ce pays, celui dont notre monnaie de papier devrait 
être le signe représentatif. En effet, c’est seulement en la compa - 
rant avec cet étalon qu’on peut évaluer son intégrité ou sa dépré 
ciation. 
On ne peut dire qu’il existe une mesure invariable* des valeurs la où 
la circulation monétaire se compose de deux métaux, parce qu’ils sont 
soumis à de continuelles variations dans leur valeur relative. Quel 
que exactitude que mettent les directeurs de la Monnaie à équilibrer 
la valeur relative de l’or à l’argent, au moment où ils établissent le 
rapport dans les monnaies , ils ne peuvent empêcher un de ces mé 
taux de s’élever, pendant que l’autre reste stationnaire ou baisse de 
valeur. Or, quand ces perturbations se manifesteront, on fondra 
un des deux métaux pour l’échanger contre l’autre. &gt;1. Locke, lord 
Liverpool et une foule d’autres écrivains ont babil erneut scruté cette 
question. Tous s’accordent à penser que le seul remède qu’on puisse 
appliquer a la circulation au milieu des complications issues de cette 
source, consiste à attribuer exclusivement à l’un des deux métaux le 
rôle d^élalon métrique de la valeur. M. Locke considérait l’argent 
comme le métal le plus propre à cette fonction. Il proposait de lais 
ser aux espèces en or le soin de fixer elles-mêmes leur valeur, et de 
passer pour une quantité de shillings plus ou moins grande suivant 
les variations du prix de marché de l’or relativement à l’argent. 
Lord Liverpool soutenait au contraire que non-seulement l’or était 
le métal le plus propre à servir de mesure générale des valeurs dans 
ce pays, mais encore que le consentement unanime de la nation lui 
avait donné ce caractère déjà reconnu par les étrangers, et qu’il était 
mieux en rapport avec le développement du commerce et de la richesse 
en Angleterre. 11 proposa donc que les coiru d’or fussent déclarés 
monnaie légale pour les sommes excédant une guinée, et les coin* 
argent pour celb's qui ne dépasseraient pas ce chiffre. 
«'après les prescriptions artucllesde la loi, lecoin d’or est pris pour 
espace cette \aleur est passablement stable. Cette propriété 
aux fonrf avantages, les rend plus propres que toute autre marchandis 
ment soi *”**^ ^ ^ &gt;^07tnaip. C'est pourquoi l’or ou l’argent peuvent indifférem 
’ ^ ^ rapport, être appelés une m^re de la valeur. (/Voie de /’.'ivtevr
        <pb n="466" />
        ŒUVRES DIVERSES. 
il 2 
monnaie légale jusqu’à concurrence de toute somme. ¡Víais il fut dé- 
erétéjjen 1774,« que nulle offre de paiement faite dans la monnaie d ar 
Ü^ent du royaume pour une somme supérieure à vingt-cinq guinécs 
» à la fois, ne serait réputée légale ou admise comme monnaie ¡égale 
» dans le Royaume-Uni pour plus de sa valeul' au po/d.s, déterminée 
» d’après le taux de 5 s.2d. pour chaque once d’argent. » J.a mê 
me décision a été renouvelée en 17i)8, et est aujourd’hui en vigueur.* 
Il paraît établi au-dessus de toute contestation, par les nombreux 
arguments de lord Liverpool que l’or a été pendant près de cent ans la 
mesure principale de la valeur. Mais ce fait doit être attribué, selon 
lui, à l’évaluation inexacte des proportions de la Monnaie. L’or a 
été évalué trop haut. Dès lors il ne saurait y avoir dans la circu 
lation de monnaie d’argent au titre légal. 
Si, par un nouvel arrêté, l’argent était évalué trop haut; ou (ce 
qui est la même chose) si les différences entre les prix de l’or et de 
l’argent sur le marché devenaient plus grandes que celles de la 
monnaie, l’or disparaîtrait immédiatement, et l’argent y deviendrait 
la monnaie type. 
Ceci demande de plus longs développements. La valeur relative 
de l’or à l’argent dans les Monnaies est de 15 9/124 à 1. Une once 
d’or frappée en 3 1. 17 s. 10 1/2 d. vaut, d’après les proportions 
de la Monnaie, 15 9/124 onces d’argent, puisque ce même poids 
d’argent, tranformé en coins donne 3 1. 17 s. 10 1/2 d. de mon 
naie d’argent. Tant que la valeur comparative de l’or à l’argent 
sera, sur le marché, au-dessous de 15 à 1, phénomène qui s’est re 
produit depuis un grand nombre d’années, l’or deviendra nécessai 
rement l’étalon métrique des valeurs. Kn effet, ni la banque, ni 
aucun particulier ne feraient frapper à la Monnaie en 3 1. 17 s. I0 
1/2 d. les 15 9/124 onces d’argent qu’ils pourraient vendre sur le 
marché pour plus de 3 1. 17 s. 10 1/2 d. en coins d’or. Et remar 
quons que cette vente pourrait s’effectuer dans le cas où moins de 
15 onces d’argent suffiraient pour acheter une once d’or. 
Mais si le rapport de l’or à l’argent dépasse les termes de l’admi 
nistration, ou 15 9/124 à 1, on verra immédiatement disparaître le 
monnayage de l’or; car les deux métaux étant simultanément mon 
naies légales, dans le sens le plus absolu du mot, le possesseur 
d’une once d’or n’enverrait jamais à la Monnaie, pour être convertie 
en 3 1. 17 s. 10 1/2 d., l’once d’or qu’il pourrait vendre pour 
plus de 3 L 17 s. 10 1/2 d. en monnaie d’argent, comme dans l’hy 
pothèse supposée.
        <pb n="467" />
        LE HAUT PRIX DES LINGOTS. 413 
Non-seulement on ne ferait pas frapper l’or, mais les spéculateurs 
illicites fondraient les espèces et vendraient le métal à l’état de lingot 
bien au-dessus de sa valeur nominale en monnaie d’argent. L’ordsi- 
paraitrait ainsi de la circulation, et les types en argent constitueraient 
1 étalon métrique de sa valeur. Comme l’or a dernièrement éprouvé 
une hausse considérable relativement à l’argent, nous verrions se 
produire cette substitution dans le cas où le Bank Heslriclion-BiU 
serait annulé et le monnayage de l’argent rendu libre comme celui 
de l’or. — Cette hausse est d’ailleurs positive ; une once d’or au titre 
qui, d’après une moyenne de nombreuses années, valait 14 3;4 onces 
d’argent également en titre, vaut actuellement 15 1;2 onces. Mais 
dans un acte du parlement de la 39“* année de George III se trouve 
la clause suivante : 
« Considérant que des inconvénients peuvent résulter de tout mo- 
nayage d’argent ji^qu’à l’adoption des réglements nécessaires ; con 
sidérant que, vu le bas prix actuel des lingots d’argent déterminés par 
des circonstances temporaires, il a été porté à la Monnaie, pour être 
frappée, une petite quantité d’argent qui tend à s’accroître, et il nous 
a paru nécessaire de suspendre pour le moment le monnayage de 
I argent, nous avons donc décrété et décrétons ce qui suit : — A partir 
de la promulgation de cet acte il ne pourra être frappé à la Monnaie 
aucune quantité de lingots d’argent, ni être distribuée aucune mon - 
naie d’argent qui y aurait été frappée. — Sont et demeurent abro 
gées les lois contraires au présent arrêté. » 
Cette loi est actuellement en vigueur. 
^ L intention du législateur, par ces mesures, a nécessairement été 
d établir 1 or pour étalon monétaire dans ce pays. 
Tant qu’on maintiendra cette loi l’argent se trouvera affecté aux 
petits paiements seuls, — la quantité qui en existe dans la circula 
tion étant rigoureusement suHisante pour accomplir cette fonction II 
Moimaie contre des lingots d’or. - Sous l’empire de cette loi, l’or 
»levra donc continuer à être l’étalon de la circulation. 
■ .w. valeur d une once d’or sur le marché devenait égale 
serve ^ ^ tie cette prohibition serait encore de con- 
a or le rôle de mesure de la valeur. 11 n’importerait guère
        <pb n="468" />
        414 
(IKllVKES DIVERSES 
au possesseur des .‘10 onces d’argent de savoir qu’à une autre époque 
il aurait pu acquitter une dette de ,11. 17 s. 10/2 d. en faisant frap 
per à la Monnaie 15 9/124 onces d’argent ; il ne lui importerait guère, 
dis-je, puisque dans le cas actuel, il ne peut liquider sa dette qu’eu 
vendant ses 30 onces d’argent au prix du marché, c’est-à-dire, 
pour une once d’or ou 3 l. 17 s. 10/2 d. de coin d’or. 
Le public subira, à différentes époques, des pertes très-sérieuses ré 
sultant de la dépréciation que produit dans les instruments de circu 
lation l’industrie frauduleuse des rogneurs. Les marchandises con 
tre lesquelles ils s’échangent s’élèvent, quant à la valeur nominale, 
dans un rapport exact avec leur dégradation ; et cela sans excepter 
les lingots d’or et d’argent. Aussi voyons-nous qu’avant la refonte 
du signe de Guillaume III, la monnaie d’argent était si dépréciée, 
qu’une once d’argent qui aurait dû être contenue en 62 pence, était 
disséminée en 72 pence. En même temps un» guinée qui était 
évaluée à 21 shillings passait dans les contrats pour 30 shillings. 
La refonte porta remède à tous ces désordres. Des effets analogues 
résultèrent de la dépréciation des coins d’or et furent également cor 
rigés en 1774 par les mêmes moyens. 
Depuis 1774 nos monnaies d’or ont conservé presque intacte leur 
pureté légale ; mais la monnaie d’argent a essuyé encore quel 
ques altérations. Un essai, fait à l’administration en 1798, fit voir 
qu’à cette époque nos shillings étaient de 24 p. O/o, et les six 
pences de 38 p. O/o, au-dessous de leur valeur à la Monnaie ; et 
Je sais qu’une expérience récente a démontré qu’ils étaient beau 
coup plus altérés. Us ne contiennent donc pas autant d’argent pur 
que sous le roi Guillaume. Cependant cette dépréciation ne produi 
sit point, avant 1798 , l’effet déjà signalé dans la première circon 
stance. A celte époque les lingots d’or et d’argent s’élevèrent dans 
le rapport de la dégradation des unités d’argent. Les changes 
étrangers s'établirent largement contre nous à 20 pour O/o; un 
grand nombre même dépassaient ce chiffre. Mais quoique la dégra 
dation se fût perpétuée pendant de nombreuses années, elle n’avait 
jamais, antérieurement à 1798, élevé le prix de l’or ou de l’argent, 
ou produit le moindre effet sur les changes. Cette circonstance 
prouve d’une manière décisive que, pendant toute cette période, 
la monnaie d’or fut acceptée comme étalon métrique de la valeur. 
Toute altération des coins d’or eût sans cela produit, sur les prix 
des lingots d’or et d’argent, et sur les changes étrangers, des pertur-
        <pb n="469" />
        I&gt;E HAUT PRIX DES LINGOTS. H» 
bâtions analogues à celles qui suivirent la dégradation des monnaies 
d’argent \ 
Tant que la circulation des différents pavs consiste en métaux 
précieux ou en une monnaie de papier constamment remboursable, 
et tant que les agents métalliques n’ont été altérés iii par le Irai ni 
par les rogneurs, il est facile de déterminer le pair général du change 
en comparant le poids et le titre des monnaies. Ainsi le pair du change 
entre la Hollande et l’Angleterre a été 11 xé à environ onze flo- 
« ins, parce que la quantité d’ai gent pur conteuu dans onze florins 
est égale à l’argent pur contenu dans 20 shilliugs types. 
Ce pair n’est ni ne peut être absolument invariable. Eu effet, l’or 
étant l’étalon du commerce eu Angleterre, comme est l’argent à Ham 
bourg, une livre St. — ou les 20^21 d’une guinée, — peut à diverses 
épo(|ues valoir plus ou moins que vingt shillings au titre, et consé 
quemment plus ou moins que son équivalent, onze florins. Notre 
but sera d’ailleurs assez exactement atteint, que nous estimions le 
pair en argent ou eu or. 
Je me suppose une dette envers la Hollande. Si je connais le 
pair du change, je connaîtrai aussi la quantité de notre monnaie 
nécessaire pour l’acquitter. 
Si ma dette s eleve à 1100 florins, la valeur de l or étant d ailleurs la 
même, 1001. de notre coin d’or au titre achèteront la somme de mon 
naie hollandaise nécessaire au paiement de cette dette. Je puis donc 
indifféremment exporter les 100 1. en numéraire, ou, ce qui revient 
au même, acheter d’un marchand de lingots un effet qui liquidera 
ma dette. Je lui allouerai dans l’achat de l’effet les frais de trans 
port, tels que ceux de fret, d'assurance, et son profit légitime. 
De son côté il exportera les lingots, pour donner à son correspondant 
les moyens de couvrir la traite a l’échéance. Ces frais constituent 
«loue les limites extrêmes d’un change défavorable. 
Quel(|ue grande que soit ma dette, et en la supposant même égale 
au plus lourd des subsides accordés jmr ce pays à un allié , le chan 
geur «ira toujours satisfait d’exporter le numéraire et de me vendre 
de^i traites, si je puis le payer en monnaie au dire. Mais si je lui paie 
■ Quand les unités d’or furent dégradées antérieurement à la refonte de 1774, 
. ^ argent s élevèrent au-dessus de leur prix à la Monnaie, pour 
moment où la monnaie atteignit sa pureté actuelle. Les changes, 
P r es m mes causes, devinrent favorables, de défavorables qu’ils étaient aupa-
        <pb n="470" />
        OEUVRES DIVERSES. 
41H 
son billet en numéraire déprécié ou en une monnaie de papier tom 
bée en discrédit, il répugnera à me vendre son billet à ce taux. En 
effet, si le coin est altéré, il ne contient évidemment plus la quantité 
d’or ou d’argent pur dont se composent légalement 1001. ; il devra 
donc exporter un nombre additionnel de ces pièces dégradées pour 
acquitter ma dette de 100 1. ou son équivalent, 1100 florins. Si je 
le rembourse en monnaie de papier, comme il ne peut le répandre au 
dehors, il examinera si ce papier peut acheter la quantité de lingots d’or 
et d’argent contenue dans le coin dont il est le signe représentatif. 
S’il en est ainsi, il n’hésitera pas à accepter le papier au même ti 
tre que Je numéraire ; mais dans le cas contraire, il exigera pour sa 
traite une prime supplémentaire équivalente à la dépréciation du 
papier. 
C’est pourquoi, dans l’hypothèse d’une circulation alimentée par 
un numéraire Adèle ou par une monnaie de papier immédiatement 
écKângeahle contre ce numéraire, le change ne peut jamais être au des 
sus ou au-dessous du pair d’une quantité très-supérieure aux dépen 
ses nécessitées par le transport des métaux précieux. Mais quand la 
circulation se compose d’une monnaie de papier dégradée, elle s’avilit 
' ' nécessairement dans un rapport direct avec le degré de la dépréciation. 
Le change nous fournira dès lors un critérium assez exact pour 
, déterminer la dégradation de la circulation, qu’elle procède d’un 
! numéraire rogné ou d’unjiapier-monnaie discrédité. 
! Sîr~Tâmes Stewart observe que, « si l’on avait changé le pied mé- 
j » trique sur toute la surface de l’Angleterre, soit eu l’augmentant, soit 
I » en le réduisant d’une partie proportionnelle à sa longueur type, le 
* » meilleur procédé pour découvrir cette altération serait de comparer 
- » le nouveau pied avec celui de Paris ou celui de tout autre pays 
f » resté invariable. » 
I « De même, si on découvrait quelque altération dans la livre 
" sterling, qui est l’unité anglaise, et (pi’une complicationd’événe- 
» meiits rendit dillicile le calcul de cette variation, le meilleur moyen 
» pour y parvenir serait de comparer la valeur précédente et actuelle 
» de la livre sterling avee la monnaie chez les nations où elle n’aurait 
l » subi aucun changement. —Le change conduira à ce résultat d’une 
^ » manière certaine. » 
Les rédacteurs de la Reçue d’Êdimboiiry s’expriment ainsi en par 
lant de la brochure de lord King : « De ce que les lingots constituent 
toujours une partie de nos importations, il ne faut pas conclure qne 
la balance du commerce penche dès lors constamment en notre faveur.
        <pb n="471" />
        417 
LE HAUT PRIX DES LINGOTS. 
Les lingots, ajoutent-ils, sont une marchandise soumise comme 
toutes les autres à des demandes inconstantes, et, à ce titre, ils figu 
rent également dans le catalogue des importations et des exportations. 
Les importations ou ces exportations de lingots inilueront d’ailleurs 
sur le cours du change d’une manière analogue au mouvement géné 
ral des autres marchandises. » 
l’ersoniic n’exporte ou n’importe des lingots sans avoirpréalable- 
¡ÜÊ^nsulté le taux du change. C’est dans cette donnée que nous 
puisons la \aleur relative des lingots dans les deux pajs soumis à 
nos calculs. Les cotes de cliange sont donc pour le marchand de lin 
gots ce que les prix courants sont à la masse des négociants, quand 
Ils se déterminent à exporter ou importer les autres marchandises 
bi onze florins de Hollande conliennent rigoureusement autant dar' 
gent lin que vingt shillings au titre, personne ne s’avisera d’exporter 
de Londres à Amsterdam une quantité de lingots d’argent égale eu 
### 
nous avons négligé de le faire. 
a conféré suspendant les paiements-espèces de la banque, 
de réduire -, ^ ^ établissement le ])rivilége d’accroître ou 
(OFu ? ^ quantité et le montant de leurs billets. De 
de Ricardo.) 27
        <pb n="472" />
        J 
418 ŒUVRES DIVERSES. 
plus, cette disposition ayant renversé toutes les digues élevées contre 
une surémission, les directeurs ont acquis le pouvoir d’augmenter ou 
de diminuer la valeur de la circulation de papier. 
Pour reporter les maux actuels de la circulation à leur source et 
prouver leur réalité par un appel à ces deux témoignages infaillibles, 
le taux du change et le prix des lingots, je m’armerai du rapport de 
M. Thornton sur la conduite de la banque avant la restriction. Ce 
rapport m’aidera à démontrer avec quelle fidélité les gérants de la 
banque ont obéi au principe que M. Thornton a si fortement établi, 
en disant que « la valeur des billets dépend de leur montant, et que 
les directeurs eu ont pu calculer les variations par le moyeu des con 
trôles auxquels j’ai déjà fait appel. « 
M. Ttioiirton nous dit : « Toutes les fois que les changes du pays 
» devenaient assez défavorables pour donner au prix du marclié de 1 or 
» une grande supériorité sur celui de la monnaie, les gérants de la 
» banque, comme l’indiquent leurs dépositions au gouvernement, 
» paraissent avoir été disposés à recourir à une réduction de leur 
» papier, dans le but d’alfaiblir ou d’écarter tout abus et de pourvoie 
» ainsi à la sécurité de leur établissement. — Ils se sont même constam- 
» ment appliqués, par une sage prévoyance, à maintenir la masse de 
» leurs billets dans de certaines limites. » Ailleurs il ajoute : « Quand 
I » le prix atteint par nos coins d’or sur les marchés étrangers est tel 
\ » qu’il tend à les eutraîuer hors du royaume, les directeurs de 1» 
; . » banque, inquiets pour la sûreté de leur établissement, diminuent 
» naturellement d’une certaine quantité la masse de leurs billets. 
» En réduisant leur papier ils élèvent sa valeur ; et en élevant sa va- 
» leur, ils accroissent en môme temps, en Angleterre, celle de la mon* 
» naie courante contre laquelle on les échange. Ainsi la valeur de 
» nos coins d’or se mesure sur celle du papier circulant, et les direc- 
» teurs de la banque s’elïorceut de conserver au papier la valeur qu’d 
» doit avoir, pour prévenir de larges exportations. D’ailleurs, cette 
» valeur s’élève quelquefois un peu au-dessus, et quelquefois s’a- 
» baisse un peu au-dessous du prix de notre coin au dehors. » 
i C’est pourquoi la nécessité que ressentaient les gérants de la bau- 
\ que de protéger la sécurité de leur établissement, avait toujours pi’^* 
I venu, jusqu’au bill de restriction, une émission exagérée de monuaio 
* ■ de papier. Ainsi, nous trouvons que pendant une période de vingt-trois 
années, antérieures à la suspension des paiements-espèces, en I7h7, 
le prix moyen de Tor-lingots a été de 3 1. 17 s. 7 3^4 d. l’once, environ 
2 3/4 d. au-dessous du prix de la monnaie; pour les seize années an-
        <pb n="473" />
        ; T 
LE HAUT PRIX DES LINGOTS. 4i9 
® 1774, il n avait jamais été de beaucoup supérieur à 4 1 
plisili
        <pb n="474" />
        íf:UVHES DIVERSES. 
m 
Mais tous les obstacles élevés contre les émissions exagérées de la 
banque ont été renversés par l'acte du parlement. Comme les direc 
teurs se voient autorisés à suspendre leurs paiements en espèces, ils ne 
sont plus tenus, par des craintes sur la solidité de leur établissement, 
à réduire la quantité de leurs billets à des proportions susceptibles 
de leur conserver une valeur égale à celle du numéraire dont ils sont 
les signes représentatifs. Aussi voyous-nous que l’or-lingot s’est élevé 
de 3 1. 17 s. 7 3¿4 d. , moyenne antérieure à 1797, à 4 1. 10 s. et 
même dernièrement à 41. 13 s. l’once. 
Kous pouvons donc conclure légitimement que cette différence 
de valeur relative, ou, en d’autres mots, que la dépréciation actuelle 
des billets de banque a été provoquée par les émissions surabondan 
tes de la banque. La même cause aussi qui a produit une différence 
de 15 à 20 p. 0/0 dans les billets de banque comparés aux lingots 
d’or, peut l’élever à 50 p. 0/0. On ne saurait assigner de limites 
à la dépréciation qui peut naître d’une quantité de papier con 
stamment multipliée. Le stimulant qu’une circulation surabon 
dante imprime à l’exportation du numéraire acquiert une nouvelle 
force, et cependant il ne peut avoir aucune influence salutaire sur 
une circulation générale composée d’une monuaie de papier dont 
l’usage est nécessairement restreint à notre pays. Chaque accrois 
sement dans la quantité le dégrade au-dessous de la valeur des lingots 
d’or et d’argent, au-dessous de la valeur des monnaies étrangères. 
L’effet est semblable à celui que produiraient la rognure de nos 
\ 
Xpigues métalliques. 
Si on enlevait un cinquième aux gui nées, le prix de marché des 
lingots d'or dépasserait d’un cinquième le prix à la monnaie. Qua 
rante-quatre guiuées et demie (nombre de guiuées pesant une livre 
et formant le prix à la monnaie) ne pèseraient plus une livre. Il 
faudi'ait un cinquième de plus, ou environ 5(1 guiuées, pour constiluei 
« Le prix de l’or élevé actuellement à 4 1. 3 s. ou 4 l. 4. s. * l’once, et celui des 
guiuées restreint à 3 1. 17 s. lO 1/2 d. démontrent clairement l’opportunité de 
nos craintes. Il suffira d’exposer ces faits au lord cha7icelier de l échiquier. » 
Il est digne de remarque que pendant toute l’année les tables de Wetenhall n’in 
diquent pas que le prix de l’or ait dépassé celui de la monnaie. En décembre 
on l’y trouve coté à 3 1. I7s. «. d. 
♦ Il estdifticilededire sur quelle autorité les directeurs ont appuyé celte assertion, puisqu’il 
résulte d’un mémoire qu’ils ont présenté dernièrement au parlement, que pendant l’année 1795 
ils n’ont pas acheté d’or en lingots à un plus haut prix que 3 liv. 17 s. 6 d.
        <pb n="475" />
        LE HAUT PRIX DES LINGOTS. üi 
le prix d’une livre d’or, et la différence entre le prix au marché et 
celui delà monnaie, entre 56 l. et 46 l. 14 s. 6 d., déterminerait la 
dépréciation. 
Si l’on continuait à attacher le nom de Ruinées au coin altéré, et si 
l’on cotait la valeur des lingots d’or et des autres marchandises avec 
cette même monnaie avilie, une guinée nouvellement issue de la 
monnaie vaudrait nominalement 1 1. 5 s., et le spéculateur illicite 
lui donnerait cours au taux de c^tte dernière évaluation. Toutefois 
ce ne serait pas la valeur de la nouvelle guinée qui aurait été accrue, 
mais bien au contraire, celle des guinées altérées qui aurait fléchi. Ceci 
prendrait immédiatement le caractère de l’évidence, si par un arrêté 
on interdisait de donner aux guinées altérées un cours autre que le 
prix de la monnaie, soit 3 1.17 s. 10 d. Ce serait substituer, 
pour étalon métrique de la valeur, les nouvelles et fortes guinées 
aux guinées rognées et dépréciées. Les dernières passeraient alors 
pour leur valeur intrinsèque et seraient appelées des pièces de 17 ou 
18 shillings. Ainsi, si on promulguait aujourd’hui un édit sembla 
ble, il n’arrêterait pas le cours des billets de banque, mais il les 
ferait passer seulement pour la valeur des lingots d’or qu’ils pour 
raient acheter. Une guinée ne vaudrait plus alors 11.5 s., et un 
billet d’une livre aurait cours seulement pour 16 ou 17 shillings. 
Aujourd’hui l’or n’est qu’une marchandise, et les billets de banque 
sont l’étalon métrique de la valeur ; mais dans cette hypothèse l’or 
prendrait ce dernier caractère, et les billets de banque deviendraient 
la marchandise négociable. 
« C’est la stabilité de notre change général, dit M. Thornton, ou, en 
» d’autres termes, l égalité du prix de l’or au marché et à la mon- 
» naie, qui paraît être le signe distinctif d’une circulation de papier 
» non dépréciée.» 
Si les événements qui provoquent l’exportation de l’or éclatent 
au moment où la banque a suspendu ses paiements, et où l’on ne peut 
se procurer l’or au prix de la monnaie , la petite quantité qu’on en 
pourra recueillir sera destinée à être expédiée au dehors. Les bil 
lets de banque s’échangeront contre l’or sous un escompte propor 
tionné à leur abondance. En disant cependant que l’or est à un haut 
prix, nous nous trompons. Ce n’est pas l’or, c’est le papier qui a 
changé de valeur. Comparons une once d’or, ou 3 1. 17 s. 10 1/2 d. 
aux marchandises, et nous verrons se reproduire entre ces deux ter 
mes les mêmes rapports de valeur, sinon il faudra attribuer la diffé 
rence à une augmentation d’impôts ou à une de ces causes multiples
        <pb n="476" />
        422 OEUVRES DIVERSES. 
qui agissent sur la valeur de l’or. Mais si nous comparons le signe 
représentatif d’une once d’or, 3 1. 17 s. 10 1 (2 d. en billets de banque, 
avec les marcbandises, la dépréciation des billets nous apparaîtra 
manifestement. Je me verrai sur chaque marché du monde obligé 
de céder 4 1. 10 s. en billets de banque pour une quantité de mar 
chandises égale à celle queje pourrais obtenir avec l’or contenu dans 
3. 1. 17 s. 10 1]2 d. de numéraire. 
On dit souvent qu’une guinée vaut à Hambourg 20 ou 28 shillings. 
Mais nous commettrions une étrange erreur si nous en déduisions 
qu’une guinée peut être échangée à Hambourg contre la quantité 
d’argent contenue dans 26 ou 28 shillings. Avant les modilications 
survenues dans la valeur relative de l’or à l’argent, on ne pouvait 
même obtenir pour une guinée, à Hambourg, 21 shillings d’argent 
au titre; au prix du marché de ce jour une guinée peut se vendre 
pour une somme de monnaie d’argent, qui, importée et soumise au 
balancier de la monnaie , produirait en notre coin légal d’argent 
21 s. 5 d. * . Et cependant, il est positif que la même quantité d’ar 
gent pourra acheter à Hambourg une lettre de change de 26 ou 28 
shillings, payables à Londres en bank -notes. Quelle meilleure preuve 
ira-t-on chercher de la dépréciation de nos agents monétaires? 
On prétend que si le bill de restriction n’était pas en vigueur, 
toutes les guinées abandonneraient lepays^. 
Ceci est incontestable. — Mais si la banque diminuait la quantité 
de ses billets, de manière à relever de 15 p. O/o leur valeur, on pour 
rait sans danger rapporter le bill, car personne ne serait encore tenté 
d’exporter le numéraire. Quelque considérable que soit l’escompte 
subi par les billets, quelque éloignée que soit l’époque où la ban 
que reprendra ses paiements eu espèces, elle ne pourra jamais le 
faire sans avoir premièrement réduit aux proportions ci-dessus le 
montant de ses billets en circulation. 
Tous les économistes s’accordent à ne voir dans la loi qu’une bar 
rière illusoire contre l’exportation des guinées. On l’élude si fa 
cilement, qu’il est permis de se demander si elle a ellectivement con 
servé a l’Angleterre une seule guinée de plus que n’eu eût possédé le 
' La valeur’relative de l’or à l’argeut sur le continent est à peu près la même 
qu’à Londres 
* Il faut entendre ici que toutes les guinées de la banque quitteraient le pays. 
— L’appât de quinze pour cent sufüt largement pour provoquer l’exportation de 
celles soustraites à la circulation.
        <pb n="477" />
        423 
LE HAUT PRIX DES LINGOTS, 
pays sans elle. M. Locke, sir James Steuart, le docteur Smith, lord 
Liverpool et M. Thornton ont tous à l’envi professé cette opinion. Ce 
dernier dit : « La teneur de la loi anglaise tend indubitablement à 
» décourager et à limiter rexportation des guinées; —mais elle ne 
» saurait agir avec efficacité quand cette exportation est provoquée par 
'* une balance de commerce défavorable, et peut-être ne la restreint- 
» elle qu’imperceptiblement quand les bénéfices de l’opération de- 
» viennent considérables. « Cependant dès que le spéculateur illicite 
aura, dans l’état actuel des choses, fondu et exporté toutes les gui- 
nées qu’il aura pu recueillir, il hésitera avant d’acheter ouvertement 
des guinées à prime et de les payer en billets de banque. Car en 
face des profits importants attachés à cette spéculation , il voit se 
dresser des soupçons menaçants. On le surveillera et on l’empêchera 
de réaliser ses projets. Comme les pénalités sont sévères et l’appât jeté 
aux délateurs considérable, le secret devient la condition essentielle 
de scs opérations. Il est facile de se soustraire à la loi, quand on 
peut obtenir des guinées eu envoyant simplement des billets en rem 
boursement à la banque. Mais quand il faut les puiser ouverte 
ment dans une circulation disséminée sur une grande étendue et 
composée presque entièrement de papier, il faut des avantages bien 
majeurs pour faire braver aux spéculateurs le danger d’être décou 
verts. 
Nous pouvons nous faire une idée du développement qu’a dù pren 
dre l’exportation de l’or, en rétlée,bissant qu’il a été frappé plus de 
(&gt;() millions sterling de guinées pendant le règne actuel. — Mais rap 
portez la loi contre rex])ortation des guinées, laissez un libre cours à 
cette industrie, et rien ne pourra empêcher de vendre une once denos 
guinées d’or au titre, pour le même prix en billets de banque qu’une 
once de monnaie d’or portugaise ou d’or-lingot, si on lui reconnaît 
un degré de pureté égal. — Si cette once d’or se vend sur le marché 
au prix actuel des lingots au titre, à 41. 10 s. l’once, ou à leur prix 
immmédiatement antérieur, à 4 1. 13 s. l’once, quel marchand con 
sentira à recevoir indifféremment pour ses marchandises la même 
valeur en billets de banque ou en or? Si le prix d’un habit était de 
3 1 17 8. 10 1/2 d., ou une once d’or, et si en même temps l’once 
d’or se vendait 41. 13 s. en billets, irait-on jusqu’à croire qu’il doit 
sembler indifférent au tailleur d’être payé avec l’une ou l’autre de 
ces monnaies? 
C’est seulement parce qu’une guinée n’aebète qu’un billet d une 
livre et un shilling, qu’un grand nombre de personnes hésitent à re
        <pb n="478" />
        424 
ŒUVRES DIVERSES. 
connaître la dépréciation du papier. — La Revue d’Edimbourg se 
range de cet avis; mais si mon raisonnement a été logique, j’ai dû dé 
montrer la faiblesse de ces objections. 
M. Tbornton nous a avertis qu’un commerce défavorable suffit à 
expliquer l’existence d’un change défavorable. — Mais nous avons 
déjà vu que les effets d’un commerce défavorable (si ce terme est con 
venable) sur le change sont limités. Cette limite est probablement de 
4 à 5 p. O/o; elle ne peut donc pas suffire à justifier une dégradation 
de 15 ou 20 p. 0/0. De plus, M. Tbornton nous a dit, et j’adopte 
I pleinement ses vues : « On peut établir comme vérité générale que les 
I » importations et les exportations d’un pays tendent naturellement à 
l » s’équilibrer, et que dès lors la balance du commerce ne peut lui 
\ » être pendant très-longtemps grandement favorable ou défavora- 
U » ble. » Or, l’abaissement du change, loin d’être temporaire, existait 
\ avant l’écrit de M. Tbornton, en 1802, et a suivi depuis une pro 
gression croissante. La cote est maintenant de 15 à 20 p. O/o contre 
nous. D’après ses propres principes, M. Tbornton devra donc 
l’attribuer à une cause plus permanente qu’une balance défavorable 
du commerce, et je ne doute pas, quelle qu’ait été son opinion an 
térieure, qu’il n’arrive à assigner exclusivement tous ces résultats 
à une dépréciation des agents monétaires. 
Il n’est plus possible, je pense, de nier que les billets de banque ne 
soient en discrédit. Quand le prix des lingots d’or est à i livres 10 s. 
l’once, ou, en d’autres termes, quand un homme consent à donner en 
échange d’une once d’or un titre représentant offieiellement une obli 
gation de payer une once et un sixième d’or, il serait étrange de sou 
tenir que 4 1. 10 s. en billet et 4 1. 10 s. en or-monnaie sont une 
valeur égale, l ne once d’or donne par le monnayage 3 I. 17 s. 10 
1 /2 d. Lorsque je possède cette somme, je possède donc une once 
d’or, et certes je n’irai pas donner pour l’obtenir 4 1. 10 s. en pièces 
d’or ou en billets immédiatement échangeables contre 4L 10 s. 
A moins que les prix ne s’évaluent dans la monnaie dépréciée, il 
serait fou de supposer que telle peut être la situation du marché. 
Si le prix de l’or s’évaluait en argent il pourrait s’élever à 4, 5 
et même 101. l’once. Et cette augmentation elle-même pourrait ne 
pas indiquer une dépréciation de la monnaie de papier, mais seulement 
une altération survenue dans la valeur relative de l’or et de l’ar 
gent. Or, j’ai déjà prouvé , je crois, ((ue l’argent n’est pas la mesure 
type de la valeur, et ne peut, par cela même, servir à coter la va 
leur de l’or. Mais cette hypothèse, fût-elle exacte, comme une
        <pb n="479" />
        LE HAUT PRIX DES LINGOTS. m 
once d’or vaut seulement 15 1/2 onces d’argent sur le marché, et 
comme 15 1/2 onces d’argent équivalent en poids à 80 shillings, et 
donnent par le monnayage le même nombre de pièces, une once d’or 
ne se vendrait jamais au-dessus de 4 1. 
Ceux-là qui soutiennent que l’argent est la mesure de la valeur ne 
sauraient donc pas prouver qu’une demande d’or, quelle qu’en soit 
la cause ou l’importance, a pu élever le prix de ce métal au-dessus 
de 4 livres l’once. Tout ce qui excédera cette somme devra nécessaire 
ment, d’après leurs propres principes, se traduire en une dépréciation 
de la valeur des bank-notes. Il en résulte que si les billets de ban 
que sont le signe représentatif du coin d’argent, une once d’or qui 
achète actuellement 4 1. 10s., achète une somme de billets représen 
tant 17 1/2 onces d’argent, tandis que sur le marché des lingots elle 
ne s’échange que contre 15 onces 1/2. Quinze onces et demie de mon 
naie d’argent sont donc une Valeur égale à une obligation, signée 
par la banque, de payer au porteur dix-sept onces et demie. 
T e prix de marché de l’argent évalué en billets de banque, est au • 
jourd’hui de 5 8. 9 1/2 d. l’once; le prix à la monnaie est seulement 
de 5 s. 2 d. Conséquemment l’argent, au titre contenu dans 100 1. 
vaut plus de 112 1. en billets de banque. 
Mais, dira-t-on, les billets de banque sont les représentants de 
notre coin d’argent dégradé et non de l’argent au titre. Ceci est faux, 
(ar une loi, déjà citée, ne confie à l’argent le rôle de monnaie lé 
gale que pour des sommes qui ne dépassent jamais 25 1., si ce n’est 
au poids. Si la banque insistait pour payer le porteur d’un billet 
de banque de 1000 1. en pièces d’argent, elle contracterait l’obliga 
tion de lui donner de l’argent au titre et au poids ofliciels, ou une va 
leur égale en argent altéré. Elle conserverait seulement le droit de 
payer 25 1. en numéraire avili; mais les 1000 1. st. ainsi composées 
de 975 1. de monnaie pure et de 251. de monnaie altérée, valent plus 
de 1112 1. au taux actuel des lingots d’argent sur le marché. 
On prétend que le montant des billets de llanque a été, dans son 
développement, en rapport direct avec l’extension de notre commerce, 
et ne peut être dès lors excessif. Il serait diflicile de démontrer 
cette assertion ; et quand elle serait vraie, on n’en pourrait extraire 
que des arguments illusoires. Et d’abord les progrès journaliers, 
que des méthodes perfectionnées nous permettent de faire dans l’art 
d économiser les agents monétaires, rendraient excessive la quan 
tité de billets de banque qui n’était que nécessaire pour le même 
commerce à des époques antérieures ; secondement, il s’établit une
        <pb n="480" />
        426 
OEUVRES DIVERSES. 
concurrence perpétuelle entre la banque d’Angleterre et les banques 
de provinces, toutes s’efforçant de donner cours à leurs propres bil 
lets , et d’exclure les billets de leur rivale dans les districts où elles 
ont été fondées. 
Comme ces dernières ont plus que doublé en l’espaee de quelques 
années, n’est-il pas probable que leur activité a été couronnée de 
succès en déplaçant avec leurs propres billets une grande partie (lu 
papier de la banque d’Angleterre. 
Si ce résultat a été effectivement atteint, nous trouverons excessive 
la même somme de billets de la banque d’Angleterre, qui auparavant, 
et avec un commerce moins étendu, suffisait rigoureusement à tenir 
notre circulation en équilibre avec celle des autres pays. On ne 
peut donc tirer aucune conclusion précise du chiffre actuel des billets 
de banque en circulation. On ne le peut, quoiqu’il doive ressortir 
indubitablement de l’examen des faits, que la multiplication des bil 
lets de banque et le haut prix de l’or ont habituellement été des phé 
nomènes contemporains. 
Il est permis de se demander, si 2 ou 3 millions de billets (somme 
qu’on suppose avoir été versée dans la circulation par la banque, 
additionnellement au montant qu elle peut facilement admettre) 
si 2 ou 3 millions, dis-je, peuvent avoir des effets analogues à ceux 
qu’on leur attribue. — Mais il faut se rappeler que la banque déter 
mina le montant du papier de toutes les banques de province ; et il 
est probable que, si elle augmente ses émissions de 3 millions, elle 
permet aux établissements provinciaux d’ajouter plus de 3 millions 
à la circulation générale d’Angleterre. 
Les mêmes lois qui ont servi à répartir la monnaie du glol)e 
parmi les différentes nations qui l’habitent, servent encore à diviscT 
les agents monétaires d’un pays particulier entre ses diversc^s pro 
vinces. Chaque district conservera pour la circulation une partie 
de la monnaie totale du pays, proportionnée aux besoins de son 
commerce, et, conséquemment, de ses paiements comparés au com 
merce général. 11 ne pourra survenir aucun accroissement dans la 
monnaie d’un pays, qui ne soit aussitôt disséminé au loin ou qui ne 
provoque dans les autres districts la demande d'un contingent pro 
portionnel. C’est à ce principe que les billets des bamjues de province 
doivent d’avoir la même valeur que le papier de la banque d’Angle 
terre. Si l’on augmente d’un million le montant de la circulation à 
Londres, où les billets de la banque d’Angleterre ont seuls cours, 
la monnaie y deviendra moins chère que partout ailleurs, ou les mar-
        <pb n="481" />
        427 
LE HAUT PRIX DES LINGOTS. 
chandises hausseront de prix. On enverrait de l’intérieur des mar 
chandises sur le marché de Londres, afin de les y vendre à un prix 
élevé, ou, ce qui est plus probable, les banques provinciales, profi 
lant de cette insuflisaïux) relative de la monnaie de province, ac - 
croîtront le montant de leurs billets dans un rapport exact avec l’éta- 
b issement central. La modification des prix sera dès lors générale et 
non partielle. 
De même, si l’on réduit d’un million les billets de la banque 
d’Angleterre, la valeur comparative de la monnaie de Londres s’élè 
vera , et le prix des marchandises devra fléchir. — Un billet de la 
banque d’Angleterre aura alors plus de valeur qu’un billet de pro 
vince, parce qu’on en aura besoin pour acheter des marchandises sur 
le marché le plus modéré. Et comme, les banques de province sont 
obligées, sur réquisition, de payer leurs propres billets en papier 
de la banque d’Angleterre, elles seront sollicitées à donner conti 
nuellement de ce papier, jusqu’à ce que la quantité de la monnaie de 
province se trouve réduite à ses proportions primitives avec celle de 
l^ondres, et produise une baisse correspondante dans le prix des 
niarehandises contre lesquelles on l’échangeait. 
Les banques |)rovinciales ne sauraient jamais étendre la masse de 
leurs billets, si ce n’est pour combler le déficit relatif que détermine 
raient dans la monnaie de province les émissions multipliées de la 
banque centrale *. Si elles l’essayaient, le même obstacle qui force 
la banque d’Angleterre à retirer de la circulation une partie de ses 
billets remboursables en espèces et à vue, les obligerait à adopter le 
même système. L’accroissement de leurs billets eu abaisserait la 
valeur au-dessous de celle du papier de la banque d’Angleterre, 
comme celui-ci tombe au-dessous de la valeur des guinées qu’il re 
présentait. On continuerait dès lors à les échanger contre les billets 
de l’établissement central, jusqu’au moment où ils retrouveraient la 
même valeur. 
Les directeurs de la banque sont les régulateurs souverains du 
papier de province. Quand ils accroisstmt ou réduisent le montant 
de leurs billets, les banques provinciales les imitent. Et dans aucun 
cas CCS dernière s n’ajoutent à la circulation générale sans que la ban 
que d’Angleterre n’ait antérieurement multiplié ses émissions. 
' Elles pourraient, en certains cas, déplacer les billets de la banque d’Angle 
terre; mais cette considération n’inline pas sur la question que nous discutons 
maiuteuaut.
        <pb n="482" />
        4 -f 
428 ^ ŒUVRES DIVERSES. 
On prétend que c’est le taux de l’intérêt, et non le prix des lin 
gots d’or et d’argent, qui doit servir de critérium pour apprécier l’a 
bondance de la monnaie de papier. Ainsi, si elle était trop abondante, 
l’intérêt baisserait; si, au contraire , elle était insuffisante, l’intérêt 
hausserait. Il est facile de prouver, je crois, que le taux de l’in 
térêt ne se règle pas sur l’abondance ou la rareté des agents moné 
taires, mais sur l’abondance ou la rareté de cette portion du capital 
i qui ne consiste pas en argent. ^ 
1 « Comme tous les autres instruments des échanges, la monnaie, 
» dit le docteur Smith, ce grand moteur de la circulation, tout en 
» constituant une partie, et une partie très-précieuse du capital, ne 
» concourt pas à la formation du revenu de la société à laquelle elle 
» appartient. Et quoique les signes métalliques dont elle se compose 
» distribuent à chacun, dans le cours de leur circulation annuelle, 
» son revenu légitime, ils ne font eux-mêmes nullement partie de ce 
» revenu. 
» Lorsque nous calculons la somme d’industrie qui peut servir à 
.» alimenter le capital circulant d’une société, nous ne devons con- 
&gt;' stamment avoir égard qu’à ces trois parties du capital qui'consistent 
.) en vivres, en matières premières et en ouvrage fait. La qua- 
\ « trié me, qui consiste en argent et ne sert qu’à faire circuler les pre- 
J » mières, doit toujours être déduite. Trois choses sont nécessaires 
» pour mettre l’industrie en activité : des matières sur lesquelles on 
») opère, des outils avec lesquels on travaille, et des salaires ou récom- 
» penses qui offrent un but à tous les efforts. Or, l’argent n’est ni 
\ » une matière première, ni un outil servant au travail; et quoiqu en 
'• » général l’ouvrier reçoive son salaire en argent, son revenu net ne 
» consiste pas dans ces signes monétaires , mais dans ce qu’ils va- 
» lent, non dans les pièces de métal, mais dans ce qu on peut se pro- 
» curer avec elles. » 
Dans d’autres passages de son livre il soutient que la découverte 
des mines d’Amérique, qui multiplient prodigieusement la quantité 
du numéraire, n’affaiblit pas l’intérêt qu’on, pay ait pour son usage, 
le taux de l’intérêt étant déterminé par les profits qu’on retire de 
l’emploi du capital, et non par le nombre ou la quantité des unités 
de métal qui servent à en faire circuler les produits. 
M. Hume a professé la même opinion. 
La valeur des agents monétaires de tout pays conserve toujours 
une certaine proportion avec celle des marchandises dont ils opèrent 
la circulation. Cette proportion est plus grande dans quelques pays
        <pb n="483" />
        429 
LE HAUT PRIX DES LINGOTS, 
que dans d’autres, et diverses circonstances peuvent la faire varier 
dans le même pays. Elle dépend de la rapidité de la circulation, du 
degré de confiance et de crédit que s’accordent les négociants, et sur 
tout de l’habileté des opérations de banque. On a tellement multi 
plié en Angleterre les moyens de limiter les instruments d’échan 
ges que leur valeur, comparée avec celle des marchandises dont ils 
secondent le mouvement, se trouve probablement réduite (pendant 
les époques de confiance) à des proportions aussi minimes que 
possible*. On a évalué très-diversement les termes de cette pro 
portion. 
11 n’appartient à aucun accroissement ni à aucune réduction des 
monnaies en or, en argent, ou en papier, d’élever ou d’abaisser leur 
valeur relative; si les mines épuisées cessent de répondre à la con 
sommation annuelle des métaux, la monnaie devient plus précieuse 
et on en emploie une plus petite quantité à titre d’agent de circula 
tion. Cette diminution de quantité sera en rapport direct avec l’ac 
croissement de la valeur. De même, si l’on découvrait de nouvelles 
mines, la valeur des métaux précieux fléchirait et on en consa 
crerait une j)lus grande portion aux besoins de la circulation Dans 
les deux cas, la valeur relative de la monnaie avec les marchandi 
ses qu’elle fait circuler resterait la même. 
Si la banque multipliait le nombre de ses billets, tout en les rem 
boursant en espèces, elle ne produirait qu’un elîet transitoire sur la 
valeur de la circulation monétaire. Car on enlèverait à la. circula 
tion, dans le but de l’exporter, une somme égale de numéraire. 
Si l’on décrétait la suspension des paiements de la banque, et que 
tout le coin fût exporté, chaque excédant de billets affaiblirait la 
valeur de l’agent monétaire dans la proportion de cet excédant lui- 
même. Si l’on ajoutait 4 millions à la circulation de l’Angleterre, 
évaluée avant Je bill de restriclion à *20 millions, les 24 millions 
n’auraient pas une valeur supérieure à celle des 20 millions 
primitifs, en supposant toutefois que les marchandises n’aient subi 
aucun changement et qu’il n’y ait pas eu une exportation corres 
pondante de numéraire. Si même la banque élevait la monnaie jus 
qu’à 50 ou 100 millions, l’excédant serait complètement absorbé 
par la circulation générale de l’Angleterre, et descendrait dans tous 
les cas à la valeur des 20 millions. 
* Les observations suivantes, je désire qu’on le comprenne, présument tou 
jours le même degré de confiance et de crédit.
        <pb n="484" />
        ^30 / OEUVRES DIVERSES. 
J’avoue que si la banque versait sur le marché un large supplément 
de billets offert à titre de prêt, elle pourrait influer momentanément 
sur le taux de 1 intérêt. Les mêmes effets suivraient la découverte 
d’un trésor enfoui de pièces d’or et d’argent. Si cette masse addi 
tionnelle était considérable, il serait impossible à la banque ou au 
propriétaire du trésor de prêter les billets ou l’argent à 4 ou peut- 
être même au-dessus de 3 p. O/p. Gela fait, toutefois, ni les billets, 
ni l’argent ne resteraient inactifs entre les mains des emprunteurs. 
Expédiés sur tous les marchés, ils hausseraient le prix des mar 
chandises jusqu’au moment où ils se trouveraient absorbés par la 
circulation d’ensemble. C’est seulement pendant la période de l’émis 
sion des billets de la banque et de leur réaction sur les prix qu’on 
peut avoir le sentiment d’une surabondance de monnaie. L’intérêt, 
pendant toute cette période, tomberait au-dessous de son niveau nor 
mal. —Mais aussitôt que le supplément de bUlets ou de monnaie 
aurait été absorbé dans la circulation générale, létaux de l’intérêt 
reprendrait son niveau, et ou solliciterait des prêts avec autant d’ar 
deur qu’avant les émissions additionnelles. 
La circulation ne peut jamais être comblée. Si elle consiste en or 
et en argent, la plus légère multiplication de ses unités se répandra 
sur le monde entier ; si elle se compose de papier, cette augmentation 
se répartira seulement dans le pays où ont lieu les émissions. Les 
prix ne recevront ainsi qu’une atteinte locale et nominale, carie 
le change établirait une compensation en faveur des acheteurs étran 
gers. Ce serait attribuer aux instruments de la circulation une 
puissance à laquelle ils ne sauraient prétendre, que de supposer 
qu’une mine d’or ou d’argent très-féconde, et une surémission de 
billets de banque auraient pour effet d’abaisser constamment le taux 
de 1 intérêt, et de satisfaire tellement aux demandes des emprun 
teurs, que personne ne solliciterait de nouveaux prêts. Certes, les 
banques deviendraient ainsi de bien puissants moteurs. En créant 
du papier-monnaie pour le prêter à 2 ou 3 p. O/q au-dessous 
du taux actuel de l’intérêt sur le marché, elles réduiraient dans le 
même rapport les bénéfices du commerce. Ces bénéfices diminue 
raient encore si elles poussaient le patriotisme jusqu’à prêter leurs 
billets à un intérêt rigoureusement nécessaire pour payer les dé 
penses de leur établissement. Il serait dès lors impossible à toute 
nation qui n’adopterait pas des moyens analogues d’entrer en con 
currence avec nous : nous embrasserions le commerce du monde. 
On voit vers quelles absurdités nous mènerait une telle théorie. W
        <pb n="485" />
        431 
LE HAUT PRIX DES LLNGOTS. 
profits ne peuvent être déprimés que par une lutte des capitaux qui 
n’auront pas été transformés en agents monétaires. Comme 1 ac 
croissement des billets de banque n’ajoute rien à ce genre de capi 
tal , comme il ne multiplie ni nos marchandises d exportation, ni 
nos machines, ni nos matières premières, il ne peut augmenter nos 
profits ni abaisser l’intérêt. 
Lorsqu’un industriel emprunte de l’argent dans le but de com 
mencer ses opérations, il le considère comme un moyen de se procu 
rer les matières premières, les vivres, etc., destinés à alimenter son 
commerce. Pourvu qu’il acquière ces objets essentiels, il lui impor 
tera fort peu d’être obligé d’emprunter mille ou dix mille unités mo 
nétaires. Si l’emprunt est de dix mille unités, les produits de ses ma 
nufactures auront une valeur nominale dix fois plus grande que dans 
le cas où il lui eût suffi de 1000 livres pour sa fabrication. Le capi 
tal engagé actuellement dans le pays est nécessairement limité au total 
des « matières premières, approvisionnements, etc.,» et on pourrait 
le rendre tout aussi productif, mais avec plus de difficulté, toutefois, 
si le commerce était simplement réduit à un système d’échanges. Les 
possesseurs successifs de l’agent monétaire ont la haute main sur ce 
capital. Mais qnelqu’abondante que soit la quantité de numéraire ou 
de billets de banque , en admettant même que cette abondance puisse 
élever le prix nominal des marchandises, et distribuer le ca|)ital 
productif en diverses proportions ; en admettant que la banque, par 
l’augmentation de ses billets, ])uisse introduire A dans la fonction 
industrielle précédemment usurpée par B et C, il ne sera rien ajouté 
au revenu et à la richesse réelle du pays : — B et C pourront se voir 
frustrés ; A et la banque pourront gagner, mais ce gain représentera 
exactement la perte subie par B et G. Il y aurait là un transfert de 
titre violent et inique , mais aucun bénéfice pour la communauté. 
.le conclus de tous ces motifs que le haut prix des fonds ne doit pas 
être attribué à la dépréciation de notre monnaie. Ce prix doit cor 
respondre au taux général de l’intérêt donné pour l’argent. Si 
‘ J’ai déjà reconnu que la banque, en ce sens qu’elle nous permet de transfor 
mer notre numéraire eu « matériaux, aliments, etc., » produit un bénéfice na 
tional ; car elle accroît ainsi la masse de capital productif. Mais je parle ici d’un 
excès de billets, de cette quantité qui s’ajoute à la circulation sans déterminer une 
exportation correspondante de numéraire, et qui, par conséquent, dégrade la va 
leur des billets au-dessous dés lingots contenus dans le numéraire qu ils repré 
sentent.
        <pb n="486" />
        X 
432 
OEUVRES DIVERSES, 
avant la dépréciation, je consacrais à l’achat d’une terre trente années 
de son revenu, et à l’achat de fonds publics vingt-cinq annuités de 
rentes, il pourra arriver que je donne après la dépréciation une 
plus grande valeur pour la terre, sans donner toutefois plus d’an 
nuités de mon revenu ; car, par Teifet de la dépréciation, le produit 
de la terre se vendra à un taux nominal bien supérieur. Mais com 
me ces annuités de rentes se paient en une monnaie dégradée, il n’y 
a aucune raison qui puisse me porter, après la dépréciation, à les 
payer plus cher qu’auparavant. 
Si l’on abaissait les guinées, par des rognures successives, à la moitié 
de leur valeur actuelle, la terre renchérirait comme toutes les autres 
marchandises, au point de doubler en valeur nominale; mais comme 
l’intérêt des fonds se paierait en guinées dépréciées, ils ne participe 
raient pas à cette hausse générale. 
Le remède que je propose pour arrêter le malaise de notre circula 
tion, serait que la banque réduisît graduellement le montant de ses 
billets, jusqu’au moment où elle aurait restitué à l’autre partie une 
égalité de valeur avec les coins qu’ils représentent; en d’autres ter 
mes, jusqu’à ce que le prix des lingots d’or et d’argent ait été ramené 
à celui de la monnaie. 
Je sens parfaitement que la disparition totale du papier de crédit 
engendrerait les conséquences les plus désastreuses pour l’iudustrie 
et le commerce du pays. Une restriction subite occasionnerait même 
tant de ruines et de détresse, qu’il serait coupable d’y avoir recours 
comme à un moyen de rétablir notre circulation dans sa valeur 
régulière et équitable. En admettant que la banque eût une réserve 
de guinées supérieure au nombre de ses billets, elle ne pourrait rem 
bourser son papier en espèces sans causer un grand préjudice au 
pays; elle ne le pourrait, du moins, tant que le prix des lingots d’or 
resterait de beaucoup au-dessus du prix à la monnaie, et que les chàn- 
étrangeg nous seraient défavorables. L’excès de nos agents mo 
n^îSfféTs’échangerait à la banque contre des guinées, s’exporterait 
ensuite, et disparaîtrait soudainement de la circulation. Avant donc 
qu’elle puisse reprendre avec sécurité ses paiements en espèces, il 
faudra que l’excès des billets ait été graduellement soustrait à la 
circulation. Si cette opération s’opère graduellement, il n’en résul 
tera que de légers inconvénients, de sorte que le principe franche 
ment admis, la seule question à résoudre serait si le but doit être 
atteint en un an ou en cinq. Je suis intimement convaincu que nous 
ne parviendrons jamais à ramener notre système monétaire à sa si-
        <pb n="487" />
        433 
LE HAUTfiPRIX DES LINGOTS, 
tuation normale, si nous ne franehissons pas ce degré préliminaire, 
et si nous ne détruisons pas complètement notre papier de crédit. 
Si les directeurs de la banque avaient posé de sages limites au mon 
tant de leurs émissions ; s’ils avaient obéi au principe qu’ils ont pro 
clamé comme le régulateur de leurs émissions, quand ils étaient obligés 
de payer leurs billets en espèces, principe qui consiste à borner leurs bil 
lets à une somme capable de prévenir l’excédant du prix de l’or sur le 
marché, comparé au prix de la monnaie; si, dis-je, ils avaient suivi 
ces errements, nous ne serions pas aujourd’hui ejtposés à tous les j j 
d^rdres d’une circulation dépréciée et continuellement mobile. 
Quoique la banque retire d’immenses avantagësHu système^tueT, 
quoique le prix de ses actions ait presque doublé depuis 1797 et que 
les dividendes aient suivi cette progression, je suis porté à admettre, 
avee M. Thornton, que les directeurs, comme capitalistes, souffrent 
avee les autres de la dépréciation de nos monnaies. Leurs pertes sont 
bien plus sérieuses que les avantages réunis qu’ils recueillent en 
qualité d’actionnaires de la banque. Je les affranchis donc du soup 
çon d’intérêt, mais leurs erreurs produisent des effets tout aussi per 
nicieux pour la société. 
Le pouvoir discrétionnaire dont ils sont revêtus, leur permet de ré 
gler à leur lantaisie le prix auquel le propriétaire d’une espèce par 
ticulière de valeur, nommée monnaie, peut en disposer. Les directeurs 
de la banque ont imposé à ces détenteurs de monnaie tous les maux 
d un maximum. 11 leur plaît aujourd’hui de faire passer 4L 10 s. 
pour .3 1. 17 8. lü;‘2, il pourra leur plaire demain de faire descendre 
4 1. 15 s. à la même \aleur ; peut-être, dans un an, 10 1. auront été 
réduites au même taux. On voit combien sont mouvantes les ba 
ses sur lesquelles repose toute propriété qui consiste en argent ou en 
rentes payables en argent. Quelle garantie vient protéger les créan 
ciers de l’État ? Qui leur assurera que l’intérêt de la dette publique ac 
tuellement desservi en unités dépréciées de 15 pour cent ne Lra 
pas bientôt payé avec des unités dépréciées de 50pour cent? Le pré 
judice porté aux créanciers particuliers n’est pas moins sérieux.— 
Ou peut acquitter aujourd’hui une dette contractée en 1797 avec 
85 pour cent de son montant primitif, et qui peut dire où s’arrêtera 
la dépréciation? 
Les observations suivantes du docteur Smith à ce sujet sont telle- 
“ïcnt graves, que je les recommande à T attention sévère de tous 
les penseurs. 
« L expédient le plus ordinaire par lequel on ait essayé de dégui- 
{OEuv. de Ricardo.) 28
        <pb n="488" />
        1 
\ 
U 
434 ŒUVIŒS DIVKHSES. 
»ser une banqueroute nationale réelle, sous les apparences d’un 
» paiement illusoire, a été de hausser la dénomination des coins. Si, 
A par exemple, un acte du Parlement ou un édit royal élevait une 
» pièce de six pence à la dénomination de un shilling, et vingt pièces 
•&gt; de six pence à celle d’une livre sterling, la personne qui, sous le 
» régime de l’ancienne dénomination, aurait emprunté vingt schil- 
» lings ou environ quatre onces d’argent, pourrait, d’après les nou- 
» velles désignations, s’acquitter avec vingt pièces de six pence, 
» c’est-à-dire quelque chose de moins que deux onces d’argent. De 
» cette manière, une dette nationale au capital d’environ 128 millions, 
„ chiffre approximatif de notre dette fondée et flottante, pourrait se 
» payer avec H4 millions, à peu près, de notre monnaie actuelle. Ce 
» ne serait au fond qu’une apparence de paiement, et 1 on aurait frus- 
» tré les créanciers de l’État de 10 schillings par livre sur ce qui 
» leur était dû. Le désastre s’étendrait même beaucoup plus loin 
» qu'aux créanciers de l’État; les créanciers particuliers essuieraient 
» un préjudice proportionnel, et cela sans aucun avantage et souvent 
» même avec un surcroît de pertes pour les premiers. A la vérité, 
» si un créancier de l’État était endetté envers d’autres personnes, il 
» pourrait, jusqu’à un certain point, compenser sa perte en payant 
» ses créanciers individuels dans la monnaie même qu’il aura reçue 
» au trésor. Mais dans presque tous les pays, les créanciers du gou- 
» vernement sont, pour la plupart, des gens opulents, dont la position 
» vis-à-vis le reste de leurs concitoyens est plutôt celle de créan - 
» cier que de débiteur. — Ainsi, un prétendu paiement de ce genre 
» aggrave le plus souvent la perte des créanciers nationaux au lieu 
» de l'affaiblir, et étend, sans aucun avantage pour le public, 
» cette perte sur un grand nombre de personnes étrangères à ces 
» opérations, il détermine de plus dans les fortunes particulières 
» une secousse générale et fatale; car il enrichit le plus souvent 
» le débiteur oisif _et dissipé, aux dépens du créancier indus- 
» trieux et économe, et il enlève une grande partie du capital natio- 
» liai aux mains capables de l’augmenter, de le fertiliser, pour le 
» transmettre à ceux qui sont les plus propres à le dissiper et à 1 a- 
» néantir. Quand un État, comme un particulier, est conduit a la 
» nécessité de faire banqueroute, une banqueroute franche, loyale, 
» publique, est toujours la mesure la moins déshonorante pour le dé- 
» biteur et en même temps la moins nuisible au créancier. Certes 
» l’honneur d’un État est tristement garanti quand, pour voiler la 
» disgrâce d’une véritable banqueroute, il a recours à une misérable
        <pb n="489" />
        L 
435 
LE HAUT PRIX DES LINGOTS, 
ce genre, si facile à démasquer et en même temps si 
« fatale. » 
Iæs observations du docteur Smith, relativement à un numéraire 
dégradé, s’appliquent également à une circulation de papier dépré 
cié. Il n’a fait qu’effleurer la liste des conséquences désastreuses qui 
accompagnent l’altération de la monnaie ; mais il nous a assez élo 
quemment mis en garde contre des expériences aussi dangereuses. 
Ce serait un spectacle à jamais déplorable que de voir notre grande 
nation, en face des conséquences produites en France et en Amérique 
par une circulation de papiers à cours forcé, persévérer dans un sys 
tème gros de tant de catastrophes. Espérons mieux de sa sagesse. 
On dit, il est vrai, que les cas sont différents, que la banque d’An 
gleterre est indépendante du gouvernement. Quand cette assertion 
serait légitime, on n’en ressentirait pas moins les maux d’une circu 
lation exagérée. Mais il est permis de se demander si une banque, qui 
prête au gouvernement bien au delà de son capital et de ses épargnes, 
peut se dire indépendante de ce gouvernement. 
Quand on jugea nécessaire de publier, en 1797, l’édit portant sus 
pension des paiements en espèces, l’irruption soudaine sur la ban 
que fut, selon moi, exclusivement provoquée par une frayeur politi 
que et non par une exubérance ou, comme d’autres l’ont prétendu, 
une insuffisance de billets en circulation *. 
Ce sont là des dangers auxquels la banque est assujettie par la na 
ture même de ses institutions. 11 n’eùt peut-être pas été possible à la 
prudence des directeurs de les conjurer. Mais, si leurs prêts au gou 
vernement avaient été plus restreints, s’ils avaient persisté à escomp 
ter au public la même somme de billets, ils auraient certainement pu 
faire face à leurs paiements jusqu’au moment où l’alarme se fût dis 
sipée. En tous cas, comme les plus longues échéances admises à 
l’escompte par la banque sont de soixante jours, et comme les débi 
teurs sont tenus de liquiderTèùrs obligations à cette époque, les di 
recteurs, s’il y avait eu nécessité, eussent été à même, pendant ce 
délai, de faire rentrer tous les billets en circulation. Ea restriction 
naquit alors de liens trop intimes entre la banque et le gouverne 
ment : elle se continue aujourd’hui sous l’influence de la même cause. 
Pour conjurer les périls qui peuvent accompagner la perpétuité d’un 
A cette époque le prix de l’or se tint constamment au-dessous du prix à la 
monnaie.
        <pb n="490" />
        436 
ŒUVRES DIVERSES. 
tel système, nous devons donc avoir les yeux constamment fixés 
sur rabrogation du Hestrietion-bill. 
La seule garantie que puisses avoir légitimement le public contre 
l’imprévoyance de la banque eonsiste à l’obliger à rembourser ses 
billets en espèces. Or, l’on ne peut atteindre ce résultat qu’en dimi 
nuant le montant des bank-notes en circulation, jusqu’à ce que le 
prix nominal de l’or ait été ramené à celui de la monnaie. 
Je termine iei : heureux si mes faibles efforts ont pu diriger l’at 
tention générale sur une étude approfondie de la situation de nos 
agents monétaires. Je sais trop, d’ailleurs, que je n’ai rien ajouté 
aux arguments dont la discussion a été enrichie par un grand 
nombre d’écrivains habiles et spéciaux. iNon, je n’ai pas une telle 
ambition. Mon but a été d’introduire une enquête impartiale et calme 
dans une question si importante pour l’État, et que l’on ne pouvait ; 
négliger sans préparer des conséquences que déplorerait tout homme 
ami de son pays. 
APPENDICE. I 
Le public ayant désiré une seconde édition de ce pamphlet, je 
m’autorise de cette circonstance pour discuter les observations que 
les rédacteurs de la Revue d'Édimbourg m’ont fait l’honneur de pré- &lt; 
senter, dans leurs derniers numéros, sur quelques passages de mon ^ 
écrit. Cette réponse m’est dictée par la conviction où je suis que la 
discussion, en jetant un nouveau jour sur toutes les faces du sujet, 
hâtera le remède contre les abus existants et tendra à nous préserver 
du danger d’une rechute pour l’avenir. ^ 
Les rédacteurs de la Revue ont dit dans un article relatif à la dé 
préciation des agents monétaires : « Le grand vice du travail de 
» M. Ricardo consiste dans ses vues partiales sur les causes qui ré- , 
» gisseiit le cours du change. 11 attribue exclusivement l’existence \ 
» des changes favorables cl défavorables à un^drculation exubé^, | 
» raiite ou chétive, et il dédaigne d’envisager, comme causTmitiale . 
V d^uii excédant temporaire des importations sur les exportations ou 
» des exportations sur les importations, les désirs ou les besoins si 
» mobiles des différentes sociétés. «
        <pb n="491" />
        437 
LE HAUT PRIX DES LINGOTS. — APPENDICE. 
Ils commentent alors le passage dans lequel je soutiens qu’une 
mauvaise récolte ne déterminera à exporter le numéraire qu’autant 
qu’il sera relativement à bas prix dans le pays qui exporte. Ils 
terminent leurs observations en proclamant comme opinion décisive, 
que l’exportation du numéraire, dans le cas supposé d’une mauvaise 
récolte, « n’est pas le résultat du bon marché. Cette exportation 
» n’est pas la cause d’une balance défavorable comme M. Ricardo a 
» essayé de nous le persuader, mais elle en est l’effet. Il ne faut pas 
» y voir seulement le remède salutaire apporté à une circulation 
•&gt; surabondante ; il faut la faire remonter précisément aux causes 
» énoncées par M. Thornton. Ces causes sont la répugnance de la 
« nation créancière à recevoir, sans l’appàt d’un bénéfice excessif 
un grand supplément de marchandises qu’il serait impossible d’é- 
» couler immédiatement, et d’un autre côté, au contraire, son 
» penchant à admettre sans condition les lingots qui sont la matière , 
&gt;» première des monnaies du monde commercial. H est incontestable, i 
» comme Va établi M. Ricardo^ qu'aucune nation ne consentira à ac- 
" quitter une dette avec les métaux précieux, si elle peut le faire au 
» moyen de marchandises moins chères. —Mais les prix des marchan- 
« dises sont assujettis à de notables affaissements par suite de l’en- 
» comhrement du marché, tandis que les métaux précieux, ayant été , 
« reconnus par le consentement unanime des peuples comme l’agent 
» général des échanges et l’instrument du commerce^ on pourra s’en 
» servir pour acqnitter les dettes les plus considérables, suivant leur 
» évaluation nominale et la quantité de métal contenue dans les mon- 
« naies respectives des pays contractants. Et quelles que soient les 
« variations qui s’établissent entre la masse de la circulation et des 
« marchandises, postérieurement à l’origine de ces transactions, il 
» n’est pas permis d’hésiter à en rechercher la cause dans les besoins 
» et les désirs d’une des deux nations, et non dans une exubérance 
» on une insufllsance primitive de monnaie. « 
Ils pensent avec moi « qu’ancune nation ne paiera une dette avec 
. » les métaux précieux, si elle peut le faire à meilleur marché au 
» moyen de marchandises; mais, ajoutent-ils, les prix des marchan- 
&gt;&gt; dises sont soumis à de notaires affaissements par suite de Vencombre- 
» ment des marchés. » Évidemment ils entendent par là les marchés 
étrangers, et dès lors ils expriment l’opinion même qu’ils s’appli- 
(luent à renverser ; savoir, que s’il n’y a pas autant d avantage à ex 
porter des marchandises que du numéraire, on exportera le numé 
raire. C’est tout simplement une autre manière de dire qu on
        <pb n="492" />
        *3« / OEUVRES DIVERSES. 
n’exportera le numéraire que dans le cas où il serait en excès relati 
vement aux marchandises et aux autres pays. Cependant ils soutien 
nent immédiatement après que 1 exportation des métaux précieux 
est 1 effet de lo, bãldnce du comtnevcd^^ et dérive de causes qui peu 
vent agir « indépendamment de la surabondance ou de la faiblesse 
» de la circulation. Ces opinions me semblent diamétralement op 
' » posées. » Si nous admettions qu’on puisse exporter les métaux 
précieux en échange.de marchandises, dans le cas même où ils se 
raient aussi chers dans le pays qui exporte que dans celui qui im 
porte, quels effets résulteraient d’une opération aussi insensée? 
« Une insuffisance de monnaie dans un jmys, et une exubérance 
. relative dans l’autre, disent les rédacteurs de la Revue, p. 343, 
» ne peuvent manquer, dans cet état de choses, d’avoir une action 
» immédiate. Elles modifieront les résultats de la balance des paie- 
» ments , et rétabliront dans les métaux précieux l’équilibre troublé 
« pendant quelque temps par l’inégalité naturelle des besoins et des 
» nécessités dans les pays contractants. » Cette proposition serait 
satisfaisante si les auteurs avaient indiqué le point où commence 
cette réaction; car, au premier abord-, il semble que les mêmes lois 
qui permettent d’exporter le numéraire d’un pays, quand il n’y est 
pas à plus bas prix que dans celui où on l’exporte, doivent aussi 
permettre de l’exporter quand il y est plus cher. C’est l’intérêt indi 
viduel qui régit toutes les opérations commerciales; et nous ne sau 
rions où nous arrêter, si nous appliquions une autre règle là où cet 
intérêt est palpable et satisfaisant. Ils auraient donc dû nous expli 
quer comment le fait de la continuité des demandes pour la mar 
chandise importée, n’enlève pas au pays imporleur la totalité de son 
numéraire et de ses lingots. Quel obstacle opposcra-t on, dans ces 
circonstances, à l’exportation du numéraire? Les rédacteurs l’expli 
quent en disant : « Un pays dont la quantité de lingots a diminué 
» verrait bientôt lui échapper la faculté de payer avec des métaux 
» précieux. » Pourquoi bientôt? N’est-il pas admis « que circulation 
» excessive et insuffisante sont seulement des termes relatifs, qui 
» n’ont de signification que par rapport aux autres pays? » Ne résul 
te-t-il pas de ces aveux que, si la balance du commerce s’établit con 
tre un pays, alors même que sa circulation ne serait pas exagérée, 
I • Nous parlons d’une balance de commerce, abstraction faite d’une balance 
\ des paiements. Une balance de commerce peut être favorable, et la seconde être 
1 1 défavorable. C’est en effet celle-ci qui réagit, seule, sur le change.
        <pb n="493" />
        LE HAUT PRIX DES LINGOTS. — APPENDICE. 
l’exportation des coins n’aura de limite que dans la quantité de mon 
naie restée en circulation. En effet, la nouvelle somme, rendue plus 
précieuse par sa réduction même, accomplira les paiements nécessai 
res aussi promptement et aussi rigoureusement que le faisait aupa 
ravant une somme plus considérable? D’après ce principe, une série 
de mauvaises récoltes pourrait ravir à un pays toute sa monnaie , à 
quelque chiffre qu elle s’élevât, et fùt elle même composée exclusive 
ment de métaux précieux. Eu faisant observer que la diminution 
de la valeur de la monnaie dans le pays qui importe, et son aug 
mentation croissante dans celui qui exporte, la dirigeraient de nou 
veau dans son ancien courant, on ne répond pas à 1 objection. Quand 
ce phénomène aura-t-il lieu? En échange de quoi la monnaie revien- 
dra-t-elle dans nos marchés? La réponse est claire : en échange de 
marchandises. Le résultat definitif de toutes ces importations et ex 
portations de monnaie se résume donc en ce que chaque pays se 
trouvera avoir importé une marchandise en échange d une autre , et 
en ce que le numéraire et les lingots auront partout été ramenés à 
leur niveau naturel. Peut-on prétendre que ces résultats ne seront 
pas prévus, que les dépenses et les embarras qui accompagnent ces 
opérations inutiles ne seront pas évités dans un pays où le capital 
abonde, où Léconomie a été introduite dans les plus petits mouve 
ments du commerce, et où la concurrence semble avoir aUeint ses 
dernières limites. Conçoit-on que des spéculateurs s’apphquent à m 
exporter le numéraire dans le simple but de le rendre cher ici et bon , 
marché ailleurs, et d'assurer ainsi son retour? 
On remarque avec un certain étonnement, que le préjugé qui 
fait envisager le numéraire et les lingots comme des objets essen 
tiellement distincts, dans leurs allures, de toutes les autres mar 
chandises, est si profondément enraciné, que les écrivains les mieux 
éclairés sur les vérités générales de I économie politique s y sont eux- 
inèmes abandonnés. En effet, ils manquent rarement, après avoir 
invité leurs lecteurs à considérer la monnaie et les lingots comme des 
marchandises ordinaires, soumises « à ce principe universel de l’offre 
» et de la demande, qui est la hase sur laquelle s’élève l’édifice en- 
» tier de l’économie politique, « ils manquent rarement, dus-je, 
d’oublier eux-mêmes cette recommandation. Ils discutent le sujet de 
la monnaie et les lois ([ui en régissent l’importation et l’exportation, 
d’après des données très-opposées à celles qu’ils appliquent au mou 
vement des autres marchandises. Ainsi, si les rédacteurs de la evue 
avaient eu à parler de café ou de sucre, ils n auraient pas lesi e a
        <pb n="494" />
        iíO 
OEUVRES DIVERSES. 
nier qu’on puisse exporter ces articles d’Angleterre sur le continent, 
lorsqu’ils n’y sont pas plus chers qu’ici. En vain leur eiit-on dit : 
Notre récolte a été mauvaise, nous éprouvons une disette de blé! Ils 
auraient prouvé hardiment et incontestablement que, malgré la gra 
vité de la disette, il n’est pas possible à l’Angleterre d’envoyer, ni à 
la France, par exemple , de recevoir du café et du sucre en échange 
de blé, quand ces deux objets coûtent plus en Angleterre qu’en Fran 
ce. Quoi! auraient-ils dit, s’imagine-t-on que nous enverrons en 
France une partie de café qui s’y vendra 100 1., après avoir coûté' 
ici 105, tandis qu’en remettant 100 1. seulement, nous pouvons ac 
quitter également la dette contractée pour l’importation du blé ? — 
J’ajouterai : pense-t-on que nous consentions à remettre, et la France 
à recevoir, si elle agit pour son propre compte, 100 1. en numéraire, 
quand 95 1. placées en café et exportées équivaudront à ces 100 1. au 
moment de l’arrivée de cet article en France? On s’écriera peut-être 
que la France ne manque pas de café, que ses marchés en sont en 
combrés. Je l’accorde, mais la monnaie lui manque encore bien 
moins, puisque 100 1. st.en café y valent plus que 100 1. st. en numé 
raire. La seule preuve que nous puissions obtenir du bas prix relatif 
de la monnaie chez deux peuples, nous est fournie en la comparant 
avec les marchandises. Les marchandises indiquent la valeur de 
la monnaie, comme la monnaie sert réciproquement à les évaluer. 
, Si donc les marchandises représentent plus d’argent en Angleterre 
qu’en France, nous pouvons dire à juste titre que la monnaie est 
moins chère en Angleterre, et qu’en l’exportant, loin de détruire son 
niveau, on le rétablit. Si, après avoir comparé la valeur relative 
^ du café, du sucre, de l’ivoire, de l’indigo et de toutes les autres mar 
chandises d’exportation sur les deux marchés, je persiste à expédier 
du numéraire, ce sera le meilleur argument pour prouver (pie le nu 
méraire est la marchandise la moins chère sur le marché anglais, 
mis en rapport avec les' marchés étrangers, et qu’il constitue consé 
quemment l’article d’exportation le plus avantageux. — Où trouve 
ra-t-on, pour prouver la surabondance et le bon marché relatifs du 
numéraire entre la France et l’AiigletcTre, un témoignage plus irré 
cusable que ce fait, qui nous montre qu’en France il s’aebètera plus 
de blé, d’indigo, de sucre, de café, plus enfin de toutes les marchan 
dises d’exportation? 
Les rédacteurs de la Revue pourraient me répondre, il est vrai, 
qu’ils n’ont pas prétendu que le café, le sucre, l’indigo, l’ivoire, fus 
sent à j)lus bas prix que la monnaie; ils peuvent avoir supposé (pie.
        <pb n="495" />
        LE HAUT PRIX DES LINGOTS. - APPENDICE. 4ii 
(laus les deux pays, ces valeurs s’équilil)raient, en d’autres termes, 
que 100 livres sterling remis en argent, ou expédiés sous forme de 
café, de sucre, d’indigo, d’ivoire, etc., etc., fout une égale valeur en 
France ; mais si toutes ces valeurs se balançaient si merveilleu 
sement, (jucl esprit pousserait le spéculateur à expédier une mar 
chandise plutôt que l’autre en échange du blé, qui est le critérium 
d’après lequel ou détermine leur bon marché relatif en Angleterre? 
S’il expédie de l’argent, il détruit l’équilibre naturel des monnaies. 
Dès lors, s’écrient les rédacteurs, en raison de sa multiplication en 
France, et de sa réduction en Angleterre, le numéraire devenant 
moins cher en France, on le réimportera en échange de marchandises 
jusqu’à ce que l’équilibre soit rétabli. Mais ne provoquerait-on pas 
les mômes effets en exportant du café ou toutes autres marchan 
dises au moment où elles ont dans les deux pays une valeur égale 
par rapport à la monnaie ? L’équilibre entre l’offre et la demande ne 
serait-il pas immédiatement altéré? et ces deux phénomènes de la 
diminution de la valeur du café en France par la multiplication, et 
de l’accroissement de cette même valeur en Angleterre par suite 
de réduction, ne le feraient-ils pas réimporter en Angleterre? 
On pourrait exporter chacune de ces marchandises sans que leur 
renehérissement produisît de grands inconvénients ; mais la mon 
naie , cet agent qui les fait circuler toutes, et dont les plus légères 
variations d’accroissement et de diminution suffisent pour élever on 
affaiblir les prix dans des proportions extravagantes , la monnaie, 
dis-je, il serait impossible de l’exporter sans déterminer les plus sé 
rieuses conséquences ! — Le vice de la théorie des rédacteurs éclate 
dans leurs conclusions. 
On n’éprouverait, dans mon système, aucune difficulté pour dé 
terminer le mode d’après lequel il faut effeetuer les retours pour 
soutenir la valeur et le montant relatifs des agents monétaires, et 
cela dans le eas si peu probable où toutes les marchandises, le numé 
raire compris, et le blé excepté, auraient la même valeur dans les 
deux pays désignés. Si la circulation monétaire de l’Angleterre, 
composée exclusivement de métaux précieux, ne représentait que la 
cinquantième partie de la valeur des marchandises qu elle met en 
mouvement, le montant total du numéraire qu’on supposerait être 
exporté alors contre du blé, équivaudrait à la cinquantième partie 
de CO blé lui-même. Pour le surplus, nous exporterions des marchan 
dises, et ainsi se rétabliraient dans les deux pays les proportions 
normales entre la monnaie et les marchandises. Une mauvaise ré-
        <pb n="496" />
        ^ Lf,/K6 
- - ^iy.O 
442 ^ 
^ W ' ' " 
OEUVRES DIVERSES. 
colte classerait l’Angleterre dans le cas suppös^, p. 40*2, où nne 
nation, privée d’une partie de ses marchandises, ne demande plus 
qu’une somme de numéraire très-amoindrie. La circulation qui 
effectuait auparavant ses paiements, deviendrait actuellement sur 
abondante et à bon marché dans le rapport même du cinquantième 
de la production réduite. En exportant ce quantum on ramènerait 
donc la circulation anglaise à la valeur des circulations étrangè 
res. Je crois ainsi avoir suffisamment prouvé qu’une mauvaise ré 
colte n’êigit sur les changes qu’en exagérant le niveau de la circu 
lation : d’où il suit que l’on peut toujours rapporter un change 
défavorable à une circulation relativement surabondante. 
Admettons, s’il se peut, qu’en face d’une mauvaise récolte qui 
force l’Angleterre à des importations exceptionnelles de blé, 1 abon 
dance la plus large règne chez une autre nation. Si nous suppo 
sons encore que cette nation na besoin d’aucun article, quel qu il 
soit, il est indubitable qu elle ne voudra pas échanger son blé contre 
des marchandises; mais elle n’exporterait pas davantage son blé con 
tre de l’argent, puisque la monnaie n’a pas une utilité absolue, 
intrinsèque, mais bien relative, comme l’ont expressément reconnu 
les rédacteurs. Cette hvpothèse est toutefois inadmissible, car une 
nation pourvue de toutes les marchandises nécessaires à la consom 
mation, aux jouissances de ses habitants, aptes à les acheter, ne con 
sentira jamais à laisser pourrir dans ses greniers le blé qu elle a re 
cueilli au delà de ses besoins. 
Tant que le penchant de l’accumulation subsistera dans le cceiii' 
de l’homme , il sera jaloux de transformer en capital l’excédant de 
ses productions sur sa consommation. Or il ne peut atteindre ce but 
qu’en occupant lui-même, où en permettant à d’autres, au moyen de 
prêts, d’occuper un nombre additionnel de travailleurs : puisque 
c’est par le travail seul qu’on transforme le revenu en capital 
Si son revenu consiste en blé, il sera disposé à l’échanger pour des 
comestibles, de la viande, du beurre, du fromage et mille autres 
marchandises dans lesquelles se métamorphosent journellement les 
salaires du travail. En d’autres termes, il vendra son blé contre 
de l’argent, il paiera les salaires de ses ouvriers, et créera ainsi le 
besoin des marchandises mêmes qu’il peut obtenir de l’étrauger en 
échange de son superflu en blé. Ces retours lui porteront des objets 
plus précieux qu’il pourra encore appliquer au même but, ajoutant 
ainsi à sa propre fortune et multipliant la richesse et les ressources 
de son pays.
        <pb n="497" />
        LE HAUT PRIX DES LINGOTS. - APPENDICE. 4« 
Il est impossible de se tromper plus lourdement qu’en supposant 
qu’une nation puisse exister sans éprouver le besoin de certaines con- / 
sommations. Elle pourra manquer de débouchés pour l’excédant 
d’une ou plusieurs de ses marchandises ; elle pourra avoir plus de 
café, de sucre, de suif, qu’elle n’en peut consommer ou écouler, mais 
jamais un pays n’a été inondé par un encombrement général de tou 
tes les marchandises. C’est un fait évidemment impossible. Si un 
pays est comblé de toutes les choses nécessaires à l’existence et au bien- 
être de l’homme, et que ces choses se répartissent d’après les propor 
tions habituelles de la consommation, on peut être sûr, quelque abon 
dantes qu’elles soient, de leur trouver un débouché. Il en résulte 
que lorsqu’un pays possède une marchandise qui n’éveille aucune 
demande à l’intérieur, il désire nécessairement l’échanger contre 
d’autres marchandises dans la limite de la consommation possible. 
Aucune nation ne cultive du blé ou toute autre production dans le 
but de les transformer définitivement en monnaie , comme le sup 
posent immédiatement ou médiatement les rédacteurs de la Revue ; 
tîar ce serait appliquer les efforts de l’homme à la plus stérile de tou 
tes les œuvres, La monnaie est précisément un objet qui n’ajoute 
à la richesse d’une nation qu’au moment où on l’échange. C’est 
pourquoi je trouve que la multiplication des signes monétaires n’est 
pas plus le mobile du travail de la nation que du travail individuel. 
Et la seule circonstance qui donne un écoulement forcé à la mon 
naie, c’est la valeur comparativement moindre qu elle a dans les pays 
avec lesquels on commerce. 
On conçoit qu’une nation dont la circulation monétaire est confiée 
aux agents métalliques, et qui ne possède pas de mines, puisse mul 
tiplier les produits de son territoire et de son travail sans ajouter à sa 
richesse. En effet il se peut que les pays où s’exploitent les mines ob 
tiennent une telle quantité de métaux précieux, qu’ils imf&gt;osent aux 
pays industrieux un surcroît de numéraire équivalant à l’accroisse 
ment total de ses productions. Mais il arrivera que la circulation 
supplémentaire, jointe à celle qui servait auparavant, n’aura pas 
une valeur réelle supérieure au montant primitif des unités moné 
taires. La nation industrieuse deviendra ainsi tributaire de celles 
qui possèdent les mines, et fera un commerce où elle n’aura que des 
pertes à attendre. 
Je suis prêt à accorder que le change avec les autres pays est dans \ 
uU^tat continuel d’oscillation. Mais il ne varie pas généralement 
jusqüH ces limite» auxqTTelIesil devient plus avantageux de faire des
        <pb n="498" />
        • OEUVRES DIVERSES. 
4U 
remises avec des lingots qu’avec une lettre de change. Dans de 
telles circonstances, il est incontestable que les importations se balan 
ceront avec les exportations. Dans le cas même où l’on aurait satisfait 
aux demandes de tous les pays, les changes s’écarteraient encore du 
pair si la circulation d’un seul peuple était ou surabondante ou cbe- 
tive relativement aux autres. Supposons que l’Angleterre expédie 
des marchandises en Hollande et n’y trouve pas les objets convenables 
au marché anglais ; ou, ce qui revient au même, supposons que 
nous puissions acheter ces marchandises à meilleur marché en Fran 
ce. Nous réduirons alors le cercle de nos opérations à la vente de 
certaines marchandises en Hollande, et à l’acquisition d’autres objets 
en France. Ces transactions n’auront aucune inlluence sur la cir 
culation monétaire d’Angleterre, car nous paierons la France au 
moyen d’une traite sur la Hollande. Les importations et les exporta 
tions se balanceront d’ailleurs exactement. Le change pourra cepen 
dant nous être favorable vis-à-vis la Hollande et défavorable avec la 
France. Et ce phénomène se représentera si l’on ne règle pas les 
comptes en important en France des marchandises de Hollande, ou de 
tout autre pays débiteur de la Hollande. L’absence de telles im 
portations ne pourrait naître que d’une surabondance relative de la 
circulation de Hollande comparée à celle de France, et il conviendra 
aux deux pays que le paiement delà traite s’elîectue au moyen d’une 
remise de lingots. Si la balance se solde par des expéditions de 
marchandises, le change entre tous les pays sera au pair. Si elle 
se règle avec des lingots, le change entre la Hollande et l’Angleterre 
sera autant au-dessus du pair que le change entre la France et l’An 
gleterre sera au-dessous; et cette différence équivaudra aux dépenses 
causées par le transport des lingots, de Hollande en Franee. Le ré 
sultat définitif serait le même si toutes les nations du globe ])artiei- 
paientà ces opérations. Ainsi l’Angleterre ayant acheté en France 
et vendu à la Hollande certaines marchandises, la France pourrait en 
avoir de son côté acheté une masse égale en Italie. L Italie peut avoir 
fait la même opération vis-à-vis la Russie, celle-ci vis-a-vis l’Alle 
magne, et l’Allemagne vis-à-vis la Hollande, à 100,000 1. près, (jui 
pourraient être nécessaires à l’Allemagne pour alimenter une circu 
lation insuffisante, ou pour fabriquer de la vaisselle. Toutes ces 
diverses opérations se solderaient par des lettres de change, a l’ex 
ception des 100,000 1. Four exporter ces 100,000 I. on les puiserait 
dans une exubérance de coins ou de lingots en Hollande, ou on les pré 
lèverait sur toutes les monnaies de l’Europe. Je ne prétends pas.
        <pb n="499" />
        LE HALTj.PRIX DES LINGOTS. — APPENDICE. 445 
comme l’ont compris les rédacteurs, « qu’une mauvaise récolte ou la 
nécessité de fournir des subsides, doive déterminer immédiatement 
et invariablement une demande exceptionnelle de mousseline, de quin 
cailleries, de produits coloniaux, » car les mêmes effets se représente 
raient si le pays qui acquitte le subside ou qui subit la mauvaise ré 
colte importait une certaine quantité d’autres marchandises inférieure 
à celle qu’il reçoit babituellement. 
Les rédacteurs disent, page 345:« Le même genre d erreur que nous 
0 venons de signaler se glisse dans d’autres passages du pamphlet de 
» M. Ricardo, et surtout au début de son sujet. 11 paraît croire 
&gt;&gt; qu’une fois les métaux précieux répartis parmi les différentes na- 
« tions de la terre d’après leur richesse et leur commerce relatifs, 
» toutes éprouvent un besoin égal de conserver le contingent qui 
» leur est échu. Dès lors toute tentative pour les importer ou lesex- 
» porter devrait disparaître jusqu’à l’exploitation d’une nouvelle 
« mine ou d’une nouvelle banque, ou jusqu’à une révolution majeure 
» dans la prospérité relative des peuples. » — Ils ajoutent plus loin, 
page 3G1 :« Nous avons déjà combattu l’erreur qui consiste à nier que 
&gt;’ l’existence d'une balance de commerce ou de paiement soit tout 
-* indépendante d’une exubérance ou d une pénurie d agents moné- 
» taires J — erreur qui, du reste, vient de M. Ricardo, et dont le 
» rapport est complètement dégagé. » Mais il est un autre point 
sur lequel tous les auteurs de notre parti semblent d accord. Sur 
ce point cependant, nous nous séparons d eux, et penchons vers 
une appréciation nieycttuliJe de la question, lout en reconnais 
sant que les déplacements des lingots naissent quelquefois de cau 
ses intimement liées avec le change, ils persistent à n’accorder à 
ces causes qu’un degré d’inlluence très-limité. M. Iluskisson a établi 
(lue les opérations du commerce des lingots avaient presíju’entiè 
rement leur source dans les tributs su(xessifs que nous versent cha 
que année les mines du Nouveau-Monde, et qu elles se bornaient à 
distribuer ces richesses parmi les différentes nations de l’Europe. 
Si CCS expéditions cessaient à la fois, les transactions sur l’or et l’ar 
gent, considérés « comme articles de commerce extérieur, devien 
draient très-rares et n’auraient qu’une durée très-passagère. « 
« Dans sa réponse à M. Rosanquet, M. Ricardo a invoqué ce 
» passage avec une prédilection toute particulière. » Je suis à me de 
mander maintenant en (luoi cette opinion de M. Iluskisson différé 
de celle que j’ai émise précédemment, et que les rédacteurs se sont 
attachés à commenter.
        <pb n="500" />
        446 
ŒUVRES DIVERSES. 
Ces passages sont au fond les mêmes et doivent triompher ou 
s’effacer à la fois. Tout en reconnaissant que les déplacements des 
lingots naissent quelquefois de causes intimement liées avec les 
changes, je n’admets pas que ces déplacements puissent avoir lieu 
avant l’époque où la baisse du change est devenue assez considérable 
pour rendre avantageuse l’exportation des lingots. Je soutiens de 
plus que, si cette dépression avait lieu ce serait en vertu de la sur 
abondance et du bon marché de la circulation, deux phénomènes 
« qui proviennent presqu’entièrement des tributs successifs que nous 
» versent chaque année les mines du Nouveau-Monde. » Il n’y a donc 
pas là un autre point de dissidence entre les rédacteurs et moi ; car 
c’est le même, exactement le même. Si « il est bien avéré que, dans 
» leurs relations commerciales habituelles, un grand nombre d’Etats 
» ont presque constamment un change favorable avec certains pays 
» et défavorable avec les autres, » à quelle cause faut-il l’attribuer, 
si ce n’est à celle indiquée par M. Huskisson? c’est-à-dire les tril)uts 
nouveaux qui sont annuellement versés, « presque sur les mêmes 
» points, par les mines du Nouveau-Monde. » Le docteur Smith ne 
semble pas avoir complètement apprécié l’influence souveraine et 
uniforme de cet afflux de lingots sur les changes étrangers. 11 s’est 
montré très-enclin à exagérer l’utilité des lingots dans ces mille 
transactions étrangères qu’il est nécessaire à un pays de faire rayon 
ner autour de lui. Les relations grossières qui s’établissent entre 
les nations, comme entre les particuliers, au début de la société, 
comportent peu d’économie dans l’emploi de la monnaie et des 
lingots. Une civilisation perfectionnée peut seule introduire dans 
les transactions internationales les fonctions que le papier accom 
plit si avantageusement entre les individus du même pays. Les 
rédacteurs de la Revue d’Êdimbourg ne me paraissent pas avoir sufli- 
samment compris le développement qu’a pris entre les nations com 
merçantes l’application du principe d’économie dans l’emploi des mé 
taux précieux. Ils ne semblent même pas en avoir reconnu toute 
la portée relativement à une seule nation, puisqu’à la page 346 
le lecteur est porté à croire que, suivant leur opinion, il s’opère 
de fréquents envois de numéraire entre les districts éloignés d’un 
même pays. Ils nous disent en effet : « Il y a eu et il y aura, tou- 
» jours une certaine quotité de métaux précieux destinée à accom- 
* plir, entre les différentes nations reliées par le commerce, le rôle 
» que la circulation d’un pays isolé joue par rapport à ses pro- 
» vinces extrêmes. &gt;&gt; Qu’on me dise maintenant le rôle que joue
        <pb n="501" />
        447 
LE HAUT PRIX DES LINGOTS. — APPENDICE. 
la circulation d'un pays par rapport à scs provinces extrêmes. 
.le suis intimement persuadé que la monnaie ne joue qu un rôle 
très-secondaire dans l’infinie multiplicité des transactions commer 
ciales qui s’opèrent entre les provinces éloignées du royaume. Les im 
portations se balancent presque toujours par des exportations', et la 
preuve en est, que la circulation locale des provinces (et elles n’en 
ont pas d’autre) s’étend rarement à une distance considérable du lieu 
de l’émission. 
Si les rédacteurs de la Revue ont été conduits à admettre cette doc 
trine erronée des commerçants, que dans le cas même où le numéraire 
ne serait pas moins cher dans le pays exportant, on 1 expédierait enco 
re, en échange de marchandises; si, dis-je, ilsl ont admise, c est qu ils 
n’ont pas trouvé d’autre argument pour s’expliquer comment la 
hausse du change a pu quelquefois accompagner une surémis 
sion de bank-notes, ainsi que l’a établi dans un rapport adressé à 
la commission des métaux précieux {Bullion Committee), M. Pearse, 
ex-sous-gouverneur et gouverneur actuel de la banque. Ils disent. 
« Sous ce point de vue, il n’est certainement pas facile d’expli- 
» quer la progression ascendante du change en face d’une multi- 
» plication patente de billets, phénomène qui se représente pourtant 
» assez fréquemment, et sur lequel le sous-gouverneur de la Banque a 
» fortement insisté comme une preuve que nos changes extérieurs 
« n’ont aucun rapport avec l’état de la circulation. » 
11 n’y a pourtant pas dans ces deux circonstances une incompati 
bilité absolue. M. Pearse semble avoir méconnu, comme les ré 
dacteurs de la Revue d’Edimbourg, le principe émis par les partisans 
de l’abrogation du Bestriction-bill. — Ceux-ci ne prétendent pas, 
ainsi qu’on le suppose, qu’un accroissement de billets de banque 
abaissera constamment le taux du change, mais ils disent que ce ré 
sultat sera produit par une circulation surabondante. Il nous reste 
donc à examiner si une augmentation de bank-notes est nécessaire 
ment, et en tous temps, suivie d’un accroissement permanent de la 
circulation ; et si je puis démontrer le contraire, on n’éprouvera plus 
de difliculté à concilier la hausse du change avec une augmentation 
de billets de banque. 
On reconnaîtra immédiatement que, tant qu’il existe en circula- 
' Une partie de la production des provinces s’exporte sans aucun retour pour 
aller constituer le revenu des absents ; mais cette considération ne peu 
d’influence sur la question générale de la circulation.
        <pb n="502" />
        448 ŒUVRES DIVERSES. 
tion une portion considérable’de numéraire, tout accroissement dans 
les billets de banque peut diminuer passagèrement la valeur de la 
circulation totale, papier et or à la fois ; mais cette dépression ne 
sera jamais constante. En effet, l’exubérance et le bon marché de 
la monnaie abaisseront le taux du change, et détermineront l’exporta 
tion d’une partie du numéraire. Cette exportation cessera, ensuite, 
aussitôt que la circulation aura recouvré sa valeur et ramené le 
change au pair. La multiplication des billets inférieurs se traduira 
en définitive par la substitution d’une monnaie à une autre, d’a 
gents en papier à des agents métalliques, et n’agiro^it pas comme 
un accroissement actuel et permanent L 
Nous ne sommes cependant point dépourvus de tout critérium 
propre à nous faire évaluer le montant relatif de la circulation, 
comparé, à différentes époques, aux billets de banque; et quoi 
que nous ne puissions admettre ce critérium comme infaillible, il 
a en lui des probabilités d’exactitude suffisantes pour décider la ques 
tion qui nous occupe. Ce critérium consiste dans les billets de 5 1. 
et au-dessus, que nous devons toujours envisager comme conservant 
dès proportions assez régulières relativement à la circulation to 
tale. Ainsi, si depuis 1797 les billets de cette dénomination se 
sont accrus de 21 à 16 millions, nous pourrons en inférer que la 
circulation totale a augmenté du tiers. Si d’ailleurs, le rayon dans le 
quel circulent les billets de banque n’a été ni étendu ni resserré, 
les billets au-dessous de 5 1. seront émis à mesure qu’on enlève 
les agents métalliques à la circulation, et se multiplieront en raison de 
toute augmentation correspondante dans les billets d’une coupure 
plus élevée. 
Si je suis autorisé à croire que l’aceroissemeut du montant de nolie 
circulation doit être attribué à une multiplication de billets de ban 
que de 5 1. et au-dessus, et jamais à une surémission de billets de 
1 1. et 2 1. substitués aux guinées exportées ou thésaurisées, je 
dois nécessairement rejeter toutes les conclusions de M. Pearse, car 
* Ceux qui rejettent les raisonnements du Bullion Committee x-Report ont 
souvent, et avec justice, soutenu qu’une augmentation des billets de banque au- 
dessous de 5 1. devait être considérée comme une [substitution aux coins expor 
tés, plutôt que comme une augmentation actuelle de circulation. Mais quand 
ces messieurs veulent établir leur théorie de prédilection, celle qui repousse 
toute connexité entre le montant de la circulation.fiUfiJaRx du change, ils n’ont 
garde de ñe'pSsappeler à leur secoiirsces^tits billets qu’ils avaient auparavant 
dédaigneusement écartés.
        <pb n="503" />
        LE HAUT PRIX DES LINGOTS. — APPENDICE. 441&gt; 
elles reposent sur la supposition que toute augmentation dans les bil 
lets de cette valeur produit une augmentation équivalente dans la 
circulation monétaire. On voit bien clairement à combien d’er 
reurs conduisent ces raisonnements, quand on réfléchit qu’en 1797 
les billets de 1 1. et de ‘i I. n’existaient pas dans la circulation, 
que leur place était entièrement remplie par des guinées, et que de 
puis cette époque il n’en a pas été émis moins de sept millions, soit 
pour combler le vide laissé par les guinées exportées ou thésauri- 
sées , soit pour maintenir l’équilibre entre les intermédiaires des 
grands et des petits paiements. Je puis dénier hardiment au rapport 
de M. Pcarse l’autorité nécessaire pour combattre l’opinion que j’ai 
hasardée et qui attribue, dans tous les cas, la balance défavorable du 
commerce et la sécurité subséquente du change à une circulation re 
lativement exubérante et à bon marché \ — Mais quand bien même 
les raisonnements de M. Pearse ne seraient pas aussi erronnés que 
le sont ses faits, il lui serait impossible de justifier les conclusions qu’il 
en a tirées. 
M. Pearse établit que l’accroissement des billets de banque, de 
janvier 1808 à Noël 1809, se réduit à la différence entre 17 Ifi et 18 
millions ou à 500,000 1., et que le change avec Hambourg a fléchi 
pendant le même délai de 34 s. 9gr. à 28 s. 0 gr. ; — ce qui forme 
une augmentation de billets de moins de 3 0/0 et un avilissement 
des changes de plus de 18 0/0. 
Mais où donc M. Pearse a-t-il appris qu’à Noël 1809 il n’exis 
tait que ÎHmilUons de bank-notes en circulation? Après avoir com 
pulsé tous les tableaux rédigés sur le montant des billets de banque 
en circulation au mois de décembre 1809, je persiste à conclure que 
les évaluations de M. Pearse sont inexactes. — M. Mushet nous 
donne dans ses tables quatre relevés des billets de banque dans la 
même année. 
Dans le dernier des relevés relatifs à l’année 1809 , il a porté le 
montant des billets de banque en circulation à. . . 19,742,998 
L’appendice, joint au Bullion-Report,eX. divers 
rapports faits dernièrement à la Chambre des 
Communes donnent, pour le 12 décembre 1809,. . . 19,727,520 
Pour le 1®^ janvier 1810 20,669,230 
' Je ne prétends pas nier que l’invasion soudaine d’un ennemi, ou une commo 
tion quelconque capable d’ébranler dans un pays les propriétés, puissent for 
mer une exception à cette règle ; mais le change sera généralement défavorable 
pour les pays placés dans de telles circonstances. 
{ÜEuv. de Ricardo.] 
29
        <pb n="504" />
        / 
450 
ŒUVRES DIVERSES. 
Pour le 7 janvier 1810 19,528,030 
Cette somme n’a pas été moindre pendant un grand nombre de 
mois antérieurs à décembre. 
Quand je découvris pour la première fois cette erreur, je crus que 
M. Pearse avait omis dans ses deux résultats les bank-post-bills 
(mandats de la banque ), qui ne s’élevaient pas à plus de 880,8801.; 
mais en consultant son tableau des billets de banque en circulation, 
y compris les bank-post-bills, en janvier 1808, je trouve que les 
chilfres de M. Pearse dépassent tous ceux que j’ai pu rencontrer 
ailleurs. Ils excèdent même de près de 900,000 1. le compte rendu 
de la banque du 1" janvier 1808, de sorte que de cette époque au 12 
décembre 1809, l’accroissement fut de 16,619,210 a 19,727,50; c( 
qui constitue une différence de plus de 3 millions au heu e 
500,000, ou de 2 millions, si l’évaluation de M. Pearse se justifie par 
une date quelconque de janvier 1808. 
Je trome aussi que le tableau, dans lequel il estime que, de janvier 
1803 à la lin de 1807, I’accroissemeut des billets de banque a e e 
de 10 Ijî il 18 millions, c’est-à-dire de un million et demi, excede 
la vérité de 500,000 I. ba multiplication des billets de •&gt; 1. et au- 
dessous , y compris les bank-post-bills, n'a pas dépassé, pendant ee 
lajis de temps, 150,0001. Il est important de signaler ces erreurs, 
alin que ceux qui adopteraient le principe de M. l’carse malgré mes 
arguments, puissent se convaincre que les faits ne consacrent pas 
les conclusions que cet administrateur en a déduites. Il laut aussi 
leur démontrer que des calculs fondés sur le montant sjiecial des 
billets de banque pour tel jour ou telle semaine, et opposes aux ré 
sultats généraux des moyennes précédentes et |K.slérienres, sont peu 
aptes à renverser une lliéoric étayée par tant d’autres preuves, yns 
m’apparalt ta théorie qui proclame que la multi,.beat,on sans limi 
tes d’une circulation dépourvue d’un étalon bxe, peut et doit (in 
duire une cfiÏÏtTiSrrstantc dans les ebanges avec les |)ays dont le 
Sÿsmuc mmiWre a jionr poT.it de départ un contrôle sérieux et 
officiel. . , . 
Après avoir indiqué le degré de confiance que mérite e m mo 
de M. Pearse, j’appelle l’attention du lecteur sur les ta ) eaux qu 
i’ai extraits des évaluations du IMUm-ReporI et .les d,nuimenl, qu. 
ont été soumis depuis à la Cbambrc des Com,nones Je 1 invite a corn- 
üSüilüs
        <pb n="505" />
        451 
LE HAUT PRIX DES LINGOTS. — APPENDICE, 
pas instantanés et demandent du temps avant de se développer com 
plètement ; — que la hausse ou la baisse du prix de l’argent, comparé 
avec l’or, altère la valeur des circulations d’Angleterre et de Ham 
bourg, et détermine l’abondance et le bon marché relatifs de l’une 
ou de l’autre ; — que les mêmes effets se reproduiraient, comme je 
l’ai déjà établi, à la suite d’une récolte abondante ou insuffisante, soit 
chez nous, soit dans les pays qui commercent avec nous ; ou encore 
à la suite de tout autre accroissement ou déduction de richesse réelle 
ffui, en modifiant les proportions relatives de la monnaie et des mar 
chandises, altérerait la valeur de l’agent d’échange. J’ai la conviction 
que ces réflexions préliminaires prouveront qu’on peut réfuter les 
objections de M. Pearse, sans avoir recours à l’abandon d’un grand 
principe. Si on désavouait ce j)rincipe, on verrait s’établir une théo 
rie de change toute mercantile, et cette théorie servirait d’argument 
et de prétexte à la fois pour prouver que la diffusion des agents mo 
nétaires a été si grande que, pour la combattre, il faut les empri 
sonner à la Banque, ou affranchir les directeurs de l’obligation de 
payer leurs billets en espèces. 
Tableau de M. Pearse tel qu’il a été présenté au Bullion-Committee. 
Total des billets de banque. 
Millions. 
' 27 février 1797. 8 l|2 
Ils s’élèvent graduellement en 1797 et 1798 à 13 
Mars 1799. 13 1|2 
Après cette époque surnennent de lourds subsides, une 
grande détresse commerciale, de larges importations de 
blé. — Le change avec Hambourg continue à fléchir, et 
descend le 2 janvier 1801 à 
Depuis la lin de l’année 1799 jusqu’à la fin 
de 1802, une surémission de billets de 
Taux du change avec 
Hambourg. 
35 s. 6 g. 
38 O 
37 7 
29 
I 1. et 2 1. grossit la somme totale def 13 1/2 
tous les billets, et la porte à { à ¿Fluctuation. 
( 16 1/2 
16 1/2 
à Fluctuation. 
18 
17 1/2 
à Chute. 
18 
De janvier 1803 à la fin de 1807. 
De janvier 1808 à Noël 1809. 
de 33 
a 29 
de 32 
à 35 
de 34 
à 28 
3 
8 
10 
10 
9 
6 
Le taux du change avec Hambourg a été puisé dans la cote du Lloyd. 
* J’ai négligé, dans le travail de M. Pearse, tout ce qui concerne le montant des 
billets en circulation avant la suspension des paiements à la Banque, parce que le 
change devait nécessairement être avili par le montant des émissions de la ban 
que, tant que le public a eu la faculté de réaliser ses billets eu espèces.
        <pb n="506" />
        ^Îj2 OEUVRES DIVERSES. 
La moyenne du montant des billets de banque, de 1791 à 1808 in 
clusivement, a été copiée pour la table suivante dans le rapport du 
Bullion-Commillee. Le taux des changes est extrait d’une cote pré 
sentée par la monnaie au Parlement. La Banque a adressé aux Par 
lements trois rapports sur le montant de ses billets en circulation 
pendant l’année 1810. Le premier résume la situation au 7 et au 
12 de chaque mois ; le second présente un tableau hebdomadaire du 
19 janvier 1810 au 28 décembre ; et le troisième, un tableau analogue 
du 3 mars au 29 décembre 1810. La somme moyenne des billets 
au-dessus de 5 livres, les bank post-bills compris, s élève. 
Depuis, le premier tableau à 1. 16,706,226. 
second — 16,192,110 
troisième — 16&gt;358,230 
Ensemble 48,256,566 
Moyenne générale 16,085,522 
Pour les billets au-dessous 
de 6 livres 1.6,560,674 
— 6,758,895 
— 6,614,721 
_ 19,934,290 
_ 6,644,763 
Dans les années marquées de cet astérisque *, la valeur de 1 argent, 
comparé à l’or, dépasse les évaluations de la monnaie ; tel fut parti 
culièrement le cas de l’année 1801 où U suflisait de moins de 14 onces 
d’argent pour acheter une once d’or ; le rapport de la monnaie est 1 : 
à 15,07, et celui du marché 1 : à 16 environ. 
dès dè fu ¿Mingue d%4ngdefem;en (nrcidafûm 
pendant les années suivantes : 
BILLETS 
de 5 liv. et au- 
dessus, y com 
pris les bank- 
post-bills. 
1798 
‘1799 
'1800 
"1801 
"1802 
1803 
1804 
•1805 
*1806 
•1807 
*1808 
1809 
1810 
1811 
BILLETS 
au-dessous de 
5 liv. 
1. (i. 
