<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0">
  <teiHeader>
    <fileDesc>
      <titleStmt>
        <title>Oeuvres complètes</title>
        <author>
          <persName>
            <forname>David</forname>
            <surname>Ricardo</surname>
          </persName>
        </author>
      </titleStmt>
      <publicationStmt />
      <sourceDesc>
        <bibl>
          <msIdentifier>
            <idno>836084659</idno>
          </msIdentifier>
        </bibl>
      </sourceDesc>
    </fileDesc>
  </teiHeader>
  <text>
    <body>
      <div>
        <pb n="1" />
        K'#

k

m

m

äß

Sfc'

A*

M*

‘iSi

•&amp;gt;:*

?v«

i»

«V

W#

I  t:

w&amp;gt;

%

M

%%

%*

?

*■)»

*

1

m

■W«

T¿  -&amp;gt;

El

m

##

J*.4

i0

1  %

#V
        <pb n="2" />
        WM

»

kt

«Í

tó*

/Tí

fA

&amp;amp;w

Ag

?4/

ï?

«Tíí

**

•c

4m

Á'gJ

?%•

MA

#

*ß

*ñ

&amp;amp;!

A

«r'‘

1^

e«.v

@1#

•iX

i

s%

%

ry.

K

#

%

%'A

m

'¿Mf

it,\_

%

&amp;lt;a

rv

ä»

?!

%

m

»91

\K

5f,

%

nc

•I

!f4f

»

«*

%

W

M;

•&amp;gt;

A*

/S»

%

Vçt

!%%

/m

m

W

■\

a»

A

25

'Xi

%

mR

m

$k

-^9

:V*J

■&amp;gt;ç.

%

tri:

lu

v*

if!

•ít¿¿

.•w*

?x

•  Ä

¿fcï

VK

:f&amp;lt;

w

•»&amp;gt;'

«

BW

y0.

*#

'A::%

:&amp;gt;i'

.**•'*,

il«:

•j»

Sc.

'JVr

ii'4

iW

#

AKpm

iS'

Ç*?

m

W»

%&amp;gt;'

»

ii

ey

%

K&amp;lt;

*/»

3*5'

55i

’•«»

m

t?.^

7*t

m

'»ir

#

kE

&amp;gt;A

m

S'*

V2

%

r

M

h*

m

rj

hv

%

m

«■TÄ

Al«

»I*

w

ü

w;

♦A»

%

»tä

•%&amp;gt;w&amp;gt;

S'*

■¥=&amp;gt;,s



«

H

'#f

%

Uw

M

m

%

3k

&amp;amp;&amp;gt;,

'Ä

\ï^
        <pb n="3" />
        1

r  /fi  fí)  i3)
        <pb n="4" />
        _.  .  -  :Æt

lAZ  9oV%0

l#tt  ‘iLtà  '^a/t  LA-K^t^-^Í-Jí*  ívt'¿9/^'i  .  '^'^'J

]}‘^(jU-U.

-

%

^,'...r

I  V

r

V  «

'k

k'V

&amp;lt;r
        <pb n="5" />
        OEUVRES  COMPLÈTES
■  UK
DAVID  RICARDO.
        <pb n="6" />
        DE  l/iMPIUMKKlF.  DE  BEAD,
it  Saint’G«ruiaiu-en-La)'e.
        <pb n="7" />
        CœUVBES  COMPLÈTES

DE

DAVID  J\ICAHDO
traduites  en  français
l-AK  MM.  CONSTANCIO  CT  ALC.  FONTEYKACb,
AL'CMENTÉES

DES  NOTES  DE  .JEAN-BAPTISTE  SA  Y,
HT  DE  COMMEETAIRES  PAR  MUTHDS,  SISMOKDI,  lEft-Rossi,  BURaDI,  ETC.

ET  PKEClvIitEs
»'UNE  NOTICE  BIOCUAPHIOUE  SUR  LA  VIE

El  LES  TRAVAUX  DE  L’aUTEUR

ro.  ALGIDE  rONTEYRAUD.

MV'fAAV.jVr

PARIS,

Rue  Richelieu,  n®  I4.

1847
        <pb n="8" />
        für

arka

Ut.IvomUU

Kial

/ü
        <pb n="9" />
        NOTICE

SUR  LA  VIU  KT  LES  ÉCRITS  1»E  KAVII»  RICARDO.

La  vie  (le  Ricardo  s’ricoula  au  milieu  des  secousses  les  plus  \iolentps
&amp;lt;|uaieut  eu  à  subir  les  doctrines  àonomli|ues,  politi(|ues  et  sociales  de
l’Europe.  Pendant  de  longues  années  ,  en  cfTet,  la  civilisation  moderne  ne
presenta  ,,u  un  bouillonnement  confus  de  principes,  d'hommes  d’idées
salaires,  aux  échangés,  firent  intervenir  les  économistes  ;  et  il  n’v  a  ou’à
jeuir  un  coup  deed  fugitif  sur  cet  ensemble  de  problèmes,  pour  voir  „„'a
s  (t  (crits  nous  le  représentent  comme  un  homme  bien  décidé  à  s’appuyer ­
  sur  des  réalités  et  à  ne  pas  s’élancer,  dans  les  répions  de  l’idéal
d  poursuite  de  quelque  hypothèse  plus  ou  moins  ingénieuse.  Il  fai’t
I  .  \  ^  9"'  consiste  à  disposer  symétriquement  des  syltri
  junghr  avec  des  prémisses  et  des  conséquences  :  il  veut  un
uip  (  reel  au  bout  de  chaque  triomphe  de  logique,  et  si  sa  phrase  marche
        <pb n="10" />
        y,  NOTICE  SDH  CA  VIE  ET  CES  ÉCRITS
c  est  pour  arriver  et  non  pour  faire  voir  en  marchant  sa  grâce  sa  souplesse. ­
  En  un  mol,  et  juscpie  dans  ses  Principes,  Ricardo  écrit  sous  la  dictee
des  événements  et  en  vue  d’un  progrès  réel,  palpable.  Aussi  ses  cemies
reflètent-elles  fort  nettement  les  agitations  de  son  époque,  et  serait-il  impossible ­
  d’en  bien  saisir  la  portée  si  on  ne  les  encadrait  pas  dans  un  expose
à  la  fois  économique  et  politique  des  temps  où  il  vécut.  Sa  vie  est  tout
entière  dans  ses  écrits  ;  mais  ces  écrits  se  relient  si  intimement  au  mouvement ­
  général  de  la  société  anglaise  et  embrassent  tant  de  problèmes  divers,
banques,  salaires,  emprunts,  impôts,  protection,  commerce  intérieur,  profits, ­
  machines,  que,  pour  les  comprendre,  il  est  necessaire  d  évoquer,
dans  un  vaste  ensemble,  tous  les  souvenirs  de  son  époque.  —A  la  grandeur ­
  des  faits  on  mesurera  la  grandeur  des  idées  et  tout  naturellement  celle
de  l’écrivain.

L'histoire  de  l'Angleterre,  pendant  ce  long  chaos  d'on  surgit  le  dix-neuvième ­
  siècle,  et,  avec  lui,  le  monde  moderne,  peut  être  parfaitement  symholisée
  par  deux  métaux  :  -  le  fer  et  l'or.  L'un  arma  son  hras  pour
frapper,  l'autre  circula  comme  une  sève  généreuse  dans  les  veines  de  son
industrie,  s'accumula  dans  l'immense  réservoir  de  l'Kchiquier,  et,  s  épanchant ­
  sur  le  continent,  sufi'il  à  commanditer  la  guerre  et  a  abattre  un  gran
peuple  nui  servait  de  piédestal  à  un  grand  homme.
Toute  la  puissance  de  l'Angleterre  sembla  se  concentrer,  en  eftet,  de
I79S  étais,  sur  une  seule  oeuvre,  un  seul  résultat  :  1  abaissement  de  a
France,  le  refoulement  des  idées  démocratiques  qui,  tantét  couvertes  du
voile  lugubre  de  l'échafaud,  tantét  pavoisées  de  nos  éclatantes  couleurs,
couraient  comme  un  frisson  sur  tous  les  esprits,  organisaient  1  Irlande  en
bataillons  révolutionnaires,  et  empruntaient  l'eloquence  brûlante  de  box
pour  signifier  à  l'aristocratie  sa  condamnation  et  sa  decheance,  lies  le  joui
où  la  France  publia  son  programme  d'égalité  et  revendiqua,  en  face  de
l'Europe,  scandalisée  de  tant  d'impertinence,  1  insigne  honneur  pou  ^
que  peuple  de  se  gouverner  lui-méme  et  de  distribuer  eqnltablement  sa
riehise  -,  dès  le  jour  où  l'essai  d'une  société  libre  sr  lit  ainsi  a  haute  et  intelligible ­
  voix,  il  y  eut  comme  une  propagande  permanente  de  nos  idees,
propagande  d'autant  plus  irrésistible,  qu  elle  se  faisait  à  coups  i  c  canon
lorsque  la  plume  et  la  parole  ne  suffisaient  pas.
Or,  l’Angleterre  d’alors,  qui  diffère  de  celle  de  nos  jours,  comme  le
passé  de  l’avenir,  comme  la  caducité  de  la  virilité;  I  Angletene  de  itt
et  de  Castlereagh  qui  demeure  séparée  de  celle  de  Grey,  de  Pee  et  e  o
den  par  l’épaisseur  de  vingt  réformes  égales  à  vingt  siècles,  devait  etre
la  première  à  redouter  le  rayonnement  des  idées  françaises.
Par  la  forme  représentative  de  son  gouvernement,  elle  tenait  a  la  (  emocratie
  autant  qu’à  l’aristocratie  :  elle  sentait  qu’elle  avait  déjà  un  pied  dans
crauc  autan  i  nns  me  tre

-„II.,  »»rvxxinii  l’abîme,  révolutionnaire
        <pb n="11" />
        1

vu

DE  DAVID  RICARDO.
1  autre.  En  subdivisant  entre  les  grandes  familles  et  les  grands  blasons  le
pouvoir  concentré  dans  les  mains  d’un  seul  elle  croyait  avoir  assez  fait,  et  il
ui  semblait  qu’avec  une  couronne  de  roi  on  pouvait  bien  faire  des  couron-UC
  et  de  comte,  mais  non  des  bonnets  de  juge,  d’avocat  ou  de
marchand  de  la  Cité.
L'aristocratie,  c'est  déjà  la  monnaie  de  ia  royauté,  et  c’eût  été  par  trop
«oger  que  de  convertir  cette  monnaie  en  un  billon  infime  représenté  par
nombrables  électeurs,  issus  du  peuple  et  apissaut  pour  lui.  Le  fameux
quand  les  masses  appelaient  des  réformes,  ils  faisaient  intervenir  le  Ciel
EEEES"-:—=■

'  l'iwloppementdcs  forces  manufacturières,  son  soit  à  celui  du
        <pb n="12" />
        V,„  NOTICE  SUR  LA  VIE  ET  LES  ÉCRITS
peuple,  et  elle  se  préparait  une  olientelle  innombrable  qui,  tôt  ou  tard,
devait  l’investir  du  gouvernement.
Quant  au  peuple,  on  lui  prêchait,  comme  de  coutume,  les  joies  de  la  vie
future  et  la  haine  du  papisme  ;  on  le  faisait  oppresseur  pour  lui  faire  supporter ­
  l’oppression.  Il  ne  voyait  le  pouvoir  qu’à  travers  le  prisme  brillant
de  la  victoire,  et  il  payait  avec  joie  l’impôt  du  sang  et  de  ses  sueurs  dès
qu’on  le  berçait  de  l’hymne  électrique  :  Rule  Britania.  Le  canon  vainqueur
de  Trafalgar  couvrait  pour  lui  le  canon  sauvage  de  Copenhague,  et  peu  lui
importait  sa  misère,  son  humilité  dès  que  le  roi  d’Angleterre  se  déclarait
arrogamment  souverain  de  la  Grande-Bretagne  et  de  la  France.  On  peut  le
dire:pour  le  peuple,  en  Angleterre,  la  guerre  de  la  révolution  fut  un  long
enivrement,  un  délire  patriotique  de  vingt-cinq  ans.  Ne  pouvant  pas
lui  donner  ce  pain  que  le  despotisme  romain  accordait  aux  citoyens,  les
lords  lui  donnaient  l’autre  partie  du  programme.  Ils  faisaient  de  1  Europe ­
  une  arène  sanglante,  où  il  se  Jetait  avec  fureur,  donnant  ses  épargnes, ­
  sa  vie,  son  âme,  en  battant  des  mains.  Dans  cette  effroyable  convulsion, ­
  le  prolétaire  voyait  le  pays  à  sauver,  et  il  éprouvait  une  rage
patriotique,  un  besoin  d’immolation.  L’aristocratie,  voyait  dans  tout  cela
un  duel  d’influence,  un  coup  de  dé,  où  elle  mettait  pour  enjeu  sa  prépondérance ­
  et  sa  richesse.  De  là,  cet  acharnement  implacable  avec  lequel  elle
prépara  l’heure  de  sa  vengeance  :  pavant  avec  son  or  les  routes  qui  conduisaient ­
  au  cœur  de  notre  pays,  faisant  mouvoir  comme  des  automates
géants  ces  armées  que  renversa  cent  fois  le  souffle  révolutionnaire  et  qu  elle
releva  cent  fois,  clouant  enfin,  sur  le  glorieux  pilori  de  Sainte-Hélène,  un
homme  de  génie  et  un  principe.
Mais  les  principes  et  les  nations  ne  se  tuent  pas  à  peu  de  frais,  et  le  jour
où  les  alliés  demandèrent  le  réglement  de  leurs  subsides  et  vinrent  toucher
le  prix  de  leur  sanglant  holocauste,  le  parlement  anglais  sut  ce  qu  il  en  coûte
pour  servir  les  haines  et  l’intérêt  d’une  caste.  La  facture  s’éleva,  pour  les
années  comprises  entre  1793  et  1814,  au  capital  énorme  de  623,451,268  I.
lesquelles,  ajoutées  aux  261,7  35,059  I.,  qui  formaient,  à  la  fin  de  la  guerre
d’Amérique,  la  dette  de  l’Angleterre,  firent  peser  sur  les  épaules  de  ce  pays
une  charge  totale  de  885,186,323  1.  (22  milliards  200  millions  de  francs).
Les  dépenses  annuelles,  qui  étaient  encore  de  19,859,1281.  en  1792,  avaient
marché  à  pas  rapides.  Elles  s’élevaient,  en  1814,  à  l’effrayant  total  de
106,832,260  l.  (2,670,806,500  fr.)  :  et  l’Échiquier,  qui  suivait  haletant  la
marche  des  colonnes  ennemies  sur  le  continent,  avait  dù  verser,  entre  les
mains  de  ses  fidèles  alliés,  une  somme  de  46,289,459  L,  où  l’on  ne  retrouve
pas,  sans  douleur,  200,000  livres  fournies  à  Louis  XVIII,  pour  qu’il  put
venir  nous  octroyer  sa’  charte,  et  31,932  st.  pour  des  armes  expédiées  dans
le  midi  de  la  France.—  Ne  semble-t-il  pas  voir  réellement,  dans  ces  hideuses ­
  curées,  quelque  chose  d’analogue  aux  salaires  tachés  de  sang  que  d’infâmes ­
  assassins  reçurent  en  d’autres  temps,  nous  avons  presque  dit  d’autres
        <pb n="13" />
        DE  DAVID  lilEAHDO.  ix
siècles,  pour  une  œuvre  ou  l’on  ne  craignit  pas  de  mêler  le  nom  de  la  patrie? ­
  En  tous  cas  ces  longues  boucheries,  que  l’on  nomme  des  batailles  et
que  I  héroïsme  suffit  a  peine  pour  réhabiliter,  sont  de  tristes  enseignements
à  donner  aux  hommes.  Aujourd’hui  des  rois  coalisés  crucifient  un  peuple  :
demain,  des  bandes,  ivres  de  carnage,  crucifieront  toute  une  caste,  comme
dans  la  Gallicie.  C’est  là  l’implacable  logique  du  crime,  et  le  sang  répandu ­
  en  haut,  soit  en  immolant  une  nation,  soit  en  poignardant  une
femme,  retombe  de  cascade  en  cascade  Jusque  sur  l’échafaud  où  râle  le
truand.
D’ailleurs,  la  lutte  de  principes,  d’hommes,  d’intérêts,  d’influence  qui  se
personnifia  en  deux  grands  peuples,  la  France,  l’Anglelerre  :  —  l’une  di
vorçant  avec  le  passé,  et  s’élançant  d’un  seul  bond  jusqu’aux  limites  extrêmes ­
  de  la  démocratie  :  l’autre  se  cramponnant  à  ce  qui  fut,  et  bornant  son
idéal  à  une  constitution  oligarchique  :  cette  lutte  qui  finit  par  entraîner
toute  l’Europe  dans  un  vertige  analogue  à  celui  qui  arme  souvent  les  bras
des  témoins  dans  les  duels  d’homme  à  homme,  ne  s’accomplissait  pas  seulement ­
  sur  les  champs  de  bataille.  Elle  prenait  toutes  les  formes  tous  les
théâtres,  et  variait  à  l’infini  le  choix  des  armes.  Les  chancelleries’n’étaient
plus  que  des  conseils  de  guerre,  rêvant  des  conflits  immenses,  dont  le  travail ­
  agricole  et  manufacturier  faisait  tous  les  frais.  On  se  haïssait  non-seuement
  sur  les  champs  de  bataille,  mais  encore  sur  les  marchés,  dans
les  arts  dans  les  sciences,  et  le  suprême  effort  de  chaque  pays  étdt  d’aneantir
  la  production  et  la  richesse  des  autres  comme  on  encloue  les  canons ­
  de  l’ennemi.  L’Angleterre,  la  France,  la  Russie,  l’Autriche  se  jetaient
leurs  enfants  à  la  tête  et  se  mitraillaient  avec  de  l’or,  du  coton,  des  prolocóles,
  des  édits,  des  blocus  aussi  bien  ([u’avcc  des  liouicts.
Les  decrets  passionnés  de  la  Convention  avaient  Isolé  l’AuiîIctcrre  sous
le  point  de  vue  politique  et  commercial,  et  en  avaient  fait  une  sorte  de  la-7.aret,
  où  I  on  eraipnalt  de  voir  se  répandre,  avec  des  dots  de  marchandises
suspectes,  des  principes  entachés  d'aristocratie.  Il  est  bien  évident  même
que  l'Idée  de  protéger  notre  industrie  avait  peu  influé  sur  ces  décrets.
Le  comité  de  salut  publie,  dans  ses  implacables  et  sombres  résolutions
songeait  i  autre  chose  qu’à  garantir  des  profits  élevés  aux  marchands  de  coservaient
  a  subventionner  la  coalition  ;  et  II  faut  croire  qu'il  n’aurait
pas  menace  de  conlIscaUon  et  de  mort  les  détenteurs  de  marchandises  and
  tnine  n  auraient  jamais  forcé  la  main  à  un  gouvernement  qui  se  dlstin-^a
  surtout  par  I  immolation  des  intérêts  privés.  Kt  si  l’Kurope  a  assisté,
mal  *  ^tonnant  spectacle  de  deux  peuples  qui,  déjà,  se  serraient  la
n  au  travers  du  détroit,  qui  marchaient  par  la  solidarité  des  intérêts  à
        <pb n="14" />
        NOTICE  SUR  CA  VIE  ET  LES  ÉCRITS
une  solidarité  politique  et  sociale,  et  qui,  tout  à  coup,  brisant  ees  liens  salutaires, ­
  y  substituent  un  antagonisme  meurtrier,  il  faut  reconnaître,  dans
ce  revirement,  une  cause  plus  forte  que  des  rivalités  de  tarifs.  Nous  avons
vu,  de  nos  jours,  les  balances  de  la  diplomatie  pencher  de  tel  ou  tel  côté
pur  le  seul  poids  de  quelques  votes  législatifs,  mis  au  service  de  quelques
manufacturiers  puissants  :  nous  avons  vu  l’union  belge  rayée  sur  un  geste
du  comité  Mi  merci,  et  le  Zoll-verein  poussé  vers  des  représailles  sévères.  Nous
avons  même  pu  entendre  les  prétendus  organes  de  l’opinion  nationale  et
du  travail  national  prêcher  une  croisade  douanière  contre  l’Angleterre,  sous
couleur  de  patriotisme;  mais  ces  clameurs,  fort  écoutées  de  nos  jours,  n’auraient ­
  pas  même  effleuré  l’épiderme  des  conventionnels.  Quelques  mois
avant  le  jour  où  commença  à  gronder  ce  tonnerre,  dont  les  derniers  éclats,
solennels  et  sinistres,  retentirent  en  1815,  l’itt  promettait  au  parlement
d’Angleterre  une  paix  féconde  avec  notre  pays  ;  et  il  ne  fallut  rien  moins
que  le  drame  de  93  pour  démentir  ces  salutaires  prophéties.  Les  trônes  et
les  aristocraties  se  crurent  alors  obligées  de  payer  avec  des  millions  de  têtes
la  tête  d’un  roi,  d’immoler  tout  un  peuple  aux  mânes  d’un  homme;
—  mais  d’esprit  prohibitif,  il  est  impossible  d’en  découvrir  la  plus  petite
trace.
Quoi  qu’il  en  soit,  il  fut  décidé  que  l’on  épuiserait  tous  les  moyens  de
destruction  et  de  ruine.  L’Angleterre,  fidèle  à  ses  instincts  de  suprématie
navale,  et  ceinte  de  l’Océan  comme  d’une  écharpe  de  commandement,  fit,
de  toutes  les  mers,  son  domaine  exclusif,  et  à  force  d’interprétations  machiavéliques ­
  et  de  violences  juridiques,  s’attribua  par  le  fameux  blocus ­
  sur  le  papier  le  droit  de  fermer  et  d’ouvrir  à  volonté  les  ports  du  continent. ­

Or,  en  frappant  ce  grand  coup,  le  cabinet  de  Saint-James  se  complaisait
évidemment  dans  un  monopole  immense  qui  allait  faire  de  ses  vaisseaux  le
véhicule  obligé  de  toutes  les  marchandises  et  leur  assurer  un  fret  d’autant
plus  productif  qu’il  était  moins,partagé.  Dans  ce  système,  le  flux  et  le  reflux
de  la  plus  grande  partie  des  denrées  coloniales  devait  passer  par  l’Angleterre
et  y  déposer  de  fertiles  alluvions.  L’industrie  du  pays,  aidée  par  les  merveilleuses ­
  créations  d’Arkwrigbt,  de  Watt,  de  Crompton,  stimulée  par  la
nécessité  de  faire  face  aux  colossales  dépenses  de  la  guerre,  fécmulée  par
des  institutions  de  crédit  qui  faisaient  ruisseler  le  capital  dans  toutes  les
entreprises,  devait  prendre  des  développements  inouïs  et  trouver  des  commanditaires ­
  dans  l’univers  entier.  L’agriculture  percevrait  tranquillement
scs  rentes  a  l’abri  des  corn-laws,  et  on  atteindrait  bientôt  à  ce  beau
ideal  du  système  mercantile  qui  consiste  à  produire  tout  ce  qu’on  consomme, ­
  a  transporter  tout  ce  qu’on  crée,  à  anéantir  les  ressources  des  autres
peuples,  probablement  afin  de  pouvoir  commercer  plus  longtemps  avec
eux.
Ces  illusions  étaient  faciles  et  naturelles  alors.  On  n’avait  pas  encore
        <pb n="15" />
        DE  DAVID  DICADDO.  xi
demontre  I  amere  mystifutation  qui  git  au  fond  du  système  des  restrictions:
on  n  avait  pas  encore  fait  le  décompte  des  charges  qu’il  impose,  on  n’avait
pas  ouvert  eneoie  les  yeux  sur  les  jongleries  de  l’amortissement  ;  —  voile
tionipeur  jeté  sur  1  abîme  des  déficits  et  dont  on  pourrait  comparer  l’action
a  ce  e  d  un  homme  qui  pour  reprendre  des  forces  enlèverait  à  ses  veines
sang  qu  il  verserait  dans  les  artères  ;  —  on  comptait  encore  sur  la  docilité ­
  des  autres  nations,  car  l’Amérique  n’avait  pas  rédigé  son  petit  acte
de  navigation,  habile  plagiat  de  celui  de  Cromwell  ;  on  n’avait  pas  calcule,
dans  I  ivresse  patriotique  où  l’on  se  trouvait  plongé,  que  les  dépenses  du
pay^  r  elèveraient  de  20  miUiom  à  106  million,  sterling,  tanelis  que  les
exportations  au  profit  desquelles  on  était  censé  travailler,  grandiraieni  seulement
  dans  la  proportion  de  39,730,659  liv.  st.  en  I801,  à  31,710  934
en  1812,  et  i5,494,2l9  en  1814;  enfin  Iluskisson  n'avait  pas  encore
rompu  lecharme  en  disant  en  pleine  chambre  des  Communes  ;  Kotre  Irrevet
a  invention  est  eoepiré  ’.
■
(le  Perfectionnfmpni  P'ii'sanl,  la  Ligue  et  Hubert  Peel  ont  substitué  un  brevet
que  nous  ne  paraissons  guère  disposés  à  disputer  aux  Anglais.
        <pb n="16" />
        X„  NOTICE  SUll  LA  VIE  ET  LES  ECRITS
marchandises  de  toute  nature  étaient  considérés  comme  une  prise  legale,
et  passaient,  par  une  honteuse  résurrection  du  droit  d’aubaine,  aux  mains
de  l’État.  On  allait  même  plus  loin.  Après  avoir  proscrit  le  commerce  avec
les  concitoyens  dePitt,  on  proscrivait  jusqu’aux  liens  du  cœur  et  de  l’esprit.
Tout  contact  avec  l’ennemi  devenait  une  souillure,  et  l’on  arrêtait  dans
tous  les  bureaux  de  poste  les  lettres  écrites  à  des  Anglais  ou  venant  d’eux.
Certes,  Jamais  excommunication  ne  fut  plus  dure  et  plus  habilement  conçue. ­
  Napoléon,  par  scs  deux  décrets  de  180«  et  1807,  traçait  autour  de
l’  Angleterre  un  cercle  étroit  et  fatal  qui  devait  se,  resserrer  encore  à  chaque
  triomphe  de  nos  armes.  C’était  pour  ainsi  dire  un  immense  filet  dans
lequel  il  emprisonnait  un  géant  jus(}u  à  soumission  définitive.
On  sait  trop  bien  à  quel  point  les  événements  démentirent  les  vues  et
la  logique  de  l’Empereur.  Toute  la  force  d’un  homme  ne  peut  arriver  a
convertir  en  crime,  en  attentat  à  une  nation,  ce  qui  n  est  que  1  exci
cice  d’un  droit  naturel  ;  et  il  devait  être  fort  difficile  de  faire  entendre ­
  à  un  Prussien,  à  un  Autrichien,  à  un  Hollandais  et  même  à  un
Français,  qu’ils  trahissaient  leur  patrie  en  consommant  du  sucre,  du
café,  des  tissus  venus  du  dehors.  Sans  doute  le  continent  avait  été  converti ­
  en  un  seul  marché  couvrant  tous  les  pays  attelés  à  la  politique  de
la  France  ;  sans  doute  les  barrières  intérieures,  renversées  d’un  seul  trait
de  plume,  compensaient  l’immense  mur  d’enceinte  dressé  sur  les  côtes  et
sur  les  frontières  extrêmes  de  ce  Zoll-verein  improvisé;  mais  ce  n  est  pas
en  un  jour  que  se  créent  des  besoins,  des  intérêts  nouveaux,  et  que  s’organisent ­
  des  industries  vivaces.  La  betterave  devait  faire  attendre  longtemps ­
  son  sucre,  la  chicorée  son  prétendu  café,  et  c  est  a  giands  renforts
de  primes,  de  gratifications  qu’on  parviendrait  à  p.  oduire  chèrement  ce  que
l’Angleterre,  créait  sur  une  échelle  grandiose  et  à  des  prix  pour  ainsi  dire,
impossibles.  Et  puis  les  relations  économiques  ne  font  pas  ainsi  volte  face
sur  le  geste  d’un  conquérant  botté,  éperonne  et  triomphant.  Elles  st,  nom  nt
avec  lenteur,  se,  dénouent  de  même,  et  tous  les  intérêts  engagés  dans  le  commerce ­
  extérieur,  toutes  les  industries  qui  échangeaient  leurs  produits  contre ­
  ceux  des  Indes,  des  Antilles,  de  Birmingham  et  de  Manchester,  devaient ­
  subir  des  perturbations  profondes.
Aussi  la  révolte  contre  le  système  impérial  fut-elle  permanente  et  générale. ­
  Les  gouvernements  adhérèrent  au  blocus,  mais  tous  les  peuples
s’évertuèrent  à  y  contrevenir  sourdement  et  sûrement  Le  commerce  extérieur ­
  prit  un  autre  nom  :  il  s’appela  contrebande,  mais  continua  à  alimenter ­
  la  consommation  ;  et  il  n’en  résulta  guère  pour  1  Europe,  en  définitive, ­
  (|u'une  immense  déperdition  de  forces,  suivie  d’une  immense
déperdition  de  capitaux.  La  douane  eut  beau  multiplier  les  obstacles,  les
formalités,  et  se  faire  inexorable,  par  obéissance  à  un  maître  inexorable, ­
  les  contrebandiers,  si  poétirpiement  réhabilités  par  notre  Béranger,
perfectionnèrent  leur  industrie  et  se  trouvèrent  toujours  en  avance
        <pb n="17" />
        DÊ  DAVID  UICAIUM).  xiii
(I  une  ruse  ou  d’uii  coup  d’audace  sur  les  commis.  Aux  temps  antiques,
les  contiehandicrs  étaient  un  symbole  vi\ant  de  ruse  et  de  courage;
et  leuis  descendants,  (|ui  offraient,  hier  encore,  a  R.  Feel,  de  lui  faire  parvenir ­
  moyennant  une  prime  modeste  autant  de  foulards  qu’il  eu  faudrait
poui  le  ser\ice  du  corps  entier  des  douaniers  de  la  Grande-Bretagne,
leurs  descendants,  qui  constituent  encore  en  Espagne  une  classe  opulente ­
  et  fort  peu  méprisée,  n’avaient  certes  pas  dégénéré  sous  l’empire.
Cent  fois  leurs  chevaux,  prohibés  à  l’entrée,  franchirent  les  pantierèSy
emportant  ainsi  à  la  fois  le  délinquant  et  le  corps  du  délit  ;  cent  fois  des
marchandises  anglaises  passèrent  triomphalement  avec  l'étiquette  prussienne ­
  ou  belge  ;  et  dans  un  pamphlet  remarquable,  écrit  par  un  homme
qui  ébauchait  alors  sur  le  papier  les  réformes  qu’il  devait  obtenir  pour
son  pays  après  un  apostolat  de  sept  années,  où  éclatent  l’intrépidité
d’une  logique  pressante,  les  ressources  d’un  chef  de  parti  et  le  dévoue
ment  d’une  àme  généreuse;  dans  ce  pamphlet,  disons-nous»,  on  apprend ­
  qu’nn  certain  marchand,  fort  connu  de  Bourienne,  dirigeait  une
maison  qui  employait  cinq  cents  chevaux  à  transporter  des  marchandises
anglaise^  dans  1  Esclavonie  pour  les  faire  pénétrer  ensuite,  en  France  àraiwn
  de  700  fr.  par  quintal.  Le  tramport.  à  ce  prix,  était  cinquante  fois
p  us  éleve  que  le  fret  de  Londres  à  Calcutta!  Ne  vit-on  pas,  d’ailleurs
Empereur  lui-même  faire  cause  commune  avec  les  Smugglers  et  défairJ
en  detail  son  impraticable  projet?  Imitant  la  tolérance  catholique  qui  sait
adoucir  le  jeûne  iiour  les  constitutions  débiles  et  pour  les  dévots  de  choix
'  "  certains  hauts  dignitaires,  lesquels  les  revendaient
a  beaux  deniers  comptants  à  des  entrepreneurs  de  fraude.  On  cite  d’illustres
personnages  qui  ont  fait  à  ce  honteux  trafic  de  fort  belles  foi  tunes  •  et
■lest  telle  de  ces  licences  qu’on  acheta  au  prix  exorhihmt  de  un  milhou. ­
  Le  gouvernement  anglais  ne  dédaigna  pas  de  se  mêler  à  cette  vi
lame  besogne  de  maltùte  et  de  contrebande,  et  on  le  vit  favoriser  ouverte
ment  la  création  de  titres  faux,  au  moyen  desquels  les  neutres  éludèrent
a  vigilance  de  nos  Hottes  et  introduisirent  sous  pavillon  d’Oldenbourg  et
■l  aulm  ,,uls«&amp;gt;n«.s  swandaires,  ,VÔ,„rmcs  quantités  de  mareltaudises
0&amp;gt;,  de  tout  eela  il  résulta  uniquement  que  le  eommcrce  extérieur  de  l'An.
B  eterre  ne  fut  pas  anéanti,  mais  que  la  Kranee  el  ses  alliés  payèrent  fort
elier  leurs  matières  premières  et  leurs  eonsommntions.  Quelques  eliilTres
le  prouveront  surabondamment.  Ile  IMii  à  laou,  rest  à  iMilue  si  les
expoi'tatious  de  la  firaude-BretuBne  baisserait  de  3i.eoo.nnn  liv  ,t  à
3t.,.&amp;gt;nn,n(in  l,v.  st.,  ou  de  ïpmir  cent.  -  Taut  de  bruit,  de  enleres  et  de
saciifices  pour  si  peu!
■Iniitefois  des  événements  aussi  graves  devaient  réagir  d  une  mahngland,

  Ireland  and  America  by  Richard  Col,den.
        <pb n="18" />
        XIV

NOTICK  SUR  KA  VIK  Kl  LES  ÉCRITS.
nière  désastreuse  sur  la  situation  économique  de  l’Angleterre  ;  car  en  admettant ­
  même  que  la  politique  de  Pitt  ait  réussi  à  absorber  les  nations ­
  du  continent  dans  les  préoccupations  diplomatiques,  et  à  les  détourner ­
  du  travail  productif  auquel  s’était  vouée  l’Angleterre,  en  admettant
que  le  canon  ne  détruit  pas  la  plus  noble,  la  plus  féconde  de  toutes  les
valeurs,  —  l’homme,  —  et  que  la  richesse  de  nos  voisins  ait  pu  s’accroître
par  l’effet  d’emprunts  et  de  taxes  formidables,  il  est  permis  de  croire  que
l’industrie  s’accommode  fort  peu  en  général  de  ces  procédés  violents  qui  tantôt
lui  ouvrent  une  carrière  immense,  tantôt  la  refoulent  dans  une  sphère  étroite.
Le  stimulant  que  le  monopole  rigoureux  des  mers  offrit  à  la  production
de  la  Grande-Bretagne  eût  donc  été  bien  plus  vif,  bien  plus  puissant  encore ­
  en  l’absence  de  tout  monopole.  Les  forces  vives  que  ses  Hottes  balayaient ­
  de  la  surface  des  mers  refluèrent  sur  le  continent,  et  le  résultat
le  plus  net  de  cette  politique,  soi-disant  habile,  fut  de  créer  des  rivalités
commerciales  là  où  il  n’en  existait  aucune.  Au  lieu  de  la  sphère  étroite
qui  fermait  le  marché  de  chaque  pays,  il  y  eut  une  circonférence  immense,
passant  par  Gibraltar,  Nantes,  Amsterdam,  Pétersbourg,  Odessa,  Naples,
et  où  se  fortifièrent  les  industries  de  la  France,  de  l’Allemagne,  de  la  Belgique ­
  ;  —  si  bien  que  lorsque  tout  cet  échafaudage  de  blocus  et  de  douanes ­
  s’écroula,  en  1816,  il  démasqua,  aux  yeux  de  l’Angleterre  consternée, ­
  l’immense  façade  des  manufactures  élevées  sur  le  continent.
Il  le  faut  donc  dire  bien  haut,  en  l’honneur  des  idées  de  paix  et  de  fraternité ­
  :  les  guerres  de  la  Révolution  et  de  l’Empire  n’ont  pas  plus  profilé
à  la  Grande-Bretagne  qu’au  reste  de  l’Europe.  Le  rayonnement  des  richesses ­
  comme  celui  des  théories  politiques  ne  s’opère  pas  avec  l’artillerie;
et  il  faut  être  singulièrement  aveugle  pour  croire  que  c’est  à  coups  d’épée
qu’on  habitue  un  peuple  à  consommer  tel  ou  tel  ordre  de  produits.  Lorsqu’Arkwright ­
  disait,  en  face  des  progrès  miraculeux  qu’il  avait  déterminés
par  la  pression  d’un  simple  ressort  :  Je  paierai  à  moi  seul  la  dette  de  l'Angleterre; ­
  lorsque  les  filateurs  de  coton,  dans  un  élan  d’orgueil  industriel,  se
vantaient  de  pouvoir  fournir  de  tissus  le  système  solaire  tout  entier,—  y
compris  même,  nous  osons  le  croire,  les  ouvriers  en  haillons  de  leur  propre
patrie,—ils  ne  comptaient  certainement  pas  sur  la  toute-puissance  du  sabre
pour  la  vente  de  leurs  produits.  Ils  comptaient  sur  des  procédés  plus  parfaits, ­
  des  capitaux  plus  vastes,  des  institutions  de  crédit  plus  avancées,  des
frais  de  production  moins  coûteux  ;  enfin,  sur  tout  ce  qui  amène  le  bas  prix,
et,  avec  le  bas  prix,  les  consommateurs.
Non.  Le  temps  de  ces  mystifications  est  passé,  et  l’Angleterre  sait  fort
bien  que  la  mule-jenny  et  la  v  apeur  ont  plus  fait  pour  sa  grandeur  que
tous  les  protocoles,  et  qu’elle  se  développe  quoique  et  non  parce  que  les
relations  économiíjues  du  monde  éprouvent  des  bouleversements  profonds. ­
  Maintenant  que  la  fumée  du  combat  s’est  dissipée,  elle  a  fait  le
bilan  exact  des  bienfaits  et  des  maux  qui  lui  ont  été  départis  en  retour  de
        <pb n="19" />
        DK  DAVID  HICADDO  xv
1  anéantissement  projete  des  doctrines  ré\olutionnaires,  et  elle  sait  que  les
gigantesques  ressources  de  son  sol,  de  ses  capitaux,  de  son  travail,  ne  servirent ­
  qu’à  asseoir  plus  solidement  l’aristocralie.  Kl  le  se  rappelle  ces  alternatives ­
  perpétuelles  d’abondance  et  de  disette  qui  tantôt  jetaient  les
capitaux  par  millions  sur  les  terres  et  tantôt  les  reportaient  sur  les  maactores,
  faisant  ainsi  refluer  le  paupérisme  des  champs  aux  manufactures
  et  des  manufactures  aux  champs.  Elle  se  reporte  a  ces  années
sombres  ou  le  pain  se  vendit^i/sÿw'à  2  fr.  60  cent,  les  quatre  livres,  ou  les
Luddites,  tantôt  sous  le  drapeau  de  la  faim,  tantôt  sous  celui  de  la  haine
politique,  s’agitaient  avec  fureur,  et  formaient  à  I  intérieur  l’écho  des  combats ­
  du  dehors;  elle  calcule  ce  qu’il  lui  a  fallu  payer  de  tributs  écrasants
par  le  renchérissement  de  toutes  les  denrées  et  par  la  dépréciation  de  sa
circulation  monétaire  ;  elle  se  rappelle  qu’à  une  époque  à  jamais  célèbre
e  pain  blanc  fut  considéré  comme  une  denrée  aristocratique,  et  qu'il  faUvt
en  limiter  par  une  loi  la  consommation.  Elle  sait  tout  cela,  et  .omme
elle  sera  longtemps  encore  occupée  à  secouer  de  ses  épaules  le  fardeau  de
mm##
Riranll'*”"*  CiinsformaMm,  et  ,|e  l.ittc  que  pens«  et  éerivil
lÆs  prohléines  les  plus  délieats  de  I«  seieuee  du  crédit  et  les  plus  meimçanls
  dilemmes  de  la  vie  sociale  lui  furent  posés  suceessivement  par  une
imlioii  haletante,  inquiète  de  l’avenir,  et  il  ne  fallut  rien  moins  que  ce
eoneours  dedifllcnltcs  pour  i’amener  ii  publier  ses  idées.  Jamais  homme,  en
I  et,  ne  fut  moins  possédé  du  démon  de  la  dissertation,  l.’art  pour  l’art  lui
mi'r  1,'.T  que  directement  Interpellé
'  uerivains,  on  le  sent,  ne  peuvent  être  étudiés  sérieu-‘"'’°"
  "  manière  complete  les  événements
prèn  hT“  TT'".''  "  '•ù  'Ki  «  leur  tour.  On  cornfesTfe
  Tr-ÏÏ  '  CuuM'Iues  sans  avoir  médité  les  commenlaiprofllî
  iT  ;  ""  """P''™'  &amp;gt;  '^"""’con,  Sapho  sans  avoir  ap-ZT
  I  politiques  et  sociaux  delà  (Iréce;  on  comprend
An&amp;lt;„!etM  "m'''™”'-«!,  Hugo,  l.amartme,  Ingres,  sans  avoir  lu
\oir  -  .  système  représentatif  et  l’tiquilibre  des  pouccxsil
  I  ^  nobles  esprits  planent  dans  des  sphères  parfaitement  inac-CS
  aux  (oupsd  Etat  et  aux  coups  de  bourse,  car  ils  ont  peint,  chanté,
        <pb n="20" />
        1

XV,  NOTICK  SUR  LA  VIK  ET  LES  ÉCRITS
dit  d’une  manière  éternelle  des  choses  éternelles,  car  la  nature  a  toujours
les  mêmes  sourires  et  les  mêmes  abîmes  pour  le  peintre,  les  mêmes  voix
pour  le  maestro,  et  les  mêmes  passions  pour  le  poète.  Mais  l’homme  qui
discute,  qui  dirige,  qui  réforme,  il  faut  aller  le  chercher  dans  la  mêlée
des  événements  où  s’accomplit  sa  forte  et  belle  mission.  C’est  ce  que  nous
venons  de  faire  pour  Ricardo,  et  il  nous  sera  facile  maintenant  de  détacher
sa  physionomie  des  physionomies  contemporaines.
Si  la  vie  d’un  homme  ne  mérite  d’être  racontée  que  lorsqu  elle  présente
à  l’imagination  des  épisodes  saisissants  et  des  coups  de  théâtre  animés  par
la  passion  ,  le  génie  ou  la  lutte,  il  n’est  pas  de  biographie  à  faire  sur  Ricardo. ­
  A  part  sa  conversion  au  Christianisme  et  son  mariage  avec  une  femme
qu’il  eut  l’audace  grande  d’aimer  malgré  les  ordres  de  son  père  :  à  part  cette
double  révolte  de  sa  conscience  religieuse  et  de  son  cœur,  sa  vie  ne  presente
rien  de  romanesque.  Vous  n’y  trouverez  aucune  de  ces  aventures  piquantes
ou  dramatiques  qui  illuminent  un  portrait  ;  et  si  Ricardo  touche  par  quelques
points  à  Law  ,  ce  n’est  pas  à  coup  sûr  par  des  intrigues  musquées,  par  des
duels  de  raffinés,  par  les  contrastes  saisissants  d’une  opulence  qui  ruisselle
sur  des  tables  de  jeu  on  dans  les  coulisses  de  l’opéra,  et  d’un  abaissement
que  relèvent  à  peine  des  éclairs  de  génie  et  de  hardis  projets.  Mais  si
l’exemple  d’un  homme  qui  débute  par  la  pauvreté  et  l’obscurité,  pour  arriver, ­
  à  force  d’intelligence,  de  labeurs,  de  méditations  sérieuses,  a  franchir ­
  tous  les  échelons  de  la  société,  à  diriger  l’opinion  publique,  à  parler
a  son  pays  du  haut  d’un  busting  et  au  monde  entier  du  haut  de  la  tribune
parlementaire  ;  si  le  labeur  implacable  qui  accumule  des  millions  entre  les
mains  d’un  simple  courtier  du  Stock-Exchange  et  l’arme  du  vote  législatif
comme  d’un  fragment  de  sceptre  :  si  tant  de  persévérance  et  de  talent  ne
manque  ni  d’intérêt,  ni  d’enseignements,  la  biographie  de  Ricardo  m  -
rite,  à  coup  sûr,  d’être  écrite  :  car  ce  noble  exemple  il  i’a  donné;car
il  a  été  humble  et  il  est  devenu  influent  par  la  fortune,  parla  position
politique;  car  enfin,  M.  Mill,  son  ami,  une  des  lumières  trop  tût  évanouies ­
  de  l’économie  politique  a  dit  de  lui  :  -  «  Son  histoire  offre  un  exemple ­
  bien  encourageant.  11  avait  tout  à  faire  et  il  remplit  sa  tâche.  Que  la
jeune  âme  qui  s’élance  par  le  désir  au-dessus  de  la  sphère  où  elle  a  été
placée  ne  désespère  pas,  au  spectacle  de  cette  belle  carrière,  d  atteindre
aux  rangs  les  plus  élevés  dans  la  science  ,  dans  la  politique.  Ricardo  avait
à  faire  sa  fortune,  a  former  son  esprit  et  même  à  commencer  son  éducation ­
  ,  sans  autre  guide  que  sa  sagacité  pénétrante,  sans  autre  encouragement ­
  que  son  énergique  volonté.  Et  c’est  ainsi  que  tout  en  se  créant  une
immense  fortune  il  étendit  son  jugement,  et  doua  sa  pensée  d  une  force  qui
n’a  jamais  été  dépassée.  »
Toute  la  vie  de  Ricardo  est  dans  ce  noble  éloge.  Pour  la  connaître,  il  faut
l’aller  chercher  dans  ses  œuvres,  toutes  écrites  sur  la  brèche  et  qui  portent
        <pb n="21" />
        DE  DAVID  HICARDO.  xvii
parfois  trop  mathématique,
sur  I  PC  '  •"  (le  son  caractère.  Aussi  glisserons-nous  rapidement
mariapp^^T  ^  histoire  privée  :  l’époque  de  sa  naissance  ,  de  son
intérêt  t  f  T  ^  académie  présente  un  médiocre
saillir  ces  ,  renommée  et  de  son  talent  pour  faire
■
gE='-:=SS%::
{Ohuv.  de  lUcardü.)  ^
        <pb n="22" />
        xvm

NOTICE  SUll  LA  VIE  ET  LES  ÉCUITS
lient  en  partait  mépris  les  théoriciens.  Comme  tant  d  autres  ils  voient  la
lettre,  l'esprit  leur  importe  peu,  et  ils  seraient  même  désolés  de  savoir  pourquoi ­
  ils  ont  raison.  Ils  s'obstinent  à  ne  pas  comprendre  que  la  théorie  c’est
l’essence  des  faits,  c’est  la  pratique  d’hier,  d'aujourd’hui,  de  demain,  ramenée ­
  à  un  type  immuable  :  c’est  la  force  qui  concentre  des  millions  d’étincelles
éparses  pour  eu  taire  un  tlambeau,  et  qui,  d’une  poussière  d’événements  et
de  choses,  fait  un  monument  qui  est  la  science.  Offrez  à  certains  individus
un  paratonnerre  ils  craignent  la  foudre  et  vous  remercieront  de  votie  présent ­
  :  cherchez  à  leur  expliquer  les  lois  de  l’électricité,  et  vous  devenez  un
rêveur  plus  ou  moins  amusant.  La  vapeur  est  une  force  teirible  qu  il  est
beau  de  pouvoir  diriger.  Ou  la  dirige  en  effet,  il  est  des  lois  pour  cela  ;
mais  c’est  le  chauffeur  qui  est  le  héros  :  l’ingénieur  n’est  que  le  théoricien
et  c’est  tout  dire.  Pesant  des  mondes  avec  la  main,  comme  d’imperceptibles ­
  atomes  ;  traversant  avec  la  pensée  ^l’espace  où  s’agitent  les  planètes
dans  une  harmonie  divine,  Kepler,  Leverrier,  réclament  des  astres  inconnus ­
  encore  et  ces  astres  nous  apparaissent,  dociles  aux  lois  de  l’astronomie ­
  ;  eh  bien!  on  nous  accorde  les  astres,  mais  on  continue  à  dédaigner
les  théoriciens  qui  les  ont  découverts.  —  N’est-il  pas  temps  vraiment  qu’un
crée  la  théurie  de  l’absurde  dont  la  pratique  est  si  généralement  répandue  ?
Quoi  qu’il  eu  soit,  la  situation  de  l’Angleterre  à  l’époque  où  Ricardo  se
trouva  mêlé  à  tous  les  drames  financiers  du  Stock-Exchange,  était  de
nature  à  faire  réüéchir  les  esprits  les  moins  philosophiques.  On  était  alors
entraîné  dans  ce  tourbillon  de  victoires,  de  défaites,  de  remaniements
politiques,  de  dépréciation  monétaire,  d’emprunts  que  nous  avons  essayé
d’esquisser  et  qui  voulait  des  penseurs  et  des  économistes  de  vingt  ans
comme  des  généraux  adolescents.  David  Ricardo  dut  se  demander  si  les
intérêts  les  plus  graves  de  la  société  étaient  condamnés  fatalement  à  ces
convulsions  ruineuses,  et  si  la  science  n’avait  pas  pour  les  en  préserver
des  formules  salutaires.  Le  supposer  indifférent  au  travail  rénovateur  qui
se  faisait  dans  toutes  les  couches  de  la  société,  eu  bas  pour  monter,  en  haut
pour  ne  pas  descendre,  ce  serait  lui  supposer  un  égoïsme  bien  profond  ou
une  pauvre  intelligence,  et  la  résolution  qu’il  prit  de  se  séparer  du  culte
de  ses  peres,  apres  de  longues  méditations  sur  les  destinées  de  l’homme
et  sur  sou  avenir,  prouve  au  contraire  à  quel  point  son  imagination  savait ­
  se  dégager  de  la  froide  étreinte  des  chiffres.  Ce  coup  d’œil,ainsi  jeté,
non-seulement  au  delà  du  Stock-Exchange,  mais  encore  au  delà  de  ce
monde,  révèle  assez  les  nobles  préoccupations  de  son  cœur  et  peint  d’une
manière  caractéristique  l’ami  de  Mill,  de  Malihus  et  de  Say.
D.  Ricardo  devait  bientôt  mettre  à  l’épreuve  l’estime  dont  on  entourait,
jeune  encore,  son  caractère  et  sa  supériorité  incontestable.
Son  père  ne  vit  pas  sans  chagrin  l’enfant  de  ses  espérances  déserter  les
portiques  sacrés  de  la  Synagogue,  il  s’étonna,  il  s’affligea  de  voir,  dans
la  pensée  de  son  fils,  un  ressort  et  une  indépendance  qui  ne  s’arrêtaient
        <pb n="23" />
        XIX

DE  DAVID  RICARDO.
pas  meme  devant  ce  qu’il  appelait  une  apostasie,  et  ces  pénibles  impressions ­
  glacèi  ent  des  effusions  de  famille  où  Ricardo  ne  cessa  cependant  jama^
  e  se  conduire  en  homme  qui  ne  veut  pas  mentir  à  sa  conscience  et
n  1  s  qui  n  oublie  ni  ses  devoirs,  ni  ses  sentiments.  Une  séparation  devint
inévitable  et  eut  lieu  en  effet.  Ricardo,  livré  à  ses  propres  reset ­
  aux  impéi  ieuses  exigences  de  la  vie,  eut  foi  en  lui-mème  et
autres.  Les  encouragements,  les  services  délicateuaent
  ren^lus  ne  lui  manquèrent  pas  dans  cette  phase  critique  de  ^  vie.  Il
f»»3
*
        <pb n="24" />
        XX

NOTICK  sun  LA  VIE  Kl  LES  ECU  ITS
,)  ne  sache  aucune  recherche  scientifique  qui  fait  intéressé.  «  Ce  qui  ne
veut  pas  dire  que  la  sévère  analyse  des  hommes  et  des  choses  n’ait  de  tout
temps  préoccupé  Ricardo  ;  mais  ce  qui  veut  dire  que  ses  études  se  tirent
sur  le  vif,  sur  la  réalité  avant  de  se  faire  dans  les  ÜNies,  et  qu’il  lui
fallut  le  calme  insouciant  de  l’opulence  pour  l’attacher  à  telle  ou  telle
science.  .
Quoi  qu’il  en  soit,  lancé  dans  cette  voie  il  ne  s’arrêta  plus.  Son  intelligence ­
  si  longtemps  contenue  s’adressa  à  toutes  les  branches  des  connaissances ­
  humaines,  les  remua  toutes  et  s’étendit  dans  cette  forte  gymnastique.
Ainsi,  on  le  voit  retremper  sa  logique  dans  les  mathématiques  et  s  initiei
aux  sévères  combinaisons  de  la  géométrie.  Puis,  entraîné  par  l’étude  des
faits  naturels,  on  le  suit  dans  son  laboratoire  où  il  compose  et  décompose
les  corps,  et  où  il  demande  aux  atomes  le  secret  des  grandes  métamorphoses ­
  du  globe.  Pendant  des  journées  entières  il  se  renfermait  au  milieu  de  ses
riches  collections  de  minéraux  et  de  ses  matras  :  faisant  l’honneur  de  ce  qu’il
vient  d’apprendre  avec  une  joie  toute  naive,  qui  sent  fort  son  apprenti
savant,  et  se  delectant  surtout  dans  des  expériences  sur  félectricite  et  sur
la  lumière.  Portant  jusque  dans  ces  récréations  austères  l’esprit  utilitaire
que  J.  Bentham,  philanthrope  profond  et  incompris,  avait  mis  a  la  mode,  il
démontrait  par  un  essai,  hardi  alors,  la  possibilité  d  employer  le  ga/  poui
l’éclairage  des  rues  et  des  maisons.  Et  tandis  que  les  savants  se  livraient
entre  eux  et  avec  les  marchands  d’huile  et  les  routinier.s,  menacés  de  voir
plus  clair,  une  guerre  acharnée  d’arguties  et  de  quolibets,  il  se  contentait
pour  tout  argument  d’installer  des  becs  dans  une  de  ses  habitations,  —  répondant ­
  ainsi  par  la  lumière  même  a  ceux  qui  croyaient  à  l’impossibilité  de
l’obtenir.  Le  matin,  il  dirigeait  les  intérêts  de  son  immense  clientelle,  le
soir,  il  se  consacrait  a  lui-même  et  a  la  recherche  de  quelque  théorie  nouvelle. ­
  Et  comme  pour  prouver  par  un  exemple  saisissant  que  les  facultes
positives  s’allient  tres-bien  aux  facultés  artistiques,  et  qu’il  n’est  pas  tout
a  fait  essentiel  de  ne  pas  écrire  gracieusement  pour  savoir  la  géologie  ou  les
quatre  règles,  il  se  livrait  avec  joie  à  des  études  littéraires  de  l’ordre  le
plus  élevé.  ¡Nousne  savons  s’d  a  composé  des  quatrains  comme  1  auteur  de  la
pluralité  des  mondes,  des  opéras  comiques,  comme  f  austere  Rousseau,  des
romans  galants,  comme  le  grave  Montesquieu,  des  pages  éclatantes  de
grandeur  poétique,  comme  celles  de  Goethe  et  de  Cuvier,  tous  deux  génies ­
  positifs  et  sévères  à  ce  qu’il  nous  semble;  mais  nous  savons  que  la
lecture  de  Shakespeare  le  plongeait  dans  des  ravissements  infinis,  cl  nous
eu  concluons  qu’il  avait  une  de  ces  intelligences  privilégiées  qui  compiennent
  fart  a  l’égal  de  la  science,  et  qui,  mariant  la  terre  et  les  deux,  savent ­
  que  le  compas  d’un  géomètre  peut  devenir  une  lyre  ou  un  pinceau
entre  les  mains  de  Pythagore  et  de  Léonard  de  Vinci.
Le  moment  approchait  cependant  ou  après  avoir  remue  toutes  les  sciences, ­
  il  allait  concentrer  sa  pensée  sur  celle  dont  f  élude  devait  remplir  et
        <pb n="25" />
        DE  DAVID  RICARDO.  xxi
illustrer  ses  jours.  II  était  allé  à  Bath  en  1799  pour  accompagner  Mme  Ricardo ­
  dont  la  santé  s  était  altérée,  et  il  s’y  était  réfugié  chez  un  ami.  Là,
un  jour,  accoudé  sur  une  table  et  rêvant  peut-être  à  quelque  nouvelle  experience ­
  de  chimie  ou  de  physique,  ses  yeux  s’arrêtèrent  sur  l’immortel  ouvrage ­
  de  Smith.  Ce  fut  comme  un  éclair  illuminant  son  esprit  et  donnant
un  but  aux  vagues  aspirations  de  sa  pensée.  —Tl  y  aurait  quelque  naïveté,
sans  doute,  à  cro  re  qu’il  ait  été  converti  aussi  subitement  à  l’économie  politique. ­
  Les  surprises  de  l’esprit  ne  sont  pas  rapides  et  spontanées  comme
celles  de  l'àme  ou  de  la  foi,  et  Ricardo  s’était  sans  doute  posé  un  grand
nombre  des  questions  que  la  Richesse  des  Nations  discute  et  résout  avec
1  autorité  imposante  du  génie.  Mais  ses  méditations  avaient  été  isolées:
une  main  puissante  n’avait  pas  encore  soudé  à  ses  yeux  les  anneaux  divisés ­
  de  la  science  sociale  pour  en  extraire  toute  une  théorie,  avec  ses  ramifications ­
  infinies  et  ses  formules  décisives.  Et  quand  il  vit  les  phénomènes
fie  la  circulation  monétaire  se  dérouler  avec  la  majesté  d’une  doctrine  sous
la  plume  de  Smith,  et  s’y  adapter  à  tout  un  système,  il  éprouva  un  de
ces  étonnements  qui  révèlent  un  homme  à  lui-même.  C’est,  dans  des  proportions ­
  restreintes,  l’histoire  du  bain  d’Archimède,  de  la  pomme  de  New-Désormais
  Ricardo  appartient  tout  entier  à  l'économie  politique.  Tl  éteint
ses  fourneaux  de  chimiste,  il  délaisse  l'électricité,  il  oublie  même  cette
sociélé  de  peologie  dont  il  était  un  des  fondateurs,  pour  étudier  de  plus  près
une  scient^  qui  semble  tenir,  dans  les  plis  de  sa  robe,  le  bien-être  ou  la
misere  des  peuples;  une  science  qui,  par  les  questions  de  subsistances,
d  impôts  de  marchandises,  plonpc  dans  les  entrailles  même  de  la  société
qui  s  éleve  par  les  questions  de  salaire,  de  travail,  de  paupérisme,  jusqu ­
  aux  plus  sublimes  hauteurs  de  la  morale;  une  science  enfin  qui,  pour
nous  se  définit  ainsi  :  La  .science  du  travail  et  de  m  rémumratim.  -
D  ailleurs  ,  pendant  que  s'effectuail  cher.  Ricardo  cette  transformation,  les
événements  marchaient  avec  une  rapidité  furieuse  :  et  le  jour  où  il  fallut
les  diriger,  les  contenir,  il  se  trouva  prêt.
Ce  jour  arriva  en  1809.
La  circulation  monétaire  de  l'AnpIeterre  avait  été  livrée  par  l'Acle  de
oue  al  "  L  ‘’V  '  P''«'!“«  »hsolu  des  directeurs  de  la  Bande,
  cette  deplorable  situation,  puisqu'il  n'avait  cessé  de  puiser  à  pleines
mains  dans  les  caisses  de  la  Banque,  se  devait  à  lui-même  de  la  sauver, ­
  fùt-ce  par  un  coup  d'Etat,  lïit-ce  aux  dépens  des  intérêts  du  pays,
prit  que  le  système  financier  de  l'Aiiftle’errc  reposait  en  réalité

'  Voyez  p.  330.
        <pb n="26" />
        XXII

NOTICE  SUR  EA  VIE  ET  EES  ÉCRITS
su  I  cet  établisseme.ut  corniue  sur  les  épaules  d  un  Atlas  fatigué,  épuisé,  et
que  le  jour  où  le  colosse  chancellerait,  la  fortune  entière  du  pays  chancellerait ­
  en  même  temps.  11  se  décida  alors  pour  une  mesure  vigoureuse  et
d’une  simplicité  antique.  Il  fit  banqueroute  en  effigie,  en  suspendant  indéfiniment ­
  le  remboursement  des  billets  et  en  autorisant  les  banques  de
province  à  payer  en  papier  émis  par  la  Banque  d’Angleterre.  Un  trait  de
plume  fit  l’affaire,  et  il  suffit  de  donner  aux  engagements  de  cette  puissante
corporation  le  nom  de  papier-monnaie  au  lieu  de  celui  de.  monnaie  de  papier. ­

Mais  par  cela  seul  qu’on  affranchissait  la  Banque  de  la  nécessité  de  payer
ses  billets,  on  la  poussait  fatalement  vers  les  dangers  d’une  surémission
de  papier,  et,  par  suite,  d’une  dépréciation  ruineuse.  Dès  1802,  un  écrivain
distingué,  M.  Henri  Thornton,  signalait,  dans  la  valeur  des  billets,  comparée ­
  à  celle  de  l’or,  une  tendance  a  la  baisse  ,  et  attirait  1  attention  des  économistes ­
  sur  un  fait  que  lord  King  devait  mettre  hors  de  doute  dans  une
lettre  célebr^TeTque  Marner  devait  consacrer  par  l’autorité  de  son
talent,  à  la  fols^dOnsHes  écrits  pleins  de  sève  et  de  logique,  et  dans  des
discours  souvent  applaudis  au  sein  du  parlement.  De  I80.t  à  1808  ,  lagio
était  de  2  p.  »/o  à  3  p.  «/o  contre  le  papier  :  en  1809,  il  s’élevait  subitement ­
  à  14  3/10  p.  "/o  pour  arriver  à  près  de  30  p.  "/o  en  1813.  D’où  il  résulta
comme  conséquence  inévitable  que  le  change  baissa  et  que  cette  dépression ­
  des  cours  agissant  comme  un  stimulant  et  une  prime  pour  l’exportation
du  numéraire,  fit  sortir  des  sommes  énormes  du  pays.  Car  il  en  est  des
gouvernements  qui  interdisent  l’émigration  de  l’or  et  de  1  argent,  comme
de  ce  naïf  campagnard  dont  parle  Milton,  et  qui  crut  retenir  des  pigeons
en  élevant  une  haie  autour  de  sa  propriété  :  —  les  pigeons  volèrent  pardessus ­
  ,  et  ainsi  font  les  métaux  précieux.  Dans  de  telles  circonstances,  le
prix  de  toutes  les  marchandises  devait  s’élever,  la  valeur  de  toutes  les  lentes ­
  fixes  fléchir,  et  l’on  ne  doit  pas  s’étonner  de  la  circulaire  très-significative ­
  que  lord  King  adressa  à  ceux  de  ses  fermiers  dont  les  baux  avaient
été  contractés  avant  l’acte  de  restriction.  11  leur  disait  qu  il  voulait  être
payé  avec  de  tor  ou  avec  une  quantité  de  papier  suffisante  pour  acheter  le
nombre  de  guinées  stipulées  dans  les  contrats.  Et  personne  ne  s  avisa  de
contester  la  parfaite  légitimité  de  cette  résolution  que  M.  Huskisson  loua
même  hautement  dans  un  discours  prononcé  le  11  décembre  1812,  sur
I  les  monnaies  d’or  du  royaume  *.
Rien  ne  doit  étonner  dans  de  pareils  résultats.  Le  remboursement  immédiat ­
  des  billets  de  banque  est  le  frein  le  plus  énergique  du  crédit  :  dès  que
vous  brisez  ce  frein,  la  spéculation  s’emporte,  se  confie  h  tous  les  hasards,
,  \oyQz  la  collection  de  ses  discours,  3  vol.  gr.  in-8'..Ces  discours  sont  pour  la  science
économique  des  archives  précieuses  qu’on  doit  lire  pour  peu  qu’on  tienne  à  suivre  dans
sa  marche  difllcile,  la  transformation  que  subit  l’Angleterre  depuis  cinquante  ans.
        <pb n="27" />
        DE  DAVID  RICARDO.
à  toutes  les  espérances,  et  ne  s’arrête  que  dans  l'abîme.  C’est  l’étemel  le  allure ­
  de  I  esprit  humain,  suivie  de  son  éternel  châtiment  ;  et  les  capitalistes ­
  anglais  qui  tendent  en  ce  moment  les  mains  vers  le  gouvernement
pour  le  prier  de  leur  venir  en  aide  et  de  les  délivrer  du  mal,  ne  sont
que  les  plagiaires  de  ceux  qui  demandèrent  jadis  à  Pitt  et  obtinrent  un
pi  t  de  5,000,000  I.  St.  eu  bons  de  l’Échiquier.  L'aveuglement  des  hommes ­
  est  d’ailleurs  quelque  chose  d’affligeant,  et,  bien  qu’il  date  de  loin,
on  a  peine  a  s’y  habituer.  Ainsi,  il  se  trouva  des  écrivains  en  grand  nombre, ­
  et  des  plus  habiles,—des  plus  pratiques,  c’est  tout  dire,—pour  prétendre ­
  qu’au  moment  où  la  valeur  de  l’or  s’élevait  à  97  î.  6  d.  l’once  en  1809
a  105  sh.  en  1812  et  110  sh.  en  1813,  au  lieu  de  77  sh.  lo  d.  l;2,  taux  de
a  Monnaie,  le  papier  n’avait  subi  aucune  dépréciation,  et  pour  dénoncer
les  mauvais  patriotes  qui  donneraient  plus  ou  moins  de  2i  st.  en  billets
pour  une  guinée  :  —  ce  qui  équivalait  à  déclarer  que  le  tout  est  plus  petit
que  la  partie,  que  le  soleil  tourne  autour  de  la  terre,  et  à  punir  ceux  oui
auraient  l’impertinence  d’en  douter.  La  chambre  des  communes  tout
tiere,  même  apres  les  admirables  efforts  de  MM.  Horner,  Huskisson,  Can-■

■2.  Les  Changes  extérieurs  ont  été  depuis  longtemps  trèoKlefovorables

bank  of  England.
        <pb n="28" />
        T

XXIV  NOTICK  suit  KA  VIK  ET  KES  ÉCRITS

(1  l’Anjile  erre;  et  s’il  est  viiû  que  les  crises  corn  inereiales  et  les  sommes  énormes ­
  dépensées  pour  la  guerre  eontinentale  ont  agi  défavorablement  sur
nos  côtes,  il  est  plus  vrai  encore  que  cette  dépression  est  due  principalement
à  la  dépréciation  survenue  dans  la  valeur  de  notre  circulation  comparée
avec  celle  des  autres  pays.
Nous  laisserons  la  parole  maintenant  à  Mac  Cul  loch,  pour  exposer,  avec
la  lucidité  et  la  concision  ordinaires  de  sa  phrase,  les  circonstances  qui  ont
décidé  Ricardo  à  aborder  un  public  qui  le  terrifiait,  et  pour  tracer  fenchainement
  scientifique  et  chronologique  de  ses  idées  :  —  nous  réservant  de
compléter,  d’animer,  s’il  se  peut,  ce  tableau,  par  le  reflet  des  événements
d’alors.
«  Ricardo,  en  méditant  sur  les  singulières  anomalies  que  présentait  l’état
du  change  et  la  valeur  de  la  circulation  en  papier,  n’avait  pas  l'intention
de  les  faire  connaître  au  public.  Mais  en  dépit  de  ses  scrupules  feu  M.  Ferry,
propriétaire  et  directeur  du  Uorning-Chronicle^  à  qui  il  montra  son  manuscrit, ­
  obtint  de  l’insérer,  sous  forme  de  lettres,  dans  son  journal.  La  première
lettre  parut  le  6  septembre  t  aoujlle  produisit  une  grande  impression  et  fit
naître  plusieurs  répliques.  TTe  succès  et  l’intérêt  croissant  de  la  question
engagèrent  Ricardo  à  donner  a  ses  idées  plus  de  développement  et  une
forme  plus  méthodique  dans  le  Traité  qui  porte  ce  titre  :  Lh  haut  prix  des
lingots  est  une  preuve  de  la  dépréciation  des  billets  de  ¿onÿweT^^Ce
traité"  parut  quélquës  mois  avant  la  formation  d’un  comité  spécial  pour
les  lingots  et  contribua  certainement  beaucoup  à  faire  adopter  le  plan
de  cette  enquête  importante.  Ricardo  fit  voir  dans  ce  traité  que  la  surabondance ­
  ou  finsuffisance  de  la  circulation  sont  des  termes  relatifs, ­
  et  que  tant  que  le  sytème  monétaire  d’un  pays  se  compose  uniquement ­
  de  monnaies  d’or  ou  d’argent,  ou  de  papier  conversible  en
ces  monnaies,  il  est  impossible  que  le  cours  du  change  s’écarte  des  cotes
étrangères  d’une  somme  plus  forte  que  celle  nécessaire  pour  couvrir  les
frais  d’importation  de  monnaies  étrangères  ou  de  lingots,  dans  le  premier
cas,  et  les  frais  d’exportation  dans  le  second.  Mais  lorsqu’un  pays  émet
un  papier  monnaie  non  conversible,  comme  c’était  alors  le  cas  de  l’Angleterre, ­
  ce  papier,  il  ne  peut  être  exporté  dans  le  cas  où  il  est  trop  abondant
sur  la  place  :  et  par  conséquent,  toutes  les  fois  que  le  change  avec  l’étranger ­
  baisse  ou  que  le  prix  des  lingots  s’élève  au-dessus  de  son  prix  en  especes ­
  monnayées  de  la  somme  nécessaire  pour  l’exportation  des  monnaies,
.c’est  une  preuve  évidente  qu’il  a  été  émis  trop  de  papier,  et  que  sa  valeur
est  tombée  en  raison  de  l’excès.  »
(Í  On  a  joint  aux  dernières  éditions  de  ce  Traité  un  Appendice  qui  renferme ­
  des  observations  ingénieuses  sur  quelques-uns  des  points  les  plus
délicats  de  la  théorie  du  change,  et  l’on  y  trouve  en  germe  l’heureuse  idée
de  faire  échanger  les  billets  de  banque  contre  des  barres  d’or  en  lingots.  »
«  A  la  tête  des  adversaires  qui  combattirent  les  principes  et  les  mesures
        <pb n="29" />
        XXV

F)E  DAVID  HICAKDO
contenus  dans  le  Traité  de  Ricardo  et  dans  le  Rapport  du  comité,  il  faut
citei  M.  Rosanquet.  Sa  grande  expérience  commerciale  prévenait  d'abord
en  sa  faveur,  et  I  on  fut  vivement  frappé  du  ton  avec  lequel  il  annonçait
ans  ses  Observations  Pratiques  (Practical  Observations  ),  que  ses  propositions, ­
  contradictoires  à  celles  du  rapport,  n’étaient  que  le  résultat  de
©preuve  expérimentale  qu  il  avait  fait  subir  aux  théories  du  comité.  Cependant ­
  le  triomphe  de  M.  Rosanquet  et  de  ses  amis  ne  fut  pas  de  longue
urée  ;  Ricardo  ne  craignit  pas  d’attaquer,  sur  son  propre  terrain  et  avec
ses  propres  armes,  ce  formidable  antagoniste.  C’est  en  1811  que  parut  sa
deuxieme  réplique  aux  Observations  Pratiques.  Dans  ce  pamphlet.  Ri  -
cardo  passe  en  revue  toutes  les  preuves  alléguées  par  son  adversaire,
pour  établir  la  prétendue  discordance,  entre  l'expérience  et  les  principes
énoncés  dans  son  premier  ouvrage  et  dans  le  rapport  du  comité  ;  il  fait
voir  que  M.  Rosanquet  était  dans  l’erreur  pour  les  faits  qu’il  avait  pris
pour  pierre  de  touche  de  la  théorie,  ou  bien  que  la  discordance  n’étai
qu  apparente  et  n’attestait  que  l’inhabileté  dans  l’apphcation  du  princ,pe
  La  victoire  de  Ricardo  fut  corn,déte,  les  erreurs  de  fait  et  déduet.on
ía  víltVI''“'’“  '°  ~  W
a  %  T  du  il»  avaient  établis.  Il  était  r,Vrvé
BWfB
dêLZl  *■'  ""  1“&amp;lt;'  du  rapport  de  l'émission  à  la
intriii  '  '  P"  principe  très-important,  car  ii  prouve  qu’une  valeur
Que  P^  nécessaire  à  un  cours  de  monnaies,  et  que  pourvu
mission  de  I  argent  de  banque  légalement  autorisée  soit  restreinte
        <pb n="30" />
        XXVI

NOTICE  SUR  LA  VIE  ET  LES  ÉCRITS
dans  des  limites  suffisantes,  sa  valeur  peut  être  maintenue  au  pair  avec
celle  de  Tor  et  même  élevée  plus  haut.
»  Or,  s’il  était  possible  d’imaginer  un  système  qui  maintint  la  valeur  du
papier  au  niveau  de  l’or,  sans  le  rendre  convei'sible  en  monnaie  courante ­
  à  la  volonté  du  porteur,  on  éviterait  tous  les  frais  qui  accompagnent
l’argent  monnayé.  Pour  atteindre  ce  but,  Ricardo  propose  de  faire  échanger ­
  les  billets  de  banque  contre  des  barres  d'or  en  lingots  de  poids  et  de
pureté  étalonnés.  Cette  simple  mesure  prévenait  une  trop  grande  émission ­
  de  papier  comme  on  l’aurait  fait  en  le  rendant  conversible  en  espèces
métalliques,  tandis  qu’il  empêchait  de  mettre  l’or  en  circulation,  les  barres
d’or  n’ayant  pas  cours.  Une  monnaie  qui  présente  tous  les  avantages  et
toutes  les  garanties  d’une  monnaie  d’or,  sans  en  comprendre  les  frais,  c  est
à  coup  sûr  une  invention  peu  commune,  et  Ricardo  a  droit  à  la  reconnaissance ­
  publique  *.  »
La  phase  la  plus  importante  du  talent  et  de  la  vie  de  Ricardo,  se  trouve
nettement  esquissée  dans  les  pages  qui  précèdent,  et  nous  aimons  à  insister ­
  sur  cette  belle  série  de  travaux,  parce  que  là  sont  pour  nous  les
titres  qui  le  recommandent  le  plus  hautement  à  l’admiration  des  économistes. ­
  Tl  est  étrange  même  que  l’on  se  soit  assez  mépris  sur  le  mérite
relatif  des  œuvres  de  Ricardo,  pour  faire  reposer  sa  gloire  tout  entière
sur  la  théorie  de  la  rente  ;  —  celle  de  toutes  ses  œuvres  qui  porte  au
moindre  degré  l’empreinte  de  son  originalité  puissante.  Kn  déterminant  les
bases  du  contrat  qui  lie  le  propriétaire  au  fermier  et  au  consommateur,  en
exposant  les  lois  suivant  lesquelles  une  population  s’épanche  sur  un  territoire ­
  nouveau,  il  avait  à  méditer  sur  les  essais  de  ses  prédécesseurs,  à  se
les  assimiler,  et  peut-être  n’a-t-il  guère  été  que  l’éditeur  responsable  de
Malthus,  de  West,  d’Anderson.  Mais  dans  les  problèmes  qui  se  rattachent
à  la  circulation,  il  est  réellement  sur  son  terrain.  On  voit  qu  il  a  entre  les
mains  l’arme  qu’il  a  toujours  maniée.  On  sent  que  les  considérations  qu  il
émet  sur  le  haut  prix  des  lingots,  sur  la  dépréciation  des  billets  de  banque, ­
  sur  l’organisation  d’une  institution  centrale,  sont  comme  1  essence
d’une  pratique  intelligente  et  on  se  laisse  entraîner  sans  défiance  vers  le
but  que  rêve  sa  pensée.
I.à,  point  de  formules  décevantes,  point  d’utopies  naïvement  dessinées  sur
le  papier;  point  d’excursions  dans  le  champ  inlini  de  l’hypothèse  :  partout
le  fait  supportant  l’idée,  comme  le  socle  supporte  la  statue.  Prétend-on  que
la  dépréciation  n’existe  pas?  Il  fait  appel  aux  cours  du  change,  aux  exportations ­
  de  numéraire,  au  renchérissement  des  denrées,  qui  de  1793  à  1803
suit  une  progression  constamment  ascendante.  S’agit-il  de  porter  la  lumière ­
  dans  l’administration  si  ombrageuse,  si  compliquée  de  la  Banque  ?
n  n’hésite  pas  :  il  analyst;  les  ressources  les  plus  secrètes  de  oe  gigantes-'

  Notice  sur  Ricardo,  traduite  par  Constancio.
        <pb n="31" />
        XXVIi

DE  DAVID  BIGARDO.
que  établissement  ;  il  fait  voir  la  progression  ascendante  de  ses  bénéfices
aux  époques  les  plus  calamiteuses  ;  il  pèse  avec  la  minutie  du  lapidaire  les
avantages  que  la  Banque  reçoit  du  patronage  national,  les  avantages
qu  elle  hii  restitue  ;  il  introduit  le  lecteur  au  sein  des  réunions  générales  de
cette  association  ;  il  en  démonte  à  ses  yeux  tous  les  rouages,  et  il  conclut
hardiment  à  la  destruction  d’un  monopole  qui  s’est  perpétué  cependant  jusqu’à ­
  nos  jours,  recrépi,  rajeuni  par  la  forte  main  de  sir  Robert  Peel.  Et  lui,
si  fataliste  dans  les  questions  de  salaires  et  d’impôts,  il  ne  s’arrête  pas  seulement ­
  à  prouver  comme  quoi  il  est  urgent  de  sortir  d’une  situation  qui
fait  tomber  la  monnaie  de  papier  à  30  pour  O/o  au-dessous  de  la  valeur  de
1  or,  il  rêve  un  remaniement  complet  de  tout  le  système,  et,  criti(|ue  sévère ­
  dans  ses  premiers  pamphlets,  il  devient  créateur  plein  de  hardiesse  et
de  raison  dans  le  «Plan  pour  l’établissement  d’une  Banque  nationale  »  et
dans  les  «  Propositions  pour  l’emploi  d’une  circulation  économique  et  sûre.»
C’est  ce  double  caractère  de  ses  écrits  qui  séduisit  tant  d’esprits  et  placa
si  haut  dans  l’opininion  publique  l’humble  courtier  de  1801.  On  siüvit  la
pensée  de  Ricardo  comme  on  suit  une  espérance,  une  promesse.  Son  dernier ­
  mot  sur  le  crédit  public  fut  accueilli  avec  un  enthousiasme  qui  tere,
  que  siégea  ce  celebre  comité  de  Fan  isto  ;  et  c'est  en  .819,  après  une  I
mémorable  ^„ce  du  Parlement,  où  il  Ht  son  maidm-speech,  qu'on  se  }
teida  à  appbquer  ses  idees  sur  le  remboursement  en  lingots  des  billets  de  ^
demi  les  yeux  des  nations.
ÜlpHSl

*  Plan  d’une  Banque  nationale.
        <pb n="32" />
        XXVUl

NOTICE  SUR  LA  VIE  ET  LES  ÉCRITS
réserve  métallique  des  proportions  légales  et  inflexibles.  Il  ne  dit  pas  au
crédit  :  Tu  n  ¡raspas  plus  loin;  il  n’immobilise  pas  des  capitaux  énormes
dans  la  prévision  d’une  crise  financière.  Il  fait  plus:  il  rend  ces  capitaux  inutiles ­
  en  entourant  d’une  confiance  illimitée  le  papier  émis  par  la  Banque.
Ainsi  le  billet  de  banque  n’étant,  en  définitive,  qu’une  promesse  de  remettre
une  certaine  quantité  d’or,  d’une  certaine  pureté,  la  promesse  se  trouvait  satisfaite, ­
  dans  son  système,  du  moment  où  le  porteur  recevait  en  lingots  une
valeur  intrinsèque  égale  à  celle  stipulée  sur  le  bank-note.  De  cette  manière
les  Banques  se  présentaient  dignement  à  la  nation.  Elles  n’étaient  plus  obligées ­
  de  recourir  à  des  expédients  de  bas  étage  et  à  payer  avec  du  billon  pour
que  la  réserve,  s’écoulant  goutte  à  goutte,  donnât  aux  recettes  le  temps  de
s’effectuer  ;  elles  ne  devaient  plus  se  prêter  mutuellement  leurs  fonds  sociaux
comme  des  fils  de  famille,  aux  abois,  qui  se  prêtent  leur  signature  ;  enfin  elles
ne  devaient  plus,  surtout,  recourir  à  ces  suspensions  violentes  qui  ôtent  au
crédit  son  point  d’appui,  et  le  lancent,  sans  frein,  dans  1  immense  et  brûlante ­
  carrière  des  émissions  exagérées.  Voilà  quel  était  le  plan  de  B  ¡cardo  ;
et  il  est  P  rmis  de  croire  qu’il  ne  présente  rien  d’incompatible  avec  la  pratique, ­
  puisqu’il  fut  adopté  en  1819,  à  l’époque  où,  par  l’acte  célèbre,  connu
sous  le  nom  de  «  PeeVs  Act  »,  on  secoua  l’indolence  des  directeurs  de  la
Banque  d’Angleterre  et  on  leur  intima  l’ordre  de  reprendre  les  paiements
i  interrompus  depuis  1797.  Ou  sait  qu’à  partir  de  février  1820  jusqu’au
\  mois  d’octobre  de  la  même  année,  les  porteurs  de  bank-notes  furent  auto-1
  rises  _a_juir  ex  ger  le  remboursement  eu  lingots  d’or,  au  taux  de  4  liv.  st.
l’once  :  en  mai  1821,  l’or  ne  devait  plus  valoir  que  3  liv.  19  sh.  6d.,  pour
descendre,de  mai  i82i  à  mai  1823,  au  taux  légal  de  3  liv.  I7sb.  10  lj2d.
/  C’est  à  partir  seulement  de  mai  1821  que  le  paiement  en  numéraire  devait
(  définitivement  recommencer.  Les  directeurs,  comme  pour  se  hâter  de  sor-^
  tir  d’un  provisoire  dont  Ricardo,  leur  inflexible  mais  juste  adversaire,  aurait ­
  voulu  faire  l’état  normal  de  la  circulation,  devancèrent  I  époque  indiquée ­
  par  l’acte  de  la  19,  et  firm!  voir,  par  la  reprise  des  remboursements
en  1821,  qu’il  ne  s’agissait  que  d’un  coup  d’éperon,  donné  par  le  Parlement, ­
  pour  faire  sourdre  ce  numéraire  qu’on  disait  introuvable.—Ah  !  si  on
avait  le  courage  de  donner  chez  nous  quelques  coups  d’éperon  du  même
genre,  il  se  pourrait  que  la  réforme  postale  ne  fût  plus  à  l’état  de  projet,
que  les  chemins  de  fer  ne  figurassent  plus  seulement  sur  des  cartes  d’échantillon;, ­
  et  que  les  industriels,  qui  sont  la  gloire  de  la  France,  fissent
quelques  efforts  pour  ne  plus  fuir  aussi  piteusement  la  concurrence  étrangère ­
  !
Mais  si  nous  approuvons  les  vues  de  Ricardo  relativement  à  la  substitution ­
  des  lingots  à  l’or,  nous  n’allons  pas  jusqu’à  admettre  cependant  qu’il
ait  donné  de  la  question  du  crédit  une  solution  complète.  Nous  voulons
avec  lui  une  circulation  forte  et  sûre,  assise  sur  un  trône  d'or  et  d’argent,
        <pb n="33" />
        DK  DAVID  HICAKIXV  xxix
et  non  sur  iin  trône  de  papier  et  de  nuages;  mais  nous  &amp;gt;  ou  Ions  que  cette
~Termeté  s’allie  à  la  souplesse  et  que  le  ressort  des  Banques  se  tende  et  se
détende  a\ec  une  égale  facilité.  Nous  voulons  qje  la  monnaie  ne  soit  pas
quelque  chose  d’hypothétique,  et  d’idéal  comme  ces  roulades  et  ces  points
d  orgue  dont  se  contentait  le  dilettante  fanatique  du  liouffe  et  du  Tailleur;
nous  sommes  fiers  de  la  communauté  d’idées  qui  nous  rattache,  sous  ce  !
rftppott,  à  des  publicistes  aussi  éminents,  aussi  profondément  versés  que
J^M-__fauoher,  M®‘  Chevalier,  J.  W  i'son,  dans  les  analyses  sévères  qui  constituent ­
  la  science  du  crédit;  nous  devons  même  hésiter  à  rejeter  desdoc-i
trines  que  tant  de  talent  protège  et  que  la  main  puissante  de  Robert  Peel  a
inscrites  dans  les  lois  anglaises;  mais  il  nous  semble  qu’il  n’est  pas  de
compromis  à  faire  avec  la  vérité,  et  que  ces  doctrines,  dont  le  bill  de  1844
a  été  le  prélude  fort  caractéristique,  peuvent  bien  être  discutées,  puisque  le
pays  le  plus  avancé  en  matière  economique,  l’Angleterre,  les  declare  impuissantes ­
  et  même  dangereuses.
Le  problème  a  donc  glissé,  selon  nous,  des  mains  de  Ricardo  sans
avoir  été  résolu,  et  cela  pour  deux  raisons  fort  distinctes.  La  première
c’est  qu’il  n’a  pas  remonté,  dans  ses  savantes  analyses,  aux  sources  mê:
mes  de  la  circulation;  -  la  seconde,  c’est  que  pour  n’avoir  pas  reconnu
  la  puissance  de  régularisation,  de  contrôle  que  le  credit  exerce  sur
l^éme,  Il  a  etc  entraîné  a  demander  aide  et  assistance  a  l’État  et  à
chercher  dans  des  reglements  illusoires  l’équilibre‘qui  découlerait  naturelement
  d  un  regime  de  liberté.  Ces  deux  raisons,  par  la  décision  logique  de
son  esprit,  devaient  pénétrer  naturellement  dans  ses  p.ojetset  y  devenir
deux  erreurs.  Voici  comment.
Le  credit,  c'est  la  eoramandite  en  g,and  du  travail,  e'esl  le  capital  d'Iiier
d  aujourd  Itui,  conlie,  a  l'homme  qui  doit  le  féconder  pour  en  faire  le  capí-'
tal  de  demam  ;  e  est  le  prêt  fait  aux  générations  aetives  et  jeunes  parles
generations  qui  ont  termine  leur  œuvre  ;  c'est  le  passé  qui  s'accouple  avec
I  avenir  pour  accroître  les  richesses  sociales.  Le  capital  se  trouve  doL  ainsi
constamment  en  avances  avec  le  travail  ;  et  comme  le  commerce  l  in
dustrie  toutes  ces  choses  qui  font  entrer  l'avenir  dans  leurs  calculs  sont/
de  I  avenir  au  present  et  au  passé,  lorsque  le  travailleur  perd  le  prix  de
"""  “Pi*"»*“'  Pard  l'Intérêt  de  son  capital  et  ce
apital  lui-meme,  comme  pourraient  le  certifier  les  actlonnUriai,  _  ces
«  tins  fatalement  dévoués  à  combler  tous  les  gouffres  financiers.
Le  n^oeiant  qui  confie  des  marchandises  à  un  homme  qu'il  croit  inlelt
  c  initier  qui  confie  des  fonds  a  un  gouvernement  qu'il  croit  stable
        <pb n="34" />
        NOTICE  soil  LA  VIE  ET  LES  ÉCRITS
et  honnête,  le  millionnaire  qui  ouvre  un  crédit  à  des  directeurs  de  chemins
de  fer  ou  de  canaux,  s’exposent  à  des  pertes,  et  ils  stipulent  même  certaines
conditions  destinées  a  compenser  ces  chances  fâcheuses.  Les  Banques  ne
font  pas  autre,  chose.  Elles  n  avancent  point  des  marchandises,  mais  du  papier ­
  qui  représente  l’or  de  ses  actionnaires  ;  et  cet  or  lui-même  est  une
marchandise,  purement  et  simplement,  dont  le  prix  s’élève  ou  s’abaisse
suivant  que  les  mines  sont  plus  ou  moins  fécondes,  les  denrées  plus  ou
moins  abondantes,  le  luxe  plus  ou  moins  exigeant.  Si  l’on  veut  même  aller
au  fond  des  choses,  on  verra  que  le  capital  social  des  Banques  se  compose
des  fonds  versés  par  les  actionnaires  et  des  marchandises  ou  valeurs  possédées ­
  par  les  individus  qui  présentent  leurs  billets  à  l'escompte.  Les  Banques ­
  ne  sont  ainsi  que  des  intermédiaires  actifs  et  intelligents  qui  s’interposent ­
  entre  ceux  qui  ont  et  ceux  qui  n’ont  pas,  et  qui  permettent  à  des
négociants  de  disposer  à  l’instant  même  des  fonds  qu’ils  n’auraient  pu  recueillir ­
  que  plus  tard.
Par  la  toute-puissance  du  crédit,  elles  mûrissent  en  un  jour  des  germes
qui  n’eussent  été  mûrs  que  longtemps  après;  elles  avancent  d’une  saison
les  moissons  de  l’industrie,  et,  centres  vivitiants,  elles  attirent  tous  les  capitaux, ­
  monnayés  ou  non,  pour  les  faire  rayonner  de  toutes  parts,  comme
le  cœur  concentre  et  répartit  ensuite  le  sang  dans  notre  organisme.  D’où
résultent  trois  conséquences  importantes  :  —1®  la  nécessité  pour  les  institutions ­
  de  crédit  de  réaliser  sérieusement  leur  fonds  social  et  de  n’imiter  en
rien  la  Banque  d'Angleterre,  dont  le  capital  s’est  englouti  dans  les  caisses
de  l’Échiquier,  ni  les  Banques  d’Amérique  qui,  pour  la  plupart,  n’ont
eu  de  fonds  que  sur  leurs  prospectus  ;  2®  la  nécessité  de  n’escompter
qu’un  papier  éprouvé,  fortement  garanti,  puisque  ce  papier  forme  indirectement ­
  partie  du  capital  social  ;  3«  la  nécessité  de  ne  pas  faire  intervenir
l’État  dans  des  questions  où  son  influence  a  toujours  été  fâcheuse  et  doit
être  tout  au  moins  inutile,  puisqu’il  n’est  pas  de  monarchie,  constitutionnelle ­
  ou  non,  de  roi  guérissant  les  écrouelles  ou  le  haut  mal,  qui  puissent
faire  qu’une  famine  n’entraine  d’horribles  catastrophes,  que  ces  catastrophes ­
  n’entraînent  la  faillite  d’un  grand  nombre  de  maisons  et  ne  réagissent
sur  le  fonds  social  des  Banques,  —  cette  garantie  suprême  et  trop  oubliée
des  billets.
Pour  bon  nombre  d’esprits,  et  des  plus  élevés,  comme  nous  l’avons  déjà
dit,  la  constitution  sévère  et  complète  du  fonds  social  ne  suffit  pas,  non
plus  que  la  solidité  manifeste  du  papier  escompté.  11  faut  encore  qu’on  détermine ­
  par  arrêté  législatif  la  proportion  de  la  réserve  en  espèces,  qu  on
organise  un  crédit  de  l’État,  comme  on  a  voulu  organiser  une  religion
de  l’État,  des  chemins  de  fer  de  l’État,  une  instruction  de  l’État,  et  même
des  fabriques  de  calicots  et  de  bonnets  de  coton  de  l’État,  portant  le  nom
d’ateliers  nationaux.  Ainsi  on  a  voulu  faire  du  droit  de  créer  le  papier  un
droit  régalien  comme  celui  de  battre  monnaie  ;  on  s’est  fortement  ému  de
        <pb n="35" />
        DE  DAVID  KiCAHDa

\xxi

voir  que  les  billets  ue  portent  pas  tous  la  même  el'ügie  ;  et,  redoutant  l’Im
piévoyanee  des  directeurs  de  Banque  ,  on  a  voulu  leur  substituer  le  ministre ­
  des  finances  —  qui,  on  le  sait,  est  toujours  un  être  infaillible.  Eb  bien  1
nous  déclaious  ces  craintes  frivoles  et  ces  illusions  sur  les  gouvernements
on  ne  peut  plus  dangereuses.  On  aura  beau  entasser  faillites  sur  faillites,
^  ditionner  le  passif  des  Banques  américaines  avec  le  passif  des  Banques
tossCy  d  Angleterie,  d  Irlande  et  de  Hollande,  on  n  arrivera  janiai^  à
centième  partie  des  désastres  que  1  omni-sapience  des  trésoriers  nationaux ­
  a  accumulés  sur  les  peuples,  en  tous  temps,  en  tous  lieux.  La  banque ­
  fantastique  de  Law,  qui  traversa  comme  un  météore  enllaminé  le  système ­
  financier  de  la  France,  n’était  pas  a  coup  sur  une  Banque  privée  •  les
bilets  de  la  Banque  d’Autriche,  les  roubles  papier  de  Saint-Pétersbourg,
t  milreas  du  Brésil,  les  dollars  de  Bueuos-Ayres  qui,  de  chute  eu  chute,
tombèrent  de  4  sA.  ü  d.  à  3  î/.,  tout  ce  papier-monnaie,  avili,  conspué,  ne
sortait  pas,  que  nous  sachions,  d’une  Banque  par  actions,  et  il  se  pourrait
que  les  assignats  de  la  Révolution  ne  fussent  pas  l’idéal  d’une  circulation
economique  ef  pour  nous  servir  des  termes  de  Ricardo.  Jusqu’à  ce  qu’il
nous  ait  etc  bien  démontré  que  les  gouvernements  réunissent  à  la  science
profonde  des  affaires,  à  Tubiquité  nécessaire  pour  suivre  les  incidents
multiples  des  changes,  des  marchés,  des  contrats,  une  économie  a  toute
epreuve,  une  indicible  horreur  pour  tout  ce  qui  ressemble  à  des  embellissements ­
  coûteux,  a  des  conquêtes  ruineuses,  a  des  faveurs  octroyées  aux  ames
e  eaux,  jusqu  à  ce  qu'il  nous  ait  été  bien  démontré  qu’ils  u'ont  jamais  compromis ­
  l'avenir  par  des  dilapidations,  jamais  usé  des  moyens  les  plus  violents, ­
  parfois  les  plus  infâmes,  pour  solder  des  guerres  iniques,  enfin  qu’ils
joignent  a  toutes  les  qualités,  d’autres  qualités  encore,  nous  persisterons
a  ne  pas  leur  confier  un  monopole  aussi  dangereux  que  celui  du  crédit
Jamais  peut-être  on  n’aurait  armé  le  pouvoir  d’une  arme  plus  terrible  et
vénllT  e  ^  confiance,  que  les  mots  de
enalite,  de  gratifications,  de  corruption,  soient  des  enütés  que  notre
monde  ii’a  jamais  réalisées.
Et  qu’on  ne  parle  pas  de  limites  imposées  par  la  volonté,  l’influence  législative
  ;  nous  savons  ce  que  pèsent  ces  choses  devant  un  caprice  de  conuuér
  »“«teet  de  fantaisie,  une  «.rte  d  e,:
%  T  "  Pl^irs  de»  Mêles.  Que  se.ait-ee  le  jour
ti.,..*’:  pourraient  fabriquer  les  billets  de  Banque  à  la  convr«i^
  f  ^  «missions  prendraient  un  développement  exorbitant,  elles  pleuei»
  a  titres  divers,  et  l’on  ne  redouterait  plus  de  franchir  toutes  les
^jnes,  car  1  actionnaire  véritable  d’une  Banque  nationale  serait  le  pays
entiei,  et  le  pays  est  toujours  assez  riche  pour  payer  ses  billets.
        <pb n="36" />
        XXXII

NOTICK  SUH  LA  VIE  ET  LES  ÉCRITS
Tout  cela  n’est  pas  du  sentiment,  à  coup  sûr.  Les  centimes  additionnels
ne  sont  pas  un  mythe,  les  filles  et  petites-filles  de  Law  ont  un  extrait  de
naissance  parfaitement  authentique,  les  sommes  retirées  cent  fois  par  l’Échiquier ­
  à  la  Banque  d’Angleterre  n’ont  rien  de  fabuleux  que  nous  sachions,
et  les  millions  de  nos  fortifications  existent,  ou  plutôt  ont  existé  ailleurs  que
dans  notre  imagination  Les  orgies  financières  les  plus  déplorables  de  l’Amérique ­
  n’ont  rien  qui  se  puisse  comparer  à  ces  dilapidations  officielles,  et
au  moins  ont-elles  laissé  derrière  elles,  après  de  déchirantes  convulsions,
des  monuments  grandioses  et  d’immenses  richesses.  De  tous  les  milliards
dépensés  par  Pitt,  par  Napoléon,  par  la  Russie,  que  reste-t-il?  Des  lauriers ­
  tachés  de  sang,  des  hommes  en  lambeaux,  veillant  sur  des  drapeaux
glorieusement  troués,—  un  peu  de  gloire  et  de  lourdes  dettes  !
Nous  serons  donc  toujours  fort  peu  empressés  à  confier  à  des  fonctionnaires ­
  publics  ,  quels  qu’ils  soient,  la  mission  de  pourvoir  à  la  circulation
monétaire  du  pays  ,  d’autant  plus  que  le  crédit  privé  nous  semble  de  nature ­
  à  présenter  des  garanties  plus  que  suffisantes.
A  moins  d’admettre  ,  en  effet,  que  les  actionnaires  et  les  directeurs  de  |
Banques  soient  doués  d’aliénation  mentale  ou  d’un  désir  violent  de  perdre  j
leur  fortune,  il  faut  bien  reconnaître  qu’ils  introduiront  dans  leurs  opéra-  ,
tions  une  prudence  éclairée  et  sage.  Dès  le  moment  où  il  sera  parfaitement  *
établi  que  le  fonds  social  sert  de  garantie  réelle  aux  émissions,  on  peut
être  sûr  que  ces  émissions  se  feront  avec  mesure,  et  que  la  réserve  en  numéraire ­
  suffira  pour  conserver  aux  billets  de  banque  leur  valeur  primitive. ­
  Dans  les  plus  grands  entraînements  de  la  spéculation  ,  il  y  aun  fonds
sérieux,  positif,  réfléchi,  et  quand  une  association,  un  homme  se  jettent
tête  baissée  dans  les  périls  d’une  entreprise,  il  est  à  croire  qu’ils  n’ont  pas
immensément  à  risquer.  Si  les  Banques  américaines  ont  répandu  à  profusion
leur  papier,  c’est  que  ce  papier  ne  reposait  sur  aucune  base  solide,  accessible
à  des  créanciers  ;  c’est  qu  elles  se  réunissaient  entr’elles  pour  constituer  un  ;
fonds  social,  —  lequel  fonds  social  elles  se  prêtaient  au  besoin,  comme  cette
dent  fameuse  et  unique  que  se  repassaient  les  Gorgones.  On  savait  vaguement ­
  alors  qu’on  vivait  sur  un  malentendu  ;  mais  on  trouvait  agréable  un
malentendu  qui  donnait  du  travail  à  des  populations  entières,  et  on  laissa  le
charme  se  rompre  de  lui-même.  Que  si  ces  prétendues  Banques  avaient  eu
pour  les  étayer  une  réunion  d’actionnaires  opulents,  elles  n’auraient  pas  j
ris(|ué  leur  capital  contre  des  signatures  chimériques,  et  elles  auraient  sévè'
rement  constitué  leur  comité  d’escompte.  Dans  de  telles  conditions,  lorsque  ■
vient  la  crise,  toute  Banque  attend  le  choc,  protégée  par  un  double  bouclier  ;  ]
—son  numéraire,  ses  échéances  ;—et  quant  au  porteur,  avant  que  le  désas-  '
tre  l’atteigne,  il  faut  que  le  papier  escompté  ait  presque  complètement  péri  j
dans  la  tourmente,  par  la  faillite  des  souscripteurs,  et  il  faut,  de  plus,  que  &amp;lt;
tout  le  capital  de  la  Baïupie  ait  été  épuisé  en  remboursements.  Des  secousses  !
assez  terribles  pour  ébranler  les  plus  fortes  situations  commerciales  et  pour
        <pb n="37" />
        XXXIIt

DE  DAVID  RICARDO.
mettle  en  danger  les  sommes  versées  par  les  actionnaires  ne  renverseraient ­
  elles  pas  les  frêles  barrières  qu’on  leur  opposerait  sous  forme  de  bills
et  de  reglements?
Rt  d  ailleurs  où  s’arrêtera  votre  intervention  législative?
Loi  hilicts  de  banque  sont-ils  donc  les  seules  promesses  qui  circulent
ans  a  société  et  qui  laissent  planer  le  vague  de  l'avenir  sur  les  affaires?
Les  lettres  de  change,  mandats,  billets  è  ordre,  engagements  de  toute  na  -
Paatn  total  immense  dans  lequel  les  quelques  centaines ­
  de  millions  que  versent  les  Banques  disparaissent  comme  disparait
e  ruisseau  dans  le  lit  d'un  fleuve?  Ces  engagements  ne  se  transmettent-ils
une  immense  hypothèse,  tantôt  brillante  et  tantôt  sombre?  Kt  croit-on  une
lorsque.des  effets  de  dix,  de  vingt,  de  quarante  francs  ne  sont  pas  pavés
P'“*  »'.t  reçus  ne  sont  pas
plus  rudement  atteints  que  lorsqu'une  Banque  cesse  de  payer  ses  billets*
■
t^ellement  dans  une  vieille  boîte?  Non;  mais  nous  diims  qu’elle  doit  céder
Tefoulcr  en  vue  de  son  salut  unique  :  nous  diqu
  e  le  doit  savoir  oser  un  peu  et  prendre,  s’il  le  faut,  sa  part  du  péril.
{Otm\  de  liicardo.)