11,527,250 
12,408,522 
13,598 666 
13,454,367 
13,917,977 
12,983,477 
12,621,348 
12,697,352 
12,844,170 
13,221,988 
13,402,160 
14,133,615 
16,085,522 
1. &gt;L 
1,807,502 
1,653,805 
2,243,266 
2,715,182 
3,136,477 
3,864,045 
4,723,672 
4,544,580 
4,291,230 
4,183,013 
4,132,420 
4,868,275 
6,644,763 
I. »L 
13,334,752 
14,062,327 
15,841,932 
16,169,594 
17,014,454 
16,847,522 
17,345,020 
17,241,392 
17,135,400 
17,405,001 
17,534,580 
19,001,890 
22,730,285 
CHANGE 
le plus haut avec 
Hambourg. 
' S- . 
¿8,2 janvier. 
37.7 janvier. 
32.5 mai. 
31.8 octobre. 
34 — décembre. 
35 — décembre. 
36 — juin. 
35.8 mars. 
34.8 décembre. 
34,10 mars. 
35.3 juillet. 
31.3 janvier, 
31,2 juin. 
26.6 janvier. 
CHANGE 
le plus bas avec 
Hambourg. 
*• 8- 
37,4 décembre. 
31.6 octobre. 
31 — février. 
29.8 janvier. 
32 —février. 
34—janvier. 
34.8 février. 
32.9 novembre. 
33.3 janvier. 
34,2 septembre. 
32.4 décembre. 
28.6 novembre. 
28,6 décembre. 
24—mars. 
La Banque a dressé un tableau du montant de ses billets pendant 18 jours 
de la présente année 1811. — La somme moyenne des billets de 5 livres et au- 
dessus, y compris les bank-post-bills, s’y monte lb,J86,uao 
Ceux au-dessous de 5 livres donnent. 
Total &gt;• »»• 23,547,525
        <pb n="507" />
        453 
LE HAUT PRIX DES LINGOTS. — APPENDICE. 
« Si l’on enlevait, dit la Revue d’Êdimbourn, de larges portions 
w de numéraire aux oisifs et à ceux qui vivent de revenus fixes, pour 
» les verser aux mains des fermiers, des industriels et des mar - 
» chauds, les proportions établies entre le capital et le revenu se 
» modifieraient puissamment en faveur du capital, et en peu de temps 
» la production du pays recevrait un développement immense. » 11 est 
indubitable « que ce n’est pas la quantité « des agents monétaires qui 
ajoute à la richesse nationale, mais bien « le mode de leur distribution. » 
Si donc il nous était démontré que les effets d’une surabondance, et 
conséquemment d’une dépréciation de la monnaie, sont de réduire 
les moyens de consommation chez les classes oisives et improducti 
ves , pour peupler les rangs de la population laborieuse et produc 
tive, nous y reconnaîtrions indubitablement un accroissement de 
richesse nationale ; car on aurait transformé en capital des revenus 
éphémères. Mais la question est précisément de savoir si tels se 
ront les résultats : 1000 livres st. épargnées par le détenteur de fonds 
publics sur son revenu, et prêtées au fermier, ne seront-elles pas 
aussi productives que si le fermier lui-même les eût économisées? 
La Revue dit : « Chaque nouvelle émission de billets a non-seule- 
I) ment pour effet de multiplier les agents monétaires, mais encore 
» d’en changer la distribution totale. Il en est versé une grande pro- 
» portion entre les mains de ceux qui consomment pour produire, et 
» une plus petite quantité entre les mains de ceux qui consomment 
» seulement. « Mais en doit-il être nécessairement ainsi? Les rédac 
teurs semblent admettre comme axiome, que ceux qui vivent de reve 
nus fixes doivent consommer intégralement leur revenu, et qu ils n en 
sauraient épargner une fraction pour l ajouter annuellement au ca 
pital. 
Il y a loin d’une telle conclusion à la réalité des faits. Et je de 
manderai si les rentiers de l’État, en épargnant la moitié de leur 
revenu pour le colloquer dans les fonds publics et mobiliser ainsi 
un capital qui sera définitivement mis en œuvre par eeux qui con 
somment et qui produisent, si les rentiers, dis-je, n’imprimeront pas 
au développement de la richesse nationale une impulsion puissante ? 
Je demanderai encore si on surpasserait l’énergie d’un tel stimulant 
en dépréciant leur revenu de 50 p. O/o, par des émissions de bank- 
notes , et en leur retirant conséquemment la faculté de l’épargne ? 
Je le demanderais même dans le cas où la banque prêterait à un 
homme industrieux une somme de billets équivalente au revenu di 
minué du rentier. La différence, la seule différence me parait être
        <pb n="508" />
        ií&gt;i OEUVRES DIVERSES. 
celle-ci : dans le premier cas, l’intérêt de l’argent prêté serait payé 
aux véritables ayants droit, et dans l’autre, il reviendrait en défini 
tive , sous forme de dividende, de bonifications, aux actionnaires de 
la Banque ainsi re\êtus injustement du privilège de les recevoir. 
Si le débiteur de la Banque applique son emprunt à des spéculations 
moins avantageuses que le manutenteur des épargnes du rentier, il 
y aura perte réelle pour le pays ; de sorte qu’une dépréciation des 
monnaies, considérée comme stimulant de la production, sera tantôt 
profitable, tantôt onéreuse. 
Je ne vois pas comment elle diminuerait le nombre des oisifs et 
grossirait les rangs de la classe productive : — et d’ailleurs, dans 
tous les cas, le mal serait évident, palpable. Cette dépréciation re 
pose même sur une injustice si criante envers des intérêts indivi 
duels, qu’il suflit de l’exposer pour soulever le blâme et l’indigna 
tion de tous ceux qui ne sont pas complètement inaccessibles à tout 
sentiment d’honneur. 
Je sympathise chaudement avec la pensée qui a dicté le reste de 
l’article, et j’ai la confiance que les efforts des rédacteurs de la Revue 
d’Edimbourg contribueront puissamment à renverser l’échafaudage 
d’erreurs et de préjugés qui égara l’esprit public dans cette impor 
tante question. 
On a souvent objecté que si la Banque obéissait à la recomman 
dation du Bullion-Committee, celle qui exige la reprise des paiements 
en espèces dans un délai de deux ans, elle éprouverait de grandes 
difficultés pour réunir la somme de numéraire nécessaire. On ne 
peut nier en effet que la prudence n’oblige la Banque à constituer 
avant le rappel du Restriction-Bill une réserve suffisante pour répon 
dre à toutes les demandes de remboursement. Il a été établi par la 
Commission des lingots que le montant moyen des billets de banque 
en circulation, y compris les bank-post-bills, s’élevait en 1809 à 
19 millions. A la même époque, le prix moyen de l’or était de 4 I. 
10 s., chiffre qui excédait d’environ 17 p. O/o le prix de la mon 
naie, et qui révélait une dépréciation monétaire de près de 15 p. O/q. 
D’après les principes de la Commission, une réduction de 15 p. O/q 
sur le montant du papier de la Banque, en 1809 , le ramènerait au 
pair et abaisserait le prix de l’or sur le marché à 3 1.17 s. 10 1/2 d. 
D’ailleurs, avant d’avoir pris cette mesure préliminaire, il serait 
périlleux pour la Banque et pour le public de suspendre l’action 
du Restriction-Bill ; mais en admettant ( ce que nous sommes loin 
de faire) la vérité de vos principes, en admettant, disent les défeu-
        <pb n="509" />
        APPENDICE. 
LE HAUT PRIX DES LINGOTS 
seurs de la Banque, qu’une réduction de ce genre élèverait immé 
diatement la valeur des billets restés en circulation ; que, de plus, 
personne n’aurait intérêt à demander des espèces à la Banque en 
échange de billets, puisque l’exportation des lingots n’offrirait aucun 
profit, quel gage de sécurité resterait-il à la Banque? Qui la proté 
gera contre le caprice général, ou contre un mauvais vouloir qui 
porterait le public à renoncer à l’usage des petits billets, et à deman 
der, pour les remplacer, des guinées à la Banque? La Banque de 
vrait non - seulement alors réduire de 15 p. 0/0, sur 19 millions, 
la masse de ses émissions, — non-seulement elle devrait réunir assez 
de lingots pour acquitter les 4 millions de billets de 1 1. et 2 1. res 
tés en circulation; mais elle aurait encore à faire face au rembourse 
ment des petits billets des banques provinciales qui viendraient 
l’assaillir, et cela dans le court espace de deux ans. J’avoue qu’il 
serait impossible à la Banque de conjurer ces éventualités, probables 
ou illusoires, mais sérieuses toutefois : et quoique cette situation ait 
été l’œuvre de sou im})révoyancc, il serait désirable de la protéger, 
s’il se peut, contre toute conséquence désastreuse. 
Si des moyens plus doux peuvent produire les mêmes bienfaits 
pour le public, la même garantie contre la dépréciation monétaire, 
nul doute que chacun ne s’empresse de les adopter. 
Que le Parlement ordonne à la Banque d’Angleterre de payer, sur 
demande, ses billets au-dessus de 20 livres, à l’exclusion de tous 
les autres, et de les payer à son choix, en espèces ou lingots d or 
au titre ou en monnaie étrangère, évaluée d après le prix de 1 or- 
lingot à la Monnaie, c’est-à-dire à 3 1. 17 s. 10 1/2 d. 1 once, et en 
tenant compte de la différence de pureté, — ces remboursements de 
vant dater de l’époque indiquée par la Commission. 
On pourrait étendre à trois ou quatre années le privilège accordé 
ci-dessus à la Banque, pour le mode de scs paiements. Si même 
cette mesure paraissait avantageuse, on pourrait la rendre perma 
nente. Jamais alors la circulation ne descendrait au-dessous de la 
valeur légale, car une once d’or équivaudrait constamment et unifor 
mément à 31. 17 s. 10/12 d. De tels réglements préviendraient d’une 
manière efficace le retrait de cette masse de petits billets nécessaires 
aux paiements inférieurs. Celui qui ne posséderait pas au moins 20 
livres en petits billets ne pourrait les échanger à la Banque, et encore 
en les échangeant ne recevrait-il pas des espèces, mais des lingots. 
Il (îst vrai qu’on pourrait obtenir des guinées à la Monnaie, mais ce 
ue serait qu’au bout de quelques semaines ou de quelques mois et en
        <pb n="510" />
        ŒUVRES DIVERSES. 
iSG 
supportant une perte d’intérêt proportionnelle qui serait eonsidérée 
comme une dépense actuelle. Or, cette dépense, personne ne consen 
tirait a la subir, puisque les petits billets pourraient acheter autant 
de marchandises que les guinées dont ils sont les représentants. 
Un autre avantage a retirer de l’adoption de ee plan, serait de 
proscrire le travail improductif que l’on a si longtemps consacré, 
jusqu’en 1797, à monnayer des guinées. On sait qu’en effet, dans 
toutes les circonstances d’un change défavorable, et pour des causes 
que nous ne discuterons pas, ees guinées allaient se démonétiser dans 
le creuset du fondeur, et étaient exportées, sous forme de lingots, 
en dépit de toutes les lois prohibitives. Tous les partis s’accordent 
à reconnaître l’impuissance de ces prohibitions, et la facilité avec 
laquelle on franchit les obstacles élevés contre l’exportation du nu 
méraire. 
Un change défavorable ne peut en définitive être corrigé que 
par uneèxpõrtãlíõn de marchandises, par une remise de lingots, 
ou par une réduction du montant de la circulation de papier. On 
ne saurait donc nous objecter la facilité avec laquelle on obtiendrait 
les lingots à la Banque ; car ce même degré de faeilité existait avant 
1797, et doit exister également sous tous les autres systèmes de paie 
ments adoptés à la Banque. D’ailleurs, il est évident aux yeux de 
tous ceux qui ont profondément étudié la question des monnaies, 
que la loi contre l’exportation des métaux précieux, sous quelque 
forme que ce soit, est non-seulement impuissante, mais encore im 
politique et injuste. De plus, elle est fatale à nos propres intérêts, 
et favorable au reste du globe. , 
Le plan que je propose ici me semble réunir à la fois les avantages 
de tous les systèmes de crédit pratiqués en Europe jusqu’à ce jour. — 
Sous certains points de vue on peut l’assimiler aux banques de dépôt 
d’Amsterdam et de Hambourg. Dans (^es sortes d’établissements 
les métaux s’achètent toujours à un prix invariable. .le propose la 
même chose pour la banque d’Angleterre, seulement ; la constitu 
tion des banques de dépôt les oblige à avoir dans leurs coffres une 
masse de numéraire égale au montant des crédits ouverts chez elles 
en argent de banque. Elles retiennent donc dans un état de stag 
nation continue un capital équivalent au montant de la circulation 
commerciale. D’après notre organisation, au contraire, la Banque 
aurait toujours un quantum de monnaie de banque, connu sous le 
nom de billets de banque, et suffisant pour répondre aux besoins du 
commerce. En même temps la seule portion de capital improductif
        <pb n="511" />
        I E HAUT PRIX DES LINGOTS. — APPENDICE. 
qui dormirait dans les caisses de la Baiujiie, se trouverait égale 
au contingent de numéraire jugé indispensable pour satisfaire aux 
demandes de remboursement qui pourraient lui être adressées. — Il 
faut aussi se rappeler, qu’en restreignant ses émissions, la Banque au 
rait un moyen immédiat pour diminuer à volonté le nombre de ces 
demandes. A l’instar de la banque de Hambourg, qui achète l’ar - 
gent à un taux invariable, il faudrait que la Banque fixât un prix 
très-peu inférieur à celui de la Monnaie, et auquel elle pût en tout 
temps acheter avec ses billets les lingots d’or qui lui seraient offerts. 
L’idéal du crédit serait de permettre à un pays d’administrer sa cir 
culation avec la plus petite quantité possible de lingots ou de coin, et 
au moyen d’une monnaie de paj)ier qui conservât toujours sa valeur 
légale. Le plan proposé aurait pour résultat d’atteindre cette per 
fection. Et avec une monnaie d’argent, soumise à des principes 
justes, nous aurions la circulation la plus économique et la plus sta 
ble du monde. Les fluctuations dans le prix des métaux seraient 
réduites à la différence entre le prix auquel la Banque achèterait les 
lingots, et le prix de la monnaie qui lui servirait de base pour ses 
ventes, — et cela, quelles que soient d’ailleurs les demandes sur le 
continent, ou l’importance du contingent versé par les mines de l’A 
mérique. Les proportions de la circulation se calqueraient avec la 
plus grande précision sur les besoins du commerce. Et s il arrivait 
(lue la Banque fût assez imprudente pour surcharger la circulation, 
le frein dont le public serait pourvu l’avertirait bientôt de son erreur. 
Quant aux bambúes provinciales, elles devraient, comme aujour 
d’hui, rembourser sur demande leur papier en billets de la banque 
d’Angleterre. Il y aurait là une garantie suffisante pour les empêcher 
d’accroître outre mesure la monnaie de papier. Personne ne serait 
tenté de fondre les espèces, et on éviterait en conséquence ce travail 
stérile (jue consacraient les uns à monnayer le métal même que les au 
tres trouvaient intérêt à transformer en lingots. La circulation, enfin, 
ne serait plus exposée à être rognée ou altérée ; elle posséderait une 
valeur aussi invariable que l’or lui-même, et on aurait ainsi réalisé un 
projet que les Hollandais ont rêvé et accompli avec un système très- 
analogue à celui que recommandent ces quelques pages.
        <pb n="512" />
        RÉPONSE 
AUX OBSERVATIONS PRATIQUES DE M. BOSANQUET 
SDH DE 
RAPPORT DE U COMMISSION DES MÉTAUX PRÉCIEUX. 
Londres, 1811. 
CHAPITRE r. 
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. — EXPOSE SOMMAIRE DES OBJECTIONS 
PRÉSENTÉES PAR M. BOSANQUET CONTRE LES CONCLUSIONS DE LA 
COMMISSION. 
Les questions relatives à la dépréciation de notre circulation mo 
nétaire ont nouvellement acquis un intérêt spécial et excité dans 
l’esprit public un degré d’attention qui promet les plus heureux ré 
sultats. Nous sommesdéjàtrès-particulièrement redevables au/iu/bon- 
Commeler d’un rapport sur les mouvements monétaires des nations; 
et jamais, dans ce pays ou au dehors, les principes qui les régissent 
n’avaient été exposés d’une manière aussi juste dans des documents 
officiels. On ne pouvait cependant espérer de voir une réforme aussi 
importante que celle recommandée par la Commission s effectuer 
sans soulever la plus ardente opposition chez ceux qu’égarent des 
principes erronés ou qu’animent des vues d’intérêt. Jusqu’ici cette 
opposition a été suivie des meilleurs effets : elle a tendu à prouver 
plus puissamment l’exactitude des principias posés par la Com 
mission. Elle a fait descendre de nouveaux champions dans 1 arène, 
et la polémique a chaque jour converti de nouveaux adeptes à la 
cause de la vérité. Cependant, de toutes les attaques dirigées contre 
le rapport du comité, celle de M. lîosanquct m a paru la plus formi 
dable. 11 ne s’est pas renfermé, comme scs prédécesseurs, dans le 
cercle d’une pure déclamation ; et, quoiqu’il abdique tout raisonne 
ment et tout commentaire, il a énoncé ce qu’il pensait être les preu 
ves irréfragables du désaccord de la théorie avec les faits antérieurs.
        <pb n="513" />
        HÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 459 
Ce sont ces preuves que je me propose d’examiner — bien convaincu, 
que si je n’en démontre pas la nullité, mon impuissance seule en devra 
être accusée et non la vérité des principes. 
M. Bosanquet commence par se prévaloir d’une accusation vulgaire 
contre les théoriciens, accusation qu’on a si souvent reproduite der 
nièrement et dans des régions trop élevées. Tl prévient le public de ne 
point ajouter foi à leurs spéculations abstraites avant de les avoir sou 
mises à l’épreuve du fait, et il s’offre avec bienveillance pour guide 
dans cet examen. Si jusqu’ici notre pays n’avait commercé que par 
voie d’échanges, et qu’il voulût, pour la première fois, établir un sys 
tème destiné à faciliter les transactions par l’intervention de la mon 
naie , on aurait quelque droit à appeler purement théoriques les 
principes proposés à l’attention publique ; car leurs effets pratiques, 
quoique clairement dictés par l’expérience du passé, n’auraient pas 
eneore été contrôlés. Mais, quand les principes d’une circulation, 
vieille d^à, sont bien compris; quand les lois qui règlent le taux du 
change entre les différentes nations ont été connues et ot)servées 
depuis des siècles, est-on bien venu à nommer purement théorique 
le système qui en appelle aux principes et qui invoque pour ses for 
mules le contrôle de ces mêmes lois? 
C’est à un jugement pareil qu’est actuellement soumis le rapport 
du comité, et les esprits sont ainsi sollieités à admettre qu’une théorie 
reconnue par ses adversaires comme invulnérable aux armes de la 
raison et des arguments, peut être renversée par un appel aux faits. 
On nous dit : « Quelle que soit l’audace avec laquelle le principe est 
certifié, quelle que soit la force avec laquelle la raison semble le sanc 
tionner, il n’est généralement pas vrai et dément tous les faits. » 
C’est là l’épreuve à laquelle j’ai longtemps désiré voir soumettre cette 
importante question. J’ai longtemps désiré que ceux-là qui refu 
sent leur assentiment à des principes que l’expérience semble avoir 
sanctionnés, voulussent bien formuler leur propre théorie, relative 
ment à la cause des phénomènes actuels de notre circulation ; ou du 
moins voulussent bien désigner les faits qu’ils envisagent comme 
opposés à ceux {ju’une ferme conviction m’a fait adopter. 
Je suis donc profondément reconnaissant envers M. Bosanquet. 
Si, comme je le suppose, je suis capable de prévenir ses objections ; d’en 
démontrer l’impuissance; de le convaincre que ses décisions sont en 
opposition avec les faits; que ses prétendues preuves, il les doit à la 
fausse application d’un principe et non à l’imperfection du principe
        <pb n="514" />
        OEUVRES DIVERSES. 
lui-même, j’aurai le ferme espoir de le voir abjurer ses erreurs et 
devenir le premier de nos défenseurs. 
M. Bosanquet a fixé de la manière suivante les principales solu 
tions du comité contre lesquelles il dresse ses objections : 
1« Que les variations du change avec les pays étrangers ne peu 
vent jamais excéder, pour un laps de temps considérable, les dépenses 
nécessaires à transporter et assurer les métaux précieux d un pays à 
l’autre; 
2° Que le prix des lingots d’or ne peut jamais dépasser celui du 
métal monnayé, à moins que la circulation qui sert à les acheter 
n’ait fléchi au-dessous de la valeur de l’or; 
3® Qu’en accordant cependant une confiance légitime aux con 
clusions basées sur les tableaux d’importations et d’exportations de 
.la douane, l’état des changes devrait être particulièrement favorable; 
4” Que la Banque pendant la restriction possède exclusivement le 
privilège de limiter la circulation des billets de banque ; 
5“ Que la circulation du papier des banques de province dépend 
des émissions de la Banque et leur est proportionnelle; enfin, que la 
circulation de papier, actuellement excessive, est dépréciée relative 
ment à l’or et que les conséquences et le symptôme d’une telle dépré 
ciation se retrouvent dans le haut prix du lingot et le taux avili du 
change. 
Ces principes étant, du moins sur les points essentiels, identi 
ques à ceux que j’ai proclamés et qui m’ont attiré l’attaque de M. Bo 
sanquet, pour éviter la nécessité d’émettre tantôteeux de la Commis 
sion des métaux précieux, tantôt les miens, je les considérerai dans 
les pages suivantes de ce livre comme ceux du Bullion-Committee; 
— en ayant soin, toutefois, de signaler les nuances les plus délicates 
qui pourraient caractériser les deux opinions.
        <pb n="515" />
        r 
RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 
m 
CHAPITRE II. 
EXAMEN DES FAITS QUE M. BOSANQUET CITE COMME PUISES DANS 
l’histoire de l’État du change. 
SECTION PREMIÈRE. 
Change avec Hambourg. 
Le premier principe qu’on conteste est : « que les variations du 
change ne peuvent jamais excéder, pendant longtemps, les dé 
penses consacrées à remettre et à assurer les métaux précieux d un 
pays à l’autre. « 
Est-il donc possible de désigner cette proposition comme une opi 
nion théorique émise aujourd’hui pour la première fois? N a-t-elle 
pas été hautement sanctionnée par les écrits de Hume et de Smith? 
IN’a-t-elle pas été acceptée par les hommes pratiques eux-mêmes? 
M.^^% dans sa déposition devant la Commission, observe: «que 
la limite à laquelle peut atteindre l’avilissement du taux des changes 
se détermine par le prix des transports des lingots joint à une prime 
équivalente aux risques qui accompagnent les déplacements d une 
telle nature. « 
M. Goldsmid « ne se rappela pas avoir vu les changes s’éloigner 
du pair de plus de 5 pour cent, avant la suspension des paiements 
en espèces. » 
M. Crefulhe allirma « que depuis son entrée aux affaires il ne se 
rappelait pas que le change eût été, à aucune des époques antérieures 
à la suspension des paiements en espèces de la Banque, considérable 
ment au-dessous du pair. « 
Les mêmes opinions furent énoncées devant la Commission des 
lords, en 1797, par un grand nombre d’hommes pratiques. 
Mais pour démentir toutes ces convictions, M. Rosanquet a des 
faits auxquels il attribue hardiment le pouvoir de saper notre doc 
trine par la base. Rendant les années de 1764 à 1768, dit-il, 
antérieurement à la refonte, et alors que l’imperfection de nos types
        <pb n="516" />
        462 
OEUVRES DIVERSES. 
monétaires élevait la valeur de l’or à 2 ou 3 pour cent au-dessus du 
prix de la Monnaie, le change de Paris était de 8 à 9 pour cent contre 
Londres. A la même époque, le change avec Hambourg fut pen 
dant toute la période de 2 à 6 pour cent en faveur de Londres. 
Il en résultait en temps de paix un bénéfice de 12 à 14 pour cent 
sur les frais qu’on supportait en remboursant la dette envers Paris 
avec l’or de Hambourg; ce bénéfice a donc dépassé le principe d’au 
moins 8 ou 10 pour cent. Il est digne de remarque que le taux 
moyen du change avec Hambourg, qui avait été de 5 pour cent en 
faveur de Londres, de 1700 à 1707, ajouté aux 2 pour cent,— excédant 
de la valeur de l’or sur celle du métal monnayé,—tout en constituant, 
sur l’importation de l’or en Angleterre, une prime de 7 pour eent ou, 
en déduisant 1 1 /2 pour cent pour les frais en temps de paix, un bé 
néfice de 5 pour cent, il est à remarquer, dis-je, que tout cela n’a- 
vait pu faire que cette prime rétablit le ebange normal. De même, 
en 1775, 1770 et 1777, après la refonte et en temps de paix , nous 
voyons le change sur Paris se maintenir à 5,0, et 8 pour cent contre 
Londres, alors que la moitié de cette quotité eût rejeté l’or sur Pa 
ris , et un quart eût suffi à payer les dettes de Paris avec Hambourg. 
Pendant les années 1781, 1782 et 1783, qui furent des années 
de guerre, le change se maintint constamment de 7 à 9 pour cent en 
faveur de Paris. L’or constitua à cette époque la circulation ordinaire 
de ce pays et la banque fut contrainte, pour répondre aux besoins 
du public, de s’en procurer au prix de la Monnaie. On a déjà dé 
montré combien les métaux précieux avaient été impuissants à éga 
liser le change avec Hambourg pendant les années 1797 et 1798. 
On peut en retrouver un nouvel exemple dans les années 1804 
et 1805 où l’on vit le change de Paris varier de 7 à 9 pour cent en 
faveur de Londres. 
Dans tous les cas ci-dessus, les oscillations du change dépassè 
rent grandement la dépense du transport de l’or d’un pays à l’autre 
et cette surélévation fut, dans la plupart des circonstances, beau 
coup plus manifeste qu’aujourd’hui. On admettra sans doute que 
les circonstances de l’époque étaient beaucoup plus favorables à 
un commerce de ce genre et que l’état de la circulation métallique 
offrait des facilités dont il ne serait plus possible de jouir ici. — 
Cependant, en face de désavantages aussi nombreux, le principe 
proclamé par la commission ne fut pas réalisé; et c’est pourquoi on 
ne peut l’accepter comme base solide de cet échafaudage d’e.rcê.s 
et de dépréciation qu’on a essayé d’élever.
        <pb n="517" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 463 
Si les faits s’étaient trouvés répondre à l’exposé qu’en a donné 
M. Bosanquet, il in’eùt paru difficile de les concilier avec ma théo 
rie. Cette théorie admet comme dogme, que toutes les fois qu’un 
négoce particulier répand d’énormes bénéfices, il attire dans sa 
sphère un nombre de capitalistes suffisant pour réduire, par la 
concurrence, ces bénéfices extraordinaires au taux normal des gains 
commerciaux. Elle affirme que c’est plus spécialement dans le 
ecommerce du change que ce principe est fécond. Car ce commerce 
ne se borne pas aux négociants anglais seulement; il est parfaite 
ment compris et lucrativement exercé par les changeurs de Hollande, i 
de France, de Hambourg, au sein d’une concurrence qu’on sait être 
énorme. M. Bosanquet suppose -1 - il donc qu’une théorie qui 
repose sur des éléments pratiques aussi vigoureux puisse être 
ébranlée par un ou deux faits isolés imparfaitement connus parmi 
nous? ^on ; et, quand même on n’essaierait pas de les expliquer, 
on pourrait s’en reposer avec securité sur l’effet naturel qu’ils pro 
duiront dans les esprits. 
Mais avant que les faits de M. Bosanquet soient admis à prou 
ver les vices des raisonnements de la Commission, nous devons exa 
miner la source où l’on a puisé ces prétendus fai/s. 
M. Bosanquet nous dit qu’il existe, annexé au pamphlet de 
M. Mushet, un tableau indiquant : 
l°Le taux du change avec Hambourg et Paris pendant les 50 
dernières années, et de combien il a été, dans chaque occasion, au- 
dessus ou au-dessous du pair; 
2" Le prix de l’or à Londres, et le rapport de ce prix avec l’étalon 
anglais ou le prix à la Monnaie; 
3" fjC montant des billets de banque en circulation et le taux de 
leur dépréciation avouée, relativement au prix de l’or. 
Maintenant, et avant que les conclusions qui découlent de l’étude 
des tables puissent imposer une complète adhésion, il est nécessaire 
de prouver l’exactitude des faits cités. Mais cette exactitude est 
tellement hypothétique, qu’elle a été reniée par M. Mushet lui-même. 
Dans la seconde édition de son écrit, il a reconnu la fausseté du prin 
cipe sur lequel ses tables avaient été calculées et nous a donné un 
nouveau travail corrigé. 
M. Mushet a joint à la seconde édition de son pamphlet la re 
marque suivante : « Dans la première édition de cet ouvrage je 
fixai le pair du change avec Hambourg à 33 schillings H gros et le 
considérai à ce taux comme immuable. Les meilleures informa-
        <pb n="518" />
        464 
OEUVRES DIVERSES. 
lions que j’aie pu me procurer, depuis lors, sur le change fixent le 
pair à 34 s. 11 114 g. etj’ai suivi cette évaluation dans ma nouvelle 
édition. J’ai aussi corrigé l’erreur qui me faisait envisager le pair 
comme immuable. Car l’or étant l’étalon de la monnaie en Angle 
terre, et l’argent ayant ce rôle à Hambourg, il ne saurait exister 
de pair invariable entre les deux pays. Par exemple, si 34 s. 
11 1/4 g. monnaie de Hambourg, égalent en valeur une livre ster 
ling ou les 20/21 d’une guinée dans un moment où l’argent est à 
5 s. 2 d. l’once, ce rapport devra changer lorsque l’argent tombera 
à 5 s. 1 d. ou 5 8 l’once. Car une livre sterling en or valant alors 
plus d’argent achète en même temps une plus grande proportion de 
la circulation monétaire de Hambourg. *» 
« C’est pourquoi, pour trouver le pair réel, nous devons déter 
miner la valeur relative de l’or et de l’argent, à l’époque où le pair 
fut fixé à 34 s. 11 d. 1/4, et cette même valeur relative, à l’époque 
où l’on reporte son calcul. » 
« Par exemple, si le prix de V étalon en or était 3 1. 17 s. 10 1/2 d. 
l’once et celui de l’argent 5 s. 2 d. une once d’or vaudrait 15.07 
onces d’argent, ce qui constitue précisément les ])roportions de la mon • 
naie : 20 de nos shillings types contiendraient alors autant d’argent, 
que 34 shillings 11 1/4 g. Mais si l’once d’or valait 31. 17 s. 10 1/2 et 
l’argent 5 s. (ce qui était vrai le 2 janvier 1798), l’once d’or vaudrait 
alors 15.57 onces d’argent. C’est pourquoi si 1 1. sterling valait au 
pair 15.07 onces d’argent, elle produirait à 15.57 une prime de 
3 pourcent. Or 3 pour cent de prime sur 34 s. 11 1/4 donne 1 s. 13 
9/10; de sorte que le pair est de 30 s. 1 g. 1/10 lorsque le rapport 
de l’or à l’argent est de 15.57 à 1. « 
« On obtiendra plus facilement ce résultat en calculant la propor 
tion suivante : 
15.07 :34 11 1/4:: 15.57 :36 l/lO. » 
Comme on reconnaît universellement que l’or est la mesure type des 
valeurs de ce pays et que l’argent remplit les mêmes fonctions à Ham 
bourg, il devient évident que les tables qui déclarent un pair lixe et 
invariable ne peuvent être exactes. Le véritable pair doit se trans 
former avec les fluctuations de la valeur relative des deux métaux. 
J’aurais cependant encore quelques objections à présenter contre la 
parfaite exactitude des nouvelles tables de M. Mushet. 
En premier lieu, il a évalué trop bas le pair deVaryent snr Varyent. 
Il a basé ses calculs sur scs proj)res informations qui lui disaient que
        <pb n="519" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 465 
20 shillings types contenaient autant de métal pur que 54 s. Il 
1/4 g.; mais il ressort des tables du docteur Kelly {¡fuUion-Report^ 
page 207) que les essais aussi bien que les évaluations donnent à 
20 shillings une valeur égale à celle de 35 s. I g. Cette différence ne 
s’élève guère à plus de 3/8 pour cent. Aussi ne l’ai-je indiquée que 
parce que je regarde comme extrêmement désirable la faculté de dé 
terminer sûrement en tous temps le véritable pair. 
Secondement, M. Mushet a évalué la linqj'e des oscillations du 
change au-dessus ou au-dessous du pair, d’après les prix que lui a 
fournis la liste du Lloyd. Or, ces prix concernent invariablement 
des effets à 2 usances 1/2; et comme le pair du change se règle 
sur la valeur relative des monnaies des deux pays, valeur payal)le 
à la même époque et non à un intervalle de 2 mois 1/2 ', il est né 
cessaire d’accorder, pour cette échéance, un intérêt d’environ 1 pour 
cent. C’est pourquoi nous devons déduire 1 3/8 pour cent sur la 
colonne consacrée aux changes favorables à l’Angleterre, dans les 
tableaux de M. Mushet. 
D’autres sources d’erreurs viennent encore iniluer sur les calculs 
celatiis au vrai pair du change : j’en citerai quelques-unes. Mais à 
1 avance, je conclus qu’à moins d’avoir réuni tous les faits, il est 
impossible de fixer avec une parfaite exactitude la différence qui, 
a une époque quelconque, a pu exister entre une remise par lingots 
et une remise par traites. 
Je suis prêt à soumettre la vérité du principe actuellement contesté 
a 1 épreuve des nouveaux tableaux de M. Mushet, redressés par 
les lignes précédentes. Il })araitra alors qu’à aucune époque le 
change avec Hambourg depuis 1700 n’a été de plus de 7 pourcent 
en faveur de l’Angleterre. Une seule exception se présente et le 
lecteur en appréciera naturellement l’origine, quand il saura qu’elle 
a pour date l’année mémorable de 1798, le lendemain de la suspen 
sion des paiements en numéraire à la banque. A cette époque la 
masse monétaire du pays s’était trouvée considérablement réduite, 
et le montant des billets de banque eu circulation fut bien moindre 
' Il résulte de la déposition de M. .. devant la Commission des lingots, que le 
cours du change de Hambourg avec Londres diffère, dans les temps ordinaires, 
de 1 shilling de ï'iandres avec celui de Londres sur Hambourg, aliu de com 
penser les 2 1/2 usances et la commission qu’on alloue sur les effets des deux 
parts. Quand les difficultés de communication existaient dans toute leur rigueur, 
on vit meme cette différence atteindre 2 sh. flamands 
(OEhv, de Ricardo.) 
30
        <pb n="520" />
        4C6 
OEUVRES DIVERSES. 
que pendant les dix années précédentes. Au milieu de telles 
circonstances, le change devait nécessairement devenir favorable à 
rAngleterre et provoquer de larges importations des lingots : ces 
deux phénomènes se trouvent d’ailleurs conformes au principe de 
la Commission, et consacrent rellicacité du remède qu’il proposa. 
Elle déclarait que les causes de la vilité actuelle du change étaient 
une grande circulation de papier et une masse monétaire trop abon 
dante. Elle en concluait avec confiance et ])rcdisait qu'une réduction 
dans cette quantité générale relèverait le change comme en I7W7, et 
par cela même rendrait lucrative l’importation des lingots. On peut 
prouver surabondamment, par des faits indirects, que cette amélio 
ration du change provoqua en 1797 une immense importation d’or. 
Le montant de l’or étranger frappé à la monnaie rovale fut : 
En 1795 d’une valeur de liv, 255,721 — Ils.— 8d. 
1796 » » » 72,179— 14 —11 
1797 ). .. » 2,486,410— 6 -0 
1798 O » » 2,718,425— 9 -0 
1799 « » » 271,846— 12 — 8 
Mais on demandera par quelle étrange anomalie ceux-là qui soutien 
nent que les changes ne peuvent demeurer longtemps très-favorables 
ou très-défavorables à un pa)s, en viennent à reconnaître que le 
change avec Hambourg s’est constamment maintenu en faveur de 
l’Angleterre pendant deux ou trois années? 
M. liosanquet observe que ce fut là le fait des aunéis 1797 et 
1798 et il affirme que les métaux précieux n’auraient que peu d’in 
fluence sur l’égalisation du change. Il résulte des tableaux recti 
fiés de M. Mushet que dans ct;s années le change fut favorable a 
l’Angleterre et varia de 5, 6 à 4 et 9 pour cent. Mais je formule le 
principe en disant : Qu’aucun pays ne ¡»eut, pour un taux considé 
rable, avoir un change très-favorable ou très-défavorable. Car cela 
supposerait tour à tour dans le stock (fonds) de monnaie et de lingots, 
du pays un accroissement ou une diminution susceptibles de détruire 
cet équilibre que les valeurs des diverses circulations du gloire ten 
dent naturellement à fonder. 
La proposition est vraie , si on l’étend au change général d’une 
nation; mais elle devient fausse dès (ju’on n’apprécie que ses rapports 
avec un seul pays. Il se peut que sa situation de change avec tel ou 
tel pays soit constamment défavorable, et cela, par suite d’une 
demande continuelle de lingots. Mais cette hypothèse ne prouvera la 
décroissance de son fonds (stock) de numéraire et de lingots que
        <pb n="521" />
        467 
REPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 
dans le cas où le change avec tons les pays lui serait également 
défavorable. Elle pourra emporter du nord les lingots qu’elle ex 
porte au sud. Elle pourra les puiser dans les pays où ils sont rela 
tivement abondants, pour les verser sur les marchés où ils sont rela 
tivement rares, ou qui, pour une cause spéciale, en fout une demande 
importante. Mais il n’en résulte nullement comme conséquence irré- 
lutable que la réserve de monnaie doive fléchir au-dessous du niveau 
naturel. L’Espagne, par exemple , qui est le pays importateur 
des lingots d’Amérique, ne peut jamais avoir un change défavorable 
avec les colonies ; et comme elle doit répartir les lingots qu elle 
reçoit parmi les différentes nations du globe, elle n’a que rare 
ment un change favorable avec les pays qui se partagent son com 
merce*. 
Appliquant donc ces principes à l’état de notre change avec 
Hambourg en 1797 et 1798, nous remarquerons que ce n’est pas sous 
l’influence de ce qu’on nomme usuellement la balance du ^commerce 
qu’il est resté constamment favorable à l’Angleterre. Ce n’est pas non 
plus parce que les commerçants de Hambourg se sont vus obligés 
de liquider leurs importations et de nous couvrir en lingots d’or 
tit d’argent, mais bien parce que la demande extraordinaire qu’on en 
faisait en Angleterre, rendait l’exportation de l’or aussi avantageuse 
que celle de toute autre marchandise. Celte demande procédait de 
deux causes. Premièrement, de l’exiguité de notre circulation moné 
taire ; deuxièmement de l’argent que dirigeait sur l’Asie la Compagnie 
des Indes Orientales. 
ha première de ces causes jointe à l’immense quantité de guinées 
que des pei*sonnes craintives retirèrent alors de la circulation dans 
le but de thésauriser, eut pour résultat,nous l’avons déjà vu, de 
faire frapper eu guinées une masse d’or étranger que l’on peut 
évaluer, pendant ces quelques années, à une somme de ¿,200,0001. 
C.e fut là une demande sans précédents encore dans l’histoire de 
la monnaie, et dont l’importance seule suffit à expliquer l’élévation 
du change et le temps pendant lequel elle se perpétua. iNous y 
trouvons la consécration pratique d’une théorie très-satisfaisante 
déjà. 
* M. lluskisson a laissé un habile commentaire sur la rareté (rareté compa 
rative) des opérations sur les lingots. — Il a remarqué que ces transactions se 
réduisent principalement à distribuer les produits des mines parmi les différents 
pays où l’or et l’argent sont en usage
        <pb n="522" />
        468 
ÍEÜVHES DIVERSES. 
Toutefois, nous devons encore ajouter à cette cause le besoin de 
lingots d’argent que provoquèrent les exportations de la Compagnie 
des Indes Orientales, 11 ressort des comptes remis au Bullion-Com 
mittee (N” 9) que le montant des monnaies d’argent étrangères 
exportées par la Compagnie, pour son propre compte ou pour le 
compte de particuliers, s’élevait : 
En 1795 à 151,795 onces. 
1796 » 290,777 
1797 » 962,880 
1798 » 3,565,691 
1799 » 7,287,327 
Depuis cette époque, l’exportation de l’argent aux Indes Orien 
tales s’est considérablement réduite et a presque complètement cessé 
aujourd’hui. 11 paraîtrait donc qu’un change élevé fut immédia 
tement suivi d’une importation de lingots considérable et qu’aussitôt 
cette demande éteinte, le change reprit son niveau normal. Une 
étude plus complète du tableau nous apprendra que le change fléchit 
en proportion directe de l’accroissement des billets de banque et 
qu’en 1801 il se cotait à plus de 11 pour cent de perte pour l’Angle 
terre. En même temps le prix des lingots d'or atteignit 4 1. 0 s., — 
c’est-à-dire plus de 10 pour cent au-dessous du prix à la Monnaie. 
On doit avouer que de septembre i 700 à septembre 1707 le change 
fut perpétuellement de 7. 4, à 0. 8 pour cent en faveur de l’Angle 
terre*, et depuis cette époque jusqu’en septembre 1708 il lui demeura 
‘ Lord King a expliqué d’une manière très-satisfaisante la durée favorable 
du change entre l’Angleterre et Hambourg. Il l’attribue aux demandes de lingots 
d’argent que la Compagnie des Indes multipliait pour ses réglements linanciers 
dans l’Est. M. Blake commente, dans sa dernière publication, ce qu’il appelle 
les opinions erronées de lord King à ce sujet. — Il lait observer « que l’expor- 
» tation des lingots se trouve affectée, comme celle de toute autre marchandise, 
« quand les différences de leur prix chez deux nations sont assez grandes pour 
» en rendre le transport lucratif; circonstance qui se représentera fréquemment 
» avec un change au pair. » Je dirai, moi, que ces deux circonstances ne peu 
vent jamais être contemporaines. Qui voudrait, avec un change au pair, s’expo 
ser à subir des frais de 4 et 5 p. 0/0 pour envoyer des lingots de Hambourg à 
Londres, alors qu’avec une traite il obtiendrait, sans frais, la même quantité de 
lingots à Londres ? 
Je suis heureux de voir M, Bosanquet professer une opinion analogue à la 
mienne (p. 12). — « Dans l’hypothèse d’une balance de paiement défavorable, 
» la baisse du change, dit-il, doit nécessairement atteindre cette limite (les dé- 
&gt;) penses du transport X't de l’assurance des métaux précieux d’un pays à l'autre), 
» avant que la balance puisse être rétablie par l’exportation de l’or. »
        <pb n="523" />
        Í69 
RÉPONSE AUX OBSERVATIONS OE M. BOSANQUET. 
généralement favorable de plus de trois pour cent. — Mais il n’est 
pas nécessaire de rechercher ici les phénomènes européens qui ont 
fait trouver à l’Angleterre un avantage à puiser à Hambourg l’or 
qu’elle expédiait sur quel(|ue autre pays. Je suis pleinement eon- 
vaincu que si toutes les pièces nous étaient communiquées, ce rôl® 
d’intermédiaire recevrait une explication satisfaisante. 
Mais, expliqué ou non expliqué, il ne prouve rien en faveur de la 
théorie de M. Ilosanquet (car AI. Bosampict aime tout autant la théo 
rie que le Cowmitlee). Il prouve seulement qu’on pourra continuer a 
importer d’un lieu les métaux précieux qu’on reportera vers un 
autre point. : — ce que non-seulement la théorie de la Commission 
fidmef mais exige. 
Hour donner le caractère de l’évidence à la théorie de M. Bosan- 
quet il faudrait démontrer que les métaux précieux aflluèrent cons 
tamment en plus grande quantité qu’ils ne sortirent ; et cela, non- 
seulement sur un point mais encore sur tous, pris collectivement. 
Jæs considérations suivantes rendent compte jusqu’à un certain 
point des phénomènes qui ont égaré Al. Bosanquet. Les tables de 
’'1. Alushet ont été calculées d’après un rapport établi entre la valeur 
de l’argent et celle de l’or en barres. Mais le prix de l’or en barre 
est de 2 ou H s. par once, inférieur à celui de l’or monnayé. C’est 
pourcjuoi, si l’or introduit est destiné à la réexportation, le véritable 
pair différera de 2 à 3 pour cent, suivant que le calcul aura été rédigé 
relativement à l’or monnayé ou à l’or en barres *. 
Si notre propre circulation exigeait du numéraire, je recounai- 
trais la validité du calcul qui recherche le pair véritable du change, 
au moyen d’une comparaison entre la valeur relative de l’argent 
étranger et c&lt;*lle des lingots d’or au titre du pays. Mais dans ce cas 
' INI, Mushet admet, pour ses calculs, que la valeur relative de l’or et de l’argent 
est la même dans les deux pays, et que l’on y apprécie ces métaux sous une 
forme pareille, c’est-à-dire eu barres. ¡Mais c’est principalement d’après la 
valeur de l’or monnayé qu’un étranger décide s’il exportera de l’or pour l’Angle 
terre, ou s’il fera sa remise au moyen d’une lettre de change. Il fera donc entrer 
le prix de l’or monnayé en Angleterre parmi les cléments de son calcul. Un 
eoiip d’œil sur VAppendice du nulfion-Report, n» n, nous apprend que les opé 
rations sur l’or, dans le continent, ont principalement pour objet Vor monnaie 
Pendant les quinze mois, qui finissent en mars 1810, le montant total des 
ventes d’or en barres, effectuées par l’intermédiaire du bureau des lingots à 
la Banque, ne dépassèrent pas une valeur de 60,867 liv. tandis que les ventes 
relatives a l’or monnayé donnèrent pour la meme période un total de 683,674 
livres.
        <pb n="524" />
        OEUVRES DIVERSES. 
m 
il faudrait ajouter aux frais nécessités par le transport de l’argent 
l’intérêt que perdra l’acheteur de l’or, depuis le moment où il l’aura 
déposé jusqu’à celui où la Monnaie l’aura frappé. La destination 
naturelle de la majeure partie de Vor-Umjot le porte dans les ateliers 
monétaires de l’Europe; car c’est sous forme de numéraire seule 
ment que l’or fructifie entre les mains de son possesseur. C’est pour 
quoi, en comparant la valeur de la circulation d’un pays avec celle 
des lingots d’une autre nation, nous ne devons jamais négliger cette 
imperceptible supériorité de prix que possède le numéraire sur les 
lingots. Ainsi, si un marchand de Hambourg, débiteur de 1 liv. 
ster. envers un marchand anglais, importe en Angleterre assez d’ar 
gent pour acheter l’or contenu dans 1 liv., il ne pourra liquider sa 
dette qu’au moment où l’or aura été monnayé. Dès lors, à ses autres 
dépenses viendra s’ajouter l’intérêt qu’il j)aiera à son créancier jus 
qu’au jour où il recouvrera son or. 11 devra faire entrer cet inté 
rêt dans l’arbitrage qu’il calculera entre une remise par traite et une 
remise en lingots. La Commission des métaux précieux a estimé à 3 
pour cent cette perte d’intérêt. Si ces principes sont exacts, il faut dé 
duire dans les tableaux de M. M usb et l pour cent de plus que nous 
ne l’avons fait sur les changes favorables avec Hambourg. Cette dédu 
ction se rapporte aux époques où notre circulation elle-même néces 
site des lingots. Elle devra s’élever à 2 ou 3 pour cent quand ils sont 
destinés à la ^^exportation. 11 est némsaire aussi de remarquer que 
la valeur relative de l’or à l’argent, qui tend partout à une égalité 
de niveau, reste cependant soumise à des fluctuations continuelles 
dans tous les pays, et que la meilleure preuve de la dégradation de 
notre circulation monétaire réside bien plus dans le haut prix cou 
rant des lingots que dans des échanges avilis’. 
SECTION DEUXIÈME. 
Change avec Paris. 
Après avoir ainsi apprécié les objections que présente M. Bosan- 
• J’ai lu dans un petit traité français Sur l’Institution des principales Ban 
ques de l’Europe, qu’une fois la banque de Hambourg fut obligée de suspendre 
ses paiements pour avoir consenti de trop grandes avances sur des lingots d’or 
J’ai fait de valus efforts pour connaître la date de cet événement.— Il est évident 
qu’il a dû avoir quelque influence sur le change, et on pourrait peut-être le rat 
tacher aux années 1766 — 1767.
        <pb n="525" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS RE M. BOSANQUET. ili 
quel contre les conclusions de la Commission, relatives aux changes 
avec Hambourg, je vais envisager les circonstances qui, dans le ré 
sumé des changes de notre pays avec Paris, lui paraissent démentir 
mes principes. 
Le principe sur lequel s’appuient les calculs qui concernent le pair 
du change avec Hambourg est facile et simple, mais il n’en est pas 
ainsi avec Paris. La difliculté spéciale résulte ici de ce que la 
France comme l’Angleterre a dans sa circulation deux métaux, l’or 
et l’argent revêtus simultanément du caractère de monnaie légale. 
J’ai essayé, dans une précédente publication, de développer les 
principes qui me paraissaient propres à déterminer l’étalon métrique 
des valeurs chez une nation qui admet dans sa circulation l’or et 
l’argent à titre de monnaies légales. 
Lord Liverpool suppose qu’une capricieuse préférence fût l’origine 
du privilège que nous avons attaché à l’or comme mesure mère des 
valeurs. Mais on peut, je crois, prouver facilement que («privi 
lège naquit le jour où la valeur de l’argent sur le marché dépassa 
relativement à l’or les proportions de la monnaie. Ce principe est 
non-seulement admis sans restrictions ; mais encore fortifié de la ma 
nière la plus éclatante par le noble écrivain. 
La monnaie frappera avec une once d’or 3 1. 17 s. 10 1/2 d. de 
monnaie. Lile transformera aussi 15.07 onces d’argent en une va 
leur égale de monnaie d’argent. Quelle raison peut donc déter 
miner la Banque, ou un particulier, à confier au balancier de la 
Monnaie une once d’or plutôt que 15.07 onces d’argent, puisque 
tous deux sont également admis par la loi à acquitter une dette de 
•IL 17 s. 10 1/2 (1. ? 
L’intérêt est évidemment leur raison déterminante. Si l’on peut 
acheter 15.07 onces d’argent avec moins d’une once d’or, l’argent 
sera monnayé; si au contraire on peut se procurer une once d’or avec 
moins de 15.07 onces d’argent, c’est l’or (ju’oii portera à la Monnaie. 
Dans le premier cas, l’argent deviendra la mesure des valeurs; dans 
le second, ce sera l’or. 
D’ailleurs, comme la valeur relative de ces métaux sur le marché 
est soumise à de continuelles fluctuations, ils pourront alternative 
ment devenir la mesure lype des valeurs. Depuis la refonte de l’ar 
gent, sous le règne du roi Guillaume, la valeur de l’or a constam 
ment été au-dessous de 15.07 onces d’argent. L’or a dû être 
conséquemment, depuis cette époque, l’étalon des valeurs dans notre 
pays. En 1778, une loi prohiba tout monnayage d’argent. L or
        <pb n="526" />
        ŒIIVRKS DIVERSES. 
m 
doit nécessairement, sous l’empire d’une telle loi, servir d’étalon mé 
trique*; et cela malgré les variations de la valeur respective des deux 
métaux. 
Quel que soit le métal reconnu comme étalon métrique des valeurs, 
il aura aussi le privilège de régler le pair du change avec les autres 
pays ; car ce sera avec ce métal, ou avec la monnaie de papier qui le 
représente, que s’acquitteront les lettres de change. 
La circulation monétaire de la France admet aussi deux métaux 
auxquels est attaché, jusqu’à concurrence de toute somme, le rôle de 
monnaie légale. — La valeur relative de l’or et de l’argent, dans les 
monnaies françaises, était, antérieurement à la révolution, : : 15 : I 
(Bullion-Report, n” 59); elle est actuellement : : 15 1/2 : P. — Mais 
* Le Bullion-Committee, aussi bien que M. Huskisson, considère l’or comme 
l’étalon métrique de la valeur, conformément à l’acte 39, Georges III, qui dé 
clare que l’argent ne sera considéré comme monnaie légale que pour des sommes 
excédant 2.5 livres, à moins qu’il ne soit offert au poids et à l’évaluation de 
5 s. 2 d. l’once. Mais cette loi n’empèche pas le monnayage de l’argent quand 
il est au-dessous du prix à la Monnaie, et conséquemment au-dessous des pro 
portions officielles qui existent entre sa valeur et celle de l’or. Ainsi, en 1798, 
à l’époque où le prix de l’argent était de 5 s. par once, et sa valeur relative 
de 15, 57 à 1 sur le marché, on pouvait le monnayer avec avantage. Ce métal, 
issu vierge de la Monnaie, eût alors passé comme monnaie légale. Jusqu’à 
concurrence de toute somme. 
* Ce rapport est descendu aujourd’hui dans le commerce à 15 3/4, quoique la 
proportion légale soit de 15 1/2. Dans cette grave et délicate question des mon 
naies, les faits ont prouvé, comme dans tous les autres problèmes d’économie poli 
tique, combien est illusoire, insensée, dangereuse même l’intervention de la loi 
dans le domaine agité des affaires. L’antiquité avait son Protée dont la souplesse 
prestigieuse échappait à toutes les chaînes : nous avons le nôtre dans les incidents 
multiples de l’industrie, dans les formes diverses (jue revêtent les questions so 
ciales. Il est étrange qu’on n’ait pas encore compris cela, après les innombra 
bles démentis donnés par la réalité aux rêves des législateurs. Ainsi, on a renoncé 
de nos jours — ou du moins on a suspendu jusqu’à nouvel ordre — les lois de 
maximum imposées à nos pères par l’héroïsme égaré de la Convention, et par les 
arrêtés somptuaires du moyen âge. Il faudrait même aller chercher dans les 
exagérations des écoles socialistes les plus avancées ; il faudrait fouiller dans la 
charte d’Icara,de la cité du Soleil et des Égaux, pour trouver quelque chose d’a 
nalogue aux lois étranges qui décidaient du vêtement que devaient porter nos 
aïeux, du nombre de fois qu’ils devaient manger de la viande ou du hareng 
par semaine Mais si nous nous sommes affranchis de cet excès de ridicule, nous 
n’en persistons pas moins, a vouloir infliger un taux légal a l’intérêt des capi 
taux ; un tarif légal aux compagnies des chemins de fer, aux boulangers, aux 
marchands de tabac : un enseignement légal à toutes les cervelles de notre pays,
        <pb n="527" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. m 
une lettre de M. Grefulhe au tiulHon-Committee, 11“ 50, nous rap 
porte qu’en 1785 on modifia le nombre des louis qu’on frappait dans 
absolument comme on prescrit une taille légale aux conscrits qui doivent porter 
les armes. Or, les usuriers sont là pour protester contre les lois sur l’intérêt : les 
douaniers pour protester et battre en brèche les lois sur le monopole des mar 
chandises : la famille pour protester contre le nivellement et l’effacement des in 
telligences; et, quant à la détermination de la valeur relative des monnaies d’or 
et d’argent, les oscillations perpétuelles des marchés, le flux et le reflux des 
masses métalliques que verse l’Amérique, et que se répartissent les autres conti 
nents, suffisent pour en démontrer la vanité. 
Quelque précieux qu’ils soient ; de quelque adoration irréfléchie que le sj'stème 
mercantile ait entouré l’or et l’argent, ces agents de la circulation générale, ces 
dénominateurs universels delà valeur n’en sont pas moins soumis aux gran 
des lois de l’offre et de la demande, vis-à-vis d’eux-mêmes et vis-à-vis de tou 
tes les autres marchandises. S’ils émigrent d’un pay’s, leur valeur s’y accroît 
aussitôt : s’ils y affluent, au contraire, leur valeur fléchit, et l’abaissement du 
change extérieur reflète cette abondance inusitée. Si le diamant est si cher, mal 
gré la parfaite vanité de ses usages, c’est qu’il est rare : si le soleil est gratuit, 
malgré sa puissance créatrice, c’est que ses rayons inondent l’univers. De même, 
si l’or est plus cher que l’argent, c’est surtout parce qu’il est produit en quanti 
tés bien plus petites. l e rapport de la production est de 1 à 40 de nos jours, 
après avoir été de 60 à 1, au xvii« siècle, et de 57 à 1 en 1801. La valeur de l’or 
devrait donc être et serait, en effet, de 40 à 1, comme l’indique le chiffre de 
la production annuelle, si les demandes incessantes du continent, — là où les 
paiements n’ont pas acquis encore un niveau moyen assez élevé pour exiger 
l’emploi de l’or; — si, dis-je, ces demandes n’avaient accru l’utilité de l’argent, et 
par suite sa valeur. I,e rapport de 15 3 4 est donc le résultat de la rareté de 
l’or balancé par l’utilité de l’argent. Les gouvernements n’ont rien à voir 
dans ces proportions créées par la nécessité, et ils auront beau accumuler les dé 
crets, du jour où la balance penchera en faveur de l’argent, le rapport pourra 
être de 10 à l, comme au temps qui précéda la découverte de l’Amérique ; de 9 
à 1, comme du temps de C.ésar, et même de 8 à 4, cx)mme il l’est encore au Japon. 
Du jour, au contraire, où les besoins de la circulation feront rechercher l’or, 
on verra grandir peu à peu sa valeur, jusqu’à atteindre même le rapport de \ 
à 17, rapport que nous trouvons en Europe au moyen âge, et que la Chine nous 
présente encore, suivant les belles recherches de M. Michel Chevalier*. Or, 
c’est précisément en faveur de l’or que s’opère aujourd’hui la transformation de 
tous les systèmes monétaires du monde. 
L’accroissement sensible et graduel que présente la production de l’argent, 
* Voyez surtout sa derniere brochure intitulée De» mines d'or et d'argent du Nouveau 
Monde. La question monétaire n’a Jamais été traitée d’une manière plus brillante. Au sein 
d’une technologie aride et d’un grand déploiement de chiffres, l’auteur a su être pittoresque, 
et il semble même qu’il soit tombé sous sa plume quelques paillettes d’or, dérobées a ce Po 
tóse, a cette Fêta madre qu’il connaît si bien. ^
        <pb n="528" />
        474 
OEUVRES DIVERSES. 
un marc d’or. Ce nombre tut porté de 30 à 32. C’est pourquoi, 
avant 1785, l’or dut sans doute être évalué à la monnaie de France 
joint aux progrès de la fortune publique, tend chaque jour à av ilir ce métal, 
à l’éloigner de la valeur illusoire que lui avaient assignée les législateurs. Plus les 
paiements d’un pays sont abondants et multiples, plus il faut que l’agent moné 
taire soit précieux, soit susceptible de représenter sous un petit volume de grandes 
sommes. Et il serait aussi absurde de vouloir enchaîner l’Angleterre et même la 
Franc« à la monnaie d’argent que de les condamner au supplice des anciens 
coches, au milieu de ce tourbillon d’affaires et d’idées qui nous fait déjà songer 
à remplacer la vapeur, trop lente à nous mener au but. C’est ainsi que les 
nations sont passées d’elles-mêmes de la monnaie de fer à la monnaie de cuivre, 
de celle-ci aux espèces en argent. C’est ainsi que l’argent cède graduellement la 
place à l’or dans les grands foyers industriels et financiers, et qu’eniin l’or lui-mê 
me se verra dépossédé au proüt de la monnaie de papier. 17Angleterre a donné 
le signal de cette nouvelle évolution : l’argent n’y circule plus guère que comme ap 
point, et les économistes les plus avancés et les plus pratiques de ce pays, rêvent 
déjà une circulation conçue sur les plans téméraires de I.aw, tempérés par la 
sagacité de Ricardo, de Liverpool et de la célèbre commission de 1810. Sur une 
circulation totale de près de 1,750 millions, on ne compte dans la Grande-Bre- 
^ tagne que 750 millions de numéraire ; le reste se compose de billets de banque, 
! et cette proportion grandit chaque jour. 
La France est bien loin de cette perfection : elle fait encore la sourde oreille au 
progrès, et sous prétexte qu’elle a peur de revenir aux petites filles et aux assi 
gnats, elle conserve environ 400 millions de billets de banque contre 2 milliards 
et demi de monnaie métallique. Mais le mouvement l’entraînera malgré elle, 
parce qu’on ne tarde pas à rejeter des instruments vieillis et impuissants, et par 
ce que l’argent, s’avilissant chaque jour, menace de n’être plus qu’une sorte de 
billon. Pas n’est besoin, comme ou voit, de recourir pour tout cela à des lois 
lentement alambiquées et à des prodiges d’équilibre, La circulation d’un pays 
reflète nécessairement sa situation financière : pauvre, elle est desservie par des 
métaux d’un ordre inférieur; riche, elle emprunte à l’or et à l’argent leur éclat 
et leur valeur. Ce qui est monnaie légale aujourd’hui ne pourra donc plus l’être 
demain : et c’est bien folie que de s’opposer ainsi au libre mouvement des choses, 
et d’entasser dissertations sur dissertations, théorèmes sur théorèmes, pour cher 
cher un étalon des valeurs gui se fixera de lui-même. L’histoire si connue des 
Sept-Dormants contient des renseignements curieux à cet égard. Et il est très- 
fâcheux que tant d’hommes sérieux n’aient pas su les y découvrir, et sacrifient 
encore, dans la question des monnaies et des banques, à des idées de réglementa 
tion qu’ils rejettent pour tant d’autres faits sociaux. Robert Peel, cet esprit si 
puissant, si logique, n’a pas su lui-même s’affranchir de ces erreurs, de ces entra 
ves, et sa loi de 1844, si justement critiquée en Angleterre, nous le montre visant 
à faire de la Banque d’Angleterre un établissement à ressorts, une sorte d’auto 
mate destiné à émettre des billets, et rivalisant avec ceux de Vaucanson ou avec 
l’homme d’airain de Roger Bacon L’avenir prouvera que la liberté est bonne
        <pb n="529" />
        475 
RÉPONSE AHN OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET 
dans la proportion de 14 à 1. —Les causes qui transportent alternati 
vement en Angleterre, de l’or à l’argent et de l’argent à l’or, le rôle 
d’étalon des valeurs, agissent d’une manière analogue en France. 
Quand la valeur comparative de l’or à l’argent se trouva au-dessous 
de 14 à 1, l’or devint mesure type des valeurs en France, et consé 
quemment l’on dut baser le taux du change avec l’Angleterre sur 
le rapport des monnaies d’or dans íes deux pays. Quand cette va 
leur comparative dépassa 14 sans atteindre toutefois 15.07 à 1, l’or 
devint l’étalon en Angleterre. En France ce fut l’argent, et l’on cota 
le change en conséquence ; c’est-à-dire que le pair fut déterminé par 
le rapport établi entre l’or d’Angleterre et l’argent de France. — 
Lorsqu’eniin ce rapport dépassa 15.07 à 1, l’argent dut devenir 
l’étalon métrique dans les deux pays. Le change fut alors coté 
en argent. Mais après 1785, et au moment où les évaluations des 
métaux changés à la Monnaie de France se rapprochèrent du taux de 
l’Angleterre, le pair du change put être coté dans les deux pays in 
différemment en or ou en argent. 
J’ai déjà énoncé (jue ce n’était pas assez de comparer la quotité 
des déviations du change avec les dépenses que nécessite l’envoi 
des métaux précieux d’un pays à l’autre; ce n’était pas assez, dis-je, 
pour apprécier si un tel commerce était profitable. 11 faut encore 
tenir compte du prix des lingots dans le pays où on les transporte, ou 
de la somme des frais à supporter pour les faire monnayer. Il 
u’est prélevé dans notre pays aucun droit de seigueuriage ou de 
monnayage. — Si on livre à l’administration une once d’or ou d’ar 
gent, elle retire une once de métal monnayé. Le seul désavantage 
que l’importateur aura donc à subir en recevant des lingots, au lieu 
d’une monnaie anglaise, sera la durée du dépôt à la Monnaie. Cette 
perte a été évaluée par la commission des monnaies à 1 p. O/q. Un 
pour cent représenterait dès lors l’excédant de la valeur des pièces 
anglaises sur les lingots ; si toutefois la monnaie n’est pas altérée ou 
la circulation excessive. Mais le droit de fabrication en France, sui 
vant le docteur Smith, ne s’élevait pas à moins de 8 p. O/q, outre la 
perte d’intérêt qui naissait du dépôt temporaire à la Monnaie. L’auto 
rité de la science nous prouve qu’il ne résultait aucun inconvénient 
sensible d’un système qui donnait à la valeur de l’or ou de l’argent 
pour le crédit comme pour le commerce, comme pour la pensée, et que dans 
l’apparent fatalisme du laissez faire, il y a plus de force impulsive et diri 
geante que dans toutes les ordonnances créées ou à créer. A, P.
        <pb n="530" />
        i76 
ŒUVRES DIVERSES. 
monnayés une supériorité de 8 p. O/p sur celle de l’or ou de Tardent 
en lingots'. 11 résulte de ces faits qu’on n’ent pas importé d’or en 
France, si le profit de cette opération n’eùt égalé non-seulement les 
dépenses d’importation ; mais encore cette prime de 8 p. O/o. Car 
on ne calcule pas le pair du change sur la valeur actuelle des mon 
naies dans la circulation, mais sur leur valeur intrinsèque comme 
lingots'^. 
Pour rendre cette conclusion plus évidente, supposons avec M. Ho 
sanquet que le change de 1767 fût de 8 p. 0 () en faveur de la France ; 
qu’à la même époque il se cotait avec Hambourg à 6 p. O/q de bénéfice 
pour Londres, et qu’enfin les frais de transport de Hambourg à Paris 
n’excédaient pas 1 l/'i p. O/p. Ne fera-t-on pas alors, s’écrie &gt;1. Bo- 
sanquet, un bénéfice de I 1/2 p. 0 p, en payant la dette de Paris avec 
l’or de Hambourg plutôt qu’avec une remise^? le réponds que non. 
Car lorsque l’or arrive à Paris, il doit nécessairement être frappé 
en monnaie ou rendu sous forme de lingots. Si on le fait monnayer 
il faudra payer 8 p. 0/p à l’administration ; si on le rend à l’état de 
lingot, ce sera à 8 p. 0/p au-dessous du prix de la monnaie. — En 
admettant même que tous les autres calculs soient exacts, le profit 
se trouve nécessairement réduit de 12 1/2 à 4 1/2 p. 0 p. Mais ils ne 
peuvent être exacts, dès qu’ils sont soumis à l’influence multiple des 
causes que nous avons déjà déterminées'^. 
* Depuis que j’ai écrit ces lignes, j’ai examiné un extrait du Moniteur de 1803, 
qui indique que le seigneuriage en France était : 
En 1726 de 7 9/16 pour »/« sur l’or, de 7 4/11 pour "/« sur l'argent. 
1729 5 3/16 — — 5 7/16 - - 
1755 4 1/16 - ^ 3 10/11 — — 
1771 t 4/7 — - 2 7/9 — — 
1785 2 9/t7 — _ « — — 
En 1803 on fixa ce droit à 1 1/3 p. 0/0 pour l’or et 1 1/2 pour l’argent. 
* Ce n’est qu’autant que la circulation monétaire de France aura conservé ses 
limites normales que le prix de l’or pourra rester à 8 p. 0/0 au-desgous du prix 
de la monnaie. E:lle suit ainsi les lois mêmes par lesquelles le prix de l’or en 
Angleterre s’est établi et perpétué au-dessus du prix de l’administration. La 
circulation anglaise se trouvait dépasser sensiblement son niveau moyen, quand 
l’or était à 3 liv. n s. 6 d. -, car 4 d. l’once ne sont pas une compensation suffi 
sante pour le délai du monnayage. C’est pourquoi le principe que je soutiens ne 
peut avoir force de loi que lorsque la circulation n’est pas exagérée. 
3 Comme l’argent est la monnaie de Hambourg, ce serait l’argent, et non l’or, 
qu’un créancier anglais aurait droit de faire remettre de Hambourg à Paris. 
* En France, on retient pour le monnayage un droit de 8 pour cent qui non- 
seulement couvre les frais de fabrication, mais encore rapporte un petit revenu au 
gouvernement. En Angleterre, comme le monnayage ne coûte rien, la monnaie
        <pb n="531" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 477 
Si l’on se rattache à ces principes, il en résultera, je pense, que 
le change avec Paris fut favorable à l’Angleterre pendant une grande 
partie des années de 17G4‘ à 17fi8, et pendant toutes les autres pério 
des mentionnées par )!. Ilosanquet. 
Jene puis m’empècher d’étre saisi d’étonnement en pensant qu’un 
négociant anglais peut descendre à croire qu’on réalisera pendant 
quatre années de paix, toutes dépenses couvertes d’ailleurs, un bénéfice 
de 10 1/2 à 12 1/2 sur l’exportation de l’or de Hambourg à Paris. 
Qu’on sache bien que ce profit, multiplié par la promptitude des 
opérations, permettrait au spéculateur de réaliser plus de 100 
p. O/o par an sur le capital engagé, et cela, dans un commerce 
inondé par la concurrence et dont les plus légères oscillations sont 
surveillées par des hommes d’une subtilité proverbiale. Il appar 
tient, du reste, à des écrivains, pour qui les faits absorbent toute 
théorie, de ne point voir dans l’examen comparatif du change de 
Hambourg avec celui de Paris que ces cotes sont inexactes, que les 
faits y dilfcrent de la ré-alité. De tels penseurs peuvent diüicilement 
scruter des faits, ils sont crédules et fatalement crédules, car ils ne 
peuvent en appeler à aucun principe. Les deux séries de prétendus 
faits fournis par la cote de Hambourg d’un côté, et celle de Paris de 
l’autre, sont complètement faibles et sc contredisent mutuellement. 
Bien ne prouve d’une manière plus affligeante l’empire des pièges 
sur les esprits les plus éclairés que de voir op{M)ser de tels faits à une 
courante ne peut jamais avoir une valeur très-supérieure à la quantité de métal 
yu’elle se trouve contenir pour le moment. En France ce qu’on paie pour la 
fabrication, ajoute à la valeur de la monnaie ce que le travail ajoute à celui de la 
vaisselle. Par conséquent, une somme de monnaie française contenant un poids 
quelconque d’argent tin, a plus de valeur qu’une somme de monnaie anglaise 
d un poids égal en argent lin, et il faut plus de métal lingot ou plus de toute 
autre marchandise pour acheter la première monnaie. Ainsi, quand meme la 
monnaie courante de chacun de ces deux pays se trouverait approcher également 
des types de leurs circulations respectives, une somme de monnaie anglaise ne 
pourrait acheter une somme de monnaie française, riche du même nombre d’on 
ces d’argent fin, ni par conséquent une lettre de change de pareille somme sur 
la France. Si la somme payée en sus, pour.acheter cette lettre de change, n’était 
tout juste que ce qu’il faut pour compenser les frais de fabrication de la mon 
naie française, il se pourrait que le change réel fût au pair entre les deux nations 
et que leurs dettes et leurs créances se balançassent mutuellement, tandis que les 
cotes du change seraient considérablement en faveur de la France. Si cette 
quantité supplémentaire était moindre, il se pourrait que le change réel fût en 
faveur de l’Angleterre malgré les computations favorables a la France. {Riches 
ses des nations, — Livre II. — Chap. III.)
        <pb n="532" />
        478 
ŒUVRES DIVERSES. 
théorie que l’on veut détruire, après en avoir proclamé la haute 
raison. 
SECTTOIN TROISIÈME. 
Prétendue existence d’une prime sur la monnaie anglaise en Amérique. — Change 
favorable avec la Suède. 
Le fait subséquent, sur lequel je désire présenter quelques ob 
servations est celui que M. Grefulhe a révélé le premier, et que 
M. Bosanquet allègue aujourd’hui. Je veux parler de la prime 
qu’on dit être accordée en Amérique, en hard dollars, pour la circu 
lation dépréciée de l’Angleterre. J’ai étudié ce fait avec la plus scru 
puleuse attention, et il me parait évident; 1° que le prix intitulé 
prime de 9 p. O/o, qu’on accordait pour un effet sur l’Anglelerre, était 
en réalité un escompte de 3 J/4 p. O/o; 2" qu’à ce taux, l’escompte 
était plus favorable que s’il eût fallu exporter les dollars qui avaient 
servi à acheter la lettre de change. 
Le pair du change avec l’Amérique est fixé en dollars. Il est coté 
à raison de 4 s. G d. sterling pour un dollar; conséquemment 444,4 
dollars devraient contenir autant d’argent pur que 100 1. st. — 
Mais tel n’est pas le cas. — Un dollar d’Amérique, conformément aux 
réglements monétaires du pays doit peser 17 d\\t ' 8 grains. Il est 
de 8 1/2 g. plus faible que l’étalon anjent en Angleterre. Par consé 
quent la valeur d’un dollar d’Amérique réduite comparativement à 
notre type d'argent est de 4 s. 3 3/4 d. D’après cette valeur, le vé 
ritable pair entre les dollars d’Amérique et notre monnaie d’argent 
serait 403.7 dollars pour 100 1. st. Mais nous comparons ainsi les 
dollars d’Amérique avec la livre sterling d’Angleterre qui est eu or, 
ce qui nous donne pour véritable pair du change rapporté à 100 1. st., 
d’après la valeur relative des dollars et de l’or, œ (jui nous donne, 
dis-je, pour la période supposée en mai 1809, 500 dollars. —Mais 
comme on ne paie pas plus de 484 dollars une lettre de change de 
100 1. st. achetée sous l’inlluencc du plus haut change de l’année, 
qui fut de 109, l’opération se fit évidemment à 3 1/4 p. 0/0 au-dessous 
du pair réel'. 
' Abréviation de penny-weight, poids égal à celui de 1,552 gr. 
* Suivant la disposition de M. William le poids du dollar d’Amérique ne dépas 
sait pas 17 dwt 6 gr : ce qui ferait descendre le véritable pair un peu au-des 
sous de 4 s. .3 1/2 d. — D’après le traité des monnaies de Ede, le dollar d’Amé 
rique est de 11 gr. inférieur à l’étalon, et ne contient pas plus d’argent pur que 
4 s. 2/4 d. de l’étalon argent des monnaies anglaises.
        <pb n="533" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 
On doit se rappeler que les lois de l’époque avaient considérable 
ment accru la rigueur de l’embargo. Les capitaines des paquebots 
étaient astreints, j)our pouvoir entreprendre leur voyage, à jurer 
qu'ils n’avaient aucun numéraire A bord. L’on vit même un de ces 
capitaines obligé de décharger les espèces qu’il avait embarquées en 
(ontrebande. A la même époque, le taux des assurances était ex 
cessif. On payait une prime de 8 pour cent aux rares vaisseaux qui 
méprisaient l’embai'go, et de plus les assureurs étaient affranchis des 
pertes qui pouvaient suivre la saisie du navire par le gouvernement 
Américain. Maintenant, qu'on ajoute à ces S pour cent d’assu 
rance, la commission, le port, enfin les 3/4 pour cent ci dessus, et 
1 escompte définitif du billet ne serait peut-être pas de beaucoup in 
férieur à l’agio qui existait alors contre notre circulation de papier. 
De sorte qu’on n’achetait pas notre papier déprécié à raison d’une 
prime pour les hard dollars (dollards forts), mais sous condition d’es 
compte et à sa valeur actuelle. 
Mais on nous dit que le change avec la Suède est en faveur de l’An 
gleterre et que la banque de ce pays n’admettant ])lus d’espèce quand 
le change devient défavorable, la circulation s’y règle d'une manière 
identique à la nôtre. Nul doute qu’il n'existe un parfait accord 
entre les deux hypotluises. Aussi sont-elles suivies d’effets analogues 
et exigent-elles les mêmes remèdes })Our la dépréciation des deux 
systèmes monétaires. Ce remède consiste à diminuer la masse des 
»Rents de circulation, soit par rex])ortation du numéraire, soit par 
la réduction du papier de banque. Si le change avec la Suède est 
effectivement de 24 pour cent cm faveur de Londnîs on en doit con 
clure seulement qu'en Suède l’excès de monnaie de papier non conver 
sible en espèces est proportionnellement plus grand qu’en Angle 
terre*. 
SKCTION QLATHIKME. 
Examen d'une décision de la Commission relative au pair du ehange. 
Après avoir étudié chaque fait ou prétendu fait, présenté par 
* Avant de pouvoiV reconnaître que le change avec la Suède est de 24 pour cent 
en faveur de Londres, nous devons savoir si l’or et l’argent sont également mon 
naies légales en Suède, et s’il en est ainsi, quelle est la valeur relative de ces deux 
métaux dans les cours de la Monnaie- Je présume ((u’une partie de ce change 
si favorable doit être attribuée à la hausse survenue dans la valeur relative de 
l’or à l’argent.
        <pb n="534" />
        I 
480 
OEUVRES DIVERSES. 
M. Bosaiiquet au sujet de change, dans le hut de prouver l’exacti 
tude du principe formulé par la commission en ces termes : Les varia 
tions du change avec les pajs étrangers ne peuvent jamais excéder 
pour un laps de temps considérable les dépenses consacrées à trans 
porter et à assurer les métaux précieux ; après avoir démontré que 
t les conclusions auxquelles l’écrivain voudrait nous conduire sont 
contraires aux faits mêmes qui conlirment sans exception le prin 
cipe du Committee, je dois demander la permission de désigner une 
erreur du rapport lui-même. Je le dois d’autant plus que M. Bo- 
sanquet a basé sur cette erreur l’opinion, qu’on peut sans danger 
ajourner tout remède. 
« Ainsi donc, dit M. Bosanquel, il résultera qu’en admettant tous 
les principes adoptés par la commission et les appliquant à la situa 
tion actuelle, les changes étaient au moment où le rapport fut pré 
senté, et même trois mois avant, de 2 pour cent au-dessous de la li 
mite naturelle de leur dépression. « 
« Ou pensera certainement que la situation est tout à fait calme, 
quant a son caractère pratique et à son importance nationale. Tout 
au moins dira-t-on qu’il n’y a aucune nécessité à adopter des 
remèdes précipités, alors même qu’une investigation laborieuse au 
rait permis d’accueillir l’exactitude des raisonnements généraux de 
la Commission. » 
Au moment même où l’avilissement excessif du change fut avéré, 
011 nous dit qu’obliger la Banque à payer en espèces, ce serait créer 
tout un cortège de conséquences dangereuses, et qu’il faut attendre 
le moment où le change s’améliorera. Puis, lorsipi’il semble avoir 
dépassé d’environ 2 pour cent ses limites naturelles, on nous crie 
encore d’attendre, parce que la question n’a déjà plus une impor 
tance nationale. Avec un tel système d’arguincntalion, il serait fa 
cile de trouver des motifs pour refuser ad infinituin la rcjirise des 
paiements de la Banque. J’ai le ferme espoir que nous saurons re 
pousser d’aussi spécieux raisonnements ; que nous ouvrirons enlin 
nos yeux aux dangers qui nous assiègent et que nous examinerons 
froidement pour que notre décision soit virile. 
Le principe d’après lequel M. Mushet a construit des tableaux per 
fectionnés, a été constamment accueilli par la commission qui l’a fixé 
dans le Rapport (page 10) avec une exactitude et une concision re 
marquables. 
« Si un pays emploie l’or comme type principal des valeurs tandis 
qu’un autre a départi ce rôle à l’argent, on ne pourra évaluer le pair
        <pb n="535" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQÜET. 481 
de ces deux nations à une époque déterminée, sans tenir compte de 
la valeur relative de l’or et de l’argent à cette même époque. • 
Le Committee a de plus, constamment obéi à ce principe dans les 
efforts qu’il a faits pour découvrir le véritable pair du change entre 
notre pays et Hambourg; c’est ce qui ressortira des questions adres 
sés à M*** (Rapport, p, 73). M. M*** admettait aussi ce principe dans 
toute son étendue, et cependant quand on le sollicita « d’indiquer 
comment il appliquerait ses idées générales sur la détermination 
du pair au change d’Angleterre avec Hambourg, » il répondit : 
« Prenant l’or au prix monnayé de 3 1. 17 s. 10 1/2 d. et à Hambourg 
à ce qu’on appelle le pair, qui est de 9G stivers banco pour un ducat ; 
puis ramenant 55 onces d’or étalon à l égalité de 459 ducats on obtient 
une parité de change de 34 s. 3 1/2 gr. flamands pour 1 1. st. Le ducat 
est au titre de 23 1 /2 carats de fin. » 
Mais cette réponse n^a rien de relatif à la valeur comparative de 
l’or à l’argent sur le marché, et le seul renseignement qu’on en puisse 
recueillir est que 34 s. 3 l/2 gr. flamands en’monnaie d’or égalent 11. 
^ur; — calcul qui reproduit à 1/2 gros près celui du docteur Kelly. 
(Rep. n” 59.) 
Si l’acquéreur d’un effet de 34 s. 3 gros à Londres pouvait obtenir 
ÿ Hambourg 34 s. 3 gros en monnaie d’or, ce serait là un véritable 
pair; mais il n’obtiendra ces 34 s. 3 gros (|u’en argent dont la valeur 
est de 8 pour cent au-dessous de 34 s. 3 gros d’or. La question 
posée par la commission tendait à savoir la quantité de monnaie de 
Hambourg susceptible de contenir autant d’argent pur qu’en peut 
acheter une livre sterling en or. 
A l’époque où le rapport fut rédigé la réponse eût été 37 s. 3 gros 
de Flandre. D’où résulte (jue 37 s.3 gros étaient alors le véritable pair 
du change. Si les membres de la commission avaient pris cette éva 
luation pour base, au lieu des34s. 3 gros, ils n’auraient pas énoncé 
flue le change avec Hambourg n’était pas de plus de 9/0 défavora- 
l^le à l’Angleterre. Ils eussent dit 17 0/0 et M. Bosanquet n’eùt 
pas trouvé l’occasion de prétendre qu’en s’attachant au raisonnement 
de la commission, le mal ne présente pas une telle gravité qu’on ne 
puisse ajourner toute intervention. 
(OEuv. de Ricardo,) 
31
        <pb n="536" />
        m 
OEUVRES DIVERSES. 
CHAPITRE Ill. 
EXAMEN DES FAITS ALLEGUES PAR M. BOSANQUET DANS SA PRETENDUE 
RÉFUTATION DU PRINCIPE SUIVANT : UN EXCEDANT DU PRIX DE 
MARCHÉ DES LINGOTS SUR LE PRIX A LA MONNAIE EST LA PREUVE 
d’une circulation dégradée. 
SECTION PREMIÈRE. 
Nier celte conclusion, c’est proclamer l’impossibilité de fondre ou d’exporter toute 
monnaie anglaise, -* et certes personne ne soutiendra une telle assertion. 
M. Bosanquet, pour faciliter les attaques qu’il dirige contre la 
seconde proposition du Commitlee l’a lorniulée ainsi. « Le prix des 
lingots d’or ne peut jamais dépasser celui du métal monnayé, à 
moins que la circulation qui sert a l’acquitter n’ait Iléclii au-dessous 
de la valeur de l’or. ■&gt; Mais ce n’est pas là exactement le principe 
de la commission. Bien compris, ce principe n’indique pas que 
l’or ne peut dépasser comme marchandise la valeur qu’il a comme 
signe monétaire, mais que ce phénomène ne ¡leut qu’être accidentel 
puisque la conversion du numéraire en lingots viendra égaliser leur 
valeur relative. Les paroles du CommiUee sont celles-ci : « Les memhres 
de votre commission pensent que dans l’étal normal de la circu 
lation anglaise dont la hase est l’or, aucun accroissement dans les 
demandes étrangères de ce métal, quelque grand qu’on le suppose 
et quelque origine qu’on lui attribue, ne pourra produire ici iiendant 
longtemps une hausse importante dans le prix courant de 1 or. 1 oui 
\ faire de cette proposition un axiome, il ne reste plus, ce me semble, 
qu’à admettre Tiiieflicacité de la loi qui interdit la conversion de 1 or- 
monnaie en or-lingots. 
Je pouvais m’attendre à voir les adversaires de cette vérité sou 
tenir que la loi a eu réellement la puissance de conduire aux résultats 
qu’on en attendait. Je pensais qu’ils l’appuieraient sur d’imposantes 
autorités pour justifier leurs idées. Mais il eût été difficile d’invoquer 
des autorités en faveur d’une telle opinion. Depuis les leinjis de Locke
        <pb n="537" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 483 
on n a vu nulle part contester cette impuissance de la loi. Tous les 
ccrivains ont ailirmé, tous sans distinction, qu’aucune pénalité ne 
pouvait empêcher de fondre le numéraire quand sa valeur comme 
lingots est supérieure à sa valeur comme monnaie. 
hocke compare la loi qui interdit la fusion et l’exportation du 
numéraire à celle qui voudrait fixer le vent. Smith remarque 
* qu’aucune mesure gouvernementale ne peut prévenir ces deux 
opérations. « Wons pouvons évoquer encore à ce sujet l’assentiment 
d hommes pratiques. 
Les directeurs de la banque en 1795, époque à laquelle le prix 
l’or atteignit 4 1. 3 s. ou 4 1. 4 s. l’once, s’écrièrent après eu avoir 
instruit M. Pitt : *&gt; L’existence d’un tel prix pour nos guinées, dont 
la valeur normale est de 3 1. 17 s. 10 1/2 d. l’once, démontre claire- 
nient la légitimité de nos craintes, il suffit de soumettre ces faits au 
Chancelier de T Echiquier. » 
Maintenant, sur quoi reposaient les frayeurs des directeurs de 
la banque si ce n’est sur l’imminence d’une invasion qui eût enlevé 
lor monnayé de leurs caisses pour le foudre en lingots? Lorsque 
la commission des lords, en 1797, demandé à M. Kcwland « si dans 
1 li}pothèse d’un nouveau monnayage il eu serait fondu et exporté 
grande quantité, » lui aussi répondit « que tout dépendait du 
Pi’ix des lingots. « La même commission demanda à M. N'ewland 
" s il était plus facile de prévenir le faux monnayage ou la fusion 
1 exportation des métaux, quand il est avantageux de les expor- 
ler &gt; j| : « Je suis inhabile à deviner comment on peut 
PJ’i^venir l’un ou l’autre. » 
•le n’ai cité qu’une faible partie des opinions qu’on pouvait invo- 
quer à l’appui de ce fait, que les monnaies sont fondues en lingots 
leutes les fois que le prix des lingots dépasse celui du numéraire, 
•le concluerai cependant par l’opinion de M. Bosanquet lui-même. 
parlant de la commission, il dit : « Les membres ne savent rien 
Relativement au prix des lingots qu’ils supposent sans doute devoir 
transformer, quand la banque aura suffisamment influé sur le 
(Change ; quoique d’ailleurs M. Locke et tant d’autres écrivains aient 
L expression anglaise est — a law to hedge in the cuckoo — Comme toutes 
es locutions proverbiales, celle-ci puise sa signification dans des circonstances 
eeales qu’il est impossible de transporter dans une langue étrangère. — C est 
®*Dsi que nous avons dû renoncer à traduire, autrement que par un équivalent, 
®®Re délicieuse bouffonnerie, tout empreinte de Vhumour anglaise. A, f •
        <pb n="538" />
        4g4 OEUVRES DIVERSES. 
clairement démontré que le numéraire d’un pays ne peut y être 
enchaîné que quand la balance générale du commerce et des paie 
ments ne lui est pas défavorable. •&gt; Quelle cause dès lors, outre 
la supériorité de la valeur des monnaies comme lingots, pourra nous 
les enlever, dans l’hypothèse d’un change avili? Qui s’attacherait à 
exporter les espèces métalliques si l’on pouvait acheter les lingots au 
prix de la monnaie? C’est donc la supériorité de leur valeur comme 
lingots qui est la cause de leur fusion et de leur exportation. 
Mais les commissaires n’ont pas jugé sullisaiit d énoncer un 
principe presque évident par lui-même. Ils ont fait un appel aux 
faits et atiirmé très-positivement que pendant un espace de ‘24 ans 
depuis la refoute, le prix des lingots d or en barres types n avait pas 
dépassé .3 1. 17. s. 10 1/2 d. l’once. Cne seule exception avait été 
fournie par l’annee de mai 1783 à mai 1784, où Ion vit le prix 
s’élever à 3 1. 18 s. 1/2 l’once. 
Il est vrai qu une lettre des directeurs de la banque à M. Pitt, 
écrite en ectobre 1795 et admise comme autorité par la commission, 
nous apprend qu'à cette époque l’or-lingot était a 4 1. 3 s. ou 4 1. 
4 s. l’once. De plus, M. &gt;e\\ land déclara positivement au comité des 
lords, en 1797, que la banque avait été souvent forcée d’acheter de 
l’or au-dessus du prix à la Monnaie ; et qu’en une circonstance on 
l’avait vue payer jusqu’à 4 1. 8 s. une faible quantité d or achetée 
par un de ses agents au Portugal*. 
&lt; Il paraît que c’est en 1796, et plus probablement en octobre, que la bancjue 
paya l’or 4 Uv. 8 s. suivant l’assertion de M. Newland. Lorsque le comité des lords 
l’interrogea relativement à l’époque, il répondit ; « Je pense que ce prix de 4 liv. 
» 8 s. l’once remonte à près de deux ans. On u agit que sur une petite quantité et 
» l’exagération du prix lit abandonner l’operation. A la même époque, la ban- 
» que crut favorable d’importer de l’or de Portugal, et, cet or, sou agent ne put 
M l’obtenir à un prix moindre de 4 liv. 8 s. &gt;&gt; 
M. Newland parlait ainsi le 28 mai 1797. 
Il n’est nullement invraisemblable que la Banque ait fréquemment acheté de 
l’or étranger au-dessus du prix à la Monnaie, lors même qu elle pouvait acquérir 
de l’or en barres prohibé à la sortie, à un taux comparativement moindre. Les 
administrateurs pouvaient espérer qu’en ne s’adressant pas au marché anglais ils 
diminueraient l’appât offert par la fusion des guinées. D’un autre côté, ils de 
vaient s’efforcer de combler leurs caisses épuisées. Cette opinion sera fortement 
coulirinee par l’examen de l’appendix joint au liullion-liepori, n“ 19, d’où il 
ressort que de 1797 à 1810 le montant de la valeur de l’or frappé à l’Hôtel des 
Monnaies fut de 9,340,338 liv. st. sur lesquels 2,290,060 liv. seulement furent 
monnayées avec de l’or anglais et le reste, 7,041,282 liv. a\ec l oi etranger. U
        <pb n="539" />
        RÉPONSE AUX OBSEIUATIONS DE M. BOSANQUET. Í8.S 
Mais ce sont laies seuls faits sur lesquels M. Bosanquet s’appuie 
pour renverser le principe. Et ces prix inconnus au public, que 
nul tableau ne constate et qu’on a oit appuves par une corporation 
qui ne brilla jamais par une sage direction de ses affaires, ces prix 
seraient reconnus comme étant les véritables cours du marché! Et 
des exceptions de ce genre seraient destinées à détruire des opinions 
fondées sur une saine théorie, sanctionnées par des hommes prati 
ques, et contrôlées par l’expérience ! 
A-t-on un seul fait qui prouve que ces prix se sont perpétués 
pendant une semaine seulement? Si nous consultons le tableau des 
pHx, nous trouvons qu’en juillet de cette même année 1795 l’or 
«tait coté à 3 1. 17, s.6d; en décembre, il est encore au même 
faux de 31. 17 6 d. et quant aux quatre mois intermédiaires, aucun 
prix n’est indiqué. M. Bosanquet croit-il que le prix de l’or ait pu 
se maintenir à 4 1. 4 s. quand on pouvait facilement l’obtenir à 
f 1.17 s. 10 lj'2 d. en fondant les monnaies? A-t-il donc une si 
haute opinion du désintéressement et des vertus de toutes les classes 
de la société? Et s’il en est ainsi, pourquoi ne s’y confierait-on pas 
aujourd’hui? Où sont les raisons qu’on assigne pour ne pas payer en 
espèces? Dira-t-on que le change actuel et le prix de l’or offrent de 
tels avantages à la fusion et à l’exportation des monnaies métal 
liques, qu’on puisse craindre de voir toutes les guinées abandonner 
le pays ? Mais comme vous affirmez que les lingots n’ont aucun 
rapport avec le numéraire, « qu’il n’existe aucun point de contact 
entre l’or anglais et l’or étranger, « on n’a pas à redouter de voir 
des individus se montrer jaloux de monnaies métalliques; car les 
hanck-notes accomplissent aussi bien, si ce n’est mieux, les simples 
uiouvements de la circulation. 
« S’il arrivait, dit M. Bosanquet, que les demandes d’or étranger 
fussent très-considérables et qu’à la même époque la loi eût di 
minué la fusion et l’exportation des guinées, l’or étranger pourrait 
^ller jusqu’à doubler son prix en or anglais, et laisser cependant 
n nos guinées leur valeur intrinsèque. 
•fe pourrais appliquer au .S; de M. Bosanquet l’observation qu’il 
paraît aussi que depuis 1804, il a été frappé avec de l’or étranger 1,402,-542 liv. 
ef que l’or anglais n’a pas fourni une seule guinée. Pendant toute cette époque le 
prix de l'or étranger dépassa sur le marché celui de l’or national. — N’esMl pas 
probable alors que la Banque, qui importe seule l’or de la Monnaie, a été guidée 
par des vues analogues à celles que je lui ai supposées ?
        <pb n="540" />
        486 
ŒUVRES DIVERSES. 
afaitesur lemème mot, quand la commission s’en est servi : Votre Si 
est un grand pacificateur. Mais ce n’est pas le cas ; la loi ne peut-être 
mise eu vigeur. Aussi la remarque n’a-t-elle aucune portée dans 
la question actuelle. 
Si toutefois il était possible d’appliquer la loi, elle aurait le caractère 
de la plus cruelle injustice. Pourquoi le possesseur d’une once 
d’or-monnaie n’aurait-il pas, pour accroître la valeur de sa pro 
priété, des droits égaux à ceux dont jouit le détenteur d’une once 
d’or-lingot? Doit-il rester soumis à toutes les baisses que produisent 
dans la valeur de l’or l’exploitation de nombreuses mines et tant 
d’autres circonstances, sans être admis à recueillir les profits qui 
résultent d’une hausse dans cette valeur? Et cela pour le mince 
avantage de voir son or revêtu d’une empreinte? Cette injustice 
faite à des individus ne serait pas compensée par les plus légers béné 
fices pour la communauté, car l’exportation du numéraire, quand 
elle est permise, cessera toujours au moment où la valeur de notre 
circulation se sera élevée à son prix réel en lingots, et c’est là 
précisément la valeur à laquelle demeurent fixées toutes les évalua 
tions monétaires du globe. 
Telle fut, malgré la loi, la valeur de notre circulation, jusqu’au 
bill de restriction de la banque et pendant quelques années après ; 
telle elle redeviendrait encore inévitablement, si on rapportait un 
acte aussi hautement impolitique. Elevez la valeur de notre circu 
lation à son véritable niveau, et vous serez sûrs de l’enchaîner. Il ne 
peut y avoir de plus mauvais système que celui, par exemple, qui 
retient un million de livres sterling pour des résultats auxquels 
800,000 1. 8. suffisent complètement. 
SECTION DEUXIÈME. 
Conséquences qui résulteraient de l’hypothèse où les circulations monétaires des peu 
ples (l’Angleterre exceptée) seraient diminuées ou accrues de moitié. 
Supposons que la circulation de tous les pays soit entièrement des 
servie par des métaux précieux et que l’Angleterre en possède une 
fraction égale à un million. Supposons encore qu’au même mo 
ment la moitié des monnaies de tous les pays, excepté celles de l’An 
gleterre, soit tout à coup annulée. Serait-il possible à l’Angleterre de 
conserver alors le million qu elle possédait primitivement? Sa circu 
lation ne deviendrait elle pas relativement excessive, en la compa-
        <pb n="541" />
        487 
RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 
rant avec celle des autres nations? Si, par exemple, un quarter de 
blé avait eu en France et en Angleterre une valeur é^ale à une once 
d’or, n’est-il pas évident (pue la moitié de cette quantité métallique 
sufiirait actuellement à acheter le int‘me quarter de blé qui, en Angle 
terre, continuerait à valoir une once ' ? Des lois promulguées sous 
l’appui de telles circonstances, pouvaient-elles empêcher d’importer en 
Angleterre du hlé ou toute autre marchandise (car le marché tout entier 
se trouverait atteint) et pouvaient-elles aussi prévenir l’exportation 
des monnaies d’or? Si elles avaient cette puissance, et que l’exporta 
tion des lingots fut libre, l’or hausserait peut-être de 100 p. O/q, et 
par la même raison s’il fallait 35 s. de Flandre pour représenter à 
Hambourg 1 1. st. il n’en faudrait plus que 17 1/2. Les mêmes 
effets se seraient reproduits dans le cas où la circulation de 1 Angle 
terre aurait seule doublé. 
Renversons l’hypothèse et supposons que toutes les autres circula 
tions restent immobiles pendant que celle de 1 Angleterre aura dimi 
nué de moitié. Si, d’ailleurs, les limites du monnayage actuel res 
taient les mêmes, ne verrait-on pas le prix des marchandises arriver 
par degrés à un avilissement capable de tenter les acheteurs étran 
gers? Et cette situation ne se perpétuerait-elle pas jusqu à ce que 
les proportions relatives des deux circulations fussent rétablis? 
Si tels sont les résultats qui aceompagnent un abaissement de la 
monnaie au-dessous de son niveau normal; et ces résultats, I œuvre 
des plus illustres économistes It^s consacre ! comment pourra-t-on 
soutenir avec raison que l’accroissement ou la diminution de la 
masse monétaire n’a aucun rapport avec les changes étrangers ou 
le prix des lingots? 
Maintenant, sous l’empire d’une loi contre l’exportation, rigou 
reusement exécutée, une circulation de papier non conversible en 
‘ Oue le prix des marchandises s’élève ou s’abaisse proportionnellemeut a l’ac- 
rrois^ement et à la réduction des signes monétaires, c’est là un lait queje declare 
irrécusable. M. Rosanquet a fait voir, en admettant l’iuiluence immédiate de 
la découverte, d’une mine sur les prix, qu’il ne partage pas à ce sujet les doutes 
du gouverneur de la banque Quand la commission demanda à cet administrateur 
" Si une réduction considérable dans la masse des agents de circulation ne tei^ 
” drait pas à accroître dans de certaines limites leur valeur relative compar^ 
» avec celle des marchandises, et si une augmentation considérable , 
ne me sens pas apte à donner une réponse positi\e. »’
        <pb n="542" />
        488 
OEUVIŒS DIVERSES. 
espèces produit exactement les mêmes effets qu’une circulation mé 
tallique. 
Supposons dès lors que le premier cas se reproduise en face d’une 
circulation nationale toute composée de papier, les changes ne tom 
beraient-ils pas, et les lingots ne s’élèveraient-ils pas, par soumis 
sion aux règles que j’ai déjà présentées? De plus, notre circulation 
ne serait-elle pas dégradée, puisqu’elle n’aurait plus sur les marchés 
du monde une valeur égale au métal dont elle est le signe représen 
tatif? Rien ne peut démentir le fait de la dégradation d’une monnaie. 
Et c’est en vain que les directeurs de la Banque pourraient certi 
fier au public qu’ils n’ont jamais admis à l’escompte que des effets 
solides, dans des opérations bonâ fide. C’est en vain qu’ils affirme 
raient n’avoir jamais imposé un billet à la circulation; que la masse 
des unités monétaires, constamment égale à celle des époques anté 
rieures, était seulement proportionnelle aux besoins du commerce qui 
s’était accru et non affaibli ‘ ; que le prix de l’or, arrivé ici à deux fois 
sa valeur à la Monnaie, était aussi élevé et même supérieur au de 
hors, comme on pourrait le prouver, en envoyant une once de métal 
à Hambourg et se faisant remettre le montant par une lettre de change 
payable à Londres en bank-notes ; qu’enfin l’accroissement ou la dimi 
nution des billets ne pouvait agir sur le change ou sur le prix des 
lingots. Tous ces faits, excepté le dernier, seraient vrais, qu’on ne 
trouverait cependant pas un homme qui refusât de reconnaître la 
dépréciation de notre monnaie. Ces symptômes, que j’ai énumérés, 
pourra-t-on les faire dériver d’une cause étrangère à l’exubérance 
relative de notre circulation? Pourra-t on la ramener à sa valeur en 
lingots par d’autres voies que celles-ci : Réduire la masse de nos 
unités monétaires, ce qui en élèverait la valeur au taux de la circula- 
’ Les chefs de la Banque n’ont pu appuyer sur leurs propres principes cette 
opinion si radicalement erronée ; le taux de V inter H se trouverait affecté 
par des émissions excessives, et que par suite il provoquerait des demandes de 
remboursement de la part des porteurs de billets de banque. Ils ne l’ont 
pu ; car, dans le cas supposé où le montant actuel des monnaies du marché était 
fortement diminué, ils doivent reconnaître que le taux de l’intérét s’élèvera géné 
ralement, et que dès loré ils pourront accroître leurs émissions. Si après l’ha 
bile argumentation du docteur Smith, il était nécessaire d’invoquer de nouveaux 
raisonnements pour prouver que le taux de l’intérêt se règle entièrement par le 
rapport établi entre la masse du capital et les moyens d’utilisation, et qu’il est 
entièrement indépendant de l’abondance ou de la rareté des agents de circula 
tion ce commentaire ferait je l’espère, disparaître tous les doutes.
        <pb n="543" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. T89 
tion des autres pays; ou bien multiplier les métaux précieux, ce qui 
réduirait le prix des leurs au niveau des nôtres? 
Pourquoi les directeurs de la Banque ne semblent-ils point tenter 
1 épreuve en réduisant, pour le court espace de trois mois, le montant 
de leurs billets, de deux ou trois millions? Si l’expérience ne pro 
duisait aucun effet sur le prix des lingots et sur le change extérieur, 
alors il serait permis à leurs amis de proclamer triomphalement 
que les principes de la commission n’étaient que les rêves bizarres 
de théoriciens frappés de mysticisme. 
SECTION TROISIÈME. 
La légéie hausse du prix de l’or sur le continent est due seulement à une variation dans 
le rapport de l’argent à l’or. 
Mais, nous dit-on, le prix de l’or a éprouvé sur le continent une 
hausse encore plus sensible qu’en Angleterre ; car, au moment où il 
valait 4 1. 12 s. ici, on le payait à Hambourg 4 1. 1 7 s. ; ce qui con 
stituait une différence de 5 1/2 p. O/q. Cet argument si complète 
ment spécieux a été tant de fois reproduit qu’il est peut-être con 
venable de lui accorder un examen spécial. 
^ l’époque où une once d’or valait en Angleterre 3 1. 17 s. 10 1/2 
où le rapport de l’or à l’argent était de 15.07 à 1, elle était vendue 
Sur le continent pour une somme à peu près égale, ou 31.17s. 101 i'2 
®u monnaie d’argent. A Hambourg, par exemple, on recevait en 
paiement d’une once d’or 130 shill, de Flandres, 7 grotes, somme 
monétaire qui contenait une quantité d’argent pur, égale à 3 1. 17 s. 
1/2 d. de nos unités types d’argent. 
I/or a haussé depuis de 18 p. 0o dans notre pays. Il a atteint 
^ È 12 8. l’once et, toutefois, on assure que les 4 1.12 s. qui servent 
‘‘ l’acheter ne sont pas dégradés. Maintenant; comme l’or s’est 
®levé de 5 1/2 p. O p plus haut à l’étranger qu id, il doit y conserver 
Rue valeur de 23 1/2 p. 0/p plus forte qu’au temps où il se vendait 
pour 136 sh. 7 gr. Nous serions donc conduits à penser que Ham 
bourg le paierait aujourd’hui à raison de 167 shil. de Flandres, Mais 
Voyons le fait. L’once d’or qu’on nous dit valoir à Hambourg 4 1. 
s. ne produit pas au delà de 140 shil. 8 gr. C’est donc une bo- 
uilication de 3 p. 0b seulement, bonification que le vendeur doit à 
^a hausse de la valeur relative de l’or à l’argent qui de 15,0/ à 1 est 
arrivé à environ 16 : I. Il est vrai qu’au moment où l’once d’or
        <pb n="544" />
        490 
OEUVRES DIVERSES 
se vendait 3 1. 17 8. 10 1/2 d. ou son équivalent 136 sh. 7 gr. à 
Hambourg, la circulation anglaise n’était pas dépréciée. Ce qui 
explique comment cette somme ne pouvait servir à acheter qu’une 
lettre de change de 3 I. 17 s. 10 1/2 payable à Londres en billets 
de Banque. Mais en face de notre circulation avilie le change à 
Hambourg étant tombé à 28 ou 29 shil. flamands, de 37 sb. qui con 
stituaient la valeur réelle d’une once d’or, 140 s. 8 gr. ou 3 O/q de 
plus que 136 s. 7 g. sufliront pour acheter un effet de 4 1. 17 8., 
payable en billets de Banque, à Londres. De sorte que l’or n’a 
pas haussé de plus de 3 p. O/q à Hambourg ; mais la circulation an 
glaise comparée à celle de Hambourg a fléchi de 23 1/2 p. 0/q. 
Pour prouver plus complètement la vérité de cette assertion, que 
l’or ne s’est pas élevé de 16 ou 18 p. 0/q sur le marché général du 
monde, mais que la circulation de papier, signe représentatif de 
l’or, a subi une dépréciation; pour le prouver, dis-je, je joins 
aux développements précédents, le tableau des prix les plus bas que 
l’or ait atteint à Hambourg, en Hollande et en Angleterre, en 1804, 
et ses prix les plus élevés, en 1810. Nous pourrons alors mesurer et 
déterminer la hausse du prix de l’or dans les trois circulations res 
pectives. Ce document a été fourni par M. Greffulbe au Bullion- 
Committee, et a reçu le numéro 56. 
Plus bas prix. Plus haut prix. 
Hambourg —1804— 973/4—1810— 101 constituant une hausse de 31/4 p. 0/0 
Hollande « 1804 — 3921/4 « 1810 — 400 7/16 » 3 6/8 0/0 
Angleterre « 1804— 41. « 1810— 41.13 s. » 16 0/0 
A Hambourg et en Hollande où la monnaie courante est l’argent, 
l’or pourra hausser non-seulement de 3, mais encore de 30 p. 0/q sans 
qu’on y puisse lire la preuve d’une dépréciation monétaire. Ce 
sera simplement l’indice d’un progrès dans la valeur relative de l’or 
à l’argent. Mais en Angleterre où le prix de l’or se calcule en coins 
d’or ou en billets de Banque représentant ces coins, une hausse de 
1 p. 0/q sera la preuve immédiate d’une dépression * correspondante 
dans le numéraire ou le papier. Cette observation peut également 
s’appliquer à ce fait que, dans une période de deux ans, les variations 
de l’or à Hambourg n’ont pas été moindres de 8 p. 0/q : fait d’ail- 
« Cette expression est signalée par M. Bosanquet comme ultra-théorique, 
mais je la crois si merveilleusement correcte que j’ai pris la liberté de l’em 
ployer après la commission.
        <pb n="545" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 494 
leurs mentionné par M. Bosanquet qui, lui-même, semble en avoir 
été frappé. 
Comme il existe une différence avouée entre le prix de l’or en bar 
res au titre légal, et celui des monnaies d’or ramenées à l’étalon an 
glais, différence qui vient de ce que celles-ci sont une valeur plus fa 
cilement négociable sur le continent ; je ne puis admettre les déduc 
tions que M. Bosanquet obtient par la comparaison de la note de 
^1- Greffulhe (n° 58), avec celle n° 60 du Rapport. 11 serait d’abord 
nécessaire de vérifier si les prix de l’or, tels qu’ils sont cotés dans ces 
documents quelquefois contradictoires, s’appliquent à l’or-monnaie, 
ou à l’or sous toute autre forme, et si pour des époques différentes 
les différents cours de l’or dans ce pays sont toujours relatifs à un 
niélal de qualité identique. 
M. Bosanquet fait observer « que les calculs fournis par M. Gref 
fulhe au comité établissent qu’au printemps de 1810 une once d’or 
au poids légal d’Angleterre valait à Hambourg 41.17 s. sterling; le 
Peix étant alors à 101 et le change à 29 s. » Le lecteur doit se rap 
peler qu’on entend ici 4 1. 17 s. en bank-notes, ainsi que je l’ai déjà 
expliqué. Mais je ne puis admettre la parfaite exactitude de cette 
évaluation. Le spéculateur qui achèterait ici une once d’or au 
eours de 4 1. 12 s. pour l’exporter, devrait attendre au moins trois 
Riuis pour recevoir les 4 1. 17 s. Car aussitôt l’or vendu sur la 
place de Hambourg, le renvoi s’opère au moyen d’une lettre de 
change à 2 1/4 usances. De sorte qu’en tenant compte de l’intérêt 
pendant ce laps de temps son bénéfice se bornerait à 4 1/4 p. O/q. 
leíais comme les frais nécessaires pour envoyer de l’or à Hambourg 
sont inévitablement de 7 p. O/o, il en résulte qu’une remise eût été 
^ cette époque de 2 3/4 p. O/o moins onéreuse que tout autre moyen 
^c liquidation. 
Cependant, admettons que M. Bosanquet ait été rigoureusement 
exact dans ses assertions; que le prix de l’or dans ce pays fut réel 
lement de 4 1. 12 8. pendant les mois de juin, juillet, août, septem- 
hre 1809, pendant le printemps de 1810, et que dans toutes ces cir 
constances ce prix fut relatif à de l’or d’une qualité égale. — Les 
conclusions par lesquelles il déclare qu’en 1809 ou pouvait réaliser, 
tous frais couverts, un bénéfice de 5 1/2 p. O/o, n’en seront pas pour 
ocla mieux conlirmées par les faits. « Si au cours de 101 et de 29, re- 
Oïaeque M. Bosanquet, on pouvait recueillir un bénéfice de 5 1 /4 p. O/o 
l’exportation de l’or à Hambourg, il en résulterait qu aux taux 
^c 104 1/2 (réalisé à Hambourg, en juin, juillet, août, septem-
        <pb n="546" />
        m 
Ot':UVHES DIVERSES. 
bre 1809) et de 28 s., ce profit devait monter à 12 1/2 p. O/o, ou 
que, déduction faite des frais de transport, l'or acheté à Londres à 
raison de 4 1. 12 s. l’once, constituait une remise de 5 1 ¡'2 p. O/o plus 
avantageuse qu’un effet au change du jour. » Comme j’ai démontré 
que quand le change était à 29 et le prix de l’or à Hambourg à 101, 
les remises par le moven de l’or étaient de 2 p. O/o plus chères que par 
lettres de change ; il s’ensuit qu’aux taux de 28 s. et de 104 1/2 ils 
n’offraient qu’un avantage de 1 1/4 p. O/o. 