ÎM/Vt
        <pb n="38" />
        WMV

NOTICK  Sllll  LA  VIK  ET  LES  ÉCH1TS
Quoi  qu’elle  fasse,  elle  ne  peut  s’isoler  du  commerce  :  son  portefeuille  re-«iorpie
  de  valeurs  signées  par  des  commerçants,  l'es  banquiers,  des  industriels, ­
  et,  en  refusant  de  soutenir  aujourd’hui  ces  débiteurs  chancelants,
elle  les  conduit  à  une  insolvabilité  flagrante.  C’est  une  assez  triste  tactique,
comme  on  voit,  et  la  Banque  ressemble  trop,  dans  son  égoïsme  méticuleux,
à  un  créancier  qui  n’aurait  d’espoir  que  dans  le  travail  de  son  débiteur
mourant,  et  qui  refuserait  cependant  de  lui  faire  crédit  des  médicaments
qui  le  doivent  guérir.  MM.  Huskisson,  Harmun  et  Baring  (aujourd’hui
lord  Ashburton),  pensèrent  et  agirent  autrement  en  1825.  Réduits  à  un
encaisse  insignifiant  et  menacés  de  la  voir  s’épuiser  au  sein  d’une  cr.se
redoutable,  ils  tentèrent  une  expérience  hardie  et  qu’on  pourrait  appeler
homœopathique.  Ils  corrigèrent,  par  une  émission  abondante,  des  émissions
qu’on  croyait  exagérées  :  du  3  décembre  au  31  décembre  1825,  ils  accruient
de  plus  de  200,000,000  fr.  la  masse  des  billets  en  circulation,  et  le  commerce, ­
  rassuré  par  ce  coup  d’audace,  reprit  son  aplomb  en  quelques  mois  L
Sans  doute,  il  arrivera  que  des  spéculateurs  audacieux  trouveront  auprès ­
  de  certaines  Banques  imprudentes  et  avides  le  crédit  nécessaire  pour
organiser  des  opérations  effrénées  ei  se  faire  escompter,  avec  du  papier  hypothétique, ­
  un  avenir  plus  hypothétique  encore.  Nous  \  unions  même  que
le  vertige  saisisse  quelques  directeurs,  comme  il  a  saisi  tant  de  naïfs  et  de
roués  dans  l’affaire  des  mines  du  Mexique,  des  chemins  de  fer,  des  fonds
publics  ;  mais  cette  effervescence,  inséparable  du  début  de  toute  doctrine,
disparait  des  que  les  esprits  ont  appr.s  à  pénétrer  les  ressources,  les  mystères ­
  des  diverses  industries.  Et  les  Banques  nous  paraissent  même  être
au  premier  rang  des  entreprises  sur  lestjuelles  l’opinion  publicpie  peut
exercer  un  c  ntrôle  efficace.  Rien  de  plus  irritable,  de  plus  sensible,
que  le  baromètre  des  affaires,  toujours  prêt  à  monter  ou  à  descendre  de
vingt  degrés  au  moindre  souffle,  et  il  n  est  pas  douteux  que  les  moindres ­
  excès  dans  l’émission  n’éveillent  la  méfiance  et  ne  forcent  les  bureaux
d’escompte  à  une  grande  prudence.  La  monnaie  est  une  marchandise  de
consommation  perpétuelle*  chacun  de  nous  fait,à  cet  égard,  1  office  de  contrôleur ­
  et  de  vérilicateur.  Mais  pour  que  ce  contrôle  soit  serieux,  pour  que
les  porteurs  de  billets  soient  à  même  d’apprécier  exactement  la  solvabilité
des  Banques,  il  faut  que  ces  établissements  se  rapprochent  d’eux  par  la
dispersion  dans  les  plus  petites  localités.  Dans  l’état  actuel  de  ce  qu’on

I  D’ailleurs,  que  fail  la  Banque  aiix  époques  où  le  paiement  des  rentes  publiques  sou  s
Irait  à  la  circulation  d’énonnes  masses  de  numéraire?  Elle  élargit,  comme  l’a  fort  bien
remarqué  Ricardo,  le  cadre  de  scs  escomptes  pour  combler  le  vide  qui  s’est  formé  dans
la  circulation  et  pour  maintenir  rcqnilibre  du  système  monétaire  :  en  un  mot,  elle  fal^
accidentellement  ce  que  nous  voudrions  qu’elle  fît  toujours,  et  ce  qu’elle  ferait  effective,
ment  si  elle  avait  à  lutter  contre  des  concurrents  habiles  et  alertes.  Ne  penl-on  pus  considérer, ­
  en  elfct,  les  crises  financières,  comme  des  échéances  solennelles,  qui  ciitraiiient  les
disettes,  les  faillites,  les  guerres  et  qu’on  ne  traverse  qu’à  condition  d’accroitre  le.-  ressources ­
  du  commerce  et  de  l’industrie  ?
        <pb n="39" />
        DE  DAVID  RICARDO.  xxxv
m
■
        <pb n="40" />
        XXXVI

NOTICK  sun  LA  VIE  ET  LES  ÉCRITS
C’est  pour  avoir  voulu  faire  de  rémission  du  papier  une  œuvre  presque
surhumaine  que  l’on  a  fait  surgir  les  rêveries  étranges  de  MM.  Muntz,
Spooner,  Salt,  tous  meneurs  de  l’Anti-gold-law  league  et  de  l’école  de  Birmingham. ­
  L’Anti-gold-law-league  (ligue  contre  les  monnaies  d’or)  est  la
mise  en  scène,  l’action  dont  l’école  de  Birmingham  est  la  théorie.  Elle  a
pour  principe  que  la  monnaie  métallique  est  une  monnaie  des  plus  dispendieuses,— ­
  ce  qui  est  vrai;  qu’elle  ne  vaut  que  comme  signe  des  valeurs,—  ce
qui  est  faux  ;  et  qu’il  est  grand  temps  d’adopter  comme  agent  unique  de  la
circulation  ,  un  papier  que  l’État  émettrait  dans  des  proportions  diverses,
sans  avoir  égard  aux  besoins  du  commerce,—  ce  qui  est  tout  simplement
absurde  et  dangereux.  11  y  a  plus,  ce  papier  serait  Inconversible,  vu  que
suivant  ces  séduisantes  idées  ,  la  monnaie  est  chose  purement  conventionnelle, ­
  (sic).  De  sorte  que  la  science  monétaire  serait  une  sorte  d’alchimie,
extrayant  de  quelques  monceaux  de  papier,  des  monceaux  de  richesses.
Le  fanatisme  est  même  allé  si  loin  dans  cette  voie,  qu’un  adversaire  de  la
conversibilité  des  billets  en  espèces  donnait,  il  y  a  quelques  années,  de  la
monnaie  métallique  cette  incomparable  définition  :  —  Le  numéraire  n’est
qu'une  monnaie  de  papier  sagement  conduite  et  renfermant  une  certaine
PROPORTION  DE  METAL.  CettC  CERTAINE  PROPORTION  DE  METAL  n’CSt-elle
pas  ravissante,  et  n’indique-t-elle  pas  vers  quels  étranges  excès  serait
entraînée  une  société  qui  construirait  pour  ainsi  dire,  en  papier  peint,  1  é'
difice  de  sa  circulation?  Bien  d’aussi  extravagant  n’avait  été  dit  depuis  le
jour  où  l’on  apprit  dans  la  science  ethnologique  que  les  nègres  sont  une
colonie  de  Tartares  qui,  dans  leur  émigration  en  Afrique,  ont  un  peu
changé.
Ni  Ricardo,  ni  MM.  Faucher,  Chevalier,  d’Audiffret  n’arrivent  à  des
systèmes  aussi  fantastiques.  Ils  savent  fort  bien  quelles  fonctions  accomplit
la  monnaie;  mais  en  investissant  l’État  du  rôle  de  régulateur  de  la  monnaie, ­
  en  lui  accordant  ce  privilège  impossible  de  resserrer  et  relâcher  à  volonté ­
  l’écrou  des  escomptes,  de  mesurer  la  dose  du  numéraire  qu  il  faut
aux  échanges,  ils  ont  rêvé  une  organisation  qui  est  devenue  un  véritable ­
  délire  dans  des  imaginations  moins  fortes  et  moins  élevées.  Pour
nous,  voici  commuent  se  résume  cette  vivante  question  :—La  conversion  des
billets  en  espèces,  ou  en  lingots,  suivant  l’habile  expédient  de  Ricaixlo,  est
'  une  condition  essentielle;  car  le  papier  c’est  l’ombre,  l’or  et  l’argent  sont
la  substance  de  la  circulation.  La  base  de  tout  le  système  des  Banques,  c  est
la  solidité  du  papier  qu’elles  escomptent;  la  garantie  de  leurs  engagements,
c’est  la  réalisation  du  fonds  social  ;  c’est  un  contact  plus  fréquent,  plus  intime ­
  avec  les  porteurs  de  billets.  Ces  bases  assurées,  le  crédit  d’un  pays
reste  debout  au  milieu  des  plus  fortes  secousses  ;  mais  si  l’une  d’elles  manque, ­
  le  crédit  n’a  plus  qu’un  avenir  problématique  et  ne  repose  plus  que
sur  un  coup  de  dé.
Une  gracieuse  légende  éclose  dans  ces  siècles  où  la  poésie  était  toute  la
science,  les  fabliaux  toute  la  philosophie,  une  légende,  donc,  nous  apprend
        <pb n="41" />
        DK  DAVID  RiCAKDO.  xxxti
qu’un  saint  réfugié  dans  une  pauvre  chaumière  de  Bretagne  ôta  son  man-*
  orage,  et  ne  trouvant  pas  de  patère,  le  suspendit  à  un
yon  de  soleil.  La  circulation  de  papier,  telle  que  le  voudraient  de  prétencrovnT"^"^'^^'^^
  rtT'’ôsente  exactement  ce  rayon  de  soleil,  et  nous
■
        <pb n="42" />
        IXXVlll

NOTICE  SUR  LA  VIE  ET  LES  KCRIib

d’aucun  prophète  une  conception  si  généreuse  que  celle  qui  met  le  sceptre
de  ce  monde  entre  les  mains  du  producteur.  Le  travail  est  pour  lui  la
sève  féconde  qui  pénètre  tous  les  produits  pour  leur  donner  de  la  valeur  ;
et  c’est  même  pour  s’être  élevé  trop  haut  dans  son  système  et  pour  avoir
eu,  en  quelque  sorte,  le  fanatisme  de  sa  pensée  qu’il  a  méconnu  l’autre
loi  régulatrice  des  échanges,  la  loi  de  l’utilité,  constatée  par  le  rapport  de
l’offre  à  la  demande,  il  n’a  pas  vu  que  pour  l’humanité  prise  en  masse,  et
pour  les  échanges  de  tout  un  siècle,  ramenés  par  une  soi  te  de  perspective
rationnelle  sous  les  yeux  de  l’écrivain,  le  travail  est  bien  la  mesure  suprême ­
  des  valeurs;  mais  que  pour  les  individus,  pris  isolément,  dans  des  localités ­
  distinctes,  la  rémunération  de  l’œuvre  s’accroît  ou  s’affaiblit  en  raison
de  l’utilité  que  cette  œuvre  possède  pour  la  société.  Il  en  est  des  idées  et
des  théories  comme  des  rayons  lumineux  qui  se  réfractent  dans  notre  atmosphère ­
  :  leur  pure  substance  s’altère  au  contact  des  faits,  et  il  faut  franchir ­
  la  région  du  positif  pour  en  reconnaître  la  majestueuse  vérité.  Ricardo
n’a  pas  tenu  compte  de  ce  compromis  que  le  fait  impose  à  l’idée.  11  voit
plutôt  ce  qui  doit  être  que  ce  qui  est,  et  il  s’égare  ainsi  à  la  poursuite  d’un
absolu  déjà  rêvé  par  les  économistes.
C’est  ainsi  qu’il  s’est  vu  conduit  à  cette  théor.e  célèbre  de  la  rente  des
terres  que  MM.  Rossi,  Mac  Culloch,  Malthus  ont  couverte  de  l’autorité
de  leur  talent,  mais  que  nous  croyons  avoir  été  jugée  plus  sainement  par
MM.  Say,  Sismondi,  et  par  M.  Blanqui,  dans  la  lumineuse  exposition
dont  il  a  enrichi  son  histoire  de  l’Économie  politique,  —  brillant  et
docte  panorama  de  toutes  les  révolutions,  de  tous  les  progrès  de  la
science.  L’inflexible  précision  avec  laquelle  Ricardo  a  exposé  scs  idées
sur  l’origine  et  les  progrès  de  la  rente  ne  pouvait  même  manquer  de
provoquer  un  enthousiasme  exalté,  ou  des  réfutations  ardentes.  Cette
partie  de  son  œuvre  a  quelque  chose  de  magistral,  d’impératif,  qui  devait
attirer  ou  repousser  vivement,  et  on  comprend  parfaitement  que  M’Culloch,
  dans  un  accès  de  fanatisme  pour  la  personne  et  pour  les  écrits  de
l’auteur,  ait  déclaré  que  la  théorie  de  la  rente  est,  après  l’ouvrage  de  Smith,
le  plus  important  et  le  plus  orUjinal  que  l'on  ait  publié  sur  l’Économie  politique^ ­
  tandis  (;ue,  pour  beaucoup  d’autres  écrivains  éminents,  l’Essai  de
Malthus,  par  la  grandeur  de  l’hypothèse  fondamentale,  et  le  Traité  de  J.-B.
Say,  par  sa  majestueuse  ordonnance  et  l’enchaînement  harmonique  de  ses
conclusions,  méritent  mieux  cet  éloge  et  ce  rang.  Nous  sommes  de  ceux
qui  combattent  Ricardo,  et  nous  lui  refusons,  avec  d’autant  moins  de  regrets ­
  la  couronne  dont  on  l’a  gratifié,  que  sa  part  de  gloire  nous  paraît  déjà
assez  belle.  Ce  qui  vient  de  lui  est  précisément  ce  que  nous  estimons  le
plus,  et  en  réfutant,  ou  cherchant  à  réfuter  sa  Notion  de  la  rente,  nous  n’attaquons ­
  que  le  propagateur  de  principes  découverts  et  formulés  avant  lui.
On  sait  assez,  en  effet,  que  la  doctrine  qui  donne  pour  origine  à  la  rente
l’infériorité  graduelle  des  terres  successivement  mises  en  culture,  avait  été
entrevue  et  ébauchée  par  J.  Anderson  dans  un  écrit  fort  rare  aujourd’hui.
        <pb n="43" />
        DK  DAVID  RICARDO.  xxxix
On  piessent  déjà,  duns  cette  ébauche,  les  développements  qu  elle  devait  recevoir ­
  de  Ai.  est,  avant  de  prendre  cette  rigueur  et  cette  précision  suante ­
  dont  Malfhus  trouva  le  secret  pour  écrire  cet  Essai  sur  la  populamn
  qui  semble  une  loi  somptuaire  imposée  par  la  sacesse  à  des  appétits
violents  et  irréfléchis.  '
ous\enons  de  reconnaître  les  bases  sur  lesquelles  Ricardo  a  édifié  tout
)sterne  economique;  nous  allons  exposer  ce  svstème  lui-même  en
quelques  ignés  qui  serviront  de  texte  à  la  discussion.  Voici  donc  la  substance ­
  et  les  points  saillants  de  cette  doctrine  dont  o-.  s'est  tant  ému.
«  La  rente  est  cette  portion  du  produit  de  la  terre  qu’on  paie  au  prosibtrd
  d'exploiter  les  facultés  productives  etimpérisproductive
  ;  et  dans  le  progrès  de  la  population  les  terrains  de  qualité  infé
Meure  ou  moins  bien  situés  étant  défrichés,  on  en  vient  à  payer  une  rente
■
e  mainele  que  les  salaires  et  les  pmlits  *.  »  La  complicité  est  flachesse

  des  Sations  Kilil.  (•iiillaumin,  p.  189-iiO.
        <pb n="44" />
        XL  NOTICK  SUK  LA  VIK  KT  LKS  KCfUTS
grante,  comme  on  voit,  et  on  peut  même  dire  que,  dans  le  développement
de  cette  doctrine,  Smith  n’a  pas  déployé  une  rigidité  de  logique  égale  à
celle  dont  Ricardo  a  fait  preuve.  Comme  si  son  génie  avait  éprouvé  une
violence  instinctive  à  s’égarer  dans  des  abstractions  quintessenciées,  et  absolues, ­
  il  a  marché  de  compromis  en  compromis  dans  la  question  de  la
rente.  On  peut  même  dire  qu’après  avoir  dénié  au  monopole  du  propriétaire ­
  la  faculté  de  grossir  le  prix  du  blé,  il  a  fait  naître,  par  ses  raisonnements, ­
  par  les  faits  sur  lesquels  il  s’appuie,  une  conviction  contraire  dans
les  esprits.  N’importe,  nous  ne  reculerons  pas  devant  cette  écrasante  autorité ­
  ;  nous  admirons  le  génie,  mais  nous  ne  lui  accordons  pas  plus  le  despotisme ­
  de  l’idée  que  le  despotisme  de  la  loi  ou  de  l’épée,  et  l’erreur  fût-elle
couverte  de  voiles  trois  fois  sacrés  comme  ceux  d’Isis,  il  nous  semble  que
nous  aurions  la  téméraire  présomption  de  la  combattre  encore.
Et  d’abord,  nous  dirons  que  la  valeur  des  choses,  dans  une  civilisation
déjà  avancée,  ne  se  règle  pas  exclusivement  sur  les  frais  de  production,  ni
sur  l’offre  et  la  demande,  mais  bien  sur  une  combinaison  de  ces  deux  lois.
Retrancher,  dans  la  détermination  du  prix,  une  de  ces  deux  influences,
c’est  donc  mutiler  la  vérité  et  isoler  des  principes  inséparables  :  c’est  faire
quelque  chose  d’analogue  à  l’action  d’un  individu  qui,  pour  mettre,  une
balance  en  équilibre,  enlèverait  un  des  plateaux.  Ces  principes  posés,  il  ne
reste  plus  qu’a  en  faire  l’application  à  la  culture  des  terres  et  au  revenu
(|u’on  en  tire.
La  forme  la  plus  antique  qu’ait  revêtue  l’exploitation  du  sol  a  été  celle
de  la  communauté.  Mais  les  tristes  résultats  de  ce  système,  auquel  on  voudrait ­
  nous  ramener  sous  d’autres  formes,  ne  pouvaient  mant|uer  de  conduire ­
  à  une  organisation  sociale  qui  ne  laissât  plus  les  terres  en  friche  et
délivrât  l’humanité  du  fantôme  livide  et  menaçant  de  la  faim.  On  découvrit ­
  alors  que  dans  le  vaste  amalgame  de  la  communauté,  le  ressort  individuel ­
  se  trouve  anéanti,  et  que  le  travail  social  ne  s’effectue  que  loi’sque
la  rémunériition  se  proportionne  à  l’œuvre  produite.  Chacun  prit  alors  la
responsabilité  de  sa  propre  existence,  et  la  propriété  fut  instituée  comme
un  dépôt  remis  à  l’individu  dans  son  intérêt  et  dans  l’intérêt  collectif  des
populations.
Jusque  là  nous  demeurons  parfaitement  d’accord  avec  Ricardo,  et  nous
reconnaîtrons  même  pour  un  moment  que  l’exploitation  directe  du  sol  par
le  propriétaire  se  perpétua  tant  que  l’humanité  eut  devant  elle  des  espaces ­
  immenses  sur  lesquelles  s’épanchèrent  successivement  les  nouvelles  générations. ­
  Mais  est-il  bien  certain  que  les  races  humaines  aient  pu  choisir
précisément  les  meilleures  terres,  pour  descendre,  d’échelons  en  échelons,
jusque  sur  les  terrains  les  moins  fertiles?  En  creusant  le  sol,  le  savant  y
voit,  disposées  comme  les  feuillets  d’un  livre  immense,  les  couches  diverses
qui  retracent  l’histoire  de  nos  révolutions  géologiques;  mais  oit  sont  les  caractères ­
  précis  qui  révèlent  tout  d’abord  un  terrain  de  première  ou  de  seconde ­
  qualité?  Le  rayonnement  des  populations  se  fait  même,  en  général,
        <pb n="45" />
        XU

DK  DAVID  MIC  AD  DO.
sans  discipline,  sans  rígnlarité.  Hiles  voient  l'horizon  ouvert  devant  elles
et,  poussées  par  un  vague  instinct  de  conquête  et  de  fortune,  elles  s'élansoucieuses
  des  riches  territoires  qu’elles  laissent  derrière
est  ainsi  que  les  colonisations  américaines,  au  lieu  de  se  répandre
regulierement  comme  une  marée  vivante  d’hommes  et  d’idées,  se  sont
eparptl  ees  au  hasard  sur  toute  la  surface  du  nouveau  continent,  délaissant
sJii,  T"  r,  ™«/"«™P»'-''l'le  fécondité  pour  couvrir  d’àpres  et  stérile»
mm
■
        <pb n="46" />
        terminé  par  les  exploitations  les  plus  riches  ;  nous  glisserons  même  sur
l’offre  et  la  demande,  et  nous  donnerons  à  la  doctr  ne  de  la  rente  l’avenir ­
  tout  entier  et  le  m(  nde  pour  se  déployer.  Mais  toujours  est-il  que  les
sociétés,  acculées  dans  leur  dernier  refuge,  devront  subir  le  bon  vouloir  des
propriétaires.  Il  faudrait  bien  peu  connaître  l’espèce  humaine  pour  ne  pas
voir  qu’il  se  formerait  une  classe  de  rentiers  agricoh  s  parfaitement  analogues ­
  aux  rentiers  du  3  et  du  5  pour  cent  ;  et  le  fait  de  savoir  si  les  prix
ont  haussé  parce  qu’on  a  cultivé  des  terres  n"‘  2  et  3,  ou  si,  au  contraire,
comme  le  veut  le  spirituel  cohiuel  Thomson,  on  a  cultivé  ces  catégories
inférieures  parce  que  les  prix  ont  haussé,  toutes  ces  d  stinctions  microscopiques ­
  et  ees  analyses  à  la  loupe  ne  peuvent  détruire  la  conclusion  suprême
à  laquelle  nous  sommes  arrivés.
C’est  même  l’inst  net  de  ces  graves  conséquences  qui  a  poussé  les  popu-1
  it  ons  des  Etats-Unis  aux  attentats  violents  dont  l’opinion  publique  s’est
émue  de  nos  jours.
S’il  est  un  pays  au  monde  qui  pût  se  croire  à  l’abri  de  soulèvements
agraires  et  d’attentats  à  la  propriété,  c’est  bien  évidemment  l’Amérique.
L’homme  s’y  meut  à  l’aise  dans  des  limites  infinies;  la  maison  roulante
de  rémigrant  peut  visiter  tour  a  tour  les  plus  vastes^prairies,  les  coteaux  les
plus  riches,  et  sa  charrue  peut  tracer  librement  un  sillon  qui  commence
à  New-York  pour  se  terminer  dans  l’Orégon.  Et  cependant  la  rente  s’est
établie  aux  États-Unis,  au  centre  de  ces  territoires  regorgeant  de  richesses ­
  et  que  le  hasard  semble  avoir  choisis  pour  faire,  sur  une  grande  échelle,
l’expérience  di  s  doctrines  de  Ricardo.  11  s’est  trouvé,  en  effet,  que  la  force
d’attraction  et  de  groupement  qu’exerce  la  civilisation  sur  les  hommes  a
combattu  victorieusement  la  force  expansive  qui  les  pousse  au  loin  vers
l’inconnu.  Quelque  vastes  et  productives  que  soient  les  terres  qui  avoisinent ­
  le  clocher,  on  tient  à  ce  clocher  par  les  habitudes  de  la  vie,  par  la
langue  qui  vibre  harmonieusement  à  l’oreille,  par  la  tombe  de  l’aïeul,  le
berceau  de,  l’enfant,  par  toutes  les  libres,  en  un  mot,  de  l’esprit  et  de  l’àme.
De  sorte  que  le  droit  de  propriété  s’est  constitué  aux  États-Unis  comme
dans  tous  les  pays  où  l’on  a  perdu  les  illusions  de  la  communauté  des
biens,  —  c’est-à-dire  de  l’anéantissement  des  biens;  et  la  révolte  des  tenanciers ­
  du  général  Van  Uenslaer  n’est  que  l’effort  désespéré  et  aveugle
d’un  peuple  qui  sent  qu’un  joug  s’appesantit  graduellement  sur  lui.
On  sait  le  point  de  départ  de  cette  petite  jacquerie,  qui  a  reçu  les  différents ­
  noms  de  guerre  des  manoirs,  de  guerre  de  Heidelberg,  et  celui
plus  significatif  d’antirentisme.  Dans  le  fait,  c’est  uniquement  une  croisade ­
  contre  la  rente,  dans  laquelle  se  sont  enrôlés  des  groupes  de  fermiers ­
  qui,  par  cela  seul  qu’on  ne  leur  avait  pas  réclamé  le  montant  dc5
fermages  pendant  de  longues  années,  ont  trouvé  naturel  de  reconnaitre
cette  mansuétude  par  la  revendication  audacieuse  et  violente  des  terres
confiées  à  leur  travail  et  à  leurs  capitaux.  Chose  étonnante  même,  et  qui
n’étonnera  cependant  aucun  esprit  habitué  aux  anomalies  et  aux  sophismes
        <pb n="47" />
        DE  DAVID  RICADDO.  xlmi
de  1  intérêt,  cette  lente,  qu’ils  refusent  au  landlord,  ils  la  reçoivent  eu  x-mêentacLe
  de  r  Pratique  en  Irlande  ;  et  la  tenure
un  contrit  it  ^  e\ient  entre  leurs  mains,  par  une  épuration  soudaine,
noüole  ter  ^  démocratiques.  Si  bien  que  le  cri  poussé  contre  le  motion ­
  de  la  points  qui  présentent  dans  la  constitulande
  •  P‘“*  saisissant  des  contrastes  les  États-Unis,  l’Ir-■

'mMMiÊ
■

'  Havcnsnest.  2  v.  in-S".
        <pb n="48" />
        XLIT

NOTICE  SUR  LA  VIE  ET  LES  ÉCRITS
prix  du  blé  au  même  degré  que  la  main-d’œuvre  et  le  capital.  »  Au  même
degré!  Est-ce  un  aveu,  est-ce  un  écart  de  la  pensée?
N’importe  ;  pour  nous  la  rente  est  un  droit  dont  le  propriétaire  se  hâte  de
jouir;  droit  légitime,  mais  que  nous  sommes  appelés  à  contenir  dans  ses
justes  limites  par  l’affranchissement  du  travail,  par  l’association  féconde
des  capitalistes  et  des  travailleurs.  Et  cette  association,  nous  la  voulons  non
pas  sur  le  plan  des  séduisants  programmes  offerts  aux  peuples  par  les
prophètes  de  l’organisation  du  travail,  du  phalanstère,  du  communisme  et
autres  institutions  philosophales,  mais  sur  le  plan  de  quelques  expériences ­
  fort  heureusement  tentées  en  France,  en  Belgique  \  en  Angleterre,
et  que  l’incurie  de  nos  manufacturiers  ne  sait  pas  multiplier  dans  l’intérêt ­
  de  tous.  Ce  qui  ne  nous  empêche  pas,  soit  dit  en  passant,  de  rendre
une  éclatante  justice  aux  hommes  éminents  que  compte  le  socialisme.  Nous
pouvons  ne  pas  trouver  leurs  doctrines  praticables,  efficaces  ou  même  originales ­
  :  nous  croyons  qu’ils  ont  fait  la  poétique  des  sociétés  au  lieu  d’en
faire  la  logique  :  mais  nous  pensons  que  leurs  généreuses  inspirations  ont
rajeuni  la  science  sociale,  et  qu’en  critiquant  et  combattant  nos  doctrines,
ils  nous  en  ont  mieux  fait  connaître  la  grandeur  et  la  fécondité.  Ce  qui
prouve  que  la  concurrence  des  idées  est  tout  aussi  salutaire  que  celle  des
produits  et  des  industries.
Or,  pendant  que  les  Principes  d"économie  politique  et  le  beau  travail  sur
la  Protection  de  l'agriculture  faisaient'fortune  dans  le  monde  intellectuel,
Ricardo  faisait  fortune  dans  le  monde  politique  et  financier.  Et  il  put
se  présenter  un  jour  aux  électeurs  de  Portarlington  sous  le  patronage
d’une  fortune  qu’on  a  évaluée  au  chiffre  fabuleux  et  douteux  de  -lo  millions ­
  de  francs,  et  entouré  d’un  respect  qu’il  devait  à  sa  réputation  de
penseur,  et  à  la  noble  indépendance  de  son  esprit  et  de  son  cœur.  Sur  le
théâtre  imposant  où  il  allait  déployer  l’autorité  de  son  talent  il  fut  avant
tout  l’homme  de  ses  principes,  de  ses  convictions,  et  ou  peut  faire  de  lui
cet  éloge,  qu’il  a  été  fidèle  ami,  fidèle  citoyen,  et,  pour  compléter  l’épitaphe, ­
  fidèle  époux.  Pendant  vingt  ans  sa  main  serra  celle  de  Malthus,
de  Mill,  de  Say.  sans  que  l’antagonisme  de  leurs  idées  jetiU  le  moindre
nuage  sur  l'intimité  de  leurs  âmes  ;  sans  qu’il  s’élevât  jamais  entre  eux  de
ces  tristes  démêlés  qui  éternisent  de  nos  jours  les  ignominieux  conflits  du
savant  Vadius  et  du  sémillant  ïrissotin.
Ricardo  siégea  en  I8i'j  Aia  Chambre  des  Communes  comme  représentant ­
  de  Portarlington.  Sa  défiance  en  ses  propres  forces  faillit  priver  le  pays
des  grands  services  que  ses  fonctions  civiques  lui  permirent  de  rendre.  On
lit  dans  une  lettre  écrite  le  7  avril  1819,  à  l’un  de  ses  amis  ;  «  Vous  aurez
vu  que  je  siège  à  la  Chambre  des  Communes.  Je  crains  de  n’y  être  pas

‘  Voyez  un  beau  travail  de  M.  de  Rrouckère  sur  la  situation  des  classes  ouvrières.  L’auteur ­
  y  a  déployé  une  hauteur  de  vues,  une  générosité  de  sentiments,  une  sûreté  de  coup
d'oeil  qu’on  ne  saurait  dépasser.
        <pb n="49" />
        XI.V

DE  DAVID  RICARDO.
fort  utile.  J’ai  essayé  deux  fois  de  parler,  mais  je  l'ai  fait  de  la  manière
a  P  us  embarrassée,  et  je  n’ai  guère  l’espoir  de  vaincre  l’épouvante  qui
me  saisit  dès  que  j’entends  ma  voix.  »  On  lit  dans  une  autre  lettre  en
ate  du  22  juin  I8I9  :  «  Je  vous  remercie  des  efforts  que  vous  faites  pour
m  inspirer  un  peu  de  courage.  L’indulgence  de  la  Chambre  a  diminué
pour  moi  la  difficulté  de  parler,  mais  je  vois  encore  tant  d’obstacles  et
1  terribles  que  je  crains  bien  que  ce  ne  soit  sagesse  de  ma  part  de
lu  en  tenir  a  des  votes  silencieux.  »
Tout  prouve  qu’il  fut  alors  trop  sévère  envers  lui-même.  En  effet,  le  jour
ou  il  parut  à  la  tribune  pour  la  première  fois,  le  24  mai  1819,  la  Chambre
avaitas  atuer  sur  la  reprise  des  paiements  en  argent,  proposée  par  M.  Peel.
ne  se  levaqu  apres  avoir  été  appelé  hautement  de  toutes  les  parties  de  la
salle;  et  son  maiden  speech,  balbutié  à  force  d’émotion,  fit  voir  que  l’orJteur
  ne  serait  pas  au-dessous  de  l’écrivain,  et  que  la  tribune  anglaise  avait
fait  conquête  d’un  beau  talent  en  même  temps  que  d’un  beau  caractère  Ses
progrès,  d’ailleurs,  furent  rapides  ;  il  se  familiarisa  sans  peine  avec  ces
■
'"T"°"  discours  du  rt  avril  1823,
celle  il  ^  électorale,  il  ne  fut  ni  whig,  ni  radical.  Sa  tactique  fut
Et  en  ^  raison  et  non  celle  de  son  ambition  ou  de  l’ambition  des  autres,
mme  cet  homme  de  génie  qui  porte  au  front  la  triple  auréole  de  l’o-
        <pb n="50" />
        XLVI

ISOTICE  SUR  LA  VIE  ET  LES  ÉCRITS
rateur,  de  l’écrivain,  de  l’homme  d’Etat,  et  qui  vient  d’apprendre  à  la
France  que  la  lyre  des  bardes  a  des  cordes  pour  les  grandes  théories  politiques ­
  et  sociales,  comme  pour  les  murmures  les  plus  suaves  de  l’àme,  il  se
réfugia  dans  son  indépendance  pour  soutenir  loyalement  la  vérité  sur  quelque ­
  banc  qu’elle  apparût.
Nous  laisserons  à  un  disciple  dévoué  de  Ricardo  le  soin  de  rel  racer  pieuement
  son  caractère  privé  et  ses  derniers  moments  :
«  La  constitution  de  Ricardo,  sans  être  robuste,  semblait  lui  promettre  encore ­
  en  1822  une  longue  carrière.  Il  y  avait,  il  est  vrai,  quelques  années
qu’il  était  sujet  à  un  mal  d’oreille;  mais  comme  il  n’en  était  jamais  résulté
d’inconvénients  sérieux,  il  y  faisait  peu  d’attention.  A  la  clôture  de  la  session ­
  de  1823,  de  retour  dans  le  comté  de  Gloucester  à  sa  résidence  de  Gatcom-Park,
  il  y  compléta  «  le  plan  d’une  Banque  nationale,  »  dont  on  retrouva ­
  le  manuscrit  après  sa  mort,  au  milieu  de  notes  dans  lesquelles  il  réfutait ­
  quelques-unes  des  théories  émises  par  Malthus,  notes  qu’on  n’a  jugées
ni  assez  complètes  ni  assez  importantes  pour  les  publier.  Au  commencement ­
  de  septembre,  il  ressentit  tout  à  coup  une  violente  douleur  dans  l’oreille ­
  affectée.  Les  symptômes  n’offrirent  d’abord  rien  d’alarmant,  et  la  rupture ­
  d’un  abcès  amena  un  soulagement  momentané;  mais  au  bout  de  deux
jours  l’inflammation  recommença,  et  après  une  agonie  indicible,  l’oppression ­
  du  cerveau  produisit  une  stupeur  qui  dura  jusqu’à  ce  que  la  mort  vint
terminer  ses  souffrances,  le  11  septembre.
»  Dans  la  vie  privée,  Ricardo  était  très-aimable;  c’était  un  père,  un  mari
plein  d’indulgence  et  de  bonté,  un  ami  dévoué.  Personne  n’avait  moins  de
prétention  et  ne  sut  mieux  réunir  la  douceur  à  la  fermeté  11  aimait  surtout
à  réunir  autour  de  lui  les  hommes  de  talent  et  à  causer  librement  de  toutes
choses,  et  principalement  de  celles  qui  se  liaient  à  sa  science  favorite.  La
découverte  de  la  vérité  était  son  seul  objet,  et  son  esprit  se  montra  toujours
accessible  aux  convictions  éclairées  et  sages.  Sa  générosité  marchait  de  pair
avec  son  talent.  Jamais  il  ne  fit  attendre  ses  secours  aux  malheureux  :  presque ­
  toutes  les  institutions  charitables  de  Londres  le  comptaient  au  nombre
de  leurs  protecteurs,  et  il  soutenait  à  ses  frais  un  hospice  et  deux  écoles
dans  le  voisinage  de  sa  résidence.  »
Tel  fut  l’homme  dont  nous  avons  examiné  plus  haut  les  fortes  et  généreuses ­
  doctrines.  On  ne  retrouve  peut-être  chez  aucun  écrivain  un  assemblage ­
  plus  complet  de  facultés  diverses  ;  et  si  Ricardo  n’est  pas  de  tous  les
économistes  celui  qui  a  résolu  le  plus  de  problèmes,  c’est  celui  qui  en  a  le
plus  remué,  et  jamais  le  redoutable  dilemme  du  salaire  et  des  profits  ,  de
¡a  population  et  des'subsistances,  du  revenu  et  de  l’impôt,  n’ava  t  été  posé
d’une  manière  plus  nette  et  plus  saisissante.
Les  hommes  et  les  événements  donnent  raison  aujourd’hui  aux  préoccupations ­
  des  économistes  et  particulièrement  à  celles  de  Ri(îardo.  Les  peuples
n’ont  pas,  comme  les  aristocrates  et  les  monarchies,  des  blasons  ni  les
séparent  et  des  héritages  à  régler.  Ils  savent  ou  commencent  à  savoir  one
        <pb n="51" />
        XI.VII

DE  DAVID  DICARDO
■
■
'on.  nue  lusnn’.ci,  les  émigmUons  n'ont  été  trop  souvent  que  des
        <pb n="52" />
        XI.V1II  NOTICE  SUR  LA  VIE  ET  LES  ECRITS  DE  DAVID  RICARDO,
spéculations  plus  ou  moins  honnêtes,  ou  des  remèdes  violents  appliques  à
des  maux  violents.  Comme  on  ne  peut  pas  ou  on  ne  veut  pus  jeter  les  pauvres ­
  par-dessus  bord,  on  les  chasse  au  loin,  sans  souci  de  leur  bien-être,
de  leur  développement  moral,  et  c’est  ainsi  que  nous  avons  vu  coloniser
la  Guyenne  avec  des  maîtres  de  danse  et  des  comédiens,  et  la  Nouvelle-Hollande
  avec  des  bandits;  mais  le  jour  n’est  pas  loin,  où,  par  la  force
des  choses,  le  déplacement  des  races  s’effectuera  régulièrement  et  se  transformera ­
  en  une  conquête  pacifique  et  permanente.  Les  nouvelles  généiations
  dans  leur  épanouissement  reproduiront  alors  le  phénomène  sublime
de  ces  bananiers  des  Indes,  dont  les  branches,  courbées  en  arceaux,  retombent ­
  à  terre,  y  prennent  racine,  et  couvrent  le  sol  d’un  vaste  bouquet  d  arbres, ­
  de  fruits  et  de  fleurs  issus  d’un  même  germe.
Telle  est,  d’ailleurs,  la  direction  actuelle  des  esprits.  Les  hommes  se  tendent ­
  les  bras  de  toutes  parts  :  les  bateaux  à  vapeur  ont  transformé  l’Océan
en  un  lac  qu’ils  traversent  d’un  coup  d’aile  :  et  si  l’E:conomie  politique  a
quelque  droit  à  la  reconnaissance  des  peuples,  cest  pour  avoir  piéparé
et  conçu  ces  résultats  majestueux.  Elle  s’est  donné  la  mission  de  répandre ­
  le  bien-être  à  larges  doses  sur  les  populations,  car^lle  sait  que  la  civilisation ­
  matérielle  est  la  base  nécessaire  de  la  civilisation  morale  et  intellectuelle. ­
  C’est  par  la  vie  physique,  en  effet,  que  les  sociétés  plongent
dans  le  sol,  s’y  assoient,  et  vouloir  des  arts  et  des  institutions  élevée  avant
la  certitude  de  l’existence  matérielle,  c’est  vouloir  l’arbre  sans  les  racines,  les
fleurs  et  les  fruits  sans  le  tronc,  c’est  vouloir  tout  simplement  l’absurde.Or,
cette  existence  assurée,  digne,  la  science  économique  peut  et  veut  l’octroyer
au  travailleur  ;  car  elle  donne  la  palme  aux  industries  qui  marchent  en  avant,
aux  réformes  qui  agrandissent  la  sphère  du  travail  et  élèvent  conséquemment ­
  la  rémunération  de  l’ouvrier  ;  car  elle  vise  à  alléger  les  charges  publiques, ­
  à  instaurer  de  toutes  parts  les  idées  de  fraternité  et  de  paix,  à  développer ­
  le  crédit,  à  multiplier  les  richesses  par  leur  circulation  rapide  et  libre. ­
  C’est  la  dot  qu’elle  apportera  à  l’humanité  le  jour  où  on  aura  la  bonne
foi  de  ne  plus  la  taxer  d’impuissance  en  lui  refusant  les  moyens  de  propager ­
  et  de  réaliser  ses  doctrines,  comme  un  cerveau  que  1  on  paralyserait  et  à
qui  on  dirait  malicieusement  de  penser,  de  créer,  de  gouverner.
Une  science  qui  conçoit  de  telles  oeuvres  ne  manque  pas  de  grandeur
à  coup  sûr,  et  il  n’a  été  donné  qu’à  de  rares  intelligences  de  s’y  faire  une
belle  place.
Ricardo  fut  du  nombre  de  ces  intelligences  d’élite.

Alcide  Fü.nteyhald.
        <pb n="53" />
        PRÉFACE  DE  L’AUTEUR.

iMfÊ
I
        <pb n="54" />
        2  PRKFACE  DE  L’AUTEUR.
semble,  négligé  beaucoup  de  vérités  importantes,  dont  on  ne  peut  acquérir ­
  la  connaissance  qu’après  avoir  approfondi  la  nature  de  la  rente.
Pour  combler  ce  vide,  il  faudrait,  je  le  sais,  avoir  un  talent  bien  supérieur
au  mien  ;  mais,  après  avoir  médité  profondément  sur  cette  matière,  après
avoir  profilé  de  tout  ce  qu’ont  écrit  les  auteurs  distingués  déjà  cités,  et
après  le  grand  nombre  de  faits  précieux  que  l’expérience  des  dernières  années ­
  a  fournis  à  la  génération  actuelle,  j’ose  espérer  qu  on  ne  me  taxei  a
pas  de  présomption  si  je  publie  mon  opinion  sur  les  principes  qui  règlent
les  profits  et  les  salaires,  et  sur  l’influence  des  impôts.  Si  1  on  reconnaissait
que  ces  principes,  qui  me  paraissent  vrais,  le  sont  en  effet,  ce  serait  alors  a
d’autres  écrivains  plus  habiles  que  moi  à  développer  toutes  les  consequences
qui  en  découlent.
En  combattant  des  opinions  reçues,  j’ai  cru  devoir  plus  particulièrement
examiner  certains  passages  des  ouvrages  d’Adam  Smith  qui  ne  s  accordent
pas  avec  ma  manière  devoir;  j’espère  néanmoins  qu  on  ne  me  soupçonnera
pas  pour  cela  de  ne  point  partager  avec  tous  ceux  qui  reconnaissent  1  importance ­
  de  l’Économie  politique  ,  l’admiration  si  justement  due  à  l’ouvrage ­
  profond  de  cet  auteur  célèbre.
La  même  remarque  est  applicable  aux  excellents  écrits  de  M.  Say,  qui
a  été  le  premier  ou  un  des  premiers  parmi  les  écrivains  du  continent  à  savoir ­
  apprécier  et  appliquer  les  principes  de  Smith,  et  qui,  non-seulement,
a  fait  plus  que  tous  les  auteurs  étrangers  pour  inculquer  aux  nations  de
l’Europe  les  principes  d’un  système  aussi  lumineux  qu  utile,  mais  encore  a
réussi  à  disposer  cette  science  dans  un  ordre  plus  méthodique  et  plus  instructif ­
  en  l’ènrichissant  en  même  temps  de  recherches  originales,  exactes
et  profondes  '.  I.e  cas  que  je  fais  des  écrits  de  M.  Say  ne  m’a  cependant
pas  empêché  d’examiner  avec  la  franchise  que  les  intérêts  de  la  science
exigent  les  passages  de  son  Traité  (VÉconomie  politique  qui  nt  s  accoi  dent
pas  avec  mes  opinions.

1  Le  cl,«pitre  xv,  liv.  1,  des  Débouchés,  renferme  surtout  quelque.s  principes  très
i  inportants,  que  cet  c'erivain  distingué  a,  je  crois,  développés  Icprciniei.
(A"o/c  de  VAuteur.)
        <pb n="55" />
        ■

26  mars  1821,

AVERTISSEMENT
POUR  LA  TROISIÈME  ÉDITION.
        <pb n="56" />
        y"  '

*!!  ■

f

..  \

'»1.1

lïi

îSiî'i

■  ^&amp;lt;»4.  •

»

:m

^■ñ

vv*r'.

^  ,  .

C  )

'ii

Í  %

Ki

i?ii

ilÜi-ÎS'



:*i"k

#

m
        <pb n="57" />
        DES  PRINCIPES

DK
L’ÉCONOMIE  POLITIQUE
ET  DE  E’imPÔT.

CHAPITRE  PREMIER.
DE  LA  VALEUR.

SECTION  PREMIÈRE.
Adam  Smill,  a  remarqué  que  le  mot  Valeur  a  deux  signifteations
dilTercites,  ut  exprime,  tm.tot  l  utilild  d  u»  «l.jet  queleonque,  tantôt
a  faculté  que  cet  objet  lran.smctàcolui  qui  le  possède,  d’aclietcr  d’autresmarehandises.
  Dat.suncasla  valeorprendlenomdeoufeurenusase
ou  d  utilité  :  dans  l’autre  celui  de  valeur  en  écliange..  Les  choses  dit
•  encore  Adam  Smith,  qui  ont  le  plus  de  valeur  d’utilitô  n’ont  sou-"
  'l'"  ""  Poi'it  &amp;lt;1»  valeur  érhangeahie  ;  landis  que  celles
"  ^1'"  I’*““  'l'’  faveur  cchaiigeahie  ont  fort  peu  ou  point  de  va-•
  leur  d’ulilité.  •  L’eau  et  l’air,  dont  l’utilitii  est  si  grande,  et  qui
sont  môme  mdispensahlcs  à  l’existence  de  l’homme,  ne  peuvent  cependant,
  dans  les  cas  ordinaires,  ôtre  donnés  en  whange  pour  d’autres ­
  objets.  L’or,  au  contraire,  si  peu  utile  en  comparaison  de  l’air
ou  de  I  eau,  peut  être  échangé  contre  une  grande  quantité  de  marchandises*.


d'  rr  ici  M.  Ricardo,  d’après  Adam  Smith,  entre  la  valeur
»  t  ité  et  la  valeur  échangeable,  est  fondamentale  en  économie  politique.
        <pb n="58" />
        (5  PHLNCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
O,  n’est  donc  pas  l'ntilitë  qui  est  la  mesure  de  la  valeur  échangeable, ­
  quoiqu’elle  lui  soit  absolument  essentielle.  Si  un  objet  n’était
d’aucune  utilité,  ou,  en  d’autres  termes,  si  nous  ne  pouvions  le  faire
servir  à  nos  jouissances,  ou  en  tirer  quelque  avantage,  il  ne  posséderait ­
  aucune  valeur  éebangealde,  quelle  que  lût  d’ailleurs  sa  rareté,
ou  quantité  de  travail  nécessaire  pour  l’acquérir.
Les  choses,  une  fois  qu  elles  sont  reconnues  utiles  par  elles-mêmes.

Peut-être  aurait-il  dû  remarquer  que  celte  dernière,  la  valeur  échangeable,  est.
celle  dont  Smith  s’est  exclusivement  occupé  dans  tout  son  ouvrage,  et  que  c’est
en  cela  que  consiste  le  grand  pas  qu’il  a  fait  faire  à  l’économie  politique,  à  la
science  de  toutes,  peut-être,  qui  influe  plus  directement  sur  le  sort  des  hommes.
Eu  effet,  la  Valeur,  cette  qualité  abstraite  par  latpielle  les  choses  deviennent  des
Richesses,  ou  des  portions  de  richesses,  était  une  qualité  vague  et  arbitraire  que
chacun  élevait  ou  abaissait  à  son  gré,  selon  l’estime  que  chacun  faisait  de  sa
chose  ;  mais  du  moment  qu’on  a  remarqué  qu’il  fallait  que  cette  valeur  fût  reconnue ­
  et  avouée  pour  qu’elle  devînt  une  richesse  réelle,  la  science  a  eu  des  lors
une  base  fixe  •  La  valeur  courante  ou  échangeable  des  choses,  ce  qu’on  appelle
leur  prix  courant,  lorsque  l’évaluation  en  est  faite  dans  la  monnaie  du  pays.  En
raisonnant  sur  cette  valeur,  sur  ce  qui  la  crée,  sur  ce  qui  l’altere,  on  n’a  plus
raisonné  sur  des  abstractions,  pas  plus  que  deux  héritiers,  après  avoir  fait  inventaire ­

  d’une  succession,  ne  se  partagent  des  abstractions.
Je  ne  saurais  m’empêcher  de  remarquer  ici  que  cette  nécessité  de  fixer  la  valeur ­
  des  choses  par  la  valeur  qu’on  peut  obtenir  en  retour  de  ces  mêmes  choses,
dans  l’échange  qu’on  voudrait  en  faire,  a  détourné  la  plupart  des  écrivains  du
véritable  objet  des  recherches  économiques.  On  a  considéré  l’échange  comme  le
fondement  de  la  richesse  sociale,  tandis  qu’il  n’y  ajoute  effectivement  rien.  Deux
valeurs  qu’on  échange  entre  elles,  un  boisseau  de  froment  et  une  paire  de  ciseaux,
ont  été  préalablement  formées  avant  de  s’échanger  ;  la  richesse  qui  réside  en
elles  existe  préalablement  à  tout  échange;  et,  bien  que  les  échangés  jouent  un
grand  rôle  dans  l’économie  sociale,  bien  qu’ils  soient  indispensables  pour  que  les
produits  parv  iennent  jusqu’à  leurs  consommateurs,  ce  n’est  point  dans  les  échangés ­
  mêmes  que  consiste  la  production  ou  la  consommation  des  richesses.  11  y  a
beaucoup  de  richesses  produites,  et  même  distribuées  sans  échange  effectif.
Lorsqu’un  gros  cultivateur  du  Kentucky  distribue  à  sa  famille  et  à  ses  serv  iteurs
le  froment  de  ses  terres  et  la  viande  de  ses  troupeaux  ;  lorsiju  il  fait  filer  et  tisser
dans  sa  maison,  pour  son  usage,  les  laines  ou  k  coton  de  sa  récolte,  et  qu  il  distile ­
  même  des  pêches  pour  faire  sa  boisson,  lui  et  les  siens  produisent  et  consomment ­
  des  richesses  qui  n’ont  point  subi  d’échange.
T,a  v  aleur  échangeable  d’une  chose,  même  lorsque  l’échange  ne  s’effectue  pas,
valeur  vénale,  c’est-à-dire  la  valeur  qu’elle  aurait  dans  le  cas  où  l’on  jugerait
'  nrooos  de  la  vendre,  suffit  donc,  même  sans  qu’aucune  vente  ait  heu  ,  pour
constituer  la  richesse.  C’est  ainsi  qu’un  négociant  connaît  sa  richesse  par  l’mv«.niairp
  nii’il  fait  de  son  fonds),  même  sans  avoir  l’intention  de  le  vendre.

.l.-B.  Sav.
        <pb n="59" />
        CHAP.  I.  —  DE  LA  VALEUR.

7

tirent  leur  valeur  échangeable  de  deux  sources,  de  leur  rareté,  et  de
la  quantité  de  travail  nécessaire  pour  les  acquérir.
H  y  a  des  choses  dont  la  valeur  ne  dépend  que  de  leur  rareté.  ?iul
travail  ne  pouvant  en  augmenter  la  quantité,  leur  valeur  ne  peut
baisser  par  suite  d’une  plus  grande  abondance.  Tels  sont  les  tableaux
précieux,  les  statues,  les  livres  et  les  médailles  rares,  les  vins  d’une  qualité ­
  exquise,  qu’on  ne  peut  tirer  que  de  certains  terroirs  très-peu  étendus, ­
  et  dont  il  n’y  a  ])ar  conséquent  qu’une  quantité  très-bornée,  enfin,
une  foule  d’autres  objets  de  même  nature,  dont  la  valeur  est  entièrement ­
  indépendante  de  la  quantité  de  travail  qui  a  été  nécessaire  à  leur
production  première.  Cette  valeur  dépend  uniquement  de  la  fortune
des  goûts  et  du  caprice  de  ceux  qui  ont  envie  de  posséder  de  tels  objets.
Ils  ne  forment  cependant  qu’une  très-petite  partie  des  marchandises ­
  qu’on  échange  journellement.  Le  plus  grand  nombre  des  objets
que  l’on  désire  posséder  étant  le  fruit  de  l’industrie,  on  peut  les
multiplier,  non-sculemcnt  dans  un  pays,  mais  dans  plusieurs  à  un
degré  auquel  il  est  presque  impossible  d'assigner  des  bornes,  toutes
les  fois  qu  on  voudra  y  consacrer  l’industrie  nécessaire  pour  les
Quand  donc  nous  parlons  des  marchandises,  de  leur  valeur  échangeable, ­
  et  des  principes  qui  règlent  leurs  prix  relatifs,  nous  n’avons
en  vue  que  celles  de  ces  marchandises  dont  la  quantité  peut  s’accroître ­
  par  1  industrie  de  l’homme,  dont  la  production  est  encouragée
par  la  concurrence,  et  n’est  contrariée  par  aucune  entrave.
Dans  1  enfance  des  sociétés  la  valeur  échangeable  des  choses,  ou
la  règle  qui  fixe  la  quantité  que  l’on  doit  donner  d’un  objet  pour  un
autre,  ne  dépend  que  de  la  quantité  comparative  de  travail  qui  a  été
employée  à  la  production  de  chacun  d’eux.
«  Lé  prix  réel  de  chaque  chose,  dit  Adam  Smith,  ce  qu’elle  coûte
»  réellement  à  la  personne  qui  a  besoin  de  l’acquérir,  est  l’équivalent
"  (k  la  Pallie  et  de  l’embarras  qu’il  a  fallu  pour  l’acquérir.  Ce  que
»  chaipie  chose  vaut  réellement  pour  celui  qui  l’a  acquise,  et  qui
&amp;gt;&amp;gt;  cherche  à  en  disposer,  ou  à  l’échanger  pour  quelque  autre  objet,
»  c'est  la  peine  et  l’embarras  que  cette  chose  peut  lui  épargner,  et
»  qu  elle  a  le  pouvoir  de  rejeter  sur  d’autres  personnes.  Le  travail  a
»  été  le  premier  prix,  la  monnaie  primitive  avec  laquelle  tout  a  été
«  payé  «  Et  dans  un  autre  endroit  il  ajoute  :  «  Dans  cet  état  gros-*

  Smith,  et,  après  lui,  tous  les  écrivains  anglais,  confondent  les  mots  travail  et
industrie.  D’après  l’analyse  des  travaux  productifs  qui  fait  partie  de  mon  Traité
        <pb n="60" />
        8

I'IIINCIPKS  1)1:  I/ÉCONOMIE  rOLITlQl’K.
sier  (les  sociétés  naissantes,  (pii  précède  l’accumulation  des  capitaux, ­
  et  l’appropriation  des  terres,  le  rapport  entre  la  (quantité  de
»  travail  nécessaire  pour  acquérir  chaque  objet  paraît  la  seule  donnée
»  qui  puisse  conduire  à  poser  une  rèfçle  pour  l’échange  des  uns
»  contre  les  autres.  Par  exemple,  si  dans  une  nation  de  chasseurs  il
»  en  coûte  ordinairement  deux  fois  autant  de  travail  ])our  tuer  un
V  castor  que  pour  tuer  un  daim,  on  donnera  naturellement  deux
»  daims  pour  un  castor,  ou,  en  d’autres  termes,  un  castor  vaudra
»  deux  daims.  Il  est  tout  simple  (pie  ce  qui  est  d’ordinaire  le  [iroduit
»  de  deux  Journées  ou  de  deux  heures  de  travail,  vaille  le  double  de
»  ce  qui  n’exige  ordinairement  qu’un  jour  ou  une  heure  de  tra-&amp;gt;&amp;gt;
  vail  \  »
Il  importe  essentiellement  en  économie  politique  de  savoir  si  telle
est  en  réalité  la  hase  de  la  valeur  échangeable  de  toutes  les  choses,
excepté  de  celles  que  l’industrie  des  hommes  ne  peut  multiplier  a
volonté;  car  il  n’est  point  de  source  d’où  aient  découlé  autant  d’erreurs, ­
  autant  d’opinions  diverses,  ([ue  du  sens  vague  et  peu  précis
qu’on  attache  au  mot  valeur.
Si  c’est  la  quantité  de  travail  lixée  dans  une  chose,  qui  règle  sa
valeur  échangeable,  il  s’ensuit  que  toute  augmentation  dans  la  quantité ­
  de  ce  travail  doit  nécessairement  augmiMiter  la  valeur  de  l’objet
auquel  il  a  été  employé  ;  et  de  même  que  toute  diminution  du  même
travail  doit  en  diminuer  le  prix

d’Ecommie  politique,  on  voit  que  les  travaux  productifs  sont  ceux  du  savant  qui
étudie  les  lois  de  la  nature,  de  Ventreprcncur  d’industrie  qui  les  applique  à  la
satisfaction  des  besoins  de  l’homme,  et  de  Vonvrier  qui  exécute  le  travail  manuel
qui  résulte  de  l’indication  des  deux  premiers.  l  e  mot  travail  exprime  imparfaite  •
ment  toutes  ces  opérations,  dont  quelques-unes  renferment  des  nisultats  de  ce
qu’il  y  a  de  plus  relevé  dans  l’intelligence  humaine.  C’est  à  leur  ensemble  qu’il
convient  de  donner  le  nom  d'industrie,  pour  réserver  le  nom  de  travail  aux  opérations ­
  qui  sont  plus  dépourvues  de  combinaisons.  L’analyse  des  diverses  opérations ­
  de  l’industrie  est  d’autant  plus  nécessaire,  qu’elles  obtiennent,  dans  la  distribution ­
  des  valeurs  produites  par  leur  moyen,  des  rétributions  très-diverses.
.I.-B.  Say.
*  Livre  I,  chap.  16,  p.  65,  édit.  Guillaumin.
1  M.  Ricardo  me  semble  à  tort  ne  considérer  ici  qu’un  des  éléments  de  la  valeur
des  choses,  c’est-à-dire  le  travail,  ou,  pour  parler  plus  exactement,  l’étendue  des
sacrifices  qu’il  faut  faire  pour  les  produire.  Il  néglige  le  premier  élément,  le  véritable ­
  fondement  de  la  valeur,  l’utilité.  C’est  l’utilité  qui  occasionne  la  demande
qu’on  fait  d’une  chose.  D’un  autre  côté,  le  sacrifice  qu’il  faut  faire  pour  qu’elle
soit  produite,  en  d’autres  mots,  ses  frais  de  production  font  sa  rareté,  bornent  la
        <pb n="61" />
        CIÎAP.  I.  —  DK  LA  VALKIIH.

9

Adam  Smith,  après  avoir  détiiii  avec  tant  de  précision  la  source
primitive  de  toute  valeur  échangeable,  aurait  dû,  pour  être  conséquent, ­
  soutenir  que  tous  les  objets  acquéraient  plus  ou  moins  de
\aleur  selon  que  leur  production  coûtait  plus  ou  moins  de  travail,
il  a  pourtant  créé  lui-mème  une  autre  mesure  de  la  valeur,  et  il  parle
de  choses  qui  ont  plus  ou  moins  de  valeur  selon  qu’on  peut  les  échanger ­
  contre  plus  ou  moins  de  cette  mesure,  l’antôt  il  dit  que  c’est  la
valeur  du  blé,  et  tantôt  il  assure  que  c’est  celle  du  travail  ;  non  pas
du  travail  dépensé  dans  la  production  d’une  chose,  mais  de  celui  que
cette  chose  peut  acheter;  —  comme  si  c’étaient  là  deux  expressions
équivalentes,  et  comme  si  parce  que  le  travail  d’un  homme  est
devenu  deux  fois  plus  ])roductif,  et  qu’il  peut  créer  une  quantité
double  d’un  objet  quelconque,  il  s’ensuivait  qu’il  doit  obtenir  en
échange  une  double  rétribution.

Si  cela  était  vrai,  si  la  rétribution  du  travailleur  était  toujours
proportionnée  à  sa  production,  il  serait  en  effet  exact  de  dire  que  la
quantité  de  travail  fixée  dans  la  production  d’une  chose,  et  la  quan-'
  U.t  Tff  """  »»'■•  'Kal'-S  et  rune  „u
du  re  mdiirmmmenl  pourrait  servir  de  mesure  exacte  pour  les
lluctuatious  des  autres  objets.  Mais  ces  deux  ,,ua»titcs  ue  sout  point
ega  es  .  a  première  est  en  effet  très-souvent  une  mesure  fixe  qui  indique ­
  exactement  la  variation  des  prix  des  autres  objets;  la  seconde,
au  contraire,  éprouve  autant  de  variations  que  les  marchandises  ou

quantité  fle  cette  chose  qui  s’offre  à  l’échange.  Sa  valeur  s’élève  d’ouiantpZu*
quelle  est  plus  demandée  et  moins  offerte,  et  s’élève  d’autant  moin,  qu’elle  est
moins  demandée  et  plus  offerte.  Ce  principe  est  fondamental  en  économie  politique; ­
  il  est  confirmé  par  une  expérience  constante;  il  est  expliqué  par  le  raisonnement. ­
  (Voyez  mon  Traité  d'Economie  politique  ,  liv.  II,  chap.  ,.)  Ce  ne  sont
donc  pas  les  frais  de  production  seuls,  ce  que  M.  Ricardo,  d’après  Smith,  appelle
e  prix  naturel  d’une  chose,  qui  règle  sa  valeur  échangeable,  son  prix  courant,
‘  n  veut  exprimer  cette  valeur  en  monnaie.  Lorsque  les  frais  de  production
gmentent,  pour  que  la  valeur  échangeable  augmentât  aussi,  il  faudrait  que  le
rapport  de  I  offre  et  de  la  demande  restât  le  même;  il  faudrait  que  la  demande
ugmentât  aussi;  et  il  est  de  fait  qu’elle  diminue;  il  est  impossible,  toutes  ces
circonstances  étant  d’ailleurs  les  mêmes,  qu’elle  ne  diminue  pas.  La  valeur
c  langea  e  ne  peut  donc  pas  monter  comme  les  frais  de  production.  C’est  pour
’oir  per  u  de  vue  ce  fait  constant,  et  par  consequent  ce  principe  fondamental,
que  M.  Ricardo  a  été  entraîné,  je  crois,  dans  quelques  erreurs,  que  je  prendrai
3  1  erté  de  relever  dans  l’intérêt  de  la  science,  et  sans  m’écarter  des  égards
que  mérite  I  auteur  par  ses  qualités  personnelles  autant  que  par  ses  talents.
J.-B.  SaY.
        <pb n="62" />
        jO  PRINCIPES  UE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
denrées  avec  lesquelles  on  peut  la  comparer.  C’est  ainsi  qu’Adam
Smith,  aju’ès  avoir,  avec  beaucoup  de  sagacité,  démontré  combien
une  mesure  variable,  telle  ([ue  l’or  et  l’argent,  était  insuffisante  pour
servir  à  déterminer  le  prix  variable  des  autres  objets,  a  lui-même
cîccaiit  nr\iir  hlli

iniA  iTiPKiirp,  tout  aussi  variable,  en

ou  le  travail'.
L’or  et  l’argent  sont  sans  doute  sujets  à  des  fluctuations  de  valeur
par  la  découverte  de  mines  nouvelles  et  ])lus  riches,  mais  ces  découvertes ­
  sont  rares,  et  leurs  elTets,  quoique  importants,  se  bornent  à  t
des  époques  d  une  durée  comparativement  courte.  Leur  \  aleur  peut  ¡,
aussi  éprouver  des  variations  par  l’eflêt  des  améliorations  introduites
dans  l’exploitation  des  mines  et  dans  les  machines  qui  y  sont  cmployées,
  ces  améliorations  produisant  avec  le  même  travail  plus  de
métal.  Lniin  l’épuisement  graduel  des  mines  qui  fournissent  les  metaux
  précieux,  peut  encore  déterminer  certaines  fluctuations  sur  les  j
marchés.  Mais  est-il  une  seule  de  ces  causes  de  fluctuation  a  laquelle
le  blé  ne  soit  également  sujet?  Sa  valeur  ne  varie-t-elle  pas  par  les
améliorations  dans  l’agriculture,  dans  les  instruments  aratoires,  par  le  '
perfectionnement  des  machines,  ainsi  que  par  la  découd  erte  de  non
veaux  terrains  fertiles,  qui,  livrés  à  la  culture  dans  d  autres  pays,  ne
peuvent  manquer  d’influer  sur  le  prix  des  grains  dans  tout  marché
où  l’importation  sera  libre?  D’ailleurs,  le  blé  n’est-il  pas  sujet  a
hausser,  par  les  probibitions,  par  l’accroissement  des  richesses  et  de
la  population,  et  par  la  difficulté  plus  grande  d’extraire  un  plus  tort
approvisionnement  de  blé  des  mauvais  terrains  dont  la  culture  exige
beaucoup  plus  de  travail  “  ?

■  I,a  vérité  est  ,|ue  la  valeur  des  choses  étant  une  qualité  essentiellement  variable ­
  d'un  temps  à  un  antre,  d'un  lieu  à  un  autre  ,  la  valeur  d  une  (fd  -ce
celle  du  travail)  ne  peut  servir  de  mesure  à  la  va  eur  une  au  re  ^aàune
n’est  pour  un'  temps  et  pour  un  lieu  donnés.  C  est  pour  ce  a  que,  p
======
        <pb n="63" />
        CHAP.  1.  —  DE  LA  VALEUR.

H

La  valeur  du  travail  n’est-elle  pas  également  variable;  et  n’est-elle
pas  modifiée,  ainsi  que  toutes  choses,  par  le  rapport  entre  l’offre  et
la  demande,  rapport  qui  varie  sans  cesse  avec  la  situation  du  pays?
n  est-elle  ])as  encore  affectée  par  le  prix  variable  des  subsistances  et
des  objets  de  première  nécessité,  à  l’achat  desijuels  l’ouvrier  dépense
son  salaire?

Dans  un  même  pays,  pour  produire  une  quantité  déterminée  d’aliments ­
  ou  d  objets  de  ¡iremière  nécessité,  il  faut  peut-être  dans  un
temps  le  double  du  travail  qui  aurait  sufli  dans  une  autre  époque  éloignée ­
  ;  et  il  se  peut  néanmoins  que  les  salaires  des  ouvriers  ne  soient
que  fort  peu  diminués.  Si  l’ouvrier  recevait  pour  ses  gagi^s,  à  la  première ­
  époque,  une  certaine  quantité  de  nourriture  et  de  denrées  i]
n’aurait  probablement  pu  subsister  si  on  la  lui  avait  diminuée.  Les
substances  alimentaires  et  les  objets  de  première  nécessité  auraient
dans  ce  oas,  haussé  de  cent  pour  cent,  en  estimant  leur  valeur  par  la
quantilé  de  travail  néeessaire  à  leur  produetinn,  tandis  que  cette  valeur
  aurait  à  peine  augmenté  si  on  l’eût  mesurée  par  la  quantité  de
ra\ad  contre  laquelle  s’echangeraient  ces  substances.
remarque  à  l’égard  de  deux  ou  de  plusieurs
pajs.  L  on  sait  qu’en  Amérique  et  en  Pologne,  sur  Ic's  dernières
terrc's  mises  en  culture,  le  travail  d’une  année  donne  plus  de  blé
qu  eu  Angleterre.  Or,  en  supposant  que  toutes  les  autres  denrées
soient  dans  les  trois  pays  à  aussi  bon  marché,  ne  serait-ce  pas  une
grande  erreur  de  conclure  que  la  quantité  de  blé  payée  à  l’ouvrier
doit  être  dans  chaque  pays  proportionnée  à  la  facilité  de  la  production. ­

Si  la  chaussure  et  les  vêtememts  de  l’ouvrier  pouvaient  être  fabriqués ­
  par  des  procédés  nouveaux  et  perfectionnés,  et  exiger  seulement ­
  le  quart  du  travail  que  leur  fabrication  demande  actuellement,
ils  devraient  baisser  probablemcmt  de  soixante-quinze  pour  cent;  mais
loin  de  pouvoir  dire  que  par  là  l’ouvrier  au  lieu  d’un  habit  et  d’une
paire  de  souliers,  en  aura  quatre,  il  est  au  contraire  certain  que  son
salaire,  réglé  par  les  effets  de  la  concurrence  et  par  l’accroissement
de  la  population,  se  proportionnerait  à  la  nouvelle  valeur  des  denrées
a  acheter.  Si  de  semblables  perfectionnements  s’étendaient  à  tous  les

a  quantité  demandée,  restant  la  même,  la  valeur  échangeable  a  dû  rester  la
même  aussi.  Le  blé  est  un  produit  qui,  par  sa  présence,  crée  ses  consommateurs,
et  qui  par  son  absence  les  détruit.  On  n’en  peut  pas-  dire  autant  de  l’or.
J.-B.  Say.
        <pb n="64" />
        12

PHINCIPKS  DE  I;Eí;()N0M1E  poijtique.
objets  de  consommation  de  l’ouvrier,  son  aisance  se  trouverait  probablement ­
  augmentée,  (juoique  la  valeur  échangeable  de  ces  objets,
comparée  à  celle  des  objets  dont  la  fabrication  n’aurait  éprouvé  aucun ­
  perfectionnement  remarquable,  se  trouvât  considérablement
réduite,  et  qu’on  les  obtint  par  une  quantité  bien  moindre  de  travail. ­

Il  n’est  donc  pas  exact  de  dire  avec  Adam  Smitb  ;  «  que  puisque
»  le  même  travail  peut  quelquefois  acheter  une  ])lus  grande,  et  quel-&amp;gt;'
  quefois  une  plus  petite  quantité  de  marcbandises,  c’est  la  valeur
»  des  marcbandises  qui  cbange,  et  non  celle  du  travail.  «  Et  par
conséquent,  «  que  la  valeur  du  travail  étant  la  seule  qui  soit  inva-»
  riable,  elle  seule  peut  servir  de  mesure  fondamentale  et  exacte  au
&amp;gt;&amp;gt;  moyen  de  laquelle  on  puisse  en  tout  temps  et  en  tout  lieu  estimer
»  et  comparer  la  valeur  de  toutes  les  denrées  ou  marcbandises.  »  Il
est  (xipendant  exact  de  dire,  ainsi  que  Smitb  l’avait  avancé  auparavant, ­
  «  que  les  quantités  proportionnelles  de  travail  nécessaires  pour
&amp;gt;&amp;gt;  obtenir  chaque  objet,  paraissent  offrir  la  seule  donnée  qui  puisse
»  conduire  à  poser  une  règle  pour  l’échange  des  uns  contre  les  au-»
  tres;  »  ou,  en  d’autres  mots,  que  c’est  la  quantité  com[)arative  de
denrées  que  le  travail  peut  ])roduirc,  qui  détermine  leur  valeur  relative ­
  présente  ou  passée,  et  non  les  quantités  comparatives  de  denrées ­
  (|u’on  donne  à  l’ouvrier  en  échange,  ou  en  paiement  de  son
travail.
Deux  marchandises  varient,  je  suppose,  dans  leur  valeur  relative,
et  nous  désirons  savoir  celle  qui  a  subi  cette  variation,  cette  transformation. ­
  En  comparant  l’une  d’elfes  avec  des  souliers,  des  bas,  des
chapeaux,  du  fer,  du  sucre  et  toutes  les  autres  marchandises,  on
trouve  que  sa  valeur  échangeable  est  restée  la  même  ;  en  comparant
l’autre  avec  les  memes  objets  nous  trouvons,  au  contrains,  que  sa
valeur  échangeable  a  varié;  cela  seul  nous  autorise  suflisamment  à
dire  ([ue  la  variation  porte  sur  cette  marchandise  déterminée  et  non
sur  tous  les  autres  objets  avec  lesquels  on  l’a  comparée.  Si,  en  pénétrant ­
  plus  avant  dans  toutes  les  circonstances  relatives  à  la  production ­
  de  ces  différents  objets,  nous  reconnaissons  qu’il  faut  la  même
quantité  de  travail  et  de  ca])ital  pour  produire  des  souliers,  des  bas,
des  chapeaux,  du  fer,  du  sucre,  etc.  ;  mais  que  la  production  de  telle
marchandise  désignée  est  devenue  moins  coûteuse  et  moins  lente,  la
probabilité  se  change  en  certitude.  On  peut  dire  alors  hardiment  que
a  variation  de  valeur  retombe  uniquement  sur  cette  marchandise,  et
on  découvre  ainsi  la  cause  de  cette  variation.
        <pb n="65" />
        13

CHAP.  1.  -  DE  LA  VALEI  IL
Si  je  trouve  qu’une  once  d’or  s’échange  pour  une  quantité  moindre ­
  de  marchandise,  et  que,  cependant,  la  découverte  de  mines  nouvelles ­
  et  plus  fertiles  ou  l’emploi  de  machines  plus  j)arfaites  jiermet
d  obtenir  une  quantité  déterminée  d’or  avec  moins  de  travail,  je
suis  autorisé  à  dire  que  les  causes  des  variations  de  la  valeur  de
1  or,  relativement  à  celle  des  autres  marchandises,  sont,  à  ta  fois,
une  économie  de  main  d’œuvre  et  un  travail  plus  facile,  plus  rapide. ­
  De  même,  si  le  travail  venait  à  haisser  considérahlement  de
\alcur  Ielativement  aux  autres  objets,  si  l’on  reconnaissait  que  cette
baisse  vient  d’une  abondance  extrême  de  blé,  de  sucre,  de  bas,  abondance ­
  résultant  de  moyens  de  production  ¡dus  actifs,  il  serait  exact
de  dire  que  le  blé  et  les  autres  objets  nécessaires  à  l’existence  ont
perdu  de  leur  valeur  par  suite  d’une  diminution  dans  la  quantité  de
travail  consacré  à  les  produire  ,  et  que  ce  que  l’ouvrier  gagne  en  se
procurant  plus  facilement  les  moyens  d’existence,  il  le  perd  par  la
baisse  que  subit  bientôt  le  prix.de  son  travail.  «  Non,  non,  s’écrient
aussitôt  Adam  Smith  et  M.  Maltbus  :  &amp;gt;ous  aviez  sans  doute  raison
de  dire,  en  parlant  de  l’or,  que  ses  fluctuations  se  traduisent  en  réalité ­
  par  un  abaissement  de  valeur,  parce  que  ni  le  blé  ni  le  travail  n’a-&amp;gt;aient
  encore  varié;  et  de  plus,  comme  l’or  achèterait  une  moins
grande  quantité  de  denrées,  on  ¡loiivait  en  conclure  hardiment  que
outes  les  denrees  étaient  restées  invariables,  et  (¡ue  l’or  seul  avait
changé.  IMais,  lorsque  le  blé  et  le  travail,  —  les  deux  choses  que  nous
avons  adoptées  comme  mesure  des  valeui-s,  malgré  toutes  les  Aariations
  auxquelles  nous  les  reconnaissons  assujetties,  —  lorsque,  dis-je,
le  blé  et  le  travail  baissent,  on  aurait  tort  d’en  tirer  les  mêmes  conclusions ­
  :  pour  être  dans  le  vrai,  il  faudrait  dire  alors  que  le  travail
et  le  blé  sont  restés  stationnaires  en  facit  du  renchérissement  des  autres ­
  choses.
Or,  c’est  précisément  contre  ce  langage  que  je  proteste.  .le  crois
(|ue  la  cause  des  variations  survenues  entre  le  blé  et  les  autres  objets
se  trouve,  comme  ¡lour  l’or,  dans  une  écxmomie  de  main  d’œuvre  .’
aussi  suis-je  logiquement  entraîné  à  considérer  ces  variations  comme
le  résultat  d’une  baisse  dans  la  valeur  du  travail  et  du  blé,  et  non
comme  un  renchérissement  des  choses  contre  lesquelles  on  les  échange
Supposons  que  je  loue  pour  une  semaine  le  travail  d’un  ouvrier,  et
(pi’au  lieu  de  dix  schillings  je  lui  en  donne  seulement  huit  ;  si,  d’Lilleurs,
  il  n’est  survenu  aucune  variation  dans  la  valeur  de  l’argent,  il  se
pourra  que  cet  ouvrier  obtienne  avec  son  salaire  réduit  plus  d’aliments
et  de  vêtements  qu’auparavant  :  mais  ceci,  il  faut  l’attribuer  a  un
        <pb n="66" />
        1.Í  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
abaissement  dans  la  valeur  des  objets  de  consommation  de  l’ouvrier,
et  non,  comme  l’ont  avancé  Adam  Smith  et  M.  Malt  bus,  à  une  hausse
réelle  dans  la  valeur  de  son  salaire.  Kt  pourtant,  c’est  pour  avoir  caractérisé ­
  ce  fait,  en  disant  qu’il  constitue,  au  fond,  une  baisse  dans
la  valeur  du  travail,  (ju’on  m’accuse  d’avoir  adopté  un  langage  nouveau, ­
  inusité,  et  qu’on  ne  saurait  concilier  avec  les  véritables  principes ­
  de  la  science.  Quant  à  moi,  je  crois  que  les  termes  inusités  sont
précisément  ceux  dont  se  servent  mes  adversaires.
Admettons  qu’un  ouv  rier  reçoive  par  semaine  un  boisseau  de  blé
à  une  époque  où  le  prix  du  blé  est  de  80  scb.  par  quarter  (2  b.  90  1}
et  que  le  prix  descendant  à  40  scb.,  on  lui  en  donne  un  boisseau  et
un  quart.  Admettons  encore  qu’il  consomme  chaque  semaine,  dans
sa  famille,  un  demi-boisseau  de  blé,  et  qu’il  échange  le  surplus  contre
d’autres  objets,  tels  que  le  combustible  ,  le  savon,  la  chandelle,  le
thé,  le  sucre,  le  sel,  etc.,  etc.  ;  si  les  trois  quarts  de  boisseau  qui  lui
resteront  dans  ce  cas  ne  peuvent  lui  procurer  autant  de  jouissances ­
  et  de  bien-être  (|ue  le  demi-boisseau  dont  il  disposait  autrement, ­
  dira-t-on  encore  que  son  travail  a  haussé  de  valeur?  Adam
Smith  insiste  sur  cette  hausse,  parce  que  son  critérium  est  le  blé,  et
que  l’ouvrier  reçoit  plus  de  blé  par  semaine  :  mais  Adam  Smith  eût
dù  y  voir,  au  contraire,  une  baisse,  «  paree  (¡ne  la  valeur  d  une  chose
dépend  de  la  faculté  que  transmet  cette  chose  d’acheter  les  autres
marchandises,  »  et  que,  dans  l’hypothèse  supposée,  le  travail  a  perdu
de  cette  faculté.
SECTION  II

La  rénuinéralion  accordée.  A  l’ouvrier  varie  suivant  la  nature  du  travail  ;  mais  ce  n  est
pas  là  une  des  causes  qui  font  varier  la  valeur  relative  des  dillérentes  marchandises.
Cependant,  quoitjue  je  considère  le  travail  comme  la  source  de
toute  valeur,  et  sa  quantité  relative  comme  la  mesure  qui  règle,  presque ­
  exclusivement  la  valeur  relative  des  marchandises,  il  ne  faut  pas
croire  que  je  n’aie  pas  fait  attention  aux  différentes  espècos  de  travail
et  à  la  dilïiculté  de  comparer  celui  d’une  heure  ou  d  un  jour  consacré
à  un  (certain  genre  d’industrie,  avec  un  travail  de  la  meme  durée
consacré  à  une  autre  production.  Ta  valeur  de  chaque  espèce  de  travail ­
  est  bientôt  lixée,  et  elle  l’est  avec  assez  de  précision  pour  satisfaire ­
  aux  nécessités  de  la  ])ratique  :  elle  dépend  beaucoup  de  la
dextérité  comparative  de  l’ouvrier,  et  de  l’activité  avec  laquelle  il  a
travaillé.  L’échelle  conqiarative  une  fois  établie,  elle  n  est  sujette
        <pb n="67" />
        CHAP.  I.  —  DE  LA  VALEUR.  iti
qu’à  peu  de  variations.  Si  la  journée  d’un  ouvrier  en  bijouterie  vaut
plus  que  celle  d’un  ouvrier  ordinaire,  cette  proportion  reconnue  et
déterminée  depuis  longtemps  conserve  sa  place  dans  l’échelle  des
valeurs  \
Eu  comparant  donc  la  valeur  d’un  même  objet  à  des  époques  différentes, ­
  on  peut  se  dispenser  d’avoir  égard  à  l’habileté  et  à  l’activité
comparatives  de  l’ouvrier,  car  elles  influent  également  auv  deux
époques.  Des  travaux  de  la  même  nature  exécutés  dans  différents
temps  se  comparent  entre  eux;  et  si  un  dixième,  un  cinquième  ou  un
quart  a  été  ajouté  ou  ôté  à  leur  prix,  il  en  résultera  un  effet  proportionné ­
  dans  la  valeur  relative  de  l’objet.  Si  une  ])ièce  de  drap  valant
actuellement  deux  pièces  de  toile,  venait  à  valoir  dans  dix  ans  quatre
pièces  de  toile,  nous  serions  fondés  à  conclure  en  toute  sécurité  qu’il
faut  plus  de  travail  pour  fabriquer  le  drap,  ou  qu’il  en  faut  moins
pour  faire  de  la  toile,  ou  même  que  ces  deux  causes  ont  agi  en  même
temps.
Les  recherches  sur  lesquelles  je  voudrais  porter  l’attention  du  lecteur, ­
  ajant  pour  objet  l’effet  produit  par  les  variations  survenues
(  ans  la  valeur  relative  des  marchandises,  et  non  dans  leur  valeur  absolue, ­
  il  est  peu  important  de  com])arer  les  prix  qu’on  accorde  aux
differentes  es])èces  de  travail.  Dious  pouvons  présumer  que  le  rapport
entre  les  différents  prix  reste  à  peu  près  le  même  d’une  génération

'  «  Quoique  le  travail  soit  la  mesure  réelle  de  la  valeur  échangeable  de  toute
»  marchandise,  ce  n’est  pas  celle  d’après  laquelle  on  l’estime  ordinairement.  Il
»  est  souvent  difficile  de  déterminer  la  proportion  qui  existe  entre  deux  diffé-»
  rentes  quantités  de  travail.  Le  temps  employé  à  exécuter  deux  différentes  espèces
»  d  ouvrage  n’est  pas  toujours  suffisant  pour  déterminer  cette  proportion,  il  faut
»  encore  tenir  compte  des  différents  degrés  de  fatigue  que  l’ouvrier  a  endurée  et
*&amp;gt;  de  la  dextérité  qu’il  a  montrée.  Un  travail  violent  d’une  heure  peut  être  beaucoup
»  plus  pénible  que  celui  de  deux  heures  employées]à  un  ouvrage  aisé;  et  il  peut
»  y  avoir  beaucoup  plus  de  travail  dans  une  heure  d’application  à  un  métier  qu’il
»  a  fallu  dix  ans  de  peines  pour  apprendre,  que  dans  un  mois  de  travail  appliqué
»  à  luie  occupation  ordinaire  et  aisée.  Mais  il  n’est  point  aisé  de  trouver  une  me-»
  sure  exacte  du  degré  de  fatigue  ou  de  dextérité.  11  est  vrai  qu’en  échangeant  les
«  différents  produits  de  diltérentes  sortes  de  travail  les  uns  contre  les  autres,  on
"  lient  compte  ordinairement  jusqu’il  un  certain  point.  Cependant  cela  ne  se
»  règle  pas  par  une  mesure  exacte,  et  n’est  que  le  résultat  du  débat  entre  le  ven-»
  deur  qui  exige  et  l’acheteur  qui  marchande,  et  qui  se  décide  d’après  cette  espèce
»  d  égalité  approximative,  qui,  quoiqu’inexacte,  suffit  cependant  dans  les  Irans-»
  actions  ordinaires  de  la  vie.  »  Richesse  des  Nations  ,\i\.  1,  chap,  10.  (Edit.
Guillaumin.)
        <pb n="68" />
        PRINCIPES  DE  L’Economie  politique.’
à  l’autre,  ou  au  moins  que  les  variations  qu’ils  éprouvent  d’une
année  à  l’autre  sont  peu  sensibles,  quelque  inégalité  qui  ait  pu  s’y
trouver  dans  l’origine,  et  quels  que  soient  la  capacité,  l’adresse  ou  le
temps  nécessaires  pour  acquérir  la  dextérité  manuelle  dans  les  différentes ­
  branches  de  l’industrie.  Ces  légères  variations  ne  sauraient
donc  avoir,  à  des  époques  rapprochées,  aucun  effet  notable  sur  la
valeur  relative  des  choses.
«  Le  rapport  entre  les  taux  différents  des  salaires  et  des  profits  dans
..  les  différents  emplois  du  travail  et  des  capitaux,  ne  paraît  pas  être
»  modifié  d’une  manière  sensible,  ainsi  que  nous  l’avons  déjà  remar-»
  qué,  par  la  richesse  ou  la  misère,  ni  par  les  progrès  ou  la  décadence
»  des  sociétés.  De  telles  révolutions  dans  l’Ltat  doivent,  en  effet,  in-»
  Huer  sur  le  taux  général  des  salaires  et  des  profits,  mais  elles  fiiiis-»
  sent  par  modifier  également  les  uns  et  les  autres  dans  tous  leurs
»  différents  emplois.  Leurs  rapports  mutuels  doivent  donc  rester  les
»  mêmes,  et  peuvent  à  peine  subir  une  grande  variation  tant  soit  peu
»  durable  *,  par  la  suite  de  semblables  révolutions.  »
SECTION  ni.
La  valeur  des  marchandises  se  trouve  modifiée,  non-seulement  par  le  travail  immédiatement ­
  appliqué  à  leur  production  ,  mais  encore  par  le  travail  consacré  aux  outils,  aux
machines,  aux  bAtiments  qui  servent  à  les  créer.
Même  dans  cet  état  primitif  des  sociétés  dont  il  est  question  dans
Adam  Smith,  le  chasseur  sauvage  a  besoin  d’un  capital  quelconque,
créé  peut-être  par  lui-même  cl  qui  lui  permette  de  tuer  le  gibier.
S’il  n’avait  aucune  espèce  d’arme  ollensive,  comment  lucrait-il  un
castor  ou  un  daim?  La  valeur  de  ces  animaux  se  conqioserait  donc
d’abord  du  Icnqis  et  du  travail  employés  à  leur  destruction,  et  ensuite
du  temps  et  du  travail  nécessaires  au  chasseur  pour  acquérir  son  capital, ­
  c’est-à-dire  l’arme  dont  il  s’est  servi.
Sujvposons  que  l’arme  propre  à  tuer  le  (castor  exige,  pour  sa  fabrication, ­
  beaucoup  plus  de  travail  que  celle  qui  suffit  pour  tuer  le
daim,  en  raison  de  la  difliculté  jilus  grande  d’approcher  du  premier
de  ces  animaux,  et  de  la  nécessité  d’être  par  conséquent  muni  d’une
arme  propre  à  porter  un  coup  assuré.  Dans  ce  cas,  il  est  probable
qu’un  castor  vaudra  plus  que  deux  daims,  précisément  parce  que,  tout
considéré,  il  faudra  plus  de  travail  pour  tuer  le  premier.

•  JUichesse  des  Nations,  V\\.  I,  chap.  10.
        <pb n="69" />
        CHAP.  I.  —  DE  EA  VALEUR.  \1
Tous  les  instruments  nécessaires  pour  tuer  les  castors  et  les  daims
pourraient  aussi  n’appartenir  qu’à  une  seule  classe  d’hommes,  une
autre  classe  se  chargeant  du  travail  de  la  chasse;  mais  leur  prix  comparatif ­
  serait  toujours  j)roportionné  au  travail  employé,  soit  pour  se
procurer  le  capital,  soit  pour  tuer  ces  animaux.  Que  les  capitaux
tussent  abondants  ou  rares  par  rapport  au  travail  ;  qu’il  y  eût  abondance ­
  ou  disette  des  aliments  et  autres  objets  de  première  nécessité,
les  personnes  qui  auraient  consacré  une  valeur  égale  de  capital  à  un
de  ces  deux  emplois,  pourraient  retirer  une  moitié,  un  quart,  ou  un
huitième  du  produit,  le  reste  servant  de  salaire  à  ceux  qui  auraient ­
  fourni  leur  travail.  Mais  cette  division  d’intérêts  ne  saurait
affecter  la  valeur  réelle  des  produits  ;  en  effet,  soit  que  les  profits  du
capital  s’élèv  ent  à  cinquante,  à  vingt,  ou  à  dix  pour  cent,  soit  que  les
salaires  des  ouvriers  s’élèvent  ou  s’abaissent,  l’effet  en  sera  le  même
dans  les  deux  emplois  différents.
Qu’on  suppose  les  occu])ations  de  la  société  plus  étendues,  en  sorte
que  les  uns  fournissent  les  canots,  les  filets  et  les  appareils  nécessaires ­
  a  la  pêche;  et  les  autres,  les  semences  et  les  instruments  grossiers ­
  (  ont  on  se  sert  en  commençant  une  culture:  il  sera  toujours  vrai
f  e  ire  cependant  que  la  valeur  échangeable  des  objets  produits  est
proportionnée  au  travail  employé  à  leur  production,  et  je  ne  dis  pas
seulement  a  leur  production  immédiate,  mais  encore  à  la  fabrication
des  instruments  et  machines  nécessaires  à  l’industrie  qui  les  produit. ­

Si  nous  envisageons^un  état  de  société  encore  plus  avancé,  où  les
arts  et  le  commerce  fleurissent,  nous  verrons  que  c’est  toujours  le  même
principe  qui  détermine  les  variations  dans  la  valeur  des  marchandises.
Eli  estimant,  par  exemjile,  la  valeur  échangeable  des  bas  de  coton^
nous  verrous  qu’elle  dépend  de  la  totalité  du  travail  nécessaire  pour
les  fabriquer  et  les  porter  au  marché.  Il  y  a  d’abord  le  travail  nécessaire ­
  a  la  culture  de  la  terre  où  l’on  a  récolté  le  coton  brut;  puis  celui
qui  a  servi  à  le  transporter  dans  le  pays  où  l’on  doit  fabriquer  les  bas,
et  qui  comprend  une  partie  du  travail  employé  à  la  construction
du  navire  qui  doit  porter  le  coton,  et  qui  est  payé  dans  le  fret  des
marchandises.  Puis,  vient  le  travail  du  iileur  ef  du  tisserand,
et  une  [lartie  de  celui  de  l’ingénieur,  du  serrurier,  du  charpentier,
qui  ont  construit  les  bâtiments  et  les  machines;  enfin  les  services  du
détaillant  et  de  plusieurs  autres  personnes  qu’il  serait  inutile  d’énuuiérer.
  La  somme  totale  de  toutes  ces  sortes  de  travaux  détermine  la
quantité  des  divers  objets  qui  doit  être  échangée  contre  ces  bas;  et
2
        <pb n="70" />
        ,8  PRINCIPES  DE  L'ÉCONOMIE  POI.ITIQIE.
une  pareille  eslimatioi.  (le  lout  le  travail  emplojé  à  la  preduetimi  (le
ees  objets  euv-mèmes,  iTglera  également  la  (|uantité  qui  doit  en  cire
donnée  pour  les  bas  ’•  ,  .  ,  *  .
Pour  nous  eoiivainerc  que  c'est  lit  le  foudemeut  reel  de  loiile  valeur ­
  écbaugeable,  supposons  qu'il  ait  élé  fait  un  perlectiouuenieul
qui  al)r(ige  le  Iravail  dans  une  des  dilVéreiites  opéralious  (|ue  le  eotou
brui  doit  subir,  avant  que  des  bas  de  colon  piiisseid  ('Ire  apporles  au
niart  lié  pour  être  éehaugés  eouire  d'aulres  objels;  etidiservousqui  s
eu  seraient  leselVets.  S'il  fallait  elfeclivenieut  moins  de  bras  pour  cultiver ­
  le  coton  et  pour  le  recoller;  si  l’on  emplojait  moins  de  matelots ­
  pour  manœuvrer,  ou  moins  de  eliarpentiers  pour  construire  le
navire  qui  doit  nous  le  porler;  si  moins  de  personnes  étaient  emplovées
  il  eoustruii-e  les  biltimenis  et  les  machines;  ou  si  apres  leur
construction  on  en  augmentait  la  puissance,  les  bas  baisseraient  infailliblement ­
  de  pris,  et  pareons((quent  on  ne  pourrait  plus  les  écban-I

  M  Ricardo  paraît  n’avoir  pas  compris  là-dedans  les  prolits  ou  l’interct  des
r-r,st:r:',:=.rÄ'Ä^
lorsque  tous  ces  travaux,  dis-je,  font  partie  du  prix  des  bas,  il  n  y  a  encore  rien
dans  ce  prix  pour  paver  rusage  des  différentes  portions  de  capitaux  qui  ont  servi
durant  l’exercice  de  tous  ces  travaux.  Kt  remarquez  bien  que  lorsque  je  dis  usagedes
  capitaux,  je  ne  veux  pas  dire  seulement  leur  deterioration,  la  depe
nécessaire  pour  conserver  aux  instruments  aratoires,  aux  navires,  aux  macb^  ,
leur  entière  valeur.  Je  supposé  qu'il  n'y  a  nulle  détérioration  dans  la  valeur  capitale, ­
  et  que  les  fonds  qui  ont  servi  dans  ce  commerce  et  dans  .
tures  sont,  après  la  production,  en  raison  de  1  entretien  et  e  a  res  ai  .
valeurs  employées,  égaux  à  ce  qu’ils  étaient  lorsqu  on  a  entrepris  le  e  pro
tion.  Je  dis  que  l’intérêt  de  ce  capital  n’est  point  encore  payé  mdependaminenl
de  l’acquittement  de  tous  ces  frais  ;  il  faut  nécessairement  que  cette  production
paie  le  profa  ou  l'inlérét  de  ces  mêmes  capitaux,  et  par  consequent  que  1  mtcrel
du  capital  fasse  partie  du  prix  des  cboses  produites.  On  en  peut  dire  autan  u
revenu  des  propriétaires  fonciers  (  rent  o//anrf  ).  ^  .
Par  suite,M  .  Ricardo  ne  comprend  point,  dans  ce  qu’il  nomme,  d’apres  Smith,
le  prix  naturel  des  cboses,  ni  l’intérêt  du  capital,  ni  les  profits  du  tonds  e  terre
qui  ont  concouru  à  leur  production  Cependant  le  concours  du  fonds  capital  et
du  fonds  de  terre  est  tout  aussi  indispensable  pour  la  production  que  le  concours ­
  des  facultés  industrielles  ;  les  propriétaires  des  facultés  productives  du  capital ­
  et  des  terres  ne  fournissent  pas  gratuitement  ce  concours,  puisque  1  un  re-Wre
  un  intérêt  et  l’autre  un  fermage.  Cet  intérêt  et  ce  fermage  font  bien
nécessairement  partie  du  prix  (les  produits,  puisque  les  frais  de  production  ne
peuvent  être  pavés  qu’avec  le  prix  des  produits  qui  en  résultent.  -  J  -U.  Say.
        <pb n="71" />
        CHAI*.  I.  -  DE  l.A  VALEUI5.  &amp;lt;î)
que  pour  une  moindre  quantiU*  d’autivs  objets.  Ils  baisseraient
de  prix,  parexi  qu’une  moindre  portion  de  travail  suflirait  pour  les
produire,  et  ils  ne  pourraient  plus  être  donnés  en  échange  que  pour
une  quantité  moindre  d’articles  dans  la  fabrication  desquels  il  ne  se
serait  point  opéré  une  pareille  économie  de  main-d’œuvre.
Lue  économie  dans  le  travail  ne  manque  jamais  de  faire  baisser  la
valeur  relative  d  une  marchandise,  —que  cette  économie  porte  suj'  le
travail  nécessaire  à  la  fabrication  de  l’objet  même,  ou  bien  sur  le
ti  avail  nécessaire  à  la  formation  du  capital  employé  dans  cette  production. ­
  Qu  il  y  ait  moins  de  blanchisseurs,  de  iileurs  et  de  tisserands ­
  directement  employés  à  la  fabrication  des  bas,  ou  moins  de
matelots,  de  charretiers,  d’ingénieurs,  de  forgerons  occupés  indirectement ­
  à  la  même  production  :  dans  Tun  et  l’autre  cas,  le  prix  devra
baisser.  Dans  le  premier,  toute  l’économie  de  travail  porterait  entièrement ­
  sur  les  bas  auxquels  cette  portion  de  travail  était  uniquement ­
  consacrée;  dans  le  second,  une  partie  seulement  de  cette  énar-Kue
  porterait  sur  les  bas,  -l’autre  retombant  sur  tous  les  autres
o.jasa  apioducUon  dcsíjuels  coiilribuaieiit  hs  bàlimeiits,  Us  lua-Chines
  et  les  moyens  de  transport.
Il  \  société  peu  avancé  les  ares  et  les
cc  les  duebassiMir  aient  une  valeur  et  une  durée  pareilles  à  celles  du
‘•anot  et  des  instruments  du  pêebeur,  —  les  uns  et  les  autres  étant,
ailleurs,  le  produit  de  la  même  quantiW  de  travail.  Dans  un  tel
état  de  choses,  la  valeur  du  gibier,  produit  de  la  journée  de  travail
du  chasseur,  sera  exactement  la  même  que  celle  du  jioisson  pris  palle ­
  peebeur  dans  sa  journée.  I^e  rapport  entre  la  valeur  du  poisson  et
ci  lle  du  gibier  se  trouvera  entièrement  déterminé  par  la  quantité  de
travail  dépensé  pour  se  procurer  l’un  et  l’autre,  quelle  que  soit  la
quantité  de  ebaeuii  des  produits,  et  indépendamment  du  taux  plus
ou  moins  élevé  des  salaires  ou  des  jirolits  en  général.  Si,  par  exemple ­
  le  pêcheur  avait  un  canot  et  des  instruments  de  pêche  pouvant  dui*er
  dix  ans,  et  ayant  une  valeur  de  100  liv.  st.  ;  s’il  employait  dix
hommes  dont  le  salaire  serait  de  100  liv.  st.  et  dont  le  travail  donnerait
iliaque  jour  vingt  saumons  ;  si,  d’un  autre  côté,  le  chasseur,  possédant ­
  des  armes  d  une  égale  valeur  et  d’une  égale  durée,  employait
aussi  dix  hommes  dont  le  salaire  serait  de  100  liv.  st.  et  dont  le  travail
lui  procurerait  dix  daims  par  jour,  le  prix  naturel  d’un  daim  devrait
être  de  deux  saunions,—que  la  jiortion  du  produit  total  aeeoidée  aux
travailleurs  qui  l'ont  pris  fut,  d’ailleurs,  grande  ou  petite.  Ja  pro
portioii  de  ce  ipii  a  pu  être  payé  eomme  salaire  esl  de  la  jilus  haute
        <pb n="72" />
        gß  principes  de  ¡.’économie  politique.
importance  pour  la  question  des  prolits;  car  il  est  évident  qu’ils  doivent ­
  être  forts  on  faibles  selon  que  les  salaires  sont  eleves  ou  a  bas
nriv  •  mais  cela  ne  peut  nullement  affecter  la  valeur  relative  du  poisson ­
  et  du  gibier,  le  prix  des  journées  devant  être  au  même  taux  dans
les  deux  genres  d’industrie.  Dans  le  cas  où  le  chasseur  voudrait  exiger ­
  que  le  pêcheur  lui  doniiiil  plus  de  poisson  pour  chaque  pièce  de
gibier,  en  alléguant  qu’il  a  dépensé  une  plus  grande  partie  de  sa
cha.sse,  ou  de  ce  que  vaut  sa  chasse,  pour  payer  les  journées  de  ses
chasseurs,  le  pêcheur  lui  répondrait  qu’il  se  trouve  précisément  dans
le  même  cas.  Par  conséquent  tant  qu’une  journée  de  travail  continuera
à  donner  à  l’un  la  même  quantité  de  poisson,  à  l’autre  la  même  quantité ­
  de  gibier,  létaux  naturel  de  l’échange  sera  de  un  daim  pour  deux
saumons,  quelles  que  soient  d’ailleurs  les  variations  de  salaires  étalé
profits  et  I  accumulation  du  capital.
Si  avec  le  même  travail  on  obtenait  moins  de  poisson  ou  plus  de
gibier,  la  valeur  du  premier  hausserait  par  rapport  à  celle  du  second.
Si,  au  contraire,  on  prenait  avec  le  même  travail  moins  de  gibier  ou
plus  de  poisson,  le  gibier  renchérirait  par  rapport  au  poisson.
S’il  existait  quelque  autre  objet  d’échange  dont  la  valeur  lut  imariable, ­
  et  que  l’on  pût  se  procurer  dans  tous  les  temps  et  dans  toutes
les  circonstances  avec  la  même  (piantité  de  travail,  nous  pourrions,
en  comparant  à  cette  valeur  celle  du  poisson  et  du  gibier,  déterminer
avec  précision  quelle  portion  de  cette  inégalité  doit  être  attribuée  a  la
cause  qui  change  la  valeur  du  poisson  ,  et  quelle  portion  à  la  cause
qui  change  la  valeur  du  gibier.
Supposons  que  l’argent  soit  cette  mesure  invariable.  Si  un  saumon
vaut  une  livre  sterling,  et  un  daim  deux  livres,  un  daim  vaudra  deux
saumons;  mais  un  daim  pourra  acipiérir  la  valeur  de  trois  saumons,
!■&amp;gt;  dans  le  cas  où  il  faudrait  plus  de  travail  pour  se  rendre  maître
des  daims;  2“  dans  le  cas  où  il  faudrait  moins  de  travail  pour  pêcher
du  saumon;  3°  dans  le  cas  où  ces  deux  causes  agiraient  simultanément. ­
  Si  une  pareille  mesure,  invariable,  lidèle,  existait,  on  poni
rait  aisément  évaluer  l’effet  de  chacune  de  ces  causes.  Si  le  saumon
continuait  à  se  vendre  au  prix  d’une  li\re  sterling,  tandis  que  le  daim
en  vaudrait  trois,  nous  pourrions  conclure  qu’il  faut  plus  de  travail
pour  se  procurer  des  daims.  Si  les  daims  restaient  au  prix  de  2  liv.  st.
pendant  que  le  saumon  aurait  baissé  à  13  s.  i  d.,  il  faudrait  certainement ­
  en  conclure  que  moins  de  travail  est  nécessaire  pour  avoir
du  saumon;  et  si  le  prix  des  daims  haussait  à  2  liv.  10  s.,  le  saumon ­
  baissant  à  IGs.  8  d.,  nous  devrions  en  conclure  que  les  deux
        <pb n="73" />
        CHAP.  I.  —  DE  LA  VALEUR.  ,  21
causes  ont  opéré  conjointement  pour  produire  ce  changement  dans
la  valeur  relative  de  ces  deux  objets.
Il  n’est  pas  de  variations  dans  les  salaires  de  l’ouvrier  qui  puissent ­
  influer  sur  la  valeur  relative  des  marchandises,  car,  en  supposant ­
  même  qu’ils  s’élèvent,  il  ne  s’ensuit  pas  que  ces  objets  doivent
exiger  plus  de  travail.  Seulement,  ce  travail  se  paiera  plus  cher,  et  les
mêmes  motifs  qui  ont  engagé  le  chasseur  et  le  pêcheur  à  hausser  le
prix  du  gibier  et  dp  poisson,  détermineront  le  propriétaire  d’une
mine  à  élever  la  \aleur  de  son  or.  Ces  motifs  agissant  avec  la  même
force  sur  tous  les  trois,  et  la  situation  relative  des  trois  personnes
étant  la  même  avant  et  après  l’augmentation  des  salaires,  la  valeur
relative  du  gibier,  du  poisson  et  de  l’or  n’auront  éprouvé  aucun
changement.  Les  salaires  pourraient  monter  de  20  pour  cent,  les
profits  diminuant  par  conséquent  dans  une  proportion  plus  ou  moins
grande,  sans  causer  le  moindre  changement  dans  la  valeur  relative
de  ces  marchandises.
Supposons  maintenant  qu’avec  le  même  travail  et  le  même  capital
on  pût  avoir  plus  de  poisson,  mais  non  pas  plus  d’or  ou  de  gibier;
dans  ce  cas,  la  valeur  relative  du  poisson  tomberait  par  rapport  à
celle  de  l’or  ou  du  gibier.  Si,  au  lieu  de  vingt  saumons  le  travail  d’un
jour  en  rapportait  vingt-cinq,  le  prix  d’un  saumon  serait  de  16  shellings ­
  au  lieu  de  1  livre  sterling,  et  deux  saumons  et  demi,  au  lieu  de
deux,  seraient  donnés  en  échange  contre  un  daim;  mais  le  prix  des
daims  se  maintiendrait  toujours  à  2  liv.  comme  auparavant.  Pareillement, ­
  si  avec  le  même  capital  et  le  même  travail  on  n’obtenait  plus
autant  de  poisson,  sa  valeur  comparative  hausserait  alors,  et  le  poisson ­
  augmenterait  ou  diminuerait  de  valeur  échangeable,  en  raison
seulemenl  du  plus  ou  moins  de  travail  nécessaire  pour  en  avoir
uiKi  (juantité  déterminée;  mais  jamais  cette  hausæ  ou  cette  baisse  ne
pourrait  dépasser  le  rapport  de  l’augmentation  ou  de  la  diminution
du  travail  nécessaire.
Si  nous  possédions  une  mesure  fixe,  au  moyen  de  latpielle  on  pût
estimer  les  variations  dans  les  prix  des  marchandises,  nous  verrions
qu(  la  dei  nière  limite  de  la  hausse  est  en  raison  de  la  quantité  additionnelle ­
  de  travail  nécessaire  a  leur  production  ;  et  que  cette  hausse
ne  peut  provenir  que  d’une  production  qui  exige  plus  de  travail.
Lue  hausse  dans  les  salaires  n’augmenterait  point  le  prix  des  marchandises ­
  en  argent,  ni  même  leur  prix  relativement  à  ces  marchandises, ­
  dont  la  production  n’exigerait  pas  une  augmentation  de
travail,  au  de  capital  fixe  et  circulant.  Si  la  production  d’un  de  ces
        <pb n="74" />
        -t,  I'

s

;  :

i  i

í  ,

m:::

22  imiNCiPKs  i&amp;gt;K  i;k(:on()Mik  POLinyUK.
objets  exigeait  plus  ou  moins  de  travail,  nous  avons  déjà  montré  que
cela  eauserait  à  l'instant  un  ehangement  dans  sa  valeur  relative;
mais  ee  changement  serait  dù  à  la  variation  survenue  dans  la  quan
tité  de  travail  nécessaire,  et  non  à  la  hausse  des  salaires.
SECTION  IV.
I/cmploî  des  machines  et  des  capiUmx  fixes  modifie  considôrablemcnl  le]principe  qui
veut  que  la  quantité  de  travail  consacrée  à  la  production  des  marchandises  détermine
leur  valeur  relative.
Dans  la  précédente  section,  nous  avons  admis  que  les  instruments
et  les  armes  nécessaires  pour  tuer  le  daim  et  le  saumon  avaient  une
durée  égale,  et  étaient  le  résultat  de  la  même  quantité  de  travail.
Nous  avons  reconnu  en  même  temps  que  les  variations  dans  la  valeur
relative  du  daim  et  du  saumon  dépendaient  uniquement  des  differentes ­
  quantités  de  travail  consacrées  à  les  obtenir  ;  mais  à  tous  les  âges
de  la  société  les  instruments,  les  outils,  les  bâtiments,  les  machines
employés  dans  différentes  industries  peuvent  varier  (juant  à  leur
durée  et  aux  différentes  portions  de  travail  consacrées  à  les  produire.
De  même  les  proportions  dans  lesquelles  peuvent  être  mélangés  les  ,
capitaux  qui  paient  le  travail,  et  ceux  engagés  sous  forme  d’outils,
de  machines,  de  bâtiments,  varient  à  l'inlini.  Cette  différence  dans
le  degré  de  persistance  des  capitaux  fixes,  et  cette  variété  dans  les
proportions,  où  ils  peuvent  être  combinés  avec  les  capitaux  engagés,
font  apparaître  ici  une  nouvelle  cause  propre  à  déterminer  les  variations ­
  survenues  dans  la  valeur  relative  des  marchandises.  (,ette  eaust',
qui  se  joint  à  la  somme  de  travail  consacrée  à  la  production  des
marchandises,  est  rabaissement  ou  I  elevation  de  la  xaleurdu  liavail.

Ea  nourriture  et  les  vêtements  qui  servent  a  I  ouvrier,  les  bâtiments
dans  lesquels  il  travaille,  les  outils  qui  facilitent  son  travail  sont  tous
d  une  nature  périssable.  Et  cependant  il  existe  des  dillerences  énoimes
  dans  le  degré  de  permanence  de  ces  divers  capitaux,  l’ne  machine ­
  à  vapeur  durera  plus  longtemps  (pi'un  vaisseau,  un  vaisseau
plus  que  les  vêtements  d’un  ouvrier,  ces  vêtements  eux-memes  auront ­
  une  durée  considérable,  relativement  à  celle  de  la  nourriture
(pi’il  consomme.
Suivant  (pie  le  capital  disparait  rapidement  et  exige  un  renmivellement
  perpétuel,  ou  (pTil  se  consomme  lentement,  on  le  divise  en
        <pb n="75" />
        23

CHAP  I.  —  I)K  LA  VALKI  R.
deux  catégories  (|ui  soul  :  le  capital  lixc  et  le  capital  eireiilant  l  u
brasseur  dont  les  bâtiments  et  les  macbines  ont  une  valeur  et  une  durée ­
  notables,  est  considéré  comme  employant  une  grande  quantité  de
capital  fixe.  Au  contraire,  uii  cordonnier  dont  le  capital  se  dissipe
principalement  en  salaires  qui  servent  à  procurer  à  l’ouvrier  sa  nourriture, ­
  8(m  logement  et  d’autres  marcbaudises  moins  durables  que  les
bâtiments  et  les  macbines,  ce  cordonnier  est  considéré  comme  employant ­
  une  grande  partie  de  ses  capitaux  sous  forme  de  capital  circulant. ­

11  laut  encore  observer  que  le  capital  non  engagé  peut  rester  plus
ou  moins  longtemps  dans  la  circulation,  avant  de  rentrer  aux  mains
du  chef  d’industrie.  Ainsi,  le  blé  que  le  fermier  acbète  pour  semer
ses  cbamps  est  un  capital  fixe,  comparativement  au  blé  qu’aebète  le
boulanger  pour  faire  son  pain.  Le  premier  le  dépose  dans  la  terre,  et
ne  l’en  retire  (pi’au  bout  d’un  an;  le  second  peut  le  faire  moudre,  le
vendre  aux  consommateurs  sous  forme  de  pain,  retrouver  tout
entier  son  capital  au  bout  d’une  semaine,  et  le  consacrer  à  d’autres
productions.
Il  peut  donc  arriver  que  deux  industries  emjdoient  la  même  somme
de  (  apital  ;  mais  ce  capital  peut  aussi  se  diviser  d’une  manière  trèsdilién'nte
  sous  le  rapport  de  la  portion  engagée  et  de  la  portion  qui
circule.  Dans  une  de  ces  industries,  on  peut  n’employer  qu’une  faible
traction  de  capital  sous  forme  de  salaire,  c’est-à-dire  comme  fonds
eircnlanl  :  le  reste  peut  avoir  été  converti  en  macbines,  instruments,
InUiinents,  tontes  choses  qui  constituent  un  capital  comparativement
fixe  et  durable.  Dans  une  autre  industrie,  au  contrain-,  la  plus  grande
partie  du  capital  sera  peut-être  consacrée  à  défrayer  le  travail,  le  reste
servant  a  I  achat  des  bâtiments,  des  instruments  et  des  macbines.  Il
est  évident,  dès  lors,  qu’une  hausse  dans  les  salaires  intluera  d’une
manière  bien  diItérente  sur  les  marchandises,  selon  qu  elles  auront
été  produites  sous  telles  et  telles  conditions.
Il  y  a  plus.  Deux  manufacturiers  peuvent  employer  la  même
somme  de  capital  fixe  et  de  capital  circulant,  et  cependant  avoir  un
capital  fixe  d  une  durée  très-inégale.  L’un  peut  avoir  des  machines  à
vapeur  contant  l(),00(t  liv.  st.  l’autre  des  vaisseaux  de  la  même
valeur.

’  Division  peu  essentielle  et  qu’il  est  d’ailleurs  diflicile  d’établir  d’une  manière
bien  nette.
        <pb n="76" />
        U  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Si  les  hommes,-privés  de  machines,  produisaient  par  le  seul  effort
de  leur  travail,  et  consacraient  à  la  création  des  marchandises  qu’ils
jettent  sur  le  marché,  le  même  temps,  les  mêmes  efforts,  la  valeur
échangeable  de  ces  marchandises  serait  précisément  en  proportion
de  la  fquantité  de  travail  emplovée.
De  même,  s’ils  employaient  un  capital  fixe  de  même  valeur  et  de
même  durée,  le  prix  des  marchandises  produites  serait  le  même,  et
varierait  seulement  en  raison  de  la  somme  de  travail  plus  ou  moins
grande  consacrée  à  leur  production.
Tout  ceci  est  |)arfaitemcnt  démontré  pour  les  marchandises  produites ­
  dans  des  circonstances  semblables.  Celles-ci  ne  \arieront,  relativement ­
  les  unes  aux  autres,  que  dans  le  rapport  de  l  ’accroissement  ou
de  la  diminution  du  travail  nécessaire  pour  les  produire.  Mais,  si  on
les  compare'  avec  d  autres  marchandises  qui  n  auraient  pas  été  créées
avec  la  même  somme  de  capital  fixe,  on  voit  (ju’cllcs  subissent  l’influence ­
  de  l’autre  cause  que  j’ai  énoncée,  et  qui  est  une  hausse  dans  la
valeur  du  travail  :  et  cela,  alors  même  que  l’on  aurait  consacré  a
leur  production  la  même  somme  d’efforts.  L’orge  et  l’avoine  continueront, ­
  quelles  que  soient  lesM  ariat  ions  survenues  dans  les  salaires,
à  conserver  entre  elles  les  mêmes  rapports.  Il  en  sera  de  même  pour
les  étoffes  de  coton  et  de  laine,  si  elles  ont  été  produites  dans  des  circonstances ­
  identiques;  mais  une  hausse  ou  une  baisse  des  salaires
survenant,  l’orge  pourra  valoir  plus  ou  moins,  relativement  aux
étoffes  de  coton,  et  l’avoine,  relativement  aux  draps.
Supposons  que  deux  individus  emploient  chacun  annuellement  cent
hommes  à  construire  deux  machines,  etcpi’un  troisième  individu  emploie ­
  le  même  nombre  d’ouvriers  à  cultiver  du  blé  :  chacune  des  deux
machines  vaudra,  au  bout  de  l’année,  autant  (pie  le  blé  récolté,  parce
que  chacune  aura  été  produite  par  la  même  ipiantité  de  travail.
Supposons  maintenant  que  le  propriétaire  d’une  des  machines  l’emploie, ­
  avec  le  secours  de  cent  ouv  riers,  à  fahriipier  du  drap,  et  (juc
le  pro])riétaire  de  l’autre  machine  l’appliipie,  avec  le  imhne  nombre
de  bras,  à  la  production  di*  col  on  nadéis  ;  le  fermier  continuant  de  son
côté  à  faire  cultiver  du  blé  à  ses  cent  ouvriers.  A  la  seconde  année
il  se  trouvera  qu’ils  auront  tous  utilisé  la  même  somme  de  travail  :
mais  les  marchandises  et  les  machines  du  fabricant  de  cotons  et  du
fabricant  de  draps  seront  le  résultat  du  travail  de  deux  cents  hommes
pendant  un  an  ou  de  cent  hommes  pendant  deux  ans.  Le  blé,  au  contraire, ­
  n’aura  exigé  ((uc  les  efforts  de  cent  ouvriers  pendant  un  an;  de
sorte  que,  si  le  blé  a  une  valeur  de  500  liv.  st.,  les  machines  et  les  pro-
        <pb n="77" />
        2^

CHAP.  I.  —  HE  EA  VAEEl  U.
duits  créés  ])ar  les  deux  manufacturiers  devront  avoir  une  valeur
double.  Cette  valeur  sera  même  de  plus  du  double,  car  le  fabricant  de
eotonnades  et  le  fabrieant  de  draps  auront  tous  deux  ajouté  a  leur
eapital  les  profits  de  la  première  année,  tandis  que  le  fermier  aura
consommé  les  siens.  Il  arrivera  donc,  qu’à  raison  de  la  durée  plus  ou
moins  grande  des  capitaux,  ou,  ce  qui  revient  au  même,  en  raison  du
temps  qui  doit  s’écouler  avant  que  les  différentes  espèces  de  marchandises ­
  puissent  être  amenées  sur  le  marché,  leur,  valeur  ne  sera  pas
exactement  proportionnelle  à  la  (juautite  de  travail  qui  aura  servi  à
les  produire.  Cette  valeur  dépassera  un  peu  le  rapport  de  deux  à  un,
âfin  de  compenser  ainsi  le  surcroît  de  temps  qui  doit  s  écouler  avant
que  le  produit  le  plus  cher  puisse  être  mis  en  vente.
Supposons  que  le  travail  de  chaque  ouvrier  coûte  annuellement
SO  liv.  st.,  ou  que  le  capital  engagé  soit  de  500  liv.  st.,  et  les  profits
de  10  pour  cent,  la  valeur  de  chacune  des  maehines,  ainsi  que  celle
du  blé,  sera  au  bout  de  l’année  de  5,500  liv.  st.  ha  seconde  année,
l«s  manufacturiers  et  le  fabricant  emploieront  encore  500  liv.  st.
chacun  eu  salaires,  et  vendront  par  conséquent  encore  leurs  mar-'•‘landiscs
  au  prix  de  5,500  liv.  st.  Mais,  pour  être  de  pair  avec  le
firmier,  les  fabricants  ue  devaient  pas  seulement  obtenir  5,o00  liv.  st.
retour  des  5,000  liv.  st.  emplovées  à  rémunérer  du  travail  :  il  leur
audrft  recueillir  de  plus  une  somme  de  550  liv.  st.,  a  titre  d  intérêts,
5,500  liv.  st.  qu’ils  ont  dépensées  eu  machines,  et  leurs  mar-^•»iandis(&amp;gt;s
  devrout  donc  leur  rapporter  0,050  liv.  st.  On  voit  donc  ainsi
O^des  capitalistes  peuvent  consacrer  annuellement  la  même  quantravail
  à  produire  des  marchandises,  sans  que  ces  mêmes  mar-J
  Oandises  aient  la  même  valeur,  et  cela,  eu  raison  des  différentes  quandes
  de  eai)itaux  fixes  et  de  travail,  accumulés  dans  chacune  d’elles,
‘f'^rapet  les  cotonnades  ont  la  même  valeur,  parce  (ju’ils  résultent
«  »«c  même  somme  de  travail  et  de  capital  engagé.  Le  blé  diffère  de
parce  qu’il  a  été  produit  dans  des  conditions  autres.  .
dira-t  on,  comment  une  hausse  dans  les  salaires  pourra-t^lle
«nfluer  sur  leur  valeur  relative’/  Il  est  évident  que  le  rapport  entre  le
‘iï’ap  et  les  cotonnades  ne  variera  pas,  car,  dans  l’hypothèse  admise,
q^'i  atteint  l’nn  atteint  également  l’autre.  De  même,  la  valeur  relative ­
  du  blé  et  de  l’or  ue  changera  pas,  parce  que  ces  deux  denrees
sont  produites  dans  des  conditions  identiques,  sous  le  double  rapport
capital  fixe  et  du  capital  circulant  :  mais  le  rapport  qui  existe  entre
le  blé  et  le  drap  ou  les  cotonnades  devra  nécessairement  se  mo  i  ler
sousl  influence  d’une  hausse  dans  le  prix  du  travail.
        <pb n="78" />
        2«)

l'llINCIPKS  Mí  IMXJTigl  K
route  augmentation  de  salaire  entraîne  néeessaireinent  une  baisse
dans  les  |)rolits.  Ainsi,  si  le  blé  doit  être  réparti  entre  le  fermier  et
l’ouvrier,  plus  grande  sera  la  ])ortionde  celui  ei,  plus  petite  sera  celle
du  premier.  De  même,  si  le  drap  ou  les  étoffes  de  coton  se  divisent
entre  l’ouvrier  et  le  capitaliste,  la  part  du  dernier  ne  s'accroîtra  qu’aux
dépens  de  celle  du  premier.  Su])posons,  dès  lors,  que,  grace  a  une
augmentation  de  salaires,  les  profits  tombent  de  10  a  0  poui  cent;  au
lieu  d’ajouter  au  prix  moyeu  de  leurs  marebandises,  et,  pour  les  j)roiits
de  leur  capital  fixe,  une  somme  de  550  liv.  st.,  les  manufaituiitrs  y
ajouteront  105  liv.  st.  seulement,  ce  qui  portera  le  prix  de  vente  à
5,005  liv.  st.,  au  lieu  de  0,050  liv  .  st.  Mais  comme  le  prix  du  blé  resterait ­
  à  5,500  liv.  st.,  les  produits  manufacturés,  où  il  entre  une  plus
grande  somme  de  capitaux  fixes,  baisseraient  relativement  au  bb  ou
à  toute  autre  denrée,  l/importaneo  des  variations  qui  surviennent
dans  la  valeur  relative  des  marebandises  par  suite  d  une  augmt  n  tat  ion
de  salaires,  dépendrait  alors  de  la  proportion  qui  existerait  entn  le
capital  fixe  et  la  totalité  des  frais  de  production,  l’outes  les  marchandises ­
  produites  au  moyen  de  machines  perfectionnées,  dans  des  bAtiments*
  coûteux  et  habilement  construits,  toutes  celles,  en  d’autres
termes,  qui  exigent  beaucoup  de  temps  et  d'efforts  avant  de  pouvoir
être  livrées  sur  le  marché,  perdraient  de  leur  valeur  relative,  tandis
que  celles  qui,  produites  uniquement,  ou  prineipalement,  avec  du  travail, ­
  peuvent  être  rapidement  jetées  dans  la  circulation,  augmenteraient ­
  de  valeur.
Le  lecteur  remarquera  cependant  que  cette  cause  n'a  qu’une  ladite
influence  sur  les  marchandises,  l  ne  augmentation  de  salaires  qui  entraînerait ­
  une  baisse  de  1  ponr  cent  dans  les  profits,  ne  déterminerait,
dans  la  valeur  relative  des  produits,  qu'une  \ariation  de  t  pour  cent  :
cette  valeur  descendrait  donc  de  (&amp;gt;,050  liv.  st.  a  5,t)d51iv.  st.  L  eilet
le  plus  sensihle  ipii  pût  être  produit  par  un  aeeroissemeiit  de  salaires
sur  le  prix  des  marehaiidises,  ne  dépasserait  pas  ii  ou  7  poui  (iiit,
car  on  ne  saurait  admettre  que  les  profits,  dans  quelque  eireonstaïui
que  ce  soit,  pussent  suhir  d’une  manière  générale  et  permanente  une
dépression  plus  forte.
Il  n’en  est  fias  de  même  de  cette  autre  cause  modificative  de  la  valeur, ­
  (|ue  nous  avons  reconnue  être  I  augmentation  ou  la  diminution
de  la  quantité  de  travail  nécessaire  pour  créer  des  marchandises.  S  il
fallait  pour  proihiire  du  blé  quatre-vingts  hommes  au  lieu  de  cent,
la  valeur  du  hiédescendrait  de  5,5(M)  liv.  st.  a  1,100  liv.  st.,  e  est-adire
  de  20  pour  cent  :  dans  la  même  hypothèse,  le  prix  du  drap  s’a-
        <pb n="79" />
        27

CHAI'  I.  —  ItK  LA  VALKLIL

baisserait  de  0,050  liv.  st.  à  4,050  liv.  st.  De  plus,  toute  altération
])rofonde  et  permanente  dans  le  taux  des  profits,  dépend  d  une  série
de  causes  qui  n’agissent  qu’à  la  longue,  tandis  que  les  variations  qui
surviennent  dans  la  quantité  de  travail  nécessaire  pour  créer  des
marchandises,  sont  des  phénomènes  de  chaque  jour.  Chaque  progrès
dans  les  machines,  les  outils,  les  bâtiments,  la  production  des  matières ­
  premières  épargne  du  travail,  ])ermet  de  créer  une  marchandise ­
  avec  plus  de  facilité,  et  tend,  par  conséquent,  à  en  réduire  la
valeur.  Kn  énumérant  donc  ici  toutes  les  causes  qui  font  varier  la  valeur ­
  des  marchandises,  on  aurait  tort,  sans  doute,  de  négliger  l’intlucnee
  réservée  au  mouvement  des  salaires  ;  mais  on  aurait  tort  aussi
d’y  attacher  une  trop  grande  importance.  C’est  pourquoi,  tout  en
tenant  compte  de  cette  influence  dans  le  cours  de  cet  ouvrage,  je
considérerai  cependant  les  grandes  oscillations  qu’éprouve  la  valeur
relative  des  marchandises,  comme  résultant  de  la  quantité  de  travail
plus  ou  moins  grande  nécessaire  à  leur  production.
Je  crois  à  peine  utile  d’ajouter  (|ue  les  marchandises  dont  la  production ­
  à  coûté  la  même  somme  d’efforts,  différeront  néanmoins  de
valeur  échangeable  si  on  ne  peut  les  amener  sur  le  marché  dans  le

même  espace  de  temps.
Supposons  que  pendant  un  an  je  consacre  l,t)(K)  liv.  st.  a  rétribuer
le  travail  de  vingt  hommes  occupés  à  créer  une  marchandise.  Supposons ­
  encore  (pue  l  année  suivante  j’emploie  vingt  hommes  a  terminer,
perfectionner  le  même  produit  pour  des  salaires  egaux.  Si  les  profits
sunt  de  10  pour  cent,  ma  marchandise  livrée  sur  le  marché  au  bout
de  ces  deux  années  devra  se  vendre  ‘2,310  liv.  st.  ;  car  j’y  ai  consafré
  la  première  année  un  capital  de  1,000  liv.  st.,  et  la  seconde  année ­
  un  capital  de  2,100  liv.  st.  l  n  autre  iudi\idu  emploie  la  même
(piantité  de  travail,  mais  dans  une  seule  année  :  il  paie  2,000  liv.  st.
de  salaires  à  quarante  ouvriers.  A  la  fin  de  l’année,  le  prix  de  la
niarehandise,  y  compris  10  pourcent  de  profits,  ne  dépassera  pas
2,200  \\^.  si.  Voilà  donc  deux  marchandise^s  produitcis  par  une  quantité ­
  égale  de  travail  et  dont  1  une  se  ^end  2,.310  b\.  st.,  I  nutre

V,  st
Ce  dernier  cas  semble  différer  du  précédent,  mais  au  fond  il  est
parfaitement  le  même.  Ainsi  on  y  reconnaît,  comme  toujours,  qm
aecroissemeut  de  \aleur  d’une  marchandise  naît  du  |  '
aoins  considérable  que  ue-eessiteut  sa  production  et  sem
        <pb n="80" />
        28

PRINCIPES  DE  I/ÉCONOMIE  POLITIQUE
lenient  exigé  le  double  de  travail  ;  dans  le  second  cas,  la  somme  de
travail  reste  la  même,  et  cependant  il  y  a  accroissement  de  valeur.
Cette  diflérence  dans  la  valeur  des  marchandises  naît  de  ce  que,
dans  les  deux  cas,  les  ¡irolits  se  sont  joints  au  capital  et  réclament,
conséquemment,  une  compensation  équitable.
De  tout  ceci,  il  résulte  que  les  diiîérentes  proportions  de  capital
fixe  et  de  capital  circulant  employés  dans  les  diverses  branches  de
l’industrie,  modifient  considérahlement  la  règle  qui  s’applique  aux
époques  où  la  production  n’exige  que  du  travail.  Cette  règle  générale
voulait  que  la  valeur  des  marchandises  lut  dans  le  rapport  du  travail ­
  consacré  à  les  produire;  les  considérations  présentées  dans  cette
section  démontrent  que  sans  variations  aucunes  dans  la  quantité  de
travail  employée,  la  hausse  des  salaires  sullit  pour  déterminer  une
baisse  dans  la  valeur  échangeable  des  marcbandises  dont  la  production ­
  exige  une  certaine  somme  de  capital  fixe:  plus  grand  sera  le
montant  du  capital  engagé,  plus  importante  sera  la  baisse.
SECTIOIV  V.
Le  principe  qui  veut  que  la  valeur  ne  varie  pas  avec  la  hausse  ou  la  baisse  des  salaires,
se  trouve  encore  modifié  par  la  durée  du  capital  et  par  la  rapidité  plus  ou  moins  grande
avec  laquelle  il  retourne  à  celui  qui  l’a  engagé  dans  la  production.

Dans  la  section  précédente  nous  avons  supposé  deux  sommes  de
même  importance  engagées  dans  deux  industries  différentes  et  inégalement ­
  subdivisées  en  capital  fixe  et  cajtital  circulant;  supposons
maintenant  (jue  cette  subdivision  soit  la  même,  mais  (pie  la  différence
se  trouve  être  dans  la  durée  de  (;cs  capitaux.  IMus  un  capital  se  consomme ­
  rapidement  et  plus  il  se  rapproche  de  la  nature  des  capitaux
circulants;  il  disparaît  pour  reparaître  bientiit  et  retourner  au  manufacturiei".
  Nous  venons  de  voir  (pie  plus  le  rapport  du  capital  fixe
domine  dans  une  manufacture  et  plus  la  valeur  des  marchandises
qui  y  sont  prodnit('s  tend,  sous  l’inilucncc  d’une  augmentation  de
salaires,  à  s’ahaisser  relativement  aux  man^handises  cirées  dans  des
fabriques  où  l’on  troine  plus  de  capital  circulant.  Il  en  résulte  donc
que  la  même  cause  produira  les  mêmes  effets  a^  ec  d’autant  plus  d’intensité ­
  (pie  le  capital  se  consommera  plus  rapidement  et  se  rapprochera ­
  davantage  de  la  nature  des  capitaux  circulants.
Si  le  capital  engagé  est  d’une  nature  pin  issable  ,  il  faudra  chaque
année  de  grands  efforts  pour  le  maintenir  dans  son  intégrité;  mais  ce
        <pb n="81" />
        29

CHAP.  1.  —  DE  LA  VALEUR
travail  de  reconstitution  peut  ôtre  considéré  comme  servant  réellement ­
  à  la  production  des  marchandises,  et  devra  se  retrouver  dans
leur  valeur.  Si  j’avais  une  machine  de  20,000  liv.  st.,  susceptible
de  produire  certaines  marchandises  avec  le  secours  d'un  faible  travail ­
  ;  si  la  détérioration  graduelle  de  cette  machine  était  peu  importante, ­
  et  le  taux  des  profits  de  10  pour  cent,  je  me  contenterais
d’ajouter  2,000  liv.  st.  au  prix  de  mes  produits,  comme  compensation
de  l’emploi  de  ma  machine.  Mais  si  la  détérioration  était  rapide  et
sérieuse,  s’il  fallait  pour  la  conserver  le  travail  de  cinquante  hommes
tous  les’ans,  j’ajouterais  au  prix  de  mes  manJiandises  un  excédant
égal  à  l’excédant  obtenu  par  tout  autre  manufacturier  qui  n’aurait
pas  de  machines  et  qui  emploierait  cinquante  hommes  à  créer  d’autres ­

  produits.
lin  accroissement  de  salaires  agira  donc  d’une  manière  inégale  sur
la  valeur  des  marchandises  produites  au  moyen  de  machines  qui  s’usent ­
  rapidement  et  celles  produites  au  moyen  de  machines  d’une
grande  durée.  Dans  un  cas,  il  entrerait  une  grande  portion  de  travail ­
  dans  les  produits  fabriqués,  dans  l’autre,  il  en  entrerait  fort  peu.
C’est  pourquoi  toute  augmentation  de  salaires  ou,  ce  qui  est  la  même
chose,  tout  abaissement  dans  le  taux  des  profits  tend  à  affaiblir  la
valeur  relative  des  marchandises  produites  avec  un  capital  durable
et  à  élever  proportionnellement  au  contraire  la  valeur  de  celles  produites ­
  avec  un  caj)ital  d’une  nature  périssable.  I  ne  diminution  de
salaires  aurait  l’eflét  précisément  contrairi;.
J’ai  déjà  dit  que  le  capital  fixe  peut  avoir  une  durée  plus  ou  moins
considérable.  Supposons  maintenant  une  machine  se  détruisant  au
bout  d’une  année,  et  accomplissant  dans  une  certaine  branche  d’industrie ­
  le  travail  de  cent  hommes.  Supposons  encore  que  la  machine
coûte  5,00(1  liv.  st.,  et  que  les  salaires  payes  aux  cent  ouvriers
s’élèvent  à  5,000  liv.  st.,  il  est  évident  qu'il  importera  fort  peu  au
manufacturier  d’acheter  la  machine  ou  d’employer  les  cent  hommes.
Mais  admettons  maintenant  que  le  prix  du  travail  s’élève  et  atteigne

5,500  liv.  8t.,  nul  doute  alors  que  le  manufacturier  ne  Iroiive  son
intérêt  à  acheter  la  machine  et  à  économiser  ainsi  5,000  liv.  st.  sur
la  fabrication.  On  dira  peut-être  :  les  salaires  haussant,  il  se  peut  que
le  prix  de  la  machine  hausse  en  même  temps  et  atteigne  5,000  hv.  s  .
est  ce  qui  arriverait  eu  effet  si  elle  n  avait  exige  I  emploi
iniids  et  s’il  n’avait  fallu  payer  au  constructeur  une  certaine  semine
^e  profits.  Ainsi,  la  machine  étant  le  produit  du  travail  (  t  cen  o
^ï'iers,  occupés  peiidaul  un  an  à  raison  de  50  liv.  st.  &amp;lt;  lat  »

Olla-
        <pb n="82" />
        30  PUINCIPES  DK  I/KCONOMIE  DDKITIQUK
leur  serait  naturellement  de  5,00»  liv.  st.;  les  salaires  venant  à  atteindre ­
  55  liv.  St.,  le  prix  de  la  maeliine  devrait  être  alors  de  5,500  liv.
St.  ;  mais  il  n’en  saurait  être  ainsi.  Il  faut  néeessairement  que  la  machine ­
  ait  été  créée  par  moins  de  eent  ouvriers,  ear  dans  le  prix  primitif ­
  de  5,000  liv.  St.  doivent  être  eompris  les  profits  surleeapitalqui
a  serv  i  à  pa}  er  les  ouvriers.  Supposons  done  que  quatre-vin^s  hommes
seulement  aient  été  employés  à  raison  de  50  liv.  st.  par  an,  soit  4,2,)0
liv.  st.  par  an,  l’exeédant  de  750  liv.  st.  que  donnerait  la  vente  de  la
maehine,  en  dehors  des  salaires  dépensés,  représenterait  alors  les
profits  du  méeanieien,  et  les  salaires  venant  a  hausser  de  10  pour
eent,  il  serait  obligé  d’employer  un  ea])ital  additionnel  de  i25  liv.
st.,  ee  qui  porterait  ses  frais  de  production  à  4,075  liv.  st.,  au  lieu
de  1,250  liv.  st.  I:n  continuant  à  vendre  sa  machine  5,000  liv.  st.,
son  profit  ne  dépasserait  donc  pas  325  liv.  st.  Or  cA.*ci  s’apjilique  a
tous  les  manufaeturiers  et  à  tous  les  capitalistes;  la  hausse  des  salaires ­
  les  atteint  tous  indistinctement.  Aussi  dans  le  cas  où  le  fabricant ­
  de  machines  élèverait  ses  prix  en  raison  de  l’augmentation  des
salaires,  les  capitaux  afflueraient  bientôt  dans  cette  branche  de  la
production  pour  ramener,  ]iar  voie  de  coneurrence,  les  profits  à  leur
taux  ordinaire'.  Aous  voyons  donc  ainsi  que  l’accroissement  des  salaires ­
  n’aurait  pas  pour  elfet  de  déterminer  une  hausse  dans  la  valeur
des  machines.
Cependant  le  manufacturier  (|ui,  au  milieu  d’une  hausse  générale
des  salaires,  se  servirait  d'une  machine  (pii  n’accroîtrait  pas  ses
Irais  de  production.  Jouirait  nécessairement  de  trois  grands  avantages ­
  s’il  pouvait  continuer  à  vendre  ses  marehaudisesau  même  ¡irix;
mais,  comme  nous  l’avons  déjà  vu,  il  serait  obligé  d’abaisser  les
prix,  sons  peine  de  voir  son  industrie  inondé*e  par  un  immense  afflux ­
  de  capitaux  dont  l’elfet  serait  de  ramener  ses  profits  au  niveau
général.  C’est  ainsi  ipie  la  société  en  masse  profite  de  l’introduction
des  machines  ;  ces  agents  muets  et  infatigables  sont  tou  jours  hi

•  Ceci  nous  iiutique  pourquoi  les  vieilles  sociétés  sont  constamment  entraînées
à  employer  des  machines  et  les  sociétés  jeunes  à  employer  surtout  du  travail  :  à
chaque  nouvelle  difliculté  que  pr(*sente  la  nourriture,  l’entretien  des  hommes,  le
travail  hausse  nécessairement  et  cette  hausse  est  un  stimulant  pour  la  création
et  la  mise  en  œuvre  de  machines.  Or,  cette  difficulté  agit  constamment  dans  les
nations  déjà  avancées  :  tandis  que  la  population  peut  se  développer  sut)itement
dans  un  pays  neuf  sans  amener  de  hausse  dans  les  salaires.  Il  |)eut  être,  en  effet,
aussi  facile  de  pourvoir  à  la  subsistance  de  7,  8  ou  9  millions  d'indix  idus  qu’a
celle  de  3  ou  4  millions.
        <pb n="83" />
        CHAI'.  I  -  HK  KA  VAKKI  IK  31
produit  d'un  travail  moins  considérable  que  celui  qu’ils  déplacent,
même  (juand  ils  ont  la  même  valeur  vénale.  Ils  ont  ¡mur  elfet  défaire
sentir  à  un  plus  [)elit  nombre  d'individus  raccroissement  de  valeur
que  prennent  les  subsistances  et  qui  se  relíete  dans  les  salaires.  Dans
le  cas  cité  plus  baut  cette  hausse  n’atteint  que  quatre-vin^-cinq  ouvriers,
  et  l’économie  de  main-d’œuvre  qui  en  résulte  se  révèle  par
la  modicité  du  prix  de  la  marchandise  fabriquée.  Mi  les  machines,
ni  les  produits  créés  par  les  machines  ne  prennent  une  valeur  réelle
plus  considérable;  tous  ces  produits,  au  contraire,  baissent  et  baissent ­
  proportionnellement  à  leur  destructibilité.
il  ressort  donc  de  ceci,  qu'aux  premiers  jours  de  toute  société,
avant  qu’on  n’ait  mis  en  œuvre  une  grande  quantité  de  machines  et
de  capital  lixe,  les  marchandises  produites  au  mojen  de  sommes
égales  auront  à  peu  près  la  même  valeur;  mais  ces  faits  disparaissent
aussitôt  a¡)rés  l'introduction  de  ces  coûteux  agents.  Les  marchandises
produites  avec  les  mêmes  capitaux  ¡murront  avoir  une  valeur  bien
dilférente,  et  tout  en  étant  ex|)osées  à  hausser  ou  à  baisser  relativement ­
  les  unes  aux  autres  en  raison  de  la  quantité  de  travail  consacrée ­
  à  les  produire,  elles  restent  soumises  à  une  autre  iniluence,  celle
de  la  hausse  ou  de  la  baisse  des  salaires  et  des  prolits.  Dès  que  des
niarchandises  qui  se  vendent  liv.  st.  pourront  être  le  ¡nxKluit
d’un  capital  équivalent  à  celui  qui  a  servi  à  créer  d’autres  marchandises ­
  se  vendant  1(1,000  liv.  st.,  les  profits  du  manufacturier  seront
‘S  mêmes;  mais  ces  ¡irolits  deviendront  inégaux  toutes  les  fois  que
e  ¡nix  des  produits  ne  variera  pas  avec  la  hausse  ou  la  baisse  des
I**  *  MI  IN*
Il  parait  encore  (pie  la  valeur  relative  des  marchandises  auxquelles ­
  on  a  consacré  un  capital  durable  varie  proportionnellement  à  la
persistance  de  ce  capital  et  en  raison  inverse  du  im^uvement  des  salaires. ­
  Lette  valeur  s’élèvera  pendant  que  baisseront  les  salaires  -
elle  llechira  au  moment  où  s’accroîtra  le  prix  du  travail  l&amp;gt;our  les
marchandises,  au  contraire,  (¡ni  ont  surtout  été  créées  avec  du
travail  et  peu  de  capital  fixe,  ou  du  moins,  avec  un  capital  fixe
dune  nature  plus  fugitive  que  celle  de  l’étalon  des  valeui-s,  elles
baisseront  et  hausseront  parallèlement  aux  salaires.

SECTION  VI.
D  une  mesure  invariable  des  valeurs.
Ia's  marchandises  variant  dans  leur  valeur  relative,  il  est  à  dé-
        <pb n="84" />
        32

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE
sirer  que  l’eu  trouve  les  moyens  de  déterminer  quelles  sont  celles
dont  la  valeur  réelle  s’élève  ou  s’abaisse.  Pour  cela,  il  faudrait  les
comparer,  séparément,  avec  un  étalon  invariable,  un  critérium  qui
serait  inaccessible  à  toutes  les  fluctuations  qu’éprouvent  les  autres
marchandises.  Or,  il  est  impossible  de  se  procurer  cette  mesure
type,  par  la  raison  qu’il  n’est  pas  de  marebandise  qui  ne  soit  ellemême
  exposée  aux  variations  qui  atteignent  les  objets  dont  il  s’agirait ­
  de  calculer  la  valeur  :  en  d’autres  termes,  il  n’en  est  aucune  qui
ne  nécessite  pour  sa  création  des  (quantités  variables  de  travail.  Mais,
si  même  il  était  possible  d’annuler  pour  un  étalon  déterminé  toutes
les  oscillations  de  valeur;  s’il  était  possible  de  consacrer  toujours,
par  exemple,  la  même  somme  de  travail  à  la  fabrication  de  notre
monnaie,  on  ne  serait  pas  encona  parvenu  a  obtenir  un  type  parfait, ­
  une  mesure  invariable.  Comme  je  l’ai  déjà  indiqué,  en  effet,  il
faudrait  encore  tenir  compte  de  l’in  fluence  produite  par  les  mouvements ­
  des  salaires,  par  les  différentes  proportions  de  capital  fixe  nécessaire ­
  pour  créer  cette  mesure  et  les  autres  marebandises  dont  on
voudrait  déterminer  les  variations  de  valeur,  enfin,  par  la  durée  plus
ou  moins  grande  du  capital  fixe,  et  le  temps  nécessaire  pour  amener
les  marchandises  sur  le  marché;  —  toutes  circonstances  qui  eidèvent
à  un  objet  quelconque  la  faculté  de  servir  comme  type  exact  et  invariable. ­

Ainsi,  on  ne  saurait  prendre  l’or  comme  étalon,  car  l’or,  comme
toute  autre  marebandise,  est  pioduit  par  une  certaine  quantité  de
travail  unie  à  un  certain  capital  fixe.  Des  améliorations  peuvent
être  introduites  dans  les  procédés  qui  servent  à  le  produire,  et  ces
améliorations  peuvent  déterminer  une  baisse  dans  sa  valeur  relative
avec  les  autres  objets.
En  supposant  même  que  l’or  fit  dis})araître  cette  cause  de  variation, ­
  et  que  la  même  (quantité  de  travail  fût  toujours  nécessaire  pour
obtenir  la  même  quantité  d’or,  il  resterait  encore  comme  obstacle  les
différences  entre  les  proportions  de  capital  fixe  et  le  capital  circulant
qui  concourent  à  la  production  des  autres  marebandises  :  —  à  quoi  il
faudrait  ajouter  encore  la  durée  plus  ou  moins  grande  des  capitaux,
le  temps,  plus  ou  moins  long,  néc(ssairc  pour  livrer  l’or  sur  le  mar
ché.  L’or  pourrait  donc  être  une  mesure  parfaite  des  valeurs  pour
toutes  les  choses  produites  dans  des  circonstances  exactement  semblables, ­
  mais  pour  celles-là  seules.  Si,  par  exemple,  il  était  créé  dans
les  mêmes  conditions  que  celles  nécessaires  pour  produire  du  drap
ou  des  cotonnades,  il  déterminerait  fort  exactement  la  v  aleur  de  ces
        <pb n="85" />
        CHAP.  1.  —  DE  LA  VALEUR.

33

objets;  mais  pour  le  blé,  le  charbon,  mille  autres  produits  où  ont
été  enfouies  des  portions  plus  ou  moins  grandes  de  capital  fixe,  il
serait  inhabile  à  les  mesurer.  IVous  avons  démontré,  en  effet,  que
toute  altération  dans  le  taux  des  profits  influe  sur  la  valeur  relative
des  marchandises,  indépendamment  même  de  la  somme  de  travail
consacrée  à  les  produire.  Il  en  résulte  donc  que  ni  l’or,  ni  aucun
autre  objet  ne  peuvent  servir  à  mesurer  exactement  la  valeur  des
marchandises;  mais  je  me  hâte  de  répéter  ici  que  les  variations  qui
6ur\ienuent  dans  le  taux  des  profits,  agissent  faiblement  sur  le  prix
relatif  des  choses^  L’influence  la  plus  manifeste  appartient  aux  différentes ­
  quantités  de  travail  nécessaires  à  la  production:  aussi,  si  nous
admettons  que  l’on  soit  affranchi  de  cette  influence,  aurons-nous  acquis ­
  un  critérium  aussi  approximatif  qu’on  puisse  le  désirer  en
théorie.  Ne  peut-on  considérer  l’or,  en  effet,  comme  le  résultat  d’une
combinaison  de  capitaux  circulants  et  de  capitaux  fixes,  équivalente
à  celle  qui  sert  à  produire  les  autres  marchandises?  Et  ne  peut-on
supposer  en  même  temps  cette  combinaison  également  éloignée  des
deux  extrêmes,  c’est-à-dire,  du  cas  où  l’on  emploie  peu  de  capital
fixe,  et  de  celui,  au  contraire,  où  il  faut  une  faible  quantité  de
travail?
Si,  à  tous  ces  titres,  je  puis  me  considérer  comme  possédant  un
étalon  des  valeurs  qui  se  rapproche  beaucoup  d’un  critérium  invariable, ­
  j’aurai  cet  énorme  avantage  de  pouvoir  indiquer  les  variations
es  autres  objets,  sans  m’inquiéter  sans  cesse  des  variations  surve-Írpr^
  ''  ^^kur  de  l’agent  qui  sert  à  mesurer  tous
Pour  faciliter  nos  recherches  je  supposerai  l’or  invariable,  tout
en  reconnaissant,  d’ailleurs,  que  la  monnaie  faite  avec  ce  métal  est
soumise  aux  mêmes  variations  que  les  autres  objets,  l'outes  les  altérations ­
  de  prix,  je  les  considérerai  donc  comme  provenant  des
variations  survenues  dans  la  valeur  de  la  marchandise  dont  ie  m’occuperai. ­
  ■’
Avant  de  quitter  ce  sujet,  je  crois  devoir  faire  observer  qu’Adam
'  éciivains  qui  1  ont  suivi,  sans  exception  aucune,  ont
soutenu  que  toute  hausse  dans  le  prix  du  travail  a  pour  effet  nécessaire ­
  délcvci  le  prix  des  marchandises.  J’espère  avoir  démontré
que  cette  opinion  ne  s’appuie  sur  rien  et  que  les  seules  choses
susceptibles  de  hausse  seraient  celles  qui  auraient  exigé  moins  de
capital  fixe  que  l’étalon  par  lequel  s’évaluent  les  prix,  Quant  à  celles
qui  en  exigeraient  davantage,  leur  prix  baisserait  parallèlement  a  la
        <pb n="86" />
        34  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
hausse  des  salaires.  Le  contraire  aurait  lieu  dans  le  cas  où  les  salaires
diminueraient.
Je  n’ai  pas  dit,  et  il  est  essentiel  de  se  le  rappeler,  que  par  cela
seul  que  le  travail  consacré  à  une  marchandise  s’élève  à  1000  1.  st.  et
celui  consacré  à  une  autre  marchandise  à  2000  1.  st.,  la  valeur  de  ces
deux  objets  doive  être  nécessairement  de  10001.  st.  et  de  20001.  st.  :
j’ai  dit  simplement  que  cette  valeur  serait  dans  le  rapport  de  là  2,
et  que  ces  marchandises  s’échangeraient  d’après  ce  rapport.  11  importe ­
  fort  peu  à  la  vérité  de  notre  théorie,  que  l’un  de  ces  produits
SC  vende  à  raison  de  1100  1.  st.  ou  de  1500  1.  st.,  l’autre  à  raison  de
2200  1.  st.  ou  de  3000  1.  st.  Je  n’examinerai  même  pas  cette  question ­
  en  ce  moment;  ce  que  j’affirme  seulement,  c’est  que  leur  v  alcur
relative  se  règle  sur  les  quantités  relatives  de  travail  consacré  à  leur
production.
SECTION  VII.
Des  dilTérenles  conséquences  produites  par  les  oscillations  dans  la  valeur  de  la  monnaie
ou  dans  celle  des  marchandises  que  la  monnaie,  —  ce  symbole  des  prix,  sert  ù
acheter.
Quoique  je  me  sois  décidé  à  reconnaître,  en  général,  à  la  monnaie
une  valeur  invariable,  afin  de  pouvoir  déterminer  d’une  manière  plus
nette  les  variations  que  subissent  les  autres  marchandises,  je  crois
devoir  indiquer  ici  les  conséquences  très-diverses  qu’entraînent  les
altérations  de  valeur  produites  par  les  différentes  quantités  de  travail ­
  nécessaires  pour  créer  les  marchandises  et  les  variations  produites ­
  par  des  changements  dans  la  valeur  de  la  monnaie  elle-même.
La  monnaie  étant  une  marchandise  variable,  la  hausse  des  salaires
eu  argent  devra  résulter  souvent  d’une  baisse  dans  la  valeur  de  la
monnaie.  Toute  augmentation  de  salaire,  produite  par  cette  cause,  sera
nécessairement  accompagnée  d’une  hausse  correspondante  dans  le
prix  des  marchandises  ;  mais  il  sera  facile  de  voir  alors  que  le  travail ­
  et  les  autres  marchandises  n’ont  pas  varié  et  que  les  changements ­
  se  rapportent  uniquement  à  l’argent.
Par  cela  seul  que  la  monnaie  nous  vient  du  dehors,  qu’elle  forme
l’agent  intermédiaire  des  échanges  entre  tous  les  pays  civilisés,  qu  elle
se  distribue  parmi  ces  pays,  dans  des  proportions  qui  varient  constamment ­
  avec  les  progrès  de  l’industrie  et  du  commerce,  et  avec  les
difficultés  toujours  croissantes  que  l’on  éprouve  pour  entretenir  une
population  ascendante  ;  par  cela  seul,  dis-je,  la  monnaie  est  soumise  à
        <pb n="87" />
        33

CHAP.  I.  —  DE  LA  VALEUR,
d’incessantes  variations.  En  déterminant  les  principes  qui  règlent  la
valeur  échangeable  et  les  prix,  il  nous  faudra  donc  faire  une  profonde
distinction  entre  les  variations  qui  viennent  de  la  marchandise  ellemême,
  et  celles  qui  naissent  des  perturbations  que  subit  l’étalon  des
valeurs  et  des  prix.
b  ne  hausse  dans  les  salaires,  qui  provient  d’une'altération  dans  la
valeur  de  la  monnaie,  produit  un  effet  général  sur  les  prix,  mais
n  agit  pas  sur  les  profits.  Au  contraire,  une  hausse  des  salaires,  qui
indiquerait  qu’une  rémunération  plus  large  a  été  accordée  à  l’ouvrier
ou  que  les  objets  de  première  nécessité  sont  devenus  plus  rares,  plus
coûteux,  aurait,  en  général,  pour  effet  d’abaisser  les  profits;  dans
ce  cas,  en  effet,  le  pays  consacrerait  à  l’entretien  des  ouvriers  une
plus  grande  somme  de  travail  annuel,  ce  qui  n’arriverait  pas  dans
l’autre.
C’est  d’après  la  répartition  du  produit  total  d’une  exploitation
agricole  entre  le  propriétaire,  le  capitaliste,  l’ouvrier,  que  l’on  juge
de  l’accroissement  ou  de  la  diminution  de  la  rente,  des  profits  et  des
salaires  ;  ce  n’est  pas,  ce  ne  saurait  être  d’après  la  valeur  qu’aurait  ce
produit  si  on  le  comparait  à  une  mesure  type,  reconnue  varialile,
mobile,  inconstante.
C  est  par  la  quantité  de  travail  nécessaire  pour  créer  un  produit,  et
non  par  la  portion  attribuée  aux  différentes  classes  de  la  société,  que
l’on  peut  juger  exactement  du  taux  des  profits,  de  la  rente  et  des  salaires. ­
  Des  améliorations  introduites  en  agriculture  ou  en  industrie
pourront  doubler  l’importance  des  produits  ;  mais  si  les  salaires,  la
rente,  les  profits  ont  doublé  en  même  temps,  ils  conserveront  entre
eux  les  mêmes  rapports,  et  paraîtront  n’avoir  subi  aucune  variation.
Mais  s’il  arrivait  que  les  salaires  ne  grandissent  pas  dans  la  même  proportion ­
  ;  si  au  lieu  de  doubler  ils  augmentaient  seulement  de  50  p.  O/o
et  si  la  rente  s’accroissait  seulement  de  75  p.  O/o,  laissant  aux  profits
le  reste  de  l’excédant  obtenu,  il  me  paraîtrait  fort  correct  de  dire  que
la  rente  et  les  salaires  ont  baissé  tandis  que  s’élevaient  les  profits.  En
effet,  si  nous  avions  une  mesure  type  qui  nous  permît  de  mesurer  la
valeur  de  ce  produit,  nous  verrions  que  la  part  échue  aux  ouvriers
et  aux  propriétaires  est  moins  grande,  et  celle  attribuée  aux  capitalistes
plus  forte  qu  auparavant.  Ainsi  nous  verrions,  par  exemple,  que  tout
en  doublant,  la  quantité  absolue  des  marchandises  se  trouve  être  précisément ­
  le  produit  de  la  même  somme  de  travail.  Si  chaque  centaine
de  chapeaux,  d’habits  et  de  quarters  de  blé  se  distribuait  avant  dans
les  proportions  suivantes  :
        <pb n="88" />
        30

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.

Aux  ouvriers  25
Aux  propriétaires  25
Aux  capitalistes  50
lOü;

et  si,  la  quantité  de  marchandises  venant  à  doubler,  cette  distribution ­
  s’effectuait  de  la  manière  suivante  :

Aux  ouvriers  22
Aux  propriétaires  22
Aux  capitalistes  56

j’en  conclurais  que  les  salaires  et  la  rente  ont  haussé  tandis  que  les
profits  ont  au  contraire  diminué  :  et  cela,  alors  meme  que,  par  suite
de  l  ahondancc  des  marchandises,  la  quantité  attribuée  à  l’ouvrier  et
au  propriétaire  aurait  grandi  dans  la  proportion  de  G25  à  44.  Les
salaires  doivent  s’estimer  d’après  leur  valeur  réelle,  c’est-à-dire  d’après ­
  la  quantité  de  travail  et  de  capital  consacrés  à  les  produire,  et
non  d’après  leur  valeur  nominale,  soit  en  habits,  soit  en  chapeaux,
en  monnaie  ou  en  blé.  Dans  les  circonstances  que  j’ai  supposées,  les
marchandises  auraient  perdu  la  moitié  de  leur  valeur,  et  aussi  la
moitié  de  leur  prix,  si  la  monnaie  n’avait  pas  varié.  Si  donc  il  était  *
bien  constaté  que  les  salaires  en  argent  ont  baissé,  cette  baisse  n’en
serait  pas  moins  réelle,  alors  même  que  l’ouvrier  pourrait  se  procurer ­
  une  plus  grande  somme  de  marchandises  qu’auparavant.
Quelque  grande  que  soit  cependant  une  variation  dans  la  valeur
de  la  monnaie,  elle  n’influe  en  rien  sur  le  taux  des  profits  :  car  supposons ­
  que  les  produits  du  manufacturier  haussent  de  1000  1.  st.
à  2000  1.  st.  ou  de  100  p.  0/0;  si  son  capital,  que  les  variations  monétaires ­
  modifient  aussi  puissamment  que  la  valeur  de  ces  produits,
si  ses  bâtiments,  ses  machines  haussent  aussi  de  100  p.  0/0,  le  taux
de  ses  profits  restera  le  même,  et  il  pourra  acheter  la  même  somme  de
travail,  ni  plus,  ni  moins.
Si,  avec  un  capital  d’une  certaine  valeur,  il  peut  par  de  l’économie
dans  la  main-d’œuvre,  doubler  la  masse  des  produits  et  abaisser  les
prix  de  moitié,  les  mêmes  rapports  subsisteront  entre  le  capital  et
le  produit,  et,  conséquemment,  le  taux  des  profits  ne  variera  pas.
Si  au  moment  où  il  multiplie  les  produits  en  accroissant  la  puissance ­
  du  même  capital,  la  valeur  de  la  monnaie  fléchit  de  moitié  sous
l’influence  de  tel  ou  tel  événement,  le  prix  de  ces  objets  doublera  ;
mais  le  capital,  consacré  à  leur  création,  prendia  aussi  une  valeur
        <pb n="89" />
        CHAP.  1.  -  DE  LA  VALEUR.  37
monétaire  double.  C’est  pourquoi,  le  rapport  entre  la  valeur  du  produit ­
  et  celle  du  capital  restera  le  même  :  et  alors  même  que  le  produit ­
  doublerait  la  rente,  les  salaires  et  les  profits  suivraient  uniquement, ­
  dans  leurs  variations,  les  diverses  portions  attribuées  à  chacune
des  classes  qui  se  les  partagent.
        <pb n="90" />
        38

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.

CHAPITRE  II.

DE  LA  RE&amp;gt;’TE  DE  LA  TERRE  \

11  reste  à  considérer  si  l’appropriation  des  terres  et  la  création
sul)séquente  de  la  rente,  peuvent  causer  quelque  variation  dans  la

■  Nous  n’avons  pas  hésité  à  substituer,  dans  tout  le  cours  de  ce  chapitre,  le
mot  rente  au  mot  fermage  qui  a  servi  à  la  plupart  des  écrivains,  pour  rendre ­
  l’expression  anglaise  rent.  On  a  craint,  avant  nous,  d’introduire  dans  la
nomenclature  scientifique  un  terme  inusité  et  qui  commanderait  la  méditation  ;
comme  si  la  première  crainte  ne  devait  pas  être  de  vicier  une  démonstration  par
le  vague,  l’ambiguïté  du  langage.  Chaque  idée  nouvelle  dans  les  sciences,  dans
les  arts,  apporte  avec  elle  sa  forme,  ses  expressions  ;  et  il  serait  aussi  insensé  de
chercher  à  construire  l’économie  politique  actuelle  avec  la  nomenclature  de
Âlontchrétien,  de  Quesnay  et  de  l’abbé  Baudeau,  que  de  faire  de  la  chimie
avec  la  langue  de  Bacon  ou  de  Paracelse,  et  de  bâtir  nos  cathédrales  avec  des  blocs
Cyclopéens.  D’ailleurs,  si  nous  n’avons  pas  hésité  ici,  c’est  qu’en  réalité  nous  n’avions ­
  pas  à  hésiter,  c’est  qu’à  tout  prix  il  fallait  rejeter  l’ancien  mot  de  fermage,
contre  lequel  protestent  et  le  sens  et  la  lettre  de  Ricardo.  En  effet,  qu’entend  on
en  économie  politique  par  le  mot  fermage?  C’est  la  somme  payée  par  celui  qui
cultive  et  exploite  une  terre,  à  celui  qui  la  possède.  Qu’entend-on  maintenant
par  le  mot  rente?  C’est,  d’après  la  définition  même  de  Ricardo,  cette  portion  du
produit  de  la  terre  qu’on  donne  au  propriétaire  pour  avoir  le  droit  d’exploiter
les  facultés  productives  et  impérissables  du  sol.  Et  la  différence  est  ici  manifeste, ­
  essentielle,  tellement  essentielle  même  que  l’auteur  a  consacré  toute  une
série  d’arguments  à  la  faire  ressortir.  Il  fait  plus  :  après  avoir  bien  établi  qu’on
ne  saurait  donner  le  nom  de  rente  à  la  portion  de  produit  attribuée  au  propriétaire ­
  pour  l’intérêt  des  capitaux  consacrés  à  l’amélioration  desterres,  à  la
construction  des  granges,  fermes,  etc.,  il  trace,  entre  ses  idées  et  les  idées
générales,  une  ligne  de  démarcation  profonde  en  disant  que  dans  le  langage
vulgaire,  on  donne  le  nom  de  rente  à  tout  ce  que  le  fermier  paie  annuellement
au  propriétaire,  et  qu’Adam  Smith  a'souvent  sacrifié  à  cette  erreur  du  plus
grand  nombre.  Ainsi  donc,  la  rente  est  une  redevance  attachée  au  sol  lui-même,
au  droit  de  propriété,  par  une  fiction  nécessaire,  je  le  sais,  mais  analogue  à  celle
qui  faisait  jadis  du  travail  un  droit  domanial  ;  —  c’est  en  effet  la  faculté  d’exploiter ­
  leur  terre  que  vendent  les  propriétaires  à  l’instar  des  rois  du  moyen  âge  et  du
Sultan.  Dès  le  moment  où  des  placements  de  capitaux,  des  défrichements  s’interposent ­
  et  viennent  modifier  la  valeur  de  la  terre,  la  rente  se  combine  avec  l’in-
        <pb n="91" />
        CHAP.  IL  —  DE  LA  RENTE  DE  LA  TERRE.  39
valeur  relative  des  denrées,  abstraction  faite  de  la  quantité  de  travail ­
  nécessaire  pour  les  produire.  Pour  bien  comprendre  cette  partie ­
  de  notre  sujet  il  faut  étudier  la  nature  de  la  rente  et  rechercher
quels  sont  les  principes  qui  en  règlent  la  hausse  et  la  baisse.
La  rente  est  cette  portion  du  produit  de  la  terre  que  l’on  paie
au  propriétaire  pour  avoir  le  droit  d’exploiter  les  facultés  productives ­
  et  impérissables  du  sol.  Cependant  on  confond  souvent  la  rente
a\ec  1  intérêt  et  le  profit  du  capital,  et  dans  le  langage  vulgaire  on
donne  le  nom  de  rente  à  tout  ce  que  le  fermier  paie  annuellement
au  propriétaire.
Supposons  deux  fermes  contiguës,  ayant  une  même  étendue,
et  un  sol  d’une  égale  fertilité,  mais  dont  l’une,  pourvue  de  tous  les
bâtiments  et  instruments  utiles  à  l’agi  iculture,  est  de  plus  bien  entretenue, ­
  bien  fumée,  et  convenablement  entourée  de  baies,  de
clôtures  et  de  murs,  tandis  que  tout  cela  manque  à  l’autre.  11  est
clair  que  l’une  s’affermera  plus  cher  que  l’autre  ;  mais  dans  les  denx
cas  on  appellera  rente  la  rémunération  payée  au  propriétaire.  11  est
cependant  évident  qu’une  portion  seulement  de  l’argent  serait  payée
pour  exploiter  les  propriétés  naturelles  et  indestructibles  du  sol,  le
reste  représenterait  l’intérêt  du  capital  consacré  à  amender  le  terrain

érôt,  les  profits,  et  s’absorbe  alors  dans  le  fermage,  qui  tantôt  la  dépasse  et  tantôt
lui  est  inférieure.  De  là  des  complications  qui  voilent  souvent  la  notion  de  la
rente  :  mais  une  analyse  sévère  la  fait  bientôt  dégager  et  il  suffit  de  quelque  ré-Ilexiou
  pour  retrouver,  au  milieu  des  autres  incidents  économiques,  cette  portion ­
  du  produit  qui  retourne,  suivant  l’auteur,  au  propriétaire  uniquement
comme  propriétaire.  Sans  cette  distinction  fondamentale,  qui  doit  se  refléter
dans  les  termes  de  notre  traduction,  la  théorie  de  Ricardo  serait  impossible  et
nous  dirons  même  absurde.  Quelque  novateur  qu’on  soit  et  amoureux  de  systèmes
inconnus,  il  faut  s’arrêter  devant  des  extravagances  outrées  que  repoussent  tous
les  esprits;  et  nous  placerions  la  théorie  de  Ricardo  au  nombre  de  ces  extravagances, ­
  s’il  avait  voulu  établir  que  le  fermage,  v  compris  l’intérêt  des  capitaux
engagés  dans  la  terre,  n’accroît  pas  les  frais  de  production.  Tout  devient  clair
au  contraire,  sinon  incontestable,  si  l’on  admet  avec  l’auteur  que  la  rentl
est  indépendante  de  cet  intérêt,  et  n’existe  même  que  par  la  différence  des  frais
de  production  sur  des  terrains  de  qualités  diverses.  Ceci  est  donc  plus  qu’une
rectification  le.xicographique,  c  est,  avant  tout,  une  rectification  scientifique  On
disait  jadis  ;  Donnez-moi  trois  lignes  d’un  homme  et  je  le  fais  pendre  :  on  pourrait ­
  presque  dire,  eu  général  :  Donnez-moi  trois  lignes  d’un  auteur  à  traduire,  et
je  le  rends  incompréhensible.  En  substituant  dans  tout  ce  chapitre  le  mot  rente
de  la  terre  au  mot  fermage,  nous  croyons  avoir  évité  cette  faute,  et  nous  aurions
même  des  autorités  à  invoquer,  s’il  en  était  besoin  lorsqu'on  a  pour  soi  la  néces*
sité  logique.  —  A.  F.
        <pb n="92" />
        40  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
et  à  ériger  les  constructions  nécessaires  pour  assurer  et  conserver  le
produit.  Adam  Smith  donne  parfois  au  mot  rente  le  sens  rigoureux
dans  lequel  je  cherche  à  le  restreindre,  mais  le  plus  souvent  il  l’emploie ­
  dans  le  sens  vulgairement  usité.  Ainsi  il  dit  que  les  demandes
toujours  croissantes  de  bois  de  construction  dans  les  pays  méridionaux ­
  de  l’Europe,  faisant  hausser  les  prix,  furent  cause  que  l’on
commença  à  affermer  des  forêts  en  Aorwège,  qui  auparavant  ne  produisaient ­
  pas  de  rente.  iN’cst-il  pas  clair  cependant  que  celui  qui  consentit ­
  à  payer  ce  qu’il  appelle  rente,  n’avait  d  autre  but  que  d  acquérir
les  arbres  précieux  qui  couvraient  le  terrain,  afin  d  obtenir  pai  leur
vente  le  remboursement  de  son  argent,  plus  des  bénéfices.^  Si  après  la
coupe  et  l’enlèvement  du  bois  on  continuait  à  payer  au  piopriétaiie
une  rétribution  pour  la  faculté  de  cultiver  le  terrain,  soit  poui  y
planter  de  nouveaux  arbres,  soit  dans  tout  autre  but,  on  j)ourrait
alors  en  effet  l’appeler  rente,  parce  qu’elle  serait  payée  pour  la  jouissance ­
  des  facultés  productives  du  spl;  mais  dans  le  cas  cité  par
Adam  Smith,  cette  rétribution  était  payée  pour  avoir  la  liberté  d’enlever ­
  et  de  vendre  le  bois,  et  nullement  pour  la  faculté  de  planter
de  nouveaux  arbres  *,
En  parlant  aussi  de  la  rente  perçue  pour  les  mines  de  charbon  et
les  carrières  de  pierre,  auxquelles  s’appliquent  les  mêmes  observations, ­
  il  dit  que  la  rémunération  payée  pour  les  mines  ou  les  carrières ­
  représente  la  valeur  du  charbon  ou  des  pierres  qui  en  ont  été
extraits,  et  n’a  aucun  rapport  avec  les  facultés  naturelles  et  indestructibles ­
  du  sol.  Cette  distinction  est  d’une  grande  importance  dans
1  Si  les  forêts  du  propriétaire  norvégien  étaient  en  coupe  réglée,  c’est-à-dire  s’il
s’était  arrangé  pour  que  sa  terre  lui  touriiît  toujours  le  meme  re\enu  en  arbres,
les  arbres  qu’il  vendait,  ou  que  le  fermier  de  ses  forêts  \endait  pour  lui,  formaient ­
  bien  en  réalité  le  profit  résultant  du  pouvoir  productif  de  son  fonds.  Si  la
pousse  annuelle  ne  remplaçait  pas  la  vente  annuelle,  alors  il  vendait  chaque  année ­
  une  portion  du  capital  dont  ses  terres  étaient  couvertes.
Smith  me  paraît  au  surplus  fondé  à  considérer  comme  faisant  partie  du  fonds
de  terre  le  capital  qui  s’y  trouve  répandu  en  améliorations,  en  bâtiments  d  exploitation, ­
  etc  ,  et  comme  faisant  partie  du  prolit  des  terres  ou  des  fermages,
l’intérêt  que  le  propriétaire  retire  de  ce  capital.  Je  sais  qu’il  est  susceptible  d’altération, ­
  de  destruction  absolue,  tandis  que  le  pouvoir  productif  du  sol  ne  peut
pas  se  détruire.  Mais  quant  aux  profits,  quant  aux  loyers,  ce  capital  suit  le  sort
de  la  terre  elle-même.  Les  améliorations  faites  à  une  terre  ne  peuvent  être  transportées ­
  à  une  autre  ;  elles  augmentent  sou  pouvoir  productif,  et  leur  effet  est  en
tout  semblable  aux  effets  du  pouvoir  productif  indestructible  de  la  terre  ellemême.
  —  J.-B.  Sav.
        <pb n="93" />
        CHAP.  H.  —  DE  LA  RENTE  DE  LA  TERRE.

41

toute  recherche  relative  à  la  rente  et  aux  profits  ;  car  on  verra  que
les  causes  qui  influent  sur  la  hausse  de  la  rente  sont  entièrement
différentes  de  celles  qui  déterminent  fau^mentation  des  profits,  et
qu  elles  agissent  rarement  dans  le  même  sens.  Dans  tous  les  pays
avancés  en  civilisation,  la  rétribution  qu’on  paie  annuellement  au
propriétaire  foncier,  participant  à  la  fois  de  la  nature  de  la  rente  et
de  celle  des  jirofits,  reste  parfois  stationnaire,  et  parfois  augmente
ou  diminue  selon  que  prédominent  telles  ou  telles  causes.  C’est  pourquoi ­
  quand  je  jiarlerai  de  rente  dans  la  suite  de  cet  ouvrage,  je  ne
désignerai  sous  ce  mot  que  ce  que  le  fermier  paie  au  propriétaire
pour  le  droit  d’exploiter  les  facultés  primitives  et  indestructibles  du
sol.
Lorsque  des  hommes  font  un  premier  établissement  dans  une  contrée ­
  riche  et  fertile,  dont  il  suffit  de  cultiver  une  très-petite  étendue
pour  nourrir  la  population,  ou  dont  la  culture  n’exige  pas  plus  de
capital  que  n’en  possèdent  les  colons,  il  n’v  a  point  de  rente;  car  qui
songerait  à  acheter  le  droit  de  cultiver  un  terrain,  alors  que  tant  de
terres  restent  sans  maitre,  et  sont  par  conséquent  à  la  disposition  de
quiconque  voudrait  les  cultiver?
Par  les  principes  ordinaires  de  l’offre  et  de  la  demande,  il  ne  pourrait ­
  être  payé  de  rente  pour  la  terre,  par  la  même  raison  qu’on  n’achête
  point  le  droit  de  jouir  de  l’air,  de  l'eau,  ou  de  tous  ces  autres
biens  qui  existent  dans  la  nature  en  quantités  illimitées.  Moyennant
quelques  matériaux,  et  à  l’aide  de  la  pression  de  l’atmosphère  et  de  l’élasticité ­
  de  la  vapeur,  on  peut  mettre  en  mouvement  des  machines  qui
abrègent  considérablement  le  travail  de  l’homme;  mais  personne
n’achète  le  droit  de  jouir  de  ces  agents  naturels  qui  sont  inépuisables ­
  et  que  tout  le  monde  peut  employer.  De  même,  le  brasseur,  le
distillateur,  le  teinturier,  emploient  continuellement  l’air  et  l’eau  dans
la  fabrication  de  leurs  produits  ;  mais  comme  la  source  de  ces  agents  est
inépuisable,  ils  n’ont  point  de  prix  ‘.Si  la  terre  jouissait  partout  des

‘  «  La  terre,  ainsi  que  nous  l’avons  déjà  vu,  n’est  pas  le  seul  agent  de  la  nature
»  qui  ait  un  pouvoir  productif;  mais  c’est  le  seul,  ou  à  peu  près,  que  l’homme  ait
»  pu  s  approprier,  et  dont,  par  suite,  il  ait  pu  s’approprier  le  bénéfice.  L’eau  des
»  ri\ières  et  de  la  mer,  par  la  faculté  qu’elle  a  de  mettre  eu  mouvement  nos  machi-"
  nés,  de  porter  nos  bateaux,  de  nourrir  des  poissons,  a  bien  aussi  un  pouvoir
®  productif;  le  vent  qui  fait  aller  nos  moulins,  et  jusqu’à  la  chaleur  du  soleil,
»  travaillent  pour  nous  ;  mais  heureusement  personne  n’a  pu  dire  :  Le  vent  et
«  le  soleil  m’appartiennent,  et  le  service  qu’ils  rendent  doit  m’étre  paijé."
Economiepolilique,  par  J.-B.  Say,  liv.  //,  chap,^.
        <pb n="94" />
        42

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
mêmes  propriétés,  si  son  étendue  était  sans  bornes,  et  sa  qualité  uniforme, ­
  on  ne  pourrait  rien  exiger  pour  le  droit  de  la  cultiver,  à
moins  que  ce  ne  fut  là  où  elle  devrait  à  sa  situation  quelques  avantages ­
  particuliers,  (/est  donc  uniquement  parce  que  la  terre  varie
dans  sa  force  productive,  et  parce  que,  dans  le  progrès  de  la  population, ­
  les  terrains  d’une  qualité  inférieure,  ou  moins  bien  situés,  sont
défrichés,  qu’on  en  vient  à  payer  une  rente  ])our  avoir  la  faculté  de
les  exploiter.  Dès  que  par  suite  des  progrès  de  la  société  on  se  livre
à  la  culture  des  terrains  de  fertilité  secondaire,  la  rente  commence
pour  ceux  des  premiers,  et  le  taux  de  cette  rente  dépend  de  la  différence ­
  dans  la  qualité  respective  des  deux  espèces  de  terre
Dès  que  l’on  commence  à  cultiver  des  terrains  de  troisième  qualité,
la  rente  s’établit  aussitôt  pour  ceux  de  la  seconde,  et  est  réglée  de
même  par  la  différence  dans  leurs  facultés  productives.  La  rente  des
terrains  de  première  qualité  hausse  en  même  temps,  car  elle  doit  se
maintenir  toujours  au-dessus  de  celle  de  la  seconde  qualité,  et  cela  eu
raison  de  la  différence  de  produits  (¡ne  rendent  ces  terrains  avec  une
quantité  donnée  de  travail  et  de  capital.  A  chaque  accroissement  de
population  qui  force  un  peuple  à  cultiver  des  terrains  d’une  qualité
inférieure  pour  en  tirer  des  subsistances,  le  loyer  des  terrains  supérieurs ­
  haussera.
Supposons  que  des  terrains  n®®  1,  2,  3,  rendent,  moyennant  l’emploi ­
  d’un  même  capital,  un  produit  net  de  100,  90  et  80  quarters
(2  h.  907)  de  hlé.  Dans  un  pays  neuf,  où  il  y  a  quantité  de  terrains
fertiles,  par  rapport  à  la  population,  et  où  par  conséquent  il  suffit
de  cultiver  le  n"  1,  tout  le  produit  net  restera  au  cultivateur,  et  sera  le
profit  du  capital  qu’il  a  avancé^.  Aussitôt  que  l’augmentation  de  population ­
  sera  devenue  telle  qu’on  soit  obligé  de  cultiver  le  n®  2,  qui
ne  rend  que  90  quarters,  les  salaires  des  laboureurs  déduits,  la  rente
commencera  pour  les  terres  n®  1  ;  car  il  faut,  ou  qu’il  y  ait  deux  taux
de  profits  du  capital  agricole,  ou  que  l’on  enlève  ô'ix  quarters  de  blé,
*  Dans  la  notice  historique  placée  en  tête  de  ce  volume,  nous  avons  esquissé  et
discútela  théorie  dont  Ricardo  s’est  faille  plus  vigoureux  apôtre.  Nous  y  renvoyons ­
  le  lecteur,  afin  de  ne  scinder  l’attention  qu’au  profit  des  maîtres  dont
nous  citerons  l’opinion  en  marchant.  —  A.  F.
2  II  ne  me  semble  pas  prouvé  que  tout  le  profit  que  retirera  le  cultivateur
dans  ce  cas  soit  le  profit  de  son  capital.  Le  terrain  ne  sera  cultivé  qu’autant
qu’on  en  aura  assuré  la  propriété  au  cultivateur  ;  dès  lors  il  a  quelque  chose  de
plus  précieux  que  tout  autre  terrain  de  même  qualité,  non  encore  approprié.
*—  J.-B.  Say.
        <pb n="95" />
        CHAP.  H  —  DE  LA  RENTE  DE  LA  TERRE.  43
ou  leur  équivalent,  du  produit  n°  1  pour  les  consacrer  à  un  autre  emploi. ­
  Que  ce  soit  le  propriétaire  ou  une  autre  personne  qui  cultive  le
terrain  n®  1,  ces  dix  quarters  en  constitueront  toujours  la  rente,
puisque  le  cultivateur  du  n°  2  obtiendrait  le  même  résultat  avec  son
capital,  soit  qu’il  cultivât  le  n®  1,  en  payant  dix  quarters  de  blé  de
rente,  soit  qu’il  continuât  à  cultiver  le  n®  2  sans  payer  de  loyer.  De
même,  il  est  clair  que  lorsqu’on  aura  commencé  à  défricher  les  terrains ­
  11®  3,  la  rente  du  n®  2  devra  être  de  dix  quarters  de  blé  ou  de
leur  valeur,  tandis  que  la  rente  du  n®  1  devra  atteindre  vingt  quarters; ­
  le  cultivateur  du  n®  3  ayant  le  même  profit,  soit  qu’il  cultive
le  terrain  n®  I  en  payant  vingt  quarters  de  rente,  soit  qu’il  cultive  le
n®  2  en  en  payant  dix,  soit  enüii  qu’il  cultive  le  n®  3  sans  payer  de
rente.
H  arrive  assez  souvent  qu’avant  de  défricher  les  n®*  2,3,  4,  ou  les
terrains  de  qualité  inférieure,  on  peut  employer  les  capitaux  d’une
manière  plus  productive  dans  les  terres  déjà  cultivées.  Il  peut  arriver
qu’eu  doublant  le  capital  primitif  employé  dans  le  n®  1,  le  produit,
quoiqu  il  ne  soit  pas  doublé  ou  augmenté  de  cent  quari*ers,  augmente
cejicndant  de  quatre-vingt-cinq  quarters,  quantité  qui  surpasse  ce  que
pour!  ait  rendre  ce  capital  additionnel,  si  on  le  consacrait  à  la  culture ­
  du  terrain  n®  3.
Dans  ce  cas,  le  capital  sera  employé  de  préférence  sur  le  vieux
terrain,  et  constituera  également  une  rente  :  —la  rente  étant  toujours
la  dilîércnce  entre  les  produits  obtenus  par  l’emploi  de  deux  quantités ­
  égales  de  capital  et  de  travail.  Si  avec  un  capital  de  1000  1.  st.
un  fermier  retirait  de  sa  terre  cent  quarters  de  blé,  et  que  par  l’emploi ­
  d’un  second  capital  de  1000  1.  st.  il  eut  un  surcroît  de  produits
de  85  quarters,  son  propriétaire  serait  en  droit,  à  l’expiration  du
bail,  d’exiger  de  lui  quinze  quarters,  ou  une  valeur  équivalente,  à
titre  d’augmentation  de  rente;  car  il  ne  peut  pas  y  avoir  deux  taux
différents  pour  les  profits.  Si  le  fermier  consent  à  payer  quinze  quarters ­
  de  blé  en  raison  de  l’augmentation  de  produits  obtenue  par
l’addition  de  10001.  st.  de  capital,  c’est  parce  qu’il  ne  saurait  en  faire
un  emploi  plus  profitable.  Ce  serait  là  le  taux  courant  proportionnel ­
  des  profits;  et  si  l’ancien  fermier  n’acceptait  pas  la  condition,  un
autre  se  présenterait  bientôt,  prêt  à  payer  au  propriétaire  un  excédant
de  rente  proportionné  au  profit  additionnel  qu’il  pourrait  retirer  de
sa  terre.
Dans  ce  cas,  comme  dans  le  précédent,  le  dernier  capital  employé
ne  donne  pas  de  rente.  Le  fermier  paie,  à  la  vérité,  quinze  quarters
        <pb n="96" />
        4i  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
de  rente,  eu  égard  à  l’augmentation  du  pouvoir  productif  des  premières ­
  1000  1.  St.  ;  mais  pour  l’emploi  des  secondes  1000  1.  st.  il  ne
pai  '  pas  de  rente.  S’il  venait  à  employer  sur  la  même  terre  un  troisième ­
  capital  de  1000  1.  st.  produisant  en  retour  soixantc-ipiinze
quarters  de  plus,  il  paierait  alors,  pour  le  second  capital  de  1000  1.  st.,
une  rente  qui  serait  égale  à  la  dififércnce  entre  le  produit  des  deux  capitaux, ­
  c’est-à-dire  à  dix  quarters;  la  rente  des  premières  1000  1.  st.
hausserait  de  quinze  à  vingt-cinq  quarters  ;  et  les  dernières  1000  1.  st.
ne  paieraient  point  de  rente.
S’il  y*avait  donc  beaucoup  plus  de  terres  fertiles  qu’il  n’en  faut
pour  fournir  les  subsistances  nécessaires  à  une  population  croissante,
ou  s’il  était  possible  d’augmenter  le  capital  employé  à  la  culture  des
vieux  terrains  sans  qu’il  y  eut  aucune  diminution  de  produits,  la
hausse  des  rentes  deviendrait  impossible,  la  rente  étant  l’eflet  constant
de  l’emploi  d’une  plus  grande  quantité  de  travail  donnant  moins
de  produits.
Les  terres  les  plus  fertiles  et  les  mieux  situées  seraient  les  premières
cultivées,  et  la  valeur  échangeable  de  leurs  produits  serait  réglée,
comme  celle  des  autres  denrées,  par  la  somme  de  travail  nécessaire
à  leur  production  et  à  leur  transport  jusqu’au  lieu  delà  vente.
La  valeur  échangeable  d’une  denrée  quelconque,  qu’elle  soit  le
produit  d’une  manufacture,  d’une  mine,  ou  de  la  terre,  n’est  jamais
réglée  par  la  plus  petite  somme  de  travail  nécessaire  pour  sa  production ­
  dans  des  circonstances  extrêmement  favorables,  et  qui  constituent ­
  une  sorte  de  privilèges.  Cette  valeur  dépend  au  contraire  de
la  plus  grande  quantité  de  travail  industriel  que  sont  forcés  d’employer ­
  ceux  qui  n’ont  point  de  pareilles  facilités,  et  ceux  qui,  pour
produire,  ont  à  lutter  contre  les  circonstances  les  plus  défavorables.
&amp;gt;ous  entendons  par  circonstances  les  plus  défavorables,  celles  sous
l’influence  desquelles  il  est  plus  diflicile  d’obtenir  la  quantité  nécessaire ­
  de  produits.
C’est  ainsi  que  dans  un  établissement  de  bienfaisance  où  l’on  fait
travailler  les  pauvres  au  moyen  de  dotations,  le  prix  des  objets
qui  y  sont  fabriqués  sera,  en  général,  réglé,  non  d’après  les  avantages ­
  particuliers  accordés  à  cette  sorte  d’ouvriers,  mais  d’après
les  diflicultés  ordinaires  et  naturelles  que  tout  autre  ouvrier  aura  à
surmonter.  Le  fabricant  qui  ne  jouirait  d’aucun  de  ces  avantages
pourrait,  à  la  vérité,  n  ôtre  plus  en  état  de  soutenir  la  concurrence,  si
ces  ouvriers  favorisés  pouvaient  suppléer  à  tous  les  besoins  de  la
société;  mais  s’il  se  décidait  à  continuer  son  industrie,  ce  ne  serait
        <pb n="97" />
        CHAP.  II.  —  DE  LA  RENTE  DE  LA  TERRE

45

qu’antant  qu’il  retirerait  toujours  de  son  capital  les  profits  ordinaires, ­
  ce  qui  ne  pourrait  arriver  s’il  ne  vendait  ses  articles  à  un
prix  proportionné  à  la  quantité  de  travail  industriel  consacré  à  leur
production

*  M.  Say  n’a-t-il  pas  oublié  dans  le  passage  suivant  que  ce  sont  les  frais  de  productions ­
  qui  règlent  définitivement  les  prix?  —  «  Les  produits  de  l'industrie
»  agricole  ont  même  cela  de  particulier,  qu’ils  ne  deviennent  pas  plus  chers  en
»devenant  plus  rares,  parce  que  la  population  décroît  toujours  eu  même  temps
»  que  les  produits  alimentaires  diminuent  ;  et  que,  par  conséquent,  la  quantité
»  de  ces  produits  qui  est  demandée  diminue  en  même  temps  que  la  quantité
»  offerte.  Aussi  ne  remarque-t-on  pas  que  le  blé  soit  plus  cher  là  où  il  y  a  beau-"
  de  terres  en  friche,  que  dans  un  pays  complètement  cultivé.  L’Angleterre,
»  la  France,  étaient  beaucoup  moius  bien  cultivées  au  moyen  âge  que  de  nos
»jours  ;  elles  produisaient  beaucoup  moins  de  céréales,  et  néanmoins,  autant
»qu’on  en  peut  juger  par  comparaison  avec  quelques  autres  valeurs,  le  blé  ne
»  s’y  vendait  pas  plus  cher.  Si  le  produit  était  moindre,  la  population  l’était  aus-..
  SI  :  la  faiblesse  de  la  demande  compensait  la  faiblesse  de  l’approvisionnement  »
Lto-  II  f  Chap.  8.  M.  Say,  persuadé  que  le  prix  du  travail  était  le  régulateur  de
elui  des  denrees,  et  supposant  avec  raison  que  les  établissements  de  charité  de
toute  espece  tendent  à  augmenter  la  population  au  delà  de  ce  qu’elle  serait  deà
  elle-même,  et  par  conséquent  à  faire  baisser  les  salaires,
üit  :  «  .le  soupc^onne  que  le  bon  marché  des  marchandises  qui  viennent  d’AnHe-»
  terre  tienten  partie  à  la  multitude  d’établissements  de  bienfaisance  qui  existent
»dansce  pays.  »  Liv.  III,  chap.  fi.  Cette  opinion  est  conséquente  dans  un  auteur ­
  qui  soutient  que  les  salaires  règlent  les  prix.
Je  ne  pense  point  que  ce  soient  les  frais  de  production  qui  définitivement  règlent ­
  le  prix  des  choses  ;  car,  lorsqu’une  chose  coûte  trop  cher  à  faire,  elle  ne  se
vend  point.  l  e  prix  s’établit  en  raison  directe  de  la  quantité  demandée,  et  en
raison  inverse  de  la  quantité  offerte.  Lorsque  le  prix  courant  paie  peu  généreusement ­
  les  producteurs  *,  la  quantité  produite,  c’est-à-dire  offerte,  diminue  ;  le
prix  monte,  et  en  même  temps  un  certain  nombre  de  consommât^urs  renoncent
à  Si  porter  demandeurs  ;  et  lorsque  le  prix  monte  au  point  d’excéder  les  falcultés
des  p  us  riches  amateurs,  la  production  et  la  vente  de  cette  espèce  de  produit
cessent  complètement.  (Aofe  de  Ifiuleur.)
Relativement  à  l’iiilluence  que  les  secours  donnés  aux  indigents  exercent  sur  les
salaires,  et  par  suite  sur  le  prix  des  produits,  on  sait  qu’en  Angleterre  les  paroiscs
  viennent  au  secours  des  ouvriers  qui  gagnent  trop  peu  pour  soutenir  leurs
familles.  Sans  un  tel  secours  ces  familles  ne  pourraient  pas  s’entretenir  et  se
perpétuer.  La  classe  des  ouvriers  deviendrait  moins  nombreuse  et  plus  chère.
11  est  permis  de  croire  qu  alors  leurs  produi  s  renchériraient  et  soutiendraient
moins  tavorablement  la  concurrence  dans  l’étranger.  Au  surplus,  je  crois,  avec
Al.  Ricardo,  que  la  valeur  des  salaires,  dans  la  plupart  des  cas,  influe,  sinon
•  Dans  les  producteurs,  je  comprends  toujours,  outre  ceux  qui  fournissent  le  travail,  ceux
qui  fournissent  les  tonds  de  terre  et  le  capital,  qui  ne  sont  pas  moins  indispensables  que  le
tra\uil.
        <pb n="98" />
        46

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.»
A  la  vérité,  les  meilleurs  terrains  auraient  toujours  continué  adonner
le  même  produit  avec  le  même  travail  qu’auparavant,  mais  leur  valeur
aurait  haussé  par  suite  des  produits  comparativement  moindres  obtenus ­
  par  ceux  qui  auraient  consacré  un  travail  additionnel,  ou  de
nouveaux  capitaux  à  des  terrains  moins  fertiles.  Et  quoique  les
avantages  d’un  terrain  fertile  sur  un  autre  moins  productif  ne  soient
jamais  perdus,  et  ne  fassent  que  passer  des  mains  du  cultivateur  et  du
consommateur  dans  celles  du  propriétaire,  comme  il  faut  employer
plus  de  travail  à  la  culture  des  terrains  inférieurs,  ces  terres,  seules,
pouvant  fournir  l’approvisionnement  additionnel  de  produits,  la  valeur ­
  comparative  de  ces  produits  se  maintiendra  constamment  audessus
  de  son  ancien  niveau,  et  s‘échangera  contre  plus  de  chapeaux, ­
  de  draps,  de  souliers,  etc.,  etc.,  toutes  choses  dont  la  production ­
  n’exigera  point  une  augmentation  de  travail.
Ce  qui  fait  donc  hausser  la  valeur  comparative  des  produits  naturels, ­
  c’est  l’excédant  de  travail  consacré  aux  dernières  cultures,  et
non  la  rente  qu’on  paie  au  propriétaire.  La  valeur  du  hlé  se  règle
d’après  la  quantité  de  travail  employée  à  le  produire  sur  les  dernières
qualités  de  terrains  ou  d’après  cette  portion  de  capital  qui  ne  paie  pas
de  rente.  Le  hlé  ne  renchérit  pas,  parce  qu’on  paie  une  rente  ;  mais
c’est  au  contraire  parce  que  le  hlé  est  cher  que  l’on  paie  une  rente  ;  et
l’on  a  remarqué,  avec  raison,  que  le  blé  ne  baisserait  pas,  lors  même
que  les  propriétaires  feraient  l’entier  abandon  de  leurs  rentes.  Cela
n’aurait  d’autre  eifet  que  de  mettre  quelques  fermiers  dans  le  cas  de
vivre  en  seigneurs,  mais  ne  diminuerait  nullement  la  quantité  de
travail  nécessaire  pour  faire  venir  des  produits  bruts  sur  les  terrains
cultivés  les  moins  productifs  '.

point  du  tout,  au  moins  faiblement,  sur  la  valeur  des  produits.  Toute  augmentation ­
  dans  les  frais  de  production  diminue  l’avantage  que  l’entrepreneur  d'un
certain  produit  en  particulier  trouve  à  le  produire,  diminue  par  conséquent  la
quantité  de  ce  produit  qui  est  apportée  sur  le  marché,  et,  par  suite,  eu  fait  monter
le  prix  ;  mais,  d’un  autre  côté,  à  mesure  que  le  prix  monte,  la  demande  diminue
de  son  côté.  C’est  ce  qui  fait  que  les  producteurs  ne  peuvent  jamais  faire  supporter ­
  au  consommateur  la  totalité  de  l’augmentation  de  leurs  frais.  Pour  ne
point  diminuer  la  quantité  qui  se  consomme,  ils  aiment  mieux  altérer  leurs  qualités ­
  qu’élever  leurs  prix.  C’est  ce  qui  fait  que  plus]  les  marchandises  montent  et
moins  elles  sont  bonnes.  S’il  fallait  faire  les  soieries  aussi  substantielles  qu’elles
l’étaient  il  y  a  cinquante  ans,  la  consommation  en  cesserait  presque  entièrement. ­
  —  J-B.  Say.
*  De  ce  que  le  prix  du  blé  ne  baisserait  pas  quand  même  tous  les  fermiers
seraient  débarrassés  de  leurs  propriétaires,  il  ne  s’ensuit  pas  que  le  prix  du  blé
        <pb n="99" />
        47