Ces faits prouvent qu’en juin, juillet, août et septembre 1809, 
mois où le change se cotait à Hambourg à raison de 28 sh. et l’or à 
104 1/2, le change réel était eu faveur de cette place. Au printemps 
de 1810, cette supériorité avait tellement diminué qu’elle ne suffisait 
plus à couvrir les dépenses d’importation de l’or. 
Quant au renchérissement de l’or à Hambourg, parallèlement à 
une complète immobilité du change, ce fait dérive d’une hausse 
correspondante au prix de l’or en Angleterre. A mesure que la 
circulation anglaise se dégradera relativement à l’or, elle équivau 
dra à une plus petite quantité de shillings à Hambourg, à moins 
qu’une hausse dans la valeur de l’or, en rendant les livres sterling 
plus préeieuses, ne vienne compenser sur le marché de Hambourg 
l’effet de cette dépréciation. 
D’un autre côté les changes pourraient réfléchir les fluctuations 
d’une livre sterling dépréciée, alors même que le prix de l’or resterait 
invariable à Hambourg. 
« H parait, dit M. Bosanquet, (d’après le compte-rendu du Bureau 
des lingots — JhiUion-Office — à la Banque, n°* 7 et 8 de l’appendix au 
Rapport), que le montant total des lingots d’or importés et déposés 
dans ce bureau en 1809 s’élevait en valeur, seulement à 520,225 I., 
et que pendant la même période la quantité d’or versée par le liul- 
lion~()ßce se montait en valeur à 805,508 liv. sur lesquelles 592 1. 
seules ne pouvaient être exportées. « 
« Le chiffre de l’importation, comparé au montant total des expor 
tations et des importations et à celui des agens de circulation, suffit 
à justifier l’hypothèse d’une rareté comparative; et l’excédant des 
remises sur les importations est le témoignage évident d'une de 
mande extraordinaire. » 
Le fait sur lequel on insiste ici n’a qu’une faible importance dans 
la question controversée; mais il me semble que les conclusions de 
M. Bosanquet ne sont pas sanctionnées par les comptes auxquels il 
se réfère.
        <pb n="547" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 493 
L’excédant des émissions sur les importations n’est nullement le 
témoignage d’une demande extraordinaire, ainsi que le prouve la 
note du n° 7, dont on a extrait la plus forte quotité de versement. 
INota. — « Le chilfre ci-dessus désigne le montant de l’or qui a 
traversé le JiuUion-Offtce par suite de ventes et d’achats effectués 
dans des spéculations privées ; mais il se peut que ce montant y ait 
figuré plus d’une fois, car le bureau n’a aucun renseignement sur 
ia provenance de l’or. « 
Les importations établies au n° 8 sont actuellement déposées par 
des spéculateurs étrangers et ne peuvent être reçues qu’une fois. 
Outre cette objection, ces comptes ne peuvent constituer des termes 
valables de comparaison ; car le n° 7 a été (calculé jusqu’au 18 août 
*810, et le n® 8 jusqu’au 30 mars 1810. « 
" Ce qui fait l’importance de ces faits, continue M. Bosanquet, 
c’est qu’on met en regard le montant de l’or importé ou remis, 
et la circulation de [)apier qu’on suppose être dégradée par cela 
^eul que le prix des lingots s’est accru. L’augmentation de 12 s. 
par once répartie sur toute la quantité d’or versée dans une année, 
^cit, 200,000 onces, s’élève à 120 ou 130,000 1. On a dès lors 
prétendu qu’il j avait là un symptôme non équivoque d’une dépré 
ciation de 12 ou 13 p. 0/0, sur les 30 ou 40 millions qui forment toute 
notre circulation de papier. »—« Nous devons nous attendre bientôt à 
Voir allirmer que la valeur des billets de banque s’est élevée, parce 
que le papier sur lequel ils sont écrits est un peu plus cher qu’aupa- 
ravant. » 
La valeur d’un bank-note se règle, non par la multiplicité des 
transactions qui ont pour objet l’achat ou la vente de l’or, mais par la 
Valeur comparative actuelle du billet avec celle du coin dont il est le 
^'gne olliciel. 
Puisqu’il est admis qu’une banque gouvernementale peut donner 
cours forcé à une circulation de papier, quoique notre Banque ne le 
puisse, comment M. Bosanquet calculera-t-il la dépréciation de ces 
*&gt;illet8 forcés, si ce n’est en comparant leur valeur avec celle des lin- 
Kots? .lugera t il nécessaire de rechercher si le montant total des opé 
rations de l’année a été de 100 onces ou d’un million? Si l’or n’a 
pas un terme pour évaluer une dépréciation, (jucl est donc ce terme, 
l aut (jue ce sera un délit d’acheter des guinées à prime, il n est 
pas probable que nous puissions créer les seuls arguments propres 
à satisfaire ces messieurs, c’est-à-dire deux prix pour les marebandi 
*cs : un prix en guinées et un autre en billets de banque. Ils affirme
        <pb n="548" />
        494 OEUVRES DIVERSES. 
raient peut-être même, dans ce cas, que c’est la rareté de l’or au de 
hors qui a ainsi augmenté la valeur de la guinée. 
SECTION QUATRIÈME. 
Défaut attribué à la théorie de M. Locke sur la refonte de 1696. 
M. Bosanquet affirme avec justesse que la théorie de M. Locke 
était semblable à celle que nous défendons. Ce penseur avait en effet 
établi qu’une once d’argent monnayé ne pouvait avoir une valeur 
moindre qu’une once d’argent en lingots, au même titre. Et le 
comité soutient de nos jours, que dans l’état normal de la circulation 
anglaise, une once d’or-lingots ne peut avoir pour longtemps une 
valeur supérieure à 3 1. 17 s. 10 1/2 d. ou à une once d’or-monnaie. 
Aucune de ces deux opinions n’a été encore réfutée comme in 
correcte ; et si les résultats qu’on attendait de la refonte sous le règne 
de Guillaume, ne se réalisèrent pas, ce n’est point pour avoir appli 
qué la théorie de M. Locke, mais bien pour l’avoir méconnue. 
Ce n est pas davantage parce qu’on ne put le convaincre que la valeur 
des lingots d argent avait dépassé le prix légal ou de la monnaie 
(chose impossible, si on l’évaluait en monnaie d’argent), mais bien 
parce que ses vues ne furent pas adoptées. 
M. Locke proposa que la monnaie d’argent fût le seul étalon fixe 
et légal de la circulation et que les guinées eussent cours dans tous 
les paiements, pour leur valeur en lingots. D’après ce système, une 
guinée eût subi toutes les variations de la valeur relative de l’or à 
l’argent; elle eût tantôt représenté 20 1. et tantôt 25. Mais con 
trairement au principe de M. Locke, on fixa la guinée à 22 sbill. et 
plus tard à 21 s. 6 p. tandis que sa valeur en lingots était considéra-, 
blement inférieure à cette évaluation*. Au même moment, et par 
cela seul que Tor était coté trop haut, la monnaie d’argent passait 
dans la circulation pour une valeur moindre que celle des lingots 
d argent. On devait dès lors s’attendre à voir conserver les coins 
d or, et au contraire disparaître de la circulation toutes les monnaies 
d’argent. Si l’on eût ramené la valeur des guinées en circulation à 
* On peut dire que malgré la loi qui prohibait le cours des guinées à plus de 21s. 
6 d. elles ne furent pas déclarées inonnaie légale, avant 1717 ; et que, par consé 
quent, aucun créancier n’était obligé de les recevoir en acquit d’une dette à ce 
taux. — Mais en leur accordant cette valeur dans le paiement des taxes, le gou 
vernement leur concédait un privilège équivalent à celui de mmimie légale.
        <pb n="549" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 495 
celle qu’elles avaient réellement sur le marché comparées à l’argent, 
on eût arrêté immédiatement l’exportation des pièces de ce métal. 
Ce fut effectivement, du reste, le remède qu’à la fin on adopta. La 
question ayant été soumise en 1717 à sir 1. Newton, alors maître de la 
Monnaie, il dit : « La cause principale de l’exportation des pièces d’ar 
gent consiste en ce qu’une guinée qui circule au taux de 21 s. G d. ne 
vaut généralement pas plus de 20 s. 8 d. suivant le rapport de la va 
leur de l’or à l’argent sur le marché; rapport soumis pourtant à des 
variations accidentelles. » Il proposa alors, « de réduire de 6 d. la 
valeur de la guinée aiin de combattre la tentation d’exporter et de 
fondre les pièces d’argent. » Il ajoutait que « si l’on voulait resti 
tuer à l’or ses proportions relatives avec la monnaie d’argent, telles 
yue ces proportions résultent du mouvement général du commerce 
et du change en Europe, il faudrait diminuer la guinée de 10 ou 
•2d*. « Les mêmes effets se seraient reproduits, sans l’intervention 
du gouvernement, dans le cas où les valeurs relatives de l’or et de 
l’argent sur le marché se seraient rapprochées des proportions de la 
uiounaie par des oscillations successives. 
I-^rd Liverpool professe, relativement à la refonte de 1690, une 
upinion toute différente de celle de M. Bosanquet. 11 est si loin de 
penser que celte mesure a soumis Ja nation au désappointement et au 
fnalaise qui }'accablent encore, et à une dépense stérile de prés de .1 
unlhoMi» sterlings, qu’il dit : « Quelque lourde qu ait été cette charge, 
les pertes que subissaient chaque jour le gouvernement et le peuple 
entier avant 1 o¡)ération de la refonte sullisait à justifier toutes les 
dépenses consacrées à améliorer une telle situation. « 
M. Bosanquet échappe à la vérité, lorsqu il dit, p. 34, que depuis 
la refonte opérée sous le règne de Guillaume, le prix de 1 argent n a 
jamais été inférieur à celui de la Monnaie. Il résulte d’un examen des 
labiés de M. Mushet que ce prix avait baissé jusiju’à 5 s. Id. en 
•793 et 1794, et qu’en 1798 il descendit à 5 s. C’est alors même 
que fut rendue cette loi déjà signalée, qui prohibait le monnayage 
de l’argent*. 
‘ Lettre de lord Liverpool au roi. 
' Depuis que ces lignes ont été imprimées, j’ai vu la seconde édition de l’ouvrage 
df M. Bosanquet, dans laquelle cette iuexacütude se trouve corrigée. 
&gt;«««•
        <pb n="550" />
        496 
ŒUVRES DIVERSES. 
CHAPITRE IV. 
ÉTUDE DES OBJECTIONS PRESENTEES PAR M. BOSANQUET CONTRE CETTE 
PROPOSITION : LA BALANCE DES PAIEMENTS A ETE FAVORABLE A 
l’angleterre 
Après avoir examiné tous les faits auxquels M. Bosanquet accorde 
une si grande importance, comme contredisant à cette formule dans 
laquelle le comité établit que c’est par la comparaison du prix des 
lingots sur le marché et à la Monnaie qu’on peut déterminer le 
discrédit de la circulation ; après avoir, je l’espère, établi jusqu’à 
l’évidence, qu’aucun autre fait isolé ne peut nous ¡aire juger de 
la régularité ou de l’imperfection de notre circulation monétaire, 
j’arrive au développement de la troisième proposition du liullion- 
CommiUee, Cette proposition énonce « qu’en n’accordant toutefois 
qu’une coniiance légitime aux conclusions fondées sur les tableaux 
d’importations et d’exportations de la douane, l’état des changes 
devrait être particulièrement favorable. » 
M. Bosanquet s’est dévoué à consulter de nombreux documents 
pour prouver que les membres du Committee n’ont pas seulement 
commis une erreur de 7,500, 000 1. st. dans le calcul de la balance 
des exportations, mais d’autres encore dont le montant s’élève bien 
plus haut. Il a voulu démontrer aussi qu’en réalité, loin d’être 
fondés à dire que le cours du change a dû nous être favorable l’année 
dernière, ils doivent reconnaître que le montant actuel de la balance 
des paiements dans le continent a dépassé les limites usuelles. 
Comme j’aspire seulement à défendre les principes du comité, 
et que ces faits ne sont nullement essentiels aux principes eux-mêmes, 
je ne discuterai pas l’exactitude des différentes évaluations du comité 
et de M. Bosanquet. Je lui concède tout d’abord, les faits qu’il 
soutient, quelque difficulté qu’il puisse éprouver à les taire tous 
accepter. 
Ou ne peut nier, je l’avoue, que la balance des paiements n’ait 
été contre l’Angleterre. Le taux du change réel qui indique in-
        <pb n="551" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQÜET. 497 
failliblement le pays d’où l’or se déplace, le prouve d’une manière 
suffisante. Il eut pourtant été satisfaisant, pour ceux qui désiraient 
pénétrer clairement ce sujet difficile, de voir exposer par M. Bosanquet 
les moyens que nous avons de rétablir cette balance qu’il soutient 
être défavorable. Pense-t-il qu’elle a dû être acquittée de nos jours 
avec notre propre réserve d’or? Sommes-nous donc habitués à conser 
ver stérile une masse de lingots suffisante pour rétablir de telles 
balances année par année? 
Comme nous ne possédons point de mines en propre, si notre 
réserve n’égale pas cette somme de lingots, nous devrons l’acheter 
aux pays étrangers, car les billets de banque ne peuvent servir à 
cette fonction. Que le prix de l’or en bank-notes soit de 4 1. 
ou 10 1. l’once, il n’ajoutera rien à notre masse de lingots; car 
cette quantité additionnelle, l’exportation des marchandises seule la 
donne. Si, par exemple, nous la puisons en Amérique , c’est 
^vec des marchandises que nous la payons. Dès lors un regard 
sur le mouvement commercial du pays nous démontre que nous 
uvons dù acquitter notre dette envers l’Europe en exportant des 
uiarcbandises sur quelque autre point du globe. La balance des 
paiements, quelque vaste qu elle soit, devra done en définitive se 
solder par le produit du travail national. Les lettres de change 
U acquittent jamais la dette d’un pays à un autre. Elles permettent 
^ un créancier de l’Angleterre de recevoir dans le lieu de sa résidence, 
"UC certaine somme d’argent d’un débiteur de l’Angleterre. Tous 
deux accomplissent le transfert, la cession d’une dette, mais ils ne 
^ Acquittent pas. Personne ne niera que des demandes d’or (s’il arri 
vait jamais que le créancier n’acceptât que de l’or) puissent provo 
quer une hausse dans sa valeur. C’est jwurquoi, si les marchandises 
baissaient considérablement, il ne faudrait y voir que l’eflèt naturel 
d’une telle cause. Mais comment une hausse quelconque dans le prix 
de l’or évalué en bank-notes en faciliterait-elle l’acquisition dans le 
cas même où on thésauriserait en Angleterre ? 
Le vendeur ne se laissera pas séduire par un accroissement de 
valeur nominale. Il lui importera peu que son or soit vendu à 3 1. 
17 sh. 10 1/2 d. ou à 4 1. 12 s. l’onee, pourvu que l’une ou l'autre de 
sommes lui procure les marchandises contre lesquelles il vou 
lait, en définitive, échanger son or. Si donc on accorde aux billets 
de banque de 3 1.17 sh. 10 1/2 d. une valeur égale à 4 1. 12 s. dans les 
opérations sur les marchandises qu’on veut acheter, ces deux pnx 
équivaudront à la même quantité d’or. Maintenant peut on nier 
{OEuv. de Ricardo.)
        <pb n="552" />
        498 OEUVRES DIVERSES. 
qu’en réduisant le montant des bank-notes on en élève la valeur? 
Et, s’il en est ainsi, comment la réduction des billets de banque 
pourra-t-elle nous empêcher d’obtenir au dedans et à l’étranger 
cette même masse d’or qui nous sert à acquitter notre dette à l’étran 
ger, et que nous obtenons par un prix nominal et fictif? 
«11 arriva une époque, dit M. Bosanquet, où nous fûmes contraints 
à recevoir du blé de nos ennemis eux-mêmes, sans la plus légère 
stipulation en faveur des producteurs nationaux, et en payant des 
neutres pour nous l’apporter. Eh bien ! !VÎ. Bieardo nous allirme que 
les exportations de lingots et de marchandises destinées à payer le 
blé qu’on importait ici, se résumaient entièrement en une question 
d’intérêt, de lucre, et que lorsque nous donnons des marchandises 
en échange de céréales, ce doit être par choix et non par nécessité. 
Il nous dit que, même en face de la famine, nous n’importerons 
pas plus de marchandises que nous n’en exporterons, à moins d’une 
exubérance de circulation monétaire. » 
. tÆ. Bosanquet parle comme si la nation tout entière, transformée 
collectivement en un seul corps maîtrisé par la faim, importait 
du blé et exportait de l’or. Il ne remarque pas que Timportatiou 
du blé, même dans l’hypothèse supposée, est un fait isolé dirigé 
par les mêmes motifs que ceux des autres branches de commerce. 
Quelle est donc la contrainte mise en œuvre ix)ur nous faire nnîc- 
voir des blés ennemis? Je pense qu’elle se réduit aux besoins qui 
sollicitent cette marchandise et en font un article d’importation 
avantageux. Mais si ce comineree entre deux nations, loin d’être 
forcé, repose, comme on peut le certifier, sur des conventions volon 
taires, je maintiens hautement que, même en face d une lamine dévo 
rante, on ne paiera le blé de la Erance, en or, que dans le cas où 
l’exportation de ce métal olfrira au négociant d’ass&lt;*,/- grands avan 
tages : c’est-à-dire dans le cas où il pourra vendre son blé en An 
gleterre pour plus d’or qu’il n’en a consacré a l’acheter. 
M. Bosanquet, ou tout autre spéculateur qu’il pourra connaître, 
voudra-t-il importer du blé contre de l’or à d’autres conditions? — 
S’il n’en est point qui y consente, comment le blé pénétrera-t-il en 
Angleterre, si l’or ou quelque autre marchandise n’y est moins chèrj? 
Et en nous renfermant dans les questions relatives à ces deux mar 
chandises, n’est-il |)as évident que ces opérations indiquent d'une 
manière également certaine que l’or est plus cher en France et le 
blé en Angleterre? 
Ne voyant rien dans les démonstrations de M. Bosanquet qui puisse
        <pb n="553" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 499 
me porter à changer d’opinion, je dois persister à reconnaître que 
c est l’intérêt, et l’intérêt seul qui provoque l’exportation de l’or, 
d après les mêmes principes qui lui font régler celle de toutes les 
autres marchandises. M. Bosanquet, avant d’attribuer tant d’extrava 
gance à cette opinion, eût sainement agi en s’armant comme le 
vulgaire de raisons propres à prouver cette extravagance ; et il n’eût 
probablement pas nui à sa propre cause s’il eût bien voulu exposer, 
1810, les arguments qui le font appuyer un principe déjà pro 
clamé par M. Thornton en 1802, et dont on contesta l’exactitude en 
1809. 
On n’exportera des lingots que dans le cas où ils auraient été 
primitivement importés dans ce but, ou bien dans le cas où les mou 
vements de notre circulation intérieure en auraient diminué pour 
nous l’utilité et le prix. — Si de nouveaux décrets de Milan, des lois 
d’embargos, des actes de non-intercourse, agissaient sur l’exportation 
des marchandises, ils influeraient aussi sur leur importation; car 
^iie nation ne [)eut continuer à acheter si elle ne petit en même 
^enips vendre. L’Angleterre le peut moins que toute autre, elle qui, 
Pm' l’exubérance de son papier, a chassé de la circulation toute 
Irace de métaux précieux. 
M. Bosanquet nous dit : « Si la circulation est avilie au-dessous àe 
valeur de l’or, il y faudra voir un fait absolu et non relatif, qui 
céagira également sur tous les changes. » Bien de plus vrai. Lt c’est 
pourquoi i&gt;|, Bosanquet eût victorieusement attaqué l’opinion du 
^onnnitlee, s’il avait pu démontrer que le change de l’Angleterre 
®V(‘c. un pays, quel qu’il soit, dont la circulation n’est ni altérée, ni 
dégradée, lui a été effectivement favorable. 
Des écrivains versés dans cette matière ont dernièrement, ce me 
'Semble, jeté des vues erronées sur l’exportation des monnaies, et 
les effets que déterminait, dans le prix dra lingots, un accrois- 
moment de circulation produite« par des émissions de papier. 
M. Blake l’examine ainsi : « Tous les écrivains économistes qui me 
Sont connus paraissent persuadas que toutes les fois que le taux du 
change s’écarte du pair d’une quotité supérieure aux frais de trans 
port des lingots, ces lingots émigrent. ’Cette erreur vient de n’avoir 
pas suflisamment distingué les effets du change réel et du change 
Dominai. » j/auteur a consacré un grand nombre de pages a prou 
ver que toute addition faite à la monnaie de papier, alors meme 
yu’une grande partie de la circulation est desservie par les métaux 
précieux, aura pour efl’et de renchérir les lingots dans une piopoition
        <pb n="554" />
        soo 
OEUVRES DIVERSES. 
égaie vis-à-vis des autres marchandises. De plus, le change étranger 
se trouvant avili nominalement au même degré, il n’y aura aucun 
avantage à exporter des lingots. 
La même opinion a été soutenue par M. Huskisson, p. 27. 
Si la circulation monétaire d’un pays reposait en partie sur l’or, 
en partie sur le papier, et si l’on en doublait la masse par de nou 
velles émissions de papier, on verrait se reproduire sur les prix les 
mêmes effets que dans le cas précédent (celui d’une hausse dans le 
prix des marchandises). « Mais ces émissions n’augmentant pas plus 
ral)ondance de l’or en ce pays que dans les autres parties du mon 
de, sa valeur comme marchandise, relativement .à celle des autres 
marchandises, restera la même; comme marchandise, encore son 
prix s’élèverait dans la même proportion que le prix des autres 
objets; quoique, à l’état de coin, et revêtu d’une dénomination lé 
gale, il ne put avoir cours que conl'ormément à son empreinte. 
C’est pourquoi l’exportation des monnaies d’or accompagne dans 
tous les pa^'s cet accroissement de papier, — non parce que l’or, 
comme marchandise, y fût devenu plus abondant et moins précieux 
relativement aux autres objets; mais par cela que sa valeur comme 
monnaie reste la même, tandis que son prix s’est élevé simultané 
ment avec celui de tous les autres objets par rapport à cette monnaie 
elle-même. 
Si la circulation se composait exclusivement de papier, je me réu 
nirais à ces écrivains pour les Iluctuations qu’ils ont assignées à la 
valeur de l’or comme marchandise ; mais tant que la circulation 
sera entièrement métallique ou dévolue simultanément à l’or et au 
papier, une surémission de monnaie de papier ne pourra jamais 
provoquer une hausse dans le prix des lingots. 
Si l’on introduisait dans une circulation monétaire d’or et de papier 
une quantité additionnelle de monnaie de papier, la valeur de la cir 
culation totale serait diminuée; ou, en d’autres termes, le prix des 
denrées hausserait, que ce prix fût évalué en pièces d’or ou en pa 
pier. La même marchandise, après raugmentation du papier, achè 
terait une plus grande quantité d’onces d’or, parce qu elle équivau 
drait à une plus forte quantité d’unités monétaires. Mais ces messieurs 
ne contestent pas la possibilité de convertir le numéraire en lingots, 
malgré les lois qui l’interdisent. JN’en résulte-t-il pas alors que la 
valeur de ïor-monnaie et la valeur de Vor-lingot tendront rapide 
ment à une parfaite égalité’? Si donc une marchandise, par suite 
d’une surémission de papier, s'échangeait contre plus d’or mon-
        <pb n="555" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS i)E M BOSANQTIET. ÎJOI 
naie, elle »’échangerait aussi contre plus d’or eu lingots. C’est pour 
quoi il n’est pas exact de dire que la valeur relative des lingots d’or 
et des marchandises serait la même après qu’avant la multiplication 
&lt;lu papier. 
La dépréciation qu’occasionnent, dans la valeur de l’or comparé 
aux marchandises, les émissions de papier faites en un pays où l’or est 
partie constituante de la circulation, se trouve tout d’abord limitée 
à ce seul pays. Si l’on isolait ce pays pour anéantir ensuite son com- 
nierce avec tous les autres peuples, cette diminution de la valeur de 
1 or se perpétuerait jusqu’au moment où les besoins du travail manu 
facturier enlèveraient toutes les unités monétaires d’or à la circula 
tion. Alors, et alors seulement, pourrait-on découvrir une dépré 
ciation sensible dans la valeur du papier comparé à l’or, quelle que 
soit d’ailleurs la masse de la circulation. 
Oès que l’or aura complètement disparu de la circulation, les de 
Brandes permanentes des manufactures élèveront sa valeur au-dessus 
^0 papier, et il retrouvera promptement la valeur qu’il avait relati 
vement aux autres marchandises, avant qu’on n’eùt accru la cir 
culation par des émissions de papier. Les mines fourniraient alors 
quantité d’or nécessaire, et la monnaie de papier continuerait à 
*‘cster dépréciée. Pendant tout cet intervalle, si le pays possède des 
*^iues, il en aura dù suspendre l’exploitation ; car l’avilissement du 
P^’ix de l’or aura réduit les bénéfices du capital engagé dans les mines 
^ un taux inférieur au niveau général des profits du commerce. 
Aussitôt cet équilibre rétabli, la production de l’or reprendrait toute 
sa régularité. Telles seraient les conséquences d’une surémission de 
papier pour un pays qui n’aurait aucun commerce avec le reste du 
Kinhe. 
^lais si le pays supposé étendait, comme l’Angleterre, son com- 
•^•erce sur tous les points du monde, l’excès de sa circulation serait ba- 
^aiicé par une exportation d’espèces. Lt si cet excès ne dépassait 
pas le montant du numéraire en circulation, la facilité avec laquelle 
^'Gux (jui éludent les lois sauraient l’accaparer préviendrait toute 
dépréciation possible. 
Supposons que l’Angleterre possède lOOit onces d’or à l’état de 
et 1000 onces à l’état de monnaie, et admettons qu’en même 
temps le change soit au pair avec les ¡lays étrangers ; c’est-à-dire, que 
ta valeur de l’or étant au dehors précisément égale à la nôtre, il ne 
puisse y avoir profit à l’exporter ou à l’importer ; 
Supposons encore qu’à la même époque, la llanque émette une
        <pb n="556" />
        K02 
ŒUVRES DIVERSES. 
somme supplémentaire et représentative de 1000 onces d’or en billets 
non remboursables en es|)èces. Si ses lingots conservaient, après 
l’émission, leur valeur première (ce qui serait le principe qu’on af 
firme), comment exporterait-on une seule guinée? Quel spéculateur 
s’exposerait aux soucis et aux risques d’expédier des guinées sur le 
Continent, pour les y vendre comme lingots, si la valeur des lin 
gots continuait à être aussi élevée eu Angleterre ? — INe fondrait- 
on pas la monnaie pour la vendre comme lingots à l’intérieur, 
usqu’au moment où leur valeur, relativement à ceux des autres 
pays, ou au prix des autres marcbandises, aura baissé d’une 
quantité suflisaute pour couvrir les dépenses de transport; en 
d’autres termes, jusqu’à ce que le change soit deseendu au taux 
qui peut défrayer ees dépenses? Cette limite atteinte, les 1000 
onces disparaîtraient tout à coup; ou si on en conservait une 
partie, elle aurait une valeur égale à celle d’un même poids d’or 
en lingots. J’ai constamment envisagé comme impuissante la loi 
qui interdit l’exportation. Et si l’on aflirmait que cette loi peut 
être strictement exécutée , l’argument s’appliquerait aussi juste 
ment au cas où l’on aurait employé les coins d’or au lieu du pa 
pier pour accroître la circulation. 
Il paraît dès lors évident ; 
Premièrement, qu’une addition à la masse de papier, dans une cir 
culation que l’or et le papier se partagent, n’a pas nécessairement 
pour effet de hausser les lingots d’or dans la même proportion que 
les autres marchandises; —secondement, qu’une telle augmentation 
n’abaissera pas le change nominal, mais le change réel et, consé 
quemment, déterminera l’exportation de l’or. 
Mais, pour en revenir à M. Bosanqnet, il déclare « que les trois pro- 
» positions (celles que je viens de commenter) paraissent avoir été 
X énoncées par le Commülee et par les auteurs dont les théories ont 
X servi de base au rapport, pour faire envisager la dépréciation du 
» papier-monnaie de ce pays comme la conséquence nécessaire de 
» l’impossibilité que l’on éprouve à expliquer par d’autres causes 
» l’avilissement des changes et renchérissement des lingots. On peut 
» les appeler des arguments négatifs. » 
Quant à ce qui me concerne ici, comme étant l’un des auteurs in 
culpés, M. Bosanquet est inexact. La troisième de ces propositions n’a 
dans aucune circonstance été produite par moi. L’hypothèse d’une 
balance des paiements favorable ou contraire à notre pays importe 
fort peu, suivant moi, à l’évidence de la théorie que je soutiens.
        <pb n="557" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. S03 
Que l’or constitue une partie de nos exportations ou une partie de 
nos importations, il n’y a rien là qui puisse influer sur cette vérité 
surabondante que notre circulation n’est estimée ni par les etrangers, 
ni par nous-mêmes, à sa valeur en lingots. — Mais pourquoi notre 
circulation serait-elle descendue plus bas que celles d’Amérique, de 
France, de Hambourg, de Hollande, etc. ? La réponse est qu’aucun 
de ces pays n’a une monnaie de papier non conversible en es[)èceK à 
la volonté du porteur.
        <pb n="558" />
        504 
OEUVRES DIVERSES. 
CHAPITRE V. 
CONSIDÉRATIONS SUR l’aRGUMENT QEE PRESENTE M. ROSANQUET POUR 
PROUVER QUE LA BANQUE d’aNGLETERRE n’a PAS LE POUVOIR DE 
DONNER COURS FORCE AUX BILLETS DE BANQUE. 
La quatrième proposition, celle qui s’offre actuellement à notre 
discussion, porte : 
« Que la Banque, pendant la reslricüon, possède exclusivement le 
» privilège de limiter la circulation des bank-notes. » 
Il est difficile de déterminer si même M. Bosanquet croit qu’une 
circulation forcée de papier peut avoir pour résultat d’abaisser le 
change , tant il met d’assurance à affirmer qu’il n’existe aucune con 
nexité entre les changes et le montant des billets de ham^ue. — Si la 
Banque était effectivement destinée à devenir une banque gouverne 
mentale, dans le sens que M. Bosanquet attache quelque part à ce 
terme; si elle avait pour mission d’avancer tous les fonds nécessaires 
à l’exercice d’une année ; si de vingt millions elle portait le montant 
de ses billets à cinquante millions, ne pourrait-on pas dire ajuste titre 
qu elle donne un cours forcé à une monnaie de papier? Et les consé 
quences de cette circulation arbitraire ne seraient-elles pas la dépré 
ciation de ses billets, l’aecroissement du prix des lingots et la baisse 
des changes étrangers? Ces effets ne se produiraient-ils pas alors 
même que le gouvernement cautionnerait les billets de la Banque et 
que personne ne douterait de leur remboursement définitif? L’abon 
dance de la circulation n’entralnerait-elle pas à elle seule une dégra 
dation? ou bien viendra-t-on déclarer qu’une exubérance de mon 
naie de papier, quelle qu elle soit, ne peut la déprécier, tant que son 
remboursement final reste certain? On soutiendra difficilement, je 
pense, une proposition aussi extravagante, et l’on admettra ennsé- 
quemment, que la dépréciation peut naître de l’abondance seule des 
billets, quelque grands qu’on suppose les fonds de réserve de leurs 
créateurs. 
Comme ces symptômes, inséparables d’une circulation de papier
        <pb n="559" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 50K 
forcée, sont en ce moment trop éclatants pour être niés; comme on ne 
peut les expliquer par d’autres moyens théoriques ou pratiques, ne 
sommes-nous pas autorisés à soupçonner que la Banque d’Angleterre, 
telle qu’elle est actuellement constituée, n’est pas aussi dénuée, que 
ses amis voudraient nous le faire admettre, du pouvoir de donner 
cours forcé à une monnaie? Je n’ai pas prétendu, par les mots cir 
culation forcée^ accuser la Banque de s’être écartée de ces sages pré 
cautions qui ont habituellement présidé à ses émissions. J’ai seu 
lement voulu dire que le bill de restriction lui permet de main 
tenir, par une concession fondée sur la quantité de numéraire 
existant, de maintenir, dis-je, dans la circulation une masse de bil 
lets supérieure à celle qu elle eût conservée sans cette mesure. — 
C’est ce surj)lus que je considère comme produisant les mêmes effets 
qu’une circulation imposée au public par une banque gouvernemen 
tale. L’assertion qui porte que les émissions ne dépassent pas les 
besoins du commerce n’a aucune valeur, parce qu’il est impossible 
de déterminer la somme que nécessitent ces besoins. Le commerce 
est infatigable dans ses demandes; et ses mêmes branches peuvent 
employer ÍU ou 100 millions d’agents de circulation. La quantité 
dépend ici entièrement de la valeur. Si les mines ont été dix 
fois plus productivtis, la même industrie emploiera dix fois plus de 
numéraire. M. Bosanquet adopte cette opinion; mais il repousse 
toute analogie entre les émissions de la Banque et les produits d’une 
nouvelle mine d’or. 
M. Bosanquet fait sur ce sujet les observations suivantes : 
« M. Ricardo a assimilé la Banque d’Angleterre pendant la restric 
tion, et relativement à l’effet de ses émissions, à une mine d’or dont 
le produit, versé dans la circulation en accroissement des agents 
monétaires’ déjà suflisants, deviendrait un excès. Il attribue à ce 
trop plein le pouvoir incontestable de déprécier la valeur de la 
monnaie existante, ou, en d’autres termes, d’élever le prix des mar 
chandises contre lesquelles on les échange habituellement. Mais 
M. Ricardo n’a pas fixé le terme le plus essentiel de la comparaison : 
f*ourquoi la découverte d’uue mine d’or produirait cet effet. Elle le 
produirait, parce que les propriétaires émettraient le métal de leurs 
mines en réponse à toutes les demandes, sans contracter l’engagement 
de restituer une valeur égale aux détenteurs, et en s’affranchissant du 
désir ou de la nécessité de rappeler et d’annuler ce qu’ils ont emis. Pro 
gressivement, les émissions croissent au point de dépasser les besoins 
de la circulation ; l’or ne prmluit plus, comme or, de bénéfices au de-
        <pb n="560" />
        ■'&lt;^6 OEUVRES DIVERSES. 
lenteur; il ne peut le consoniiner ni s’en vêtir. Pour le fertiliser, il 
faudra qu’il l’échange contre des objets d’une utilité immédiate ou 
contre ceux qui promettent un revenu. La demande et, par suite, 
le prix des marchandises et des valeurs réelles s’élèveront donc 
relativement à l’or; et cette progression se perpétuera tant que la 
mine sera exploitée. Dans les circonstances que j’ai sup;)osécs, cet 
effet se reproduirait également, si les émissions consistaient en 
papier d’une hampie gouvernementale. J’admets entièrement toute 
ces déductions ; mais je n’y vois pas un seul point d’analogie avec 
les émissions de la Banque d’Angleterre. 
» Le principe sur lequel la Banque fonde l’émission de scs billets 
est celui du prêt. Chaque billet est livré à la demande d’une par 
tie. Celle-ci devient débitrice envers la Banque du montant du bil 
let; garantit la restitution de ce billet ou de tout autre d’une valeur 
égale, à une époque fixe et rapprochée, et paie en outre un intérêt 
proportionné à l’échéance. » 
Supposons actuellement que la mine d’or soit une propriété de la 
Banque, sise sur son propre terrain ; supposons que la Banque fasse 
frapper en guinées l’or de ses exploitations, et qu’au lieu d émettre 
des billets, quand elle escompte le papier ou les revenus du gouver 
nement, elle ne livre que des guinées h la circulation ; — |&gt;ourrait-on 
assigner à ses émissions d’autre limite que la fécondité future de sa 
mine? En quoi différeraient les circonstances, si la mine était la pro 
priété du roi, d’une compagnie de marchands, ou d’un simple parti 
culier? M. Bosanquet admet que dans ce cas la valeur de la monnaie 
fléchirait, et je suppose qu’il admet aussi que cette baisse serait en rap 
port direct avec son accroissement. 
Mais que deviendra l’or entre les mains du propriétaire de la 
mine? il servira à lui donner des intérêts, ou, en délinitive, il af 
fluera vers ceux qui l’utiliseront dans ce but. C’est là sa véritable 
tendance. Il pourra circuler entre les mains de 100 ou 1000 per 
sonnes; mais en dernier ressort il retrouvera cette fonction. 
Maintenant, si la mine double la quantité de la monnaie, elle dé 
préciera sa valeur dans la même proportion et en provoquera une de 
mande deux fois plus considérable. — Le négociant qui réclamait un 
prêt de 10,0001. st. demandera actuellement 20,000; et il lui importera 
fort peu de distinguer s’il continue à n’emprunter que 10,000 I. st. à 
la Banque, et 10,000 I. st. à ceux chez qui ces fonds retournent en 
définitive, ou s’il emprunte la totalité des 20,0001. st. à la Banque elle- 
même. L’analogie me semble complète et au-dessus de toute contesta-
        <pb n="561" />
        S07 
KÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M BOSANQÜET. 
tion. Les émissions d'un papier non conversible en (*spèces sont régies 
par les mêmes principes et déterminent les mêmes conséquences que 
si la Banque, propriétaire de la mine, ne livrait que de l’or à la circula 
tion. Quel que soit le rapport des accroissements de l’or, sa dépré 
ciation multipliera les emprunteurs au même degré. Et le prin 
cipe s’applique aussi justement au papier. Si la dépréciation de la 
monnaie est assez considérable, le papier, quelqu'abondant qu’on le 
suppose, pourra toujours être absorbé, et les résultats seront les mê 
mes, que la Banque achète les marchandises avec scs propres billets, 
ou qu’elle escompte les signatures de ceux qui les appliqueront au 
même but. 
Les conséquences que M. Bosaiiquet a énumérées se présenteraient 
cliectivement, si l’on admettait qu’une somme déterminée pût être, 
seule et sans adÆtiou, employée dans la circulation. Mais je nie qu’il 
puisse exister un excédant ainsi condamné à la stérilité par 1 absence 
de placements avantageux ; excédant qui se dirigerait alors nécessai 
rement vers la Banque, en paiement d effets déjà escomptés, ou qui 
paralyserait, jusqu’à concurrence de cette somme, les demandes en 
avances de fonds. 
Si la monnaie pouvait conserver la même valeur, indépendamment 
de l’abondance des émissions, ces conséquences seraient réelles; mais 
comme son entrée dans la circulation détermine aussitôt une dépré 
ciation, la somme supplémentaire conservera son murs par le fait 
des débouchés qui lui sont ouverts. 
Reportons nous à l’eflcl que produirait l’établissement d’une ban 
que appuyée sur un crédit universel, dans un pays où la eirculation 
serait complètement métallique. 
Cette banque escompterait des cITcts ou ferait des avances au gou 
vernement, comme le fait la nôtre. Si le principe que défend M. Bo 
sanquet est exact, ses billets devraient lui revenir aussitôt après leur 
émission; car la masse des agents métalliques étant auparavant suf 
fisante pour les mouvements commerciaux du pays, cette quantité ad 
ditionnelle de monnaie se trouverait sans emploi possible. Mais ceci 
est contraire, à la fois, à la théorie et à l’expérience. l,es émissions de 
la Banque comme aujourd’hui, ne déprécieraient pas seulement la 
monnaie, mais encore la valeur des lingots, ainsi que j’ai essayéde 
l’exposer, l a tentation de les exporter s’éveillerait aussitôt, et I affai 
blissement de la circulation lui restituerait sa valeur première. 
I.a Banque multiplierait ses émissions et les mêmes effets sereprodiii- 
raient ; mais dans aucun cas on n’aurait à constater un excès sullisan 
pour entraîner les porteurs de billets à les renvoyer a la Banque en 11-
        <pb n="562" />
        ^9 OEUVRES DIVERSES, 
quidation de prêts, si la loi contre l’exportation du numéraire pouvait 
être rigoureusement appliquée. La monnaie serait beaucoup deman 
dée, non parce qu’elle ne peut être absorbée par la circulation; mais 
parce qu’il y aurait profit à l’exporter. Toutefois, supposons un cas 
où la monnaie ne puisse être exportée avec bénéfice; supposons (|ue 
tous les pays européens confient aux métaux précieux les mouve 
merits de leur circulation et que tous, simultanément, établissent 
chez eux une banque régie par les mêmes principes que la banque 
d Angleterre. Uouiraient-ils ou ne pourraient-ils pas ajouter indi 
viduellement à la circulation métallique une certaine proportion de 
papier? Et pourraient-ils, ou ne pourraient-ils pas perpétuer le cours 
de ce papier? L’affirmation mettrait fin tout d’abord à notre argumen 
tation. Elle prouverait qu’on peut étendre une circulation déjà suf 
fisante sans forcer les billets à revenir à la Banque m paiement d’ef 
fets souscrits. Si l’on répondait par une négation,^n appellerais a 
l’expérience ; je réclamerais l’exposé du système par lequel les bank 
notes furent primitivement créés, et par lequel ils se perpétuent dans 
la circulation. 
Le serait un travail pénible que de suivre dans toutes ses pii ases 
l’analogie qui existe entre le premier établissement d’une banque, 
la découverte d’une mine et la situation actuelle de notre Banque. 
Mais je demeure convaincu que, sous l’empire des principes soutenus 
par les directeurs de la banque, on n’aurait pu maintenir la circula 
tion d’un seul billet de banque, et que lá découverte des mines de 
l’Amérique n’aurait pu ajouter une seule gui née à la masse moné 
taire de l’Angleterre. En effet, la quantité supplémentaire d’or aurait 
afflué, suivant ce système, dans une circulation déjà complète et 
qu’on ne pouvait plus étendre. 
Refuser d’escompter les billets, qui n’auraient pas pour origine des 
opérations régulières, serait tout aussi ineffl(;ace pour limiter la cir 
culation. Car tout en accordant aux directeurs les moyens de re 
connaître ces billets, chose complètement inadmissible, on lancerait 
encore dans la circulation une quantité de papier supérieure, non aux 
besoins actifs du commerce, mais à la monnaie qu’on pourrait main 
tenir dans les canaux de la circulation, sans le secours d’une dépré 
ciation. Il est avéré que les mêmes 1000 I. st. peuvent liquider vingt 
opérations bonà fide dans un jour. Elles peuvent acijuitter le prix 
d’un navire; le vendeur de ce navire pourra les faire servir à payer 
son cordier, ainsi que ses marchands de chanvre en Bussie, etc., etc. 
Mais comme toutes ces opérations ont été faites honà (ide, il pourra 
tirer pour chacune une lettre de change, et la Banque, d’après son
        <pb n="563" />
        509 
RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQÜET. 
système, escompter toutes ces diverses signatures. De sorte qu’on 
aura versé dans la circulation 20,000 1. st. pour effectuer des paie 
ments auxquels 1000 1. st. équivalent. Je sais que l’opinion du doc 
teur Smith, telle que l’interprète M. Bosaiiquet, paraît justifier ses 
doctrines; mais cet habile écrivain a déclaré dans divers passages 
de son traité, et quelques pages après celle que M. Bosanquet cite, 
que « la somme du papier-monnaie de tout genre, qui peut réguliè 
rement avoir cours dans un pays, n excédera jamais la valeur de l’or 
de l’argent auxquels il s’est substitué, ou qui desserviraient la 
eirculation s’il n’y avait point de monnaie de papier ; le commerce 
étant d’ailleurs supposé le même. » 
^’ous ne devons pas soumettre notre circulation à cette épreuve. Si, 
avec le montant actuel de ses unités monétaires, elle consistait en or 
et en argent, il n’est pas de lois, quelque sévères qu’on les suppose, 
capables de les retenir dans la circulation. On en fondrait et exporte 
rait une partie jusqu’à ce qu’un juste équilibre se fût rétabli. Ce ni 
veau atteint, il serait tout aussi impossible d’en déterminer l’exporta 
tion. INous n’entendrions plus alors ¡larler d’une balance de paiements 
défavorable, ni de la nécessité d’exporter de l’or en échange de blé. 
Les penseurs familiarisés avec les écrits du docteur Smith, ne doute 
ront pas de la vérité de ces conséquences. Mais s’il en pouvait être 
autrement; si le continent aveuglé, adoptait cette politique — presque 
impossible tant elle est absurde — d’attirer sur ses marchés une mar 
chandise qui l’inonde déjà, où seraient donc les conséquences dé 
sastreuses que nous aurions à redouter dans le cas même où la cir 
culation descendrait au niveau qu’elle occupait avant la découverte 
de l’Amérique? N’y aurait-il pas là bénéfice national, en ce sens, 
que la circulation du même commerce s’accomplissant avec moins 
d’or, l’excédant pourrait en être avantageusement appliqué à l’achat 
de marchandises plus utiles et plus productives? Si même la circula 
tion du ])apier diminuait dans la même proportion, les profits dont 
jouit actuellement la Banque, ne seraient-ils pas répartis à ceux qui 
peuvent invoijuer de meilleurs titres a ces a\ antages ? 
11 est heureux pour le public que la Banque ait réellement, pour les 
escomptes, cette répugnance que cite M. Bosanquet. Car, sans ce frein, 
il est impossible de calculer à quel point on aurait de nos jours mul 
tiplié les billets de banque. Et pour tous ceux qui ont approfondi 
cette matière, ce sera un grand sujet de surprise que de voir en quelles 
bornes sages et modérées notre circulation a été maintenue, en face 
des principes que les directeurs de la Banque proclament comme les 
guides régulateurs de leurs émissions.
        <pb n="564" />
        OEUVRES DIVERSES. 
MO 
CHAPITRE VI. 
OBSERVATIONS SUR LIS PRINCIPES DU SEIGNEURIAGK ^ OU DROIT DE 
MONNAYAGE. 
Le docteur Smith, quoique favorable à l’étalilissement d’un léger 
droit de fabrication sur les monnaies, avait su prévoir tous les in 
convénients qui résulteraient d’un seigneuriage élevé. 
Les limites au delà desquelles il n’est plus avantageux d’éten 
dre ce droit, sont posées par les dépenses qu’on supporte pour frap 
per des lingots en coins. Si le seigneuriage excède ces frais inévita 
bles, il olfrira un bénélicc réel aux faux monnayeurs, quand bien 
même ils donneraient à leurs monnaies imitées le poids et le titre 
voulus par la loi. Mais même dans ce (tas, comme l’addition d’unités 
monétaires, en grossissant la circulation au delà des besoins du com 
merce, diminue la valeur de la monnaie, l’industrie des faux mon 
nayeurs cessera nécessairement au moment où la valeur des coins ne 
dépassera plus celle des lingots d’une somme supérieure aux frais de 
fabrication. Si l’on garantissait le public contre ces additions illégales 
faites aux agents de circulation, il n’y aurait point de seigneuriage, 
si élevé qu’il fût, que le gouvernement ne pût établir avantageuse 
ment; car la valeur du numéraire excéderait dans le même rapport 
celle des lingots. Si le droit était de 10 pourcent, le lingot serait 
néeessairement à 10 pour cent au-dessous du prix à la Monnaie. 
S’il était de 50 pour cent, la valeur du coin excéderait d’autant celle 
des lingots. Il en résulte donc, qu’un poids donné en lingots ne pourra 
jamais dépasser en valeur le même poids donné en numéraire, mais que 
celui-ci pourra excéder le poids en lingots d’une somme égale aux 
frais de seigneuriage. Quelque grands que soient cos frais, cette supé 
riorité subsistera, si d’ailleurs ou reste assuré contre la fausse mon 
naie. Il eu résulte aussi, qu’indépendamment de cette sécurité, l’in 
dustrie des faux monnayeurs cessera aussitôt qu’ils auront assez ajouté 
aux signes monétaires pour faire descendre la supériorité de leur va 
leur sur celle des lingots, à la simple égalité avec les dépenses eucou-
        <pb n="565" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 511 
rues. L’examen des circonstances qui donnent la valeur à un billet de 
banque prouvera la vérité de ces principes. La valeur intrinsèque 
d’un billet de banque n’est point supérieure à celle du papier sur le 
quel il est souscrit. On peut le considérer comme un signe monétaire 
dont le seigneuriage est tellement énorme qu’il s’élève à sa valeur 
entière. Et cependant, si le pays est convenablement protégé contre 
un accroissement excessif produit dans ces billets par l’imprudence 
des créateurs ou par les menées des faux raounayeurs ou des faus 
saires, ils devront conserver leur valeur dans les opérations ordi 
naires du commerce. 
Tant qu’une monnaie pareille sera contenue dans de certaines limi 
tes, il sera facile de lui donner une valeur quelconque comme agent de 
circulation;3 1. 17s. lü 1/2 d. pourront valoir une once d’or-lingot, 
ce qui forme le rapport d émission, ou bien ils pourront être réduits 
à la valeur d’une 1/2 once. En outre, si la Banque avait le privilège 
exclusif de faire frapper du numéraire à la Monnaie, 3 1. 17 s. 10 
1/2 d. de ses billets pourraient recevoir une valeur égale à 1, 2, 3, ou 
tout autre nombre d’onces en lingots d’or. ' 
La valeur d’une telle monnaie repose entièrement sur son abon 
dance; et dans l’hypothèse supposée, la Banque aurait le pouvoir de 
limiter non seulement la masse du papier, mais encore celle des pièces 
'Métalliques. 
J’ai déjà essayé de démontrer que les métaux précieux, employés 
connue monnaie antérieurement à l’étahlissement des banques, 
s ctaicnl nécessairement répartis parmi les dilférentes nations du 
monde dans des proportions relatives à leur commerce et aux paie 
ments à elfeetuer; que quelle que soit la valeur des lingots ainsi 
üllectés au jeu de la circulation, l’égalité des demandes et des besoins 
•essentis dans tous les pays ne permettrait point que la part échue 
M chacun s’accrut ou diminuât, — si ce n’est dans le cas où de nou 
veaux rapports commerciaux entre les peuples rendraient une nou- 
'elle répartition nécessaire. J’ai eniin i^ssayé d’établir que l’Angle-^ 
Ierre, ou tout autre pays, peut substituer le papier aux lingots, 
mais que la valeur de ce papier doit se régler sur la valeur intrin 
sèque des coins, qui eussent alimenté la circulation à défaut du 
papier. 
Sous ce point de vue, la monnaie de papier d’un pays représente 
MU certain poids de lingots qui ne pourra être augmenté ni diminué, 
laut que son commerce et ses paiements resteront iinariables. Lue 
unce d’or pourra valoir 3 1. 17 s. 10 1/2 d., ou, pai des léglements
        <pb n="566" />
        ŒUVRES DIVERSES. 
m 
intérieurs, 4 1.13 s. de monnaie métallique ou de papier; mais le 
montant actuel des lingots ainsi représentés sera éternellement le 
même, si, d’ailleurs, les circonstances du commerce et des paiements 
restent aussi les mêmes. 
Supposons que la part de l’Angleterre se monte à un million d’on 
ces. Si l’on parvenait à introduire et à maintenir dans la circulation 
un million et demi d’onces en numéraire, par une loi facile à exécuter 
et qui empêchât de le fondre et de l’exporter ; ou si le secours d’un 
bill de rectriclion permettait à la Banque de maintenir en circulation 
une masse de papier représentant un million et demi d’onces en coins 
d’or, ce million et demi n’y vaudrait pas plus que le million primitif. 
Par conséquent une once et demie de monnaie d’or ou une quantité 
de billets représentant cette somme, n’achèterait pas plus de mar 
chandises qu’une once d’or-lingots. Si d’un autre côté le gouverne 
ment prélevait un seigneuriage de 50 pour cent, ou si la Banque, 
possesseur exclusif du droit de monnayage, limitait ses émissions 
au point que ses billets ne représentassent pas plus d’un demi mil 
lion d’onces d’or au prix de la Monnaie, ce demi-million circulerait 
pour une valeur égale au million supposé dans le premier cas, et 
au million et demi du second. 
On peut déduire de ces principes qu’une dépréciation monétaire 
ne peut naître que de l’excès des signes. Quelqu’altéré que soit le 
numéraire, il conservera toujours sa valeur à la Monnaie, en d’autres 
termes, il passera dans la circulation pour la valeur intrinsèque du 
métal qu’il devrait contenir, si toutefois il n’est pas trop abondant. 
C’est donc une fausse théorie que celle qui suppose que des guinées 
de5 dwts. 8 g. ne peuvent pas circuler avec des guinées de 5 dwts. ou 
moins. Comme elles pourraient être assez rares pour valoir chacune 
5 dwts. 10 grains dans la circulation, il n’y aurait aucun avan 
tage à les en retirer, tandis qu’il y aurait, au contraire, tentation 
à les y maintenir. I^s pièces les plus loürdes échapperaient, il est 
vrai, dillicilement au creuset du fondeur; mais ce résultat serait en 
tièrement dù à l’accroissement de circulation produit soit par des 
émissions exagérées de la Banque, soit par le contingent de nu 
méraire que l’industrie des faux mounayeurs jetterait dans la cir 
culation. 
Notre monnaie d’argent jouit dans la circulation d’une valeur su 
périeure à celle qu’elle a comme métal, parce que, malgré le béné 
fice réservé aux contrefacteurs, son abondance n’a jamais été sulli- 
sante pour réagir sur sa valeur.
        <pb n="567" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 513 
C’est dans ce principe que nous devons aussi chercher l’explication 
du phénomène par lequel le prix des lingots, antérieurement à la re 
fonte de 1696, ne s’éleva jamais aussi haut qu’on aurait dû l’attendre 
de la composition falsifiée des monnaies à cette époque. La quantité 
ne s’était pas accrue dans une proportion directe avec l’altération 
de la qualité. 
il résulte encore de notre s) sterne que dans un pays où l’or est 
la mesure des valeurs, et où les lois sont impuissantes contre l’expor 
tation, le prix des lingots d’or ne dépassera jamais celui de la mon 
naie; qu’il ne peut lui être inférieur que d’une quotité égale aux dé 
penses de monnayage ; qu’eniin ces variations naissent entièrement 
du rapport qui existe entre le commerce du pays et le contingent 
de numéraire ou de papier-monnaie : en d’autres termes, que la va 
leur des lingots ne pourra s’élever à la hauteur même du prix de la 
Monnaie, que sous l’influence d’un excès de circulation. Si, en effet, on 
reconnaît dans l’Etat un pouvoir doué du privilège d’accroître capri 
cieusement la monnaie de papier, et affranchi en même temps du 
paiement de ses billets, il ne peut y avoir d’autres limites pour le prix 
de l’or que la volouté de cette nouvelle dictature. 
3 
(OEuv. de Ricardo.)
        <pb n="568" />
        l)i:UVI{KS niVKKSKS. 
514 
CHAPITRE Vil. 
KXAMEIN DES OBJECTIONS PHÉSENTEES PAH M. HOSANQUEl' CONTRE CETTE 
PROPOSITION « LA CIRCE CATION ISSEE DE LA RANQLE 1)'ANGLETERRE 
RÈGLE CELLE DES BANQUES DE PROVINCE. » 
l/autiv proposition que M. Bosaiiquet s’efforce d’infirmer est celle 
oil la commission a formulé son opinion dans ces termes : « La circu 
lation monétaire des banques de province dépend des émissions de la 
Banque et leur est proportionnelle. » 
L’autorité d’une foule d’esprits pratupues vient encore appuyer 
la \érité de ce principe. Avouons que c’est là une singulière fatalité, 
qui n’a su ravir à la consécration des hommes dont les opinions 
sont les plus respectées dans celte matière, qu’un petit nombre de 
ces principes du HulVion-Comimtlee si soigneusement choisis par 
Al. Bosaiiquet. 
Ainsi l’opinion des praticiens les plus habiles a été et est toujours 
que les Iluctuations du change ne peuvent pendant longtemps s’écar 
ter des limites posées par la Commission. Ce principe, ijui veut que 
dans Vètal normal d’une circulalion. le prix des lingots ne peut, 
pour uû temps considerable, excéder le prix à la Monnaie, a reçu 
des mêmes arbitres une éclatante conlirmation qui seconde encore la 
proposition que nous discutons actuelleinenl. 
Al. Huskisson s’est déjà armé, pour en faire ressortir l’évidence, de 
l’autorité du gouverneur de la Banque qui disait dans sa déposition 
au Committee, p. 127 : « Les banques provinciales, en ne réglant pas 
leurs opérations sur le système de la Banque d’Angleterre, pour 
raient émettre une surabondance de billets ; mais, à mon avis, cet 
excès n’aurait pas plutôt atteint un développement sensible qu’il 
trouverait son remède en lui-même, car les porteurs d’un tel pa 
pier le représenteraient immédiatement aux souscripteurs, quand ils 
verraient que cette surémission a eu ou aura pour résultat d’en 
réduire la valeur au-dessous du pair. Ainsi, quoique l’équilibre
        <pb n="569" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. Si5 
puisse être légèrement et transitoirement troublé, on ne verra se 
perpétuer aucune surémission notable, par cela seul que la nature des 
choses tend à mettre sans cesse la masse des billets de banque en rap 
port avec les besoins du publie. » M. Gilchrist, directeur de la Ban 
que d’hcosse, déclara au comité que, « si la Banque d’Angleterre 
restreignait ses émissions, les banques d’Ecosse se trouveraient natu 
rellement dans la nécessité de diminuer les leurs. » — « Les émissions 
de la Banque d’Angleterre, dit-il, agissent sur celles des banques écos 
saises de la manière suivante : Si ces dernières versent dans la circula 
ron plus de papier qu’elles ne le devraient proportionnellement aux 
opérations de la Banque d’Angleterre, elles sont entraînées à faire 
traite sur jjondres à un change inférieur. » Dans l’interrogatoire 
qu’onjiit subir à M. 'l'bompson, banquier de province et membre de 
ta Commission, on lui demanda : « Quel était le critérium sur lequel les 
banquesj'provinciales réglaient leurs émissions? » Il répondit : « Ce 
critérium repose dans l’abondance ou la rareté des billets de banque. 
— (&gt;. Leurs émissions sont donc relatives à celles de la banque? — 
Mon avis est que cette relation existe. » 
M. Bosanquet fait observer que la commission n’a pas fixé le sens 
qu’elle attache h ces mots : excè.s de circuïalion. — « C’est pourquoi, 
ajoute-t-il, je pense que leur signification dans le Rapport est celle 
que leur attribue le docteur Smith , et par laquelle il désigne une 
quantité monétaire supérieure à celle que les besoins du pays peu- 
aisément employer ou absorber. « Et ailleurs : « Comme il n’est 
pas manifeste que le papier excède cette quantité, il semble tout au 
Rioins que Vonus probandi appartient à la (Commission. » 
Mais tel n’est pas, selon moi, le sens que le (Comité attache au mot 
^^cès. Il résulte de cette version qu’il ne saurait y avoir excès tant 
que la" Banque ne j)aie pas en espèces; car le commerce du pays 
peut aisément employer et absorberles sommes que la Rauque livrera 
Ä la circulation, (|uelle que soit d’ailleurs leur importance. C’est 
pour avoir ainsi compris le mot excès que M. Bosanquet pense que la 
circulation ne peut jamais être surabondante, parce qu’alors le pays 
ne sauraif^l’employer facilement. A mesure que les livres sterling 
se dégraderont, le besoin du montant nominal de ces livres s'accroî 
tra, et leur somme multijdiée ne sera pas plus excessive qu’elle ne 
l’était auparavant. Par le mot excès donc , la commission doit en 
tendre la différence à calculer pour le montant de la circulation, entre 
la somme réellement employée et celle qui le serait, si la Ihrestei ling 
retrouvait sa râleur en lingots. Cette distinction est plus im|)(u
        <pb n="570" />
        516 
ŒI VUES DIVERSES. 
tante qu’elle ne le parait au premier abord, et M. Jiosanquet sentait 
bien que c’était là Je sens que j'avais eu en vue. 11 a poussé l’obligeance 
jusqu’à lixer mon interprétation dans un passage où elle semblait 
obscure. 11 l’a fait de la manière la plus hal)iie et qui prouve com 
bien il a su comprendre l’acception que j’attribuais à ces mots : Une 
circulation excessive. Il fait observer sur ce passage, p. 86 : « Si 
l’on adopte cette version, il deviendra presqu’inutile de rechercher, 
de vérifier si l’excès du papier-monnaie est un fait. Nous devons 
nous contenter de déduire de ses effets les preuves de son existence, 
et nous efforcer d’établir que toute dépréciation, comme tout ren 
chérissement de prix des marcbandises , a son principe et sa 
cause dans le montant seul des agents de la circulation. » J’admets 
franchement que tant que le haut prix des lingots et la ténuité 
j de nos changes se perpétueront, tant que notre or conservera sa pu- 
I reté, l’existence de 5 millions de bank-notes seulement dans la cir 
culation ne me paraîtra pas un argument suffisant pour prouver que 
notre système n’est point discrédité. C’est pourquoi lorsque nous 
parlons d’un excès de bank-notes, nous voulons désigner cette por 
tion des émissions totales de la banque qui peut actuellement avoir 
cours, mais qui disparaîtrait si la circulation revenait à sa valeur en 
lingots. Quand nous parlons d un excès de circulation eu province, 
nous entendons cette portion du montant total des billets de banques 
provinciales, qui ne peuvent être reçus dans la circulation, parce 
qu'ils demeurent échangeables contre le papier de la Banque d’Angle 
terre, et sont dépréciés relativement à ce dernier. 
Cette distinction me parait répondre rigoureusement à l’objection 
que M. Bosanquet formule en ces termes : « Mais faut-il donc con 
clure de ce qu’il y a déjà dans la circulation plus de papier de ban 
que que le pays n’eu peut absorber et employer, qu’une émission 
exagérée des billets des banques de province n’entraiuera pas leur 
dépréciation *&gt; Si l’on admet, et comment le nierait-on? que le prix 
des marcbandises doit partout s’élever ou ffécbir en rapport direct avec 
l’accroissement ou la diminution des monnaies qui servent à leur 
mouvement, ne verra-t-on pas une augmentation des monnaies de 
Condres hausser le prix des marcbandises dans cette ville seule, a 
moins qu’une partie de cette monnaie ne soit introduite dans la cir 
culation des provinces ? La même hausse n’agirait-elle pas au con 
traire sur les prix de la province seule, si la masse monétaire s’y était 
accrue, et ne pouvait être convertie en circulation de Londres ou 
avoir cours sur celte place. Si l’on admet la réalisation del’bypolbèse
        <pb n="571" />
        RÈPONSK ALX OBSKUVATKUNS DK M BOSANQÜET. .M7 
avancée par M. Hosanquet, celle où la circulation de Londres se mul 
tiplierait isolément et où les billets de la Banque d’Angleterre n'au 
raient pas cours en province, il faut se résoudre à avoir un change 
avec nos diifér,ents comtés, comme avec Hambourg ou la France. Ce 
change établirait alors ([ue le papier de Londres est déprécié relati 
vement au papier des [)rovinces. 
Si chaque banque provinciale se trouvait affranchie par un bill de 
restriclion de l’obligation de payer ses billets en tout autre signe que 
son propre papier; si, de plus, ces billets étaient restreints à devenir 
la circulation de leur district particulier, ils subiraient tous une dépré 
ciation relativement aux lingots. Ft cette dégradation serait pro 
portionnée à l’excédant de leur totalité sur la monnaie évaluée en 
lingots, qui eût circulé dans les districts, si le secours d’un tel bill 
»’eût pas été aœordé. 
Les billets d’une banque peuvent être dépréciés de 5 p. O/o; ceux 
d’autres banques de 10, 20 p. O/q, et ainsi de suite. Le bill de 
restriction étant exclusif à la Ban(|ue d’ Angleterre, et tous les autres 
billets portant conversion en ses ¡iropres billets, les émissions de pro 
vince ne dépasseront jamais les proportions de la Banque de Londres. 
« M. Bosanquel pense(jue j’étais tenu à démontrer qu’une impossi 
bilité physique arrête raccroissement des billets de banque aux 
dépens du papier de province et vice versa , avant de déclarer qu’une 
augmentation de billets de la Banque doit nécessairement multiplier 
ceux des établissements de province. » 
Il ressort, je pense, de tous les développements précédents, qu’à 
moins de voir les billets de Londres pénétrer dans la circulation de 
places où ils n’étaient pas admis auparavant, il y a impossibilité sinon 
physique , du moins absolue, à ce (|u une extension des billets de 
la Banque d’Angleterre ne détermine pas un accroissement corres 
pondant dans le papier de province ou une dépréciation dans la 
valeur des billets de Londres comparés à ceux des autres banques. 
Hais comment se produit ce résultat ? Comment les émissions de 
la Banque amènent-elles un développement de ce genre dans la circu 
lation de province? M. Gischrist nous l’apprend. Benversons en effet 
l’hypothèse qu’il a supposée, et elle exprimera ceci : « Si la Banque 
d’Angleterre multiplie ses émissions, les bampies provinciales doivent 
augmenter les leurs. » lÆ prix des marebandises s’étant élevé a 
Londres pendant que celui des autres places restait stationnaire , a 
province aura besoin de fonds pour diriger scs achats sur le 
le moins cher, les lettres de change sur l’intéricui seront eauc p
        <pb n="572" />
        5i8 
ŒUVUKS DIVERSES. 
demandées et se vendront conséquemment à prime. En d’autres 
termes, les billets de banque tomberont au-dessous de la valeur de 
la circulation provinciale. Ces demandes cesseront aussitôt que la 
circulation des provinces aura été élevée au niveau de la circulation 
de Londres, ou que celle ci aura été réduite au niveau de la première. 
Je n’aurais pas cru qu’un principe aussi clair put être contesté. 
La valeur de notre circulation d’or réglait antérieurement celle d’une 
livre sterling sur toute la surface de l’Angleterre. Si la découverte 
d’une mine avait rendu l’or plus abondant, et grossi la masse moné 
taire employée dans la circulation de Londres, on aurait vu surgir 
dans les provinces un accroissement proportionnel, destiné à main 
tenir Tég^ité des prix. Les billets de banque accomplissent aujour 
d’hui cette fonction. Si on les multiplie, la circulation des pro 
vinces devra partager l’usage de cette quantité additionnelle, ou 
les banques provinciales devront donner un essor relatif à leurs 
émissions. Il n’est pas dilïicile, dans de telles circonstances, de pré 
voir le choix de ces banques. 
Le comité ayant établi : « que si un district provincial émet un 
excès de papier, alors que la circulation de Londres ne dépasse pas 
ses proportions normales, les prix éprouveront dans ce district une 
hausse locale, mais resteront immobiles sur le marché de Londres; 
que les porteurs de papier de province, préférant acheter à Londres 
où les prix sont plus doux, reporteront ce papier au banquier qui 
l’a émis, et lui demanderont des billets de la Banque d’Angleterre 
ou des traites sur I^ondres; qu’enfin, l’excédant des papiers de pro 
vince, étant aussi renvoyé aux créateurs pour des billets de la Banque 
centrale, la quantité de ces billets devra nécessairement et elTective- 
ment limiter le nombre des premiers. » 
M. Bosanquet s’écrie : Est-ce donc là une conséquence inévitable? 
Tout en ■ admettant la justesse de ce raisonnement dans l’hypothèse 
ou les billets de province seraient remboursés avec du papier de la 
Banque, serait-on en droit de l’expliquer au cas où le paiement s’ef 
fectuerait en traites sur Londres, puisque nous avons déjà démontré 
les faibles liens qui rattachent ces dernières aux bank-notes ?... » Oui 
certes ce droit nous est acquis. Supposons que Vexcès du papier de pro 
vince s’élève à 1000 L, les porteurs s’adresseront nécessairement aux 
banquiers pour obtenir 1000 1. en billets de la Banque d’Angle 
terre, qu’ils remettront a Londres pour y acheter des marchandi 
ses. La circulation de Londres n’aura-t-elle pas dès lors augmenté 
de 1000 1. St., et celle de la province diminué d’une somme égale.
        <pb n="573" />
        RÉIMKNSK AlX OBSKHVATKKNS IM: M. BOSANyüET. 
Maintenant, admettons (|u’aii lien d’un billet de la Banque d Angle 
terre, les porteurs reçoivent une traite sur Londres; cette traite servira 
tout aussi bien à solder ses achats à Londres; mais comme une traite 
n’est que l’expression de l’ordre donné à A de J^ondres, de payer a 
^ dans la même ville, la circulation de Londres restera immobile; 
seulement, la monnaie de province se trouvera réduite de 1000 l. 
La seule différence (pii caractérise ces deux cas, se résume en ce 
, que, dans le premier, la circulation de Londn^ss’accroîtra de 1000 l.st , 
et que, dans le second, elle ne subira aucune variation. Mais le 
banquier de province (jui aura ainsi affaibli, par la remise des 
mille livres de la Banque d’Angleterre, la réserve qu’il croit néces 
saire à la solidité de son établissement, ne donnera-t-il pas immé 
diatement ordre à son correspondant de lui envoyer 1000 1. st. de 
billets de la Banque, soit en vendant un bon de l’Écbiquier, soit par 
tout autre moyen. 
Si les prix de Liverpool sont plus doux que ceux de Londres, je 
choisirai le premier marché, et si j’ai trop de billets de banque je les 
remettrai à Liverpool en paiement, « pourvu toutefois qu’ils y aient 
cours. )&gt; S’ils peuvent effectivement y circuler, Liverpool participera 
avec Londres à T accroissement monétaire. Mais il n’y a rien d’im 
probable à ce qu’un banquier de Liverpool sache persuader à ses con 
citoyens que son papier répondra tout aussi bien à leurs Ix^soins que 
les billets de la Banque d’Angleterre. Il se rendra donc acquereur 
d’un de ces billets en échange de son papier, et il le renverra a Loii- 
dr(*s. C’est ainsi que la circulation de Liverpool se grossit par les 
émissions de la Bamjiie d’Angleterre, et que M. Bosampiet se trompe 
en disant qu elle peut réduire, mais jamais étendre d un shilling 
la circulation des banques de Liverpool. Les commissaires ayant 
établi comme axiome (pie la monnaie des banqm^s de province est un 
édilice dont le papier de la Banque d’Angleterre (%t la base, M. Bo- 
sanquet demande où ils ont appris cet axiome. « Ils ont bien ap 
pris, ajoute-t-il, de M. Stuckey, banquier important et expérimenté 
du Somersetshire (pie ees établissements règlent principalement leurs 
émissions sur les ressources qu’ils possèdent à Londres en fonds pu 
blics, en bons de l’(Thi(piier, et autres titres conversibles; mais la 
quantité de billets de la Banque d’Angleterre ou d’espèces qu’ils ont 
en caisse n’est ainsi qu’un élément secondaire de leurs calculs, quoi 
qu’ils en aient constamment en résene une masse proportlonn e aux 
demandiis éventuelles. Qu’y a-t-il donc dans cett( dipo' | 
confirme le principe d’après lequel les billets de la Banque aurai
        <pb n="574" />
        520 
ŒUVRES DIVERSES. 
privilège d’étendre ou de limiter l’essor du papier de province* ? » 
Il serait facile de démontrer, je pense, que les émissions multi 
pliées de la Banque entraîneraient M. Stuckey ou tout autre banquier 
de province à accroître le montant de ses propres billets, et cela in 
dépendamment des valeurs dont il a énuméré le dépôt. L’altération 
des prix à Londres provoquerait une telle demande de papier de pro 
vince, qu’un banquier y pourrait payer avec ses billets des traites 
sur la capitale. Avec le produit de ces traites, il augmenterait sa 
réserve de fonds publics, de bons de l’Écbiquier, etc., et sa base, ainsi 
élargie, il pourrait agrandir l’édifice. 
La commission ne peut pas avoir supposé que la Banque d’Ecosse, 
en 1763, époque où elle réduisit sa circulation en délivrant des 
traites sur Londres à quarante jours, ait au même moment versé 
des billets de la Banque entre les mains de ses correspondants. Il 
eut été beaucoup plus naturel de racheter ses billets en Ecosse avec 
le papier de la Banque d’Angleterre. Mais non ; la situation de la 
Banque d’Ecosse était celle que M. Stuckey a décrite. Elle possédait 
à Londres divers titres qu elle autorisa ses correspondants à réaliser 
pour faire face à ses billets. Il y eut à Londres un transport d’ar 
gent de A à ^ , et le billet d’Ecosse disparut de la circulation. 
I Le comité demande à M. Stuckey : « N’est-il pas dans votre intérêt, comme 
banquier, de réprimer la circulation des billets de la Banque d’Angleterre, et ne 
remettez-vous pas dans ce but, à Londres, tous les billets de cette Banque qui 
dépassent la somme que vous jugez prudent d’en conserver dans vos caisses à 
titre de réserve? — R. Incontestablement.
        <pb n="575" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 
521 
CHAPITRE Vin. 
CONSIDÉRATIONS SUR l’OPINION SUIVANTE DE M. BOSANQUET . « LA 
■ CAUSE EXCLUSIVE DU RENCHERISSEMENT DES PRIX NE PROVIENT PAS 
d’un excès DE CIRCULATION , MAIS DES IMPOTS ET D UNE SUC 
CESSION DE DISETTES, » 
Après aroir démontré ou cru démontrer l’impuissance des arguments 
présentés par ia commission , comme preuves de i’eauberance des 
émissions de la Banque, M. Bosanquet dresse ses propres syllogis 
mes pour démontrer que ces émissions n’étaient nullement escessi 
ves. U base de cette argumentation est un accroissement de prix, 
produit par des années de disette et des impôts aggravés. Il a invo 
qué en faveur de son opinion un passage du docteur Smith, que je 
regarde précisément comme la coiiiirmation de celle que j ai a ce 
.Un prince, dit le docteur Smith, qui décréterait qu’une «rtaiiie 
partie de ses taxes serait acquittée en tel ou tel papier-moimaie, don 
nerait par cela seul une valeur spéciale à ec papier, quand bien même 
l’époque de son remboursement et de son rachat replierait exclusi 
vement sur la volonté du souverain. Si la Banque qui aurait émis 
ce papier, avait la prudence d’en maintenir la quantité a un chiffre 
inférieur à celui qui pourrait être absorbé par les impôts lesdeman- 
des dont il deviendrait l’objet seraient susceptibles de le faire vendre, 
sur le marché, à prime ou pour une somme excédant la valeur d or 
et d’argent qu'il représentait à l’époque de son émission. • 
. Dès lors s’écrie M. Bosanquet, puisque le moulant annuel des 
impositions dépasse largement le total des hmk-mtn. comment le 
papier pourra-t-il, d’après ce principe, subir une dépréciation . Ma'Ç 
où donc le docteur Smith a-t-il parlé du montant annuel des tax 
Dn serait tout aussi bien venu à soutenir qu’il faudrait compa 
masse du papier avec le montant des taxes de deux ou ro ^ 
J’attache aux paroles du docteur Smith cette signi ^ gj 
le papier n’excède pas la quantité qui en peut être complètement
        <pb n="576" />
        (f:UVHES ÜIVEHSES. 
exclusivement réservée au paiement des impositions, il ne subira 
aucune dépréciation. » Jamais cet illustre penseur ne se serait rendu 
coupable d’une proposition aussi extravagante que celle dont veut 
bien lui faire honneur M. Hosanquet. Si l’on rapportait notre mon 
naie de papier à la règle du docteur Smith, ainsi modifiée, il en n^ul- 
terait que le paiement journalier des taxes équivaut à la masse entière 
des billets de banque en circulation. De cette interprétation, M. Bo 
sanquet conclut, que le montant général des sommes versées à l’Échi- 
quier, étant de 76,805,4401., ses bank-notes ne subiront de dégi ada- 
tion qu’au moment où ils dépasseront ce total. Quel est le lecteur qui 
reconnaîtra là la veritable pensée du docteur Smith? 
Quand M. Hosanquet nous entretenait d’une prime réservée aux 
billets de banque, je pensais qu’il entendait une prime en or ou en 
argent, et j’avoue n’avoir jamais conçu autrement ce mot de prime. 
Mais il paraît que M. Hosanquet voulait désigner une prime qui au 
rait été accordée au détenteur de ces billets en un papier plus dépré 
cié encore, soit en bons de l’Échiquier, soit en mandats sur les ban 
quiers. Or, comme ces titres sont remboursables à une échéance 
déterminée, en billets de banque, ils peuvent, en de certaines circon 
stances, valoir moins que les billets, qui satisfont les besoins immé 
diats et donnent ainsi naissance à l’agio indiqué. I n assignat, sous 
l’escompte de 50 p. 0/0, aurait pu produire de cette manière la prime 
de M. Hosanquet. 
Un des arguments dont M. Hosanquet a gratifié ses lecteurs pour 
prouver combien a été insignifiante l’augmentation des billets de 
banque, comparativement aux transactions qu’ils doivent accomplir, 
se traduit en ce que l’extension de la circulation monétaire n’a été 
depuis 1793 quede 3 millions, en face d’un accroissement de plus 
de 60 millions dans les paiements faits au gouvernement. Dans ce 
calcul, la multiplication de la monnaie de province est complètement 
omise. 
Je vais essayer actuellement de démontrer que ce développement 
prodigieux des taxes n’a dû avoir pour conséquence nécessaire un ac 
croissement correspondant dans la circulation, qu’autanique le com 
merce aura reçu en même temps une nouvelle et féconde impulsion. 
Quant à présent, il me suffira de remarquer que, si M. Hosanquet 
s’était appliqué à comparer les tableaux de 1793 et de 1797, il y au 
rait probablement trouvé des raisons pour douter de l’exactitude de 
sa théorie. 11 a dû s’opérer pendant' ces quatre années de considé 
rables accroissements dans les taxes; nous devrions donc, d’après
        <pb n="577" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 523 
•H. Hosanquet, retrouver ce supplément dans les instruments de la 
circulation ; mais les faits démentent cette prévision. Il n’est pas 
probable qu’il ail été fait alors de grandes additions à la masse 
des monnaies; au contraire, le monnayage énorme qui signala les 
deux années de 1707 et 1708, semble prouver que la circulation 
métallique était alors dans un état de langueur tout à fait exceptioii- 
Rcl- Il paraîtrait, suivant les comptes remis au comité des lords, 
Que le montant des billets de banque en circulation s’élevait, en 
*793àl.s. 11,451,180; qu’en 1706, il varie entre 10,713,460, et 
9,204,500, et qu’en 1707, l’évaluation moyenne, même après le bill 
de restriction, ne dépassait pas le chiffre de 1793. 
l e montant des billets de banque dont se composait la circulation 
en 1803 était de près de 18 millions. En 1808, il était encore le 
même, et certes on avouera que pendant ces cinq années nos impo 
sitions et nos dépenses durent nécessairement augmenter. Il en ré 
sulte donc, qu’on peut grossir considérablement les taxes d’un pays 
sans déterminer un accroissement correspondant dans les agents 
monétaires. 
M. Hosanquet aœuse le Comité de n’avoir pas suffisamment appi*é- 
cié l’effet des taxes sur le prix des marchandises; et cette accusation 
porte que le comité a exclusivement attribué la hausse des prix à la 
dépréciation de notre système monétaire. Les membres de la com 
mission eussent été, il est vrai, hautement coupables, s’ils avaient 
fait naître dans les esprits cet espoir que la réforme de notre circu 
lation pourrait ramener les prix des marchandises au niveau qu’ils 
atteignaient avant le hill de reslricdnn. L’influence que la dépré 
ciation exerce sur les prix a été définie de la manière la plus judi 
cieuse; elle s’élève à la différence qui existe entre le prix de l’or au 
marché, et celui qu’on obtient à la Monnaie. La commission dé 
clare (pi une once d or-monnaie ne peut pas avoir moins de valeur 
qu’une once d’or-lingot, au même titre. Un acheteur de blé, en don 
nant une onex* d’or-monnaie ou 31. 17 s. 10 1/2 d., a donc droit à une 
quantité de céréales égale à celle qu’il cAt obtenue pour une once d’or 
en lingots. Comme aujourd’hui 4 1. 12 sh. en monnaie de papier ne 
valent pas plus qu’une once d’or-lingot ; les prix sont accrus pour 
•’acheteur de 18 p. 0/0, et il sup/Mirtera ces 18 p. 0/0 toutes les fois 
qu’il offrira du papier au lieu de numéraire h sa valeur intrinsèque : 
cette quotité représente donc la hausse provoipu'c par la degrada 
tion du papier dans le prix des marchandises. Mais a partir de cette 
limite, ou est libre d’assigner comme cause à tous les accroissements
        <pb n="578" />
        (ElIVRES DIVERSES. 
de prix, soit l’effet des impositions, soit la vente croissante des mar 
chandises, soit enfin tout autre phénomène qui paraîtra satisfaire l’hu 
meur inquiète de ceux qui se plaisent dans de telles recherches. 
La théorie que M. ßosanquet a émise, relativement aux taxes et 
aux effets qu’elles produisent sur le montant des agents de circu 
lation, est excessivement curieuse. Elle témoigne de cette vérité que 
les esprits les plus pratiques s’écartent quelquefois du chemin de 
l’expérience et de la réalité pour s’abandonner aux spéculations les 
plus étranges, aux rêves les plus chimériques. 
M. ßosanquet observe que l’accroissement survenu dans les prix 
du Hoyaume-Uni, depuis la promulgation du restriction-bill, dérive 
de deux causes : 1° des perturbations qu’a éprouvées le commerce 
du blé et de la disette qui s’en est suivie pendant les années 18ü0 et 
1801 ; 2“ de l’augmentation des taxes depuis le commencement de 
la guerre, en 1793. 
J’admets sans réserve que la rareté du blé et les frais qui ont suivi 
son importation ont dù produire une hausse dans le prix des mar 
chandises. Mais peut on établir à titre de proposition évidente par el 
le-même, et comme le veut M. ßosanquet, à titre d’axiome en éco 
nomie politique, que l’effet d’une taxe soit d’élever le prix des 
marchandises d’une somme égale au montant des impôts prélevés? 
fiésulte-t-il de ce que les taxes, depuis 1793, se sont élevées au mons 
trueux total de 48 millions, que cette somme entière a dù s’ajouter 
aux prix des marchandises, et suffit à rendre compte du renchérisse 
ment de 50 p. 0/0 sur les prix de 1793? En résulte-t-il enfin que le 
rentier sera seul exclus du privilège de s’indemniser des taxes qu’il 
paie ? 
ÎÆs conséquences seront-elles indifféremment les mêmes, si la taxe 
est assise sur des objets de consommation, ou si elle constitue un im 
pôt sur le revenu, un impôt direct et vingt autres qu’il serait facile 
d’énumérer? Tendent-ils tous à élever le prix des marchandises? Et 
le rentier seul, parmi les contribuables, n’aura-t-il pas le droit d’al 
léger son fardeau ? Si cette argumentation était fondée, il en fau 
drait conclure que le poids des impôts retombe exclusivement sur les 
rentiers, et que l’excédant annuel, répété depuis 1793, et se montant 
actuellement à 53 millions, a dù sortir de leur escarcelle. Leurs 
contributions auraient à ce taux dépassé leur revenu; car elles ex 
cédaient l’intérêt de la dette nationale. Je ne considère certes pas 
cette doctrine comme fort judicieuse, et je doute que, si elle était 
vraie; elle pùt communiquer aux porteurs de rente un fervent en-
        <pb n="579" />
        525 
RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 
thousiasine pour ce genre de propriété. D’après ces principes la guerre 
D appauvrirait plus une nation, et les sources des impôts seraient à 
jamais intarissables. 
il me parait cependant rigoureusement certain que ui la taxe sur 
le revenu, ni les contributions directes ou autres, ne peuvent avoii 
la moindre action sur les prix des marchandises. 
bn effet, combien serait douloureuse la situation du contribuable. 
Contraint légalement à pa^er une valeur additionnelle pour les mar 
chandises nécessaires à son bien-être, il verrait d un autre côté s épui 
ser parla taxe les ressources dont il pouvait disposer pour cet achat. 
Alors même que la taxe des revenus {income-tax) serait équitable 
ment assise et laisserait chaque membre de la société dans la même 
position relative, les dépenses de tout citoyen doivent diminuer du 
montant de la taxe. Si le vendeur désirait s’aiTranchir du poids de 
l’impôt en haussant le prix de sa marchandise, l’acheteur s efforce 
rait par la même raison de payer moins cher : cette divergence 
même d’intérêts balancera si justement leurs efforts, que les prix ne 
subiront aucune altération. Les mêmes observations s’appliquent 
aux impôts directs et à toutes les autres taxes qui ne sont pas établies 
sur des marchandises. Mais si la répartition de la taxe était assez iné 
gale pour s’appesantir plus lourdement sur une branche spéciale 
du commerce, les bénélices de ce commerce descendraient au-dessous 
du niveau général des revenus commerciaux. Ceux qui y sont atta 
chés le quitteraient aussitôt pour embrasser une industrie plus pro- 
litable, ou ils augmenteraient le prix de leurs marchandises de ma 
nière à en recueillir des bénélices égaux à ceux produits par les autres 
industries. . . , 
Les laxes sur les inarehandises élèvcrout évidemment le prix de 
l'olijet taxé du &lt;/«««/«)« de l impèt. l e prix de ees raarehaudises 
IKiurra être eeiisidéré eomme divisé en deux parties . 1 une est eur 
prix originel et matériel; et l’autre, la taxe prélevée sur la liberte de 
consommation. , 
Si, d'un aube eôté, l’impôt était établi sur une mareliaiidise que 
• baque individu consomme en proportion exacte de son revenu, elle 
seule éprouverait une liausse; mais si cette proportion "'«y'^epss, 
ceux qui ont à supporter une eliarge plus lourde exigeiaieie ui 
société dans la situation relative qu ils occupaient a P ainsi le 
Si, au lieu d’asseoir la taxe sur une marchandise
        <pb n="580" />
        Ö26 ' . ŒUVRES DIVERSES. 
prix originel que chaque citoyen doit payer, on la transformait en un 
droit de consommation versé en masse entre les mains du gouverne 
ment, elle produirait précisément les mêmes effets que les contribu 
tions directes. Il y aurait seulement, dans le prix de quelques marchan 
dises, une hausse partielle destinée à compenser l’inégalité à laquelle 
les meilleurs efforts des législateurs ne peuvent soustraire les taxes. 
Si cette appréciation des effets qui suivent tout impôt est exact, 
nous devons en conclure que la théorie de M. Bosanquet n’est sanction 
née, ni par la raison, ni par la vraisemblance; car elle établit que les 
taxes, depuis 1793, ont eu pour résultat d’ajouter 48 millions aux 
prix des marchandises, et qu’une telle augmentation de charges suffit 
à rendre compte de la hausse des prix sans avoir recours à la dé 
préciation des agents monétaires. 
De ces principes M. Bosanquet a déduit une autre conséquence 
que nous reproduisons : 
Comme la valeur des marchandises s’est accrue de 48 millions de 
puis 1793, et la circulation de 3 millions seulement, un pareil ac 
croissement ne peut être appelé excessif *. 
Bien que dans les développements précédents j’aie accordé à 
M. Bosanquet que les prix des marchandises pourront s’élever 
sous l’influence de certaines taxes, il ne s’ensuit pas qu’il faudra 
nécessairement plus de monnaie pour seconder leur mouvement. 
La masse de monnaies que le gouvernement reçoit sous forme de 
taxes, est puisée dans un fonds qui eût été autrement réparti en objets 
de consommation. 
Aussitôt que les impôts s’accumulent, les dépenses de la nation 
diminuent. Si mon revenu s’élève à 1000 1. et que le gouvernement 
prélève 100 1. à titre de taxes, il ne me restera plus que 900 1. st. à 
consacrer aux besoins et au bien-être de ma famille. Si le gouverne 
ment en prélève 200, il me restera seulement 800 1. pour cet usage. 
Maintenant, comme le montant réuni de mes dépenses et de celles 
du gouvernement ne peut dépasser 1000 1., nous ne ressentirons 
nullement la nécessité d’accroître la quantité des agents monétaires, 
quand bien même les taxes absorberaient 50 p. 0/0 du revenu de cba- 
‘ Si nous ajoutons à ces trois millions la multiplication des monnaies en pro 
vince et si nous tenons compte de l’économie obtenue dans l'emploi des agents de 
la circulation, économie si habilement et si clairement appréciée par M. Bosanquet, 
il me paraîtra que tout en lui accordant les faits qu’il soutient, l’accroisse 
ment des signes monétaires a encore dépassé les proportions voulues.
        <pb n="581" />
        RKPONSK AUX OBSERVATIONS DE M. ROSANQUET. «27 
que citoyen. Si l’impôt était établi sur le pain, il élèverait immédia 
tement le taux des salaires et retomberait accidentellement sur ceux 
qui consomment le produit du travail humain. Il importerait fort peu 
U cette classe de consommateurs d’avoir payé directement la taxe au 
trésor, ou de l’avoir subie après tant de détours. 
&gt;i’ai dit qu’aucune somme supplémentaire ne serait essentielle, 
bn effet le gouvernement continuant à prélever journellement une 
partie des taxes, ses dépenses seraient les mêmes dans les deux cas 
uù cette portion serait versée à la régie, ou entre les mains du per 
cepteur des contributions. Quelle que soit la somme des dépenses du 
gouvernement, elle déterminera une diminution correspondante dans 
les dépenses de la nation. La même quantité de marchandises con 
tinuera à alimenter le mai-ché et sera mise en circulation au moyen 
d une somme équivalente de monnaie. 
Tout ceci repose sur le cas où les citoyens seraient assez prudents 
ou assez riches pour acquitter les taxes avec leur revenu annuel, et 
oe seraient pas tentés on forcés d’affaiblir leur capital pour répondre 
^ l’appel du gouvernement. Si ce capital diminuait cependant, le 
montant réuni de toutes les productions suivrait cette décroissance, 
et siles agents monétaires destinés à leur circulation restaient au 
même chiffre, ils se répartiraient en une plus large proportion sur 
les marchandises et provoqueraient probablement une hausse dans les 
Pnx. Mais il ne faut pas oublier que la quantité de la monnaie se 
règle d’après sa valeur; et comme sa valeur serait ainsi altérée, elle 
deviendrait excessive relativement aux monnaies des autres peuples, 
et ce surpJtts serait livré à l’exportation. 
Quand nous parlons d’une disette de blé et d’une hausse suW- 
quente dans les prix, on en déduit immédiatement que la valeur des 
eèicales étant double, double devra être celle de la monnaie néces 
saire à leur circulation. Mais cette consápience n’est nullement évi 
dente ni nécessaire. l‘our que deux fois la masse monétaire fntindis- 
Pmisable, il faudrait la même quantité de blé avec un prix double ; 
mais c’est précisément parce que cette quantité a décru, que le prix 
s est multiplié. 
Si le commerce d’un pays grandit et se développe; en d’autres mots, 
si par des économies successives, une nation ajoute à son capital, elle 
exigera nécessairement une quantité additionnelle de signes moné- 
laires, mais en toutes circonstances la circulation devra conserver sa 
\aleur en lingots. C’est là le seul contrôle qui puisse établir infail- 
iihleinent que la circulation n’est pas excessive.
        <pb n="582" />
        OEUVRES DIVERSES. 
CHAPITRE IX. 
DISCUSSION SUR CE PRINCIPE DE M. BOSANQUET : « LA REPRISE DES 
PAIEMENTS EN ESPECES ENTRAINERAIT DE GRANDES COMPLICATIONS. 
Pour conclure, M. Bosanquet est entièrement persuadé que de gra- | 
ves perturbations naîtraient de la reprise des paiements en numérai- 1 
re. Il n’espère même pas qu’une réduction dans la circulation puisse I 
avoir pour résultat d’améliorer le taux du change ou de faire fléchir 1 
le prix des lingots, à moins que nos importations ne diminuent et que i 
nos exportations ne s’accroissent. | 
Quant à moi, il me paraît irrésistiblement clair qu’une réduction 
des billets de banque abaisserait le prix des lingots, et favoriserait le 
change sans troubler la régularité de nos exportations et de nos im- | 
portations actuelles. Elle ne saurait multiplier les marchés qui nous | 
servent aujourd’hui pour exporter ou importer l’or. Nos transactions j 
à l’étranger seraient précisément les mêmes ; seulement nous possé- i 
derioiis une monnaie de dénomination semblable, mais d’une valeur | 
supérieure. Au lieu d’être crédités à Hambourg d’une livre sterling dé- f 
gradée, équivalente à 104 grains d’or et cotée à 28 shillings de Flan- I 
dre, nous aurions, — en lui restituant sa valeur réelle en lingots, qui /j 
est de 123 grains, — un crédit de 34 shillings. Cependant cette dif- |î 
férence de G shillings en notre faveur ne constituerait qu’un avan- H 
tage nominal et apparent. Ce serait même une grave erreur de croire ' 
qu’elle put former un bénéfice réel. 
Si, par une réduction des billets de banque, nous avions le pouvoir 
d’en élever la valeur au-dessus de celle des lingots d’or, nous réagi 
rions alors sur le taux réel du change; nous troublerions l’équilibre 
actuel des importations et des exportations, et nous provoquerions 
une importation de lingots, ou, en style de négociants, une balance , 
favorable de commerce. 
Si le tableau que M. Bosanquet trace de notre situation était réelle 
ment exact, nous aurions devant nous un bien triste avenir. Obligés ■ 
de faire face à d’énormes dépenses à l’étranger; obligés .« d’importer
        <pb n="583" />
        HKJM)NSK Al X OllSKHVATIONS DK M. HoSANyUKT. 3áí) 
(les articles iiidispeusables, » et en retour desquels ou u accepterait 
que de l’or, nous pourrions presque calculer le moment où le débat 
s’acbèverait, faute d'une marcbandise assez précieuse, l out l’or d'u 
ne année ne sullirait pas dans ce pars a solder une balance de paie 
ments aussi énorme que celle qu'il établit. Kt si d ailleurs nos mar 
chandises ne peuvent s'écMuiler nulle part, quelle n’est pas la tristesse 
de notre situation? 
l*our moi, cependant, de telles apprébensious sont iuuliles. .le suis 
eonvaincu que nos dépenses à l’étrangt*!- ne sont pavées ni avec l’or 
ni avec des lettrées decbange, mais eu dernier ressort, par le produit 
du travail et de l’industrie de notre nation. 
.le porte stmlement mes regards a\ec anxiété sur l’aveugle pei*sé\é- 
rance qui nous fait maintenir notre système de circulation actuel, 
système qui mine progressivement toutes nos ressoudes, et dont les 
inconvénients et les dangers ont été si énergiqutmient signalés dans 
les paroles suivantes du comité : « Si on ne réprime ees germes de 
désastres, ils porteront bientôt la coin ici ion dans les esprits qui 
doutent encore de leur réalité. .Mais, quand bien même leur aeerois- 
xenient progressif deviendrait moins probable, la justice et I honneur 
du Parlement sont engagés à ne pas sanctionner, au delà des moments 
d’une impérieuse uéeessité, la jierpétuite d un système de circulation 
itllranehi de ce lien, de ce contrôle naturel qui sert a maintenir la 
'aleur de la monnaie et qui garantit, par l’intégrité d'uu étalon mé 
trique des valeurs, la probité et la bonne foi qui sont les bases inal- 
lérabJes des obligations et des contrats liuaneiers parmi les hommes.» 
.Ne nous est-il pas permis de voir , dans ce beau début d’une com 
mission si éclairée, un sûr garant de ce qu’accomplira la sagesse du 
Parlement’/ 
-»• 
MK 
{(iEuv. (le liicarilo.) 
34
        <pb n="584" />
        («■:rvRF:s divkrsks. 
?i:in 
APPENDICK. 
Après que j'eus envoyé les pages précédentes à l'impriinerie , je lus 
les observations supplémentaires que M. Hosanquet a jointes à la se 
conde édition de son pamphlet] J’aurai peu de remarques à faire à ce 
sujet. 
Kt d’abord, on peut conclure de ce que j’ai déjà dit, que je ivjette 
l’exactitude de tous les calculs de &gt;1. Hosainpiet relativement au 
change avec Hambourg. Ces calculs ont été établis sur la présomp 
tion d’un pair invariable, tandis que le pair réel, celui qui aurait dû 
leur servir de base, est soumis a toutes les tluctuations qui réagissent 
sur la valeur relative de l’or et de l’argent; les limites de ces lluctua- 
tions ayant été depuis 1801, &lt;le() 1/2 p. o/q au-dessous de propor 
tions de la monnaie, a 1) p. 0 q au dessus, les calculs basés sur un 
tel principe doivent nécessairement renfermer des erreurs de 1 5 1'2 
p. ü q. Secondement, l’argument qu’on a essayé d’édilier sur ce fait, 
et qui veut qu'un accroissemenl ou une rédnclion dans les billets de 
banque ne soit pas nécessairement suiv is d’une hausse &lt;m d’une baisse 
dans le prix des changes ou des lingots; cet argument, dis-je, est 
sans valeur. Il n’a aucune puissance contre une théorie (pii admet que 
la demande des agents de circulai ion est soumise à des oscillations (-on- 
tinuelles, détermimies soit par le développement et le (hh lin du coin 
merce et du capital, soit par la facilité plus ou moins grande que 
donnent, pour les paiements, des degrés divers de coulianee et de cré 
dit. 11 est enfin sans force contre une théone qui admet que le mèim 
commerce et h‘-s mêmes paiements peuvent nécessiter une somme va 
riable d'agents monétaires. I nc masse de billets de banque pourra étrc 
excessive aujourd’hui, dans le sens que j’attache à ce mot, et consé 
quemment dépréciée. Mais qu’on sc reporte à une autre époque, et 
raccroissement hîiuporaire de leur valeur au-dessus de celle du lingot 
qu’ils représentent, les aura peut-être riàluilsà une proportion exacte 
avec les paiements qu'ils ont a elfectuer. (l’t;st pourcpioi il me semble 
inutile d’admettre ou de réfuter l’exactitude dt‘s bases sur lesquelles 
&gt;1. Hosanquet a fondé son évaluation totale des monnaie^ de papier 
en circulation. Ces faits, à mon avis, ne se rat lâchent pas au sujet
        <pb n="585" />
        531 
HKlUJiNSL AUX (mSKHVATKUXS DK M. HOSANQUKT. 
de la discussion. Que la monnaie de papier s'élève à ‘25 ou à I DD mil 
lions, je la considérerai comme excessive dans les deux cas; car les 
eiletsdont nous sommes témoins depuis .s/ louijlemps ' ne peuv ent, selon 
moi, être attribués à d’autres causes qu’à une circulation exagérée 
ou à un défaut de confiance dans les émissions, défaut qui n’existe 
certainement pas aujourd’hui, 
M. Ifosanquet a réuni sous la forme de quatre problèmes les con 
clusions qu’il voudrait déduire des faits dont il nous a nouvellement 
enrichis. Il croit d’ailleurs que les principes du (Committee s’opposent 
à la solution de (tes problèmes. J ’esj)èreav oir déjà montré combien les 
faits sont impuissants à sanctionner les formules qu'il fonde sur eux, 
et j’espère ne pas éprouver trop de ditliculté à lui offrir une solution de 
ses problèmes et à me conformer en même temps aux princi[&gt;es de 
la Commission. 
Le premier pro blême est posé en ces termes : « Ja* change, après une 
moyennefavorabledeOp. 0/o,de 1790 à 175)5, est descendu à 5 p. O/o 
au dessous du pair, en 175)5-175)0, au milieu d’une circulation cons 
tante de I I millions de billets de banque, cxmvcrsibles en espèces à la 
volonté du porteur. lÀi 175)7 et 175)8, il s’éleva en moyenne à 11 p. ü/y 
au dessus du pair, à une époque où la circulation avait été portée 
à 13 millious et n’ollrait plus un remboursement immédiat. &lt;» 
Ia; lecteur verra sans doute que ce problème a déjà récusa solution 
dans le corps de cet ouvrage. J es changes ne sont pas rigoureuse 
ment lixes, et personne ne niera qu’ils j)uissent s’élever ou décli 
ner sous l’inlluence de causes multiples. 
jNous avons démontré que la demande de l’or pour la monnaie et 
celle de l’argent pour les Indes-Orientales en 175)7 et 175)8 eurent sur 
les changes un effet naturel qui ne fut pas compensé par une émission 
extravagante de monnaie de papier. J/or , devenu nécessaire pour 
remplir les coffres épuisés de la Banque, ne put être livré à la circu- 
' M. Bosanqiiela désigné comme incorrecte l’application de ces mots « .« 
longtemps »à l’escompte des billets de bamjue. Il s’appuie, pour les critiquer, 
sur ce que les tables deM. Mushet n'offrent pas d'exemple d’un change ayant 
été très-défavorable pendant toute une année, antérieurement à l’époque où j’écri 
vais (décembre ISOù). Il pourrait sembler que par rapport à un escompte sur les 
billets de banque, une année est un temps considérable ; mais comme j’ai con 
stamment maintenu que le haut prix du lingot était l’argument le plus direct pour 
prouver la dépréciation, et comme le prix de l’or n’a pas été depuis dix ans au- 
dessous du prix de la monnaie, on ne peut, je pense, d'après mes principes, con 
tester l'exactitude de mes conclusions
        <pb n="586" />
        (H'U VUKS DlVKIiSKS. 
latioii, &lt;‘t l’addition de 1 millions en hi I lois dr hancjue servit seulement 
a condoler le vide produit par raeeumulation de l'or : de sorte qu’il 
n’v eut efleetivemeni aueini aeeroissement dans la eireulation de res 
années. 
Le second prohlème repose sur les phénomènes suivants. « l” La 
baisse du change à (5 p. 10 () au-desAous du pair, l'or étant à 0 p. I) () 
au-dessus du prix de la monnaie en ISOOet I SOI, et la eireulation de 
la Banque s'éle\anl à un peu plus de I è millions; Q" l'élé\ation du 
change a 3 p. (Lq au-dessus du pair, d’après une moyenne de six an 
nées, de IS03 à I SOS, l'or étant éxalué approximativement à son 
prix à la monnaie et la eireulation s’étant aeerue jusqu’à 17 ou IS 
millions. » 
Outre les ellets produits par les \icissitudes du eoinmeree etdu 
crédit, il faut se rappeler (ju’à l’époque où notre circulation se com 
posait d’or et de papier, rinilueme d’une émission additionnelle sur 
les changes et sur le prix des lingots se trouvait corrigée, après 
un intervalle sullisanl, par l’exportation du numéraire, Leite res 
source nous a été enlevée depuis (pielque lenij)s. 
Le troisième prohlème porte (pie « le changea \arié de õ p. dp au- 
(/mu.s du pair, en juillet lS(tS,à Id p. do un de.s.sm(.s en juin ISdd, la 
circulation de la Banque étant d’ailleurs la même dans les deux cas. Il 
sera facilement résolu. Il m a été impossible de lrou\(!r lesdocumeiils 
d’après lesquels &gt;1. Bosampiel a établi que le montant des billets de 
banque était le même en juillet IHdS et en juin ISdi); mais, en ad 
mettant même leur exactitude, a-l-on pu en faire des termes de com 
paraison convenables? t ne des deux épocpies précède imnu'dialemenl 
le paiement desdi\ idendes, l'autre lui est imim'dialement [lostérieure. 
L'accroissement de la somme des billets de hampie, en jan\ ier et jiiil 
let IHdd, après le paiement des di\ idendes, n'a pas été moindre de 
‘2,1.‘)d,ddd 1. ; en jan \ ier suivant il alteignil l,H7H,ddd. 
Je ne suis nullement porté à soutenir (pui les émissions d'un jour 
ou d’un mois puissent r(*agir sur les changes extérieurs; peut-être 
faudra-t-il un (espace plus considérable, car de tels elfeIs ne peinent 
se produire sans le concours d’un intervalle nécessaire, (leux (|ui re 
jettent les principes de la commission n’ont jamais tenu compte de 
edle observation. Ils ennelmml à l’imperfection des principes, par 
cela seul que leur action n'est pas immédiatement ressentie. ¡Mais (»ù 
sont les faits relatifs à la circulation dt^s billets de banqueen 1808 et 
1800? Il a été fait seulement trois rapports au liuUion-Cominiltee sur 
leur montant eu 1808; comparons-les avec les rapports de 1809 rela-
        <pb n="587" />
        RKPONSK Alix ORSEKVATIONS DK M. BOSANQUKT. « 
tjfs aiix mêmes épo(|ues, et je ne (Imite pas que mes leetdirs n y lisent 
avec moi, au lieu d'une réfutation, une eoniinnation des pnncipes e 
la commission. 
Montant des billets de banque 
en 1808. 
l'T Mai _ 17,401,000 liv. si 
l'r 'Août — 17,644,070 
!*'■ Novembre — 17,467,170 
Montant des billets de banque 
en I800 
l'r Mai — 18,646,880 
(er Août — 10,811,3.40 
1" Novembre — 10,040,200 
1^ qnatricme prohlcmc ctahlit les phénomènes suivants ; « Le ren 
chérissement graduel du prix des inarehandises : — r pendant la 
guerre d’Ainériipie et au moment où la ci reniât ion était en or; 
r pendant les années de IHO:*, à ISDD, époque pendant laipielle le 
change fut en notre faveur. » Mais oii donc a-t-il été soutenu (|ue la 
dépréciation des monnaies est la seule cause qui puisse explupier une 
hausse dans les prix des marchandises? Le point pour lequel je com 
bats consiste en ce ipie, si la hausse est suivie d’un renehénssement 
. ontimi dans le prix du métal qui sert d’étalou monétaire, la circie 
lation se trouve dépréciée d’une ipiantité é"ale. Pendant la "uerre 
d’Amérique, la hausse survenue dans le prix des marchandises 
n’avant pas été suivie d’un renehérissement correspondant dans les 
prix du lingot, n’a pu nécessairement être jirovmpiée par la déprada- 
tion du système monétaire. 
Ici noiis arrivons à douter, pour la première fois, si les principes 
de la commission, si ri^oureusemcnl comhattus par M. Hosampiet, 
sont elVectiveinent en désaccord avec ses propres convictions. O nnous 
dit maintenant, non pasipiela théorie est erronée, mais « qu’on doit 
établir les faits avant de les prendre pour base du raisonnement, et 
que d’ailleurs l’im|)ortance de ces faits ne serait pas même atténuée 
par une adhésion complète aux doctrines précédentes. . Cette décla 
ration répond-elle aux conclusions de M. Itosanquet? Le Ihillwn- 
Cowwilloe établit certains principes (|ui, s ils sont exacts, devien 
nent une preuve irréfragable de la dépréciation di^s monnaies. « Vos 
prineipes sont plausibles, dit alors M. bosanqiiet , ils semblent 
sanctionnés par la raison ; mais les faits suivants prouveront com 
bien l’expérience les dément. » Il ajoute d’après Dalev : « (Miaiid un 
théorème est soumis à un malhématieien, il commence par l’essayer 
sur un simple cas. Si le résultat est faux, il demeure convainen 
(pi’il doit y avoir quelque erreur dans la démonstration. T^e pu 
blic doit procéder de cette manière dans I exam*n du rapport, et 
soumettre ses théories à l’épreuve du fait. &gt; M. Itosanqnet est i ( on(
        <pb n="588" />
        -*^34 Vîtes DIVRMSKS. 
logique, quand il s’écrie « (jiie T importance des déductions offer 
tes au publie dans ses précédentes pages ne peut être affaiblie, même 
par l’adoption radicale des principes énoncés» 
Si I on admet comme exacte la théorie de la commission, et comme 
positifs les faits de IM. Itosanquet, il faudra en conclure qu’il est 
d accord a\ee le comité, ou &lt;pie les faits sont complètement inappli- 
cjuables à la question. Il est bien une autre conclusion ; mais je n ai 
nullement 1 intention de l'attribuer à !V1. (iosanquet. Cette conclu 
sion serait qu’il peut y avoir d’un côté une théorie, de l’autre des 
faits, tous deux véritables et cependant contradictoires. 
(Juant a la méthode du docteur Paley, pour prouver la théorie 
du comité au moyen d’un simple c^s, M. Ifosanquet aurait pu faire 
cette expérience en mille circonstances, et il aurait certainement été 
frappé delà concordanee du résultat. S’il avait consacré ses loisirs et 
son talent à étudier les mille cas avec les(juels cette théorie s’allie, 
au lieu de quêter pénihlement deux ou trois exemples contradic 
toires eu apparence, pour les adopter avec une aveugle crédulité, il 
serait probablement arrivé à des déductions plus justes. 
!V1. Ilosanquet met en (piestion la vérité de la proposition suivante 
de M. lluskisson : « Si une partie de la circulation d'un pays est dé 
préciée, la masse entière de cette circulation, soit papier, soit monnaie, 
dm'/ l’être également, si toutefois elle possède directement ou vir 
tuellement, mais toujours suivant sa dénomination, le caractère de 
monnaie légale. 
l e fait produit |)ar M. Hosanquet eu ces termes ; « La déprécia 
I tion exceptionnelle des pièces d’argent sous le règne du roi Guillau 
me , loin d’amener la dégradation de I or , porta la \alenr courante 
de la guinée de ’21 a liO shillings. » O fait, dis-je, ne prouve pas que 
le principe dei\l. lluskisson mente a l’expérience, car l’or n’était 
pas alors la monnaie courante. Il n’était pas non plus directement ou 
cir tuet le ment monnaie légale; l’autorité publique n’avait attaché a 
la guinée aucune valeur déterminée, et elle passait dans tous les 
paiements comme pièco de métal d'un poids et d’un litre connus. Si 
une loi avait interdit de l'échanger contre plus de 21 sh. de la cir 
culation dégradée en argent, elle eût subi, sous forme de coin , une 
dépréciation egale a celle des 21 sh. pour les(|ucls elle avait cours. 
Si la loi, considérant l'or comme une marchandise, annulait les 
prescriptions qui interdisent de le fondre cl de l’exporter, les gui nées 
pourraient passer dans les paiimienls au taux de 21 ou 25 shillings, 
tandis que les billets de banque conserveraient leur valeur actuelle.