CHAP.  II.  —  DE  LA  RENTE  DE  LA  TERRE.
Rien  n’est  plus  commun  que  d’entendre  parler  des  avantages  que
possède  la  terre  sur  toute  autre  source  de  production  utile,  et  cela,  en

ne  paie  aucun  profit  en  raison  du  droit  de  propriété.  Qui  ne  voit  que,  dans  ce
cas,  les  fermiers  se  substitueraient  aux  propriétaires,  et  empocheraient  leurs
profits  ?  l  a  terre  est  un  atelier  chimique  admirable  où  se  combinent  et  s’élaborent ­
  une  foule  de  matériaux  et  d’éléments  qui  en  sortent  sous  la  forme  de  froment ­
  ,  de  fruits  propres  à  notre  subsistance,  de  lin  dont  nous  tissons  nos  vêtements ­
  ,  d’arbres  dont  nous  construisons  nos  demeures  et  nos  navires.  La  nature
a  fait  présent  gratuitement  à  l’homme  de  ce  vaste  atelier,  divisé  en  une  foule
de  compartiments  propres  à  diverses  productions  ;  mais  certains  hommes  entre
tous  s’en  sont  emparés,  et  ont  dit  :  A  moi  ce  compartiment,  à  moi  cet  autre  ;
ce  qui  en  sortira  sera  ma  propriété  exclusive.  Et,  chose  étonnante  !  ce  privilège
usurpé,  loin  d’avoir  été  funeste  à  la  communauté,  s’est  trouvé  lui  être  avantageux. ­
  Si  le  propriétaire  d’une  terre  n’était  pas  assuré  de  jouir  de  ses  fruits  qui
voudrait  faire  les  avances  de  travail  et  d’argent  nécessaires  pour  sa  culture  ^Les
non-propriétaires  eux-mêmes,  qui  maintenant  du  moins  peuvent  être  passablement ­
  vêtus  et  se  procurer  leur  subsistance  avec  le  produit  de  leur  travail,
seraient  réduits  comme  cela  se  pratique  dans  la  Nouvelle-Zélande,  ou  bien
a  ootka-Soimd,  a  se  disputer  perpétuellement  quelques  pièces  de  poisson  ou
aiitrl  fn’  V  "'"r  ’  G"«"«  étemelle,  et  à  se  manger  les  uns  les
autres,  faute  d  un  aliment  plus  honnête.
C  est  ainsi  qu’un  fonds  de  terre  a  pu  fournir  une  quantité  décuple,  centuple,
de  produits  utiles  a  l’homme.  La  valeur  de  ces  produits  une  fois  créée  a  formé  le
revenu,  1°  du  propriétaire  foncier  ;  2««  du  capitaliste  qui  a  fourni  les  avances
I  soit  qu  il  se  trouve  être  le  propriétaire  lui-même  ou  bien  le  fermier)  ;  3-  des
cultivateurs,  maîtres  et  ouvriers  dont  les  travaux  ont  fertilisé  le  sol.  —  Oui  a
paye  cette  valeur  dont  s’est  formé  le  revenu  de  tous  ces  gens-là?  —  T/acheteur
e  consommateur  des  produits  du  sol.-Et  je  dis  que  le  produit  du  soi  a  payé
tout  cela  ;  car  s’il  avait  été  insuffisant,  une  partie  de  ces  moyens  de  production
ne  recevant  point  d’indemnité  pour  son  concours,  se  serait  retirée  de  la  production ­
  ;  que  le  propriétaire  lui-même  n’aurait  plus  voulu  louer  son  atelier  (  le  terrain), ­
  puisque  cette  location  ne  lui  aurait  rien  rapporté.  Dès  lors  plus  de  garantie, ­
  plus  de  certitude  de  recueillir  les  produits;  le  terrain  serait  resté  en  friche
et  a  quantité  offerte  des  produits  territoriaux  devenant  moins  grande,  serait  remontée ­
  au  taux  nécessaire  pour  que  le  propriétaire  fût  payé.  (Il  est  entendu
que  cet  effet  aurait  eu  lieu,  toutes  choses  d’ailleurs  égales,  et  dans  un  état  donné
ne  la  société.  )
du  ^  profit  du  propriétaire  foncier  supporte,  plus  que  les  profits
pi  a  e  e  in  ustrie,  les  inconvénients  du  local  ;  car  une  certaine  portion
tro'aux  ne  sont  pas  aussi  immobiles  que  la  terre;  ils  peuvent
I  a  petit  changer  d  objets,  tandis  que  le  fonds  de  terre  ne  pouvant  ni  se
ns  porter  dans  un  lieu  où  ses  produits  auraient  plus  de  valeur,  ni  donner  d’aupro
  uits  que  ceux  auxquels  la  nature  l’a  rendu  propre,  n’a  pu  composer  ses
O  Its  que  de  la  valeur  qui,  dans  ses  produits,  excède  les  profits  du  cultivateur
qui  n  est  pas  propriétaire.
        <pb n="100" />
        48

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
raison  du  surplus  qu’on  en  retire  sous  la  forme  de  rente.  Et  cependant,
à  l’époque  où  les  terrains  sont  le  plus  fertiles,  le  plus  abondants,  le
plus  productifs,  ils  ne  donnent  point  de  rente  ;  et  ce  n’est  qu’au  moment ­
  où  ils  s’appauvrissent,—le  même  travail  donnant  moins  de  produit, ­
  —  qu’on  détache  une  partie  du  produit  primitif  des  terrains  de
premier  ordre,  pour  le  paiement  de  la  rente  \  11  est  assez  singulier
que  cette  qualité  de  la  terre,  qui  aurait  dù  être  regardée  comme  un
désavantage,  si  on  la  compare  aux  agents  naturels  qui  secondent
le  manufacturier,  ait  été  considérée  au  contraire  comme  ce  qui  lui
donnait  une  prééminence  marquée.  Si  l’air,  l’eau,  l’élasticité  de  la
vapeur,  et  la  pression  de  l’atmosphère  pouvaient  avoir  des  qualités
variables  et  limitées;  si  l’on  pouvait,  de  plus,  se  les  approprier,  tous

Voilà  pourquoi  de  certaines  terres  ne  rapportent  que  20  sous  l’arpent  à  leur
propriétaire,  tandis  que  d’autres  se  louent  100  fr  ,  200  fr.,  et  davantage.
La  proportion  entre  l’offre  et  la  demande  fixe  le  prix  des  produits  territoriaux
comme  de  tout  autre  produit.  Sur  ces  prix  l’industrie  et  les  capitaux  dont  le  concours ­
  a  été  nécessaire,  retirent  des  profits  proportionnés  aux  risques,  aux  talents,
et  au  taux  ordinaire  des  profits  dans  tout  autre  genre  de  production.  Les  surplus
forment  le  revenu  du  propriétaire  foncier,  le  profit  annuel  de  son  utile  usurpation. ­
  En  cela  nous  sommes  d’accord  avec  ]\I.  Ricardo;  mais  lorsqu’il  prétend
que,  ii’y  eût-il  point  de  propriétaires,  le  prix  du  blé  resterait  le  même,  nous  ne
pouvons  le  croire.
Lorsque,  soit  à  cause  de  la  médiocrité  du  terrain,  soit  à  cause  de  la  pesantejar
des  impôts,  le  travail  et  le  capital  employés  à  la  culture  coûtent  plus  que  ne
vaut  le  produit  qui  eu  résulte,  alors  non-seulement  il  n’y  a  pas  de  profits,  de  revenu, ­
  pour  le  propriétaire  du  fonds  ;  mais  il  n’y  eu  a  point  non  plus  sur  ce  même
fonds  pour  les  capitaux  ni  l’industrie  ;  ils  se  consomment  ou  s’enfuient  ;  les  terres
restent  en  friche  ;  la  population  décroît,  la  civilisation  s’altère  ,  et  la  barbarie
revient.  C’est  l’observation  que  Volney  a  faite  sur  la  Syrie  ,  et  qu’on  pourrait
faire,  quoique  à  un  moindre  degré,  sur  de  certaines  parties  de  l’Italie  et  de  l’Espagne, ­
  qui  ont  été  mieux  cultivées  et  j)lus  populeuses  qu’elles  ne  le  sont  à  présent. ­

Il  m’a  paru  plus  simple  d’exposer  ce  que  je  crois  être  le  véritable  état  des  choses, ­
  que  de  combattre,  paragraphe  par  paragraphe,  la  doctrine  deM.  Ricardo.—
J.-B.  Sav.
'  Il  se  peut  qu’une  telle  théorie  convienne  mieux  aux  habitudes  et  peut-être
aux  préjugés  des  Anglais  sur  la  propriété  ;  mais  elle  nous  paraît  inférieure  à
celle  d’Adam  Smith,  qui  est  plus  conforme  à  la  nature  des  choses,  et  qui  explique
d’une  manière  beaucoup  plus  simple  l’origine  du  fermage.  Le  fermage  n'est,
selon  nous,  que  le  prix  de  location  d’un  instrument  privilégié  dans  les  pays
d’aristocratie,  et  d’un  accès  plus  libre  dans  les  pays  où  règne  l’égalité  des  partages. ­
  La  liberté  absolue  du  commerce  en  ferait  encore  plus  baisser  le  taux,  si  elle
existait  quelque  part.  —  A.  Blakql'i.
        <pb n="101" />
        4»

CHAP.  II.  —  DE  LA  RENTE  DE  LA  TERRE.
c€s  agents  donneraient  une  rente,  qui  se  développerait  à  mesure  que
on  utiliserait  leurs  différentes  qualités.  Plus  on  descendrait  dans
ce  e  le  des  qualités,  et  plus  hausserait  la  valeur  des  produits  fabriques ­
  avec  ces  agents,  parce  que  des  quantités  égales  de  travail  inustriel
  donneraient  moins  de  produits.  L’homme  travaillerait  plus
^|SKm  c(mps,  Ia  nature  fenut  mcnns,  et  la  terre  ne  jouirait  plus  d’une
P  ééminence  fondée  sur  la  limitation  de  ses  forces
la  donnerait,  en  effet,  plus  de  râleur  aux  marehandises  fabriquées
non-seulement  aree  ces  maebines,  mais  avec  toutes  celles  du  pars  •

■
«  terres  et  ^  i  beaucoup  plus  grande  valeur  au  produit  annuel  dei
•■aval  U  pays,  a  la  richesse  et  au  revenu  réel  deses  habitants.  Dt
        <pb n="102" />
        J.Q  PRIKCIMCS  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
"  La  hausse  des  rentes  est  toujours  l’effet  de  l’accroissement  de  la
richesse  nationale,  et  de  la  difficulté  de  se  procurer  des  subsistances
.  toutes  les  manières  dont  un  capital  peut  être  employé,  c’est  sans  comparaison
»  culture  n’augmente  pas  plus  le  capital  national  que  tout  autre  genre  in
„  trie.  Smith,  en  regardant  la  portion  de  la  production  territoriale  qui  represente
.  le  nrolit  du  fonds  de  terre,  comme  si  avantageuse  à  la  société,  n  a  pas  relleüii
»  que  la  rente  n’est  que  l’effet  de  la  cherté,  et  que  ce  que  le  propriétaire  gagne  de
„cette  manière,  il  ne  le  gagne  qu’aux  dépens  du  consommateur  société  ne
„  sagne  rien  par  la  reproduction  du  profit  des  terres  ;  c’est  une  classe  qui  prolitc
„L  dépens  des  autres.  S’imaginer  que  l’agriculture  donne  un  produit  net,
„  fobtient,  non  parce  que  la  nature  a  aidé  à  la  production,  mais  parce  que,  seul,
„  il  fait  concorder  l’offre  avec  la  d  mande  »  (  A  ote  de  /  .  iuteiu  )
Un  ne  saurait  disconvenir  à  la  suite  de  ces  deux  estimables  écrivains,  de  M  Buchanan, ­
  compatriote  d’Adam  Smith  et  qui  soutient  si  bien  l’honneur  de  la  celebre ­
  école  d’Edimbourg,  et  de  M.  David  Ricardo  ,  qui  a  développé  avec  tant  de
sagacité  les  lois  de  la  dépréciation  du  papier-monnaie  ;  o,:  ne  saurait  disconvenir,
diy-je,  que  le  propriétaire  foncier  n’ajoute  personnellement  rien  a  uti  ite  anime
lenient  produite  dans  un  pays.  Si  donc  les  circonstances  du  pays  établissent,  pour
K  s  produits  agricoles,  une  demande  telle  que  leur  va.eur  vénale  excède  les  autres
avances,  de  manière  à  former  un  revenu  pour  le  propriétaire  ioncier,  il  taut  convenir ­
  que  cet  excédant  est  une  portion  de  richesse  tirée  de  la  poche  des  consommateurs, ­
  pour  être  mise,  sans  e'quivaleiit  de  leur  part,  dans  la  poche  des  propriétaires ­
  fonciers.  Ou  en  peut  dire  autant  du  capitaliste  qui  tait  v  aloir  son  capital
Cependant  s’il  est  impossible,  comme  il  est  prouvé  dans  mon  Traité  d  Lcvnvinie
politique  {Viv.  1),  que  la  production  ait  lieu,  non-seulement  sans  fonds  de  terre
,  Q„j  pjippropriiition  i'xcluslve  dims  les  arts  n’étanl  point  iiulispensablc  pour  que  'c
D,oin,it',  %isle  on  se  passerait  de  celui  qui  vouilrail  faire  payer  la  pesanteur  de  l’almospl.ere
ou  la  chaleur  du  soleil.  La  qu.mlilé  olf.  rle  des  produits  des  arts  n'en  étant  pas  molndr.  Jenr
.  i  .  r  !..  ....  îliail’i*.  —  j  »#•
        <pb n="103" />
        CHAP.  11.  —  DE  LA  RENTE  DE  LA  TERRE.  51
pourle  surcroît  de  population  :  c’est  un  signe,  mais  ce  n’est  jamais  une
cause  de  la  richesse;  car  la  richesse  s’accroit  souvent  très-rapidement
pendant  que  la  rente  reste  stationnaire,  ou  même  pendant  qu’elle
baisse.  La  rente  hausse  d’autant  plus  rapidement,  que  les  terrains
disponibles  diminuent  de  facultés  productives.  Là  où  la  richesse  augmente ­
  avec  le  plus  de  vitesse,  c’est  dans  les  pays  où  les  terres  disponibles ­
  sont  le  plus  fertiles,  où  il  y  a  le  moins  de  restrictions  à
1  importation,  où,  par  des  améliorations  dans  l’agriculture,  on  peut
multiplier  les  produits  sans  aucune  augmentation  proportionnelle
dans  la  quantité  de  travail,  et  où,  par  conséquent,  l’accroissement  des
rentes  est  lent.
Si  le  prix  élevé  du  blé  était  l’effet  et  non  la  cause  de  la  rente,  il
varierait  en  raison  de  l’accroissement  ou  de  la  diminution  de  la  rente
qui  se  trouverait  former  ainsi  une  portion  intégrante  des  prix.  Mais
c’est  le  blé  qui  a  exigé  pour  sa  production  le  plus  de  travail  qui
est  le  régulateur  du  prix  des  grains;  et  la  rente  n’entre  pas  et  ne
peut  entrer  pour  rien  dans  les  éléments  du  prix  du  blé  *.  Adam
gine  a  réglék'vaim"  échangée  deTLn^^^^^^  quât

et  sans  capitaux,  mais  sans  que  ces  moyens  de  production  ne  soient  des  oropr/é-¿C.S
  ne  peut-on  pas  dire  que  leurs  propriétaires  exercent  une  fonction  productive,
  puisque  sans  elle  la  production  n’aurait  pas  lieu?  fonction  commode  à
InZl  ,•  '""r  nos  sociétés,  a  exigé  une  accumulat.on,
  fruit  d  une  production  et  d'une  épargne,  c’est-à-dire  d’une  privation
anterieure.  Quant  aux  capitaux,  ils  sont  évidemment  le  fruit  de  la  production  de
eurs  auteurs;  et  quant  aux  terres,  si  le  premier  occupant  en  a  pu  jouir  à  titre
gratuit,  a  coup  sûr  on  ne  peut  obtenir  une  terre  actuellement  que  par  une  nroduction
  de  valeurs  épargnées,  égale  à  sa  valeur.  Je  ne  parle  pas  des  biens  qu’on
a  par  succession  ou  par  dons  entre-vifs  qui  ne  changent  en  rien  la  nature  et  les
c  J  têts  de  la  propriété  par  rapport  au  consommateur.
Si  donc  les  propriétés  territoriale  et  capitale  sont  le  fruit  d’une  production  de
la  part  de  leurs  possesseurs  ou  de  ceux  qui  la  leur  ont  transmise,  je  suis  fondé  à
représenter  ces  propriétés  comme  des  machines  travaillantes,  productives,  dont
les  auteurs,  en  se  croisant  les  bras,  tireraient  un  loyer  ;  et  j'ajoute  que  ce  loyer
ferait  partie  des  frais  de  production,  de  ce  que  Smith  appelle  le  prix  natureldu
pio  uit.  entrerait  aussi  dans  le  prix  vénal  de  ce  même  produit;  car  si  l’acquéreur ­
  ne  pavait  pas  tout  ce  qu  il  faut  pour  que  la  machine  gagnât  un  loyer,  celte
machine,  dont  la  volonté  est  représentée  par  la  volonté  de  ses  maîtres,  cesserait
de  P  éter  son  concours,  et  le  produit  n’aurait  pas  lieu.  —J.  -  B.  Sav.
La  parfaite  intelligence  de  ce  principe  me  paraît  une  chose  de  la  plus  haute
importance  en  économie  politique.  (Ao/e  de  l'Auteur.)
        <pb n="104" />
        52  PRINCIPES  DE  L’ECONOMIE  POLITIQUE.
tité  comparative  de  travail  nécessaire  à  leur  production,  peut  être
modifiée  par  ¡’appropriation  des  terrains  et  le  paiement  d’une  rente.
Il  entre  dans  la  composition  de  presque  toutes  les  marchandises  une
certaine  source  de  produits  agricoles,  dont  la  valeur,  aussi  bien'que
celle  du  blé,  est  réglée  par  la  faculté  productive  de  la  dernière  portion ­
  de  capital  engagée  dans  la  terre,  de  celle  qui  ne  paie  pas  de  rente.
La  rente  n’est  donc  point  un  élément  du  prix  des  denrées
Nous  avons  jusqu’ici  étudié  les  effets  du  progrès  naturel  de  la  richesse ­
  et  de  la  population  sur  la  rente  dans  un  pays  dont  les  terres
ont  différents  degrés  de  force  productive,  et  nous  avons  vu  qu  à
chaque  portion  additionnelle  de  capital  qu’on  est  obligé  d’employer
à  la  culture,  et  dont  le  produit  est  moins  profitable,  la  rente  hausse
Il  résulte  des  mêmes  principes  que  si,  par  quelques  modifications
dans  l’état  social,  il  devenait  inutile  d’employer  autant  de  capital  a

‘  Entendons-nous.  Si  l’auteur  veut  dire  que  le  profit  foncier,  le  revenu  du
propriétaire,  ne  fait  pas  partie  de  ce  (|ue|Smith  appelle  Xtprix  naturel  des  choses, ­
  c’est-à-dire  du  montant  des  frais  nécessaires  de  leur  production,  il  peut
avoir  raison  (sauf  la  restriction  contenue  en  la  note  précédente).
Si  l’auteur  veut  dire  que  le  revenu  du  propriétaire  ne  fait  pas  partie  du
prix  courant  des  choses,  de  ce  prix  auquel  le  balancement  de  la  quantité  demandée ­
  avec  la  quantité  offerte  porte  les  choses,  il  me  semble  être  dans  1  erreur.
La  faculté  productive  du  sol,  du  moment  qu  elle  est  de\enue  une  propriété,
me  semble  être  du  même  genre  que  la  faculté  productive  du  travail,  qui  est  la
propriété  du  travailleur.  Les  facultés  de  l’homme  elles-mêmes,  sa  force  musculaire, ­
  et  même  sa  force  d’intelligence,  ne  sont-elles  pas  un  don  gratuit  de  la
nature,  comme  les  facultés  du  sol  ?
Que  si  IM.  Ricardo  prétendait  que  la  demande  des  produits  territoriaux  ne
va  jamais  au  delà  des  facultés  productives  du  sol,  c’est-à-dire  au  delà  des  produits ­
  que  peuvent  fournir  toutes  les  terres,  les  mauvaises  comme  les  bonnes,  je
répondrais  que  je  n’en  vois  pas  la  raison  ;  que  les  circonstances  du  pays  peuvent
être  telles  que  les  produits  du  sol,  nécessairement  bornés,  soient  toujours  a  un
pr/x  monopole  qui  assure  au  propriétaire  des  plus  mauvaises  terres  un  prolit
foncier  ;  que  les  capitaux  ne  peuvent  pas  être  attirés  vers  ces  produits,  et  les  multiplier ­
  au  delà  des  bornes  (pie  leur  opposent  l’étendue  du  pays  et  la  fertilité  de
son  sol,et(¡u’en  supposant  même  que  l’on  regardât  le  commerce  étranger  comme
un  supplément  suffisant  à  la  production  du  pays,  il’resterait  toujours  a  payer  le
profit  foncier  du  propriétaire  étranger  (qui  n’est  pas  plus  disposé  (jue  le  propriétaire ­
  indigène  à  céder  pour  rien  le  concours  de  ses  terres),  sans  parler  des  frais
et  des  risques  du  commerce  étranger.  Enfin,  l’expérience  nous  apprend  (|ue  dans
les  pays  populeux  et  productifs,  les  plus  mauvaises  terres,  du  moment  qu’elles
sont  cultivées,  rapportent  toujours  quelque  fermage,  et  par  conséquent  quelque
revenu  foncier.  —  J  B  S.w.
        <pb n="105" />
        CHAP.  11.  —  de  la  rente  de  la  terre.  53
1  agriculture,  les  dernières  portions  qui  y  auraient  été  consacrées,
donneraient  plus  de  profit,  et  les  rentes  baisseraient.  Toute  réduction ­
  considérable  dans  le  capital  national,  qui  diminuerait  d’une
manière  sensible  les  fonds  destinés  à  payer  le  travail,  aurait  naturellement ­
  le  même  effet.  La  population  se  proportionne  toujours  au
capital  destiné  à  j)ayer  le  travail,  et,  par  conséquent,  doit  s’accroître
ou  diminuer  selon  que  ce  capital  augmente  ou  diminue.  Toute  réduction ­
  dans  le  capital  est  donc  lUHîessairemenl  suivie  d’une  moindre
demande  de  blé,  d  une  baisse  de  prix,  et  d’une  diminution  de  culture. ­
  La  diminution  des  capitaux  abaisse  ainsi  la  rente  par  une  influence ­
  contraire  à  celle  de  leur  accumulation.  Les  terrains  les  moins
productifs  seront  successivement  abandonnés,  la  valeur  échangeable ­
  de  leurs  produits  tombera,  et  on  ne  cultivera  en  dernier  lieu
que  les  terrains  les  plus  fertiles,  qui  alors  ne  paieront  plus  de
rentes.
Le  même  résultat  aurait  encore  lieu  dans  le  cas  où  l’accroissement
de  richesse  et  de  population  dans  un  pays  serait  aecompagné  de  si
grandes  amelioraUons  dans  l’agriculture,  qu’il  n’y  eût  plus  besoin  de
cultiver  des  terrains  d’une  qualité  inférieure,  ou  de  dépenser  autant
de  capital  à  la  culture  des  terrains  plus  fertiles.
Supposons  qu  une  population  donnée  ait  besoin  pour  sa  nourriture
d’un  million  de  quarters  de  blé,  qu’on  récolte  sur  des  terrains  des
qualités  n“’  1,  2,  3.  Si  1  on  vient  à  découvrir  un  moyen  perfectionné
par  lequel  les  terrains  n°‘  I  et  2  suflisent  pour  donner  la  quantité  requise ­
  sans  avoir  recours  au  n»  3,  il  est  clair  que  dès  lors  il  y  aura
baisse  de  la  rente;  car  c’est  le  n»  2  au  lieu  du  n»  3  (jui  sera  alors
cultivé  sans  payer  de  rente  et  celle  du  n“  1,  au  lieu  d’être  la  différence ­
  entre  le  produit  du  n“  3  et  du  n°  1,  ne  représentera  plus  que  la
dilférence  entre  les  n~  2  et  1.  La  population  restant  ta  même,  il  ne
saurait  y  avoir  de  demande  pour  une  quantité  plus  forte  de  blé  ;  le
capital  et  le  travail  employés  jadis  à  la  culture  du  n"  3  seront  consacrés ­
  a  la  production  d’autres  objets  utiles  à  la  société,  et  ne  contribueraient ­
  à  la  hausse  de  la  rente  que  dans  le  cas  où  les  matières
premières  qui  entrent  dans  leur  composition  ne  pourraient  s’acquérir
que  par  un  emploi  moins  avantageux  du  capital  consacré  à  l’agriculture. ­
  Or,  dans  ce  cas,  on  reprendrait  la  culture  du  n"  3.
Il  est  hors  de  doute  que  la  baisse  du  prix  relatif  des  produits  naturels ­
  par  suite  d’améliorations  agricoles  ou  d’une  économie  dans  la
production,  doit  naturellement  conduire  à  une  plus  forte  accumulation ­
  ;  car  les  profits  du  capital  doivent  s’être  accrus  de  beaucoup.
        <pb n="106" />
        .'54  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Celte  accumulation  de  capital  fera  naître  une  plus  forte  demande
d’ouvriers,  fera  hausser  leurs  salaires,  et  augmentera  la  population  ;  il
y  aura  ainsi,  demande  croissante  de  produits  agricoles,  et,  par  suite,
augmentation  de  culture.  Atais  ce  n’est  qu’après  l’augmentation  de
la  population  que  les  fermages  pourront  s’élever  à  leur  ancien  taux,
c’est-à-dire  après  que  les  terres  n*  3  auront  etc  soumises  à  la  culture; ­
  et  il  se  sera  écoulé  dans  cet  intervalle  un  espace  de  temps  assez
considérable,  signalé  par  une  diminution  réelle  des  rentes.
Les  améliorations  en  agriculture  sont  de  deux  espèces  :  les  unes
augmentent  la  force  productive  de  la  terre,  et  les  autres  nous  font
obtenir  ses  produits  avec  moins  de  travail.  Toutes  deux  tendent  à
faire  baisser  le  prix  des  matières  premières;  toutes  deux  inlluent  sur
la  rente,  mais  pas  également.  Si  elles  ne  faisaient  pas  baisser  le  prix
des  matières  premières,  elles  ne  seraient  plus  des  améliorations;  car
leur  caractère  essentiel  est  de  diminuer  la  quantité  de  travail  qui  était
nécessaire  auparavant  pour  la  production  d’une  denrée,  et  une  telle
diminution  ne  saurait  s’effectuer  sans  être  suivie  de  la  baisse  de  son
prix  ou  de  sa  valeur  relative.
Les  améliorations  qui  augmentent  les  pouvoirs  productifs  de  la
terre,  comprennent  les  assolements  et  de  meilleurs  engrais.  Par  ces
améliorations  l’on  peut  retirer  le  máme  produit  d’une  moindre  étendue ­
  de  terrain.  Si  au  moyen  d’une  rotation  de  turneps  je  puis  en
même  temps  nourrir  mes  moutons  et  avoir  une  récolte  de  blé,  le
terrain  qui  servait  auparavant  à  nourrir  mes  moutons  deviendrait
inutile,  et  j’obtiendrais  la  máme  quantité  de  produits  bruts  en  employant ­
  une  moindre  quantité  de  terrain.  Si  je  découvre  un  engrais
qui  fasse  produire  au  máme  terrain  20  pour  cent  en  plus  de  blé,  je
puis  retirer  une  partie  du  capital  qui  se  trouve  employé  à  la  [)artie  la
plus  improductive  de  ma  ferme.  Afais,  comme  je  l’ai  déjà  remarqué,
il  n’est  pas  nécessaire,  pour  faire  baisser  la  rente,  de  soustraire  des
terres  à  la  culture  :  il  su  flit  pour  cela  qu’on  emploie  des  portions
successives  de  capital  dans  la  même  terre  avec  des  résultats  différents, ­
  —  la  portion  qui  donne  le  moins  de  profit  étant  retirée.  Si
par  1  introduction  de  la  culture  des  turneps  ou  par  l’usage  d’engrais
plus  riches,  je  puis  avoir  le  même  produit  moyennant  le  même  capital, ­
  et  sans  changer  la  différence  qui  existe  entre  les  rendements  des
portions  successives  de  capital,  je  ferai  baisser  la  rente,  car  cette
portion,  qui  est  la  plus  productive,  sera  celle  qui  servira  de  mesure
pour  estimer  toutes  les  autres.  Supposons,  par  exemple,  que  les
portions  successives  de  capital  produisent  100,  90,  80,  70  :  ma  rente
        <pb n="107" />
        CHAP.  II.  —  DE  LA  RENTE  DE  LA  TERRE.

pendant  que  j’emploierai  ces  quatre  portions,  sera  de  GO  ou  de  toute
la  difiérciicc  entre
70  et  100-30  1  (  100
70  (t  90—20  f  \  90
70  et  80—10  /  tandis  que  le  produit  serait  de  310  {  80
GO  )  _70
'  340;
et  tant  que  j’emploierai  ces  portions,  la  rente  restera  toujours  la
même,  quoique  le  produit  de  chacune  d’elles  éprouve  un  accroissement ­
  égal.  Si,  au  lieu  de  ICO,  90,  80,  70,  les  produits  s’élevaient
a  125,  115,  105,  95,  la  rente  serait  toujours  de  GO,  qui  est  la
diHerence  entre

95  et  125-30  \
95  et  115—20  I
95  et  105—m  (
GO  /

tandis  que  les  produits  s’élèveraient  à  440

125
115
105
95
440,

^fais  avec  une  telle  augmentation  de  produits,  sans  accroissement
dans  la  demande,  il  ne  pourrait  y  avoir  aucune  raison  pour  consacrer
tant  de  capital  à  la  terre;  on  en  retirerait  une  portion,  et,  par  conséquent, ­
  la  dernière  portion  de  capital  rapporterait  105  au  lieu  de
95,  et  la  rente  baisserait  a  30,  ou  à  la  diiTérence  entre

Îa-  |25—20  Ntandisquele  produit  spraittoujours
lOo  tt  Ho—  10  les  besoins  de  la  population,  car
30  ;  quarters,  ou

en  rapport  avre.  125
il  serait  de  345  H5
(  105

345,

la  demande  n’étant  que  de  340  quarters.
Mais  il  est  des  améliorations  qui  peuvent  faire  baisser  le  prix
relatif  des  produits  et  la  rente  en  argent,  sans  faire  baisser  la  rente
en  blé.  De  telles  améliorations  n’augmentent  pas,  à  la  vérité  les
forces  productives  de  la  terre,  mais  elles  font  obtenir  le  même
produit  avec  moins  de  travail.  Elles  inOuent  plutôt  sur  la  formation ­
  du  capital  employé  à  la  terre  ,  que  sur  la  culture  même  de
la  terre.  Des  perfectionnements  dans  les  instruments  de  l’agriculture, ­
  tels  que  les  charrues  et  la  machine  à  battre  le  blé,  l’économie ­
  dans  le  nombre  des  chevaux  employés  à  l’agriculture,  et  des
connaissances  plus  étendues  dans  l’art  du  vétérinaire,  sont  de  cette
nature.  Moins  de  capital,  ce  qui  est  la  même  chose  que  moins  de
travail,  sera  consacré  à  la  terre;  mais  pour  obtenir  le  même  produit, ­
  il  faudra  toujours  cultiver  autant  de  terrain.  Pour  recounûitro
        <pb n="108" />
        ^  Í’HINCIPES  Dl:  I/ÉCONOMIK  POLITIQUE.
si  des  améliorations  de  cette  espèce  influent  sur  la  rente,  il  faudra
examiner  si  la  différence  entre  le  produit  obtenu  par  l’emploi  de  differentes ­
  portions  de  capital,  augmente,  diminué,  ou  reste  la
même.  Si  l’on  consacre  quatre  portions  de  capital  à  la  terre,  50  60
/O,  80,  chacune  donnant  les  mêmes  résultats,  et  que,  par  quelque
amelioration  favorable  à  la  formation  de  ce  capital,  on  en  puisse  re  -
tirer  5  de  chaque  portion,  en  sorte  qu’elles  restent  à  45,  55,  65  et  75
a  rente  des  terres  à  blé  ne  subira  aucune  altération  ;  mais  si  les  améloratioiis
  sont  de  nature  à  permettre  de  faire  sur  la  plus  forte  portion
décapitai,  1  economic  de  la  totalité  de  la  portion  employée  d’une
maniere  moins  productive,  la  rente  baissera  à  l’instant,  car  la  différence ­
  entre  le  capital  le  plus  productif  et  celui  qui  l’est  le  moins,  se
trouvera  diminuée,  et  c’est  cette  différence  qui  constitue  la  rente.
Je  ne  multiplierai  pas  les  exemples,  et  j’espère  en  avoir  dit  assez
pour  prouver  que  tout  ce  qui  diminue  l’inégalité  entre  les  produits
O  tenus  au  moyen  de  portions  successives  de  capital  employées  sur  le
même  ou  sur  de  nouveaux  fonds  de  terre,  tend  à  faire  baisser  la
oppoi,“
En  parlant  de  la  rente  du  propriétaire,  nous  l’avons  considérée  dans
scs  rapports  avec  le  produit  total,  sans  avoir  le  moindre  égard  à  sa
va  cur  échangeable;  mais  puisque  la  même  cause—  qui  est  la  difficulté ­
  de  produire,  —  fait  hausser  la  valeur  échangeable  des  produits

Jppp  R  plupart  (les  économistes  anglais  ,  a  conacre
  a  Kieardo  ces  paroles  qui  sont  une  véritable  couronne  scientiliqup  ;  «  Telle
»  la  base  de  celte  théorie  si  neuve  et  si  capitale,  qui  est,  disons-le,  la  gloire  de
»  économie  politique  moderne  et  qui  donne  l’explication  des  faits  économiques
¡oint  cene««'«'K  pas  Jusqu’à  quel
P  ette  t  leorie  est  moderne,  puisque,  déjà  bien  avant  Ricardo  et  Maltbus,  elle
aval  ete  nettement  esquissée  par  Anderson  et  E.  West  :  mais  nous  sommes
111  qu  e  e  ne  constitue  pas  la  gloire  de  réconomie  politique  actuelle.  On  n’y
re  rouve  pas  ces  larges  et  fortes  conséquences,  ces  arguments  puissants  qui  font
changer  de  face  les  questions  et  les  sciences.  C’est  à  la  faveur  d’hypothèses,  d’anayses
  contestables  et  contestées,  que  Ricardo  déroule  la  chaîne  de  ses  aphorismes  •
et  tout  cela  pour  aboutir  à  prouver  que  la  rente,  cette  dîme  passablement  aristo^
cratique,  n  ajoute  rien  aux  frais  de  production,  c’est-à-dire,  pour  aboutir  à  une
logomachie  ou  à  une  erreur.  Qu’on  le  sache  bien,  la  gloire  de  Ricardo,  comme
celle  de  l’économie  politique,  n’est  pas  là  :  il  faut  la  chercher,  la  trouver  ailleurs
et  c’est  ce  que  nous  avons  fait  A.  F.  ’
        <pb n="109" />
        CHAP.  II.  _  DE  EA  HKNTE  DE  EA  TERRE.  57
naturels,  en  augmentant  aussi  la  proportion  de  ces  produits,  donnés
au  propriétaire  en  paiement  de  sa  rente,  il  est  clair  que  celui-ci  tire
^^âHtage  de  la  difficulté  de  produire.  En  effet  il  obtient
a  or  une  portion  plus  forte,  et  puis  il  est  payé  en  denrées  dont  la
valeur  est  plus  considérable*.

rentes  ëntirf'''’  ""'P''"'''  '''  '&amp;gt;'™'™r  à  quel  point  peuvent  varier  les
sifllISi
les  produit  é~'  -  "ix  hommes,
lüo  le  prix  s’élèverait  à.
à.
à.

I.

4.  10.  0
4.  16.  0
%  j  11%  i  de  j  I:  l|  0  I  rapporteraient  j  '  m  0  0
'  '  '  5-  2  10)  (  30a.  13.  4

MSportwIiT"'"""'  j  %  I
400

et  la  r«mtp  en  argent,  dans  la  propor-1  213
lion  de  j  3^Q
(  485

(A’o/e  f/e  tauteur.)
        <pb n="110" />
        18

PIILNXIPES  DE  L’l-CONOMIE  POLITIQUE.

CHAPITRE  III.
DU  rnOFIT  rOKCIER  DES  MOES.

On  obtient  les  métaux,  ainsi  que  tous  les  autres  objets,  par  le
travail.  La  nature  les  produit,  à  la  vérité;  mais  e’est  le  travail  de
l’homme  qui  les  arrache  du  sein  de  la  terre,  et  qui  les  prépare  pour
notre  usage.
Les  mines,  ainsi  que  les  terres,  rendent  en  général  un  profit  au
propriétaire.  Lt  ce  profit,  epii  quelquefois  est  affermé,  aussi  bien  que
celui  des  fonds  de  terre,  est  l’effet,  et  n’est  jamais  la  cause  du  renchérissement ­
  des  produits.
S’il  y  avait  quantité  de  mines  également  riches,  que  chacun  pût
exploiter  ,  elles  ne  donneraient  pas  de  rente  ;  la  valeur  de  leurs  produits ­
  dépendrait  uniquement  de  la  quantité  de  travail  nécessaire  pour
tirer  le  métal  de  la  mine  et  le  porter  au  marché.
Mais  les  mines  sont  de  qualité  différente,  et,  avec  la  même  quantité ­
  de  travail,  chacune  donne  un  résultat  différent.  Le  métal,  retiré
de  la  mine  la  plus  ])auvre  parmi  celles  qui  sont  exploitées,  doit  avoir
au  moins  une  valeur  échangeable,  non-seulement  su  disante  poui
payer  l’habillement,  la  nourriture  et  les  autres  objets  indispensables
à  l’entretien  de  ceux  qui  travaillent  à  l’cxploita'ion  et  au  transpoit
du  métal,  mais  il  doit  aussi  rapporter  le  profit  ordinaire  et  général
à  celui  qui  avance  le  capital  nécessaire  a  1  entreprise.  La  rentrée  a^ec
profit  du  capital  de  la  mine  la  plus  pauvre,  de  celle  qui  ne  peut  jiayer
aucun  profit,  aucune  rente  au  propriétaire  du  sol,  sert  a  régler  la
rente  de  toutes  les  autres  mines  plus  productives.  On  suppose  que
cette  mine  rend  l’intérêt  ordinaire  des  avances;  et  tout  ce  que  les  autres ­
  mines  produisent  de  plus  que  celle-ci,  sera  nécessairement  pa}é
au  propriétaire  pour  le  profit  du  fonds.  Ce  principe  étant  précisément
le  même  que  celui  que  nous  avons  posé  par  rapport  à  la  terre,  il  serait ­
  inutile  de  nous  y  arrêter  davantage  '.

1  Smith  avait  dit,  au  contraire  ;  «  Le  prix  de  la  mine  de  charbon  la  plus  féconde
»  règle  le  prix  du  charbon  pour  toutes  les  autres  mines  de  son  voisinage.  Le  pi’O'
        <pb n="111" />
        CHAP.  111.

-  DU  PROFIT  FONCIER  DES  MINES.  Îi9
Il  suffira  de  remarquer  que  la  même  règle  générale  qui  détermine
la  valeur  des  produits  agricoles  et  des  objets  manufacturés,  s’applique ­
  également  aux  métaux.  Leur  valeur  ne  dépend  ni  du  taux  des
rotits,  ni  de  celui  des  salaires,  ni  de  la  rente  des  mines,  mais  de  la
quantité  totale  de  travail  nécessaire  à  l’extraction  du  métal  et  à  son
transport.
Comme  celle  de  toute  autre  marchandise,  la  valeur  des  métaux
éprouve  des  variations.  Il  peut  se  faire  dans  les  instruments  et  dans
les  machines  consacrées  à  l’exploitation  des  mines,  des  améliorations
au  moyen  desquelles  il  y  ait  une  grande  diminution  de  travail  ;  on
peut  découvrir  de  nouvelles  mines  plus  productives,  qui,  avec  le
même  travail,  donnent  plus  de  métal,  ou  bien  on  peut  rendre  les
transports  plus  faciles.  Dans  tous  les  cas,  les  métaux  baisseraient
de  valeur,  et  ne  s’échangeraient  plus  que  contre  une  moindre  (piantité
  d’autres  articles.  Au  contraire,  si  la  difficulté  d’obtenir  le  métal ­
  devenait  plus  grande  par  la  nécessité  d’exploiter  la  mine  à  une
plus  grande  profondeur,  par  l’affluence  des  eaux  ou  partout  autre
accident,  sa  valeur,  par  rapport  à  celles  des  autres  objets,  pourrait
hausser  de  beaucoup.
C  est  donc  avec  raison  que  l’on  a  dit  que  les  monnaies  d’or  et
d  argent,  avec  quelque  scrupuleuse  exactitude  qu  elles  soient  fabriquées ­
  d’après  le  type  national,  sont  toujours  sujettes  à  des  variations
de  valeur  non-seulement  accidentelles  et  passagères,  mais  même  permanentes, ­
  comme  toute  autre  marchandise.
La  découverte  de  l’Amérique,  et  celle  des  riches  mines  qu’elle
renferme,  produisit  un  effet  remarquable  sur  le  prix  naturel  des  métaux ­
  précieux.  11  y  a  des  personnes  qui  croient  que  cet  effet  sc  prolonge ­
  encore.  Il  est  cependant  probable  que  toute  l’inlluence  produite
par  la  découverte  de  l’Amérique  sur  la  valeur  des  métaux  a  cessé  depuis ­
  longtemps;  et  si,  depuis  quelques  années,  les  métaux  précieux
ont  éprouvé  quelque  déchet  dans  leur  valeur,  on  ne  doit  l’attribuer
qu’aux  progrès  qu’on  a  faits  dans  l’exploitation  des  mines  *.

»  priétaire  et  l’entrepreneur  trouvent  tous  deux  qu’ils  pourront  se  faire,  i’un  une
"  plus  forte  rente,  l’autre  un  plus  gros  profit  en  vendant  à  un  prix  un  peu  infé-»
  rieur  à  celui  de  leurs  voisins.  »  —  Nous  avons  jugé  ces  diverses  opinions  dans
notre  Introduction.  —  A.  F.
*  Si  la  quantité  de  travail  industriel  nécessaire  pour  se  procurer  les  métaux
précieux  déterminait  seule  leur  valeur,  cette  valeur,  au  lieu  de  décroître  comme
elle  a  fait  depuis  deux  cents  ans,  se  serait  accrue;  car  ces  frais  d’extraction  ont
        <pb n="112" />
        (&amp;gt;0

PíiliNCIF^ES  1&amp;gt;E  E’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Quelles  qu'aient  été  les  causes  qui  l’ont  produit,  il  est  certain  que
I  effet  a  été  si  leut,  si  graduel,  qu’on  a  éprouvé  Itien  peu  d’inconmm#


rapportent  plus  neu  on  les  abandonne  ;  mais  qu’aussi  longtemps  qu’ils  rapportemquelqnecliose,
  ,1  y  a  un  proUt  foncier  pour  le  propriétaire
Les  métaux  précieux  servant  à  la  fois  pour  fabriquer  des  monnaies  et  pour  fabriquer ­
  des  objets  d’utilité  et  de  luxe,  doivent  être  plus  recherchés  à  mesure  que
        <pb n="113" />
        CHAP.  Ill,  —  DU  profit  FONCIER  DES  MINES.  61
vénients  d  avoir  adopté  l'or  et  l’argent  comme  intermédiaires  dans
les  échanges,  et  comme  appréciateurs  de  toutes  les  autres  marchana

  civilisation  s  étend  et  que  les  nations  deviennent  plus  populeuses  et  plus  riches,
par  a  raison  qu  alors  elles  ont  plus  d’échanges  à  opérer  au  moyen  des  monnaies
ustensiles  d  or  et  d’argent  à  leur  usage.  Si,  comme  il  est  probable,  la
CIVI  isation  gagne  l’Amérique  tout  entière  ;  si  cevaste  continent  se  couvre  d’États
indépendants,  agriculteurs,  manufacturiers,  commercants,  et  par  conséquent
ne  es  ;  si  l’Europe  est  destinée  en  même  temps,  comme  il  est  permis  de  le  croire,
a  jouir,  en  raison  du  progrès  des  lumières,  d’uiie  plus  grande  liberté  d’industrie,
I  en  résultera  pour  l’opulence  générale  du  monde  des  progrès  tels,  qu’ils  surpasseront ­
  de  beaucoup  les  progrès  faits  durant  les  trois  derniers  siècles,  tout  immenses ­
  qu’ils  sont.  Les  métaux  précieux  devenant  par  cette  raison  beaucoup  plus  demandés, ­
  il  se  peut  que  les  profits  des  propriétaires  des  mines,  qui  ont  été  en  décroissant ­
  jus(|u’ii  présent,  recommencent  à  croître.  Mais  il  se  peut,  d’un  autre  côte, ­
  que  la  quantité  de  métaux  précieux  qui  sera  jetée  dans  la  circulation,  soit
par  la  decouverte  de  nouveaux  filons,  soit  par  de  meilleurs  procédés  d’exploitaé
  cas  ne  peut  pas  paraître  invraisemblable,  lorsqu’on  voit  ¡M.  de  Humboldt  afirmer
  que  dufiuis  le  commencement  du  seizième  siècle  jusqu’à  la  fin  du  dix-buitieme,
  la  quantité  annuelle  de  métaux  précieux  que  l’Amérique  a  versée'en  Europe, ­
  a  augmenté  successivement  depuis  3,000,000  de  piastres  jusqu’à  35,300,000;
e  lenient  que  chaque  année  met  au  jour  maintenant  une  quantité  d’or  et  d’ar-'
  Phis  de  dix  fois  aussi  grande  que  chacune  des  années  qui  ont  suivi  la  découverte ­
  de  l’Amérique.  Le  même  voyageur  est  tenté  de  croire  que  les  gîtes  de  minerais ­
  qui  sont  restés  intacts  dans  la  chaîne  des  Andes  sont  tellement  considérables, ­
  que  l’on  commence  à  peine  à  jouir  de  cet  inépuisable  fonds  de  richesses
que  renferme  le  Nouveau-.Monde.
Quel  sera  le  rapport  entre  les  progrès  de  la  civilisation  et  des  richesses  d’une
part,  et  le  progrès  du  produit  des  mines  d’autre  part  ?  Nos  neveux  pourront  l’apprécier ­
  ;  mais  de  ce  rapport  seul,  je  ne  crains  pas  de  le  dire,  dépendront  la  vaeur
  des  métaux  précieux,  et  les  profits  fonciers  de  leurs  propriétaires
Quelle  que  soit  cette  valeur,  elle  importe  peu  aux  nations.  Les  métaux  servent  ou
comme  monnaies  ou  comme  ustensiles.  Comme  ustensiles,  les  objets  de  service
qui  en  sont  faits  sont  de  haut  prix  si  la  matière  première  en  est  rare,  et  de  bas  prix
SI  elle  est  commune;  les  mêmes  ustensiles,  sont,  dans  ce  dernier  cas,  plus  abondants
a  la  portee  de  plus  de  monde;  mais  leur  rareté  n’est  pas  une  calamité,  car  ils  ne
ni  c  e  première,  ni  même  de  seconde  nécessité.  Comme  monnaies,  que  la
atiere  dont  on  les  compose  soit  d  une  grande  ou  d’une  petite  valeur,  il  n’eu
esu  te  lieu  que  la  nécessité  d’en  transporter  de  grosses  masses  quand  ils  sont
communs,  et  de  petites  quand  ils  sont  rares;  du  reste,  il  n’ya  jamais,  dans  quelque
pays  que  ce  soit,  qu’une  valeur  en  monnaie  déterminée,  non  par  la  valeur  de  sa
matière,  non  pùr  la  quantité  qu’en  fabrique  le  gouvernement,  mais  par  la  valeur
c  langes  qui  sont  à  faire.  Les  monnaies,  fussent-elles  de  diamant  ou  fussent-
        <pb n="114" />
        i

1
I
I

02  ,  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE,
dises.  Quoiqu’ils  constituent  une  mesure  de  la  valeur  essentiellement
variable,  les  métaux  sont  peut-être,  de  toutes  les  marchandises,
celle  qui  est  la  moins  sujette  à  éprouver  des  variations.  Cet  avantage,
ainsi  que  ceux  qui  résultent  de  la  durée,  de  la  malléabilité,  de  la  divisibilité ­
  et  de  beaucoup  d’autres  propriétés  des  métaux  précieux,
leur  ont  assuré,  à  juste  titre,  la  préférence  qu’on  leur  a  donnée  dans
tous  les  pays  civilisés,  pour  servir  de  monnaie.
Après  avoir  reconnu  que  l’or  et  l’argent  sont  une  mesure  imparfaite ­
  des  valeurs,  en  raison  du  plus  ou  moins  de  travail  qui  peut
être  nécessaire,  suivant  les  circonstances,  pour  se  procurer  ces  métaux, ­
  qu’il  nous  soit  permis  maintenant  de  supposer  pour  un  moment ­
  que  tous  ces  inconvénients  disparaissent,  et  qu’avec  la  même
quantité  de  travail  on  puisse  se  procurer  dans  tous  les  temps  une
quantité  égale  d’or  d’une  mine  qui  ne  paie  pas  de  rente.  L’or  serait
alors  une  mesure  invariable  de  la  valeur.  Sa  quantité  augmenterait
sans  doute  par  la  demande  croissante  ;  mais  sa  valeur  resterait  invariable ­
  ,  et  ce  serait  une  mesure  on  ne  peut  mieux  calculée  pour  estimer ­
  la  valeur  variable  de  tontes  les  autres  choses.  J’ai  déjà,  dans
un  chapitre  précédent  de  cet  ouvrage,  supposé  que  l’or  était  doué  de
cette  uniformité  de  valeur,  et  je  continuerai  à  faire,  dans  le  chapitre
suivant,  la  même  supposition.  Lors  donc  que  je  parlerai  de  prix
variables,  cette  variation  devra  toujours  s’entendre  de  la  marchandise,
et  jamais  de  la  monnaie  qui  sert  de  mesure  pour  l’estimer.

elles  de  papier,  ne  forment  toujours  qu’une  somme  de  valeurs  qui  est  dans  une
proportion  quelconque  avec  les  biens  à  échanger.  Lorsqu’une  fabrication  surabondante ­
  fournit  une  somme  nominale  supérieure  aux  besoins  des  transactions,  la
somme  nominale  diminue  de  valeur  réelle,  de  manière  a  ne  s  élever  toujours  qu  à
la  même  valeur,  et  elle  n’achète  toujours  qu’une  même  quantité  de  marchandises. ­
  C’est  une  des  belles  démonstrations  qui  résultent  des  excellentes  brochures
de  jM.  David  Ricardo  sur  la  dépréciation  du  papier-monnaie  d’Angleterre.—
J.-B.  Say.
        <pb n="115" />
        CHAP.  IV.  —  DU  PRIX  NATUREL  ET  DU  PRIX  COURANT.

63

CHAPITRE  IV.

DU  PRIX  NATUREL  ET  DU  PRIX  COURANT.

Nous  avons  regardé  le  travail  comme  le  fondement  de  la  valeur  des
choses,  et  la  quantité  de  travail  nécessaire  à  leur  production,  comme
la  règle  qui  détermine  les  quantités  respectives  des  marchandises
qu’on  doit  donner  en  échange  pour  d’autres  ;  mais  nous  n’avons  pas
prétendu  nier  qu’il  n’y  eût  dans  le  prix  courant  des  marchandises
quelque  déviation  accidentelle  et  passagère  de  ce  prix  primitif  et
naturel.
Dans  le  cours  ordinaire  des  événements,  il  n’y  a  pas  de  denrées
dont  l’approvisionnement  continue  pendant  un  certain  temps  à  être
précisément  aussi  ahondant  que  l’exigeraient  les  besoins  et  les  dé-Hi’s
  des  hommes,  et  par  conséquent  il  n’y  en  a  pas  qui  n’éprouvent
des  variations  de  prix  accidentelles  et  momentanées.
Ce  n’est  qu’en  raison  de  pareilles  variations  que  des  capitaux  sont
consacrés  précisément  dans  la  proportion  requise,  et  non  au  delà,  à
la  production  des  diiTérentes  marchandises  pour  lesquelles  il  y  a  demande. ­
  l’ar  la  hausse  ou  la  baisse  du  prix,  les  prolits  s’élèvent  audessous
  de  leur  niveau  général,  et  par  la  les  capitaux  se  rapprochent
ou  s’éloignent  des  industries  qui  viennent  d’éprouver  l’une  ou  l’autre
de  ces  variations.
Chacun  étant  libre  d’employer  son  capital  comme  il  lui  plait,  il
est  naturel  qu’il  cherche  à  le  placer  de  la  manière  la  plus  avautageuse;
  il  ne  se  contentera  pas  d’un  prolit  de  10  pour  cent,  si,  par
un  autre  emploi,  il  peut  en  tirer  15  pour  cent.  Ce  désir  inquiet,  qu’a
tout  capitaliste,  d’ahandonner  un  placement  moins  lucratif  pour  un
autre  qui  le  soit  davantage,  tend  singulièrement  à  établir  l  égalité
dans  le  taux  de  tous  les  profits,  ou  à  en  fixer  les  proportions  de
telle  sorte  que  les  individus  intéressés  puissent  estimer  et  compenser
entre  elles  tout  avantage  que  l’un  aurait  ou  paraîtrait  avoir  sur  l’autre. ­
  11  est  peut-être  assez  difficile  de  retracer  la  marche  par  laquelle  ce
c  rangement  s’est  opéré  ;  cela  tient  probablement  à  ce  qu’un  manuacturier
  ne  change  pas  absolument  l’emploi  de  son  capital,  et  sc
        <pb n="116" />
        64

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
borne  à  en  retrancher  une  portion.  Dans  tous  les  pays  riches,  il  y  a
un  certain  nombre  d’hommes  qu’on  appelle  capitalistes  ;  ils  ne  font
aucun  commerce,  et  ils  vivent  de  l’intérêt  de  leur  argent,  qui  est  employé ­
  à  escompter  des  effets  de  commerce,  ou  qui  est  prêté  à  la  classe  la
plus  industrieuse  de  l’État.  Les  banquiers  consacrent  aussi  une  grande
partie  de  leurs  capitaux  aux  mêmes  opérations.  Ces  fonds,  ainsi  employés, ­
  forment  un  capital  circulant  très-considérable,  qui  est  employé
en  quantités  plus  ou  moins  grandes  dans  tous  les  genres  d’industrie.  11
n’est  peut-être  pas  de  manufacturier,  quelque  riche  qu’il  soit,  qui  circonscrive ­
  ses  opérations  dans  le  cercle  que  ses  propres  fonds  lui  permettent. ­
  11  a  ^toujours  une  certaine  portion  de  caj)ital  flottant  dont
la  somme  augmente  ou  diminue,  selon  que  la  demande  pour  ses  produits ­
  est  plus  ou  moins  active.  Quand  ily  agrande  demande  de  soieries,
celle  des  draps  diminuant,  le  fabricant  de  draps  ne  détourne  pas  son  capital ­
  vers  le  commerce  de  la  soierie  ;  il  renvoie  quelques-uns  de  ses  ouvriers, ­
  et  cesse  d’emprunter  de  l’argent  aux  banquiers  et  aux  capitalistes. ­
  Le  fabricant  de  soieries  se  trouve  dans  une  situation  tout
opposée  ;  et  a  besoin  d’employer  plus  d’ouvriers,  et  par  conséquent  le
besoin  d’argent  s’accroît  pour  lui  ;  il  en  emprunte  en  effet  davantage,
et  le  capital  est  ainsi  détourné  d’un  emploi  vers  un  autre,  sans  (ju’uii
seul  manufacturier  soit  forcé  de  suspendre  ses  travaux  ordinaires.  Si
nous  portons  les  yeux  sur  les  marchés  des  grandes  villes,  nous  verrons ­
  avec  quelle  régularité  ils  sont  pourvus  de  toutes  sortes  de  denrées ­
  nationales  et  étrangères  dans  la  quantité  requise.  Quelque  variable ­
  qu’en  soit  même  la  demande  par  l’effet  du  caprice,  du  goût,
ondes  variations  sur  veninas  dans  la  population,  il  arrive  rarement
qu’on  ait  à  signaler  soit  un  engorgement  par  un  approvisionnement
surabondant,  soit  une  cherté  excessive,  ])ar  la  faiblesse  de  l’approvisionnement ­
  comparée  à  la  demande.  On  doit  donc  convenir  que  le
principe  qui  distribue  le  capital  à  chaque  branche  d’industrie,  dans
des  proportions  exactement  convenables,  est  plus  puissant  qu’on  ne
le  suppose  en  général.
Le  capitaliste  qui  cherche  un  emploi  plus  profitable  pour  ses  fonds,
doit  naturellement  peser  tous  les  avantages  qu’un  genre  d’industrie
peut  avoir  sur  un  autre.  Par  cette  raison,  il  pourrait  renoncer  à  un
emploi  plus  profitable  de  son  argent,  pour  un  autre  emploi  qui  lui
offrirait  plus  de  sûreté,  de  propriété,  de  commodité,  ou  tout  autre
avantage  réel  ou  imaginaire.
Si,  par  de  telles  considérations,  les  profits  des  capitaux  étaient
réglés  de  manière  à  ce  que  dans  un  genre  d’industrie  ils  fussent  de
        <pb n="117" />
        CHAP.  IV.  —  DU  PRIX  NATUREL  ET  DU  PRIX  COURANT.  6.S
20,  dans  un  autre  de  25,  et  dans  un  troisième  de  30  pour  cent,  ils
continueraient  toujours  à  présenter  cette  même  différence  relative,
qui  ne  saurait  augmenter  :  car  si,  par  une  cause  quelconque,  les  pro-1
  s  un  e  ces  genres  d  industrie  venaient  à  hausser  de  10  pour  cent,
cette  hausse  serait  momentanée,  et  ils  reviendraient  promptement
1  ou  les  profits  des  autres  commerces  s’élèveraient ­
  dans  la  même  proportion
■
à  nniio  ^  ^  question  est  traité  avec  beaucoup  de  sagacité.  Quant
cinnlo  -  a\oir  pleinement  reconnu  les  effets  qui,  dans  certains
S  u  capital,  peuvent  modifier  accidentellement  le  prix  des
(Ricardo.)  r
        <pb n="118" />
        60  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE
denrées,  celui  des  salaires  et  les  profits  des  fonds  sans  avoir  aucune
influence  sur  le  prix  général  des  denrées,  des  salaires  ou  des  profits; ­
  après  avoir,  dis-je,  reconnu  ces  effets  qui  se  font  également
sentir  à  toutes  les  époques  de  la  société,  nous  pouvons  les  négliger
entièrement  en  traitant  des  lois  qui  règlent  les  prix  naturels,  les  salaires ­
  naturels  et  les  profits  naturels,  toutes  choses  indépendantes
de  ces  causes  accidentelles.  En  parlant  donc  de  la  valeur  échangeable ­
  des  choses,  ou  du  pouvoir  qu  elles  ont  d’en  acheter  d’autres,
j'entends  toujours  parler  de  cette  faculté  qui  constitue  leur  prix
naturel,  toutes  les  fois  qu  elle  n’est  point  dérangée  par  quelque  cause
momentanée  ou  accidentelle  *.

.  La  distinction  entre  le  prix  naturel  et  le  prix  courant  que  M.  Ricardo  admet
après  Smith,  parait  être  tout  à  fait  chimérique.  Il  n’y  a  que  des  prix  courants
en  économie  politique.  En  effet,  que  voyous  nous  dans  toute  espèce  de  production? ­
  r  des  services  productifs  fonciers  (l’action  productive  de  la  terre),  dont  le
-prix  courant  s’établit  comme  la  valeur  de  toute  autre  chose,  en  raison  composée
de  la  quantité  de  ce  service,  offerte  et  demandée  en  chaque  lieu  ;  2°  des  services
rendus  par  des  capitaux  productifs  dont  le  prix  courant,  le  loyer,  se  règle  sur
les  mêmes  motifs  ;  3"  eniin  des  travaux  de  tout  genre,  dont  le  prix  courant  dépend ­
  des  mêmes  causes.
Qu’est-ce  qui  établit  la  demande  du  service  productif  de  ces  divers  agents  ?  la
demande  qu’on  fait  du  produit  qui  doit  en  résulter.  Et  qu’est-ce  qui  établit  la
demande  de  ce  produit?  le  besoin  qu’on  en  a,  l’utilité  dont  il  est.
Mais  comme  on  n’achète  un  produit  qu’avec  un  autre  produit  %  et  que  le  produit ­
  qui  achète  n’a  pu  exister  de  son  côté  que  par  des  services  productifs  analogues ­
  à  ceux  qui  ont  donné  naissance  au  premier,  les  hommes  qui  composent
la  société  ne  font,  dans  la  réalité,  qu’offrir  les  services  productifs  propres  à  un
genre  de  production,  en  échange  des  services  productifs  propres  à  un  autre
genre,  propres  à  créer  le  produit  dont  ils  ont  besoin,  —  et  par  services  productifs
j’entends  non  -  seulement  les  services  que  rend  le  travail  que  1  auteur  aurait
dû  nommer  industrie,  mais  de  plus  les  services  que  rendent  les  capitaux  et  les
terres.
Il  en  résulte,  pour  chaque  genre,  une  quantité  d’offres  et  de  demandes  qui
règle  la  valeur  courante,  le  prix  courant  de  tous  ces  diftérents  services.  Il  n  y  a
point  là  de  prix  'naturel,  de  taux  commun  et  fixe,  parce  qu’il  n’y  a  rien  de  fixe
dans  ce  qui  tient  aux  valeurs.
Ce  n’est  pas  un  prix  que  le  taux  auquel  une  chose  ne  se  vend  pas  ;  et  si  elle  se
vend  à  ce  taux,  ce  taux  devient  son  prix  courant.
Tout  le  reste  est  hypothétique  et  de  peu  d’usage  dans  la  pratique.—J  -B  SaV-*

  L’argent  ou  la  monnaie  ne  sont  qu’un  intermédiaire  qui  ne  reste  pas  entre  les  mains  des
contractants.  L’argent  qui  paie  un  produit  n’a  été  acquis  que  par  la  vente  d’un  autre.  On  a
vendu  son  blé  pour  acheter  son  drap  ;  c’est  comme  si  l’on  avait  échange  du  blé  contre  du  drap
L’argent  qui  a  servi  à  cet  échange  est  allé  ailleurs.
        <pb n="119" />
        CHAP.  V.  -  DES  SALAIRES.

«7

CHAPITRE  V.

DES  S.4LAIRES.

U  travail,  ainsi  que  toutes  choses  que  l’on  peut  acheter  ou  vendre
et  dont  la  quantité  peut  augmenter  ou  diminuer,  a  un  prix  naturel  et
un  prix  courant.  Le  prix  naturel  du  travail  est  celui  qui  fournit  aux
ouvriers,  en  général,  les  moyens  de  subsister  et  de  perpétuer  leur  es
pece  sans  accroissement  ni  diminution.  Les  ressources  qu’a  l’ouvrier
enchérir,  en  raison  de  la  plus  grande  didiculté  de  l’acquérir  Néan
moins,  les  améliorations  dans  l’agriculture,  la  découverte  de  iiou
veaux  marches  d’où  l’on  peut  tirer  des  subsistances,  peuvent,  pendant
un  certain  temps,  s’opposer  a  la  hausse  du  prix  des  denrées  et  iieurom.r"'*
  n'Ti‘’‘"ir'’  t»usej  produintun
  sembJahle  effet  sur  Je  prix  naturel  du  trav  ail.
trat!  i’"’‘  "T"'  ~  matières  primitives  et  le
exceptés,  —  tend  a  baisser,  par  suite  de  l’accroissement  des
nchesses  et  de  la  population;  car  quoique,  d’un  cAté,  leur  valeur
c  augmente  par  la  liausse  du  prix  naturel  des  matières  premières,
n  ne  lérissement  est  plus  que  compensé  par  le  perfectionnement
®  roacliiucs,  par  une  meilleure  division  et  distribution  du  travail,  et
labileté  toujours  croissante  des  producteurs  dans  les  scieiures  et
dans  les  arts.
        <pb n="120" />
        ftH  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Le  prix  courant  du  travail  est  le  prix  que  reçoit  réellement  l’ouvrier, ­
  d’après  les  rapports  de  l’offre  et  la  demande,  le  travail  étant
cher  quand  les  bras  sont  rares,  et  à  bon  marché  lorsqu’ils  abondent.
Quelque  grande  que  puisse  être  la  déviation  du  prix  courant  relativement ­
  au  prix  naturel  du  travail,  il  tend,  ainsi  que  toutes  les  denrées,
à  s’en  rapprocher.  C’est  lorsque  le  prix  courant  du  travail  s’élève
au-dessus  de  son  prix  naturel  que  le  sort  de  l’ouvrier  est  réellement
prospère  et  heureux,  qu’il  peut  se  procurer  en  plus  grande  quantité ­
  tout  ce  qui  est  utile  ou  agréable  à  la  vie,  et  par  conséquent  élever
et  maintenir  une  famille  robuste  et  nombreuse.  Quand,  au  contraire,
le  nombre  des  ouvriers  s’accroît  par  le  haut  prix  du  travail,  les  salaires ­
  descendent  de  nouveau  à  leur  prix  naturel,  et  quelquefois  même
l’effet  de  la  réaction  est  tel,  qu’ils  tombent  encore  plus  bas.
Quand  le  prix  courant  du  travail  est  au-dessous  de  son  prix  naturel, ­
  le  sort  des  ouvriers  est  déplorable,  la  pauvreté  ne  leur  permettant ­
  plus  de  se  procurer  les  objets  que  l’habitude  leur  a  rcii  du
absolument  nécessaires.  Ce  n’est  que  lorsqu’à  force  de  privations  le
nombre  des  ouvriers  se  trouve  réduit,  ou  que  la  demande  de  bras  s’accroît, ­
  que  le  prix  courant  du  travail  remonte  de  nouveau  à  son  prix
naturel.  J/ouvrier  peut  alors  se  procurer  encore  une  fois  les  jouissances ­
  modérées  qui  faisaient  son  bonheur.
Malgré  la  tendance  qu’ont  les  salaires  à  revenir  à  leur  taux  naturel,
leur  prix  courant  peut  cependant,  dans  la  marche  de  la  civilisation,  et
pendant  un  temps  indéterminé,  se  maintenir  constamment  plus  haut  ;
car  à  peine  l’impulsion,  donnée  par  une  augmentation  de  capital,
a-t-elle  augmenté  la  demande  d’ou\riers,  qu’une  nouvelle  augmentation ­
  peut  produire  le  même  effet.  Et  si  cet  accroissement  de  capital
est  graduel  et  constant,  le  besoin  de  bras  continuera  à  servir  d’encouragement ­
  à  la  population.
Le  capital  est  cette  partie  de  la  richesse  d’une  nation  (¡ni  est  employée ­
  à  la  production.  Il  se  compose  des  matières  alimentaires,  des
vêtements,  des  instruments  et  ustensiles,  des  machines,  des  matières
premières,  etc.,  nécessaires  pour  rendre  le  travail  productif.
Le  capital  peut  augmenter  à  la  fois  en  quantité  et  en  valeur.  Une
nation  peut  avoir  plus  de  subsistances  et  de  vêtements,  et  demander ­
  peut-être  plus  de  travail  encore  qu’auparavant  pour  produire  cette
quantité  additionnelle.  Dans  ce  cas,  le  capital  ne  sera  pas  seulement
plus  considérable,  il  aura  plus  de  valeur.
1.C  capital  peut  augmenter  en  quantité  sans  augmenter  de  valeur;
il  peut  même  s'accroître  pendant  ((ue  sa  valeur  éprouve  une  baisse.
        <pb n="121" />
        CHAP.  V.  —  DES  SALAIRES.  69
Ainsi  une  nation  peut  posséder  plus  de  subsistances  et  de  vêtements  ;
mais  cette  augmentation  peut  provenir  de  l’emploi  des  machines,
sans  qu  il  y  ait  aucune  augmentation,  et  même  avec  diminution
réelle  dans  la  quantité  proportionnelle  de  travail  nécessaire  à  leur
production.  La  masse  de  capital  peut  s’accroître  sans  qu’il  augmente
de  valeur,  soit  dans  sa  totalité,  soit  dans  une  de  ses  parties.
Dans  le  premier  cas,  le  prix  naturel  des  salaires  haussera;  car  il
est  toujours  réglé  par  le  prix  de  la  nourriture,  de  l’habillement  et
des  autres  objets  nécessaires.  Dans  le  second,  il  restera  stationnaire,
ou  il  baissera  :  mais,  dans  l’un  comme  dans  l’autre  cas,  le  prix  courant
des  salaires  doit  monter;  car  la  demande  des  bras  augmentera  en  raison ­
  de  l’augmentation  du  capital.  Plus  il  y  aura  d’ouvrage  à  faire,
plus  on  aura  besoin  d’ouvriers.
Dans  les  deux  cas,  le  prix  courant  du  travail  montera  même  audessus
  de  son  prix  naturel,  ou  tendra  à  s’en  rapprocher;  mais  c’est
surtout  dans  le  premier  que  se  manifestera  cet  accord  des  deux
prix.  Le  sort  de  l’ouvrier  sera  amélioré,  mais  faiblement  ;  car  la  cherté
des  vivres  et  des  autres  objets  de  nécessité  absorbera  une  grande  partie ­
  de  son  salaire,  quoiqu’il  soit  plus  fort.  Par  conséquent  le  manque
de  travail  ou  une  légère  augmentation  de  la  population  auront  l’effet
de  réduire  bientôt  le  prix  courant  du  travail  au  taux  naturel  momentanément ­
  élevé.
Dans  le  second  cas,  le  sort  de  l’ouvrier  s’améliorera  singulièrement  ;
il  recevra  un  bien  plus  fort  salaire  en  argent,  tandis  qu’il  pourra
acheter  les  objets  dont  il  a  besoin  pour  lui  et  pour  sa  famille  aux  mêmes ­
  conditions,  et  peut-être  même  à  plus  bas  prix  ;  et  il  faudra  qu’il
y  ait  un  grand  surcroît  de  population  pour  ramener  de  nouveau  le
prix  courant  du  travail  à  son  prix  naturel  déprécié.
C  est  donc  ainsi  que  toute  amélioration  dans  la  société,  et  toute
augmentation  de  capital  feront  hausser  le  prix  courant  des  salaires;
mais  la  permanence  de  cette  hausse  dépendra  d’un  accroissement  simultané ­
  dans  le  taux  naturel,  et  cette  hausse  tient  à  son  tour  à  cÆlle
qui  survient  dans  le  prix  naturel  des  denrées  à  l’achat  desquelles
l’ouvrier  emploie  son  salaire.
On  aurait  tort  de  croire  que  le  prix  naturel  des  salaires  est  absolument ­
  fixe  et  constant,  même  en  les  estimant  en  vivres  et  autres  articles ­
  de  première  nécessité;  il  varie  à  différentes  époques  dans  un
même  pays,  et  il  est  très-différent  dans  des  pays  divers*.  Cela  tient

L  abri,  le  vêtement  indispeusabtes  dans  un  pays  peuvent  ne  l’être  pas  dans
        <pb n="122" />
        70

PRINCIPES  DE  I/ÉCONOMIE  POLITIQUE.
essentiellement  aux  mœurs  et  aux  habitudes  du  peuple.  L’ouvrier
anglais  regarderait  son  salaire  eomme  au-dessous  du  taux  naturel,  et
insuifisant  pour  maintenir  sa  famille,  s’il  ne  lui  permettait  d’acheter
d’autre  nourriture  que  des  pommes  de  terre,  et  d’avoir  pour  demeure
qu’une  misérable  hutte  de  terre;  et  néanmoins  cela  paraît  suffisant
aux  habitants  des  contrées  où  «  la  vie  est  à  bon  marché,  «  et  où
l’homme  n’a  que  des  besoins  aussi  modérés  que  faciles  à  satisfaire.
11  y  a  bien  des  choses  qui  constituent  aujourd’hui  le  bien-être  du
paysan  anglais,  et  qu’on  aurait  regardées  comme  des  objets  de  luxe  à
des  époques  reculées  de  notre  histoire.
Les  progrès  de  la  société  faisant  toujours  baisser  le  prix  des  articles ­
  manufacturés,  et  hausser  celui  des  matières  premières,  il  s’opère
à  la  longue  une  telle  disproportion  dans  leur  valeur  relative,  que,
dans  les  pays  riches,  un  ouvrier  peut,  moyennant  le  sacrifice  d’une
petite  quantité  de  sa  nourriture,  satisfaire  amplement  tous  ses  autres
besoins.
Indépendamment  des  variations  dans  la  valeur  de  l’argent,  qui
influent  nécessairement  sur  les  salaires,  mais  dont  nous  avons  négligé
les  effets,  —  ayant  supposé  que  la  valeur  de  l’argent  était  invariable,
—  les  salaires  peuvent  hausser  ou  baisser  par  les  deux  causes  suivantes ­
  :
I  "  L’offre  et  la  demande  de  travail  ;
T  Le  prix  des  denrées  à  1  achat  desquelles  l’ouvrier  consacre  son
salaire.
A  des  époques  différentes  de  la  société,  l’accumulation  des  capitaux ­
  ou  des  moyens  de  payer  le  travail,  est  plus  ou  moins  rapide,
et  dépend  toujours  de  la  puissance  plus  ou  moins  productive  du  travail. ­
  Le  travail  est,  en  général,  le  plus  productif,  lorsqu’il  y  a  abondance ­
  de  terrains  fertiles.  A  ces  époques  l’accumulation  est  souvent
si  rapide,  que  le  capital  ne  saurait  trouver  assez  de  bras  à  employer.
On  a  calculé  que,  dans  des  circonstances  favorables,  la  population
pouvait  doubler  dans  vingt-cinq  ans.  Mais,  dans  des  circonstances

lin  autre.  Tin  ouvrier  indien  conservera  toute  sa  vigueur  dans  une  habitation  qui
suffirait  à  peine  pour  préserver  l’ouvrier  russe  de  la  souffrance  et  de  la  mort
Même,  dans  les  pays  qui  présentent  un  climat  analogue,  les  moeurs,  les  habitudes ­
  sociales  peuvent  occasionner  souvent  des  variations  sensibles  dans  le  prix  naturel ­
  du  travail,  et  ces  variations  peuvent  être  aussi  considérables  que  celles  produites ­
  par  les  causes  naturelles.—  Essai  sur  le  commerce  extérieur  du  blé,  par
R.  Torrens,  Esq.  pag.  68.  —Toute  cette  matière  a  été  traitée  fort  habilement  par
le  colonel  Torrens.
        <pb n="123" />
        71

CHAP.  V.  —  DES  SALAIRES,
lout  aussi  favorables,  le  capital  national  pourrait  fort  bien  avoir  doublé ­
  en  moins  de  temps.  Dans  ce  cas,  les  salaires,  pendant  toute  cette
époque,  tendront  à  hausser,  parce  que  le  nombre  des  bras  sera  toujours ­
  insuflisant  pour  le  besoin  qu’on  en  aura.
l^ans  des  colonies  nouvelles  où  l’on  introduit  les  arts  et  les  connaissances ­
  des  pays  plus  avancés  en  civilisation,  il  est  probable  que  les
capitaux  tendent  a  s’accroître  plus  vite  que  l’espèce  humaine  ;  et  si
des  pays  plus  peuplés  ne  suppléaient  au  manque  de  bras,  cette  tendance ­
  élèverait  considérablement  le  prix  du  travail.  A  mesure  que
ces  établissements  deviennent  plus  peuplés,  et  que  l’on  commence  à
défricher  des  terrains  de  mauvaise  qualité,  les  eapitaux  n’augmentent ­
  plus  si  rapidement;  car  l’excédant  des  produits  sur  les  besoins
de  la  population  doit  nécessairement  être  proportionné  à  la  facilité  de
la  production,  c’est-à-dire  au  petit  nombre  de  personnes  qui  y  sont
employées.  Quoiqu’il  soit  donc  probable  que,  dans  les  circonstances
les  plus  favorables,  la  production  devance  la  population,  cela  ne  saurait ­
  continuer  longtemps;  car,  l’étendue  du  sol  étant  bornée  ,  et  ses
qualités  étant  différentes,  à  chaque  nouvel  emploi  de  capital,  le  taux
de  la  production  diminuera,  tandis  que  les  progrès  de  la  population
resteront  toujours  les  mêmes.
Dans  les  pays  où  il  y  a  des  terres  fertiles  en  abondance,  mais  où
les  habitants  sont  exposés,  par  leur  ignorance,  leur  paresse  et  leur
barbarie,  à  toutes  les  horreurs  de  la  disette  et  de  la  famine,  et  où  on
a  pu  dire  que  la  population  se  dispute  les  moyens  d’alimentation,
il  faudrait  y  remédier  autrement  que  dans  les  États  depuis  longtemps ­
  civilisés,  et  où  la  diminution  des  subsistances  entraîne  tous
les  maux  d’une  population  excessive.  Dans  le  premier  cas,  le  mal
vient  d’un  mauvais  gouvernement,  de  l’instabilité  de  la  propriété
de  l’ignorance  générale.  Pour  rendre  ces  populations  plus  heureuses, ­
  il  suffirait  d’améliorer  le  gouvernement,  d’étendre  l’instruction  ;
on  verrait  alors  l’augmentation  du  capital  dépasser  nécessairement
l’acc  roissement  de  la  population  ,  et  les  moyens  de  production
iraient  au  delà  des  besoins  de  la  nation.  Dans  l’autre  cas,  la  population ­
  grandit  plus  \ite  que  le  fonds  nécessaire  à  son  entretien  :  et  il
arrivera  que  chaque  nouvel  effort  de  l’industrie,  à  moins  d’ètre  suivi ­
  d  une  diminution  dans  les  rangs  du  pays,  ne  fera  qu’ajouter  au
mal  .  la  production  ne  pouvant  marcher  aussi  rapidement  que  les
naissances.
1  our  un  pays  oii  l’on  se  dispute  les  subsistances,  les  seuls  remèdes
sont,  ou  un  affaiblissement  de  la  population  ou  une  accumulation  ra-
        <pb n="124" />
        72

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
pide  de  capital.  Dans  les  pays  riches,  où  toutes  les  terres  fertiles  ont
été  déjà  mises  en  culture,  le  dernier  remède  n’est  ni  très  praticable  ni
très-désirable,  car  le  résultat  serait,  au  bout  de  quelque  temps,  de  réduire ­
  toutes  les  classes  de  la  société  à  la  même  indigence.  Mais  dans
ces  contrées  pauvres,  où  existent  d’immenses  moyens  de  production,
enfouis  dans  des  terres  fertiles  et  incultes,  l’augmentation  du  capital
est  le  seul  moyen  eflicace  et  sûr  de  combattre  le  mal,  car  il  en  résultera ­
  dans  la  situation  de  toutes  les  classes  de  la  société  une  amélioration ­
  sensible.
Tous  les  amis  de  1  humanité  doivent  désirer  que  les  classes  laborieuses ­
  eberebent  partout  le  bien-être,  les  jouissances  légitimes,  et  soient
poussées,  par  tous  les  moyens  légaux,  à  les  acquérir.  On  ne  saurait
opposer  un  meilleur  Irein  à  une  population  exubérante.  Dans  les  pays
où  les  classes  pauvres  ont  le  moins  de  besoins,  et  se  contentent  de  la
plus  chétive  subsistance,  les  populations  sont  soumises  aux  misères
et  aux  vicissitudes  les  plus  terribles.  Elles  n’ont  aucun  abri  contre  les
calamités  sociales  :  elles  ne  sauraient  chercher  un  refuge  dans  une  situation ­
  plus  humble  ;  elles  sont  deja  si  abaissées,  si  malheureuses, ­
  qu  il  ne  leur  reste  meme  plus  la  triste  faculté  de  descendre  encore.
Elles  ne  peuvent  remplacer  que  par  de  rares  succédanés  leurs  aliments
ordinaires  et  principaux,  et  la  disette  entraîne  pour  elles  presque  tous
les  maux  attachés  à  la  famine  '.

'  Ces  tristes  paroles  semblent  une  prophétie.  On  dirait  que  Ricardo  sentait
déjà  frémir  ces  bandes  affamées  d’Irlandais  qui  cherchent  aujourd’hui,  les  armes ­
  à  la  main,  le  désespoir  au  cœur,  une  nourriture  que  les  saisons  leur  ont
refusée.  C’est  qu’il  s’est  fait  dans  la  malheureuse  Erin  un  partage  étonnant  des
joies  et  des  douleurs,  de  la  disette  et  de  l’abondance  :  à  ceux  qui  creusent  le  sol,
le  fertilisent,  l’inondent  de  sueur,  ont  été  dévolues  les  tortures  de  la  misère;  à
ceux  qui  épuisent  la  terre  avec  leurs  meutes  de  chasse,  et  boivent  des  moissons
entières  dans  leur  coupe  de  Tokay  ou  de  Johannisberg,  ont  été  répartis  les  revenus, ­
  et  partant  l’éclat,  et  partant  la  puissance.  La  richesse  y  ressemble  donc  à  un
beau  fleuve  qui  aurait  sa  source  en  Irlande,  et  son  embouchure  en  Angleterre  :
on  sème  à  Dublin,  et  on  récolte  à  Londres;  de  telle  sorte  qu’il  ne  s’y  amasse
pas  de  grands  capitaux,  et  que  l’industrie  n’y  peut  naître  pour  donner  du  travail,
des  salaires  à  des  millions  de  bras  qui  se  disputent  le  sol.  On  peut  même  dire  que,
grâce  à  l’avidité  des  middlemen,—ce  crible  vivant  où  se  dépose  une  grande  portion
des  ressources  du  pays,  en  passant  de  l’humble  cultivateur  à  l’opulent  seigneur,
—  grâce,  encore,  à  la  concurrence  acharnée  que  se  font  les  fermiers,  et  au  morcellement ­
  infini  des  domaines,  l’agriculture  est  plutôt  une  lutte  de  paysan  à  paysan ­
  qu’un  travail  régulier  et  social.  Au  haut  de  l’échelle  se  trouve  le  propriétaire
qui  hérite  des  bénéfices  de  cette  folle  enchère;  au  bas,  le  cottager  sw  qui  elle  pèse
        <pb n="125" />
        CHAP.  V.  —  DES  SALAIRES.  73
Dans  la  marche  naturelle  des  sociétés,  les  salaires  tendront  à  baisser ­
  en  tant  qu  ils  seront  réglés  par  l’offre  et  la  demande  ;  car  le  nombre

^  poi  s  écrasant.  En  effet,  pour  payer  son  fermage,  celui-ci  consacre  la  plus
travail  et  de  ses  efforts  à  de  larges  étendues  de  terrain  qu’il
rc  e  lé,  et  ne  se  réserve  qu’un  champ  limité  où  croissent,  quand  Dieu  le
permet,  les  pommes  de  terre  qui  composent  son  unique  ressource.  Vienne  une
année  ou  la  terre,  frappée  de  stérilité,  ne  donne  que  de  rares  épis,  et  le  pauvre  Irandais,
  impuissant  a  assouvir  middleman,  expie,  par  la  contrainte  par  corps
U  le  bannissement,  les  caprices  de  l’atmosphère;  vienne  une  autre  année  où  ce
sont  les  pommes  de  terre  qui  manquent,  et  il  se  trouve  atteint  dans  son  existence
mém^  Son  propriétaire  est  payé,  et  peut  aller  commanditer  les  coulisses  de  Co-^ent-Garden
  et  les  courses  d’Epsom;  mais  il  lui  faut,  à  lui,  subir  toutes  les  souf.
trances  de  la  faim,  à  moins  de  courir  les  cou  pables  et  tristes  hasards  de  la  révolte
de  la  vengeance,  de  l’homicide.  Il  y  a  quelques  mois,  en  effet,  un  seul  propriétaire
■
comme  une  genérense  nourrice  qui  prête  le  sein  à  un  enfant  étranger  Or  l’ir’
lande  n’a  pas  de  mule-jennys,  pas  de  capitaux  :  tous  les  bras  sont  tendus  vers  le
sol  qu  on  appauvrit  par  une  subdivision  extrême.  Aussi,  ou  aura  beau  enconra
capitaux,  1«  progrès,  ils  devront  se  résigner  à  tourner  éternellement  dans  ce  cerle
  fatal  de  la  misere,  de  la  faim,  du  crime.  Rien  de  plus  facile  que  de  désirer
■  len  ^  re,  et  i  n  est  pas  d  homme,  filt-il  le  plus  intraitable  des  ascètes,  qui
y  a.  pire  perpétuellement  :  mais  lorsque  ces  désirs  se  brisent  contre  des  vices
amentaux,  il  faut  bien  se  résigner  à  n’y  voir  qu’une  bien  faible  ressource
our  es  populations.  Soyez  sùr  que  l’Irlandais  désire  et  que  le  cri  du  Rappel
®  cri  de  la  faim,  de  la  chair  qui  se  révolte,  plutôt  qu’un  cri  religieux  ou
O  itiqne.  Seulement,  le  réseau  des  middlemen,  des  absentéistes,  des  orangistes.
        <pb n="126" />
        74  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
des  ouvriers  continuera  à  s’aceroîlrc  dans  une  progression  un  peu  plus
rapide  que  celle  de  la  demande.  Si,  par  exemple,  les  salaires  étaient
réglés  sur  un  aecroisseraent  annuel  de  capital,  représenté  par  2  pour
cent,  ils  tomberaient  lorsque  le  capital  n’augmenterait  plus  qu’à  raison ­
  de  1  et  demi  pour  cent.  Ils  baisseraient  encore  davantage  quand
cet  accroissement  ne  serait  plus  quede  1  ou  de  demi  pour  cent;  et  cette
baisse  continuerait  jusqu’à  ce  que  le  capital  devînt  stationnaire,  l^es
salaires  le  deviendraient  aussi,  et  ils  ne  seraient  que  suflisants  pour
maintenir  la  population  existante.  Je  soutiens  que,  dans  de  pareilles
cireonstanees,  les  salaires  doivent  baisser,  par  le  seul  effet  de  l’offre
et  la  demande  des  bras  ;  mais  il  ne  faut  pas  oublier  que  le  prix  des
salaires  tient  aussi  à  celui  des  denrées  que  l’ouvTicr  a  besoin  d  acheter. ­

A  mesure  que  la  population  augmente,  ces  denrées  iront  toujours
en  augmentant  de  prix,  —plus  de  travail  devenant  nécessaire  à  leur
production.  Si  les  salaires,  payés  en  argent  à  l’ouvrier,  viennent  à  baisser ­
  pendant  que  toutes  les  denrées  à  l’achat  desquelles  il  dépensait  le
produit  de  son  travail  haussent  de  prix,  il  se  trouvera  doublement
atteint,  et  il  n’aura  bientôt  plus  de  quoi  subsister.  C’est  pourquoi,  au
lieu  de  baisser,  les  salaires  en  argent  hausseraient,  au  contraire,  mais
pas  suffisamment  pour  permettre  à  l’ouvrier  d’acheter  autant  de  choses ­
  nécessaires  ou  utiles  qu’il  pouvait  le  faire  avant  le  renchérissement ­
  de  ces  denrées.  Si  ses  salaires  étaient  annuellement  de  24  liv.  st.,
ou  de  six  quarters  de  blé  quand  le  blé  valait  4  livres  le  quarter,
il  ne,  recevrait  probablement  plus  que  la  valeur  de  cinq  quarters,
lorsque  le  blé  serait  à  5  livres.  Mais  ces  cinq  quarters  coûteraient
25  liv.  ;  il  recevrait  donc  des  gages  plus  forts  en  valeur,  et  cependant ­
  il  ne  pourrait  plus  acheter  une  quantité  de  blé  et  d  autres  denrées ­
  égale  à  celle  qu’il  était  dans  l’habitude  de  consommer  auparavant, ­
  lui  et  sa  famille  '.

l’enserre  de  toutes  parts,  l’étouffe.  11  le  sait,  et  voyant  que  la  sueur  ne  suffit  plus
à  féconder,  pour  lui,  sa  patrie,  il  veut  essayer  du  sang,  et  le  sang  coule.  A.  V.
'  Il  est  impossible  de  ne  pas  protester  hautement  contre  des  conclusions  presque ­
  fatidiques  et  qui  emporteraient  condamnation  de  tout  notre  système  économique. ­
  Il  a  fallu  même  bien  du  calme  à  Ricardo  pour  n’avoir  pas  été  saisi  de
vertige,  n’avoir  pas  senti  trembler  sa  main  au  spectacle  du  sort  que  l’avenir  réserve, ­
  selon  lui,  aux  travailleurs.  A  ses  yeux,  les  classes  ouvrières  marchent
fatalement  vers  un  abîme  que  la  civilisation  couvre  habilement  de  fleurs,  mais
au  fond  duquel  est  la  mort  :  à  nos  yeux,  au  contraire,  elles  s’élèvent  à  des  destinées ­
  meilleures  et  se  font  chaque  jour  une  place  plus  large  dans  le  pouvoir  et  le
        <pb n="127" />
        CHAP.  V.  —  DES  SALAIRES.

75

Et  cependant,  quoique  l’ouvrier  fût  réellement  moins  bien  payé,
cette  augmentation  de  salaires  diminuerait  nécessairement  les  profits

bien-être  répartis  aux  sociétés.  Ricardo,  frappé  de  la  somme  de  douleurs  et  de
privations  qui  accable,  au  milieu  des  splendeurs  de  notre  industrie,  les  mains
généreuses  et  fortes  qui  exécutent  l’ccuvre  de  la  production  entière  ;  étonné  de
'oir  tant  de  baillons  à  coté  de  tant  de  luxe,  et  tant  de  crises  à  côté  de  tant  de  progrès, ­
  s  est  pris  à  désespérer  de  l’avenir,  et,  suivant  son  habitude,  ce  désespoir  que
tant  d’autres  mettent  en  élégies  et  eu  pbilippiques,  il  l’a  mis  en  formules,  ce  qui
est  plus  net,  mais  tout  aussi  injuste,  tout  aussi  réfutable.  Et  d’abord  le  résultat  immédiat, ­

  nécessaire  de  cette  croyance  au  malheur  futur  des  travailleurs,  devrait  être
'de  suspendre  tout  à  coup  le  mouvement  social,  de  faire  volte-face,  et  de  reprendre ­
  en  sous-œuvre  toutes  les  théories,  toutes  les  données  que  les  siècles  semblent
avoir  consacrée  .11  n’est  personne,  eu  effet,  doué  de  quelque  prévision,  mu  par
quelque  générosité,  qui  ne  frémisse  devant  cet  avertissement  sombre,  dernier
mot  de  la  science  de  Ricardo  :  Chaque  jour  abaisse  le  salaire  réel  de  l'mirrier
et  grandit  le  prix  des  subsistances  :  -ce  qui  équivaut  à  dire  que  chaque  jour  la
société  doit  s’anéantir  par  un  supplice  incessant,  que  chaque  jour  doit  retrancher
un  battement  au  cœur  du  pauvre  et  exagérer  pour  lui  le  supplice  de  Tantale  en
éloignant  de  plus  en  plus  les  fruits  et  l’eau  de  ses  lèvres  avides.  Le  devoir  de  tout
penseur,  e  tout  législateur,  serait  donc  de  faire  prendre  à  la  société  d’autres
routes  et  de  ne  pas  permettreque  la  subsistance  des  masses  passAt  dans  le  corps  des
nches,  comme  passaient  la  chaleur  et  la  vie  des  vierges  dans  les  corps  débiles  et
disloques  des  vieux  rois  de  la  Bible.  Mais  il  n’en  est  rien,  et  le  bilan  de  notre  société ­
  suffirait,  sans  autres  considérations  ,  pour  combattre  le  pessimisme  de
Ricardo.  Ainsi  le  développement  de  l’industrie  n’a-t-il  pas  mis  à  la  portée  de  tous
es  objets  qui  constituaient  il  y  a  cent  ans  un  luxe  ruineux,  impossible?  La  guimpe
délicate  qui  entoure  le  sein  de  nos  villageoises,  les  chauds  vêtements  qui  couvrent
nos  paysans  et  nos  ouvriers  sont  d’institution  toute  récente  et  témoignent  d’un
bien-être  croisant.  Des  voies  de  communication  plus  parfaites  ont  permis  aux
hommes,  aux  idées,  aux  choses,  de  rayonner  de  toutes  parts  et  de  moraliser  les
populations  :  des  écoles,  des  salles  d’asile,  des  hôpitaux,  des  hospices,  des  crèches
s’ouvrent  de  toutes  parts  devant  l’intelligence  qui  va  éclore,  l’enfant  qui  va  naître,
le  vieillard  qui  va  mourir;  l’air,  la  lumière,  l’eau  commencent  à  circuler  dans
les  rues,  grâce  à  nos  institutions  municipales,  et  pour  résumer  tous  ces  faits  en
un  seul  fait  décisif,  la  moyenne  de  la  vie  humaine  s’est  accrue  depuis  cinquante
années,  hâtons-nous  de  le  dire,  ailleurs  que  dans  les  colonnes  élastiques  et  torses
de  la  statistique.
^  Et  il  n  en  saurait  être  autrement.  L’évolution  économique  suit  nécessairement
l’évolution  politique,  et  l’influence  que  gagne  chaque  jour  la  démocratie,  —  cet
évangile  systématisé  et  démontré,—doit  se  refléter  et  se  reflète  dans  la  prospérité
générale.  Le  premier  mouvement  d’une  nation  qui  se  sait  indépendante  est  de  se
vouloir  heureuse,  riche;  d’organiser  les  intérêts  et  les  individus  en  vue  de  ce
bien-être,  et,  par  conséquent,  de  progresser,  d’aller  en  avant.  Or,  la  tendance  moderne ­
  des  peuples  est  vers  l’indépendance,  et  ou  ne  saurait  faire  un  procès  à  notre
époque,  sous  le  rapport  industriel,  sans  y  joindre  un  procès  politique,  sans  souffle-
        <pb n="128" />
        76  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
du  manufacturier;  car  il  ne  pourrait  pas  vendre  sa  marchandise  plus
cher,  quoique  les  frais  de  production  fussent  augmentés.  Nous  reter, ­

  comme  Tout  fait  les  socialistes  et  les  pessimistes  de  toutes  les  sectes,  la  liberté ­
  sur  la  joue  de  l’économie  politique.
Et  d’ailleurs  la  théorie,  la  logique  démontrent  tout  cela  bien  avant  les  faits.
Quel  est  ici-bas  le  capital  du  prolétaire?  le  travail.  Quel  principe  règle  la  valeur ­
  du  travail,  en  fixe  la  rémunération  ?  l’offre  et  la  demande  des  bras  Entre
quelles  limites  extrêmes  oscille  cette  rémunération  ?  entre  le  point  où  les  salaires ­
  prélèveraient  sur  les  profits  une  part  trop  large  et  qui  mettrait  le  chef  d’industrie ­
  dans  l’impossibilité  de  continuer  son  œuvre,  —  danger  peu  redoutable,
avouons-le  :  —  et,  d’un  autre  côté,  le  point  où  les  salaires  deviendraient  insuffisants ­
  pour  nourrir  l’ouvrier.  Le  problème  consiste  donc  à  accroître  constamment ­
  la  somme  de  travail  à  répartir,  afin  d’élever  la  valeur  de  ce  travail,  et  par
conséquent  de  grossir  le  revenu  du  pauvre  :  il  consiste  encore  à  élargir  la  zone
où  il  puise  sa  consommation,  les  marchés  où  se  rendent  les  céréales,  les
bestiaux,  les  étoffes,  afin  de  le  faire  participer  au  bénéfice  delà  concurrence  la
plus  complète,  la  plus  absolue.  Laissez  circuler  le  travail,  laissez  circuler  les  produits, ­
  toute  la  question  est  là,  et,  avec  elle,  le  bonheur  des  classes  laborieuses.
Pour  affaiblir  entre  les  mains  des  propriétaires  ce  monopole  formidable  que
couvre  d’une  sanction  nécessaire,  -—  sinon  sacro-sainte,  comme  on  l’a  bien  voulu
dire,  —  le  pacte  social,  il  suffit  de  mettre  à  la  disposition  de  tous  ,  la  terre  qui
appartient  à  tous,  et  de  laisser  se  développer  librement  cette  grande  loi  économique ­
  qui  divise  le  travail  parmi  les  nations,  et  fait  cultiver  par  l’Indien  ou  l’Américain ­
  le  sucre  qui  doit  s’échanger  contre  les  produits  de  l’Européen.  L’espèce
humaine  a  besoin  d’un  espace  illimité  pour  entretenir  ses  membres  toujours
plus  nombreux  :  c’est  un  flot  qui  grandit  sans  cesse,  et  à  qui  il  faut  les  plages  les
plus  vastes,  sous  peine  de  désordres,  de  calamités.  Les  quelques  esprits  égarés  qui,
par  conviction,  veulent  le  maintien  de  nos  restrictions  commerciales,  c’est-à-dire
l’appauvrissement  de  l’ouvrier  par  l’action  combinée  d’un  travail  moins  actif  et  de
subsistances  moins  abondantes  ;  les  esprits  égarés,  dis-je,  qui  n’ont  pas  compris
la  fécondité  des  principes  de  liberté  commerciale,  et  ceux  qui,  au  contraire,  plus
nombreux,  plus  audacieux,  ne  veulent  pas  de  ces  principes,  parce  qu’ils  en  compreiment
  trop  bien  la  grandeur,  ne  sauraient  nier  cependant  qu’il  faut  à  l’expansion ­
  naturelle  des  générations  une  sphère  immense,  où  se  nivelleront  les  besoins,
les  intérêts,  les  capitaux.  L’univers  est  une  immense  ruche  où  les  travailleurs
doivent  circuler  librement  de  cellule  en  cellule.  Tandis  que  sur  les  districts
manufacturiers,  agités  par  la  fièvre  de  la  production  et  par  les  crises  financières, ­
  s’agglomèrent  aujourd’hui  des  légions  d’ouvriers  qui  les  surchargent  et
les  épuisent,  d’énormes  superficies  de  terrain  restent  incultes  et  désertes,  attendant ­
  les  capitaux  et  le  travail  pour  épancher  des  monceaux  de  produits  Croit-on,
par  exemple,  que  si  nos  lois  et  les  lois  anglaises  sur  les  céréales  eussent  été
abolies,  tout  le  territoire  de  la  Pologne,  de  la  Hongrie,  de  l’Ukraine,  de  l’Egypte, ­
  de  l’Amérique,  ne  se  fût  pas  couvert,  comme  par  enchantement,  de  moissons ­
  qui,  déversées  sur  l’Europe,  eussent  à  la  fois  abaissé  le  prix  des  aliments,
excité  le  travail  de  nos  manufactures,  la  valeur  du  travail,  et  réfuté  par  l’éclat
        <pb n="129" />
        CHAP.  V.  -  DES  SALAIRES.  77
viendrons  là-dessus  lorsque  nous  examinerons  les  principes  qui  règlent ­
  les  profits.
Il  paraîtrait  donc  que  la  cause  qui  fait  hausser  les  rentes  est  aussi
celle  qui  fait  hausser  les  salaires,  l’une  et  l’autre  tenant  à  la  difficulté
croissante  d’obtenir  une  plus  grande  quantité  de  subsistances  moyennant ­
  la  même  quantité  proportionnelle  de  travail.  Par  conséquent  si
l’argent  avait  une  valeur  invariable,  les  rentes  ainsi  que  les  salaires
tendraient  toujours  à  la  hausse  dans  un  état  d’accroissement  progressif ­
  de  la  richesse  et  de  la  population.
Mais  entre  la  hausse  de  la  rente  et  celle  des  salaires  il  y  a  une  différence ­
  essentielle.  La  hausse  des  rentes  estimées  en  argent  est  accompagnée ­
  d’une  part  plus  considérable  des  produits.  Non-seulement ­
  le  propriétaire  foncier  reçoit  plus  d’argent  de  son  fermier,  mais
il  en  reçoit  aussi  plus  de  blé  ;  il  aura  plus  de  blé,  et  chaque  mesure  de
cette  denrée  s’échangera  contre  une  plus  grande  quantité  de  toutes  les
autres  marchandises  qui  n’ont  pas  haussé  de  valeur.  Le  sort  de  l’ouvrier ­
  sera  moins  heureux;  il  recevra,  à  la  vérité,  plus  d’argent  pour
son  salaire,  mais  ces  salaires  vaudront  moins  de  blé;  et  non-seulement
il  en  aura  moins  à  sa  disposition,  mais  sa  condition  empirera  sous  tous

des  résultats  la  décourageante  hypothèse  de  Ricardo  ?  A  quoi  servirait  donc  de
découvrir  des  Amériques  et  des  Océanies,  si  ce  n’était  pour  y  aller  chercher  les
ressources  qui  nous  manquent,  la  place  que  demandent  nos  cités  encombrées  ?
Avec  le  système  de  l’affranchissement  commercial,  les  civilisations  sont  constamment ­
  jeunes,  constamment  vigoureuses.  I.orsqu’uu  sol  a  été  épuisé,  on  va  chercher
ailleurs  une  sève  nouvelle,  et  la  société  se  trouve  ainsi  constamment  maintenue
dans  cette  période  active,  où  la  somme  de  travail  dépasse  la  somme  de  bras
et  se  joint  au  bas  prix  des  subsistances  pour  améliorer  le  sort  de  l’ouvrier.  Plus
un  arbre  est  élevé,  plus  il  faut  à  ses  racines  de  l’espace  pour  se  nourrir  :  il  en  est
de  même  des  nations,  et  s’il  est  encore  ici-bas  tant  de  souffrances  et  tant  de  crises
il  faut  encore  en  chercher  la  cause  aussi  bien  dans  l’isolement  absurde  des  centres
de  production,  que  dans  les  vestiges  d’aristocratie  ou  de  privilèges  politiques  qui
déshonorent  les  constitutions  européennes  Sans  doute  la  question  de  population,
l’excès  des  travailleurs  se  dresseront  toujours  à  nos  yeux  comme  une  menace  lointaine ­
  :  mais  que  de  mines  fécondes  encore  à  exploiter,  que  de  plaines  à  fertiliser,
de  fleuves  à  traverser,  de  richesses  à  puiser  de  toutes  parts  !  Nous  ne  sommes
qu’au  début  de  la  production,  de  l’industrie,  de  l’agriculture,  et,  sans  prendre  la
liberté  du  commerce  pour  une  panacée  infaillible,  il  est  permis  de  dire  que  tout
irait  mieux,  du  jour  où  on  laisserait  la  concurrence  des  capitalistes  et  des  propriétaires ­
  s’organiser  en  présente  de  celle  des  ouvriers.  Ricardo  a  raisonné  dans
i  hypothèse  d’un  déplorable  statu  quo  :  nous  raisonnons  dans  l’hypothèse  d’un
®hranchissement  qui  déjà  commence.  Il  a  désespéré,  et  tout  nous  conduit  au
contraire  à  espérer  dans  l’avenir.  A.  F,
        <pb n="130" />
        78

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.  ‘
les  rapports,  par  la  difficulté  plus  grande  qu’il  rencontrera  de  maintenir ­
  le  taux  courant  des  salaires  au-dessus  de  leur  taux  naturel.
Quand  le  prix  du  blé  haussera  de  10  pour  cent,  les  salaires  hausseront
toujours  dans  une  proportion  moindre,  et  la  rente,  au  contraire,  dans
un  rapport  plus  considérable.  La  condition  de  l’ouvrier  empirera  en
général,  tandis  que  celle  du  propriétaire  foncier  s'améliorera.
Le  blé  étant  à  4  liv.  st.  le  quarter,  supposons  que  le  salaire  de
l’ouvrier  soit  de  24  livres  par  an,  ou  d’une  valeur  égale  à  six  quarters
de  blé,  et  supposons  qu’il  en  dépense  la  moitié  pour  l’achat  du  blé,  et
qu’il  en  emploie  l’autre  moitié,  ou  12  livres,  à  d’autres  objets,  il  recevrait ­

1.  24.  14.  \  /I  4.  4.  8\  /5.  83\
(le  blé  étant  à  J®;  (ou  la  valeur  dej^;  quaters,
27.  8.  e)  V  5.  2.  lo)  33)
et  moyennant  ces  salaires  il  pourrait  vivre  aussi  bien,  mais  pas
mieux  que  par  le  passé;  car,  lorsque  le  blé  serait  à  4  liv.  le  quarter,
il  dépenserait  pour  trois  quarters  de  blé.  .  .  .  1.  12
et  à  l’achat  d’autres  objets  1.  12
1.  24
Quand  le  blé  vaudra  41.  4  s.  8  d.,  les  trois  quarters  que  lui  et  sa  famille ­
  consomment  lui  coûteront  1.  12  14
et  les  autres  objets  qui  n’ont  pas  changé  de  prix  .  .  1.  12
1.  24  14
Les  trois  quarters  à  4  1.  10  s.  lui  coûteront.  ...  1.  13  10
et  les  autres  articles
1.  25  10
A  4  1.  16  s.,  les  trois  quarters  lui  coûteraient.  .  .  1.  14  8

et  les  autres  objets  c  1^
1.  26  8
et  à  51.2.  10  il  paierait  les  trois  quarters.  ...  1.  15  86
et  les  autres  objets  1.  12
L  TT

A  mesure  que  le  blé  renchérit,  les  salaires  en  argent  augmenteront, ­
  mais  les  salaires  en  nature  diminueront,  et  le  bien-être  de
l’ouvrier  se  trouvera  être,  par  la  supposition  précédente,  exactement ­
  le  même.  Mais  d’autres  articles  auront  haussé  de  prix,  en  rai-
        <pb n="131" />
        CHAP.  V.  -  DKS  SALAIRES

79

son  de  la  quantité  de  matière  première  qui  entre  dans  leur  composition, ­
  et  il  lui  faudra  payer  davantage  pour  les  obtenir.  Quoique  le
thé,  le  sucre,  le  savon,  la  chandelle  et  le  loyer  de  sa  maison  ne  lui
coûtent  peut-être  pas  plus  cher,  le  lard,  le  fromage,  le  beurre,  le
linge,  la  chaussure  et  l’habillement  lui  coûteront  davantage  ;  et  par
conséquent,  malgré  l’augmentation  des  saiam«,  sa  position  sera  devenue ­
  comparativement  plus  mauvaise.  On  pourrait  m’objecter  que
je  considère  toujours  l’effet  des  salaires  sur  les  prix,  en  partant  de  la
supposition  que  l’or  et  les  métaux  qui  servent  à  frapper  les  monnaies
sont  un  produit  du  pays  où  il  y  a  variation  dans  les  salaires,  et  que
les  conséquences  que  j’en  tire  s’accordent  mal  avec  l’état  actuel  des
choses,  parce  que  l’or  est  un  métal  que  nous  tirons  de  l’étranger.
Mais  de  ce  que  l’or  est  le  produit  de  l’étranger,  il  ne  s’ensuit  pas  que
l’argument  soit  moins  vrai;  car  l’on  peut  démontrer  que  les  effets  seraient, ­
  en  dernière  analyse,  les  mêmes,  soit  que  l’on  trouvât  l’or  dans
le  propre  pays,  soit  qu’on  le  retirât  de  l’étranger.
Lorsque  les  salaires  haussent,  c’est  que  l’augmentation  de  la  richesse ­
  et  des  capitaux  augmente  en  général  la  demande  de  bras,  qui
doit  infailliblement  être  suivie  d’une  production  plus  considérable
de  denrées.  Pour  mettre  dans  la  circulation  ce  surcroît  de  denrées,
même  aux  anciens  prix,  il  faudra  plus  d’argent,  plus  de  cette  matière
tirée  de  l’étranger,  dont  on  fabrique  la  monnaie,  et  que  l’on  ne  peut
se  procurer  que  par  l’importation,  l'outes  les  fois  que  la  demande
d’un  article  devient  plus  forte,  sa  valeur  relative  hausse  par  rapport
aux  autres  objets  avee  lesquels  on  l’achète.  Si  l’on  demandait  plus  de
chapeaux,  leur  prix  hausserait,  et  l’on  donnerait  plus  d’or  en  échange.
Si  c’est  l’or  dont  la  demande  est  plus  forte,  l’or  haussera,  et  les  chapeaux ­
  baisseront  de  prix,  car  il  faudra  une  plus  grande  quantité  de
chapeaux  et  d’autres  articles  pour  acheter  la  même  quantité  d’or.
Mais  dire,  dans  le  cas  supposé,  (|ue  les  denrées  haussent  en  raison  de
la  hausse  des  salaires,  ce  serait  une  contradiction  manifeste;  car  nous
dirions  d’abord  que  l’or  hausse  de  valeur  relative  par  suite  de  la
demande,  et  ensuite  que  sa  valeur  relative  doit  baisser,  parce  que  les
prix  haussent,  —  deux  phénomènes  absolument  incompatibles.  Dire
que  les  denrées  haussent  de  prix,  c’est  dire  que  la  valeur  relative  de
la  monnaie  baisse;  car  ce  sont  les  denrées  qui  servent  à  estimer  la  valeur ­
  relative  de  l’or.  Si  le  prix  de  toutes  les  denrées  haussait,  l’or
étranger  ne  viendrait  certainement  pas  les  acheter  pendant  qu  elles
seraient  chères  ;  il  sortirait,  au  contraire,  du  pays  pour  être  avantageusement ­
  employé,  à  l’étranger,  à  l’achat  des  denrées  qui  sont  à
        <pb n="132" />
        80  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
meilleur  marché.  11  ne  parait  donc  pas  que  la  hausse  des  salaires
puisse  faire  hausser  le  prix  des  denrées,  soit  que  les  métaux  qui  servent ­
  à  la  fabrication  des  monnaies  se  trouvent  dans  le  pays,  soit  qu’ils
viennent  de  l’étranger.  11  ne  peut  y  avoir  une  hausse  dans  toutes  les
denrées  à  la  fois,  sans  qu’il  y  ait  en  même  temps  une  augmentation
de  monnaie;  et  cette  quantité  additionnelle,  on  ne  saurait  l’obtenir
dans  le  pays  même,  ainsi  que  nous  l’avons  déjà  prouvé,  et  l’on  ne
pourrait  pas  non  plus  la  tirer  du  dehors.  En  effet,  pour  pouvoir  acheter ­
  une  plus  grande  quantité  d’or,  à  l’étranger,  il  faut  absolument
que  les  denrées,  chez  nous,  soient  à  bon  marché.  L’importation  de  l’or,
et  la  hausse  du  prix  de  toutes  les  productions  nationales,  moyennant
lesquelles  on  obtient  ou  on  achète  l’or,  sont  des  effets  d’une  incompatibilité ­
  absolue.  L’usage  très-étendu  du  papier-monnaie  ne  change  rien
à  la  question  ;  car  tout  papier-monnaie  se  règle  ou  doit  se  régler  par
la  valeur  de  l’or,  et  se  trouve  par  conséquent  sous  l’influence  des  causes ­
  mêmes  qui  influent  sur  la  valeur  de  ce  métal.
Voilà  donc  les  lois  qui  règlent  les  salaires  et  qui  régissent  le  bonheur ­
  de  l’immense  majorité  de  toute  société.  Ainsi  que  tout  autre
contrat,  les  salaires  doivent  être  livrés  à  la  concurrence  franche  et
libre  du  marché,  et  ii’être  jamais  entravés  par  l’intervention  du  Gouverneur. ­

La  tendance  manifeste  et  directe  de  la  législation  anglaise  sur
les  indigents  est  diamétralement  en  opposition  avec  ces  principes,  qui
sont  de  toute  évidence.  Ces  lois,  bien  loin  de  répondre  au  vœu  bienfaisant ­
  du  législateur,  qui  ne  voulait  qu’améliorer  la  condition  des  pauvres, ­
  n’ont  d’autre  effet  que  d’empirer  à  la  fois  et  celle  du  pauvre  et
celle  du  riche  ;  —  au  lieu  d’enrichir  les  pauvres,  elles  ne  tendent  qu’à
appauvrir  les  riches.  Tant  que  nos  lois  actuelles  sur  les  pauvres  seront
en  vigueur,  il  est  dans  l’ordre  naturel  des  choses  que  les  fonds  destinés ­
  à  l’entretien  des  indigents  s’accroissent  progressivement,  jusqu’à
ce  qu’ils  aient  absorbé  tout  le  revenu  net  du  pays,  ou  au  moins  tout
ce  que  le  Gouvernement  pourra  nous  en  laisser  après  qu’il  aura  satisfait ­
  ses  demandes  perpétuelles  de  fonds  pour  les  dépenses  publiques ­
  '.

*  Si  M.  Buchanan,  dans  le  passage  sui\ant,  n’a  eu  en  vue  qu’un  état  de  misère
passager,  je  suis  entièrement  de  son  avis.  —  «  Le  grand  malheur  de  la  condition
»  de  l’ouvrier,  c’est  l’indigence  qui  provient  de  la  disette  des  vivres  ou  du  manque
»  d’ouvrage.  Aussi  a-t-on  fait  chez  tous  les  peuples  des  réglements  sans  nombre
»  pour  venir  à  son  secours.  Mais  il  est  dans  l’état  social  des  maux  que  la  législation
        <pb n="133" />
        CHAI*.  V.  —  MKS  SALAIHKS.
#*
#####
isSlg£pS£S={OEuv.
  de  Ricardo.)  g
        <pb n="134" />
        g2  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
La  nature  du  mal  en  indique  le  remède.  En  circonserivant  graduellement ­
  les  lois  des  pauvres,  et  en  eliercliant  à  faire  sentir  aux
indigents  le  prix  de  l’indépendance,  en  leur  montrant  qu’ils  ne  doivent ­
  plus  compter  sur  les  secours  d’une  bienfaisance  systématique
ou  casuelle,  et  qu’ils  n’ont  d’autre  ressource  que  celle  de  leur  travail ­
  ;  en  leur  prouvant  enfin  que  la  prudence  est  nécessaire  et  la
prévoyance  utile,  on  marchera  par  degrés  vers  un  état  de  choses
plus  stable  et  plus  salutaire  '.
Toute  modification  des  lois  sur  les  pauvres,  qui  n  aurait  pas  poui
but  leur  abolition,  ne  mérite  aucune  attention  ;  et  celui-la  sera  le
meilleur  ami  des  pauvres  et  de  l’humanité  qui  pourra  indiquer  les
moyens  d’y  parvenir  de  la  manière  à  la  fois  la  plus  sure  et  la  moins
violente.  Ce  n’est  point  en  changeant  d’une  manière  quelconque  le
mode  actuel  de  lever  les  fonds  pour  l’entretien  des  pauvres,  que
le  mal  peut  être  diminué.  Au  lieu  d’être  une  amélioration,  cela  ne
ferait  qu’aggraver  encore  les  maux  que  nous  voudrions  détruire,
si  par  là  ou  levait  un  fonds  plus  considérable,  ou  s’il  était  prélevé,
ainsi  que  quelques  personnes  l’ont  proposé  dernièrement,  comme
une  contribution  générale  sur  toute  la  nation,  l  a  manièrc^actuellc
de  lever  et  d’appliquer  cet  impôt  a  contribué  à  mitiger  ses  funestes
effets.  Chaque  paroisse  lève  un  fonds  pour  l’entretien  de  scs  pauvres. ­
  Par  cette  méthode  ,  l’on  est  plus  intéressé  à  modérer  le  taux  de
cette  contribution,  et  cela  devient  plus  praticable  que  si  l’on  imposait ­
  une  contribution  générale  pour  secourir  les  pauvres  de  tout
le  royaume.  Une  paroisse  a  bien  plus  d’intérêt  à  mettre  de  l’économie ­
  dans  le  mode  de  prélever  les  sommes  imposées  et  dans  la
distribution  des  secours,  —toute  épargne  étant  pour  elle  un  profit,
—  que  si  des  centaines  de  paroisses  avaient  à  paitager  ces  fonds.
Et  c’est  cette  cause  qui  a  empêché  le  fonds  des  pauvres  d  avoir

'  Ces  vues  qui  ne  sont  pas  seulement  d’un  philanthrope,  mais  d  un  philanthroiie
éclairé,  font  sentir  l’imhécillitédes  princes  qui  consacrent  les  événements  heureux
de  leur  règne  par  le  mariage  de  quelques  tilles  pauvres,  c  est-à-dire  qui  se  re
iouissent  en  condamnant  aux  larmes,  et  peut-être  à  la  mort,  les  tamilles  qui  naîtront ­
  de  ces  unions  follement  provoquées.  Plutôt  que  de  multiplier  les  creatures
vivantes  et  susceptibles  de  souffrir,  il  vaudrait  mieux  favoriser  la  multip  ication
des  moyens  de  subsistances,  c’est-à-dire  abolir  les  entraves  a  l’industrie,  ne  poin
pmnrunter,  atin  de  laisser  les  capitaux  chercher  des  emplois  productif,  et  iimdiftioiles
  pour  les  mauvais.  —  J.  B-  Sav  .
        <pb n="135" />
        CHAP.  V.  —  DES  SALAIRES.  83
déjà  absorbé  tout  le  revenu  net  du  royaume  ;  c’est  à  la  rigueur  que
Ion  met  dans  1  exécution  de  ces  lois,  que  nous  sommes  redevables
e  ce  qu  elles  ne  sont  pas  encore  devenues  oppressives  outre  mes^e.
  Si  la  loi  assurait  à  tout  indigent  les  moyens  de  s’entretenir,
.  .  secours  étaient  suffisants  pour  qu’il  pût  vivre  assez  agréament,
  1  on  serait  conduit,  par  la  théorie,  à  affirmer  que  tous  les
res  impôts  ensemble  pourraient  paraître  légers,  comparés  avec  le
seul  impôt  des  pauvres.  Les  lois  de  la  gravitation  ne  sont  pas  plus
certaines  que  ne  l’est  la  tendance  qu’auwient  de  pareilles  lois  à  changer ­
  la  richesse  et  la  puissance  en  misère  et  en  faiblesse,  en  faisant
renon^r  l’homme  à  tout  travail  qui  n’aurait  pas  pour  unique  but
celui  de  se  procurer  des  subsistances.  Il  n’y  aurait  plus  de  distinctions ­
  relevant  des  facultés  intellectuelles;  l’esprit  ne  serait  occuné
que  du  soin  de  satisfaire  les  besoins  du  corps,  jusqu’à  ce  qu’à  la
»
        <pb n="136" />
        w

PIIINCII'ES  »K  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.

CHAPITRE  VI.
des  PROFITS  ‘.

.4,ant  déjà  montré  que  les  prolits  des  capitaux  dans  les  differentes
I,ranches  de  la  pcaluctio»,  gardent  toujours  eutn’  eux  une  même
proportion,  et  tendent  tous  à  éprouver  des  variations  dans  le  menu
degré  et  dans  un  même  sens,  il  nous  reste  à  rechercher  la  cause  des
variations  permanentes  dans  le  taux  des  prolits,  et  les  mod.lieat.ons
qui  en  résultent  toujoum  dans  le  taux  de  l  uitérét.
.Nous  avons  vu  que  le  prix  du  Wé'  se  règle  par  la  quantité  de
travail  nécessaire  pour  le  produire  ,  au  mojen  de  cette  portion  du
capital  qui  ne  paie  pas  de  rente.  Nous  avons  vu  aussi  que  tous  1«
articles  manulaeturés  haussent  et  naissent  de  prix  a  mesure  qu  il
faut,  pour  les  produire,  plus  ou  moins  de  travail.  Ni  le  fermier  qu,
cultive  cette  espèce  de  terres  dont  la  qualité  règle  les  prix  courants,
ni  le  manufacturier  qui  fabrique  des  mareliaudisi-s,  ne  reserven  aucune ­
  portion  du  priKliiit  pour  la  rente.  La  valeur  cutiere  de  leurs
articles  se  partage  en  deux  seules  portions,  dont  l’une  constitue  les
profits  du  capital,  et  l’autre  est  consacrée  au  salaire  des  ouvriers
El,  supposant  que  le  blé  et  les  objets  manufacturés  se  veiidenl
toujours  au  même  prix,  les  prolits  seront  toujours  élevés  ou  réduit»  ,

'  Les  auteurs  anglais  entendent  par  ce  mot  les  bénéfices  que  tout  entrepreneur
d’industrie  fait  dans  sa  profession,  (|ueUe  qu’elle  soit,  sans  distinguer  dans  ces  e
néiices  ce  qui  peut  être  considéré  comme  profit  du  capital  de  cet  entrepreneui
de  ce  qui  peut  être  considéré  comme  le  prix  de  ses  conceptions  et  de  sou  activité.
Dans  mon  Traité,  j’ai  cru  devoir  mettre  en  garde  contre  cette  contusion.
J.B.  Sav.  .
2  Le  lecteur  est  prié  de  se  rappeler  que  dans  le  but  d  etre  plus  clair,  j  ai  considéré ­
  l’argent,  ou  la  monnaie,  comme  invariable  dans  sa  valeur;  et  par  consé-(luent
  toute  variation  de  prix  cemme  l’effet  d’un  cbangement  dans  la  valeur  de
la  marchandise  seulement.  (  l’Auteur.  )
        <pb n="137" />
        CHAP.  VI.  —  DES  PROFITS.  HN
selon  la  hausse  ou  la  baisse  des  salaires.  Mais  si  le  prix  du  blé
hausse,  parce  que  sa  production  exige  plus  de  travail,  cette  cause  ne
fera  point  hausser  le  prix  des  objets  manufacturés  dont  la  fabrication ­
  n  exige  point  de  travail  additionnel.  Dans  ce  cas,  si  les  salaires
restent  les  mêmes,  les  profits  ne  changeront  pas  ;  mais  comme  il  est
indubitable  que  les  salaires  montent  par  la  hausse  du  blé,  les  profits
alors  doivent  nécessairement  baisser.
Si  un  fabricant  donnait  toujours  ses  marebandises  pour  la  même
somme  d  argent,  pour  1,000  liv.  st.,  par  exemple,  ses  profits  dépendraient ­
  du  prix  du  travail  nécessaire  pour  leur  fabrication.  Ils
seraient  moindres  avec  des  salaires  de  800  livres  qu’avee  d'autres
de  000livres.  A  mesure  donc  que  les  salaires  hausseraient,  les  profits ­
  diminueraient  '.  Mais  si  le  prix  des  produits  agricoles  aug-'

  Je  vois,  moi,  dans  ces  deux  faits  un  parallélisme;  constant,  inévitable
###==#=#
ait  que  les  profits  suivraient  une  progression  toujours  ascendante.  Or,  il  n'en
estríen.  Pour  nous  les  intérêts  de  l’ouvrier  et  du  chef  d’industrie  sont  entièrement ­
  lies  :  greffes  comme  deux  rameaux  sur  la  production,  ils  en  suivent  toutes
les  phases,  prospérant  ou  languissant  avec  elle.  En  effet,  u’est-ce  pas  sur  le  prix
courant  des  marchandises  que  le  manufacturier  prélève  son  revenu  et  celui  de
1  ouvrier,  et  ce  prix  courant  ne  varie-t-il  pas  en  raison  des  frais  de  production
combines  avec  l’abondance  des  produits  ?  Faites  que  les  demandes  soient  actives
(lue  les  échangés  se  multiplient,  que  l’industrie  fatigue  les  machines  à  produire  el
NOUS  aurez  éleve  le  prix  des  marchandises.  Et  comme  une  production  animée
necessite  des  bras  nombreux,  le  travail  haussera  de  valeur  inévitablement  ;  -
c  est  1  époque  où  l’ouvrier  commande  et  fait  largement  sa  part  dans  le  butin  indastriel.
  Faites,  au  contraire,  que  les  liesoinsdiminuent,  que  les  magasins  encombrés ­
  de  produits  réduisent  au  repos  la  plupart  des  usines,  et  vous  voyez  fléchir
aussitôt  le  prix  des  marchandises.  Or,  comme  un  travail  languissant  est  le  signal
de  la  déserUon  des  ateliers,  l’ouvrier  voit  s’anéantir  ses  ressources  c’est  l’époque
(Ml  il  fléchit  le  genou,  pressé  par  la  faim  et  par  une  concurrence  acharnée.  Mai
dans  tous  les  cas  les  chances  sont  les  mêmes  pour  le  travailleur  et  le  capitaliste;  et
s  11  arrive  que,  même  aux  époques  de  prospérité  manufacturière,  l’ouvrier  ne
participe  que  faiblement  aux  bénéfices  delà  production,  on  peut  être  sûr  que
sa  con  ition  est  bien  plus  douloureuse,  plus  poignante  aux  moments  de  crise  et
a  aissement.  L  exemple  de  l’Angleterre  depuis  ces  dernières  années  suffirait
seu  pour  démontrer  la  vérité  de  ces  conclusions  que  nous  dictent  le  bon  sens
a  logique.  F.n  1838,  3{&amp;gt;  et  40,  on  vit  les  districts  manufacturiers  s’assombrir
out  à  coup,  menacés  par  une  disette  imminente  et  par  une  crise  qui  devait
contre-coup  des  crises  financières  de  l’Amérique.  Les  manufacturiers.
        <pb n="138" />
        gg  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE,
mente,  l’on  pourrait  demander  si  du  moins  le  fermier  n’aura  pas  les
mêmes  profits,  quoiqu’il  paie  de  plus  forts  salaires.  Certainement
non;  car  non-seulement  il  aura,  ainsi  que  le  manufacturier,  à
payer  plus  de  gages  à  chacun  des  ouvriers  qu’il  emploie,  mais  il
sera  obligé  de  payer  une  rente,  ou  d’employer  un  plus  grand
nombre  d’ouvriers,  pour  obtenir  le  même  produit.  La  hausse  des
produits  agricoles  ne  sera  que  proportionnée  à  celte  rente  ou  au
nombre  additionnel  des  ouvriers  employés,  et  elle  ne  saurait  le
dédommager  de  la  hausse  des  salaires.
Si  le  manufacturier  et  le  fermier  employaient  chacun  dix  homm(*s,
et  si  les  salaires  haussaient  de  24  livres  à  25  livres  st.  par  an,  pour
chaque  homme,  il  leur  en  coûterait  à  chacun  250  livres  au  lieu  de
240  livres  par  an.  Voilà  tout  ce  qu’il  en  coûtera  de  plus  au  manufacturier ­
  pour  avoir  la  même  quantité  de  marchandises  ;  mais  le
fermier  d’un  terrain  neuf  aura  probablement  besoin  d  employer  un
homme  de  plus,  et  par  conséquent  de  débourser  pour  scs  gages  25  1.
de  plus  ;  et  le  fermier  d’un  vieux  fonds  de  terre  sera  fore«  de  payer
pour  rente  précisément  cette  même  somme  additionnelle  de  25  liv.  .
car,  sans  cette  augmentation  de  travail,  le  blé  n’aurait  pas  pu  hausser. ­
  L’un  et  l’autre  auront  à  débourser  275  livres;  l’un,  uniquement
pour  payer  les  salaires,  et  l’autre,  pour  les  salaires  et  la  rente;  et
chacun  d’eux  dépensera  25  livres  de  plus  que  le  manufacturier.  Ils
seront  remboursés  de  ces  25  livres  par  la  hausse  du  prix  des  produits ­
  de  la  terre,  et,  par  conséquent,  leurs  prolits  seront  toujours
dans  le  même  rapport  avec  c«ux  du  manufacturier.  Comme  cette
proposition  est  intéressante,  je  vais  tâcher  de  1  éclaircir  davantage. ­

Nous  avons  déjà  montré  que,  dans  l’enfance  de  la  société,  la  part
qui  revient  au  propriétaire  foncier  et  au  laboureur,  sur  la  valeur  totale ­
  du  produit  de  la  terre,  n’est  que  bien  faible  ,  cl  que  cette  part

privés  des  demandes  ordinaires  de  la  classe  laborieuse,  restreignirent  leur  fabrication. ­
  Le  12  mai  1839,  quarante-cinq  filateurs  de  coton  s  engagèrent  à  ne
pas  travailler  plus  de  quatre  jours  par  semaine,  et  tandis  que  les  capitaux  s  épuisaient ­
  dans  une  production  ruineuse,  tandis  que  les  profits  se  changeaient  en
faillites  nombreuses,  les  salaires  baissaient  de  20,  de  40  pour  cent.  Lorsque
l’industrie  courbée  sous  c«s  orages  financiers  se  releva,  on  vit  les  manufacturiers
reconstituer  leurs  fortunes  ébranlées,  activer  le  travail,  et  hausser  immédiatement
les  salaires.  Or,  ce  qui  est  vrai  pour  l’Angleterre  est  vrai  pour  tous  les  pays,  et
suffit  sans  aucune  espèce  d’optimisme  pour  nous  rassurer  sur  l’avenir  des  masses
et  les  prédictions  de  Ricardo.  1“  •
        <pb n="139" />
        CHAP.  VI.  —  DES  PROFITS.

87

augmente  en  raison  du  progrt*s  des  richesses  et  de  la  dilliculté  de  se
procurer  de  la  nourriture.  Nous  avons  montré  également  que,  quoique
la  valeur  de  la  part  de  l’ouvrier  doive  augmenter  par  le  haut  prix
des  subsistances,  cette  part  se  trouvera  réellement  diminuée;  tandis ­
  que  celle  du  propriétaire  foncier  se  trouvera  augmentée  à  la
fois  en  valeur  et  en  quantité.
Le  surplus  du  produit  de  la  terre,  après  que  le  propriétaire  et  les
travailleurs  sont  payés,  appartient  nécessairement  au  fermier,  et  constitue ­
  les  profits  de  son  capital.  Mais,  dira-t-on,  quoique,  par  le  développement ­
  progressif  de  la  société,  la  part  du  fermier  soit  diminuée, ­
  comme  elle  augmente  de  valeur,  il  pourra,  aussi  bien  que
le  propriétaire  et  l’ouvrier,  recevoir  une  plus  forte  valeur.
On  peut  dire,  par  exemple,  que  lors  de  la  hausse  du  blé  de  4  liv.
à  10  livres,  les  cent  quatre-vingts  (¡uartcrs  récoltés  sur  le  meilleur
fonds  de  terre  rapporteraient  1,800  liv.  au  lieu  de  720  liv  et  que
par  conséquent,  quoiqu’il  soit  prouvé  que  le  propriétaire  et  l’oumie
  ^us  vd^ir  ^  knmq^eten  ^ig^.
qualité.
J’ai  déjà  fait  observer  que  si  le  travail  de  dix  hommes,  sur  une
erre  dune  qualité  donnée,  rendait  eeut  quatre-vingts  quarters  de
blé,  valant  1  livres  le  quarter,  ou  72»  liv.,  et  si  le  travail  de  dix
hommes  de  plus  ne  produisait  qu’un  sureroit  de  cent  soixante-dix
quarters,  le  blé  devrait  hausser  de  4  liv,  à  4  liv.  Is  8  d  •  ear
170  :  180  4  liv.  :  4  liv.  4  s.  8  d.  Kn  d’aiitna,  terme.,,  puis-&amp;lt;pic,
  dans  un  eas,  il  faut  le  travail  de  dix  hommes  pour  avoir
eent  soixante-dix  quarters  de  blé,  tandis  que  ,  dans  l’antre,  eeltii  de
0.44  suffit,  la  hausse  doit  iHre  dans  le  rapport  de  0.44  à  |»  ou  dans
eelui  de  4  liv.  à  4  liv.  4  s.  8  d.  On  pourrait  démontrer  de  même  que
St  le  Iravail  de  dix  antres  hommes  ne  produisait  que  eent  soixante
quarters,  le  prix  hausserait  encore  à  4  liv.  Ills.  ,  s’il  ne  produisail
que  eent  emquante,  à  4  liv.  lit  s.,  et  ainsi  de  suite.
Mais  lorsque  la  terre  qui  ne  paie  pas  de  rente  donnait  cent
quatre-vingts  quarters  à  1  liv.  le  quarter,  le  blé  rapportait.  .  1.  720
F.t  quand  la  même  terre,  ne  payant  pas  de  ix'nte,  donnait
&amp;lt;*nt  soixantiMlix  quartéis,  le  blé  ayant  atteint  4  liv.  4  s.  8  d.
rapportait  '  I
        <pb n="140" />
        «8  PRINCIPES  DE  ¡.’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
De  sorte  que  cent  cinquante  quarters,  à  4  1.  10s.,  rapportent ­
  1*
Et  cent  cinquante  quarters,  all.  IBs.,  donnent  la  même
somme  de  1.  720
Or,  il  est  évident  que,  sur  ees  trois  valeurs  différentes,  le  fermier ­
  étant  obligé  à  une  époque  de  payer  des  salaires  réglés  d'après ­
  le  prix  du  blé  à  4  liv.,  et  dans  d’autres  temps  à  de  plus  hauts
prix  ,  le  taux  de  ses  profits  doit  diminuer  en  proportion  de  la  hausse
du  prix  du  blé.
Dans  ee  cas,  il  me  paraît  clairement  démontré  que  toute  hausse
du  prix  du  blé  qui  augmente  le  salaire  en  argent  de  l’ouvrier  diminue ­
  la  valeur  en  argent  des  profits  du  fermier.
Ea  situation  du  fermier  de  l'ancien  et  meilleur  fonds  de  terre  sera
exactement  la  même  ;  il  devra  aussi  payer  de  plus  forts  salaires  ,  et  il
ne  pourra  jamais  lui  rester  sur  la  \  aleur  des  produits  ,  quelque  élevé
qu’en  soit  le  prix,  plus  de  720  I.,  pour  être  partagées  entre  lui  et
le  nombre  toujours  égal  de  ses  travailleurs.  Or,  plus  ils  gagneront,
moins  il  leur  en  restera.
Quand  le  prix  du  blé  était  à  4  1.,  la  totalité  des  cent  quatre-vingts
([uarters  appartenait  au  cultivateur,  qui  le  vendait  720  1.  Quand
le  blé  est  monté  à  4  1.  4  s.  S  d.,  il  s’est  trouvé  forcé  de  payer,  sur
CCS  cent  quatre-vingts  quarters,  la  valeur  de  dix  quarters  pour  la
rente,  et  par  conséquent  les  cent  soixante-dix  restants  ne  lui  ont
plus  rapporté  ((ue  720  1.  Quand  le  blé  est  monté  à  4  I.  10  s.,  il
a  dû.payer  vingt  quarters,  ou  leur  valeur,  pour  le  fermage,  et  il
ne  lui  est  resté  que  cent  soixante  quarters,  qui  lui  rapportaient  la
somme  de  720  I.
C’est  pourquoi,  quelle  que  soit  la  hausse  dans  le  prix  du  blé,  la
nécessité  d’employer  pins  de  travail  ou  plus  de  capital  pour  obtenir  un
surcroît  donné  de  production,  rend  cette  hausse  égale  en  valeur  à
l’augmentation  de  la  rente  ou  à  celle  du  travail  employé;  en  sorte  que
le  fermier  ne  retire  de  ce  qui  reste  après  le  paiement  du  fermage,
(|ue  la  même  valeur  réelle,  soit  qu’il  vende  i  L,  4  1.  1(1  s.,  ou  bien  5  I.
2  s.  10  d.  le  quarter  de  blé.  Que  le  produit  appartenant  au  fermier ­
  soit  de  cent  quatre-vingts,  cent  soixante-dix,  cent  soixante  ou
cent  cinquante  quarters,  il  n’en  tire  jamais  que  720  1.;  le  prix  augmentant ­
  en  raison  inverse  de  la  quantité.
Ea  rente,  à  ce  qu'il  paraît,  retombe  donc  toujours  sur  le  consommateur, ­
  et  jamais  sur  le  fermier  ;  car  si  le  produit  de  sa  ferme  est
eoiistamment  (le  cent  quatre-vingts  quarters,  le  prix  haussant,  il
        <pb n="141" />
        CHAP.  VI.  —  DES  PROFITS

8Í&amp;gt;

{garderait  pour  lui  une  moindre  valeur  et  en  donnerait  une  plus  forte
à  son  propriétaire  ;  mais  eette  déduction  serait  toujours  telle,  qu’elle
lui  laisserait  la  meme  somme  de  720  1.
On  voit  aussi  que,  dans  tous  les  cas,  cette  même  somme  de  720  1.
oU  se  partager  entre  les  salaires  et  les  profits.  Si  la  \aleur  du  prouit
  brut  de  la  terre  s  élève  au  delà  de  cette  valeur,  cet  excédant  appartient ­
  à  la  rente,  quel  qu’en  soit  le  montant.  S’il  n’v  a  pas  de
surplus,  il  n’^  aura  pas  de  rente.  Que  les  salaires  ou  les  profits
éprouvent  une  hausse  ou  une  baisse,  c’est  toujours  cette  somme
fournira  aux  deux.  D’un  côté,  jamais  tes  profits  ne
sauraient  hausser  au  point  d’absorber  une  si  forte  portion  de  ces
/2()  1.  qu’il  n’eu  restât  plus  assez  pour  fournir  aux  ouvriers  de
quoi  se  procurer  l’absolu  nécessaire,  et,  de  l’autre  côté,  les  salaires
ne  sauraient  hausser  au  point  de  ne  rien  laisser  sur  eette  somme
pour  les  profits.

mm#

‘liins  IVtnt  I  Ulu  ion  e  la  dem.iH(|p  par  suite  de  (¡uelque  chaiiRemeni  soudain
blé  Pt  ‘  ^  3  population.  Xous  voulons  parler  du  |irix  naturel  et  constant  du
'  "°"  accidentel  et  variable  \o/c  t/e  /’  /u/mr.
        <pb n="142" />
        PO  principes  de  L’économie  politique.
invariable  de  720  1.,  une  part  additionnelle  pour  les  salaires  des
dix  hommes  qu’il  emploie  constamment,  comme  nous  l’avons  supposé. ­
  En  traitant  des  salaires,  nous  avons  déjà  vu  qu’ils  haussaient
constamment  par  suite  de  la  hausse  du  prix  des  produits  immédiats
du  sol.  En  prenant  pour  hase  du  calcul  celle  que  nous  avons  posée
page  174,  on  voit  que,  le  blé  étant  à  4  1.  le  quarter,  les  salaires  doivent ­
  être  à  24  1.  par  an.  Et

quand  le  blé  est  à74
.5

"«I
ol
oi
10,

les  salaires  doivent  être  à

Í 1.  s.  d.
24  14  0
26  10  O
26  8  0
27  8  6

et  sur  le  fonds  invariable  de  720  liv.  qui  doit  être  partagé  entre  les

ouvriers  et  les  fermiers.

i  l.  s.  d.  \
4  0  0  j
1  ^  &amp;gt;  l’ouvrier  recevra
4  10  01
4  16  01
a  2  10/

1 1.  s.  \
240  ol
247  Ol
256  01
264  ol
274  5/

le  fermier  recevra

i l.  s.  d.
480  0  O
473  0  0
465  0  0
456  0  0
445  15  «

Si  l’on  suppose  le  capital  primitif  du  fermier  de  3,000  1.,  les  pro
fits  étant,  dans  le  premier  cas,  de  480  1.,  donneraient  un  taux  de  10
pour  cent.  Quand  les  profits  baissent  à  473  1.,  le  taux  descend  à
15.  7  pour  cent.
à  465  1

à  456  1
à  445  1,

15.  2
14.  8

•  L«  cent  quatre-vingts  quarters  de  Md  se  partageraient  dans  I«  proportions
suivantes  entre  le  propriétaire,  le  fermier  et  les  ouvriers,  par  1  effet  des  variations
supposées  dans  la  valeur  du  blé.

Prix  du  quarter.
4  0  0
4  4  8
4  10  0
4  16  0
5  2  10

Furiiianc
point.
10  quarters.
2ti  —
ao  -
40  -

Profit  en
blé.
190  quarters
117.  7
103.  4
95.  ^
76.  7

Saimirí  a  i  n
blu.
60  quarters.
58  3
56.  6
55.
53.  :l

Total.

180

et  dans  ces  mêmes  circonstances,  les  fermages  en  argent,  le  salaires  et  les  pro

fits  seraient  ;
Prix  du  quarter.
I.  a  3.
4  0  0
4  4  8
4  10  O
4  16  O
5  2  10

Frrmapr.
I.  X  d.
point.
42  7  6
90  O  O
144  O  0
205  13  4

Profit.
480  O  O
473  O  O
465  O  O
456  O  O
445  15  O

Salaiiea.
1.  a.  d.
240  O  O
247  0  O
255  O  0
264  0  O
274  5  O

Totai  .

I.  ».  d.
720  O  O
762  7  6
810  0  O
864  0  O
925  18  4
        <pb n="143" />
        CHAP.  VI.  —  DES  PROFITS.  91
Mais  le  taux  des  profits  doit  baisser  encore  davantage;  car  le
capital  du  fermier,  comme  nous  l’avons  dit,  se  compose  principalement ­
  de  matières  brutes,  telles  que  ses  meules  de  blé  et  de  foin,
son  blé  et  son  orge  en  gerbes,  ses  chevaux  et  ses  vaches,  qui  doivent ­
  tous  hausser  de  prix  par  le  renchérissement  des  produits,
^on  profit  absolu  tombera  de  480  1.  à  445  1.  15  s.  Mais  si,  d’après
es  causes  que  je  viens  d’exposer,  son  capital  augmentait  de  3,000  1.
a  3,2001.,  létaux  de  ses  profits,  le  blé  étant  à  5  1.  2  s.  10  d.,  serait
au-dessous  de  14  pour  cent.
Si  un  manufacturier  employait  de  même  3,000  1.  sur  sa  fabrique, ­
  il  serait  forcé,  par  la  hausse  des  salaires,  d’augmenter  son  capital ­
  pour  pouvoir  être  à  même  de  continuer  son  commerce.  Si  sa
marchandise  se  vendait  auparavant  720  1.,  elle  continuerait  à
rapporter  le  même  prix;  mais  les  salaires  du  travail,  qui  montaient
d  abord  a  240  1.,  hausseront,  quand  le  blé  sera  à  5  1  2  s  10  d  5
####=Les
  marchandises  haussent  toujoui-s  parce  qu’il  faut  plus  de  tra
earns:
nsquil  y  ait  la  une  conséquence  nécessaire;  car  l’ouvrier  peut
contenter  d’une  moindre  aisance.  Il  faut  convenir  (juc  les  sann ­
  arriver  d  ahord  à  un  taux  élevé,  jmur  subir  ensuite
^  que  diminution.  Dans  ce  cas,  il  n'y  aura  pas  réduction  des
        <pb n="144" />
        92  PRINCIPES  DE  E’ÉCONOMIE  POEITIQUE.
profits-  mais  il  ost  impossible  de  eoncooir  comment  le  prix  en
argent  des  salaires  pourrait  baisser  ou  rester  stationnaire  pendant
que  celui  des  objets  de  première  nécessité  hausserait  graduellement.
On  peut  donc  regarder  comme  une  chose  démontrée  (pie  dans  es
cas  ordinaires  il  n’arrive  point  de  hausse  permanente  dans  le  prix
des  articles  de  première  nécessité  qui  ne  cause  une  hanssi  (Us  sa
laires,  ou  qui  ne  soit  felTet  d’une  hausse  sur\euuc  auparavant.
l/effel  quV()r»uv(Tonl  les  profils  sera  le  infime,  ou  *&amp;gt;  |u  u  près,  s  i
y  a  une  hausse  quelconque  dans  les  prix  des  autres  ai  fieles  i  e  pri  ^
mière  nécessité  que  l’ouvrier  aehète  avec  ses  salaires,—  1rs  aliments
exceptés,  ha  uéeessité  où  il  se  trouverait  de  les  paver  plus  cher  le  forcerait ­
  à  exiger  une  plus  forte  rémunération;  et  tout  ce  qui  au^meule
les  salaires  riàfuil  les  profits.  Mais  supposons  que  le  prix  des  soieries,
des  velours,  des  meubles,  ou  de  tout  autre  article  dont  1  ouvrier  n  a
pas  besoin,  vienne  à  hausser  par  suite  de  l'excédant  de,  travail  necessaire ­
  il  la  fabrieation  de  ces  objets,  les  prolits  ne  s'eu  ressentiraien  -
ils  pas?  Non  assurément;  car  rien  ne  modifie  les  |irolits,  si  ce  n  est
la  hausse  des  salaires;  et  les  soieries,  les  velours  n’étaiit  point  ooiisommés
  par  l’ouvrier,  le  reiicbérissement  (le  ces  articles  ne  saurait
faire  hausser  les  salaires.
le  ne  parle  que  des  profits  en  général,  .l’ai  deja  averti  que  le
prix  courant  d’une  denrée  pouvait  surpasser  son  prix  naturel  ou
absolu;  car  celle  denrée  peut  avoir  été  priuluite  eu  quantité  moindre ­
  que  ne  l’exige  ie  surcroît  de  la  demande.  Cet  effet  eependani
n’est  que  passager,  hes  beaux  profits  retirés  du  eapital  emp  ove
à  la  production  de  celte  denrée  porteront  bientôt  des  capitaux
vers  cet  emploi;  et  aiissit.’.t  que  les  fonds  seront  siillisaiils  et  qui
la  quantité  de  la  denrée  se  trouvera  assiv.  augmeiilee,  elle  baissera ­
  de  prix,  et  les  prolilsde  ce  genre  de  commerce  se  iiivelirroii
aviT  tous  les  autres,  ha  baisse  du  taux  général  des  prolils  n  est
nullement  iiieoinpaliblc  avec  la  hausse  partielle  des  beiieliees  d  une
branche  particulière  d’iiulusl  rie;  c  est  en  raison  (h  nugaïc  ((8
profits  que  les  capitaux  passent  (1  un  emploi  a  un  autic.  (itst  ainsi
que  pendant  la  baisse  des  profits  en  général  ,  et  pendant  qu  ils
tendent  graduellement  vers  un  niveau  plus  bas,  par  suite  (U  au,,
mentation  des  salaires  et  de  la  dillieulté  croissante  de  pourNoir  à  la
subsistance  du  surcroît  de  population;  c’est  ainsi,  dis-je,  que  b  s
profits  du  fermier  peuvent  se  maintenir  pendant  (piebpie  tcnqis
au-dessus  de  leur  ancien  taux.  Il  peut  se  faire  aussi  qu’une  branche
particulière  de  commerce  étranger  et  colonial  se  trouve  a  une  epoqm
        <pb n="145" />
        CHAI*  VI.  —  DES  DKOFITS.  «j3
extraordinairement  encouragée;  mais  ce  fait,  que  nous  admettons,
ne  saurait  invalider  la  théorie.  11  sera  toujours  vrai  que  les  profits
dépendent  de  la  cherté  ou  du  bas  prix  des  salaires;  que  les  salaires
sont  réglés  par  le  prix  des  denrées  de  première  nécessité,  et  que  le
prix  de  ces  dernières  tient  principalement  à  celui  des  aliments  ;  caria
quantité  de  toutes  les  autres  choses  peut  être  augmentée  d  une  manière ­
  presque  illimitée.
L’on  devrait  se  rappeler  que  le  prix  courant  varie  toujours,  et  vane ­
  d’abord  par  le  rapport  de  l’offre  et  la  demande.  C’est  ainsi  que  du
drap  qu  on  peut  donner  à  40  s.  l’aune  en  prélevant  les  profits  ordinaires ­
  sur  le  capital,  pourrait  hausser  jusqu’à  00ou  80  s.,  en  raison
des  exigences  de  la  mode,  ou  par  suite  de  quelque  autre  causer,  qui
tout  à  coup,  et  sans  qu’on  s’y  attendit,  en  augmenterait  la  demande
ou  en  diminuerait  l’approvisionnement.  Les  fabricants  de  draps  feront, ­
  pendant  quelque  temps,  des  profits  extraordinaires  ;  mais  les
capitaux  afflueront  vers  ce  genre  de  fabrique  jusqu’à  ce  que  l’offre
gHSSÎSH
haut  pour  que  lo  fcrnucren  relire  plus  que  les  prolils  orUiiiaires.  s'il
'  ®  le  prix  du  Wé  baissera  hientAt  à
son  ancien  niveau,  après  que  la  quantité  nécessaire  de  capital  aura  été
employee  sur  ces  terrains,  -  les  pix.lils  restant  d’ailleurs  les  mêmes
Hais  s  11  11  y  avait  pas  assez,  de  terres  fertiles;  et  si,  pour  prixluire  ce
SUIcroit  de  lile,  d  fallait  plus  que  la  quantité  ordinaire  de  travail  et
lie  capilal,  le  lilé  ne  baisserait  plus  à  son  ancien  niveau.  Son  prix
naturel  s  eicverail,  et  le  fermier,  au  lieu  d'olilcnir  constamment  de
plus  praiids  piolits,  sc  verrait  forcé  de  se  contenter  du  taux  diminué
||U1  est  la  suite  inévitable  de  la  liaus.se  de  main  d'œiivre  bauss,.
causee  par  celle  des  choses  nécessaires.  ^
Les  profits  tendent  naturellement  à  baisser,  parce  que  dans  h*
progrès  delà  société  et  de  la  richesse,  le  surcroît  de  subsistances  nécessaires ­
  exige  un  travail  toujours  croissant.  Cette  tendance,  ou  nour
amsi  dire,  cette  gravitation  des  profits,  est  souvent  et  heureusement
ariitec  par  le  pcrfectioiinemcnt  des  macliiiiea  qui  aident  à  la  pi-oduc-1011
  des  cboscs  necessaires,  ainsi  que  par  I  eilet  des  découvertes
agronomiques,  qui  nous  donnent  le  moyen  d’épargner  une  portion
ravail,  et  de  diminuer  ainsi  le  prix  des  articles  de  première  né-'•
  lté  poui  la  consommation  de  l’ouvrier.  Le  renchérissement  des
•clés  de  première  nécessité  et  des  salaires  a  cependant  des
        <pb n="146" />
        PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
bornes:  car  aussitôt  que  les  salaires  aurout  mouté  (comme  dans
le  cas  que  nous  avons  déjà  posé)  à  720  1.,  total  de  la  recette  du  fermier ­
  U  ue  pourra  plus  y  avoir  d’accumulation,  puisque  aucun  capital ­
  né  saurait  plus  donner  de  bénélices;  on  n’aura  pas  besoin  alors
d’une  augmentation  de  travail,  et  la  population  aura  atteint  son  maximum. ­
  Bien  avant  ce  terme  même,  la  réduction  des  profits  aura
arrêté  toute  accumulation;  et  la  presque-totalité  des  produits  du
pays,  tes  ouvriers  une  fois  payés,  appartiendra  aux  proprietaires
fonciers  et  aux  collecteurs  des  dimes  et  des  autres  impôts.
En  prenant  donc  pour  base  de  mon  calcul  la  supposition  ci-dessus,
très-inexacte  d’ailleurs,  il  paraîtrait  que  le  blé  étant  à  20  1.  st.  le
quarter,  tout  le  revenu  net  du  pays  sera  entre  les  mains  des  proprietaires ­
  fonciers  ;  car,  dans  ce  cas,  la  même  quantité  de  travail  qu  il  a
fallu  employer  primitivement  pour  produire  cent  quatre-vingts
quarters,  deviendrait  nécessaire  pour  n’en  produire  que  trciite-six  ;
puisque  20  1.  ;  4  1.  180  :  30.  C’est  pourquoi  le  fermier  qui  dans
l’origine  récoltait  cent  quatre-vingts  quarters  (si  toutefois  il  en  existait, ­
  car  les  anciens  et  les  nouveaux  capitaux  sc  trouveraient  tellement
confondus,  qu’il  n’y  aurait  plus  moyen  de  les  distinguer),  le  fermier,
disons-nous,  \endrait  les  :
180  quarters  à  20  1.  le  quarter,  ou  1.  3,600
,a  valeur  de  144
-%
la  valeur  de  :16  muids  payée  aux  dix  ouvriers  720
ne  laissant,  par  conséquent,  rien  pour  son  profit.
A  ce  prix  de  20  1.  les  ouvriers  continueraient  à  consommer  chacun ­
  trois  quarters  de  blé  par  an,  ou
et  ils  dépenseraient  sur  d’autres  articles.  .  .  •  ^

par  conséquent  dix  ouvriers  coûteront  720  1.  par  an.
N’ayant  cherché  dans  tous  ces  calculs  qu  à  éclaircir  le  principe,
il  est  presque  inutile  de  dire  que  je  suis  parti  d  une  base  prise  au
liasard,  uniquemeut  pour  servir  d’exemple.  Quoique  les  résultots
aient  pu  varier  eu  degré,  ils  seraient  restés  les  mômes  en  principe,
quelque  exactitude  que  j’eusse  pu  mettre  en  évaluant  la  différence
dans  le  nombre  des  ouvriers  nécessaires  pour  obtenir  les  quantités  successives ­
  de  blé  qu’exige  la  consommation  d’uiie  population  croissante.
Mon  but  a  été  de  simpliiier  la  question;  c’est  pourquoi  je  n’ai  point
        <pb n="147" />
        95

CHAP.  VI.  —  DES  PROFITS,
tenu  compte  du  rencliérissemeiil  des  choses  nécessaires,  autres  que
les  subsistances.  Ce  renchérissement,  suite  de  l’augmentation  dans
la  valeur  des  matières  premières  dont  ces  articles  sont  fabriqués,
erait  encore  baisser  les  profits,  en  faisant  hausser  davantage  les
salaires.
ai  déjà  dit  que  longtemps  avant  que  cet  état  des  prix  soit  devenu
Í  aiient,  il  n  ^  aurait  jilus  de  motif  pour  accumuler  5  car  on  n’accumule ­
  qu’en  vue  de  rendre  cette  accumulation  productive;  et  ce
n  est  que  lorsqu’elle  est  ainsi  employée  qu  elle  a  un  effet  sur  les  pro-1
  .  Il  ne  saurait  y  avoir  d’accumulation  sans  motif,  et  par  conséquent ­
  un  tel  état  des  prix  ne  peut  jamais  persister.  Il  est  aussi  impossible ­
  au  fermier  et  au  manufacturier  de  vivre  sans  profits  au’à
1  ouvrier  d’exister  sans  salaires.  Le  motif  qui  les  porte  à  accumuler
diminuera  a  chaque  diminution  des  profits,  et  il  cessera  entièrement
■
des  nriui  porté  a  ci  one  que,  quelle  que  soit  la  diminution
1  s  u  capital  occasionnée  par  l’accumulation  des  capitaux
        <pb n="148" />
        l&amp;gt;UlN&amp;lt;&amp;gt;irKS  1&amp;gt;K  L’KCONOMIE  POLITIQUE.
consacrés  à  la  terre,  et  par  la  hausse  des  salaires,  la  somme  totale  des
profits  doit  cependant  augmenter.  Supposons  que  par  l’accumulation ­
  renouvelée  souvent  d’un  capital  de  100,0001.  le  taux  des  profits
tombe  successivement  de  ‘20  à  10,  à  18,  h  17  pour  cent,  toujours  en
diminuant,  on  croirait  que  la  somme  totale  des  profits  retirés  par  les
possesseurs  de  ces  capitaux  successifs,  doit  toujoui-s  être  progressive, ­
  et  qu  elle  sera  plus  forte  lorsque  le  capital  est  de  200,000  1.
que  quand  il  n’est  que  de  100,000  l.,  et  plus  forte  encore  quand  il
est  de  300,000  1.,  en  continuant  ainsi  à  augmenter,  quoique  dans
une  proportion  moindre,  par  suite  de  toute  nouvelle  augmentation
de  capital.  Cette  progression,  cependant,  n’est  exacte  que  pendant  un
certain  temps;  car  19  pourcent  sur  200,000  1.  sont  plus  que  20  pour
cent  sur  100,000  1.  ;  et  18  pour  cent  sur  300,000  1.  sont  plus  que  19
pour  cent  sur  200,000  1.  Mais  lorsqu’une  grande  somme  de  capital  a
été  déjà  accumulée  et  que  les  profits  ont  baissé,  une  nouvelle  accumulation ­
  diminue  la  somme  totale  des  profits.  Supposons,  par  exemple,
que  l’accumulation  soit  de  1,000,000  1,  et  les  profits  de  7  pour  cent,
la  totalité  des  profits  montera  à  70,000  1.;  qu’on  ajoute  ensuite  à  ce
million  un  capital  de  100,000  1.  et  que  les  profits  baissent  à  0  pour
cent,  les  capitalistes  ne  recevront  plus  que  06,000  1.,  c'est-à-dire
4,0001.  de  moins,  quoique  le  capital  se  trouve  porté  de  1,000,000  1.
à  1,100,000  I.
Tant  que  le  capital  donne  un  profit  quelconque  il  ne  peut  y
avoir  aucune  accumulation  qui  ne  soit  suivie  d  une  augmentation ­
  dans  la  quantité  et  la  valeur  des  profits.  Par  l’emploi  de
100,000  1.  de  capital  additionnel,  aucune  portion  de  l’ancien  capital
ne  deviendra  moins  productive.  Les  produits  du  sol  et  de  l’induslrie
nationale  devront  s’accroitrc,  et  leur  valeur  s’élèvera  non  seulemenl
en  raison  de  l’augmentation  de  la  quantité  des  produits,  mais  aussi
en  raison  de  la  nouvelle  valeur  que  donne  a  tous  les  anciens  produits
du  sol  la  dilliculté  croissante  de  la  culture  sur  Uïs  dernières  qualités
de  terres,  et  c’est  cette  nouvelle  valeur  qui  devient  le  prix  de  la  rente.
Néanmoins,  lorsque  l’accumulation  des  capitaux  devient  très-considérable, ­
  malgré  cette  augmentation  de  v  aleur,  elle  se  trouve  distribuée  de
telle  sorte  qu’il  en  est  attribué  une  moindre  part  aux  profits  et  une  plus
forte  part  au  contraire  à  la  rente  et  aux  salaires.  Ainsi,  par  1  addition
successive  de  100,000  1.  au  capital,  le  taux  des  profits  baissant  de  20
à  19  à  18  et  à  17  pour  cent,  etc.,  les  produits  annuels  augmenteront
en  quantité,  et  dépasseront  la  totalité  de  la  valeur  additionnelle  que
le  nouveau  capital  est  susceptible  de  produire.  De  20,000  I.  le  pro-
        <pb n="149" />
        rilAP.  VI.  -  DFS  PÜOFITS.  t,7
(luit  hauspora  à  plus  (k  30,000  I.,  puis  à  plus  de  57,000  I.,  el  quand
e  ca])ital  employe  sera  d’un  million,  ainsi  que  nous  l’avonsddjà  suppose, ­
  SI  on  y  ajoute  encore  100,0001.,  quoique  la  totalité  des  profits
Jt  moindie  que  par  le  passe,  le  revenu  national  sera  cependant  aupente
  de  plus  de  0,000  1.;  mais  1  augmentation  portera  sur  cette  par-Oedu
  revenu  qui  appartient  aux  propriétaires  fonciers  et  aux  ouvriers ­
  :  ils  obtiendront  plus  que  le  produit*  additionnel,  et  par  leur
position  lis  pourront  même  empiéter  sur  les  profits  antérieurs  du
capitaliste.  C  est  ce  que  nous  allons  voir
mu-r,  la  rente  pavee,  d  eu  garde  ',80  I.  puur  lui,  en  pavant  210  I  à
s
est  alfir  crrains  a\(e  un  moindre  retour  de  produits,  eet  eiTet
s  permanent,  l  ue  plus  grande  part  de  la  portion  du  produit
\^fnuv.  de  Hicardo.)  y
        <pb n="150" />
        98  PRINCIPES  DE  L'ÉCONOMIE  POLITIQUE.
qui  reste,  après  le  paiement  de  la  rente,  pour  être  partagée  entre  les
propriétaires  du  capital  et  les  ouvriers,  revient  alors  à  ces  derniers.
Chacun  d’eux  en  a  vraiscmhlahlement  une  moindre  quantité  absolue ­
  ;  mais  comme  il  y  a  plus  d’ouvriers  employés  en  proportion  du
produit  total  gardé  par  le  fermier,  les  salaires  absorbent  une  part
plus  grande  sur  la  valeur  du  produit  total,  et  par  conséquent  il  en
reste  moins  pour  les  profits.  Les  lois  de  la  nature  rendraient  ces
phénomènes  permanents  en  mettant  des  bornes  à  la  force  productive
du  sol.
Nous  voilà  donc  arrivés  aux  conclusions  mêmes  que  nous  avons
déjà  cherché  à  établir  ;  —  que  dans  tous  les  pays  et  dans  tous  les
temps,  les  profits  dépendent  de  la  quantité  de  travail  nécessaire  pour
fournir  les  denrées  de  première  nécessité  aux  ouvriers  sur  des  terres
et  avec  des  capitaux  qui  ne  donnent  jias  de  rente.  Les  effets  de  1  accumulation ­
  doivent  donc  être  différents  selon  les  pays,  et,  surtout,
selon  la  fertilité  du  sol.  Quelque  étendu  que  soit  un  pays  dont  le  sol
est  peu  fertile,  et  où  l’importation  des  subsistances  est  prohibée,  les
moindres  accumulations  de  capital  y  produiront  de  grandes  réductions ­
  dans  le  taux  des  profits,  et  causeront  une  hausse  rapide  de  la
rente.  Au  contraire,  dans  un  pays  peu  étendu,  mais  fertile,  il  peut  y
avoir  un  grand  fonds  de  capital  accumulé  sans  diminution  notable
dans  le  taux  des  profits,  ou  sans  une  forte  hausse  de  la  rente  des  terres, ­
  surtout  si  la  libre  importation  des  vivres  y  est  permise.  Dans  le
chapitre  des  Salaires,  j’ai  essayé  de  prouver  que  le  prix  métallique
des  denrées  ne  saurait  hausser  par  la  cherté  de  la  main-d’œuvre,  que
l’on  suppose  l’or,  —  mesure  constante  du  numéraire,  —  produit  dans
le  pays,  ou  tiré  de  l’étranger.  Mais  s’il  en  était  autrement  et  que  le
prix  des  denrées  s’élevât  constamment  par  la  hausse  des  salaires,  il
serait  encore  exact  de  dire  que  la  cherté  des  salaires  atteint  constamment ­
  les  personnes  qui  emploient  des  ouvriers,  et  les  prive  d'une
portion  de  leurs  profits  réels.  Que  le  chapelier,  le  marchand  de  bas
et  le  cordonnier,  soient  obligés  de  payer  chacun  10  1.  de  ])lus  à  leurs
ouvriers  pour  la  fabrication  d’une  quantité  donnée  de  produits,  et
que  le  prix  des  chapeaux,  des  bas  et  des  souliers  monte  assez  pour
rembourser  les  fabricants  de  ces  10  1.,  leur  condition  ne  sera  pas
meilleure  qu’avant  cette  hausse.  Si  le  marchand  de  bonneterie
vend  scs  bas  110  1.  au  lieu  de  100  1.,  il  aura  exactement  le  même
profit  en  argent;  mais  comme  il  aura  en  échange  de  cette  même
somme  un  dixième  de  moins  en  chapeaux,  en  souliers,  et  en  autres
articles,  et  comme  il  pouvait  avec  le  montant  de  ses  épargnes  cm-
        <pb n="151" />
        rjIAP.  VI.  —  DES  PROFITS.

99

ployer  auparavant  moins  d’ouvriers  chèrement  payés,  et  acheter
moins  de  matières  premières  à  des  prix  élevés,  sa  situation  ne  sera
pas  meilleure  que  si,  les  prix  restant  les  mêmes,  scs  profits  en

argent  étaient  réellement  diminués.  J’ai  cherché  à  prouver  ainsi,
1  (pic  la  hausse  des  salaires  ne  peut  faire  hausser  le  prix  des  denrées, ­
  mais  qu’elle  doit  eonstamment  diminuer  les  profits;  2"  que,  si
le  prix  des  denrees  pouvait  hausser,  l’clîet  sur  les  profits  serait  toujours ­
  le  même,  l  e  fait  est  que  l’argent  seul,  mesure  des  prix  et  des
profits,  pourrait  baisser.
        <pb n="152" />
        PRINCIPES  DE  L'ECONOMIE  POLITIQUE.

iOO

CHAPITRE  VIE
DU  COMMERCE  EXTERIEUR.

Le  commerce  extérieur,  quelle  que  soit  son  importance,  ne  saurait ­
  augmenter  tout  à  coup  les  valeurs  nationales,  quoiqu’il  contribue ­
  puissamment  à  accroître  la  masse  des  choses  utiles,  et  par  conséquent ­
  celle  des  jouissances.  Comme  la  valeur  de  toute  marchandise
étrangère  ne  s’estime  que  par  la  quantité  des  produits  de  notre  sol
et  de  notre  industrie  que  nous  donnons  en  échange,  lors  même
qu’en  échange  d’une  quantité  donnée  de  nos  marchandises  nous
obtiendrions,  dans  les  marchés  nouvellement  ouverts,  le  double  en
marchandises  étrangères,  nous  ne  recevrions  cependant  pas  une  valeur ­
  plus  considérable.  Si,  par  l’emploi  d’une  valeur  de  1,000  1.  st.
en  marchandises  anglaises,  un  négociant  peut  obtenir  en  retour  des
marchandises  étrangères  qui  rapportent,  en  Angleterre,  1,200  1.,  il
gagnera  20  pour  cent  par  cet  emploi  de  capital  ;  mais  ni  son  bénéfice, ­
  ni  la  valeur  des  marchandises  importées  n’augmenteront  ou  ne
diminueront  par  le  retour  plus  ou  moins  fort  en  marchandises  étrangères. ­
  Qu’il  importe  vingt-cinq  ou  cinquante  pipes  de  vin,  scs  intérêts ­
  n’en  souffriront  nullement,  si  à  deux  époipies  différentes  les
vingt-cinq,  comme  les  cinquante  pipes,  lui  rapportent  également
1,200  1.  Dans  l’un  comme  dans  l’autre  cas,  il  aura  uu  hénélic#  de
200  1.,  ou  de  20  pour  cent  sur  son  capital,  et  une  valeur  égale  aura
été  importée  eu  Angleterre.  S’il  tire  plus  de  1,200  1.  de  ses  cinquante
pipes,  ce  marchand  fera  un  profit  supérieur  au  taux  général,  et
un  commerce  aussi  lucratif  attirerait  bientôt  les  capitaux,  jusqu’à
ce  que  la  baisse  dans  le  prix  du  vin  eût  tout  ramené  à  l’ancien
niveau.
On  a  néanmoins  prétendu  que  les  gros  bénéfices  que  retirent
certains  négociants  du  commerce  étranger,  font  hausser  le  taux  général ­
  des  profits  dans  le  pays,  et  que  les  capitaux  que  l’on  détourné
        <pb n="153" />
        CHAP.  Vil.  —  ÜL  COMMERCE  EXTERIEUR.  jUj
d  autres  emplois  pour  les  consacrer  à  cette  nouvelle  branche  luera
tue  du  commerce  extérieur,  doit  faire  hausser  les  prix,  et,  par  suite
es  pioiits.  Les  écrivains  les  plus  estimés  ont  émis  cette  opinion  :  Si,
sent  1  s,  le  capital  consacré  à  la  culture  du  blé,  à  la  fabrication  du
^  chapeaux,  des  souliers,  etc.,  est  diminué,  tandis
,  ^  emande  de  ces  articles  reste  la  même,  le  prix  de  ces  objets
cira  1g  fermier,  le  chapelier,  le  fabricant  de
H

n

«vez  Adam  Smith  ,  liv.  I,  chnp.  o.
        <pb n="154" />
        102

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Si  une  ])liis  forte  portion  du  produit  du  sol  et  de  l’industrie  de
rAngleterre  est  employée  à  l’achat  des  marchandises  étrangères,  on
ne  i)ourra  pas  en  dépenser  autant  à  d’autres  objets,  et  par  conséquent ­
  la  demande  de  chapeaux,  de  souliers,  etc.,  diminuera;  mais
en  même  temps  qu’on  aura  détourné  des  capitaux  de  la  fabrication
des  chapeaux,  des  souliers,  etc.,  on  en  aura  versé  davantage  dans  les
manufactures  qui  fabriíjuent  les  articles  avec  lesquels  on  achète  les
marchandises  étrangères.  Ainsi  donc,  la  demande  des  produits
étrangers  et  nationaux  réunis  est,  quant  à  la  valeur,  bornée  par
le  revenu  et  par  le  capital  de  la  nation.  Si  l’un  augmente,  l’autre
doit  diminuer.  Si  la  quantité  des  vins  qu’on  importe  en  échange  de
la  même  quantité  de  marchandises  anglaises  est  doublée,  la  nation
anglaise  pourra,  ou  consommer  deux  fois  plus  de  vin,  ou  la  même
quantité  de  vin  jointe  à  plus  de  marcbandiscs  nationales.  Si,  ayant
1,000  1.  de  revenu,  j’achète  tous  les  ans  une  pipe  de  vin  au  prix  de
100  1.,  et  ([lie  j’emploie  000  1.  à  l’achat  d’une  certaine  quantité  d’articles ­
  du  pays,  lorsque  la  pipe  de  vin  ne  coûtera  ([uc  50  1.,  je  pourrai ­
  employer  les  50  1.  épargnées  à  acheter  plus  de  produits  anglais.
Si  j’achetais  plus  de  vin,  et  que  tout  consommateur  en  fit  autant,  le
commerce  extérieur  n’é[)rouverait  aucun  changement;  on  exporterait ­
  la  même  quantité  de  produits  anglais  pour  les  échanger  contre
du  vin  ,  dont  nous  recevrions  une  double  ([uantité,  sans  ci'pendant
en  recevoir  une  valeur  double.  Mais  si  les  autres  consommateurs ­
  de  vin  et  moi-même  nous  nous  contentions  de  la  même  quantité ­
  de  vin  (pie  par  le  passé,  les  exportations  de  l’Angleterre  diminueraient, ­
  les  buveurs  de  vin  ayant  à  leur  choix  de  consommer  les
[iroduits  ([lie  l’on  exportait  au[)aravant,  ou  ceux  (pii  leur  conviendraient ­
  davantage.  Le  ca[)ital  nécessaire  à  leur  production  serait
fourni  [)ar  celui  ipi’on  détournerait  du  commerce  idranger.
Le  ca[)ilal  s’accroît  de  deux  manières  :  [)ar  l’augmentation  dn  revenu, ­
  ou  par  l’alTaihlissement  de  la  consommation.Si  mes  [irofits  s’élèvent ­
  (le  1,000  1.  à  1  ,‘iOO,  [lendant  que  ma  (Uqiense  reste  la  même,
j’amasse  ‘2001.  [lar  an  de  plus  que  je  ne  le  faisais  auparavant  ;  si  j’é-[largnc
  2001.  sur  ma  dépense  pendant  (pie  mes  prolits  sont  les  m(hnes,
j’obtiens  le  même  résultat,  et  j’ajoute  200  1.  paran  à  mon  capital.  J.e
négociant  qui  importait  du  vin  alors  ([ue  les  [irolits  s’étaient  élevés
de  20  à  iO  pour  cent,  au  lien  de  [layer  ses  marchandises  anglais('s
1,0001.,  n’en  donnera([ue  857  1.2  s.  10  d.,  et  vendra  ce[)endant  toujours ­
  le  vin  im[)orte  1,200  1.  ;  ou  bien,  s’il  payait  les  marchandises
anglaises  1,000  1.,  il  faudrait  qu’il  vendit  son  vin  1,4001.  :  son  ca-
        <pb n="155" />
        CHA1&amp;gt;.  Vil.  —  ÜU  CÜM.MEHCE  EXTÉRIEL’K.  103-pital
  lui  ra])portcrait  alors  40  au  lieu  de  20  pour  cent.  Mais  si,  en
raison  du  bas  prix  de  tous  les  articles  auxquels  lui,  ainsi  que  les
auties  consommateurs,  employaient  tout  leur  revenu,  ils  peuvent
épargner  200  1.  sur  chaque  1,000  1,  de  leur  dépense  antérieure,  ils
aUj^menleront  la  richesse  réelle  du  pays.  Dans  l’un  des  deux  cas,
1  c])arguc  viendrait  de  l’augmentation  du  revenu  ;  dans  l’autre,  de
la  diminution  de  la  dépense.
^  "Production  des  machines  opérait  une  baisse  de  20  pour  cent
dans  la  valeur  de  toutes  les  marchandises  auxquelles  mon  revenu  est
employé,  j’épargnerais  autant  que  si  mon  revenu  s’était  accru  de  ‘&amp;gt;0
pour  cent;  mais,  dans  l’un  de  ces  cas,  le  taux  des  profits  serait  resté
statmnnaire;  et,  dans  l’autre,  il  aurait  haussé  de  20  pour  cent.
Si,  par  l’introduction  de  marchandises  étrangères  à  bas  prix  je
puis  épargner  20  pour  cent  sur  ma  dépense,  le  résultat  sera  précisément ­
  le  même  que  si  les  frais  de  production  eussent  été  diminués  au
mo^en  é^s  ruachines;  mais  le  taux  des  profits  ne  liaussera  pas
mmmm.
«ans  tout  le  cours  de  cet  ouvrage,  j'ai  cherché  à  prouver  (me  le
.éccssite  a  plus  bas  pnx,  les  profits  hausseront.  Si,  au  lieu  de  récr
  U  hle  chez  nous,  et  de  lahriíjiier  nous-nn'incs  l’hahillcnient

‘  Loi  fatale,  et

Que  J  ai  réfutée  au  chapitre  des  Salaires.

A.  K.
        <pb n="156" />
        loi  1‘KIÍSCIOKS  DE  L’ÊCüiNOMlE  l’üLlTlQUE.
et  les  objets  nécessaires  pour  la  consoniniatioii  de  l’ouvrier,  nous
déeouvi-ons  un  nouveau  mardié  où  nous  puissions  nous  jiroeurer
ees  olijets  à  meilleur  compte,  les  salaires  de\ront  baisser  et  les  profits
s’aeeroitre.  Mais,  si  ees  choses  que  l’on  obtient  à  meilleur  compte,  soit
par  rextension  du  commerce  étranger,  soit  [lar  le  perfectionnement
des  machines,  ne  servent  qu’à  la  consommation  des  riches,  le  taux
des  profits  n’éprouvera  pas  de  changement.  Le  taux  des  salaires  ne
saurait  changer,  quoique  le  vin,  les  velours,  les  soieries,  et  autres
objets  de  luxe,  éprouvent  une  baisse  de  50  pourcent;  et  par  conséquent ­
  les  profits  resteront  les  memes  \
C’est  pourquoi  le  commerce  étranger,  très-avantageux  pour  un
])ays,  puisiju’il  augmente  le  nombre  et  la  variété  des  objets  auxquels
on  peut  employer  son  revenu,  et  qu’en  répandant  avec  abondance  les
denrées  à  bon  marché,  il  encourage  les  économies  et  favorise  l’accumulation ­
  des  ciqiitaux,  ce  commerce,  dis-je,  ne  tend  nullement  à
accroitre  les  profits  du  capital,  à  moins  que  les  articles  importés  ne
soient  de  la  nature  de  ceux  que  l’ouvrier  consomme.

&amp;lt;  Cette  asseilio.i,  pour  être  catégorique,  n’en  est  pas  moins  parfaitement  insoutenable. ­
  —  Si  les  prix  bai  sent,  c'est  que  les  sommes  destinées  à  acheter  ces
velours,  ces  soieries,  ces  superiluités  dont  parle  Ricardo,  ont  diminué  ou  pris  une
autre  direction.  Supposez  une  année  de  disette  où  les  populations,  inquiètes  sur
leur  existence,  voient  leurs  épargnes  se  dissiper  en  achats  de  blé;  une  année  où
les  appels  de  la  faim  étouffent  tous  les  autres  désirs,  toutes  les  autres  jouissances  :
supposez  encore  un  revirement  dans  le  goût  des  consommateurs,  un  de  ces  caprices ­
  soudains  et  inexplicables  qui  font  préférer  telle  étoffe  à  telle  autre,  telle  école
de  coiffure  ou  de  parure  à  telle  autre  école,  et  dans  les  deux  cas  vous  aboutissez  à
faire  payer  par  l’industrie  les  frais  de  ces  anomalies  des  saisons  ou  des  esprits  :  —
dans  les  deux  cas,  c’est  le  travail  qui  comble  le  déficit  créé  par  la  famine,  les  crises
financières  ou  les  mobiles  décrets  de  la  mode.  Or,  dès  que  l’on  voit  diminuer  la
somme  de  travail  à  répartir  entre  les  ouvriers,  dès  que  s’affaiblit  la  demande  de
bras,  ou  peut  en  conclure  hardiment  que  la  valeur  du  travail,  en  d’autres  termes,
les  salaires  doivent  bientôt  fléchir.  En  effet,  ce  qui  constitue  la  dotation  de  l'industrie, ­
  ce  sont  les  capitaux;  si  ces  capitaux  diminuent  par  la  baisse  des  prix,  il  y
a  atteinte  grave  portée  au  budget  des  travailleurs,  et,  dès  lors,  la  part  de  chacun  doit
s’affaiblir.  Les  profits  de  l’entrepreneur  s’amoindrissent,  et  avec  eux  l’épargne  au
moyen  de  laquelle  se  créent  les  fortunes,  et  avec  l’épargne,enfin,  ces  fortunes  mêmes ­
  (jui  sont  la  source  d’où  naissent  les  salaires.  Dire  (|ue  les  profits  peuvent  diminuer ­
  sans  qu'une  diminution  analogue  atteigne  la  rémunération  de  l’ouvrier,  c’est
donc  dire  que  les  sources  d’un  fleuve  peuvent  se  tarir  sans  (|ue  le  niveau  du  fleuve
s’abaisse  immédiatement  ;  c’est  commettre  une  erreur  (jue  le  souvenir  des  désastres ­
  de  Manches:cr,  de  Spitalfieds,  de  Coventry  et  de  l’Amérique  eût  dû  épargner ­
  à  Ricardo  A.  F.
        <pb n="157" />
        ^  4  ,

CHAI*.  VU.  —  DL  COM.MtKCL  LXTLIULl  K.
Ce  que  je  Niens  de  dire  du  commerce  extérieur  s’appliíjue  également ­
  au  commerce  intérieur.  Le  taux  des  profits  n’augmente  jamais
pai  une  meilleure  distribution  du  travail,  ni  par  l’invention  des  mac
  nues,  1  établissement  des  routes  et  des  canaux,  ou  par  tout  autre
^en  d  abiéger  le  travail,  soit  dans  la  fabrication,  soit  dans  le  trans-1
  es  mar(bandises.  Joutes  ces  causes  influent  sur  les  pi’ix,  et
toujours  très-a\  antageuses  au  consommateur,  à  qui  elles  per-*
  itdc  SC  pioeuiei  aNccle  même  travail,  ou  avec  le  même  produit,
une  plus  grande  quantité  de  la  denrée  dont  la  production  a  été  facilitée ­
  par  ses  perfectionnements  ;  mais  ellc^  n’exercent  aucune  influence
sur  les  profits.  D’un  autre  côté,  toute  diminution  dans  les  salaires
des  ouvriers  accroît  les  profits,  mais  ne  produit  aucun  effet  sur  le
prix  des  choses.  L’un  est  avantageux  pour  tous  les  membres  de  la
société,  car  tous  sont  Jes  consommateurs;  l’autre  n’est  utile  «u’aux
SlSSSHH
dans  In  V  i  lautu.  Si  les  jirofits  des  capitaux  eniplovés
les  foi,  1.  sni  passaient  ceux  des  capitaux  einplovésà  J.ondres,
passi  rail  ni  bien  \ilc  de  Londres  dans  le  York  sbire,  cl  les
        <pb n="158" />
        ion  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.  |
profits  se  lùvelleraieiit.  Mais  si  le  sol  de  l’Angleterre  devenait  moins  1
j)roductif,  ou  si  l’accroissement  des  capitaux  et  de  la  population  ve-  j
liait  à  faire  monter  les  salaires  et  à  faire  baisser  les  profits,  il  ne  j
s’ensuivrait  pas  pour  cela  que  le  capital  et  la  population  dussent  |
nécessairement  abandonner  l’Angleterre,  et  se  porter  en  Hollande,  j
en  Espagne  ou  en  Jlussie,  où  les  profits  pourraient  être  plus  élevés.
Si  le  Portugal  n’avait  aucune  relation  commerciale  avec  d  autres
pays,  au  lieu  d’employer  son  capital  et  sou  industrie  à  faire  du  \in,
avec  lequel  il  achète  aux  autres  nations  le  drap  et  la  quincaillerie  nécessaires ­
  pour  son  propre  usage,  ce  pays  se  trouverait  forcé  de  consacrer ­
  une  partie  de  ce  capital  a  la  fabrication  de  ces  articles,  qu  il
n’obtiendrait  plus  probablement  qu’en  qualité  inférieure  et  en  quantité
  moindre.
La  masse  de  vin  que  le  Portugal  doit  donner  en  échange  pour  t
drap  anglais  n’est  pas  déterminée  par  la  (quantité  respective  de  travail ­
  que  la  production  de  chacun  de  ces  deux  articles  a  coûté  ;  ce
qui  arriverait  s’ils  étaient  tous  deux  fabriqués  eu  Angleterre  ou  eu
Portugal.  ^  I
L’Angleterre  peut  se  trouver  dans  des  circonstances  telles  qu  il  lui  j
faille,  pour  fabriquer  le  drap,  le  travail  de  cent  hommes  par  an,  tan-  |
dis  que,  si  elle  voulait  faire  du  vin,  il  lui  faudrait  peut-être  le  travail
de  cent  vingt  hommes  par  an  :  il  serait  donc  de  l’intérêt  de  l’Angleterre ­
  d’importer  du  vin,  et  d’exporter  en  échange  du  drap.
Lu  Portugal,  la  fahricatioii  du  vin  pourrait  ne  demander  que  le
travail  de  quatre-vingts  hommes  pendant  une  année,  tandis  que  la  j
fabrication  du  drap  exigerait  le  travail  de  quatre-vingt-dix  hommes.
Le  Portugal  gagnerait  donc  à  exporter  du  vin  eu  échanp  pour  du
drap.  Cet  échange  pourrait  même  avoir  lieu  dans  le  cas  où  on  fabri-  ,
querait  en  Portugal  l’article  importé  a  moins  de  frais  qu  en  An^lc  |
terre.  Quoique  le  Portugal  pût  faire  son  drap  en  n’employant  que  -
&amp;lt;[uatrc-vingt-dix  hommes,  il  ])réfcrerait  le  tirer  d  un  autie  pa&amp;gt;s  où
il  faudrait  cent  ouvriers  jiour  le  fabriquer,  parce  qu  il  trouverait
plus  de  profit  à  employer  son  capital  a  la  production  du  vin,  en
échange  duquel  il  obtiendrait  de  l’Angleterre  une  (quantité  de  drap
plus  forte  que  celle  qu’il  pourrait  produire  en  détournant  une  por-  ^
tion  de  son  capital  employé  à  la  culture  des  vignes,  et  en  1  employaut
à  la  fabrication  des  draps.
])ans  ce  cas,  l’Angleterre  donnerait  le  produit  du  travail  de  cen
hommes  en  échange  du  produit  du  travail  de  quatre-vingts.  Ln
pareil  échange  ne  saurait  avoir  lieu  entre  les  individus  du  même  pays.
        <pb n="159" />
        CHAP.  Vil.  —  DU  COMMEIIŒ  EXÏÉHIEUK.  107
On  ne  peut  échanger  le  travail  de  cent  Anglais  j)our  celui  de  qnatre-Aingts
  autres  Anglais;  mais  le  produit  du  travail  de  cent  Anglais
peut  être  échangé  contre  le  produit  du  travail  de  quatre-vingts  Portugais, ­
  de  soixante  Pusses  ou  de  cent  vingt  Asiatiques.  Il  est  aisé  d’ex  -
pliqutr  la  cause  de  la  diiïércncc  qui  existe  à  cet  égard  entre  un  i)ays
plusieurs  :  cela  tient  à  l’activité  avec  laquelle  un  capital  passe
constamment,  dans  le  même  pays,  d’une  province  à  l’autre  pour
rouAtr  un  emploi  plus  proiitahle,  et  aux  obstacles  qui  en  pareil  cas
8  opposent  au  déplacement  des  capitaux  d’un  pays  à  l’autre*.

’  Un  pays  qui,  par  sa  supériorité  dans  les  machines  et  l’habileté  de  ses  ouvriers
fabrique  avec  une  plus  grande  économie  de  main-d’œuvre  que  ses  \oisins  peut  ’
avec  les  produits  de  son  industrie,  faire  venir  du  dehors  le  blé  nécessaire  à  s¡
consommation  lors  même  que  son  sol  serait  plus  fertile,  et  que  le  blé  v  vien-#####

pot  sur  les  terres.  **  —  j.  -B.  Say.
lait  Venir  “PPorteJu  dehors  sans  exiger  de  retour,  comme  lorstju’un  liomme
L'iilu  ,  '•«''«“US  acquis  au  dehors.
e  économiste  uc  s  est  pas  souvenu,  en  écrivant  ces  dein  ¡eres  lignes,  de  ses  ladies  oh.
        <pb n="160" />
        i  08  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Dans  Ia  supposition  que  nous  venons  de  faire,  les  capitalistes  de
l’Angleterre  et  les  consommateurs  des  deux  ¡)ays  gagneraient  sans
doute  à  ce  que  le  vip  et  le  drap  fussent  l’un  et  l’autre  faits  en  Portugal, ­
  le  capital  et  l’industrie  anglaise  passant  par  conséquent,  à  cet
effet,  de  l’Angleterre  en  Portugal.
Dans  le  cas  supposé,  la  valeur  relative  de  ces  deux  objets  se  réglerait ­
  d’aj)rès  le  même  principe  que  si  l’une  était  une  production  de
l’\orlvsbire  et  l’autre  de  Londres;  et  dans  tout  autre  cas,  si  les  capitaux ­
  affluent  librement  vers  les  pays  où  ils  trouvent  un  emploi  plus
profitable,  il  ne  pourra  exister  dans  le  taux  des  profits,  et  dans  le
prix  réel  des  choses,  de  différence  autre  que  celle  qui  proviendrait
du  surcroît  de  travail  nécessaire  pour  les  porter  aux  différents
marebés.
Nous  savons  cependant,  par  expérience,  que  bien  des  causes  s’opposent ­
  à  la  sortie  des  capitaux.  Telles  sont  ;  la  crainte  bien  ou  mal
loudéc  de  voir  s’anéantir  au  dehors  un  capital  dont  le  propriétaire
n’est  pas  le  maître  absolu,  et  la  répugnance  naturelle  qu’éprouve  tout
homme  a  quitter  sa  patrie  et  ses  amis  pour  aller  se  confier  à  un  gouvernement ­
  étranger,  et  assujettir  des  habitudes  anciennes  à  des
mœurs  et  à  des  lois  nouvelles.  Ces  sentiments,  que  je  serais  fùcbé  de
voir  affaiblis,  décident  la  plupart  des  capitalistes  à  se  contenter  d’un
taux  de  profits  moins  élevé  dans  leur  ])ropre  ])ays,  plutôt  que  d’aller ­
  chercher  dans  des  pays  étrangers  un  emploi  plus  lucratif  pour
leurs  fonds.