        <pb n="589" />
        RÉPONSE AUX OBSERVATIONS ÜE M- BOSANQUET. ô35 
Le principe suivant de . H uskisson, quoique combattu par M. Bo- 
sanquct, ne me semble nullement contraire à l autonté de la menee 
« Si la quantité d’or existant dans un pays où l'or alimente seul la cir 
culation, s’accroît en des proportions données,.— en supposai! ai - 
leurs la masse et la demande des autres articles constamment la m me, 
— la valeur de toute inarebandise, mesurée par le signe monétaire du 
pays, se trouvera augmentée dans le même rapport. » M. Huskisson 
n’infirme pas, comme le suppose M. Bosanquet, la vente du prin 
cipe dans lequel Adam Smith établit que : •« La multipluÆtion des 
métaux précieux, quand elle est produite dans un pays par e deve- ^ 
loppcment de la richesse, n’a aucune tendance a diminuer leur va- j 
leur » Mais il dit que si la quantité des métaux précieux s aecroi 
isolément dans un pa)S, sans que sa richesse ou ses marchandises se 
multiplient, la valeur des cubes d’or diminuera, ou, en d autres ter 
mes le prix des marchandises haussera. M. Bosanquet a admis lui- 
inènie cx‘s conséquences dans son argumentation relative à la mine. 
.l’ai cependant a présenter une objection contre ce passage du 
livre de M. Huskisson, car il ajoute (pie « l’accroissement du prix des 
marchandisesauraiteu lieu dans les circonstances supposées, en 1 ab 
sence même de Umte addition faite au numéraire du pays. » Je sou 
tiendrai, comme conclusion irréfutable que, si les marchandises, les 
demandes du marche, et la monnaie (pii siTt a leur circulation, n e- 
nmiiveiil ni augmentation ni diminution, les prix resteront au même 
laux (pielle que soit d ailleui-s la quantité d'or ou d’argent existant 
dans ce pays sous forme de lingots ‘.Il est à peine nécessaire de dire 
(pie le cas est complètement hypothéluiue et impossible. On ne sau 
rait évidemment faire de larges additions aux lingots d’un pays oii la 
circulaüon est a sa valeur légale, sans proviKpier un accroissement 
dans la ipiantité de la monnaie. 
.l’avoue queje n'ai pas été médiocrement surpris par la proposition 
snbseipientc de M. Bosanquet, et certainement la majorité de scs 
lecteurs aura partagé mon étonnement. Apres avoir proclamé dans 
tout son ouvrage que les billets de bampie n’étaient pas dépréciés 
relativement a l’or; après avoir soutenu (jue la même hausse dans les 
prix de l’or (louvait se manifester, et s’était même déjà manifintee en 
plusieurs occasions, au moment où notre circulation consistait a la 
' Il faul bien coiupreudi’e que je ue suppose ici dam la 
lateurs aucune de ces variations qui peuvent diminuer ou 
leur du iium(*raire
        <pb n="590" />
        ÍUIVMKS IHVKKSKS. 
lois en or cl en |)&lt;&gt;pier c(m\cesibles ñ la volonté du porteur; après 
avoir solltenn, enliii, ijii’il n’y avait aucun point de contact entre l’or 
d exportation et l’or-monnaie, et ([uc de ce défaut de contact était 
issu le rcnclierissement de son prix, !\l, Hosanquet ajoute sérieuse 
ment ces paroles ; « (/application des théories les plus respectées nu’ 
porte a croire (pie, depuis rélablissement complet du nouveau minie 
de paiements de la Hanipie d’Angleterre, l’or n’est pas elléeti'emeul 
demeure la mesure de la valeur. I.i's billets de bampie, reprend il, 
sont incontestablement devenus, dès 1797, la mesure du eommeree et 
la monnaie de compte. Kt c’est d’après ces bases ipie je considère la 
proposition relative au prix de l’or, proposition qui inspire tant de 
eonlianee, comme une de celles dont j’admets le principe, mais dont 
j’bésite à faire l’application. &gt; .le n’ai pas à recbereher si les direc 
teurs de la Banque et tous les autres ebampious ipii out si vaillam 
ment soutenu que, tout en ndmellant Vor pour Halón, Vèlhmlioii de 
son jirix ne ¡ironvail pas le diserédiJ de la circnialion ; je n’ai pas à 
reebereber, dis-je, s’ils seront hautement charmés d’une défense qui 
confirme précisément ce (pic le comiW lui-même a établi, l/or, dites- 
vous, u’est plus en réalité l’étalon sur lequel se règle notre circulation? 
Kb! mais vous dites vrai, et c’i'st la l’origine des plaintes adressées 
par le (ominiUee à tous ceux (pii ont (*crit dans le même sens, contre 
le système actuel. 
Le détenteur de monnaie s’est vu lésé par cela seul ipi’il n’existe 
point de recours légal destiné à garantir sa propriété. Il a (bya subi 
nue perle de Ib p. O'o depuis 1797, et rien ne le proltige eoiitre 
une perte additionnelle et proebaiuc de 25, 90 et même 50 p. Op. 
Qui donc consentira à gardi'r sous de telles conditions de l’argeut ou 
des valeurs dont l’intérêt est desservi en monnaie? Il n’est pas de 
sacrifice que ne fasse le porteur de ces titres, sous l’empire d’un tel 
système, pour se eiéer dans l’avenir une propriidé mieux assise. 
&gt;1. Bosampud a mieux plaidi* dans ces (piclipies lignes la cause de 
l’abrogation du restrielion-hill, (pie tous les (Trivains (d les théori 
ciens n’ont su le faire depuis l’origine de cette discussion. )lais alors, 
&gt;1. Hosanquel admet-il (juc nous n’avons plus d’idalou, parce ipie ce 
caractère a été enlevé à l’or? Keouloiis ses propres paroles : 
« Si le signe monétaire est un billet de I 1. si., on demandera iié- 
cessaiiement quel en (»st l’étalon. La solution de ce problème pré- 
1 i sente quelque dilliculté. Mais à l’aspect des larges proportions con- 
\ \ (plises dans la circulation générale par les opérations du gouverne- 
\ ' ment et du public, il est permis de penser que probablement nous
        <pb n="591" />
        HEPONSE Alix OBSEUVAilONS BE M BOSANQBEl, o37 
,V trouv,Tons Ort II nVsl pas plus dillioilc d'altril.nor la va - 
lour íi/po d un Inllrt d'uiio livro si. à l'intóról do :t:i I. &lt;&lt; sh. 8 d. do 
roule :i p. 0/0, quo d'inmginor i|uo I'rtalou »'sido dans uii mrtal ipii 
inanipjc à noiro oiroulalion ot dont I appnoisionncmrni annuol, 
uu'me ooniino niaroliandiso, n’alloinl pas la vinglii mo partie ( os e 
pousos dll gouvornonioni à I oiraugor pondani uni annoo. 
Anns avons dono un ótalo,, pour un l.illol de l,a,„p,o d une livro, 
ol ort étalon est ropiawiité par I intérêt do .i.l I. &lt;&gt; sli. 8 ‘ 
.! p. 0/0. Mais oomnie o'ost la luonnaio dans laquello ort inlorél doit 
otro pavé oui sirviia d élai,,,,, Muello .si dono ..otto ,„on„a,o. I../, 
po,-lo,„‘,lo :l:l L lisio 8 d. 10,.oit à la llau.p.c un lullet d uno livre, las 
liillols de la Itaiupie soul doue, suivant la II,for,,' d iii, liiminio pin,- 
,„,0, le soul étalon d'api-is lo,,,,el ou puiss,-évalu.T la dopree,at,o„ 
des billets (le üaii(|uc! 
Ainsi, ou ouléve à „„ poi,„;»u de fltun. Hi P- ",'0 &lt;&lt;(' 
01 ouloursubstilucnue „„aulité égale d eau. Huello estialupiour avoo 
laipiollo VI. liosaïupiol ,ssai,',a do .léloriniuor la fraude? Prooisouionl 
„„ éoliantillou ,lo rliiiiu frelaté, puis,' dans lo ,„éme loun.'au 1 
Du nous dil.'usuite: - Si la Itaïupio posséilo roell.'meul un tonds 
d'or ,o,isi,léral&gt;lo ou ,lo (i il 7 inillious souloinout, le ineillour usage 
qu ölle en puisse faii-e sei a do fair,' rouir, ,' tous lis lullols au di .ssous 
mim 
Juillets do lw*iii|iio.
        <pb n="592" />
        TABLE DES MATIÈRES. 
Pag«. 
CHAPITRE I. — Observations préliminaires. — Expose sommaire 
des objeetions présentées par M. Rosanquet contre 
la conclusion du comité des lingots 4SS 
— II. — Examen des faits que iM. Rosanquet cite comme puises 
dans l'histoire de l’état du change . 4H1 
Section I. — Change a\ec Hambourg ih- 
— II. — Change avec Paris . 170 
— Ill — Prétendue existence d’une prime sur la monnaie an 
glaise en Amérique. — Change fa\orable avec la 
Suède . 17S 
— IV. — Examen d’une décision de la commission des métaux 
précieux relative au pair du change 179 
CHAPITRE III. — Examen des faits allégués par Al. Rosanquet dans sa 
prétendue refutation du principe suivant : une sur 
élévation du prix courant des lingots au-dessus du 
prix à la Alonnaie est la preu\e d’une circulation 
dégradée .182 
Section I — Nier cette conclusion, c’est proclamer l’impossibilité de 
fondre ou d’exporter toute monnaie anglaise : et, 
certes, personne ne soutiendra une telle assertion. . ih' 
— II. — Consé(|uences qui résulteraient de l’hvpothese où les 
circulations monétaires du globe, l’Angleterre 
exceptée, seraient diminuées ou accrues de la moitié. 48« 
— III. — Ea légère hausse du prix de l’or sur le continent est 
due seulement à une \ariatioii dans le rapport de 
l’argent à l’or . ... 189 
— IV. — Défaut attribué à la théorie de M Locke sur la refonte 
de 11)9« 494 
CHAPITRE IV. — Etude des objections presentees par M Rosan(|uet 
contre cette proposition ; la balance des paiements 
a été favorable à l’Angleterre 19« 
— V — ( xnisidérations sur l’argument que presente M Rosanquet 
pour prouver que la Rauque d’Angleterre n’a pas le 
pouvoir de donner cours force aux billets de banque. .&gt;0 4 
— VI — Observations sur les principes du seigneuriage. . . . .AIO 
— VII — Examen des objections présentées par AI Rosanquet 
contre cette proposition : « Ea circulation issue de la 
Ranqne d’Angleterre regle i^lle des banques de pro 
vince. » 611 
— VUE — Considerations sur l’opinion sui\ante de iM .Rnsan(|uet ; 
" Ea cause exclusive du renchérissement des prix ne 
repose pas dans un excès de circulation, mais dans 
les impôt.-, et des années successives de disette ■&gt;. . 621 
— IX. — Discussion sur ce principe de Al. Rosanquet :« Ea reprise 
des paiements en espèces entraînerait de graves com 
plications. »... 528 
Appendice 6.30 
fin DK LA TABLE DES MATIÈRES.
        <pb n="593" />
        ESSAI 
SUR ■ • ■ 
L’INFIIJENCE nu BAS PRIX DES BLÉS 
SUR UES PROFITS DU CAPITAL ; 
MOATRAMT 
LE VICE DES RESTRICTIONS DIRIGÉES CONTRE LES IMPORTATIONS; 
tT COSTENART DEI» 
REMARQUES SUR LES DEUX DERNIÈRES PUBLICATIONS DE M. MALTHUS 
AYANT POUR TITRES : 
recherches sur la NATURE ET LES PROGRÈS DE LA RENTE ( FERMAGE), 
ET BASES d’une OPINION SUR LA LÉGISLATION RESTRICTIVE 
DIRIGÉE CONTRE l’iMPOHTATION DES BLÉS ÉTRANGERS.
        <pb n="594" />
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        INTHODlld'ION. 
ÍêêêmB 
,1. Main,us; |,ul,r,.-atiuu luéncus,' u la(|uHlcj,' (lui» l,caucuu|,. I. u\a- 
ueii (l&lt;( CCS (lut,„(■&lt;■» cl (Ic celle» 'CK'»»c"l '«'» |)l-olil» (I« ^ 
„-a cuuduil à »,,,„•(„.(«• uu »vsli-inc de l.^-islar,«.. qui „ u|.|,«»c.;a,l 
###### 
1 subsislauecs, el, eu u.asse, .1 ajuqe peudeul de e.^tecudee es 
iuinullalious. liloiquéde loules (»■» eeaudes el plus puele peut-eli. 
àappiveiei' hauleiueui ravauUqc du has pnx des Ides, )(• suis 
a,rill- à des euuelusiuus dillceeules. .I'ai essai.' de ivpuudee a 
uuelques-uues des uhjeelious piTseulées (laus sou .leeuier ,Unräte 
. „pu,iou, eie.. hile» lu'uul paru iiuWpeudaulesdu daugee 
„«mh.ue ,,u il eeduulc, el iiareuueiliahles avec les d,u l, lues q,'",u ale» 
de 111,celé eummeieialequeses .Veils uni »i puissauuneul eouleihue 
à luire IrioinplK'i-,
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        ahPi'J 
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        <pb n="597" />
        ESSAI 
SUR 
L’IÎNFLIJEINCE l)U HAS EHIX DES BLÉS. 
&gt;1. MalUius a défini d’une manière très-exacte la rente de la terre ‘ 
en disant : « qii’elle consiste dans cette fraction du prcnluit total qui 
demeure aux mains du propriétaire après que tous les frais de culture, 
quels qu’ils soient, ont été prélevés; fraction qui comprend aussi 
les prolits du capital fixe, évalués d’après le taux général et ordi 
naire des bénéfices que donnent les capitaux agricoles à une époque 
désignée. • 
Dès lors, il ne saurait v avoir rente toutes les fois que le taux 
ordinaire et général des profits sur les capitaux agricoles, joint 
aux avances consacrées à la culture de la tern*, arrive à égaler la 
valeur du produit total. 
Kt quand ce produit équivaut seulement en valeur aux frais indis 
pensables de culture, il ne |icut v avoir ni rente ni profits. 
|.ors de rétablissement primitif d’une nation sur une teiTc fertile, 
à une époque on cbacun peut aspirer par son cboix à en posséder 
une partie, le produit total dont nous venons de parler, dégagé des 
frais de culture, constituera les pro/j/.s du capital et appartiendra au 
propriétaire de ce capital sans aucune déduction pour la rente. 
Ainsi supposons que le capital consacré par un individu sur cette 
terre s’élève a la valeur de deux cents quarters de froment, et se 
répartisse par moitié en capital fixe, tel que bAtiments, ustensiles, 
etc., et en l apital circulant ; si, apivs avoir prélevé le capital fixe et 
circulant, le produit définitif restait de cent quarters de froment ou 
d’une valeur égale à cent quarters de froment, le profit net du capi- 
’ Je me range complètement de l’opinion émise par M. Rossi quant au mot de 
/'ermoye. Il le trouve impropre, et il est dans le vrai; car, dans une discussion 
théorique sur le prolit foncier, il faut envisager ce prolit dans son acception ge» 
nérale i/e et non dans l'acception spéciale, qui est /« répartition u te- 
rieure entre te propriétaire et le cultivateur-t'ermier. ^
        <pb n="598" />
        taliste serait (le 50 p. O p, ou eu d'autres termes il jouirait d’iiu 
héiiéliee de 100, sur uu capital de iOO. 
Les profits du capital agricole [xuirraieut se maintenir pendant 
quelque temps au nu*me taux; parce qu’il se pourrait aussi ([u'il v 
eût ahoudauce de terres également fertiles, également bien situées, 
et, par conséquent, abondance de terres qu'on peut exploiter à des 
conditions aussi avantageuses, à mesure qiuî s’accroîtraient les capi 
taux des premiers babilans et de ceux qui les ont suivis. 
il pourrait meme se faire que les profits auginenlassi'ut j)ar le seul 
fait que la population se multipliant dans une proportion plus forte 
que le capital, les salaires diminueraient. Ainsi, au lieu d’etre égale 
à cent quarters de froment, le capital circulant nécessaire serait 
seulement de quatn-vingt dix quart(irs et les profits s’élèveraient 
de 50 à 55 p. O/p. 
Des perfectionnements introduits dans les met bodes agrono 
miques et dans les instruments de culture contribueraient aussi a 
accroître les profils du capital en augmentant le produit (d)tenu 
avec les mêmes frais d’exportation. D’un autre cédé, les profits bais 
seraient, si l’on adoptait un système d'agrieullure plus vicieux, ou 
si les salaires baussaient. 
(]es circoustauces ont une action plus ou moins énergique, sans 
doute, mais néanmoins constante. Kl les retardent ou précipitent 
les effets naturels du développement de la richesse, en multipliant 
ou diminuant les profils, en augmentant ou réduisant la masse 
de produits obtenus sur une terre avec le même capital 
* M. iMaltbus envisage rexcedant de produit détermine par une diminution de 
salaires ou par des perleetionnements agricoles, comme une des causes (|ui élc- 
vent la rente. Selon moi, il n’a pour effet que d’augmenter les prolits. 
« l’accumulation constante du capital, poussée au delà du nombre des terres 
» douées de la plus grande fertilité ou de la plus belle position, doit nécessaire- 
ment abaisser les prolits; d’un autre côté, la tendance qu’a la population à 
" s’accroître au delà des moyens de subsistance, doit, au bout d’un certain 
» temps, réduire les salaires du travail. » 
« Le coôt de la production diminuera donc, mais la valeur du produit, c’esl-a 
» dire la quantité de travail et de toutes les autres créations du travail, outre le 
&gt;&gt; blé, qu’elle peut acijuitter, s’élèvera infailliblement, au lieu de diminuer. » 
» Uu plus grand nombre d’individus réclamera des subsistances et sera prêt 
» à offrir ses services pour tous les genres de travail. L’intensité de la de- 
„ mande réagira immédiatement sur la valeur échangeable du bic, valeur qui dc- 
» passera le prix de re\ ient et comprendra les prolits du capital agricole, évalués 
» d’après létaux général des prolits à cette époque. L’excédant ci-dessus constitue
        <pb n="599" />
        ESSAI sun L’INFLUENCE DU BAS PRIX DES BLÉS. S4Ò 
¡Nous admettons cependant que ra^riculture n a été lécondée pai 
aucun perfectionnement, que le capital et la population se dévelop 
pent sur une échelle éjzalc, de sorte (jue les salaires réels du travail 
restent uniformément au même taux ; et c^la, afin d apprécier l in- 
tluence particulière que l’accumulation du capital, l accroissement 
de la population et l’extension des cultures exercent sur les terres 
plus éloignées et moins fertiles. 
A cette époque des sociétés où nous avons évalué par hvpothèse 
les profits des capitaux agricoles à 50 p. O/o, les profits sur tous les 
autres genres de capitaux engagés, soit dans les manufactures grossiè 
res, propres à ce degré de civilisation, soit dans les operations commer 
ciales destinées à procurer certains objets de consommation en échange 
des matières premières, ces profits, dis-je, seront aussi de 50 p. ü/o . 
Kn effet, si le bénéfice des opérations commerciales s’élevait au- 
dessus de 50 p. O/o, le capital fuirait la terre pour être appliqué aux 
échanges : si au contraire il était moindre, on transporterait les fonds 
du commerce à la terre. 
Le capital et la population croissant simultanément, après que toutes 
les terres fertiles situées dans le voisinage des premiers habitants au 
raient été mises en culture, le besoin de subsistances s accroîtrait aussi 
et on devrait avoir n'cours pour les obtenir à des terres moins avan-, 
tageusement situées. Kn admettant même que ces terres aient une 
fécondité égale, la nécessité d’y consacrer plus d’ouvriers, de che 
vaux, etc., afin de transporter le produit des lieux de culture aux 
lieux de consommation conduirait indispensablement à employer une 
plus grande quantité de capital pour obtenir le même produit : et 
cela sans que les salairi% du travail subissent aucune modification 
» la rente. » (lieciierches sur la nature et le progrès de la rente. 
F^n parlant de la Bologne, page 19, il considère aussi le bas prix des salaires 
comme un des éléments de la rente. A la page 22 il est dit que toute baisse dans 
les salaires, dans le nombre des travailleurs et toute réduction déterminée par 
des améliorations agricoles, tendent à élever le taux de la rente. 
* .le ne prétends pas que le taux des profits agricoles et manufacturiers sera ri 
goureusement le même, mais que ceux-ci seront vis-à-vis l’un de l’autre dans de 
certaines proportions. Adam Smith a expliqué pourquoi les profits varient sui 
vant qu’on a appliqué les capitaux dans de certaines entreprises, dilïérentes par 
leur degré de sécurité, de propreté, de notabilité, etc , etc. 
La détermination de ce rapport im|M)rte fort peu à mon argument; car j’ai 
voulu seulement prouver (|ue les profits du capital agricole ne peuvent \arier 
d’une manière sensible sans déterminer une variation correspondante dans ceux 
des capitaux engagés dans l’industrie et le commerce 
(Ofe’uv. de Ricardo.) 
35
        <pb n="600" />
        &lt;»:n\iu:s iuvkksks 
Supposons quo ccHe addition soit égale à la valeur de 10 quavlei s de 
froment, I ensemble dn capital employé sur la nouvelle terre, pour 
recueillir le même rendement que sur rancienne, serait de 210; et 
conséquemment les profits du capital descendraient de 50 à 4:1 p. 0/0, 
ou 90 quarters sur 210 
Sur les terres soumises à la première culture, le rendement serait le 
même qu’aupara vaut, c’est-à-dire 50 p. 0/oou lOOqinarím de froment. 
Mais comme les profits généraux du capital se règlent sur ceux qu’on 
retiix; du placement agricole le moins avantageux, il s établirait im 
médiatement une division dans les 100 quarters; 4:1 p. O/q 
quarters iraient constituer le bénéfice du capital, et 7 p. 0/0 ou 14 
quarters formeraient la rente. \i\ cette division nous paraîtra irrécu 
sable si nous considérons que le propriétaire du capital équivalant 
à 210 quarters de froment, obtiendrait précisément les memes bé 
néfices en cultivant les terres éloignées ou en payant aux premiers 
fiabitauls une rente de 14 quarters. 
. Les profits sur tous les capitaux employés dans le eommerœ tom 
beraient à cette époque à i:l p. O/q. 
Si par le développement progressif de la impulation et de la ri 
chesse, il devenait nécessaire d’appliquer au même résultat une plus 
grande somme de produits agricoles, et d’y consacrer en raison de la 
distance, ou d’une fertilité inférieure, la valeur de 220 quaiiers de 
froment, les profits du capital desixmdraient immédiatement à :10 
p. 0/q ou à SO sur 220 quarters ; la rente des premièi es terres s’élè 
verait à 28 quarters de froment et un fermage de 14 p. 0,q com 
mencerait pour le second lot de terre cultivée. 
Les piofits sur tous les capitaux industriels et commerciaux tom 
beraient en même temps à :10 p. 0/q. 
Kn mettant ainsi successivement en cultui-e des terrains moins 
favorablement situés ou d’une ((ualité inférieure, on élèverait le taux 
du fermage sur les premières exploitations et on diminuerait propor 
tionnellement les pro/;f.s. De plus si la ténuité des profits ne mettait pas 
I Les beiiélices du (‘apitai diiniuueitt par cela seul (¡uel’oii ne saurait rencontrer 
des terres egalement fertiles et (jue dans tout le cours des sociétés les prolits se rè 
glent sur la facilité ou la diflicidté d’oldenir les subsistances Ce principe, d'une 
si haute importance, a etc presqu’entiéremeut négligé dans les écrits des écono 
mistes Ils semident croire «pie les prolits du capital pement croître sous l’in- 
lluence de causes commerciales, indépendamment de l’approvisionnement ali- 
meutaire.
        <pb n="601" />
        KSSAI sun i;iNFUUENCK DU DAS DRIX DES DLÉS. ri47 
frein à l'aernmiilatinn, il serait pn sque impossiljle d’assiguer des 
limites à l’accroissement du fermage et à la chute des profita. 
Si, au lieu de diriger le capital sur une terre nouvelle et éloignée, 
on sollicitait les terres déjà en culture avec un fonds additionnel équi 
valant à 210 quarters de froment; si en outre le rendement se trou 
vait être encore de 43 p. O/O ou de 90 quarters sur 210, le produit 
de 50 p. O/o donné par le capital primitif se fractionnerait de la même 
manière : 43 p. O/o ou KO gunrferg constitueraient le profit^ et 14 
quarters le fermage. 
Si l’on ajoutait encore au fonds d’exploitation nu supplément de 
220 quarters, donnant collectivement le même résultat, le capital 
primitif fournirait une rente de 28* quarters; le second une rente de 
14, et les profits, sur l’ensemble de 030 quarters, s’élèveraient par 
analogie à 30 p. o/O- 
Supposons que la constitution de l'homme ait éprouvé de tels chan 
gements que ses besoins alimentaires soient devenus doubles de leur 
somme actuelle, et, par conséquent, supposons que les frais de cul 
ture aient reeu un très-grand aceroissement, l’expérience et les ca 
pitaux d’une vieille société, consacrés à l’exphùtation des terrains 
vierges et fertiles d’un pavs neuf, auraient à lutter contre toutes 
&lt;*es éventualités. Ils créeraient un produit net très-afîaibli et main 
tiendraient par là les profits à un taux médiocre. Mais les prognes 
de la richesse, quoique lents, pourraient encore se poursuivre, et la 
rente daterait comme auparavant, du jour où l’on défricherait, des 
terres plus éloignét^s ou moins fécondes. 
I.es limites naturelles de la population se trouveraient nécessaire* 
ment resserrées dans des proportions plus étroites et la rente ne s’é 
lèverait jamais à la hauteur qu’elle peut atteindre aujourd’hui; car 
la nature même des choses empêcherait d’exploiter les terres égale 
ment pauvres; et d’un autre côté il ne serait plus possible d’attendre 
de la même somme de capital consacré aux terrains supérieurs des 
|)rofits proportionnels. , 
l e tid)leau suivant repose sur celte supposition que la première 
‘ Danstouteeque j’ai dit, relativement à l’origine et au progrès de la rente, j’ai 
répété en peu de mots et tAché d’éclaircir les principes que M. IMallIuis a établis 
d une manière si habile, dans ses Hevherches sur la nature et le proyrès de ta 
rente. I.es idées originales aiwndent dans cet ouvrage, qui touche non-seulement 
a la rente, mais encore aux questions d’impôts : — questions &lt;|ui sont put-être 
les plus ditliciles et les plus compliquées de l’Économie politique.
        <pb n="602" />
        &gt;iis (»^UVKKS’IUVKUSES. 
caté^mie do lorrains donne un profit de 100 quarters sur mi capi 
tal de *200 quarters; la seconde 00 (¡uarterssur 210, eonformément 
aux calculs précédents On \ \erra (|ue pendant la période de déve 
loppenient d'un pavs, le produit général du sol suit une marche 
croissante. Pendant quelque temps cette portion du produit qui 
appartient aux profits du capital s’accroît parallèlement à celle qui 
constitue la rente. 
Mais aux époques ultérieures chaque accumulation de capital, tout 
en permettant aux rentes de s’accroître uniformément, déterminera 
une diminution relative et absolue dans les profits. Le propriétaire 
du capital jouira nécessairement d’un revenu moindrti quand il ré 
partira 1350 quarters sur les différentes qualités de terres au lieu de 
TAHIÆAV indiquant les progrès de la rente et des 
ivaluc eu 
^uartér9 
de froment. 
Prolit 
» t»iil 
pour Pint. 
Produit net] 
en quarter* 
de Iroinrnt 
iiieni, »ur 
chaque r«- 
piUl, dei 
frai# de 
produrlioiK 
ProUU de 
la \r* 
c lm%Ke de 
quartin de 
froment' 
Heute de 
iaV 
ciaife de 
terre», en 
quartert de 
froment. 
Profit» de 
la 
cla»»e de 
quart0r» de 
froment. 
Rente de 
U 2 
terre», en 
qaarien de 
froment. 
Profit» de 
U 3« 
quarttrs de 
froment. 
Rente de 
1« 3« 
ciMie de 
yuarlerr de 
iruiiieiil. 
200 
210 
220 
230 
240 
250 
260 
50 
43 
36 
30 
25 
20 
15 
It 
100 
90 
80 
70 
60 
50 
40 
30 
100 
86 
72 
60 
50 
40 
30 
22 
14 
28 
40 
50 
60 
70 
78 
90 
76 
63 
52 1/2 
42 
31 1/2 
23 
14 
27 
37 1/2 
48 
58 1/2 
67 
80 
66 
55 
44 
33 
24 
14 
25 
36 
17 
56 
• Il est à peine nécessaire de faire observer que les données sur lesquelles se fonde 
cette table sont supposées et s’ccarlent probablement beaucoup de la vérité. Elles 
ont été choisies comme tendant à sanctionner un principe qui resterait le même, 
soit que les premiers prolils alteignisseni •'&gt;0 p. o/O ou .3 p. op), soit qu’un capital 
additionnel de dix quarters ou de cent devînt nécessaire pour obtenir, des terres 
nouvellement exploitées, le meme produit. A mesure que le capital consacré a la 
terre augmentera sous la forme de capital engagé, pour diminuer sous celle de 
capital circulant, les progrès de la rente et la décadence de la propriété se ralen 
tiront. 
549 
ESSAI suit L’INFLUENCE DU RAS PRIX DES RLÉS. 
1100 quart ers. Dans le premier cas scs bénélices seront seulement en 
totalité dé 270 : dans le second ils s’élèveront à 275. Enfin s il em 
ployait 1010 (¡uarters ses profits descendraient à 241 1/2 . 
Ce cou|) d’œil sur les effets de I’accumulation est éminemment cu 
rieux et n’a pas encore, je pense, été révélé. 
Le tahlean suivant démontrera (|uc dans un pays en progrès, la 
rente ne s’accroît pas seulement d’une manière absolue; mais encore 
relativement au (^pital d exploitation. Ainsi (|uand ce capital s éle 
vait à 410, le propriétaire obtenait 3 et 1/2 p. O/o; quand il attei 
gnait I 100, 13 et un 1/4 p. O/q. Enfin quand il était de 1880, 10 et 
1 /2 p. 0/0. Le propriétaire reçoit donc à la fois un produit et une 
part plus eonsidérable. 
profits dans l’hypothèse d’une augmentation de capital. 
! 
prolit» de 
la 4' 
terree, en 
,Wörter# de 
froment. 
Rente de 
la te 
rlavte de 
terre», en 
fuorleri de 
froment. 
Profil» de 
U 5' 
eU#»e de 
terre», en 
qnarlrrÊ de 
froment. 
RroU df 1 
U 5' 
cUkie df 
terre», en 
quârtert dt 
froment. 
profit» de 
la 6« 
terre», ni 
quarter» de 
frommt. 
Rente de 
U 6* 
cla»»e de 
teire», en 
quarters dr 
froment. 
Profit» de 
la 7« 
clawe de 
terre/, en 
quarterê de 
froment. 
Rente de 
la 7« 
quarUrê de 
froment. 
Profit» de ; 
la 1 
froment, j 
70 
57 1/2 
46 
34 1/2 
25.3 
12'l/2 
24 
35 1/2 
47.7. 
60 
48 
36 
26.4. 
"12' 
24 
33.6. 
50 
37 1/2 
27 1/2 
l? 1 '2 
22 1/2 
40 
1 27.6 
nul. 
12.4 
« Tel serait l’effet d’une accumulation constante de capitaux dans un pays qui 
prohiberait à l’exportation les blés moins chers de l’étranger. Mais aussitôt que les 
profits seraient descendus à une certaine limite, l’accumulation s’arrêterait d’elle- 
même et l’on exporterait le capital pour l’utiliser dans les pays où la nourriture 
est à bas prix et les prolits élevés. Toutes les colonies européennes, créées avec les 
capitaux de leurs mères-patries ont arrêté ainsi l’accumulation. De même cette 
partie de la population (jui s'est devouee au commerce extérieur se nourrit avec 
les blés étrangers. 
Il est indubitable que des profits inferieurs, résultat inévitable d’une cherté 
réelle dans le blé, tendent à entraîner le capital au dehors. Cette considération 
devrait, dès lors, être un argument puissant pour nous conduire à lever toutes les 
prohibitions.
        <pb n="603" />
        (IFIJVRKS inVKHSES. 
Quand la 
totalité dit 
capital em 
ployé Cil de 
Alo»tant de la 
rente perçue 
par le pro 
priétaire, en 
qiiariert de 
froiHetit. 
Alnnlatit de» 
prolit« perçus 
par les pos 
sesseurs de 
capitaux, eti 
quariert de 
rromeiit. 
Protits à tant 
pour cetit sur 
le capital eti 
Rente à tatit 
pour cent sur 
le capital en 
produit total 1 
«n quarttrâ R 
de froment II 
après le prèle | 
ment dt;ifrait| 
de produc ’ 
f* période- . . 
2® période. . . 
3* période. . . 
4« période. . . 
1 5' période. . . 
6® période. . . 
7® période. . . 
1 8» période. . . 
200 
410 
630 
860 
1100 
1350 
1610 
1880 
nul. 
14 
42 
81 
125 
180 
248 1,2 
314 1/2 
100 
176 
228 
250 
275 
270 
241 1/2 
205 1/2 
50 
43 
• 36 
30 
25 
20 
15 
3 1/2 
6 3/4 
9 1/2 
Il 1/2 
13 1/4 
15 1/2 
16 1/2 
100 i 
190 1 
270 1 
:t40 1 
400 1 
450 1 
490 1 
520 1 
La rente ' est done, en tous cas, une partie des profits originelle 
ment obtenus sur le sol. 11 ne constitue jamais un revenu nouveau, 
mais toujours une fraction du revenu déjà crée. 
Les profits du capital ne fléchissent, d’ailleurs, qu’en raison de 
l’impossibilité où l’on se trouve de rencontrer des tciTos aussi bien 
préparées pour les cultures alimentaires ; et l’importanec de cette 
baisse et de l’aceroissement de la rente dépend exelusivement du sur 
croît de dépenses appliqué à la production. 
C’est pourquoi, dans l’bvpotbèse où de nouvelles portions de ter 
ri ns fertiles correspondraient immédiatement à raugmentation du 
capital et viendraient s’ajouter au territoire des nations dans la période 
de leur développement en richesse et en population, c’est pourquoi, 
dis-je, les profits ne fléchiraient et les rentes ne hausseraient jamais’. 
Quand bien même le prix pcicuniaire du blé et les salaires du tra 
vail ne subiraient aucune modification pendant la durée du développe 
ment en richesse et en population , on verrait diminuer les profits et 
grandir la rente; car, pour obtenir sur des terres plus distantes ou 
moins fécondes la même ([uanlité de matières premières, il faudra 
' T*ar le mot de rente je désigne instamment la redevance payée an proprié 
taire pour en obtenir le droit d'user de la puissance productive naturelle et inhe 
rente à la terre. Que le propriétaire ait engagé son capital sur sa propre terre ou 
qu’un tenancier précédent y ait laissé ses fonds incorpores à l’expiration du bail, il 
pourra obtenir ce qu’on appelle, en réalité, une plus grande rente ; mais il entre 
toujours dans cette somme une quotité distincte qui représente évidemment l’in- 
térét du capital. T .’autre partie, seule, sert à payer le loyer de la puissance natu 
relle du sol. 
% A moins, comme je l'ai déjà remarqué, que les salaires du tra\ail u'aient aug 
menté ou (ju’on n’ait adopté un système d’agriculture plus vicieux.
        <pb n="604" />
        551 
HSSAl sun LMNFUDUNUU DU DAS I'DIX DES DLÉS. 
multiplier le nombre des travailleui-s. On aura done ainsi accru les ftais 
d'exploitation, ,,endant que la valeur des produits sera rest* &gt;» n“-™“' 
Mais l'expérience universelle nous apprend que le prix du ble et de 
tous les autres produits naturels, s’élève eonstuminent a mesure 
qu'une nation grandit en richesse et se trouve contrainte a so ^ 
de nouvelles terres (mur leur faire produire une partie de ses subsis- 
' tances. Due légère réllexion suflira pour nous convaincre en effet que 
telles doixent être naturellement les conséquences des phénomènes 
économiques de ce génre. 
La valeur échangeable de toutes les marchandises s’accroît avec les 
diflieultés de leur (iroduction. Si donc par l’effet d’un travail addition 
nel, devenu nécessaire, la production du blé se compliquait de nouvel 
les difficultés, tandis que ]iour (iroduire l’or, l’argent, le drap, la toile 
etc., il suffirait du travail primitif, la valeur échangeable du blé liaus 
serait comparativement à ces articles. Au contraire, cette valeui 
diminuerait toutes les fois que des améliorations introduites dans la pro 
duction du blé ou de toute autre espèce de marchandises permettrait 
d’obtenir le même rmiltat avec moins de travail Ainsi nous voyons 
que les perfectionnements introduits en agriculture ou dans les instru 
ments aratoires abaissent la valeur échangeable du blé*, que les [lerlee- 
tionnements , appliqués aux machines qui servent dans l’industrie du 
coton, diminuent la valeur échangeable des étoffes de coton ; qu’enfin 
des procédés minéralogiques plus avancés , on la découverte de 
mines plus abondantes en métaux précieux abaissent la valeur de l’or 
et de l’argent, on , ce qui revient au même, élèvent le prix de toutes 
hs autres marchandist*s. loutes les fois que la concurrence pourra 
1 ites pcrfecliunneiiients agricoles qui détermineraient une baisse dans le prix du 
ble, seraient un stimulant pour la population ; et, par suite, en accroissant les 
profits et favorisant raceumulation, ils relèveraient encore le prix du blé et affai 
bliraient les profits. Mais il se peut qu'une population plus abondante subsiste 
avec les mêmes conditions de prix, de profits et de rentes : ou attribuerait alors 
à ces améliorations agronomiques le pouvoir d'augmenter les profits et d’abaisser 
momentanément le taux de la rente. 
2 Les causes (|ui tendent à rendre plus difficile la production d’une &lt;juautité ad 
ditionnelle de blé, agissent incessamment au sein des pays qui sont en progrès, 
tandjs que des améliorations importantes en agriculture ou dans les insi ruinent« 
aratoires, se succèdent plus rarement. Si ces causes contraires agissaient avec 
même intensité, le prix du blé ne serait exposé qu’à des variations accidentelle, 
provenant de mauvaises saisons, de salaires affaiblis ou accrus, d'altérations sur 
'enues dans la valeur des métaux précieux par suite de leur abondance ou de leur 
rareté.
        <pb n="605" />
        ŒUVKKS I)IVP:I\SES. 
prendre un ¡ihre essor el &lt;jue la prod net ion ne sera pas limitée par 
les lois de la nature , comme dans le cas spécial de quelques vins, la 
valeur échangeable des marchandises se réglera en dernier ressort sur 
la difficulté ou la facilité de leur création*. Il semble , alors , que 
le seul effet du développement de la richesse sur les pri)¿, indépen 
damment de tout perfectionnement agricole ou manufacturier, se 
réduit à élever le prix des produits naturels et du travail, et a 
abaisser le taux général des profits à raison de f accroissement des 
salaires, — laissant d’ailleurs toutes les autres marchandises à leur 
valeur première. 
Ce fait a plus d’importance qu’on ne serait disposé a lui en ac 
corder tout d’abord , car il touche aux intérêts du propriétaire et de 
joutes les classes de la société. Les conséquences de 1 accumulation, en 
accroissant les dilHcultés de la production agricole, améliorent la situa 
tion du propriétaire sous deux formes distinctes : elles lui donnent une 
plus grande quantité de produits, et en outre elles augmentent la valeur 
échangeable de ces produits. Quand sa rente grandit de quatorze 
quartern à vingt huit elle fait plus que doubler, parce qu’elle lui per 
met d’obtenir plus du double de la quantité des marchandises contre 
lesciuelles il échange les vingt-huit quarters. Comme la rente est sti 
pulée et acquittée en numéraire , il reçoit dans cette hypothèse plus 
de deux fois le montant primitif de sa rente pécuniaire. 
Réciproquement, la rente venant à licchir, le propriétaire aurait à 
subir deux pertes : il perdrait d'abord celte fraction des produits 
naturels qui constituait sa rente additionucllc ; puis, il supporterait la 
dépréciation de la valeur échangeable du produit brut ou de l’équi 
valent du produit brut avec lequel doit être acquittée la rente dont 
veut jouir. # 
Comme le revenu du fermier se traduit en produits naturels, on 
dans une quantité représentative de ces produits, il est aussi intéressé 
que le propriétaire à en voir augmenter la valeur échangeable ; mais 
un prix médiocre peut se compenser à ses yeux par de grandes quan 
tités supplémentaires. 
11 en résulte nécessairement que l’intérêt du propriétaire est con 
stamment opposé à celui de toutes les autres classes de la société. Sa 
I Quoique les prix se règlent définitivement sur les frais de production, y com 
pris les profits généraux du capital, et tendent constamment vers ce critérium 
les marchandises sont soumises, et le blé, plus que toutes les autres peut-être, à 
des prix exceptionnels dérivant de causes temporaires
        <pb n="606" />
        ESSAI Sim LMNFI.rENCE M BAS PBIX DES BLÉS. .»53 
aitiiation n’est jamais plus florissante (ju’aux époques où les subsis 
tances sont rares et chères ; tandis (|ue pour les autres membres de la 
famille humaine une nourriture à bas prix est un immense bienfait. 
Si des rentes élevées et des profits minimes, — car ces deux termes 
sont inséparables et coexistants, — sont l’effet naturel de la marche 
des circonstances, on ne doit jamais en faire surgir des motifs de plain 
tes. Ils demeurent tous deux comme les preuves les plus irréfragables 
de richesse et de prospérité, et témoignent d’une population nom 
breuse, relativement à la fertilité du sol. Les profits généraux du ca 
pital reposent entièrement sur ceux de la dernière portion de capital 
consacrée à la terre. Dès lors, quand bien même les propriétaires aban 
donneraient la totalité de leurs fermages, ils ne parviendraient ni à 
élever le taux général des profits, ni à diminuer le prix du ble pour 
le consommateur. Cet abandon gratuit aurait pour unique effet, comme 
l’a dit M. Malthus, de procurer les loisirs du genlhman aux fermiers 
dont les terres acquittent aujourd’hui une rente; il les mettrait à 
même de dépenser cette fraction du revenu général qui constitue au 
jourd’hui la part du propriétaire, et tout se réduirait à un déclasse 
ment. 
La richesse d’une nation se mesure, non d’après l’abondance de son 
numéraire ou le haut prix pécuniaire pour lequel ses marchandises 
ont cours, mais bien d’après l’abondance des objets qui contribuent 
à son bien-être et à ses jouissances. Quoique cette proposition ren 
contre peu d’adversaires, il est beaucoup de personnes qui n’envisa 
gent qu’avec effroi une diminution de leur revenu en argent, et 
cela dans le cas même oii leur revenu ainsi réduit aurait assez grandi 
en valeur échangeable pour leur permettre d’aceroitre. la satisfaction 
de ces besoins ou de ces superfluités qui accompagnent notre exis 
tence. 
Si donc les principes que nous avons énoncés relativement à la 
rente et au profit sont exacts, les profits généraux du capital ne 
peuvent s’accroître qu’en raison d’une baisse dans la valeur échan 
geable des subsistances, et cette baisse elle-même ne peut résulter que 
de trois causes : 
I® line réduction des salaires réels du travail qui permette au 
fermier d'apporter sur le marché un excédant de produits plus consi 
dérable ; 
"r Des perfectionnements introduits dans les méthodes agronomi 
ques ou dans les instruments de culture, et tendant aussi à accroître 
cet excédant.
        <pb n="607" />
        ŒUVRES DIVERSES 
3® La découverte de nouveaux marchés d’où il soit possible d ex 
porter le blé à un prix intérieur au coût de la production indigène. 
La première de ces causes agit d’une manière plus ou moins 
constante, suivant que létaux des salaires se rapproche plus ou moins 
de la rémunération légitime qui est nécessaire à la subsistance du 
travailleur. 
Ces oscillations des salaires sont communes à toutes les périodes des 
sociétés ; elles les accompagnent à titre égal dans la phase stationnaire, 
ascensionnelle ou rétrograde. Dans la pbast* stationnaire elles se li 
glent entièrement sur l’accroissement ou la decadence de la population. 
Dans la phase progressive elles varient suivant (|ue le capital ou la 
population se développe plus rapidement. Dans la troisième phase 
enfin, elles agissent suivant que le capital ou la population a déchu 
avec plus de rapidité. 
Comme l’expérience démontre (jue tour à tour le capital et la popu 
lation sont en avant du mouvement et que les salaires sont en eonse 
qucnce alternativement élevés et exigus, il est impossible de rien sla 
tuer de positif sur la question des profits envisagés relativement aux 
salaires. Mais je pense qu’il est possible de prouver surabondamment 
que, dans toute société où la richesse et la population sont en voie de 
progrès, les profits généraux doivent fléchir indépendamment de l’in- 
fluence des salaires, à moins toutefois (juc l’agrieultui-e n’ait été en 
richie de quelques perfectionnements ou ([UC 1 on ne puisse im|)orter 
du blé à un prix inférieur. 
Ces conclusions semblent dériver néeessairement des principes que 
nous avons considérés comme réglant les mouvements de la rente. 
Cependant elles seront diflieilemcnt acceptées par ceux qui attribuent 
la marche des profits à l’extension du commerce et à la découverte de 
nouveaux marchés où nos marchandises trou vent des prix plus élevés, 
et oil nous pouvons nous procurer a des conditions plus douces les den 
rées étrangères, — faisant ainsi abstraction totale de I état dt. la terii 
et du taux des bénéfices obtenus sur les dernières portions de capital 
agricole. Rien n’esf plus fréquent que d’entendre répéter que les pro 
fits de ragriculture ne règlent pas plus les jirofits commerciaux, que 
ces derniers n’influent eux-mêmes sur les bénéfices agricoles, (tu sou 
tient qu’ils dominent alternativement ; et si les profits du commerce 
s'élèvent elîeetivement, comme on le prétend, lors de la decouverte de 
nouveaux marchés les profits de l’agrieulture augmenteront aussi ; car 
il est admis que s’ils n’augmentaient pas on enlèverait le eajiital à la 
terre pour l’aflecfer aux ojiérations les plus avantageuses. Mais si les
        <pb n="608" />
        555 
ESSAI SER i;iNFLl ENCE DE RAS PRIX DES RI,ÉS. 
principe« dont nous avons étavé la théorie de la renie sont exacts, il 
est évident qu’au sein d’une population immobile, en face d un eapi- 
tal agricole dont on n’a fias alfaibli l’importance, il est évident, dis-je, 
que les profits de l’agriculture ne sauraient grandir ni la rente tombe:. 
Il n’y a donc ici que deux opinions possibles : ou l’on soutiendra, et 
qui est en contradiction avec toutes les lois de l’Économie politique, 
que les profits des fonds commerciaux peuvent s accroitre considéra 
blement sans réagir sur le capital agricole, ou 1 on décidera que dans 
de telles circonstances les profits du commerce doivent eux-mêmes 
rester immobiles \ 
Je me range de cette dernière opinion que je trouve d’accord avec 
la vérité. Je ne nie pas que le spéculateur qui^ le premier, découvre un 
marché nouveau et plus favorable ne puisse recueillir pendant quel- 
iiue temps et avant que la concurrence ne s’éveille, des bénéfices ex 
ceptionnels. Il pourra, en effet, vendre les marchandises qu’il exporte 
a des prix plus élevés que ceux pour (fui le nouveau marché est in 
connu, ou bien il pourra acheter les marchandises d’importation à des 
conditions plus favorables, l’ant que son industrie seule, ou jointe à 
celle de rares concurrents, exploitera ce champ commercial, ses profits 
pourront dépasser le niveau général des profits. Mais nous parlons.ici 
du tauxjuniversel des profits, non des bénéfices de qucbpies individus. 
Kt je ne doute pas que ces profits extraonlinaircs obtenus par un 
petit nombre de spéculateurs initiés à un commerce nouveau, loin d é- 
lever le taux général, ne redescendent eux-mêmes au niveau habituel. 
En effet, A mesure (jne l’exercice de ce commerce s’étendra et sera 
mieux connu, l’abondance" sans cesse croissante des inarchandisw 
étrangères et les facilités d’acquisition en feront baisser la valeur a un 
degré tel que la vente se fera au taux oi-dinaire de tous les bénéfices. 
Os conséquences sont analogues à celles qui résultent, à l’intérieur, 
de l’emploi d’agents mécaniques perfectionnés. 
• M. Maitlius me fournit ici une heureuse confirmation. Il a comparé avec jus 
tesse « le sol à la réunion d’un très-grand nombre de machines, toutes suscepti 
bles de perfectionnements continuels par le capital qu’on y consacre, mais cepen 
dant toutes caractérisées par une puissance et des qualités diverses. » Je deman 
derai alors comment les profits peuvent s’élever quand nous sommes obligés de 
mettre en œuvre celle des machines dont la puissance et les qualités sont les 
moins parfaites. Nous ne pouvons refuser de l’employer, car elle est la condition 
sine (/?ià non })our obtenir les subsistances nécessaires à la |H»pulation, subsis 
tances dont nous n’avons pas supposé que la demande edt diminué Kt qui donc 
consentirait à l’utiliser s’il pouvait recueillir ailleurs de plus grands bénéfices?
        <pb n="609" />
        ŒIJVRKS niVKRSKS. 
.VS6 
Tant que l’usage de ces machines est restreint à un seul manufac 
turier ou à un nombre très-limité de concurrents, ils peuvent en re 
cueillir des profits exceptionnels; parce qu’ils ont alors la faculte de 
vendre leurs marchandises à des prix très-supérieurs aux frais de pro 
duction. Mais aussitôt que les machines se répandent au sein de toute 
l’industrie, le prix du marché se rapproche des frais de production ac 
tuelle et ne donne plus que des profits modérés et habituels. 
rendant le cours du déplacement du capital d’une industrie à l’autre, 
les profits de celle vers laquelle il se dirige seront relativement élevés; 
mais cette hausse cessera dès l’instant où les fonds nécessaires y auront 
été mis en œuvre. Le commerce ouvre aux peuples deux voies de riches 
se : — l’une par raccroissemenl du taux général des profits ; accrois 
sement qui, selon moi, ne peut avoir lieu (ju’en vertu d’un approvision 
nement à bas prix et qui ne profite (¡u’à ceux qui tirent un revenu de 
leurs capitaux, à titre de fermier, de manufacturier, de commerçant, 
ou de capitaliste prêtant à intérêt; — l’autre, par l’abondance des mar 
chandises et par une réduction de leur valeur d’échange à laquelle tous 
les membres de la société participent. Dans le premier cas, le revenu 
du pays a reçu un véritable accroissement ; dans le second, le même re 
venu se multiplie en procurant à tous une part plus large des nécessités 
et du luxe de notre existence. 
C’est sous ce dernier point de vue*, que les nations sont appelées 
à recueillir des bienfaits de l’extension du commerce, de la division 
du travail dans les manufactures et de l'invention de puissantes ma 
chines. Tous CCS phénomènes ajoutent à la masse des denrées et con 
tribuent énergiquement à l’aisance et au bonheur de l’humanité; 
mais ils n’ont aucune influence sur le taux des profits, car ils n’aug 
mentent pas la quantité des produits relativement aux frais d’exploi 
tation agricole, et il est impossible que les autres profits s’élèvent, si 
ceux de la terre demeurent stationnaires ou rétrogrades. 
Le prix, ou plutôt la valeur des subsistances est donc le régulateur 
suprême des profits. Tout ce qui tend à faciliter la production ali 
mentaire tend à élever le taux des profits, &lt;[uelle (jiie soit, d’ailleurs, 
I abondance ou la rareté ultérieure des marchandises. Au contraire, 
tout ce qui tend à augmenter les frais de production sans accroître en 
même temps la masse des subsistances’, doit nécessairement abais- 
« Excepte lorsque le développement du commerce nous permet d’obtenir les 
subsistances à des prix véritablement plus modérés. 
* Si, par l’effet du commerce extérieur ou de l’invention des machines, le
        <pb n="610" />
        557 
KSSAI SUI{ i;INKIA]KN(;K Ul' KAS l'lUX MI S ULKS. 
ser le taux général des profits. Les possesseurs de eapUal retirent un 
double avantage des faeilités apportées a la produetion des su sis 
tances; elles élèvent les profits et augmentent le montant des arlic es 
de consommation. Des faeilités analogues dans tout autre pCnre 
ploitation ne feraient que multiplier les marehandises. 
Si donc la faculté d’obtenir des sulisistauees à bas prix est d une 
telle importance, et si l’importation libre tend à amenei ce résultat 
en réduisant le prix des blés, il faut évidemment qu’on s’arme d’ar 
guments irrésistibles propres à démontrer le danger d’une situation 
dans laquelle une partie de nos approvisionnements serait confiée aux 
étrangers. Os arguments, les seuls qu’on soit admis à invoquer dans 
cette question, sont eliectivement nécessaires pour nous amener a 
restreindre les importations et à encliainer, par conséquent, le capi al 
dans une voie qu’il abandonnerait autrement pour se diriger vers des 
opérations plus avantageuses. 
Si le pouvoir législatif se décidait à adopter un système definitit 
relativement au commeree des airéales; si, au lieu de restreindre ou 
d’encourager l’importation suivant les oscillations des prix, il autori 
sait une liberté d’écbanges perpétuelle, notre pays deviendrait indu 
bitablement et régulièrement un pays importateur. &gt;ou8 devrions ce 
caractère à la supériorité de notre riebessc et de notre population, 
comparées à celles des nations voisines et à la fertilité, de notre ter 
ritoire. C’est seulement lorsqu’un pays est relativement riebe, lors 
que ses terres les plus fertiles déjà sollicitées par la culture la plus 
habile, il se trouve conduit à exploiter les terrains inférieurs pour v 
puiser sa nourriture; lorsqu’enfin il se trouve privé, dès l’origine, 
de tous les avantages d’un sol fécond, c’est seulement alors que les 
importations de blé deviennenl favorables*. 
A tant d’avantages qui aceompagncraient dans la position spéciale 
de l’Angleterre, les importations étrangères, on ne peut opposer que 
les dan gel's d’un système qui ferait dépendre du dehors une majeure 
partie de nos subsistances. 
Il est impossible d’apprécier exactement la portée de ces dangers. 
Ils dépendent des caprices de l'opinion et n’admettent point le calcul 
sévère au(|uel il est facile de soumettre les avantages contre lesquels on 
prix (les marchandises consommées par l’ouvrier subissait une baisse, les salaires 
diminueraient; et cette circonstance, ainsi (|ue nous l’avons déjà observé, éleverait 
les bénéfices du fermier et, par cela même, le taux de tous les autres profits. 
' Ce principe a été supérieurement établi par IM. Rlaltbus dans ses Hecher- 
cheSf etc.
        <pb n="611" />
        (HDVRIvS DIVFKSKS. 
NNR 
les invo(|nc. On les réduit généralement à deux phénomènes. Ainsi : 
1® dans le cas où la guerre éclaterait, une coalition de toutes les 
puissances continentales ou riniluenee de notre principal ennemi, 
pourrait sutlirc à arrêter nos approvisionnements ordinaires; 
T lors des mauvaises récoltes au dehors, les pays d’exploitation au 
raient le pouvoir de retenir le contingent ordinaire de nos subsistan 
ces, et ils exerceraient infailliblement endroit dans le but de combler 
le délicit de leurs propres approvisionnements '. 
Si notre pays se classait régulièrement parmi les pays d’importa 
tion, et si les étrangei's pouvaient avoir conliance dans les demandes 
de notre marché, on les verrait immédiatement accroître la culture 
de leurs terres à blé, et cela, en vue d’une exportation nouvelle. 
Lorsque nous évaluons le chiffre auquel se monte, pendant quelques 
semaines seulement, la consommation de l’Angleterre en céréales, 
nous demeurons convaincus que dans le cas où le continent serait 
appelé à nous fournir une grande partie de cette consommation , la 
moindre interruption apportée au mouvement des exportations en 
gendrerait le plus vaste et le plus terrible désastre commercial. O 
désastre, il n’est aucun souverain, ni aucune coalition de souverains 
qui voulussent le provoquer, et si, d’ailleurs, les rois osaient décréter 
de telles mesures, tous les peuples se lèveraient pour probister. L’elforl 
(jue tenta Bonaparte pour arrêter l’exportation des produits naturels 
de la Bussie, contribua plus que toute autre cause à provoquer les 
efforts merveilleux que celle nation sut opposer à la puissance la 
plus colossale qu’on ait peut-être organisée contre un peuple. 
Il serait impossible de déplacer immédiatement l’énorme capital 
engagé dans la terre sans occasionner des pertes immenses et pro 
portionnelles. Déplus, I’encombremcnl des marchés extérieurs, qui, 
en réagissant sur leur a])provisionnement total, abaisseraiI à l’infini 
la valeur du blé; l’absenco de ces retours, qui sont si essentiels dans 
les combinaisons commerciales, se réuniraient pour offrir le specta 
cle d’une ruine partout envahissante. Lt s’il arrivait qu’un pays ré- 
sistAtà ces terribles catastrophes, croit-on qu'il lui resterait assez, de 
force pour conduire la guerre avec succès? Nous avons tous été té 
moins des misères de notre pays; nous avons tous connu les mal 
heurs plus grands encore qui ont affligé l’Irlande, à la suite d’une 
baisse dans le prix du blé, à l’époque même où il est avéré que 
I C’est sur cette dernière opinion quelM. Malthus insiste principalement dans 
sa dernière publication : Bases (Vnne opinion, etc.
        <pb n="612" />
        ESSAI sun i;inkluem:e m has i*hi\ i»i:s nuús. 
noire pro^ire récolte était insu Misan te, oil I iinpoi talion a été dé 
terminée par l’état des prix , et oii nous n’a\ons reswMili aucun des 
effets de l’eneomhrement ; — ipielle n’eùt pas été la grandeur du 
désastre, si le taux du blé était descendu à une 1/2 1. ster. le quarter, 
ou au huitième du prix actuel; car les effets de l’abondance ou de la 
disette sur le prix du blé obéissent a une proportion müiumenl 
plus rapide que le simple rapport de l’accroissement ou de la dimi 
nution en quantité. Voilà donc les inconvénients qu’auraient à subir 
les pays d'exportation. 
Les nôtres ne seraient certes pas légers. J’avoue qu’une diminution 
considérable dans nos approvisionnements ordinaires, se montant 
probablement au huitième delà consommation générale, serait un dés 
ordre d’une immense portée. Mais nous avons déjà obtenu du dehors 
un contingent semblable à une époque meme où la culture n’y était 
ni stimulée, ni régularist'C par notre marché, ^ous savons tous l’ef- 
licacité prodigieusi' que des prix élevés ont sur la quotité de l’offre. 
Personne ne doutera , je pense, que nous ne puissions tirer un ap 
provisionnement considérable de ces pays avec lesquels nos relations 
seront toutes pacifiques. Kt cet approvisionnement, joint à un em 
ploi économique de nos propres ressources et a la quantité de blé 
en réserve *, suffirait à nos besoins jusqu’au moment où nous aurions 
consacré à notre territoire et à une production future, le capital et le 
travail nécessaire. Je n’Iiésile pas à reconnaître que ces perturba 
tions seraient fatales; mais d’un autre côté je suis persuadé que nous 
ne serons jamais l'éduits à de telles alternatives et, qu’en dépit de la 
guerre, les pays étrangers persisteront à verser sur nos marchés le 
blé qu’ils ont cultivé pour notre consommation. A l’époque où l’ini 
mitié de Bonaparte était à son comble, oii tout commerce était probilié 
etoù une mauvaise riicolte avait renchéri nos prix, il permit d’expor 
ter du blé eu AngleWrre et distribua des licences à ex*t effet. D’ail 
leurs de tels événements n’éclatent pas tout à coup, un danger aussi 
terrible s’annonce toujours par d(is pressentiments et on saurait 
lui opjioser de puissantcis précautions. Serait-il donc sage de créer des 
lois entièrement destinées à prévenir des maux qui peut-être n’éclate 
ront jamais’? Scrait-il sage de dévorer annuellement un rev enu de quel 
ques millions dans le but de conjurer des désastres hypothétiques. 
’ Uoniine Londres devrait être un entrepôt pour les blés étrangers, cette ré 
serve pourrait atteindre un etiiffre élevé.
        <pb n="613" />
        560 
OKUVHKS DIVKRSKS. 
Lorsqu'il étudie un commerce de céréales, dégagé de toutes res 
trictions et alimenté en conséquence par les approvisionnements de 
la France et des autres pays où le prix du blé, sur le marché, ne s’é 
lève pas beaucoup au-dessus de celui auquel nous pouvons l’obtenir 
sur quelques-unes de nos terres les plus pauvres; lorsque, dis-je, U 
étudie ce phénomène commercial, M. Malthus ne tient pas assez 
compte (le la‘quantité supplémentaire qu’on créerait au dehors, si 
notre pays adoptait, comme situation normale, un système iixe d’im 
portations. Certes, si tous les pays à blé pouvaient s’en lier aux mar 
chés de l’Angleterre pour des demandes régulières; s’ils étaient assu 
rés contre les oscillations perpétuelles de notre législation alimentaire, 
qui se traduisent alternativement pai des boniücations, des restric 
tions ou des prohibitions, nul doute que la culture générale ne se 
multipliât largement, et que les dangers d’un approvisionnement 
insullisant, déterminé par de mauvaises saisons, ne devinssent moins 
probables. Des pays qui n’ont jamais contribué à notre approvision 
nement pourraient, sur la loi d’une législation immuable, diriger 
sur nos marchés de vastes exportations. 
C’est précisément à de telles époques que l’intérêt des nations 
étrangères serait plus particulièrement attaché à satisfaire nos de 
mandes. Car la valeur échangeable du blé ne grandit pas seulement 
en proportion de l’iiisullisance de l’oflre, mais deux, trois, quatre 
lois plus rapidement, suivant l’importance de la disette. Si la con 
sommation de l’Angleterre est de 10 millions de quarters, vendus, 
année moyenne , au prix de 40 millions en numéraire, et si l’appro 
visionnement se trouve diminué d’un 1/4, les 7 millions 500 mille 
(quarters ne se vendront pas seulement 40 millions, mais probable 
ment 50 millions et plus. 11 eu résulte que dans tous les cas de mau 
vaises récoltes, les pays cultivateurs se contenteront de la plus petite 
quantité de produits alimentaires, et profiteront des prix élevés de 
l’Angleterre pour écouler la masse entière du blé ravi à la con 
sommation; car le prix du blé s’accroît non - seulement par rap 
port à la monnaie, mais encore par rapport aux autres denrées. Si 
les producteurs de céréales suivaient une autre marche, ils se place 
raient, quant à la richesse, dans une situation bien inférieure à celle 
où ils se trouveraient, s’ils avaient constamment limité la culture 
du blé aux besoins de leur propre nation. 
S’ils ont consacré un capital de 100 millions à la production 
nécessaire pour leur propre subsistance, et ‘25 millions de plus à celle 
du contingent d’exportation, ils perdront dans l’année de disette le
        <pb n="614" />
        ESSAI SUR L’INFLUENCE DU BAS PRIX DES BLÉS. 068 
revenu total de ces 20 millions ; et cette perte ils ne 1 eussent pas 
supportée s’ils n’avaient pris le rôle d’exportateurs. 
Quelle que soit l’importance des restrictions imposées à leurs ex 
portations par les pays étrangers, la hausse dans le prix des blés 
s’y arrêterait toujours en raison de la quantité supplémentaire de 
céréales produite en vue de notre marché. 
Quant à la production du blé, et en prenant un seul pays pour 
point d’observation, on a remarqué que si les récoltes sont mauvai 
ses dans un district, elles sont généralement abondantes dans un au 
tre, et que si les saisons ont été fatales à un sol ou à une localité, 
elles ont été favorables à une localité et à un sol différents. C’est ainsi 
que la Providence, exerçant son pouvoir régulateur, nous a généreu 
sement protégés contre le retour fréquent des famines. S icette obser 
vation est juste, appliquée à un pays, quelle puissance n’acquiert- 
elle pas si on l etend à l’ensemble des pays qui composent notre 
monde? L’abondance d’un pays ne viendra-t-elle pas toujours suppléer 
à la disette qui afflige d’autres points : et après l’expérience person 
nelle qui nous démontre l’influence fécondante des prix élevés sur 
la masse des approvisionnements nous est-il permis de croire aux 
dangers qui nous menaceraient, si nous laissions aux importations le 
soin de nous fournir le blé nécessaire à notre consommation de quel 
ques semaines ? 
Tous les documents que j’ai consultés tendent à établir que le prix 
du blé en Hollande, c’est-à-dire dans un [)ays dont l’approvisionne- 
ment déj)eud presqu’entièrement des marchés étrangers, a été d’une 
fixité remarquable, et cela au milieu des convulsions qui ont der 
nièrement agité rEurope. Malgré l’exiguité de ce pays, un tel phé 
nomène prouve que l’effet des mauvaises saisons ne frappe pas exclu 
sivement les pays importateurs. 
Je reconnais que l’agriculture a été enrichie de nombreux perfec 
tionnements et que de grands capitaux ont été consacrés à la culture du 
sol ; mais tant d’efforts et de perfectionnements n’ont pu vaincre les 
complications naturelles qui résultent pour nous d’une richesse et 
d’une prospérité en progrès, et qui'nous obligeront à cultiver à perte 
nos terres inférieures si l’on restreint ou si l’on prohibe l’importation 
du blé. Si, dégagés des entraves de la législation, nous étions livrés 
à nous-mêmes, nous enlèverions de la culture de ces terrains arides 
les capitaux qui y sont engages, et nous demanderions à l’importa 
tion la masse de produits qu’ils nous donnent aujourd’hui. Le capi- 
{OEuv. de Ricardo.)
        <pb n="615" />
        ' ÆUVUES DIVEKSES. 
lai uiusi mol)ilÍ8é serait consacré à la tabricaüou des marcliaudb 
ses qui pourraient être exportées en échange du blé 
Cette nouvelle distribution d’une partie du capital national devrait 
otfrir plus d’avantages sous peine d’etre immédiatement rejetóe. Ce 
principe ligure au premier rang parmi ceux qui consolident la science 
de l’économie politique, et personne ne l’a admis avec plus d’ardeur 
que M. Malthus. 11 constitue la base de tous les ai gumens qu’il émet 
dans scs Observalions sur les lois des céréales, quand il balance les 
avantages et les désavantages inbérents à un commerce de blé com 
plètement libre. 
Dans quelques parties de sa dernière publication, il insisle cepen 
dant avec une très-grande sollicitude sur la déperdition de capital 
agricole que le pays aurait à supporter dans l’hypothèse d une libre 
importation; il déplore la perte de celui que la marche des événe- 
ments a rendu stérUe et dont l’emploi est pour nous aujourd’hui une 
charge onéreuse. Ou eût pu nous dire avec autant de i aison, au mo 
meut où les machines à vajieur et le métier à coton d’Arkioughir attei 
gnirent leur perfection relative, qu’il fallait les proscrire, parce qu’ils 
devaient nous faire perdre la valeur de nos machines vieillies et bar 
bares. Nul doute que les fermiers des terrains les plus pauvres n’é 
prouvent des pertes réelles ; mais la nation, en général, y trouverait un 
bénélice bien supérieur au montant de leurs pertes. Et dès que le 
transport du capital agricole aux manufactures aurait été opéré, les 
fermiers comme toutes les autres classes de la société, a l’exception 
des propriétaires,verraients’accroitre leurs prolits dans des projmrtions 
très-considérables, il serait pourtant à désirer que l’on protégeât les 
fermiei's contre les perturbations de la valeur des monnaies. En eilet, 
placés comme ils le sont sous le poids de baux stipulés en argent, ilssup 
porteraient inévitablement les pertes résultant du bas prix des bles 
comparé au taux pécuniaire de leurs contrats. 
L’existence, même temporaire, d’un haut prix pour les bkis imjiose- 
1 S’il est vrai,comme l’observe M. Malthus, qu’il u’y ait pas en Irlande de ces 
manulactures où le capital puisse ctre employé avec avantage, ce déplacement 
n’v aurait pas lieu et le capital agricole ne subirait aucune diminuliou. Dans 
cette hvDOtbèse, l’Irlande aurait le même excédant de produit eu céréales ; mais 
ce nroduit perdrait une partie de sa valeur en échange ; son revenu pourrait 
donc ainsi se trouver réduit. Mais si, ne voulant pas cultiver le sol, elle ne pou- 
vait ou ne voulait pas se livrer à l’industrie manufacturière, elle perdrait la to 
talité de son revenu.
        <pb n="616" />
        ESSAI .SUH L’lNFLÜtNCE DL BAS BKIX DES BLÉS. 5C3 
rait à la uatioii des sacrilices Dieu supérieurs aux bénéíices que les 1er- 
iuiers pourraient eu recueillir; mais il serait juste cependant d étal)lir 
pendant quelques années des droits restrictils sur 1 importation des 
céréales. On déclarerait qu’au bout de ce temps le commerce du blé 
serait libre, et que les quantités importées seraient soumises seulement 
à un droit égal à celui que l’on ¡Mourrait juger convenable d’imjioser 
au blé de notre propre territoire *. 
M. Maltlius est évidemment dans le vrai quand il dit: « Si seule* 
» meut I on étendait au loin les brillantes méthodes appliquées actuel- 
» lement a la culture de quelques parties de la Grande-Bretagne; 
» si par une accumulation progressive et par une distribution plus 
» équitable du capital et de l’art, on ramenait toute la surface du 
» pa)s aux avantages naturels du sol et de sa situation topograpbi- 
» que, la masse des produits supplémentaires serait immense et sulli- 
*&gt; rait iKiur alimenter un très-grand surcroît de population. 
Cette ré Ilex ion est vraie et, de plus, éminemment consolante. Elle 
montre que. nos ressources sout loin d’être épuisées et que nous pouvons 
prétendre u un développement de prospérité et de richesse bien supé 
rieur a celui de tous les peuples qui nous ont précédés. Mais ces ré 
sultats ¡»cuvent se réaliser egalement dans un système d’inqmrtatiou 
et dans un système de restriction, la seule dillérence éclatera dans 
la rapidité de leur marche, et rien ne s'oppose à œ que nous profi 
tions, à chaque phase de notre vie nationale, de l’ensemble des avan 
tages qui nous sont oü'erts ; rien ne s’oppose à ce que nous utili 
sions notre capital de manière à nous assurer les plus riches résultats. 
M. Malthus a, comme je l’ai déjà dit, comparé la terre à une grande 
réunion de machines susceptibles a la lois d’être incessamment per 
fectionnées par les ellorts directs du capital, et cependant caractérisés 
' Je lie partage aucunement la doctrine d’Adam Smith ou de M. Maltlius.re- 
lativemeiii à l’elfet des impôts établis sur les denrées nécessaires à la vie. Le 
premier ne trouve pas de termes assez énergiques pour les caractériser; M. Mal 
thus est plus indulgent. Tous deux pensent que ces taxes tendent beaucoup plus 
rigoureusement que les autres à diminuer le capital et la production. Je ne pré 
tends pas y voir le beau ideal des taxes : mais je ne pense pas non plus qu’ils 
nous assujettissent au cortège de maux qu’Adam Smith leur assigne relative 
ment au commerce intérieur, ni qu’ils produisent des conséquences très-dillé- 
reiites des autres impôts. Adam Smith prétendait que ces sortes de droits pesaient 
exclusivement sur le propriétaire. M. Malthus pense qu'ils se divisent entre 
le propriétaire et le consommateur. Selon moi, ils sont acquittés intégralement 
par le consommateur.
        <pb n="617" />
        UKÜVKKS DIVERSES. 
üG4 
par des qualités el des forces diverses. Serait-il ^sage aloi-s d’em 
ployer à uu très-haut prix quelques-unes des plus mauvaises ma 
chines, tandis qu’à moins de frais nous pouvons louer les meil 
leures chez nos voisins? 
Al. Alai thus croit que le bas prix pécuniaire du blé ne serait pas 
avantageux aux classes pauvres de la société, parce que la valeur 
échangeable réelle du travail, c’est-a-dirc le pouvoir qu’il a d’ache 
ter les nécessités, le bien-être, le luxe de l’existence, serait, non pas 
augmentée, mais diminuée par cette modicité de prix. Quelques-unes 
de ses observations à ce sujet sont évideimnent d’un grand poids; 
mais il n’évalue pas assez haut les conséquences d’une meilleure dis 
tribution du capital national sur le sort des classes inlérieures. 
Celte répartition nouvelle leur serait favorable en ce qu’elle per 
mettrait au même capital d’employer plus de bras; de plus, des 
profits additionnels conduiraient a une accumulation additionnelle, 
et la population recevrait ainsi de ces hauts salaires un stimulant 
énergique, qui ne larderait pas à améliorer la condition des travail 
leurs. 
les conséquences du ces événements sur les intérêts des classes la 
borieuses ressembleraient a celles que produisent des perfectionne 
ments mécaniques, dont on ne nie plus de nos jours la tendance a 
élever les salaires réels du travail. 
Al. Alalthus dit encore « que, de toutes les classes commerciales 
» et manufacturières, celles directement engagées dans les opérations 
» extérieures sont les seules qui puissent profiler du système des 
» importations libres. » 
Si le coup d’œil que nous avons jeté sur la rente est exact; si elle 
s’élève a mesure que les profits généraux baissent, pour lléchir au 
moment où ils augmentent; enfin, si, comme l’a admis cl habile 
ment démonUé Ai. Alalthus, l’eüct immédiat des importations est 
d’abaisser la rente, tous ceux qui prennent part au commerce, tous 
les capitalistes, qu’ils soient fermiers, manufacturiers, ou commer 
çants, recevront une grande augmentation de profits. Toute baisse 
produite dans le prix du blé par des perfectionnements agricoles ou 
par des importations afiaiblira la valeur échangeable du blé, sans 
réagir sur le prix des autres marchandises. Si donc le jn ix du travail 
tombe, comme il doit nécessairement le faire quand le prix du blé 
diminue, les profils de toute nature devront grandir, et pei-sonne 
n’est plus appelé que les classes manulaclurièrcs et commerciales à 
■ recueillir les bénéfices de ces mouvements économiques.
        <pb n="618" />
        ESSAI SlIR L’INFLUENCE DU BAS PRIX DES BLÉS. 
Si la chute de la rente, en diminuant les ressources des proprié 
taires, diminue aussi la demande de marchandises nationales, celle-ci 
s’accroît d’un autre côté dans une proportion bien plus considéra 
ble, en raison de l’opulence ascendante des classes commerciales. 
Je suis loin de croire que des restrictions imposées à l’importation 
du blé puissent nous enlever une partie de notre commerce extérieur, 
et sur ce point je suis d’accord avec &gt;i. Malt h us. Mais ce commerce 
prendrait un immense développement dans l’hypothèse de libres opé 
rations; et, d’ailleurs, la question n’est pas de savoir si nous pour 
rions conserver à notre commerce extérieur toute son importance, 
mais bien si, dans les deux cas , nous en retirerions des bénéfices 
égaux. 
La liberté commerciale et le bas prix des blés n’augmenteraient ni 
ne réduiraient la valeur de nos marebandises au dehors; mais le prix 
de revient pour nos manufactures serait bien différent dans le cas 
où le taux du blé, au lien de s’élever à 80 shillings le quarter, 
descendrait à 60 shillings. Conséquemment les profits s’accroîtraient 
de toutes les sommes épargnées dans la production des marchandi 
ses exportées. 
M. Malthns produit une observation qui déjà avait été faite par 
Hume, c’est-à-dire que le renchérissement des prix exerce une in 
fluence magique sur la marche de l’industrie : il en conclut que les 
effets de toute baisse doivent être radicalement contraires et désas 
treux. On a constamment envisagé l’accroissement des prix comme 
un contre-poids destiné à combattre avantageusement le cortège des 
désordres qui résultent de toute dépréciation survenue dans la mon 
naie, soit par une chute réelle dans la valeur des métaux précieux, 
soit par la surélévation arbitraire des dénominations numéraires, soit 
enfin, par des émissions exagérées de papier monnaie. Dans toutes 
ces circonstances on l’a considéré comme favorable, parce qu’il amé 
liore la situation des classes commerciales aux dépens de ceux qui 
jouissent de revenus fixes, et parce que c’est principalement au sein 
de CCS classes que s’accumulent les grands capitaux, que se développe 
le travail productif. 
TiC retour vers un système monétaire plus régulier, retour si dési 
rable, tendrait à paralyser momentanément l’accumulation et le tra 
vail, en blessant les intérêts de la portion industrieuse de la nation ; 
or, ajoute-t-on, c’est là l’effet d’une baisse dans les prix. M. Malthns 
suppose qu’une réduction dans la valeur des céréales produirait les 
mêmes effets. Quand bien même l’observation de Hume serait fon
        <pb n="619" />
        OEUVRES DIVERSES. 
dëe en principe, on n’aurait aucun droit à l’appliquer ici, car 
les produits que le manufacturier aurait à vendre resteraient au 
même prix. L’avilissement de la valeur atteindrait seulement les 
objets qu’il doit acheter, nommément le blé et le travail, et servi 
rait aussi à multiplier ses profits. Je dois redire ici, qu’une hausse 
dans la valeur de la monnaie abaisse le prix de toutes choses; tandis 
qu’une baisse dans le prix du blé réduit seulement les salaires du 
travail, et par cela môme, élève le taux des profits. 
Si donc la prospérité de la classe commerciale conduit inévitable 
ment à l’accumulation des capitaux et aux progrès des industriels fé 
condes, on doit se rallier à une baisse dans les prix des blés comme 
au moyen le plus sûr pour atteindre ce résultat \ 
Je ne saurais approuver comme M. Malthus cette opinion d’Adam 
e Cette conclusion serait désolante, s’il était vrai que l’abaissement du prix 
des céréales dût réagir fatalement sur les salaires. Dans ce cas, loin d’ouvrir 
largement les portes aux importations étrangères, loin de favoriser le pro 
grès des méthodes agronomiques, loin de multiplier les moissons dans un pays 
et de verser l’abondance à pleines mains ; dans ce cas, disons-nous, il faudrait re 
dresser les barrières abattues, briser les charrues, faire brûler, par la main du 
bourreau, les traités d’agriculture, afin de diminuer la masse des céréales pro 
duites, d’en augmenter conséquemment les prix, et d’en faire une denrée de luxe. 
Après quoi il ne resterait plus aux ouvriers qu’à opter entre les deux conseils qui 
leur furent donnés au dix-huitième siècle par une princesse et par un traitant : — 
ils auraient à manger de la brioche ou à brouter l’herbe des prés. Ricardo 
penche pour la brioche, car il ne peut séparer, dans ses abstractions, la hausse 
des salaires de l’élévation des prix : nous, au contraire, nous craignons la plus 
horrible détresse, car nous avons pour nous la logique des idées et la logique 
des faits, car nous avons le compte des générations mortes au souffle de la fa 
mine, car nous savons ce que des prix de 3» francs l’hectolitre et de 100 sch le 
quarter ont produit de faillites, de douleurs, de secousses sanglantes en Franc« et 
en Angleterre. Nous ne saurions, d’ailleurs, nous résigner aussi facilement que le 
savant économiste anglais, à voir ainsi grandir les profits aux dépens des salaires, 
et nous ne verrions aucun progrès dans un système qui, renversant toutes les lois 
de la charité et du bon sens, tailleraient dans les haillons du pauvre de quoi vêtir 
les riches Notre cri serait, dans le système de Ricardo, en faveur des monopoles, 
des restrictions, des impôts, en un mot de tout ce qui accroît la valeur des cho 
ses,contre tout ce qui tend à niveler le bien-être : et au lieu d’être les disciples de 
Smith, de Say et de Cobden, nous chercherions encore à réaliser, avec une ba 
lance et des faux poids, — le rêve des mercantilistes. Mais nous croyons avoir 
démontré déjà que Ricardo se trompe, que le bas prix des subsistances est un pro 
grès aussi bien que le bas prix des objets manufacturés, des livres, des transports, 
et que le grand problème économique de l’avenir doit être précisément de donner 
une marche ascendante aux salaires et une marche rétrograde aux prix. A. F.
        <pb n="620" />
        ESSAI SUR L’INFLUENCE DU BAS PRIX DES BLÉS. .W7 
Smith, « qu’à quantités éj^alcs, le travail productif consacré au\ ma- 
» nufactures ne peut /awa?s donner des résultats aussi beaux qu en 
» aprieulture. » Je suppose qu’il a laissé échapper ce mot de jamaia, 
qui ramènerait ici son opinion à la doctrine des économistes plutôt 
qu’à ses théories personnelles; car il a établi, et selon moi très-exac 
tement, qu’au début d’une nouvelle nation, et dans toutes les phases 
de son développement ultérieur il est une portion des capitaux agri 
coles, dont l’emploi est simplement destiné à produire les profits or 
dinaires du capital, et dont on ne retire aucune rente. Il est positif 
que le travail, appliqué à de telles terres, ne sera jamais aussi fé 
cond que le môme travail engagé dans l’industrie manufacturière. 
La différence n’est pas grande au fond, et nous en ferons volontiers 
abstraction en raison de la sécurité, de la considération qui accom 
pagnent les capitaux consacrés à l’agriculture; mais dans 1 enfance 
des sociétés, à cette époque de leur existence où la rente n’existe pas 
encore, le produit des capitaux engagés dans l’industrie et dans les 
instruments de culture n’égale-t-il pas au moins le quantum repro 
ductif des fonds consacrés aux exploitations agricoles? 
Cette opinion diffère cependant des doctrines générales que 
M. Malthus a si habilement fondées dans un dernier écrit et dans 
toutes scs autres publications. Dans scs Recherches, en parlant de ce 
que je considère comme analogue à l’opinion d’Adam Smith , il dit : 
« Je ne puis cependant pas reconnaître avec lui que toute terre sur 
» laquelle on recueille des subsistances doive nécessairement produire 
» un fermage. Les terrains que le progrès des civilisations tend à 
» faire exploiter successivement peuvent suffire à ne payer que les 
-) profits et le travail. Un profit convenable sur l’ensemble des capi- 
» taux engagés, y compris nécessairement les salaires.du travail, 
•&gt; sera toujours un appât suffisant pour les cultivateurs. • Tæs mêmes 
motifs conduiront quelques individus à fabriquer des marchandises, 
et ces deux natures de profits seront, à des époques analogues de la 
vie sociale, ramenées à un taux à peu près équivalent. 
J’ai eu souvent occasion de constater dans le cours de ces dé 
ductions que la rente ne tombe jamais sans déterminer une hausse 
immédiate dans les profits du capital. S’il nous plaît aujourd’hui 
d’importer le blé plutôt que de le récolter à l’intérieur, nous n’au 
rons obéi qu’à une seule influence, l’attrait d’un prix plus favorable. 
Si nous réalisons effectivement ces importations, la dernière portion 
de capital appliquée au sol, et improductive de rente, sera mobi 
lisée. La rente baissera, les profits s’élèveront, et une antre fraction
        <pb n="621" />
        OEUVRES DIVERSES. 
M68 
du capital agricole sc substituera à celle-ci pour ne produire que les 
profits habituels du capital. 
Si l’on peut importer le blé à un taux moins élevé que celui au 
quel nous le livrerait l’exploitation d’un second terrain déjà plus 
fertile, la rente descendra encore, les profits s’élèveront, et une 
nouvelle terre d’une catégorie supérieure sera mise en culture pour 
ne produire exclusivement ([ue des profits. A chaque phase de notre 
développement social des profits du capital croîtront, la rente 
baissera et de nouvelles terres seront abandonnées. Le pays jouira 
ainsi de toute la différence entre le prix de revient du blé à l’inté 
rieur et le prix auquel on peut l’introduire, et cette différence sera 
prélevée sur l’ensemble des importations. 
M. Maltlius a exposé avec la plus grande habileté l’effet du bas 
prix des céréales sur ceux qui contribuent à servir l’intérêt de notre 
énorme dette, .l’adopte complètement un grand nombre de scs con 
clusions à ce sujet. Une réduction majeure dans le prix du blé don 
nerait certainement une puissante impulsion à la richesse de l’An 
gleterre, mais la valeur monétaire de cette richesse serait diminuée. 
Elle serait diminuée, dis je, de toute la différence introduite dans 
la valeur pécuniaire du blé consommé; elle s’accroîtrait, au con 
traire, de l’excédant de valeur échangeable acquis par l’ensemble 
des marchandises qu’on exj)orterait contre les céréales. Il y aurait 
toutefois inégalité sensible entre le dernier phénomène et le pre 
mier, et la valeur monétaire de nos marchandises tomberait inévi 
tablement dans une grande proportion. 
Mais cette diminution réelle dans la valeur de toutes nos mar 
chandises ne prouve en aucune manière que notre revenu annuel 
doive fléchir au même degré. Les partisans de l’ihqmrtalion basent 
la supériorité de cette opinion sur la certitude où ils sont que le re 
venu ne subirait pas une telle réduction; et comme les taxes s’ac 
quittent au moyen de notre revenu, il en résulte (|U en réalité le far 
deau ne serait pas aggravé. 
Supposons que le revenu d’un pays descende de 10 à Í) millions à 
une époque où la valeur de la moiiuaic aura été altérée dans le rap 
port de 10 à 8. Un tel pays jouirait d'un revenu net plus considé 
rabie après avoir payé un million sur la somme la plus petite, (|u’à 
près l'avoir prélevé sur la somme la plus considérable. 
Il est positif encore que le détenteur de fonds publics recevrait 
une valeur réelle, supérieure aux termes des conventions stipulées, 
pour les emprunts des dernières années; mais comme ils contri-
        <pb n="622" />
        569 
ESSAI SUR L’INFLUENCE DU BAS PRIX DES BLÉS, 
huent aussi très-largement aux charges publiques, et par consé 
quent au paiement des intérêts qu’ils reçoivent, ils supporteraient 
en dernier ressort une portion assez importante des contributions. 
Et si nous évaluons rigoureusement la valeur des profits additionnels 
répartis aux classes commerciales, nous reconnaîtrons qu eu dépit 
d’une augmentation d’impôt elles gagnent encore à ces mouvements 
économiques. 
Quant au propriétaire, seul il en souffrirait, car il devrait payer 
davantage non-seulement sans compensation immédiate et propor 
tionnelle, mais encore avec une rente affaiblie. 
Les créanciers de l’État et ceux qui vivent de revenus fixes pour 
ront objecter légitimement que le poids de la guerre s est surtout 
appesanti sur eux. La valeur de leur revenu s est en effet affaiblie en 
raison du renchérissement des blés et d’une dépréciation de papier- 
monnaie survenue à une époque où l’avilissement des fonds publics 
avait fortement diminué la valeur de leur capital. Us ont eu grave 
ment à souffrir aussi des récentes violations du fonds d’amortissement, 
violations qui constituent la plus criante injustice, et qu’on,menace 
d étendre au mépris des engagements les plus solennels. Le fonds 
d’amortissement entre en effet dans les termes du contrat comme le 
service des dividendes, et c’est méconnaître complètement les vrais 
principes que d’en faire une source de revenus. C’est dans l’exten 
sion de ce capital que nous devons placer les moyens de soutenir les 
guerres futures, à moins cependant que nous ne soyons préparés à 
abandonner le système entier des dettes fondées. Attenter au fonds 
d’amortissement, c’est obtenir un secours passager par le sacrifice 
d’avantages futurs considérables, c'est renverser de fond en comble 
le système conçu par M. l’itt lorsqu’il créa ce fonds spécial. Il agit 
alors avec la persuasion qu’un léger sacrifice actuel devrait conduire 
à d’immenses résultats pour l’avenir. Nous avons été témoins des 
bienfaits provoqués par sa détermination inflexible de ne jamais 
porter atteinte au fonds d’amortissement. Au milieu même de notre 
plus grande détresse financière, à une époque où le 3 p. 0/D était 
descendu à 18, nous l’avons vu obéir à cette loi souveraine, et nous 
ne saurions, je pense, hésiter à croire qu’il n’eût pas appuyé les me 
sures qui ont été adoptées. 
Pour reprendre cependant mon sujet, je terminerai en disant 
quels seraient mes regrets si l’on accordait à des considérations par 
ticulières, pour telle ou telle classe, le droit d’arrêter le développe 
ment de notre richesse et de notre population. Si les intérêts des pro-
        <pb n="623" />
        Í570 OEUVRES DIVERSES. 
priétaires ont assez d’importance pour nous déterminer à rejeter tous 
les bénéfices qui découlent de l’importation des céréales à bas pri%, 
ils doivent aussi nous conduire à proscrire tous les perfectionnements 
qu’on pourrait appliquer à l’agriculture et aux instruments aratoi 
res; car il est clair que, pendant un certain temps, ces améliorations 
contribueront aussi puissamment que l’introduction des céréales à 
abaisser le taux des rentes et le prix du blé, et à diminuer les res 
sources avec lesquelles le propriétaire doit acquitter les impôts. Pour 
être conséquents alors, il nous faut prohiber d une main les im|&gt;or 
tâtions et proscrire de l’autre tout progrès.
        <pb n="624" />
        PROPOSITIONS 
TENDANT A L’ÉÏAliLISSEMENT 
b’üNE 
CIRCULATION MONÉTAIRE 
ÉCONOMIQUE ET SURE; 
SUIVIES d’observations 
SUR 
LES PKOFITS DE LA BANQUE D’ANGLETEBBE 
ENVISAGÉS RELATIVEMENT AU PUBLIC ET AUX ACTIONNAIRES 
DE SON FONDS SOCIAL.
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        INTRODUCTION. 
T.es questions importantes qui vont suivre et qui touelient aux 
intérêts de la Banque d’Angleterre, seront soumises dans la prochaine 
session aux discussions du Parlement. 
Premièrement. La Banque seVa-t-elle obligée de rembourser ses 
billets sur demande et en espèces? 
Secondement. Introduira-t-on quelques modifications dans les ter 
mes du contrat de 1808, consenti entre le gouvernement et la Banque 
pour la gestion de la dette publique. 
troisièmement. Quelle compensation doit exiger le public pour 
l’ensemble des dépôts qui constituent une source si importante de re 
venus pour la Banque ? 
Sous le rapport de l’importance, la première question a une baute 
supériorité sur les deux autres; mais tant d’écrivains se sont déjà 
donné rendez-vous sur le terrain de la circulation et des lois auxquel 
les elle doit obéir, que j’hésiterais à imposer au lecteur de nouvelles 
considérations, si je ne pensais qu’il peut être infiniment avantageux 
pour nous d’adopter un système monétaire plus économique. Or, 
pour exposer ce système, il sera nécessaire de préluder rapidement par 
quelques-uns des principes généraux que l’on admet comme les ré 
gulateurs de la circulation, et qu’il faut savoir venger des objections 
qu’on leur a opposées. 
Les deux autres questions, quoique moins importantes, emprun 
tent au malaise de nos finances, et à l’urgence d’une direction sa 
gement économe, un intérêt d’actualité qui les recommande sérieu 
sement à l’attention du Barlepicnt. Si un examen scrupuleux nous 
démontre que les fonctions accomplies par la Banque au nom du 
public sont rétribuées avec prodigalité; s’il est démontré que 
cette opulente corporation a successivement accumulé un trésor 
dont il n’existe pas d’exemple ; s’il est enfin établi que cette 
richesse n’a été recueillie qu’aux dépens du public et à la faveur 
de la négligence et de l’incurie des gouvernants, nous espérons qu on
        <pb n="627" />
        ŒUVRES DIVERSES. 
Ö74 
prendra de meilleurs arrangements. Et ees arrangements, tout en 
garantissant à la Banque une juste rémunération pour la responsabi 
lité et les soins qu’exige l’administration de la dette, devront aussi 
prévenir tout gaspillage des deniers publics. 
On reconnaîtra, selon moi, que la guerre, dont le poids a été si 
accablant pour la plupart des classes sociales, a au contraire produit 
a la Banque des bénélices inattendus, et que la prospérité de cette 
association a été en raison directe des charges et du malaise de la 
nation. 
La suspension des paiements en espèces de la Banque, provoquée 
par la guerre, lui permit d’élever le montant de ses billets eu circula 
tion, de ri millions a iS millions. D’un autre côté, elle l’alVrancbit 
de l’obligation de conserver une réserve considérable en numé 
raire et en lingots, et fertilisa ainsi la partie improductive de son 
capital. , 1.1 
La guerre a aussi accru la dette publique non racbetee, dont la 
gestion a été confiée a la Banque, et qui s’est élevée de ÜÜ à 830 
millions. Il en résulte que, même après avoir réduit la rémunération 
de la Banque, elle recevra cette année, pour l’administration de la 
dette publique seule, 277,000 1.; tandis qu’en 1702 le total de la 
commission allouée pour ce service ne lut que de 00,8001. 
C’est enfin a la guerre que la Banque doit la multi¡)lication des 
dépôts publics. Lu 1702 CCS dépôts n’atteignaient probablement pas 
4 millions'.nous savons qu’en 1800, et depuis lors, ils ont généra 
lement dépassé 11 millions. 
Il me semble irrécusable que les,fonctions que la Banque accom- 
ulil au iioin de la société poucraicul cire coiiliécs a des agents l'uld.es, 
établis dans des bureaux spéciaux, et s’exécuter au moyeu d une 
économie aunueUe de prés d’un demi-million. 
lin 1780 les auditeurs des comptes élalilircnt que, selon leur opi 
nion, le gouvernement pouvait administrer la dette publiqne qui 
se montait alors à T24 uiiUious, a raison de 187 1. 10 s. par mi - 
lion. La banque reçoit aujourd’liui, pour une dette de 830 iiid- 
lioiis, 340 1. par milüou, jusqu’à coueurreuce de «00 nulbous, e 
300 1. par million sur le reste de la somme totale. ^ 
On ne saurait élever de plaintes contre le mode d après leque 
s’eilectucut les opérations à la Banque. Dans chaque bureau éclatent 
a la fois l’IiabUeté, la régularité, l’ordie; il n’est pas probable que 
lesebangements qu’on y introduirait, puissent jamais """sOWur de 
améliorations. De plus, ou s’appuiera sans doute sur le contrat qui
        <pb n="628" />
        ÉÏABLISSEM. D’UNE CIKCÜLATION MONETAIRE. — INTROD. 575 
la nation à la Banque, pour repousser toute tentative de modifica 
tion. J’ai toujours pensé qu’il y avait, entre les services rendus par 
la Banque au public et la grandeur du privilège qui lui a été concédé 
lors du renouvellement de la charte, une disproportion déjà mani 
feste, et qui s’aggrave encore en raison de l’époque et des circonstan 
ces où cette concession a été faite ; je ne demanderai pourtant pas la 
révision du contrat, et je laisserai la Banque jouir en paix de tous les 
fruits d’un marché aussi imprudent et aussi inégal. 
Mais l’arrangement conclu en 1808, pour radministration de la 
dette nationale, se distingue profondément, selon moi, du traité ci- 
dessus , et les deux parties sont en droit de l’annuler. 11 ne se trouve 
limité par aucune date et ne peut avoir aucune connexité néces 
saire avec la durée de la charte, qui fut rédigée huit ans auparavant ^ 
d ailleurs comme il s’applique aux circonstances qui présidèrent à 
son adoption ou qui la suivirent de quelques années seulement, il 
perd, parcela même, tout caractère obligatoire. C’est ce que M. Per 
ceval a établi dans le passage suivant de sa lettre à la Banque, datée 
du 15 janvier 1805, et dans laquelle il déclare accepter l’échelle des 
a! locations proposées par la Banque pour la gestion des deniers pu 
blics. « Sous l’influence de ces faits, dit M. Perceval, j’incline for 
tement vers l’adoption du projet de la Banque, en ce qui touche 
aux faits secondaires du contrat; et dès lors, j’accède à 1 échelle d in 
demnités qu elle propose ; mais celle échelle doil se rapparier rigou- 
reuscmenl aux circonslances acluelles ou à celles que peuvenl ame 
ner un pelil nombre d’années. Huit années se sont écoulées depuis , 
et pendant ces huit années la dette non rachetée s’est accrue de 280 
millions. Dira-t-on , alors, qu’aucune des parties n’a ni ne peut ja 
mais avoir le droit d’annuler cette convention , ou d’y introduire 
les modifications dictées par le temps et par les événements? « 
J’ai contracté envers M. Grenfell une dette importante; car je 
n’ai guère fait que reproduire, dans cette partie du sujet, ses argu 
ments et ses conclusions. J’ai voulu offrir aussi mon tribut à une 
cause qu’il a si puissamment plaidée au parlement et dans laquelle 
le succès ne peut manquer de couronner ses efforts.
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        PROPOSITIONS 
TENDAM A L'ÉTABLISSEMENT 
D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE 
ÉCONOMIQUE ET SURE. 
SECTION PREMIÈRE. 
Tout principe d’uniformité dans les agents de circulation est un principe de perfection. 
— De l’emploi d’une matière type : — examen des objections que ce système à sou 
levées. 
Les écrivains qui ont traité le sujet des monnaies ont unanime 
ment reconnu que r uniformité dans la valeur des agents de circula 
tion est un résultat éminemment désirable. C’est pourquoi nous de 
vons adopter tous les perfectionnements qui semblent de nature à 
déterminer, par la diminution des causes de variations, un progrès 
vers ce but. il n’est pas possible d’imaginer un système qui conserve 
à la valeur (le la monnaie une uniformité absolue ; car elle subira 
toujours les variations auxquelles reste assujettie la matière même 
qu’on a prise pour étalon. 
'Faut (ju on admettra les métaux précieux comme Liases de notre 
circulation, la monnaie devra nécessairement éprouver les mêmes 
variations de valeur que ces métaux. C’est probablement à la fixité 
de la \aleur relative des métaux précieux , qu’il faut attribuer la 
préférence qu’on leur a accordée dans tous les pays comme mesu 
res de la valeur des autres objets. 
Un peut considérer toute circulation comme parfaite, lorsqu’elle 
possède un étalon invariable, lorsqu’elle se rapporte toujours à cet 
étalon, et eniin, lorsqu elle comporte dans son mouvement la plus 
"gwmdr'Cconomie. 
i&gt;armi les avantages d’une circulation de papier sur une circula 
tion métallique, il ne faut pas placer au dernier rang la facilité 
avec laquelle on peut en varier la quantité, suivant les exigences 
du commerce ou des circonstances accidentelles. Cette facilité per 
met en eilet d’atteindre sûrement et économiquement, mais dans 
[OEuv. de Ricardo.) 37
        <pb n="631" />
        578 
OEUVRES DIVERSES. 
les limites du possible, le résultat si désirable d’une monnaie qui 
serait douée d’une valeur uniforme. 
La quantité de métal employée comme numéraire dans tout pays 
qui eüectue ses paiements en monnaie métallique, ou la quantité de 
métal a laquelle s’est substituée la monnaie de papier, que celle-ci- 
soit d’ailleurs partiellement ou exclusivement employée, doit dé 
pendre de trois choses : premièrement, de sa valeur; secondement, du 
montant ou de l’importance des paiements à effectuer ; et troisième 
ment, du degré d’économie obtenu en faisant ces paiements. 
Un pays qui adopterait l’or pour étalon monétaire n’exigerait 
que la quinzième partie du métal qui lui eut été nécessaire en em 
ployant l’argent : il en demanderait neuf cents fois moins que dans 
le cas où sa circulation s’effectuerait par l’intermédiaire du cuivre ; 
car le rapport approximatif de l’or à l’argent et au cuivre est de 
15 : 1, et 900 : 1. Si l’on attachait la dénomination de livre à un 
poids donné de ces métaux, il faudrait dans le premier cas quinze 
fois plus de livres et neuf cents fois plus dans l’autre. Ces résultats, 
faciles à vérifier, sont d ailleurs complètement indé])endaut des sys 
tèmes qui emploieraient les métaux eux-mèmes à titre de Circulalinij- 
mediumj ou leur substitueraient, en tout ou en partie, des signes eu 
papier. 
De plus, si une nation employ ait uniformément le même métal 
comme type, la quantité de monnaie dont elle aurait besoin serait 
eu rapport inverse avec la valeur du métal adopté. Supposons que ce 
métal soit l’argent et que, par la difliculté des travaux d’extraction, 
il ait doublé de valeur, il suffirait alors de la moitié de sa quantité 
primitive pour les fonctions de monnaie. De même si, tout en 
conservant 1 argent pour étalon, le mouvement de la circulation im 
posait entièrement sur le papier, pour conserver a ce ¡»apier sa va 
leur eu lingots, il faudrait le réduire de moitié. On démontrerait en 
core de même que, si l’argent redescendait à sa première \aleur, 
relativement aux autres marchandises, il en faudrait une quantité 
double pour opérer l’échange de la même quantité d’objets, l^orsque 
dans un pays le nombre des o^)érations s’accroît par le fait d’une 
opulence et d’une industrie eu progrès, tandis que les lingots con 
servent leur valeur, et l’usage de la monnaie son économie, on voit 
la monnaie hausser de valeur, en raison de l’emploi multiplié qui eu 
est fait. Cette supériorité sur la valeur des lingots subsistera incinê 
tant que la quantité n’en aura pas été accrue, soit par des émissions 
de papier, soit par le monnayage de lingots. U y aura plus de mar-
        <pb n="632" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 579 
chandises achetées et vendues, mais à plus bas prix : si bien, que la 
même monnaie suivra une progression équivalente à 1 accroissement 
du nombre des affaires, par cela seul qu elle figurera dans chaque 
opération pour une valeur plus forte. La valeur de la monnaie ne 
dépend donc pas entièrement de sa quantité absolue, mais de sa 
quantité relativement aux paiements qu elle doit servir à effectuer. 
Aussi observera-t-ou des effets analogues dans les deux hypothèses 
suivantes : celle de l’accroissement d’un dixième dans l’usage de la 
monnaie, et eelle de la diminution d’un dixième dans les agents de 
circulation ; car dans les deux cas leur valeur haussera d’un dixième. 
C’est la supériorité de la \aleur de la monnaie sur celle des lingots 
qui, dans un état de circulation normale, devient la cause de son 
accroissement en quantité j car alors s offre le débouché que doit 
combler une plus forte émission de papier-monnaie ou un mon 
nayage de lingots ; — deux opérations dont on peut sûrement atten 
dre des bénéfices dans de telles circonstances. 
Dire que La monnaie a une valeur supérieure à celle des lingots ou 
de l’étalon, c’est dire que sur le marché les lingots se vendent au- 
dessous du prix de la Monnaie. On pourra donc les acheter, les fon 
dre, les émettre à titre de coin, et eu retirer un profit équivalant à 
la différence qui sépare le prix du marché de celui de la Monnaie. Le 
prix de l’or à la Monnaie est de 3 1. 17 s. lü 1/2 d, j si, par le fait 
d’une opulence progressive, les ventes et les achats de marchandises 
se multipliaient sensiblement, l’effet le plus immédiat de ce mouve 
ment économique serait d’élever la valeur de la monnaie. Les pro 
portions de l’or-monnaie à l’or-liugot se transformeraient; au lieu 
d’être de 3 1. 17 s. 10 1/2 d. de coins d’or pour une once de lingots, 
elles descendraient à 3 1. 15 s. ü d : et il résulterait un profit de 
2 s. 10 1/2 d. sur chaque once d’or que l’on ferait frapper à la Mon 
naie. Ce profit ne serait toutefois qu’éventuel. Lu effet les contin 
gents monétaires qui viendraient ainsi grossir la cüculation abaisse 
raient d’un côté sa valeur, tandis que de l’autre, la diminution 
graduelle des lingots tendrait à élever le taux de l’or-métal sur le 
marché : de sorte (jue l’une ou l’autre de ces causes rétablirait in 
failliblement l’équilihre dans leur valeur relative. 
Nous pouvons conclure de ces faits que, si l’on répond aux be 
soins multipliés de la circulation eu émettant du numéraire, la va 
leur des lingots et de la monnaie éprouvera pendant quelque temps 
une hausse qui survivra même au jour où le niveau aura été rétabli. 
Cette circonstance, quoique souvent inévitable , di'vient grave en ce
        <pb n="633" />
        580 íJKUVKKS DIVERSES. 
I qu’ell^portc alleiiite aux contrats antérieurs : le moyen d'obvier a 
! ces inconvénients repose dans rémission d’une monnaie de papier. 
Car cette mesure, ne multipliant point les demandes de lingots, 
leur laisse la même valeur : et, d’un autre côté, elle proportionne 
aussi le nouveau papier à cette valeur. 
Ainsi donc, une sage distribution du papier augmentera les avan 
tages qui accompagnent ce régime monétaire, et donnera a la valeur 
du circulaling-medium , au moyen duquel s’elïectuent tous les paie- 
I ments, une uniformité, une fixité qu’on cberclierait en vain à ob 
tenir par d’autres moyens. 
l.a valeur de la monnaie et le montant des paiements restant d’ail 
leurs les mêmes, la quantité de monnaie nécessaire doit dépendre 
du degré d’économie avec lequel on l’emploie. Si l’on cessait d’eilcc- 
tuer les paiements au moyen des mandats (checlis) sur les banquiers ; 
si l’on renonçait à un système qui réduit ainsi les mouvements de 
la monnaie à de simples transports de comptabilité, et qui permet 
d’acquitter des millions au moyen de quelques billets de banque et 
d’un peu de numéraire, il est évident qu’il faudrait accroître consi 
dérablement le circwiaitnjy medium, ou, ce qui revient au même, il 
est évident que la même quantité de monnaie jouirait d’une valeur 
courante plus élevée et tendrait à entrer en équilibre avec impor 
tance des paiements additionnels. 
'J outes les fois que la eoniiance semble éteinte entre les commer 
çants, ils répugnent naturellement a opérer sur crédit et a accepter 
mutuellement eu paiement leurs mandats, leurs billets, ou leurs let 
tres de change : il faudra donc plus d’agents monétaires, métalliques 
ou non. Or l’avantage d’une monnaie de papier, établie sur de sages 
principes, consiste à pouvoir satisfaire immédiatement a des besoins 
supplémentaires, sans occasionner de cbangements dans la valeur gé 
nérale de la circulation comparée avec les lingots ou avec toute autre 
marchandise. Quant au système des agents métalliques, il exclut cette 
promptitude d’opérations et laisse toujours après les nouvelles émis 
sions une valeur additionnelle qui réagit sur les signes monétaires 
aussi bien que sur les lingots. 
SECTION DEUXIÈME. 
De l’euiploi d’une matière type. Examen des objections que ce système a soulevées. 
Pendant le cours des dernières discussions sur la question des lin-
        <pb n="634" />
        DE I;ÉT\BLISSEMENT D’UNE ClUCUïATlON MONETAIRE. .^&gt;81 
sols, on a soutenu avec tonte l’autorité des principes qn une circu 
lation, pour être parfaite, devrait avoir une valeur immuable. 
Mais on ajoutait aussi que le Mil de restriction avait donné ce carac 
tère à la nôtre; on soutenait que cette mesure avait sagement déshérité 
l’or et l’arsent du rôle d’étalons monétaires, et qu’en fait un billet 
d’une livre ne variait et ne devait pas plus varier relativement à une 
certaine qualité d’or que relativement à toutes les autres marchandi 
ses. C’est à sir .lames Stewart* que nous devons, je pense, l’idée pre 
mière d’une circulation affranchie de tout étalon particulier; mais il 
n’a été donné encore à personne de nous indiquer le contrôle qui doit 
servir à fonder l’uniformité de la valeur dans un système monétaire, 
ainsi conçu. Ceux qui ont émis cette opinion n ont pas remarqué 
qu’une telle circulation, loin d’être invariable, restait soumise aux 
plus grandes fluctuations, que la seule fonction dévolue à l’étalon 
consiste à répler la quantité, et avec la quantité, la valeur de la cir 
culation; qu’enfin, sans un criterinm reconnu, elle demeurerait ex 
posée à toutes les variations qui naîtraient de l’isTiorancc et del a- 
vidité de ceux qui l’émettent. 
On a prétendu, il est vrai, que nous devons calculer sa valeur en 
la comparant avec l’ensemble de toutes les marchandises, et non 
avec telle ou telle marchandise spéciale. Mais en admettant même, 
ce qui est contraire &lt;i toute probabilité, que les créateurs de la mon 
naie de papier voulussent régler le montant de la circulation sur ( es 
bases, ils n’auraient aucun moyen pour le faire ; car les marchandises 
sont soumises à des altérations continuelles dans leur valeur relative. 
Et comme il est impossible de déterminer quelle est celle dont le prix 
a haussé, et celle dont le prix a fléchi, il faut reconnaître 1 impuis 
sance radicale d’un tel contrôle. 
Certaines marchandises augmentent de valeur en raison des im 
pôts, de la rareté des matières premières qui les constituent, ou de 
toute autre cause qui a pu accroître les difficultés de la production. 
D’autres, au contraire, fléchissent sous l’influenee des perfectionne 
ments mécaniques, d’une meilleure division du travail, d’une habi 
leté nouvelle chez les travailleurs, en un mot, sous l’influence de 
moyens de production plus faciles. Pour déterminer la valeur de la 
* T .es écrits publiés par sir .Tames Stewart sur le numéraire et la monnaie 
sont pleins de savoir; et nous sommes bien étonnés ipi’il ait pu adopter une 
opinion qui dément si formellement les principes généraux qu il s est e orcé 
d’établir.
        <pb n="635" />
        ŒUVRES DIVERSES. 
582 
monnaie d’après l’épreuve proposée, il faudrait la comparer successi 
vement avec l’innombrable variété de marchandises qui circulent au 
sein de la société, et tenir compte, pour chacune, de tous les effets 
qu’ont pu produire sur sa valeur les causes ci-dessus. Celle tâche, 
selon moi, est tout simplement impraticable. 
Les illusions que l’on s’est faites sur l’application de ce système 
dérivent d’une confusion établie dans la portée de ces deux termes : 
prix et valeur. 
Le prix d’une marchandise est sa valeur échangeable indiquée en 
monnaie seulement. 
Iâl valeur d’une marchandise se détermine d’après la quantité de 
tout autre produit qu’on peut obtenir en échange. 
Le prix d’une marchandise peut s’élever au moment où sa valeur 
baisse, et vice versâ. Le prix d’un chapeau peut monter de 20 shil 
lings à 30, et cependant ne pas équivaloir à la quantité de thé, de 
sucre, de café, de toute autre denrée qu’on eût pu se procurer aupa 
ravant pour 20 shillings ; en définitif le chapeau n en pourra pas 
acheter autant, et il aura baissé de valeur tout en augmentant de 
prix. 
Rien n’est aussi facile à déterminer (|u’une variation de prix; 
rien n’est aussi difficile qu’un changement dans la valeur. 11 faut 
même avouer qu’il est impossible d apporter dans cette estimation 
quelque certitude ou quelque précision sans le secours d une mesure 
invariable qui, d’ailleurs, n’existe pas. 