»«*rvalions  sur  Tinflufince  délétère  des  droits  élevés.  Il  est  à  peu  près  admis  en  économie  polili(|ne,
  aujourd’hui,  que  des  tarifs  qui  repoussent  les  consommateurs,  des  droits  d’entrée  qui
empêchent  l’entrée  ne  sont  pas  précisément  le  moyen  le  plus  elticace  de  grossir  les  recettes
ilu  trésor  :  et  s’il  était  même  besoin  de  faits  pour  prouver  l’éciatante  vérité  de  ce  principe,  nous
les  pourrions  puisera  pleines  mains  dans  l’histoire  de  la  consommation  de  l’Angleterre  depuis
trente  ou  (piarante  années,  et  surtout,  depuis  l’audacieuse  tentative  de  11.  Peel,  en  1842.  Nous
y  verrions  que  les  importations  ont  constamment  marché  en  sens  Inverse  des  tarifs  :  les  unes
grandissant  a  mesure  que  les  autres  fléchissaient.  Le  thé,  le  café,  le  sucre,  présentent  des  résultats ­
  miraculeux  et  qui  ont  peut-être  encore  été  dépassés  par  l’histoire  de  la  réforme  postale.
Ainsi,  le  nombre  des  lettres  en  circulation  qui,  sous  l’ancienne  législation,  s’élevait  à  75,000,100
en  1835,  a  atteint  pour  l’année  1840  le  chiffre  énorme  de  300,000,000  ;  dans  le  district  de  Londres,
l’accroissement  a  été  du  douille  en  5  ans,  et  ainsi  de  suite  pour  les  autres  villes.  Nous  avons
même  presque  honte  d’insister  sur  de  pareils  truismes  et  surtout  d’avoir  à  les  rappeler  à  un
esprit  aussi  éminent  que  celui  de  J.-3.  Say.  11  est  mort  sans  voir  ces  magniliques  et  courageuses
réformes,  mais  il  avait  en  main  assez  de  faits  et  de  logique  pour  les  prévoir  facilement.  Il
suflit  même  d’une  dose  d’intelligence  tres-médiocre  pour  comprendre  que  la  masse  des  consommateurs ­
  —  celle  qui  verse  dans  les  trésors  royaux  ou  autres  les  pluies  d’or  des  budgets  —
est  entachée  du  péché  originel  de  pauvreté  et  que  c’est  la  modicité  seule  des  droits  qui  lui
ouvre  l’accès  des  marchandises  de.  toute  nature.  Il  ne  peut  entrer  que'dans  la  cervelle  d’un
maltôlieriou  d’un  Algonquin  de  couper  l’arbre  pour  avoir  les  fruits,  de  tarir  les  sources  pour
avoir  plus  d’eau,  de  rendre  la  consommation  impossible  pour  grossir  le  nombre  des  consommateurs, ­
  de  ruiner  les  contribuables  pour  augmenter  les  contributions.  Eux  seuls  peuvent
Avoir  à  ce  point  des  yeux  pour  ne  rien  voir  et  des  mains  pour  tout  prendre.  A  F.
        <pb n="161" />
        CHAP.  Vil.  -  DU  COMMEIICE  EXTEUIEUH.  m
L  or  ct  1  argent  ayant  été  choisis  comme  agents  de  la  circulation,
la  concurrence  du  eommeree  les  distribue  parmi  les  différentes  nalons
  U  monde,  dans  des  proportions  qui  s’accommodent  au  trafic
a  ure  qui  aurait  eu  lieu  si  de  tels  métaux  n’existaient  pas,  ct  si  le
ro  ^  bornait  à  l’échange  de  leurs  produits
respectifs.
tnnTr  •’"'"■'J"“  '  l’ortugal  du  drap,  qu'au-PavsTui
  IV  T  ^  P'““  d  ur  qu'il  u'cu  a  coûté  dans  le
■
        <pb n="162" />
        110

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
\in  baisserait  en  Anjülelerre,  par  suite  des  avantages  réels  du  nouveau ­
  procédé  pour  faire  le  vin  ;  c’est-à-dire,  que  sou  ])rix  naturel
baisserait,  et  que  le  prix  relatif  du  drap  hausserait  dans  ce  pays  par
l’elTet  de  l’abondance  de  l’argent.
Supposons  encore  (pi’avant  la  découverte  du  nouveau  procédé
pour  faire  du  vin  en  Angleterre,  le  vin  s’y  vendît  50  1.  la  ])ipe  ,
et  que  le  prix  d’une  quantité  déterminée  de  drap  y  fût  de  45  1.  ;
tandis  qu’en  Portugal  la  même  quantité  de  vin  se  vendait  45  1.,
et  la  même  quantité  de  drap,  50  1.  :  le  Portugal,  dans  cette  bypotlièsc,
  exporterait  du  vin  avec  un  profit  de  5  L,  et  l’Angleterre,
en  exportant  du  drap,  aurait  un  profit  pareil.
Maintenant,  supposons  qu’après  l’introduction  du  nouveau  procédé ­
  le  vin  tombe,  en  Angleterre,  à  45  1.,  le  drap  conservant
l’ancien  prix.  Comme  toutes  les  transactions  commerciales  n’ont
d’autre  but  que  l’intérêt,  tant  que  le  négociant  pouri'a  acheter  en
Angleterre  du  drap  à  45  1.  pour  le  revendre  avec  les  bénéfices  ordinaires ­
  en  Portugal,  il  continuera  à  l’exporter  du  premier  pays  dans
le  second.  Pour  cela,  il  n’a  simplement  ([u’à  acheter  du  drap  en
Angleterre,  qu’il  paie  avec  une  lettre  de  change  sur  le  Portugal,  et
qu’il  achète  avec  de  l’argent  portugais.  Ce  que  son  argent  devient
lui  importe  peu  ;  car,  en  faisant  sa  remise,  il  a  acquitté  sa  dette.
Son  marché  est  sans  doute  réglé  par  les  conditions  auxquelles  il  peut
se  procurer  cette  lettre  de  change  ;  mais  il  les  connaît  bien  lorsqu’il
fait  scs  arrangements,  et  il  s’occupe  fort  peu  des  causes  qui  peuvent ­
  inilucr  sur  le  prix  courant  des  lettres  de  change  ou  sur  le  cours
du  change.
Si  les  prix,  dans  les  deux  marchés,  sont  favorables  à  l’exportation
des  vins  du  Portugal  en  Angleterre,  le  négociant  exportateur  sera
vendeur  d’une  lettre  de  change  qui  sera  achetée,  soit  par  le  négociant ­
  qui  importe  du  drap  d’Angleterre,  soit  par  la  personne  qui
lui  a  vendu  sa  lettre  de  change.  C’est  ainsi  que  les  négociants  des
deux  pays  ,  qui  exportent  des  marchandises,  en  touchent  le  prix
sans  qu’il  soit  besoin  de  faire  passer  de  l’argent  d’un  pays  à  l’autre  ;
et  l’argent  que  donne,  en  Portugal,  le  négociant  qui  importe  le  drap,
est  touché  par  le  négociant  portugais  qui  exporte  levin,  quoiqu’il  n’y
ait  entre  eux  aucune  relation  directe  d’intérêts.  Kn  Angleterre,  de
même,  par  la  négociation  d’une  pareille  lettre  de  change,  le  négociant ­
  qui  exporte  le  drap  est  autorisé  à  en  recevoir  la  valeur  du
négociant  qui  importe  le  vin.
Si,  cependant,  le  prix  du  vin  était  tel  qu’il  ne  convint  pas  d’en
        <pb n="163" />
        CHAI*.  VII.  —  J)L  KAltlHEUH.  m
xpoiter  poui  i  Angleterre,  l’acheteur  du  drap,  en  Portugal,  serait
(  iijours  orcé  de  se  procurer  une  lettre  de  change  ;  mais  il  la  ])aiei„norer^'^
  personne  qui  la  lui  vendrait  ne  saurait
^  3  ^  point  dans  le  marché  de  contre-lettre  movennant
It'S  deux  définitivement  balancer  les  transactions  entre
■l»:
        <pb n="164" />
        1

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
pour  les  (lcu\  pays.  Si  la  producUou  du  drap  eu  Au^letene,  ou
celle  du  vin  en  Portugal,  vouait  à  éprouver  ])lus  de  dilliculté  ;  ou
s’il  devenait  plus  aisé  à  rAugleterre  de  faire  du  vin,  ou  au  Portugal ­
  de  fabriquer  du  drap,  ce  coiniiierce  cesserait  à  l'instant  même.
Les  choses  peuvent  aussi  continuer  sur  le  même  pied  en  Portugal ­
  ,  tandis  que  l’Angleterre  peut  trouver  plus  de  profit  à  consacrer ­
  son  industrie  à  la  fabrication  des  vins  ;  et  le  commerce  d’écbange
  entre  les  deux  pays  cessera  aussitôt.  Lt  non-seulement  l’exportation ­
  des  vins  cessera  en  Portugal,  mais  il  y  aura  dans  ce  pays
une  nouvelle  distribution  des  métaux  précieux,  qui  arrêtera  les  importations ­
  de  drap.
Les  deux  pays  pourraient  peut-être  trouver  de  l’avantage  à  faire
le  vin,  ainsi  que  le  drap,  pour  leur  propre  consommation  ;  mais  on
aboutirait  à  ce  singulier  résultat,  qu’en  Angleterre,  quoique  le  vin  i
fût  à  meilleur  marché,  le  drap  aurait  renchéri,  et  le  consommateur
le  paierait  plus  cher;  tandis  qu’en  Portugal  les  consommateurs  de
drap  et  ceux  de  vin  pourraient  acheter  les  draps  et  le  vin  à  meilleur
marché.
Cet  avantage  n’est  cependant  qu’apparent  pour  le  Portugal;  car
la  quantité  totale  de  vin  et  de  drap  fabriqués  dans  le  pays  aura  diminué, ­
  tandis  que  les  produits  similaires  auront  augmenté  en  Angleterre. ­
  Le  numéraire  aura  sensiblement  changé  de  valeur  dans  les
deux  pays  :  il  aura  baissé  en  Angleterre,  et  haussé  en  Portugal.  Le
revenu  total  du  Portugal,  si  on  l’estime  en  argent,  aura  diminué;
tandis  que,  d’après  le  même  critérium,  le  revenu  total  de  l’Angleterre  ■
se  trouvera  augmenté.
Il  paraît  donc  que  l’amélioration  des  manufactures  d’un  pays  tend
à  changer  la  distribution  des  métaux  précieux  parmi  les  divers  peuples ­
  du  monde  :  elle  tend  à  accroître  la  quantité  des  denrées,  eu
même  temps  qu’elle  fait  en  général  hausser  les  prix  dans  le  pays  qui
profite  de  cette  amélioration.
Pour  simplifier  la  question,  j’ai  supposé  jusqu’ici  que  le  commerce
entre  deux  pays  se  bornait  à  deux  articles,  quoique  personne  n’ignore ­
  combien  sont  nombreux  et  variés  les  objets  qui  composent  la  j
liste  des  exportations  et  des  importations.  Le  numéraire,  en  sortant  ^
d’un  pays  pour  aller  s’accumuler  dans  un  autre,  amène  un  changement
  dans  le  prix  de  toutes  les  denrées  :  cela  favorise  l’exportation  ,
de  beaucoup  d’articles  autres  (pie  le  numéraire,  et  rend  bien  moins
sensible  l’eflet  qui  eût  été  produit  autrement  sur  la  valeur  de  l’argent  ^
dans  les  deux  pays.  ‘
        <pb n="165" />
        CHAP.  VU.  —  DU  COMMERCE  EXTÉRIEUR.
■
Pssiasl
        <pb n="166" />
        iU  PRINCIPES  DK  L’ÉC(7N0M1E  POLITIQUE.
manufactures,  aux  avantages  du  climat,  aux  ])roductions  naturelles,
et  à  beaucoup  d’autres  causes  qui  n’existent  jamais  au  même  degré
dans  deux  pays.
Mais  quoique  l’argent  soit  continuellement  soumis  à  de  telles  variations, ­
  et  qu’il  en  résulte  une  grande  différence  dans  le  prix  des
denrées  qui  sont  communes  à  presque  tous  les  pays,  cependant  ni
l’abondance  ni  la  rareté  du  numéraire  n’agissent  sur  le  taux  des  profits. ­
  L’aljondaiice  de  l’agent  de  la  circulation  n’augmentera  pas  le
ca])ital  national.  Si  la  rente  que  le  fermier  paie  à  son  propriétaire, ­
  et  les  salaires  qu’il  donne  à  ses  ouvriers,  sont,  dans  un  pays,
plus  élevés  de  20  pour  cent  que  dans  l’autre,  et  si  en  même  temps  le
capital  du  fermier  a  une  valeur  nominale  de  20  pour  cent  plus  grande,
11  aura  précisément  le  même  taux  de  profits,  quoiqu’il  vende  les
produits  bruts  de  sa  terre  20  pour  cent  plus  ober.
Les  proiits,  on  ne  saurait  trop  le  répéter,  dépendent  des  salaires,
non  des  salaires  en  valeur  nominale,  mais  des  salaires  réels.  Ce  n’est
pas  le  nombre  de  livres  sterling  que  l’on  paie  annuellement  à  l’ouvrier, ­
  mais  le  travail  du  nombre  de  jours  nécessaires  pour  acquérir
cet  argent,  qu’il  faut  considérer.  Les  salaires  jieuvent  donc  être  sur
le  même  pied  dans  deux  pays  et  être  dans  les  mêmes  rapports  avec
la  rente  et  avec  le  produit  total  des  fonds  de  terre,  quoique  le  travailleur ­
  reçoive  dans  l’un  de  ces  pays  10  scbellings,  et  dans  l’autre
12  scbellings  par  semaine.  Dans  l’enfance  des  sociétés,  quand  l’industrie ­
  et  les  manufactures  sont  encore  peu  avancées,  les  jiroduits  dé
tous  les  ])ays  sont  à  peu  près  semblables,  et  se  composent  de  denrées
volumineuses  et  d’utilité  première.  La  valeur  de  l’argent  dans  chacun ­
  de  ces  pays  tiendra  principalement  à  la  distance  a  laquelle  il
pourra  se  trouver  des  mines  d’où  l’on  tire  les  mAaux  précieux  ;  mais
à  mesure  que  les  arts  font  des  progrès,  que  les  améliorations  s’introduisent ­
  dans  la  société,  et  que  certaines  nations  excellent  dans  des
brandies  particulières  d’industrie,  quoique  la  proximité  ou  l’éloignement ­
  des  mines  inline  sur  la  valeur  des  métaux  précieux,  c’est  néanmoins ­
  la  supériorité  industrielle  qui  règle  principalement  cette
valeur.
Supposons  que  tous  les  pays  produisent  du  blé,  des  bestiaux  et
du  drap  grossier,  et  que  ce  soit  par  l’exportation  de  ces  objets  qu’ils
obtiennent,  en  retour,  de  l’or  des  pays  qui  le  produisent,  ou  des
pays  qui  en  sont  les  maîtres.  Dans  ce  cas,  l’or  vaudra  plus  en  Pologne ­
  qu’en  Angleterre,  en  raison  des  frais  plus  considérables  que  la
Pologne  aura  à  supporter  pour  transporter  un  article  aussi  volumi'
        <pb n="167" />
        CHAP.  Vil.  -  uu  COMMERCE  EXTERIEI  R.  jj,
frtis^X!  ""  et  en  raison  aussi  áv.
en  Polo'^iie  ^  ^^u^ra  supporter  pour  porter  de  l’oi
mmm
ïiSiSîrliiëi
mu
        <pb n="168" />
        116  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
l’argent  se  maintient  toujours  la  même,  on  en  donnera  davantage  en
échange  pour  du  blé;  en  d’autres  termes,  le  blé  haussera  de  prix.
Tout  perfectionnement  dans  les  machines  et  dans  les  manufactures,
qui  rendra  la  fabrication  des  objets  manufacturés  plus  aisée  et  plus
avantageuse,  déterminera  dans  le  prix  du  blé  une  hausse  analogue  ;
car  il  amènera  la  surabondance  du  numéraire,  qui,  baissant  de  valeur,
s’échangera  contre  moins  de  blé.
Mais  les  effets  de  la  hausse  du  blé,  quand  cette  hausse  provient  de
l’augmentation  de  sa  valeur  ou  de  la  dépréciation  du  numéraire,  sont
entièrement  différents.  Dans  les  deux  cas,  le  prix  métallique  des  salaires ­
  s’élèvera;  mais  si  la  hausse  vient  de  la  dépréciation  du  numéraire’,
non-seulement  les  salaires  et  le  blé,  mais  encore  toutes  les  autres  denrées ­
  hausseront.  Si  le  manufacturier  paie  de  plus  forts  salaires,  il  retirera ­
  plus  d’argent  de  ses  objets  manufacturés,  et  le  taux  des  profits
ne  variera  pas.  Mais  lorsque  le  blé  hausse  de  prix,  en  raison  de  la
difficulté  augmentée  de  sa  production,  les  profits  doivent  diminuer  ;
car  le  manufacturier  sera  obligé  de  payer  de  plus  forts  salaires,  sans
pouvoir  s’en  dédommager  par  l’augmentation  du  prix  de  ses  ouvrages ­
  manufacturés.
Tout  perfectionnement  qui  facilite  l’exploitation  des  mines,  et  au
moyen  duquel  on  obtient  les  métaux  précieux  avec  une  économie  de
travail,  doit  faire  baisser  la  valeur  de  l’argent  dans  tout  pays.  Partout
011  obtiendra  en  échange  d’une  quantité  donnée  d’argent,  une  moindre ­
  quantité  de  marchandises  ;  mais  si  un  pays  excelle  en  industrie
manufacturière,  et  si  par  conséquent  l’argent  y  afflue,  sa  valeur  y
sera  moindre,  et  les  prix  du  blé  et  de  la  main-dœuvre  y  seront
plus  élevés  relativement  à  tout  autre  pays.
Cette  augmentation  dans  les  prix  n’affecte  pas  le  cours  du  change;
car  on  peut  continuer  à  négocier  des  lettres  de  change  au  pair,  quoique ­
  les  prix  du  blé  et  de  la  main-d’œuvre  soient  dans  un  pays  10,
20  ou  30  pour  0/0  plus  élevés  que  dans  l’autre.  Dans  un  état  de
choses  tel  que  nous  le  supposons,  une  pareille  difference  dans  IcS
prix  est  dans  l’ordre  naturel  des  choses  ;  et  pour  que  le  change  reste
au  pair,  il  faut  qu’il  soit  introduit  une  quantité  suflisante  d’argent
dans  le  pays  qui  excelle  en  manufactures,  pour  y  faire  hausser  le  prix
du  blé  et  de  la  main-d’œuvre.  Si  dans  les  pays  étrangers  on  prohibait
l’exportation  du  numéraire,  et  que  cette  loi  prohibitive  pût  être
exactement  exécutée,  cela  pourrait  bien  empêcher  les  prix  du  blé  et
de  la  main-d’œuvre  de  hausser  dans  le  pays  de  manufactures  ;  car  la
hausse,  en  l’absence  d’un  papier-monnaie,  ne  peut  s’opérer  que  par
        <pb n="169" />
        CIIAl&amp;gt;.  Vil.  —  DU  COMMERCE  EXTÉRIEUR.  H7
1  aiHueiice  des  métaux  précieux  ;  mais  cette  prohibition  ne  saurait
empêcher  le  change  d’être  très-défavorable  au  j)ays  qui  l’aurait  faite.
ngleterre  était  le  pays  de  fabriques,  et  s’il  était  possible  d’em-P
  er  qu  elle  ne  reçût  de  numéraire  du  dehors,  son  change  avec
anee,  la  Hollande  et  l’Espagne  pourrait  être  de  5,  de  10  ou  de
pour  0¿0,  Contre  tous  ces  pays.
^ue  la  circulation  normale  du  numéraire  est  arrêtée
par  des  moyens  violents,  et  que  l’argent  ne  peut  trouver  son  vrai  nimm#

^■1

parce  que  les  fm-  a  valeur  en  argent  d’un  pays  à  l’aui
■s  e  transport  sont  proportionnellement  plus  considérai
        <pb n="170" />
        118  1*KINCIPES  DE  L’ÉCüNOMlE  POLlTl^jEE.
Quand  il  est  question  du  eliange  et  de  Ja  valeur  e*oni[)arative  de
l’argent  entre  deux  pays,  il  ne  faut  nullement  eonsidérer  Ja  \aleur
relative  du  numéraire,  estimée  en  denrées.  Jamais  le  taux  du  eliange
ne  peut  être  déterminé  en  eomparant  la  valeur  de  l’argent  avec
celle  du  blé,  du  drap,  ou  de  tout  autre  produit.  L’échange  n’est  que
•  la  valeur  de  la  monnaie  d'un  paN  s  comparée  à  la  \  aleur  de  la  monnaie ­
  d’un  autre  ])ays.
On  peut  encore  connaître  le  taux  du  change  entre  deux  jiays  en
comparant  la  valeur  de  leur  monnaie  avec  une  mesure  lixe,  et  commune ­
  aux  deux  pays.  Si,  par  exemple,  avec  une  traite  de  100  1.  st.
sur  l’Angleterre  on  peut  acheter  en  France  ou  en  Espagne  une  quantité ­
  de  marchandise  égale  à  celle  qu’on  achèterait  avec  une  traite
de  pareille  somme  sur  Hambourg,  c’est  une  preuve  que  le  change
entre  l’Angleterre  et  Hambourg  est  au  pair  ;  mais  si  avec  une  traite
de  1301.  sur  l’Angleterre  on  n’achète  pas  plus  qu’avec  une  de  1001.
sur  Hambourg,  le  change  sera  de  30  pour  100  eoiitrc  l’Angleterre. ­

Moyennant  100  1.  on  jieut  acheter  en  Angleterre  une  lettre  de
change  ou  le  droit  de  reéevoir  1011.  en  Hollande,  102  1.  en  France,
et  105  1.  en  Espagne.  On  dit  dans  ce  cas  (pie  le  change  est  de  1  pour
100  contre  la  Hollande,  de  2  contre  la  Franee,  et  de  5  contre  l’Espagne.
  (Ma  annonce  qu’il  y  a  pro[)orlioniiellcment  plus  de  numéraire ­
  dans  ce  pays  qu’il  ne  dcM-ait  y  en  a\oir,  et  la  \aleur  comparative ­
  du  numéraire  de  cha([ue  pa;  s  sera  bienU'd  ramenée  au  pair  si
l’on  retire  l’argent  ([ui  est  en  excès  dans  les  autres  pays,  et  si  on  le
fait  passer  en  Angleterre.
Ceux  qui  ont  soutenu  que  la  monnaie  anglaise  était  dépréciée  pendant ­
  les  dernières  dix  annt'cs,  quand  le  cours  du  change  variait  de
20  à  30  pour  100  contre  ce  pays,  n’ont  jamais  jirétendu,  eomme  on
lesen  a  accusés,  que  la  monnaie  ne  put  pas  être  d’une  plus  grande
valeur  dans  un  pays  que  dans  un  autre,  comjiaive  aux  divei’ses  marchandises. ­
  Ils  ont  seulement  soutmiu  qu’il  était  imjiossihle  d’expliquer, ­
  sans  admettre  cette  dépréciation,  comment  l’Angleterre  poinait

pour  ces  inarchaiidises  que  pour  les  métaux  précieux.  Les  différents  degréis  de
difficultés  ([u’ily  aà  transporter  les  marchandises  d’un  pays  dans  un  autre,  soit
(pie  la  difficulté  naisse  de  la  nature  des  choses  ou  des  lois,  sont  la  seule  raison
qui  établisse  une  grande  différence  de  prix  en  argent  pour  ces  marchandises  dans
les  deux  pays.  —J  -B.  Say.
        <pb n="171" />
        CHAP,  VU.  -  DU  COMMERCE  EXTÉRIEUR.  119
retenir  130  1.,  alors  que  celte  somme,  estimée  en  argent  de  Hambourg ­
  ou  de  Hollande,  ne  valait  que  100  1.
En  remettant  a  Hambourg  130  1.  en  bonnes  esjiéccs  d’Angleterre,
mime  avee  5  1.  de  frais,  je  recevrais  à  Hambourg  125  1.;  comment
aurais-je  donc  pu  consentir  à  donner  130  1.  pour  une  lettre  de  change
yui  ne  m  aurait  produit  a  Hambourg  que  100  1.,  si  mes  liv.  sterling
tuss(  lit  été  de  bonnes  espèces  ?  (ï’est  qu’elles  étaient  dégradées,  c’est
que  leur  valeur  intrinsèque  était  devenue  moindre  que  celle  des
livres  sterling  de  Hambourg,  et  qu’envovées  aux  frais  de  5  1.,  elles
n  y  valaient  que  100  1.  Personne  ne  nie  qu’avec  mes  130  1.  en
espèces  métalliques  je  pusse  avoir  1251.  à  Hambourg;  mais  avec  des
livres  sterling  en  ]»apier-monnaie  je  ne  pouvais  obtenir  que  1001.:
et  l’on  voudrait  cependant  nous  faire  croire  que  130  1.  en  papier  valaient ­
  autant  que  130  1.  en  argent  ou  en  or  !
D’autres  ont  soutenu  avec  plus  de  raison  que  130  1.  en  nanier  ne
■
"r*  '"""'1""'  ik  elmisirout  un  agent  de  oireulalinn,  .,ui,
aijti’  lappoits,  leur  parût  moins  variable  que  toutes  les
autres  matières.
        <pb n="172" />
        1-20  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
11  faut  nous  conformer  à  cette  mesure  des  valeurs  tant  que  la  loi
ne  changera  pas,  et  tant  qu’on  ne  découvrira  pas  quelque  autre
matière  dont  l’usage  puisse  nous  fournir  une  mesure  plus  parfaite
que  celle  que  nous  avons  établie.  Tant  que  l’or  sera  cette  mesure
exclusive  en  Angleterre,  le  numéraire  y  sera  déprécié  toutes  les  fois
qu’une  liv.  stcrl.  ne  vaudra  pas  cinq  gros,  trois  grains  d’or  pur,  soit
que  l’or  augmente,  soit  qu’il  diminue  de  valeur.
        <pb n="173" />
        CHAP.  VIU.  -  DE  L'IMPOT.

121

CHAPITRE  VIII.
DE  l’impôt.

L’impôt  est  cette  portion  du  produit  de  la  terre  et  de  l’industrie
un  pays,  qu  ou  met  à  la  disposition  du  gouvernement.  En  délinitive,
  cette  portion  est  toujours  payée  par  le  capital  ou  le  revenu
de  la  nation.
miniipnt  capital  d  un  pays  diminue,  ses  productions  dila
  n  ,1  tîDient,  et,  par  conséquent,  si  le  gouvernement  et
DU  continuent  a  laire  les  mêmes  dépenses  pendant  que  la
        <pb n="174" />
        123

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
reproduction  annuelle  décroît,  les  ressources  du  peuple  et  de  VÉtat
  déclineront  avec  une  rapidité  toujours  croissante,  et  la  misère,
la  mille  en  seront  les  suites  inévitables.
Maigre  l’énorme  dépense  que  le  gouvernement  anglais  a  faite
pendant  les  vingt  dernières  années,  il  paraît  certain  que  cette  déperdition ­
  de  richesse  a  été  plus  que  compensée  par  l’augmentation
de  la  production  nationale.  Non-seulement  le  capital  national  est
resté  intact,  mais  encore  il  s’est  accru  de  beaucoup,  et  le  revenu
annuel  du  peuple,  même  après  avoir  payé  les  impôts,  est  peut-être
plus  considérable  actuellement  qu’il  ne  l’a  jamais  été  à  aucune
époque  antérieure  de  notre  histoire.
Pour  preuve  de  cela,  nous  pourrions  citer  l’accroissement  de  la  population, ­
  l’extension  de  l’agriculture,  l’augmentation  de  la  marine
marchande  et  des  manufactures,  la  construction  de  nos  docks,  l’ouverture ­
  de  nouveaux  canaux,  ainsi  qu’une  grande  quantité  d’autres
entreprises  dispendieuses,  qui  prouvent  toutes  l’augmentation  du
capital  national  et  de  la  production  annuelle.  ■
Et  cependant,  il  faut  reconnaître  que  sans  les  prélèvements  de  l’impôt ­
  cet  accroissement  de  richesse  eût  été  bien  plus  rapide.  Il  est
peu  de  taxes  qui  n’aient  une  tendance  à  diminuer  la  puissance  d’accumulation ­
  inhérente  aux  capitaux.  Tout  impôt  doit  nécessairement
atteindre  le  capital  ou  le  revenu.  S’il  frappe  le  capital,  il  diminue
proportionnellement  le  fonds  dont  l’importance  règle  le  développement ­
  que  peut  recevoir  l’industrie  d’un  pays.  S’il  atteint  |
le  revenu  il  affaiblit  l’accumulation  ou  force  les  contribuables  à
combler,  par  l’épargne,  le  vide  que  fait  l’État  dans  leurs  ressources  ;
et  la  consommation  improductive  des  objets  de  luxe,  d’agrément  ou
même  de  première  nécessité  diminuera  dans  le  pays.  Certaines  taxes,
plus  que  d’autres,  sont  do  nature  à  produire  cet  effet  ;  mais  les
maux  qui  résultent  d’impôts  exagérés,  se  révèlent  moins  par  tels
ou  tels  désordres  partiels  que  par  Tiniluencc  qu’ils  exercent  sur
l’ensemble  de  la  fortune  publique.
L’impôt  n’atteint  pas  nécessairement  le  capital,  par  cela  seul  qu’il
est  assis  sur  les  capitaux,  ni  ne  porte  sur  le  revenu  parce  qu’il  est
assis  sur  le  revenu.  Si  Ton  me  fait  payer  100  liv.  sur  un  revenu
annuel  de  1,000  liv.,  ce  sera  en  effet  un  impôt  sur  le  revenu  si  jü
consens  à  ne  dépenser  que  les  900  liv.  qui  me  restent  ;  mais  ce
sera  un  impôt  sur  le  capital  si  je  continue  à  dépenser  1,000  liv.
Le  capital,  duquel  je  retire  ce  revenu  de  1,000  liv.,  peut  valoir
10,000  liv.  Un  imi&amp;gt;ôt  de  I  pour  cent  sur  ce  capital  rapporterait
        <pb n="175" />
        CliAI&amp;gt;.  VIH.  —  DE  L’IMPOT.  123
lüü  liv.,  mais  mou  capital  ne  serait  pas  entamé  si,  après  avoir  payé
cet  impôt,  je  me  contentais  de  ne  déjieiiser  que  900  liv.
d^  iiomine  a  de  maintenir  son  rang  dans  le  monde,
sont  intacte  sa  fortune,  fait  que  la  jiliipart  des  impôts
les  revenu,  qu’ils  se  trouvent,  d’ailleurs,  assis  sur
imn  '  i  revenus,  l’ar  conséquent,  à  mesure  que  les
po  s  augmentent,  ainsi  que  les  dépenses  du  gouvernement,  la  déuise
  annuelle  de  la  nation  doit  diminuer,  à  moins  que  le  peuple
nor  !|"^^,^"Ki«enter  son  capital  et  son  revenu  dans  les  mêmes  pronlntout
  gouvernement  d’encourager  lette
Éigps—
ta#

sHHfîf
        <pb n="176" />
        124  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
&amp;gt;&amp;gt;  pôt  :  plus  il  sera  obligé  de  payer  comme  impôt,  moins  il  sera
«  disposé  à  donner  comme  prix.
»  De  tels  impôts  tombent  donc  presque  toujours  sur  une  per-•
  sonne  qui  est  déjà  dans  un  état  de  nécessité,  et  ils  doivent  être
V  par  conséquent  durs  et  oppressifs.  Les  droits  de  timbre  et  les
»  droits  d’enregistrement  des  obligations  et  contrats  pour  argent
«  prêté  tombent  en  entier  sur  l’emprunteur,  et  dans  le  fait  ils
&amp;gt;»  sont  toujours  payés  par  lui.  Les  droits  de  la  même  espèce  sur
»  les  actes  de  procédure  tombent  en  entier  sur  les  plaideurs  ;  ils
»  réduisent,  pour  les  deux  parties,  la  valeur  de  l’objet  en  litige.
&amp;gt;&amp;gt;  Plus  il  nous  en  coûte  pour  acquérir  une  propriété,  moins  elle  a
»  nécessairement  pour  nous  de  valeur  nette  quand  elle  est  acquise.
"  Tous  les  impôts  établis  sur  des  mutations  de  toute  espèce  de
»  propriété,  en  tant  qu’ils  diminuent  la  valenr  capitale  de  cette
»  propriété,  tendent  à  diminuer  le  fonds  destiné  à  l’entretien  du
»  travail  productif;  tous  sont  plus  ou  moins  des  impôts  dissipa-»
  teurs  qui  augmentent  le  revenu  du  souverain  :  or,  le  souverain
»  entretient  généralement  des  travailleurs  improductifs  aux  dépens
«  du  capital  du  peuple,  qui  n’entretient,  lui,  jamais  que  des  ouvriers
»  productifs.  »
Mais  ce  n’est  pas  là  la  seule  objection  contre  les  impôts  sur  les  j
transmissions  de  propriété.  Ils  cmpêcbent  encore  le  capital  national ­
  de  se  distribuer  de  la  manière  la  plus  avantageuse  pour  la  j
société.  Pour  la  prospérité  générale,  on  ne  saurait  donner  trop  de  j
facilité  à  la  transmutation  et  à  l’écbange  de  toutes  sortes  de  propriétés ­
  ;  car  c’est  par  ce  moyen  que  toute  espèce  de  capital  peut
arriver  à  ceux  qui  l’emploieront  le  mieux,  en  augmentant  les  })roductions
  du  pays.  «  Pourquoi,  dit  M.  Say,  cet  bomme  veut-il  ven-«
  dre  sa  terre?  C’est  parce  qu’il  a  eu  vue  l’établissement  d’une
»  industrie  dans  laquelle  ses  fonds  lui  rapporteront  davantage
"  Pourquoi  cet  autre  veut-il  acheter  la  même  terre?  C’est  pour
&amp;gt;»  placer  des  fonds  qui  lui  rapportent  trop  peu  ou  qui  sont  oisifs,
"  bien  parce  qu’il  la  croit  susceptible  d’améliorations.  La  trans-»
  mutation  augmente  le  revenu  général,  puisqu’elle  augmente  le
»  revenu  des  deux  contractants.  Si  les  frais  sont  assez  considéra-»
  bles  pour  empêcher  l’affaire  de  se  terminer,  ils  sont  un  obsta-»
  de  à  cet  accroissement  du  revenu  de  la  société.  »
Ces  sortes  d’impôts  sont  d’une  perception  aisée,  et  bien  des  personnes ­
  paraissent  croire  que  cela  compense  jusqu’à  un  certain
point  les  mauvais  effets  qu’ils  produisent.
        <pb n="177" />
        ■

■

CHAP.  IX.  _  DES  IMPOTS  SDR  LES  PRODITTS  NATURELS.  lîTi

CHAPITRE  IX.
PES  IMPOTS  SIR  les  produits  RATURELS.
        <pb n="178" />
        120

i'RiNciPEs  DE  L’Economie  politique.
J
si  le  prix  (les  produits  agricoles  ne  montait  pas  assez  pour  dé-  j
dommager  le  cnltivateiir  de  l’impôt  qu’il  est  tenu  de  payer,  il  j
(quitterait  probablement  un  genre  d’industrie  dans  lequel  scs  pro-  I
lits  se  trouveraient  réduits  au-dessous  du  niveau  général.  Cela  fc-  ,
rait  diminuer  l’approvisionnement  jusqu'à  ee  que  la  demande  sou-  t
tenue  des  produits  agricoles  les  fit  hausser  au  point  d’en  rendre  la  *
culture  aussi  profitable  que  serait,  en  général,  l’emploi  des  fonds
dans  les  autres  genres  d’industrie.
Ce  n’est  que  par  la  hausse  des  prix  que  le  cultivateur  pourra
])ayer  scs  contributions,  en  continuant  à  retirer  de  son  capital
(‘mployé  les  ])rofits  ordinaires.  11  ne  peut  prendre  la  valeur  de  ■
ses  impcHs  sur  la  rente,  en  forçant  ainsi  son  propriétaire  à  payer  ;
l’impéit,  puisífu’il  ne  paie  pas  de  rente.  11  ne  peut  le  jircndre  sur  |
ses  profits,  car  il  n’y  aurait  aucune  raison  pour  qu’il  continuât  |
une  industrie  si  peu  lucrative,  alors  que  toutes  les  autres  branches  \
du  travail  en  donneraient  de  plus  considérables.  11  est  donc  in-  k
dubitable  (qu’il  pourra  élever  le  qirix  de  ses  jiroduits  bruts  d’uHe  |
valeur  égale  à  celle  de  l’impéit.
Ainsi  donc,  l’impôt  sur  le  qiroduit  agricole  n’est  payé  ni  par  le
proqiriétaire  ni  par  le  fermier;  c’est  le  consommateur  qui,  payant  ecs  í
denrées  plus  cher,  acquitte  l’imqiôt.  |
Il  faut  se  rappeler  (que  la  rente,  ou  les  profits  des  fonds  de  terre,  j
est  la  diiïércnce  qui  existe  entre  les  produits  obtenus  par  des  quan-  j
tités  égales  de  travail  et  de  capital  cmqiloyécs  sur  des  terrains  de  ¡
qualité  différente  ou  semblable.  Il  faut  se  rappeler  aussi  que  la  rente  11
en  argent  et  la  rente  en  blé  ne  varient  pas  dans  une  môme  proqiortion.  :  ;
Par  l’effet  d'un  impôt  sur  les  denrées  agricoles,  tel  (qu’une  contribution ­
  foncière  ou  une  dime,  la  rente  en  blé  changera,  tandis  que
celle  en  argent  restera  la  même.

d’influence  sur  la  quantité  et  le  prix  des  produits  généraux.  Il  faudrait  qu’un  :
nouvel  impôt  sur  les  produits  des  terres  filt  considérable  au  point  de  faire  aban-  !
donner  des  terres  actuellement  en  culture,  pour  qu’il  fit  augmenter  le  prix  des
blés-  Si  un  tel  impôt  n’augmente  pas  sensiblement  l’étendue  des  terrains  en  friche, ­
  on  ne  voit  pas  pourquoi  le  prix  des  blés  augmenterait,  puisque  l’approvision-  !
nement  serait  le  même.  Le  gouvernement  ou  le  clergé  lèveraient  des  dîmes  en  j
nature,  que  le  prix  du  blé  resterait  encore  le  même,  puisque  la  même  quantité  I
de  ce  produit  irait  sur  le  marché,  serait  jetée  dans  la  circulation  par  les  collecteurs
à  défaut  des  cultivateurs.  Tout  impôt  de  ce  genre,  à  moins  qu’il  ne  soit  exagéré^
ne  peut  donc  que  diminuer  les  profits  du  propriétaire  et  ceux  du  cultivateur,  san^^  I
faire  renchérir  le  produit  des  terres.  —  J.-IL  Say.
        <pb n="179" />
        CHAP.  IX.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  PRODUITS  NATURELS.  187
Si,  comme  nous  l’aAons  déjà  supposé,  la  terre  en  culture  est  de
tiois  qualités  différentes,  et  que  par  l’emploi  d’un  capital  pareil  on
obtienne

180  quarters  de  blé  du  terrain  n°  1,
170  —  du  —  n”2,
ICO  —  du  —  n“  3;
O  ..  \  Paierait,  de  rente,  20  quarters,  qui  sont  la  différence  entre  le
*##
en  déduisant  la  valeur  de

Produit  net  en  blé.

N»  2  rapportant.  .  .  .  .  .
en  déduisant  la  valeur  de.

Produit  net  en  blé.  .
N*  3  rapportant.  .  .  .
en  déduisant  la  valeur.

180
10.  3

103.  7
170
15.

sur  180  quarters  ]

Produit  net  en  argent

154.  0
100
14.  6

1.  720
par  quarter  sur  170  quarters!  L  68
Produit  net  en  argent..  .  .  .ITgsÔ
quarters  à  4  1.8  s.  ....  ,
quarters  a  41.8  s..,  ou  8s*  ■
par  quarter  sur  100  quarters!  1.  04

T'""'"
gfipia
P  le  blé  toinlMi  donc  sur  b^s  consommateurs,  et  fail
        <pb n="180" />
        128  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
augmenter  le  prix"du  blé,  par  rapport  à  celui  des  autres  denrées,
dans  un  degré  proportionné  à  l’impôt.  Et  selon  qu’il  entre  plus  ou
moins  de  matières  premières  dans  la  composition  des  autres  marchandises, ­
  la  valeur  de  ces  dernières  haussera  aussi,  à  moins  que  les
effets  de  l’imjxH  ne  soient  contre-halancés  par  d’autres  causes.  Ces
marchandises  se  trouveraient  en  effet  frappées  d’un  impôt  indirect,
et  leur  valeur  hausserait  à  proportion  de  l’impôt.  i
Un  impôt  sur  les  produits  agricoles  et  sur  les  objets  de  première
nécessité  pour  l’ouvrier  aurait  encore  un  autre  effet,  celui  de  faire
hausser  les  salaires.  Par  une  suite  des  causes  qui  règlent  la  popula-  ,
tion  et  qui  augmentent  l’espèce  humaine,  les  salaires  les  plus  faibles  |,
ne  se  maintiennent  jamais  beaucoup  au-dessus  du  taux  que  la  na-  j,
ture  et  l’habitude  exigent  pour  l’entretien  des  ouvriers.  Cette  classe
d’hommes  ne  peut  jamais  supporter  aucune  portion  considérable
de  l’impôt;  et  par  conséquent,  si  elle  était  tenue  de  payer  8  schcllings
de  plus  par  quarter  de  blé,  et  un  peu  moins  à  proportion  pour  les  |
autres  denrées,  elle  ne  pourrait  pas  subsister  au  moyen  des  anciens
salaires.  Les  salaires  doivent  donc  nécessairement  hausser  ;  et  à  me-  ^
sure  qu’ils  haussent,  les  proiits  devront  baisser.  Le  gouvernement
percevrait  un  impôt  de  8  sh.  par  quarter  sur  tout  le  blé  consommé
dans  le  pays,  et  une  partie  de  cet  impôt  serait  payée  directement
par  les  consommateurs  de  blé;  l’autre,  payée  indirectement  par
les  personnes  qui  emploient  des  ouvriers,  influerait  sur  les  profits
de  la  même  manière  que  si  les  salaires  eussent  haussé  par  la  demande ­
  plus  forte  d’ouvriers  comparée  à  l’offre,  ou  si  cette  hausse
eût  été  causée  par  une  difficulté  croissante  d’obtenir  la  nourriture
et  les  objets  nécessaires  à  U  entretien  des  travailleurs.
Eu  tant  que  l’impôt  frappe  les  consommateurs,  c’est  un  impôt  égal  ;  '
mais  il  est  inégal  en  tant  qu’il  affecte  les  profits,  puisqu’il  ne  pèse  ni  :
sur  le  propriétaire  foncier,  qui  continue  a  recevoir  les  mêmes  rentes
en  argent,  ni  sur  le  capitaliste,  qui  retire  les  mêmes  intérêts  de  son
capital.  Un  impôt  Sur  le  produit  de  la  terre  opérera  donc  de  la  ma-  i
nière  suivante  :  |
1  ®  Il  fera  hausser  le  prix  des  produits  de  la  terre  d’une  somme  égale
à  celle  de  l’impôt,  et  devra  par  eonséquent  tomber  sur  chaque  consommateur ­
  en  proportion  de  sa  consommation  ;
2®  Un  tel  impôt  devra  augmenter  le  prix  de  la  main-d’œuvre,  et  |
faire  baisser  les  profits.
On  peut  donc  faire  contre  cet  impôt  les  objections  suivantes  :
1®  Cet  impôt,  en  faisant  hausser  le  prix  de  la  main-d’œuvre,  et  en  ,
        <pb n="181" />
        ''"’OTS  Sim  (.ES  PlidDülTS  NATlnEI.S.  (äf
==i§s=S5:s
m§mmà
mm,

iiSHSH'SSsSS
        <pb n="182" />
        i30  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
effet  sur  le  prix  des  salaires,  et,  dans  d’autres  cas,  la  hausse  des  salaires ­
  précède  celle  du  blé  ;  quelquefois  aussi  l’effet  est  lent,  et  quelquefois, ­
  au  contraire,  assez  rapide.
11  me  semble  que  ceux  qui  soutiennent  que  c’est  le  prix  des  objets ­
  de  première  nécessité  qui  règle  le  prix  de  la  main-d’œuvre,  eu
égard  toujours  à  l’état  particulier  des  progrès  de  la  nation,  admettent ­
  trop  facilement  qu’une  hausse  ou  une  baisse  dans  le  prix  des
objets  de  première  nécessité  n’est  suivie  que  lentement  d’une  pareille
hausse  ou  baisse  des  salaires.  Le  haut  prix  des  vivres  peut  provenir
de  causes  très-différentes,  et  peut  par  conséquent  produire  des  effets ­
  très-différents  aussi.  11  peut  venir  :

l’attention  du  penseur,  de  l’économiste.  Cette  célérité  qui  suffit  à  l’auteur,  dont
la  plume  glisse  sur  ces  redoutables  problèmes,  se  traduit  eu  une  effrayante  et
longue  agonie  pour  les  classes  sur  lesquelles  retombent  les  crises  financières.
Une  heure,  un  jour,  une  année  ne  sont  rien  pour  des  théories  scientifiques
dont  le  domaine  est  l’infini,  dans  le  temps,  dans  l’espace  ;  mais  ils  sufGsent  pour
décider  de  l’agonie  ^d’une  famille,  et  de  la  ruine  d’une  industrie.  A  la  longue,
sans  doute,  l’équilibre  entre  les  salaires  et  les  subsistances  tend  à  se  rétablir,  et,  à
prendre  l’histoire  de  1  industrie  par  catégories  de  siècles,  on  verra  croître  parallèlement ­
  le  niveau  des  salaires  et  celui  des  prix  ;  mais  combien  de  transitions
cruelles,  cachées  sous  cette  vaste  enveloppe  des  siècles,  viennent  démentir  l’assertion ­
  de  Ricardo!  combien  de  convulsions  ont  démontré  la  lenteur  avec  laquelle ­
  s’opère  la  hausse  des  salaires,  et  la  rapidité  avec  laquelle,  au  contraire,
ils  s’abaissent  dans  les  années  de  disette.  Les  faits  abondent  pour  certifier  ce
douloureux  martyrologe.  Ainsi,  pour  chercher  nos  exemples  dans  la  terre  classique ­
  des  crises  industrielles,  ou  a  toujours  vu,  eu  Angleterre,  les  époques  de
grande  cherté  correspondre  avec  celles  des  salaires  réduits  et  msullisants.  Eu
1804,  le  prix  du  blé  étant  de  44  sh.  10  s.,  le  salaire  des  agriculteurs  s’éleva  à
8  sh.  Eu  1817,  les  prix  ayant  atteint  100  sh.  5  d.,  les  salaires  s’arrêtaient  à
12  sh.  ;  —  posant  ainsi  un  accroissement  de  200  ®/o  ^dans  les  prix,  en  face  d’un
accroissement  de  33  “/o  seulement  dans  les  salaires.  Adam  Smith  avait  entreru
ce  jeu  fatal  des  salaires  et  des  subsistances,  et  les  événements  l’ont  mis  hors  de
doute  avec  une  impitoyable  rigueur.  11  n’a  manqué  à  Ricardo,  pour  rester  convaincu ­
  de  l’erreur  où  il  s’est  laissé  entraîner,  que  d’assister  au  drame  lugubre  qui
se  joua  eu  1839-40-41,  dans  les  districts  manufacturiers  de  l’Angleterre.  11  eût  pU
voir  la  réserve  de  la  Rauque  descendre  de  9,302,000  L  à  3,500,000  I.,  le  nombre
des  faillites  s’élever  en  quatre  ans  de  800  à  1,500,  la  taxe  des  pauvres  grandir  à
Oldham  de  159  °¡o,  à  Bolton,  de  304  ®/o,  enfin,  le  pays  se  dépeupler  par  l’éungration,
  la  mort  et  les  prisons.  Quelques  mois  suffirent  pour  répandre  ces  calamités ­
  sur  la  puissante  Albion,  et  il  lui  fallut  cinq  ans  d’efforts,  de  sacrifices  pour
réparer  ses  forces,  reprendre  son  aplomb  et  se  remettre  en  marche  avec  son  énergique ­
  mot  d’ordre  ;  AU  right  ?  Que  deviennent,  en  présence  de  tous  ces  faits,
degrés  très-différents  de  célérité  que  Ricardo  affirme  ici  pour  les  combattre
un  peu  plus  loin  ?  A.  b,
        <pb n="183" />
        CHAP.  IX.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  PRODUITS  NATURELS.
Í  I)  un  défaut  d’approvisionnement;

431

2  D  une  demande  graduellement  croissante,  qui  peut  à  la  longue
occasionner  une  augmentation  des  frais  de  production;
I)  une  baisse  dans  la  valeur  de  la  monnaie;
4”  Des  impôts  sur  les  objets  de  première  nécessité.
oh\TA  T  ^  connaître  l’influence  de  la  cherté  des
■
        <pb n="184" />
        132  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE,
ne  peut  augmenter  qu’autant  que  le  peuple  possède  plus  de  moyens
de  payer  ce  dont  il  a  envie.  L’accumulation  des  capitaux  produit
naturellement  une  concurrence  plus  active  parmi  les  personnes  qui
emploient  des  ouvriers,  et  par  conséquent  fait  hausser  le  prix  de  la
main-d’œuvre.  Les  salaires,  ainsi  augmentés,  ne  sont  pas  dépensés
uniquement  en  nourriture;  ils  fournissent  d’abord  au  travailleur  les
moyens  d’augmenter  ses  autres  jouissances.  Cependant  ce  changement
heureux  dans  sa  condition  le  porte  à  se  marier,  et  le  met  en  état  de  le
faire  ;  et  alors  le  besoin  de  plus  de  nourriture  pour  soutenir  sa  famille,
le  force  naturellement  à  renoncer  à  la  jouissance  des  autres  objets  auxquels ­
  il  employait  auparavant  une  grande  partie  de  ses  salaires.
Le  blé  hausse  donc  parce  que  la  demande  en  est  plus  forte,
parce  qu’il  y  a  dans  la  nation  des  individus  qui  ont  plus  de  moyens
pour  le  payer;  et  les  prolits  du  cultivateur  hausseront  au-dessus
du  niveau  ordinaire  des  profits,  tant  que  la  quantité  nécessaire  de
capital  n’aura  pas  été  consacrée  à  augmenter  la  production  du  hlé.
Mais  quand  ce  fait  aura  eu  lieu,  le  hlé  reviendra  a  son  ancien  prix
ou  restera  constamment  plus  cher,  selon  la  (¡ualité  des  terrains
qui  auront  servi  à  produire  la  quantité  additionnelle.  Si  ces  terrains ­
  ont  une  fertilité  égale  à  celle  des  terres  (j^u’on  a  cultivées  les
dernières,  et  si  leur  culture  n’a  pas  exigé  plus  de  travail,  le  prix
reviendra  à  l’ancien  taux;  mais  si  les  terrains  (jui  ont  fourni  le  surcroît ­
  d’approvisionnement  sont  moins  fertiles,  le  hlé  se  maintiendia
constamment  plus  cher  (ju’il  n’était  auparavant.  Dans  le  premier  cas,
la  hausse  des  salaires  venait  de  la  plus  grande  demande  de  bras,  et
comme  elle  favorisait  les  mariages,  et  fournissait  à  l’entretien  des  enfants, ­
  elle  augmentait,  en  elfet,  le  nombre  des  travailleurs.  Mais  aussitôt ­
  que  le  nombre  des  bras  sera  en  rapport  avec  la  quantité  de
travail,  les  salaires  reviendront  a  leur  ancien  taux,  si  le  hle  des((nd
à  son  ancien  prix  :  les  salaires  se  maintiendront,  au  contiaiie,  au
dessus  de  leur  ancien  taux,  dans  le  eas  où  des  récoltes  plus  aban
dantes  de  blé  auront  (  té  produit(iS  sur  des  terres  d  une  moins
bonne  qualité  que  celles  (jui  avaient  été  cultivées  les  dernières.
]jcs  prix  élev(%  ne  sont  nullement  incompatibles  avec  un  ap'
provisionnement  plus  abondant  ;  et  les  prix,  nubne,  sont  élevés,
non  parce  qu’nne  denrée  est  peu  abondante,  mais  paree  qu  elle
exigé  plus  de  frais  de  production.  11  arrive  en  général  que  (¡uand
un  encouragement  a  été  donné  à  la  pojiulation,  le  Uct  (|ui  en  résulte ­
  va  au  delà  de  ce  que  les  circonstances  exigent;  la  population
peut  augmenter,  et  augmente  réellement  en  général,  à  un  point
        <pb n="185" />
        CHAP.  IX.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  PRODUITS  NATURELS  133
tel,  que,  malgré  l’accroissement  du  travail  à  accomplir,  elle  se
rouve  plus  forte  par  rapport  aux  fonds  destinés  à  l’entretien  des
ravai  eurs  quelle  ne  l’était  avant  l’augmentation  du  capital.
ns  ce  cas  il  y  aura  reaction,  les  salaires  baisseront  au-dessous
.  l^i^eau  naturel,  et  s  y  tiendront  jusqu’à  ce  que  la  propor-.on
  „rd,„a.rc  entre  l'offre  et  la  ,lemán,le  soit  rétablie.  Dans  ee
■
««rieoles/::;:
        <pb n="186" />
        m  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
nécessairement  sur  la  quantité  de  ces  produits,  ni  sur  le  nombre
des  individus  (|ui  ont  les  moyens  de  les  acheter  et  la  volonté  de
les  consommer.  Il  est  très-aisé  de  voir  pour(|uoi,  lorsque  le  capital
d’un  pays  s’accroît  d’une  manière  irrégulière,  les  salaires  haussent
tandis  que  le  prix  du  blé  reste  stationnaire,  ou  baisse  dans  uue
moindre  proportion,  et  cela  pendant  un  espace  considérable  de
temps  :  c’est  parce  que  le  travail  est  une  marchandise  qu’on  ne
peut  augmenter  ou  diminuer  à  volonté.  Si  dans  le  marché  il  y  a
trop  peu  de  chapeaux  pour  satisfaire  à  la  demande,  leur  prix  montera, ­
  mais  ce  ne  sera  que  pour  peu  de  temps  ;  car  dans  le  corn’s
d’un  an,  en  consacrant  un  plus  fort  ca})ital  à  cette  fabrication,
on  peut  augmenter  la  fourniture  des  chapeaux,  de  telle  sorte  que
leur  prix  courant  n’excède  pas  longtemps  leur  prix  naturel.
Mais  il  n’en  est  point  de  même  des  hommes;  on  ne  peut  pas  en  augmenter ­
  le  nombre  dans  un  ou  deux  ans,  aussitôt  qii  il  y  a  une  augmentation ­
  de  capital  ;  pas  plus  qu’on  ne  peut  en  diminuer  le  nombre
lorsque  le  capital  va  en  décroissant  ;  par  conséquent  le  nombre  des
bras  n’augmentant  ou  ne  diminuant  que  lentement,  pendant  que  les
fonds  destinés  à  l’entretien  des  travailleurs  s’accroissent  ou  diminuent
rapidement,  il  faut  nécessairement  qu’il  y  ait  un  intervalle  de  temps
considérable  avant  que  le  prix  de  la  main  d’œuvre  soit  exactement  en
rapport  avec  le  prix  du  blé  et  des  articles  de  première  nécessité.  Âlais
dans  le  cas  de  la  dépréciation  de  la  monnaie  ou  dans  celui  d’un  impôt ­
  sur  le  blé,  il  n’y  a  nécessairement  ni  excès,  ni  insulïisance  des
travailleurs,  et  par  conséquent  il  ne  peut  y  avoir  de  cause  pour  que
l’ouvrier  éprouve  une  diminution  de  salaire.
Un  impôt  sur  le  blé  n  en  diminue  pas  nécessairement  la  quantité  ;
il  ne  fait  qu’en  augmenter  le  prix  en  monnaie.  Un  pareil  impôt  ne
diminue  pas  nécessairement  la  demande  de  bras  comparée  à  1  offre  ;
pourquoi  donc  diminuerait-il  la  part  qui  est  ])ayée  au  travailleur?
Supposons  que  cct  impôt  diminue  en  effet  la  part  du  travailleur,  ou,
en  d’autres  termes,  qu’il  ne  fass(‘  pas  hausser  ses  prolits  évalués  en
monnaie,  eu  proportion  de  la  hausse  que  l’impôt  a  produite  dans  le
prix  du  blé  que  consomme  le  travailleur;  dans  ce  cas  l’approvisionnement ­
  ou  l’offre  de  blé  n’cxcéderait-elle  pas  la  demande?  le  blé  ne
baisserait-il  pas  de  prix?  et  conséquemment  le  travailleur  n  obtiendrait-il ­
  pas  sa  part  ordinaire?  Dans  un  tel  cas,  on  détournerait  à  la
vérité  les  capitaux  de  leur  emploi  dans  l’agriculture;  car  si  le  prix  des
produits  ne  haussait  pas  de  tout  le  montant  de  l’impôt,  les  profits
du  cultivateur  deviendraient  moindres  que  le  taux  général  des  pro-
        <pb n="187" />
        CHAP.  IX.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  PRODUITS  NATURELS.  I%X
fits,  et  les  capitaux  iraient  chercher  un  emploi  plus  avantageux*.
Pour  ce  qui  regarde  donc  l’impôt  sur  les  produits  agricoles,  qui
est  1  objet  en  question,  il  me  paraît  qu’entre  la  hausse  du  prix  de  ces
produits  et  celle  des  salaires,  il  ne  saurait  y  avoir  un  intervalle  pendant ­
  lequel  le  travailleur  se  trouve  en  détresse  ;  et  je  pense  par  conséquent ­
  que  la  classe  ouvrière  ne  souffrirait  pas  plus  de  cet  impôt  que
de  tout  autre;  la  seule  chose  à  craindre  serait  que  l’impôt  n’entamât
les  fonds  destinés  à  l’entretien  des  ouvriers,  ce  qui  pourrait  suspendre
ou  diminuer  la  demande  de  bras.
Quant  à  la  troisième  objection  contre  les  impôts  sur  les  produits
agricoles,  objection  fondée  sur  ce  que  la  hausse  des  salaires  et  la  diminution ­
  des  profits  s’opposent  à  l’accumulation  du  capital,  comme
le  ferait  un  sol  ingrat,  j’ai  déjà  essayé  de  prouver,  dans  une  autre
partie  de  cet  ouvrage,  que  les  économies  peuvent  tout  aussi  bien  se
faire  sur  la  dépense  que  sur  la  production,  et  par  une  baisse  dans  la
valeur  des  denrées  aussi  bien  que  par  une  hausse  dans  le  taux  des
profits.  En  élevant  mes  profits  de  1,000  1.  à  1,200  1.,  pendant  que  les
prix  restent  les  mêmes,  j’ai  le  moyen  d’augmenter  mon  capital  par  des
épargnes  ;  mais  je  l’augmenterais  bien  mieux  si  mes  profits  restant  les
mêmes  que  par  le  passé,  le  prix  des  denrées  baissait  au  point  qu’il
me  suffît  de  800  1.  pour  payer  ce  qui  me  coûtait  auparavant  1,000.
L  impôt,  sous  quelque  forme  qu’il  soit  assis,  n’offre  le  choix
qu  entre  plusieurs  maux.  S’il  ne  porte  pas  sur  les  profits,  il  frappe

eut  tre  M.  Ricardo  ne  tient-il  pas  assez  de  compte  de  la  difficulté  que  les
capi  aux  ont,  ans  beaucoup  de  cas,  pour  changer  d’emploi.  Un  très-grand  nomre
  entrepreneurs  d  industrie  (  et  par  cette  expression  j’entends  ceux  qui  einp
  oient  soit  dans  I  agriculture,  soit  dans  les  manufactures,  soit  dans  le  commerce,
es  capitaux  qui  appartiennent  soit  à  eux-mêmes,  soit  aux  autres)  ;  un  grand
nom  re  d  entrepreneurs  d’industrie  sont  obligés  de  faire  marcher  leurs  capitaux
avec  eux,  c  est-à-dire  de  les  laisser  dans  l’emploi  où  ils  restent  eux-mêmes.  L’agricu
  ture  d  un  canton  a  beau  devenir  moins  avantageuse  à  ceux  qui  l’exercent
que  ne  le  serait  toute  autre  profession,  ils  n’en  restent  pas  moins  agriculteurs,
parce  que  telles  sont  leurs  habitudes,  tels  sont  leur  expérience  et  leurs  talents.
n  en  peut  ire  autant  d  un  manufacturier.  Or,  si  cet  homme  reste  manufacturier ­
  ou  cultivateur,  il  laisse  dans  son  genre  d’industrie  les  capitaux  qui  marchent
nécessairement  avec  lui,  c’est-à-dire  ceux  qui  lui  appartiennent,  et  même  les
capitaux  d’emprunt.  Relativement  à  ceux-ci,  il  en  paie  bien  toujours  l’intérêt,
mais  il  n  y  fait  point  de  profit  par  delà  les  intérêts  ;  il  peut  même  en  tirer  moins
e  profit  qu  il  n  en  paie  d’intérêts,  sans  cependant  interrompre  durant  de  nonireuses
  années  une  entreprise  qui,  à  capital  égal,  à  mérite  égal  dans  son  tntrepreneur,
  rapporte  moins  que  beaucoup  d’autres  entreprises.  —  J.-B.  Say.
        <pb n="188" />
        ^3ß  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
la  dépense;  et  pourvu  que  le  poids  eu  soit  également  réparti,  et  qu’il
ne  s’oppose  point  à  la  reproduction,  il  importe  peu  qu’il  soit  assis
sur  les  profits  ou  sur  la  dépense.  Des  impôts  sur  la  production  ou  sur
les  profits  du  capital,—qu’ils  soient  assis  immédiatement  sur  les  profits, ­
  ou  bien  qu’assis  sur  la  terre  ou  sur  ses  produits,  ils  les  affectent
indirectement,  —  ont  sur  tout  autre  impôt  cet  avantage,  qu’aucune
classe  de  la  société  ne  peut  s’y  soustraire,  et  que  chacune  y  contribue
selon  ses  facultés.
Un  avare  peut  se  soustraire  aux  impôts  sur  les  dépenses;  avec  un
revenu  de  10,000  1.  par  an,  il  peut  n’en  dépenser  que  .TOO  1.  ;  mais
il  ne  saurait  échapper  aux  impôts  directs  ou  indirects  sur  les  profits  ;
il  y  contribuera  en  cédant  une  partie  de  ses  produits  ou  une  partie
de  leur  valeur;  ou  bien,  par  suite  de  l’augmentation  du  prix  des  objets ­
  essentiellement  nécessaires  à  la  production,  il  ne  pourra  plus
grossir  son  capital  dans  la  même  proportion  que  par  le  passé.  11
conservera  un  revenu  de  même  valeur,  mais  il  ne  pourra  pas  disposer ­
  d’un  aussi  grand  nombre  de  bras,  ni  d’une  quantité  pareille  de
matériaux  propres  à  employer  ces  bras.
Si  un  pays  se  trouve  isolé  de  tous  les  autres,  n’ayant  point  de  commerce ­
  avec  ses  voisins,  il  n’aura  le  moyen  de  rejeter  aucune  portion
de  ses  impôts  sur  les  autres  nations.  Une  partie  de  ses  produits  territoriaux ­
  et  industriels  sera  consacrée  au  service  de  l’Ktat,  et  à  moins
que  les  impôts  ne  pèsent  d’une  manière  inégale  sur  la  classe  qui  épargne ­
  et  qui  accumule,  il  importera  fort  peu,  selon  moi,  qu’ils  soient
levés  sur  les  profits,  sur  les  produits  du  sol  ou  sur  ceux  des  manufactures. ­
  Si  mon  revenu  annuel  est  de  1,000  1.,  et  que  je  sois  tenu  de
payer  100  1.  d’impôts,  il  m’importera  peu  de  prendre  cette  somme
sur  mon  revenu,  qui  se  trouvera  ainsi  réduit  a  000  I.,  ou  de  payer
100  1.  de  plus  les  produits  de  l’agriculture  ou  les  marchandises  manufacturées ­
  que  je  consommerai.  Si  100  I.  constituent  ma  quote
part  de  la  dépense  publique,  la  bonté  d’un  impôt  consistera  à  me
faire  payer  ces  100  1.  ni  plus  ni  moins,  ce  (pii  ne  peut  s’effectuer  d’une
manière  aussi  sûre  qu’au  moyen  des  impôts  sur  les  salaires,’  les  profits ­
  et  les  produits  de  l’agriculture.
La  quatrième  et  dernière  objection  dont  il  me  reste  à  parler,  consiste ­
  à  dire  ([u’en  faisant  hausser  le  prix  des  produits  bruts  de  la
terre,celui  de  toutes  les  marchandisiis  dans  la  composition  disquclles
ils  entrent,  haussera  également,et  que  par  consiupient  nous  ne  pourrons ­
  pas  soutenir  la  concurrence  des  manufactures  étrangères  dans  les
divers  marchés.
        <pb n="189" />
        CHAP.  IX.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  PRODUITS  NATURELS.  137
Eu  premier  lieu,  le  blé  el  toutes  les  denrées  de  riutérieur  ne  peuvent ­
  hausser  de  prix  d'une  manière  un  peu  sensible  sans  une  plus
„ran  e  aflluenee  des  métaux  précieux  ;  car  la  même  quantité  d'arpent
‘  peut  pas  serxir  a  la  circulation  de  la  même  quantité  de  marchan-I
  O  ,  quand  elles  sont  chères,  et  quand  elles  sont  à  bon  marché,  et
le  peut  jamais  acheter  les  métaux  précieux  avec  des  marchanc
  lères.  Quand  il  faut  plus  d  or,  c'est  en  donnant  en  échange  plus
e  marchandises,  et  non  en  en  donnant  moins,  qu'on  achète  ce  métal  ;
P  mi  ne  saurait  suppléer  au  numéraire  par  le  papier-monnaie,  car  ce
II  est  point  ce  papier  qui  règle  la  valeur  de  l'or,  considéré  comme
marchandise,  c’est  au  contraire  l'or  qui  règle  la  valeur  du  papier.  A
moins  donc  qu'on  ne  puisse  faire  baisser  la  valeur  de  l'or,  l’on  ne
saurait  ajouter  du  papier-monnaie  à  la  circulation  sans  qu'il  soit
déprécié.
Pour  sentir  que  la  valeur  de  l'or  ne  saurait  baisser,  il  suffit  de  réfléchir ­
  que  sa  valeur,  comme  marchandise,  dépendra  de  la  quantité
de  marchandises  qu’on  est  dans  la  nécessité  de  donner  en  échange  au  x
etrangers  pour  avoir  de  l'or.  Quand  l’or  est  à  bon  marché,  les  denrées
sontchcix^s;  quand  l’or  est  cher,  les  denrées  sont  à  bon  marché  et
baissent  de  prix.  Et,  comme  on  ne  voit  pas  de  motif  qui  puisse  engager ­
  les  etrangers  à  nous  vendre  leur  or  à  meilleur  marché  que
'^»’ûinaire,  il  ne  parait  guère  probablequ’il  puisse  v  avoir  une  importation ­
  d’or  étranger.  Or,  sans  cette  importation,  l'or  ne  peut  augnnntt
  r  de  quantité  ni  baisser  de  valeur,  et  le  prix  général  des  marcliandises
  ne  saurait  éprouver  de  hausse  '.

La  raison  pour  laquelle  les  impôts  sur  les  produits  immédiats  de  Taericul-IMiM

îl’oi.  dni  un  quarter  de  blé,  tandis  qu’il  ne  serait  obligé
On  no  aunes  pour  le  même  quarter,  si  le  quarter  était  à  3  liv.  st.
Doiir  que  la  quantité  de  drap  ait  doublé  dans  le  pays,
on  en  donne  ainsi  le  double  en  échange  d’une  mesure  de  blé.  De  même
        <pb n="190" />
        -138  PRINCIPES  DE  I/ÉCONOMIE  POLITIQUE.
L’effet  d’un  impôt  sur  les  produits  naturels  serait  probablement
de  faire  hausser  de  prix  toutes  les  marchandises  dans  la  composition
desquelles  ces  matières  entrent,  mais  dans  une  proportion  bien  moindre ­
  que  la  valeur  de  l’impôt;  tandis  que  les  autres  marchandises
dont  les  produits  immédiats  de  l’agriculture  ne  font  point  partie,
tels  que  les  objets  fabriqués  avec  des  métaux  ou  avec  des  minéraux,
baisseraient  de  prix,  et  par  ce  moyen  la  même  quantité  de  monnaie
suffirait  aux  besoins  de  la  circulation.
Un  impôt  qui  ferait  hausser  le  prix  de  tous  les  produits  nationaux,
ne  découragerait  l’exportation  que  pendant  un  espace  de  temps  assez
court.  Si,  par  l’effet  de  cet  impôt,  ils  renchérissaient  dans  le  pays,  on
ne  pourrait  à  la  vérité  les  exporter  dans  le  moment  même  avec  profits, ­
  parce  que  les  produits  nationaux  se  trouveraient  grevés  d’un
impôt  dont  ils  seraient  exempts  dans  l’étranger.  Cet  impôt  aurait  le
même  effet  qu’une  altération  dans  la  valeur  des  monnaies  qui  ne  serait ­
  point  commune  à  tous  les  pays,  mais  bornée  à  un  seul.  Si  1  Angleterre ­
  était  ce  pays,  elle  pourrait  être  dans  l’impossibilité  de  vendre, ­
  mais  elle  pourrait  toujours  acheter,  parce  que  les  objets  d’importation ­
  n’auraient  point  haussé  de  prix.  Dans  le  cas  supposé,  on
ne  pourrait  exporter  en  échange  des  marchandises  étrangères,  que
du  numéraire  ;  mais  un  tel  commerce  ne  saurait  durer  longtemps  :
on  ne  peut  épuiser  le  numéraire  d’un  pays;  car,  après  qu’une  certaine ­
  quantité  en  est  sortie,  celle  qui  reste  hausse  de  valeur,  et  il
s’ensuit  une  telle  baisse  dans  le  prix  des  denrées,  qu’elles  peuvent  de
nouveau  être  exportées  avec  profit.  Aussitôt  que  le  numéraire  aura
haussé  de  prix,  on  aura  cessé  de  l’exporter  en  échange  pour  des  marchandises ­
  du  dehors,  et  on  exportera  au  contraire  les  mêmes  marchandises ­
  qui  avaient  d’ahord  haussé  de  prix,  par  la  hausse  dis
produits  immédiats  de  l’agriculture  qui  entraient  dans  leur  composition, ­
  et  que  l’exportation  du  numéraire  avait  ensuite  fait  baisser  de
nouveau.
Mais  l’on  pourrait  objecter  que  le  numéraire  augmentant  ainsi  (  e
valeur,  augmenterait  également  par  rapport  aux  marchandises  nationales ­
  et  étrangères,  et  que  par  conséquent  il  n  y  aurait  plus  rien

il  n’est  pas  nécessaire  que  le  numéraire  augmente  en  quantité  pour  qu’une  den  -
rée  se  vende  plus  cher.
11V  a  une  cherté  propre,  une  cherté  réelle  indépendamment  de  la  valeur  rela  •
tive  des  choses,  et  cette  cherté  propre  est  en  raison  des  frais  de  production-(
  Voyez  le  Traité  iVÉconomie  politique,  liv.  II,  chap.  4.  )  -  J.-B.  Say.
        <pb n="191" />
        CHAP.  IX.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  PRODUITS  NATURELS.  139
qui  pût  engager  à  importer  des  marchandises  du  dehors.  Supposons,
par  exemple,  que  les  marchandises  importées  coûtent  à  l’étranger
ICO  1.,  et  qu  elles  rapportent  dans  le  pays  TiO  1.  :  l’importation  cessera ­
  aussitôt  que,  par  l’augmentation  de  la  valeur  du  numéraire,  elles
ne  rapporteront  plus  que  100  1.,  ce  qui  cependant  ne  peut  jamais
arriver.  Ce  qui  nous  engage  à  faire  venir  une  marchandise  de  l’élangei,
  cest  de  savoir  quelle  s’y  vend  à  meilleur  marché,  c’est
a  comparaison  de  son  prix  naturel  au  dehors  avec  son  prix  naturel ­
  dans  le  pays.  Si  un  pays  exporte  des  chapeaux,  et  importe  du
«eap,  il  n’agit  ainsi  que  parce  qu’il  peut  obtenir  plus  de  drap  en
faisant  plus  de  chapeaux  et  les  échangeant  contre  du  drap  ,  que  s’il
fabriquait  le  drap  lui-méme.  Si  la  hausse  des  matières  premières  rendait ­
  la  fabrication  des  chapeaux  plus  chère,  elle  occasionnerait  aussi
plus  de  frais  dans  la  fabrication  du  drap  ;  et  si  les  deux  articles
étaient  faits  dans  le  pays,  ils  hausseraient  l’un  et  l’autre  :  cependant
  l’un  des  deux  articles  étant  une  marchandise  importée,  ne  renchérirait ­
  ni  ne  baisserait  de  prix  quand  la  monnaie  hausserait  de
valeur;  car,  en  ne  baissant  pas  de  prix,  le  drap  reprendrait  la  valeur
re  ative  naturelle  qu’il  avait  par  rapport  à  la  marchandise  exportée.
La  hausse  des  matières  premières  fait  monter  le  prix  des  chapeaux
(  e  ,10  sh.  a  33  sh.,  ou  de  10  [xiur  cent  :  la  môme  cause,  si  nous
a  iriquions  du  drap,  le  ferait  hausser  de  *20  à  22  schellings  par
aune.  Cette  hausse  ne  détruit  pas  la  relation  entre  le  drap  et  les
lapeaux;  lar  un  chapeau  vaudrait  encore,  comme  il  valait  par  le
passé,  une  aune  et  demie  de  drap.  Mais  si  nous  importons  du  drap,
e  prix  en  lestera  constamment  à  20  schellings  l’aune,  malgré  la
premiere  baisse  survenue  tout  d’abord  dans  la  valeur  de  la  monnaie
(t  a  hausse  qui  la  suivie;  tandis  que  les  chapeaux,  qui  avaient
haussé  de  30  sch.  à  33  sch.,  retomberont  de  33  seh.  à  30  sch.,  taux
auquel  le  rapport  entre  le  prix  du  drap  et  des  chapeaux  se  trouvera ­
  rétabli.
Pour  simpliher  l’objet  de  cette  recherche,  j’ai  supposé  jusqu’ici
(lu  une  hausse  dans  la  valeur  des  matières  premières  affecte  dans  une
proportion  i  gale  toutes  les  marchandises  nationales,  en  sorte  que  si
l  une  éprouve  une  hausse  de  10  pour  cent,  toutes  les  autres  haussent ­
  également  de  10  pour  cent.  Mais  comme  la  valeur  des  niarchan-(
  ises  SC  compose  de  quantités  très-dilférentes  de  matières  premières
et  de  main-d  o  uvre,  et  comme  la  hausse  des  produits  naturels  n’inlierait
  pas  sur  quelques  marchandises,  celles,  par  exemple,  qui  sont
a  riquées  avec  des  métaux,  il  est  évident  que  la  plus  graude  variété
        <pb n="192" />
        UO  PRlNClPiîS  OE  L’ECONOMIE  POLITIQUE.
se  manifesterait  dans  les  effets  produits  sur  la  valeur  des  marchandises
par  un  impôt  sur  les  produits  agricoles.  Selon  que  ces  effets  seraient
plus  ou  moins  sensibles,  ils  favoriseraient  ou  gêneraient  l’exportation ­
  de  certaines  marchandises,  et  auraient  certainement  les  mêmes
inconvénients  qu’un  impôt  sur  les  marchandises,  en  détruisant  la  relation ­
  naturelle  entre  la  valeur  de  chacune.  Ainsi  le  prix  naturel
d’un  chapeau,  au  lieu  d’être  égal  à  celui  d’une  aune  et  demie  de
drap,  pourrait  ne  plus  valoir  qu’une  aune  et  un  quart,  ou  bien  il
pourrait  valoir  une  aune  et  trois  quarts  de  drap,  ce  qui  donnerait
peut-être  une  autre  direction  au  commerce  étranger,  leíais,  probablement, ­
  aucun  de  ces  inconvénients  ne  dérangerait  la  valeur  des  objets
exportés  ou  importés  ;  ils  ne  feraient  qu’empêcher  la  meilleure  distribution ­
  possible  du  capital  dans  le  monde  entier,  distribution  qui
n’est  jamais  si  bien  réglée  que  lorsqu’on  laisse  chaque  marchandise
atteindre  librement  son  prix  naturel.
On  voit  donc  que,  quoique  la  hausse  dans  le  prix  de  la  plupart  des
marchandises  nationales  puisse  pendant  un  certain  temps  entraver
les  exportations  en  général,  et  quoiqu’elle  puisse  même  empêcher
l’exportation  d’un  petit  nombre  de  marchandises,  cette  hausse  ne
dérangerait  pourtant  pas  d’une  manière  notable  le  commerce  étranger, ­
  et  ne  nous  placerait  pas  dans  une  position  désavantageuse  pour
ce  qui  regarde  la  concurrence  dans  les  marchés  étrangers.
        <pb n="193" />
        CHAP.  X.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  RENTES.

1A1

CHAPITRE  X.

DES  IMPÔTS  SUR  LES  RENTES.

Un  impôt  sur  la  rente  n’affecterait  que  la  rente,  et  retomberait  entièrement ­
  sur  les  propriétaires  fonciers,  sans  pouvoir  être  rejeté  sur
aucune  classe  de  consommateurs.  Le  projiriétaire  foneier  ne  pourrait ­
  pas  augmenter  le  prix  de  sa  rente  ;  car  il  ne  saurait  changer  la
différence  qui  existe  entre  le  produit  obtenu  sur  les  terrains  les
moins  productifs,  et  celui  que  l’on  retire  de  tous  les  autres  terrains. ­
  Des  terres  de  trois  sortes,  n“*  1,2  et  3,  sont  en  culture,  et  par
une  quantité  égale  de  travail,  elles  rendent  respectivement  cent  qua
tre-vingts,  cent  soixante  dix  et  cent  soixante  quarters  de  blé;  mais
le  n®  .1  ne  paie  pas  de  rente,  et  n’est  par  conséquent  pas  imposé  ;  la
rente  du  n”  2  ne  peut  donc  pas  excéder  la  valeur  de  dix  quarters,
ni  celle  du  n“  1  la  valeur  de  vingt.  Un  pareil  im|MH  ne  saurait  faire
hausser  le  prix  des  produits  de  l’agriculture;  car  le  cultivateur  du
D  3  ,  qui  ne  paie  ni  rente  ni  impôt,  n’a  aucun  moyen  d’élever  le
prix  de  ses  denrées.  Un  impôt  sur  les  rentes  ne  découragerait  pas
la  culture  de  nouveaux  terrains,  parce  que  ces  terrains,  ne  payant
pas  de  rente,  ne  seraient  point  imposés.  Si  on  venait  à  livrer
à  la  culture  le  n®  4,  et  que  ce  terrain  produisît  cent  ciinjuante
quarters  de  blé,  il  ne  paierait  pas  d’impôts,  mais  il  créerait  une
rente  de  dix  quarters  de  blé  pour  le  n°  3,  qui  commencerait  dès
lors  à  payer  l’impôt.

Un  impôt  sur  les  rentes,  avec  la  constitution  actuelle  de  la  n  nte,
découragerait  la  culture  des  terres  ;  car  ce  serait  un  impôt  sur  les
profits  du  propriétaire  foncier.  Iaí  mot  rente,  ainsi  que  je  l’ai  déjà
observé,  s’applique  à  la  valeur  de  tout  ce  que  le  fermier  paie  à  son
propriétaire,  (quoiqu’il  n’y  ait  qu’une  partie  qui  soit  strictement  la
rente  ou  le  profit  du  fonds  de  terre,  jjcs  bâtiments  et  autres  constructions ­
  ,  ainsi  que  tous  les  déboursés  du  proprietaire,  constituent ­
  strictement  une  partie  du  capital  de  la  ferme,  et  le  fermier
serait  obligé  d’en  faire  les  frais,  si  le  propriétaire  ne  les  avait  déjà
        <pb n="194" />
        í42  príncipes  de  L'ÉCONOMIE  POLITIQUE,
faits  pour  lui.  La  rente  est  ee  que  le  fermier  paie  au  propriétaire
foncier  pour  l’usage  de  la  terre  et  pour  cet  usage  seul.  Ce  qu’il
paie  de  plus  sous  le  nom  de  rente  ou  de  loyer,  il  le  donne  pour
la  jouissance  des  bâtiments,  etc.  ;  et  ce  sont  là  les  profits  du  capital
du  propriétaire,  et  non  les  profits  de  la  terre.
En  imposant  les  rentes,  comme  il  ne  serait  fait  aucune  distinction ­
  entre  la  somme  payée  pour  l’usage  de  la  terre,  et  celle  qui  est
payée  pour  l’usage  du  capital  du  propriétaire,  une  partie  de  l’impôt
retomberait  sur  les  profits  du  propriétaire,  —  ce  qui  découragerait
nécessairement  la  culture,  à  moins  que  le  prix  des  produits  agricoles
ne  s’élevât.
Sur  la  terre  qui  ne  paierait  point  de  rente,  il  pourrait  être  accordé ­
  au  propriétaire  une  rétribution,  sous  le  nom  de  rente,  et  a
titre  de  loyer  de  ses  bâtiments.
Ces  bâtiments  ne  sauraient  être  construits,  et  la  terre  cultivée,  à
moins  que  le  prix  des  produits  bruts  du  sol  ne  fût  suffisant,  nonseulement
  pour  couvrir  tous  les  déboursés,  mais  encore  pour  payer
la  charge  additionnelle  de  l’impôt.  Cette  partie  de  l’impôt  ne  tombe
ni  sur  le  propriétaire,  ni  sur  le  fermier  ;  elle  ne  frappe  que  le  consommateur. ­

liest  très-probable  que  si  l’on  imposait  les  rentes,  les  propriétaires ­
  fonciers  trouveraient  bientôt  le  moyen  de  ne  pas  confondre  ce
qui  leur  est  payé  pour  l’usage  de  la  terre,  avec  ce  qu’ils  reçoivent
pour  l’usage  des  bâtiments,  et  pour  les  bonifications  faites  au  moyeu
de  leur  capital.
On  appellerait  cette  seconde  rétribution,  loyer  de  la  maison  et  des
bâtiments,  ou  bien,  dans  des  terres  nouvellement  défrichées,  ce
serait  le  fermier  et  non  le  propriétaire  qui  construirait  les  bâtiments, ­
  et  qui  ferait  les  bonifications  à  scs  propres  frais.  Le  capital
du  propriétaire  pourrait  bien  être  en  eüet  employé  à  ces  objets  ;  le
fermier  pourrait  ne  le  dépenser  que  nominalement,  le  propriétaire
le  lui  avançant  sous  la  forme  d’un  prêt,  ou  en  achetant  une  annuité
pendant  le  temps  que  durerait  le  bail.  Qu’on  distingue  ou  non  ces
deux  sortes  de  rétributions  payées  par  le  fermier  pour  ces  deux  objets ­
  au  propriétaire,  il  est  certain  qu’il  existe  une  dilTérence  bien
réelle  entre  la  nature  de  l  une  et  de  l’autre  ;  et  il  est  indubitable
qu’un  impôt  sur  le  loyer  de  la  terre  tombe  entièrement  sur  le  propriétaire ­
  ;  mais  un  impôt  sur  la  rétribution  que  le  propriétaire  reçoit ­
  pour  l’usage  de  son  capital  dépensé  sur  la  ferme,  ne  frappe  que
le  consommateur  des  produits  du  sol.
        <pb n="195" />
        CHAP.  X.—  DES  IMPOTS  SUR  LES  RENTES.  143
Si  1  on  mettait  un  impôt  sur  les  fermages  sans  qu’on  prit  quelque
moyen  de  distinguer  la  rétribution  payée  actuellement  par  le  fermier ­
  au  propriétaire  sous  le  nom  de  fermage  réel  et  en  loyer  du
capital,  un  pareil  impôt,  en  tant  qu’il  porterait  sur  le  loyer  des
bâtiments  et  autres  constructions,  ne  frapperait  pas  pendant  longtemps ­
  le  propriétaire,  et  retomberait  sur  le  consommateur.  Les
fonds  dépensés  à  ces  constructions  doivent  rendre  les  profits  ordinaires ­
  des  capitaux  engagés.  Or,  ils  cesseraient  de  rapporter  ces  profits ­
  sur  les  terrains  cultivés  les  derniers,  dans  le  cas  où  les  frais  de
construction  de  ces  bâtiments  ne  seraient  pas  supporte^  par  le  fermier; ­
  et  si  le  fermier  en  faisait  les  frais,  il  cesserait  de  retirer  les
profits  ordinaires  de  son  capital,  s’il  ne  parvenait  pas  à  se  faire
rembourser  sa  dépense  par  le  consommateur.
        <pb n="196" />
        \u

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.

CHAPITRE  XL
DE  LA  DÎME.

La  dîme  est  un  impôt  sur  le  produit  brut  de  la  terre,  qui,  eomme
les  impôts  sur  les  matières  premières,  retombe  entièrement  sur  le
consommateur.  Elle  diffère  d’un  impôt  sur  les  rentes  en  ce  qu’elle
frappe  des  terres  que  cet  impôt  ne  saurait  atteindre,  et  en  ce  qu’elle
fait  hausser  le  prix  des  produits  agricoles  qu’un  impôt  sur  les  rentes ­
  n’altérerait  pas.  Les  meilleures  comme  les  plus  mauvaises  terres
paient  la  dîme,  et  la  paient  dans  l’exacte  proportion  de  la  quantité
des  produits  qu’on  retire  de  cbaeunc.  La  dîme  présente  donc  tous
les  caractères  de  l’égalité.
Si  les  terrains  de  la  dernière  qualité,  ou  ceux  qui  ne  paient  pas  de
rente,  et  qui  règlent  le  prix  du  blé,  donnent  des  produits  suffisants
pour  rapporter  au  fermier  les  i)rofits  ordinaires  du  capital,  quand
le  prix  du  blé  est  à  4  1.  le  quarter,  il  faut  que  le  blé  monte  à  ^  1.
8  sell,  pour  qu’il  puisse  retirer  les  mômes  profits  après  le  paiement
de  la  dîme;  car  pour  cbaqoe  quarter  de  blé  le  cultivateur  est  tenu
de  payer  huit  scbellings  au  clergé.
La  seule  différence  qu’il  y  ait  entre  ta  dîme  et  l’impôit  sur  les
produits  agrieoles,  c’est  que  l’un  est  un  impôit  pécuniaire  variable,
et  que  l’autre  est  un  impôit  |)écuniaire  fixe.  Lorsque  l’état  d’une  nation ­
  est  stationnaire,  et  qu’il  n’y  a  ni  plus  ni  moins  de  facilité  pour
¡iroduirc  du  blé,  ces  deux  impôits  ont  des  effets  identiques;  car  dans
un  tel  état  de  choses  le  prix  du  blé  devient  invariable  eomme  l’impôt. ­
  A  une  époque  de  décadenee  ou  de  progrès  pour  l’agriculture,
alors  que  les  produits  agrieoles  baisseront  de  valeur  par  rapport  aux
autres  marebandises,  la  dîme  sera  moins  lourde  qu’un  impôt  jierinanent
  en  monnaie  ;  car,  si  le  prix  du  blé  baissait  de  ^  1.  à  .T  I.,  l’impôt ­
  devrait  baisser  de  huit  à  six  scbellings.  Dans  un  état  progressif
de  civilisation,  mais  dans  lequel,  cejiendant,  il  ne  s’oj)érerait  aucun
grand  perfectionnement  en  agriculture,  le  prix  du  blé  montera,  et
        <pb n="197" />
        CHAP.  XI.  -  DK  KA  DIME.  14fj
fl^^Pudia  1111  impôt  plus  lourd  que  l’impôt  permanent
rente  en  impôt  en  monnaie  ne  changeraient  rien  à  la
effet  seiiRÎKi*^^*^^  propriétaire,  et  e«s  deux  impôts  auraient  un
ment  ,,,,  ""  *'«"*  déjà  vu  comreil
  lr»i,  7  1  '•*  ™"es  e„  blé  :  u„  effet  paet
  ■(  „r  à  "'""""'''d  le  résultat  ,1e  la  (lime.  Si  les  terres  1,  2
si  ""  e»nser,era,e„t  plus  oe  même  rapport  entre  eux  :  car
réJuTt's  .  """T"  '"'«‘‘“¡‘■S  il»  resteront
■
à  4  I.  8  sch.  10  ®  '■®‘son  de  4  1.  8  sch.  10  2/3  d.,  et  9  quarters
{OEuv.  de  Hicardo.)  jq
        <pb n="198" />
        J46  PRINCIPES  DE  L’ECONOMIE  POLITIQUE.
Si  on  levait  pour  le  clergé  une  valeur  égale  par  d'autres  moyens
qui  augmenteraient  ainsi  que  ta  dime  ,  à  pro,mrliou  de  la  dilliculle
de  la  culture,  l  eitet  serait  le  même.  Et  on  se  tromperait  fort  eu
uensaut  que  les  dimes,  parce  quelles  sont  prélevées  directement  sur
le  sol,  découragent  plus  l’agriculteur  que  toute  autre  redevance
du  même  eliillre.  Le  clergé,  dans  les  deux  cas,  ol,tiendrait  une
portion  croissante  du  produit  net  du  sol  et  de  l'iudustrie  du
pays.  Daus  l’état  progressif  de  la  société,  le  produit  net  du  sol  va
toujours  eu  diminuant  par  rapport  au  produit  brut  ;  mais  c  est  sur  le
produit  net  d’un  pays.que  sont  levés,  eu  dernière  analyse,  tous  les
impôls,  que  le  pays  se  trouve  en  voie  de  développement  ou  reste
stationnaire.  Un  impôt  qui  augmente  eu  même  temps  que  le  revenu
brut,  et  qui  retombe  sur  le  revenu  net,  doit  être  iiecessaireinciit  uii
impôt  très-onéreux,  et  extrêmement  opprcssil.  La  dime  est  c
dixième  du  produit  brut,  et  non  le  dixième  du  produit  «et  du  sol
et  par  conséquent  à  mesure  que  la  société  croit  eu  ricbessc  elle  doi
progressivement  absorber  une  partie  plus  considerable  du  pioduil
uet,  quoiqu’elle  soit  toujours  égale  à  une  même  portion  du  produi
^'on  peut  encore  regai-der  la  dime  comme  nuisible  aux  propriéUiires
  fonciers,  eu  ce  qu  elle  agit  comme  prime  d’importatiou,  en  imposant ­
  le  blé  indigène,  pendant  que  celui  de  l’étranger  ne  paie  aucun
impôt,  lit  si,  dans  le  but  de  mettre  les  proprietaires  a  1  abii  de  1  a
vilissement  des  terres  que  doit  occasionner  cette  prime,  ou  Irappait  i
blé  du  debors  d'un  impôt  pared,  pereu  pai’  l'Etat,  il  ne  pouriait  y
avoir  de  mesure  plus  juste  ni  plus  équitable,  puisque  tout  ce  que
cet  impôt  rapporterait  a  l’État,  aurait  l’elVet  de  dimiiiuin-  dautant
les  autres  impôts  que  les  dépenses  du  Gouveriiemeiit  rendent  iieces^
saires.  Mais  si  un  pareil  impôt  ii’était  eoiisaeré  qu  a  auginenter  le.
revenus  du  clergé,  il  pourrait  a  la  vérité  augmenter  au  total  la  masse
des  produits,  mais  il  diminuerait  la  part  qui  revient  aux  classe,
productives.
Si  ou  laissait  entièrement  libre  le  commeree  des  draps,  nos  manu
facturiers  pourraient  les  donner  à  meilleur  marebé  qu  on  ne  poui
rait  les  importer.  Si  ou  mettait  un  impôt  sur  la  fabriealioii  des  draps
du  pays,  et  qu’on  ii’eii  mit  pouit  sur  l’importation,  cela  pourrai
avoir  le  mauvais  eilet  de  détourner  les  eapitaux  de  la  fabneulioii  Çdraps
  vers  d’autres  maiiufaetures,  le  drap  pouvant  alors  être  lire
:rr.;=r»r;‘Â
        <pb n="199" />
        1  "

■

CHAP.  XI.  —  DE  LA  DIME.
•t“  pa.ys,  parce  qu  i|  I*,  payait  moins  cher  que  le  drap  élraiitçer,
étranger,  parce  que,  ne  payant  point
d’un  imoit  has  prix  que  celui  du  pays,  chargé
du  jour  '  I’-  **  reviendrait  au  drap  des  fabriques  nationales,
et  éL«  également  sur  la  fabrication  indigène
w  dcrn-^*^*^^’  abaisserait  le  prix  des  produits  du  dedans.  C’est  dans
le  consommateur  donne  le  plus  baut  prix  pour
le  Lue  T  T*  '"i  coûte,  c’est  l’État  qui
P  .lusec  |)dr  la  dilliculté  de  la  pioducüon  et  qu’il  est  toreé  de
upporter,  |«ree  que  le  ,H&amp;gt;ids  de  l’iiupùl  a  eulevé  au  pays  les  moveus
ue  produire  à  de  moindres  frais.

F:
        <pb n="200" />
        148

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.

CHAPITRE  XII.
DK  l’impôt  FOKCIER.

rn  impôt  foncier,  prélevé  proportionnellement  à  la  rente  des  fonds
de  terre,  et  sujet  à  varier  avec  elle,  est  en  effet  un  impôt  sur  la  rente; ­
  et  comme  un  tel  impôt  ne  peut  atteindre  ni  les  terres  (pu  ne
paient  pas  de  rente,  ni  le  produit  du  capital  employé  sur  les  terns
dans  le  seul  but  d’en  retirer  un  prolit,  —  capital  qui  ne  paie  jamais ­
  de  loyer,  —  cet  impôt  ne  peut  par  conséquent  influer  aiieiinement
  sur  le  pris  des  produits  du  sol,  et  doit  retomber  eiiliereinent
sur  les  propriétaires.  Pu  pareil  impôt  ne  différerait  eu  rien  d'un  impôt ­
  sur  les  rentes.  Mais  si  l’impôt  foncier  frappe  toutes  les  terres  cultivées, ­
  alors,  quelque  modéré  qu’il  puisse  être,  il  devient  un  impôt
sur  la  production,  et  lait  par  conséquent  hausser  le  pris  des  produits ­
  Si  le  II"  Il  est  le  terrain  cultivé  eu  dernier  lieu,  quoiqu  il  ne
paie  pas  de  rente,  il  ne  peut,  après  la  création  de  cet  impôt,  continuer ­
  à  être  cultivé,  ni  rapporter  le  tans  ordinaire  ^  prolits  à
moins  que  le  pris  des  produits  ne  s’élève  parallèlement  à  1  impôt.  Uu
l’on  détournera  de  cet  emploi  les  capitaus  jusqu’à  ce  que  le  pris  du
blé  ait  suffisamment  haussé,  par  suite  de  la  demande,  pour  rapjiorter
les  profits  ordinaires;  ou,  s’il  y  a  un  capital  deja  employe  sur  cett
terre,  on  l’en  retirera  pour  le  placer  d’une  manière  plus  avantageuse.
L’impôt  ne  peut  être  rejeté  sur  le  propriétaire;  car,  dans  la  sup,M.-sition
  que  nous  avons  faite,  il  ne  reçoit  pas  de  ii  utc.
Ln  pareil  impôt  peut  être  proportionné  à  la  qualité  des  terres  e
à  l’abondanee  de  leurs  produits,  et  dans  ce  cas  il  ne  différé  nullement
  (le  la  dime;  ou  bien  l'impôt  peut  ôtre  uu  impôt  lixe  e  tai
par  arpent  de  terre  cultivée,  quelle  qu’en  soit  la  qualité.
Lu  impôt  foncier  de  la  nature  de  ce  dernier  serait  un  impôt  tort
inégal,  et  il  serait  en  opposition  avec  l’une  des  quatre  maxiiius
sur  les  impôts  en  général,  d’après  U*quclles,  selon  Adam  biiiith,
“  srrr  îrr;:—  »
        <pb n="201" />
        CHAP.  XII.  —  DE  L’IMPOT  FONCIER.  149
soutien  du  Gouvernement,  chacun,  autant  qu’il  est  possible,  en
proportion  de  ses  facultés.
»  Deuxième  maxime.  La  quote-part  de  l’impôt  que  chacun  est
tenu  de  payer,  doit  être  certaine,  et  non  arbitraire.
Troisième  maxime.  Tout  impôt  doit  être  perçu  à  l’époque  et
se  on  le  mode  qu’on  peut  présumer  le  plus  commodes  pour  le  contribuable. ­

»  Quatrième  maxime.  T  out  impôt  doit  être  calculé  de  manière  à  ce
qu  il  fasse  sortir  des  mains  du  peuple  le  moins  d’argent  possible  au
delà  de  ce  qu’il  rapporte  au  trésor  de  l’État,  et  en  même  temps  à  ce
qu’il  tienne  cet  argent  le  moins  longtemps  possible  hors  de  la
bourse  du  public.  »

'  En  regard  de  ces  maximes  généreuses  qui  sont,  en  quelque  sorte,  une  déclaration ­
  des  droits  du  contribuable,  nous  croyons  utile  de  placer  celles  que  M.  de  Sismond,
  -  cette  ârne  si  forte  et  si  tendre  à  la  fois  -  a  émises  sous  l’inspiration  des
idé«  démocratiques  les  plus  életées.  Cela  fait,  nous  réclamerons  l’attention  du
.  1**^^^®  choses  itrates  que  nous  essaierons  de  dire  sur  la  question  des
Charges  publiques.  ^
"  ^  '  pi“’  revenu  et  non  sur  le  capital.  Dans  le  premier
^  \  que  les  particuliers  devraient  dépenser  ;  dans  le  se-^»ire
  vivre  et  les  particuliers  et  l’État.
.  ans  I  assiette  de  1  impôt,  il  ne  faut  point  confondre  le  produit  brut  an-»
  pîri  ^  premier  comprend,  outre  le  second,  tout  le  capital
,  "  partie  de  ce  produit  doit  demeurer  pour  maintenir  ou  renou-J
  fixes,  tous  les  travaux  accumulés  et  la  vie  de  tous  les  ou-«
  vners  productifs
3.  L  impôt  étant  le  prix  que  le  citoyen  paie  pour  des  jouissances,  on  ne  saurait
t&amp;gt;tnan  er  a  celui  qui  ne  jouit  de  rien  :  il  ne  doit  donc  jamais  atteindre  la
«  partie  du  revenu  qui  est  nécessaire  à  la  vie  du  contribuable.
jamais  mettre  en  fuite  la  richesse  qu’il  frappe;  il  doit  donc
re  autant  plus  modéré  que  cette  richesse  est  d’une  nature  plus  fugitive.  Il  ne
«  01  jamais  atteindre  la  partie  du  revenu  qui  est  nécessaire,  pour  que  ce  revenu
”  se  conserve.
soit  un  bien,  on  fera  du  moins  qu’il  soit  un  moindre  mal.  »
,1  (SisMONui,  t.  II,  livre  vi,  chap.  8.  )
.  on  le  \oit,  dans  les  prescriptions  de  Smith  quelque  chose  de  plus
de  ^P  P'iaiicier  ;  dans  celles  de  Sismondi,  quelque  chose  de  plus  social,
P  us  e  ev  peut-être  ;  mais  chez  les  deux  penseurs  on  retrouve  le  même  désir  de
ren^"'^'^  '***  *  publiques  à  la  force  de  ceux  qui  les  supportent,  et  de
^  vieux  adages  (|ui  faisaient  de  la  gent  travailleuse’la  gent
eet  corvéable  à  merci.  Dans  ce  siècle  où  le  genre  buirain  choisit  ses  guides
        <pb n="202" />
        lfm  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
lin  impôt  foncier,  assis  egalement  sur  tontes  les  terres  en  culture, ­
  sans  avoir  égard  à  la  différence  des  qualités,  fera  hausser  le  prix

et  ses  prophètes  dans  les  rangs  des  travailleurs,  —  penseurs,  poètes,  industriels,
artistes,  —  il  était  naturel  qu’on  reconnût  à  ces  créateurs,  à  ces  soutiens  de  toute
civilisation,  le  droit  de  n’étre  plus  rançonnés  à  outrance  sous  prétexte  de  droit  divin, ­
  de  servage,  de  prolétariat.  Après  avoir  réhabilité  le  travail,  et  la  source  d’où  il
s’épanche,  le  peuple,  on  était  amené  forcément  à  lui  reconnaître  le  droit  à  la  première ­
  place  dans  les  jouissances  sociales,  le  droit  à  la  dernière  dans  Its  charges
publiques  :  deux  nécessités  logiques  que  la  Révolution  publia  par  la  terrible  voix
de  ses  canons,  la  science  sociale  par  l’éloquente  proclamation  de  Turgot,  de
Smith,  et  qui,  après  s’être  imposées  aux  esprits,  s’imposent  de  nos  jours  aux  faits.
Qu’est-ce,  en  effet,  que  le  morcellement  de  la  propriété,  la  diffusion  des  capitaux, ­
  la  multiplication  de  ces  caisses  prévoyantes  où  l’épargne,  comme  une  urne
intarissable,  verse  les  millions  dus  aux  sueurs  de  l’ouvrier,  et,  trop  souvent  aussi,
aux  fourberies  de  nos  laquais,  —  scapins  éhontés  qufdéshonorent  l’économie,
achètent  des  chemins  de  fer  et  commanditent  jusqu’à  des  dynasties  espagnoles  ou
portugaises  avec  des  sous  pour  livre,  des  gratifications  et  des  bouts  de  bougie  ?
Qu’est-ce  que  l’abaissement  de  l’intérêt,  et  l’accroissement  du  salaire,  si  ce  n’est
un  progrès  évident  vers  le  bien-être  de  la  masse?  Et  que  sont,  d’un  autre  côté,
ces  réformes  incessantes  dans  la  répartition  des  impôts;  ces  lois  qui  dégrèvent  les
matières  premières  ,  ce  pain  de  l’industrie  ;  les  subsistances,  ce  pain  des  générations; ­
  les  lettres,  les  écrits,  ce  pain  de  l’intelligence  et  de  l’Ame?  Que  sont  ces
décrets  à  l’allure  passablement  révolutionnaire  qui,  déplaçant  les  sources  de
l’impôt,  tendent  graduellement  à  l’asseoir,  comme  en  Angleterre,  sur  des  revenus ­
  fixes,  des  propriétés  mollement  étalées  au  soleil,  —  inanne-tax,  property-/ox,—et
  non  sur  les  bases  mouvantes  et  capricieuses  du  salaire  ?  Que  sont,  dis-je,
toutes  ces  choses,  si  ce  n’est  l’allégement  progressif  du  travail?
l  a  première  condition  d’existence  pour  une  société,  c’est  une  légion  innombrable ­
  d’ouvriers,  toujours  prêts  à  creuser  le  sol,  à  battre  le  fer;  et  on  sjest  aperçu,
après  tant  de  siècles  d’ignorance  et  d’iniquité,  qu’il  était  a  lourde  de  décimer  ou
d’affaiblir  ces  bataillons,  vraiment  sacrés,  en  leur  enlevant  par  mille  taxes  oppressives ­
  le  sang  de  leurs  veines,  la  moelle  de  leurs  os.  Le  prolétaire  a  besoin  de
tout  son  salaire  pour  retrouver  l’immense  énergie  qu’il  déploie  chaque  jour  dans
la  production  .  c’est  le  géant  sur  lequel  repose  le  monde  social;  et  Atlas  lui-même,
qui  étayait  de  ses  vastes  épaules  l’univers  ancien,  eût  succombé  sous  latAcbe,  s  il
lui  avait  fallu  payer  la  taxe  sur  le  pain,  sur  le  sel,  sur  la  viande.  Il  est  impossible
de  remuer  cette  noble  science  de  l’Économie  politique  que  nous  définissems,  pour
notre  part  ;  la  science  du  travail  et  ue  sv  rémunération  ,  sans  se
sentir  entraîné  par  une  immense  sympathie  pour  tout  ce  qui  jiense,  agit,  crée
ici-bas,  sans  chercher  à  traduire  œtte  sympathie  en  formules  protectrices  et
fortes;  et  l’on  ne  doit  pas  s’étonner  si  .l.-R.  Say  eut  l’insigne  honneur  d’accumuler ­
  sur  sa  tête  toutes  les  haines  de  la  bureaucratie,  par  l’impitoyable  rigueur ­
  avec  laquelle  il  disséqua  les  budgets  d’alore,  et  si  les  plaidoyers  les  plus
énergiques  contre  les  inaitôtiers  modernes  sont  partis  des  rangs  des  économistes.
C’est  (lu’en  effet  ils  sont  les  défenseurs  nés  des  classes  laborieuses  et  (¡u’ils  ont,
        <pb n="203" />
        15i

CHAP  XU.  -  DE  i;iMP()T  FONCIER,
du  blé  en  proportion  de  l'impôt  payé  par  le  cultivateur  de  la  terre
de  la  plus  mauvaise  qualité.  Des  terres  de  qualité  différente,  sur  lesplus
  encore  que  les  réformateurs  politiques,  ôté  la  couronne  aux  hommes  de  la
féodalité  pour  la  donner  aux  hommes  de  la  paix  et  de  la  production  ;  c’est  que
Ad.  Smith,  Turgot,  Sismondi,  en  quelques  lignes,  ont  donné  la  force  d’axiomes
à  ces  notions  d’égalité  qui  n’existaient  dans  les  âmes  qu’à  l’état  de  sentiment.
Pour  eux,  en  effet,  la  classe  taillable  et  corvéable  est,  avant  tout,  surtout,  la
classe  oisive,  rentée,  aristocratique,  et  ils  se  sont  parfaitemeut  entendus  dans
l’émission  de  cette  vérité  bien  simple  :  —  le  seigneur,  le  financier,  le  bourgeois,
gentilhomme  ou  non,  participant  plus  largement  que  l’ouvrier  aux  joies  et  aux
splendeurs  de  la  civilisation  ,  doivent  participer  plus  largement  aussi  à  ses
dépenses.
Il  en  est  de  cette  répartition  des  charges  publiques  comme  des  taxes  que  les
directeurs  de  concerts  prélèvent  sur  la  curiosité  et  le  dilettantisme.  Le  même
spectacle  est  ouvert  à  t#K  :  le  même  lustre  verse  sur  la  scène  ses  gerbes  de  lumière ­
  ;  les  mêmes  vers,  les  mêmes  harmonies  font  courir  sur  tous  les  fronts  le
souffle  divin  du  génie  ;  les  mêmes  décors,  le  même  fard,  les  mêmes  pirouettes,
suivies  des  mêmes  coups  de  poignard,  s’adressent  à  tous  les  spectateurs,  et  cependant ­
  lisez  le  tarif,  que  de  nuances  de  prix  correspondant  à  combien  de  places
différente!  Le  charges  qui  pèsent  sur  chacun  sont  mathématiquement  proportionnées ­
  à  la  dose  d’aisance,  de  commodité  dont  il  jouit,  et  si  nous  avions  à  proposer ­
  aux  législateurs  un  modèle  pour  la  péréquation  de  l’impôt,  nous  n’en  voudrions ­
  pas  d’autre  que  cette  échelle  si  habilement  graduée  par  le  impresarios.
La  civilisation  n’et-elle  pas,  en  effet,  une  fête  immense  et  perpétuelle  que  le
genre  humain  se  donne  à  lui-même,  et  ceux-là  (jui  assistent  à  cette  fête  du  haut
de  leurs  amphithéâtres  somptueusement  décorés,  n’en  doivent-ils  pas  défrayer  les
dépenses  plus  largement  que  la  foule  qui  gronde  dans  l’arène  poudreuse  du  parterre, ­
  ou  qui  s  agite,  comme  l’Irlandais  de  nos  jours  et  l’Ilote  de  l’antiquité,
sans  même  entrevoir  les  splendeurs  de  ce  juhilé?  C’est  ainsi  que  l’on  est  amené
forcément  à  placer  au-dessus  du  principe  qui  veut  qu'on  frappe  chaque  citoyen
dans  la  mesure  de  ses  ressources,  un  autre  principe  plus  grand  encore  ,  qui  porte
en  lui  la  solution  à  la  fois  mathématique  et  paternelle  du  vaste  problème  de  l’impôt ­
  et  qui  n’est  que  la  loi  de  la  solidarité  sociale  mise  en  chiffres.  Ce  principe  entrevu ­
  par  Montesquieu,  confirmé  par  I.-B.  Say,  et  formulé  dans  la  théorie  de
I  impôt  proportionnel,  veut  ceci  ;  La  taxe  qui  atteint  cette  portion  de  la  richesse
du  pays  qui  sert  à  la  satisfaction  des  premiers  besoins,  doit  être  infiniment  moins
lourde  que  celle  supportée  par  les  consommations  de  luxe.  Ainsi,  des  esprits  que
l’on  a  traités  de  rêveurs  et  de  révolutionnaires,  —  et  nous  nous  faisons  honneur
d’appartenir  à  cette  jacquerie  financière,  —  certains  esprits  ont  eu  l’audace  de
penser  et  de  dire  que  tout  homme  doit  avoir  dans  ses  ressources  une  partie  inviolable, ­
  respectée,  celle  où  il  puise  son  existence  matérielle  et  celle  de  ses  enfants. ­
  (.e  fonds  indispensable,  qu’on  ne  saurait  atteindre  sans  commettre  un
crime  pareil  à  celui  qu’on  commettrait  en  diminuant  la  somme  d’air  qu’il  faut  à
ses  poumons,  la  somme  de  liberté  qu’il  faut  à  sa  conscience,  ce  fonds  ne  relève
pas  de  I  impôt  c’est  le  tribut  payé  à  la  faim,  à  la  nature.  I&amp;gt;e  prélèvement  de  la  so-
        <pb n="204" />
        iö2  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
quelles  des  capitaux  pareils  sont  employés,  rapporteront  des  quantités ­
  très-différentes  de  produits  bruts.  Si  la  terre,  qui,  au  moyen  d’un

cicté  commence  là  on  la  consommation  des  individus  franchit  les  lignes  sévères
du  besoin  pour  entrer  dans  le  domaine  infini  et  varié  des  choses  d'agrément  ou
de  luxe.  C'est  alors  que  l’impôt  doit  frapper,  et  frapper  avec  une  énergie  d’autant
plus  grande,  que  la  consommation  est  plus  facultative,  plus  futile  :  de  telle  sorte
qu’au  bas  de  l’échelle  l’homme  du  peuple  ne  soit  pas  obligé  de  partager  avec  le
fisc  le  morceau  de  pain  que  trempent  ses  sueurs,  et  (¡u'au  sommet,  au  contraire,
les  grands  seigneurs,  les  primadona  et  les  vieilles  marijuises  paient  fort  cher  le
droit  d’avoir  des  chevaux  pur  sang,  des  rivières  de  perles  et  des  king*charles.  En
un  mot  nous  ne  verrions,  avec  tant  d’autres,  aucun  inconvénient  à  ce  que  la  taxe
fût  de  100  pour  100  pour  les  mille  superfluités  (pii  égaient  la  vie  des  privilégiés
d’ici  bas,  s’il  fallait  acheter  à  ce  prix  le  dégrèvement  du  sel,  du  vin,  des  lettres  •
et  nous  trouverions  fort  raisonnable  une  loi  qui,  établissant  une  taxe  de  2  pour  100
sur  un  revenu  de  500  francs,  grèverait  de  3  pour  100  u#revenu  de  1000  francs,
de  6  pour  100  un  revenu  de  10,000  fr.,  et  ainsi  de  suite.  Si  même  l’on  objectait,
ce  que  l’on  a  constamment  objecté,  que  nous  mentons  au  grand  principe  de  la
proportionnalité  des  charges,  que  nous  oublions  les  notions  les  plus  simples  de
l’arithmétique,  nous  dirions  que  la  science  sociale,  opérant  sur  des  éléments  sensibles ­
  et  non  sur  des  abstractions,  ne  doit  pas  chercher  f  équilibre  des  charges  publiques ­
  dans  des  formules  mathématiques,  fausses  à  force  de  vérité,  mais  bien
dans  une  appréciation  intelligente  des  droits,  des  besoins,  des  instincts  de  chacun.
Vouloir  que  l’ouvrier  qui  a  lentement  accumulé  à  force  de  sueurs,  de  privations
un  revenu  de  500  fr.,  paie  au  trésor  50  fr.,  par  la  raison  que  le  grand  propriétaire ­
  jouissant  d’un  revenu  de  50,000  fr.,  paierait  5000  f.,  c’est  vouloir  que  parce
qu’un  homme  de  vingt  ans  peut  soulever  un  poids  de  200  kilogrammes,  un  enfant
de  deux  ans  soulève  un  poids  de  20  kilogrammes  qui  briserait  ses  faibles  bras;
c’est  vouloir  l’absurde,  l’injuste  ;  c'est  ne  tenir  compte  ni  du  développement  des
forces  individuelles  ni  des  nécessités  sociales.  Quoi  qu’on  dise  ou  fasse,  en  effet, ­
  il  sera  toujours  plus  facile  pour  le  riche  de  renoncer  à  des  volupU«  gastronomiques, ­
  que  pour  le  pauvre  de  renoncer  à  un  pain  noir  qu’il  brise  parfois  a  coups
de  hache,  comme  dans  les  Alpes,  comme  eu  Suède,  lorsque  la  faim  le  presse  et
que  sa  dent  ne  peut  l’entamer.
On  a  dit,  il  est  vrai,—  et  sans  remuer  ici  la  question  si  vaste  et  si  compliquée
des  impôts,  il  nous  est  permis  d’en  dresser  l’état  actuel  et  les  contours  généraux,
—  on  a  dit  que  l’impôt  ainsi  com^u,  tendait,  sous  des  apparences  spécieuses,  à
décourager  l’accumulation  des  capitaux  par  une  sorte  de  maximum  dirigé  contre ­
  ceux  qui  grossissent  leur  fortune  et  leurs  revenus  :  on  a  ajouté  que,  fatal  sous
ce  rapport,  notre  système  était  de  plus  inefficace  en  ce  que  les  consommations  de
luxe  étant  purement  facultatives,  les  classes  opulentes  les  délaisseraient  pour
éviter  l’impôt.  A  la  première  accusation  je  réponds  par  cette  simple  reflexion,
que  s’il  est  bon  de  ne  pas  décourager  l’accumulation,—  ce  (|u'un  impôt  bien^établi
  serait  d’ailleurs  bien  loin  de  faire,—  il  (ist  urgent  et  charitable  de  ne  pas  décourager ­
  le  travailleur  en  rognant  son  modique  salaire  au  moyen  des  octrois,  des
taxes  sur  les  matières  premières,  etc.  Qui  n’aimerait  mieux  voir  s’arrêter  dans
        <pb n="205" />
        CHAP.  XII.  -  DE  L’IMPOT  FONCIER.  iî&amp;gt;3
*’âpporte  mille  quarters  de  blé,  est  imposée  à  100  1.,
aussera  de  2  sch.  par  quarter,  pour  que  le  fermier  puisse  être

mieux  g^nte  les  fortunes  denos  modernes  traitants?  qui  n’aimerait
irésors  nh.tT'"’  \^^^^;^&amp;gt;ragement  chez  des  millionnaires  avides  de  nouveaux
l’inefficacitp  a  malheureux  canut  en  lutte  avec  le  fisc?  Quant  à
wmMm
imnr  cantatrices  d’en  porter;  mais  nous  aimons  mieux  admettre  le  fait
■
        <pb n="206" />
        154

PIUNCU'ES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
indemnisé  de  l’impôt.  Mais  en  employant  le  même  capital  sur  une
terre  de  meilleure  qualité,  on  peut  recueillir  deux  mille  quarters  de

or,  qui  se  rappelle  avoir  vu  diminuer  et  surtout  annuler  des  impôts?  Cette  souplesse ­
  est  donc  analogue  à  celle  du  knout,  et  nous  la  désavouerons  en  la  baffouant,
  tant  que  nous  verrons  des  décimes  de  guerre  se  perpétuer  en  pleine  paix.
Quant  à  la  facilité  d’ajourner  à  volonté  l’impôt  individuel,  nous  dirons  que  là
repose  encore  une  erreur  grave  et  dangereuse.  Il  est  bien  vrai  sans  doute  que  le
sacrifice  se  fait  par  parcelles;  mais  il  n’est  pas  vrai  que  le  consommateur  puisse
choisir  l’époque  à  laquelle  il  devra  l’acquitter,  ni  que  la  taxe  grandisse  ou  diminue ­
  avec  ses  ressources,  c’est-à-dire  avec  la  consommation  effectuée.  En  effet,
la  vie  a  des  exigences  quotidiennes  qu’il  faut  satisfaire  quotidiennement,  et  s  il  est
possible  d’ajourner  au  lendemain  un  plaisir,  ou  l’achat  de  quelque  superfluité,  il
n’en  est  pas  de  même  des  denrées  de  première  nécessité.  Celles-là  il  les  faut  avoir
sous  peine  de  mort,  et  pour  les  avoir  il  faut  payer  tribut  à  ce  créancier  inflexible
(|ui  ne  fait  crédit  ni  aux  larmes  ni  à  la  faim,  et  qu’on  appelle  l’Octroi.  Il  faut  donc
rayer  encore  de  la  liste  des  avantages  attachés  aux  contributions  indirectes,  ces
prétendus  acx^ommodements  et  cette  prétendue  souplesse.  Reste  donc  maintenant
le  parallélisme  qu’on  dit  exister  entre  la  consommation  elle-même,  l’impôt  qui
la  grève,  et  les  ressources  de  la  masse.  Rien  de  plus  réel,  de  plus  séduisant  au
premier  coup  d’œil,  rien  de  plus  faux  en  réalité.  Voici  comment  :
Étant  donnée  une  taxe  de  0,05  c.  sur  un  litre  de  lait,  celui  qui  achète  deux  litres ­
  paiera  0,10  c.,  celui  qui  en  achète  quatre  paiera  0,20  c.,  et  ainsi  de  suite.
Notre  intelligence  va  jusqu’à  comprendre  cela;  mais  cette  taxe  en  sera-t  elle
pour  cela  plus  équitable,  plus  régulière,  plus  proportionnelle,  en  un  mot?  Nullement. ­
  Pour  tous  les  individus  jouissant  de  revenus  fixes  le  sacrifice  fait  en  faveur ­
  de  la  société  sera  sans  doute  le  même  chaque  jour  :  ce  n  est  qu  à  de  larges
intervalles,  en  effet,  que  s’abaissent  l’intérêt  des  capitaux  et  la  rente  foncière.
Mais  quoi  de  plus  mouvant,  de  plus  capricieux  (jue  les  salaires  de  I  ou\  rier  .  aujourd’hui, ­
  sous  l’influence  d’une  industrie  prospère,  ils  atteindront  un  niveau
élevé  et,  le  lendemain,  si  des  crises  financières,  des  sécessions  menacent  la  grande
ruche  populaire,  ils  diminueront,  ils  s’anéantiront  peut-être  !  Une  taxe  que  I  ou
vrier  supportait  aisément  avec  une  rétribution  de  3  ou  4  francs  par  jour,  lui  pa
raîtra  écrasante  alors  (|ue  cette  rétribution  ne  sera  plus  que  de  1  ou  de  l  tranc-Or,
  comme  ces  variations  du  tempérament  industriel  se  représentent  chaque  jour,
on  voit  à  quoi  se  réduit  ce  rapport  tant  vanté  entre  les  ressources  du  citoyen  et
tribut  qu’il  paie  à  l’État.  En  réalité  ce  rapport  qui  existe  pour  certaines  classes  ue
l’est  pas  pour  d’autres  ;  il  est  vrai  aujourd’hui,  et  ne  l’est  plus  le  lendemain.
A  quoi  on  a  objecté  qu’il  faut  à  tout  prix  des  revenus  à  l’État,  que  I  éga
lité  réelle  et  non  fictive  demandée  par  nous  est  tout  simplement  une  chimère,
qu’il  est  impossible,  par  exemple,  de  déboucher  toutes  les  bouteilles  de  vin  pour
savoir  si  on  a  affaire  à  du  .lohannisberg,  à  du  Porto  ou  à  du  Su  rene.  Il  taut  d^
revenus  à  tout  prix,  sans  doute,  excepté  au  prix  de  l’injuste  et  des  privations  J
la  classe  laborieuse  qui  a  besoin  de  toutes  ses  forces  pour  sa  rude  et  incessante  tache, ­
  véritable  rocher  de  Sisyphe,  qu\  seulement  ne  retombe  pas.  Et  quant  a
l’impossibilité  d’asseoir  nos  contributions  sur  les  données  du  bon  sens,  je  la  re
        <pb n="207" />
        CHAI*  XII  —  DE  i;iM|*()T  l'ONCIEH

iSS

blé,

qui,  a  2  sell,  d’augmentation  par  quarter,  donneront  200  1.,  et
cependant,  1  impôt  étant  assis  d’une  manière  égale  sur  l’une  comme

des^l  '  *  i’^joute  que  les  nations  ne  doivent  pas  souffrir  de  l’impuissance
au’  Il  peuvent  pas  se  contenter]de  celte  fin  de  non  recevoir,  et
les  ^  ^  droit  d  attendre  autre  chose  de  ceux  à  qui  elles  remettent  le  soin  de
gouverner.  Comment?  il  serait  impossible  de  proportionner  le  droit  sur  le  vin
a  lortune  de  celui  qui  le  consomme!  Mais  que  fait-on  donc  à  la  frontière
pour  distinguer  nettement  entre  les  graisses  de  cheval,  d’ours,  de  bœuf,  entre  les
'X  ou  douze  espèces  de  poils  qui  paient  tribut  à  la  protection?  Les  douaniers
sont-ils  doués  d’une  science  universelle  en  fait  de  produits,  et  sauraient  ils  classer ­
  à  I  odorat  telle  ou  telle  qualité  de  graisse,  comme  un  courtier  de  thés,  en
-  une,  classe  par  la  dégustation  les  innombrables  variétés  de  cette  plante?  Eh
oien!  ce  qu’on  fait  pour  ces  produits  et  pour  tant  d’autres,  il  serait  très-facile  de
le  faire,  par  exemple,  pour  les  vins.  Outre  que  les  vases  qui  les  contiennent
affectent  des  formes  très-variées,  suivant  l’origine  et  la  qualité,  formes  auxquelfraudl
  Pénalité  redoutable  qui  s’attache  à  toutes  les
en  attendiiiM*^  prejudice  du  trésor.  Ce  serait  là  une  réforme  transitoire
I  octroi  tnmho*^  nioment  où,  balayées  par  le  souffle  du  progrès,  les  barrières  de
ue  veux  eelles  de  la  douane  aux  applaudissements  de  tous,  le
¡M.  Horace  e  ees  applaudissements,  que  les  passages  lumineux  que
faris,  184«.  Gtiillamuiu,  Éditeur.
        <pb n="208" />
        ir,6  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
sur  l’autre  de  ces  terres,  sera  de  100  1.  pour  la  terre  fertile  de  même
que  pour  la  terre  ingrate.  Par  conséquent  le  consommateur  de
blé  aura  non-seulement  à  contribuer  pour  les  dépenses  de  l’État,
mais  il  paiera  encore  au  cultivateur  du  meilleur  de  ces  deux  terrains, ­
  pendant  le  temps  de  son  bail,  100  sell,  qui  viendront  ensuite
s’ajouter  à  la  rente  du  propriétaire.
(In  impôt  de  cette  nature  est  donc  en  opposition  avec  la  quatrième
maxime  d’Adam  Smith  ;  car  il  tirerait  de  la  poche  du  peuple  une
valeur  plus  forte  que  celle  qui  entrerait  dans  les  coffres  de  l’État.