Un chapeau peut s’éehanger contre une plus petite quantité de 
thé, de sucre, de café, et cependant valoir plus de quincaillerie, de 
souliers, de bas, etc. l a différence entre la valeur de chacune de ces 
marchandises peut dépendre indifféremment de ce que la valeur de 
l’une d’elles est restée immobile, tandis ique les deux autres s’éle 
vaient dans des proportions différentes; de ce que 1 une d elles est 
demeurée stationnaire, tandis que les deux autres baissaient; enfin 
de ce qu’elles ont toutes éprouvé à la fois des modifications de va 
leur. 
Si nous disons qu’il faut mesurer absolument la valeur au moyen 
des jouissances que l’échange de tel objet donne à son propriétaire, 
nous serons tout aussi embarrassés pour arriver à une appréciation 
convenable ; car la même marchandise peut procurer à deux per 
sonnes une des jouissances tout à fait distinctes. Ainsi, dans l’exem 
ple précédent, la valeur du chapeau eût été diminuée pour celui 
dont les jouissances exigent du thé, du sucre , du café ; elle eût été
        <pb n="636" />
        583 
DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIUCÜLATION MONÉTAIRE, 
accrue pour celui qui préfère des souliers, des bas et de la quincail 
lerie. 
En général, les marchandises ne peuvent donc pas constituer un 
étalon propre à mesurer la quantité et la valeur de la monnaie. Sans 
doute les types que nous avons adoptés, nommément l or et 1 argent, 
sont encore soumis à l’inconvénient des variations qu ils éprouvent 
comme marchaudisen ; mais ces inconvénients s’effacent devant ceux 
que nous aurions à supporter si nous adoptions le plan pro])Osé. 
Pendant les vingt dernières années, à une époque où le prix de 
l’or, de l’argent et de la plupart des autres marchandises s’était 
considérablement élevé, les promoteurs de ce genre de circulation 
abstraite, au lieu d’attribuer une partie de cette hausse à la déprécia- 
^oîî du papier, trouvèrent constamment a leur service des raisons 
propres à expliquer les fluctuations du marché. Ainsi 1 or et 1 aigent 
renchérissaient, parce qu’ils étaient devenus rares et qu’il en fallait 
d’immenses contingents pour solder nos corps d’armée, l’outes les 
autres marchandises renchérissaient en raison des taxes qui les frap 
paient directement ou indirectement, ou par suite de mauvaises sai 
sons et d’importations difïiciles qui, en haussant considérablement 
la valeur du blé, avaient dù nécessairement, d’après leur théorie, 
élever aussi le prix de tous les produits. Suivant eux les seuls objets 
qui conservassent leur valeur intacte étaient les billets de banque; 
et , à ce titre, ils étaient éminemment propres à mesurer la valeur des 
autres produits. 
Quand la hausse eût été de 100 p. 0/0, on eût encore nié l’influence 
de la circulation sur sa marche, et on lui eût encore assigné les mêmes 
causes. Cet argument présente, d’ailleurs, toute sécurité, car il ne 
peut être réfuté, lorsque la valeur relative de deux marchandises 
se modifie, il est impossible de dire avec certitude si l’une s’élève 
ou si l’autre fléchit ; de sorte que, si nous adoptions une eirculation 
sans étalon, elle pourrait descendre à un degré de dépréciation in- , 
fini. Rien ne démontrerait cette dépréciation, car il serait toujours 
facile d’affirmer que la valeur des marchandises s’est accrue et que 
la monnaie n’a point baissé.
        <pb n="637" />
        ŒUVRES DIVERSES. 
nsi 
SECTION TROISIÈME. 
Des imperfections de l’étalon. — Les variations qui tendent à abaisser la valeur de l’éta 
lon ne compensent point celles qui l’affectent en sens contraire. — Les règles de toute 
monnaie de papier sont d’être en conformité parfaite avec l’étalon. 
Tant que notre circulation reste soumise au régime d’un étalon 
spécial, les seules variations qui puissent l’atteindre sont celles aux 
quelles 1 étalon lui-même est assujetti. Mais aucun remède ne saurait 
détruire ces variations, et les derniers événements ont démontré 
qu en temps de guerre, a ces épotpies où l’or et l’argent servent à 
solder au loin de puissantes armées, elles acquièrent une gravité 
dont on n’a pas assez tenu compte en général. Ces conclusions prou 
vent seulement que l’or et l’argent ne constituent pas un étalon aussi 
parfait qu’on avait pu le penser jusqu’à ce jour, et qu’ils sont eux- 
mêmes soumis à des variations qui dépassent sensiblement les limites 
dans lesquelles on voudrait renfermer les oscillations du standard 
\ (étalon); mais ils n’en sont pas moins les meilleurs types connus. 
Si l’on découvrait une matière plus invariable, et qui fût douée d’ail 
leurs de toutes les autres qualités qui caractérisent un étalon de la 
monnaie, il faudrait s’empresser de l’adopter pour l’avenir; mais 
tant que cette fonction sera confiée aux métaux, la valeur de la cir 
culation devra se régler sur eux. En elfet, toutes les fois que cet 
équilibre n’existera pas, toutes les fois que le prix des lingots sur le 
marché dépassera le prix de l’administration, la monnaie sera dépré 
ciée. Cette proposition est incontestée et incontestable, 
r De graves inconvénients accompagnent l’emploi simultané de deux 
\ métaux comme types de notre monnaie ; et on a longuement discuté 
pour savoir auquel, de l’or ou de l’argent, la loi devait confier le rôle 
/ exclusif ou principal d'étalon monétaire. On a dit en faveur de l’or, 
qu’une supériorité de valeur offerte sous un moindre volume le ren 
dait éminemment propre à jouer ce rôle dans un pays riche ; mais 
cette qualité même est un argument contre son adoption, car elle 
l’assujettit à des variations de valeur beaucoup plus ronsidérables 
pendant ces époques de guerres et de désastres commerciaux , où il 
est si fréquent de le voir amasser et thésauriser. La seule objection 
qu’on puisse opposer a l’emploi de l’argent, c’est son volume compa 
ratif qui le rend impropre à effectuer les immenses paiements d’une 
nation opulente, et cette objection elle-même disparaît devant l’é 
tablissement d’une monnaie de papier à titre d’agent général de la
        <pb n="638" />
        DE L’ÉTABfJSSEMENT D’UNE CIBCULÂTION MONÉTAIRE. Mgh 
circulation. L’offre et la demande de l’arjïent sur le marché sont com 
parativement plus régulières et communiquent à sa valeur une plus 
grande fixité; et d’ailleurs, comme tous les autres pays règlent la 
valeur de leur monnaie sur celle de l’argent, il est évident qu à tout 
prendre, l’argent doit être préféré à l’or comme étalon et être à 
jamais adopté dans ce but i. 
Il serait peut-être possible d’imaginer un système de circulation 
supérieur à celui qui existait avant que les dernières mesures légis 
latives vinssent donner aux hank-noten le caractère de monnaie lé 
gale ; mais à une époque où la loi reconnaissait un étalon^ à une 
époque où la Monnaie était ouverte pour tous'ceux qui voulaient y 
faire frapper de l’or et de 1 argent, les seules limites imposées à la 
dégradation de la monnaie étaient celles de la baisse des métaux 
précieux. Si l’or, devenu aussi abondant que le cuivre, était descendu 
au même prix, les billets de banque auraient nécessairement partagé 
cette dépréciation. Toutes les personnes dont la fortune se compose 
entièrement de valeurs monétaires, — celles qui possèdent des bons 
de l’Écbiqiiier, qui escomptent les effets de commerce, qui possèdent 
des revenus annuels sur les fonds publics, sur des hypothèques, etc., 
— tout ce groupe de capitalistes aurait essuyé les maux d une 
telle dépréciation. Y a-t-il donc justice a venir décréter ensuite 
que, lorsque l’or et l’argent hausseront, il faudra maintenir par la 
force et par l’autorité de mesures législatives la monnaie à une va 
leur immuable; et cela quand il n’existe point, quand il n’a jamais 
existé, dans l’application, des moyens propres à empêcher que la 
dégradation de la monnaie ne suive immédiatement la baisse des mé 
taux précieux? Si le détenteur des valeurs monétaires est exposé à 
tous les ineonvénients qui naissent de 1 avilissement de sa propriété, 
il doit nécessairement être appelé aussi à recueillir les bénéfices 
d’une hausse. S’il est vrai qu’une monnaie de papier sans étalon 
constitue un véritable progrès, il faut le prouver, et alors abandon 
ner l’autre système ; mais il y a iniquité à le maintenir pour le seul 
désavantage d’une classe d’individus qui possède une de ces mille 
marchandises qui circulent toutes dans la société sans être soumises 
à de telles dispositions. 
Ceux qui émettent le papier doivent régler exclusivement leurs 
émissions sur le prix des lingots, et jamais sur la masse du papier en 
' Voyez la note que nous avons insérée, p. 472.
        <pb n="639" />
        586’ OEUVRES DIVERSES. 
circulation. La quantité n’en pourra jamais être trop grande ni trop 
petite, tant qu’elle conservera la même valeur que l’étalon. La mon 
naie devrait même avoir un faible avantage sur les lingots, de ma 
nière à compenser le léger délai qui s’écoule pendant la fabrication des 
com.s. Ce délai équivaut à un seigneuriage, et le numéraire, ou les 
bank-notes qui en sont les signes représentatifs, doivent, dans leur état 
normal, avoir sur les lingots une prime précisément egale à ce sei 
gneuriage. La Banque d’Angleterre a jadis perdu des sommes consi 
dérables pour ne s’être pas assez attachée a ce principe, hile four 
nissait alors au pays tout le numéraire dont il avait besoin, et a cet 
elfet elle achetait avec son papier des lingots qu elle taisait ensuite 
frapper à la Monnaie. Or, si de sages émissions étaient venues donner 
à son papier une valeur légèrement supérieure à celle des métaux, 
elle aurait trouvé dans le bas prix de ses achats une compensation 
suffisante pour couvrir toutes ses dépenses de courtage et d allinage, 
et recouvrer la juste indemnité du délai qu’exige la fabrication. 
SECTION QUATRIÈME. 
Moyen propre à donner h la circulation de l’Angleterre le degré de perfection possible. 
U circulation monétaire est un des thèmes sur lesquels doivent 
rouler les discussions du parlement dans la session prochaine. 11 est 
probable qu’on fixera alors l’époque à laquelle la Banque devra re 
prendre ses paiements en espèces , et cette mesure 1 obligera a dimi 
nuer la quantité de son papier de manière à en faire coincider la 
valeur avec celle des lingots. 
Une monnaie de papier sagement dirigée marque un tel progrès 
dans les idées commerciales, queje regretterais amèrement de nous 
i voir ramenés par l’influence des préjugés vers un système moins 
avancé. L’introduction des métaux précieux à titre de monnaie 
peut à juste titre être envisagée comme un des pas les plus bril 
lants qui aient été faits dans la carrière du commerce et de la civili 
sation industrielle. Mais le progrès de l’expérience et des lumières 
nous enseigne aussi qu’il y a encore un pas à faire, et qu il faut leur 
enlever cette fonction ipi’ils ont si avantageusement accomplie à des 
époques moins éclairées. 
Si l’on ordonnait à la Banque de reprendre ses paiements en es 
pèces, on arriverait seulement à diminuer considérablement ses 
bénéfices sans produire d avantage immédiat pour les autres mem-
        <pb n="640" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D UNE LIKCULATION MONÉTAIRE. »87 
h res de la société. Si l’ou accordait aux porteurs des billets d une, 
deux et même cinq livres, le privilège d’avoir des guiñas, leur choix 
ne serait certainement pas douteux ; si bien que, pour satisfaire à de 
futiles caprices, on aurait substitué un agent très-coûteux à un autre 
agent à bas prix. 
D’ailleurs la fortune publique étant la résultante des fortunes 
particulières, la perte éprouvée par la banque rejaillirait sur toute 
la communauté. L’État serait assujetti aux dépenses improductives 
du monnayage, et à la moindre baisse du change les gui nées seraient 
fondues et exportées. 
Garantir le public contre toutes les variations qui ne seraient 
pas déterminées par celles de l’étalon lui même, effectuer les mouve 
ments monétaires au moyen de l’agent le moins coûteux, serait at 
teindre le degré de perfection le plus élevé auquel on puisse amener 
la circulation d’un pays. Or, on obtiendrait tous ces avantages si 
l’on obligeait la banque à délivrer, au lieu de gui nées, et en échange 
de ses billets, des lingots d’or et d’argent, évalués au titre et au prix 
de la monnaie : de cette manière, toutes les fois que le papier des 
cendrait au-dessous de la valeur des lingots, on en réduirait immé 
diatement la quantité. Pour empêcher que le papier ne s’élevât au- 
dessus des lingots la banque serait en même temps astreinte à échan 
ger son papier contre l’or, au titre et au prix de .11. 17 s. 1 once. Afin 
de ne pas surcharger les opérations de la banque, les quantités 
d’or demandées en échange de papier, au taux de 3 1 17 s. 10 Ipid. et 
celles offertes à raison de 3 1. 17 s. devraient être de vingt onces au 
moins. Eu d’autres termes, la ban(|ue serait obligée, à partir de 
vingt livres, d’acheter toutes les quantités d’or qui lui seraient ollertes 
au prix de 3 I. 17 s. ^ l’once et de vendre ccll(% qui lui seraient de 
mandées au prix de 3 liv. 17 s. 10 l|2d.; et le soin qu’auraient ses ad 
ministrateurs, de régler la masse de leur papier, la garantirait 
contre tous les inconvénients qui pourraient résulter pour elle de 
ces dispositions. 
1 Le prix de 3 1.17 s. que nous avons indiqué ici, est nécessairement un prix 
arbitraire ; il y aurait peut-être d’excellentes raisons pour le fixer un peu plus 
haut ou un peu plus bas. En disant 3 1.17 s. j’ai seulement voulu éclaircir le prin 
cipe. Le prix devrait être conqu de manière à ce que le possesseur de l’or 
trouvAt de l’avantage à le vendre à la Banque plutôt qu’à le faire monnayer par 
l’administration 
La même observation s’applique à la quantité désignée de vingt onces II pour 
rait être tout aussi convenable de la porter à dix ou à vingt.
        <pb n="641" />
        ^ OEUVRES RIVERSES. 
La loi devrait laisser en mAme temps ¡importer et exporter sans 
entraves tous les lingots. Ces opérations sur les lingots seraient 
d’ailleurs frès-rares, si la Banque s’attachait à rapporter ses avances 
et ses émissions au critérium que j’ai déjà si souvent indiqué ; crité 
rium qui consiste dans le prix des lingots au (Ure, indépendamment 
delà quantité générale de papier en circulation. 
On aurait déjà réalisé une grande partie de mon projet, si l’on 
obligeait la Banque à changer contre ses propres billets des lingots 
évalués au titre et au prix de la monnaie. On pourrait même, sans 
dangers pour la sûreté de ses résultats, l’affranchir de la nécessité 
d’acheter toutes les quantités de lingots qui lui seraient offertes aux 
prix détermiués, surtout si les ateliers delà Monnaie restaient ouverts 
au public. 
En effet, cette disposition tend seulement à empêcher que la Mon 
naie ne s’écarte de la valeur des lingots d’une différence plus grande 
que celle qui sépare si légèrement à la Banque les prix d’achat de 
ceux de vente; différence qui serait un degré approximatif vers cette 
uniformité tant désirée. 
Si la Banque bornait capricieusement le montant de ses billets, ils 
hausseraient de valeur, et I or semblerait descendre au-dessous des 
limites auxquelles j’ai proposé de fixer les achats de la Banque. 
Dans ce cas on le porterait à la Monnaie, et les coins qu’il aurait 
servi à frapper, s’ajoutant à la circulation, auraient pour effet d’en 
abaisser immédiatement la valeur et de la ramener au taux de l’é 
talon. Mais ces moyens n’offrent ni la sécurité, ni l’économie, ni la 
promptitude de ceux que j’ai proposés, et auxquels la Banque ne sau - 
rait opposer 'd’objection sérieuse ; car il est évidemment dans son 
intérêt d’alimenter la circulation avec son papier plutôt que d’obliger 
les autres à l’alimenter avec du numéraire. 
Sous l’empire d’un tel système, avec une circulation ainsi dirigée, 
la Banque serait affranchie de tous les embarras, de toutes les crises. 
I&gt;es seules éventualités qui pourraient l’atteindre, sont ces événe 
ments extraordinaires qui jettent la panique sur tout un pays, et 
font que chacun recherche les métaux précieux, comme le moyen 
le plus commode pour réaliser ou cacher sa propriété. — Il n’esi pas 
de système qui puisse garantir les banques contre de telles éventua 
lités. Leur nature même les y condamne, car, à aucune époque, il 
ne peut y avoir dans une banque ou dans un pays assez d’espèces ou 
de lingots pour satisfaire aux justes réclamations des capitalistes qui 
s’y pressent. Si chacun voulait réaliser le même jour la balance de
        <pb n="642" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIKCULATION MONÉTAIIŒ. 589 
son compte chez son banquier, ii arriverait souvent que la masse 
îles billets de banque actuellement en circulation ne subirait pas pour 
répondre à toutes les demandes. C’est une panique de ce genre qui 
a déterminé la crise de 1797, et non, comme ou l’a supposé, les fortes 
avances que la Banque avait faites au gouvernement. &gt;i la Ban 
que, ni le gouvernement n’étaient alors coupables. L’invasion sou 
daine des bureaux de la Banque prit naissance dans les craintes 
ebimériques qui émurent les esprits timides : elle eût aussi bien éclaté 
dans le cas où la Banque ii’eùt fait aucune avance au gouvernement 
et où sa réserve eût été double du montant actuel. 11 est même 
probable que, si elle avait continué à payer à bureau ouvert et en 
espèces, elle aurait tué la panique avant d’arriver à l’épuisement de sa 
réserve. 
Si l’on réfléchit à l’opinion des directeurs de la Banque sur les rè 
gles qui gouvernent les émissions de papier, on verra qu’ils n'ont usé 
de leur privilège qu’avec discrétion. 
Il est même evident, qu’animés par des principes arbitraires, ils 
“y ont obéi qu’avec une extrême prudence. — Les termes actuels 
de notre législation leur conservent le pouvoir d’accroître ou de ré 
duire, sans contrôle et dans les proportions qu’ils jugeront conve- 
•‘ables, l’ensemble de la circulation. Un tel pouvoir ne devrait ap 
partenir à aucune association, pas même à l’État; car il ne peut y / 
avoir aucune garantie d’uniformité dans un système où la volonté, 
Kcule des créateurs de la monnaie peut ên décréter l'augmentation | 
un la diminution. La Banque peut réduire aujourd’hui la circulation \ 
aux limites les plus extrêmes ; c'est un fait que ne nieront même Vi 
pas ceux (jui ()cnsent avec les directeurs, qu’ils n'ont pas le pouvoir 
de multiplier à l’infini les signes monétaires. Je suis pleinement con 
vaincu qu'il répugne aux intérêts et à la volonté de la Banque, 
d’exercer ce privilège au détriment du j)ublic; mais à l’aspect des 
maux qui peuvent résulter d’une réduction ou d’une augmentation 
»soudaine des agents monétaires, je ne puis que déplorer la facilité 
avec laquelle l’État a armé la Banque d’une prérogative aussi formi 
dable L 
‘ Le bill de 1844, proposé par Rob. Peel, a opéré une révolution complète dan» 
le système qui régit la Banque d’Angleterre. Le bill, dont la tendance a été discu 
tée dans notre introduction, après avoir été blâmée par les économistes et les li- 
nanciers les plus recommandables de l’Angleterre, est venu montrer une fois de 
plus les dangers qui naissent de l’intervention législative dans les mouvemens
        <pb n="643" />
        59C 
CEUVKES DIVERSES. 
Les diilicultés auxquelles étaient restées soumises les banques pro 
vinciales avant la suspension des paiements en numéraire ont dû 
prendre, à certaines époques, un caractère sérieux. Aux moindres 
symptômes d’une crise réelle ou imaginaire, elles étaient astreintes à 
se pourvoir de guinées et à s’armer contre les exigences des porteurs. 
Elles faisaient alors un appel à la Banque. Elles y échangeaient 
leurs billets contre des guinées, qu’un agent de coniiance trans 
portait ensuite à leurs frais et risques. Après avoir accompli les 
fonctions auxquelles elles étaient destinées, les guinées revenaient à 
Londres, et il est fort probable qu elles retournaient dans les caisses 
de la Banque toutes les fois que ces déplacements successifs n’avaient 
pas eu assez d’action pour en diminuer le poids et les réduire au- 
dessous du type légal. 
¡Si l’on adoptait le plan que j’ai proposé de payer les billets de 
si délicats et si compliqués du commerce et de l’industrie. La crise qui pèse encore 
sur la Grande-Bretagne etqui a retenti dans toutes les villes où se ramifieson im 
mense crédit est venue ajouterencore à la puissance des arguments la puissance des 
faits. 11 s’est trouvé que ce système de circulation dont R. Peel a voulu faire le 
modèle et le régulateur de la circulation monétaire, au lieu d’être un instrument 
^ouple et docile, cédant à la pression des événements et amortissant les secousses 
linaucières, n’a fait qu’aggraver par son inllexibilité les désastres qu’il devait pré 
venir, Obliger une institution de crédit à garder dans ses coffres,—et au-dessus de 
la somme de 14 millions sterling, représentée par des engagements publics .—une 
réserve en numéraire équivalant au montant des émissions, c’est rétrogarder vers les 
premiers tàtoimements de la science des banques, c’est attacher un boulet aux pieds 
de ce colosse qui est la Banque d’Angleterre, et ce boulet, pour être d’or et d’ar- 
geut, n’en est pas moins lourd, moins difficile à remuer. De plus, c’est paralyser 
les effets de l’escompte au moment même où l’escompte devient le plus néces 
saire, c’est-à-dire, quand les agents de circulation sont rares et précieux. Forcés 
de tenir en disponibilité perpétuelle de grandes masses métalliques, les directeurs 
de la Banque ont dû en élever la valeur sur le marché : et tandis qu’ils augmen 
taient, par une concurrence formidable, l’iusuflisauce de la monnaie, ils resser 
raient leurs émissious. C’est ainsi qu’on les a vus élever graduellement le taux 
de l’escomptede4 à 4 1/2, à 5, à 6 1/2, retirant, renchérissant le secours au 
moment où il devenait indispensable : c’est ainsi que des faillites répétées ont 
consterné le monde commercial par des passifs gigantesques : c’est ainsi que le 
gouverneur de la Banque lui-même, M. Robinson, a vu sa fortune s’écrouler 
dans le désastre général ; enfin c’est ainsi que le credit étouffé sous le réseau soi- 
disant protecteur de R. Peel, et qu’on a pu lire la vigoureuse protestation rédi 
gée par lord Ashburton, ancien chef de la maison Baring, contre un système 
où la réalité vivante se trouve sacrifiée à de froides abstractions. Le bill de 1H44 
ne résistera pas à tant de justes attaques, et nous comptons sur sa prochaine 
modification. ^
        <pb n="644" />
        DK L’ÉTABLISSEMENT D UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 591 
banque en lingots, il faudrait étendre ce privilège aux banques pro 
vinciales ou donner aux bank noies le caractère de monnaie légale. 
— Dans ce dernier cas, on se trouverait n’avoir introduit aucun 
changement dans la législation qui régit ces établissements ; car ils 
seraient alors sollicités, comme aujourd’hui, à rembourser leur papier 
en billets de la Banque d’Angleterre. 
Ce système, en nous permettant de ne pas exposer les guinées au 
frottement et à la diminution de poids qui résultent de déplacements 
multipliés, en nous alfranchissant aussi de tous les frais de trans 
ports, nous procurerait déjà une économie considérable ; mais l’avan 
tage qui en résulterait, pour la marche des petits paiements, serait 
bien plus sensible encore. En eilet la circulation de Londres et des 
provinces s’eüectuerait alors au moyen d’un agent à bon marché, le 
Papier y et délaisserait un agent onéreux. Vor ; — ce qui enrichirait le 
pays de tous les bénélices que peut produire l’or abandonné. Il se 
rait doue insensé de renoncer à de tels avantages, à moins (tue l’on 
Ri* découvrit dans l'emploi d’un agent à bas prix des inconvénients 
manifestes. 
Du a déjà beaucoup écrit, habilement et savamment écrit sur les 
bienfaits qui résultent pour tout pays d’un régime de lil)erté com 
merciale, qui brise toutes les entraves et laisse a la volonté de 1 hom 
me le soin d appliquer scs talents et de féconder ses capitaux. JjCs 
arguments qui servent de base à (jette doctrine sont même si puissants, 
que chaque jour ils créent de nouveaux prosélytes, et je me réjouis 
des progrès que faitee graud principe parmi ceux qui smnblaient de- 
'uirsecraiiqKuincr le plus énergiquement aux vieux préjugés. La ma 
jorité des pétitions adressées au parlement contre le bill des céréales 
a reconnu les avantages d’un commerce libre ; mais jamais ces 
avantages n’ont été aussi vigoureusement proclamés que par les la- 
bricanls de drap du Gloucestershire. Ils se montrèrent même si plei- 
Rcnieut convaincus des vices de la prohibition, qu ils oil ri rent de re- 
uoiicer à toutes les restrictions qui protègent leur industrie. Ce sont 
•à des doctrines qu’on ne saurait trop propager ni trop généralement 
adopter dans la pratique. Si les nations étrangères ne sont jms encore 
assez éclairées |)Our embrasser ce nouveau système ; si elles main- 
fmmient les prohibitions et les droits excessifs qui frappent nos inar- 
Rbaudises et nos produits manufacturés, que l’Angleterre leur donne 
Un bel exemple et l’inaugure à son profit ! Au lieu de répondre a 
leurs prohibitions par des prohibitions réciproques, quelle s appli-
        <pb n="645" />
        592 OEUVRES DIVERSES. 
que à eüacer aussi promptement que possible les vestiges d’une poli 
tique aussi nuisible et aussi absurde. 
I.es avantages ünaiiciers qui résulteraient d’un tel système condui 
raient bientôt les autres gouvernements à suivre les mêmes errements, 
et l’on ne tarderait pas a voir s’accroître la prospérité générale sous 
rinlluence d’idées qui pousseraient chaque nation dans la voie la plus 
favorable à ses capitaux, à ses talents, à son activité. 
Quelque avantageuse que soit cependant la liberté du commerce, il 
faut admettre que dans certaines circonstances, bien rares à la véri 
té , l’intervention du gouvernement peut être salutaire. Après avoir 
démontré, dans son bel ouvrage sur l’Économie politique \ tous les 
bienfaits de la liberté du commerce, M. Say observe que l’interven 
tion du gouvernement n’est légitime que dans deux circonstances : 
premièrement, pour prévenir une fraude; secondement, pour certifier 
un fait. Les examens auxquels sont soumis les médecins justifient cette 
intervention ; car il est nécessaire au bien-être de tous que la science 
des hommes appelés à réprimer les désordres de notre organisation 
soit vérifiée et constatée. Un en peut dire autant de l’empreinte que 
les gouverneinens gravent sur la vaisselle et sur la monnaie; elle tend 
à prévenir la fraude, et elle nous dispense d’avoir incessamment re 
cours dans nos transactions à des procédés chimiques diliiciles. Les 
mêmes raisons ont conduit à faire examiner la pureté des drogues 
vendues par les chimistes et les apothicaires. Dans toutes ces circon 
stances, on suppose que les acheteurs ne possèdent pas ou ne sont pas 
susceptibles de posséder les connaissances qui doivent les garantir de 
la fraude : le gouvernement intervient alors pour faire ce qu’ils ne 
I sauraient faire eux-mêmes. 
^ Mais s’il est nécessaire de protéger le public contre des monnaies 
de bas aloi, en marquant d’un signe légal tousles agents métalliques, 
cette protection ne devient-elle pas encore plus essentielle, lorsque 
l’ensemble ou la majeure partie de la circulation se compose de papier? 
i\ est-il pas étrange que le gouvernement s’applique à éviter à la so 
ciété la perte d’un seul shilling dans une guinée, et que sa sollicitude 
cesse au moment où il faut la protéger contre la perte des vingt shil 
lings représentés par un billet d’une livre? Dans le cas spécial de la 
Banque d’Angleterre, le gouvernement a affecté une garantie à ses 
émissions ; de sorte que l’imprudence de ses directeurs ne pourrait
        <pb n="646" />
        DE L’ÉTABI.ISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 593 
atteindre les porteurs des bank-notes que dans le cas où son capital 
entier montant à 11 millions et demi serait déjà épuisé. Pour 
quoi n’a-t-on pas suivi le même principe à l’égard des banques pro 
vinciales? Quelle raison s’oppose à ce qu’on oblige ceux qui prennent 
pour mission d’alimenter la circulation monétaire, à verser entre les 
uiains du gouvernement un dépôt proportionnel qui doit garantir 
l’accomplissement sérieux de leurs engagements ? Par l’emploi de la 
monnaie chacun devient commerçant. Ceux que leurs habitudes et 
leurs travaux éloignent du mécanisme commercial sont eux-mêmes 
astreints à l’usage de la monnaie, et sont cependant peu propres à 
apprécier la solidité des différentes banques dont le papier circule. 
Aussi voyons-nous que les propriétaires de revenus fixes , les fem 
mes, les travailleurs de toutes les classes ont souvent à souffrir de 
oes désastres dont le nombre s’est accru , pour les banques provin 
ciales, dans des proportions inconnues jusqu’ici. Je ne suis pas porté 
à juger impitoyablement ceux qui ont provoqué tant de ruines et 
de désastres au sein des classes moyennes et inférieures; mais l’esprit 
le plus indulgent doit cependant avouer qu’il faut avoir bien abusé 
des ressorts du crédit pour qu’une banque, possédant même la plus 
médiocre réserve, en vienne à manquer à ses engagements. L’exa 
men de la plupart de ces faillites démontrerait, je pense, qu’on pour- 
Oftit qualifier les actes des intéressés par des termes plus sérieux 
ffue ceux d’imprudence et d’audace. 
Il serait nécessaire de protéger le public contre ces tristes éven 
tualités, en obligeant toutes les banques de province à déposer entre 
las mains du gouvernement ou de commissaires élus a cet effet, une 
quantité de rentes sur l’État ou d’autres effets publics proportionnés 
uu montant de leurs émissions. 
Il est inutile d’entrer minutieusement dans les détails d’un tel pro 
jet. Ainsi on pourrait délivrer , sur la remise du dépôt, tous les tim 
bres qui serviraient à l’émission des billets. A certaines époques de 
l’année, fixées avec soin, on restituerait tout ou partie du dépôt aux 
établissements qui prouveraient, par le renvoi des timbres annulés ou 
par tout autre moyen satisfaisant, que les billets auxquels ils ser 
vaient de garantie n’appartiennent plus à la circulation. 
Ces mesures n’éprouveraient aucune opposition de la part de cel 
les des banques provinciales qui jouissent d’une haute réputation, 
biles en recevraient au contraire un accueil favorable, puisqu elles 
préviendraient la concurrence de ces établissements qui sont si peu 
/lignes de figurer avec elles dans la carrière du crédit. 
{OEuv. de Ricardo.) 
38
        <pb n="647" />
        594 
OEUVRES DIVERSES. 
SECTION CINQUIÈME. 
ü’ime coutume qui crée un grand nombre d’inconvénients pour le commerce. - 
Remède proposé. 
Bn supposant qu’on eut introduit dans notre système de circula 
tion tous les perfectionnements qu’ii réclame, il est un inconvénient 
temporaire qui doit survivre à tous, et qui se fait sentir souvent 
d'une manière sérieuse. Cet inconvénient, auquel le public serait 
soumis comme il l’a été jusqu’à présent, et qui provient des divi 
dendes trimestriels que reçoivent les créanciers de l’Etat, nie 
semble facile à corriger. . . ... 
La dette publique a acquis de telles proportions, et les intérêts 
trimestriels qu’eUc réclame sont tellement considérables, que la cen 
tralisation seule des deniers perçus par les receveurs généraux des con 
tributions et la réduction subséquente du circulalmg-mcdium, aux 
époques où échoient les coupons, c’est-a-dire en janvier, avril, juillet 
et octobre, produisent, pendant une semaine et plus, une véritable 
détresse monétaire. La Banque, eu escomptant très-largement les 
billets au moment même où ces vei-scments s'cllcctucnt à l’Ecbi- 
uuier en préparant, de plus, d’énormes recettes immédiatement 
après le paiement des dividendes, a fait preuve d’une administration 
habUe, et a ccrtabicment contribué a diminuer les inconyénieuts qui 
pèsent alors sur la portion commerçante de la nation. Mais cc n is 
là qu’un palliatif, et ceux qui connaissent le inarcbé llnanrier savent 
combien la pénurie d’argent est seiisUilc aux époques indiquées. 
Les bons de l’Échiquier, qui jouissent géuéraiement d’uiic prune 
de 5 shillings sur 100 1., tombent dans un tel discredit, quoi, 
peut réaliser alors un bénélice de iO p. 0,0, eu les ael.etant et les, 
revendant immédiatement apres la répartition des dividendes, le 
plus, la différence cntie le prix des rentes au comptant et celui des 
rentes payables dans un délai d’une ou deux semaines, promet a ce 
lui qui peut avancer des capitaux un bénélice plus considerable 
encore que les spéculations sur les bons du trésor. Aussi arrive t 
qu’une fois les intérêts payés, la détresse de monnaie se trouve Irc- 
quemment suivie d’une abondance équivalente qui la rend stérile 
pendant quelque temps. . 
La perfection remarquable que nous avons introduite dans 1 e 
1 nomie de nos agents de circulation, au moyeu des combinaisons du 
1 crédit, n’a fait elle-même qu’accroître le mal particulier dont je viens
        <pb n="648" />
        DE L'ÉTABLISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 595 
de parler. En effet, sous un régime où le mode des paiements s est 
perfectionné, la quantité des agents monétaires a pu être sensible 
ment réduite; et le retrait d’un million ou deux doit produire 
des conséquences beaucoup plus sérieuses, puisqu il enlève propor 
tionnellement une fraction beaucoup plus considérable de la cireu- 
lation générale. 
Toutes les opinions se réunissent, je pense, pour reconnaître la 
gravité des désordres que provoquent au sein de l’industrie et du 
commerce ces détresses monétaires périodiques; mais la même unani 
mité n’accueillera peut-être pas le remède que je propose ici : 
Que le gouvernement autorise la Banque à délivrer aux rentiers 
leurs mandats d’arrérages quelques jours avant l’époque où les rece- 
'^urs généraux sont tenus d’effectuer le versement de leurs balances 
ä rÉchiquier ; 
Que ces mandats soient payables au porteur dans les mêmes for 
mes qu’aujourd’hui ; 
Que le jour destiné au paiement de ces dividendes en billets de 
banque demeure fixé comme il 1 est actuellement : et, à cet égard, il 
serait plus convenable que l’on indiquât la date des paiements avant 
^u sur la remise des coupons ; 
Enfin que les receveurs généraux et tous les autres débiteurs 
de l’Échiquier soient admis à acquitter leurs paiements avec ces 
mandats comme avec des billets de banque, mais en supportant, 
1 escompte du nomlire de jours qu’ils auraient à courir avant 1 é- 
ebéance. 
ba réalisation d’un projet semblable ferait disparaître sans retour 
la pénurie d’argent qui précède la répartition des intérêts et la sur 
abondance qui la suit. Le service de la rente n’augmenterait ni ne 
diminuerait alors la quantité de monnaie en circulation ; par le seul 
ressort de l’intérêt privé, la plupart des mandais d’arrérages arri 
veraient aux mains des débiteurs de l’Etat, pour, de là, être versées 
dans le Trésor. De cette manière la majorité des recettes et des paie 
ments du gouvernement pourrait s’effectuer sans le secours des 
^(ink-noles et de la monnaie, et l’on éviterait une accumulation d’agens 
nmuétaircs qui retombe toujours d’une manière sévère sur les classes 
commerçantes. 
Ceux qui sont familiarisés avec le système économique que nous 
poursuivons à Londres par l’intermédiaire des combinaisons e a 
banque, comprendront aisément que le plan propose ici se lorne a 
étendre ce même système à un genre de paiements auque i n a pas
        <pb n="649" />
        596 OEUVRES DIVERSES. 
encore été appliqué. 11 serait donc inutile, à leurs yeux, de rien 
ajouter à la simple proposition d’un plan dont ils ont déjà pu ap 
précier les avantages pour d’autres opérations. 
SECTION SIXIÈME. 
La somme allouée à la Banque pour ses fonctions publiques est excessive. — Remède 
proposé. 
M. Grenfell a dernièrement attiré l’attention du Parlement sur un 
sujet qui touche profondément aux intérêts linanciers de la nation. 
A une époque où les impôts accumulés à la suite de guerres, de dé 
penses, de crises sans exemple, pèsent si lourdement sur le pays, on 
ne négligera certainement pas une ressource aussi manifeste que celle 
qu’il nous a révélée. 
11 ressort des documents produits par M. Grenfell, que la Banque 
aurait profité pendant de longues années d’un intérêt de 5 p. 0/0 sur 
des fonds appartenant à l’État et s’élevant en moyenne à un chiffre 
de 11 millions. Les seules compensations dont le public ait joui 
pour un avantage si longuement exploité par la Banque, se réduisent 
à un prêt de 11 millions contracté pour les huit années de 1806 a 
1814, à l’intérêt de 3 p. 0/0; puis à un autre prêt de 3 millions 
qu’en 1818 la Banque consentit à accorder gratuitement au public 
jusqu’à un délai de six mois après la signature de la paix défi 
nitive, délai qu’un acte de la dernière session prolongea aux mêmes 
conditions jusqu’en avril 1816. 
De 1806 à 1816, période de dix aimées, la Ban 
que a donc perçu un intérêt annuel de 5 p. O/o sur 
liv. 11,000,000, qui se monte à 
Pendant la même époque le public a reçu les 
avantages suivants : 1« la différence entre 3 p. Ofü 
et 5 p. 0/0 d’intérêt, ou 2 p. 0/0 par an, et pour 
huit ans sur 3,000,000 liv., soit 
2« De 1808 à 1816, le bénélice d’un prêt gratuit 
de 3 millions qui à l’intérêt de 5 p. 0/0 par an, et 
pendant huit ans donnent 
Balance au prolit de la banque. • . 
liv. 5,500,000 
480,000 
1,200,000 1,680,000 
liv. 3,820,000 
Ainsi la Banque aura joui pour dix années d’un bénéfice de 
3 820,000 1., c’est-à-dire qu’elle aura perçu annuellement 382,0001. 
pour les fonctions de banquier national, fonctions qui, peut-être, 
n’accroissent pas eu masse ses dépenses de plus de 10,000 1. par an.
        <pb n="650" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. o97 
Un comité de la Chambre des communes exposa le premier, en 
IH07, l’étendue de ce bénéiice. Plusieurs personnes, entre autres 
W. Thornton, un des directeurs et ex-gouverneur de la Banque, sou 
tinrent, en faveur de la Banque, que ses profits s’étaient proportion 
nés au montant des billets en circulation et que les dépôts publics 
n’avaient eu pour elle qu’un avantage, celui de lui permettre de 
multiplier le nombre de ses billets en circulation. 
Si l’argument de M. Thornton était fondé, il en résulterait que la 
Banque n’a jamais tiré profit des dépôts publics, car ces dépôts ne 
peuvent lui permettre de répondre à de plus fortes émissions. 
Supposons qu’avant l’époque où la Banque reçut les dépôts pu 
blics, le montant de ses billets fut de 25 millions, et qu’elle en re 
tirât un profit déterminé. Supposons maintenant que le gouverne 
ment prélève dix millions de taxe en billets et les remette à la 
Banque , comme en un lieu de dépôt permanent. La circulation se 
rait immédiatement réduite à quinze millions, mais les profits de la 
Banque resteraient les mêmes ; elle continuerait à prélever ses béné 
fices sur 25 millions, tandis que la circulation ne serait composée en 
réalité que de 15 millions. Admettons qu’elle élève de nouveau la 
circulation à 25 millions, et qu elle applique les 10 millions a es 
compter des valeurs, à acheter des bons de l’ixhiquier, à avancer les 
paiements des dividendes dus aux porteurs du scrip. Je demande 
alors si elle n’aura pas ajouté l’intérêt de 10 millions à ses profits or 
dinaires, et cela tout en maintenant ses émissions à la somme pri- 
roitive de vingt-cinq millions. 
La théorie et l’expérience se refusent également à admettre que 
l’accroissement des dépôts publics puisse permettre à la Banque de 
"multiplier ses émissions. Si nous nous basons sur l’augmentation de 
CCS dépôts, nous verrons qu’à aucune époque elle n’a agi avec autant 
de rapidité que de 1800 à 1806, et qu’alors même la masse des bil 
lets de cinq livres et au-dessus est restée complètement stationnaire. 
Be 1807 à 1815, le phénomène se transforme. Ainsi le montant des 
billets de cinq livres et au-dessus s’accroît de 5 millions, pendant 
que la somme des dépôts publics reste invariable. 
Bien ne peut mieux nous éclairer sur les profits que la Banque 
retire des dépôts publics, rien ne peut mieux nous en faire sentir la 
portée que le rapport du comité des dépenses publiques en 1807. 
^ exprime ainsi : 
" Les témoignages qui ont été recueillis à ce sujet disen ous que 
“ les billets de la Banque sont une source de bénéfices rée s, mais i s
        <pb n="651" />
        598 
ŒUVRES DIVERSES. 
» semblent déclarer que les soldes du gouvernement ne contribuent 
» à ces bénéfices que dans le rapport des émissions supplémentaires 
» qu’ils permettent de faire. Votre comité est pleinement convaincu 
» que ces balances, aussi bien que les billets, sont et doivent être 
» nécessairement productives. » 
Les fonds qui créent le revenu de la Banque et qui constituent 
l’importance de la somme qu’elle peut avancer, déduction faite de 
la réserve en espèces et en lingots, peuvent être rangés sous trois 
catégories : 
1° Le capital social versé par les actionnaires et auquel il faut 
ajouter les épargnes successives de l’établissement ; 
2® Les sommes remises par les personnes qui ont habituellement 
des fonds à la banque. Ces sommes se composent de la balance de 
tous les comptes courants, soit du gouvernement, soit des particu 
liers. En 1797, elles s’élevaient seulement à 5,130,(40 L, en y 
comprenant le solde de tous les comptes particuliers : aujourd’hui la 
balance seule du gouvernement flotte entre 11 et 12 millions, y com 
pris les bank-notes déposés à l’Echiquier L 
3® Les sommes versées en échange de ses émissions. Il faut en 
effet qu’au moment où la Banque émet ses billets elle reçoive des ti 
tres d’une valeur équivalente, et ces titres constituent une partie du 
fonds général qu elle peut prêter à intérêt. Ainsi un porteur de bil 
lets ne diffère pas essentiellement de celui dont le compte « solde 
» au crédit à la Banque. Tous deux sont ses créanciers : l’un au 
» moyen d’un billet qui est le titre de sa créance, l’autre au moyen 
» d’une inscription au grand livre de l’établissement. L’importance 
» des sommes productives d’intèrét se règle rigoureusement sur le 
» montant réuni de ces trois fonds, desquels il faut cependant dé- 
» duire la valeur des espèces et des lingots'*. 
' Quelques-uns de mes lecteurs pourraient ne pas saisir le sens de ces mots : 
« y compris les hank-notes déposés à VÉchiquier. » (&gt;es billets, qui n’ont pas 
même la forme de billets de banque, n’entrent jamais dans la circulation et ne 
figurent jamais dans les relevés de la Banque. Ils portent à l’Échiquier le nom 
de billets spéciaux et servent seulement à prouver que les sommes reçues jour 
nellement au Trésor ont été réellement déposées à la Banque. Ils forment donc 
le contrôle d’une partie des dépôts publics confiés à la banque. 
2 En 1797 la Banque établissait sa situation financière de la manière suivante ; 
Billets en circulation liv. 8,640,000 
Dépôts publics et privés. . . . 5,130,140 
Capital excédant 3,896.890
        <pb n="652" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIBCULATION MONÉTAIRE. 
Il n’est pas un mot de ce rapport que Ton puisse réfuter. Le prin 
cipe posé si habilement par le comité nous fournirait nfième un e e- 
nient infaillible pour déterminer les bénéfices nets de la Banque , si 
le montant de ses épargnes, son fonds de réserve et ses dépenses an 
nuelles nous étaient aussi bien connus que les autres termes 
question. ^ a ^ 
On a pu voir dans l’extrait ci-dessus que le montant seul des ^ - 
pôts publics a varié, en 1807, de 11 à 12 millions, tandis qu en 
1707, le montant réuni di^s dépAts publics et privés ne s elevai 
qu’à 5,130,1 iOl. M. Perceval, se fondant sur les conclusions du 
rapport, prit en main la cause de la nation, et demanda que la Banque 
fit participer le public à l’excédaut de profits qu’elle puisait dans ces 
tributs supplémentaires, et cela, au moyen d’une rétribution anime e 
ou d’un prêt sans intérêt. Après quelques négociations préliminaires, 
on obtint un prêt gratuit de 3 millions remboursables six mois 
après la signature d’un traité de paix définitif. 
Le même rapport insiste sur l’énormité de l’allocation accordée 
à la Banque pour l’administration de la dette publique. I.a Banque 
recevait alors du gouvernement une rétribution de 450 I. par mi - 
lion, et il fut établi par le comité que l’allocation additionnelle qui 
lui fut accordée, de 1797 à 1807, pour l’exercice de cette fonction 
nationale, dépassa 155,000 1. Sans doute, il avait été 
l’aceroitre avec la dette elle-même, mais elle n’en paraîtra pas mom 
exorbitante, si l’on réflécbit « que le nombre total des njnploW 
• exécutent ce travail n’a été accru que de cent trente-sept Pendant l 
. onze dernières années; que leurs appointements annuels doive» 
• être de 18,449 I. à 23,290 I., et que les autre» dépens® fix 
■ s’élèvent probablement pas au-dessus de la moitié ou d® deux tiers 
Ce rapport fut suivi d’un iiouv®u eoiitrat avec la Banque |iour la 
gestion de la dette publique. 
Il lui était alloué 450 1. par million an-d®sus de 300 millions de 
dette fondée, et jusqu’à concurrence de 400 millions. A park'd« 
400 millions, et jusqu’à (100 millions, la rémunération était de 340 ., 
et, enfin, pour toutes les sommes qui excédaient 000 rmlboiis, clU 
était de 300 1. par million'. 
bon pour le timbre, lui rapportaient interet et prolit.
        <pb n="653" />
        í;00 oeuvres DIVERSES. 
Outre ces rétributions, il est accordé à la Banque 800 1. par mil 
lion pour le recouvrement des souscriptions aux emprunts, 10001. st. 
sur chaque loterie, et 1250 1. par million, ou 1/8 pour 0/0 sur la 
perception des revenus provenant de la propriété, des professions li 
bérales et du commerce. Ces conditions ont toujours été maintenues 
depuis ‘. 
Le moment approche où la situation de la Banque devra être 
soumise aux délibérations du parlement, et où le contrat qui con 
cerne les dépôts publics devra s’éteindre par le paiement des 3 mil 
lions empruntés à la Banque sans intérêt, en 1808. On ne saurait 
donc choisir une époque plus favorable pour discuter les avantages 
exorbitants qui ont été accordés à la Banque dans l’arrangement 
conclu en 1808 avec M. Perceval. C’est là, je pense, le but vers le 
quel tendait M. Grenfell; car ce n’est pas seulement sur les avantages 
additionnels que la Banque a pu recueillir par suite de la convention 
de 1808 qu’il désire appeler l’attention du parlement. 11 vise plus 
haut ; il s’adresse à cette convention elle-même, par laquelle le pu 
blic paie et a si longtemps payé, sous mille formes diverses, des 
sommes énormes pour des services proportionnellement minimes. 
M. Grenfell pense probablement, et, à ce titre, je l’appuie de 
tout cœur, qu’un bénéfice de 382,000 liv. par an (car c’est la 
somme à laquelle on peut porter le produit des dépôts publics 
à la Banque pendant dix ans), excède prodigieusement la rétri 
bution légitime que la nation doit à la Banque pour scs sim 
ples fonctions de banquier : d’autant plus qu’elle reçoit encore 
300,000 1. par an pour l’administration de la dette publique, des 
emprunts, etc., etc. Mais une autre circonstance qui justifie l’o 
pinion de M. Grenfell, c’est que depuis le renouvellement de sa charte 
la Banque a trouvé une nouvelle source de profits dans la substitu 
tion d’une monnaie de papier à une circulation alimentée à la fois 
par le papier et par le numéraire. Certes, ni le Parlement qui octroya 
la charte, ni la Banque qui l'obtint à l’époque du contrat de 1808, 
ne prévoyaient ces bénéfices additionnels, qu’on pourrait annu 
ler en grande partie par le rappel du bill de suspension. De tels 
faits démontrent puissamment que M. Perceval n’a pas obtenu, en 
1807, pour le public, les avantages auxquels il avait droit; et les sen 
timents bien connus du chancelier de l’Echiquier, relativement au 
droit qu’a la nation de participer aux avantages supplémentaires de 
Voyez l’Introduction.
        <pb n="654" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIHCULATION MONÉTAIRE. 601 
la Banque, nous permettent d’espérer, pour ra\enir, des conditions 
plus favorables à l’intérêt général. 
II est vrai que les sommes précédentes, quoique payées par la 
nation, ne constituent pas les bénéfices nets de la Banque. Il faut 
effectivement en déduire les dépenses consacrées exclusivement a 
la manutention des deniers publics; mais ces dépenses ne s’élèvent 
probablement pas au-dessus de 150,000 1. par an. 
l e comité des dépenses publiques a établi, dans son rapport à la 
chambre des communes, en 1807, que le nombre des commis exclusi 
vement ou principalement occupés par la Banque, dans les opéra 
tions publiques, était : 
En 1786. . . 
En 1796. . . 
Eu 1807. . . 
243 
313 
4.50 
Ou présume que leurs appointements peuvent être évalués à une 
Rioyenne de 120 à 170 1. ; en les portant à 135 1., chiffre qui dépasse 
la moyenne des appointements reçus à la compagnie de la mer du 
Sud, la somme est de 60,750 1. ; à 150 1., elle est de 67,500 1. ; à 
1701., elle est de 76,500 1. ; chacune de ces deux sommes est même 
assez forte pour constituer un fonds de retraite. 
Les appointements modérés que reçoivent le gouverneur, 
les directeurs s’élèvent, dit le rapport, à 
Les faux frais peuvent être évalués à près de 
L’extension des bureaux et les réparations à près de . 
Les dépenses judiciaires, les pertes éprouvées à la suite des 
fraudes, des faux, à près de 
Total . . 
^joutez-y, au plus haut, le chiffre des appointements . 
8,000 
15,000 
10,000 
10,000 
43,000 
76,500 
On obtient un total de 
119,500 
Kn admettant donc les évaluations les plus larges du comité, les 
frais d’administration de la dette publique, en 1807, se montaient 
à 119,500 1. y compris la totalité des appointements, les faux frais, 
les constructions nouvelles, les réparations, les dépenses judiciaires 
et les pertes éprouvées à la suite de vols et de faux. 
Le comité établit aussi que l’accroissement de dépenses qu’eut a 
subir la Banque pour l’administration d’une dette à laquelle étaient 
venus s’ajouter 278 millions pendant une période de onze ans, entre 
1796 et 1807, que cet accroissement, dis-je , avait été de 3o,000 1. 
par an, c’est-à-dire 126 1. par million. De 1807 à l’époque actuelle, 
la dette gérée par la Banque s’est élevée de 550 millions à environ
        <pb n="655" />
        fi02 ŒUVRES DIVERSES. 
830 millions; marquant ainsi un accroissement de près de 280 mil 
lions qui surpasse légèrement celui de 1796 à 1807. En calculant les 
frais de régie au taux de 126 1. par million, on arriverait à un ré 
sultat analogue à 35,000 1. ; mais « comme le quantum des dé- 
» penses est en raison inverse de l’accroissement des opérations, » 
je l’évaluerai à 30,500 1. qui, ajoutées à 119,5001., chiffre de 1807, 
portent l’ensemble des frais d’administration à 150,000 1. Les audi 
teurs de la cour des comptes estimaient, en 1786, que 187 1. 10 s. 
par million suffisent pour balancer les dépenses occasionnées par une 
dette de 224 milbons. Le taux d’évaluation que j’ai choisi est celui 
de 180 1. par million sur une dette de 830 millions. On trouvera 
sans doute cette allocation suffisante, lorsqu’on se rappellera avec 
quelle rapidité la dette elle-même s’accroît proportionnellement au 
travail qu’elle occasionne. 
En supposant donc que les dépenses montent à environ 150,0001., 
le hénélice net recueilli par la Banque, dans ses rapports avec 1 E- 
tat, SC traduira pour cette année comme suit : 
Rétribution allouée pour la gestion de la dette nationale pen 
dant une année finissant le 1 février 1816^ 254,000 
Pour la centralisation des souscriptions aux emprunts, à rai 
son de 800 I. par million, sur 36 millions . 28,800 
Id. pour les loteries 2,000 
Profits moyens sur les dépôts publics 382,000 
Allocation accordée pour la perception de la taxe sur les pro 
priétés 3,480 
Total 670,280 
Dépenses occasionnées par la gestion des deniers publics. . 150,000 
Rénéfices nets de la Ranque, acquittés par la nation. . . 520,280 
Sur cette vaste somme, nous devons probablement attribuer 
372,000 1. à l’action exclusive des dépôts, et, cette dépense, le gou 
vernement pourrait en affranchir presque complètement la nation , 
en reprenant la direction de ces intérêts. Ainsi, il pourrait établir 
un trésor central, sur lequel chaque département ferait traite, comme 
aujourd’hui, sur la Banque d’Angleterre, et transformer les 11 mil 
lions qui semblent former la moyenne des dépôts en bons de l’ixhi- 
quier, dont on vendrait une partie sur le marché, si des circonstances 
imprévues venaient à diminuer la somme des dépôts. 
' Cette somme a été calculée sur le chiffre qui composait la dette en fé 
vrier 1815: depuis lors elle a été accrue de 75 millions. Voyez l’appendice
        <pb n="656" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 603 
Les propositions de M Grenfell S sur lesquelles le parlement aura 
à statuer dans la prochaine session , retracent brièvement les faits 
contenus dans les documents dont il a appuyé ses motions, et con 
eluent à ceci : « La chambre prendra promptement en considération 
" les avantages dont jouit la Banque, à la fois comme adminis 
»» trant la dette nationale, et comme dépositaire des deniers pu- 
» hlics. Elle aura constamment en vue l’adoption d’un arrangement 
« qui daterait du jour où les conventions actuelles cesseront, et qui 
« devrait concilier, autant que possible, les intérêts de l’État avec. 
“ les droits, le crédit et la stabilité de la Banque d Angleterre. » 
M. Mellish a aussi formulé des propositions qui seront soumises 
aux prochaines délibérations du parlement. Ces propositions* ad 
mettent tous les faits énoncés par Al. Grenfell : seulement elles men 
tionnent deux services insignifiants que la Banque rend au public, 
l’un sans rétribution’, l’autre pour une rétribution inférieure aux 
frais que nécessite l’intermédiaire des collecteurs de taxes. Alais la 
huitième et la neuvième proposition émettent une étrange préten 
tion. Elles semblent ])oser aux esprits cette question : Lors de 1 ex 
tinction du prêt de 3,000,000 1. en 1810 et avant l’époque où doit 
expirer la charte de la Banque, le gouvernement aura-t-il le droit 
de lui demander une rémunération quelconque pour les avantages 
* Voyez l’appendice. 
* Voyez l’appendice. 
* Ce service gratuit se réduit à défalquer du montant de chaque ceupon la 
quotité proportionnelle de l’impôt sur les propriétés. 
L’autre consiste à recevoir de certains contribuables les sommes provenant 
delà taxe sur les propriétés. La Banque perçoit pour cette fonction I2.W 1. par 
million ou 1/8 pour cent. 
Si la centralisation de ce revenu était opérée au moyen des collecteurs il leur 
serait alloué une commission de h deniers par livre : ce qui coûterait au public 
58,007 I., au lieu de3480 1. payées à la Banque. 
Il n’est peut être pas une seule branche des opérations de la Banque qui s’ac- 
eomplisse avec plus de facilité que celle-ci. Aussi, loin de trouver que la ré 
tribution soit insuffisante, ¡e la crois le produit d’une véritable libéralité. 
Il est évident qu’il y a économie pour la nation à puiser ses revenus dans un 
centre lixe, au lieu de les recueillir péniblement dans les tournées de ses percep 
teurs. Mais la Banque paraît avoir pensé que le chiffre de sa commission dev ait se 
calculer sur l’écimomie offerte à l’État,plutôt que sur l’importance i^eeMe eses 
fonctions et de ses dépenses. Que dirait-elle d’un ingénieur qui établirait le prix 
d’une machine à vapeur non sur la valeur de l’industrie et des matériaux consa 
crés à la construire, mais sur la valeur du travail qu’elle est appelée à épargner?
        <pb n="657" />
        604 OEUVRES DIVERSES. 
([ii’elle retire des dépôts publics, et de modifier la convention rela 
tive à la gestion de la dette. Voici ces deux résolutions : 
8. Vu les 39 et 40"’" statuts de Georg. Ill, c. 28, s. 13 , il a été 
décrété que, « pendant la durée de sa charte, la Banque jouira de 
» tous les privilèges, intérêts, rétributions, bénéfices, en un mot, 
» de tous les avantages qu’elle possède maintenant, et dont elle jouit 
« en vertu de son intervention dans le mouvement des intérêts pu- 
» hlics; qu’antérieuremcnt au renouvellement de la charte, la Ban- 
» que fera les fonctions de banquier national, en centralisant les re- 
» venus des différents services administratifs et en dirigeant les 
» dépenses publiques, etc. 
» 9. Qu’à l’époque où les conventions actuelles expireront, il 
» sera convenable d’apprécier l’importance des avantages que la Ban- 
» que retire de ses fonctions publiques, dans le but d’y substituer 
» des arrangements conformes à ces principes d’équité et de bonne 
» foi qui doivent dominer toutes les transactions entre le public et 
» la banque d’Angleterre *. » 
: Depuis la première édition de cet écrit le premier lord de la trésorerie et le 
chancelier de l’Échiquier, ont proposé à la Banque de prolonger pendant deux 
ans encore, et à titre gratuit, l’avance de trois millions qui devenait exigible au 
mois d’avril prochain. Ils lui proposèrent en outre un emprunt de six millions 
constitués à 4 p. 0/0, pendant une époque fixe de deux années. A partir de cette 
échéance, la Banque continuerait l’emprunt pour trois années encore, sous la 
condition que le remboursement s’effectuerait dans les six mois de l’avertissement 
donné par le lord de la trésorerie à la Banque ou par celle-ci à leurs seigneu 
ries à une date quelconque, comprise entre le 10 octobre de chaque année et 
le 5 avril suivant. 
Ces propositions furent acceptées par l’assemblée générale des actionnaires 
de la Banque, réunis à cet effet. 
Après avoir demandé au sein de cette assemblée générale, quelques expli 
cations relatives aux dépôts publics, lors de l’expiration de ces deux années, 
l’approuvai hautement l’abandon que la Banque avait fait des prétentions ren 
fermées dans les résolutions ci-dessus, prétentions qui m’avaient paru supposer 
à la Banque le droit de conserver les deniers publics sans rétribution correspon 
dante. M. Mellish, gouverneur de la Banque, répondit immédiatement que je 
m’étais mépris sur la teneur de ses propositions et qu’en les relisant de nouveau, 
je me convaincrais évidemment du vice de mon interprétation. le suis heureux 
de voir que la Banque'rejette cette étrange prétention de ravir au public les avan 
tages dont il a joui depuis le rapport du comité des dépenses. Et cependant je 
regrette que ses expressions aient été assez obscures, assez équivoques pour me 
donner, ainsi qu’à beaucoup d’autres, une opinion différente. .Te persiste 
encore à croire, d’après les résolutions de M. Mellish, que des raisons impor-
        <pb n="658" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 603 
Certes, après tout ce qui a remué ce sujet depuis 1800 , nous 
avons lieu d’ètre étonnés devant d’aussi étranges pretentions : nous 
avons lieu de nous récrier lorsque la Banque déclare, pour la pre 
mière fois . que sa charte d’incorporation interdit au public toute 
demande tendant à le faire participer aux avantages que lui pro 
duisent les dépôts publics. 
La charte de la Banque a été renouvelée en 1800 pour vingt et un 
ans, à partir de son expiration en 1812; elle doit donc se protenger 
jusqu’en 1833. Mais la Banque a si peu été convaincue du privilège 
exclusif qu’elle réclame sur le bénéfice des dépôts publics depuis 
1800; elle a si peu revendiqué ce droit depuis lors, qu’eu 1800 elle 
prêta au gouvernement 3,000,000 jusqu’en 1814, et à un intérêt de 
3 p. 0/0; en 1808, elle avança encore 3,000,000 1. à titre gratuit 
jusqu’à l’expiration de la guerre, et, dans sa dernière session, le par 
lement prorogea le prêt de 3,000,000 1. jusqu’en avrü 1816. Ces 
avances ont même été expressément accordées eu raison de 1 accrois 
sement des dépôts publics. 
En parlant du prêt de 3,000,000 1. fait au public en 1806 à 3 
P- 0/0 d’intérêt, le comité des dépenses publiques dans son rapport 
de 1807, auquel j’ai déjà fait appel, s’exprime ainsi : 
« Mais cette convention acquiert, sous un autre point de vue, une 
“ véritable importance. Elle prouve jusqu’à l’évidence que, m les 
» délégués du public ni les directeurs de la Banque eux-mêmes n’ont 
" envisagé ce contrat mutuel comme un obstacle devant lequel s’ar- 
" rêteraieiit toutes les réclamations ; elle prouve que, dans le cas où 
" cette prétention serait lè(jilime et convenable, le public ii a pas ab- 
" diqué le droit d’entrer en participation avec la Banque pour les 
“ bénéfices qu elle retire de leurs rapports mutuels. » 
Et puis, quel est le langage de M. Perceval à la même époque, dans 
nn moment où il se fondait sur ce rapport pour demander et ob 
tenir un prêt de 3,üüü,üüü 1. jusqu’à la lin de la guerre? Bans sa 
lettre au gouverneur et au sous-gouverneur de la Banque, lettre datée 
du 11 janvier 1808, il dit : « Je crois devoir ajouter quelques observa 
tions à la proposition que j’ai faite de limiter à la présente guerre et 
aux douze mois qui en suivront l’extinction, la durée de l’avance que 
tantes ont fait concéder à la Banque le privilège de banquier 
toute la durée de la charte, et que tout nouvel arrangeineut est par e ai j 
à l’expiratiou de ce contrat.
        <pb n="659" />
        (}06 OEUVRES DIVERSES. 
nous fait la Banque à titre de prêt, ou la durée du contingent annuel 
versé à l’Échiquier. On comprendra, sans doute, qu’il n’est jamais 
entré dans mon esprit qu’à l’expiration de ce délai le public put être 
dépossédé des droits que lui confère la perpétuité de ces dépôts. 
Loin de là, au milieu des désordres qui signaleront alors la situation 
des affaires, et qui influeront probablement sur le montant des ba 
lances publiques, j’ai voulu fournir, à la Banque et à l’État, les 
moyens de conclure un nouvel arrangement. » Le 19 janvier, M. Per 
ceval soumit ses propositions à la cour des directeurs dans une forme 
plus officielle. 11 concluait en ces termes : « 11 est entendu que pen 
dant la durée du prêt fait par la Banque, il ne sera proposé aucune 
mesure tendant à modilier la nature des relations de la Bambuc et de 
rÉchiquier, et à opérer le retrait des comptes dont la loi coniie le 
mouvement à la Banque. » La cour des directeurs appuya ces pro 
positions au sein de l’assemblée générale qui les adopta sans com 
mentaires le 21 janvier. 
Dans sa communication à la Banque, en novembre 1814, relative 
à l’emprunt de 3,ÜÜÜ,0ÜÜ 1., qui devait échoir le 17 décembre 
suivant, et qu’on voulait prolonger jusqu’en avril 1810, M. Van- 
sitlart s’exprime ainsi : « Mais je désire qu’on comprenne parfaite- 
» ment queje ne me sépare point des principes réservés par M. Per 
» ceval, dans sa lettre du 11 janvier 1808 au gouverneur et au 
» sous gouverneur de la Banque. 11 s’efforça de prévenir les fausses 
.. interprétations qui eussent pu enlever au public, après l’expira- 
» tion de l’emprunt, le droit de participer aux avantages qui de- 
» vraieut résulter de la permanence ou. de l’accroissement de ces 
» dépôts. Ces réserves, je les adopte pleinement, ainsi que tous les 
« autres principes soutenus pas M. Perceval, dans la discussion qui 
„ s’engagea alors. » 
Il ne parait pas que ees observations aient été l’objet d’aucun 
commentaire. Ou convoqua immédiatement les actionnaires en as 
semblée générale, et l’emprunt de trois millions fut continué jus 
qu’en avril 1810. 
La Banque aurait, certes, mauvaise grâce à prétendre exclure 
aujourd’hui la nation des bénélices qu’elle a retirés del’accroissement 
des dépôts, lorsque ce droit de participation, tant de fois invoqué 
par le gouvernement a été aussi tant de fois reconnu par la cour 
des Directeurs. 
L’exposé des motifs qui ont servi de base aux conventions pour • 
le renouvellement de la charte de la Banque, ajoutera une nouvelle
        <pb n="660" />
        DE l’établissement D’UNE CIKCULATION MONÉTAIRE. 607 
force à tant de foils. Ces motifs, qui ont été énumérés par M. Thorn 
ton dans son rapport au comité des dépenses publiques, démontrent 
que la Banque n’a aucun droit à se couvrir de sa charte comme 
d’un bouclier pour refuser au public une part dans des bénéfices 
qui se sont élevés proportionnellement à l’augmentation des dépôts 
publics. 
11 faut se rappeler que M. Thornton était, en 1800, le gouverneur 
de la Banque ; qu’il fut le mandataire choisi par la Banque pour 
négocier avec M. Bill le renouvellement du privilège ; et qu’en 
réalité l’idée de renouveler un privilège si longtemps avant sou 
expiration, nous vient premièrement de lui. M. Thornton declara 
au comité que les seules catégories de fonds publics auxquelles la 
Banque dut des bénéfices comprenaient les sommes déposées à la 
Banque pour le paiement des arrérages, et pour la dotation tri 
mestrielle des commissaires de l’amortissement ; il ajouta que ces 
fonds lui avaient servi de base, d’accord avec M. Pitt, pour éva 
luer la compensation que le public devait recevoir en retour des 
privilèges exclusifs de la Banque. 
M. Thornton évalue en moyenne le premier de ces fonds 
à. 1. •2,0000,000' 
Et il ressort d’un compte réecmment produit, 
que le second s’élevait à 015,842 
3,115,842 
M. Thornton ajoute positivement que le montant de tous les 
autres comptes publics est insigniüant, que « leur évaluation ne 
“ comprenait pas l’augmentation possible des soldes appartenant aux 
» divers départements ministériels, qu’enfin celte augmentation n a- 
" vait été ni remarquée, ni appréciée. 
Si donc il a été reconnu par le mandataire même de la Ban- 
Mue que l’augmentation probable des dépôts na point figure 
comme élément dans la détermination de l’indemnité pécuniaire 
due par la Banque pour la prolongation de son privilège; si donc 
tous ces faits ont été confirmés ouvertement, quelle sera la justice 
de scs prétentions, lorsqu’elle soutiendra que ces profits dus à tous, 
profits que l’on n’a ni remarqués, ni appréciés, appartiennent cx- 
* Du compte, soumis au Parlement dans la dernière 
'noütant des bous de l’Échiquier et des billets de banque, de^ M 
comme espèces, s’élevra, en moyenne, pour l’année fimssan en , 
3,690,000 1.
        <pb n="661" />
        ŒUVRES DIVERSES. 
608 
clusivement à la Banque, et que la nation est déshéritée du droit d’y 
participer ou de disposer à volonté du chiffre de ses dépôts. Dans 
la déposition à laquelle nous avons fait allusion, M. Thornton a 
constamment représenté comme insignifiant le montant des autres . 
comptes publics. Mais il ressort des tableaux soumis au parlement 
dans la dernière session, qu’en 1800, époque à laquelle se rappor 
tent les assertions de M. Thornton, et où la charte fut renouvelée, 
le solde de tous les dépôts publics confiés à la Banque, s’élevait 
à 6,200,000 1. 11 excédait donc de trois millions le chiffre de 
M. Thornton ; et si celui-ci en eût été instruit, il eût difficilement 
pu appliquer à ce fait l’épithète à'insignifiant. 
Or, si M. Thornton et M. Pitt n’ont pas soupçonné, lors du renou 
vellement de la charte, un accroissement aussi énorme dans les dé 
pôts ; si aucune des concessions faites à l’État n’a été déterminée 
en vue de ce fait, il faut en conclure que la Banque se trouve d’au 
tant plus liée par l’augmentation successive des dépôts, à se montrer 
libérale dans ses nouvelles conventions avec le^ublic. Ce serait un 
acte de rémunération légitime pour des profits si longtemps accu 
mulés à l’ombre d’un malentendu, et dont elle n’eût pas joui, si les 
faits avaient été mieux jugés à l’époque où l’on fixa les conditions 
du renouvellement de la charte. 
Mais connus ou inconnus, ils n’eussent pas influé davantage sur 
les évaluations de M. Thornton, lui qui a si pompeusement émis l’o 
pinion que les balances publiques ne contribuaient à augmenter les 
profits de la Banque qu’autaiit qu’ils pouvaient servir à multiplier ^ 
les émissions de bank-notes. ' j 
’est-il pas déplorable de voir un corps opulent et élevé comme la 
Banque d’Angleterre, étaler l’àpre désir qu’il a de thésauriser au 
moyen de bénéfices ravis aux mains d’un peuple déjà accablé? iN’eût- 
on pas dû s’attendre plutôt à de la reconnaissance pour la concession 
de son^ privilège, pour les bénéfices imprévus qu elle en a retirés, 
pour les boniSj les dividendes sans cesse croissants qu elle a répartis 
à ses actionnaires ; enfin pour cet immense trésor (J^elle a accumulé 
à coups de réserves ? iN’eût-elle pas dû abandonner à T État la totalité 
des bénéliees qu elle recueille de l’emploi des 11 millions de dépôts 
publics, au lieu de chercher à lui ravir les modiques avantages dont 
il a pu jouir pendant quelques années? 
Lorsqu’on discuta, en 1807, le taux de l’allocation à accorder 
pour la gestion de la dette nationale, M. Thornton dit que « dans 
» une question où la nation et la Banque se trouvaient en contact,il était
        <pb n="662" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIKCÜLATION MONÉTAIRE. 609 
” persuadé que les demandes porteraient seulement sur une juste ré- 
“ munération du travail, des éventualités malheureuses et de la res- 
* pousabilité énorme qui s’attache à de telles fonctions. » 
f^ourquoi le langage des directeurs actuels a-t-il donc tant changé? 
Au lieu de borner leurs vœux à cette récompense légitime, ils s’eüor- 
cent d’enlever au public jusqu'aux héiiélices microscopiques dont il a 
joui jusqu’à ce jour. Pour la première fois ils font appel à leur charte 
ot y cherchent le droit d’administrer les deniers nationaux, d’en faire 
i’emploi le plus lucratif, sans accorder au public la moindre rémuué- 
uératioii. 
Si les liens de la charte qui attache l’État à la Banque étaient 
aussi puissants qu’on l’a prétendu, on pourrait attendre d’une asso 
ciation aussi vaste et aussi richement dotée par le monopole , plus 
(le grandeur dans ses actes, plus de reconnaissance envers ses géné 
reux bienfaiteurs. 
Jusqu’à la dernière session du Parlement, la Banque avait été aussi 
très-particulièrement favorisée dans le montant de ses droits de tim 
bre. En 1791, elle payait un abonnement de 12,000 1. par au, pour 
t émission de tout sou papier. Lorsqu’on augmenta, en 1799, la quo 
tité du droit, son abonnement fut porté à 20,000 1., ou y ajouta eu 
•uème temps une redevance de 4000 1. pour les billets au-dessous de 
i* que la Banque commençait a répandre dans la circulation ; la 
totalité du droit s’éleva donc alors a 24,000 1. Lu acte de 1804 éleva 
(ic àO p. 0/0 l’impôt mis, en 1799, sur les billets au-dessous de 5 1. 
et aggrava considérablement celui qui pesait sur les billets d’une plus 
grande valeur. Alais il arriva que la Banque, dont la circulation s était 
développée dans le rapport de I et 1/2 a 4 et 1/2 pour les billets au- 
dessous de 5 1. et dans des proportions considérables pour les coupures 
Pius élevées, n’eut a supporter qu’une surtaxe de 8000 1., qui por 
ta son abonnement à 32,000 1. Ln 1808, le droit sur le timbre eut eu- 
C6re à subir une augmentation de 33 p. O/o, et la redevance fut éle- 
vée de 32,000 1. à 42,000 1. Dans ces deux circonstances la surtaxe 
'Biposée à la Banque ne s’accrut pas même dans le rapport des droits 
additionnels, et la multiplication des billets de la Banque fut entière- 
®^Cüt négligée dans les éléments du calcul. 
hiie nouvelle augmentation de l’impôt sur le timbre donna cepen 
dant l’éveil, et dans la dernière session du Parlement on posa pour 
*a première fois ce principe, que la redevance de la Banque devait se 
Proportionner au montant de sa circulation. Elle demeure actuelle- 
*^‘rnt fixée comme suit, et se calcule sur la circulation moyenne des 
{OEuv. de liicardo.) ^9
        <pb n="663" />
        OEUVKKS diverses. 
()1 U 
trois années antérieures. Iæ taux de l’aboniieineut payé par la Banque 
est de 3500 1. par million, sans distinction de la classe ou de la valeur 
des billets dont se compose la circulation générale. La moyenne de la 
circulation de la Banque pendant les trois années échues le 5 avril 
1815, a été évaluée ù 25,102,000 1. : elle aura donc à payer cette an 
née un droit d’environ 87,500 1. 
La moyenne de l’année prochaine sera calculée sur les trois années 
Unissant eu avril 1816. Si elle dilïère de la précédente, on modiliera 
proportionnellement le quantum de l’impôt. 
Si l’on n’eùt pas aboli les arrêtés de 1804 et de 1808, la Ban 
que n’aurait eu à payer, y compris les impôts additionnels, qu’un 
abonnement de 52,000 1. En réalisant des principes qui auraient dû 
être appliqués dès 1790, le Parlement a donc restitué à la nation 
une somme annuelle de 35,000 1., et il est permis de croire que l’ou 
bli de ces principes a appauvri le pays et enrichi la Banque de près 
de 500,000 1. 
SECTION SEPTIÈME. 
Profits et réserves del.i Banque : leur vicieuse destination. — Remède proposé. 
Jusqu’à présent je n’ai envisagé les prolits de la Banque que dans 
leurs rapports avec la uation, et j’ai essayé de démontrer combien ils . 
avaient excédé la rémunération légitime que l’on doit à ses litres, a ] 
ses intérêts. Je me propose maintenant de les étudier sous le point ! 
de vue des actionnaires de la Banque. Je tâcherai donc de conslituei | 
une base sur laquelle ou puisse calculer les prolils de la Banque et 
déterminer le clnüre actuel de scs réserves accumulées. Si nous par 
venions à connaître rigoureusement les dépenses de la Banque et le 
montant des espèces et des lingots qu’elle a dù conserver religieuse 
ment à dillérentes époques, nous posséderions les données nécessaires 
pour un calcul qui s’approcherait licaucoup de la vérité. 
Les prolits de la Banque naissent de sources bien connues. Ils 
dérivent, comme on l’a déjà établi, de l’intérêt produit par les dépôts 
publics et privés ; — de l’intérêt prélevé sur la masse de ses billets 
en circulation, dont il faut seulement déduire le moulant du numé 
raire et des lingots; —de l’intérêt de son capital et de ses réserves ; 
de l’allocation qui lui est accordée pour la gestion de la dette pu- 
jjdque. des bénéfices enün qu’elle l'ecueille de ses opérations 
de change et de la destruction fortuite de ses billets. Fous ces reve 
nus forment collectivement les profits bruts de la Banque. Pour de-
        <pb n="664" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 611 
terminer les profits nets, il faut en déduire l'ensemble des frais, le 
étroit de timbre et la taxe sur la propriété. 
Sous le titre de dépciiises, il faut comprendre tous les frais que né 
cessitent l’administration de la dette nationale et les opérations spé 
ciales de la Banque. J’ai déjà exposé les motifs qui me font évaluer 
® 160,000 1. l’importance de ces deux charges. Le comité des dépen 
ds publiques établit,en 1807,que le nombre des commis attachés au 
ïûouvement des deniers publics était de quatre cent cinquante, et il 
est probable que ce nombre doit être actuellement de cinq à six cents. 
Les autorités les plus graves ont aussi déclaré au sein du Pai'le- 
Dicnt que, pour l’ensemble de ses opérations, la Banque employait à 
peu près mille commis. Si donc il en est consacré cinq cents au ser- 
vice de la dette nationale, il en reste encore cinq cents dévoués aux 
hilaires de la Banque elle-même. Supposons maintenant que le chiflrc . 
^cs dépenses soit en rapport direct avec le nombre des commis em- 
ployés : si 150,000 1. représentent les frais qui coïncident avec l’em- 
Pioi de cinq cents commis attachés aux affaires publiques, nous jk)U- 
^oiLs allouer une somme égale pour les cinq cents employés du service 
spécial, ce qui portera l’ensemble général des déjicnses à près de 
^hOjOOO 1. \ 
Mais ce cliilfre est le résultat de l’accroissement graduel des dé 
penses depuis 1797, et il est probable qu’à cette époque elles n’excé- 
^aient pas la moitié de 300,000 1. 
Lt d’abord, le montant des billets de banque émis depuis 1797 
Scsi élevé de près de 12 millions à 28 millions; mais les frais de 
^Dculalion,au lieu de suivre la même progression, se sont accrus dans 
»'apport de 10 à I. On a porté de 12 millions à 18 millions le 
**‘nntanl des billets de cinq livres et au-dessus. Si la valeur moyenne 
tontea les coupures de billets au-dessus de cinq livres descend 
' On a dit queje n’avais pas évalué assez haut dans mes calculs le chiffre des 
que la Banque éprouvait par suite des mauvaises créances dont elle se 
chargeait accidentellement en escomptant de marn ais papiers. On prétend même 
H»»« ces pertes sont souvent très-considérables. D’un autre côté, j’ai appris que 
profits que la Ban(|ue retire des dépôts privés, et dont je n’ai tenu aucun comp- 
doivent être très-considérable, puisque la compagnie des Indes Orientales et 
grand nombre d’autres administrations publiques y versent leurs espèces. Il 
»^ût fallu aussi déduire des bénéfices de la Baïupie le déficit laissé par Aslett et 
dépenses que nécessitent sa garde militaire. Mais que l’excédant de son ca- 
Pital Soit seulement de 12 ou 11 millions au lieu de 13, il n’y a rien là qui puis- 
détruire mon argument. Vo/c de la seconde édition, j
        <pb n="665" />
        ß^2 OEUVRES DIVERSES. 
effectivement à quinze livres, une circulation de 12 millions doit se 
subdiviser en 800,000 unités, et une eircnlation de 18 millions en 
1 200,000 unités, constituant ainsi un accroissement proportionne 
de 1 à 1 1/2. Mais les 9 millions actuels de billets au-dessous de 
5 1. ont presque tous été émis depuis 1797 : si donc ces 9 millions 
sterling se subdivisent en 5 millions de billets d’une livre et 2 mil 
lions de billets de 2 1., il aura été ajouté à la circulation un contin 
gent de 7 millions de billets. On aura ainsi porté le nombre total des 
unités du crédit de 800,000 à 8,200,000, c’est-à-dire de 1 à 10, et 
décuplé les frais de circulation qui se mesurent sur le nombre des 
effets et non sur leur valeur. De plus, il est probable que les billets 
d’une livre et de deux livres, dont l’emploi est ¡dns fréquent, doi 
vent être plus souvent renouvelés que les coupures supérieures. 
, La dette publique, dont la gestion est couliée à la lianqne, a aussi 
subi un immense accroissement. Depuis 1797 elle a plus que dou 
blé et a ajouté ainsi considérablement aux frais de ce servic.e. Ou 
a estimé que ces frais s’étaient accrus de 84,500 1. à 150,000 L, 
c’est-à-dire de 05,500 1. * depuis 1790. La même progression s’est 
enfin manifestée dans le chiffre des dépôts publics qui a doublé de 
puis 1797. 
De tous ces faits, j’ai le droit de conclure que les charges de la 
Banque en 1797 n’ont pu dépasser 150,000 1. et qu’elles se sont 
constamment et graduellement accrues depuis lors. Peut-être même 
la raison de la progression a-t-elle été de sept ou huit mille livres 
par au. 
La question dont nous avons immédiatement après à nous occu 
per est celle du montant de l’encaisse de la Banque en numeraire et 
en lingots. Ce montant, qui n’a jamais été soumis a l’atlenliou 
générale, forme avec la masse des escomptes les seuls laits im 
portants que la Banque ait dérobés au public dans l’année memo 
rable de 1797. Les directeurs déclarèrent, dans le compte soumis au 
Parlement, qu’au 20 février 1797 le numéraire de la Banque, ses 
lingots, ses effets en portefeuille et escomptés s’élevaient collective 
ment à 4,170,080 1. Ils fournirent eu même temps le relevé des 
escomptes de 1782 à 1797, et celui de l’encaisse en numéraire et 
en lingots pendant la même période. La comparaison de ces diveis 
relevés entre eux et avec quelques fragments de leur déposition dc- 
I Le comité des dépenses publiques évaluait, en 1807, tous ces frais a 11 U,.'&gt;00 1 • 
et représentait par environ 36,000 1. l’accroissemeut de 1795 à 1807.
        <pb n="666" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 613 
vant les comités du Parlement, fournit à un ingénieux calculateur 
les moyens de découvrir le secret que la Banque désirait cacher. Il 
résulte de son travail que le 26 février 1797, le numéraire et les 
lingots de la Banque étaient descendus à 1,227,000 1., tandis qu elle 
évaluait à 4 millions la réserve disponible nécessaire à ses opéra* 
lions. A partir du mois de décembre 1795, elle ne put jamais com 
pléter cette réserve qui, à des époques antérieures, avait été de plus 
(In double. 
Constamment éveillée par la crainte de se voir obligée à repren 
dre ses paiements en espèces, la Banque, pendant la première ou les 
deux premières années qui suivirent l’édit de suspension, dutfaire de 
grands efforts pour remplir de numéraire et de lingots ses coffres 
épuisés. Aussi trouvons-nous dans les comptes donnés au Parlement 
par la Monnaie, que le montant de l’or frappé en 1797 et en 1798 ne 
s’éleva guère à moins de 5,000,000 1. 
Quel que soit le montant du numéraire et des lingots acquis par la 
banque dans les deux années qui suivirent la suspension des paie- 
Bients, il est probable que sa réserve s’est constamment affaiblie de 
puis lors. En effet, avec la crainte avaient disparu les motifs qui de 
vaient lui faire conserver une masse aussi considérable de capital 
iuiproductif. Elle pouvait le fertiliser, car elle était protégée dé- 
^urmais contre l’appel des porteurs de scs billets, et elle savait qu a- 
vant l’époque où elle serait de nouveau contrainte à les rembourser 
PU numéraire, elle avait tout le temps nécessaire pour recueillir une 
quantité suffisante de métaux précieux. 11 paraît donc inadmissible 
qu’au milieu d’un tel concours de circonstances, la Banque ait pu 
augmenter sa réserve en lingots depuis les grands monnayages de 
1797 et 1798; et il est au contraire fort probable qu’elle l’a dû ré 
duire considérablement. 
le suis autorisé par ces principes à conclure (pic, relativement à 
1 iufinence qu’exerçait sur eux l’eiK'aisse de numéraire et de lingots, 
les profits de la Banque ont dû s’élever largement depuis 1797 et 1798; 
eur, dès cette époque, elle s’est attachée à diminuer la proportion 
’ T e œmW secret, dans son rapport au Parlement, déclara que le numéraire e 
les lingots existant à la Banque le l^r novembre 1797, s’étalent élevés au quintuple 
de la réserve du 25 février 1797. Il établit aussi que les banquiers et les eon^er- 
Pants de T.ondres à qui la loi confère le droit de demander les trois quarts de 
•®urs dépôts de cinq cents Uwes et au-dessus, à partir de février 1797 n en 
encore réclamé, en novembre, que la seizième partie
        <pb n="667" />
        («ÍUVKKS l»VfcHSES 
&lt;iU 
de ses eapilatix. stériles, el a aeeroitre le montant de ceux qu’elle col 
loquait en bons de l’Echiquier et en obligations de commerce, c’est-à- 
dire, en valeurs productives à la fois d’interéts et de béné^ces. U 
n’est pas permis d’évaluer à plus de 11 millions la moyenne du numé 
raire et des lingots de la banque, pour une période de dix-huit 
années, entre 1797 et ISI5, quoique pour la première, ou les 
deux premières années, elle se soit probablement élevée à \ ou 5 
millions. 
Il ne nous sera plus difficile maintenant de calculer les prolits de 
la Banque depuis 1797 jusqu’à nos jours. ¡Nous avons recueilli tous 
les faits qui sont nécessail'es à notre évaluation, si ce n’est le montant 
des dépenses et de l’encaisse ; mais ces deux derniers termes ne peu 
vent différer sensiblement de ceux que j’ai obtenus moi même. 
En nous appuyant donc sur ces données , il ressort des comptes 
détaillés à l’Appendice, que les prolits et la réserve de la Banque, après 
la répartition des dividendes et des boni», et pour une suite d’années, 
ont été comme suit : 
Année conimen- 
ç*nt en janvier. 
Capital en réserve. 
Profita après 1« paie 
ment lies dividendes 
et des bonis. 
Dividendes 1 
et 1 
bonis réunis. | 
1797 
1798 
1799 
1800 
1801 
1802 
1803 
1804 
1805 
1806 
1807 
1808 
1809 
1810 
1811 
1812 
1813 
1814 
1815 
1816 
1. 3.826.890 
3.916.762 
4.450.383 
3.941.228 
4.553.209 
4 669.247 
5,129.756 
5.895.615 
6.202.409 
6.518.744 
6.916.752 
7.498.626 
7.883.891 
8.354 651 
9.006.134 
9.728.322 
10.468.189 
11.279.975 
12.359.624 
13.426.249 
1. 89,872 
53.3.621 
611.981 
116 038 
160.509 
765.859 
306.794 
346 335 
368.008 
581.274 
385.865 
470 760 
651.483 
722.188 
739 867 
809.786 
1.081 649 
1.066.625 
7 par cent. 
7 id. 
17 id. 
7 id. 
12 id. 
9 1/2 id. 
7 id. 
12 id, 
12 id. 
12 id. 
10 id. 
10 id. I 
10 id. 1 
10 id. 1 
10 id. i 
to id. j 
10 id. 
10 id. 
Si, d’un côté, l’on me reprochait de n’avoir pas estimé assez haut les 
dépenses de la Banque, de l’autre on pourrait soutenir que j’ai com 
plètement négligé les prolits qu elle recueille des dépôts privés, il 
se peut que ces dépôts ne soient pas très-considérables, car la Ban-
        <pb n="668" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 615 
que n’accorde pas à ses commettants des avantages aussi étendus que 
les Banquiers ; mais ils ont pourtant une certaine importance, ainsi 
que le chiffre des billets perdus ou détruits, qui, après un certain 
laps de temps, ne figurent probablement plus dans les relevés géné 
raux des effets en circulation. L’opération que la Banque fit en ache 
tant de l’argent et faisant frapper des tokem * dut en masse lui être 
profitable ; car la valeur de ces tokens sur le marché a générale 
ment été au-dessous de leur valeur au moment de l’émission. 
B ailleurs la Banque reçoit plus de 5 p. O/o d’intérêt sur les capi 
taux ; car les bons de 1 Échiquier, produisant (rois pence, half^ 
penny par jour, constituent annuellement un revenu de 5 1. 6 s. 
5 I /2 d. |&gt;our cent, — et d’un autre côté, scs opérations lui livrent 
sous forme d’escompte un capital qu elle peut rendre immédiate 
ment productif. Il faut pourtant observer ici que pendant quelques- 
unes des années auxquelles se rapportent ces calculs , les bons de 
l’Échiquier n’ont donné qu’un intérêt de 3 pence 3 d. par jour, cc 
qui forme un revenu annuel de 4 1. 18 s. 10 1^4 d. un peu inférieur 
à celui de 5 p. O/q. 
forsqu’en mars 1801 on répartit entre les actionnaires de la 
banque un exciklant de bénéfice de 5 p. O/o colloqué en 5 p. O/o 
*le la marine, M. Tierney dit dans la Chambre des communes, « qu en 
^ 1797 , à l’époque où le Parlement porta ses investigations dans les 
" affaires delà Banque, plusieurs membres pensÎTcnt que ces bénéfices 
“ extraordinaires devaient servir à garantir au public la solidité 
“ des engagements contractés par la Banque. » M. Samuel rbornton, 
aloi's gouverneur de la Banque, répondit à cette interpellation en 
(lisant que , « la répartition des 582,120 1., votée en assemblée gé- 
“ nérale le 19 du même mois, n’avait pu ébranler la sécurité of- 
" forte au public, puisque, indépendaininent de cette somme excep 
“ tionnellc, il pouvait assurer à l’honorable membre que les réserves 
” de la Banque dépassaient celles de 1797 et offraient conséquem- 
“ ment des garanties tout aussi puissantes^. »&gt; 
Il ressort des comptes établis a l’ Appendice, qu’après avoir distri 
bué à ses actionnaires les dividendes et les bonis annuels, la Banque 
SC trouvait avoir accumulé, en août 1801, une réserve dont le montant 
* Fspèce de jetons qui, ne contenant pas la quantité d'argent répartie legae- 
ment dans la somme qu’ils représentaient, n’étaient jamais fondus. 
‘ Adresse de M. Allardyce aux actionnaires de la Banque d Angleterre , p- 
Pendice n® 11.
        <pb n="669" />
        Démontrent un excédant de Ii8,2l9l. 
616 
ŒUVRES DIVERSES. 
s’élevait à .3,945,1091. Ce chiffre dépasse de 118,219 1. celui de 1797; 
et l’accroissement qu’il indique tend à confirmer la déclaration de 
M. Thornton et l’exactitude des données sur lesquelles j’ai basé mes 
calculs \ 
Il suffira d’un coup d’œil jeté sur les comptes des années suivan 
tes, reproduits par l’Appendice , pour se convaincre que depuis 1801 
les profits de la Banque ont constamment dépassé les dividendes an 
nuels distribués aux actionnaires. En 1815, la réserve de ses bénéfices 
s’éleva même à 1,066,625 1. de sorte qu’elle aurait pu répartir un 
dividende de 19 p.O/o au lieu de 10. 
Enfin, siles administrateurs de la Banque ont apporté quelque ha 
bileté, quelque sagesse dans le mouvement de leurs opérations, ils 
ont dû former successivement et par accumulation un fonds de 13 
millions, qu’au mépris des prescriptions les plus claires d’un acte 
législatif, ils ont ravi jusqu’à ce jour aux actionnaires. 
Des sommes aussi énormes permettraient à la Banque de faire une 
répartition de 100 p. O/o sans attenter à son capital social. Et, 
si en retranchant seulement 523,908 1. pour l’intérêt annuel (moins 
Vincome-lax) du capital supplémentaire que je propose de répartir, 
elle pouvait conserver à ses profits leur taux actuel, il lui resterait en 
core un revenu libre de 542,000 1. qui porteraient son dividende fixe 
de 10 à 14 1/2 p. O/o et s’ajouteraient à la bonification de 100 p. O'o- 
Si la Banque distribuait seulement une bonification de 75 p. 0,0» 
elle conserverait encore un capital supplémentaire plus élevé que 
celui de 1797, et jouirait, dans l’hypothèse ci-dessus, d’un revenu li 
bre de 673,0001. Elle pourrait élever alors ses dividendes fixes de 10 
à 15 1/2 p. 0/0, et ajouter encore au boni de 75 p. O/o. 
* Les relevés produits dans l’Appendice ont été calculés de janvier en janvier Le 
boni ci-dessus a été acquitté en avril 1801. Les profits nets de la Banque ont été 
de 1,526,0191. pour toute l’année 1801, et conséquemment, pour le trimestre fi 
nissant en avril, on peut l’évaluer à. 381,5041. 
qui ajoutées à la réserve de janvier 1801 4,553,209 
donnent la somme du capital supplémentaire en avril 1801 et avant la 
répartition des dividendes et des bonis, soit 4,934,713 I. 
dont il faut déduire ; 
Dividende, 3 1/2 p. o/o pour six mois 4o7,484 
Boni 582,120 989,604 
Ce qui laisse, pour le montant des bénéfices en réserve, en 
avril l801 3,945,109 
qui comparés au chifre de 1797 3,826,890
        <pb n="670" />
        617 
DE Í/ÉTARLISSEMENT D’UNE CIRCUEATION MONÉTAIRE. 
Cependant il serait insensé d’espérer que la paix put offrir à la 
Ranque des éventualités aussi fécondes en bénéfices que la jïuerre, et 
les actionnaires doivent se préparer à une réduction considérable de 
leurs revenus annuels. L’importance de cette réduction repose sur 
les nouvelles conventions qui devront être si panées avec le gouverne 
ment, sur le montant futur des dépôts publics et sur les conditions 
d’après lesquelles on décrétera la reprise des paiements en numéraire. 
Il est évident que si l’on adopte le plan que j’ai proposé dans la qua 
trième Section de cet écrit, la dernière circonstance n’aura pas une 
très-grande influence sur les bénéfices de la Banque. 
Mais en supposant même que la réduction opérée sur les profits de 
la Banque par la diminution de ses différentes catégories de ressour 
%s s’élevât à 500,000 1., ces profits égaleraient encore son dividende 
fixe de 10 p. 0 0, et survivraient à la répartition des 100 p. O'o donnés 
^Rx actionnaires. En effet, si mes calculs sont exacts, les bénéfices de 
^Etablissement, après le paiement du dividende annuel de 10 p. O/o, 
s’élevèrent : 
Au 1er jajjvjgj. 1S16, à 1,066,625 1 
Eu déduisant donc l’intérêt (moins la property- tax) ac 
tuellement obtenu sur les 11,642,400 I. qu’il s’agissait 
de distribuer 523,9081. 
plus, la perte résultant d’une nouvelle convention. . . 500,000 1,023,908 
Il resterait un excédant annuel de 42,717 
Si l’on abaissait à 50 pour O/o le taux de la répartition des horm, 
I excédant annuel des bénéfices sur les dividendes de 10 p. O/o, se- 
*'uit de .304,071 1., somme équivalente à un accroissement continu 
fi® 2 et 1/2 p. O/o dans les revenus de chaque actionnaire. 
Enfin, si l’on renonçait à répartir la masse des réserves pour les 
féiinir au capital actif de la Banque, l’excédant annuel serait de 
^fifi,625 1. et équivaudrait presque à un accroissement perpétuel 
fi® 5 p. o/o dans les dividendes. 
C®R évaluations reposent sur la supposition que la taxe des pro- 
O^'iétés sera constamment maintenue. Aujourd’hui cet impôt coûte 
annuellement plus de 200,000 1. à la Banque et absorbe une som 
me supérieure à des dividendes de 1 et .3/4 p. O/o. 
Mais quelles que soient les circonstances, les directeurs sont tenus, 
^Rivant moi, de distribuer le surplus des profits parmi les ac- 
tlnnnaires. La loi ordonne impérieusement cette répartition, et les 
PIrs salutaires préceptes parlent en sa faveur.
        <pb n="671" />
        OEUVRES DIVERSES. 
Dans la dernière assemblée générale, l’honorable M. Boiiverie 
demanda qu’il fût soumis aux actionnaires un relevé total des réser 
ves de la Banque ; il soutint, avec la plus grande habileté, que la loi 
relative à la répartition successive des prolits avait été probablement 
dictée au législateur par les résultats merveilleux que produit 1 accu 
mulation à intérêts composés, et par les dangers qu’une corporation 
assise sur des trésors gigantcscpies pouvait taire courir à la conslitu 
tion et au pays. Si les prolits de la Banque s’accumulaient dans le 
même rapport, sans que l’on augmentât les dividendes actuels de 
10 p. O/o, l’agglomération successive des bénéiiees réservés pendant 
quarante ans laisserait entre ses mains un capital disponible de plus 
de 120 millions. C’est donc avec sagesse que le Parlement a ordonne 
les dispositions suivantes : « Tous les profits, bénéfices, avantages 
qui pourront naître des opérations de ladite corporation (les frais 
d'administration intérieure seuls exceptes), devront être répartis de 
temps en temps parmi les actionnaires du fonds social de la Banque, 
proportionnellement à la mise de chacun et à sa part dans l’intérêt 
et les bénéfices du capital collectif. » 
Ceux qui, dans la dernière assemblée générale, justifièrent les direc 
teurs de s’être écartés des prescriptions de la loi, pensèrent que les 
réserves pouvaient être avantageusement colloquées dans le capital 
actif de la Banque, et reeommaiidèrent cette mesure. Il paraîtrait que 
les directeurs sont favorables à ce projet. 
Cette mesure reconnue bonne, il resterait à déterminer le cliillre du 
capital additionnel. Pour «da, il faudrait que les actionnaires eussent 
devant les yeux le montant de leurs fonds aeeumuiés, et fussent ap 
pelés à juger l’opportunité de la réforme : alors, et alors seulement, 
on obtiendrait la sanction du Carlcmcnt. 
Mais les administrateurs de la Banque n’ont rempli aucune de ces 
conditions. Ils ont obéi à la force des choses qui ajoutait chaque an 
née des réserves nouvelles au capital social, mais ils n ont jamais dé 
terminé le cbilTrc de ces accroissements , présents ou futurs ; ils ont 
accumulé, constamment accumulé, sans soumettre de comptes aux 
actionnaires, sans les consulter , et non seulement en dehors de Ifi 
sanction législative, mais encore au mépris d’une loi spéciale très- 
positive. 
Mais en admettant que les directeurs sc soumettent à toutes ces 
conditions, le fond de la question sc trouvera-t-il jugé favorablement, 
et les raisons sur lesquelles on a voulu appuyer la mesure, en disant 
qu’elle étendrait les opérations de la Banque et qu’elle fortifierait le»
        <pb n="672" />
        619 
DE i;étahi.issement D’une cikculation monétaire 
garanties mutuel 1«% de l’établissement et du public, ces raisons ont- 
elles une valeur suflisante pour nous la faire adopter? 
Les affaires et le revenu de la Banque reposent, comme nous l’a 
vons déjà établi, sur l’ensemble des fonds qu’elle peut remuer, et ces 
londs dérivent des trois sources suivantes : 
Le montant deses billets en circulation, moins les espèces et les lin 
gots; l’ensemble des dépôts publics et privés; le montant de cette 
portion de son capital qui n’a point été prêtée au gouvernement. 
Mais les deux premières catégories de fonds contribuent seules aux 
^cnéjices réeh de la Banque, car l’intérêt des réserves, étant seule- 
Dtent de 5 p. O/o, pourrait être obtenu avec autant de facilité, si, au 
Leu de les réunir en un fonds collectif, on les livrait à la gestion in 
dividuelle de chaque souscripteur. Si les actionnaires prélevaient sur 
leur capital particulier une somme de 10 millions pour en doter la 
Lauque, l’établissement s’enrichirait nécessairement de 500,000 1. 
représentant l’intérêt de 5 p. O/o sur ces 10 millions, mais eux-mê- 
•Des ne retireraient aucun profit de l’opération. Supposons mainte 
nant les 10 millions transformés en billets et servant perpétuellement 
mouvement de la circulation ; ou bien, supposons encore que cet 
décroissement de 10 millions se reporte sur les dépôts publics et pri- 
• dans les deux cas, le revenu de la Banque n’aura pas été seul 
dngmcnté de 500,000 1., ses bénéfices réels se seront aussi améliorés, 
cette supériorité de revenu dériverait entièrement et exclusive- 
"nent de la puissance que donne aux capitaux la formule de l’asso- 
^•ation. 
M existe une différence profonde entre les opérations du crédit et 
autres industries. Jamais ou ne songerait à fonder une Banque, si 
profits devaient naître entièrement de la collocation de son pro 
pre capital. Scs bénéfices réels datent seulement du jour où elle opère 
le capital des autres. Dans les autres industries, au contraire, le 
spéculateur retire souvent des bénéfices énormes de l’emploi de son 
propre capital. 
^^r, si ces raisonnements sont justes relativement au capital addi- 
Donnel qu’on prélèverait sur les actionnaires, ils s'appliquent égale 
ment à celui dont on leur enlève la jouissance. 
L n’est donc ni nécessaire, ni désirable, pour augmenter les pro- 
Lls des actionnaires de la Banque, d’accroître son capital. 
un autre côté, cette augmentation n’aurait aucune influence sur 
le degré de sécurUé que peut offrir la Banque. En effet, les deman 
des en remboursement qui pourront l’assiéger ne dépasseront jamais
        <pb n="673" />
        020 
CEUVRES DIVERSES. 
le montant des billets joints aux dépôts publics et privés, car ces trois 
classes de valeurs constituent perpétuellement la totalité des dettes 
de rétablissement. L’épuisement de l’encaisse en numéraire et en 
lingots ne laisserait pas la Bamjue sans ressources. Tl lui resterait en 
core des valeurs énormes représentées par les signatures escomptées 
et parles bons de l’Échiquier. Ces valeurs doivent être au moins éga 
les au passif de la banque, et dans le cas même où il n’existerait plus 
de capital excédant, elles ne deviendraient insulfisantes qu’au jour 
où l’établissement perdrait les mille privilèges qui déterminent la 
progression de ses dividendes. Et encore sa force ne serait-elle ébran 
lée que dans lecas où un fabuleux concours de demandeurs exigerait 
à la fois le remboursement de tous les billets en circulation et de 
tous les dépôts publics ou privés. 
C’est cependant pour conjurer de pareilles éventualités qu’on lait 
appel à tous les actionnaires. On lutte à l’avance contre des circon 
stances impossibles, et ces circonstances elles-mêmes, on pourrait fa 
cilement les maîtriser avec le fonds vierge de 11 ,(586,000 1. que l’Etat 
doit à la Banque. 
Cette mesure fortifierait-elle les garanties du public? Oui, dans un 
sens. Ainsi, si la Banque n’avait d’autre capital que celui dont dispose 
le gouvernement, le public ne serait lésé que du moment où l’ensem 
ble de ce capital, c’est-à-dire plus de 11 millions 1/2, aurait été dévoré 
dans le mouvement de ces opérations générales; si le capital doublait, 
la Banque aurait à perdre 23 millions avant que ses créanciers pussent 
en ressentir le contrecoup. Les promoteurs zélés de la mesure sont-ils j 
préparés à soutenir que c’est contre les consé(|ucnces d’une telle ex 
tinction de capital qu’ils désirent protéger la nation ? 
il nous reste à envisager si l’accroissement du capital de la Banque | 
accroîtrait en même temps les facilités qu elle a pour payer scs billets | 
en espèces. Ces facilités se mesurent sur le quantum du numéraire | 
qu’elle doit conserver pour répondre aux demandes probables des i 
porteurs de ses billets. Sous ce rapport, sa puissance ne saurait être 
augmentée, car, dès ce jour, s’il lui plaisait, elle pourrait posséder un I 
encaisse égal non-seulement à l’ensemble de ses émissions, mais en- j 
core à la totalité des dépôts publics et privés : or, dans aucune hypn- | 
thèse, les sollicitations du dehors ne pourraient dépasser ces valeurs 
réunies. Mais, d’ailleurs, les profits de la Banque dépendent essentiel- | 
lernent de fexiguïté de sa réserve en espèces et en lingots, l’oute la 
science de ses opérations consiste à alimenter la circulation la plu» ; 
vaste avec I a plus petite quantité possible de eapitaux immobilisés ,
        <pb n="674" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE, Râl 
sous forme de réserve. Le montaut des billets en circulation ne dé 
pend pas de l’importance du capital que possèdent les créateurs du 
papier, mais bien des exigences de la circulation générale; et le chiffre 
cette circulation se règle, comme j’ai essa&gt;é de le démontrer, sur la 
valeur de l’étalon ( standard), sur l’ensemble des paiements et sur le 
degré d’économie introduit dans les transactions financières. 
L’accroissement du capital de la banque n’aurait donc qu’un seul 
effet: il lui permettrait de prêter au gouvernement ou aux négociants 
des fonds qui, autrement, eussent été avancés par les particuliers eux- 
•Rèmes. La Banque multiplierait ses opérations ; elle grossirait le 
nombre des effets de commerce et des billets de l’Echiquier qu elle a 
portefeuille, elle augmenterait même son revenu; mais, en suppo 
sant que le taux courant de l’intérêt fût de 5 p. O/o et que la même 
économie présidât aux affaires de l’établissement, les bénéfices des 
aetioiinaires n’éprouveraient ni‘accroissement, ni diminution. Si 
même, par la gestion individuelle de leurs capitaux, les actionnai- 
avaient pu en retirer des j)rolits plus élevés, soit dans le com 
merce, soit dans toute autre branche d’exploitation, ils se trouve- 
*’aieut avoir subi une perte positive. 
Mais les directeurs, en opposition avec un acte formel du Parlement, 
De refusent pas seulement de faire la répartition des bénéfices en ré- 
^erve, ils se sont également déterminés à ne pas communiquer aux ac 
tionnaires le chiffre de ces bénéfices, et cela au mépris de leurs statuts 
yRi ordonnent « de convoquer deux fois par an une assemblée géné- 
* cale des actionnaires dans le but d’examiner la situation et les res- 
" sources de la société, de calculer les dividendes sur tous ¡es produits, 
“ HinèraJemenl (¡nelconques, recueillis dans le mouvement du capital 
“ Social et de les répartir entre les ayants droit, pro|)orlionnellement 
" ^ la mise et à l’intérêt de chacun. « 
tt dans le cas même où la loi serait muette, les directeurs, avant 
refuser la communication des comptes aux actionnaires, seraient 
loiius d’indi(|uer les conséquences fâcheuses qui peuvent résulter 
^ One telle publicité. 
^otte publicité est le seul gage qu’aient les actionnaires de la 
loyauté et de l’habileté des directeurs. Elle est précieuse à ce titre, 
^®r il se peut que les affaires de la Banque ne soient pas toujours 
dirigées par des hommes tels que ceux qui sont actuellement à sa 
et contre ies(¡ue]s il ne s’est pas élevé l’ombre d’un soupçon, 
sont les garanties des actionnaires contre une administration 
Corrompue et avide ? N’ont-ils pas été sans winptes, sans distribution
        <pb n="675" />
        G22 
OEÜVRKS DIVERSES. 
de bénéfices, pendant plus de dix ans? La voix de tous, en publiant 
l’augmentation des sources de leurs revenus, n’a-t-elle pas été pour 
eux la seule preuve de l’accumulation successive de leurs bénéfices? 
A des hommes appelés à administrer des millions et voués à cette 
mission délicate, il ne sied point de demander une confiance aussi 
illimitée, une foi aussi entière dans leur valeur personnelle, sans 
8 appuyer sur des motifs 8t*rieux j et cependant la seule réponse 
que firent les directeurs à la motion portée dans la dernière assem 
blée pour obtenir la présentation des comptes , fut qu’ils considére 
raient l’adoption d’une telle mesure comme un acte de défiance, et 
comme une condamnation de leurs œuvres. 
De tous côtés on proteste contre de telles pensées; mais, chose 
étrange à redire, on ne peut obtenir d’autre réponse de la part des 
directeurs. 
La publication des comptes est doublement nécessaire aux action 
naires. Elle leur sert à apprécier la moralilé de la gestion des direc 
teurs, et en même temps à s’assurer de VhabiJeté avec laquelle leurs 
al lai res sont administrées. Depuis 1797, il n’a point été dressé acte 
de la situation de la llanque, et le document même qui fut redige 
alors par nécessité, fut soumis au Parlement seul et n’arriva point 
jusqu’aux actionnaires intéressés. Comment ces derniers sauraient- 
ils donc si, dans les circonstances où ils se sont trouvés pla 
cés, les directeurs ont constamment su donner à leurs opérations 
la marche la plus favorable, à leurs capitaux la destination la plus 
productive ? Ne serait-il pas désirable que, de temps en temps, les 
actionnaires pussent examiner si leurs légitimes espérancTS ont été 
réalisées, et si leurs affaires ont été conduites avec autant d'ha 
bileté que d’honneur et de loyauté ? Peut-être, si ce système de com- 
muuimtion générale des comptes avait été toujoui's suivi, les action 
naires eussent sévèrement blâmé les directeurs de 179.1, 1794 et 
1795 iK)ur avoir si mal géré leurs intérêts en gardant constamment 
dans leurs caisses une réserve qui dépassa généralement les trois 
quarts , et descendit rarement au-dessous de la moitié des billets en 
circulation. Ces derniers eussent probablement appris alors qu’un tel 
abandon des ressources delà Banque indiquait une connaissance bien 
légère des principes qui régissent une circulation de papier '. 
* Pour le montant du numéraire et des lingots conservés à la Banque pendant 
ces quelques années je m’en réfère aux calculs que j’ai déjà indiqués, p. 614. Je 
n’ai aucune raison pour douter de leur exactitude générale.
        <pb n="676" />
        623 
DE L’ÉTARI.ISSEMENT D’UNE CIUCUEATION MONÉTAIRE. 
Tous ces vices, qui accusent le système des directeurs de la Ban 
que, ont éveillé l’attention d’un actionnaire indéjtendant, M. Allar- 
dyce, en I7t)7 et 1801. Dans son excellent écrit sur les affaires de 
la Banque, il a établi de la manière la plus énergique et la plus 
habile l’illégalité de leur conduite ; son opinion fut confirmée par 
'f- (aujourd’hui sir James) Mansfield, qu’il avait consulté sur la 
marche à suivre pour forcer les directeurs à soumettre aux action 
naires la situation de l’établissement. Voici la réponse de sir James 
Mansfield : 
• Ma conviction est, qu’aux assemblées générales des semestres, tout 
actionnaire a le droit d’exiger de la part des directeurs la remise de 
tous les comptes, livres et papiers qui peuvent être nécessaires 
pour apprécier, la vitalité de la société, la puissance de ses capi 
taux, et pour déterminer le chiffre des répartitions individuelles ; j’a 
joute qu’il est du devoir des directeurs de satisfaire à ces exigences 
légitimes. Quant à la méthode à suivre pour obtenir la communication 
que désirent ceux qui m’ont consulté, la voici : — Que les actionnaires, 
*‘éunis en une majorité respectable, donnent immédiatement avis au 
gouverneur et aux autres administrateurs qu’à la prochaine assem- 
blée générale ils demanderont la remise de tous les livres , comptes 
of papiers nécessaires, line fois cette assemblée ouverte, ils dc- 
''cont reproduire et formuler de nouveau leurs réclamations; si 
‘‘^rs efforts sont infructueux, je les engage a s’adresser au gouver- 
"eur innnédiateincnt, ou quelques jours après la tenue de l’assem- 
hlée générale, i&gt;our le prier de convoquer une nouvelle réunion : 
‘‘^‘tte adresse devra être faite par neuf membres au moins, ayant 
h%un 500 I. d’actions. Si le gouverneur refuse de convoquer une 
•nouvelle assemblée générale, les neuf membres ¡Marieurs de la propo - 
*M!on pourront eux-mêmes l’organiser suivant b« termes inserils 
^^Ds les statuts. Dans tous les cas, que la convocation ait été faite 
le gouverneur ou par les actionnaires, je les engage à s’adresser 
^ la Cour du Banc du roi pour en obtenir une ordonnance (man- 
qui prescrive au gouverneur et aux directeurs de soumettre 
^ l’assemblée tous les livres, comptes et papiers nécessaires. 
« J. Mahsfield. " 
Temple, 9 mars 1801. 
(Conformément à cette consultation, M. Allardyee soumit à l’as- 
^niblée suivante du 11) mars 1801 une demande écrite qui tendait à 
obtenir la communication de tous les comptes, l a mort vint 1 arrê- 
au moment où il allait sans doute poursuivre la marche qui lui
        <pb n="677" />
        6á4 ŒUVRES DIVERSES. 
avait été indiquée par sir James Mauslield, et depuis lors aucun ac 
tionnaire ne s’était encore élevé, jusqu’à la dernière assemblée géné 
rale, pour continuer son œuvre. Lin lait bien remarquable, c’est que 
dans la séance même du 19 mars 1801, où la proposition de M. Al- 
lardyce lut faite et rejetée, on mit aux voix, à la grande sur 
prise des actionnaires, un boni de 5 p. ü/q qui fut distribué en obli 
gations 5 p. Ü/o de la marine. La première motion de M. Allardjce 
date de l’assemblée générale tenue le 14 décembre 1797, et dès le 
mois de mars 1799 ou répartit en 5 p. ü/o appartenant à la création 
de 1797, un boni de 10 p. O/q. Je ne pense pas que M. Allard)ce 
ait renouvelé sa requête de décembre 1797 à mars 1801. 
Depuis 1797 les actionnaires ont donc complètement ignoré le cours 
des affaires de la Banque. Les directeurs ont pu jouir pendant un es 
pace de dix-huit années et sous l’égide du silence de leurs fertiles opé 
rations. ils peuvent penser aujourd’hui que les intérêts de la Banque 
réclament la prolongation de ce système, et, qu’à la veille de nou 
veaux arrangements avec l’Ltat, il peut être utile de cacher le mon 
tant des bénélices en réserve. Mais l’attention publique s’est derniè 
rement lixée sur les aÜaires de la Banque, et l’on commence à scruter 
et à comprendre la marche de ses prolits. La publicité ne peut plus 
être que favorable à la Banque, car on a déjà répandu des aperçu 
exagérés sur ses bénélices, et ces aperçus ont soulevé des préten 
tions exorbitantes qu’il importe de rectilier au moyen de documents 
oliiciels. D’ailleurs, le privilège de la Banque lui a été assuré pour 
dix-sept ans encore ; d’ici là, la partie la plus lucrative deses opéra 
tions demeure interdite aux réclamations du public. 
Si la charte touchait eüectivement à son terme, le pays aurait le 
droit de discuter la valeur d’un système qui décerne à une société de 
négociants tous les avantages attachés au privilège exclusif démettre 
la monnaie de papier d’une nation. Lu face des cruelles expériences 
subies par d’autres États, les esprits répugneraient sans doute a cou- 
ber un tel pouvoir au gouvernement j mais dans un pays libre il est 
permis d’espérer qu’on trouverait les moyens nécessaires pour réali 
ser cette bienfaisante réforme et pour soustraire la circulation a 
rinllueuce des ministres. 
On peut envisager la monnaie de papier comme produisant un 
seigueuriage équivalant à la totalité de sa valeur échangeable. Or, le 
seigueuriage appartient, dans tous les pays, au gouvernement, et 
avec des garanties de remboursement,— telles qu’ellesont été énu 
mérées dans la première partie de cet écrit, —avec la nomination de
        <pb n="678" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 62*; 
commissaires relevant du Parlement, seul, l’État, en se eonstituant le 
créateur unique du papier-monnaie de la métropole et de la province, 
assurerait au revenu public un tribut réel de deux, millions sterliii". 
Mais comme la banque est protégée contre ce danger jusqu’en 18.33, 
les raisons qui militent en faveur de la publicité trouvent ainsi une 
consécration nouvelle. 
APPENDICE. 
I- Tableau indiquant le montant de l’allocation annuelle payée par le 
public de 1797 à 1815, pour Vadminhtration des dettes de VAngle 
terre, de llrlatide, de l’Alletnagne et du Portugal. 
Années commençant le 6 janvier. I. 
1707 1(52,431 
1798 212,592 
1799 218,190 
1800 238,294 
1801 23(5,772 
1802 3(53,105 
1803 247,538 
1804 2(57,78(5 
1805 271,911 
1800 292,127 
1807 297,757 
1808 210,549 
1809 222,775 
1810 217,825 
1811 228,349 
1812 223,705 
1813 238,827 
1814 242,2(53 
8. d. 
5 3 
1 5 
17 O 
3 8 
15 8 
14 (5 
11 O 
19 7 
11 9 
9 10 
1(5 I 
2 7 
2 4 
13 5 
1(5 O 
12 5 
17 7 
14 7 
' Ées différents chiffres de ce tableau ont été puisés dans le compte annuel des 
^àiances, publié par les ordres de la chambre des Communes. Ils comprennent ce 
nai a été payé non-seulement à la Banque, mais encore à l’Echiquier et à la 
^•npagnie de la mer du Sud. La commission annuelle de la (kimpagnie est ac 
tuellement d’environ 14,,560 I. ; en 1797 elle était de 14,657 liv. l.a commission 
l’Échiquier s’éleva, en 1807, jusqu’à 6,760 I. 6 s. 8 d. ; elle descendit graduel- 
®'«ent à 2,4851. et a, je pense, complètement cessé aujourd’hui. 
l'U Banque a aussi reçu ui* allocation pour les rentes viagèrr«, depuis 1810; et 
environ 1,200 1. ou 1,300 liv. par an depuis 1812, pour la gestion d'un emprunt 
e Jeux millions et demi, réalisé au nom de la compagnie des Indes-Orientales,— 
sommes qui ne figurent pas dans le tableau ci-dessus. 
(OEuv. de Ricardo.) 40
        <pb n="679" />
        ŒUVUES DIVERSES. 
62G 
IL Tableau indiquant les sommes payées annuellement à la Banque 
pour le recouvrement des souscriptions aux emprunts publics L 
Année commençant à la Saint-Michel, 
179G 
1797 
Année commençant le 5 janvier. 
1799 
1800 
1801 
1802 
1803 
180) 
1805 
180G 
1807 
1808 
1809 
1810 
1811 
1812 
1813 
1814 
1. 8. d. 
20,506 3 4 
27,410 0 3 
10,115 6 8 
12,439 15 5 
39,080 17 11 
22,538 12 3 
9,009 10 0 
11,083 19 7 
18,130 16 3 
10,115 10 8 
12,650 18 7 
8,400 0 0 
11,680 0 0 
14,705 0 0 
19,031 14 0 
21,039 8 9 
42,200 0 0 
II1. Le montant général de la dette non rachetée de la Grande- 
Bretagne et de Vfriande. y compris les prêts faits à l’empereur 
d’Allemagne et au prince régent de Portugal, payables en Angleterre, 
s’élevait, au fét^rier 1815 et d’après le compte soumis au Par 
lement, 
à 1. 727,707,421. 2.5 3/1 
id. pour les Compagnies des Indes-Orientales. 3,929,501. 0.0 
Dette contractée du 1" février au l" août 1815. I. 87,448,402.10 731,090,982 2.5 3' i 
Haclicté du 1" février au 1" août 1815.. . . 11,099,100.0 70,449,230.10.0 
Total de la dette non rachetée au 1" août 1815 1. 808,040,218.18.5 3/4 
Les frais d’administration de cette dette sont : 
1. 15,233,484—13—11 Dette et rentes de la Compagnie do la mer du Sud, ¡tour les 
quelles il est alloué à celte Compagnie. 1. 14,500— 4 —Il 
11,080,000— 0— 0 Rentes inscrites au nom de la llauque. . 5,898— 3— 5 
000,000,000— 0— 0 à raison de 340 l. par millions . . . . 204,0(K)—O— 0 
181,120^734—— 4— 0 3/4 à raison de 3001. id. .... 54,338— O— 5 
1. 808,040,218—18— 5 3/4 
2,795,340— 0— O rentes viagères 899— 5— 0 
39,735,898— 0— 8 pour 1,589,435 1. 0 8. 8 d., aiiuuilés de 
25 années 11,920—15— 4 
1. 850,577,457— 5— 1 3/4 
A déduire la première somme payée à la Compagnie de la mcr[du 
Sud 14,500 — 4—Il 
Frais d’administration payés à la Rauque d’Angleterre sur la dette 
telle qu’elle existait au C' août 1815 277,050— 4— « 
1 Ce tableau a été puisé dans un compte soumis au Parlement, le 19 juin 1815-
        <pb n="680" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 
627 
IV. Moyennes de la circulation des billets de banque, y compris les 
liank-post-bills, pour chacune des années suivantes : 
Année«. 
1797 
1798 
1799 
1800 
1801 
1802 
1803 
1804 
1805 
180« 
1807 
1808 
1809 
18)0 
1811 
1812 
1813 
1814 
1815 
Billets de 5 livres et mu 
detsus, y compris les 
nimudati sur U poste. 
10,095.020 
ll,527,2.'m 
12,408,522 
13,598,606 
13,454,367 
13,917,977 
12,983,477 
12,621,348 
12.697,352 
12,844,170 
13,221,988 
13,402,160 
14,133,015 
16,085,522 
16,286,950 
15,802,120 
16,057,000 
18,540,780 
18,157,956 
Billet« .u.&lt;le«K)ui 
de 
1,096,100 
1,807,502 
1,653,805 
2,243,266 
2,715,182 
3,130,477 
3,864,045 
4,723,672 
4,544,580 
4,291,230 
4,183,013 
4,132,420 
4,868.275 
6,644,703 
7,260,575 
7,600,000 
8,030,000 
9,300,000 
9,161,454 
Total. 
11,191,720 
13,334,752 
14,062,327 
15.841.932 
16,169,594 
17,054,454 
16,847,522 
17,345,020 
17.241.932 
17,135,400 
17,405,001 
17,534,.580 
19,001,890 
22,730,285 ' 
23,547,525 
23,462,120 
24,087,000 
27,840.780 
27,319,410 
V Aperçu des profits de la Banque d’Angleterre pour l’année 
commençant le 5 janvier 1797. 
||HIeu de banque en circulation 1. 11,191,720 
publics 6,000,000 
'^dant des bénéüccs en réserve sur le capital.. 3,826,890 * 
. 20,018,610 
déduire : espèces et lingots 5,000,000 
P Fonds portant intérêt 
'’»imission pour la gestion de la dette publique. 
id. id. des emprunts 
In,, id. id. des loteries 
Adrets sur 11,686,000 1. prêtés au gouvernement à 3p. 0/0 
15,018,610 à 5 p. 0/0. 
A déduire : 
ÿ'I'cnses 1. 150,000 
CÂ? des billets 12.000 
itiibutions volontaire 200,000 
1. 750,930 
143,800 
20,506 
1,000 
350,604 
I. 1,266,840 
362,000 
Dividende à 7 p. 0/0 sur 1. 11,642,400, 
Proilt net 
904,840 
814,968 
1. 89,872 
' Jusqu’en 1811 les résultats ci-dessus ont été puisés dans le rapport du 
l^^^iton-Committee : depuis lors on les a extraits des relevés soumis au Par- 
lenient. 
' C’est la somme que la Banque établit devant le Parlement, le 26 février 1797, 
domine constituant son excédant de capital.
        <pb n="681" />
        miUVIŒS DIVEUSES. 
«W8 
Aperçu relatif à Vannée commençant en janvier 1798. 
Héserve des bénéfices avant 1707 I. 3,826,800 
i,i. id. de 1707 89,872 
3,916,762 
Hilicts de banque en circulation 13,334,752 
Uc()éts publies 5,700,000 
22,951,614 
A déduire : espèces et lingots 4,0(K),000 
Fonds portant intérêt 18,951,514 a 5 p. O'O. 
Commission pour l’administration de la dette 
nationale !• 102,000 
Commission pour ies emprunts 27,410 
id. les loteries 1,909 
Intérêt sur 11,686,8001. de capital à 3 p. 0/0 
1. 947,575 
220,410 
3:&gt;0,6&lt;^ 
T¡5T^580 
A déduire : 
Dépenses 
Droits de timbre 
Dividende de 7 p. 0/0 
Profit. . 
158,000 
12,000 
814,068 984,008 
T . . \ . . 1. 533,Oij 
Année commençant le o janvier 1799. 
Réserves antérieures 1« 3,016,762 
id. de 1798 
Dillets de banque 
Dépôts publics. . 
A déduire: espèces et lingots 
Fonds portant intérêt 
Commission pour la gestion de la dette natio 
nale 
Commission pour les emprunts 
id. les loteries 
4,450,383 
14,062,300 
6.400,000 
24,012,683 
3,000,000 
21,012,683 à 5 p. 0,0. 
196,700 
16,115 
1,000 
Intérêt à 3 p. 0/0 sur 11,686,000, 
A déduire : 
1. 1,095,634 
213,815 
350,6^ 
1. 1,660,0^1 
Dépenses * 66,000 
* Timbre des billets 24,000 
Dividende de 7 p. 0/0 
lionî (le 10 p. o/O. 1,104,2 #0 
Reste, 
2,I69,2J5 
1. 500,155 
Année commençant le 5 janvier 1800. 
Réserves antérieures I. 4,450,383 
Perte en 17 09 509,155 
3,941,228 
A HEl'ORTER 3,941.228 
p * L’abonnement pour le timbre fut élevé, cette année, à 24,000 liv. ; 
en 1803-1804 à .32,000 1. en 1800-1807 à 42,000 I. —eten 1815-1818 f 
8 7,500 I.
        <pb n="682" />
        DK L’ÉTABLISSEMENT D'UNE CIRCULATION MONÉTAIRE (529 
Report 3,941,228 
{lillets (le banque I &amp;,841,9(K&gt; 
Uépôk 7,109,900 
20,883,128 
P , A déduire : 
Espèces et lingots 3,000,000 
• fit au gouvernement 3,000,000 * 6,000,000 
Tonds portant intérêt . . , . 1. 20,883,128^iTi&gt; p. 0 0 1,044,150 
''dministration de la dette n aliónale 210,700 
id. des emprunts 12,489 
id. des loteries 1,000 230,189 
•utérct sur 11,686,0001 ... . . . 350.604 
1,024,949 
. A déduire ; 
»«penses 174,000 
• imbre des billets 24,(MX) 
»'Videndede7 p.0/0 814,908 1,012,908 
Proüt 1. 611,981 
Année commençant en janvier 1801. 
Réserves antérieures L 3,941,228 
Excédant actif de 1800 611,981 
4,553,209 
Oillets de banque 10,109,500 
7,800,000 
, 1. 28,522,709 
/et au gouvernement 3,000,000 
•^Peces et lingots 3,000,000 , 6,000,000 
Tonds portant intérêt 22,522,709 à 5 p. 04). 1.120,135 
"Or l'administration de la dette nationale. . . 215,2(K) 
id. pour emprunts 39,080 
id. pour loteries 1,000 25j,280 
intérêt sur le capital 
1,732,019 
I,. A déduire : 
"'‘penses 182,000 
i'Uibre 24,000 2üO,(XX) 
' ' 1. 1,520,019 
‘'^idende de 7 p. 0 0 814,968 
»"n de 5 p. O/ô.* 582,120 1,397,088 
128,931 
'*’^e sur les propriétés * ^’^»893 
Profit 1. 110,038^ 
Année commençant en janvier 1809. 
; ; ; ; 
30,319,247 
^ ‘ l a Ban(}ue prêta, à cette époque, au gouvernement trois millions sans i»te- 
térets pour dix années ; plus tard, elle continua le même prêt pour 8 ans et à I iu- 
'^»’êt de 3 p. 0/0. 
* Jusqu’en 1800 la taxe sur les propriétés fut payée par les actionnaires. A cette 
JPoque, la Banque convint de l’acquitter sur le montant général de ses bené- 
’'&lt;^es, et de ue faire aucune déduction individuelle sur les certificats de dividende.
        <pb n="683" />
        ŒUVRES DIVERSES. 
()30 
A déduire : 
Prêt au gouvernement 3,000,000 
Espèces et lingots 3,000,000 . 6,000,000 
Fonds portant intérêt 24,319,247 à 5 p. 0/0. 
Pour l’administration de la dette nationale. . . 241,600 
id. des emprunts 22,538 
id. des loteries 1,000 
Intérêt sur le capital. . . . 
A déduire : 
1,215,962 
265,138 
350,60j 
1,831^ 
Dépenses 190,000 
Timbre des billets 24,000 
Dividende de 7 p. 0/0 814,968 
Boni de 2 1/2 p. 0/0 291,060 
Taxe sur les propriétés 
Profit 
1,320,028 
511,676 
51,167 
J^6o75§ 
Année commençant en janvier 1803. 
Réserves antérieures 
Profits en 1802 
Billets de banque 
Dépôts. . . . . . . . . . . .. 
Prêt au gouvernement 3,000,000 
Espèces et lingots 3,000,000 
Pour l’administration de la dette nationale. . . 
id. des emprunts 
id. des loteries 
Intérêt sur le capital 
A déduire : 
Dépenses 
Droit de timbre 
Dividende de 7 p. 0/0 
Taxe sur les profits nets h 5 p. 0/0 
Profit 
1. 4,669,247 
460,509 
1. 5,129,756 
16,847,500 
9,300,000 
31.277.256 
6,000,000_ 
25.277.256 à 5 p. 0/0. 1. 1,263,862 
236,609 
350,6^ 
1,85IJ35 
1,014^ 
806,16' 
40,308 
1. 765,8^ 
226,000 
9,669 
1,000 
198,000 
32,000 
814,968 
Année commençant en janvier 1804. 
Réserves antérieures 
Profits, en 1803 
Billets de banque 
Dépôts. ............. 
A déduire r 
Prêt au gouvernement. . . . 3,000,000 
Espèces et lingots 3,000,000 
Fonds portant intérêt 
Commission pour la dette nationale. . . . 
A REPORTER, 
6,129,756 
765,859 
5,895,615 
17,345,020 
10.000,000 
33,240,635' 
6,000,0^ 
277^0.635 à 5 p. 0/0 
246,700 
1,362,030 
1,362,030
        <pb n="684" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. m 
Report. 
i(l. sur les emprunts » » 
, W. sur les loteries .3,000 
Intérêt sur le capital 
A déduire : 
îîppflnses 206,000 
Ombre sur les billets . . . 32,000 
dividende de 7 p. 0/0 814,068 
lioni de 5 p. 0 0 582,120 
Taxe sur les propriétés, à raison de 6 1/4 p. 0 0. 
Profit 
1,362,030 
249,700 
350,604 
1,962,334 
1,635,088 
327,246 
20,452 
306,794 
Année commençant en janvier 1805. 
JJéserves antérieures 
Profiten 1804 
jWleU de banque; . . . . . .... 
Prêt au gouvernement 3,000,000] 
lí-spèces et lingots 3,000,000 
Allocation pour la dette nationale, 
pour les emprunts.. . 
pour les loteries. . . 
intérêts sur le capital 
A déduire : 
Ç^PPnses 
/.{“ibres 
I ‘'‘dende de 7 p. 0/0 
de 5 p. o/O 
Taxe sur les propriétés à 10 p. 0 0. 
Profit. . 
1. 5,89.5,615 
306,794 
6,202,409 
17,241,932 
10,700,000 
6,000,000 
28,144,341 à 5. p. 0 0. 
254,400 
11,683 
4,000 
1,407,217 
270,083 
350,604 
2,027,904 
214,000 
32,000 
814,968 
582,120 1,643,088 
384,816 
38,481 
346,3.35 
Année 1806. 
«Ärsr".'- 
3,000,000 . . 
3,000,000 
Immission pour la dette nationale. 
Î'I* pour les emprunts. . . 
In. pour les loteries.. . . 
‘»'U'ret sur le capital 
1. 0,202,409 
346,335 
6,548,744 
17,135,418) 
11,000,000 
34.684.144 
.... à 3 p. 0“0 
6,000,000 
28.684.144 à 5 p. 0 0. 
^5,000 
18,130 
2,000 
t. 90,000 
1,434,207 
295,130 
.350,604 
2,169,941
        <pb n="685" />
        032 
OEUVRES DIVERSES. 
A déduire : 
Dépenses ' 222,000 
Droits de timbre :(2,000 
Dividende de 7 p. 0 0 814,908 
Donideùp. 0/0 f,82,l20 
Taxe de 10 p. 0/0 sur le profit net 51,885 
id. sur le boni et le dividende d’octobre. . . . 98,900 
Profit ""i ¡ ' ~ 
1,051,088 
1,518,853 
_IW),8i5 
308,008 
Année commençant en janvier 1807. 
Réserves antérieures, 
Bénéfices de 1800. . 
Billets de banque. . 
Dépôts 
Prêts au gouvernement.... 3,000,000. . 
Espèces et lingots 3,000,000 
Administration de la dette nationale 
id. des emprunts 
id. des loteries 
Commission pour le recouvrement de la taxe des 
propriétés 
Intérêt sur le capital 
A déduire : 
1. 6,548,744 
308,008 
0,910,7.52 
17,40.5,000 
11,000,000 
35.321.752 
. . . . . à 3 p» 
6,000,000 
29.321.752 
280,500 
16,115 
5,000 
0/0. 90,000 
Ç466^M 
1. 1,556,087 
3,154 
304,769 
350,604 
2,211,460 
Dépenses 230,000 
Timbre 42,000 
Dividende de 10 p. 0/0 1,164,240 
Taxe sur les propriétés 193,946 
Profit 1 i } r 
272,000 
1,939,460 
1,3.58,186 
581,274 
Année 1808. 
Réserves antérieures 6,916,752 
Profit eu 1807 581,274 
u n . 1 , 7,498,026 
Billets de banque 17,5.34,580 
11,000,000 
n „ 36,032,606" 
1 let au gouvernement 3,000,000 à 3 p. 0/0. 
P , 'd .... 3,(MM),000 
Especes et lingots 3,000,000 9,000,000 
27,03^00" 
Administration de la dette nationale 193,000 
id. des emprunts 12,6.50 
id. des loteries 2,(HH) 
Commission pour le recouvrement de la taxe des 
propriétés 3.154 
Intérêt sur le capital " ] ¡ 7" . . 
90,000 
1.351,630 
1. 1'4 41,6.30 
211,104 
350,604 
2¡003,338 
A REPORTER.
        <pb n="686" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 033 
Report. 
Dépenses 239,000 
Umbre 42,000 
Dividende de lO n. 0/0 1,164,240 
•axe sur les propriétés, id 172,333 
Profit, 
2,003,338 
281,000 
1,722,338 
1,336,473 
1. 385,866 
Année commençant en janvier 1809. 
Deserves précédentes 7,498,026 
«enéilcesde 1808 385,865 
Drêt au gouvernement 3,000,000 
id. 3,000,000 
'espèces et lingots 3,000,000 
Dour l'administration de la dette nationale. . • 
id. des emprunts 
Cni« • des loteries. ..... 
•Dniission pour le recouvrement de la taxe des 
propriétés 
^otérét sur le capital 
Dépenses 
Timbre. 
Ü2|endedel0p.0/0. . . . 
Pot sur les propriétés. . . 
Prolit. 
7,883,891 
19,fK)0,000 
11,000,000 
37,883,891 
ù 3 p. 0 0. 
sans intérêt, 
9,000,000 
28¡883,89r 
205,500 
8,400 
3,000 
3,154 
246,000 
42,000 
1,164,240 
181,852 
90,000 
1,444,194 
220,054 
350,604 
2.104.852 
288,000 
1.816.852 
1,346,092 
470,760 
Année 1810. 
Profi7^* précédentes 
: : : : : 
* rêt au gouvernement, 
Esn' Dl. 
''Sptees et lingots. . 
3,000.0(8) 
3,(K)fl,(HM) 
3,006,000 
(^•ministration de la dette nationale 
DI- des emprunts 
Cn.».v.- •. des loteries. . . . • • • • 
•••mission pour le recouvrement de la taxe des 
propriétés 
Drtérét sur le capital 
A déduire : 
dépenses. . . . . . . 
* •inbre. 
I. 7,883,891 4 
470,760 
8,354,651 
22,730,000 
11,000,000 
42,084,651 
à 3 p. 0 0. 90,000 
sans intérêt. 
9,000,000 
33,084,651 
200,800 
11,680 
3,000 
3,154 
254,000 
42,000 
1,164,240 
201,747 
1,654,232 
1. 1,744,232 
218,634 
350,604 
2,313,470 
296,000 
2,017,470 
1,365,987 
651,843 
Profit,
        <pb n="687" />
        034 
ŒUVRES DIVERSES. * 
Aiinn commençant en janvier 1811. 
Héserves antérieures. 
Pour 1810. . . , 
Billets de banque 
Dépôts 
Prêt au gouvernement 3,000,000 
id. id. .... 3,000,000 
Espèces et lingots 3,000,000 
Administration de la dette nationale 
id. des emprunts 
id. des loteries 
Service des rentes viagères 
Commission pour le recouvrement de la taxe sur 
les propriétés 
Intérêt sur le capital 
Dépenses 
Timbre des billets 
Dividende de 10 p. 0/0 
Taxe sur les propriétés 
Profit 
1. 8,354,651 
651,483 
9,006,134 
23,547,000 
11,000,000 
43.553.134 
A 3 p. 0/0. 
sans intérêt. 
9,000,000 
34.553.134 
211,300 
14,705 
4,000 
206 
90,000 
1.727.765 
1.817.765 
3,454 
264,000 
42,000 
1,104,240 
209,603 
233,662 
350,604 
2,402,031 
306,000 
2,096,031 
1,373,843 
722,188 
A nnée commençant en janvier 1812. 
Réserves antérieures U 9,006,134 
id. de 1811 722,188 
9,728,322 
Billets de banque 23.462,000 
Dépôts 11,000,000 
44,190,302 
Prêt au gouvernement 3,000,000 
id. id. .... 3,000,000 
Espèces et lingots 3,000,000 9,000,00^ 
35,190,322 
Pour l’administration de la dette nationale. . . 208,000 
id des emprunts 19,031 
id. des rentes viagères.. . . 369 
Commission pour le recouvrement de la taxe 
les propriétés 1. 3,154 
Intérêt sur le capital 
Dépenses 273,000 
Timbre des billets 42,000 
Dividende de 10 p. O/0 1,164,240 
Taxe sur les propriétés 211,567 
Profit 
à 3 p. 0 0. 90,000 
sans intérêt. 
1,759,516 
230,554 
350,604 
2.430.674 
315,000 
2.115.674 
1,375,807 
739,867
        <pb n="688" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 035 
Année commençant en janvier IS\Z. 
Réserves précédentes 1. 9,728,322 
'(1. de 1812 739,867 
. 10,468,189 
«diets de banque 24,080,000 
dépôts 11,000,000 
n 45,548,189 
“rct au gouvernement 3,000,000 à 3 p. 0/0. 90,0(K) 
P Id. id. .... 3,000,000 sans intérêt, 
é-spèces et lingots 3,000,000 9,000,000 
36,548,189 1,827,400 
T, 1,917,400 
1 our l’administration de la dette nationale. . . 223,100 
id. des emprunts ' 21,639 
id. id 2,000 
id. des rentes viagères. ... 462 
Immission pour le recouvrement du property 
tax. . 3,154 250,355 
Intérêt sur le capital 350,60t 
2,518,359 
^penses 283,000 
1‘mbre des billets 42,000 325,000 
n- 2,193,359 
dividende de 10 p. 0,0 1,164,240 
laxe sur les propriétés 219,333 1,383,573 
Profit . *09,786 
Année commençant en janvier 1814. 
Réserves antérieures 1. 10,468,189 
Id. de 1813 809,786 
nm. 11,277,975 
«dieu de banque 27,840,000 
««Pnts 11,01X1,000 
J, 50,117,975 
ret au gouvern. sans intérêt. . 3,000,000 
“•»peces et lingots 3,000,(XM) 6,000,000 
44,117,975 *2,205,898 
Rour l’administration de la dette nationale. . . 227,000 
id. des emprunts 42,2(M1 
P id. des rentes viagères... 576 ; 
Immission allouée pour le recouvrement du 
property tax 3,154 272,930 
^oférêt sur le capital ^ 350,604 
2",829,432 
¿Impenses 292,000 
‘»nibre des billete 42,(KK1 3,34,000 
hw-A 2,495,432 
Mende de 10 p. O/0 1,164 240 
»axesur les propriétés 249,543 1,413,783 
Protit I. 1,081,649 
Année commençant en janvier 1815. 
Réserves antérieures 11,277,975 
‘d- de 1814 1,081,649 
. . . 12,359,624" 
A RCTORTER.
        <pb n="689" />
        (EUVllES DIVERSES. 
(Î3ü 
Report. . . . 12,359,624 
Ri 1 lets (le banque 27,.300,000 
Dépôts 11,000,000 
50,659,624 
iMé.t au gouvernement 3,000,000 
Caisse et lingots 3,000,000 6,00,000 
~ 44,6.50,624 
Pour la gestion de la dette nationale 250,000 
ici. des emprunts 28,800 
id. des rentes viagères 700 
Commission pour le recouvrement à la taxe des 
propriétés 3,154 
Intérêt sur le capital 
Dépenses 300,000 
Timbre des billets 87,500 
Dividende de 10 p. 0/0 . 1,164,240 
Taxe sur les propriétés 247,873 
Profit 
2,232 980 
282,654 
350,604 
2,866^ 
387,500 
2,478J3S 
Janvier 1816. 
Réserves antérieures 1. 12,359,624 
id. de 1815 1,066^ 
I. 13,42(^ 
VT. Conclusions proposées par M. Grenfell relativement à lo&gt; 
Banque (VAngleterre. 
1'^ Qu’il soit reconnu que le montant des sommes payées par 1^ 
public à la Banque d’Angleterre pour l’administration de la dette 
nationale, y compris le recouvrement des souscriptions aux emprunts 
et aux loteries, et pendant l’année échue le 5 juillet 1792, s’est éleve 
à 99,8031. 12 s. 5 d. ; que pour le même service la rétribution po«‘’ 
l’année échue le 5 avril 1815, a été de 281,5681. 6 s. 11 1/4 d.,^® 
qui marque un accroissement de 181,764 1. 14 s. 6 1/4 d. ; rede 
vance à laquelle la Banque a joint une commission de 1,250 1. P^^ 
millions, pour le recouvrement de la taxe sur les revenus. 
2° Que le montant total des billets de banque et des bank-posb bills 
en circulation pendant les années 1795, 1796 (celle-ci précédant iiR 
médiatement le bill de restriction) et 1814, fut : 
1795, 1" février. — 1. 12,735,.520; et au 1" août — 1. 11,214,000 
1796, id. — 1.10,784,740; id. — 1. 9,850,000 
1814, id. — 1. 25,154,950; id. — 1. 28,802,450 
3° Qu’aujourd’hui et pendant de longues années qui datent sui 
tout de 1806, il a été déposé, entre les mains de la Banque 
confié à garde, des sommes considérables appartenant au trésor p«'
        <pb n="690" />
        DÉ L’ÉTABLISSEMENT D’UNE ClBCULATlüN MONÉTAIRE. (&gt;37 
1)1 ic et dont la balance moyenne s’est constamment élevée à plusieurs 
millions; — la Banque agissant, ainsi, à titre de Banquier de la 
nation. 
4" Que, d’après un rapport imprimé par ordre \g 10 août 1807 
et rédigé par '&lt; le comité des dépenses publiques du Boyaume Uni, » le 
ehiiTrc collectif des balances et des dépôts publics versés à la Banque 
d’Angleterre a llotté à quatre diiFérentes époques du trimestre échu le 
15 janvier 1807, entre : 
Voir le rapport, 
p. 74, 75. 
1. 11,146,200 j y compris les billets de banque déposés à l’E- 
ou 12,198,236 ( chiquier. 
et 
1. 8,178,536 niidépendamment des billets déposés à TE- 
ou 9,998,400 f chiquier. 
5° Que le montant réuni de ces dépôts, joint aux bons de l’E- 
ehiquicr et aux billets de banque déposés dans les caisses des (juatre 
agents comptables de l’Echiquier donna, en 1814, une moyenne de : 
1. 11,906,371 ; y compris pour 642,264 1. les billets de banque déposés à l’Echi- 
ou quier. 
11,324,107, outre des billets remis à l’Echiquier. 
G” Que le ebiffre de tous ces dépôts, réuni à la fraction des billets 
de banque et des mandats qu’elle peut colloquer en titres portant in 
térêt, a dû, pendant tout ce délai, produire à la Banque des intérêts 
et des bénéfices. 
7*^ Que la seule participation à laquelle la nation ait été appelée 
depuis 1806, dans les bénéfices obtenus sur les dépôts publics, se ré 
duit à un prêt de trois millions constitué à 3 p. 0/0 par l’art. 40 de 
Georges HT, chap. 41, lequel prêt fut remboursé en décembre 1814; 
puisa un autre prêt de trois millions constitué par l’acte 48 de 
Georges III, chap. 3, et concédé à titre gratuit. Cet emprunt, de 
venu exigible en décembre 1814, a été prorogé par un acte do la 
présente session, chap. 16, jusqu’au 5 avril 1810. 
8" Que la Chambre prendra promptement en considération les 
avantages dont jouit la Banque à la lois comme administrateur de la 
dette nationale et comme dépositaire des fonds publics; qu’elle aura 
constamment en vue l’adoption d’un arrangement qui daterait du jour 
où les conventions actuelles cesseront et qui devra concilier, autant 
&lt;pic possible, les intérêts do l’Etat avec les droits, le crédit et la stabi 
lité de la Banque d’Angleterre.
        <pb n="691" />
        038 
ŒUVRES DIVERSES. 
Vil. Conclusions proposées par M. Mellish, relativement à la 
Banque d’Angleterre. 
1. Qu’il soit reconnu que l’acte 31 de Georges III, chap. 3, allouait à 
la Banque d’Angleterre une commission de4501. par million, pour 
l’administration de la dette nationale, transférable aux bureaux de la 
Banque, commission qui s’éleva, le 5 juillet 1792, à un chiffre de 
98,803 i. 12 s. 5 d., sur un capital de 219,590,000. Que l’acte 48 
de Georges 111, chap. 4, réduisait la rétribution ci-dessus, à 340 1. par 
million, jusqu’à concurrence de 000 millions, et à 300 1. par million, 
pour toutes les sommes excédantes, laquelle mesure produisit à la I 
Banque, pour l’année échue le 5 avril 1815, une somme de 241, 
97 11.4 s.2 1/4 d., sur un capital de rente d’environ 720,570,7001. . 
et 791 1.3 s. 7 d. pour le transfert de 2,347,588 1. d’annuités a | 
3 p. 0/0; ce qui indique un accroissement de 143,905 1. 15 s. [ 
4 I /4 d. dans les frais d’administration, et un accroissement do près / 
de 509,322,000 1. dans le capital; qu’en même temps on accorda 
à la Banque une commission de 1,000 1. sur le recouvrement de 
812,5001., provenant d’une loterie instituéee pour l’année échue le 5 i 
juillet 1792, et une autre commission de 38,798 1.19 s. 2 d., pour le j 
recouvrement de 40,485,533 1.0 s. 8 d., provenant de souscrip 
tions aux emprunts et aux loteries de l’année finissant le 5 avril 
1815. 
2. Que la Banque, conformément à l’acte 40 de Georges Ill, c. 05, 
a constamment opéré la répartition de l’impôt établi sur les créan 
ciers de l’État, et prélevé sur chaque coupon de rente, la portion de 
l’impôt qui lui était attribuable, et que cette partie de scs fonctions, 
étendue pour l’année 1815 à un nombre de 505,000 coupons, a 
été accompli sans dé])cnse8, sans sacrilices pour le public. 
Que, conformément à l’acte précité, les droits provenant de ces 
répartitions ont, à certaines époques, été « portés au crédit des 
lords commissaires de la trésorerie, au compte spécial de ces droits » 
collectivement avec d’autres sommes prélevées en vertu de la même 
ordonnance, — une partie de ces fonds étant consacrée à des alloca 
tions déterminées, et le reste déposé à l’Ixhiquier. 
Qu’en vertu de l’acte ci-dessus, les commissaires de la trésorerie 
ont accordé une bonification de 1,250 1. par million, sur le montant 
de leur crédit à la Banque, et que ces bonifications, destinées à 
compenser les charges du recouvrement, du paiement et de la comp-
        <pb n="692" />
        DE L’ÉTABLISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 639 
habilité, n’ont jamais excédé 3,480 L, et se sont élevées sur une 
wioyenne de huit années, à 3,154 1. seulement. * 
Que le montant des contributions, prélevées pendant l’année 
^chuele 5 avril 1814, s’est élevé à 2,784,343 1., sur lesquels le pu- 
*&gt;lic eût été obligé de payer une somme de 58,007 1., en suivant 
le mode de recouvrement habituel, au taux de 5 d. par livre; que 
les frais de perception sur 20,188,293 1., total des droits perçus de 
1800 à 1814, eussent été, suivant la même évaluation, de 420,5891. 
Que l’ensemble des contributions reçues à la Banque pour l’impôt 
sur les propriétés, est immédiatement versé à l’Echiquier, au jour 
^u recouvrement. Comparée aux mouvements ordinaires du trésor, 
®ette rapidité de recouvrement suppose un avantage qu’il est rai 
sonnable d’évaluer à 2 p. 0/0, et qui se monte pour l’année 1814 
^ 55,686, et à 403,765 1. pour le temps compris entre 1806 et 
1814. 
3. Que le montant total des billets de banque et des hank-post- 
l^llls, en circulation pendant les années de 1795,1796 (celle-ci pré- 
^‘ôdant immédiatement le bill de restriction) et 1814, fut: 
no.-í, !*«• février. — 1. 12,735,520; et au 1" août — 1. 11,214,000 
1796, id. — 1, 10,784,740 id. — I. 9,856,000 
1814, id. — 1. 27,154,950 id. — 1. 28,802,450 
Qu’aujourd’bui et pendant de longues années, postérieures «u 
®utcrieures au renouvellement de sa charte, il a été déposé entre les 
mains de la Banque ou confié à sa garde, des sommes considérables 
appartenant au trésor public et dont la balance moyenne s’est con 
stamment élevée à plusieurs milllions, — la Banque agissant à 
titre de banquier de la nation. La moyenne de ces dépôts a été comme 
suit : 
Dépôts publics pour uue inoyenue d’un an finissant le 
le 5 janvier 1800 1,724,747 
Arrérages non réclamés, calculés sur 
l’année échue le 1*'janvier 1800, . 837,966 
2,562,713 I. 
Balances publiques, calculées sur une " ' 
moyenne de 8 années de 1807 à 1815. 4,375,405 
Arrérages non réclamés id. 634,614 
5,010,019 I. 
Que, d’après un rapport imprimé par ordre le 10 août 1807 
j* ®t rédigé par le Comité des dépenses publiques du Royaume Uni, » 
^ chilfre collectif des balances et des dépôts publics versés à la Ban-
        <pb n="693" />
        ÜEÜVlîtS DIVEllSES. 
&lt;)iO 
que d’Angleterre, a Hotte à quatre époques diilérentes du trimestre 
échu le h janvier 1807, entre 11,401,200 1. et .12,198,230, y com 
pris les billets de banque déposés à l’Echiquier ; ou, en excluant les 
mêmes billets, entre 8,178,530 et 9,948,400 1. On découvre diHicile- 
ment la raison de cette exclusion, car l’acte 48 de Georges 111, 
chap. 3, autorise les comptables de l’Echiquier à recevoir en ga 
rantie des dépôts publics, soit des bons du trésor, soit des billets de 
la Banque d’Angleterre. 
11 parait de plus que le montant réuni de ces dépôts joint aux bons 
de l’Echiquier et aux billets de banque déposés dans les caisses 
des quatre agents comptables de l’Echiquier donna, en 1814, une 
moyenne de : 
11,906,371 1. y compris, pour 642,204 1., les billets de banque déjà 
déposés à l’Echiquier. 
ou 11,324,107 eu retranchant les billets remis à l’Echiquier. 
qo Qu’il ressort des comptes soumis à cette Chambre que la 
moyenne des balances et des dépôts publics versés dans les caisses de 
la Banque, de février 1807 à février 1815, a été de 5,010,0191.; et 
que la moyenne des valeurs déposées à l’Echiquier d’aoùt 1807 à avril 
1815 s’est élevée à 5,908,793 1.; ce qui constitue ainsi un total 
de 10,798,812 1. ou 850,906 1. de moins que la moyenne doinice 
dans le rapport du comité des dépenses publiques pour l’année échue 
le 5 janvier 1807. 
7° Que, conformément aux actes 39 et 40 de Georges 1II, chap. 28, 
qui prolongeaient de vingt et un ans la charte de la Banque, et, c» 
considération des privilèges, profits, avantages de toutes natures, 
que leur concédaient ces actes, les directeurs avancèrent à l’Kta* 
une somme de 3,000,0001. ; lequel prêt, d’abord constitué pou»’ 
six ans à titre gratuit, fut renouvelé pour vingt et un ansa raison de 
3 p. 0/0. 
Que l’intérêt de 3,000,0001. pendant six ans, à : 
Cinq pour cent par an est de 900,000 I. 
Que la différence de 5 p. 0/0 à 3 p. 0,0 sur 11,686,800 
fait 233,736 par an, et pendant vingt et un ans. . . 4,908,4.',6 
Que l’emprunt ci-dessus de 300,0001. fut renouvelé 
en 1806, et reporté à 1814 à raison de 3 p. 0/0, ce qui 
forme pour le public une honilication annuelle de 
2 p. 0/0 ou de 60,000 liv. pendant huit ans et huit 
mois , soit .'',20,000 
Ou’en 1808, la Banque avança à l’État, sans intérêt, une soini«*^
        <pb n="694" />
        DE L’ÉTABI.ISSEMENT D’UNE CIRCULATION MONÉTAIRE. 641 
de 3,000,000 qui doit continuer ainsi à titre gratuit jusqu’au 5 avril 
1^16; l’intérêt de 5 p. 0/0 sur cette avance, se monte donc pour huit 
1,200,000 1. 
8“ Qu’en vertu du 39® et du 40' statut de Georges Ill, chap. 28, 
^ct. 13, il a été décrété : que pendant la durée de la charte, la Ban 
que jouira de tous les privilèges, intérêts, bénéfices, rétributions, en 
un mot, de tous les avantages qu elle possède maintenant, et dont 
elle jouit, en raison de son intervention dans le mouvement des inté- 
i’êts publies. 
Qu’antérieuremeiit au renouvellement de la charte, la Banque 
iera les fonctions de banquier national, en centralisant les revenus 
des différents services administratifs, et en effectuant, ou dirigeant 
les dépenses publiques. 
Que d’après les registres ouverts à la Banque, antérieurement 
renouvellement de sa charte, le chiffre moyen des balances pu- 
*diques, s’est élevé, du 15 février 1814, au 5 janvier 1815 
à 4,337,025 
Arrérages dou réclamés, pour l’aimée échue 
le l"jauvier 181.5 779,794 
5,110,719 I. 
Que d’après les comptes tenus à la Rauque, entre le 28 mars 1800 et le 27 fé- 
'^der 1808, la moyenne a été de. 370,018 I. 
d’après les comptes ouverts postérieurement au 27 février 
de 201,162 
'I” Qu’à l’époque où les conventions actuelles expireront, il sera 
convenable d’apprécier l’importance des avantages que la Banque re- 
de scs fonctions publiques, dans le but d’y substituer des ar 
rangements conformes à ces principes d’équité et de bonne foi qui 
doivent dominer toutes les transactions entre le public et la Banque 
^’Angleterre. 
20 juin 1815. 
((ihJuv. de lUcardo.) 
41
        <pb n="695" />
        TABLE DES MATIÈRES. 
Page». 
Introduction 573 
Section I — Tout principe d’uniformité dans les agents de circulation 
est un principe de perfection. — De l’emploi d’une ma 
tière type. — Kxameu des objections que ce système a 
soulevées • 577 
—• 11. — De l’emploi d’une matière type. — Examen des objections 
que ce système a soulev ées . 5SU 
— III. — Des imperfections de l’étalon. — Les variations qui tendent 
à abaisser la valeur de l’étalon ne compensent point celles 
qui l’affectent en sens contraire. — Les règles de toute 
monnaie de papier sont d’être en conformité parfaite avec 
l’étalon 584 
— IV. — Moyeu propre à donnera la circulation de l’Angleterre le 
degré de perfection possible 588 
— V . — D’une coutume qui crée un grand nombre d’inconvénients 
pour le commerce. — Remède proposé 594 
— VL — La somme allouée à la Banque pour ses fonctions publiques 
est excessive. — Remède proposé 598 
— Vil. — Prolits et réserves de la Banque : leur vicieuse destination.— 
Remède proposé 810 
Appendice 825 
I. — Tableau indiquant le montant de l’allocation annuelle payée par le 
public de 1797 à 1815, pour l’administration des dettes de l’An 
gleterre, de l’Irlande, de l’Allemagne et du Portugal 
IL — Tableau indiquant les sommes payées annuellement à la Banque, 
pour le recouvrement des souscriptions aux emprunts publics. . 
III. — Montant général de la dette non rachetée de la Grande-Bretagne 
et de l’Irlande, y compris les prêts faits à l’empereur d’Allemagne 
et au prince régent de Portugal, payables en Angleterre. . . 
IV. — Moyennes de la circulation des billets de banque, y compris les 
Bank-post-bills 
V. — Aperçu des profits de la Banque d’Angleterre pour l’année commen 
çant le 5 janvier 1797 
VI. — Conclusions proposées par M. Grenfell, relativement à la Banque 
d’Angleterre 838 
VIL— Conclusions proposées par M. Mellisb, relativement à la Banque 
d’Angleterre 838 
W. 
828 
ib. 
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
        <pb n="696" />
        DE LA PROTECTION 
ACCORDÉE 
A L’AGRICULTURE.
        <pb n="697" />
        i
        <pb n="698" />
        INTRODUCTION. 
•iCs doctrines qui condamnent les restrictions élevées contre 1 im 
portation des blés étrangers ont fait depuis quelques années des 
progrès dont il est impossible de méconnaître l’importance; mais 
‘‘lies n’ont pu déraciner tous les préjugés qui obscurcissent cotte 
question. 11 est même à craindre que les erreurs qui dominent gé 
*iéralement l’esprit de ceux sur qui pèse le malaise de notre agricul 
ture, ne conduisent à des mesures sans cesse plus prohibitives, et ne 
UOU8 éloignent d’un système graduel de liberté commerciale qui est 
le seul remède eflicacc pour tant de désastres. C’est à la législation 
uetuelle sur les céréales que nous devons attribuer les désordres de 
^clte situation. J’espère parvenir à prouver que tant que l’on 
uiairitiendra le système restrictif dirigé contre les blés étrangers, 
1 Industrie du fermier demeurera exposée à de continuelles vissici- 
tudes et sera soumise, par rapport à toutes les autres branches de 
iQ production, à des désavantages particuliers. Car l’clfet immédiat 
^1 (constant de ces prohibitions est d’élever le prix de nos blés considé- 
*'ablement au-dessus des prix du dehors. 
Toutefois, avant d arriver aux conclusions principales de cet 
^crit, je crois devoir exposer quelques-unes des opinions dominantes 
nui sont chaque jour émises relativement aux causes de la détresse 
^Muelle, et aux principes qui régissent le prix rémunérateur, l’im- 
l'ùt, la circulation monétaire, etc. Une fois ces prémisses bien éta- 
l'iles, nous pourrons aborder plus facilement un problème qui se 
l^'uduit ainsi : — Quelles sont, pour le commerce du blé, les régle- 
*^®nts définitifs les plus propres à resserrer le prix de cette pré- 
*u^use denrée dans des limites modérées et constantes et à la faire 
®honder dans notre pays.
        <pb n="699" />
        : 
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        <pb n="700" />
        DE LA PROTECTION 
ACCORDÉE 
A L’AGRICULTURE. 
SECTION PREMIÈRE. 
Du prix rémunérateur. 
Ces mots prix rémunérateur indiquent le prix auquel est parvenu 
blé, lorsqu'on dehors des frais de production et du service de 
rente, il laisse encore au cultivateur un profit convenable sur 
ses capitaux. Il résulte de cette définition qu’à mesure que les jio- 
Pulations s’amoncellent dans un pays, elles sont invinciblement 
poussées à la culture des terrains inférieurs, et que le prix du blé, 
pour être rémunérateur, doit s’élever pro^xirtiounellement. En effet, 
groupe des terrains pauvres ne paie aucune rente; mais corn- 
les frais de culture pour la même (quantité de produit, dépas- 
soiit ceux de tous les autres groupes déjà exploités, il faut néces 
sairement que le cultivateur retrouve dans un accroissement de prix 
lïiontant de ses sacrifices additionnels. « .le connais certains dis 
Iricts du pays *, dit IM. 1 vesou, qui produisent sur les meilleurs 
^♦^rrains, de quatre à cinq quarters par acre, .le sais également que 
•^rtaines fermes ont obtenu une moyenne de quatre quarters ou 
boisseaux l’acre, dans leurs récoltes de froment. » « Dans quelle 
partie du royaume? » « Dans le Wiltshire.» « A combien évaluez-vous 
^ fécondité des terrains secondaires?» «.le crois que les terrains moyens 
secondaires, que je pourrais appeler la qualité intermédiaire 
Pi^uvent produire deux quarters et demi. &gt; On demanda à M. Harvey : 
" Quel est le fermage le plus minime (pie vous ayez vu payer pour les 
'ierres à blé les plus pauvres, les plus stériles? » — « Dix huit pence 
J d’Agriculture. Rapport., 1821, P. ,338. 
so ** iïiDtile de faire observer que ces mots secondaires et intermédiaires., 
P""'* dans leur sens usuel et non dans leur acception géologique qui s’en 
arte de tout point. {Sole du Traducteur.)
        <pb n="701" />
        OEUVRES DIVERSES. 
648 
l’acre. » M. Harvey ajouta que la moyenne des dix dernières récoltes 
avait produit sur ses terres 30 boisseaux de froment par acre. La dé 
position de M. Wakefield corrobore celle de M. Iveson ; mais elle porte 
à 32 boisseaux la différence entre la production des terres les plus 
fertiles et celle des plus pauvres. Ainsi M. Wakefield dit : « Que sur la 
côte maritime de'Norfolk, Suffolk, Essex et Kent, toute moisson ipii 
ne rapporte pas quarante boisseaux l’acre est réputée mauvaise. » Et 
il ajoute : « Je ne pense pas que les domaines d’un ordre tout à fait 
inférieur puissent produire plus de huit boisseaux par acre. » 
Supposons maintenant que la population de l’Angleterre ne se 
soit élevée qu’à la moitié du chiffre actuel; et, que dès lors, il 
n’ait pas été nécessaire de solliciter par la culture, d’autres ter 
res que celles où l’on peut récolter 32 boisseaux de froment 
par acre, quel eût été le prix rémunérateur? Certes, il eût été 
si bas que si les mercuriales du continent avaient continué à donner 
les moyennes des cinq ou dix dernières années, nous serions deve 
nus un pays d’exportation et non d’importation. Il est vrai que ce 
groupe de terres donne'aujourd’hui trente-deux boisseaux, et que 
dans l’hypothèse supposée, sa fertilité devait rester la même ; mais 
n’est-il pas vrai que la valeur des 32 boisseaux de la récolte ac 
tuelle, se règle sur les frais de production des 12 ou 15 boisseaux 
que produisent les terres de M. Sveson ? Si les frais de culture de 15 
boisseaux de froment égalent ceux que l’on consacrait antérieurement 
à produire 30 boisseaux, il faut nécessairement que le prix double 
pour pouvoir être rémunérateur. Eu effet, le rapport dans lequel les 
prix doivent s’accroître pour couvrir les dépenses du cultivateur, ne 
dépend ni de la quantité produite, ni de la quantité consommée, 
mais du coût de la production. — C’est toujours la différence 
entre la valeur des récoltes fournies parMes terrains supérieurs et 
inférieurs qui constitue la rente. Les profitsMu cultivateur seront 
les mêmes sur ces deux catégories de terrains, mais la rente des 
meilleures terres excédera celle des terres les plus pauvres, de toute 
cette quantité additionnelle de produits qu elles sont susceptibles de 
créer avec les mêmes dépenses. On admet généralement aujourd’hui 
que la rente est l’effet et non la cause du renchérissement des blés. 
On admet aussi que la seule cause qui agisse constamment de manière 
à faire hausser la valeur du blé, est l’accroissement des frais de pro 
duction : or, cet accroissement résulte de la culture obligée des ter 
rains inférieurs sur lesquels la même somme de travaux, les mêmes 
dépenses ne sauraient jamais créer la même quantité de produits.
        <pb n="702" />
        DE LA PROTECTION ACCORDEE A L’AGRICULTURE. 649 
N’est-il pas évident que la rente des meilleures terres obéit alors au 
(lécroissement des récoltes sur les groupes inférieurs qui ne rendent 
plus que 15 boisseaux? La rente qui pèse sur la culture des terrains 
uù l’on récolte 32 boisseaux est égale à la valeur de 17 boisseaux, 
différence entre 15 et 32, et n’aurait jamais existé si l’on n’eùt pas 
(Exploité des terrains moins féconds. Si donc, la production de 15 
l^oisseaux de froment, grevée, sur les terres fertiles, du service de la 
^'^ute, et affranchie de toute redevance sur les terres pauvres, s’élève 
^ussi haut que les dépenses nécessitées avant l’origine de la rente, 
les 30 boisseaux obtenus sur les terrains de premier ordre, il est 
évident que le prix doit doubler. 
Ces considérations nous enseignent donc, que si le développement 
des sociétés n’est pas favorisé par des importations proportionnelles, 
®lles tendent invinciblement à envahir les sols les moins féconds pour 
y Alimenter une population sans cesse croissante. — Le prix du blé 
Aîarche parallèlement au progrès des sociétés, et sous l’inlluence de 
^et accroissement multiple la rente des meilleures terres, de celles qui 
^''aient été cultivées tout d’abord, s’élève immédiatement. 11 faut 
^Ae des prix plus considérables viennent alors compenser l’affaiblis- 
'’^Rient des récoltes ; mais, qu’on ne s’y trompe pas, ce renchérisse- 
*^®nt de prix ne saurait être un bien. Il n’eùt pas existé si moins de 
l*’avail avait suffi à créer les mêmes résultats; il n’eùt pas existé, si 
PA** la multiplication de nos ressources industrielles nous nous étions 
Appliqués à obtenir indirectement le blé par l’échange de nos articles 
"Manufacturiers. Dès qu’un prix élevé naît d’une production oné- 
J‘&lt;^Use, il devient un mal et non un bien ; car dans ce cas le prix n’est 
Aut que parce qu’il a fallu consacrer une grande somme de travail à 
A culture du blé. S’il avait fallu moins de travail pour le créer, la 
^^^'iété aurait pu diriger une plus grande partie de ces forces actives 
"IRi sont la seule source réelle de sa riehesse, dans des voies propnîs à 
^l^ndrc le cercle de ses jouissances. 
SECTION DELXIÈME. 
Influence de l au^mentation des salaires sur le prix du blé. 
partisans les plus déclarés du système restrictif admettraient 
Probablement la plupart des faits que nous avons établis dans la 
Amotion précédente; ils avoueraient que les droits protecteurs qui 
"^Appent l’importation du blé, sont tous vicieux, principalement en 
"IM ils nous obligent à consacrer relativement une plus grande
        <pb n="703" />
        ŒUVRES DIVERSES. 
fiSO 
somme de travail à une production égale. Mais ils ajouteraient que 
CCS droits sont nécessaires pour soulager le fermier du poids des 
hauts salaires qui naissent dans notre pays, à la suite des impôts, car 
la société prélève sur les classes laborieuses une richesse qu’il faut leur 
restituer sous forme de hauts salaires. Cet argument repose sur l’opi 
nion que des salaires élevés tendent constamment à augmenter le prix 
des marchandises auxquelles on applique le travail. Si le fermier, 
disent-ils alors, pouvait lutter avec les cultivateurs étrangers, à une 
époque où les impôts et les hauts salaires qui en sont la suite n’exis 
taient pas, il doit succomber aujourd’hui puisqu’il a à supporter un 
fardeau dont son compétiteur est affranchi. 
Cet argument n’est que captieux. La hausse des salaires n’intro 
duit, dans sa position, aucun élément d’infériorité relative. Si, 
comme tout l’indique, les impôts (|ui pèsent sur les classes laborieu 
ses élèvent le taux des salaires; cette augmentation s’étend également 
à toutes les classes de producteurs. Si l’on croit nécessaire et légitime 
que le blé hausse pour récompenser les eflorts du cultivateur, on 
doit aussi vouloir que le drap, les chapeaux, les souliers, en un mot, 
toutes les autres marchandises renchérissent de manière à récompen 
ser leurs producteurs. 11 faudra-donc que le prix du blé reste immo 
bile ou que celui de tous les autres objets s’élève avec lui. 
Si la hausse n’agit ni sur les céréales, ni sur les autres marchandi 
ses, elles auront nécessairement, toutes, la même valeur relative; si, 
au contraire, elles renchérissent à la fois, la proportion conserve le 
môme degré de vérité. 11 faudra appliquer les droits protecteurs à 
toutes, ou les refuser à toutes. Les appliquer à toutes les marchandi 
ses serait absurde, car on n’obtiendrait aucun résultat possible, (ni 
n’influerait en rien sur la valeur relative des marchandises; or, c’est 
seulement en modifiant ces rapports, que l’on arrive à [»rotéger tel oU 
tel commerce, et non en altérant le taux des prix. Si l’Angleterre 
échange avec l’Allemagne une aune de drap superfin contre un quaf' 
/cr de froment, une hausse simultanée de 20 p. 0|0 dans le prix du 
blé et (lu drap ne lui fera rechercher ce commerce ni avec plus d’ar 
deur, ni av(*c plus d’indiflérence. l’out commerce extérieur se résout eu 
définitive par un échange de marchandises. La monnaie n’est que 
l’instrument, la mesure qui sert à en fixer les quantités respectives. 
Toute importation suppose une exportation correspondante; et 
prix de la marchandise exportée doit nécessairement s’élever dans le 
même rapport que les salaires. Si l’article importé est garanti par uu 
droit, celui que l’on exporte a droit immédiatement à un draw-back-
        <pb n="704" />
        DE LA PROTECTION ACCORDÉE A L'ACRICULTURE. m 
^ais que l’on refuse la protection ou que l’on accorde ledrffw -back, 
ie résultat est toujours le même. Dans les deux cas on obtiendra avec 
Une valeur donnée en produits nationaux, la même quantité de mar 
chandises étrangères. 
Si une augmentation des salaires porte le prix d’un quarter de blé 
60 sh. à 75 sh., et accroît aussi la valeur d’une certaine quantité 
e chapeaux ou de drap dans le même rapport de 25 p. 0/0, lespécii- 
®teur perdra sur les marchandises exportées ce qu’il aura pu gagner 
en introduisant le blé en Angleterre. Dans l’hypothèse d’un commerce 
* re, la hausse des salaires n’aurait jamais pour effet de porter le prix 
U blé de 60 sh. à75sh. ou d’élever celui du drap, des chapeaux ou 
es souliers : mais quand bien même je ferais cette concession, elle ne 
Codifierait en rien mes arguments, car c’est alors de la monnaie que 
*^nus exporterions en échange du blé. En effet, si nous supposions 
^nutesles autres marchandises en hausse, la monnaie deviendrait l’a- 
8cnt de liquidation le plus avantageux. T/exportation de la monnaie 
durait pour effet d’en diminuer la quantité et d’en multiplier la valeur 
dedans, tandis qu’elle agirait en sens inverse dans les autres pays. 
^Çsi, en grossissant les circulations étrangères, elleen diminuerait la 
eue, et le blé, le drap, les chapeaux, toutes les marchandises en 
Rieterre conserveraient, relativement aux produits similaires du 
Chors, la valeur qu’elles avaient antérieurement à l’augmentation 
salaires. 
l orsqu’elle est générale, la hausse des salaires diminue les profits, 
Cais elle n’élève pas le prix des marchandises : c’est là un fait uni- 
''®*‘sel. Si tous les objets renchérissent simultanément, le producteur 
l^crd toute chance de bénéfice. Que lui importe, en effet, de vendre sa 
^^rchandise à 25 p. 0|0de prime, s’il est obligé de donner 25 p. (qo 
^ plus pour les objets qu’il achète Qu’il vende son blé à 25 p. 0|0 
^ bénéfice et qu’il restitue ces 25 p. OyO par l’augmentation des cha- 
^^ux, des souliers, des habits, etc., ou qu’il vende son blé aux mê- 
conditions, avec la faculté d’obtenir tous les objets de sacón- 
^Cmation aux prix antérieurs, sa situation reste constamment la 
Ce dans les deux cas. 
^^Aucune classe de producteurs n’a donc droit a être protégée contre 
^ «e augmentation des salaires, parce que les phénomènes de ce genre 
^^Rcsent également sur toutes les industries. Par cela seul qu’ils di- 
^juuent le taux des profits, ils arrêtent le renchérissement des mar 
^^Qhdises, et dans le cas même où ils élèveraient le prix des objets, la 
étant la même pour tous, ne modifierait en rien leur valeu
        <pb n="705" />
        1 
6fi“2 OEUVRES DIVERSES. 
échangeable. T a seule cireonstance qui puisse justifier la création 
d’une taxe destinée à protéger l’industrie nationale contre l’introduc 
tion des produits étrangers, est celle où l’intervention du gouverne 
ment aurait pour effet d’altérer la valeur relative des marchandises. 
On suppose généralement que le renchérissement du blé déter 
mine immédiatement celui des autres marchandises. Cette opinion 
repose sur une interprétation vicieuse des effets que produit une sur 
élévation universelle. Le blé hausse parce que la production devient 
plus difficile et plus onéreuse ; mais si tous les prix s’élevaient en 
même temps, ce ne serait plus une hausse. Il y a hausse réelle pour 
le chapelier et le fabricant de draps lorsqu’ils sont obligés de donner 
une plus grande quantité de chapeaux et de draps pour leur blé. Víais 
desque l’accroissement des prix s’étend à leurs propres produits, dès 
qu’il leur procure les mêmes proportions de blé, elle n’existe pas en 
définitive pour eux, et il serait même impossible d indiquer celui sur 
qui pèse alors le surcroît des frais de production. 
On peut établir, comme principe, que tout fait qui agit dans un 
pays de manière à atteindre également la totalité des produits, n’en 
change pas la valeur relative et ne favorise pas les concurrents 
étrangers.—Mais, d’un autre côté, toute cause qui, sans être balancée 
par un droit proportionnel, étend son influence à un seul groupe 
de produits doit nécessairement en altérer la valeur comparative; 
elle tend à encourager la concurrence étrangère et à nous enlever 
une branche de commerce féconde et lucrative. 
SKCTTON ITl. 
De l’influence des taxes spécialement assises sur une marchandise. 
Les mêmes raisons qui nous ont servi à rejeter les protections foU 
déessur le prétexte d’une augmentation générale de salaires,—quell® 
que soit d’ailleurs l’origiue de ce phénomène économique, — nous 
conduisent évidemment à les condamner, lorsque les taxes sont univci' 
selles et embrassent toutes les catégories de producteurs. La taxe sui 
les revenus (mcome-(a.r) possède ce caractère. Elle s’adresse égalemcR^ 
à tous ceux qui emploient le capital, et certes, les plus chauds pa*' 
tisans des droits protecteurs n’ont jamais proclamé la nécessité d 
établir un à l’occasion d’un impôt sur les revenus. Mais une taxe q^* 
pèse également sur toutes les industries, a précisément la même pi’®' 
tée que Vincome-lax'^ elle laisse à chacun des produits la valeur rC'
        <pb n="706" />
        DE LA PflOTECTlOiN ACCORDÉE A L'AGRICULTURE. (i5T 
Native qu’il avait entièrement. De sorte que la hausse des salaires, les 
^Aes sur les revenus, les impôts établis proportioiiellemeiit sur toutes 
ies marchandises, aboutissent au même résultat. Elles ne modifient 
curien la valeur relative des produits, et ne constituent point pour 
Dotre commerce un élément d’infériorité en f ace des pajs étrangers, 
^^ous subissons sans doute alors l'inconvénient d’acquitter l’impôt, 
•Rais nous n’avons aucun moyen pour nous allranchir d’un tel far 
deau. 
Mais une taxe qui s’adresse exclusivement aux producteurs d’une 
•^^rtaine marchandise, tend à en élever le prix. Si elle ne l’élève pas ef 
fectivement, les producteurs se trouvent placés dans une condition 
désavantageuse relativement aux autres classes de producteurs, et sont 
pï’ivés des bénéfices généraux et habituels du commerce. Aussitôt 
qu’une marchandise renchérit, sa valeur s’altère comparativement à 
des autres produits. Si dès lors on ne frappe pas de droits pro 
tecteurs l’importation des produits similaires du dehors, on commet 
^••e iniquité envers le producteur national, et cette iniquité s’étend 
RR pays même auquel il appartient. L’intérêt public exige qu’il ne soit 
pas privé de l’industrie à laquelle il se fût voué sous un régime de 
dhre concurrence, et à laquelle il se vouerait encore si la taxe dont on 
R ërcvé ses produits s’adressait en même temps à tous les autres ob- 
J^ts. Tout impôt qui frappe exclusivement un groupe d’industriels 
•RRstitue, au fond, une véritable prime sur l’importation des pro 
^R*ts étrangers et celte prime équivaut au quantum de l’impôt. Pour 
’'•établir le niveau normal de la concurrence, il faudrait, nou-seule- 
*^•^••1 assujettir la marchandise importée à un droit égal, mais de 
Pfus protéger, au moyeu d’un draw-back équivalent, l’exportation 
produit national. 
f^cs cultivateurs de blé sont soumis à certaines taxes, telles que les 
une partie de la taxe des pauvres, et peut-être, une ou deux 
RRfres contributions qui tendent à accroître le prix de tous les pro- 
R‘t8 naturels du montant de ces charges spéciales. L’importance du 
•■Rit de l’importation du blé devra donc se mesurer sur le renchéris 
fuient produit par ces taxes. Si le renchérissement s’élève à lüschil- 
par quarter, il sera juste de frapper l’importation des blés 
^fï’angers d’un droit de 10 schillings, et de favoriser la sortie de 
••RS blés, au moyen d'un draw back équivalent. — L’existence simul- 
fR^iée du droit d’entrée et du draw-back replacerait le commerce 
^RRs la situation où il était avant l'établissement des taxes, et pré-
        <pb n="707" />
        654 
I 
ÜEIJVHKS DIVKUSES. 
vieuílrait des déplacements de capitaux toujours nuisibles aux inté 
rêts du pays. 
Un pays a droit d’espérer les plus magniiiques résultats, lorsque 
le gouvernement modère son intervention et s’abstient d’encourager 
ou d’entraver la route que le spéculateur considère comme la plus 
avantageuse pour le placement de ses capitaux. Si l’on rayait d’uu 
mot la concurrence étrangère, les dîmes, les contributions, etc., qui 
pèsent exclusivement sur le fermier, ne seraient plus un obstacle au 
développement de son industrie. Un eilet, il élèverait immédiate 
ment le prix de ses produits, et dans le cas où cetle faculté lui serait 
enlevée il abandonnerait une profession qui ne lui donnerait plus 
les profits généraux et ordinaires des autres industries. Permettre 
l’importation, c’est donner aux agriculteurs du dehors un encoura 
gement injuste, à moins qu’on ne soumette les produits étrangers à 
un droit équivalent aux dimes et autres charges qui pèsent exclusive 
ment sur le cultivateur national. 
Ut cependant, si l’on refusait à ce dernier la concession d’un draw 
back a la sortie, il pourrait dire : « Avant l’origine de votre taxe et au- 
» térieurement à la hausse qu elle a immédiatement déterminée dans 
» mes produits, je pouvais lutter avec les cultivateurs étrangers sur 
» les marchés de l’univers ; en éloignant la limite où commencent mes 
« bénéfices, vous m’avez enlevé ce privilège. Coiicédez-moi un draw- 
» back, et vous me replacez dans la situation même où j’étais relative- 
» ment à mes concitoyens,— considérés comme producteurs des autres 
» marchandises, — et relativement aux étrangers, — comme créa- 
» teurs de produits naturels. &gt;- Les principes de l’équité la plus sévère 
et les vrais intérêts du pays seraient d’accord pour appuyer une telle 
réclamation. 
SUCTION IV. 
De l’influence des l&gt;elles récoltes sur le prix du blé. 
J’ai essayé d’établir, dans une des sections précédentes, que pour 
être rémunérateur, le prix du blé devait couvrir toutes les déjienses 
de production , y compris les profits ordinaires des capitaux mis eU 
œuvre. C’est de l’accomplissement rigoureux de ces conditions qu’oi* | 
peut seulement attendre quelque régularité dans l’approvisionnemeut | 
moyen du marché. Si le prix courant ne suttit pas pour restitue^ 
l’ensemble des frais de production, les profits baisseront ou disp»' 
raitront entièrement. S’il est plus qu’une rémunération légitime,
        <pb n="708" />
        DE LA DUOTECXKLN ACLOKDÉE A l/AíiKICULTLKE. 055 
Pí’oíits grandiront. Dans le premier cas, les capitaux abandonneront 
ia culture , et l’oflre se proportionnera peu à peu à la demande ; dans 
second cas , ils aillueront sur les terres et augmenteront rapprovi 
sionnement général. Mais en dépit de cette tendance de Voffre à se 
•nettre en équilibre avec la demautk à des prix rémunérateurs, il est 
“«possible de calculer rigoureusement l’inlluence des saisons. Sou- 
'"eiit la terre se couvre de brillantes récoltes pendant quelques années, 
tout à coup, à ces années d’abondance succède une série de mois- 
chétives et insulHsantes. Lorsqu’une suite de saisons heureuses 
® jeté le blé à pleines mains sur le marché, il baisse de prix, dans un 
J’^Pporl beaucoup plus actif que celui de l’excédant de l’olfre sur les 
besoins ordinaires. La demande du blé, au sein d’une population don- 
“ee, doit nécessairement avoir quelques limites, et quoiqu’il puisse 
être vrai, quoiqu’il soit même indubitablement vrai que des récoltes 
^^ondantes le livrent àbas j)rix et en augmentent la consommation, il 
^8t également certain que la valeur collective se trouve alors diminuée. 
^“Pposons (jue la consommation annuelle de l’Angleterre s’élève à 
‘ ““liions de quarters de froment, et qu’une année exceptionnelle 
produise 21 millions: en admettant que le \m\rèmuiièraieur ait 
l^lé de 3 L par quarter, et la valeur des 1 i millious de 42,000,000 1., 
^]8t indubitable que les 21 millions de quarters actuels vaudront in- 
“““lent moins. Lu faible ex(%lant de quantité agit avec une puis- 
extraordinaire sur le taux des prix ; c’est là un des principes 
^ “lieux établis de la science. Ce principe est vrai pour toutes les 
J|*“i'cbandises; mais aucune ne le justifie mieux que le blé, qui forme 
^%t principal de la nourriture des peuples; et ne crois pas qu’il 
jamais été contesté par ceux dont l’attention s'est dirigée sur 
^“jet. Quelques-uns même ont essayé d évaluer la baisse produite 
1^^^ des récoltes exceptionnelles, en tenant compte des rapports divers 
existent entre ces excédants temporaires et la quantité moyenne, 
calculs sont illusoires, car il est impossible de créer une règle 
1^ ^®*’“le qui indique la limite des variations du prix relativement à 
: chaque pays aurait la sienne, ou la réclamerait. Lu effet, 
des essentiellement de la richesse ou de la pauvreté du pays ; 
de qu'““ y trouve pour attendre la nouvelle récolte ; enfin 
opinion qui règne sur cette récolte et qui la fait juger sulli- 
Ws^ “isuflisante. Malgré tant d’éléments subtils et insaisissa- 
q, ’ ““ peut cependant admettre avec certitude que la valeur 
*'éc T “l&gt;o“&lt;lnnte est toujours bien inférieure à celle d’une 
e moyenne ; et qu’au contraire, la valeur totale d’une mois-
        <pb n="709" />
        656 
OEUVUKS DIVERSES. 
son chétive est considérablement plus grande que celle d’une mois 
son moyenne. Si nous admettons que le nombre des pains vendus 
à Londres s’élève journellement à 100,000, et que l’approvisiou- 
nement tombe tout à coup à 50,000, n’est-il pas évident que le prix 
de chaque pain aura beaucoup plus que doublé? Et d’ailleurs, 
que le prix ait triplé ou quadruplé , le riche consommera constam 
ment le même nombre de pains. Si, d’un autre côté, le nombre des 
pains croissait de 100,000 à 200,000, ne pense-t-on pas que la baisse 
du prix d’écoulement excédera de beaucoup le rapport de l’augmen 
tation en quantité ? Pourquoi l’eau est-elle sans valeur ? évidemment 
en raison de son abondance. Si le blé nous avait été distribué par lâ 
Providence d’une manière aussi libérale , tous les frais consacrés à 
sa production ne pourraient parvenir à élever sa valeur au-dessus de 
celle de l’eau. 
A l’appui de ces considérations, je citerai le prix courant du froment 
pendant différentes années d’abondance. On y verra qu’en dépit du 
secours que l’exportation fournit à notre marché , les belles récolte^ 
ont pu faire baisser le prix du blé de 50 p. O/o en trois ans. Or, ^ 
quoi attribuer un tel phénomène, si ce n’est à un excès d’approvi 
sionnement ? Le document qui suit a été copié dans la déposition fait^ 
par M. Tooke au comité de 1821. 
En 1728 le prix du froment était de 48 
1732 
1740 
1743 
1750 
1767 
1761 
23 
45 
22 
28 
53 
26 
s. 5 112 d. avec un excédant d’importaliou 
de quarter. 70,7^^ 
8 l\2 d’exportation de. 202,0^*^ 
0 112 — — 46,82^ 
1 — 371,42Í’ 
10 3|4 — — 047,323 
4 d’importation de 130,tbi^ 
10 3|4 d’exportation de 441, 
{¡{apport sur rjyriculture, p. 229.) 
Parce que l’on a prétendu que l’abondance pouvait nuire aux iu' 
térêts des cultivateurs, il s’est trouvé des gens pour soutenir que, d’a- 
près la nouvelle doctrine, les bienfaits de la Providence prennent k’ 
caractère de véritables fléaux. C’est là, il faut l’avouer, une manière 
bien étrange d’interpréter et de travestir une opinion. Personne » ** 
dit que de brillantes récoltes étaient fatales à tout un pays, 
bien qu’elles nuisaient souvent aux producteurs de la marcbaiido’*^ 
devenue aliondante. Si ce que les cultivateurs produisent était des 
tiné à alimenter leur consommation personnelle, l’abondance n’aurad 
jamais d’influence fâcheuse sur leur situation : mais ils ont à ac(jdi’' 
rir une foule d’autres marchandises, et si la valeur du blé avec la'
        <pb n="710" />
        DE LA PROTECTION ACCORDÉE A L’AGRICULTURE. (557 
quelle ils abordent les marchés, a été considérablement réduite par 
U excès d’approvisionnement, ils n’ont évidemment plus les moyens 
se procurer leurs jouissances habituelles, ils se trouvent en défi- 
ive avoir en abondance un produit de peu de valeur. Si nous vi- 
ns dans un des paralléloRrammes de ]\I. Owen, on règne la corn- 
unaute des produits et des jouissances, personne n’aurait à souffrir 
sunir r''“*'“ restera assise 
SECTION V. 
De l’influence produite sur le prix des blés par le Bill de M. Peel relatif au 
rétablissement de l’ancien étalon. 
r ons «ut changé. Un grand nombre de ceux qui soutinrent pen- 
esw t monnaie n’avait subi aucune dépréciation, 
aient de démontrer aujourd’hui que la dépréciation a été énorme à 
te époque, et que tous les désordres de notre situation actuelle vicn- 
1“« avons ramené au pair notre circulation avilie 
Ils oublient que, de 1797 à l819,uous avons été privés d’un éta- 
g ! servir à régler la quantité ou la valeur de notre mon- 
a-Ues deux termes fondamentaux dépendaient entièrement delà 
1101?? Of laa directeurs de cet établissement, mus 
8 le voulons bien, par de nobles et justes intentions envers le 
régi« ? “'&gt;78 la '«Imité de la llanque a été la seule 
,, ? fl ‘‘f ‘a valeur de nos unités monétaires. 
liée e,.?!i?““‘'"" '"“"“‘f »llfiKall probablement son apo. 
al 0 1 in ^ at IS11, car a cette époque l’or était monté à à 1. 8 ah. 
iormxi .1 ^ 1819, le mouvement s’était légèrement traus- 
v¿^¡g ’ ^ 11 i^tait plus que de 5 p. ü/o inférieur à son ancienne 
^ v alait ^ 1. .1 sb. ou 4 1. 2 sli. l’oiiee. C’est en 1819 que le 
Í &gt;Euv. (le Ricardo.) ^2
        <pb n="711" />
        (ÍFJlVnKS niVEUSES. 
«ri8 
Uill «l(‘ l%r. Pool reçut force de loi. l.orsqueeel)ill futjuVwulé^le Par- 
!(*ment dut examiner la question sous la forme immédiate qu’elle re 
vêtit alors, et ou conclut à arrêter enfin un système qui accordait a 
une compagnie de négociants le privilège de régler arbitrairement 
la valeur de la monnaie. Ce dont on s’oeciq)^ alors ce fut de de 
terminer si l’étalon serait ramené au taux ancien de 3 1.17 sli. 
10 I/o d., ou fixé au chifîre de 41. 2 sli. qui avait représenté les prix de 
l’or non-seulement pendant la session actuelle du Parlement, mais 
encore pendant les quatre années précédentes, l a Chambre, pressée 
de choisir entre ces deux mesures, adopta la plus sage et décréta le 
rétablissement de l’ancien étalon. Mais lorsque certains esprits disent 
aujourd’hui que la valeur de la monnaie a été forcément élevée 
de 25 p. Oio suivant les uns , de 50 et même de 60 p. O/o suivant les 
autres, ils ne se reportent pas à l’époque où le bill fut voté, mais à 
celle où la dépréciation fut la plus grande, et ils attribuent tout le 
renebérissement de la circulation au bill de M. Peel. 
Le bill de M. Peel a aboli un système sous l’empire duquel il pou 
vait se produire d’aussi étonnantes variations. 
Certes, si en 1819, ou à l’époque immédiatement antérieure a 
1819, l’or eût été à 5 1. 10 sb. Pouce, un changement aussi violent 
eût pu passer pour un acte insensé. Mais le prix de Por, comme 
je l’ai déjà établi, était alors de 4 1.2 sb., et pendant les quatre an 
nées précédentes il était resté à peu près au même cbilTrc, — des 
cendant quelquefois au-dessous, mais ne le dépassant jamais. O» 
le voit donc, la mesure que l’on reproche au Parlement de n’avoir pa*» 
adoptée, mesure qui eût consisté à fixer l’étalon à 51. 10 sb., est tout 
simplement une monstruosité ; car elle nous amenait à déprécie»’ 
de 30 p. 0/0 au-dessous de la valeur de l’or une circulation qui, même 
sous l’empire d’un détestable système, avait recouvré, à 5 p. O/O 
près, sa valeur comparative avec l’or. 
On doit se rappeler que je soumis alors à l’attention du pubbe 
un j)lan pour l’établissement d’un étalon fixe. Ce plan créait 
nouvelles ressources et rendait inutile l’emploi d’une quantité d u» 
supérieure à celle que possédait la Banque. 11 consistait à obliger 
Banque à payer ses billets en or-lingot évalué au prix de la Monnaie» 
1. 17 sb. 10 1/2 d. Ponce, au lieu de les rembourser en or-monnaic- 
Si ce plan avait été adopté, notre circulation se serait clîectuce 
sans la plus petite parcelle d’or : le papier serait devenu notre scu 
instrument monétaire concurremment avec les coins d’argent néccs 
saires au paiement de moins d une livre. 11 est facile de demontre
        <pb n="712" />
        DÊ LA PHOTECTION ACCORDÉE A L'AGRICULTURE. ftöo 
'ÍRc, dans celte liypothòsc, le retour à l’ancien type métrique ne pou 
vait augmenter que de 5 p. O/o la valeur de la monnaie, car c’était la 
seule différence qui existât entre la valeur de l’or et celle du papier. 
Cette limite de 5 p. O/p est d’autant plus exacte que le projet, n exi 
geant dans l’application aucune quantité supplémentaire d’or, ne 
pouvait arriver à hausser la valeur de la monnaie*. Le bill de 
^ • Peel réalisait mon projet pendant quatre années, et décrétait 
bout de ce temps la reprise des paiements en espèces. Si, pendant 
jette époque de préparation accordée par la loi, les directeurs de la 
anque s’étaient voués à diriger leurs opérations avec l’habileté que 
*’^lame l’intérêt public, ils auraient constamment fait tous leurs 
® wts pour maintenir le change au pair par leurs émissions, et con 
séquemment , pour prévenir toute importation d’or. Mais, ennemis 
^eclarés et perpétuels des paiements en lingots, ils songèrent immé- 
'atement à organiser leurs remboursements en numéraire. Par la 
«marche de leurs émissions, le change devint extrêmement favorable à 
Dgleterre. L’or y affluait de toutes parts en un courant continu, et la 
^ anque l’acheta et avec empressement à raison de 31. 17 sh. 10 1/2 d. 
once. Une telle demande ne pouvait manquer d’accroître la valeur 
fall ^ comparativement à celle de toutes les marchandises. Il nous 
ß at alors élever la valeur de notre circulation non-seulement de 
ji , montant de la différence entre le papier et l’or avant la ré- 
aime, mais encore de l’excédant de valeur réparti à l’or lui-même 
•jarles acquisitions extravagantes de la Banque. Il est indubitable, 
eu moi, que si, après avoir franchement adopté les paiements en 
^^ gets pour trois des années de 1810 à 1823, on eût découvert que 
jystème répondait parfaitement à la marche d’une circulation fon- 
sur de l'or à valeur fixe, et on l’cùt continué. Nous aurions 
^ échappé aux dillicultés que nous avons eu à supporter en rai- 
• des paiements en espèces, 
jbrecleurs de la Banque s’abritent, pour la défense de leurs 
exéc ’ plaintes qu’on leur a adressées relativement aux 
teur!^ capitales qui atteignent si fréquemment les contrefae- 
^' ^^ttt ])ii]£iliic violente les aurait ainsi foreés à substituer aux 
aic^tiie ^ ^ ^ ^ en Rillets de banque, chacun pouvait se procurer exactement la 
but J (•c marchandises qu’avec l’or contenu en 3 1. 17 s 10 1/2 d. Le 
‘'31 %'"?" projet était de donner à 31.17 s. 10 1/2 d. en billets, une valeur égale 
***êine t ^ ^ en or. Pour arriver à ce but, dans le cas où l’or serait resté au 
P*"sd eêt-il donc été nécessaire, edt-il meme été possible d’abaisser de 
e r&gt; p. o;^ valeur des marchandises ?
        <pb n="713" />
        ClEÜVríES DIVEUSKS. 
billets d’une livre des signes métalliques. S’il est réellement impossi 
ble de substituer aux billets actuels d’autres billets plus propres a 
prévenir la contrefaçon, leurs motifs prennent quelque valeur ; car il 
faudrait se résoudre avec joie à un sacrifice pécuniaire destiné a dé 
truire les tentations criminelles qui déciment chaque année tant de 
malheureux. Mais cette excuse sied mal à la Banque d’Angleterre, 
dont la tendre sollicitude pour les malfaiteurs ne s’est éveillée qu’en 
1821. Or, elle avait déjà amassé à cette époque une si grande quan 
tité de numéraire, qu’elle s’adressa au Parlement afin d’obtenir une 
loi qui lui permît de reprendre ses paiements en espèces avant 1823, 
terme fixé par le bill de M. Peel. Comment les directeurs n’ont-ils pas 
fait cette découverte en 1819, au moment où les comités des Lords 
et des Communes se trouvaient saisis des affaires de la Banque? Au 
lieu de réclamer avec ardeur la reprise des paiements en espèces, ils sc 
récrièrent alors, en termes que beaucoup d’esprits trouvèrent incon 
venants, contre un projet de remboursements en numéraire qui devait 
leur ravir le privilège d’accroître ou de réduire arbitrairement la 
masse de la circulation. On n’a sans doute pas oublié que dans une 
note communiquée à la Banque, le 24 mars 1819,1e comité des Lords 
demandait si « la Banque avait quelques objections à présenter con 
tre une loi qui l’obligerait à payer ses billets en lingots au taux 
de 3 1. 17 sh. 10 1/2 d. pour les sommes au moins égales à 100 1., 
200 1., ou 300 1., et à échanger ses billets contre de l’or-lingot au 
taux de 3 1. 17 sh. G d. » Le comité ajoutait que « le projet devait 
être rendu exécutoire à une époque désignée, et invitait la Banque 
formuler ses objections. » 
Les directeurs répondirent : « La Banque a pris en considération 
» la question posée par le comité des I.ords le 24 mars ; elle ne voit 
*&gt; aucun obstacle à échanger des lingots d’or contre un montant dé- 
» terminé et proportionnel de billets de banque , pourvu toutefois 
« que l’or ait été fondu , essayé , contrôlé a la Monnaie. « 
« Les directeurs ont considéré le chiffre de 3 1. 17 sh. 6 d. assigné 
» aux achats de lingots comme tellement hypothétique, que, dépu* 
» sitaires de la conliance des actionnaires, ils n’ont pas cru pouvoir 
» s’engager à émettre l’or au prix de 3 l. 17 sh. 10 1/2 d.; mais ils prU' 
» posent, comme mesure transitoire, de fournir, en échange de 1® 
» somme de billets indiquée, des lingots d’un poids lixe et (ju’ou 
» évaluerait d’après le prix courant du jour. Ils demanderaient toU' 
« tefois pour la Banque le temps de se préparer aux conséquences de 
» CCS nouvelles mesures. »
        <pb n="714" />
        DE EA PiSOTECriON ACCUliDÉE A l/AGRICUETLRE. GOI 
til adoptant cettc proposition, on aurait livré à la llanque clic- 
Riéine le privilège de lixer le prix auquel elle voudrait bien céder 
&lt;1« temps en temps l’or au public. En effet, par l’expansion ou lacoit- 
ti’action de ses billets elle se trouvait maîtresse du prix de l’or, elle 
pouvait l’élever capricieusement à 4 1. ou à 10 1. l’once ; et c’est après 
^'oir ainsi construit un tarif de prédilection qu elle proposait de ven- 
les lingots, « jiourvn qu’on lui aecordiU le temps nécessaire pour 
“ faire l’épreuve de cette mesure. « On ne saurait certes trop admirer 
'»on abnégation. 
Après une telle proposition, après l'adresse présentée au chancelier 
^0 P Echiquier par les direeteurs de la banque d’Angleterre le 20 mai 
il n’est plus permis de dire que la question des contrefaçons 
^ paru assez importante aux directeurs jiour les décider, en 18(0, à 
^'*l)stituer le numéraire à leurs petits billets. Comment expliquer 
^lors l’intérêt spécial qu’ils y attachent en 1820? 
■Í est excessivement dillicile d’apprécier l’influence qu’ont pu avoir 
^^‘»■la valeur de l’or, et conséquemment sur celle de la monnaie, les 
‘‘^Imts de lingots faits parla banque. Lorsque deux marchandises va- 
, il est impossible de décider si l’une a monté ou si l’autre a 
le seul moyen approximatif qui puisse nous conduire à œ 
*'sultat, consiste à comparer rigoureusement la valeur des deux 
"marchandises avec celle de tous les autres produits pendant la ¡xí- 
m iode des 11 uctuations. 
Lt ce moyen lui-mème est encore loin d’offrir un témoignage cer- 
'®i*E II peut arriver que la moitié des marchandises qui nous servent 
‘ 0 terme de comparaison ait varié dans une direction, et l’autre 
’"oititi dans une direction opposée; sur quelle moitié asseoirons-nous 
"os calculs? Si l’une nous indiipie que l’or a haussé, l’autre indi- 
fluera qu’il a baissé, et réciproquement. Un des déposants les plus 
4^ahles parmi ceux examinés par le comité d’agriculture, M. Tooke, 
oepeudant arrivé à cette conclusion, que l’ardeur avec laquelle la 
^*anquc rechercha l’or destiné à remplacer ses petits billets, avait 
®*mviron 5 p. O/o la valeur de la circulation. 11 est arrivé à ces 
au moyen d’observations délicates sur le prix de l’argent 
diverses marchandises, et en tenant compte de toutes les causes 
np'! spécialement sur la valeur de chaque produit. Je 
^^^"ssocie eomplétcment aux calculs de M. Tooke, et s’ils sont fondés, 
^ Po'it évaluer à environ 10 p. O/o l’accroisseincnt survenu dans la 
^ ^ OUI- (|(. circulation depuis le vote du bill de Al. Peel en 1810. 
Pm^Ddant les effets de celte mesure ne se sont pas arrêtés là. Les 
E'-'. 
.*1 
‘iiS 
. : C'V- 
a, 
I
        <pb n="715" />
        fm ŒUVHKS DIVEHSES. 
charges contrihutives sc sont accrues de 10 p. O/o, tandis que soirs 
rinflucnce seule de la reprise des paiements en espèces et indépen 
damment de l’action que d’autres causes pouvaient exercer sur lui, 
le prix des grains et de toutes les marchandises baissait dans le mémo 
rapport. Mais au delà de cette limite de 10 p. O/o, toute la baisse qui 
se manifesta ensuite dans le prix du blé doit être attribuée à l’excé 
dant de l’offre sur la demande, et cette baisse, elle n’eût pas moins 
existé dans le cas où l’on n’eût pas altéré la valeur de la circulation. 
Un grand nombre d’intérêts fonciers se sont soulevés pour préten 
dre que la détresse agricole naissait d’une cause unique. Ils ont 
même été jusqu’à dire qu’il n’y a plus pour eux d’autre produit net 
que celui dont ils versent le montant entre les mains du gouverne 
ment à titre de taxes ; qu’on leur a ravi à la fois la rente et le profit; 
que le cultivateur est obligé de prélever sur son capital le montant 
du fermage ; et qu’enfm tous ces désordres, tous ces maux dérivent 
des changements introduits dans la circulation. 
11 est évident que les interprètes d’une assertion aussi extravagante 
ignorent comment les modifications introduites dans la valeur de lA 
circulation réagissent sur les différents intérêts d’un pays. Si elles 
nuisent au débiteur, elles favorisent au même degré le créancier; si 
elles pèsent sur le fermier, elles profitent au propriétaire et au rece 
veur des contributions. Ceux qui soutiennent la doetrine précédente 
doivent donc être prêts à démontrer que le fonds qui constituait aupa 
ravant la rente du propriétaire et les profits du fermier, se trouve 
transporté à l’Etat par le seul effet des changements subis par W 
monnaie, et se distribue maintenant aux receveurs des contributions 
et aux créanciers publics. Il est indubitable qu’en acquittant les 
arrérages de rentes avec une monnaie supérieure en valeur, on a dn 
améliorer la situation du rentier ; mais qui nous prouve que cette 
amélioration a été assez forte pour ajouter à ses moyens de jouissance 
ceux dont pouvait disposer auparavant tout le corps des fermiers et 
des ¡iropriétaircs du pa) s? On ne saurait soutenir un moment d’aussi 
étranges assertions. Où sont les superbes équipages, les magnifiqnc'^ 
palais que les porteurs d’effets publics ont étalés à nos yeux depuis le 
bill de 1819 ? Et d’ailleurs, quand l’assertion serait vraie, comment les 
prolits du commerçant et de l’industriel ont-ils pu échapper à l’avi 
dité du rentier, ce monstre dévorant, comme on l’a appelé ? Leurs 
profits ne sont-ils donc pas soumis aux mêmes principes, aux niênn'S 
lois que ceux du fermier? Sous (juel abri ont-ils pu se réfugier pnnr 
&gt;oir passer l’orage ? La réponse est claire : Il n’y a aucune vérité
        <pb n="716" />
        UK LA I’UOTKCTlOiN ACCOKUtK A I/ALKICI'LTÜKK. im 
1 asstîrlioii émise. L’agriculture a été frapi)ée par des causes au milieu 
desquelles la circulation ne joue qu’un bien faible rôle. Les soulTran- 
c'es particulières qui pèsent sur les intérêts fonciers ont un caractère 
passager, et disparaîtront avec l’excédant de l’offre sur la demande, 
lout prix rémunérateur devient impossible tant que ce principe de 
l&gt;aisse continue à agir ; mais, disons-le, la situation actuelle ne peut 
^b’e de longue durée. 
11 &lt;ist évident que, si l’altération de la valeur des monnaies cl l’ac 
croissement des taxes ont eu assez d'induence sur la position des fei - 
•niei*s pour leur ravir les bénéüees de leur capital, ils ont dû détruire 
eu même temps les Wnéfices de tous ceux qui utilisent leurs épar 
gués; ear il est impossible ([u’uiie catégorie de caj)ilalistes soit con- 
*lamment privée de ses bénélices, pendant que les autres réalisent un 
g^iu convenable. 
Les propriétaires peuvent dire que leurs revenus sont grevés de 
charges fixes, telles que douaires, dots pour les filles et les e^»- 
dcls, b^potlièíjues, etc. On ne peut nier que, pénétrant dans 
ces obligations, l’altération de la valeur des monnaies n’y ait une 
gcuiide influence et ne pèse lourdement sur les propriétaires ; mais 
ce fait qui les frappe aujourd’hui, leurs pères ou eux-mêmes en oui 
Pcolilé lors de la dépréciation monétaire. Pendant de longues années 
'l^'Oiit acquitté leurs engagements fixes,— y compris les taxes, — en 
^'guesavilis. S’ils soulfrenl de l’injustice aujourd’hui, ils en ont donc 
l'cofilé à d’autres époques, et l’on trouverait, je pense, en établissant 
•'goureusement les comptes, que, relativement aux modificai ions iii- 
L'oduites dans la valeur ÿe la circulation, ils ont peu sujet de se 
plaindre. 
^lais le commerce n’a t il pas droit aussi à élever la voix à l’é- 
g‘‘cd de ses obligations pécuniaires atteintes par les changements de 
I* uionnaie? Le cbilfre de ses dettes n’est-il |)as égal aux dettes des 
‘'gciculteurs? Combien de ptirsomies retirées des allaires, et dont 
h's capiumx sont encore mis en œuvre directement ou indirectement 
leurs successeurs ! Quelles sommes énormes les banquiers et 
‘I autres ne remuent-ils pas chaque jour en escomptant des elTels ? 
Il faut des débiteurs pour garantir tous ces escomptes, et l’accrois- 
bernent de la valeur (It's monnaies a du nécessairement aggraver le 
U&lt;Hds de leurs engagements. 
•I insiste sur ces faits pour démontrer ([uc, si les altérations moné- 
laiies ont été la cause véritable du malaise des intérêts agricoles, elles 
’*ui du produire un malaise semblable dans d autres industries. LV
        <pb n="717" />
        ŒUVRES ÜIVEHÜES. 
G6i 
comme eu fait, je ne trouve nulle part cette liypothèse réalisée, j’ai 
bien le droit d’en conclure qu’on s’est mépris sur le principe de tous 
ces maux. 
11 doit toujours exister une certaine proportion entre les profits 
des fermiers et ceux des autres classes de capitalistes. Ces profits sont 
peut-être assujettis [à des oscillations passagères plus nombreuses ; 
mais les circonstances dont se plaignent les fermiers, quelque gra 
vité qu’elles aient acquise aujourd’hui sous l’in fluence de causes 
multiples, ne sont après tout ni nouvelles, ni exceptionnelles. 
M. l’ooke a enrichi sa déposition devant le comité agricole, p. 230 
et 231 , de quelques extraits puisés dans des publications du siècle 
dernier, et où l’on prédisait déjà la ruine des agriculteurs en termes 
analogues à ceux dont on s’est servi de nos jours. Les embarras de 
nos pères se sont dissipés, et avec de bonnes lois les nôtres ne se 
raient plus bientôt qu’une question d’histoire. 
A la dernière assemblée générale des actionnaires de la Banque, les 
directeurs soutinrent que, loin d’avoir réduit le montant de la circu 
lation depuis 1819, ils lui avaient imprimé un très-grand développe 
ment, et qu’en ce moment il excédait de plus de 3,000,000 1. le 
chiffre des deux années précédentes. Le rapport des directeurs, fût-il 
vrai, n’est point une réponse à l’accusation qu’on leur a adressée d’a 
voir abaissé le taux de la circulation et provoqué directement l’af 
flux des lingots d’or. La question est celle-ci : — Votre circulation 
a-t-elle été assez’forte pour maintenir le change au pair? Les faits 
répondent négativement, et j’ai donc droit de dire que, si l’importation 
de l’or a eu pour^efîet d’aggraver les charges qui pèsent sur le pays, 
c’est une preuve que la Banque n’a pas émis une assez grande 
quantité de billets pour maintenir le pair du change. Et main 
tenant, que la masse des billets de banque ait été effectivement sta 
tionnaire, progressive, ou décroissante, l’accusation u en subsiste 
pas moins. 
Mais d’ailleurs je nie même que la circulatiim en 1822 ait été de 
un demi-million ])lus forte qu’en 1821 et 1820. Le mode de démons 
tration adopté par les directeurs est loin d’être concluant ; on va le 
voir. Ils disent ; En 1821 nous avions 23,800,0001. en circulation, et 
aujourd’hui l’ensemble de nos billets, joint aux souverains que nous 
avons émis depuis, offre un excédant de 3,000,0001. Mais il faut ob 
server que les souverains ont cours en Irlande et en d’autres provinces 
du Boyaume-Uni : comment pourront-ils donc affirmer que dans le 
même canal où circulaient 23,800,000 1. de billets de banque en
        <pb n="718" />
        DK LA l'KOTECTIÜiN ACCíHiDÉE A L’AGIUCULIL'IIK. (JGò 
^^21, il circule aujourd’hui une somme de 20,800,000 1. ? Je crois 
^ue des conclusions opposées seraient seules \raies, car je trouve que 
le montant des billets de 5 livres .et au-dessus, qui ont composé la cir- 
eulation pendant quelques unes des dernières années, a été pour les 
*iiois de février comme suit : 
Années. 
1815 — 
1816 — 
1817 — 
1818 — 
Liv. 
16,-394,359 
15,307,228 
17,538,651 
19,077,951 
Années, 
1819 — 
1820 — 
1821 — 
1822 — 
Liv. 
16,148,098 
15.393.770 
15,766,270 
15.784.770 
Comme l’augmentation des billets de 5 1. et au-dessus n’a été que 
c 400,0001. depuis 1820, il ne paraît pas croyable que la masse des 
^^iipures inférieures se soit accrue dans un rapport beaucoup plus 
*’®pide. 
Avant de terminer cette section, je ferai observer combien sont dé- 
^•iéesde tout fondement les plaintes que la Banque s’est attirées par 
esc d’escompter à 4 p. O/q. Le motif de ces griefs est, qu’en 
à P- 0/0, la Banque abaisserait le taux général de l’in- 
^ relèverait la situation des cultivateurs, à qui elle permettrait 
^Pruiiter sur hypothèque à des conditions beaucoup plus douces. 
ebiffre des avances de la Banque, quelque élevé 
^ ^ soit, ni que le taux de ses escomptes, à quelque degré qu’il 
^^srende, puissent modifier le taux de l’intérêt sur le marché. L’inté- 
^ ^ *'^gle principalement sur les bénéfices produits par la mise en 
g du capital, et aucune banque ou réunion de banques ne peut 
^^^reer sur lui la moindre influence. Pendant la dernière guerre, 
des capitaux sur le marché flotta longtemps entre 7 et 10 
'0, et cependant la Banque ne prêta jamais au-dessus de 5 p. O/q. 
eliartc de la Bamiue d’Irlande lui interdit d’escompter à plus 
0 q, et autour d’elle les emprunts se contractent à 0 p. q/q, 
p® *&gt;anque a exécuté le programme de ses fonctions utiles dès 
® ^ substitué le papier à l’or dans la circulation , dès qu’elle a 
à la "'^dis du commerce un agent monétaire peu coûteux, et rendu 
précieux et stériles. Le taux de ses avances 
une bien faible importance tant qu’elle satisfera comolétement 
^^tes CCS conditions. 
^ "DG discussion récente sur le taux des escomptes de la Ban- 
‘DGinbre très-éclairé du Parlement émit un argument assez 
du c que, puisque la Banque de 1-rance et d’antres Banques 
"Dtiueut prêtaient à un taux médiocre, celle d’Angleterre devait
        <pb n="719" />
        («ajvi'.Ks i)ivi:ksi:s. 
&lt;i(iG 
suivie les mêmes erremeiils. Je ne puis apercevoir le lien qui exislc 
entre ces prémisses et ces conclusions. La Banque de France doit si' 
conformer au taux, de l’intérêt et des profils sur le marché de Franco ; 
la Banque d’Angleterre doit se conformer, elle, au taux de l’intérêt et 
des proiits en Angleterre. Ces deux marchés peuvent différer cssc'i 
ticllcment. L’argument de l’orateur prouve d’ailleurs qu’il consi 
dórela modicité de l’intérêt comme étant en lui-même très-favorahh 
à un pays : pour moi, je crois précisément le contraire. Le tauxdi 
l’intérêt, lorsqu’il est faible, est le symptôme d’une grande aggloméra 
tion de capitaux, mais il est aussi le symptôme de profits languissante 
et d’une tendance vers l’état stationnaire , vers une situation éconn 
inique où la richesse et les ressources d’un pays semblent arrêtées dane 
leur développement. Comme l’avenir cl la fortune se construisent avo&lt; 
des hénéiices, comme la prospérité d’un peuple s’accroît d’autant pù**’ 
qu'il marche rapidement vers le progrès, les profits et l’intérêt nc 
sauraient jamais être trop élevés. Ce serait jiayer trop cher favantag«' 
qu’auraient les propriétaires terriens d’emprunter à des condition^ 
plus douces, s’il fallait f aeheter par l’affaiblissement de nos hénéiic^'' 
et de nos intérêts. 
Ce grief, qui me jiarait avoir mauvaise grâce dans la bouche d’n” 
membre du Parlement, au moins comme représentant de l’intén’l 
public, aurait pu être articulé avec justice par un actionnaire de 
Banque au sein d’une assemblée générale. Fn effet, il est dillicile 
concevoir sur quel principe les directeurs se fondent, et ixmimcnt • 
entendent l’avantage de leurs actionnaires, lorsqu’ils prêtent a :1 p. 
au gouvernement * des sommes pour les([uelles ils obtiendraii ” 
i p. 0/0 des particuliers. Mais cette question échappe au controle 
public, et nous devons laisser aux directeurs cl aux actionnaires ‘ 
soin d’organiser leurs opérations à volonté. 
' La naiKiue se trouve inaiiileiiant à dei ouvert de souunos iuiporlaules 
à trois pour-cent sur des bous de rKetiiipiier et cela, outre son capital social ‘1^^ 
est aussi entre Us uiaiiis du gouvernement. Quant à ce dernier fonds, ses stal” 
l’obligent à le laisser à l’Ktat à raison de trois pour cent.
        <pb n="720" />
        HK LA LíiOTlXTlON ACCOKDKK A l/ACUICLLTUKi:. 
1,67 
SECTION Vl. 
De l’influence qu’a le bas prix du blé sur le taux des profits *. 
Je désire que l’on comprenne bien ce que j’cnttnds ])ar ces mois le 
du blé. — Je considère la valeur du blé comme faible, lors- 
Uu un travail modéré suflit pour en produire de vastes quantités, 
^loiüs une somme de travail consacrée à la culture produira de blé, et 
P*«s le taux du produit s’élèvera. Dans le développement jirogrcs- 
des sociétés, la valeur du blé est soumise à l’action de deux causes 
^Pposées. L’une de ces causes est l’accroissement de la population. 
e dirige par nécessité le travail humain sur des terres moins fé- 
^ondes, où la culture est plus coûteuse, et tend toujours à élever la 
'j^leur du blé ; — l’autre, qui est la découverte de nouveaux marchés 
^ oiidants et éloignés, tend toujours à l’abaisser. Tantôt Tune domine, 
»tot l’autre, et c’est en raison de ces alternatives que le prix du ble 
»l&lt;^ve et fléchit tour à tour. 
t:» disant w/enr du 61c, j’exprime une idée un peu différente de 
prix. Lorsque sa valeur hausse, le prix suit généralement la 
^ ^»le progression; il la suivrait toujours, si la monnaie qui sert uni- 
‘^^elleinent à fixer les prix était invariable. Mais il peut arriver 
® le blé n’ait pas varié relativement aux autres marchandises; il 
^^^»t arriver que sa production n’exige ni plus ni moins de travail, 
l»e cependant son prix s’élève et s’abaisse en raison des circón- 
»ces qui auront influé sur la monnaie pour la rendre ou abondante 
chère, ou rare et coûteuse. Il n’y a pas de fait moins impor 
blé "»c société que les changements introduits dans le prix du 
Do’ seules altérations de la valeur des monnaies ; il n’en est 
bén?r qui atteigne plus profondément la richesse et ses 
cirrr^^ ff»c la baisse ou la hausse du blé dans l’hypothèse d’une 
» »tion invariable. Nous ferons ici abstraction des changements 
Point iei le mot prix nu mot valeur du texte anglais, nous n’nvous 
différence scientilique et délicate qui les separe. Ricardo lui 
de ®»‘» ‘le ll’^er les esprits à ce sujet, mais après avoir indiqué leur poin 
'eunes^^^- ** ^ introduire dans son argumentation une multiplicité di 
Sens de*^-^' ^nrait pu l’oliscurcir. Nous faisons comme lui ; nous confondons ici h 
‘nnj'ofii ^ ‘lenx mots en ayant soin de choisir l’expression qui paraît le 
c* 3nx allures de la langue économiipie française. 
mieux se 
A I
        <pb n="721" />
        G08 
Ol'lUVliKS IMVEHSKS. 
de la monnaie, aíin de mieux déterminer l’iníluenee (jni appartient‘‘ 
la hausse et à la baisse des céréales, et nous donuerous au mot 
la même signilieatioii qu’au mot valeur. 
Comme le blé est un des principaux articles dans lesquels tiennent 
se fondre les salaires du travail, sa valeur entre pour beaucoup dans la 
fixation de ces salaires. Comme toutes les marchandises qui sont sou 
mises au principe de l’ollVe et de la demande, le travail est lui-mêuH’ 
assujetti à des variations de valeur ; mais il est de plus gouverné par 
le prix des objets nécessaires au travailleur. Or le blé, comme je l’ai 
dit, occupe le premier rang [)arnii ces choses nécessaires. J’ai essav^ 
de prouver, dans une des sections précédentes, qu’une hausse géné 
rale des salaires n’aurait pas pour effet immédiat d’élever le prix (1(^^ 
marcliandiscs auxquelles on a consacré le travail ; dès que les salai' 
res augmentent dans une industrie, il faut que les produits de cette 
industrie renchérissent en même temps afin de ])lacer le producteur 
sur un pied d’égalité avec tous les autres groupes d’industriels. Iffai^ 
quand la hausse des salaires embrasse à la fois toutes les productions) 
la valeur additionnelle qu’acquièrent les marchandises n’a qii’uuc 
bien faible importance. J’ai déjà signalé ce phénomène, et je puis Ir 
justifier de nouveau. En effet : (jue le prix de tous les produits soü 
élevé ou faible, leur valeur relative restera toujours la même ; et l’u" 
sait que l’accroissement ou la diminution de quantités de marchandise:'' 
contre lesquelles ils peuvent être échangés, dépend seulement tlcs 
altérations éprouvées par cette même valeur relative. Jbi déiiniti'e’? 
tout homme échange scs produits contre d’autres produits ou contre: 
du travail. 11 lui sera dès lors complètement indifférent de vendre: 
ses propres produits à un prix élevé ou à un prix inférieur, si, d«***® 
le premier cas, il est obligé de payer cher tous les objets de sa ‘‘oG 
sommation, et si, dans le second au contraire, il peut les obtenir 
hou marché. Dans ces deux hypothèses la masse de ses jouissance:^ 
aura été la même. 
L’excédant de travail consacré aux terres inférieures maintiendrai* 
le prix du blé à un taux élevé et déterminerait la hausse des salairc^ ' 
mais cette hausse ne se communiquant pas aux marchandises, 
profits tomberaient nécessairement. Si la production de certains nh 
jets d'une valeur de 1000 1. exige à une certaine époque un travail de 
800 1., et que plus tard les frais de création se montent à 000 h, 
évident que les bénéfices descendront de 200 1. à 1001., et cette hai^''^ 
n’affectera pas une seule industrie, elle s’étendra à toutes. Lors(ff'^ 
l’augmentation des salaires a un caractère général, elle réagit egah
        <pb n="722" />
        DK KA PUüTECTION ACCOKDKE A I/AGRICULTUIŒ. ü(îl) 
Dient sur les profits du fermier, du manufacturier et du commerçant, 
seul moyen de conserver des promts élevés consiste à déprimer le 
des salaires. Cette phase de la loi des profits nous montre tout 
abord combien il est important de maintenir à des prix inférieurs 
Due denrée aussi nécessaire que le blé, et dont l’action est si puis 
sante sur les salaires; elle nous démontre aussi combien sont fatales 
intérêts d’un pays ces prohibitions , dont l’effet est de pousser 
(Continuellement à la culture des terrains les plus pauvres, afin de 
subvenir aux besoins d’une population croissante. 