économique  tous  les  abus.  Le  licenciement  de  la  moitié  de  l’armée,  suivant  le
mode  prussien,  n’ôterait  rien  de  leur  héroïsme  à  nos  soldats,  restituerait  à  la
production  des  bras  vigoureux,  et  permettrait  de  faire  à  la  nation  la  remise  de
deux  à  trois  cents  millions.  Or,  ce  licenciement  que  tout  rend  probable,  s’effectuera
dès  l’instant  où  comprenant  l’amère  tristesse  de  Napoléon  à  Eylau,  on  se  détournera ­
  avec  horreur  des  champs  de  bataille.  La  philosophie  nous  apprend  en  effet
que  toutes  les  fois  qu’on  creuse  la  tombe  d’un  homme  on  creuse  celle  d’une  richesse ­
  matérielle  et  intellectuelle  ;  la  nation  perd  un  citoyen,  la  famille  un  ami,
l’Économie  politique  une  valeur  —  et  la  plus  noble  de  toutes.
Si  maintenant  nous  voulions  résumer  en  quelques  lignes,  nos  idées  sur  la  répartition ­
  de  l’impôt,  sur  le  point  où  il  doit  cesser  et  commencer,  nous  proposerions, ­
  en  complétant  et  élargissant  les  maximes  posées  par  Sismondi,  Smith  et
Ricardo,  les  règles  suivantes  :
1«  L’impôt,  pour  être  régulièrement  et  solidement  assis  ,  doit  atteindre  surtout ­
  les  revenus  lixes,  les  propriétés,  les  différentes  branches  du  travail  industriel
et  commercial,  par  les  contributions  directes,  les  patentes  et  une  application
judicieuse  de  Vincome-tax  (taxe  sur  les  revenus).
2"  L’impôt,  pour  être  équitable^  doit  ne  s’adresser  aux  revenus  incertains,
variables  de  l’employé,  de  l’artiste,  de  l’ouvrier,  qu’après  avoir  épuisé  toutes  les
autres  sources  de  recettes.
3"  T/impôt,  pour  être  réellement  proportionne!doit  effleurer  seulement  les
objets  de  consommation  nécessaire  pour  peser  lourdement  sur  les  matières  de
luxe  et  d’ostentation.  De  même,  une  taxe  sur  les  revenus  devra  tenir  compte  non
seulement  du  chiffre  des  revenus,  mais  encore  de  leur  destination,  et  ne  pas  demander ­
  5  pour  cent  a  un  pauvre  rentier  de  500  fr.,  comme  au  Nabab  qui  reçoit
annuellement  500,000  francs.
4”  L’impôt,  pour  être  productifs  doit  être  modéré,  et  l’être  d’autant  plus,
qu’il  atteindra  des  objets  de  consommation  générale,  qui  s’adressent  surtout  aux
humbles,  aux  pauvres.
De  cette  manière  on  attend,  pour  y  puiser,  que  les  richesses  du  pays  soient
créées  et  on  n’en  tarit  pas  les  sources  en  accablant  le  travailleur  :  de  cette
manière  on  est  juste  tout  en  étant  charitable,  charitable  tout  en  étant  habile,
noble  et  triple  résultat  que  nous  recommandons  à  nos  législateurs.
A.  F.
        <pb n="209" />
        CHAP.  XII.  -  DE  L’IMPOT  FONCIER.  157
La  taillé,  en  France,  avant  la  révolution,  était  un  impôt  de  cette
espèce,  il  n  y  avait  de  terres  imposées  que  celles  des  roturiers.  Le
prix  des  produits  du  sol  haussa  dans  la  proportion  de  l’impôt,  et
par  (onséquent,  ceux  dont  les  terres  n’étaient  pas  taillées  y  gagnèrent ­
  une  augmentation  de  rentes.
L  impôt  sur  les  produits  immédiats  du  sol,  ainsi  que  la  dime,
^  id  point  un  semblable  inconvénient.  Ils  augmentent,  à  la  vérité,
prix  des  produits  du  sol  ;  mais  il  n’est  perçu  sur  chaque  espèce
e  terrain  qu’une  contribution  proportionnée  à  ses  produits  actuels,
«t  non  une  contribution  calculée  sur  le  produit  du  terrain  le  moins
productif.
Le  point  de  vue  particulier  sous  lequel  Adam  Smith  a  considéré
le  loyer  de  la  terre  lui  lit  dire  que  tout  impôt  territorial  assis  sur
la  terre  même,  —  sous  forme  d’impôt  foncier,  ou  de  dîme—,  perçu
sur  les  produits  de  la  terre,  ou  prélevé  sur  les  prolits  du  fermier,
était  toujours  payé  par  le  propriétaire  foncier,  qui  était  dans  tous  ces
cas  le  seul  contribuable,  quoique  l’impôt  fût  nominalement  avancé
par  le  termier.  Cette  opinion  vient  de  ce  que  Smith  n’a  pas  fait
attention  que,  dans  tous  pays,  il  y  a  des  capitaux  considérables
cnqdoyes  sur  des  terres  qui  ne  paient  pas  de  rente.  «  Des  im-"
  ‘‘‘  P»&amp;lt;Hluit  de  la  terre  sont,  dans  la  réalité,  des
impôts  sui  les  fermages,  et  quoique  l’avance  en  soit  primitivement
ait(  par  le  Icrmiei,  ils  sont  toujours  définitivement  supportés  par
proprutain.  Quand  il  y  a  une  certaine  portion  du  produit  à
I  ^  impôt,  le  fermier  calcule  le  plus  juste  qu’il  peut
aiie  a  (ombien  pourra  se  monter,  une  année  dans  l’autre,  la
a  eui  e  (eüe  poition,  et  il  fait  une  réduction  proportionnée  dans
a  rente  qu  il  consent  de  payer  au  propriétaire.  Il  n’y  a  pas  un
ermiei  qui  ne  calcule  par  avance  à  combien  pourra  se  monter
une  annee  dans  1  autre,  la  dîme  ecclésiastique  qui  est  un  ininôt
"  tuncier  de  ce  genre.  »  ^
II  est  très-certain  que  le  fermier  calcule  d’avance  les  frais  de
toute  espèce  qu’il  aura  a  supporter,  lorsqu’il  convient  avec  son
pioprietaire  du  prix  qu’il  doit  lui  payer  pour  sa  rente,  et  si  ce  qu’il
‘‘St  obligé  de  payer  pour  la  dîme  écclésiastique  ou  pour  l’impôt  sur
e  produit  de  terre,  ne  se  trouvait  pas  compensé  par  l’augmentation
a  valcui  lelative  du  produit  de  sa  ferme,  il  aurait  sans  doute
uit  le  montant  de  ces  charges  du  prix  du  loyer.  Or,  voila  pré-'
  enu  lit  le  point  en  discussion  ,  et  la  question  est  de  savoir  si  le
eimiei  déduira  éventuellement  toutes  ces  charges  du  montant  de
        <pb n="210" />
        158

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
la  rente,  ou  bien  s’il  en  sera  indemnisé  par  le  plus  baut  prix  des
produits  de  sa  ferme.  Par  les  raisons  que  j’ai  déjà  données,  il  me
parait  certain  que  l’elfet  de  ces  impôts  serait  de  faire  hausser  le
prix  des  produits,  et  par  conséquent  que  Adam  Smith  a  considéré
cette  question  importante  sous  un  faux  jour.
Cette  manière  de  voir  de  Smith  est  probablement  ce  qui  [lui  fait
dire  que  «  la  dime  et~tout  autre  impôt  sont,  sous  l’apparence  d’une
»  égalité  parfaite,  des  impôts  extrêmement  inégaux  ;  une  portion
»  lixe  du  produit  étant,  suivant  la  dillérence  des  circonstances,
«  l’équivalent  de  portions  très  -dillérentes  du  fermage.  «  Je  me
suis  attaché  à  montrer  que  de  tels  impôts  ne  pesaient  point  d’une
manière  inégale  sur  les  dillérentes  classes  des  fermiers  et  des  propriétaires, ­
  les  uns  comme  les  autres  se  trouvant  dédommagés  par
la  hausse  du  prix  des  produits  du  sol,  et  ne  contrihuant  à  l’impôt
qu’en  proportion  de  ce  qu’ils  consomment  de  ces  produits  \  il  )  a
même  plus  ;  car,  en  tant  que  les  salaires  éprouvent  des  variations,  et
que,  par  Teilet  de  ces  variations,  le  taux  des  profits  est  changé,  la
classe  des  propriétaires,  bien  loin  de  fournir  tout  son  contingent  pour
l’impôt,  est  précisément  la  classe  qui  en  est  particulièrement  exemptée. ­
  C’est  la  part  des  prolits  du  capital,  enlevée  par  Timpôt,  qui  retombe ­
  sur  les  cultivateurs,  lesquels,  par  Tiusullisance  de  leurs  fonds,
ne  peuvent  pas  payer  des  impôts.  Cette  portion  ¡lèse  exclusivement
sur  toutes  les  personnes  qui  tirent  leur  revenu  de  l’emploi  d’un  capital, ­
  et  par  conséquent  elle  n’a  aucun  eilet  sur  les  propriétaires.
11  ne  faut  pourtant  pas  inférer  de  cette  manière  d’envisager  l’effet ­
  de  la  dime  et  des  impôts  sur  la  terre  et  sur  ses  produits,  que
ces  impôts  ne  découragent  pas  la  culture  des  terres,  fout  ce  qui
augmente  la  valeur  échangeable  des  denrées  de  toute  espèce  ¡lour
lesquelles  il  y  a  une  forte  demande  générale,  tend  à  déenurager  la
culture,  ainsi  que  la  production  ;  mais  c’est  là  un  mal  inhérent  à

*  iM,  Ricardo  part  toujours  du  principe  qu’on  est  loin  de  lui  accorder,  que
l'impôt  sur  les  premiers  produits,  et  que  Timpôt  en  nature,  comme  la  dime,  ne
tombent  pas  sur  le  propriétaire  foncier,  mais  bien  sur  le  consommateur.  C’est
qu’il  admet  pour  la  lixatioii  des  prix  d’autres  bases  que  la  quantité  offerte  et
la  quantité  demandée  de  chaque  chose  eu  chaque  lieu,  quoiqu'il  n’y  en  ait  point
d’autre.  C’est  sur  ce  fondement  que  Smith  a  justement  établi  que  Timpôt  sut
les  terres  ,  aussi  longtemps  (|u’il  n’altère  pas  la  qualité  et  la  quantité  des  produits ­
  livrés  à  la  consommation,  n'en  fait  pas  hausser  le  prix,  et  par  conséi|uent
n’est  pas  payé  par  le  consommateur.  —  .L-R.  Sav.
        <pb n="211" />
        CHAP.  XII.  —  DK  L’IMPOT  FONCIER.  itÿ)
tout  iîeine  d  impôt,  et  non  un  mal  particulier  aux  impôts  dont  nous
nous  occupons  en  ce  moment.
considérer  ce  mal  comme  l'inconvénient  inévilahie
pôt^d*^  ■*  perçu  et  dépensé  par  l’Ktat.  Chaque  nouvel  imevient
  une  charp:e  nouvelle  sur  la  production,  et  augmente  le
v  iit  produits.  Lîne  portion  du  travail  du  pay?'  dont  jk)ude
  auparavant  le  contribuable,  t^st  mise  à  Îa  disposition
^tat.  Cette  portion  peut  s'accroître  tellement,  qu’il  ne  reste
P  us  assez  d’excédant  de  produits  pour  encourager  les  ellorts  des
personnes  qui,  par  leurs  économies,  grossisstuit  d’ordinaire  le  eapi-_
  Heureusement  les  impôts  n’ont  encore  été  portés,  dans
aucun  pays  libre  ,  assez  loin  pour  faire  décroître  son  capital  d’innée
eu  année.  Une  telle  surcharge  d’impôts  ne  saurait  être  supportée
longtemps,  car  si  on  l’endurait,  l’impôt  irait  toujours  absorbant
une  SI  grande  partie  du  produit  annuel  du  pays,  qu’il  en  résulterait
un  état  affreux  de  misère,  de  famine  et  de  dépopulation
suite  •  pioportion  de  I  impôt,  ne  variera  plus  dans  la
lité  e^t^*’  ^  oause.  Cet  impôt  pourra  mécontenter  par  son  inéga-&amp;gt;
  *  J  ai  éja  montré  qu'il  produisait  eet  effet  ;  car  il  est  contraire
        <pb n="212" />
        460  PRINCIPES  PE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
à  la  quatrième  des  maximes  éiioneées  ei-dessus;  mais  il  ne  l’est  point
à  la  première.  11  peut  enlever  au  public  plus  qu’il  ne  rapporte  au
trésor  de  l’État;  mais  il  ne  pèsera  inégalement  sur  aucune  classe
particulière  de  contribuables.
M.  Say  me  parait  avoir  mal  saisi  la  nature  et  les  effets  de  l’impôt
foncier  en  ‘Angleterre  dans  le  passage  suivant  :  «  Plusieurs  écrivains
.&amp;gt;  attribuent  à  cette  fixité  d’évaluation  la  haute  prospérité  où  l’agri-»
  culture  est  portée  en  Angleterre.  Qu’elle  y  ait  beaucoup  contribué,
»  c'est  ce  dont  il  n’est  pas  permis  de  douter  ;  mais  que  dirait-on  si
»  le  gouvernement,  s’adressant  à  un  petit  négociant,  lui  tenait  ce
»  langage  :  Vous  faites,  avec  de  faibles  capiiaujr.  un  commerce  borné  .
»  et  votre  contribution  directe  est  en  conséquence  peu  de  chose.  hJm-»
  prunlez  et  accumulez  des  capitaux,  étendez  votre  commerce,  et
»  qu'il  vous  procure  d’immenses  profits  :  vous  ne  paierez  toujours  que
»  lámeme  contribution;  bien  plus,  quand  vos  héritiers  succéderont  à
»  vos  profits.  et  les  auront  augmentés,  on  ne  les  évaluera  que  comme
«  ils  furent  évalués  pour  vous,  et  x^os  successeurs  ne  supporteront  pas
«  une  plus  forte  part  des  charges  publiques.
»  Sans  doute  et  serait  un  grand  encouragement  donné  aux  manu-»
  factures  et  au  commerce;  mais  serait-il  équitable?  Leur  progrès
»  ne  pourrait-il  avoir  lieu  qu’à  ce  prix?  En  Angleterre  même,  l’in-»
  dustrie  manufacturière  et  commerciale  n’a-t-elle  pas,  depuis  la
»  même  époque,  fait  des  pas  plus  rapides  encore,  sans  jouir  de
»  cette  injuste  faveur?
»  Un  propriétaire,  par  ses  soins  ,  son  économie,  son  intelligence,
»  augmente  son  revenu  annuel  de  5,000  fr.  Si  l’État  lui  demande
»  un  cinquième  de  cette  augmentation  de  revenu  ,  ne  lui  res-«
  te-t-il  pas  4,000  fr.  d’augmentation  pour  lui  servir  d’encoura-»
  gement?  »
Si  l’on  suivait  l’idée  de  M.  Say  ,  et  que  l’État  réclamât  du  fermier
le  cinquième  de  son  revenu  augmenté,  cette  contribution  serait  iH'
juste  ;  elle  entamerait  les  prolits  du  fermier  sans  affecter  les  profit»
des  autres  branches  d’industrie,  foutes  les  terres  seraient  également
sujettes  à  l’impôt,  celles  qui  rendent  peu  et  celles  qui  rapportent
beaucoup;  et  sur  les  terres  qui  ne  paient  pas  de  rente,  il  ne  pourrait
y  avoir  de  compensation  à  l’impôt  dans  une  réduction  de  la  rente.
Un  impôt  partiel  sur  les  profits  ne  frappe,  jamais  le  genre  d’industrie
sur  lequel  il  est  assis  ;  car  le  commerçant  quittera  son  commerce,
ou  se  remboursera  de  l’impôt.  Or,  ceux  qui  ne  paient  pas  de  rente,
ne  pouvant  être  dédommagés  que  par.  la  hausse  du  prix  des  produits?
        <pb n="213" />
        XII.  —  DK  L'IMPOT  FONCIEK.  161
propose  retomberait  sur  le  consommateur,  sans
Trm  “  !  le  fermier.
tioii  de*  impôt  proposé  dans  le  rapport  de  l’augmentaférerait
  ^  valeur  des  produits  agricoles,  il  ne  difsur
  If*  dîme,  et  il  serait,  de  la  même  manière,  rejeté
brut  f.  "sommateur.  Qu  un  tel  impôt  fût  donc  assis  sur  le  produit
c«nso2T  '*  T"""'*  “’"■«&amp;gt;  ««  sorait  «"  impôt  sur  la
qu’à  la  “"’  T'  '"^  P^-PriAalre  et  sur  le  fermier
M“  ■&amp;gt;  a  man,ere  de  tout  autre  impôt  sur  les  produits  agricoles
:f:  -  en:  1%:%:.:::%:%;::%:
|,  \  .  ’  ^^’'^^olture  aurait  prospéré  pour  le  moins  autant  qu’elle
a  fait;  car  il  ,«t  impossible  qu’aucun  impôt  sur  la  terre  soit  un
mm
ES“  «:=”
  qui  lu’i  reslen't.'  '  '  '  &amp;lt;«m,nune,  I(,,ü0„  fr.  de  revenu
{OhtH\  fif,  ^  ^  ^
        <pb n="214" />
        PKINCIPKS  DE  L’ECONOMIE  POLITIQUE.
«  Une  loi  commande  qu’on  lève  en  nature  un  douzième  des  fruits
■&amp;gt;  de  la  terre,  quels  ([u’ils  soient.  On  enlève  en  conséquence,  au
»  premier,  des  gerbes  de  blé  pour  une  valeur  de  1,000  fr.,  et  au  se-»
  coud,  des  bottes  de  foin,  des  bestiaux  ou  des  bois  pour  une  valeur
»  de  1,000  fr.  également.  Qu’est-il  arrivé?  C'est  qu’on  a  pris  à  l’un
»  le  quart  de  son  revenu,  qui  se  montait  à  4,000  fr.,  et  à  l’autre,  le
*  dixième  seulement  du  sien,  qui  se  montait  à  10,000  fr.
»  Chacun  en  particulier  n’a  pour  revenu  que  le  profit  net  qu  U
»  fait  après  que  son  capital,  tel  qu’il  était,  se  trouve  rétabli.  Lu
«  marchand  a-t-il  pour  revenu  le  montant  de  toutes  les  ventes  qu’il
»  fait  dans  une  année?  jNoii,  certes  ;  il  n’a  de  revenu  que  l’excé-»
  dant  de  ses  rentrées  sur  ses  avances,  et  c’est  sur  cet  excédant  seul
«  qu’il  peut  payer  l’impôt  sans  se  ruiner.  *&amp;gt;
L’erreur  dans  laquelle  M.  Say  est  tombé  dans  ce  passage,  consiste ­
  à  supposer  que,  parce  que  la  valeur  du  produit  de  l’une  de
ces  propriétés  (  après  que  le  capital  de  L’agriculteur  est  rétabli)  est
plus  grande  que  la  valeur  du  produit  de  l’autre  terre,  le  revenu  net
de  chacun  des  cultivateurs  doit  différer  dans  la  même  proportion.
M.  Say  a  entièrement,  négligé  de  tenir  compte  de  la  rente  que  chacun ­
  de  ces  cultivateurs  paie.  11  ne  peut  y  avoir  deux  différents  tau»
de  profits  dans  un  même  emploi,  et  par  conséquent,  quand  les  produits ­
  sont  en  proportions  différentes  par  rapport  au  capital,  c’est
la  rente  qui  diffère  et  non  les  profits.  Sous  quel  prétexte  pourraiton
  souffrir  qu’un  homme  retirât,  d’un  capital  de  *2,000  fr.,  un  profit ­
  net  de  10,000  fr.,  pendant  qu’un  autre,  avec  un  capital  de
8,000  fr.,  ne  pourrait  en  retirer  que  4,000  fr.?
Que  M.  Say  tienne  compte  de  la  rente;  qu’il  considère  aussi  1  ef'
fet  qu’un  semblable  impôt  aurait  sur  les  prix  des  diflérentes  espèces ­
  de  fruits  de  la  terre,  il  verra  que  cet  impôt  n’est  point  inégal»
et  que  les  producteurs  eux-mômes  n’y  contribuent  pas  plus  qu^
toute  autre  classe  de  consommateurs  '.

•  Si,  dans  mon  Traité  cTÉconomie  politique,  j’ai  dit  que  l’impôt  en  nature'
avec  l’apparence  d’être  le  plus  équitable  des  impôts,  en  était  le  plus  inégal,  c’es*
après  avoir  prouvé,  d’après  Smith,  dont  Je  crois  le  raisonnement  bon,  quetoU^
les  impôts  sur  les  terres,  ou  sur  le  produit  immédiat  des  terres,  tombent  sur  le*
propriétaires  fonciers.Or,  dans  l’exemple  cité,  le  produit  net  des  deux  terres,
est  pour  l’une  de  10,000  fr.,  et  pour  l’autre  de  4,000  fr.,  n’est  point  ce  qui  coinp*^
le  profit  du  fermier,  c’est  ce  qui  compose  le  profit  du  propriétaire,  le  fermage  •
non  pas  ce  que  le  fermier  gagne,  mais  au  contraire  ce  qu’il  paie.  J’ai  doue
        <pb n="215" />
        CHAP.  xn.  -  DE  L’IMPOT  FONCIER.  163
net  enleve  à  l’un  le  quart  de  ce  fermage,  de  ce  produit
VrmnTZ  ''  “l“'  ‘-"P“'  f»rt
pas  en  tant  nu  tombait  sur  les  profits  du  fermier  ou  du  cultivateur,  non
je  ne  crois  nas  ’  i^ois  en  tant  que  capitaliste  industrieux  (ce  que
ferait  annuellpm'  inégal  encore  ;  car,  dans  l’exemple  cité,  un  fermier  qui
d’impôts  •  et  opi.r  avances  de  culture  égales  à  2,000  fr.,  paierait  1,000  fr.
ploierait  une  inH*  avances  égales  à  8,000  fr.,  c’est-à-dire  qui  em-
        <pb n="216" />
        164

PKiNciPKs  DE  L’Economie  politique.

CHAPITRE  XIII.
DES  IMPÔTS  SLi;  l’or.

L’impôt,  comme  toute  difficulté  ajoutée  à  la  production,  amènera ­
  toujours  à  la  lin  la  hausse  des  denrées  ;  mais  le  temps  qui  peut
s’écouler  avant  que  le  prix  coiîrant  devienne  conforme  au  prix
naturel,  dépendra  de  la  nature  de  la  denrée,  de  la  facilité  avec
laquelle  la  quantité  peut  en  être  réduite.  Si  la  quantité  de  la  denrée
imposée  ne  peut  être  réduite;  si,  par  exemple,  le  capital  du  fermier ­
  ou  celui  du  chapelier  ne  pouvaient  être  détournés  vers  un
autre  emploi,  il  serait  fort  indifférent  que  leurs  prolits  fussent  réduits ­
  au-dessous  du  niveau  général  par  l’effet  d’un  imjmt.  A  moins
que  la  demande  de  leurs  marchandises  n’augmentât,  ils  ne  pourraient ­
  jamais  élever  le  prix  courant  du  hlé  et  des  chapeaux  jusqu’au
niveau  de  l’augmentation  du  prix  naturel  de  ces  articles.  S’ils  menaçaient ­
  de  quitter  leur  métier,  et  d’aller  employer  leurs  capitaux
dans  un  commerce  plus  favorisé,  on  regarderait  cela  comme  une
vaine  menace  qu’ils  ne  peuvent  pas  exécuter;  et  par  conséquent  la
diminution  de  production  ne  ferait  pas  hausser  le  prix
Mais  les  denrées  de  toute  espece  peuvent  être  réduites  en  quan
tité,  et  on  peut  également  détourner  les  capitaux  d’un  genre  de
commerce  moins  lucratif  vers  un  autre  qui  l’est  davantage,  quoique ­
  cela  se  fasse  avec  plus  ou  moins  de  lenteur.  Selon  que  l’approvisionnement ­
  d’une  denrée  est  susceptible  d’être  réduit  plus  aisément, ­
  le  prix  en  augmentera  plus  vile  quand  la  production  sera
devenue  plus  difficile,  par  l’effet  d’un  impôt  ou  de  toute  autre  cause.
Le  blé  étant  une  denrée  indispensablement  nécessaire  pour  tout  1**
monde,  l’impôt  aura  à  peine  quelque  effet  sur  la  demande  du  blé,
et  par  conséquent  l’approv  isionnement  ne  saurait  en  être  longtemp*^
surabondant,  alors  même  que  les  producteurs  éprouveraient  de
grands  obstacles  à  détourner  leurs  capitaux  de  la  terre;  le  prix  du
        <pb n="217" />
        16«

chap.  Xlll.  —  DES  IMPOTS  SUR  L’OR,
blé  montera  donc  promptement  par  l’effet  de  l’impôt,  et  le  fermier
aura  e  moyen  d  en  rejeter  le  fardeau  sur  le  consommateur.
et  si  9ui  nous  fournissent  de  l’or  étaient  dans  ce  pays,
^  or  était  imposé,  il  ne  pourrait  hausser  de  valeur  par  rapport
g  .  choses,  tant  que  sa  quantité  ne  serait  pas  réduite.  Cela
iverait  surtout  si  l’on  se  servait  exclusivement  de  l’or  pour  fa-*
cell^  ^  *Ponnaie.  A  la  vérité,  les  mines  les  moins  productives,
es  qui  ne  paient  pas  de  loyer,  ne  pourraient  plus  être  exploitées;
r,  pour  rendre  le  taux  général  des  profits,  il  faudrait  que  la  vaeur
  relative  de  l’or  haussât  d’une  somme  égale  à  celle  de  l’impôt.
quantité  de  l’or,  et  par  conséquent  celle  de  la  monnaie,  diminuerait ­
  lentement;  la  diminution  serait  faible  la  première  année,  plus
lorte  la  seconde,  et  à  la  longue  la  valeur  de  l’or  hausserait  à  proporhon
  de  l’impôt.  Mais,  dans  l’intervalle,  les  capitalistes  ou  les  possesseurs ­
  de  l’or  paieraient  l’impôt,  qui  se  trouverait  ainsi  ne  pas  peser
sur  les  personnes  qui  se  servent  de  monnaie.  Si  sur  chaque  mille
####
existen.  rtcrl.  de  numéraire  aetuellemeut
lüsIliS
        <pb n="218" />
        1

ü

166  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Cela  aurait  lieu  plus  particulièrement  pour  ce  qui  regarde  un  métal ­
  servant  de  monnaie  que  pour  toute  autre  marchandise  ;  car  il
n’y  a  pas  de  demande  pour  une  quantité  définie  de  numéraire,
comme  il  y  en  a  pour  des  objets  d’habillement  ou  de  nourriture.  La
demande  de  numéraire  n’est  réglée  que  par  sa  valeur,  et  sa  valeur
dépend  de  sa  quantité.  Si  l’or  valait  le  double  de  ce  qu’il  vaut,  la
moitié  de  la  quantité  actuelle  remplirait  les  mêmes  fonctions  dans  la
circulation;  et  si  l’or  ne  valait  que  la  moitié  de  sa  valeur  actuelle,  il
en  faudrait  le  double  pour  les  besoins  de  la  circulation.  Si  le  prix
courant  du  blé  augmentait  d’un  dixième  par  l’effet  de  l’impôt  ou  par
la  difficulté  de  la  production,  il  se  pourrait  que  la  consommation  du
blé  n’éprouvât  aucun  changement;  car,  chacun  n’ayant  besoin  que
d’une  quantité  définie  de  blé,  il  continuerait  à  la  consommer  tant
qu’il  aurait  les  moyens  de  l'acheter.  Mais  pour  ce  qui  regarde  le  numéraire, ­
  la  demande  en  est  exactement  en  raison  de  sa  valeur.  Personne ­
  ne  pourrait  consommer  le  double  du  blé  qui  lui  est  ordinairement ­
  nécessaire  pour  sa  iiouriture;  mais  tout  le  monde,  quoique
n’achetant  et  ne  vendant  que  la  même  quantité  de  marchandises,
peut  avoir  besoin  d’employer  deux,  trois,  ou  un  plus  grand  nombre
de  fois  autant  d’argent.
L’argument  dont  je  viens  de  me  servir  ne  s’applique  qu’aux  pays
dont  la  monnaie  est  métallique,  et  où  il  n’y  a  point  de  papier-monnaie. ­
  L’or,  ainsi  que  toute  autre  marchandise,  a  une  valeur  courante
qui  se  règle  en  définithe  par  le  degré  comparatif  de  facilité  ou  de
difficulté  de  la  production  ;  et  quoique,  par  sa  nat  ure  durable  et  par
la  difficulté  d’en  diminuer  la  quantité,  il  ne  soit  pas  très-sujet  à
éprouver  des  variations  dans  son  prix  courant,  cette  difficulté
augmente  encore  beaucoup  en  raison  de  ce  qu’il  sert  de  monnaie.  Si
la  quantité  de  l’or,  considéré  uniquement  comme  marchandise,  n’était, ­
  dans  le  marché,  que  de  dix  mille  onces,  et  que  la  consommation
de  nos  manufactures  fût  de  deux  mille  onces  par  an,  l’or  pourrait
hausser  d’un  quart  ou  de  25  pour  0/0  de  sa  valeur  dans  un  an,
si  l’approvisionnement  annuel  venait  à  être  retiré  ;  mais  si,  en  raison ­
  de  ce  qu’il  sert  de  monnaie,  sa  quantité  était  de  cent  mille  onces ­
  ,  il  faudrait  dix  ans  pour  que  la  valeur  de  l’or  pût  hausser  d’un
quart.  Comme  la  monnaie  de  papier  peut  être  très-facilement  réduite ­
  en  quantité,  sa  valeur,  quoique  réglée  d’après  celle  de  l’or,
augmenterait  aussi  rapidement  que  le  ferait  celle  de  ce  métal,  s’il
n’avait  aucun  rapport  avec  la  monnaie.
Si  l’or  n’était  que  le  produit  d’un  seul  pays,  et  si  ce  métal  était
        <pb n="219" />
        CHAP.  XIll.  —  DES  IMPOTS  SUR  L’OR.  167
partout  employé  comme  monnaie,  on  pourrait  mettre  sur  l’or  un
impôt  très-considérable  qui  frapperait  tous  les  pays  dans  la  proportion ­
  de  1  or  qu’on  y  emploierait  dans  la  production.  Quant  à  la  portion ­
  qui  en  serait  employée  comme  monnaie,  quoiqu’on  en  retirât
un  impôt  considérable,  personne  cependant  ne  le  paierait.  C’est
^  une  propriété  particulière  du  numéraire.  Toutes  les  autres
marchandises  dont  il  n’y  a  qu’une  quantité  bornée,  et  qui  ne
peut  8  accroître  par  la  concurrence  ,  ont  une  valeur  qui  tient  au
goût,  au  caprice  et  à  la  fortune  des  acheteurs;  mais  l’argent  est
une  marchandise  qu’aucun  pays  ne  désire  augmenter  ;  car  il  n’y
a  pas  plus  d  avantage  à  employer  vingt  millions  que  dix  comme
agent  de  la  circulation.  Un  pays  pourrait  avoir  un  monopole  de
soie  ou  de  vin,  et  cependant  le  prix  de  la  soie  et  du  vin  pourrait ­
  baisser,  en  raison  du  caprice,  de  la  mode  ou  du  goût,  qui
ferait  préférer  et  remplacer  ces  articles  par  du  drap  et  de  l’eaude-vie.
  La  même  chose  pourrait,  jusqu’à  un  certain  point,  arriver ­
  par  rapport  à  l’or,  en  tant  qu’il  serait  employé  dans  les  manufactures; ­
  mais  tant  que  l’or  est  l’agent  général  de  la  circulation ­
  ou  des  échanges,  la  demande  qui  s’en  fait  n’est  jamais  une
aflaire  de  choix  :  elle  est  toujours  l’elfet  de  la  nécessité.  Vous  êtes
forcé  de  recevoir  de  l’or  en  échange  de  vos  marchandises,  et  par
conséquent  on  ne  peut  assigner  des  bornes  à  la  quantité  que  le
commerce  étranger  jieut  vous  forcer  d’accfpter,  s’il  baisse  do  valeur ­
  ;  au  contraire,  si  son  prix  hausse,  il  n’est  point  de  réduction
dans  la  quantité  de  ce  métal  à  laquelle  vous  ne  soyez  forcé  de
vous  soumettre.  Vous  pouvez,  à  la  vérité,  remplacer  le  numéraire
par  un  papier-monnaie;  mais  ce  moyen  ne  fera  pas  diminuer  la
quantité  de  la  monnaie.  Ce  n’est  que  par  la  hausse  du  prix  des
denrées  qu’on  peut  empêcher  qu  elles  soient  exportées  d’un  pays  où
I  on  peut  les  acheter  pour  peu  d’argent,  dans  un  autre  où  elles  se
vendent  plus  cher  ;  et  cette  hausse  ne  peut  s’elïectuer  que  par  l’im
Portation  d’espèces  métalliques  de  l’étranger,  ou  par  la  création  ou
augmentation  du  papier-monnaie  dans  le  pays.
Supposons  donc  que  le  roi  d’Espagne  soit  le  possesseur  exclusif
aes  mines  d’or,  et  l’or,  le  seul  métal  employé  comme  monnaie;  s’il
mettait  un  impôt  considérable  sur  I  or,  il  en  ferait  hausser  beaucoup ­
  la  valeur  naturelle;  et  comme  le  prix  courant,  en  Europe,
Pst  en  dernière  analyse  réglé  par  le  prix  naturel  dans  l’Amérique
  espagnole,  l'Europe  livrerait  une  plus  grande  quantité  de
marchandises  pour  une  quantité  déterminée  d’or.  Cependant  l’Amé-
        <pb n="220" />
        PRINCIPES  DE  l/ÉCON().MIE  POLITIQUE.
rique  ne  produirait  plus  la  môme  quantité  d’or;  car  sa  valeur  ne
hausserait  qu’en  proportion  de  la  rareté  qui  résulterait  de  l’aeeroissement
  des  frais  de  production.  L’Amérique  n  obtiendrait  donc  pas
plus  de  marchandises  que  par  le  passé,  en  échange  de  tout  l’or
qu’elle  exporterait,  et  on  pourrait  demander  quel  serait,  dans  ce  cas,
l’avantage  que  l’Espagne  et  ses  colonies  en  retireraient.  Le  voici.  S’il
y  a  moins  d’or  produit,  moins  de  capital  aura  été  employé  à  la
production  ;  on  importera  la  même  valeur  en  marehandises  d’Europe, ­
  par  l’emploi  d’un  moindre  capital,  et  par  conséquent  tous  les
produits  obtenus  par  l’emploi  du  capital  détourné  des  mines,  sera
un  avantage  que  l’Espagne  retirera  de  l’impôt,  et  qu  elle  ne  saurait
obtenir  en  aussi  grande  abondance,  ni  avec  autant  de  certitude,  par
la  possession  du  monopole  de  toute  autre  denrée.  Il  ne  résulterait  de
cet  impôt,  en  tant  qu’il  concerne  le  numéraire,  aucun  inconvénient
pour  les  nations  européennes;  elles  posséderaient  la  même  quantité
de  marchandises,  et  par  conséquent  elles  auraient  les  mêmes  moyens
de  jouissance  que  par  le  passé  :  seulement,  la  circulation  de  ces
marchandises  se  ferait  avec  moins  de  numéraire.
Si,  par  l’elfet  de  cet  impôt,  les  mines  ne  rendaient  plus  qu’un
dixième  de  l’or  qu  elles  produisent  à  présent,  ce  dixième  vaudrait
autant  que  les  dix  dixièmes  actuels.  Mais  le  roi  d’Espagne  n’est  pas
le  possesseur  exclusif  des  mines  de  métaux  précieux,  et  quand  il  le
serait,  l’avantage  qu’il  pourrait  retirer  de  cette  possession  et  de  la
faculté  de  mettre  un  impôt  sur  ces  métaux,  serait  réduit  de  beaucoup ­
  par  la  diminution  de  la  demande  et  de  la  consommation  en
Europe,  par  suite  du  papier-monnaie  qu’on  y  substituerait  plus
ou  moins  aux  métaux  précieux,  l/accord  du  prix  naturel  et  du  prix
courant  de  toutes  les  marchandises  dépend  toujours  de  la  facilité
avec  laquelle  l’approvisionnement  peut  en  être  augmenté  ou  diminué.
Cet  effet  ne  peut  pas,  dans  certaines  circonstances,  s’opérer  rapidement ­
  pour  ce  qui  regarde  l’or,  les  maisons^  les  bras  et  beaucoup
d’autres  objets.  Il  n’en  est  point  ainsi  des  denrées  «pii  sont  consommées ­
  et  reproduites  tous  les  ans,  telles  que  les  chapeau^,  les  souliers,
le  drap  et  le  blé  ;  on  peut  en  diminuer  l’approvisionnement  au
besoin,  en  l’accommodant  à  l’augmentation  des  frais  de  production  ,
et  sans  qu’il  faille  pour  cela  un  intervalle  de  temps  bien  long.
Un  impôt  sur  les  produits  agricoles  retombe,  ainsi  que  nous  l’avons ­
  déjà  vu,  sur  le  consommateur,  et  n’affecte  nullement  la  rente,
à  moins  qu’en  diminuant  les  fonds  destinés  au  soutien  des  travailleurs ­
  il  ne  fasse  baisser  les  salaires,  et  ne  diminue  la  po])ulation  ainsi
        <pb n="221" />
        CHAP.  Xlil.  —  DES  IMPOTS  SUR  L’OR..  169
que  la  demande  de  blé.  Mais  un  impôt  sur  le  produit  des  mines  d’or
oit,  élevant  la  valeur  de  ce  métal,  en  réduire  nécessairement  la
par  conséquent  détourner  les  capitaux  de  l’emploi
les  av  t  consacrés.  Alors  même  que  l’Espagne  tirerait  tous
nriPtJr  avons  exposés,  d’un  impôt  sur  l’or,  les  proraient ­
  r.  îTïines,  dont  on  aurait  détourné  les  capitaux,  en  autnai-i
  P""’’  particuliers,
mais  "P""""  nal,un:—le  loyer  n'étant  point  une  richesses  créée,
a  la  f„„  non-seulement  tout  le  produit  du  capital  déplacé,  mais  enore
  tout  ce  que  les  autres  propriétaires  auraient  perdu.
Supposons  que  les  mines  de  la  première,  deuxième  et  troisième
qualité  soient  exploitées,  et  rapportent  respectivement  cent,  quatre
■
rinh-x  H  ^  obtenait  auparavant.  L’Espa-ne  se  serait  entout
  le  produit  des  deux  tiers  du  capital  dégagé  des
        <pb n="222" />
        m  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
mines.  Si  la  valeur  des  cent  livres  d’or  devenait  égale  à  celle  des
deux  cent  cinquante  tirées  auparavant,  la  part  du  roi  d’Espagne,  ou
soixante-dix  livres,  équivaudrait  à  la  valeur  qu’avaient  autrefois
cent  soixante-quinze  livres.  11  n’y  aurait  qu’une  petite  partie  de
l’impôt  royal  qui  frapperait  les  sujets  du  roi,  la  plus  grande  partie
étant  obtenue  par  une  meilleure  distribution  des  capitaux.
Voici  quel  serait  le  compte  courant  de  l’Espagne  :

Produit  primitif.
Or,  250  livres  valant  (par  supposition).  .  .  .  10,000  aunes  de  drap.
Produit  actuel,

Par  les  deux  capitalistes  qui  ont  renoncé  à  l’exploitation ­
  des  mines,  la  valeur  de  140  livres
d’or,  ou  de  5,600  d*
Par  le  capitaliste  qui  exploite  la  mine  n°  1,  30
livres  d’or,  augmenté  de  valeur  dans  la  proportion ­
  de  1  à  2  1/2,  et  par  conséquent  valant ­
  3,000  d“
Impôt  au  roi,  70  livres,  valant  actuellement.  .  7,000  d®
Total  15,600  aunes  de  drap.

Sur  les.  sept  mille  aunes  reçues  par  le  roi,  le  peuple  espagnol
contribuerait  pour  quatorze  cents,  et  cinq  mille  six  cents  seraient
un  profit  net  résultant  de  l’emploi  du  capital  dégagé.
Si  l’impôt,  au  lieu  d’ètre  une  somme  fixe  levée  sur  chaque  mine  .
exploitée,  représentait  une  certaine  portion  du  produit,  la  quantité
de  ce  produit  ne  diminuerait  pas  en  conséquence.  Quand  on  .prélèverait ­
  pour  l’impôt  la  moitié  ,  le  quart  ou  le  tiers  du  produit  de  chaque
mine,  l’intérêt  des  propriétaires  serait  toujours  de  faire  rendre  à  leurs
mines  autant  de  métal  qu’auparavant  ;  mais  si  la  quantité  n’en  diminuait ­
  pas,  et  que  seulement  une  portion  en  fût  transférée  des
mains  du  propriétaire  dans  les  coffres  du  roi,  le  métal  ne  hausserait
pas  de  valeur;  l’impôt  tomberait  sur  les  habitants  des  colonies;  et  il
n’en  résulterait  aucun  avantage.Un  pareil  imp&amp;lt;\t  produirait  l’effet
qu’Aclam  Smith  attribue  aux  impôts  sur  les  produits  agricoles,  sur
la  rente  des  terres  :  il  tomberait  entièrement  sur  le  loyer  des  mines.
Si  on  le  poussait  un  peu  plus  loin,  non-seulement  il  absorberait  tout
le  prix  du  loyer,  mais  il  priverait  encore  les  exploiteurs  des  mines
de  tous  les  profits  ordinaires  des  capitaux,  qu’ils  détourneraient  par
        <pb n="223" />
        CHAP.  Xlll.  —  DES  IMPOTS  SUR  L’OR.  171
conséquent  de  l’exploitation  des  mines  d'or.  Si  l’on  donnait  encore
plus  d  extension  à  l’impôt,  il  absorberait  le  loyer  même  des  mines
les  plus  riches,  et  amènerait  le  retrait  de  nouveaux  capitaux.  La
quantité  de  l’or  diminuerait  continuellement  pendant  que  sa  valeur
augmenterait,  ce  qui  produirait  les  effets  que  nous  avons  déjà  indiqués ­
  :  c  est-à-dire,  qu’une  partie  de  l’impôt  serait  payée  par  les
habitants  des  colonies  espagnoles,  et  l’autre  partie  irait  créer  de
nouveaux  produits  par  l’effet  de  l’augmentation  de  la  puissance  de
1  agent  employé  comme  moyen  d’échange.
Les  impôts  sur  l’or  sont  de  deux  espèces  :  les  uns  sont  levés  sur  la
quantité  actuelle  d’or  en  circulation,  et  les  autres  sur  la  quantité
qu’on  tire  des  mines  annuellement.  Les  uns  comme  les  autres  tendent
à  faire  diminuer  la  quantité  de  l’or  et  à  en  augmenter  la  valeur;  mais
ni  les  uns  ni  les  autres  n’augmenteraient  la  valeur  de  l’or,  si  elles  n’en
réduisaient  pas  la  quantité.  Ces  impôts,  tant  que  l’approvisionnement ­
  de  l’or  n’est  pas  diminué,  tombent  pendant  un  certain  temps
sur  les  capitalistes  ;  mais  en  dernière  analyse  ils  finissent  par  être
supportés  parles  propriétaires  des  mines,  qui  en  retirent  des  revenus ­
  moindres,  et  par  les  acheteurs  de  cette  portion  d’or,  qui
employée  comme  marchandise,  sert  aux  jouissances  de  l’espèc^
humaine,  et  n’iist  point  consacrée  exclusivement  à  faire  les  fonctions ­
  d’agent  de  la  circulation.
        <pb n="224" />
        172

PÍ1INCIPKS  Í)E  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE

CH\PITRE  XIV.
HES  IMPÔTS  SÍ7R  LES  MAISONS.

II  est  encore  d’autres  objets  dont  on  ne  peut  pas  réduire  promptement ­
  la  quantité.  Tout  impôt  sur  ces  objets  tombe  donc  sur  le
propriétaire,  si  la  hausse  du  prix  fait  diminuer  la  demande.
Les  impôts  sur  les  maisons  sont  de  cette  espèce  :  quoique  levés
sur  le  locataire,  ils  retombent  souvent  sur  le  propriétaire,  par  la
baisse  des  loyers  qu’ils  occasionnent.  Les  fruits  de  la  terre  sont  consommés ­
  et  reproduits  d’une  année  à  l’autre,  et  il  en  arrive  de
même  à  l’é^^ard  de  beaucoup  d’autres  objets  ;  leur  apj)rovisionnement
  pouvant  être  promptement  mis  au  niveau  de  la  demande,  ils
ne  sauraient  rester  longtemps  au-dessus  de  leur  prix  naturel.
Mais  un  impôt  sur  les  maisons  peut  être  regardé  comme  un  loyer
additionnel  payé  par  le  locataire  et  dont  l’effet  sera  de  diminuer
la  demande  des  maisons  qui  paient  un  pareil  loyer,  sans  en  diminuer ­
  le  nombre.  Les  loyers  baisseront  donc,  et  une  partie  de  l’impôt ­
  sera  payée  indirectement  par  le  propriétaire.  •
"  On  peut  supposer,  dit  Adam  Smith,  le  loyer  d’une  maison  divisé
»  en  deux  parties,  dont  l’une  constitue  proprement  le  loyer  du  bàti-»
  ment;  l’autre  s’appelle  communément  le  loyer  du  sol  ou  rente  du
»  fonds  de  terre.
»  Le  loyer  du  bâtiment  est  l’intérêt  ou  profit  du  capital  dépensé  à
»  construire  la  maison.  Pour  mettre  le  commeree  d’nn  entrepreneur
»  au  niveau  de  tous  les  autres  commerces,  il  est  néeessaire  que  ce
»  loyer  soit  suilisant,  premièrement,  pour  lui  rapporter  le  même
»  intérêt  qu’if  aurait  retiré  de  son  capital  en  le  prêtant  sur  de  bonnes
»sûretés;  et,  deuxièmement,  pour  tenir  constamment  la  maison
»  en  bon  état  de  réparation,  ou,  ee  qui  revient  au  même,  pour  rem-»
  placer  dans  un  certain  espace  d’années  le  capital  qui  a  été  emploVé
•&amp;gt;  à  la  bâtir.  S’il  arrivait  que  le  eommerce  d’un  entrepreneur  de  mai-»
  sons  rapportât  un  profit  beaucoup  plus  grand  que  celui-ci,  à
        <pb n="225" />
        CHAP.  XIV.  -  DES  IMPOTS  SUR  UES  MAISONS.  173
proportion  de  T  intérêt  courant  de  l’argent,  ce  commerce  enlèvelait
  bientôt  tant  de  capital  aux  autres  branches  de  commerce,
"  Iamènerait  ce  profit  à  son  juste  niveau.  S’il  venait,  au  contraire, ­
  à  rendre  beaucoup  moins,  les  autres  commerces  lui  enlèveraient ­
  bientôt  tant  de  capital,  que  le  profit  remonterait  encore
"  wiveau  des  autres.
lout  ce  qui  excède,  dans  le  loyer  total  d’une  maison,  ce  qui
est  suffisant  pour  rapporter  ce  profit  raisonnable,  va  naturellement
"  sol,  et  quand  le  propriétaire  du  sol  et  le  propriétaire
"  du  bâtiment  sont  deux  personnes  différentes,  c’est  au  premier,  le
"  plus  souvent,  que  se  paie  la  totalité  de  cfct  excédant.  Cette  aug-'
  mentation  de  loyer  est  le  prix  que  donne  le  locataire  de  la  maison,
"  imur  quelque  avantage  de  situation  réel  ou  réputé  tel.  Dans  les
"  maisons  des  champs,  situées  à  une  certaine  distance  des  grandes
"  et  où  il  y  a  abondance  de  terrain  à  choix  pour  construire,
"  presque  rien,  ou  n’est  pas  plus  que  ce  que
"  «ur  lequel  est  la  maison,  s’il  était  mis  en  culture.
"  maisons  de  campagne  voisines  de  quelque  grande  ville
»  ce  loyer  du  sol  est  quelquefois-beaucoup  plus  haut,  et  on  paie  sou-“
  vent  assez  cher  la  beauté  ou  la  commodité  de  la  situation.  Les
«  loyers  du  sol  sont  en  général  le  plus  haut  possible  dans  la  capi-&amp;gt;
  laie,  et  surtout  dans  ces  quartiers  recherchés  où  il  se  trouve  y  avoir
-  la  plus  grande  demande  de  maisons,  quelles  que  puissent  être  les
"  ^«11«  demande,  soit  raison  de  commerce  et  d’affaires
"  «‘“^/rnson  d’agrément  et  de  société,  ou  simplement  affaire  de  mode
•'  et  de  vanité.  »
Ln  impôt  sur  le  loyer  des  maisons  peut  tomber  sur  le  locataire
sur  le  propriétaire  du  terrain  ou  sur  le  propriétaire  du  bâtiment!
Dans  les  cas  ordinaires,  il  est  à  présumer  que  c’est  le  locataire  qui
mcnr  '  dernier  résultat,  comme  il  le  paie  iinmédiate-Si
  I  impôt  est  modique,  et  si  le  pays  se  trouve  dans  un  état  stationnaire ­
  ou  progressif,  il  n’y  aurait  pas  de  motif  qui  pùt  déterminer ­
  le  locataire  d’une  maison  à  se  contenter  d’une  autre  qui
serait  moins  commode  ou  agréable.  Mais  si  l’impôt  t«t  élevé,  ou
que  d’autres  circonstances  diminuent  la  demande  de  maisons,  le
evenu  du  propriétaire  en  souffrira;  car  le  locataire  se  dédommab^iu
  en  partie  de  I  impôt  par  la  diminution  de  son  loyer.  Il  est
poui  tant  difficile  de  savoir  dans  quelle  proportion  la  partie  de  l’impôt
  que  le  locataire  a  épargnée  par  la  diminution  de  son  loyer.
        <pb n="226" />
        474

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
portera  sur  le  loyer  du  bâtiment  et  sur  le  loyer  du  sol.  11  est
probable  que,  dans  le  premier  cas,  elle  porterait  sur  l’un  comme
sur  l’autre  ;  mais  comme  des  maisons  sont  des  choses  périssables,
quoiqu’elles  ne  se  détériorent  que  lentement,  et  comme  on  n’en
bâtirait  plus  jusqu’à  ce  que  le  profit  de  l’entrepreneur  de  bâtiments
fût  de  niveau  avec  le  prolit  des  autres  commerces,  le  loyer  des
bàtinieiits  reviendrait,  après  un  certain  intervalle  de  temps,  à  son
prix  naturel.  L’entrepreneur  de  bâtiments  ne  recevant  de  loyers
que  tant  que  la  maison  est  debout,  ne  peut  pas,  dans  les  circonstances ­
  les  plus  désastreuses,  payer  longtemps  une  partie  quelconque ­
  de  l’impôt.
Cet  impôt  pèserait  donc  en  définitive  sur  le  locataire  et  sur  le  propriétaire ­
  du  terrain.  Mais  «  dans  quelle  proportion  (demande  Adam
•&amp;gt;  Smith)  ce  paiement  final  se  partagera-1-il  entre  eux?  C’est  ce  qui
"  n’est  pas  très-facile  à  décider.  Ce  partage  se  ferait  probable-«
  meid  d’une  manière  très-différente  dans  des  circonstances  dif-»
  férentes  ;  et  un  impôt  de  ce  genre,  d’après  ces  circonstances  diffé-«
  rentes,  affecterait  d’une  manière  très-inégale  le  locataire  de  la
**  maison  et  le  propriétaire  du  terrain.
Adam  Smith  regarde  les  loyers  du  sol  comme  un  objet  très-propre
a  être  imposé.  «  Les  loyers  du  sol,  dit-il,  et  les  rentes  ordinaires  des
«  terres,  sont  une  espèce  de  revenu  dont  le  propriétaire  jouit  le  plus
-  souvent  sans  avoir  ni  soins  ni  attention  à  donner.  Quand  une  partie
«  de  ce  revenu  lui  serait  ôtée  pour  fournir  aux  besoins  de  l’État,  on
»  ne  découragerait  par  là  aucune  espèce  d’industrie.  Le  produit
»  annuel  des  terres  et  du  travail  de  la  société,  la  richesse  et  le  revenu
&amp;gt;*  réel  de  la  masse  du  peuple  pourraient  toujours  être  les  mêmes
"  après  l’impôt  qu’auparavant.  Ainsi  le  loyer  du  sol  et  les  rentes
■»  ordinaires  des  terres  sont  peut-être  l’espèce  de  revenu  qui  peut  le
"  mieux  supporter  un  impôt  spticial.  »
11  faut  convenir  que  les  effets  de  ces  sortes  d’impôts  seraient  tels
que  le  dit  Adam  Smith  ;  ce  serait  pourtant  assurément  une  grande
injustice,  que  d’imposer  exclusivement  le  revenu  d’une  classe  particulière ­
  de  la  société.  Les  charges  de  l’État  doivent  être  supportées
par  tous,  et  être  en  raison  des  facultés  de  chacun  :  c’est  là  une  des
quatre  maximes  posées  par  Adam  Smith,  et  qui  doivent  servir  de
règle  pour  tout  impôt.  La  rente  appartient  souvent  à  ceux  qui,  après
bien  des  années  de  peines,  ont  fini  par  réaliser  leurs  profits,  et  ont
employé  leur  fortune  à  l’achat  d’un  fonds  de  terre.  Ce  serait  donc
bien  certainement  au  mépris  de  la  sûreté  des  propriétés,  principe  qui
        <pb n="227" />
        CHAP.  XIV.  —  DES  IMPOTS  SUR  UES  MAISONS.  17K
devrait  toujours  être  sacré,  qu’on  assujettirait  les  rentes  à  un  impôt
inégal.  Il  est  à  regretter  que  les  droits  de  timbre  dont  est  grevée  la
mutation  des  biens-fonds,  soient  un  obstacle  si  puissant  à  leur  transmission, ­
  et  les  empêche  de  passer  dans  les  mains  de  ceux  qui
pourraient  les  rendre  plus  productifs.  Et  si  l’on  réfléchit  que  nonseulement
  la  terre,  considérée  comme  un  objet  propre  à  supporter
un  impôt  exclusif,  baisserait  de  valeur  pour  compenser  le  risque
être  imposée,  mais  encore  que  plus  ce  risque  serait  indéfini,  plus
sa  valeur  incertaine,  et  plus  les  biens-fonds  deviendraient  un  objet
de  spéculation,  un  agiotage  plutôt  qu’un  commerce  régulier;  si  on  y
réfléchit,  dis-je,  on  verra  combien  il  est  probable  que  les  mains  dans
lesquelles  les  terres  viendraient  à  tomber  seraient  celles  des  individus ­
  qui  sont  plutôt  des  agioteurs  que  des  propriétaires  prudents,
capables  de  tirer  le  plus  grand  parti  des  fonds  de  terre.
        <pb n="228" />
        176

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.

CHAPITRE  XV.
DES  IMPÔTS  SUR  LES  PROFITS.

Les  impôts  sur  les  choses  qu’on  nomme  en  général  objets  de  luxe,
ne  tombent  que  sur  ceux  qui  en  font  usage.  Un  impôt  sur  le  vin
est  payé  par  le  consommateur  :  un  impôt  sur  les  chevaux  de  luxe,
ou  sur  les  voitures,  est  payé  par  ceux  qui  se  donnent  de  pareilles
jouissances,  et  dans  la  proportion  exacte  de  la  qnantité  de  ces  objets.
Des  impôts  sur  les  choses  de  première  nécessité  n’aiïectent  pas  les
consommateurs  seulement  à  proportion  de  la  quantité  qu’ils  en  peuvent ­
  consommer,  mais  souvent  bien  au  delà.  Un  impôt  sur  le  blé,
ainsi  que  nous  l’avons  déjà  remarqué,  afleete  le  manufacturier  non
seulement  en  proportion  du  blé  que  lui  et  sa  famille  peuvent  consommer, ­
  mais  cet  impôt  change  encore  le  taux  des  profits  du  capital,
et  par  conséquent  il  porte  sur  le  revenu.  Tout  ce  qui  augmente  les
salaires  des  travailleurs  diminue  les  profits  du  capital  ',  et  tout  impôt
assis  sur  des  objets  consommés  par  le  travailleur,  tend  à  faire  baisser
le  taux  des  profits.
Un  impôt  sur  les  chapeaux  en  fera  monter  le  prix;  un  impôt  sur
les  souliers  fera  renchérir  les  souliers;  et  si  cela  n’était  pas  ainsi,
l’impôt  tomberait  en  dernier  résultat  sur  le  fabricant  ;  ses  profits
baisseraient  au-dessous  du  niveau  des  autres  profits,  et  il  serait  forcé
de  quitter  le  métier.  Un  impôt  partiel  sur  les  profits  fera  hausser  le
prix  de  la  marchandise  sur  laquelle  il  porte.  Uar  exemple,  un  impôt
sur  les  profits  du  chapelier  augmentera  le  prix  des  chapeaux  ;  car
s’il  n’y  avait  que  les  profits  du  chapelier  d’imposés,  à  l’exclusion  de
tout  autre  commerce,  à  moins  que  le  chapelier  n’augmentàt  le  prix
de  ses  chapeaux,  ses  profits  seraient  au-dessous  du  taux  de  tous  les
I  Nous  croyons  avoir  réfuté  cette  décourageante  doctrine  dans  un  précédent
chapitre.  A.  F.
        <pb n="229" />
        177

í'HAP.  XV.  —  DES  LMPDTS  SUK  I.KS  PKÓDUITS.
autres  genres  de  commerce,  et  il  se  verrait  forcé  de  quitter  son  métier
pour  un  autre.
haiiR  manière,  un  impôt  sur  les  profits  du  fermier  ferait
dranT  !  ""  ¡mpôt  sur  les  profits  du  fabricant  de
ne]  su  *’‘^&amp;gt;i^bérir  le  drap;  et  si  on  mettait  un  impôt  pro[K)rtionüi
  i\  f  commerces,  toutes  les  marchandises  hausseraient  de
L  .  cependant  la  mine  qui  nous  fournit  le  métal  dont  nous
quons  notre  monnaie  s(‘  trouvait  chez  nous,  et  que  les  profits
haulri"  'T'  même,  il  n’y  aurait  point  de
dusse  dans  le  prix  d’aucune  denrée;  chacun  donnerait  une  portion
pareille  de  son  revenu,  et  tout  resterait  comme  auparavant.
l’on  n’impose  pas  le  numéraire,  et  qu’il  puisse  par  conséquent
conserver  sa  valeur  pendant  que  toutes  les  autres  denrées  sont  im
posées  et  renchérissent,  le  chapelier,  le  fermier  et  le  fabricant  de
dcap  chacun  employant  un  capital  égal,  qui  rapporte  des  profits
■
        <pb n="230" />
        n8  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Dans  le  premier  cas,  le  contribuable  aura  pour  1000  I.  une  quantité
aussi  grande  de  marchandises  ((uc  celle  qu’il  pouvait  acheter  auparavant ­
  pour  9101.;  dans  le  second,  il  n’en  obtiendra  que  ce  qu’il
pouvait  acheter  auparavant  pour  900  1.  Cela  tient  à  la  différence
dans  la  quotité  de  l’impôt,  qui,  dans  le  premier  cas,  n’est  que  d’un
onzième  du  revenu,  et  qui,  dans  le  second  est  d’un  dixième,  l’argent ­
  ayant  dans  les  deux  cas  une  valeur  différente.
Mais  quoique  le  numéraire  ne  soit  pas  imposé,  et  que  sa  valeur
ne  change  point,  toutes  les  denrées  hausseront  de  prix,  mais  dans
des  proportions  différentes  ;  elles  ne  conserveront  plus  après  l  impôt,
les  unes  par  rapport  aux  autres,  la  même  valeur  qu  elles  avaient
auparavant.  Dans  une  partie  antérieure  de  cet  ouvrage,  nous  avons
examiné  les  effets  du  partage  du  capital  en  capital  fixe  et  en  capital
circulant,  ou  plutôt  en  capital  durable  et  en  capital  périssable,  sur
le  prix  des  denrées.  INous  avons  fait  voir  que  deux  manufacturiers
pouvaient  employer  précisément  un  capital  pareil,  en  retirer  des
profits  égaux,  et  cependant  vendre  les  produits  de  leur  industrie
pour  des  sommes  d’argent  très-différentes,  selon  que  leurs  capitaux ­
  seraient  consommés  et  reproduits  plus  ou  moins  rapidement. ­
  L’un  pourrait  vendre  ses  marchandises  4,000  I.,  et  l’autre
10,000  1.,  chacun  employant  peut-être  un  capital  de  10,000  I.,
dont  l’un  comme  l’autre  retirerait  20  pour  cent  de  profit,  ou
2,000  1.  Le  capital  de  l’un  peut  se  composer,  par  exemple,  de  2,0001.
de  capital  circulant  qui  doit  sc  reproduire,  et  en  8,000  1.  de  capital ­
  fixe,  en  liàtiments  et  en  machines;  le  capital  de  l’autre,  au
contraire,  pourrait  se  composer  de  8,000  I.  de  capital  circulant,  (t
de  2,000  1.  seulement  de  capital  fixe  en  machines  et  en  bâtiments.
Maintenant,  supposons  que  chacun  des  ces  manufacturiers  soit
imposé  à  10  pour  cent  de  son  revenu  ,  ou  à  200  1.  L  un,  pour  reli
rer  de  son  capital  les  profits  ordinaires  que  rapportent  les  autres
commerces,  doit  élever  ses  marchandises  de  10,000  I.  a  10,200  1.;
et  l’autre  sera  forcé  d’élever  le  prix  des  siennes  de  4,000  I.  à  4,200  I.
Avant  l’impôt,  les  marchandises  vendues  par  l’un  de  ces  manufacturiers ­
  avaient  une  valeur  plus  forte  deux  fois  et  demie  que  celle
de  l’autre  :  après  l’impôt,  elles  vaudront  2.42  fois  davantage;  une
espèce  de  marchandise  aura  haussé  de  2  pour  cent,  et  l’autre  de
5  pour  cent.  Par  conséquent,  un  impôt  sur  le  revenu,  tant  que
l’argent  ne  change  point  de  valeur,  doit  changer  la  valeur  et  le  prix
relatif  des  marchandises.
Cela  serait  encore  vrai  si  l’impôt,  au  lieu  d’être  assis  sur  les  pro-
        <pb n="231" />
        179

CHAP.  XV.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  PRODUTS.
ils,  était  prélevé  sur  les  marehaiidises  elles-mêmes.  l*ourvu  que  les
ein^H  soient  imposées  à  proportion  de  la  valeur  du  capital
puisse^êt  ^  P^^duetion,  elles  hausseront  également,  quelle  qu’en
même  ^  valeur,  et  par  conséquent  elles  ne  conserveront  plus  la
10  qu  auparavant.  Une  denrée  qui  aurait  haussé  de
uiiP  ii.t  ^  11  »000  I.,  ne  conserverait  pas  le  même  rapport  avec
circón  Staurait  haussé  de  2,000  1.  à  3,0001.  Si,  dans  de  pareilles
q  e  &amp;lt;*U  put  prove.,,r,  eetle  hausse  n’affecterait  pas  le  prix  des  dentombía
  ""tT  l’''‘’l"rtio„.  La  même  cause  qui  pourrait  faire
mber  le  pnx  d  une  denrée  de  10,200  1.  à  10,000  1.  ou  moins  de
pourcent,  fera.t  baisser  l’autre  de  4,200  1.  à  4,000  1.,  ou  de  4  3,4
pour  cent.  Si  elles  baissaient  dans  des  proportions  autres  que  celles
pSHÜiSS
■
si  J  (Jans  •  ^1^  de  ces  denrées  est  imposée  ;  car
dans  la  ^*,*^*^  haussaient  toutes  à  proportion  de  la  baisse
va  tur  e  1  argent,  les  profits  deviendraient  inégaux.  Dans
        <pb n="232" />
        PKINCIPKS  de  I  "ECONOMIE  POLITIQUE,
le  cas  où  les  denrées  seraient  imposées,  les  profits  s’élèveraient  au
dessus  du  niveau  général,  et  le  capital  passerait  d’un  emploi  a
un  autre  jusqu’à  ce  que  l’équilibre  des  profits  se  trouvât  rétabli,
ce  qui  ne  pourrait  arriver  qu’après  que  les  prix  relatifs  seraient
changés.
Ce  principe  n’explique-t-il  pas  les  différents  effets  que  l’on  a  observés ­
  dans  le  prix  des  denrées,  à  la  suite,du  changement  dans  la
valeur  du  numéraire,  pendant  la  durée  de  la  loi  qui  autorisait  la
Banque  d’Angleterre  à  suspendre  ses  paiements  en  argent’?  On  objectait ­
  à  ceux  qui  soutenaient  que  l’agent  de  la  circulation  était  déprécié ­
  par  la  trop  grande  abondance  de  papier-monnaie,  que  si  cela
était  vrai,  toutes  les  denrées  auraient  dù  hausser  dans  la  même  proportion. ­
  On  remarquait  bien  que  plusieurs  d’entre  elles  avaient
varié  de  prix  beaucoup  plus  que  d’autres;  mais  on  en  concluait  que
la  hausse  des  prix  était  due  à  quelque  cause  qui  affectait  la  valeur
même  des  denrées,  et  non  à  un  changement  quelconque  dans  la  valeur ­
  de  l’agent  de  la  circulation.  Kt  cependant  il  semble,  d  après  ce
que  nous  venons  de  dire,  que  ,  dans  un  pays  qui  paie  des  impôts
sur  les  denrées,  leur  prix  ne  varie  pas  dans  les  mêmes  proportions,
par  suite  de  la  hausse  ou  de  la  baisse  de  la  valeur  de  la  monnaie
courante.
Si  les  profits  de  tout  commerce  étaient  imposés,  à  l’exception  de
ceux  du  fermier,  toutes  les  marchandises,  excepté  les  fruits  de  la
terre,  auraient  une  plus  forte  valeur  en  monnaie.  Le  fermier  aurait  le
même  revenu  en  blé  qu’auparavant,  et  il  vendrait  son  blé  également
au  même  prix  en  monnaie;  mais  comme  il  serait  obligé  de  pavei
plus  cher  toutes  les  denrées  autres  que  le  blé,  ce  serait  pour  lui
un  impôt  sur  sa  dépense,  l  n  changement,  même  dans  la  valeur  de
l’argent,  n’allégerait  en  rien  le  poids  de  cet  impôt;  car  ce  changement ­
  pourrait  faire  baisser  toutes  les  denrées  à  leur  ancien  |)mx,  mais
celle  qui  ne  serait  poiiit  imposee  tomberait  au-dessous  de  son  an
cien  niveau;  et  pai  conséquent,  (juoique  le  fermier  pût  acheter  h*
denrées  pour  sa  consommation  à  leur  ancien  prix  ,  il  se  trouverait
avoir  moins  d’argent  a  dépenser  pour  leur  achat.
La  position  du  propriétaire  n’aurait  pas  change  non  plus;  il  rec‘-vrait
  autant  de  rente  en  blé  et  en  argent  qu’auparavant,  si  le  pii^
de  toutes  les  denrées  haussait  pendant  que  l’argent  conserverait  I»
même  valeur.  Si  toutes  les  denrées  restaient  au  même  prix,  il  recevrait ­
  la  même  rente  en  nature,  mais  moins  d’argent.  Dans  1  n”
comme  dans  l’autre  cas,  quoique  son  revenu  ne  lut  piùnt  imp‘»^
        <pb n="233" />
        CHAP  XV.  —  OES  IMPOTS  SUR  LES  PRODUITS.  181
directement,  il  contribuerait  pourtant  d’uiic  manière  indirecte  au
paiement  de  la  contribution.
Mais  su])posons  que  les  profits  du  fermier  soient  également  imposes. ­
  Dans  ce  cas,  i]  se  trouvera  dans  la  même  position  que  les  autres
commerçants  ;  ses  produits  agricoles  hausseront,  et  il  aura  le  même
revenu  en  argent  après  avoir  payé  l’impôt;  mais  il  paiera  plus  cher
toutes  les  marchandises  de  sa  consommation,  v  compris  les  produits
du  sol.

Son  propriétaire,  cependant,  se  trouvera  dans  une  position  dif
férente.  L’impôt  mis  sur  les  profits  de  son  fermier  lui  sera  profitable; ­
  car  il  se  trouvera  indemnisé  du  prix  plus  élevé  qu’il  sera
ehligé  de  donner  pour  les  marchandises  manufacturées  dont  il  a
besoin,  dans  le  cas  où  elles  hausseraient  de  prix;  et  il  jouira  du
meme  revenu  en  argent  quand,  par  l’effet  d’une  hausse  dans  la  valeur
de  la  monnaie,  les  denrées  reviendront  à  leur  ancien  prix.  Ln  impôt
sur  les  profits  du  fermier  n’est  pas  une  contribution  proportionnée
au  produit  brut  de  la  terre;  il  est  assis  sur  son  produit  net,  la  rente,
les  salaires  et  les  autres  charges  étant  acquittés.  Comme  les  cultivateurs ­
  des  différentes  espèces  de  terres,  n"  I  ,  n“  2  et  n»  3,  emploient
précisément  des  capitaux  pareils,  ils  auront  exactement  les  mêmes
profits,  quelle  que  soit  la  quantité  de  produit  brut  que  l’un  puisse
obtenir  de  plus  que  les  autres;  et  par  conséquent  ils  seront  tous
imposés  sur  le  même  pied.
Supposons  (pie  le  produit  brut  de  la  terre  de  la  qualité  ii»  I  soit  de
cent  quatre-vingts  cpiartcrs,  celui  du  n"  2  de  cent  soixante-dix  quarters ­
  et  celui  du  n"  3  de  cent  soixante.  Si  chacune  est  imposée  à  dix
quarters,  la  différence  entre  le  produit  du  n“  1,  du  n»  2  et  du  n“  3
l’impôt  acquitté  ,  restera  la  même  qu’auparavant;  car  si  le  n»  1  est
réduit  à  cent  soixante-dix,  le  n»  2  à  cent  soixante  et  le  n»  3  à  cent
Cinquante  quarters,  la  différence  entre  le  n°  3  et  le  n“  f  sera
*  «»paravant  ,  de  vingt  quarters,  et  celle  entre  le  u*  3  et  le
aiitrp«  r!'  '  Z  ‘•‘'•a  ,  le  prix  du  blé  et  de  toutes  les
en  «r  /r  tr  qu’aupara\ant,  les  rentes  en  nature  ou
dp  1  ?  «^Pr'^Rveraient  aucune  variation  ;  mais  si  le  prix  du  blé  et
outes  les  autres  denrées  haussait  par  suite  de  l’impôt,  les  rentes
,  .  ^  aiisseraicnt  alors  dans  la  même  proportion.  Si  le  blé  vaut
mo*t  blé  haussait  de  10  pour  cent,  e’cst-à-dirc  ,  s’il
vin*^t^*^  à  4  I.  8  scb.,  la  rente  s’élèverait  de  même  de  10  pour  cent  ;  car
quarters  de  blé  vaudraient  alors  88  I.,  et  dix  eu  vaudraient
        <pb n="234" />
        182  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
44  1.  Un  pareil  impôt  ne  peut  donc,  dans  aucun  cas,  affecter  le
propriétaire.
Un  impôt  sur  les  prolits  du  capital  n’a  jamais  d’effet  sur  la  rente
en  nature;  mais  la  rente  en  argent  varie  selon  le  prix  du  blé.  Au
contraire,  un  impôt  sur  les  produits  immédiats  de  la  terre,  ou  une
dîme,  affecte  toujours  les  rentes  en  nature,  et  laisse  en  général  les
rentes  en  argent  dans  le  môme  état.  Dans  une  autre  partie  de  cet
ouvrage,  j’ai  dit  que  si  un  impôt  territorial  d’une  valeur  égale  en
argent  était  mis  sur  toutes  sortes  de  terres  en  culture,  sans  égard
pour  leurs  différents  degrés  de  fertilité,  cette  contribution  serait  trèsinégale
  dans  son  opération,  ear  ce  serait  un  profit  pour  le  propriétaire ­
  des  terres  les  plus  fertiles.  Un  tel  impôt  ferait  hausser  le  prix
du  blé  à  proportion  de  la  charge  supportée  par  le  fermier  du  plus
mauvais  terrain;  mais  cette  augmentation  de  prix  étant  obtenue  par
l’excédant  des  produits  récoltés  sur  les  meilleures  terres,  les  fermiers ­
  de  ces  terres  auraient  un  avantage  pendant  la  durée  de  leurs
baux,  et  à  leur  expiration  cet  avantage  resterait  au  propriétaire
sous  la  forme  d’une  augmentation  dans  le  taux  de  la  rente.
L’effet  d’un  impôt  réparti  d’une  manière  égale  sur  les  profits  du
fermier  est  précisément  semblable;  un  tel  impôt  augmente  la  rente
en  argent  des  propriétaires,  si  l’argent  conserve  la  môme  valeur  ;
mais  comme  les  profits  de  tous  les  autre  s  commerces  sont  imposés
aussi  bien  que  les  profits  du  fermier,  et  qu’en  conséquence  les
prix  de  toutes  les  marchandises,  comme  celui  du  ble,  ont  hausse,
le  propriétaire  perd  autant  par  l’augmentation  du  prix  en  argent
des  marchandises  et  du  blé,  qu’il  gagne  par  la  hausse  de  sa  rente.
Si  l’argent  haussait  de  valeur,  et  si  toutes  les  choses,  après  1  établissement ­
  d’un  impôt  sur  les  profits  des  capitaux,  tombaient  à
leurs  anciens  prix,  la  rente  redeviendrait  aussi  ce  (ju  elle  était  au
paravant.  Le  propriétaire  recevrait  la  môme  rente  en  argent,  et
il  aurait  tous  les  objets  qu’il  achetait  avec  cet  argent  à  leurs  anciens ­
  prix  ;  en  sorte  que,  dans  toiis  les  cas,  il  continuerait  à  ne
pas  payer  l’impôt  \
Ce  fait  est  réellement  curieux.  Lu  imposant  les  profits  du  1er
mier,  il  sc  trouve  que  sa  charge  n’est  pas  plus  lourde  que  s’il  avait

'  Il  serait  très-avantageux  pour  les  propriétaires  que  l’impôt  atteignit  les  profits ­
  du  fermier,  plutôt  que  ceux  de  tout  autre  capitaliste.  En  effet,  on  asseoirait ­
  alors  sur  les  consommateurs  de  denrées  agricoles,  une  taxe  qui  profiterait
et  à  l’État  et  aux  maîtres  du  sol.
        <pb n="235" />
        183

CHAP.  XV.  —  DES  IMPOTS  SL'H  LES  PKODUITS.
échappe  à  la  taxe.  Quant  au  propriétaire,  il  a  tout  intérêt  à  voir
taxer  les  profits  de  sa  ferme,  car  c’est  seulement  à  cette  condition
Hu  il  peut  se  soustraire  à  l’impôt.  Un  impôt  sur  les  profits  du  capial
  afïecterait  aussi  le  capitaliste  ,  dans  le  cas  où  toutes  les  denrées
hausseraient  à  proportion  de  l’impôt  ;  mais  si,  par  le  changement
^  ''aleur  de  l’argent,  toutes  les  denrées  descendaient  à  leur  ancien
pï'ix,  le  capitaliste  ne  contribuerait  pour  rien  à  l’impôt;  il  achèterait
tous  les  objets  de  sa  consommation  au  même  prix,  mais  ses  fonds
continueraient  à  lui  rapporter  les  mêmes  intérêts  en  argent.
Si  1  on  convient  qu’en  imposant  les  profits  d’un  seul  manufacturier, ­
  il  doit  élever  le  prix  de  sa  marchandise,  afin  de  se  trouver  de
niveau  avec  tous  les  autres  manufacturiers,  et  qu’en  imposant  les
profits  de  deux  manufacturiers,  le  prix  des  marchandises  de  chacun
doit  hausser,  je  ne  conçois  pas  comment  on  peut  douter  qu'un  impôt ­
  mis  sur  les  profits  de  tous  les  manufacturiers  doive  faire  hausser ­
  le  piix  de  toutes  les  marchandises,  pourvu  que  la  mine  qui  fournit ­
  les  métaux  précieux  se  trouve  dans  le  pays  imposé.  Mais  comme
l’argent  ou  les  métaux  précieux  dont  le  numéraire  est  fabriqué  sont
une  marchandise  importée  de  l’étranger,  les  prix  de  toutes  les  marchandises ­
  ne  pourraient  pas  hausser  ;  car  un  tel  effet  ne  peut  avoir
heu  sans  un  surcroît  d’argent  "  qu’on  ne  pourrait  obtenir  en  échange
de  marchandises  chères,  ainsi  que  nous  l’avons  déjà  démontré.
Si  cependant  une  telle  hausse  pouvait  s’opérer,  elle  ne  saurait  être
permanente,  car  elle  aurait  unej  puissante  influence  sur  le  commerce ­
  étranger.  En  échange  des  marchandises  importées,  nous  ne
pourrions  pas  exporter  des  marchandises  renchéries,  et  par  consé-'

  De  plus  longues  réflexions  me  font  douter  de  la  nécessité  où  l’on  se  trouverait
avoir  plus  d’argent  pour  desservir  la  circulation  de  la  même  somme  de  marrnùl
  dans  le  cas  où  les  prix  hausseraient  par  l’impôt  et  non  par  les  diffifOO
  000^  *  production.  Supposons  qu’à  une  certaine  époque,  en  un  certain  lieu,
ÜpSü'sisi
nuenTeiit  •  a  ^"^rters,  il  me  faudrait  la  même  somme  de  numéraire,  unisoinmpr
  .'/tous  les  cas  je  paierais  44  1.  pour  mon  blé.  La  nation  consommât" ­
  '  ""  onzième  de  moins,  et  ce  onzième  irait  augmenter  la  conmais
  c  w”  "  gouvernement.  L’argent  serait  prélevé  par  l’État  sur  le  fermier,
ohe  réll"'^'  retrouverait  les  8  sch.  dans  la  vente  de  son  blé.  Aussi  cette  taxe  estraire
  on  nature,  et  n’exige-t-elle  aucun  excédant  de  numé-’
  U  moins,  cet  excédant  est-il  si  faible  qu’on  peut  le  négliger  sans  crainte.
        <pb n="236" />
        i8í  l‘Hli\(:i!*ES  DE  I/KCONOMIE  l*OLITIQlJE.
sequent  nous  eontinucrions,  pendan!  un  certain  temps,  à  acheter,
quoique  avant  cessé  de  vendre;  nous  exporterions  de  l’argent  ou
des  lingots,  jusqu’à  ce  que  les  prix  relatifs  des  marchandises  redevinssent ­
  à  peu  près  tels  qu’ils  étaient  auparavant.  Il  me  paraît
induhitahle  qu’un  impôt  bien  réglé,  prélevé  sur  les  profits,  doit,  en
dernière  analyse,  ramener  les  marchandises  du  crû  et  celle  de
l’étranger  au  prix  en  argent  qu  elles  donnaient  avant  l’établissement ­
  de  l’impôt.
Comme  les  impôts  sur  les  produits  agricoles,  la  dîme,  les  impôts
sur  les  salaires,  et  sur  les  objets  de  première  nécessité,  augmentent
les  salaires  et  font  baisser  les  profits,  ils  produiront  tous  les  mêmes
effets,  (quoique  dans  des  degrés  différents.
La  découverte  des  machines  qui  améliorent  grandement  les  produits ­
  nationaux,  tend  toujours  à  élever  la  valeur  relative  de  l’argent
et  à  favoriser  par  conséquent  son  importation,  fout  impôt,  toute
nouvelle  entrave  qu’éprouve  le  manufacturier,  ou  le  cultivateur,
tend  au  contraire  à  faire  baisser  la  valeur  relative  de  l’argent,  et  par
conséquent  à  en  favoriser  l’exportation

'  M.  Ricardo,  dans  tout  ce  chapitre,  et  dans  plusieurs  autres  endroits  de  son
ouvrage,  ne  fait  pas  attention  qu’il  y  a  une  autre  variation  de  prix  qu’une
variation  purement  relative.  Pour  lui  l’argent  devient  plus  cher  si  dans  un
achat  on  donne  moins  d’argent  pour  avoir  une  même  marchandise.  A  ce
compte,  comme  on  donne  à  présent  seulement  une  once  d’argent  environ  pour
acheter  un  volume  ordinaire,  un  Nouveau-Testament,  par  exemple;  tandis
que  pour  se  procurer  le  même  ouvrage  en  l’année  I50n,  il  fallait  donner  environ ­
  deux  onces  d’argent,  il  en  résulterait  que  l’argent  est  devenu  plus  cher,  plus
précieux,  puisqu'on  en  donne  moins  pour  une  quantité  de  marchandise  pareille. ­
  Cependant  il  n’en  est  rien.  D’autres  considérations  nous  ont  appris  ,  au
contraire,  que  l’argent  est  dix  fois  plus  abondant,  et  environ  quatre  fois  meilleur ­
  marché  qu’en  1500  Si  l’on  donne  une  fois  autant  de  livres  pour  un  même
poids  d’argent,  il  faut  donc  que  les  livres  aient  diminué  de  prix  dans  la  proportion ­
  à  peu  près  de  huit  à  un.
Il  m’est  impossible  de  me  livrer  ici  aux  développements  qui  seraient  nécessaires
pour  faire  entendre  la  différence  qu’il  y  a  entre  une  baisse  réelle  et  une  baisse
relative  des  prix  ;  on  les  trouve  dans  mon  Traité  (Téronomip  politique,,  liv.  Il,
chap.  4.  Ils  se  réduisent  en  somme  à  ceci  ;  la  baisse  du  prix  d’un  produit  est
réelle  lorsque,  avec  les  mêmes  moyens  de  production,  les  mêmes  frais  de  production, ­
  le  même  terrain,  le  même  capital,  le  même  travail,  on  obtient  une  phus
plus  grande  quantité  de  produit.  Dn  livre  imprimé,  comparé  avec  un  livre  manuscrit, ­
  coûte  huit  fois  moins  d’intérêt  de  capital  et  de  main-d'œuvre  :  donc  il
est  réellement  huit  fois  moins  cher.
line  once  d’argent  coûte,  en  Europe,  quatre  fois  moins  d'avances  et  de  main-
        <pb n="237" />
        1S5

chap.  XV.  —  DES  IMPOTS  SUR  LKS  PRODUITS,
couvre  qu  elle  ne  coiMait  en  1500  ;  elle  est  réellement  quatre  fois  moins  chère,
nas  If  '*®*3ti\e  de  ces  deux  choses  a  changé,  mais  la  valeur  de  l’une  n’a
fonds^de^^  fortune,  avec  le  même  revenu,  c’est-à-dire  le  même
hommele  même  capital,  le  même  travail  industriel  qu’en  1500,  un
J  _g  lois  plus  de  livres  et  quatre  fois  plus  d’argenterie.  —
        <pb n="238" />
        186

PRlNCll'ES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIUCE.

CHAPITRE  XVI.
DES  IMPÔTS  SOR  LES  SALAIRES.