• ^u appliquant à la culture des produits alimentaires plus de tra- 
qu’il n’en faudrait sous un autre système, nous abaissons lecbif- 
**0 des profits, et par suite, nous diminuons la somme de nos jouis- 
^®uces et les sources de nos épargnes. Ce sont là déjà des résultats assez 
l’istes ; mais en outre nous offrons aux capitalistes une tentation irré 
sistible d’aller porter leurs capitaux sur les marchés où les salaires 
sont faibles et les profits considérables. Si les propriétaires terriens 
^&gt;ent assurés devoir se perpétuer le haut prix des céréales, — ce qui 
^ pas le cas. Dieu merci,—leur intérêt serait diamétralement opposé 
®(clui des autres classes de la société. En effet, les ¡»rogrèsde la rente 
Jjut pour cause primitive et principale le haut prix qui naît des dif- 
oultés de la production. Et qu’on ne pense pas que l’avantage dont 
‘^ propriétaires héritent soit une compensation pour les obstacles 
^Ui interdisent aux autres classes de la société d’acheter du blé à bon 
Hl^i'cbé. Cette consolation elle-même nous est ravie, car, pour répan- 
(le chétives faveurs sur une classe de citoyens, il faut faire peser 
les autres les charges les plus oppressives, 
tô/. qu’en retireraient les propriétaires serait d’ailleurs plu- 
^ apparent que réel ; car, pour être complet, il faudrait qu’il repo- 
'(1^ sur des prix à la fois stables et élevés. 
n’est fatal aux intérêts du fermier comme des oscillations 
&lt;lans les prix. Or je tâcherai de démontrer dans la pro- 
¡ne section qu’un système de protection exclusive pour les pro- 
^ c aires, et de prohibition contre les céréales, est de nature à 
(pie lus fermiers aux fluctuations les plus dangereuses, lors- 
plus ^^ùn(^l‘(î(îs du fermier sont brillants, il est porté à vivre 
s largement, et à calculer son existence sur l’espoir d’une pros- 
calT'^ ^(’ustaute. Mais les revers sont là, certains, inévitables. Ac- 
^ ® par les suites de son imprévoyance, harcelé par la multitude 
^ ^ dépenses, il lui sera impossible de remplir scs engagements en- 
^urs le 
propriétaire.
        <pb n="723" />
        67 OEÜVUES DIVERSES. 
La rente nominale de ce dernier est effeetivement élevée, mais il 
se trouve souvent dans la situation de ne pouvoir la réaliser. N’est-il 
pas évident qu’un ])rix à la fois plus modéré et plus stable lui serait 
plus avantageux, et qu’en régularisant les bénéfices du fermier U 
donnerait au maître, sinon le gage d’une rente plus chère, du moins 
celui d’un bonheur et d’une aisance assurés ? 
Il paraît donc qu’un prix à la fois stable et élevé serait éminem 
ment favorable au propriétaire. Mais, comme il est presqu’impossibk 
de concilier ces deux termes dans un pays tel que le nôtre, son inté 
rêt s’allierait plus avantageusement avec des prix modérés. Mieux 
que tout autre principe, on pourrait établir que le bas prix des blés 
est favorable au fermier et à toutes les autres classes de la société. 
De hauts prix sont incompatibles avec de faibles salaires, et les hauts 
salaires excluent les grands profits. 
Je dois constater ici une erreur émise par un de ces hommes qui 
donnent à leurs opinions l’autorité imposante du génie. Cette erreur 
porte que le manufacturier peut hausser le prix de sa marchandise 
imposée, et se rendre môme la taxe favorable en certaines occasions ; 
mais qu’il n’est pas au pouvoir du fermier de s’indemniser ainsi, et 
qu’à l’expiration de son bail, si ce n’est môme avant, tout le fardeau 
de la taxe retombera sur le propriétaire. Cette erreur date de loin, 
car elle s’appuie sur la renommée d’Adam Smith. Depuis lors, l* 
question de la rente, les lois qui en régissent la hausse et la baisse 
ont été discutées, exposées, et tous ceux qui ont étudié ces vues 
nouvelles ont dépassé l’opinion précédente. Je n’aborderai pu^ 
maintenant ce sujet que tant d’écrivains habiles ont contribué à éclair' 
cir. Je demanderai seulement aux partisans de la doctrine de Siiiitl'» 
sur qui retomberait en définitive un impôt territorial de 3 sh. p^r 
acre, prélevé sur une de ces terres dont nous a parlé M. Harvey dans 
sa déposition, citée plus haut, et pour lesquelles on paie seulemcul 
une rente de dix-huit pence? Le fermier devra nécessairement secoU' 
tenter de profits inferieurs à ceux des cultivateurs qui paient de plus 
hauts fermages, ou bien il devra reporter ses sacrifices sur le consoiU' 
mateur. Mais pourquoi continuerait-il une industrie où ses béncfit'^_^ 
sont inférieurs à ceux des autres classes de capitalistes ? Il y aiiraH 
encore pour lui une question, celle du temps nécessaire pour su 
dégager d’une ])rofession stérile ; mais il l’abandonnerait, comme touS 
les autres travailleurs, qui, placés dans des circonstances analogues, 
c essent leurs opérations. 
J’ai choisi l’exemple cité par M. Harvey , parce qu’il a donné n
        <pb n="724" />
        DE LA 1‘IlOTECTiON ACCOUDÉE A L ACUICULTUUE. 071 
|&gt;|)S(irvali(nis le poids de sa longue expérience. Mais je suis d’ailleurs 
‘ipn convaincu que, dans chaque pa^s, on 'produit d’immenses quan 
tités de blé sans avoir à payer une rente quelconque pour le privilège 
® 1 exploitation. Tout fermier a le droit de consacrer une portion 
ditionnelle de capital à la culture de ses terres , lorsqu’il y a déjà 
appliqué les ressources qui doivent acquitter sa rente. Si le blé qui 
^ eit lui produire ce supplément d’exploitation n’a pas à suppor- 
^er une nouvelle rente, il en retirera les profits ordinaires. Mais, 
'■appez sa production d’un impôt territorial sans admettre pour con- 
/"G poids un accroissement de prix, et dès ce moment vous le poussez 
pégagcrdusol scs derniers capitaux, dès ce moment vous diminuez 
approvisionnement général. 11 n’est pas dans mon esprit de principe 
prouvé que celui-ci : — tout impôt établi sur la création des 
Produits naturels retombe en définitive, comme tous ceux qui frappent 
objets manufacturés, sur les consommateurs de ces divers articles. 
SECTION VII. 
S«us 
nat^ ‘l*’"'** protecteurs destinés à concéder le monopole du marché 
niii ^ cultivateurs de blé, les piix sont nécessairement soumis à de conti- 
'«‘-Hes fluctuations. 
do 
bes droits protecteurs dirigés contre l’importation des céréales, 
'*'’cni toujours être fondés sur la supposition que les blés étrangers 
ot moins chers du montant même de ces droits, et que, sans cette 
^rge additionnelle, ils pénétreraient sur notre marché. Les droits 
^ ^toetcurs seraient parfaitement inutiles, si le prix des blés étrangers 
^ ^^®it pas inférieur au nôtre, car, par le fait seul de la liberté du 
blés seraient exclus de l’importation. On doit donc 
jours supposer que la valeur ordinaire et moyenne des céréales, 
^ ie pays protégé, excède le taux des marchés étrangers du mon 
dan droits restrictifs ; et l’on doit aussi en conclure que 
1)1(3 ^ ^ ^^P^tbèse d’uue brillante récolte, on ne pourra cx[)ortcr le 
Uu,/^ ' ïï'oinent où les prix ordinaires et moyens auront baissé 
montant de la taxe, mais encore de la somme des 
^penses causées par l’exportation. Sous un régime de liberté com- 
taux des céréales tendrait constamment à s’équilibrer. La 
ble ^ qui put l’atteindre alors ne déj)asscrait jamais sensi- 
dépenses nécessaires pour transporter le blé d’un pays à 
belle ^ ' b&gt;ans le cas où l’un des pays aurait seul été favorisé par une 
ï’e'coltc, il trouverait immédiatement à relever ses ])rix avilis
        <pb n="725" />
        (1EUVI{ES DIVERSES. 
G7'2 
par rabondance, et le surplus de sa production s’écoulerait au dehors. 
Mais sous un régime de droits protecteurs ou prohibitifs, la baisse, quß 
déterminent une ou plusieurs années d’abondance, a le temps de sévir 
contre le cultivateur et d’entamer sa ruine avant le jour où il peut se 
relever par l’exportation. M. AVebb Hall a proposé d’établir à Tin*' 
portation un droit fixe de 40 sh., qui représente, selon lui, ladilîéreuce 
du prix naturel du blé en Angleterre et dans les autres pays à céréales* 
Si nous adoptions sa proposition et ses donncés, il faudrait que dans 
toutes les circonstances d’une belle récolte, le prix du blé tombât 
de 40 sh. avant qu’il pût y avoir avantage à l’exporter sur le conti 
nent. Eh bien, cette baisse est tellement considérable, que si les fer 
miers avaient à la subir, il leur serait impossible d’acquitter leurs ren 
tes dans les années abondantes sans s’imposer d’énormes sacrifices- 
La même observation s’applique aux lois qui prohibent l’impor 
tation jusqu’à ce que le prix ait atteint 80 IL L’effet immédiat 
de cette législation est d’élever habituellement le prix de nos bles 
bien au-dessus de celui des autres pays. C’est pourquoi il faut qnC; 
dans l’éventualité d’une riche moisson, nos prix soient graduelle 
ment descendus au-dessous delà limite étrangère avant que le culti 
vateur puisse chercher dans l’exportation le moyen de racheter ses sa 
crifices. Sous ce point de vue, ses effets se confondent entièrement avc^ 
ceux que nous avons déjà reconnus pour les droits fixes et élevés. 
Mais la législation actuelle renferme un autre vice capital qui n’exia- 
te pas dans le système des droits fixes. Lorsque létaux moyen dufe^' 
ment a atteint 80 sh. par quarter, nos ports s’ouvrent pour trois niC* 
à une importation illimitée et libre de tous droits. Cette faculté d’^ 
roulement doit exercer une immense influence sur le continent où 1* 
moyenne des prix est d’environ 40 sh. ; et la tentation qu’elle y insp'' 
re, pendant les trois mois de franchise, doit nécessairement ame»^*^ 
l’importation de quantités énormes. 
L'influence de ces mesures survit à la fermeture de nos ports , 
s’exerce bien au delà des trois mois de liberté commerciale. Penda**^ 
toute sa durée, les cultivateurs nationaux et étrangers sont pla^^^ 
dans un état de libre concurrence, qui doit se résoudre ¡)ar la ruine de^ 
premiers. En effet, quelle est la situation de nos producteurs? Eneoü 
ragés par l’action des droits protecteurs, ils ont appliqué leurs e» 
pitaux aux terrains les plus pauvres de notre pays, là où des produit^ 
' Nous avons exposé dans un chapitre précédent l’état actuel de la legislaba" 
sur les céréales. A. F.
        <pb n="726" />
        DE EA PRÍHECTION ACCORDEE A E’ACRICUETÜRE. 073 
^ exigent de grandes dépenses. I:t c’est au moment où, frappés 
par des saisons désastreuses, ils ont le plus besoin d’une valeur éle- 
'éc pour leurs produits, c’est à ce moment qu’on leur livre en con 
currence des cultivateurs pour qui un prix de 10 sh. est unerémuné- 
‘dioii Sullisante de tous les frais de production. Le système des 
coits fixes protège le fermier contre cæ danger particulier, mais il 
c laisse aussi exposé aux funestes conséquences des grandes récoltes, 
est là, d’ailleurs , un vice commun à toutes ces lois qui tendent à 
e ever le prix du blé à l’intérieur beaucoup au-dessus du niveau qui 
est assigné dans tous les autres pays. 
Il ne faudrait point penser cependant que, pour obvier à toutes ces 
^ ill'cultés, la loi dût permettre en tout temps l’importation libre et illi- 
j*Dtée des céréales. Les circonstances actuelles exigent d’autres moyens, 
j a» déjà fait sentir dans la section III les liens intimes qui unissent 
CS intérêts du consommateur avec ceux de la société tout entière. Sur 
l'cs bases j’ai démontré que, lorsqu’on grève une industrie d’une taxe 
particulière qui ne frappe point les autres producteurs , il est juste, 
^ccessaire, d’établir sur l’importation de la marchandise imposc-e un 
oit rigoureusement égal à la quotité de la taxe, et d’en favoriser l’ex- 
al ion au moyen d un draw-back équivalent. Kn supposant que le 
légitime du blé fût de 00 sli. par quarter en Angleterre et sur le 
^^|otinent, et que l’assiette d’un impôt territorial, tel que les dimes , 
intàl’^iicvcrsur notre marché à 70 sb., il faudrait reporter ce droit 
^ l 'boiinel de lOsb. sur les blés étrangers et les frapper à l’entrée. 
U,. j^P'^'b-itioii, 011 restituerait la totalité du droit prélevé sur les 
J l^diiiUi nationaux et sur ceux du dehors. A quelque cbiiTrc que s’é 
|,J^' montant collectif des draw-back, on n’aura fait que restituer à 
nup (byà payée, et lui donner la force de lutter sur les 
iíi¡'! du monde non-seulement contre les cultivateurs étrangers, 
ais encore contre les autres classes d’industries nationales. Cette 
itution légale dilfère esstmtiellement des primes d’exportation telles 
011 les entend généralement, l/idée de prime suppose généralement 
ctra, Ü"" pays, dans le but de fournir aux consommateurs 
bers notre blé à des prix excessivement modérés. I^c système 
fH'r l'copose tend à nous faire vendre nos céréales au prix que 
mettent réellement toutes les conditions de la culture; il abolit 
’^Oiïi ^ " haussant nos produits, tendent à conduire les con- 
marchés étrangers, et à nous enlever un coin- 
*'ei|(&gt;p oous aurions pu exploiter sous un régime de libre concur- 
{^^hnv. (i(&gt; Uicardo.) 
1.3
        <pb n="727" />
        074 OKUVUES DIVERSES. 
Lo droit que j’ai proposé n’est, à vrai dire, qu’un droit d’équilibre* 
et de compensation ; il n’aura jamais pour eñ'et d’éloigner les capitaux 
d’uue industrie féconde, utile pour tous, ni deles attirer, par séduc 
tion, dans un commerce auquel ils n’eussent pas été consacrés dans de 
si larges proportions. Le mouvement général de nos aflaires ])ren' 
(Irait les allures d’un pays sans impôts, où tout citoyen aurait le 
droit de diriger sa richesse et son labeur dans la voie (jui lui parait 
le plus avantageuse. Nous vivons sous un régime de contributions 
écrasantes, et c’est là un malheur qu’il nous faut supporter. l\1ais 
pour donner à notre travail toute sa puissance, nous devons abolir ets 
tentations qui entraînent les capitaux et les talents de nos produc 
teurs dans une autre voie que celle où ils les eussent dirigés si nous 
avions la félicité de vivre sans taxes, et de pouvoir donner à nos 
efforts, à notre activité, leur plein développement. 
Le rapport du comité d’agriculture, formé en 1821, contient a 
sujet des faits et des arguments remarquables. 
Je me reporte avec confiance à ce document pour appuyer les prb) 
cipes au moyen desquels j’ai essayé d’ébranler le système de nos droits 
protecteurs. Les arguments qu’il contient, relativement a la libel le 
commerciale, me paraissent irréfutables ; mais il faut avouer que le» 
conclusions y sont quelquefois entièremeut opposées aux principes* 
Après avoir condamné hautement les entraves commerciales, * 
recommande des mesures constamment prohibitives; après a\uir 
démontré le danger de solliciter trop tôt les terrains inférieurs, » 
demande qu’à tout prix on les mette en culture. Ainsi, en théorie, ' 
n’y aurait rien d’aussi odieux que le monopole et les prohibitions, 
et rien d’aussi salutaire, d’aussi désirable dans la pratique. 
Le comité d’agriculture, de cette année, a abjuré les doctrines &lt; ) 
son prédécesseur et a ressuscité, dans son rajiport, tous les mcu&gt; 
principes. Il termine en ces termes ses recommandations à la Cham 
bre : « Si les lois de notre pays ouvraient constamment tous nos por ^ 
au monde entier pour le commerce du blé ; si ces lois imposaient 
l’importation un droit fixe et uniforme, destiné à compenser, av^ 
les profits du capital, la différence qui peut exister entre les fi 
supportés par le cultivateur national pour produire le blé et 1 aP 
porter au marché, et ceux qui pèsent sur la production et 1 impoib*^^ 
tion des blés étrangers ; si, disons nous, un tel système était niis 
vigueur, il serait mille fois préférable à toutes les combinaisons d 
échelle de droits asccndanls et rétrogrades. I:n effet, il coiqierait cou»^ 
à ces accaparements, à ces spéculations avides , qui ont pour "
        <pb n="728" />
        DF. LA PHOTECTION ACCOHDKE A L'ACltlCULTUIŒ. 076 
élever ou d’abaisser la moyenne des prix ; et il arrêterait ces er 
reurs dont la fraude ou l’inexpérience ont produit déjà et peuvent 
ï’^produire les funestes conséquences. Mais le comité considère ce 
Pï’^jet comme un modèle offert à notre législation plutôt que comme 
t^ne mesure réalisable sous peu de temps, et à une époque détermi 
née. » 
On nous dit bien que le système vers lequel nos législateurs doivent 
tendre constamment est celui d’un droit fixe ; mais sur quelles bases 
«oit-on calculer ce droit? On ne sc fondera pas sur le principe de mes 
démonstrations, à savoir, que le droit doit compenser rigoureusement 
les charges spéciales imposées aux cultivateurs; mais on adoptera un 
^ï'oit fixe destiné à balancer les charges du cultivateur national, et 
^lles qui pèsent sur la production et l’importation des blés étrangers, 
j^n lieu de laisser au consommateur l’espoir qu’un jour la législation 
dl permettra d’acheter son blé au taux le plus bas que puisse de- 
nianderle producteur anglais ; au lieu de garantir le capitaliste contre 
hausses convulsives qui naissent dans les salaires du jour où le 
*^availleur doit payer son blé cher; au lieu de lui donner une sécurité 
puissante pour le maintien des profits ; au lieu de convier le fer • 
à une situation qui le protégera contre des oscillations de valeur 
fatales à ses intérêts, on nous dit que les errements actuels ne sont 
peut-être pas les plus propres à maintenir continuellement la valeur 
^ nos céréales au-dessus des prix étrangers; que l’on parviendrait 
fjjeux à ce but au moyen de droits fixes substitués à une échelle mo- 
' que ce résultat, nous devons l’obtenir à tout prix. Un droit 
^^leulé d’après le principe du comité, aurait pour effet immé- 
^ *at de perpétuer entre nos prix et ceux du dehors une différence 
à la distance qui sépare nos frais de production de ceux des 
futres pays. Si nous n’avions pas déjà poussé trop loin le fol espoir de 
^. ‘ï’c à nos approvisionnements ; si par nos propres efforts nous n’a- 
j^us exagéré nos dépenses de culture, la loi du comité serait tout sim- 
^ fuient insignifiante, parce qu’il n’y aurait aucune différence de frais, 
^^«st-il pas évidemment absurde d’imaginer, d’abord , une loi qui 
® nécessité de cultiver les terrains inférieurs à des frais excessifs, 
le 1 ensuite du poids de ces dépenses pour interdire d’acheter 
prod ^1"' P«u™cnt le produire à meilleur marché? Ainsi, je 
&lt; erlainc quantité de drap dont le prix rémunérateur s’é- 
^iitr^ ^'^^***^ livres: si je désire échanger le fruit de mon travail 
pour ^ quarters de froment, au taux de 2 livres par quarter, jc 
1 écouler au dehors ; mais la loi m’arrête: elle me force a
        <pb n="729" />
        076 
ŒUVRES DIVERSES. 
consacrer le capital qui me produisait 00 livres sterling en drap , à 
la culture de 15 quarters de froment valant 4 livres par quarter. 
Le droit compensateur de 2 livres par quarter à l’importation ar- 
nHe l’écliange de mon drap contre le froment, et paralyse même ma 
production. Il m’oblige à consacrer à la culture du blé un capital qim 
j’aurais converti en drap, si j’avais eu la faculté de l’échanger contre 
du froment étranger. 
Il est vrai que, dans les deux cas, j’obtiens un produit équivalant a 
00 livres, et pour ceux qui voient seulement dans l’argent Vargent, 
et non ce qu’il vaut, ces deux industries doivent paraître également 
fécondes. Mais un moment de réflexion sullit pour nous convaincre 
de la différence énorme qu’il y a à obtenir 30 quarters de froment au 
lieu de 15 avec la même quantité de travail, d’intelligence, en admet 
tant même que, dans les circonstances données, ils aient une valeur 
égale de 00 livres. 
Si l’on appliquait dans toute son étendue le principe recommandé 
par le comité, il n’est pas une seule des marchandises propres à notre 
sol (|ui ne dût être frappée à l’importation. Nous serions amenés a 
cultiver la betterave et ,à faire notre propre sucre, sous l’égide d’uu 
droit protecteur égal à la différence de la production du sucre en An 
gleterre et aux Indes Orientales ou Occidentales. Il nous faudrait con 
struire des serres gigantesques, cultiver la vigne dans le but de faire 
du vin naüonal, et puis, protéger ensuite d’après le même système 
nos fabricants de vins. Ou cette doctrine est mauvaise appliquée aU 
blé, ou elle est Imnne dans tous les autres cas. Jamais le consommateur 
ne s’est informé des conditions auxquelles le producteur cultive o“ 
fabri([ue ses marchandises. Son attention se porte exclusivement sur 
le prix auquel il peut les acheter. Une fois ([u’il connaît ce prix , 
connaît le procédé de ¡moduction le moins coûteux. S’il peut créer 
lui-même ce produit à des conditions inférieures au prix d’achat, 
le fera et il abandonnera la production de la marchandise qui lui scr- 
xait primitivement à l’acheter. 
Mais il est des personnes,— et parmi elles sc trouvent des noms 
font autorité dans la matière, — il est des personnes (pii soutieiincid 
que ce raisonnement serait exact si nous en étions encore à sollicdr* 
la terre avec nos capitaux pour en obfenir jilus de blé. Dans cet h 
hypolbèse, disent-elles, il serait cerlaineinent sage de se demander 
les marchés étrangers peuvent nous fournir le blé à meilleur march* 
que nos propres cultivateurs, et cela bien posé, agir en conséipicucc • 
mais nous sommes dans une autre situation. U capital a été déjà coU'
        <pb n="730" />
        DE LA DHOTECTION ACCOUDÉE A L'ACUICULTUUE. G77 
sacré à la terre, il s’y est incorporé, et nous en perdrions la plus 
grande partie si nous préférions importer à bas prix des céréales 
^ue nous ne pouvons produire que chèrement à l’intérieur. Il est 
Didubitable qu’une certaine portion de capital disparaîtrait ; mais la 
possession et la conservation des capitaux sont-elles pour nous les 
^0}ens ou le but? Evidemment ce sont des moyens. Notre but prin- 
®&gt;pal est 1 abondance des produits. Or, si l’on peut prouver que le sa 
crifice d une partie de notre capital se résout en une augmentation 
^nnuclle des produits qui contribuent à nos jouissances et à notre bon- 
*cur, bésiterons-nous à consommer immédiatement ce sacrifice ? 
M. Leslie a inventé un appareil ingénieux destiné à alimenter nos 
g acières. Supposons que nous ayons consacré au jeu de cet appareil 
Du capital d’un demi million, ne nous sera-t-il pas cependant plus 
^^'antageux de puiser notre glace gratuitement dans ces réservoirs qui 
entourent nos habitations, de perdre même les 500,0001. qui ont été 
épensées dans la construction des machines pneumatiques, plutôt que 
^ appliquer à la fabrication de la glace la somme de travail, d’ingré- 
Dicnts et d’acides qu elle nécessite ? 
^ous devrions conclure du rapport du comité, qu’en établissant 
es mesures propres à perpétuer la différence de nos prix avec ceux 
" ^niiors, il n’a point admis la possibilité des maux dont elles mena- 
J^nt accidentellement le pays. Mais, au contraire, il reconnaît toute 
éminence du danger, et il s’en réfère aux faits énoncés dans un rap- 
précédent pour louer l’esprit des arguments qu’on en a tirés. 11 
parle ainsi : « Les inconvénients et les vices de notre système actuel ont 
exposés d’une manière si complète et si satisfaisante dans le rap- 
P^^et déjà cité (p. 10-12), que nous n’avons qu’à en adopter les ter- 
JDes. Nous ajouterons seulement (jue tout ce qui s’est passé depuis la 
^^cture de ce rapport, joint à toutes nos expériences depuis 1815, 
ressortir de plus en plus l’incohérence de mesures qui pro- 
^^Dient la prohibition absolue jusqu’à concurrence d’un certain 
) et passent, aussitôt cette limite franchie, a la concurrence la 
illimitée; de mesures qui, loin de répandre la fixité sur nos 
Unr^, DOS prix, déjà trop faibles, au-dessous de la 
^ Jte qu’amène la liberté du commerce, et tantôt élèvent sans nécessité 
del considérables,— aggravant ainsi à la fois les maux 
^ disette et la dépression des profils aux époques d’abondance. » 
*’cus^^ *D^Dnvénienls de notre législation des céréales ont été vigou- 
dépeints dans ces quelques lignes. Le comité a môme 
posé contre le danger de la concurrence illimitée (jui s’éta-
        <pb n="731" />
        ŒUVRES DIVERSES. 
678 
blit à 80 sil. un remMe qui, sans être le meilleur, aurait pu être 
établi transitoirement. Mais, au lieu d’indiquer un moyen propre 
à pallier ou à détruire les maux qui procèdent de l’abondance, 
le comité a recommandé à l’adoption immédiate et temporaire 
de la Chambre, ou à son vote déihiitif, diverses mesures qui au 
raient pour but de perpétuer le mal, en maintenant le prix de nos 
blés à un prix constamment supérieur à celui de tous les autres pays 
environnants. 
Un des principaux arguments émis par les défenseurs des droits 
à l’imjiortation consiste à dire, que des tarifs élevés protègent le ma 
nufacturier contre la concurrence étrangère, et qu’il est juste de pro 
téger aussi le cultivateur national contre l’invasion du blé étranger. 
11 est impossible de rétorquer un argument d’une manière plus sa 
tisfaisante que ne l’a fait lord Grenville. 
« Si les mesures qui ont été adoptées dans le but de protéger le 
commerce et les manufactures sont bonnes, qu’on les conserve; si 
clics sont mauvaises, qu’on les abolisse. Apportez dans cette réforme 
tout le soin qu’exige un système vicieux, sans doute, mais qui a 
pour lui l’autorité du temps. Soyez prudents ; mais établissez comme 
un grand principe de législation que, dans aucun cas, les protections 
que l’on demandera à la Chambre ne devront être motivées sur celles 
qui ont été déjà concédées à d’autres intérêts. » En fait, il ne pouvait 
concevoir comment des mesures, qui avaient paru à un noble Lord 
mauvaises par rapport aux manufactures, devenaient légitimes et sa 
lutaires, appliquées à l’agriculture. 
« Ce serait un singulier moyen de distribuer la justice , que de dé 
clarer que par cela seul que la majorité du pays a été déjà accablée 
par les largesses octroyées à une classe particulière , elle doit l’être 
encore plus pour le bien d’une autre classe particulière. » Vbscotu’í 
de mars 1815. 
Si quelque chose est encore nécessaire pour ruiner les vues des 
partisans de la protection territoriale , nous citerons le passage sui 
vant du rapport rédigé par le comité d’agriculture de l’année der 
nière : 
U Le comité observe qu’un des témoins, dans le but de donner 
plus de poids à ses idées et aux désirs des pétitionnaires, soumit a 
l’assemblée un tableau des droits établis sur les produits des manu 
factures étrangères. Parmi ces produits, il en est qui sont soumis au 
dedans à des impôts de consommation , et sur lesquels, comme peur 
le verre par exemple, le droit protecteur sc mesure pres(|ue ri go h
        <pb n="732" />
        679 
DK KA 1‘KOTECriON ACCORDEE A K'ACRICUKTURE. 
reuseinent sur la quotité de Eimpôt dont l’article est grevé dans le 
P»} s môme. 
Mais les motifs principaux qui fout penser au comité que la Cliam- 
l&gt;rc rejettera la prétendue solidité de ce principe, sont qu’il est permis 
de RC demander d’abord si, à l’exception de la soie, les protections 
dont on couvre nos produits nationaux leur sont très avantageuses. 
effet, comment les manufactures étrangères de cotonnades, de 
lainages et de quincaillerie, pourraient-elles soutenir la lutte avec 
les produits similaires de notre pays, lorsqu’il iist reconnu que nous 
pouvons les livrer à plus bas prix sur leurs marchés mêmes ; lorsque 
le coton et la laine, ces grands instruments de notre richesse indus 
trielle, paient un droit d’importation direct qui n'est pas restitué à la 
Sortie des matières fabriquées, et qu’ils sont soumis, de plus, à ces 
impôts indirects qui frappent aussi bien les capitaux ind ustriels qu 
les capitaux apricoles. » 
Ces raisonnements sont suivis d’autres passages qui tous sont exe- 
t^ellents, et tendent à démontrer que la protection dont on croit les 
^(Diufactures entourées n’est qu’imaginaire. Et dans le cas où elle ne 
le serait pas, nous avons les arguments de M. Grenville pour savoir 
ffD il n’y aurait pas là de motif suflisant pour étendre le même pri- 
'liège à l’agriculture. 
J espère qué, même dans la session actuelle du Parlement, nous an- 
Dulcrons quelques-unes de ces lois dangereuses. Des doctrines plus 
^^iiies semblent s’introduire peu à peu dans le domaine législatif, et 
1 absurde jalousie qui animait le cœur de nos aïeux fera place à cette 
^ouce conviction, qu’en favorisant le progrès des autres nations au 
^^yen de la liberté commerciale, nous contribuons plus énergique- 
encore à développer notre propre richesse. 
1 passage que nous avons emprunté au rapport a encore une 
®Dtre utilité. Il démontre que celui qui l’a rédigé s’est formé une 
*dée exacte de ce que peut et doit être un droit compensateur. II 
y dit en effet « que le droit sur l’importation du verre est destiné 
grande partie à balancer la taxe dont l’article est grevé dans le 
pays même, a) par quel miracle d’argumentation pourra-1-ou conci- 
ce passage avec cette recommandation formelle des deux rap 
ports’.^ établissant un droit sur les céréales, on devra le calculer 
^0 manière à ce qu’il comble la différence qui existe entre le chiffre 
producliüH, du transport, des profils répartis au cultivateur 
^‘atioiial, et les sommes que le cultivateur des lieux ordinaires de nos 
approvisionnements doit recevoir pour le profit de ses capitaux, et
        <pb n="733" />
        Ö80 
OEUVRES DIVERSES. 
pour les dépenses qu’il a consacrées à produire le blé et à le trans 
porter sur nos marchés. » 
SECTION VIH. 
Exanu‘11 du projet conçu dans le but de prêter de l'argent à bas intérêt aux 
spéculateurs sur les blés. 
Le comité indique, dans son rapport, la part qu’eut dans scs dé 
cisions le principe « d’après lequel on doit laisser les marchandises 
s’équilibrer elles-mêmes, et se conformer aux lois de l’offre et de la 
demande. » Dominé par ce précepte, il renonça à engager le gou 
vernement à acheter de grandes quantités de blé pour les revendre 
à une époque de hausse. C’est là un des beaux résultats obtenus 
en économie publique. Mais comment le comité n’a-t-il pas renoncé 
aussi à celte recommandation dans laquelle il conseille au gou 
vernement de prêter de l’argent à bas intérêt, à des spéculateurs 
qui achèteraient le blé au dessous de 60 s. le quarter, pour le dé 
poser dans les entrepôts. 
Ces avances pécuniaires, faites à un taux inférieur et pour une 
échéance de douze mois, si les intéressés le désirent, n’auront elles 
pas pour effet d’altérer {'equilibre de la marchandise et de réagir sur 
les proportions de V offre et de la demande? 
Si la ténuité du prix des blés dépend d’une abondance générale cl 
non d’un encombrement momentané, produit par la détresse des fer 
miers, le remède que l’on propose ne fera qu’augmenter les dillicullcs 
de la situation. En effet, dans toutes les circonstances où le marche 
surabonde, avant d’arriver au moment où l’équilibre doit se rétablir 
entre l’offre çtla demande, et où les prix reprendront un taux légitime, 
nous avons à traverser une période signalée par des prix avilis et par 
la consommation additionnelle qui en est toujours le résultat. L’en 
couragement accordé à l’accumulation du blé, pendant un an, pourra 
sans doute retarder la date de l’encombrement, mais il ne le prévien 
dra pas. 
Quant aux circonstances où les fermiers, alarmés ou appauvris, ver 
seraient sur les marchés de trop grandes quantités de blé et prépare 
raient ainsi la disette jusqu’au jour de la récolte nouvelle, je ferai ob 
server que les spéculateurs privés, doués de celte promptitude (l‘‘ 
coup d’oeil que donne l’intérêt, seront plus a¡)tes que le gouverne 
ment à apprécier les besoins de la consommation. Il ne niamjuc pa^
        <pb n="734" />
        DE LA 1*I{()TECÏDL\ ACUmDÉE A L’AGDICULTL'IiE. H8I 
(ju’on puisse consacrer à achclcr tout le froment jeté à la 
•àte sur le marché. J1 ne faut plus, dès lors, pour éveiller l’es- 
piit de s|)éculation que la prohabilité d’un approvisionnement moin- 
d une demande additionnelle ou d’une augmentation de valeur. Si 
^tte probabilité acquiert quelque consistance, si elle se répand dans 
^ esprits, nous aurons bientôt à signaler un redoublement d’activité 
Hrmi les spéculateurs sur les blés. Lorsque les prévisions de tous 
^•saient craindre des pluies continuelles avant la récolte de l’année 
^ ernière, n avons-nous pas vu une hausse subite se manifester dans la 
® ^ur du blé? Sur quelles bases s’établit ce renchérissement im- 
j ^diat si ce n’est sur la prévision d’une disette probable et d’une 
ausse future? 11 n’est donc pas besoin des encouragements du 
B^auvei nement. Si avant la répartition de la récolte prochaine il se 
aanifeste quelques symptômes de disette, il se trouvera, certes, des 
^I^culateurs disposés à utiliser leurs capitaux. La diiférence entre 
“‘t^rét de trois pour cent et de cinq pour cent, est insigni- 
jante dans des opérations aussi hardies et, relativement au public, 
peut la négliger dans 1 appréciation des avantages inhérents a 
telle mesure. 
^it que des avances de ce geiu*e ont été faites au corn 
ju. d une circonstance, et l’on en conclut qu’il serait in- 
_^ste d’enlever à l’agriculture les mêmes avantages. En premier lieu 
que cette mesure puisse jamais être parfaitement légitime, et, 
¡.ç .! ^’Bt évident que les réclamations des classes commerciales 
_ ondaientsurdes considérations bien différentes de celles qu’invo- 
I’asriculturc. 
^^asscR oommcrcialos sont assujetties à des moments de stagna- 
‘lu *i guerre peut leur fermer les marchés en vue des- 
Pro 1^ donné un nouvel essor à la fabrication de leurs 
Ppt c’est seulement à ces époques de désordres politiques que 
^ avances. J.es commercants règlent leurs né- 
Ic moyen de lettres de change qu’ils comptent payer avec 
(lité de leurs marchandises. Les échéances marchent avec rapi- 
lutii^ ^''"tqu'ds y fassent honneur, sous peine de perdre leur répu- 
(.,1 fortune. Tout ce qu’ils réclament, c’est du temps; car 
de diminuer la production des objets qui sont moins de- 
l^*'ul) toujours surs de pouvoir les écouler,en supportant 
fèrcT ' considérable. La situation du fermier ne dif 
‘Hé 1'"^^ (’(nn|)létementde celle ci ? Où sont ses billets, où sont ses 
^Dees inllexibics? L’avenir deses opérations dépend il d’uu seul
        <pb n="735" />
        (*:ijVHKS DIVEKSKS. 
(i8i 
moment d liésitalion dans la solidité de sa signature? A-t-il jamais vii 
tous les marchés se fermer à la fois contre lui? IN’a-t-il besoin q«'e* 
d’un secours pécuniaire propre à rembourser ses effets? Ces deux si 
tuations sont diamétralement opposées et l’analogie qu’on a essaji' 
d’établir entre elles disparaît sous tous les rapports. 
SECTION IX. 
Peut-on attribuer aux impôts la détresse actuelle de notre a^^rii ulture. 
l a détresse qui pèse sur notre agriculture naît de rinsuffisance du 
prix auquel on évalue le produit de la terre, et il ne parait pas q"^^ 
l’on puisse raisonnablement l’attribuer à rinfluence des impôts. 1^^ 
impôts sont de deux natures : — ils frappent sur le créateur d tni^ 
mardiandise comme producteur ou bien comme consommateur. 
Lorsqu’un fermier a acquitté successivement la taxe sur lescbevaiix» 
les dîmes, la land-tax^— taxe sur les propriétés,— il a payé riinjHd 
à titre de producteur, et il cherche naturellement, comme toutes les ad' 
très classes de producteurs, à se récupérer de ses sacrifices en ajoutadl 
au prix de sa marchandise un quantum équivalant au montant de pi’*’ 
contributions particulières. En définitive, c’est donc sur le consomma' 
teur, et non sur le producteur, que retombent les taxes; car rien dC 
peut empêcher ce dernier de transférer à l’acheteur la quotité de l'dd 
pôt, s’il n’existe pas un excédant trop considérable de l’offre sur 
demande. Lorsque la valeur d’une marebandise ne représente pas pd^** 
le producteur la totalité des dépenses qu’il a dù supporter, elle d^^ 
constitue pas un prix rémunérateur, et elle le place dans un état d d* 
fériorité, relativement aux autres gToupes d’industriels. Ces j)rolfi® 
généraux et ordinaires du produit lui échappent, et il n’y a que ded^ 
remèdes auxquels il puisse recourir. L’un consiste dans ladiminutid** 
de rapprovisionnement qui doit nécessairement amener une hads®^ 
des prix si la demande ne s’arrête pas en même temps; l’autre cod 
sisteà l’affranchir des taxes qn’il acquitte comme ])roducteur. Le 
mier remède est aussi certain qu’efiîcace. Le second paraît d’une ap 
plication plus délicate ; (tar, si la marchandise grevée de la taxe 
donné une seule fois un prix rémunérateur, elle n’a pu desceid^^ 
([u’en raison d'un approvisionnement excessif ou d’une demande a 
faiblie. 
L’abolition d’une taxe ne diminue pas l’intensité de l’offre, eb ' 
elle n’abaisse pas effectivement les prix elle ne peut donner aiied»
        <pb n="736" />
        HK LA I*IU)TECTION ACCOIiDEE A L’ACIMCfjl/lUIîE. r,Ka 
iimlsion il la demande. D’un autre côté, si la valeur dwroit lr()[) 
pi ement, le rappel de l’impôt tourne contre le producteur lui- 
ü *nie. On ne peut dire que l’abolition d’une taxe a été avantageuse à 
(laiis le cas où le prix ne descend pas au-dessous 
le (1 ' légitimes. S il franchit cette limite, le bien qu’a pu produire 
^ ^^^^ent s efface aussitôt et il nous est permis de demander si 
l’abs vendeurs ne s exercera pas avec plus d’énergie en 
•ier tâxes sur la production peuvent détermi- 
lor ^ dit, un excédant de l’offre sur la demande. Cela est vrai, 
sque les taxes sont nouvelles et que les consommateurs refusent 
equittcr, sous forme d’un excédant de prix, les charges addition- 
es imposées à l’industriel. Mais notre pays n’est pas actuellement 
Ig ^»e situation pareille. Les impôts n’y sont pas une nouveauté; 
des produits naturels a été assez élevé pour donner, malgré 
s charges contributives, un prix rémunérateur, et il est indubitable 
iGS taxes la valeur de ces produits eût été de beaucoup au- 
ssous du chiffre actuel. Les mêmes causes qui ont fait tomlier le 
^ c’est-à-dire de 25 p. O/o, l’eussent fait 
de GO s. à 45 s. dans le cas où des taxes moins nom- 
ses eussent porté le prix moyen à GO s. au lieu de 80 s. Quel- 
lanff charges qui pèsent sur la pnxluction ont été diminuées, 
‘ is que d’un autre côté tout semble indiquer que la consommation 
'^*t accrue. 
fav ^ 1^^^^*^ généralement que les altérations de la monnaie sont 
Uç aux classes laborieuses en ce sens que leurs sal aires en argent 
***^l**uent pas dans un rapport exact avec l’accroissement de la 
Née naonnaies, ou avecla baisse des objets de première nécessité. 
position s’améliore, et leur puissance de 
1*^8 résistent jamais à une ac- 
considérable, et c’est pourquoi la cause véritable, la cause 
^‘l^e, de l’avilissement des produits agricoles, c’est l’abondance. 
Hiate^ consommation rejaillissent sur la totalité des consom- 
donc trop général pour qu’on puisse leur 
^'^%itT^ détresse d’une classe particulière de producteurs, ou la 
laxcg de la marchandise qu’ils cultivent ou fabriquent. Les 
les chandelles, le savon, le sel, etc., etc., sont, non seule- 
^ ^equittées par les fermiers, mais encore par toutes les person- 
‘“il,h* consomment ces objets. L'abolition de ces impôts serait donc 
1^""' la masse entière des citoveiis, cl non pour les agri- 
Ors exclusivement.
        <pb n="737" />
        ŒUVRES DIVERSES. 
im 
On a souvent dit quêtons eeux qui rejettent la prétendue induenef 
exercée par les impôts sur la situation de l’agriculture et la valeur 
des blés, nient aussi le soulagement qu’apporterait aux cultivateurs 
l’abolition des taxes. Des conclusions de ce genre prouvent surtout 
une chose, c’est un manque de sincérité ou d’intelligence ; car il est 
parfaitement logique de dire que les impôts ne sont pas la cause &lt;le 
tel ou tel malaise particulier, et de soutenir pourtant qu’un dégrève 
ment serait chose salutaire. Ainsi, le cheval de lord John Kussel heurte 
une pierre, s’abat, et se relève aussitôt qu’on l’a débarrassé de son har 
nais ; dira-t-on que c’est sous le poids du harnais qu’il a succombe- 
Evidemment non. Et pourtant on soutiendrait avec justesse que l3 
[)icrrc causa sa chute, et qu’en enlevant le harnais on le soulagea asse/- 
pour qu’il put se relever. 
Quant à moi, je pense que la plupart des impôts retombent sur h** 
consommateurs, et que l’iniluence d’un dégrèvement se réduirait ^ 
diminuer le fardeau qu’ils supportent. ]\ul, plus que moi, n’est par' 
tisan de la plus stricte économie dans les dépenses publiques; mai*’ 
d’un autre côté je suis pleinement convaincu qu’il est de ces détressr^ 
particulières qui naissent d’une surabondance de produits et auxqut’l' 
les tous les dégrèvements ne sauraient porter remède. Cette convicti^^'' 
est encore plus profonde, relativement aux produits agricoles dont 1^ 
valeur a été constamment élevée au-dessus du niveau des prix dans 1*^^ 
autres pays, par l’effet des tarifs protecteurs. 
Ces désordres atteignent tous les pays, et plus particulièrement c**' 
core ceux qui ont une législation vicieuse sur les céréales. Kn 
mettant môme que nous fussions afl’ranebis de toute taxe; en adm^^' 
tant que les dépenses publiques, alimentées par un impôt territorial) 
s])écialement organisé, fussent administrées avec la ])lu8 rigoureu*^^ 
économie ; en admettant enfin que nous n’eussions ni dette nationah’r 
ni fonds d amortissement, nous resterions encore exposés à des 
ri odes de surabondance et à la baisse désastreuse (¡ui en est la suih" 
JI est impossible de lire l’habile déposition de M. J’ooke, devant 
comité de 1821, sans être immédiatement frappé par l’influ^^'^^^ 
qu’exerce un excès d’approvisionnement sur les})rix. 
En face de ces données on demeure convaincu que le seul rcmè*^*^ 
une telle situation consiste dans la diminution de l’offre. S’il 
véritablement un autre remède, pourquoi ne nous rapprennent 
pas, tous ceux qui gémissent des calamités actuelles, et qui cuss*^ ^ 
pu si bien fain^ entendre leur voix’? A l’exception de ces divers 
mes; la réduction des impôts; I’sccroissemcnt des droits prohibí *
        <pb n="738" />
        DE LA PROTECTION ACCORDEE A l/ACRICULTCRE osi 
do.' concurrence ; rintervention dn gouvernement, soit par 
directs, soit par des encouragements accordés aux spéeu- 
^ ^ dis-je, de ces trois systèmes, je n’ai entendu 
proposition. Quant à leur efficacité, je la soumets 
' jugement du lecteur; mon opinion personnelle ayant été déjàdé- 
uppee de la manière la plus positive. 
'«issc de tous les produits naturels, une portion 
i lolequ’d serait déraisonnable d'attribuer aux altérations de la 
maie. Je ne m'étendrai pas cependant sur les causes véritables de 
imenomène qui agit depuis 1819, et que tout nous permet d'as- 
de iV 1“ , au surcroît des importations 
" ande, et à l'accroissement de culture qui naquit, pendant la 
i.p I élévation des prix et des entraves mises à l'entrée ? t'n 
» “ml nombre des citoyens appelés à éclairer le comité s'accordent à 
d ci'idrc les récoltes de 1819 et de 1820 comme ayant été cxcessivc- 
u abondantes. Le 5 avril 1821 , M. AValeficld dit :. Je crois 
, marchés sont inondés d'une masse énorme de blé; je iiciise 
l'iliien * '* airéales que l'on possède ba- 
'laiico '■aa«llc. — Je pense eiieore que si cette aboii- 
aornbe^'^o*”""'““" ‘^aux ou trois années, le pays serait cii- 
^mre d une réserve considérable. » 
&lt;lii i!.t ■ “ ''aarois que la dernière récolte a été abondante ; 
M 1* *1*^ * 820, elle exceda de beaucoup la moyenne. » p. .838. 
' " Pas dernières moissons ont été très-riclics en 
0,1, ' ' ' P’*'* • " P a récolte de l'année dernière a aussi dépassé la li- 
" moyenne. » p. 327. 
ex^or"'" moissons vinrent s'ajouter des importations 
iioiiiielles. 1,'lrlaiide augmenta considérablement les envois de 
“Il * "" Paul '"ir «lans le relevé siiivant,sonmis. 
lie f.,, ‘ a «la 1821 quel a été le ebillre de scs importations d'avoine 
'^iii ' farines, a dilFércntes époques. 
•inissant le 5 Janvier. — Avoine. 
r . . qrs- 
•p janvier. 1818. — 501,337 — 
— 1810. —1,001,247 — 
— 1«20. — 750,008 — 
J®*'vierau 5 avril 1821. — 437,245 — 
Froment. — Farine de fromei 
quintal. 
10,238 
qrs. 
.'■»0,482 
05,077 
127,308 
.351,871 
33,2.18 
0à,803 
180,375 
218,704 — 00,002 
^^‘cru(&gt; T' précédent avec quelle rapidité se so 
iinportalions de l’Irlande. Ces envois, joints à l’ahoi
        <pb n="739" />
        ŒUVRES DIVERSES. 
GSR 
(lance (les récoltes de 181Í) et de 18‘i0, suflisent, je pense, pour ren 
dre compte de ravilissement des prix. 
Il est d’ailleurs inutile de reelierelier rigoureusement les causes de 
cette situation. 11 nous suffît de reconnaître que la baisse des prix n’a 
pu provenir que d’un accroissement de (quantité ou d’une diminution 
de demande, pour être convaincus que la réduction du stock, ou la 
multiplication des besoins, sont les deux seuls remèdes qui olîrcnt 
quelque effîcacité. 
La mercuriale de Mark Lane indique qu’il a été mis en vente de 
très-grandes (quantités de blés, et l’on y voit aussi que les arrivages 
à Londres, provenant de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, ont 
atteint un chiffre exceptionnel. 
11 ne faut pas oublier que nous avons attribué la baisse des prix a 
la surabondance actuelle de nos marchés. Nous avons tiré de cette 
doctrine des conséquences qui ne seraient même pas détruites dans le 
cas où, avant la récolte prochaine, les demandes reprendraient de 
l’activité et détermineraient un mouvement de hausse dans 1^® 
prix. Lu effet, les seules preuves irrécusables que nous ayons de 
l’abondance se manifestent dans ses effets. J’ai une foi entière dans 
l’existence d’un approvisionnement considérable, mais je ne croirais 
pas le moins du monde mon argument ébranlé par des circonstaiiees 
qui porteraient le prix du blé à 80 sh. le quarter, avant la moisson 
prochaine. 
CONCLUSION. 
Après avoir traité la plupart des questions qui se ratlacbcnt iiitin'^' 
ment au système général qu’il serait convenable, sage d’établir rein' 
tiveinent au commerce des blés, je crois devoir résumer en (juclq*“’*' 
mots les opinions qui se sont fait jour d’une manière plus étciidn^ 
dans les différentes parties de cet ICssai. 
L’avilissement actuel de la valeur des produits naturels est dû ^n 
partie aux ffucluations de la monnaie, et principalement à l’excedn"* 
(le l’offre sur la demande. La part (pi’il est raisonnable d’attribin*^ 
au bill de M. Peel et à l’action de la Banque dans la fixation &lt;1^^ 
prix, peut être évaluée arithmétiquement à 10 p. O/q. L’inllueiicc ff*“" 
CCS deux causes ont eue sur l’immense accroissement des charges p*‘ 
bliques peut aussi s’évaluer à 10 p. O/q. Mais l’aggravation des ta^r^ 
n’a pas seulement pesé sur les intérêts agricoles, elle a frappé avec !•''
        <pb n="740" />
        DE LA l‘U&lt;)TFXTl(&gt;N ACCOUKÉE A l/Al'.ItlCUI/riiliE. 0S7 
“H'ino intensité les eréanciers de i’Jitat et toutes Jîîs autres classes de 
citovens. Supposons que la terre paie la moitié de tous les impôts du 
Si nous déduisons tout d’abord (»ette partie de l’impôt qui 
^ oiesure par la valeur de la monnaie et qui s’accroît lorsque celle ci 
jl'niinue, nous verrons quelcs charges supplémentaires supportée^s par 
^Krieulture en masse, fermiers et propriétaires, depuis 1819, n’ont 
pas dù excéder deux millions. Mais enfin admettons qu’elles aient été 
quatre millions par an *. Croit-on que les pertes subies par les 
enanciers et les propriétaires, en raison de la réduction des prix, 
paissent se réduire à ces quatre millions? Non, évidemment non ; car 
ap:riculteurs s’accordent à dire que la rente est actuellement 
Pfelevée sur leur capital, et que tous leurs profits ont disparu. Si 
aous devons attribuer exclusivement la détresse actuelle aux altéra- 
^‘aiis de la monnaie, nous devons donc aussi admettre que le revenu 
des tenanciers et des propriétaires se réduisait antérieurement 
a quatre millions ; or, c’est là une proposition que personne ne vou- 
^ *’ait soutenir. A quelle autre cause faut-il alors faire remonter le 
'aalaise? à quelle autre cause faut-il attribuer l’avilissement excessif 
'Juosproduits agricoles? I,a réponse est, je crois, simple, claire et 
_ isfaisante : — Cette cause tant cherebée, c’est la surabondance gé- 
‘‘‘&gt;'ale que des récoltes brillantes et les envois de l’Irlande ont versée 
nos inarcbés. 
^ Notre législation actuelle n’a fait que seconder ces circonstances, 
a eu pour effet de diriger les cai)itaux sur les terrains inférieurs, 
'^*^^^** blés dans les années moyennes bien au-dessus 
autres pays. Les prix doivent nécessairement être forts sous un 
pcTi pareil, mais les cbancbcs de baisse se multiplient dans le rap- 
vji de cette progression ascendante. Le contingent additionnel que 
ch récoltés abondantes tend toujours à encombrer nos mar- 
^aib ^ *^^rède les besoins de la consommation, la valeur des pro* 
avoir diminuera constamment, sans que nous puissions 
recours à l’exportation, qui ne s’ouvre qu’au moment où la vi- 
"joatant total des taxes payées aux cn^anciers de l’État et à la commis- 
fixes ''^'"ortissement s’élève à 3G millions. Supposons que les autres charges 
^filio^ aïontent à quatre millions, nous aurons donc un total de quarante 
lue ^^qael a pu réagir l’alteration de la valeur des monnaies. J’éva- 
^^ ""aissement à dix pour cent, ou à quatre millions qui retombent sur 
Vaille clas.ses à la lois, propriétairt», commerçants, manufacturiers, tra- 
et, en dernier lieu, sur les porteurs d’effets publics.
        <pb n="741" />
        (OUVRES RIVERSES. 
(¡SH 
lile (los prix a róduil U's l’ormiors aux ahois. Kt pourlaut los fermiers 
lio sont jamais plus rócllomout protó^íís que lorsque la voie des ev- 
porlalions reste ouverte à tous les spéculateurs. 
Pour atténuer autant que possible les iiieoiivéïiieiils d'une telle si 
tuation , il faut se déterminer à restreindre graduellement l'in juste 
protection dont on couvre l’agriculture. Le système que nous de 
vrions adopter en ces temps de calamités, consiste à concéder au cul 
tivateur national le monopole de notre marché, jusqu'au moment oU 
le blé a atteint 70 sbillings le quarter. A partir de eette limite de 
shillings les nouveaux réglements devraient négliger toutes les éva 
luations de prix fixes et de moyennes, et frapper d’un droit de 20 sliü' 
lings par quarter l’importation du froment : on caleulerait propof' 
tionnellement ensuite le tarif des autres grains. 
Celte modification de nos lois ne nous protégerait que bie*' 
faiblement contre les effets de la surabondance, mais elle serait éiiR' 
neinment favorable en préservant nos marchés de reneombrcmcul 
qui pourrait suivre l’ouverture de nos ports. Le régime d’un droit fi^® 
n'encouragerait que les importations nécessaires, et comme on n’aU' 
rait plus à craindre la fermeture de tous les ports, les spéculateur^ 
consulteraient les besoins du pays avant de faire leurs expéditions 
blé ; nous serions donc ainsi largement protégés contre tout ciicoiU' 
brement venant du dehors. 
Si nous nous arrêtions cependant à ces mesures qui constituent d^J*'* 
en elles-mêmes un beau progrès sur notre législation actuelle, 
(cuvre serait bien incomplète. J)’un autre cédé, il serait téméraire et 
violent dans les circonstances actuelles d’enlever tout à coup à la teire 
devastes capitaux. Je proposerai donc de réduire d’un shillingel'^ 
(pie année et jusqu’à ce (pi’il soit (Uiscendu à la moitié, le droit 
tectcur de 20 sb. Lu même temps il nous faudrait accorder un di'^" 
back de 7 sb. par quarter à l'exportation et constituer ces iiicsiR’*’*’ 
à l’état permanent. 
Ce droit d’entrée de 10s. par quarter vers lequel je dirigerais 
lioration de nos tarifs, dépasserait certainement la somme des ta^ 
spéciales (¡ui pèsent sur l’agriculteur, indépendamment de toutes ccH*^ 
que supportent les autres groupes de producteurs ; mais j'aime nii&lt;^^ 
pécher par libéralité (pie par un excès de rigueur. C’est ce ipd ^ 
conduit à ne pas proposer un draw-back rigoureusement égal auiR^’’* 
tant des taxes. Quant au cultivateur, la réduetion du droit à 10 sb. a*^ 
rait pour lui tous les avantages de la liberté commerciale, ou du nioi' 
il lie s’en faudrait que d’une différence insignifiante de .3 sb. par
        <pb n="742" />
        DE LA PROTECTION ACCORDÉE A L’AGRICULTURE. 689 
to An,oins que l’abondance et la baisse des prix ne fussent universel- 
sZlTT" ;«"J»î""«*»-&gt;*l'“P&lt;«’tation un moren d’éeoulerses n, 
, et cette seule modification serait déjà inappréciable pour lui. 
de.ol^"""'"’’ ■'* "‘““P“'''’‘'eceux qui prétendent que le chiffre 
danlT ""''"T"'"' ™ "eu, je prétends que 
■l’aurr '" a"“ ™**ee 1“’»" suppose, nous 
durions aucun danger à redouter. 
'mWiëM 
de l a .“""r“ ‘e"c viendraient grossir puissamment le prix 
lira, '"'T' eepoudre a des demandes additionnelles, les cul- 
'•oùteuv ''","'y"'"'ee sur les terrains les plus stériles et les plus 
le ,a„ ’ ' eveloppcment de la production rendrait moins accessible 
Plus yf“"‘l*'‘*^''’‘cscir«rts de l’agriculteur étranger. .Mais 
pliquer 17* ““ P'"» " »cca avantageux de l’ap- 
de lun.v kTiains pauvres; d’où je conclus 
étions Z"' concurrence, nos iinpor- 
&gt;D8 ne seraient pas très-considérables. 
'‘«'«"rètn!"*“""" TT'" "»"ger ) aurait-il 
■Neur, P»y» Orangers pour la 
les '7 " Si "«» demandes étaient constan- 
tel ; "'"''"’mes, et elUs le deviendraient inévitablement sous un 
jsicmc, on produirait au dehors d’immenses quantités de blé 
*'^ient ^ Dotre marché, et s il était possible, les pays étrangers au- 
*Dêtïi ^ intérêt à nous faire parvenir leurs blés que nous- 
^buis attentivement les faits qui se pressent ici sous nos veux. 
{(^Knv. (le Hicanh.) /, j
        <pb n="743" />
        690 
OEUVRES DIVERSES. 
N’y voyous-iious pas les effets qu’une légère surabondance peut pro 
duire sur le prix des céréales? Queln’eùt pas été l’encombrement de 
nos marchés, si l’Angleterre eût habituellement accru sa production 
d’une quantité additionnelle destinée à la consommation étrangère ? 
Aurions-nous eu , dans ce cas, le triste courage de nous termer vo 
lontairement les marchés étrangers et d’exposer nos fermiers et nos 
propriétaires à une ruine générale ? Je suis sûr que nous ne le fe 
rions pas, même en temps de guerre. Quelque énergie que l’on puisse 
accorder aux sentiments d’hostilité qui animent les peuples au moment 
delà lutte; quelque désir que nous puissions avoir de torturer un en 
nemi en lui enlevant ses moyens de subsistance, je suis persuadé que 
nous renoncerions à exercer notre vengeance à de telles conditions. 
Or, si telle serait notre politique , soyons persuadés que telle serait 
aussi dans les mêmes circonstances la politique des autres peuples, et 
que nous n’aurions jamais à souffrir de la privation de nos approvi 
sionnements extérieurs. 
Tous nos raisonnements conduisent donc au même résultat. U*’ 
nous indiquent que tout en tenant compte des droits acquis, il /uni 
introduire aussi promptement que possible nue sage liberté dans h" 
commerce des céréales. Le bienfait de cette mesure s’étendrait à lu 
fois au fermier, au consommateur, au capitaliste. Ht tout en admet 
tant que la moyenne des rentes en argent pût être plus élevee sous un 
régime de droits restrictifs , j’observerai que rien ne garantirait lu 
solvabilité indélinie des tenanciers, et que l’intérêt bien entendu des 
propriétaires doit les amener luîcessairemeiit a subslituei dts pii 
lixes et des rentes précises à des prix mobiles et a des rentes dont l^ 
service s’effectue sans régularité.
        <pb n="744" />
        DE LA PROTECTION ACCORDÉE A L’AGRICULTURE. 
691 
APPENDICE. 
Adresse rol^e le 20 mai 1810 par les direcleurs de la Hanque 
d Angleterre et présentée au cfiancelier de VÉclàquier. 
RIMÉE par ordre DE LA CHAMBRE DES COMMUNES LE 21 MAI 1819, 
De la Cour des directeurs de la Banque, le 20 mai 1819. 
^ Les diredeurs de la llanque d’Angleterie, après avoir longuement 
Cl.a jr'"^ “ d'enquête institués par les deux 
^^oir •onsacre a ces rapports leur plus profonde attention, ont cru 
•»inet I * pro'nptement que possible, au ca 
Dron ^ ^ w*nlimenLs que leur ont inspirés les mesures 
lenÜl.'?.“'’''"'’ ■' du eomité la mesure qui 
I ei a faire reprendre a la llanque les paiemimts en numéraire à 
. '^"«!'"'«&lt;'"te par la loi actuelle, e’est-à dire le 5 juillet prochain, 
.""'«¡reinent inapplicahle et serait d'ailleurs complètement incf- 
, si ce n’est même ruineuse. » 
(tmelusions des comités ont été conçues au 
heu *1 '"“*** des billets de banque en circulation s'élève à un 
l'on f **'* d*i '■ll'id(KI,0ü(l livres; à une époque où l'or vaut 4 |, | sb. 
d'ioZ f stagnation des aUaires, jointe au bas prix des objets 
détres% dans toutes les industries une grm.de 
se ’“'d me nette situation ou toute autre situaüou analogue 
(Ifcm P*^^ULra sans amélioration ou sans décadence, il paraîtra évi- 
*^^int(* ^ ministres, qu en persistant, comme elle le fait, à 
rpppi ' niveau de ses émissions, la Banque ne saurait tenter la 
bjjj, paiements en numéraire sans compromettre l’intérêt pu- 
^ nu ij, sécurité de son avenir. 
nl)&lt;U)l(*inent diriges par ces considérations, les deux comités
        <pb n="745" />
        692 
OEUVRKS DIVERSES, 
réunis ont pensé que les paiements en espèces devaient rester suspen 
dus pendant quatre ans encore, mais qu’à partir du mai 1821 la 
Banque serait obligée d’acquitter scs billets en lingots d’or au titre- 
L’évaluation serait laite d’après les prix de la Monnaie, et la disposi 
tion nouvelle n’aurait d’ailleurs force de loi que pour les sommes 
d’au moins trente onces. De plus , les comités ont juge que le re 
tour aux paiements légaux devait s’opérer graduellemiqit, et ils ont 
proposé qu’à partir du I" février prochain la Banque fût tenue de 
payer ses billets en lingots au taux de 4 1. I sli. l’once pour les rem 
boursements d'au moins soixante onces, et de les continuer au taux de 
3 1. 18 sb. 6 d. l’once, depuis le 1" octobre jusqu’au 1*" mai sui 
vant. 
Si les directeurs de la Banque ont bien compris la pensée des co 
mités, ils sont amenés à conclure que leur but manileste a éU 
d’assurer à tout prix , indépendamment de toutes les éventualités 
économiques, d’assurer, dis je, après un délai de deux ans le rem 
boursement des billets de la Banque en lingots d’or évalués siiivaii 
le tarif de la Monnaie. Ils ont dû en conclure aussi que l’exécu 
tion de ce plan doit tendre à ce (jiie les prix de la Monnaie resteid 
invariables, et à ce que 1 iiilluence que la Banque exerce sur la va 
leur en échange de l’or se mesure exclusivement sur le montant (b’ 
ses émissions. 
Il a semblé aux directeurs que le résultat déliiiitil de ces niesuH- 
doit être d’enlever à la Banque toute son initiative, et de lui laissU 
pour privilège unique le soin de régler ses émissions et de faire U’*’ 
achats d’or qui lui seraient necessaires pour répondre à toutes les &lt; &lt; 
mandes lors de la reprise des paiements. 
Sous l’impression de ces laits, et liés, comme ils le sont, «i pa.' 
leurs billets à vue en monnaie lixée par les statuts et au prix ol ' 
ciel de 3 1. 17 sh. K) 1/2 d. l’once, les directeurs croient conveiiab 
de faire observer aux ministres de Sa Majesté (pi ils devraient êti » I | 
derniers à s’opposer aux mesures ([ui tendent vers ce but. Mais il y 
aussi de leur devoir d’apprécier les eiîcts (ju’ellcs peuvent produ’’ 
sur rémission générale de leurs billets; car ces billets règlent le ni&lt;&gt;* 
vement des banques particulières et alimentent, concurremment a'v*^ 
le papier des banquiers, la masse entière de notre circulation. Ils 
croient donc tenus, par la nouvelle situation que leur a faite 1 acte &lt; ^ 
restriction de 1787, à de grandes obligations envers la socuité 
entière, dont b^s intért&gt;ts commerciaux et linanciers ont été en gr«'“ 
partie confiés à leurs soins.
        <pb n="746" />
        I»K LA l'K(n'KCTIÍ&gt;i\ ACCOM DEL A L'ACMICCLTCHK 6t)3 
Ainsi revêtus d’une espèce de protectorat (jui doit embrasser les 
intérêts généraux de la nation, les directeurs ne peuvent s’empêcher, 
n 1 aspect des propositions récentes, de sentir pour elles quelque ré 
pugnance et d’hésiter, quoiqu’il!volontairement, à sanctionner un 
système qui dans toutes ses tendances, dans toutes ses manifesta- 
lons, leur paraît s’attaquer aux intérêts de la nation plus immédia 
tement encore qu’aux actes de la Banque. 
U charte constitutive de la Banque ne lui a certainement point 
concede le droit de contrôler les vues qui firésident au gouvernement 
Puhtiquc, linancier et commercial de ce grand empire. Ce droit ap 
partient exclusivement à l’administration, au Parlement, à la so 
ciété en général, et la Banque n’y saurait prétendre pas plus qu’à 
jiicter les principes qu elle croirait propres à dominer dans la po 
ique générale. Son devoir spécial, sa fonction propre consistent à 
administrer ses opérations de banque dans leurs rapports avec le ser 
vice des intérêts de la dette nationale, les dépôts conliés à scs soins, et 
es avances qu’elle a faites habituellement à l’Klat. ^ 
Mais aujourd'hui que les directeurs, dominés par la nouvelle si- 
uation que leur a faite l’acte de I7&lt;J7 , sont ap,,clés à constituer une 
(. ^‘*1 numéraire, suilisantc pour alimenter notre cir- 
^■dlation totale, aujourd’hui que, pour atteindre ce but dans un délai 
(^terminé , on leur crie de régulariser la valeur de l’or sur le marché 
g" **^*tant le montant de leurs émissions, à quelque prix que ce soit 
j 'ni^pris des désastres qui en résulteraient pour les individus et 
à société tout entière, ils se croient obligés par les lois les plus impé- 
J^^uscs du devoir de soumettre franchement leur opinion aux mi- 
istrcs de Sa Majesté. De cette manière on ne pourra pas considérer 
‘18 tard leur concours et leur consentement apparents comme une 
“(•tion véritable accordée à un système qu’ils croient entaché d’in 
^‘'htudi s et de dangers. 
Il leur est impossible de prévoir (|uel sera le cours des événements 
deux années, et surtout p( ndant les quatre années qui 
8uivre. Ils n ont aucun droit a proclamer des espérances hril 
et peuvent appuyer sur rien, qui peuvent leur échapper 
eon '*8‘levieiidraient responsables; d’un autre côté, ils n’oseraient 
nèse^ maintenir impitoyablement la détresse financière qui 
sur le monde commercial, et dont il leur est impf»ssihle de 
ou d’apprécier les conséquences. 
‘lui ‘^ÿ‘^('teurs ont déjà présenté à la Chambre des Lords un projet 
^ ‘ligerait la Banque à payer scs billets en lingots, évalués sur
        <pb n="747" />
        694 (DUVRES DIVERSES. 
les prix courants du jour. Ils avaient ainsi en vue de reconnaître 
quelle serait la part des balances commerciales dans le retour aux 
situations primières, et d’en recueillir immédiatement tous les avan 
tages. C’est dans un but analogue qu’ils ont proposé à l’Etat le 
remboursement d’une grande partie des sommes que lui a prêtées la 
Banque, sous la garantie de l’Échiquier. 
C.es dispositions laisseraient d’ailleurs le temps d’asseoir un juge 
ment complet sur la valeur courante des lingots ; elles permettraient 
d’apprécier dans tous leurs résultats riniluence que la dernière guerre 
a eue sur l’accroissement de la dette publique, des contributions , des 
prix courants, et les modilicationsqu’elle a introduites dans nos rela 
tions avec le continent, sous le rapport des questions d intérêt, de 
capital et de commerce. Enfin, elles nous indiqueraient jusqu aquel 
point ces résultats sont temporaires ou permanents, et quelle est 1 é- 
tendue, l’énergie de leur action. 
Les directeurs avaient eu eux-mêmes le projet de concourir à 
l’exécution de ces mesures, en profitant de toutes les circonstances 
qui permettraient à la Banque d’étendre ses achats de lingots jus 
qu’à la limite prescrite par les besoins légitimes, usuels de la na 
tion. Aucun système, aucune prévision, aucune combinaison 
leur semblent justifier les actes qu’ils pourraient tenter au delà. 
Les mesures que l’on propose paraissent destinées a ôter a la Bail' 
que l’espèce de tutelle qu elle exerçait sur les besoins ou les souf 
frances du corps commercial. Si les directeurs répugnent à y donner 
leur consentement, ce n’est point par un manque de soumission au 
gouvernement de Sa Majesté ou aux vues des comités du Parlement. 
Ils reconnaissent cette puissante hiérarchie, mais ils sont pleinemeid 
convaincus qu’ils n’ont pas mission d’assumer ainsi, de leur propre 
mouvement, la responsabilité de mesures qui touchent si profon 
dément aux intérêts de la société tout eutièrti, et de compromettre 
ainsi, par un consentement tacite ou par une approbation ouverte, 
la marche de l’agriculture, de l’industrie, du commerce, du revend 
au sein du royaume. 
L’examen de ces grandes questions et du degré d’influence qn^ 
peuvent exercer sur l’économie générale du pays les mesures pm' 
posées, appartient aux deux Chambres. C’est à elles et non à la BaO 
que qu’il appartient de fixer, de déterminer la marche à suivre. 
Quels que soient les commentaires, les critiques hostiles et eO' 
vieuscs dont on ait poursuivi la Banque, sa conduite sage et pr«*' 
dente la justifie complètement. Elle a constamment réglé le montan
        <pb n="748" />
        DE EA PH()TECTIÍ&gt;N ACCOMDÉE A I/AGIUCCETURE. 695 
circulation de manière à la proportionner aux besoins du 
gouvernement et de la nation ; constamment elle l’a maintenue dans 
sages limites relativement à celles qui existaient avant la guerre, 
sinsi qu’on pourra le voir dans le rapport de la Chambre des Lords, 
pages 10, 11, 12 et 13. Toute cette sollicitude, jointe aux efforts 
Accents qu elle a faits pour reprendre les paiements eu numéraire, 
efforts d abord couronnés de succès, mais qui se brisèrent contre des 
événements inacc/essibles à la prévoyance ou à l’action de la Banque, 
toute cette sollicitude, dis-je, suffit pour réfuter les attaques dont 
elfe a été si injustement le but. 
En soumettant ces considérations aux ministres de Sa Majesté, les 
directeurs de la Bamjue d’Angleterre croient pouvoir leur assurer 
que leur vœu le plus ardent sera de seconder, par tous les moyens 
qui sont en leur pouvoir, les mesures que le Parlement décrétera 
pour étendre la prospérité de l’empire. 
Robert Best, Secr.
        <pb n="749" />
        TABLE DES MATIÈRES 
INTRODUCTION 
Section I. — Du prix rémunérateur 
— II. — Influence de I’augmenlation des salaires sur le prix 
du blé * ■ 
— III. — De l’influence des taxes spécialement assises sur 
une marchandise • 
— IV. — De l’influence des belles récoltes sur le prix du blé. 
— V, — De l’influence produite sur le prix des blés par le bill 
de M. Peel, relatif au rétablissement de l’ancien 
cictlott, . ,»••••••••• 
_ VI. — De l’influence qu’a le bas prix du blé sur le taux des 
profits. * 
— VII. — Sous un régime de droits protecteurs destinés à con 
céder le monopole du marché national à nos cul 
tivateurs de blé, les prix sont nécessairement sou 
mis à de continuelles fluctuations. . . . . • 
_ VIII. — Kxamen du projet conçu dans le but de prêter de 
l’argent à bas intérêt aux spéculateurs sur les blés. 
IX. — Peut-on attribuer aux impôts la détresse actuelle de 
notre agriculture 
Conclusion 
Appendice —Adresse votée le 20 mai 1819 par les directeurs de la 
Banque d’Angleterre et présentée au chancelier de 
l’Échiquier 
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
        <pb n="750" />
        3 
V í&gt;'-i • :/■^■.&gt;“. .'./ 
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&gt;’/ ' ," ■ -•. - ¿i 
PLAN 
POUR L’ÉTABLISSEMKNT 
T'nl^y'î^ 
Í&gt;’UNE BANQUE NATIONALE.
        <pb n="751" />
        PKÉFACK. 
I/intention de M. Ricardo en se retirant à la campagne, à la fi** 
de la dernière session du Parlement, avait été d’appliquer une partie 
de ses loisirs à écrire et à publier un nouveau système de crédit- 
D’après lui, ce projet devait faire participer le public aux avantagé® 
des monnaies de papier, sans diminuer toutefois les garanties dont 
on doit légitimement s’armer contre les inconvénients auxquels se 
trouve assujetti ce mode de circulation. On savait déjà avant sa def' 
nière maladie qu’il avait réalisé ce projet, et on trouva, après sa morb 
les pages suivantes parmi ses papier. 11 ne paraît pasque M. llieaf' 
do ait jugé nécessaire de faire des changements ou des additions à son 
travail, si ce n’est sur un seul point. Ayant communiqué son manus' 
crit à un membre de sa famille, qui se trouvait auprès de lui lors do 
la rédaction définitive, celui-ci lui fit observer qu’on pourrait éprou 
ver certaines difficultés pour obtenir les fonds nécessaires aux voya 
ges, puisque les billets d’une province n’étaient pas remboursabb’^ 
dans les autres districts. 11 admit qu’il y avait effectivement la 
inconvénient à détruire, mais il croyait aussi qu’il suffirait d’une nio 
sure très-simple pour atteindre ce but. llien ne fait supposer qi* ' 
ait indiqué, par écrit, un moyen destiné à lever cette diflienlto» 
et ses amis ont cru convenable de livrer son manuscrit ala pre^^ 
dans l’état même où ils l’ont trouvé, et en y ajoutant sculcnio*^ 
quelques explications préliminaires.
        <pb n="752" />
        PLAN 
DUNK BAISQUK NATIOMALK. 
Banque d’Angleterre accomplit deux opérations de crédit com 
plètement distinctes et qui n’ont entre elles aucun lien nécessaire : 
eilesubstitue par ses émissions une monnaie de papier à une monnaie 
^♦^tallique, et elle tait, sous forme de prêt, des avances de fonds aux 
négociants et aux autres individus. 
Ce qui prouve d’une manière irréfragable que ces deux actes n’ont 
aucune connexité nécessaire, c’est qu’ils pourraient être ac- 
complis par deux établissements séparés, sans déterminer la moindre 
perte pour le pays ou pour les négociants qui participent aux bien- 
nits de ces avances, 
Supposons qu’on ravisse à la Banque le privilège d’émettre de la 
)unnaie de papier pour lecontier exclusivement à l’État, en soumet- 
/“d celui-ci aux obligations actuellement imposées à la Banque, c’est- 
^ de payer ses billets en espèces au porteur : quelle atteinte en 
^^'^vrait donc la richesse nationale? Alors, comme aujourd’hui, les 
^^hanges et le commerce du pays s’accompliraient au moyen d’un agent 
® circulation à bas prix, la monnaie de papier, qu’on substituerait a 
agent plus coûteux. Jes sùjnes métalliques : et on recueillerait égale- 
*dent tous les avantages qui dérivent actuellement de cette partie du 
apital national que l’on a rendue productive sous forme de matières 
Premieres, d’aliments, de vêtements, de machines, d’instruments, au 
ics stériliser sous forme d’agents métalliques. 
^ Éa nation, ou le gouvernement au nom de la nation , est redevable 
bip ^ somme plus considérable que le montant total des 
^ ^ Gts en circulation. En effet, le gouvernement doit non-seulement 
® '^^»‘que les 15 millions de son capital prêtés à p. O/o, mais des 
^^ôiines additionnelles qui ont été avancées sur des bons de l’Échiquier, 
annuités de pensions et de demi-solde, et sur d’autres valeurs, 
^^‘it évident dès lors que, si le gouvernement se chargeait exclusive- 
p^, *^t rôle d émettre lui-même la monnaie de papier au lieu de 
{, Banque, il n’en résulterait de différence que dans la 
®^tion de l’intérêt. La Banque perdrait un intérêt que la nation
        <pb n="753" />
        700 
OEUVKES DIVERSES. 
ne lui paierait plus; mais toutes les autres classes de la société se 
retrouveraient dans une situation identkfue a celle de ce jour. H es 
évident encore qu’il y aurait autant de monnaie eu circulation; car 
il importerait fort peu (|ue les 16 millions de monnaie de papier ai 
tuellement en cours à Londres, eussent été émis par le gouvernement 
ou par une société commerciale. Les marchands n’auraient à soulfrii 
d’aucun embarras provenant d’un surcroît de formalités, dont on au 
rail hérissé les avances qui leur sont faites hahituellement a titre d es 
compte ou autrement ; car premièrement, la masse de ces avances doit 
se proportionner au montant de la monnaie en circulation, leque 
montant serait le même qu’auparavant ; et secondement, la Banque 
pourrait affecter aux demandes des négociants une même fraction 
la circulation totale. 
S’il est vrai, ainsi que je l’ai clairement établi, que les avances fai 
tes par la Banque au gouvernement dépassent la masse générale de 
ses billets en circulation, il en résulte nécessairement qu une portion 
de ces mêmes avances, ainsi que l’ensemble des prêts faits aux particu 
tiers, doivent être puisés dans d’autres fonds appartenant a la Baiiqui » 
ou mis à sa disposition. Lt ces fonds, elle continuerait encore a les po^ 
séder, si le gouvernement s’acquittait de sa dette et si tous scs billots 
étaient retirés delà circulation. Qu’on ne dise donc pas ([ue, relative 
ment aux émissions de papier, il est convenable de renouveler la ehait 
de la Banque, sous prétexte que si l’on n’adopte pas eette mesure, 1^ 
commerçants, privés des facilités habituelles de 1 emprunt, se vU 
raient lésés : je crois avoir sufiisamment démontré que ces laeilités ne 
seraient en rien diminuées. 
On pourrait m’objecter cependant que si l’on enlevait a la Banque 
cette partie de ses opérations qui consiste a émettre de la monnaie ’ 
papier, elle ne trouverait plus pour ses cflorts la rémunération offei 1 
à toute association de fonds et procéderait immediatement a nij ’ 
dissolution de société. Je ne le crois pas ; il lui resterait encore ind ^ 
placements avantageusement ouverts pour ses propres fonds. 313’ 
admettons que je me trompe et que la compagnie se dissolve; 6’"^ 
dommage en résulterait-il pour le commerce ? Que les fonds de la 
ciété soient réunis et gérés par un petit nombre de directeurs élus p^’’ 
l’assemblée générale des actionnaires; ou que, repartis entre les mai”^ 
des propriétaires eux-mêmes, chaque portion soit administrée 
l’individu auquel elle appartient, ces deux systèmes produiraient'’ 
la moindre différence dans leur montant réel, ou dans le degre d 
lluence qu’ils peuvent avoir sur les transactions commerciales •
        <pb n="754" />
        PLAN D’UNE BANQUE NATIONALE. 70i 
probable que, dans aucune hypothèse, ils ne seraient gérés in- 
^oiduelleinent, et que, réunis en un groupe ou en plusieurs groupes, 
les administrerait avec plus d’économie et de talent que n’en dé- 
pii&gt;ie la üaiKjue. 
a toujours évalué beaucoup trop haut l’importance des 
^'antages que le commerce recueille des facilités offertes par 
banque, .le les crois tout à fait insignifiants en face de ceux 
1 on retire des fonds isolés de tous les individus. Nious savons 
*1*1 en ce moment les avances faites par la Banque aux coninier- 
i.ants, à titre d’escompte, atteignent un chiffre bien faible ; et tout 
i^iBicourt à prouver surabondamment qu’à aucune époque elles 
Il ont été considérables. On connaît pai’faitement le montant des 
fonds dont la Banque a pu disposer pendant ces trente dernières 
^iiiiées : ce fonds se composait de son capital et de ses épargnes, 
Joints au total des dépôts confiés par le gouvernement et par des 
particuliers, pour qui elle faisait l’oflice de banquier. Il faut éla- 
lîUer de ce fonds collectif la masse d(is espèces et des lingots con- 
b'iius dans les caisses de la Banque ; le montant des avances faites 
porteurs des certificats délivrés pour les emprunts de chaque 
‘‘"née ; enfin, le montant des sommes de toute nature remises au 
gouvernement, j.e chiffre qu’on obtiendrait après toutes ces déduc- 
f'oiis, représenterait exclusivement les avances dont la Banque au- 
•“Ipu favoriser le commerce : et je suis sûr qu'un calcul de cette 
‘"dure, fait d'une manière rigoureuse, donnerait un résultat coinpa- 
‘'‘divement minime. 
I&gt;es écrivains habiles ont comparé, par le calcul, les documents 
■'juumis au Parlement par la Banque en 17U7, et dans lesquels elle 
‘^fublissait un chiffre connue unité, et dressait une échelle de ses es- 
^^""iptes pendant plusieurs années ; ils les ont comparés, dis-je, avec 
uuires données dont on avait aussi saisi le Parlement. Il résulte de 
calculs que le montant des avances faites aux commerçants a 
i*!’ d’escompte, pendant l’intervalle des trois années et demie 
aii- 
'^*’d*ures à I7t)7, flotta entre 2 millions et .‘1,700,000 1. st. (les 
J^""nnes sont insignifiantes pour un pays tel que le nôtre, et ne consti- 
"^id certainement qu’une bien faible fraction des prêts que les par- 
‘^"liers consacrent aux mêmes usages. En 1707, les avances faites 
^la Banque au gouvernement, indépendamment de son capital 
aussi, était prêté à l’Etat, dépassaient plus de trois fois le 
"faut des escomptes dont le commerce avait pu jouir. 
* ‘^"dant l;i dernière si^sion du Parlement, on organisa un co-
        <pb n="755" />
        702 OEUVRES DIVERSES. 
mité (le la Chambre des communes destiné à examiner la législation 
des dépôts, et à déterminer les relations qui existent entre les const- 
gnaleurs étrangers et nos consùjuataires de marchandises. Le comité 
lit comparaître M. Richardson, appartenant à la maison Richardson, 
Overend et C‘', tous banquiers notables de la cité. On lui demanda • 
D. « avez-vous pas l’habitude d’escompter, à l’occasion et sur 
» la garantie de marchandises déposées entre vos mains, une masse 
» très-considérable de valeurs souscrites par des négociants ou p&amp;^ 
» des particuliers ? 
H. « Ces escomptes s’élèvent ellectivement très haut. 
I). « avez-vous pas donné à vos opérations d’escompte et de 
» change un développement immense , qui dé])asse même de beau- 
» coup le chiffre atteint par les autres maisons de cette ville ? 
H. « Je crois que cette supériorité est très-considérable. 
/&gt;. « Atteint-elle plusieurs millions tous les ans? 
J{. « Elle en embrasse une grande quantité, près de vingt millions 
&gt;&gt; en moyenne, et quelquefois davantage. » 
La déposition de M. Richardson témoigne, je pense, d’une manière 
satisfaisante de l’étendue de ces transactions auxquelles la Rauque n a 
jamais pris la moindre part. Personne n’hésitera à croire que, dans 
le cas où la Rauque se dissoudrait et répartirait individuellement 
tout son capital parmi les actionnaires, les opérations de M. Richard' 
son et de ses confrères en recevraient un accroissement considérable- 
D'un côté, ils seraient assaillis par des demandes d’escomptes pl^^ 
nombreuses ; de l’autre, un grand nombre de propriétaires d espi^t-s 
s’adosseraient à eux pour en obtenir l’emploi : celte branche de com 
merce s’alimenterait rigoureusement de la même quantité de cnpi' 
taux. Et si ces capitaux n’étaient pas utilisés directement par la Ban 
que, ou par les actionnaires, mis en possession de leurs propi’f*' 
deniers, ils aboutiraient inévitablement, par des voies directes oU 
détournées, à être appliqués par M. Richardson , ou tout autre ban 
(juier, au développement du commerce et aux b (soins de 1 indusU* 
nationale : car il ne se présenterait pas de placement plus fa'^ 
rabie. ne 
8i le coup d’(EÍl que j’ai jeté sur ce sujet est exact, il en resulte q 
l’on peut enlever à la Rauque d’Angleterre le privilège d’émettre (J 
la monnaie de papier, sans compromettre l’avenir du commerce, 
en ayant soin, toutefois , que les émissions du gouvernement son" 
rigoureusement égales à la circulation annulée de la Banque. •• 
résulte encore que le seul effet produit par cette mesure serait d
        <pb n="756" />
        PI.AN D UNE BANQUE NATIONALE. 703 
richir le gouvernement des bénélices que la banque prélevait à titre 
Pdérèts sur le montant de ses émissions. 
existe pourtant une autre objection vers laquelle je sollicite l’at- 
^Dtioii du lecteur. 
vo’^** serait dangereux de cou lier au gouvernement le pou- 
d’émettre de la monnaie de papier , qu’il en abuserait certaine- 
1)1. dans le cas où il faudrait faire face aux exigences inflexi- 
d’une guerre, il cesserait de payer ses billets au porteur en 
peces, et que dès ce moment la circulation prendrait le caractère 
papier-monnaie national. J’avoue que nous aurions fortement 
^ redouter de pareils dangers, si le gouvernement, c'est-à-dire les 
^^Diistres, devait être pei*sonnellemeut investi du droit d émettre 
^ papier. Mais je propose de déposer ce droit entre les mains de 
^oimissaires que le vote de l’une ou des deux Chambres du Parle 
^ent pourrait révoquer. Afin de prévenir toute intelligence entre les 
"imissaires et les ministres, je propose aussi de proscrire toute es- 
de relations trésoraires entre eux Les commissaires , compléte- 
alfrancbis de tout contrôle ou de toute iniluence gouvernemen- 
^ J, Ile devraient, sous aucun prétexte, prêter des fonds a l’État. Les 
^a^^ii'tres n’auraient dès lors sur des fonctionnaires aussi indépen- 
[)os autorité, qu’un pouvoir bien inférieur à celui qu'ils 
a i'Sedent actuellement sur les directeurs de la banque. L’expérience 
® appris combien peu ces derniers ont su résister au magné- 
a^nie ministériel, et combien de fois ils ont consenti à multiplier les 
^^^'ices sur les bons de l’ixbiquier, au moment même où ils décla- 
turp qu elles devaient porter atteinte à la solidité de leur 
^ ‘^'^cment et à l’intérêt général. Si l’on dépouille la correspon- 
du gouvernement avec la banque antérieurement a la suspen- 
sen** des paiements en I7‘J7, on y lit que la banque attribuait (faus- 
rrie*^*'^’ »Uii, dans cette circonstance ) la néœssité de cette 
demandes réitérées et urgentes que le gouvernement lui 
^ issait dans le but d'obtenir une augmentation d’avances. Je de- 
que* ! pays lie trouverait pas dans la substitution du plan 
lie t au système des émissions actuelles de la banque, s’il 
'il)l pas, dis-je , dans l’institution de commissaires inamo- 
gar-^^ .^^stinés a créer la monnaie de papier du pays, de puissantes 
Contre toutes les influences de nature à agir sur l'esprit de 
¡!)¡ einettent le papier, et à les faire dév ier de la ligne du devoir, 
fjj. ^^^^ernement avait besoin d’argent, il serait obligé de l’acqué- 
ai les voies légitimes, soit en levant des taxes, en émettant et
        <pb n="757" />
        704 OEUVRES DIVERSES. 
négociant des fonds du trésor , en consolidant de nouvelles dettes ou 
en s’adressant aux nombreuses banques qui existeraient dans lepa} s, 
mais dans aucun cas, il ne devrait lui être permis d’emprunter à ceux 
qui ont le pouvoir de battre monnaie. 
Si les fonds des commissaires se multiplient dans une proportion 
assez large pour laisser entre leurs mains un excédant dont ils puis 
sent recueillir des bénéfices, qu’il leur soit permis d’aborder le mar 
ché et d’acheter publiquement des valeurs nationales : si, au contraire? 
ils éprouvaient la nécessité de resserrer leurs émissions sans diminuer 
leur réserve en or, il faudrait les admettre à \endre ces valeurs de 
même manière sur un marché officiel. Ces dispositions entraîneraient 
un léger sacrifice, équivalent à l’agio que l’on suppose constituer sur 
ce marché le gain de ceux dont la profession consiste à consacrer 
leurs capitaux et leur habileté au commerce de ces valeurs; mais 
souvenir même de ce sacrifice disparait dans une question aussi im 
portante. On doit se rappeler que la concurrence qui règne dans ce 
commerce a réduit les bénéfices du marché a un chiffre Irès-minimc ? 
et que le montant de ces opérations doit nécessairement être assc^ 
restreint. Kn effet, on maintiendrait facilement la circulation à u&gt;‘ 
juste niveau, en ayant recours alternativement à une légère réductiC’ 
ou à une augmentation des espèces et des lingots contenus dans 1«® 
caisses des commissaires. Ce serait seulement dans le cas où la 
cbesse et la prospérité ascendantes du pays exigeraient un accroiss^' 
ment continu des agents monétaires, qu’il y aurait opportunité à co^j 
loquer le numéraire dans des achats de valeurs portant intérêt, 
l’hypothèse contraire d’une décadence manifeste rendrait seule néc^ 
saire la vente d’une partie de ces titres. Ainsi nous voyons que 1^“ 
peut obtenir les garanties les plus complètes contre l’influence, qu 
premier abord, on doit craindre de voir exercer par le gouverneiuc»’ 
sur les émissions d’une banque nationale ; et que, de plus, la créatif'' 
d’un tel établissement grossirait le budget de nos ressources pu*^ *' 
ques de la somme des intérêts que le gouvernement paie annuellein&lt;^* 
à la Banque. 
Je proposerais donc d’organiser l’établissement d’une banque 
tionale sur un plan analogue à celui qui va suivre : 
1® 11 sera procédé à la nomination de cinq commissaires, entre 
mains desquels reposera exclusivement le pouvoir d émettre toute 
monnaie de papier du pays. ^ 
T A l’expiration delà charte de la Banque d’Angleterre, en 1^' ’ ’ 
les commissaires émettront pour 15 millions de monnaie de
        <pb n="758" />
        PLAN D’UNE BANQUE NATIONALE. 705 
pier représentant le capital de la Banque prêté a l’État, et destinés à 
Acquitter cette dette. L’intérêt annuel de 3 p. Ü/o cessera et sera an- 
Polé a partir de cette époque. 
3 Les commissaires répartiront en même temps 10 millions de pa 
P*er de la manière suivante. Ils consacreront telles parties de cette 
^ &gt;nime qu ils jugeront convenable, à acheter des lingots d’or, soit à 
iianque, soit à des particuliers. Puis, dans un délai de six mois à 
I tir du joui ci-dessus mentionné , ils rachèteront cette partie de la 
^ ette du gouvernement envers la Banque, qui consiste en bons de 
cbiquier; — ces bons, ainsi rachetés, demeureront a la disposition 
commissaires. 
^ ï^ans le plus court délai possible après l’expiration de sa 
^ larte, la Banque sera tenue de retirer tous ses billets en circulation, 
^ les acquitter au moyen des nouveaux billets émis par le gou- 
''crnemeiit. Elle ne les paiera pas en or, mais elle devra constam- 
J^ciit avoir en réserve une masse de nouveaux billets égale au raon- 
^"t^de ses propres engagements restés dans la circulation. 
CO " billets de la Banque d’Angleterre (continueront à avoir 
es six mois après 1 expiration de la cbarte : à partir de cette épo- 
^c, ils uy seront plus reçus par le gouvernement en paiement des 
((''dributions. 
'' Bans les six mois qui suivront l’expiration de lacharte de la 
^^aiique, les billets des banqu(cs provinciales cesseront d'avoir (cours, 
l(s divers établissements qui les auront émis seront astreints, 
^cirniie la Banque d’Angleterre, à l’obligation de les payer en billets 
I* gouvernement. Ils auront d’ailleurs le privilège d’acquitter leur 
I ^pier en monnaie d’or, s’ils le préfèrent. 
^ ^ Pour a(ceroitre la sécurité des porteurs de billets du gouveriie- 
dot résidant en province, il sera établi dans les dilférenles villes des 
des'**^-^ destinés à vérifier, sur demande, l’autbenticité 
^cs billets^ et à la certifier en y apposant leurs signatures. Bevêtus 
cette sanction, les billets ne seront plus conversibles que dans le 
'strict où ils ont été ainsi garantis. 
liillets émis au sein d’un district ou portant la signature 
^_un agent de district, ne seront pas remboursables en d’autres 
(ly en déposant une certaine quantité de billets au bureau 
^ district où ils ont été primitivement émis ou revêtus ultérieure- 
sur^^ conformément à l’article ci-dessus, on pourra obtenir, 
toute autre province , une traite pavable dans les billets mêmes 
^‘tte proxiiiee. 
(BLue. (le Hicardo.) L)
        <pb n="759" />
        70(5 OEUVRES DIVERSES. 
10" Les billets émis en province ne seront pas remboursables en 
numéraire dans le lieu de l’émission. Mais on pourra échanger ce 
papier contre une traite sur Londres, qui sera payable indifférem 
ment en espèces ou en billets de Londres, au gré de la personne qui 
présentera sa traite. 
11" Toute personne qui déposera des espèces ou des ^billets e 
Londres au bureau de la métropole pourra obtenir, en échange, une 
traite payable dans les billets de telle province qui sera désignée 
lors de la remise de la traite, üe plus, tout dépôt d espèces, lait a 
cette même agence , donne droit à une somme équivalente de billets 
de Londres. 
l‘i" Les commissaires, à Londres, seront obligés d’acheter à un prui 
qui ne descendra jamais au-dessous de .‘il. 17 sh. Üd. 1 once, toutes 
les quantités d’or au titre qui leur seraient offertc*s et qui excéderaient 
cent onces en poids. 
13" Dès le jour de la création de la Banque nationale, les commis 
saires seront tenus de rembourser leurs billets et leurs traites, sui 
demande, en espèces d’or. 
14" Dans la première période de l’étaiilissement de la Banque 
nationale, on pourra émettre des billets d’une livre destinés aux pei’' 
sonnes qui, préférant ces billets inférieurs au numéraire , désire 
raient les obtenir en échange de billets d'une coupure supérieure. 
Cette mesure ne sera en vigueur relativement a la métropole qi'^ 
pendant une année; mais, pour tous les districts provinciaux , eiK’ 
sera permanente. 
15» 11 demeure bien entendu que, dans les districts provinciaux, 
agents ne seront jamais contraints a donner des billets en ii baUp 
d’espèces, ou, réciproquement, des espèces contre des billets. 
10" l*our tous les services publics, les commissaires feront 
fonctions d’un banquier général, de la même manière que la Banq"^ 
d’Angleterre aujourd’hui; mais il leur sera interdit d étendre 
fonctions à des compagnies ou à des individus, quels qu ils soient* 
Je me suis déjà étendu sur l’objet du premier paragraphe. 
les commissaires devraient être, je pense, au nombre de cinq ; ü® 
vraient recevoir un salaire proportionné aux devoirs qu’ils auroid 
remplir, aux faits qu’ils auront à diriger ; ils devraient être uoii*^ 
més par le gouvernement, mais sans que celui-ci eût le droit de 
révoquer. 
Le second réglement est relatif au mode d’après lequel devra s 
pérer la substitution de la nouvelle monnaie de papier à l'ancieiio^^'
        <pb n="760" />
        PLAN D’LNEIBANQIJE NATIONALE. 707 
^’après le système qui y est prescrit, il serait émis 25 millions 
e papier. Cette somme ne dépassera certainement pas les besoins 
^ a circulation générale du pays : mais en admettant qu’elle les 
epasse, ou pourrait échanger l’excédant contre des espèces d’or, ou 
es commissaires pourraient vendre une partie des bons de l’Éclii- 
icr et diminuer ainsi le montant de la circulation de papier. 11 
xiste d’autres systèmes par lesquels cette substituüon pourrait s’o 
pérer, 81 la Banque d’Angleterre entrait en coopération a&gt;ec legou- 
ernement ; mais celui que nous avons proposé serait déjà ellicace. 
• a Banque y consentait, il serait à désirer que l’État aclietût, sur 
^e egitim^ estimations, tous les bâtiments de la Banque d Augle- 
e''»'e, et s’adjoignit aussi tous ses commis et ses garçons. Les lois les 
P us simples de l’équité commandent de leur olîrir un emploi, une 
Ui&gt;ition, et d’ailleurs le public retirerait une immense utilité de 
collaboration d’un si grand nombre d’employés éprouvés et ver- 
^ tlaiis la pratique des affaires. Lue des clauses de mon projet est 
lo l'Si de voir cesser , à l’expiration de la charte de la Banque, l’al- 
Cd ion qui lui était payée pour administrer la dette nationale. Ce 
allaires jiubliques devrait être placé sous la direc 
contrôle des commissaires. 
de^ troisième paragraphe tend à constituer une réserve sullisante 
Uigots et de coim d’or, sans laquelle le nouvel établissement ne 
m lonctionncr. Dans le fait, les commissaires pourraient même 
«poser de 14 millions au lieu de 10. Lu effet, on a pu voir par les 
uUsessubséqucuti^, que les commissaires agiraient comme un ban- 
"lOM services publics ; et comme rexjiéricnce a dé- 
üiah '»oyenne, c^s services laissent 4 millions entre les 
aux**r ^^^"(Piicrs, les commissaires ajouteraient ces 4 millions 
raire l'on consacrait 5 millions à des achats de numé- 
Si l'ogots, y millions seraient colloqués dans la dette Bottante. 
‘ lian^ millions en or, il resterait G millions pour l’a- 
Passil I ^I Lchiquier. Quelle que soit la dette dont ou riistera 
l'cs il ‘"^‘'crs la banque après le second paiement des eommissai- 
tion 1 : y pourvu par voie d’emprunt, ou par une coiiven- 
pcciale entre le gouvernement et la Banque d’Angleterre. 
^'"4"lcme paragraphes règlent la substitution 
iiient papier à l’ancien, et protègent la Banque contre le paie- 
‘icsa ‘les billets qu’elle pourrait avoir en circulation. Il 
li^Urs^^^ ("osultcr de ces mesures aucun inconvénient pour les por- 
^‘11’ billets, puisqu’il est prtiscrit a la Banque de leur remetírc
        <pb n="761" />
        ÜEUVKES DIVERSES. 
des billets du gouvernement, qui sont conversibles sur demande en 
monnaie d’or. . 
La septième clause pourvoit à la substitution des nouveaux billet 
à l’ancien papier des banques provinciales. Ces banques n’éprouve 
ront jamais de dilliculté pour acquérir les nouveaux billets que néces 
site cette réforme. J outes leurs opérations se liquident elîectivement 
a Londres, et leur circulation s’asseoit sur les valeurs qui y sont dé 
posées. La mobilisation de ces valeurs leur fournirait immédiatement 
la quantité de monnaie nécessaire pour faire face au remboursement 
de leurs billets, et dès lors la circulation des provinces, qu’on a éva 
luée a environ 10 millions , serait constamment en rapport avec les 
besoins locaux. 
l.a huitième disposition prévient les cas de fraude et de contreta- 
çon. Kt d’abord, la monnaie de papier ne peut être émise isolément 
par chaque district, et doit procéder en totalité de la métropole. Il se 
rait donc convenable d’établir dans toutes les localités importantes, 
un agent public destiné a vérifier la notabilité des billets. Au bout 
de quelque temps on pourrait arriver à conlier la circulation de cba- 
que district à des billets émis dans ce district même, et conçus sui 
vant des modèles qui seraient envoyés de Londres à cet eilet. 
l.a neuvième disposition pourvoit à toutes les facilités possibb**^ 
pour remettre et payer dans les dilférentes provinces. Si un particu 
lier de York désire faire un paiement de lOOOl. a un autre part icu lie» 
de Canterbury, il pourra, en remettant lOüül.de billets émis a York, 
entre les mains de l’agent établi dans cette ville, se. procurer nn^ 
traite de 1000 1. payable à Canterbury, dans les billets de ce distrn • 
La dixième clause pourvoit au paiemcnl des billets de tous 
districts, en espèces à Londres. Si un particulier à York veut 1000 • 
en numéraire, il ne faut jias que le gouvernement supporte les b«'' 
de transport ; ils doivent être complètement a sa charge. C’est un «a- 
criliee qu’on doit faire a l’emploi de la monnaie de papier ; et il 
loisible aux babilants de telle province, de s’y soumettre ou Oc 
stituer l’or au papier; toutefois, ils auraient à supporter les Irais n 
cessaires pour l’acquérir. g 
Le onzième paragraphe complète le neuvième, et avise aux ni j 
de faire des remises et des paiements sur toute la surface du ^ 
Par la douzième disposition, on a eberebé à éviter que la 
du papier ne fut trop restreinte, et on a imposé aux coniinissai 
l’obligation de l’émettre en tout temps contre de l’or au taux 
;n. 17 Sb. bd. l'once. Lu adoptant ainsi pour régulateur le p"
        <pb n="762" />
        PI.AN n’IJNK BANQUR NATION ALK 700 
^ or, les coîntnissaires ne potirroiit jainfiis errer. 11 serait pent-être- 
c onvenable de les obliger à vendre l’or-Iingot au prix de 3 1. 17 sli. î) d. 
^ once ; dans ce cas, en effet, le numéraire ne serait probablement ja 
mais exporté, puisqu’on ne peut l’obtenir à moins de 31.17sh. 1 2 lOd. 
Í once. Les seules variations dont serait susceptible le prix de l’or sous 
un système pareil flotteraient entre 3 1. 17 sb. 6 d. et 3 1. 17 sh. 9 d. 
ayant soin de contrôler les mouvements du marebé et d’admettre 
émissions de papier, au moment où le prix semblerait pencher 
Vers 3 1. 17 sb. 6 d. ou au-dessous; puis, en s’efforçant de restrein- 
c‘0 ces emissions, ou de retirer une certaine quantité de papier au 
nioment où l’on verrait les prix tendre vers3 1.17 sb. 9 d. et au-des- 
^ns; en un mot, en ayant soin de régulariser ainsi le mouvement des 
les commissaires n’auraient probablement pas une douzaine 
^ opérations à faire dans l’année sur la vente ou l’achat de l’or. Si ce 
pendant elles dépassaient ce nombre, elles seraient constamment favo- 
eables à l’établissement et lui laisseraient un petit bénéfice. D’ailleurs, 
eomme il est nécessaire d’asseoir sur les bases les plus solides les 
onctions d’une monnaie de papier, fonctions toujours si impor- 
^otes dans un grand pays, il serait convenable, eomme le recom- 
*oande un paragraphe précédent, de réunir une masse d'or assez con- 
l^^dérable qui permit, le cas échéant, de régulariser accidentellement 
os changes étrangers en exportant de l’or ou en réduisant le mon- 
^^ot du papier. 
ha treizième disposition prescrit aux commissaires de payer leurs 
•Pets a vue, en monnaie d’or. 
(|oatorzième paragraphe pourvoit à un contingent de billets 
One livr,. destinés à la circulation des provinces. Ces billets seront 
hondres, dans la première période de l’établissement de la 
^9Be nationale, pour être contre signés ensuite dans la province : 
émission cessera avec celte période d’organisation primitive. 
To 
^tre 
avoir 
Utes les coupures des billets envoyés de Londres aux agents devront 
) eomme des mandats , numérotées et signées. Aussitôt après les 
eeçus , et avant de les répandre dans le publie, les agents de- 
^**unt les contre-signer ; ils seront ainsi rigoureusement responsables 
Montant total des valeurs expédiées, enmine le sont les distribu- 
'Purs de 
fuis. Tl 
papier timbré de la totalité des timbres qui leur ont été re- 
Pst à f)eine nécessaire de dire que les agents devront avoir 
leb^ uiétropole une correspondance suivie, destinée à informer 
ureau de Londres de toutes leurs opérations. Supposons qu’un de 
® agents ait donné cent billets d’une livre contre un seul billet de
        <pb n="763" />
        OEUVRES DIVERSES. 
710 
100 livres, il devra immédiatement porter ce fait à la connaissance des 
commissaires et leur remettre le billet de 100 livres qu’il aura ainsi 
reçu ; on débiterait et on créditerait en conséquence son compte à 
Londres. S’il donne eu échange de 100 livres en billets une traite sur 
un autre district, il devra en donner avis simultanément au bureau 
de Londres et à l’agence du district sur lequel il a fait traite, et re 
mettre les billets reçus, comme dans le cas précédent. Son compte se 
trouvera crédité de ces 100 livres, et l’agent de l’autre district en sera 
débité, liest inutile de multiplier ces détails; peut-être même en ai-j^ 
déjà trop dit; mais je tenais à prouver que les garanties contre la fraude 
seraient ainsi presque complètes, puisque les titres de chaque opéra 
tion devraient procéder originellement de Londres, pour y être ensuite 
renvoyés ou demeurer entre les mains des agents provinciaux. 
La quinzième clause a seulement pour but de compléter le sens de 
quelques-unes des dispositions précédentes. 
Le seizième paragraphe décide que les commissaires agiront comme 
banquiers des services publics , seuls, et à l’exclusion de tous servi 
ces privés. 
Si l’on adoptait le plan que je propose ici, le pays obtiendrait pro 
bablement, d’après les évaluations les plus modérées, une économie 
annuelle de 750,000 livres. Supposons que la circulation de papier 
s’élève à 25 millions, et les dépôts du gouvernement à i millions : ce» 
deux sommes réunies font 29 millions. On épargnerait l’intérêt de tout 
ce capital réuni, à l’exception peut-être de 6 millions qu on jugerait 
nécessaire de conserver en or-lingot et en or-monnaie à titre de 
serve, et (pui resteraient conséquemment improductifs. Lu portant 
alors l’intérêt à 3 p. O/o seulement sur 23 millions, l’Ktat ferait un bé 
néfice de 690,000 1. (17,250,000 f.). A ceci il faut ajouter 248,000 b 
allouées actuellement pour la gestion de la dette publique : ce qui 
forme un total de 938,000 1. (23,450,000 f.). Or, en supposant que le» 
dépenses futures s’élèvent à 188,000 1., il resterait toujours en favcui’ 
de la nation une économie ou un bénéfice annuel de 750,000 !• 
(18,750,000 f.). 
On remarquera que mon plan s’est attaché à ravir à toute autr^ 
direction l’émission première des billets, pour la placer exclusive 
ment entre les mains des commissaires. Les agents des districts pm 
vinciaux pourront, d’accord avec les commissaires, substituer une 
certaine nature de valeurs à une autre. Ils pourront échanger des 
traites contre des billets, ou ceux-ci contre des mandats tirés sur euH) 
mais, dans le premier cas, ces billets ont tous dù être émis par
        <pb n="764" />
        711 
PLAN D’UNE BANQUE NATIONALE 
commissaires à Londres, ce qui porte ropération entière à leur con 
naissance. Si des circonstances particulières faisaient surabonder la 
Circulation dans certains districts, on aurait recours aux moyens pro 
pres à transporter cette exubérance à Londres ; si, au contraire, elle y 
devenait rare, on puiserait à Londres de nouveaux continp^ents mo 
nétaires, Les faits par lesquels se manifesterait un trop plein de cir- 
cnlation à Londres seraient, comme aujourd’hui, l’accroissement du 
prix des lingots et la baisse des changes extérieurs. Le remède serait 
aussi le même que de nos jours, c’est-à-dire une réduction dans la 
usasse de la circulation, qu’on produirait par une diminution de la 
uionnaie de papier. Cette réduction peut s’opérer de deux manières : 
en vendant des bons de l’Échiquier sur le marché, et détruisant la 
uionnaie de papier qu’on aura recueillie de cette vente; ou en don- 
nant l’or en échange du papier pour arriver à annuler encore ces hil- 
^ets et à exporter l’or. Cette exportation ne sera pas poursuivie par les 
Commissaires; elle s’elTectucra par les soins des commerçants qui, en 
effet, considèrent toujours l’or comme la remise la plus avantageuse, 
oesque la monnaie de papier est en excès. Si, au contraire, la circu- 
ätion de Londres était insuiïisante, il y aurait deux moyens pour 
■Accroître : en achetant d’abord sur le marché les bons du gouverne 
ment, qu’on acquitterait au moyen d’une nouvelle monnaie de pa- 
pier créée à cet effet ; ou en faisant importer et acheter, par les com 
missaires , des lingots d’or qu’on paierait aussi au moyen d’une 
monnaie de papier nouvellement émise. L’imporlation prendrait 
Plar.e immédiatement, et sc mettrait à l’ensemble des opérations 
Commerciales; car, lorsque le montant de la circulation est devenu 
msuffisant, l’or constitue toujours un article d’importation favora-
        <pb n="765" />
        Si 
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        ESSAI SUR EE SYSTÈME 
DES 
DETTES CONSOLIDÉES 
ET SUR L’AMORTISSEMENT. 
^ Dans cette étude, nous nous proposons d’abord de retracer l’ori- 
les progrès, les inodilications du fonds d’amortissement, et de 
joindre à ce tableau (pielques observations relatives à l’emcaeité de 
J’otte institution financière. Nous recliercherons ensuite brièvement 
”‘^‘Deur mojen de pourvoir à nos dépenses annuelles, soit pendant 
paix , soit pendant les gaspillages d’une guerre ruineuse : nous 
^Oi'ons ainsi conduits tout naturellement à apprécier l’influence de ce 
^^' Tème des dettes FONDÉES, dont les caisses d’amortissement ont 
tiel,^* ^^**^^oiMps considérées comme un des rouages le plus essen- 
^ *■ Relativement au fonds d’amortissement, nous aurons souvent 
Ocasión de recourir aux documents fournis par le professeur Ha- 
.sj lo hoau travail qu’il a publié sous ce titre : Recherches 
^’origine, le développement, l’élnt actuel et l’extinction de la dette 
firandc-/yre/af/ne L « Le premier plan financier qui 
detN ’ forme systématique, la ferme volonté de racheter la 
tis ! oet habile écrivain, est celui de la caisse d’amor- 
^ssenient fondée en 1716. L’auteur de ce plan fut en réalité le comte 
^r^j tanbope ; mais comme il fut adopté et appliqué sous l’adminis- 
de, Robert Walpole, on lui a communément attaché le nom 
rerj^ ministre. Des taxes, qui avaient d’abord été établies temporai- 
Parm-*’ fardèrent pas à devenir perpétuelles et à être divisées 
a»iii / flofations comprises sous le titre de South sea aggregate 
produit de ces fonds dépassant les 
autr »'aient à supporter, on convint de le réunir à tous les 
es excédants de recette, pour en composer un fonds d amortisse- 
exclusivement consacré au rachat de la dette nationale. L’in- 
^'’ad par h ¡ a Salle, Paris, 1817, l vol in-8.
        <pb n="767" />
        714 OEUVRES DIVERSES. 
tërèt légal avait été réduit de R à 5 p. O/o deux ans auparavant; 
et comme cet abaissement avait été fatal a la situation commerciale 
du pays, le gouvernement, fort de la solidité de son budget, 
abaisser en même temps l’intérêt de la dette publique et constituer 
avec ses épargnes une caisse d’amortissement. En 17*27 eut lieu 
une nouvelle réduction, qui porta l’intérêt à 4 p. ü/o, et permit de 
mettre 400,000 1, st. en réserve. En 1749 l’intérêt d’une portion dr 
la dette fut encore abaissé à :1 1/2 p. O/o, pendant l’espace de se|)f 
années, et descendit ensuite à 3 p. O/o. Enlin en 17.)0, l’intérêt du 
reste de la dette fut réduit à 3 1/2 p. 0 o pour ciiui ans, et porté en 
suite à 3 p. ()(). On réalisa ainsi une économie de près de 000,000 1- 
(|iii furent ajoutées au fonds d’amortissement. » 
l&gt;endant quebiue temps cette réserve fut régulièrement consacrée 
à l’extinction de la dette. Les sommes ainsi employées s’élevèrent mê 
me, de 1716 à 1718, à environ 0,048,000 1. st., chiffre à peu pre*^ 
égal à celui des nouveaux emprunts contractés à cette époque. 
1728 à 1733,011 racheta encore 5,000,0001. st. L’intérêt de divers 
emprunts contractés à cette é|M)que, de 1727 a 1738, fut couvert aU 
moyen de surtaxes qui, d’après le plan primitif, auraient dû être 
attribuées à l’amortissement. 
« Bientôt après, la main de l’Échiquier fléchit et l’on abandonna 
le principe de l’inviolabilité du fonds d’amortissement En 1/33 i 
500,000 1. st. furent enlevées et appliquées aux besoins de l’année. ” 
En 1734, on préleva une nouvelle somme de 1,200,000 I. st. im‘“ 
les dépenses courantes , et en 1735 on avait deja entamé à 1 avance ^ 
hypothéqué la dotation de l’amortissement. « Cette dotation av»' 
été, à l’origine, de 323,437 l. st. : en 1770, elle atteignit son apog^®’ 
3,166,517 L, et en 1780, elle était déjà descendue à 2,403,017 1- ® ' 
» Le fonds d’amortissement se serait élevé bien plus haut, ai^^^ 
ne l’avait affaibli par de fréquentes saignées. On le greva de 1 
térèt de plusieurs emprunts pour lesquels il n’avait été fait aU 
cune réserve : et en 1772, il dut servir à payer une annuité 
100,000 1. st. qu’on venait d’ajouter généreusement à la liste civi c* 
Pendant les trois guerres qui appauvrirent le pays, la caisse d amm 
tissement ne cessa de verser les millions, et même en temps de p^' 
on dut y puiser souvent les moyens de faire face aux serv ices P^* 
blics. Suivant le docteur Price, le montant de la dette publicju^ 
cheté par le fonds d’amortissement, — sinking fund — depuis l’épefl ^ 
où il fut aliéné pour la première fois, en 1733, s’éleva sculei«^ 
à 3 millions , de 1736 à 1737, à 3 millions pendant la paix de 1
        <pb n="768" />
        SYSTÈME DES DETTES CONSOLIDÉES. 7i*i 
^ •756, et à 2 1/2 millions pendant la paix qui dura de 1763 à 
75 : — en tout 8 I 2 millions. 
* 3 outes les autres dettes acquittées pendant ces trêves passagères 
. ^ ^ politique le furent, non par l’amortissement, mais par d’au- 
sources de revenus. 
” i’-n somme, cette institution eut peu d’eflet pendant la paix, et 
eut aucun pendant la guerre. Le principe de l’inviolabilité du 
d’amortissement fut abandonné, comme on l’a vu, et les es 
pérances qu’on avait fondées sur l’eflicacité de ce rouage linancier 
Jé tardèrent pas à s’évanouir. A cette époque, la nation n’avait 
^ autre revenu libre que l’impôt territorial et celui sur ladrècbe, que 
'Otaient annuellement les Communes : et comme la taxe sur les 
propriétés, calculée pendant la paix, avait été fixée à un taux peu 
P . ^0 produit se trouva insutlisant pour couvrir les dépenses de 
tat, même au seiu de la paix la plus profonde. Ce déficit condui- 
^ a des aliénations successives; et si l’on avait maintenu l’impôt 
ilorial à i8 sb. la livre, il est douteux qu’on eût pu conserver 
ombre d’une réserve. » 
, Cette première caisse d’amortissement fut fermée en 1786, époffue 
^^aquelleM. Pitt institua un nouveau fonds, auquel le Parlement 
torda une dotation annuelle d’un million sterling. Le capital de la 
'^tte publique s’élevait alors à 238,231,248 1. st. 
Ou avait décidé que ce million se grossirait, par les intérêts corn- 
et par les dividendes des rentes racbetées, jusqu’à ce qu’il eût 
(^^eini4 millions, — limitequ’il ne devait pas dépasser. Les 4 millions 
^.''«icnt toujours être consacrés à l’extinction de la dette, mais les 
ulendes recueillis, au lieu deservir à racbeter des rentes, devaient 
^ appliqués a des diminutions d’inqvôts, ou à d’autres usages dé- 
^minés par le Parlement. 
Ce "V proposa d’accroitre la dotation de l’amortissement, 
^^^Uon fit par un don de iO(),()Oü 1. st. provenant d’un excédant 
200,0001. st. octroyées par un vote; mais il fut ex- 
quel^^^“^ ^ ferait jouir la nation d’un allégement 
deg des taxes, que du jour où le million primitif, grossi par 
successives, aurait atteint 4 millions. Kn même 
érétr "" «"Oe caisse conçue sur un autre plan. On dé 
ô»térê^^.^^ emprunt nouveau entraînerait, en sus du service des 
Cfjj P*'^*ôvemcnt d’un p. O/q destiné à l’amortissement de cet 
i ^ qu’on ne ferait la remise de cet impôt de I p. 0 q, que 
où ou serait parvenu à racbeter une somme égale au capital
        <pb n="769" />
        716 OEUVHKS DIVERSES. 
de la dette contractée. Ce but iiiu^ fois atteint, le fonds d amortis 
sement et l’intérêt devaient retourner au liudgct pour les services 
publics. On avait calculé qu’au milieu des circonstances les plu*» 
défavorables, toute dette pouvait être ainsi rachetée au bout de qua 
rante-cinq ans : et dans le cas où le .3 p. 0 p demeurerait au pri' 
de 60, ramortissement devait même êtré opéré en vingt-neuf ans. 
Mais on s’éloigna bientôt de ce beau programme, et il ne fut j)»*’ 
établi de fonds d’amortissement pour les emprunts contractés cR 
1798, 1799 et 1800. Les taxes exorbitantes de la guerre servirent a 
payer les intérêts ; et on décida, qu’au lieu de créer une annuité d un 
p. 0/0, on conserverait en temps de paix les impôts créés au milice* 
des terribles événements de cette époque. 
En 1802, lord Sidmoutb, alors M. Addington, gouvernait l’ÉclU' 
quier. Désirant alléger les impôts (pii pesaient sur le pays, il propus* 
de créer des taxes annuelles spécialement affectées au service des intC' 
rets dûs pour les dettes de 1798, 1799, 1800, et pour celles (pi il 
voyait obligé de contracter pour l’exercice 1802 : mais il lui répu 
gnait de grever le pays de charges nouvelles et de prélever un excédant 
d’un p. 0/0 pour le rachat de tous ces emprunts, qui se mon' 
taientà l’énorme capital de 86,796,.375 l. Pour rendre ses condition*’ 
acceptables auft capitalistes, il proposa de rescinder la disposition 
législative qui limitait le fonds de 1786 à 4 millions, et de consoli 
der toutiîs les sommes affectées à l’amortissement, c’est-a-dire touti?*' 
celles provenant du million annuel voté primitivement, des 200,000 !• 
qui avaient été ensuite accordées , et enfin de l’annuité d’un p. 0 0 
jointe à l’intérêt de tous les emprunts consentis depuis 1792. 
fonds, groupés en un seul, devaient servir à l’extinction graduelle ^ 
la totalité de la dette nationale : les dividendes perçus sur les rente*’ 
rachetées devaient avoir la même destination , et cette nouvelb e 
ganisatiou devait se perpétuer intacte, immuable, jusqu à I extinifi 
totale de la dette. . 
Au mois de février 1803, la dette s’élevait à 480,572,470 I. si-’ . 
le produit de tous les fonds d’amortissement a 6,311,626 I. st., ce 0 
fait que le rapport de l’amortissement ou capital inscrit, après 
de I à 238 en 1786, de I à 160 en 1792, s’était élevé, en 1803, de I a ^' 
Ce fut la première atteinte portée au plan de M. Pitt, et , ’la"*’ 
fond, cette altération, due au lord Sidmoutb, n’était peut-être P 
désavantageuse pour les porteurs de rente. Ils perdaient, sans 
le bénéfice immédiat d’un amortissement de 867,963 l. st., 
de l’annuité d’un p. 0 o sur le capital des dettes créées en 1798, 1 ' ’
        <pb n="770" />
        SYSTEME DES DETTES CONSOLIDÉES. 717 
1 ^00 et 1802 ; « mais, dit M. Huskissoii, au lieu de ce fonds, on en créa 
autre réversible sur tous les emprunts. Ce fonds, il est vrai, ne 
devait commencer à agir que dans un délai de douze ou quinze ans ; 
•nais son ellieacilé devait être tellement accrue et améliorée par des 
^^croissements successifs, que, même dans les circonstances les plus 
délavorabies, il ne faudrait pas plus de quarante-cinq ans pour étein- 
tlre la dette tout entière. Ce nouveau fonds devait se constituer de la 
'Manière suivante ; ou laisserait grossir [’ancien fonds a intérêts compo- 
même après le maximum de i millions, et on maintiendrait les 
âMuuiiésde 1 p. 0 0, même après que ces annuités auraient sulli pour 
guider les dettes auxquelles elles avaient été jointes. 11 n’est donc 
'’Mmi dans l’acte de 1802, qu’on puisse considérer comme dérogeant a 
^ '-‘Sprit qui dicta celui de 1702 '. » 
seconde altération qu’on lit subir au plan de M. Pitt date de l’ad- 
®'Mistratiou de lord Henr) Petty, chancelier de l’Échiquier en 1807. 
plan, d’une complication extrême, avait pour objet d’alléger mo- 
meiitanénient le fardeau des contributions en léguant a l’aNenir des 
'^**Mrges d’autant plus lourdes, — ce qui est pour les ministres un 
‘Moyen de popularité des plus commodes et des plus usités. 
l-'Ord Henry Petty avait calculé que pendant toute la durée de la 
^•’Miide lutte continentale les dépenses du pays devaient excéder 
revenu annuel de 32 millions st. 11 comblait ce délicit au moyen 
^MMe taxe sur la propriété, qui produirait 11,300,000 1. st., et 
plusieurs autres taxes momentanées, dont on retirerait 0,500,0001. 
‘'lerliiig : mais il s’agissait de trouver encore 11 millions. Si l’on avait 
‘leinandé cette somme à un emprunt fait à 3 p. 0,o et au taux de 00, il 
‘M'rait lall U pourvoir au service des intérêts et de l’amortissement, de 
^Mrte quo chaque année eût exigé un excédant d’inqmts s’élevant à 
^'11,333 1. st. Or c’était précisément ces surtaxes que le gouverne- 
M'ent répugnait à établir. A cct eilet, il proposa de réaliser l’emprunt 
^M'vant les procédés ordinaires, mais de faire contribuer les surtaxes 
guerre à l’intérêt et au fonds d’amortissement alfectés aux nouvelles 
"‘liions de rentes. Ainsi on devait accroître l’amortissement decba- 
‘iMe dette en prélevant sur les contributions générales une quotité de 
P- b 0, de telle sorte que, l’intérêt et l’administration de l’emprunt. 
'^^'geant 5 et 0 p. 0 o, il restât 5 ou 4 p. 0 q pour le rachat. Les som- 
M'es qu’on se proposait d’emprunter à ces conditions, s’élevaient à 
I ’ biscüurs prouoiicé par M. lluskissoii le 2Ó mars ISI3, sur la situation de nos 
®Mces et de l’amortisseineut.
        <pb n="771" />
        OEUVRES DIVERSES. 
748 
12 millions st. pour les trois premières années, 14 millions pour la 
quatrième et 16 millions pour les années suivantes; formant en 14 ans 
un total de 210 millions, pour lesquels on aurait aliéné, à raison 
de 10 p. 0/0, la totalité des taxes de guerre. Il fut calculé que, pa&gt; 
raction de ramortissement, chaque dette se trouverait éteinte au bout 
de 14 ans, et que, par conséquent, les 1,200,0001. st. réservées pour 
l’intérêt et l’amortissement du premier emprunt seraient libérées et 
attribuées à l’emprunt de la quinzième année. A la fin de la quinzième 
année, une somme égale devait se trouver disponible, et ainsi de suite 
chaque année. De cette manière les emprunts pouvaient se perpétuer 
indéfiniment. 
Mais il était facile de voir que les sommes enlevées aux contribu 
tions générales pour le service de la dette, ne pouvaient servir eu 
même temps pour les dépenses du pays ; le déficit de 11 millions 
devait infailliblement grandir chaque année, et à la fin de la quU' 
torzième année, alors que les 21 millions de taxes de guerre auraient 
été absorbés, ce déficit, au lieu d’être de 11 millions, aurait atteint 
:12 millions. 
Il fallait donc parer à ce déficit croissant, et pour cela, on ium 
gina de lever des emprunts supplémentaires qui grand raient cba- 
que année, et dont on couvrirait l’intérêt et l’amortissement 
des taxes annuelles permanentes : — l’amortissement étant poi’t»^ 
à 1 p. O/o. 
Par ce projet, et après un intervalle de quinze années, en aU' 
mettant que la guerre eut duré aussi longtemps, l’emprunt réguli‘^&gt;' 
eût été de 12 millions, et l’emprunt supplémentaire de 20 milliou^* 
Dans le cas où les dépenses de la guerre auraient excédé les éva 
luations de l’Échiquier, on y aurait pourv u par d’autres moyens. 
Comme le ministre qui avait conçu ce plan diflicile ne resta pas aO 
pouvoir, on ne l’appliqua que pendant une année. &lt; Cn comparait 
le mérite des différents systèmes, dit le IX Hamilton, les seuls pobd^ 
qu’il soit nécessaire d’étudier sont : — le montant des empruid'' 
contractés ; la portion de ces emprunts qui a été rachetée ; 1 i***^ 
rêt desservi , et les sommes prélevées au moyen des taxes, l a elas 
. sificalion des emprunts en dillérentes catégories, et l’application 
certains fonds au paiement des intérêts, sont des actes de nature o 
ficielle ; et il importe peu au crédit public que ces actes soient ae 
complis de telle manière ou de telle autre. Un système coin pi b|^^ 
peut embrouiller et égarer l’esprit du financier: il ne saurait jaiiia'^ 
améliorer une situation. » C’est ainsi que le professeur Mamiltoo «
        <pb n="772" />
        SYSTEME DES DETTES CONSOLIDÉES. 719 
démontré que le montant total des taxes qui auraient été payées 
Pendant vingt ans , |)oiir un emprunt annuel de 11 millions et un 
fonds d’amortissement de I p., 0/(), se serait élevé à 154 millions. 
Avec le plan du lord Petty, ces taxes n’auraient été que de 93 rail 
lons ; ce qui lait une différence de 51 millions en faveur des idées 
oe financier; mais, pour obtenir cet allégement^ il nous eût fallu 
••ous charger d’une dette additionnelle de 119,489,788 1. sterling 
ffoi, levées en 3 p. O/q et au taux de (iO, eussent représenté un capi- 
nominal de 199,149,040.1. st. 
' amortissement fut primitivement institué dans le but de dimi- 
nuer la dette nationale pendant la paix , et d’en prévenir le trop 
*'®pide accroissement pendant la guerre. Le seul effet salutaire qu’on 
poisse attendre des décimes de guerre est aussi de prévenir des em 
Pi’unts accumulés. Or l’amortissement et les surtaxes ne sont utiles 
^0 autant qu’on les dirige exclusivement vers le but pour lequel ils ont 
créés : et ils deviennent des instruments de mensonge et de ruine 
loutcs les fois qu’on les destine à servir l’inUTêt d’une nouvelle dette. 
1^0 1809, M. Perceval, qui était alors chancelier de l’Échiquier, 
j* iéna 1,040,000 1. st. de taxes pour l’intérêt et l’amortissement de 
Emprunt (ju’il contracta à cette épotjuc. Il enlevait ainsi plus d’un 
’|''Hion aux ressources générab», pour les appliquer à l’intérêt d’une 
^ctte ; aussi se trouva t il obligé d’ajouter un million aux emprunts 
années suivantes. Le résultat définitif de cette mesure ne diffère 
^icn de celui qu’on eût obtenu en prélevant, chaque année, la 
^^me somme sur la réserve de l’amortissement. 
1813, l’amortissement subit une nouvelle et profonde modili- 
'^lion , M. Vansitlart étant alors chancelier de rix'liiquier. Vous 
déjà vu qu’au moment où M. Pitt établit le fonds annuel de 
million, la dette nationale s’élevait à 238,*231 ,‘248 I. Par l’acte de 
il avait été décidé qu’aussitôt que l’annuité de 1 million se se- 
accrue par les dividendes des rentes rachetées au chiffre de 4 
'‘‘illioiis, l’aa umulation devait cesser et les produits des rentes ser 
’ dépenses publiques. Si le 3 p. 0 o était monté à 00 au mo- 
^Dt où ce maximum aurait été atteint, le pays se serait vu en 
^^^^scssion d’un fonds disponible de 20,000 1. st. : s’il était monté à 
^ » la réserve annuelle aurait été de 15,000 1. st. et on avait résolu 
opérer aucun autre dégrèvement de taxes jusqu’au jour où le 
^^^Dtant total delà dette aurait été racheté. Lu 1792, !M. Pitt versa 
PjbOO st. par au dans les caisses de l’amortissement, et présenta 
^*’8 les observations suivantes : « Lorsqu’on imagina de fixer à 
des 
en
        <pb n="773" />
        720 OEUVRES DIVERSES. 
4 millions la limite de la réserve, ce n’était nullement dans le but 
de prélever plus d’un million sur l’excédant du revenu : aussi 
l’amortissement ne pouvait-il s’élever à 4 millions qu’autant qu’on 
aurait remboursé une partie de la dette, et que les intérêts de cette 
dette, joints à l’annuité ordinaire, s’élèveraient à 3 millions. Mais, 
comme dans la situation actuelle on doit puiser dans le revenu pu 
blic plus d’un million pour la dotation de l’amortissement, il en 
résulterait que le maximum de 4 millions se trouverait atteint long 
temps avant l’extinction de la dette. Pour éviter cet inconvénient, 
ajoutait le ministre, je proposerai, quelles que fussent les sommes ap 
pliquées à la réduction de la dette, de laisser s’aeeumuler les fonds 
jusqu’à ce que les dividendes rachetés, joints aux millions annuels 
et aux annuités échues, s’élèveraient à 4 millions ' » 
On se rappellera qu’en 1792 on avait affecté une réserve d’un 
p. 0 0 à l’exlinction de chaque emprunt, réserve qui devait être ex 
clusivement consacrée à racheter telle ou telle dette, et ne servir ja 
mais à l’amortissement de la dette primitive de 239,000,000 1. st- 
l/acte de 1802 avait pour but de consolider toutes ces réserves spécia 
les, et la nation ne devait cesser d’alimenter la caisse d’amortissement 
et de payer l’intérêt des rentes achetées par les commissaires, que da 
moment où toute la dette inscrite en 1802 aurait été éteinte. M. Van- 
sittart proposa d’annuler les dispositions de cet acte, et de revenir 
au principe émis par M. Pitten 1792. 11 dit hautement que ce se 
rait un acte de mauvaise foi vis-à-vis les créanciers de l’Ptat, que d^ 
ne pas faire honneur à l’acte de 1792 : et, chose étrange, il consi 
déra la violation du contrat de 1802 comme parfaitement l^ß'' 
time. Cependant, dès qu’on considère l’acte de 1802 comme pli'^ 
avantageux pour le porteur de rentes , il est dillieile de comp^’"' 
dre par quelle série d’arguments ou plutôt d’arguties on peut arri 
ver à légitimer, dans ce dernier cas, ce qu’on trouve rcproehablr 
dans le premier, ’fous les emprunts contractés de 1802 à 1813, 
l’ont-ils pas tous été sur la foi du traité de 1802? et ce traité n’a-t ' 
pas servi de base à toutes les transactions accomplies entre les vd* 
deurs et les acheteurs de fonds publics? Ce gouvernement n’ètai^ 
pas plus autorisé à rapporter l’acte de 1802 et à &gt; substituer dr*’ 
conditions reconnues, ])ar le ministre lui-même, moins favorabb*^ 
pour le rentier, qu’à se débarrasser à la fois de toutes les réscrx 
: Discours de M. Pitt, du I7 février 1792.
        <pb n="774" />
        SYSTÈME DES DETTES CONSOLIDÉES. 73j 
^iais ce qui nous intéresse ici, c’est de savoir si M. Vansittart a aei 
ectivement d’après ses propres principes. A-t-il restitué au capi- 
jste tous les avantages que lui avait conférés l’acte de 1792? 
Et d’abord, la nouvelle loi déclarait que la caisse d’amortissement 
W racheté 238,350,143 1. 18 sh. 1 d.,— chiffre qui excédait dé 
J ' O 1.12 sh. 10 1/2 d. le montant de la dette nationale en 1786,— 
considérerait comme rachetée et éteinte la somme de 238,231,248 
• s • sh. 2 3/4 d. formant la totalité delà dette au 5 janvier 1814. 
J 01 déclarait encore que « de la même manière l’on considérerait 
nnne rachetée une somme égale au capital et aux accessoires de tous 
emprunts contractés depuis le 5 janvier 1786, aussitôt qu’un fonds 
suivaient au capital de ces emprunts, et produisant un intérêt égal 
^ux dividendes pajés par le trésor, aurait été remboursé ou trans 
aré. » On décida encore « qu’après avoir publié ces opérations de l’É- 
‘iquier, tout le capital de rentes adieté par les commissionnaires 
Jurait de temps en temps annulé : et cela, d’après les dispositions et 
les proportions votées par le Parlement. « 
plus, pour appliquer les dispositions des actes 32 et 42 du roi 
0^ atives au rachat de toute la dette nationale dans un délai de 45 ans! 
uda qu al avenir, tonteies fois que le contingent d’un emprunt 
ue toute autre obligation inscrite au grand livre de la dette dé- 
l^l^sserait la somme disponible pour l’amortissement, une somme an 
is r moitié de l’intérêt perçu sur cet excédant, serait 
de tous les fonds qui composent le passif inscrit de la Grande- 
^Jt^tagne, et portée, sur le visa du gouverneur de la Banque d’Angle- 
au crédit des commissaires préposés a l’amortissement. 
^nhn on établit pour la première fois une annuité d’un p. O/o des- 
;ée au rachat de la dette flottante qui existait alors, ou qui pouvait 
Pister ensuite. 
ser l'avons déjà fait observer, on crut, en 1802, qu’il 
70î‘^T* d’amortissement pour un capital de 
Pro, • comme l’auteur du nouveau plan de 1813 se 
^oi posait de revenir aux idées de M. Pitt, il attribua 867,963 1. st., 
* p. 0 0, à l’extinction de ce capital oublié en 1802. 
substance de ce projet que M. Vansittart déclarait ne 
^'^oii nuire aux intérêts du rentier, parcela seul qu’il était con 
à l’esprit de l’acte de 1792. 
Iftrd*»^**^*^*^^**'*^*^^’ ^ Pitt ne permettait d’alléger l’écrasant 
^ in'%^ taxes que du jour où on aurait atteint le maximum de 
ions pour fonds d’amortissement. A partir de ce moment la ré- 
{(tEuv. de liicardo. 
46
        <pb n="775" />
        (TKUVRES DIVERSES. 
serve de 4 raillions devait continuer à racheter des rentes; niais l’inté- 
rètde la dette, ainsi remboursé, pouvait servir aux dépenses générales. 
D’un autre côté, la nation ne devait être exonérée des charges atîéren- 
les au surplus de la dette de *2.38 millions, que lorsque les 4 millions 
de livres à intérêt simple, et les ressources rendues disponibles par 
l’expiration d’annuités à terme, joints à la somme additionnelle vo 
tée en 1792, auraient sulli pour éteindre les 238 millions. La dotation 
de 1 p. 0/ü devait rester exclusivement attachée à l’emprunt qu elle 
était destinée à racheter. Et cependant M. Vansittart se crut par 
faitement en droit d’alVecter au besoin du pays, non pas l’intérêt 
des 4 millions, seul prélèvement que permit l’acte de M. Pitt, man» 
bien l’intérêt sur lès 238 millions. Et sur quels titres appuie-t-il cette 
violation? Sur ce que l’ensemble du fonds d’amortissement, y com 
pris les annuités de l p. ü/p, avait servi à racheter 238 millions de 
rente. D’après les vues de M. Pitt, il n’aurait dù prélever sur la ré 
serve qu’une somme annuelle de 20,0001. st. : d’après son propre plan, 
il prélevait 7 millions; on comprend dès lors sa prédilection toute 
particulière pour les combinaisons écloses’ dans son cerveau. 
Secondement, M. Vansittart reconnaissait que le rentier, en 1802, 
était privé du bénéiiee d’un amortissement de 1 p. 0/p sur un capital 
de 80,796,300 1. st. : et c’est pourquoi, en vue de l’équité, il institua 
en 1813 une annuité de 1 p. O/p. Mais n’aurait-il pas dù, pour être 
tout à fait juste, ajouter les accumulations successives qui auraient 
dû être formées de 1802 à 1813, par 867,963 1. à intérêts composés, 
et qui auraient constitué une addition de plus de 360,000 1. st. pa»* 
au au fonds d’amortissement ? 
Troisièmement, d’après M. Pitt, tout emprunt devait se trou vei 
racheté au moyen d’une annuité spéciale, et au milieu des circonstaii' 
ces les plus défavorables, dans un délai de 45 ans. INous avons vu 9"^ 
ce délai pouvait même se trouver réduit à 29 ans ; mais le pays ne e 
vait jouir d’un allégement d impôts qu au bout de ces 2J ans; et 
l’on avait emprunté chaque année une somme de 10 millions, ni 
fois le premier emprunt racheté, le second n’aurait exigé ^1^ 
année pour son extinction, le troisième deux années, et ainsi &lt; 
suite. Le plan de M. Vansittart était tout autre : ainsi l’amortisse' 
ment de toutes les dettes devait être appliqué au rachat du prenii^j^ 
emprunt ; et celui-ci une fois éteint et annulé, toutes les ressources 
la réserve devaient être concentrées sur le remboursement du 
eond emprunt, et ainsi de suite. Le premier emprunt de 10 m' 
lions aurait été annulé en moins de 13 ans, le second en nioi
        <pb n="776" />
        SYSTÈME DES DETTES CONSOLIDÉES. 7^3 
Jie 6 années après le premier, et toujours ainsi en abrégeant les dé- 
dZf^"^ la treizième année, le pays se trouvait sans 
Ute allrancliide Ja nécessité de payer l’intérêt du premier emprunt 
ais quelle eût été la situation de la dette à la ün des 29 années? 
^et avantage pouvait-il être obtenu sans faire naître des inconvé- 
lents? Aon, certes : et l’acroissement de la dette, dans le projet de 
. Vansittart, aurait été mathématiquement égal à ce que ces diver- 
t b sommes, ainsi rachetées primitivement, auraient produit à in- 
' eomposés. Et comment pouvait-il en être autrement? Corn 
ent sup,)oser qu’on puisse obtenir un allégement de taxes sans 
‘prunter directement ou indirectement les fonds nécessaires pour 
ouvrir ce déficit? « Par ce moyen, dit M. Vansittart, le premier 
^‘»’liiit contracté se trouverait éteint plus tôt, et les fonds, qui étaient 
^ eves du service des intérêts, se trouveraient disponibles au profit 
U trésor public. J)e celte manière , dans l’hypothèse d’une longue 
^’uerre, 011 se trouverait avoir à sa disposition des ressources consi- 
rabies, cnr chaque nouvel emprunt servirait à accélérer le rachat 
Dav^^"^ l’ensemble des charges supportées par le 
pour le service de la dette publique, serait beaucoup moins 
très l’autre système ; de plus, la libération définitive du 
8c trouverait accélérée plutôt que retardée. — H suffit main- 
»ant de déclarer qu’il a été déjà racheté une somme égale au ca- 
publique en 1780, et qu’aussitôt qu’on aura pu rem- 
^^urser un capital équivalent à un ou plusieurs emprunts levés 
racl'”^'*'*^^’ ces emprunts seront considérés comme 
an »uls. loutes les parties de ce système trouveront une 
av^ '^^tion régulière et calculée , et nous recueillerons ainsi tous les 
^jnUges d’un rachat successif joints à ceux d’uii rachat simultané. 
Un, &lt;l’atlendre l’extinction de la dette inscrite de 1802, la por- 
^ de cette dette qui existait antérieurement à 1792 sera considérée 
emprunts disparaîtront ainsi suc 
^1"'"" remarque la promptitude avec 
quicr permet d’obtenir la libération de l’Écbi- 
’Icer^ *^ '’•’aiment possible que M. Vansittart se soit trompé au point 
^nt *^' ’*^^* retirant de 1 amortissement cin({ millions qui n'y ens 
ile nlT l’acte de 1802 ni en vertu de l’acte 
plus ^ trouvait parcela seul le moyen de remlxmrser la dette 
‘‘•Hli '^l^'^*^'^*cnt ? Est-il possible (|u’il ait es|)éré atteindre ce résultat 
oninuanl la reserve, c’est-à dire, en diminuant l’exodant dis-
        <pb n="777" />
        724 (JtUVHKS DIVEUSKS. 
poilible de iios revenus ? Cela n’est ])as croyable, et puisqu’on ne 
peut le croire, comment donc expliquer ses paroles ? Peut-être se sera- 
t-il dit :« Sans doute, d’après mon projet, la nation se trouvera plus 
endettée dans dix, vingt et trente ans, que d’après le plan de M. Pid 
ou de lord Sidmouth : mais aussi, à cette époque nous aurons éteint 
une portion bien plus considérable de la dette actuelle, car nous aurons 
appliqué au remboursement de cette dette tous les fonds d’amortisse 
ment destinés à chaque emprunt en particulier. » 
Le plan de M. Vansittart fut, d’ailleurs, très-vivement attaqué par 
M. Huskissonet M . Tliierney. Le premier s’écria, dans un remarqua 
ble discours prononcé le 25 mars 1813 : « Ce qui nous a permis 
de dire que nous avions racheté notre ancienne dette, c’est que 
nous avons pu en contracter une bien plus forte encore ; et en ad 
mettant même la vérité d’une telle hypothèse, il est évident que 
M. Vansittart n’aurait pu bâtir son système actuel, si le crédit de 
notre pays n’avait été, pendant les vingt dernières années , déprime 
par la pression d’une charge aussi lourde. D’ailleurs, si l’amortis 
sement avait agi, pendant toute cette période, à un taux de 3 p. 0/0» 
il n’aurait pu y toucher, même d’après les commentaires élas 
tiques qu’il a joints à l’acte de 1792. Et d’un autre côté, alors 
même que le cours des effets publics eut été plus hás qu’il ne l’est» 
il se serait vu autorisé à puiser dans la réserve bien plus largeineid 
qu’il ne peut le faire d’après ses propres dispositions, l’elle scrad 
donc la nouvelle théorie de l’amortissement, que, créé primitiveiiieid 
« pour prévenir les iiiconvé nients et les dangers de l’accumulation de&gt; 
dettes , — ce sont les propres termes de l’acte — et pour soutenir 
améliorer le crédit public; M. Vansittart n’a rien trouvé de plus 
génieux que de faire de nouvelles dettes servant a la fois de prétexte 11 
de moyen pour porter la main sur la réserve. De sorte que la dépr^ 
sion du crédit public serait la mesure exacte des sommes qu’t^*' 
pourrait ainsi prélever. Et c’est ce système qu’on voudrait nous 
commander gravement comme ne dérogeant pas à l’esprit et a 
lettre de l’acte de 1792, et comme élargissant, perfectionnant 
contraire le système de M. Pitt, — système dont le but évident*^ 
principal était de faire que tout emprunt futur portât avec lui, 
le moment de sa création, les germes de sa destruction et écbapP 
au contrôle et à la volonté du Parlement. » 
Ce changement fut le dernier qu’eut à subir dans son mécauis»*^ 
la caisse d’amortissement. Des altérations, des atteintes plus latal^ 
ont entamé le fonds lui-même; mais elles ont été faites sourdem«^" ’
        <pb n="778" />
        SYSTKMK f)KS niíTTES tONSOF.lüEKS. 7¿.s 
^nd^rectement, et sans déranger les ressorts intimes de cette institu- 
^ f e docteur Hamilton a démontré que les seuls fonds propres à ré- 
uire une dette, sont ceux qui proviennent d’un excédant des revenus 
sur les dépenses. 
Supposons qu’une nation jouisse d’une paix profonde, que sa dé- 
de ^ cumpris 1 intérêt de la dette, soit de 40 millions et son revenu 
lift ^'^**uns : elle aurait à sa disposition un amortissement de 1 mil- 
n. Ce million s’acroitrait par voie d’intérêts composés , car il ser- 
0«? c Ü ^ des fonds publics qui disparaîtraient du 
SI de 1 Etat. Les directeurs de l’amortissement percevraient les 
•videndes antérieurement payés aux rentiers, et ces dividendes 
aient encore grossir la réserve. Ainsi accru, le fonds continuerait à 
c lonner les années suivantes, se grossissant chaque jour, rache 
n chaque jour de nouvelles rentes, jusqu’au moment où la totalité 
c la dette aurait été rachetée. 
Supposons maintenant que eette nation augmente d'un million 
uepetises sans accroître parallèlement scs impôts, et qu elle veuille 
pen ant laisser fonctionner l'amortissement, il est bien évident 
H elle ne diminuerait pas sa dette ; ear, tout en aecnmulant, comme 
nt, une reserve, elle se trouverait grossir chaque année sa dette 
^ Il million. En effet, elle ajouterait chaque année à la dette fondée 
Mettante la somme qu’elle emprunterait pour les intérêts de cha- 
IHc nouvelle dette. 
Mais siipposîms qu elle continue à faire raelietcr des rentes par la 
ßoSri'' “"’"'i''®’™'™*’ *'• «'mbie, par voie d’emprunt, le dé- 
un million qu elle subira dans son budget ; supposons encore 
l iiitíícôt et l’amortissement de cet emprunt, elle 
^ nouvelles taxes montant à 60,000 l.'st. : la réserve effective 
^^aRissante, dans ce cas, serait de (i0,000 I. st, par an, et pas davan- 
P”“!* eompenser le million de rente émis par le trésor, on 
d’amortissement de 1,060,000 |. st., en d’autres 
S le revenu n’excéderait la dépense que de 60,000 1. st 
acern qu’une guerre éclate, et que la dépense soit 
J^'^qii à atteindre 60 millions , avec un revenu constant de 41 
excéd”^ "" amortissement de I million. Si, pour faire face à cet 
niilii charges, on établissait des taxes de guerre, l’action du 
quée^:^ * 1 amortissement serait, comme auparavant, appli- 
^ ^ réduction de la dette nationale. Si on prélevait les 20 mil- 
a au moyen d’un emprunt en rentes ou en bons du trésor, et que
        <pb n="779" />
        ŒIUVIŒS mVEUSKS. 
7“2H 
pour en servir les intérêts on fit un nouvel emprunt l’année pro 
chaine au lieu d’augmenter les impositions, on se trouverait accu 
muler une dette de 20 millions à intérêts composés : et tant que la 
guerre durerait, ce ne serait pas seulement une dette unique qu’on 
se trouverait ainsi porter au débet de la nation, mais une dette an- 
nuelh de 20 millions. Par conséquent l’accroissement réel des char 
ges publiqué , déduction faite du jeu de l’amortissement, serait de 
19 millions par an à intérêts composés. En prélevant au moyen de 
nouvelles taxes l’intérêt de 5 p. O/o sur cet emprunt annuel de 20 
millions, on éviterait aussi l'accumulation des intérêts composés, et 
de plus, on diminuerait la dette par l’action de I million par an. En 
fin, si nous supposons qu’outre l’intérêt de 5 p. O/q on prélève encore 
par l’impôt une annuité de 200,000 1. st. destinée à l’amortissement 
de tous les emprunts de 20 millions, on se trouverait ajouter pour 
la première année 200,000 1. st. au fonds d’amortissement, pour la 
seconde année 400,000, pour la troisième 000,000 1. st. et ainsi de 
suite. Chaque année, le pays ajouterait ainsi à son revenu annuel, 
sans accroître parallèlement ses dépenses ; et chaque année aussi, cette 
partie du revenu affectée à l’extinction de la dette s’accroîtrait par 
les dividendes des rentes rachetées : de telle sorte que le revenu croî 
trait constamment jusqu’au moment où il dépasserait la dépense, et où 
il constituerait une réserve réellement propre au rachat de la dette. 
Il est évident que le résultat de ces opérations serait le même eu 
supposant que l’intérêt fut toujours à 5 p. 0 o ou à tout autre taux, 
si, pendant tout le temps que durerait l’excédant des dépenses sur la 
revenu, l’action de l’amortissement s’arrêtait. Supposons, en effet, 
qu’au lieu de prélever 20 millions la première année, et de raeheter 
1 million, on n’eùt emprunté que 19 millions tout en percevant 1« 
même impôt, soit 1,200,000 1. st., comme on n’aurait à payer 5 p. 0/0 
que sur 19 millions au lieu de les payer sur 20,000,000 ; en d’autrefi 
termes, comme on ne servirait (]u’un intérêt de 950,000 l. st. au li&lt;’^‘ 
d’un million, on se trouverait avoir entre les mains le million primitif^ 
plus 250,000 I. st.: ce qui permettrait de n’emprunter la seconde an 
née que 18,750,000 1. st. Mais comme on lèverait toujours au moyí**^ 
de surtaxes une somme de 1,200,000 I. st., ou pour la seconde annc^ 
2,400,000 1. st. en dehors du million primitif, il resterait, apre^ 
le paiement des intérêts, un excédant de' 1,512,500 I. qui perm&lt;jl 
trait de n’emprunter que 18,487,500 1. st. a la troisième année- 
Voici d’ailleurs la marche de cette opération pour un espace de cinq 
années.
        <pb n="780" />
        SYSTEMK DES DETTES CONSOLIDÉES. 7á7 
EMPRUNT 
de chaque 
année. 
MONTANT 
des 
emprunte. 
MONTANT 
des 
intérêts. 
MONTANT 
des 
impôts. 
, 1 
EXCÉDANT. ;i 
1 
année. . . 
2* année. . . 
3* année. . . 
4* année. . . 
5' année. . . 
19,000,000 
18,750,000 
18,487,500 
18,211,875 
17,922,469 
19,000,000 
37,750,000 
56,237,000 
74,449,375 
92,371,844 
250,000 
1,887,500 
2,811,875 
3,722,469 
4,618,592 
2,200,000 
3,400,000 
4,fmo,ooo 
5,800,000 
7,000,000 
1,250,000 , 
1,512,500 
1,788,125 
2,077.531 i 
2,381,408 1 
Si, au lieu de diminuer ainsi l’emprunt ehaque année,on avait con 
tinué à percevoir les mêmes impositions et à donner à l’amortissement 
a même destination, le montant de la dette aurait été exactement 
te même pendant chacune de ces périodes. Dans la troisième colonne 
la table ci-dessus, on a dû voir qu’à la cinquième année la dette 
s’élève au chiffre de 92,371,844. Kt en admettant même qu’on ait 
ajouté 200,000 1. st. par an au fonds d’amortissement, le montant 
la dette non rachetée aurait encore été de 92,371,844 1. comme 
^•1 peut s’en assurer au moyen de la dernière colonne du tableau qui 
suit. 
EMPRUNT 
de chaque 
année. 
MONTANT 
des 
emprunts. 
DETTE 
rachetée 
chaque 
année. 
MONTANT 
de la dette 
rachelée. 
INTÉRÊT 
de la 
dette 
rachetée. 
DETTE 
nuil 
rachetée. 
! année.. 
2' id. .. 
1 3* id. .. 
1 4* id. .. 
3* id. .. 
20,000,000 
20,000,000 
20,000,000 
20,000,000 
20,000,0(K) 
.20,000,000 
40,000,000 
60,000,000 
80,000,000 
100,000,0(8) 
1,000,000 
1,250,000 
1,512,500 
1,788,125 
2,077,531 
1,000,000 
2,250,000 
3,762,000 
5,550,625 
7,628,156 
50.000 
112,500 
188,125 
277,531 
381,408 
19,000,000^ 
37.750.000 
56,237,500 
74,449,375' 
92,371,844 
l^ne étude approfondie de ce sujet, dans ce qu’il a de plus vaste et 
plus particulier à la fois, a conduit le docteur Hamilton adiré que 
^ dernier imnen, qui consiste a diminuer Je montant des emprunts 
Bunuels et à arrêter les achats des directeurs de l’amortissement, 
J‘sl incontestablement le plus économique. D’abord on évite ainsi tous 
^ frais de gestion : puis la prime généralement obtenue par les sou- 
'^npteurs de l'emprunt serait compensée par celle que rai hèteraient 
J*”*’ le marché les commissaires de l’amortissement. Il est vrai que 
fonds peuvent baisser dans l’intervalle qui s'écoule entre l’épo- 
9ue où l’emprunt a été contracté et celle du rachat, et que par consé 
quent la nation pourrait gagner, dans certains cas, par l’arrangement 
P*’opo8é ; mais comme les chances de hausse et de baisse sont égales,
        <pb n="781" />
        728 
OEUVRES DIVERSES. 
el comme le souscripteur trouve suflisamment d’avantages à avan 
cer ses capitaux, l’État lui octroie ces avantages sur la somme la plus 
forte. Sur une moyenne d’un certain nombre d’années, cet avantage 
ne laisse pasque d’être considérable : mais la question se simplifierait 
tout à fait, si on obéissait à cette clause de l’acte constitutif de la 
caisse d’amortissement, qui autorisait les commissaires à soumission 
ner tout emprunt public jusqu’à concurrence du fonds annuel dont 
ils ont à disposer. Tel est le système que M. (Irenfell a si fortement 
appuyé pendant ces dernières années, et que nous trouvons bien pré 
férable à celui du docteur Hamilton. Ces habiles écrivains reconnais 
sent tous deux, qu’en temps de guerre, lorsque les dépenses excèdent 
le revenu, et que, par conséquent, notre dette s’accroît annuellement, 
c’est une véritable dérision que d’acheter sur le marché de petites 
quantités de rentes, tandis qu’on se trouve dans la nécessité d’en ven 
dre par sommes énormes : mais ils diffèrent en ce que le docteur Ha 
milton ne voudrait pas faire de l’amortissement un tonds séparé, 
tandis que M. Grenfell voudrait au contraire l’isoler et l’augmenter 
proportionnellement à la dette publique. Nous sommes complètement 
de l’avis de M. Grenfell. Si l’on doit lever un emprunt annuel de 
20 millions, tandis que l’amortissement reçoit chaque année 10 mil 
lions, il est évident que l’opération la plus simple serait de ne lever 
que 10 millions par an, tout en conservant nominalement le chitlre 
de 20 millions à l’emprunt, foutes les objections de M. Hamilton 
se trouvent ainsi écartées : on ne subit pas de frais de gestion, et on 
n’a pas à tenir compte de la différence entre le taux de l’émission et 
celui du rachat des fonds publics. Eu inscrivant une dette de 20 mil 
lions, la nation sera plus facilement amenée à payer les taxes néces 
saires à l’intérêt et à l’amortissement de 20 millions. Transformez an 
contraire nominalement ces 20 millions en 10 millions, rayez pen 
dant la guerre jusqu’au souvenir d’un fonds d’amortissement de tous 
vos comptes, et vous sentirez combien il est difficile de démontrer 
au pays la nécessité de payer 1,200,000 1. par an pour l’intérêt 
d’une dette de 10 millions. L’amortissement est donc utile comme 
moyen de contribution, et si le pays pouvait se reposer sur les minis 
tres du soin de l’appliquer exclusivement au but pour lequel on 1 3 
créé, il serait on ne peut plus avantageux d’en faire un fonds spécial 
soumis à des principes et à des réglements fixes. 
Nous allons maintenant rechercher si l’on peut attendre des mi 
nistres une telle fidélité à la loi, et si l’amortissement n’est pas, com 
me nous l’avous déjà dit, un instrument de mensonge et de riii»®
        <pb n="782" />
        SYSTEM K DES DETTES CONSOEI DEES. 729 
propre a accroître nos dettes et nos charges plutôt qu’à les alléger 
à les faire disparaître. 
a objecté aux projets du D. Hamilton et de M. Grenfell, que les 
ésavantages dont ils parlaient sont plus que compensés par la régu- 
ftnté qu impriment au marché les rachats quotidiens des commis 
saires : on a ajouté que l’argent versé par ces achats dans la circula 
tion est une ressource que réclament les banquiers et les autres 
capitalistes. 
Ceux qui présentent de telles objections oublient que si l’adoption 
CS plans proposés chasse du marché un acheteur, elle chasse aussi 
^ii Vendeur. Le ministre donne en ce moment à un certain individu 
millions avec lesquels il devra acheter des fonds publics ; mais 
Cil même temps il donne à un autre individu juste autant de (capitaux 
il faut pour vendre 10 millions : et comme les versements des ern- 
Pcurits se font mensuellement, il en résulte que l’offre est aussi régu- 
‘cre que la demande. On ne saurait nier, d’un autre côté, qu’un em- 
Prunt de 20 millions est plus difïicile à négocier qu’un autre de 10. 
‘‘ils doute la même somme de ventes existera sur le marché au bout 
Câlinée, que I emprunt ait été de 20 ou de 10 millions; mais 
m ant quelque temps les soumissionnaires devront faire de larges 
ats, et il leur faudra attendre avant que les commissaires viennent 
cmdre 10 millions entre leurs mains. Il est donc porté à vendre 
^''«mt la soumission , ce qui ne peut manquer de réagir défavorable 
ment sur le prix du marché. Or, il faut se rappeler que c’est le prix 
i|ni détermine le taux auquel est souscrit l’emprunt : c’est 
criierîuwi qu’interrogent à la fois les spéculateurs qui achètent, 
c ministre qui vend. 
fp ^ ^^Pci’icuce faite sur les idées de M. Grenfell le fut pour la premié- 
Su: la somme demandée par l’État s’éleva à 24 millions, 
lesquels les commissaires soumissionnèrent 12 millions. Au lieu 
l2 demander 2i millions au crédit public, on ne demanda ainsi que 
(^^^^millions, et l’influence de cette opération fut telle sur le marché 
que 1^^ s’élevèrent de 4 à 5 p. 0 (&gt;. Cette hausse naquit de ce 
min- ^ s’étaient tenus prêts pour un versement de 24 
les l‘cu de 12, et qu’ils s’empressèrent d’acheter à prime 
pp ^ autres millions. Un autre avantage inhérent aux petits em 
épargne ainsi les 8001. st. par million qu’il aurait 
payer à la Banque pour la négociation des nouveaux fonds. 
' Hamilton dit : « S’il 
amortissement sans perte pour 
““c autre partie de son ouvrage, le I). 
possible d’administrer la caisse d’amortissci
        <pb n="783" />
        730 
OEIJVRKS DIVKHSES. 
la nation, ou même si celte perte était minime, il serait peu sapo 
(le renverser un système qui est en possession de la confiance publi 
que, et qui donne aux contributions une certaine fixité ; mais il "O 
faut pas perdre de vue que le moyen, le neul moyen d arrêter les 
progrès de la dette nationale, sont d’accroître le revenu tout en 
diminuant les dépenses du pays. Ces deux résultats peuvent, je le 
sais, être obtenus indépendamment d’une réserve quelconque, mais 
s’il existe entre le budget et l’amortissement des liens fortuits, et 
si la nation, pénétrée de l’importance d’un système établi par un 
ministre très-populaire, s’est soumise, pour le maintenir, à des éco 
nomies sévères et à des surtaxes oppressives, l’amortissement devient 
alors une institution féconde et importante. » 
Nul doute que si le plan de M. I*itt avait été religieusement ap 
pliqué , si l’on avait toujours pourvu par de nouvelles taxes à 1’»«' 
térêt et à l’amortissement de chaque nouvel emprunt, nous aurions 
marché rapidement vers l’extinction de notre dette. Nous dirons 
même (jiie le changement introduit en 1802 nous paraît judicieux, 
et nous aurions voulu qu’on interdit de consacrer une portion 
quelconque du fonds d’amortissement aux dépenses publiques, jus 
qu’au moment où la dette inscrite alors, et celte qui serait e,rééf' 
subséquemment mràienl été rachetées. Les objections que lord Henry 
Pitty présente et que M. Vansittart renouvela avec une force extrê 
me en 1813 contre cette disposition, me paraissent fort insignifiantes- 
« H est presqu’inutile, dit le noble lord, d’insister sur les désordres 
qui naîtraient de l’accroissement indéfini du fonds d’amortissi^mcnt, 
car le pays se trouverait alors exposé au danger de voir retirer ton 
à coup du marché une grande somme de capital dont on ne saura' 
que faire, et dont, par conséquent, la valeur s’anéantirait. Ce dange 
doit même paraître tellement sérieux aux financiers, que je ne eraiu^ 
pas de passer pour paradoxal en disant que le rachat total et subit 
la dette nationale produirait des effets analogues à ceux d’une ban 
queroute nationale. Les autres maux qui résulteraient d’un reinbour 
semenl trop rapide de la dette publique vont être suecessivenir" 
énumérés. Différentes modifications furent introduites dans la rn" 
slitution de ramortissement en 1792 et 1802. Par la première, ^ 
décidait que tout emprunt nouveau entraînerait, à c(')tó du servi 
des intérêts, le prélèvement de 1 p. O/o destiné à l’amortisseiuen 
de cet emprunt. Par suite, on résolut de consolider toutes les rése^ 
ves qui existaient en 1802, et de les laisser s’accumuler à 
composés jusqu’à l’extinction de la totalité de la dette de 1802.
        <pb n="784" />
        SYSTKME DES DKTTES CONSOIJDEES. 731 
’mpnints contractés depuis 1802, et qui s’élevaient à près de 100 
niillions en capital nominal, restaient soumis aux dispositions de l’acte 
1795. Le plan de 1802, greffé sur calui de 1786 et 1792, tendait à 
précipiter encore le rachat de la dette; mais il ajournait à une pé 
riode très- éloignée l’allégement des charges publiques, et il préparait, 
pour les dernières années pendant lesquelles il agirait, un afïlux 
ôr},cnt qui devait ahaisscr considérahlemcnt la valeur des capitaux 
(Monnayés. 
» De graves inconvénients résulteraient encore, suivant moi, de la 
'iGculté où l’on se trouverait d’employer tous ces capitaux le jour 
^cDe tout entière se trouverait rachetée, et aussi du change- 
**ient qu auraient à suhir les prix des marchandises lorsqu’on sup 
primerait tout à coup pour 30 millions de taxes, l out homme qui 
J’elléchit ne peut qu’envisager avec douleur la situation que de tel- 
transitions feraient aux négociants, aux manufacturiers, aux 
Industriéis de toutes les classes, qui seraient obligés de diminuer 
eurs prix dans la proportion de l’allégement des impôts. Ces objec- 
inns avaient même été prévues, et, jusqu’à un certain point, re- 
"'nniiues, au moment où l’on rédigea l’acte de 1802 ; car on se pro 
posait de jiarcr au danger par des arrangements ultérieurs. • 
t a plupart de ces objections nous paraissent chimériques : mais 
admettant même qu elles fussent fondées, nous nous en rappor 
tons entièrement à la dernière partie de cet extrait (pii dit : « qu’on 
^0 proposait de parer au danger par des arrangements ultérieurs.. Il 
n était donc pas nécessaire de combattre, en 1807 et 1813, des maux 
nui ne pouvaient survenir qu’en 1834 et 1844; il n’était surtout pas 
n^i'essairedcse prémunir contre la possibilité future d’une pression 
‘naiieière, alors que l’on avait précisément à faire face a des besoins 
^tendus et pressants. 
Quels périls nous attendent donc, si nous donnons au fonds d’a- 
l^^ortissement, dans les dernières années de son existence, nn ac- 
^^f^issement démesuré P Ce ne sont pas des augmentations de taxes, car 
^^uiortissement se grossit par les dividendes recueillis sur les rentes 
^^uiboursées : mais on craint que le capitaliste ne soit remis trop 
j^Kquement en possession de ses fonds, et qu’il ne puisse trouver un 
^cernent convenable ; et on craint ensuite que la remise des im- 
y évaluée à environ 30 millions, n’abaisse considérablement les 
'x an préjudice des commercants et des manufacturiers. 
^ ^st évident que les commissaires n’ont pas de capital. Ils reçoi- 
‘ chaque jour, ou chaque trimestre, certaines sommes provenant
        <pb n="785" />
        OEUVRES DIVERSES. 
732 
des impôts, et qu'ils appliquent au rachat de la dette, line portion 
du pays paie ce qu’une autre portion reçoit, et si les contribuahles 
consacraient le montant des sommes payées^ sous forme de capital, à 
produire des matières premières ou des objets manufacturés, et si les 
receveurs de ces contributions leur donnaient aussi une destination 
industrielle et commerciale, le produit annuel varierait peu. Une frac 
tion de ce produit total serait produite par 1 au lieu de l’être par 
H; et cette mutation ne serâit même pas nécessaire, car en recevant 
le montant de son capital, A pourrait le prêter à 1i , à raison d’un in 
térêt stipulé entre eux. En supposant donc que le fonds d’amortis 
sement s’alimente de capitaux et non de revenus, la société ne perdrait 
rien à le voir grossir à l’infini ; il y aurait ou il n'y aurait pas un trans 
fert de travail, mais le produit annuel, la richesse réelle du pays ne 
subiraient aucune diminution, et le montant du capital employé ne 
serait ni accru ni affaibli. Mais si les contribuables payaient les in 
térêts et l’amortissement de la dette nationale sur leurs revenus, la 
même somme de capital circulerait évidemment dans l’industrie; et 
comme ce revenu, une fois reçu par le capitaliste, serait employe 
comme capital, il en résulterait un merveilleux essor dans la produc 
tion. Chaque année, le trésor des épargnes nationales s’accroîtrait 
pour activer toutes les branches de travail. 
Les hésitations de ceux qui parlent des effets désastreux d’un vaste 
amortissement, viennent de ce qu’ils pensent qu’un pays peut possé 
der plus de capitaux qu’il n’en peut occuper activement, et qu’il peut 
se présenter de tels engorgements de produits que le niveau des pn^ 
ne soit plus rémunérateur pour le capitaliste. M. Say a démontré la 
fausseté de ce raisonnement dans son bel ouvrage, et M. Mill a fortifie 
cette démonstration dans son excellente réplique adressée à M. Spencc, 
écho de la doctrine surannée des Economistes. I ons deux ont étabb 
que la demande n’a d’autres limites que la production, et que tout 
producteur crée en vue d une consommation. Ils admettent que la 
demande pour certaines marchandises peut être limitée, et que pa"" 
conséquent ces marchandises peuvent se trouver en excès ; mais 
soutiennent que les besoins d’un pays civilisé et riche sont infinis 
illimités, et que l’utilité du capital se proportionne à la somme d’ab' 
ments et de choses de première nécessité qu’on peut fournir à un^ 
population croissante. A chaque nouvelle difficulté qu’on rencontré 
pour créer de nouveaux approvisionnements, le blé et les matièr^^ 
premières haussent de prix : de là, hausse correspondante dans 1^ 
salaires. Or, comme un accroissement réel des salaires entraîne né-
        <pb n="786" />
        SYSTKME DES DETTES CONSOLIDÉES. 733 
cessairemeiil une chuU; dans les profits du eapital, ou peut dire qu’un 
Pa&gt;s est parvenu à l’apogée de sa richesse et de sa population, lors- 
la culture de ses terres a atteint la perfection, et lorsqu’un 
excédant de travail ne produirait pas plus d’aliments qu’il n’eu faut 
pour soutenir les nouvelles recrues d’ouvriers. 
reconnaîtra, sans doute, que la nation la plus riche de l’Eu 
rope est encore bien loin de cette ère de stabilité et de perfection ; 
en admettant même qu’elle y pût atteindre un jour, elle trouve 
rait encore dans le commerce extérieur les moyens d’accroître à l’infini 
*a fortune et sa population. Le seul obstacle à ce développement se 
rait la rareté, et par suite, la cherté des aliments et des matières pre- 
"^»ôres. Mais que ces produits naturels lui soient fournis du dehors 
échangé d’objets manufacturés, et il sera impossible d’indiquer 
^ liniite où elle cessera d’accumuler des richesses et de rendre ces 
richesses productives. C’est là une des questions les plus importantes 
^ ^économie politique, et nous espérons que le peu que nous 
‘‘'eus dit à ce sujet suffira pour engager ceux qui voudraient creuser 
P Us avant ce problème à étudier les ouvrages des hommes remarqua 
1*8 que nous venons de citer, et auxquels nous avons emprunté tant 
sages idées. Si donc ces principes sont exacts, on ne doit pas redou- 
I exagération du fonds d’amortissement, et l’impossihililé de 
rouver pour le capital des jdacements profitables. Nous dirons seu- 
®'“ent que les capitalistes ne seraient nullement tenus de se transfor- 
“er eu fcrjiiiers ou en manufacturiers, ün grand pa\ s recèle toujour^ 
eilet un nombre suUisant d’individus actifs et intelligents, prêts a 
^^irt fructifier les capitaux des autres, et à leur faire, dans les profits 
ia production, une part qui prend partout le nom d’intérêt. 
Il nous reste à nous occuper maintenant de la seconde objection 
“‘»entée contre l’accroissement indéfini du fondsd’amortissemenl. 
•p/ diminution d’impôts, (ju’on ne peut évaluer à moins de 
«Dllions sterling (750 millions) par an, on jetterait le trouble, 
‘“me 011 dit, dans les prix courants. Tout homme qui réfléchit 
qu’envisager avec douleur la situation que de telles transi- 
^^“8 feraient aux négociants, aux manufacturiei-s , aux travailleurs 
dai &lt;*lasses, qui se verraient obligés de diminuer les prix 
“8 la proportion de l’allégement des taxes. «. C’est donc jiarce 
^ “île réagirait sur les profits des classes productives, et, par cela 
‘^ment, qu’une remise d’impôts serait fatale : et pei-sonne n’a 
^ songé à dire que, si on faisait la remise d’une taxe deal.à 
’ 10 Là//, de 100 I. à (\ on nuirait à leurs intérêts. Eh
        <pb n="787" />
        OEUVRES DIVERSES, 
734 
bien ! ii’est-il pas évident que ces sommes, dont on leur restitue 
l’entière possession , iront augmenter leur revenu annuel et gros 
sir l’abondance générale? Nous venons de démontrer, du moins 
nous l’espérons, qu’une augmentation de capital n’est un malheur ni 
pour l’individu qui l’obtient, ni pour la société prise en masse, f a 
tendance d’un tel fait est même d’accroître la demande de travail 
leurs, d’activer la population , d’ajouter ainsi à la force, à la puis 
sance du pays. Mais, dira t on, ces nouvelles sommes, ils ne les ajou 
teront pas à leur capital ; ils les dépenseront avec leurs revenus 
ordinaires ! Quel mal en résulterait-il, nous le demandons? A, B, fi? 
donnaient annuellement au rentier une portion de produit que ce 
lui-ci consacrait à la production : cette portion, qui reste actuellement 
entre leurs mains, ils sauront bien la consommer, la féconder, l ui 
fermier, qui avait la coutume de vendre son blé pour payer l’impét, 
pourra le consommer lui même. 11 pourra le confier au distillateur, 
qui lui donnera du genièvre, au brasseur, qui lui fera de la bière; ou 
bien il pourra l’échanger contre une certaine quantité qui se trouve 
disponible entre les mains du fabricant, par suiW de l’abaisse 
ment de la taxe. On demandera peut-être d’où peut venir tout ee 
drap, toute cette bière, tout ce genièvre, etc.; ces produits n’exis 
taient auparavant qu’eu quantité suffisante pour la consommatiou • 
d’où provient donc l’excédant destiné à A, B, C? On remarquera qu^ 
cette objection est complètement opposée à celle que l’on présentait 
auparavant. Ainsi, on dit maintenant qu’il y aurait un excxidant dr 
demandes sans ex(;édant de produits, et on prétendait d’abord 
l’approvisionnement dépasserait de beaucoup les besoins. Ces deuv 
objections sont également vaines. En consacrant les dividendes qu ü*’ 
perçoivent directement à la production, ou en les prêtant à dt« i»d'' 
vidus capables de les faire fructifier, les capitalistes créeraient pr&lt;^'' 
sèment cet excédant de marchandises que la société voudrait consol"' 
mer. Il y aurait à la fois augmentation de revenu et augmentât""' 
de jouissances, et ce serait folie de croire que la consommation d&lt;^ 
certaines classes puisse s’accroître aux dépens des autres. Le bio"' 
fait serait général et sans mélange de maux. 11 reste donc seulen"’"^ 
à examiner le préjudice que causerait aux industriels rabaisscii";"*^ 
des prix ; et, disons-lc tout de suite, le remède à ces perturbations 
tellement simple, qu’on s’étonne d’avoir vu soulever une sembbii'^^ 
objection. Toutes les fois qu’on établit une nouvelle laxe , on évab" 
les exulences (stock) de la marchandise taxévi, et on lève l’impôtsnr 
quantités reconnues. Pourquoi ne ferait-on pas acte de justice
        <pb n="788" />
        SYSTÈME DES DETTES CONSOLIDÉES. 735 
renversant cette opération iiseale, et ne lui remettrait-on pas le mou 
lant de 1 impôt sur tout le stock qu’il a en main au moment du dé 
grèvement? 11 s’agirait seulement, alors, de continuer pendant quel 
que temps encore la levée des taxes supprimées. J)e quelque côté 
^De nous envisagions les objections tant prônées, tant répétées par 
• • Vansittart, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître com- 
elles sont vaines et chimériques. 
Quelques personnes iKiiisent que l’amortissement, même lorsqu’il 
^81 scruj)uleusement laissé à sa destination, ne profite en rien à la 
uatiou. Les sommes que l’on verse dans le trésor, disent-elles, scr 
'aient bien plus productives entre les mains des contribuables qu’en- 
celles des directeurs de l’amortissement. Ceux-ci, en eilet, les 
^Ppliquent au rachat de fonds qui ne produisent pas plus de 
'"P- 0/0; les seconds sauraient en retirer des profits bien plus élevés, 
pays s’enrichirait de la différence. Dans le dernier cas, on joui- 
^ait d’un revenu net beaucoup plus considérable en capital et en 
^'■avail, et c’est là le fonds d’où l’on doit retirer, en définitive, les 
^^tes publiques. Ceux qui soutiennent une telle opinion ne voient 
pas que les directeurs ue font que recev oir d’une classe l’argent qu’ils 
‘mettent à une autre classe de la société, et que la question est uni- 
^^Uement celle-ci : Laquelle de ces deux classes saura l’employer de 
manière la plus productive? Ainsi, supposons qu’on prélève cba- 
\^(i année 40 millions, sur lesquels 20 millions servent pour les in- 
de la dette, les autres 20 millions constituant un fonds de ré 
eesT Mue ramortissement aura commencé a fonctionner, 
s® diviseront comme suit : la réserve se composera 
millions, et les intérêts de la dette ne seront plus quede 19 
^ ‘ mils, et ainsi de suite jusqu'au remboursement intégral des 40 
' mnsque les commissaires se trouveront avoir alors entre leurs 
ter'*'*^ ^ question est donc, comme nous l’avons dit, de dé- 
*J"'mr si ceux qui paient cette somme sont plus ou moins capables 
(jj. • ^ produire, que ceux à qui ils les paient par l’inleriné- 
de l’amortissement. 
^''mi ! nous sommes convaincu que l’argent reçu ¡lar le rentier 
prêté, est employé productivement; mi 
les st-rait bientôt privé de son revenu habituel. Si donc 
‘lue l’&lt;m acquitte en vue d’un fonds d’umortissemeiif sor- 
U revenu national et non de son capital , une certaine portion 
^‘^^miu se trouve ainsi condensée, consolidée sous forme de capital, 
I eonsi quent le revenu général du pays se trouve accru ; mais il
        <pb n="789" />
        736 ŒUVRES DIVERSES. 
est évident que le contribuable eût opéré la même transformation sans 
l’aide des directeurs de l’amortissement. Tl pourrait en être ainsi, et 
dans ce cas, l’amortissement ne présenterait aucune espèce d’utdité. 
Mais il n’est pas probable que le payeur de l’impôt l’emploie comme le 
ferait le receveur. Quand le receveur perçoit les dividendes, il ne fai 
que substituer un capital à un autre ; mais le contribuable pourra 
joindre à son revenu tout ce qu’il,payait auparavant à 1 Îdat : et is 
la réserve cesse d’être alimentée, il pourra convertir le montant e 
ses contributions eu capital, et accroître ses dépenses en chevaux » 
vins , habits, etc., etc. Il se pourrait encore que le contribuable eut 
payé l’impôt de son capital : dans ce cas il ne ferait, lui aussi, q^e 
substituer tel emploi du capital à tel autre emploi, et la richesse 
publique ne recevrait aucune impulsion du jeu de l’amortissement 
Mais si une fraction quelconque des sommes versées pour la réserve 
sont payées sur le revenu , il est évident que 1 amortissement dc'ien 
une chose salutaire et féconde, car il tend à accroître le produit an 
nuel des terres et du travail. Et comme tout nous fait penser q^ 
tel serait l’effet d’une réserve , nous reconnaissons qu’un fonds d a 
mortissement, sagement, loyalement géré, est une institution sain 
taire et féconde. 
Ee docteur Hamilton appuie le docteur Price, lorsque celui-ci ni' 
siste sur le désavantage qu’il y a à ouvrir, pendant la guerre, 
emprunts à .3 p. O/o au lieu de 5 p. O/o- Ea création du fonds 3 p. 
accroît considérablement le capital nominal qui, pendant les aniic^ 
de paix, ne peut plus être racheté qu’à des prix beaucoup plus élevu!’- 
Des rentes 3 p. ü/() émises à raison de 00 seront peut-être rachetées ‘ 
SU ou même à 100 ; tandis que dans le 5 p. O/o, il n’y aurait accroi» 
sèment de capital nominal ; et comme tous les fonds sont rächetaW^^ 
au pair, ils se trouveraient remboursés avec très-peu de perte. E’exae 
titude de cette observation dépend de la valeur relative de ces dc«^ 
fonds. Ainsi, pendant la guerre de 1708, les 3 p. 0,o se cotaient à ’ 
tandis que le 5 p. O/o était à 73 : et en tout temps la valeur relaU'. 
du 5 p. O/o est inférieure à celle du 3. Un désavantage vient donc ^ 
balancer un autre désavantage , et le choix entre l’émission d’un 
prunt à 3 ou à 5 p. O/o dépend uniquement de la différence des cot^^ 
a la Bourse. Nous sommes persuadé que, pendant presque 
durée de la guerre, il y aurait eu un avantage décidé à créer un h)R 
de 5 p. O/o. Ea masse de ce fonds est en effet limitée : les ventes 
cées y déterminent une baisse considérable, et les capitalistes, 
savent cette circonstance particulière, s’efforcent d’en détruire
        <pb n="790" />
        SYSTÈME DES DETTES CONSOLIDÉES. 737 
conséquences en élevant les prix auxquels ils émettent l’emprunt 
sur le marché. Et tandis qu’une prime de 2 p. O/o peut leur paraître 
suffisante pour compenser les risques d’un emprunt à 3 p. O/o, il se 
^ut qu’ils réclament une prime de 5 p O q lorsqu’il s’agit d’un fonds 
il* Après avoir étudié le jeu d’un fonds d’amortissement alimenté 
au moyen de taxes annuelles, nous arrivons à l’examen des meilleurs 
procédés à employer pour faire face aux dépenses publiques pen 
dant la paix et pendant la guerre. ISous rechercherons en même temps 
SI un pays peut compter quedes sommes levées dans le but de rache 
ter une dette ne seront pas détournées par les ministres, et n’iront 
pas grossir imprudemment les charges nationales en greffant de uou- 
Yelles dettes sur les anciennes. 
Supposons un pays exempt de toutes dettes, et qui se trouve tout à 
coup engagé dans les hasards d’une guerre et dans une dépense addi- 
‘onnelle de 20 millions. T rois moyens se présentent pour faire face à 
cct excédant de dépenses. Premièrement, on peut établir de nouvelles 
^xes s’élevant à 20 millions, et destinées à disparaître au retour de 
paix; secondement, on peut trouver cet excédant de ressources 
c une dette annuelle, et, dans ce cas, on aurait à supporter une 
‘arge annuelle d’un million pour l’intérêt de la première année, de 
uullions pour celui de la seconde année , et ainsi de suite Juseju’à la 
de la guerre. A la fin de la vingtième année, s’il arrivait que la 
è’oerre dunit aussi longtemps, le pays se trouverait grevé à i^rpétuité 
One taxe de 20 millions, et aurait à renouveler les mêmes sacrifices 
®U8 le cas d’une nouvelle lutte. J.e troisième moyen de faire face 
déiKMises de la guerre consisterait à emprunter annuellement les 
uullions nécessaires , mais en prélevant, indépendamment des in- 
cctts, un fonds d’amortissement qui se grossirait à intérêts composés 
^UNqu à égaler la dette. De cette manière on arriverait, comme nous 
tj^vons déjà établi dans cette brochure,à rembourser, dans un in- 
^^cvalle de 45 ans , aprè-s la fin de la guerre , la totalité de la dette, 
0 faire au pays la remise des surtaxes de guerre. 
Ig ^^^''unt nous, le premier de ces trois moyens est incontestablement 
Plus avantageux. Les charges que le pays supporte pendant la 
erre sont énormes, écrasantes , mais elles cessent au retour de la 
ees^* ^ Muselles sont fortes même, plus on se trouve disposé à éviter 
des «rages politiques et à les abréger, quand toute la prudence 
^i^^^^''^‘’uant8 n’a pu les conjurer. Sous le point de vue de l’écono- 
«s trois moyens présentent les mêmes avantages ; cnr 20 millions 
[OEuv. de Ricardo.) 47
        <pb n="791" />
        738 ŒUVRES DIVERSES. 
en un seul paiement, I million versé annuellement et 1,200,000 l. st. 
servis pendant 45 ans, ont exactement la même valeur : mais l’in- 
fluence que ces systèmes exercent sur la gestion des fortunes indi 
viduelles diffère sensiblement. Nous sommes, en général, trop portés 
à croire que les maux de la guerre se réduisent aux taxes qu’on est 
obligé d’ac([uitter immédiatement, sans souci de la durée probable de 
CCS taxes. Userait même difficile de persuader à un bomme qui possè 
de 20,0001. st. ou toute autre somme, qu’une contribution perpétuelle 
de 501. est aussi lourde qu’une seule taxe de 1000 1. st. Il y aurait 
en lui je ne sais quel vague instinct lui disant que les 501. st. seraient 
payées par la postérité : et en effet, ses héritiers auraient à supporter 
cette charge. Mais je demanderai alors quelle différence il y aurait 
pour ceux-ci à recueillir une succession de 20,000 1. st. grevée d’une 
dette annuelle de 50 1. st., ou une suceessionde 19,0001. si. franche 
d’impôts? Ces vues consolantes sur l’avenir sont devenues des argu 
ments entre les mains de personnes très-éclairées d’ailleurs; mais 
nous avouons qu’elles nous semblent inadmissibles. On dira peut-être 
qu’il faut laisser une part à l’imprévu dans le mouvement des choses 
sociales; que la fortune du pays peut s’accroître, et qu’une portion 
de cette nouvelle richesse servira à acquitter les impôts et à soulager, 
par conséquent, nos budgets actuels. Il se peut sans doute que l’ave 
nir nous réserve des progrès ; mais il se peut aussi que notre lortuue 
diminue, que les capitalistes émigrent d’un pays aussi lourdeincul 
imposé, et que le poids soit trop lourd pour ceux qui n’auront pas fu» 
leur patrie. D’ailleurs il n’est personne qui n’ait observé la différence 
que l’opinion établit, en général, entre une taxe annuelle de 5D 1. si. 
et une taxe définitive de fOOO 1. st. Si un individu était oblige de 
payer lOüO 1. st. pour rmcomc /ax (taxe sur les revenus), il s’efforce 
rail sans aucun doute d’épargner la totalité de cet impôt sur son re 
venu annuel : ce qu’il ne ferait certainement pas, s’il n’avait qu ‘‘ 
pourvoir à l’intérêt d’un emprunt au moyen d’un versement an 
nuel de 50 1. st. Les taxes de guerre sont donc plus économiques en 
ce (¡u’elics provoquent un effort de la part du contribuable, qui dm 
ehe à maintenir son capital intact, tandis que le système des on 
prunts ne détermine qu’un effort proportionné a l’intérêt des dépen 
ses additionnelles de la guerre, ce «qui fait que le capital national 
trouve entamé. L’objection que l’on fait le plus habituellement aiix 
taxtis de guerre est que les manufacturiers , les commerçants, qi^ 
n’ont jamais à leur disposition de fortes sommes , ne pourraient 
payer que difficilement. iNous croyons , pour notre part, qu ils
        <pb n="792" />
        SYSTKME DES DETTES CONSOLIDEES. 739 
»■aient Ies plus grands efforts pour économiser la taxe sur le montant 
»le leurs revenus; mais en supposant mèfne qu’ils ne puissent la pui 
ser à cette source , qui les empêcherait de vendre une partie de leur 
propriété ou d’emprunter de l’argent à intérêt? La facilité avec la 
quelle le gouvernement place ses emprunts, prouve qu’il y a un grand 
Domhre d individus prêts à louer leurs capitaux. Î'ioignez du marché 
»^Gt emprunteur géant, et vous laissez d’énormes capitaux à la dispo 
sition de tous. Par de bonnes lois et des réglements sages, on peut 
n^ème entourer les prêts des plus grandes garanties. Dans le cas d’un 
emprunt, A avance l’argent, Jî paie les intérêts, et le reste ne change 
pas : dans le cas où l’on prélèverait des taxes de guerre, A ferait en- 
»ore les avances et II paierait les intérêts ; mais ces intérêts, au lieu 
^ ®*Ier directement à B, seraient d’abord transmis au gouvernement 
Mui les remettrait à A. 
Ces larges contributions , dira-t-on , tombent nécessairement sur 
® propriété, tandis que les petites taxes se répartissent plus égale- 
nient entre toutes les classes. Comme tous les employés , les salariés, 
artisans ne peuvent jamais acquitter de grands impôts , ils se dé- 
aigeront de cette obligation sur le capitaliste et le propriétaire 
»^»■rien. Suivant nous, des taxes de guerre ne leur seraient au cou- 
raire d’aucun avantage. Les appointements, les salaires se règlent 
sur le prix des marchandises et sur la situaton relative de ceux qui 
paient et de ceux qui 1(% reçoivent. Or, des taxes de la nature de 
eelles (pie nous proposons, auraient pounrésultat inévitable d’altérer 
'^^prix, de changer, par conséquent, les relations entre ces différentes 
^ asses de citoyens, enfin de remanier le tarif des salaires et des ap 
pointements. 
Ca rémunération accordée aux professeurs, aux hommes spéciaux, 
est déterminée, comme toutes les autres valeurs, par l’offre et la 
J onande. Ce qui crée les hommes d’une aptitude spéciale, ce n’est pas 
argent, c’est la position qui leur est offerte dans le monde. Si vous 
‘ 'Dlinuez, par de nouvelles taxes, le revenu des propriétaires et des 
apitalistes , tout en maintenant le salaire des capacités, vous élevez 
situation relative, vous attirez dans la voie du travail un plus 
^*’and nombre d’individus, et cette irruption détermine nécessaire 
•aent une baisse dans la rémunération. 
^ avantage pr(»dominant des taxes de guerre consiste à ne troubler 
d une manière passagère le mouvement industriel du pays. Le 
P*'*' des marchandises ne varierait que pendant ces années d’agita- 
•»»D fiévreuse, où tout change, tout varie, et au retour de la paix, les
        <pb n="793" />
        740 OEUVRES DIVERSES. 
prix, les hommes, les choses reprendraient leur assiette régulière. 
Dans un état de liberté complète, tout homme adopte le travail qui 
s’accorde le mieux avec ses instincts, ses facultés, et il en résulte une 
impulsion féconde dans la production. Mais une taxe mal calculée, 
mal appliquée, peut nous entraîner à importer ce qu’il eût été avan 
tageux peut-être de produire à l’intérieur, ou à exporter ce que nous 
aurions eu du profit à faire venir du dehors. Dans les deux cas, à l’in 
convénient de payer un impôt se joindra celui d’obtenir, en échange 
de notre travail, une valeur moindre que celle que nous eût donnée 
une liberté entière dans la production. Un système d’impôts compli 
qué et dilïicile dérobe aux législateurs la plupart de ses vic«s, de ses 
conséquences fâcheuses, et, par conséquent, il n’excite pas l’industrie 
à des efforts désespérés. Au moyen des impôts exceptionnels delà 
guprre, nous pourrions épargner un grand nombre de millions dans la 
perception : tout au moins, pourrions-nous licencier cette armée d’em 
ployés qui grève nos budgets. Nous n’aurions à supporter aucune 
charge pour la gestion de notre dette : nous ne contracterions plus 
d’emprunts à 50 et 60 1. st., pour les racheter à 70, 80, et même 
100 1. st.; et peut-être même, ce qui serait le plus beau résultat de 
ce système, pourrions-nous tarir ces deux grandes sources de démo 
ralisation pour le pays : les Douanes et les Contributions indirectes. 
Sous quelque point de vue que nous envisagions cette question, nous 
sommes toujours amenés à dire que nos finances s’amélioreraient 
sensiblement le jour où nous renoncerions à la pratique des dettes 
fondées. Luttons contre les dillicultés lorsqu’elles se présentent, et ne 
chargeons pas nos ressources de ces fardeaux perpétuels dont on ue 
sent bien le poids accablant que lorsque le mal est devenu sans re 
mède. 
Il nous reste maintenant à étudier les deux autres moyens propres 
à faire face aux dépenses extraordinaires de la guerre. L’un consis 
te, nous l’avons dit, à emprunter le capital nécessaire , en levant, au 
moyen de taxes annuelles, les sommes destinées au paiement des iu 
térêts : le second, à ajouter au service des intérêts une somme addi 
tionnelle, qui prend le nom d’amortissement, et dont l’action doit être 
d’éteindre au bout d’un certain temps la dette contractée, et de nous 
affranchir des taxes qu’elle occasionnait. 
Fermement convaincu que tôt ou tard les nations s’ellorcerout 
de faire face à leurs dépenses ordinaires et extraordinaires , au mo 
ment même où ces dépenses deviennent nécessaires, nous sommes 
prêts à admettre tout système qui accélérerait le remboursement de
        <pb n="794" />
        SYSTEMK Í)KS DETTES CONSOLIDEES. 
741 
notre dettte, à condition toutefois (¡ue ce système ne soit pas un 
leurre. Tæ point à ex.amiiiei’ est donc eelui-ci : Peut-on compter, 
nui ou non, sur une application sévère de l’amortissement au rachat 
graduel de notre dette ? 
Tjorsque M. Pitt créa, en 1786, la caisse d’amortissement, il pres 
sentait déjà le danger qu’il y aurait à en confier la gestion aux ministres 
et au Parlement. Aussi avait-il exigé que les sommes destinées à la 
réserve fussent payées par l’Échiquier aux commissaires, en ver 
sements trimestriels, et qu’on] les appliquât presqu’immédiatement à 
racheter des rentes. Les commissaires désignés étaient le président de 
la chambre des Communes, le chancelier de l’Échiquier, le maître des 
ï’ôles le chef de la comptabilité, le gouverneur et le sous-gouver 
neur de la Banque. Il crut qu’une telle organisation garantirait la 
parfaite destination de la réserve, et il le crut avec justice, car les 
commissaires ont fidèlement rempli leur mandat. Les paroles de 
^1 Pitt, en 1786, avaient été celles ci ; « Souffrir qu’à aucune époque, 
et Rous quelque prétexte que ce soit, l’amortissement puisse être dé 
tourné de son but réel, ve serait détruire, briser, renverser mon plan. 
J’espère donc, qu’une fois le bill que je présente accepté par la 
Chambre, elle se croira solennellement tenue à le respecter et à le 
oiaintenir. 
“Si la réserve d’un million s'accumule régulièrement et se grossit 
intérêts, il lui suffira, pour s’élever à une somme considérable, 
^ un intervalle qui serait assez court dans la vie d’un homme et qui 
•Unible une heure de l’existence d’un grand peuple. On arrivera ainsi 
^ déterminer les charges de ce pays, au point de rendre impossible, 
uiêmesous la pression de guerres ruineuses, le retour des dettes géan- 
tcR qui ont écrasé la nation. Kn 28 ans, une somme d’un million, 
grossie par les intérêts, s’élèverait à 4 millions ; mais il faut éviter de 
porter la main sur cette précieuse ressource. De ¡elles violaiions ont été 
l^squ’àprésent la ruine de nos finances; car^ si l’amortissement primi- 
avait été respecté , il est mathématiquement vrai de dire qu’en ce 
"Moment nos dettes seraient assez légères. Mais le Parlement s’est vai 
Moment efforcé d’arriver à ce résultat. Tous les mnistres ont fait main 
^asse sur un fonds qui eùtdii être sacré pour eux , et en ont fait une 
^^orie d’en-cas financier. Comment donc prévenir ces abus ? Le plan 
fiue je propose consiste à remettre à des fonctionnaires spéciaux le 
' La (tour des Rôles (roll’s court) en Angleterre est un tribunal qui a iinmé- 
•atement rang après la cour de la Chancellerie.
        <pb n="795" />
        742 
ÜblUVKKS DIVERSES. 
montant de la réserve, pour qu'ils le eonsaerent, tous les trois mois, 
à acheter des rentes. J)e cette manière, on diminuera rimj)ortiinec 
des sommes formant l’amortissement, et on diminuera, eonsé()ueni- 
ment, la tentation qu’aurait le gouvernement d’y porter la main. De 
puis longtemps, bien longtemps, ce pays lutte contre le fardeau qui 
l’écrase, et lutte sans espoir; mais j’offre un moyen de secouer peu à 
peu ce joug financier. En faisant aux commissionnaires un versement 
trimestriel de 250,000 1. st., on préviendrait la fraude, et l’évidence 
même des bienfaits que ce système doit semer sur le pays assure sa 
conservation. » 
Ainsi M. Pitt se flattait d’avoir découvert un remède pour les dif 
ficultés qui avaient épuisé le pays : il croyait avoir trouvé '* le moyen 
de ravir à l’arbitraire des ministres un fonds inviolable et saint. « Dn 
peut s’étonner en vérité, qu’avec cette connaissance profonde qu’il 
avait du Parlement, il se soit fait illusion au point de croire que les 
Communes opposeraient une résistance soutenue aux tentatives de 
l’Pclii([uicr. Dans le fait, les ministres n’ont pas atta(}ué une seule 
fois le plan de l’illustre homme d’État sans obtenir du Parlement l’ap 
pui le plus immédiat. 
Nous avons déjà parlé d’un, chancelier de l’Échiquier qui proposait, 
en 1807, à une époque où la guerre épuisait nos finances, où les cm 
prunts s’accumulaient pour faire face aux dépenses publiques , qui 
proposait, dis-je, d’alléger les taxes pendant plusieurs années. Comme 
on ne peut croire de nos jours à l’intervention miraculeuse de quel 
que pluie d’or, il faut bien croire qu’il se disposait à violer la fameuse 
réserve, dite inviolable. 
En 1809, un autre chancelier de Tixliiquier levait un emprunt 
sans créer un impôt additionnel destiné an service des intérêts, mais 
en affectant à cette obligation une partie des taxes de guerre : ee 
qui plaçait le gouvernement dans la nécessité d’accroître d’antaut 
l’emprunt des années suivantes. N’était ce pas, encore une fois, s’em 
parer frauduleusement de l’amortissement et grossir la dette à inté 
rêts composés? I n autre cbancelier proposa, en 1813, l’abrogation 
partielle delà loi. Il se trouva disposer ainsi d’un fonds annuel de 
7 millions st. pris sur l’amortissement, et qu’il employa à servir 
l’intérêt de nouvelles dettes : tout ceci fut fait avec le consentement 
des Communes, et en contravention flagrante des lois qui semblaient 
protéger ou devoir protéger la réserve. Mais que devint l’excédant 
de la réserve, ou ce qui en restait après la déduction faite des 7 mil 
lions annuels ?
        <pb n="796" />
        743 
SYSTEMK DES DETTES CONSOLIDEES. 
Ell 1813, et suivant les rap|M)iTs présentés aux Chanilnes, raninr- 
tissemcnt s’élevait à H&gt; millions. La commission des linanees nom 
méc à cette époque dut reconnaître et reconnut que les seules 
ressources qu’on puisse reconnaître, comme servant réellement au ra 
chat de la dette en temps de paix, sont un excédant des revenus sur 
les dépenses; et comme cet excédant, suivant les calculs les plus 
optimistes, ne s’élevait pas entièrement à 2 millions, elle crut que 
le fonds réellement applicable à l’extinction de notre passif ne pou 
vait dépasser cette somme. Si l’on avait obéi aux intentions de M. ritt, 
et aux prescriptions de l’acte de 1802, nous aurions un excédant 
disponible de 20 millions : dans l’état actuel des choses, cet excé 
dant ne dépasse pas 2 millions; et si l’on demande aux ministres ce 
que sont devenus les 18 autres millions, ils répondent par une paix 
ruineuse, par une organisation politique qu’ils ne peuvent entretenir 
qu’au moyen de traites sur la réserve. Il est clair cependant que 
s’ils n’avaient pas compté sur ces ressources extraordinaires , ils 
ue se seraient jamais hasardés à solder chaque année le budget par 
des déficits de 12 millions et plus. 
il est vrai que les mesures de M. Pitt enlevaient la réserve à leurs 
uvides combinaisons, mais ils la savaient entre les mains des cximmis- 
saires, et la docilité bien connue du Parlement les portait à considérer 
ces agents comme des délégués agissant pour eux, et accumulant 
Puur eux des trésors dont ils ixmvaicnt disposer, le moment venu. 
aurait pu croire même qu’ils étaient convenus avec les commis 
«aires d’ajouter annuellement 12 millions st. à la dette, pour balancer 
12 millions qui grossissaient à intérêts composés la réserve. l,es 
faits tendent tous à confirmer la pensée d’une convention qui, pour 
^fre tacite, n’en fut pas moins désastreuse.. (Veut seulement dans la 
dernière session du Parlement, que les ministres voulurent bien recon 
naître le mensonge de cette situation, alors que le mensonge avait 
déjà frappé tous les esprits ; et cependant ils n’ont pas craint d’ajou- 
fnr que leur intention était de perpétuer un amortissement purement 
nominal , en comblant chaque année les délieits au moyen d’em- 
Prunts auxquels souscriraient les commissaires. Il serait difficile de 
découvrir sur quel principe se fondera une telle combinaison. Peut- 
être dira-t-on que la radiation de l’amortissement serait une viola- 
flnn de contrat vis-à-vis des rentiers : mais le contrat ne se trouve-t-il 
Pfts aussi manifestement violé quand le gouvernement vend lui-même 
*Dx commissaires la plus grande partie des fonds qu ils rachètent.
        <pb n="797" />
        744 
OKUVHKS DIVEHSES. 
Ce que veut le rentier ec sont des actes positifs, efficaces, et non des 
mesures décevantes et mensongères. Couvrez Eopération d’autant de 
voiles et de sophismes que vous voudrez, si des 14 millions dont peu 
vent disposer les commissaires en temps de paix, 12 millions sont con 
sacrés à acheter des rentes que le gouvernement émet dans l'intention 
positive d’obtenir ces 12 millions ; si 2 millions seulement sont em 
ployés au remboursement de la dette, et qu’on ne crée pas des taxes 
pour l’amortissement ou l’intérêt des 12 millions perçus par l’Échi 
quier, le résultat est absolument le même pour le capitaliste et pour 
tous les intéressés, que si l’on avait réduit la réserve à 2 millions, l u 
grand pays, on l’avouera, ne doit pas soutenir et justifier de pareilles 
jongleries. 
Au lieu de diminuer notre dette, l’amortissement l’a donc considé 
rablement accrue : de plus, il a encouragé les dépenses et les gas 
pillages. Si pendant la guerre un pays dépense 20 millions de plus 
que dans les années de calme, et s’il ne prélève de taxes que pour 
le service des intérêts, il se créera au bout de 20 ans une dette de 
400 millions, et ses impôts s’élèveront jusqu’à 20 millions annuelle 
ment. Mais si au million des intérêts on ajoute un amortissement de 
200,000 1. St., les impôts à la fin de la vingtième année seraient de 24 
millions, et la dette de 342 millions seulement. La réserve aura servi 
en effet au rachat de 58 millions; mais si à la fin de cette période on 
contractait de nouvelles dettes, et si l’on employait le fonds d’amor 
tissement — montant alors à 0,940,0001. par la puissance des intérêts 
composés, si on l’employait à servir les intérêts de cette dette, le 
montant total serait de 538 millions, c’est-à-dire qu’il excéderait de 
138 millions la dette qu’eût supportée le pays s’il n’y avait pas eu de 
réserve. Si donc des dépenses additionnelles sont jugées nécessaires, 
c’est par de nouvelles taxes, par un excédant de revenus qu’il faut y 
faire face, et non par un amortissement illusoire. Et cependant, mal 
gré toutes les leçons de l’expérience, nous travaillons à reconstituer 
une réserve; et, dans la dernière session du Parlement, on a même voté 
3 millions dans le but avoué de porter cette réserve de 2 à 5 millions 
sterling (50 à 125 millions de francs). Il est dur sans doute de prédire 
a ce nouveau fonds une destinée parfaitement semblable à ses prédé 
cesseurs ; mais les illusions ne sont plus possibles. Pendant quelques 
années il fonctionnera régulièrement ; puis viendront de nouvelles 
difficultés politiques, et les ministères, craignant de trop aggraver le 
fardeau des impositions, puiseront dans la réserve pour payer les
        <pb n="798" />
        745 
SYSTEME DÉS DETTES CONSOLIDÉES. 
intérêts dc^ la dette : et nous serons bien heureux si, à la fin de la 
crise, l’amortissement conservait dans ses caisses banales un fonds 
*ûodique de 2 millions. 
•^ous croyons avoir suffisamment démontre que les ministres ne 
peuvent garantir l’inviolabilité de la réserve : or, sans cette garantie, 
l’amortissement devient une arme dangereuse à nos finances. Rem 
bourser toute notre dette, ou une partie de notre dette, c’est, à notre 
®'is, un acte fort salutaire ; mais à condition d’éviter pour l’avenir 
les périls qui accompagnent l’institution de l’amortissement. Tel qu’il 
®st constitué, et de quelque manière qu’il puisse même être constitué, 
ce fonds est impuissant à éteindre des emprunts ; mais si, au lieu de 
recourir au crédit, on payait la dette au moyen d’une taxe sur la 
propriété, on pourrait atteindre au résultat tant désiré, tant cherché 
P®r nos plus grands financiers. C’est le seul moyen de nous défaire 
^^yalement de notre dette, et ce moyen, il suffirait de le mettre en œu- 
''re pendant deux ou trois années de paix. Les objections qu’on peut 
présenter à c« plan ne diffèrent pas de celles qu’on a soulevées au su- 
des surtaxes de guerre, et que nous espérons avoir réfutées. Les 
^^pitalistes, ainsi remboursés, dira-t-on, seront nantis de capitaux 
^ont ils trouveront difficilement l’emploi. Mais ne voit-on pas que les 
^Manufacturiers et les propriétaires auront besoin de vastes sommes 
peur effectuer leurs paiements à l’Échiquier? Dès lors ces différentes 
riasses de citoyens s’associeront indirectement : les uns prêteront 
*®Mr capital aux autres qui le feront valoir, et cela sans qu’il y ait le 
*Meinsdu monde besoin de l’intervention de l’État. Nous nous trou- 
'^crions ainsi débarrassés d’un fléau financier qui gêne et ruine no- 
^*‘c commerce et notre industrie. 
^^c plus grande sécurité qu’on puisse donner au maintien de nom 
*'®lations pacifiques avec le dehors, c’est l’obligation pour les mi- 
M*stres de lever de nouvelles taxes pour faire face aux dépenses de 
M guerre. Laissez croître au contraire l’amortissement sous leurs 
, sous leurs mains, et ils se lanceront imprudemment dans la 
'"Mie périlleuse des emprunts de toute nature. L’argument favori de 
Mms chanceliers de l’Échiquier, quand ils veulent créer de nouvelles 
destinées à de nouvelles réserves,^consiste à dire ceci : « L’é- 
* franger nous respecte : il craindra de nous insulter, de nous provo- 
^Mer, quand il saura que nous possédons des ressources aussi formi- 
“ tables. » L’argument respire, sans doute, le patriotisme le plus 
®^alté ; mais que signifie-t-il en définitive, si ce n’est que, pour eux, 
MMiortissement est une arme de guerre dont ils sauront se servir à
        <pb n="799" />
        7i6 ŒUVIŒS DIVERSES. 
l’occasion ? On ne pent en effet faire servir une réserve à racheter la 
dette, et, en même temps, à combattre les ennemis : et si les laxes 
sont, comme elles doivent l’être, levées en vue de payer les charp[C8 
d’une guerre, de quel suíícíís peut être l’amortissement pour leur 
perception ? Non, disons-le franchement et hautement : les ministres 
savent fort bien que l’amortissement ne peut favoriser la levée de 
nouveaux impôts, mais ils savent aussi qu’ils pourront le détourner 
de son but et le faire servir à payer les intérêts de dettes nouvelles. Si 
leur argument ne signifie pas cela au fond, il ne signifie absolument 
rien : car une réserve n’ajoute rien à la richesse, à la prospérité d’un 
pays, et c’est cependant le développement de la richesse et de la pros 
périté qui peut seul permettre de supporter un supplément de char 
ges. Que voulait dire M. Vansiltart, quand il s’écriait en 1813 ; « b’«' 
vantage de mon nouveau système est immense, car il mettra à notre 
disposition un capital de 100 millions dont nous pourrons nous ar 
mer en cas d’hostilités. Le Parlement se trouvera pourvu alors d’un 
levier énergique et puissant. Peut-être dira t on que cette force iiU' 
mensc exaltera l’ambition, l’arrogance de notre gouvernement, et 
nous précipitera dans des luttes ardentes et continuelles: « — objee- 
lion pleine de sens, et à laquelle M. Vansittart répond par les phrases 
spécieuses qui vont suivre : — «■ A cet égard, l’expérience et la ré 
flexion nous enseignent qu’il vaut mieux que les autres peuples aient 
à réclamer notre modération, qu’à nous accorder la leur. Kt s’il arri' 
vait que les sommes amassées fussent gaspillées par l’arrogante am 
bition du gouvernement, la responsabilité ministérielle est là pn“' 
répondre de toutes ses fautes. Le blâme doit revenir alors aux dé 
prédateurs, et non à ceux qui ont mis entre leurs mains des moyens 
de défense, de grandeur et de gloire, dont ils ont fait des instru 
ments de rapines et de désordres. « 
Ces raisonnements sont très-bien placés, sans doute, dans 
bouebe d’un ministre; mais nous croyons que le trésor en question 
serait mieux placé sous la garde du pays tout entier, et que le P»*’' 
lement a mieux à faire qu’à donner au gouvernement des moyens de 
défense, de grandeur et de gloire. Son devoir est, avant tout, de 
veiller à ce que les ressources du pays ne servent pas aux dessein^ 
« d’une politique avide , grossière, arrogante. « 
Enfin le docteur Hamilton a parfaitement réfuté la prétention 
M. Vansittart a manifestée lorsqu’il attribue à son plan la vertu de 
créer, plus rapidement, plus sûrement que tous les autres système® -
        <pb n="800" />
        SYSTEME DES DETTES CONSOLIDEES. 
7i7 
une somme disponible de 100 millions. Voici les paroles du docteur 
Hamilton : 
" H nous est absolument impossible de nous faire une idée bien 
nette du trésor précieux dont on nous parle. Dès qu’une certaine 
somme a été rachetée par les commissaires, la dette publique se trou- 
diminuée d’autant. Et la déclaration olTieielle du Parlement n’est 
plus qu’une matière de forme. Si le capital racheté reste au nom 
des commissaires , il est évident qu’on peut le jeter de nouveau sur le 
uiarehé, et le négocier dans le cas où la guerre éclaterait de nouveau. 
C est un moyen tri^-simple débattre monnaie, et ce moyen se réduit 
‘‘ Diviter les rentiers à acheter des fonds retirés de la circulation. 11 est 
''•'ai, ajoute l’écrivain, que si les taxes levées pendant la guerre, en vue 
de l’amortissement, se perpétuent dans les années de paix et grossis- 
^^nt entre les mains des commissaires jusqu’au chiffre de 100 millions, 
par exemple, le pays pourra dépenser ces 100 millions sans imposer 
de nouveaux tributs au pays; mais cet avantage n’a rien de particu- 
Her au plan de M. Vansittart, et il résulte même de tous les systèmes 
^•Jivis pour l’organisation des caisses d’amortissement. M. Vansittart 
^^ieait dû dire : « Si l’amortissement doit atteindre pendant la paix 
•^De somme assez considérable pour que je puisse y puiser 5 millions 
P®!' an, je puis dépenser hardiment 100,000,000 I. st. dans une 
•^‘^üvelle guerre, sans vous demander de nouvelles taxes. Les dés 
avantages de mon plan sont, toutefois, qu’en prélevant 7,000,000 I. 
Par an, comme je le fais actuellement, et en appliquant aux besoins 
présents des sommes plus fortes que celles que je verse , l’amortisse- 
**tiintse trouvera tellement diminué que je ne pourrai de fort long- 
^‘nips consacrer les 5 millions à l’usage que j’avais d’abord indi 
qué. » 
FIN DES (t:i VRES DE RICARDO.
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TABLE DES MATIÈRES 
CONTENUES DANS LES (ElIVRES DE RICARDO. 
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Pages- 
Notice sur la vie et les travaux de D. Ricardo ^ 
Préface de l’auteur ^ 
Avertissement pour la troisième édition ^ 
DES PRINCIPES DE l’ÉCONOMIE ET DE l’IMPÔT. 
/ - CHAPITRE 1®'. De la valeur. — § 1*". — La valeur d’une mar- 
^chandise, ou la quantité de toute autre marchandise contre la- 
^ quelle elle s’échange, dépend de la quantité relative de travail 
nécessaire pour la produire, et non de la rémunération plus ou 
moins forte accordée à l’ouvrier 
II. — La rémunération accordée à l’ouvrier varie suivant la 
nature du travail ; mais ce n’est pas là une des causes qui font 
varier la valeur relative des différentes marchandises. . . 
§ III. — La valeur des marchandises se trouve modifiée, non- 
seulement par le travail immédiatement appliqué à la produc 
tion, mais encore par le travail consacré aux outils, aux ma 
chines , aux bâtiments qui servent à les créer 
§ IV. — L’emploi des machines et des capitaux fixes, modifie 
considérablement le principe qui veut que la quantité de tra 
vail consacrée à la production des marchandises, détermine 
leur valeur relative • • • • . 
§ V. — Le principe qui veut que la valeur ne varie pas avec la 
hausse ou la baisse des salaires, se trouve encore modifié par 
la durée du capital et par la rapidité plus ou moins grande 
avec laquelle il retourne à celui qui l’a engagé dans la produc 
tion 
§ VI. — D’une mesure invariable des valeurs 
§ VII. — Des différentes conséquences produites par les oscilla 
tions dans la valeur de la monnaie ou dans celle des mar 
chandises que la monnaie, — ce symbole des prix, — sert à 
acheter 
II. De la vente de la terre. . . . 
III. Du profit foncier des mines. . . 
IV. Du prix naturel et du prix courant 
V. Des salaires 
VI. Des profits 
CHAP. 
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38 
58 
63 
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        TABLE DES MATIÈRES. 
749 
chap, vil 
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IX. 
X. 
XI. 
Xll. 
XIII. 
XIV. 
XV. 
XVI. 
XVII. 
XVIII. 
XIX. 
XX. 
XXL 
XXIII. 
XXIV. 
XXV. 
XXVI. 
XXVII. 
XXVIII. 
Du commerce extérieur 100 
De l’impôt 121 
Des impôts sur les produits naturels 125 
Des impôts sur les rentes 1^1 
De la dîme 1^^ 
De Cimpôt foncier 1^® 
De l’impôt sur tor 104 
Des impôts sur les maisons 172 
Des impôts sur les profits 176 
Des impôts sur les salaires 186 
Des impôts sur les produits non agricoles 217 
De la taxe des pauvres 232 
Des changements soudains dans les voies du commerce. . 239 
Des propriétés distinctives de la valeur et des richesses. . 247 
Des effets de l’accumulation sur les profits et sur tintérêt 
des capitaux 264 
Des primes à l’exportation., et des prohibitions à l’im/tor- 
tation 278 
Des primes accordées à la production 295 
De la doctrine d’Adam Smith sur la rente de la terre. . 300 
Du commerce colonial 310 
Du revenu brut et du revenu net 317 
De la monnaie et des banques 323 
De la valeur comparative de l’or, du blé, et de main- 
d'œuvre, dans les pays riches et dans les pays pauvres. 347 
Des impôts payés par le producteur 353 
De Vinfluence que l’offre et la demande ont sur les prix. . 355 
Des machines 363 
De l'opinion de M. Malthus sur la rente 372 
ŒUVRES DIVERSES 
Relatives a des questions^f. monnaies, de banque, de finances et d 
"-'BEBTÉ commerciale, TRADUITES EN FRANÇAIS PAR M. AlC. FoNTEYRAUD. 
introduction. 
haut prix des LINGOTS EST UNE PREUVE DE LA DÉPRÉCIATION DES BIL 
LETS DE BANQUE; 
^aduit sur la cinquième édition, corrigée et augmentée d’un Appendice, 
contenant des observations relatives à quelques passages d’un arti 
cle de la Revue d’Edimbourg, sur la dépréciation de la circulation 
en papier ; ainsi que des propositions tendant à assurer au public 
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        750 
TABLE DES MATIERES. 
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Pages. 
une circulation aussi invariable que l’or avec un contingent très- 
modéré de ce métal /tOl 
Appendice A36 
Réponse aux observations pratiques de M. Bosanquet, sur le rapport 
DE LA COMMISSION DES MÉTAUX PRÉCIEUX 
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-f. CHAP 
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Observations préliminaires. — Exposé sommaire des objec- 
^ tions présentées par M, Bosanquet, contre les conclusions 
de la commission 
CHAP. 11. Examen des faits que M. fíosanquet cite comme puisés dans 
¿'histoire du change. ' 
§ 1. — Change avec Hambourg ^6^ 
§ 11. — Change avec Paris 
§ 111. — Prétendue existence d’une prime sur la monnaie 
anglaise en Amérique.—Change favorable avec la Suède, 
§ IV. — Examen d’une décision de la commission relative 
au pair du change 
CHAP. III. Examen des faits allégués par M. liosanquet dans la pré 
tendue réfutation du primate suivant : Un excédant du 
prix de marché des lingots sur le prix à la monnaie est 
la preuve d’une circulation dégradée. 
§ I. — Nier cette conclusion, c’est proclamer l’impos 
sibilité de fondre ou d’exporter toute monnaie anglaise, 
— et certes personne ne soutiendra une telle assertion. 
§ II. —Conséquences qui résulteraient de l’hypothèse où 
les circulations monétaires des peuples ( l’Angleterre 
exceptée ) seraient diminuées ou accrues de moitié. 
' § 111. — La légère hausse du prix de l’or sur le continent 
est due seulement à une variation dans le rapport de 
l’argent à l’or • 
§ IV. — Défaut attribué à la théorie de M. Locke,sur la re 
fonte de 1690 • 
CHAP. IV. Étude des objections présentées par M. liosanquet contre 
cette proposition : La balance des paiements a été favo 
rable à l’Angleterre. . , . . • 
CHAP. V. Considérations sur l'argument que présente M. liosanquet, 
pour prouver que la lianque d'Angleterre ri a pas le ¡»ou- 
voir de donner cours forcé aux billets de banque. 
CHAP. VI. Observations sur les principes du seigneuriage, ou droit de 
monnayage • 
CHAP. VII. Examen des objections présentées par M. liosanquet contre 
cette proposition : &lt;( La circulation issue de la Banque 
d'Angleterre règle celle des banques de province. » • 
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TABLE DES MATIÈRES. TM 
Pages. 
CHAP. VIH. Considérations sur l’opinion suivante de M. Bosanquet: 
La cause exclusive du renchérissement des prix ne 
provient pas d’un excès de circulation, mais des impôts 
et d’une succession de disettes 521 
chap. IX. Discussion sur ce principe de M. Bosanquet : La re 
prise des paiements en espèces entraînerait de grandes 
complications 528 
Appendice. 53Ü 
Essai sur l’influence du bas prix des blés sur les profits du i 
CAPITAL; montrant le vice des restrictions dirigées contre les impor 
tations ; et contenant des remarques sur les deux dernières publica 
tions de M. Malthus^ ayant pour titres : Recherches sur la nature et 
•es progrès de la rente (fermage), et Bases d’une opinion sur la lé 
gislation restrictive dirigée contre l’importation des blés étrangers. 539 
introduction • 5/jl 
Essai sur i.’it^uence nu bas prix des blés. 5/|3 \J 
Propositions tendant a l’établissement d’une circulation mo- 
’^ÉTAiRE économique ET SURE, suivics d’observations sur les prop.ts de 
io Banque d’Angleterre^ envisagés relativement au public et aux action- 
flaires de son fonds social 
introduction 
Ä Rt. — Tout principe d’uniformité dans les agents de circulation 
est un principe de perfection. — De l’emploi d’une matière type. 
— Examen des objections que ce système a soulevées. . . . 577 
§ H. —De l’emploi d’une matière type 580 
§ III. — Des imperfections de l’étalon. Les variations qui tendent à ) 
abaisser la valeur de l’étalon ne compensent point celles qui l’af- ^ 
fectent en sens contraire. — Les règles de toute monnaie de I 
papier sont d’être en conformité parfaite avec l’étalon. . . . 583 
§ IV. — Moyen propre à donner à la circulation de l’Angleterre, 
le degré de perfection possible 587 
§ V. — D’une coutume qui crée un grand nombre d’inconvénients 
pour le commerce. — Remède proposé 59Zi 
§ VI. — La somme allouée à la Banque pour ses fonctions publi 
ques est excessive. — Remède proposé 596 
§ VII. — Prolits et revenus de la Banque : leurs vicieuses destina 
tions. — Remède proposé 610 
A ppendice. — 1. Tableau indiquant le montant de l’allocation an- 
rieelle^ payée par le public, de 1797 à 1815, pour l’administration des 
dettes de l’Angleterre, de l’Irlande, de l’Allemagne et du Portugal. 625 
571 
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        TABLE DES MATIÈRES. 
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II. Tableau indiquant les sommes payées annuellement à la Banque 
pour le recouvrement des souscriptions aux emprunts publics. . • 
III. Montant général de la dette non rachetée de la Grande-Bre 
tagne et de l’Irlande , y compris des prêts faits à l’empereur d’Alle 
magne et au prince régent de Portugal, au 1" février 1815 d’après 
le compte soumis au Parlement 
IV. Moyenne de la circulation de billets de Banque, y compris les 
Bank-post-bills, pour chacune des années 1797 à 1815. . . 
V. Aperçu des profits de ,1a Banque d’Angleterre pour l’année 
commençant le 5 janvier 1797 
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1798. 
1799. 
1800. 
1801. 
1802. 
De la protection accordée a l’agriculture. 
CV-s V introduction 
§ 1". — Du prix rémunérateur 
§ h. — Influence de l'augmentation des salaires sur le prix du blé 
8 qil. —ilDe l’inlluenae des toes spécialepient assises sur une mar 
chandise: ./. Liflil 
§ jlV. — De l’influence (fes belles récoltes sur le prix du blé. 
§ i^V. — De l’influence produite sur le prix des blés par le bill de 
'M. Peel, relatif au rétablissement de l’ancien étalon. . . 
§ VI.— De l’influence qu’a le bas prix dublé sur le taux des profits 
I Vil. — Sous un régime de droits protecteurs destinés à concéder 
le monopole du marché national à nos cultivateurs de blé, les 
prix sont nécessairement soumis h de continuelles fluctuations 
§ VIII. — Examen du projet conçu dans le but de prêter de l’argent 
à bas intérêts aux cultivateurs sur les blés 
IX. — Peut-on attribuer aux impôts la détresse actuelle de notre 
agriculture? 
Conclusion ' • • 
Appendice 
Plan pour l’établissement d’une banque nationale. . . . 
Préface 
Plan d’une Banque nationale 
Essai sur le système des dettes consolidées et sur l’amortis- 
Page» 
626 
626 
627 
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656 
657 
667 
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SEMENT. 
Table générale des matières contenues dans les œuvres de Ricardo 
671 
680 
682 
686 
691 
697 
698 
699 
713 
768 
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
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