Des  impôts  sur  les  salaires  feront  monter  les  salaires,  et  diminueront ­
  par  conséquent  le  taux  des  profits  du  capital.  Nous  avons  déjà
vu  qu’un  impôt  sur  les  objets  de  première  nécessité  en  faisait  hausser ­
  le  prix,  et  était  suivi  de  la  hausse  des  salaires.  La  seule  différence
entre  un  impôt  sur  les  objets  de  première  nécessité  et  un  impôt  sur
les  salaires,  consiste  en  ce  que  le  premier  est  nécessairement  sui\i
de  la  hausse  du  prix  des  objets  de  première  nécessité,  et  que  le
second  ne  l’est  pas.  Un  impôt  sur  les  salaires  ne  pèse  donc  ni  sur  le
capitaliste,  ni  sur  le  propriétaire  foncier;  il  pèse  uni(}uement  sur
ceux  qui  emploient  des  travailleurs.  Un  impôt  sur  les  salaires  n’est
autre  chose  qu’un  impôt  sur  les  profits,  tandis  qu’un  impôt  sur
les  objets  de  première  nécessité  est  en  partie  un  impôt  sur  les  profits ­
  ,  et  en  partie  un  impôt  sur  les  consommateurs  riches.  J.es  effets
qui  doivent  résulter,  en  dernière  analyse,  de  pareils  impôts,  sont
précisément  les  mômes  que  ceux  occasionnés  par  un  impôt  direct
sur  les  profits.
«  Deux  circonstances  différentes,  dit  Adam  Smith,  comme  j’ai
»  tâché  de  le  faire  voir  dans  le  premier  Jàvrc,  règlent  partout  né-»
  cessai  remen  t  le  salaire  des  ouvriers;  savoir  :  la  demande  de  travail
»  et  le  prix  moyen  ou  ordinaire  des  denrées.  La  demande  de  travail,
»selon  qu’elle  se  trouve  aller  en  au^nnentant,  ou  rester  station-»
  naire,  ou  aller  en  décroissant,  rèfîle  différemment  la  nature  de  la
»  subsistance  du  travailleur,  et  détermine  le  de^ré  auquel  cette
«  subsistance  sera,  ou  abondante,  ou  médiocre,  ou  chétive.  Le  prix
»  moyen  et  ordinaire  des  denrées  détermine  la  quantité  d’argent
»qu’il  faut  payer  à  l’ouvrier  pour  le  mettre,  une  année  portant
»  l’autre,  à  môme  d’acheter  cette  subsistance  abondante,  médiocre  ou
»  chétive.  Ainsi,  tant  que  la  demande  de  travail  et  le  prix  des  den-»
  rées  restent  les  mômes,  un  impôt  direct  sur  les  salaires  du  travail
        <pb n="239" />
        CHAI».  XVI.  —  DES  IMl'OTS  SEK  LES  SALAIKES.  187
»  ne  peut  avoir  d’autre  effet  que  de  les  faire  monter  de  quelque
’»chose  plus  haut  (pe  l’impôt.  »
&amp;gt;1.  Huchanau  fait  deux  objections  conlre  cette  proposition,  telle
|iu  e  e  est  énoncée  par  le  docteur  Smith.  En  premier  lieu,  il  nie  que
eo  Tyargent  soient  réglés  par  le  prix  des  denrées  ‘  ;  et  en  sen
  ieu,  il  nie  encore  qu’un  impôt  sur  les  salaires  du  travail  puisse
,  ^^^der  de  prix.  Voici,  sur  le  premier  point,  l’argument
qn  emploie  M.  Huchanan,  page  59.
«  Les  salaires  du  travail,  ainsi  que  je  l’ai  déjà  fait  voir,  ne  consist
ent  point  dans  l’argent,  mais  dans  ce  qu’on  peut  acheter  avec  cet
"  e\‘st-à-dire,  dans  les  denrées  et  autres  objets  nécessaires;
"  qui  sera  accordée  au  travailleur  sur  le  fonds  commun  ,
»&amp;gt;  sera  toujours  proportionnée  à  l’offre.  Là  où  les  subsistances  sont  à
'  abondantes,  son  lot  sera  plus  fort;  ét  là  où  elles  soul
"  «a  part  le  sera  moins.  Son  salaire  sera  toujours
»  exactement  ce  qui  doit  lui  revenir,  et  jamais  au  delà.  Ee  docteur
&amp;gt;»  .  mith  ,  et  la  plupart  des  autre^s  auteurs,  ont,  il  est  vrai,  prétendu
"  IJ  irV"  par  le  prix  e»  arpent
dc&amp;gt;,  subsistances;  et  que  toutes  les  fois  que  le»  xi,res  montent,
•  sa  dires  mussent  dans  la  même  proportion.  Il  est  eependani
•  clair  que  le  prix  du  travail  n'a  point  de  rap,mrt  n&amp;amp;essairo.  aveé  le
’  prix  des  sulxsistanees,  ,,nis,p,  il  dépend  entièrement  de  fonVe  du
■

qu’on  peut  aioiifi  page  121),  nous  avons  fait  voir  ce  qu’il  y  a  de  vrai  e
commentateur  de  Smitl/"^  enroué  dans  cette  proposition  du  savant  et  prol
        <pb n="240" />
        188

PRLNCIPKS  HF  l/ÉCONOMfE  POLITIQUE
»  pres  desseins,  en  faisant  d’abord  monter  le  prix  des  subsistances,
»  afin  d’en  diminuer  la  consommation,  et  en  faisant  ensuite  hausser
«  les  salaires  pour  fournir  au  travailleur  le  même  approvisionnement
»  qu’auparavant  \  »

*■  Rien  de  plus  vrai  que  le  contraste  offert  par  le  renchérissement  des  subsis
tances,  et  la  dégradation  des  salaires,  aux  époques  de  disette.  C’est  qu’en  effet  la
lutte  se  trouve  alors  engagée  entre  deux  faits  bien  distincts  :  un  fait  naturel,
physique,  qui  est  la  végétation;  un  fait  social,  qui  est  l’offre  et  la  demande  des
bras  ;  —  le  premier  frappant  comme  la  foudre,  le  second  ne  pouvant  subir  que  des
transformations  lentes,  du  moins  quand  ces  transformations  ne  sont  pas  précipitées, ­
  aggravées  par  les  crises  de  l’industrie,  du  commerce  ou  de  l’agriculture  Un
mois  suffit,  en  effet,  pour  dessécher  la  racine  des  plantes,  et  frapper  de  mort  les
ressources  agricoles  de  tout  un  pays;  mais  il  faut  des  années  quand  il  ne  faut
pas  des  siècles  pour  accroître  avec  l’industrie  la  valeur  du  travail.  Un  mois  suffit
pour  tripler  le  prix  du  blé,  mais  pour  tripler  des  salaires,  il  faut  de  grands  efforts,
suivis  de  grands  succès  A  n’étudier,  donc,  que  les  phénomènes  économiques
d’un  petit  nombre  d’années,  l’ascension  du  prix  des  subsistances  sera,  comme  le
dit  iVI.  Ruchanan,  contemporaine  de  l’abaissement  des  salaires;  mais  si,  élargissant ­
  l’horizon,  on  surveille  la  marche  séculaire  du  travail,  à  travers  les  oscillations ­
  infinies  et  infiniment  douloureuses  qu’il  éprouve,  on  découvre  que  sa  valeur
s’est  accrue  constamment,  et  que  la  même  somme  d’efforts  donne  aujourd’hui  à
l’ouvrier  une  somme  de  bien-être,  de  jouissances  bien  plus  considérables  que  du
temps  de  la  reine  Berthe,  du  roi  Arthur  ou  des  Pharaons.  Les  ognons  d’Egypte,
le  pain  noir  des  Ergastules,  les  maigres  deniers  qu’on  donnait  aux  ouvriers  du
moyen-Age,  sont  devenus  des  salaires  de  3  à  4  francs  ou  schillings,  et  la  scène  attristée ­
  de  l’esclavage  antique,  ou  du  servage  féodal  s’est  illuminée  aux  reflets  de
cette  lampe  merveilleuse  qui  est  la  liberté  de  penser,  de  dire  et  d’agir.  Si  bien  que
demain,  peut-être,  les  salaires  baisseront  dans  un  pays,  pour  se  relever,  après-demain, ­
  et  puis  tomber  encore  ;  mais  nous  certifions  que  dans  un  siècle  ils  auront
définitivement  haussé.
Tout  ce  que  nous  pouvons  concéder  à  iSl.  Buchanan,  c’est  que  les  travailleurs
ne’  marchent  pas  vers  le  bien  être,  comme  une  flèche  \ole  au  but,  sans  détours,
sans  déviations  :  ils  v  vont  à  travers  mille  obstacles,  mille  sinuosités,  mais  en
réalité,  ils  y  vont
Et  d’ailleurs,  nous  ne  voyons  pas  ce  que  la  nature  a  a  faire  dans  la  fixation  du
taux  des  subsistances,  et  en  quoi  la  Providence  se  mêle  de  rédiger  les  tarifs  de  la
Halle  ou  de  Mark-Lane.  Nous  ne  voyons  pas  surtout  en  quoi,  comme  le  veut
M.  Buchanan,  cumme  le  prétend  Ricardo  :  Dieu  contrarierait  ses  propres  fiesseins
  en  permettant  aux  salaires  de  s’élever  dans  te  rapport  du  renchérissement ­
  (les  subsistances.  T.es  desseins  de  Dieu,  en  couvrant  la  terre  de  générations
vivantes,  n’ont  pas  été  de  les  affamer  ou  de  les  étouffer  dans  les  étaux  d’un  syllogisme ­
  économique.  En  créant  l’homme,  il  lui  a  legué  la  terre  pour  nourrice,
comineen  créant  l’enfant  il  a  gonflé  le  sein  des  mères.  Si  maintenant  les  moissons ­
  se  flétrissent,  si  les  plantes  meurent  frappées  d’innombrables  fléaux,  si  k
lait  manque  aux  faibles,  et  le  pain  aux  forts,  il  faut  voir  dans  ces  faits  redou-
        <pb n="241" />
        189

CHAP.  XVI.  —  l)|-:s  IMPOTS  SIJK  I  ES  SALAIRES.
11  y  a  ,  selon  moi,  clans  eet  argument  de  M.  Buchanan,  beaucoup
de  vérité  mêlée  a  beaucoup  d’erreur.  De  ce  que  le  haut  prix  des

ta  es,  une  transgression  des  lois  divines,  il  faut  courber  la  tête  devant  ces  moroes
  et  implacables  énigmes,  et  non  les  expliquer  par  une  barbare  préméditation
e  a  Providence.  En  fait,  la  Providence  n’intervient  nullement  dans  de  si  basses
œuvres,  elle  permet  les  famines,  les  disettes  :  la  force  des  choses,  l’organisation
stwîiale,  la  logique  des  événements  font  le  reste,  et  nous  sommes  convaincu  que
Oieu  ne  s’opposerait  nullement  à  ce  que  le  travailleur  eût  toujours  la  même
dose  d’aliments,  —  résultat  que  Al  Buchanan  trouve  incompatible  avec  ses
desseins.
Il  était,  comme  ou  voit,  fort  inutile’  de  faire  jouer  à  la  nature  un  rôle  si  peu
digne  d’elle,  et  d’introduire  jusque  sur  le  terrain  de  l’économie  politique  ces  in-Iluences
  occultes  et  ces  miracles  qui  ont  tant  tourmenté  les  alchimistes  et  les
philosophes.  Cela  ne  convient  ni  à  notre  époque,  ni  à  nos  esprits,  et  il  suffisait,
dans  cette  circonstance,  de  l’usage  modeste  du  bon  sens.
Les  résultats  indiqués  par  le  judicieux  commentateur  de  Smith,  sont,  en  effet,
faciles  à  expliquer,  et  nous  les  avons  déjà  expliqués  plus  haut.  Ainsi,  les  subsistances ­
  venant  a  hausser,  le  travail  se  ralentit  immédiatement  dans  toutes  les  branches
de  la  production  ;  et  cela  forcément,  fatalement,  par  cette  loi  de  solidarité  qui  lie
toutes  les  classes  de  la  société.  Si  les  agriculteurs  sont  misérables,  ils  achètent
moins  de  vêtements,  —  ce  qui  restreint  la  production  manufacturière  ;  si  les
tisserands  sont  misérables,  ils  consomment  moins  de  pain,  moins  de  v  iande,  moins
de  vm,  —  ce  qui  restreint  la  production  agricole.  De  là,  diminution  dans  la  demande ­
  des  bras,  par  conséquent,  baisse  dans  les  salaires.  Pas  n’est  besoin  des
divinités  de  l’Olympe  pour  produire  et  démontrer  ces  Iléaux;  pas  n’est  besoin
d  elles  non  plus  pour  y  porter  remède,  le  progrès  des  connaissances  humaines  et
des  institutions  sociales  tendant  chaque  jour  a  les  affaiblir  C’est  ainsi  que  l’amélioration ­
  des  méthodes  agricoles  a  rendu  les  disettes  infiniment  moins  fréquentes  ;
c  est  ainsi  que  la  rapidité  des  voies  de  communication  a  mis  les  continents  anciens
de  plein  pied  avec  les  continents  nouveaux  ;  c’est  ainsi  que  les  pays  où  les  récoltes
ont  été  abondantes  peuvent  laisser  s’épancher  ces  richesses  sur  les  pays  frappés
Ùf  stérilité,  et  échanger,  dans  le  langage  de  la  Bible,  leurs  vaches  grasses  contre
eurs  vaches  efllanquées  ;  c’est  ainsi  que  l’égalité  des  partages  tend  à  assurer  à
e  lac  un  une  place  au  grand  festin  que  donne  la  terre  à  ses  enfants  ;  c’est  ainsi,
doit'’  T  'n  commerce,  en  élargissant  la  zone  où  se  puisent  les  prosei.lpn!
  “  s’achète  le  travail,  prépare  un  équilibre  futur  que  troubleront
lient  de  rares  et  faibles  secousses.
Sans  accorder  à  ces  généreuses  réformes  des  vertus  irrésistibles,  et  en  faire  une
isn'^T  nous  les  croyons  infiniment  plus  puissantes  que  le  manichéei
  'a  *  I  Incarnées  dans  cotte  association  géante  qui  les  fit  triompher
bert  "f  ^  I3  voix  inspirée  de  Lohden,  —  apôtre  de  celte  religion  de  la  li-‘Smith,
  Condorcet,  Rousseau  avaient  été  les  révélateurs;  inscrites  dans
a  eiT^  ^  Riaiid  peuple,  par  la  main  d’un  grand  ministre,  qui
1^®"  c\é  près  de  douze  cents  articles  aux  tyrannies  du  fisc,  elles  ont  pénétré  dans
es  intelligenc.es  les  plus  avancées  de  notre  pays,  et  pénétreront  bientôt  dans  notre
        <pb n="242" />
        190

PRINCIPES  DE  I/ECONOMIE  POLITIQUE
subsistances  est  (juelquefois  occasionné  par  un  manque  (¡'approvisionnement, ­
  M.  Buclianan  conclut  qu’il  en  est  un  indice  certain.  Il
attribue  exclusivement  a  une  cause  ce  (|ui  peut  être  opéré  par
plusieurs.  Il  est  sans  doute  vrai  que,  dans  le  cas  de  diminution  de
rapprovisionnemcnt,  la  quantité  à  partager  entre  le  même  nombre
de  consommateurs  sera  moindre,  et  qu’il  eu  reviendra  à  cbacun  une
plus  petite  part.  Pour  répartir  cette  privation  d’une  manière  égale,
et  pour  empêcher  le  travailleur  de  consommer  autant  de  subsistances
(jue  par  le  passé,  le  prix  hausse.  On  doit  donc  accordér  à  M.  Buchanan ­
  que  toute  hausse  dans  le  prix  des  subsistances,  occasionnée  par
le  manque  d  approvisionnement,  n’augmentera  pas  nécessairement
les  salaires  en  argent;  car  la  consommation  devant  être  diminuée,,
ce  but  ne  peut  être  atteint  qu’en  diminuant  les  moyens  ([ue  le
consommateur  a  d’acheter.  Mais  de  ce  que  le  prix  des  subsistances
s  élève  par  le  manque  d’approvisionnement,  cela  ne  nous  autorise
nulleimnt  a  conclure,  avec  M.  Buchanan,  qu’un  approvisionnement
a  londant  est  incompatible  avec  le  renchérissement  des  prix,  non  pas
seultment  pai  rapport  a  I  argent,  mais  par  rapport  à  toutes  les
autres  choses.
Le  prix  naturel  des  denrées,  d’après  lequel  se  règle  leur  prix
courant,  dépend,  en  dernière  analyse,  de  la  facilité  de  la  production; ­
  mais  la  quantité  produite  n’est  pas  proportionnée  à  cette  fadlité.
  Quoique  les  terres  qui  sont  actuellement  mises  en  culture
soient  très-inférieures  à  celles  qui  ont  été  cultivées  il  y  a  des  siècles,
et  que  par  conséquent  la  production  soit  devenue  plus  diflicile,  qui
pourrait  cependant  douter  que  la  quantité  actuelle  des  produits  ne
surpasse  de  beaucoup  celle  du  temps  passé?  iNon-seulement  le  haut
prix  est  comjiatible  avec  I  augmentation  de  rapprovisionnement,
mais  l’un  va  rarement  sans  l’autre.  Si  doue,  par  suite  de  l  impid  ou
par  la  dilliculté  de  la  production,  le  prix  des  subsistances  monte,
sans  que  la  quantité  en  soit  diminuée,  les  salaires  du  travail  en  archer,

  Oiinoyer,  Chevalier,  VVolowski,  etc.,  grûce  surtout  au  plus  grand  de  tous
les  maîtres  :  experience.  Il  s’est  trouvé  de  plus  que,  pour  leur  début,  ces  doctrines ­
  de  liberté  ont  préservé  l’Europe  d’une  disette  effrayante,  et  de  secousses
épouvantables.  Elles  ont  payé  leur  bienvenue  dans  ce  monde  en  sauvant  des  mil
liers  de  malheureux  dont  nous  entendions  déjà  le  râle  en  Irlande,  eu  Angleterre
et  chez  nous-mêmes.  Qu’eu  dit  M.  Buchanan.?  a.  r
        <pb n="243" />
        m

CHAP.  XVI.  -  DES  IMPOTS  SUR  LES  SALAIRES,
gent  monteront;  car,  comme  le  dit  M.  Buchanan,  «  les  salaires  du
travail  ne  consistent  pas  dans  l’argent,  mais  dans  les  choses  que
"  argent  peut  acheter,  c’est-à-dire,  dans  les  subsistances  et  au-"
  choses  nécessaires  ;  et  la  part  accordée  au  travailleur,  sur  le
fonds  commun,  sera  toujours  proportionnée  à  l’approvisioiine-“
  ment*.  „

iM.  Buchanan,  d’Edimbourg  ,  le  dernier  éditeur  de  Smith,  et  l’un  de  ses
plus  dignes  interprètes,  me  paraît  avoir  ici  raison  contre  M.  Ricardo.  Il  établit ­
  que  rareté  et  cherté  sont  une  seule  et  même  chose  ;  je  le  pense  comme  lui.
Hareté.,  en  matière  de  valeurs,  ne  se  prend  pas,  ne  peut  pas  se  prendre  dans  un
sens  absolu,  mais  dans  un  sens  relatif  à  la  demande.  Ainsi,  quoique  l’Angleterre
produise  plus  de  grains  au  dix-neuvième  siècle  que  dans  aucun  des  siècles  qui  ont
précédé,  je  dis  que  le  blé  abonde  moins  en  Angleterre  qu’il  ne  faisait,  et  que
sa  quantité  n’a  pas  augmenté  autant  que  le  nombre  de  ses  consommateurs  ;
car,  d’après  tous  les  relevés-statistiques  que  j’ai  pu  consulter,  jusqu’à  la  première ­
  année  de  ce  siècle,  l’Angleterre,  année  commune,  a  constamment  exporté
du  ble,  et  depuis  lors  elle  en  a  constamment  importé.  .T’en  juge  encore  sur  la
egislation  actuelle  de  ce  pays,  où  les  douanes  sont  armées  contre  l’importation
U  e  ,  et  où  I  exportation  est  libre,  assuré  que  l’on  est  qu’on  n’exportera

,  Y"  P*'*’™®*  *  importation  dans  l’entrepôt,  mais  le  versement  dans  la  circulation  n’est
minus  que  lorsque  le  prix  monte  à  80  sb.  le  quarter  et  au-dessus
h  "’“P®*"  i*  ^  -B  Say  d’assister  à  l’Instauration  définitive  des  principes  de  lierié
  commerciale,  et  de  voir  se  propager  dans  le  monde  cet  affranchissement  commencé  en
g  eterre.  Lui  aussi  est  mort  en  vue  de  la  terre  sainte  „avant  que  Robert  Peel  eût  donné  l’élan
aux  reformes  économiques,  avant  que  Cobden  eût  passionné  les  multitudes  au  nom  de  la
&amp;gt;er  Uhie  patriotisme  de  haut  fourneau,  de  filature,  de  cardeuse,  qui  accompagne  si  tristement
^patriotisme  de  clocher.  —  Les  80  sh.,  qui  du  temps  de  J.-B  Say  servaient  de  barrière  aux
éreales  étrangères,  se  transformèrent  entre  les  mains  de  M.  Huskisson  et  cédèrent  la  placée  au
18à8™f  ^^*^"**  ~  sliding-scale  —  déjà  propos«'-en  1813.  Ceci  se  passait  en  1827  ;  en
nomi*  métamorphoses,  qui  alwutirent  enfin  à  cette  magnifique  réforme  éconouveau
  «V.*.  la  mémoire  de  R.  Peel  et  la  dernière  session  du  parlement  Anglais,  le
il  se  transm/""'  encore,  jusqu’au  1«'  janvier  1849,  celui  de  l’échelle  mobile,  mais  d’ici-là
enlièremenl  P*“"'  nouvelle  loi  porte  qu’a  partir  de  1849,  les  céréales  seront
ec  salutaire  ré2  Seulement,  comme  transition  vers
mm...::—

Echelle  de  1842,

l’KI\  nu  R  LÉ  PAU  QUART
.1.  »;  a“""““-ïsîg.-

  52  a  51
*  31  et  au-,iet,ou;

R.  —  DROIT.
14  S  II.
14  sh.
15  sh.
1C  sh.
17  sh.
18  sh
10  bll.
20  sb.

Echelle  adoptée  en  1846
PRIX  DU  BLÉ  PAR  QUARTER.  —  DROIT
à  53  sh.  et  au-dessus  4  sh.
de  53  à  52  5  sh.
de  52  a  51  Csh.
de  51  à  50  7  sh.
de  50  a  40  Nsh.
de  40  a  48  *  »h.

à  48  el  au-d«wsout  10  sb
        <pb n="244" />
        192

I&amp;gt;K1NC1Í&amp;gt;ES  DK  I/ÉCONOMIE  POI.ITIQUE.
Quant  au  second  point,  qui  est  de  savoir  si  un  impôt  sur  Jes  sa
Iaires  du  travail  doit  faire  monter  le  prix  de  la  main-d’œuvre,

pas  du  grain  d’un  pays  où  il  manque  constamment,  et  où  il  est  par  conséquent
plus  cher  que  partout  ailleurs.
M.  Buchanan  est  donc  fondé  à  dire  que  chacun  des  consommateurs,  a,  pour  ce
qui  regarde  le  blé,  une  moins  grosse  part  à  consommer,  et  qu’il  la  paie  aussi
cher  que  si  elle  était  plus  grosse.
(^ette  législation  est  nécessitée  par  la  circonstance  qu’il  y  a  en  Angleterre,  dans
la  réalité,  deux  prix  naturels  pour  le  blé.  L’un  se  compose  des  frais  de  production ­
  du  blé  produit  par  les  fonds  de  terre  du  pays  ;  l’autre,  des  frais  de  production ­
  du  blé  produit  par  l’industrie  commerciale,  du  blé  que  l’Angleterre  doit  a
son  commerce.  Ce  dernier  prix  est  eu  général  plus  bas  que  l’autre  ;  et  si  le
gouvernement  n’ordonnait  pas  qu'il  ne  sera  versé  du  blé  du  commerce  qu’autant
que  le  prix  s’en  élevera  à  80  sch.,  les  cultivateurs  ne  pourraient  soutenir  la
concurrence  des  négociants;  ils  ne  vendraient  pas  un  quarter  de  grain  ce  que  ce
quarter  leur  coûte;  ils  abandonneraient  cette  culture  ,  au  moins  eu  partie  ,  et
acquitteraient  ditlicilement  leurs  contributions,  leurs  fermages  et  la  taxe  des
pauvres.  C’est  ainsi  que  l’autorité  publique  entretient  perpétuellement  une  espèce ­
  de  disette  factice,  un  prix  monopole,  qui,  par  suite  du  même  système,
s  étend  à  beaucoup  d’autres  marchandises,  rend  la  vie  difficile,  et  chasse  hors
de  leur  terre  natale  un  si  grand  nombre  d’Anglais.  Pour  être  conséquent  dans

En  disant  que  cette  loi  nouvelle  doit  rayer  la  famine  et  les  crises  industrielles  de  l’ordre  du
jour  des  nations,  j’en  aurai  suffisamment  fait  connaître  la  grandeur.  La  réforme  accomplie  a
travers  les  luttes  ardentes  de  la^trlbune  anglaise  ou  pugilat  des  hustings,  cette  réforme  qui
a  détruit  l’inique  rançon  payée  par  la  chaumière  au  palais,  par  le  prolétaire  a  l’aristocrate,
me  semble,  en  effet,  le  plus  grand  triomphe,  que  la  science,  incarnée  dans  quelques  hommes,
  ait  remporté  au  profit  du  genre  humain.  Sans  doute,  ce  n’est  pas  au  moyen  de  quelques ­
  articles  votes  dans  l’enthousiasme  d'une  cause  sainte,  que  l’on  peut  prévenir  à  jamais ­
  le  retour  des  disettes,  des  souffrances  manufacturières,  des  diminutions  de  salaires.
Décréter  une  aliondance  perpétuelle,  serait  renouveler  le  miracle  des  noces  de  Cana,  ou  de"  la
multiplication  des  pains,  et  nous  ne  croyons  pas  même  que  les  protectionistes  s’en  chargent,
eux  qui  multiplient  si  facilement,  cependant,  le  nombre  des  ouvriers  employés  dans  les  forges,
les  liouillieres;  eux  surtout,  qui  ont  fait  ce  miracle  étonnant  de  faire  croire  à  35  millions
d  hommes  que  ce  qui  les  ruine  lesenrichil.il  serait  donc  absurde  de  rendre  les  institutions
humaines,  responsables  des  caprices  de  l’atmosphère,  et  des  calamités  qui  s’opposent  à  leur
bienlaisanle  influence.  Qu’est-ce  en  effet  que  la  famine,  si  ce  n'est  le  rétablissement  virtuel  des
vieilles  lois  sur  les  céréales  par  la  main  du  hasard?^  je  ne  veux  pas  dire  de  la  Providence.  Les
forces  humaines/ie  peuvent  rien  contre  ces  brutalités  du  sort.  Je  me  trompe  elles  pourrraienten
alléger  le  poids  en  les  répartissant  sur  le  monde  entier,  et  en  appelant  au  secours  des  provinces
désolées,  celles  dont  les  moissons  ont  été  respectées  ;  elles  peuvent  préparer  les  approvisionnements, ­
  en  abaisser  le  prix  par  l'extension  des  marchés,  et  la  régularité  des  opérations
commerciales  :  elles  peuvent  faire,  enfin,  ce  qu’elles  ont  fait  et  font  encore  pour  l'Irlande,
qui  se  lut  éteinte  sans  elles  dans  le  blasphème,  le  sang  et  la  faim.  N’avons-nous  pas  été  nous
mêmes  demander  un  conseil  aux  vieux  maîtres,  aux  Turgot,  et  aux  Smith,  à  l’approclie  de  la
crise,  comme  cette  Rome  altière,  qui  implorait,  aux  jours  du  danger,  l’appui  de  ses  grands
hommes  exilés.  En  voila  bien  assez  pour  porter  haut  la  mémoire  des  Cobden,  des  Bright,  des
W  ilson,  des  Villiers,  et  la  venger  des  tristes  et  mensongères  attaques,  dont  on  voudrait  la  ternir
sous  prétexte  de  léodalité  industrielle,  d’oppression  de  l’ouvrier,  etc.,—toutes  choses  que.la
liberté  du  commerce  est  appelée  à  balayer  progressivement.  _  f.
        <pb n="245" />
        CHAP.  XVI.  —  UES  IMPOTS  SL'H  LES  SALAIRES.  193
M.  Buchanan  dit  :  ..  Après  que  le  travailleur  a  reçu  la  récompense
"  ^9uit&amp;amp;ble  de  son  travail,  que  peut-il  avoir  à  réclamer  de  celui  qui
1  emploie,  en  raison  des  impôts  qu'il  est  ensuite  forcé  de  payer?
"  “  y  a  pas  de  loi  ni  de  principe  social  qui  puisse  l’y  autoriser,
ne  fois  que  le  travailleur  a  reçu  son  salaire,  c’est  à  lui  à  le  garet
  il  doit,  selon  ses  facultés,  supporter  le  fardeau  de  toutes
es  charges  auxquelles  il  pourra  ensuite  être  assujetti  ;  car  il  est
*-  évident  qu’il  n’a  aucun  moyen  de  forcer  ceux  qui  lui  ont  déjà
pa\é  le  juste  prix  de  son  ouvrage,  à  lui  rembourser  ses  impôts.  »
M.  Buchanan  a  transcrit,  en  l’approuvant  beaucoup,  un  excellent ­
  passage  de  l'ouvrage  de  M.  Malthus  sur  la  population,  lequel, ­
  selon  moi,  détruit  complètement  son  objection  :  «  Le  prix  du
»  travail,  quand  rien  ne  l’empêche  de  gagner  son  niveau,  est  un
«  baromètre  politique  de  la  plus  baute  importance,  qui  marque  le
»  rapport  entre  l’offre  et  la  demande  des  subsistances,  entre  laquan-"
  tité  a  consommer  et  le  nombre  des  consommateurs  ;  et  son  terme
»  moyen,  abstraction  faite  des  circonstances  accidentelles,  marque
"  clairement  les  besoins  de  la  société,  par  rapport  à  la  po--
  pu  ation.  Quel  que  soit  le  nombre  d’enfants,  par  ménage,  néces-"
  saire  pour  conserver  la  population  actuelle  telle  qu  elle  est,  le  prix
&amp;gt;*  du  travail  sera  justement  suffisant  pour  fournir  à  l’entretien  de  (te
“  nombre,  et  il  sera  au-dessus  ou  au-dessous,  selon  l'élat  des  fonds
“  reels  destinés  à  l’entretien  des  travailleurs,  soit  que  leur  nombre
"  trouvesWionnaire,  soit  qu’il  aille  en  croissant  ou  en  décrois-»
  saut.  Au  lieu  donc  de  le  considérer  sous  ce  point  de  vue,  nous  le
"  "«‘«me  quelque  chose  que  l’on  peut  élever  ou  baisser
•  a  volonté,  quelque  chose  qui  dépend  principalement  des  juges  de
“  paix  du  royaume.  Lorsque  la  hausse  du  prix  des  subsistances  marque
  jà  que  la  demande  est  trop  forte  par  rapport  à  l’offre  on
•&amp;gt;  Pl^Gcr  le  travailleur  dans  la  même
-  Zi  de"  r  c’est-à-dire,  que  nous  augmentons  la  de-&amp;gt;
  t  nous  sommes  alors  fort  surpris  de  voir  que  le  prix

qu'on  emnêi  h  i’  temps  qu  on  diminue,  ou,  ce  qui  revient  au  même
de  s’accroît  î  ^  ^  accroître  les  objets  de  consommation,  il  faudrait  einpéchei
dessus  en  ^  des  consommateurs  ;  mais  on  n’est  point  d’accord  là
L’un  n’est  aterre  .  j  en  juge  par  les  contradictions  qu’éprouve  Al  Malthus
tenir  que  9"^  la  conséquence  nécessaire  de  l’autre.  On  ne  peut  souue
  veut  nt.  *  aiauvais  palliatifs  une  sauté  politique  altérée  par  des  excès  qu’or
‘  pas  irriger.  _  .|._B.  Say.
{Ohuv,  de  lücardo.)  13
        <pb n="246" />
        i  94

PRINCIPES  DE  L'ECONOMIE  POLITIQUE.
»  des  subsistances  continue  à  hausser.  A  cet  égard,  nous  agissons
»  à  peu  près  comme  si,  lorsque  le  mercure,  dans  le  baromètre  ordi-»
  uaire,  mar(|ue  Vorage,  nous  allions  le  faire  monter,  en  employant
»  quelque  pression  forcée,  de  manière  à  le  mettre  au  beau  fixe,
»  et  si  alors  nous  nous  étonnions  beaucoup  de  ce  qu’il  continue  de
»  pleuvoir.  »
Le  prix  du  travail  marquera  clairement  les  besoins  de  la  société
par  rapport  à  la  population  ;  il  sera  précisément  suffisant  pour
fournir  aux  besoins  de  la  population  que  suppose  et  exige  l’état  des
fonds  destinés  à  cette  époque  à  l’entretien  des  travailleurs.  Si  leurs  salaires ­
  n’étaient  auparavant  que  suffisants  pour  satisfaire  aux  besoins
de  la  population,  après  l’impôt  ils  deviendront  insuffisants;  car  le
travailleur  aura  moins  à  dépenser  pour  l’entretien  de  sa  famille.  Le
travail  haussera  donc  de  prix,  parce  que  la  demande  se  soutient  ;
et  c’est  uniquement  par  un  prix  plus  haut  que  l’oflre  peut  ne  pas
être  contrariée*.
Rien  n’est  plus  commun  que  de  voir  les  chapeaux,  ou  la  drèche
renchérir  quand  ou  y  met  des  impôts  ;  ces  objets  montent,  parce  que,
s’ils  ne  montaient  pas,  on  ne  pourrait  point  en  fournir  l’approvisionnement ­
  nécessaire.  11  en  est  de  même  du  travail;  quand  les  salaires ­
  sont  imposés,  il  augmente  de  prix;  car,  s’il  ne  montait  pas,
il  serait  impossible  que  la  population  nécessaire  pût  se  maintenir.
M.  Buchanan  n’admet-il  pas  lui-même  tout  ce  que  nous  prétendons
prouver,  que  «  si,  en  elfet,  le  travailleur  se  trouvait  réduit  à  avoir
•&amp;gt;  uniquement  de  quoi  se  procurer  les  choses  de  première  nécessité,
“  son  salaire  ne  pourrait  plus  soulfrir  de  diminution,  car  il  lui  serait
»  impossible  d’entretenir  sa  famille  à  de  telles  conditions.  »
Supposons  que  le  pays  se  trouve  dans  des  circonstances  telles,
que  les  moindies  travailleurs  soient  appelés,  non-seulement  à  entretenir ­
  leur  famille,  mais  enclore  à  l’augmenter,  leurs  salaires  seront
réglés  eu  conséquence.  Bourraient-ils  multiplier,  si  l’impôt  leur
enlevait  une  partie  de  leur  salaire  et  les  réduisait  à  l’absolu  nécessaire ­
  ?
11  est  hors  de  doute  qu’une  denrée  imposée  ne  haussera  pas  de

■  il  est  impossible  d'accorder  à  l’auteur  que  la  demande  du  travail  reste  la
même  lorsque  le  travail  augmente  de  prix.  Si  donc,  l’ouvrier  quand  ou  le  force  à
payer  un  nouvel  impôt,  voulait  s’eu  faire  rembourser  par  ceux  qui  l’emploient,
à  coup  sûr  la  demande  faite  par  ceux-ci  diminuerait,  il  n’y  a  pas  de  fait  plus  constant ­
  et  mieux  expliqué  dans  toute  l’économie  politique.  —  J.-B.  Sav  .
        <pb n="247" />
        CHAP,  XVI.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  SALAIRES  195
prix  à  proportion  de  l’impôt,  si  la  demande  en  diminue  sans  que
la  quantité  puisse  en  être  réduite.  Si  la  monnaie  métallique  était
en  usage  généralement,  sa  valeur  ne  monterait  pas  longtemps,  par
1  effet  de  l’impôt,  à  proportion  du  montant  de  cet  impôt  ;  car,  dès
qu  elle  aurait  une  plus  forte  valeur,  la  demande  en  diminuerait
sans  que  sa  quantité  diminuât.  Et  la  même  cause  inilue  sans  doute
souvent  sur  les  salaires  du  travail;  le  nombre  des  travailleurs  ne
peut  être  augmenté  ou  diminué  aussi  rapidement  que  les  fonds;
•nais,  dans  le  cas  supposé,  il  n’y  a  pas  de  diminution  nécessaire
de  la  demande  de  bras;  et  quand  même  cette  diminution  existerait,
elle  ne  serait  pas  en  proportion  de  l’impôt  établi  *.

’  L’effet  de  l’impôt  est  nécessairement  très-compliqué,  parce  que  les  différentes ­
  classes  sur  lesquelles  il  porte  ou  qui  en  font  l’avance  sont  placées  dans
une  foule  de  situations  variées,  plus  ou  moins  avantageuses  ou  désavantageuses
pour  en  rejeter  le  fardeau  sur  d’autres  classes.  Vouloir  décider  de  l’effet  de  l’im-P
  t  par  des  principes  trop  absolus,  et  sans  tenir  compte  de  la  multitude  de  cirselon
  moi,  arriver  à  des  résultats
  tort  différents  de  ceux  que  nous  présente  l’observation.
Que  l’on  mette  un  impôt  sur  la  fabrication  ou  les  fabricateurs  de  chapeaux  •
que  ce  soit  une  patente  ou  bien  une  estampille,  ou  bien  un  droit  sur  la  matièr^
premiere,  ou  le  local,  ou  les  ouvriers  chapeliers,  peu  importe  ;  que  ce  droit
seieve  a  2  fr.,  je  suppose,  pour  chaque  chapeau  de  20  fr.,  qu’arrivera-t-il  ?  les
chapeaux  se  paieront-ils  22  fr.  ?  Non  ;  il  faudrait  pour  cela  que  la  demande  restât
la  même,  ce  qu,  n’est  pas  possible.  Les  chapeaux  se  paieront-ils  20  fr.  comme
moins  avantageuse,  diminuerait  la  quantité  offerte  des  moyens  de  production
des  chapeaux.  Pour  qu’elle  se  balance  avec  la  nouvelle  quantité  qui  sera  demandée ­
  H  faudra  peut-être  payer  non  pas  18  fr.,  mais  19  fr.  la  totalité  des  services
productifs  propres  à  faire  un  chapeau;  et  l’impôt  de2fr.  payé,  il  se  trouvera
pavait  payé  21  fr.  un  chapeau  de  la  qualité  de  ceux  qu’il
et  la  nrnZr  f  consommateurs,  à  cause  de  l’augmentation  du  prix,
(iuelnii0u  ^  article,  comme  sa  consommation,  auront  diminué.  Avec
l’effpt  H  '^^•’•atious  dépendantes  de  circonstances  diverses,  c’est  à  peu  près  là
du  .  ^  ^aate  espèce  d  impôt;  et  cet  effet,  résultat  de  la  nature  des  choses  et
l’édifi  l’explique  suffisamment,  ébranle,  je  le  dis  avec  chagrin  ,
Ques  ^"-ardo,  non-seulement  dans  ce  chapitre,  mais  dans  quel-M
  ir  ''^***’  avec  beaucoup  d’habileté  sur  des  principes  trop  absolus,
icardo  dira  peut-être  à  l’appui  de  sa  doctrine  qu’il  faut  bien  que  la  quau-
        <pb n="248" />
        i9fi  PRINCIPKS  DE  L’ECONOMIE  POLITIQUE.
M.  Buchanan  oublie  que  les  fonds  que  le  gouvernement  lève  par
l’impôt  sont  par  lui  employés  à  l’entretien  de  travailleurs,  à  la  vérité ­
  improductifs,  mais  qui  sont  cependant  des  travailleurs.  Si,  lorsque ­
  les  salaires  sont  imposés,  le  prix  du  travail  ne  montait  pas,  il  y
aurait  une  grande  augmentation  dans  la  demande  des  bras  ;  car  les
capitalistes,  qui  n’auraient  rien  à  payer  sur  cÆt  impôt,  auraient  les
mêmes  fonds  disponibles  pour  donner  de  l’emploi  à  des  ouvriers,
tandis  que  le  gouvernement  aurait,  dans  le  montant  de  l’impôt  qu’il
aurait  reçu,  un  surcroît  de  fonds  pour  le  même  emploi.  Le  gouvernement ­
  et  la  nation  se  trouveraient  par  là  en  concurrence,  et  la  suite
de  leur  rivalité  serait  la  hausse  du  prix  du  travail.  On  n’emploierait ­
  que  le  même  nombre  d’ouvriers,  mais  on  leur  donnerait  de
plus  forts  salaires  ‘.

tité  de  travail  industriel  se  proportionne  au  capital  productil  de  la  société;
qu’ainsi  il  ne  peut  pas  y  avoir  moins  de  chapeaux  produits  après  l’impôt  qu’auparavant
  ;  que  la  quantité  offerte  restant  la  meme,  le  prix  n’en  peut  pas  monter,
et  que  s’il  y  a  2  fr.  d'impôt  à  payer,  il  faut  que  ce  soit  l’entrepreneur  seul  qui  en
supporte  la  perte.
Je  répondrai,  en  premier  lieu,  qu’un  commerce  grevé  d’impôts  exige,  en  proportion ­
  des  quantités  produites,  plus  de  capitaux  ;  en  second  lieu,  qu’une  partie
des  capitaux  sorte  évidemment  d’un  emploi  qui  devient  moins  avantageux,  sans
que  ce  soit  toujours  pour  se  porter  sur  d’autres  productions  également  favorables ­
  au  bien-être  de  la  société,  et  qu’ils  eu  sortent  aussi  pour  être  voués  à  la
consommation  improductive,  à  la  destruction.  Ne  voyons-nous  pas  chaque  année, ­
  au  moyen  des  emprunts  publics,  la  plupart  des  gouvernements  de  l’Europe
détruire  une  partie  considérable  des  épargnes  et  des  capitaux  de  leurs  sujets  ?
Us  rendent  d’une  part  la  production  désavantageuse  par  des  impôts  exagérés,
et  d’autre  part  offrent  complaisamment  aux  producteurs  de  dévorer  a  la  suite  d’un
emprunt  les  capitaux  qui,  par  leur  faute,  rendent  trop  peu  entre  les  mains  de
l’industrie.  Le  vice  nourrit  le  vice  ;  et  s’il  n’y  avait  pas  maintenant  en  Europe,
dans  le  monde  entier,  un  développement  de  connaissance  et  d’activité  industrielle
supérieur  a  tous  les  exemples  que  nous  fournissent  les  temps  historiques,  un
développement  qui  fait  plus  que  balancer  les  maux  qui  résultent  de  la  mal-administration, ­
  il  ne  tiendrait  pas  a  la  politique  européenne  que  la  civilisation  du
monde  rétrogradât  on  ne  sait  où.  —J.-B.  Sav  .
‘  N’y  a-t-il  point  dans  tout  ce  qui  précède  une  confusion  entre  le  fonds
destiné  à  la  consommation  improductive,  à  la  simple  satisfaction  des  besoins
de  l’homme,  et  le  fonds  destiné  à  la  reproduction,  qu’on  nomme  le  capital  ?
Lorsqu’on  fait  payer  à  un  ouvrier  un  impôt  qu’il  ne  pt'ut  se  faire  rembourser
ni  par  son  maître,  ni  par  le  consommateur  du  produit  auquel  il  concui.it
lorsque  le  montant  de  cet  impôt  est  donné  a  un  courtisan,  il  est  clair  que  le
fonds  de  consommation  du  courtisan  ou  du  percepteur  est  augmenté  de  tout
ce  qui  est  ôté  au  fonds  de  consommation  de  l’ouvrier;  les  jouissances  du  pre-
        <pb n="249" />
        CHAP  XVI.  —  DRS  IMPOTS  SUR  LKS  SALAIRES.  497
Si  l’impôt  avait  été  établi  directement  sur  le  peuple,  le  fonds  national ­
  pour  ¡’entretien  des  travailleurs  aurait  diminué  dans  la  même
proportion  que  celui  du  ^gouvernement,  destiné  au  même  emploi,
et  il  ny  aurait  pas  eu,  par  conséquent,  de  hausse  des  salaires;
ear,  quoique  la  demande  restât  la  même,  il  n’y  aurait  plus  la
même  concurrence.  Si,  une  fois  l’impôt  levé,  le  gouvernement  en
exportait  le  produit  pour  le  donner  comme  subside  à  un  État  étranger; ­
  et  si  par  conséquent  ces  fonds  étaient  consacrés  à  payer  les
travailleurs  étrangers,  au  lieu  des  Anglais,  tels  (pie  des  soldats,  des
matelots,  etc,,  alors  il  y  aurait  sans  doute  une  moindre  demande  de
bras,  et  les  salaires  pourraient  bien  ne  pas  hausser,  quoique  étant  imposés. ­
  Mais  la  même  chose  arriverait  si  l’impôt  avait  été  mis  sur  des
denrées  de  consommation,  sur  les  prolits  du  capital,  ou  si  la  même
somme  avait  été  levée  de  toute  autre  manière,  pour  fournir  le  montant ­
  du  subside;  c’est-à-dire,  il  y  aurait  moins  de  bras  employés
dans  le  pays.  Dans  l’un  des  cas,  on  empêche  les  salaires  de  monter;
dans  l’autre,  ils  doivent  baisser  absolument.
Mais  supposons  que  le  montant  d’un  impôt  sur  les  salaires,  après
avoir  été  prélevé  sur  les  ouvriers,  fût  donné  gratuitement  à  ceux
qui  les  emploient;  cela  augmenterait  le  capital  de  ceux-ci  d’une
somme  d’argent  destimic  à  payer  la  main-d’œuvre,  mais  cela  ne  multiplierait ­
  ni  l(!s  denrées  ni  le  nombre  des  bras.  Il  y  aurait  donc  augmentation ­
  de  concurrence  entre  ceux  qui  emploient  des  ouvriers,  et
l’impôt  n’occasionnerait  en  définitive  aucune  perte  ni  à  l’ouvrier  ni
à  celui  qui  l’emploie.  Ce  dernier  paierait  plus  cher  le  travail  ;  et  ce

mier  sont  multipliées  aux  dépens  quelquefois  des  besoins  urgents  du  second  ;
mais  on  peut  dire,  à  la  rigueur,  que  la  demande  des  travaux  productifs  n’est
pas  diminuée  :  elle  n’est  que  déplacée.  On  demande,  en  travaux  qui  concourent
à  des  objets  de  luxe,  ce  que  l’ouvrier  cesse  de  demander  en  bonne  nourriture,
fn  bons  vêtements,  en  ameublements  commodes.
Lorsque  l’impôt  est  pris  sur  le  capital,  il  ne  faut  pas  croire  qu’il  achète  auttiiit
  de  travaux  que  s’il  était  demeuré  dans  cet  utile  emploi.  A  la  vérité,  le  gouvernement ­
  se  sert  de  son  montant  pour  faire  des  achats  (pii  remplacent  ceux
qu  aurait  faits  cette  portion  de  capital  ;  c’est-à-dire  {)eut-étre  de  la  poudre  à
canon,  au  lieu  de  la  laine  dont  on  aurait  fabri(|ué  du  drap  ;  mais  la  poudre  à  canon ­
  ne  se  reproduit  pas  par  elle-même,  tandis  que  le  drap,  une  fois  fabriqué,
se  vend,  et  de  sa  valeur  on  recoinmem^  a  acheter  de  nouvelles  denrées  dont  la
production  fait  travailler  de  nouveau  les  producteurs,  et  le  même  jeu  se  renouvelle ­
  perpétuellement.  Dans  ce  cas,  il  ne  faut  pas  dire  que  le  montant  de  l’impôt
ontre  les  mains  du  gouvernement  réclame  autant  de  travaux  industriels  qu  entre
los  mains  des  particuliers.  —  J.-B  Say.
        <pb n="250" />
        i98  PRINCIPES  DE  L'ÉCONOMIE  POLITigUE.
surcroît  de  salaire,  l’ouvrier  le  paierait  à  son  tour  au  gouvernement,
qui,  dans  le  cas  supposé,  le  rendrait  à  l’entrepreneur  de  travaux.
On  ne  doit  cependant  pas  oublier  que  le  produit  de  l’impôt  est
souvent  dissipé  sans  fruit,  et  qu’en  diminuant  le  capital,  l’impôt
tend  à  diminuer  le  fonds  réel  destiné  au  soutien  des  travailleurs,  et
par  conséquent  qu’il  occasionne  une  moindre  demande  de  bras.  Les
impôts  donc  en  général,  en  tant  qu’ils  diminuent  le  capital  réel  du
pays,  rendent  la  demande  des  bras  moindre;  par  conséquent  l’effet
probable  d’un  impôt  sur  les  salaires,  quoique  cet  effet  ne  soit  ni
nécessaire  ni  particulier  à  cet  impôt,  c’est  que,  quoique  les  salaires
éprouvent  une  hausse,  elle  ne  sera  cependant  pas  d’une  somme  précisément ­
  égale  à  la  valeur  de  l’impôt.
Adam  Smith,  ainsi  que  nous  l’avons  déjà  dit,  convient  pleinement
que  l’effet  d’un  impôt  sur  les  salaires  serait  de  les  faire  monter
d’une  somme  égale  au  moins  à  la  valeur  de  l’impôt,  et  que  cet  impôt ­
  serait  en  définitive  payé  par  l’entrepreneur  de  travaux,  s’il  ne
1  était  pas  immédiatement.  .1  usque  là  nous  sommes  tout  à  fait  d’accord ­
  ;  mais  nous  différons  essentiellement  dans  la  manière  dont  chacun ­
  de  nous  envisage  1  action  postérieure  d’un  pareil  impôt.
«  Ainsi,  quand  môme  un  impôt  direct  sur  les  salaires  du  travail,
»  dit  Adam  Smith,  serait  payé  par  les  mains  mêmes  de  l’ouvrier,  on
»  ne  pourrait  pas  dire  proprement  qu’il  fait  l’avance  de  l’impôt,
«  du  moins  si  la  demande  de  travail  et  le  prix  moyen  des  denrées
»  restaient  les  mêmes  après  l’impôt  comme  auparavant.  Dans  tous
»  les  cas,  la  personne  qui  emploie  immédiatement  l’ouvrier  serait
“  obligée  d’avancer,  non  -  seulement  l’impôt,  mais  quelque  chose
«  de  plus  que  l’impôt.  Le  paiement  définitif  retomberait  sur  des
»  personnes  différentes,  selon  les  circonstances.  La  hausse  que  l’im-»
  pôt  occasionnerait  dans  les  salaires  des  ouvriers  de  manufac-»
  ture,  serait  avancée  par  le  maître  manufacturier,  qui  serait
«  à  la  fois  dans  la  nécessité  et  dans  le  droit  de  la  reporter,  avec  nn
»  profit,  sur  le  prix  de  ses  marchandises.  Ainsi,  le  paiement  défi-»
  nitif  de  ce  surhaussement  de  salaires,  y  compris  le  profit  addition-»
  nel  du  maître  manufacturier,  retomberait  sur  le  consommateur.
»  La  hausse  qu’un  tel  impôt  occasionnerait  dans  les  salaires  du  tra
«  vail  de  la  campagne,  serait  avancée  par  le  fermier,  qui  serait  obligé
«  alors  d’employer  un  plus  gros  capital  pour  entretenir  le  même
»  nombre  de  travailleurs  qu’auparavant.  Pour  se  rembourser  de  cet
»  excédant  de  capital,  ain.si  que  des  profits  ordinaires  des  capitaux,  il
“  serait  nécessaire  qu’il  retînt  dans  ses  mains  une  plus  forte  portion.
        <pb n="251" />
        199

CHAP.  XVI.  —  DES  IMPOTS  SUR  UES  SALAIRES.
»  ou,  ce  qui  revient  au  même,  la  valeur  d’une  plus  grande  portion
»  du  produit  de  la  terre,  et  par  conséquent  qu’il  payât  moins  de
»  rente  au  propriétaire.  Ainsi,  dans  ce  cas,  le  paiement  définitif  de
»  ce  surhaussement  de  salaires,  en  y  joignant  Je  profit  additionnel
»  du  fermier  qui  Vaurait  avancé,  retomberait  sur  le  propriétaire.
»  Dans  tous  les  cas,  un  impôt  direct  sur  les  salaires  du  travail  doit
»  nécessairement  occasionner,  à  la  longue,  une  plus  forte  diminution
“  dans  la  rente  de  la  terre;  et  en  même  temps  une  plus  forte  hausse
'•  dans  le  prix  des  objets  manufacturés  que  n’en  aurait  pu  occasion-"
  ner,  d’une  part  ni  de  l’autre,  l’imposition  d’une  somme  égale  au
"  produit  de  cet  impôt,  qui  aurait  été  convenablement  assise,  par-»
  tie  sur  le  revenu  de  la  terre,  et  partie  sur  les  objets  de  consomma-“
  tion.  »  Tome  IÍI,  page  .337.
Smith  soutient,  dans  ce  passage,  que  le  surhaussement  des  salaires ­
  payé  par  les  fermiers  doit  retomber  en  définitive  sur  les
propriétaires  fonciers,  qui  recevront  moins  de  rente;  mais  que
l’excédant  de  salaires  payé  par  les  manufacturiers  à  leurs  ouvriers
occasionnera  une  hausse  dans  le  prix  des  ouvrages  manufacturés,
et  que  ce  surcroît  de  frais  retombera  par  conséquent  sur  le  consommateur. ­

Supposons  la  société  composée  de  propriétaires  fonciers,  de  manufacturiers, ­
  de  lermiers  et  d  ouvriers.  On  convient  que  les  ouvriers
seront  dédommagés  de  ce  qu’ils  paieront  pour  l’impôt;  mais  qui
les  en  dédommagera?  qui  voudra  se  charger  de  payer  la  portion
qui  ne  retombe  pas  sur  les  propriétaires?  IjCS  manufacturiers  ne
pourraient  en  payer  aucune  partie  ;  car,  si  le  prix  de  leurs  marchandises ­
  haussait  à  proportion  du  surhaussement  des  salaires  qu’ils
sont  obligés  de  payer,  ils  se  trouveraient  dans  une  plus  belle  position ­
  après  l’impôt  qu’auparavant.  Si  le  fabricant  de  drap,  le
chapelier,  le  cordonnier,  etc.,  pouvaient  chacun  élever  le  prix  de
s(‘8  marchandises  de  10  pour  cent,  en  supposant  que  c«s  10  pour
cent  suffisent  complètement  pour  les  indemniser  du  surcroît  de  salaires ­
  qu’ils  paient  à  leurs  ouvriers;  si,  comme  le  dit  Adam  Smith,
"  ils  étaient  à  la  fois  dans  la  nécessité  et  dans  le  droit  de  reporter
»  ce  surcroît  de  salaires,  avec  un  profit,  sur  le  prix  de  leurs  mar-•
  ehandises,  •  dans  ce  cas,  chacun  d’eux  pourrait  consommer  autant
de  marchandises  des  autres  marchands  que  par  le  passé,  et  par
conséquent  ils  ne  contribueraient  en  rien  à  l’impiH.  Si  le  fabricant
draps  payait  ses  chapeaux  et  ses  souliers  plus  cher,  il  vendrait
aussi  son  drap  à  plus  haut  prix.  Ces  fabricants  achèteraient  tous
        <pb n="252" />
        200

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
les  ouvrages  manufacturés  avec  autant  d  avantage  qu’auparavant,
et  tant  que  le  blé  conserverait  le  même  prix,  —  ce  «pi’admet  le
docteur  Smith,  —  et  qu’ils  auront  un  surcroît  de  monnaie  pour
l’acheter,  ils  gagneraient,  au  lieu  de  perdre,  à  un  tel  impôt.
Si  donc,  ni  les  cultivateurs  ni  les  manufacturiers  ne  contribuent
à  un  tel  impôt,  et  si  les  fermiers  s’en  dédommagent  par  la
baisse  de  la  rente,  il  n’y  aura  que  les  propriétaires  fonciers  qui  en
supporteront  tout  le  fardeau,  et  ils  devront  encore  fournir  au  surhaussement
  des  profits  du  manufacturier.  Mais  pour  effectuer  cela,
il  faut  qu  ils  consomment  tous  les  ouvrages  manufacturés  du  pays  ;
car  le  surcroît  de  prix  réparti  sur  toute  la  masse,  est  à  peine  supérieur ­
  à  la  valeur  de  l’impôt  levé  dans  l’origine  sur  les  ouvriers  des
manufactures.
Or  personne  ne  niera  que  le  fabricant  de  draps,  le  chapelier  et
les  autres  manufacturiers  ne  soient  tous  consommateurs  respectifs
de  leurs  marchandises;  tout  le  monde  conviendra  que  tout  ouvrier ­
  consomme  du  savon,  du  drap,  des  souliers,  de  la  chandelle ­
  et  plusieurs  autres  denrées  ;  il  est  donc  impossible  que  tout
le  fardeau  de  ces  sortes  d  impôts  tombe  uniquement  sur  les  propriétaires. ­

Mais  si  les  ouvriers  ne  paient  aucune  part  de  l’impôt,  et  que
cependant  le  prix  des  ouvrages  manufacturés  hausse,,  les  salaires
doivent  hausser,  non-seulement  pour  les  indemniser  de  l’impôt,
mais  encore  à  cause  du  renchérissement  des  objets  manufacturés
de  première  nécessité;  et  cette  hausse,  en  tant  qu  elle  affecte  les
travaux  de  l’agriculture,  deviendra  une  nouvelle  cause  de  la  baisse
de  la  rente  ,  tandis  qu’elle  occasionnera  une  nouvelle  hausse  du
prix  des  marchandises  manufacturées.  Ce  surhaussement  du  prix
des  marchandises  agira  à  son  tour  sur  les  salaires.  L’action  et  la
réaction,  d’abord  des  salaires  sur  les  marchandises,  et  ensuite  des
marchandises  sur  les  salaires,  s’étendra  sans  (ju’on  puisse  lui  assigner ­
  des  limites.  Les  arguments  sur  lesquels  repose  cette  théorie
mènent  à  des  conclusions  si  absurdes,  qu’il  est  aisé  de  voir  du  premier ­
  coup  d  œil  que  le  principe  posé  est  tout  à  fait  insoutenable.
Toutes  les  variations  qu’éprouvent  les  profits  du  eapital  et  les
salaires  du  travail,  par  la  hausse  des  rentes  et  par  celle  des  objets  de
première  nécessité,  dans  le'progrès  naturel  de  la  société  ,  et  la  difficulté ­
  croissante  de  la  production,  seront  également  occasionnées  pai
l’aeeroissement  de  salaires  que  cause  un  impôt;  et  par  eonsécpient  les
jouissances  de  l’ouvrier,  aussi  bien  que  celles  de  ceux  (¡ni  l’emploient.
        <pb n="253" />
        CHAP.  XVI.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  SALAIRES.
seront  diminuées  par  l’effet,  non-seulement  de  l’impôt  en  question,
niais  de  tout  autre  moyen  servant  à  prélever  la  même  somme.
].,  erreur  d’Adam  Smith  vient  d’abord  de  et^  qu’il  suppose  que  tout
impôt  payé  par  le  fermier  doit  nécessairement  retomber  sur  le  propriétaire, ­
  sous  la  forme  d’une  réduction  de  rente.  Quant  à  cet  objet,
me  suis  déjà  expliqué  dans  le  plus  p^rand  détail,  et  je  me  flatte
fl  a\oir  démontré  ,  à  la  satisfaction  du  lecteur,  que  puisqu’un  capital
(onsidérable  est  employé  sur  les  terres  qui  ne  paient  pas  de  rente,
&amp;lt;t  puisque  c  est  le  résultat  obtenu  au  moyen  de  ce  capital  qui  règle
le  prix  des  produits  agricoles,  il  ne  saurait  être  fait  de  déduction
flans  les  rentes.  Par  conséquent,  ou  il  ne  sera  point  accordé  de  compensation ­
  au  fermier  pour  l’indemniser  de  l’impôt  sur  les  salaires;
ou,  s’il  en  obtient  une,  ce  ne  sera  qu’au  moyen  d’un  renchérissement
fl  es  produits  agricoles.
Si  l’impôt  est  trop  onéreux  pour  le  fermier,  il  pourra  élever  le
prix  de  ses  denrées  premières,  afin  de  se  mettre  de  niveau  avec  les
autres  commercants  ;  mais  un  impôt  sur  les  salaires,  qui  ne  pèserait
î&amp;gt;as  plus  sur  son  commerce  que  sur  celui  des  autres,  ne  pourrait  ni
être  rejeté  sur  ceux-ci,  ni  compensé  par  la  hausse  des  produits  agricoles; ­
  car  le  même  motif  qui  pourrait  l’engager  à  élever  le  prix  du
blé,  c’est-à-dire  ,  le  désir  de  se  rembourser  de  l’impôt,  déciderait
le  fabricant  de  draps  à  élever  le  prix  de,  ses  étoffes,  et  le  cordonnier,
le  chapelier  et  le  tapissier,  à  augmenter  le  prix  de  la  chaussure,  des
chapeaux  et  des  meubles.
S’ils  peuvent  tous  augmenter  le  prix  de  leurs  marchandises  de  manière ­
  à  SC  rembourser  avec  profit  de  l’impôt,  puisqu’ils  sont  tous
consommateurs,  chacun  des  marchandises  des  autres,  il  est  évident
«lue  l’impôt  ne  serait  jamais  payé  ;  car  si  tout  le  monde  en  trouve
la  compensation,  où  seraient  les  contribuables?
l’espère  donc  avoir  réussi  à  prouver  que  tout  impôt  qui  peut  occasionner ­
  une  hausse  des  salaires,  sera  payé  moyennant  une  diminution ­
  des  profits,  et  par  consécpient  qu’un  impôt  sur  les  salaires
n  est  réellement  (pi’un  impôt  sur  les  profits.
Ce  principe  fondamental  du  partage  du  produit  du  travail  et  du
«•apital,  entre  les  salaires  et  les  profits,  queje  me  suis  efforcé  d’établir,
»«e  parait  si  certain,  qu’à  l’exception  de  l’effet  immédiat,  je  suis
•sposé  a  croire  qu  il  importe  peu  lequel  des  deux  on  impose,  des
du  capital  ou  des  salaires  du  travail.  En  imposant  les  profits
‘âpilal,  vous  ebangere/,  probablement  le  taux  d’accroissement
P  agressif  des  fonds  destinés  à  entretenir  les  travailleurs,  et  les
        <pb n="254" />
        20á  PRÍNCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
salaires,  en  haussant  trop  ,  se  trouveraient  hors  de  proportion  avec
l’état  de  ce  fonds.  En  mettant  l’impôt  sur  les  salaires,  la  récompense
accordée  à  l’ouvrier  étant  trop  faible,  ne  se  trouverait  pas  non  plus
proportionnée  à  ce  fonds.  L’équilibre  naturel  entre  les  profits  et  les
salaires  se  rétablirait,  dans  un  cas,  par  la  baisse,  et  dans  l’autre,
par  la  hausse  des  salaires  en  monnaie.
Un  impôt  sur  les  salaires  ne  pèse  donc  pas  sur  le  propriétaire,
mais  il  porte  sur  les  profits  du  capital.  Il  «  n’autorise  ni  n’oblige  le
')  maître  manufacturier  à  le  reporter  avec  un  profit  sur  le  prix  de
»  ses  marchandises;  »  car  il  ne  pourra  pas  en  augmenter  le  prix,  et
il  doit  par  conséquent  supporter  en  entier,  et  sans  compensation,
tout  le  fardeau  d’un  tel  impôt*.
Si  l’effet  des  impôts  sur  les  salaires  est  tel  que  je  viens  de  le  décrire, ­
  ces  impôts  ne  méritent  point  la  censure  dont  le  docteur  Smith
les  a  frappés.  Voici  ce  qu’il  dit  au  sujet  de  tels  impôts  :  «  On  dit
»  que  ces  impôts  et  quelques  autres  du  même  genre,  en  faisant  mon-»
  ter  le  prix  du  travail,  ont  ruiné  la  plupart  des  manufactures  de
»  Hollande.  Des  impôts  semblables,  quoique  pas  tout  à  fait  aussi
»  lourds,  ont  lieu  dans  le  Milanais,  dans  les  États  de  Gênes,  dans  le
»  duché  de  Modène,  dans  les  duchés  de  Parme,  de  Plaisance  et  de
»  Guastalla,  et  dans  fÉtat  de  l’Église.  Un  auteur  français,  de  quel-»
  que  réputation,  a  proposé  de  réformer  les  finances  de  son  pays,
»  en  substituant  à  la  plus  grande  partie  des  autres  impôts,  cette
»  espèce  d’impôts,  la  plus  ruineuse  de  toutes  :  —  11  n’y  a  rien  de  si
»  absurde,  dit  Cicéron,  qui  n’ait  été  avancé  par  quelque  philosophe.  »
—  Dans  un  autre  endroit  il  dit  :  «  Les  impôts  sur  les  choses  de  né-»
  cessité,  en  faisant  monter  les  salaires  du  travail,  tendent  nécessai  -
»  rement  à  faire  monter  le  prix  de  tous  les  objets  manufacturés,
»  et  par  conséquent  à  en  diminuer  la  vente  et  la  consommation.  »
Ce  genre  d’impôt  ne  mériterait  point  une  pareille  censure  ,  quand
même  le  principe  posé  par  le  docteur  Smith  serait  exact  :  —  à  savoir
que  ces  impôts  tendent  à  faire  monter  le  prix  des  objets  manufactu-'

  M  Say  paraît  être  imbu  de  l’opinion  générale  sur  ce  point.  En  parlant  du
blé,  il  dit  :  «  De  là  il  résulte  encore  que  son  prix  influe  sur  celui  de  tous  les
»  autres  produits.  Un  chef  d’entreprise,  fermier,  manufacturier,  ou  négociant,
»  emploie  un  certain  nombre  d’ouvriers,  qui  tous  ont  besoin  de  consommer  une
«  certaine  quantité  de  blé.  Si  le  prix  du  blé  augmente,  il  est  obligé  d’aug-»
  menter  dans  la  même  proportion  le  prix  de  ses  produits.  ..  Liv.  I,chap.  xvii.
{Note  de  l’Auteur)
        <pb n="255" />
        CHAP.  XVI,  —  DES  IMPOTS  SHU  LES  SALAIRES  203
rés  ;  car  cet  effet  ne  pourrait  être  que  temporaire,  et  n'entraînerait
pour  nous  aucun  désavantage  dans  notre  commerce  étranger.  Si  une
&amp;lt;au8e  quelconque  faisait  monter  le  prix  de  quelques  marchandises
manufacturées,  elle  en  entraverait  ou  en  empêcherait  l’exportation.
Mais  si  cette  même  cause  avait  un  effet  général  sur  toutes  les  marchandises, ­
  son  effet  ne  serait  que  nominal  ;  il  n’affecterait  pas  leur
valeur  relative,  et  ne  diminuerait  en  rien  l’appât  que  présente  le
commerce  d’échange.  Or,  tout  commerce  extérieur  et  intérieur  n’est
réellement  autre  chose  qu’un  commerce  d’échange*.
J  ai  déjà  essayé  de  prouver  que,  lorsqu’une  cause  quelconque  fait
renchérir  toutes  les  denrées  en  général,  ses  effets  sont  presque  pareils ­
  à  ceux  qu’occasionne  une  baisse  dans  la  valeur  de  la  monnaie.
Si  la  monnaie  baisse  de  valeur,  toutes  les  denrées  haussent  de  prix  ;
et  si  cet  effet  se  borne  à  un  seul  pays,  il  modifie  son  commerce  étranger ­
  de  la  même  manière  que  le  ferait  un  renchérissement  de  denrées
occasionné  par  des  impôts.  Par  conséquent,  examiner  les  effets  de  la
dépréciation  de  la  monnaie  d’un  seul  pays,  c’est  examiner  les  effets
d  un  renchérissement  des  denrées  borné  à  un  seul  pajs.  Adam
Smitb,  en  effet,  était  bien  persuadé  de  la  parité  de  ces  deux  cas;
c  est  pourquoi  il  soutient  que  la  dépréciation  du  numéraire,  ou,
comme  il  le  dit,  de  l’argent  en  Espagne,  par  suite  de  la  défense  de
I  exporter,  est  très-nuisible  aux  manufactures  et  au  commerce  étranger ­
  de  l’Espagne.
«  Mais  cette  dégradation  de  la  valeur  de  l’argent,  qui,  étant  le
résultat  ou  de  la  situation  particulière  d’un  pays  ou  de  ses  institutions ­
  politiques,  n  a  lieu  que  pour  ce  pays  seulement,  entraîne
"  conséquences  tout  autres;  et  bien  loin  qu’elle  tende  à  rendre

Même  dans  le  commerce  d’échange  et  sans  faire  usage  de  monnaie,  une
marchandise  peut  être  chère  ou  à  bon  marché.  Elle  est  chère  lorsqu’elle  est  le
résultat  de  beaucoup  de  frais  de  production,  du  service  de  beaucoup  de  capitaux
ou  d  indtLstne,  ou,  ce  qui  revient  au  même,  lorsque  beaucoup  de  capitaux  ou
industrie  n’ont  donné  que  peu  de  marchandise.  I.orsque  cette  marchandise  va
ans  etranger,  on  n  en  peut  donner  que  peu  en  échange  de  quoi  que  ce  soit  ;
par  conséquent  elle  ne  trouve  pas  à  s’y  échanger  facilement.  C’est  ce  qu’on  appelle
soutenir  la  concurrence  avec  les  marchandises  produites  dans  ce  pays
g.  ^^^Quelles  pouvant  s  offrir  en  plus  grande  abondance  dans  les  échan-Kt’s,
  obtiennent  la  préférence.
dans^T  preuve  de  plus  qu’il  y  a  autre  chose  que  des  variations  relatives
T  B  toute  la  doctrine  de  M.  Ricardo  semble  l’établir.  —
•’••B.  Sav.
        <pb n="256" />
        204

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
»  personne  réellement  plus  riche,  elle  tend  à  rendre  chacun  réelle-»
  lement  plus  pauvre.  La  hausse  de  prix  en  argent  de  toutes  les
»  denrées  et  marchandises,  qui,  dans  ce  cas,  est  une  circonstance  par-«
  ticulière  à  ce  pays,  tend  à  y  décourager  plus  ou  moins  toute  espèce
»  d’industrie  au  dedans,  et  à  mettre  les  nations  étrangères  à  portée
»  de  fournir  presque  toutes  les  diverses  sortes  de  marchandises  pour
«  moins  d’argent  que  ne  le  pourraient  faire  les  ouvriers  du  pays,  et,
*  par  là,  de  les  supplanter  non-seulement  dans  les  marchés  étran-»
  gers,  mais  encore  dans  leur  propre  marché  intérieur.  »  Lir.  IV,
chap.  5.
Ln  des  désavantages,  et,  je  crois,  le  seul  qui  provienne  de  la  dépréciation ­
  de  l’argent,  occasionnée  par  une  abondance  forcée,  a
été  très-habilement  développé  par  le  docteur  Smith.  Si  le  commerce ­
  de  l’or  et  de  l’argent  était  libre,  «  l’or  et  l’argent  qui  iraient
»  au  dehors,  dit  Smith,  u’iraient  pas  pour  rien,  mais  rapporteraient
»  en  retour  une  valeur  égale  de  marchandises  d’une  espèce  ou  d’une
«  autre.  Ces  marchandises  ne  seraient  pas  non  plus  toutes  en  objets
«  de  luxe  ou  en  superfluités  destinés  à  ces  gens  oisifs  qui  ne  produisent
  rien  en  retour  de  leur  consommation.  Comme  cette  expor-»
  tation  extraordinaire  d’or  et  d’argent  ne  saurait  augmenter  la  riu
  chesse  réelle  ni  le  revenu  réel  de  ces  gens  oisifs,  elle  ne  saurait  non
»  plus  apporter  une  grande  augmentation  dans  leur  consommation.
»  Vraisemblablement  la  plus  grande  partie  de  ces  marchandises,  et
»  au  moins  certainement  une  partie  d’elles  consisterait  en  matières  ,
»  outils  et  vivres  destinés  à  employer  et  à  faire  subsister  des  gens
»  laborieux,  qui  reproduiraient  avec  profit  la  valeur  entière  de  leur
&amp;gt;&amp;gt;  consommation.  Une  partie  du  fonds  mort  de  la  société  se  trou-«
  verait  ainsi  convertie  en  un  capital  actif,  et  on  mettrait  en  mou
«  vement  une  plus  grande  somme  d’industrie  qu’au  para  vaut.  »
En  empêchant  le  commerce  des  métaux  précieux  d’ètre  libre,
quand  le  prix  des  denrées  hausse  ou  par  l'effet  de  l’impôt  ou  par
raffluence  de  ces  métaux,  on  empêche  qu’une  partie  du  capital
mort  de  la  société  ne  soit  convertie  en  un  capital  actif,  et  on  empêche
une  plus  grande  quantité  d’industrie  d’ètre  mise  en  activité.  Mais
voilà  tout  le  mal,  et  ce  mal  n’est  jamais  ressenti  dans  les  pays  où
l’exportation  du  numéraire  est  permise  ou  tolérée.
Le  change  entre  différents  pays  n'est  au  pair  qn’autant  qu’ils  ont
chacun  en  circulation  la  quantité  de  monnaie  qui,  dans  un  état  donné
de  choses,  est  nécessaire  pour  le  mouvement  de  leurs  produits.  Si
le  commerce  des  métaux  précieux  était  parfaitement  libre,  et  que
        <pb n="257" />
        20»

CHAP.  XVI.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  SALAIRES,
l’üii  pût  exporter  du  numéraire  sans  aucuns  frais,  les  changes  ne
pourraient  man(|uer  d’étre,  sur  toutes  les  places,  au  pair.  Si  le  coin
inerce  des  métaux  précieux  était  ])arfaitement  libre,  s’ils  étaient
généralement  employés  comme  agents  de  la  circulation,  malgré  les
frais  de  transport,  le  change  ne  pourrait,  dans  tout  pays  ,  dévier  du
pair  que  du  montant  de  ces  frais.  Ces  principes  sont,  je  crois,  universellement ­
  reconnus.  Si  un  pavsse  servait  d’un  papier  monnaie  qui
ne  fût  pas  échangeable  contre  des  espèces  métalliques,  et  qui  n’eùt
par  conséquent,point  de  régulateur  fixe,  les  changes  d’un  tel  pays
pourraient  s’écarter  du  pair  selon  que  la  monnaie  s’y  trouverait  multipliée ­
  au  delà  de  la  quantité  qui  lui  serait  départie  par  le  commerce
de  toutes  les  nations,  si  le  commerce  des  métaux  précieux  était  libre,
et  si  ces  métaux  étaient  employés  comme  monnaie  et  comme  régulateur. ­

Si,  par  les  opérations  générales  du  commerce  ,  la  part  de  l’Angleterre ­
  se  trouvait  être  de  lU  millions  de  livres  sterling,  d’un  poids  et
d’un  titre  reconnus,  et  qu’on  y  substituât  10  millions  de  papiermonnaie
  ,  le  change  n’éprouverait  aucun  changement  ;  mais  si,  en
^busant  de  la  faculté  de  mettre  du  papier  en  circulation,  on  en  faisait ­
  une  émission  de  11  millions,  le  cbange  serait  de  0  pour  cent  au
désavantage  de  l’Angleterre;  si  l’émission  était  de  12  millions,  le
change  baisserait  de  10  pour  cent;  et  si  elle  était  de  20  millions,  le
change  serait  de  50  pour  cent  contre  l’Angleterre.
('-et  effet  peut  cependant  avoir  lieu  sans  Tintroduetion  d’un  papiermonnaie.
  Tonte  cause  qui  retient  en  circulation  nue  quantité  de  livres
sterling  plus  forte  que  celle  qui  aurait  circulé  si  le  commerce  eût  été
libre,  et  que  les  métaux  précieux  d’un  poids  et  d'une  pureté  reconnus, ­
  eussent  été  employés  comme  numéraire  ou  comme  régulateurs  de
la  monnaie  métallique,  produirait  exactement  les  mêmes  effets.  Suppo
sons  que,  les  pièces  de  monnaie  étant  rognées,  chaque  livre  sterling
ne  renfermât  plus  la  quantité  d’or  et  d’argent  déterminée  par  la  loi  ;
on  pourrait,  dans  ce  cas,  employer  dans  la  circulation  un  plus  grand
nombre  de  ces  livres  rognées  qu’on  n’en  aurait  employé  dans  leur
état  de  pureté.  Si  l’on  rognait  un  dixième  sur  chaque  pièce  d’une  livre, ­
  on  pourrait  avoir  en  circulation  11  millions  de  ces  pièces  au  lieu
10  ;  si  on  enlevait  à  chacune  deux  dixièmes,  on  pourrait  employer
millions  de  pièces  d’une  livre  sterling  rognées;  et  si  l’on  rognait
moitié  du  poids,  20  millions  de  pièces  ainsi  dégradées  pourraient
R®  pas  être  de  trop  dans  la  circulation.  Si  on  employait  ces  20  millions
pièces  d’une  livre  au  lieu  de  10  millions,  toutes  les  marchandises,
        <pb n="258" />
        206  PRINCIPES  DE  l/ÉCONOMIE  POLITIQUE.
en  Angleterre,  monteraient  du  double  de  leur  ancien  prix  ,  et  le
change  se  trouverait  à  50  pour  cent  au  désavantage  de  l’Angleterre  ;
mais  cela  ne  dérangerait  en  rien  le  commerce  étranger,  et  ne  découragerait ­
  non  plus  la  fabrication  d’aucune  marchandise  dans  l’intérieur. ­
  Si  le  drap,  par  exemple,  haussait  en  Angleterre  de  20  1.  à  40  1.
par  pièce,  on  pourrait  l’exporter  tout  aussi  faeilement  qu’auparavant
  ;  car  le  change  offrirait  à  l’acheteur  étranger  une  compensation
de  50  pour  cent  ;  en  sorte  qu’avec  20  1.  de  son  argent,  il  pourrait
acheter  une  traite  movennant  laquelle  il  serait  en  état  d’acquitter,
en  Angleterre,  une  dette  de  40  1.  De  la  même  manière,  si  le  marchand ­
  étranger  exporte  une  marchandise  qui  coûte  chez  lui  20  1.,
et  qui  se  vend  en  Angleterre  40  1.,  il  ne  recevra  cependant  que  201.;
car,  pour  40  1.  en  Angleterre,  il  ne  pourra  acheter  qu’une  traite  de
20  I.  sur  l’étranger.
Les  mêmes  effets  auraient  lieu  ,  quelle  que  fût  la  cause  qui  porterait ­
  l’agent  de  la  circulation  en  Angleterre  à  20  millions,  lorsque
10  eussent  sufli  à  tous  les  besoins.  Si  une  loi  aussi  absurde  que  le
serait  celle  qui  prohiberait  l'exportation  du  numéraire,  pouvait  s’exé
cuter,  et  que,  par  suite  de  cette  prohibition,  il  se  trouvât  11  millions
au  lieu  de  10  en  circulation  ,  le  change  serait  de  9  pour  cent  con^e
l’Angleterre;  il  serait  de  16,  si  la  circulation  était  portée  à  12  millions,
et  de  50  pour  cent  contre  l’Angleterre,  si,  par  des  moyens  également
arbitraires,  l’agent  de  la  circulation  était  porté  a  20  millions.  Cela
ne  découragerait  cependant  nullement  l’industrie  anglaise.  Si  les
marchandises  du  cru  se  vendaient  cher  en  Angleterre,  celles  de
l’étranger  seraient  également  à  un  haut  prix.  11  importerait  peu  au
négociant  étranger  que  ces  prix  fussent  hauts  ou  bas  ;  car,  d’un  côté,
11  serait  obligé  de  donner  une  compensation  sur  le  change  lorsqu  il
vendrait  cher  ses  marchandises,  et  il  recevrait  une  pareille  compensation ­
  quand  il  serait  obligé  d’acheter  des  marchandises  anglaises  à
haut  prix.
Le  seul  désavantage  qui  pourrait  résulter  pour  le  pays  où  l’on  retiendrait ­
  ,  par  des  lois  prohibitives,  une  quantité  d’or  et  d’argent
en  circulation  plus  forte  que  celle  qui  y  circulerait  autrement,  serait
la  perte  qu’il  ferait  en  employant  une  partie  de  sou  capital  d’une
manière  improductive,  au  lieu  de  l’employer  productivenient.  Comme
monnaie,  ce  capital  ne  saurait  rapporter  aucun  profit;  mais  converti
par  échange  en  matériaux,  en  machines  et  en  subsistances,  il  donnerait ­
  un  revenu,  et  ajouterait  à  la  richesse  et  aux  ressources  du
pays.
        <pb n="259" />
        207

CHAP.  XVI.  —  DES  IMPOTS  SUR  lÆS  SALAIRES.
Je  me  flatte  donc  d’avoir  démontré  d’une  manière  satisfaisante,
qu’un  prix,  comparativement  bas  des  métaux  précieux,  par  suite  d  un
impôt,  ou  ,  en  d’autres  termes,  un  prix  généralement  élevé  des  denrées, ­
  ne  peut  nuire  en  rien  à  un  pays,  attendu  qu’une  partie  des  métaux ­
  serait  exportée,  ce  qui,  en  faisant  hausser  leur  valeur,  ferait
baisser  d’un  autre  côté  le  prix  des  denrées.  J’ai  démontré  de  plus,
que,  si  les  métaux  précieux  n’étaient  point  exportés,  et  si,  par  des
lois  prohibitives,  on  pouvait  les  retenir  dans  le  pays,  l’effet  produit
sur  le  change  contre  -  bal  ancerait  celui  des  hauts  prix.  Si  donc  des
impôts  sur  les  objets  de  première  nécessité  et  sur  les  salaires,  ne
peuvent  pas  avoir  l’effet  d’élever  le  prix  de  toutes  les  denrées  dont
la  production  a  exigé  l’emploi  d’une  certaine  somme  de  travail,  on
aurait  tort  de  condamner  ces  impôts  sur  de  pareils  motifs  :  et  quand
même  il  serait  vrai  qu’ils  produisissent  de  semblables  effets,  ils  n’en
seraient  pas,  pour  cela,  plus  nuisibles.
Il  est  incontestable  que  «  les  impôts  sur  les  choses  de  luxe  n’ont
•&amp;gt;  aucune  tendance  à  faire  monter  le  prix  d’aucune  autre  marchandise
"  que  de  celles  qui  sont  imposées  ;  »  mais  il  n’est  pas  vrai  «  que  les
»  impôts  sur  les  objets  de  nécessité,  en  faisant  monter  les  salaires  du
»  travail,  tendent  nécessairement  à  faire  monter  le  prix  de  tous  les
«  objets  manufacturés.  *  11  est  vrai  «  que  les  impôts  sur  les  choses  de
"  luxe  sont  payés,  en  définitive,  par  les  consommateurs  de  la  chose
»  imposée,  sans  aucune  répétition  de  leur  part.  Ils  tombent  indis-"
  linctement  sur  toutes  espèces  de  revenus,  salaires  de  travail,  profits
"  de  capitaux,  et  rentes  de  terre.  »  Mais  il  est  faux  «  que  les  im-»
  pôts  sur  les  choses  de  nécessité,  pour  ce  (jui  pèse  sur  la  classe  pau-»
  vre  et  ouvrière,  soient  payés  en  définitive,  partie  par  les  proprié-»
  taires  dans  lé  déchet  que  souffrent  les  fermages  de  leurs  terres,  et
"  partie  par  les  riches  consommateurs,  propriétaires  et  autres,  dans
"  surhaussement  de  prix  des  choses  manufacturées  ;  »  car,  en
taut  que  ces  impôts  portent  sur  Ja  classe  pauvre  et  ouvrière,  ils
seront  payés  presque  en  totalité  par  la  diminution  des  profits  du
capital,  les  travailleurs  eux-mémt*8  n’en  payant  qu’une  très-petite
partie  par  la  diminution  du  travail,  diminution  que  les  impôts  de
tout  genre  tendent  à  produire.
est  d’après  la  manière  erronée  dont  le  docteur  Smith  a  envisagé
les  eiitj^g  de  ces  impôts,  qu’il  a  été  conduit  à  la  conclusion  suivante  :
“  les  classes  supérieures  et  mitoyennes  entendaient  bien  leur  inté-"
  **^1,  elles  devraient  toujours  s’opposer  à  tous  impôts  sur  les  choses
”  'Nécessaires  à  la  vie  ,  tout  comme  aux  impôts  directs  sur  les  salaires
        <pb n="260" />
        208  PRINCIPES  DK  l'ÉCONOMIE  POLITIQUE.
»  du  travail.  &amp;gt;•  Cette  eonelusioii  découle  du  raisonnement  suivant  :
«  Le  paiement  définitif  des  uns  aussi  bien  que  des  autres  retombe
»  en  entier  sur  elles,  et  toujours  avec  une  surcharge  considérable.  11
»  retombe  avec  plus  de  poids  surtout  sur  le  propriétaire,  qui  paie  dou
»  blement,  ou  à  deux  différents  titres,  comme  propriétaire  par  la  ré-»
  duction  de  son  revenu,  et  comme  riche  consommateur  par  l’aug-»
  mentation  de  sa  dépense.  L’observation  faite  par  sir  Matthew
»  Decker,  qu’il  y  a  des  impôts  qui  sont  quelquefois  répétés  et  accu-«
  mulés  cinq  ou  six  fois  dans  le  prix  de  certaines  marchandises,  est
»  parfaitement  juste  à  l’égard  des  impôts  sur  les  choses  nécessaires  à
»  la  vie.  Par  exemple,  dans  le  prix  du  cuir,  il  faut  que  vous  payiez
»  non-seulement  l’impôt  sur  le  cuir  des  souliers  que  vous  portez,
»  mais  encore  une  partie  de  cet  impôt  sur  les  souliers  que  portent  le
»  cordonnier  et  le  tanneur.  11  faut  que  vous  payiez  de  plus,  pour
»  l’impôt  sur  le  sel,  sur  le  savon  et  sur  les  chandelles  que  consomment
»  ces  ouvriers  pendant  le  temps  qu’ils  emploient  à  travailler  pour
»  vous,  et  puis  encore  pour  l’impôt  sur  le  cuir  qu’usent  le  faiseur
»  de  sel,  le  faiseur  de  savon  et  le  faiseur  de  chandelles,  pendant  qu’ils
"  travaillent  pour  ces  mêmes  ouvriers.»
Cependant,  comme  le  docteur  Smith  ne  prétend  pas  que  le  tanneur,
le  faiseur  de  sel  ou  le  fabricant  de  chandelles,  tirent  l'un  ou  l’autre
aucun  avantage  de  l’impôt  sur  le  cuir,  le  sel,  le  savon  ou  les  chandelles, ­
  et  comme  il  est  certain  que  le  gouvernement  ne  reçoit
jamais  que  le  montant  de  l’impôt  assis,  il  est  impossible  de  concevoir
comment  il  eu  pourra  être  |)ayé  davantage  par  le  peuple,  quelle  que
soit  la  classe  sur  laquelle  l’impôt  puisse  porter.  Les  riches  consommateurs ­
  pourront  payer  et  paieront  eu  effet  pour  le  consommateur
pauvre,  mais  ils  ne  paieront  rien  au  delà  du  montant  de  l’impôt,  et  il
n’est  pas  dans  la  nature  des  choses  que  «  Vimpôt  soit  répété  et  accumulé
quatre  ou  cinq  fois.  »
Lu  système  d’impôt  peut  être  vicieux,  parce  qu’il  enlève  au  peuple
une  somme  plus  forte  que  celle  qu’il  fait  entrer  dans  les  colin«  de
l’Ktat,  —  une  partie  de  cet  impôt  pouvant,  en  raison  de  son  effet  sur
les  prix,  être  reçue  par  les  personnes  qui  profitent  du  mode  particulier ­
  de  la  perception.  De  tels  impôts  sont  funestes,  et  l’on  ne  devrait
pas  les  encourager;  car  on  peut  poser  en  principe  que  toutes  les  fois
que  l’action  d’un  impôt  est  équitable  ,  l’impôt  est  conforme  à  la
première  des  maximes  du  docteur  Smith,  et  ôte  au  peuple  le  moins
possible  au  delà  de  ce  qu’il  rapporte  au  trésor  public.  M.  Say  dit  :
«  D’autres  enfin  apportent  des  plans  de  finance,  et  proposent  des
        <pb n="261" />
        CHAI*.  XVI.  —  DES  IMI’UIS  SUK  EES  SALAIRES.  20«)
moyens  de  remplir  les  colfres  du  prince  sans  eliar^er  les  sujets;
"  moins  qu’un  plan  de  finance  ne  soit  un  objet  d’entreprise
"  ^Hdustrielle,  il  ne  ])eut  donner  au  gouvernement  que  ce  qu’il  ôte
”  au  particulier,  ou  ce  qu  il  ôte  au  gouvernement  sous  une  autre
”  forme.  On  ne  fait  jamais,  d’un  coup  de  baguette,  quelque  chose
&amp;gt;'  de  rien.  J)e  quelque  déguisement  qu’on  enveloppe  une  opération,
»quelque  détour  qu’on  fasse  prendre  aux  valeurs,  quelque  méta-&amp;gt;
  morphose  ([u’on  leur  fasse  subir,  on  n’a  une  valeur  qu’en  la  créant
»  ou  en  la  prenant.  Le  meilleur  de  tous  les  plans  de  finance  est  de
»  dépenser  peu,  et  le  meilleur  de  tous  les  impôts  est  le  plus  petit.  «
J'railé  d’Écon.  polit..  Édit.  Guillaumin,  livr.  III,  chap.  8.
Le  docteur  Smith  soutient,  dans  tout  le  cours  de  son  ouvrage,  et
je  crois,  avec  raison,  que  les  classes  ouvrières  ne  sauraient  contribuer ­
  aux  besoins  de  l’État,  l  u  impôt  sur  les  choses  de  première
nécessité,  ou  sur  les  salaires,  doit  par  conséquent  être  reporté  des
pauvres  sur  les  riches.  Si  donc  le  docteur  Smith  a  voulu  dire
que  certains  impôts  sont  quelquefois  répétés  dans  le  prix  de  cerlaines
  marchandises,  et  accumulés  quatre  ou  cinq  fois,  uniquement ­
  dans  le  but  de  reporter  l’impôt  du  pauvre  au  riche,  cela  ne  les
rend  pas  dignes  de  censure.
Supposons  que  1  impôt  équitable  d’un  riche  consommateur  soit
de  100  livres,  et  qu’il  le  paie  directement,  l’impôt  étant  assis  sur
le  revenu,  sur  le  vin  ou  sur  tout  autre  objet  de  luxe,  ce  contribuable ­
  ne  perdra  rien  si,  par  un  impôt  sur  les  choses  de  nécessité,  il
n  était  tenu  de  payer  que  25  liv.  pour  ce  que  lui  et  sa  famille  consomment ­
  en  objets  de  première  nécessité,  et  qu’on  lui  fit  répéter  cet
impôt  trois  fois  dans  le  renebérissement  des  autres  denrées,  renchérissement ­
  destine  à  indemniser  les  ouvriers  ou  les  entrepreneurs  d’industrie ­
  de  l’impôt  qu’ils  ont  été  obligés  d’avancer.  Dans  ce  cas  même
argument  n’est  pas  concluant  ;  car  s’il  n’y  a  rien  de  payé  au  delà  de
ce  qui  est  exigé  par  le  gouvernement,  qu’importe  au  consommateur
iclie  d  acquitter  directement  l’impôt,  en  donnant  un  prix  plus  élevé
pour  un  objet  de  luxe,  ou  de  l’acquitter  indirectement  en  payant  plus
Her  les  objets  de  nécessité  et  autres  articles  de  sa  consommation?
CO  P^'^  40e  ce  qui  est  reçu  par  le  gouvernement,  le
riebe  ne  contribuera  que  pour  sa  juste  part;  s’il  y  a
Ad'  ^bose  de  payé  au  delà  de  ce  (pie  le  gouvernement  reçoit,
^ni  Smith  aurait  dû  dire  quel  est  celui  qui  reçoit  ce  surplus.
évident^parait  pas  être  resté  d’accord  a\w  le  principe
.  ^i  transcrit  de  son  excellent  ouvrage;  car  dès  la  jiage
(DLar.  i/e/hca&amp;gt;(io.)  l  i
        <pb n="262" />
        .2^0  l‘llU\Cll*KS  DE  L’ÉCONOMIE  EOLlliOCE.
suivante,  en  parlant  de  l’impôt,  il  dit  :  «  Lorsqu’il  est  poussé  trop
loin  il  produit  ce  déplorable  effet  de  priver  le  contribuable  de  sa
»  richesse  sans  en  enrichir  le  gouvernement  ;  c’est  ce  qu’on  pourra
»  comprendre,  si  l’on  considère  (lue  le  revenu  de  chaque  contribua-»
  blc  offre  toujours  la  mesure  et  la  borne  de  sa  consommation,
„  productive  ou  non.  On  ne  peut  donc  lui  prendre  une  part  de  son
«  revenu  sans  le  forcer  à  réduire  proportionnellement  ses  consomma-»
  tions.  ])e  là,  diminution  de  demande  des  objets  qu’il  ne  consomme
&amp;gt;.  plus,  et  nommément  de  ceux  sur  lesquels  est  assis  l’impôt  ;  de  cette
«  diminution  de  demande  résulte  une  diminution  de  production,  et
»  par  conséquent  moins  de  matière  imposable.  H  y  a  donc  perte
»  pour  le  contribuable  d’une  partie  de  ses  jouissances,  et  perte  pour
»  le  fisc  d’une  partie  de  ses  reeettes.  »
M.  Say  en  donne  pour  exemple  l’impôt  établi  sur  le  seien  trance
avant  la  révolution,  et  qui  diminua  la  production  du  sel  de  moitié.
Cependant  si  l’on  consommait  moins  de  sel,  il  y  avait  aussi  moins
de  capital  employé  à  sa  production  '  ;  et  par  conséquent,  quoique  le

1  Lorsque,  par  défaut  de  eonsouiiuation,  on  ne  fait  plus  usage  d’un  marais
liant  les  frais  qui  ont  été  faits  pour  l’établir  sont  un  capital  perdu,  un  capital
ji  ne  peut  se  vouer  à  aucune  autre  production.  Dans  les  cas  même,  ce  qui  est
rt  rare  où  l’on  peut  retirer,  sans  en  perdre  la  majeure  partie,  ses  capitaux
une  industrie  dont  les  frais  excèdent  les  produits,  on  ne  replace  pas  nécessai-,ment
  dans  l’industrie  les  portions  qu’on  en  sauve.  Souvent  on  es  prite  au
luvernemeutton  en  achète  des  charges  ;  on  les  place  dans  1  eh  anger.  1.
alants  auxquels  on  a  été  forcé  de  renoncer  ?  Kt  en  supposant  qu  ,1s  a  e,,t  pu  se
riels;  quant  aux  chels  de  celle  industrie,  en  supposant  meme  qu  ils  n  aient  p,
énoncé  entièrement  à  une  production  devenue  trop  ingrate,  ils  auront  du  moins
éduit  leur  exploitation  •,  leurs  bénéfices  n  auront  plus  été  les  m  mes.  -e  lu
lont  donc  pas  seulement  dos  capitaux  et  une  industrie  qui  changent  e  p  ate,
nais  des  capitaux  et  une  industrie  diminués  et  produisant  moins,  .  ai  ont
ni  dire  que  lorsque  l’impôt  est  poussé  trop  loin,  il  y  a  des  pertes  de  jouissan
■es  et  de  revenus  dont  le  gouvernement  ne  tait  pas  son  prolit.
L’impôt  prive  aussi  quelquefois  complètement  les  consommateurs  de  certains
produits  que  rien  ne  remplace.  Sans  les  impôts  on  pourrait  se  procurer  en  An-Tleterre
  les  vins  communs  du  midi  de  la  France  pour  tpielques  sous  par  luni*
Lop  1  e  peuple  d’Angleterre  est  totalement  privé  de  cette  boisson  salubre-I
  omiiue  par  suite  d’une  prohibí,im,  ridicule,  le  sucre  volait  eu  France  5  aj
ranci  la  livre,  toutes  les  femmes  en  couches,  tous  les  malades  de  la  classe  indi-
        <pb n="263" />
        CHAP.  XVI.  —  DLS  IMPOTS  SUR  LES  SALAIRES.  àH
producteur  tirât  moins  de  profit  de  la  production  du  sel,  il  en
devait  obtenir  davantage  de  la  production  de  quelque  autre  denrée. ­
  Si  un  impôt,  quelque  lourd  qu’il  soit,  est  assis  sur  le  revenu  ,
t^t  non  sur  le  capital,  il  ne  diminue  pas  la  demande,  il  ne  fait  qu’en
changer  la  nature.  Il  met  le  gouvernement  dans  le  cas  de  consommer
autant.du  produit  de  la  terre  et  du  travail  national,  que  les  contribuables ­
  en  consommaient  auparavant.  Si  mon  revenu  est  de  lüOOl.
par  an,  et  que  je  sois  tenu  de  payer  100  1.  d’impôts  par  an,  je  ne
pourrai  faire  que  la  demande  des  neuf  dixièmes  de  la  quantité  de
marchandises  que  je  consommais  auparavant;  mais  je  fournis  au
gouvernement  les  moyens  de  faire  la  demande  de  l’autre  dixième.
Si  c’est  le  blé  qui  est  l’artiele  imposé,  il  n’est  pas  nécessaire  que  ma
demande  en  soit  diminuée,  car  je  puis  préférer  de  payer  100  1.  de
plus  par  an  pour  mon  blé,  en  réduisant  ma  dépense  en  vin,  en  meures, ­
  ou  en  autres  objets  de  luxe  d’une  somme  pareille*.  Moins  de

gente,  furent  privés  en  totalité  de  cette  matière  si  précieuse  dans  leur  situation.
La  consommation  du  sucre  diminua  de  moitié,  et  par  conséquent  les  jouissances
provenant  de  la  consommation  du  sucre.
Sans  doute  c’est  un  principe  vrai  en  soi,  qu’en  général  l’industrie  et  la  production ­
  sont  en  raison  des  capitaux  productifs  ;  et  cependant  toutes  les  observations ­
  nous  persuadent  que  les  impôts  altèrent  la  production,  même  avant  que
la  somme  des  capitaux  soit  entamée.  Il  n’est  pas  prudent,  en  économie  politique,
de  s’etayer  même  du  principe  le  mieux  établi,  pour  en  déduire  constamment  les
consequences  les  plus  incontestables.  Les  résultats  sont  modifiés  par  une  foule
de  circonstance  dont  l’inlluence  n’et  pas  moins  incontestable,  et  qu’il  et  on  ne
.  peut  pas  plus  difficile  d’apprécier.  Heureusement  que  ce  questions  ardues  ne
sont  pas  celles  dont  l’application  présente  le  plus  d’utilité.  Ce  qu’il  y  a  de  vraiment ­
  important  dans  l’Economie  politique,  c’est  de  savoir  en  quoi  consistent  le
richesses,  par  quels  moyens  elles  se  multiplient  et  se  détruisent  ;  et  sur  ces  points
essentiels,  Smith,  Buchanan,  Malthus,  Ricardo  sont  heureusement  d’accord.
J.'B  Say.
M.  Say  dit  que  «  l’impôt  ajouté  au  prix  de  la  denrée  en  élève  le  prix.  &amp;gt;.  Et  il
1  aussitôt  après  :  «Tout  renchérissement  d’un  produit  diminue  nécessairement
I  ®  ^  ceux  qui  sont  à  portée  de  se  le  procurer,  ou  du  moins  la  consom-DosnT*r
  conséquence  nécessaire.  Si  l’on  imjj,
  ^  P^ui,  le  drap,  le  vin  ou  le  savon,  je  ne  crois  pas  que  la  consommation
^  une  de  ces  denrées  devînt  moindre.  de  l’AuteurJ.
uîoiiis  isettes,  et  lorsque  le  blé  renchérit,  il  s’en  consomme  beaucoup
pourvoi  attesté  par  tous  les  administrateurs  qui  ont  été  chargés  de
polit  subsistances.  «  Dans  les  années  d’abondance,  dit  Steuart  (  Aro/i.
"  partie  d  '  chap,  wii),  tout  le  monde  est  mieux  nourri;  on  emploie  une
CS  produits  à  engraisser  des  animaux  de  basse-cour  ;  les  denrées  étant
        <pb n="264" />
        212  principes  de  L’économie  poi.itioue.
capital  sera  par  consécpient  employé  dans  le  eoramerce  des  vins,  ou
dans  celui  des  meubles,  mais  il  y  en  aura  davantage  d’employé  à  la
fabrication  des  objets  que  le  gouvernement  se  procure  moyennant
le  produit  des  impôts  qu’il  lève.
M.  Say  dit  que  M.  Turgot,  en  réduisant  leu  droits  d’entrée  et  de
halle  sur  la  marée  de  moitié  à  Paris,  n’en  diminua  point  le  produit
total,  et  qu’il  faut  par  conséquent  que  la  consommation  du  poisson
ait  doublé.  11  en  conclut  qu’il  faut  que  les  profits  du  pécheur  et  de
ceux  qui  font  le  commerce  du  poisson  aient  doublé  aussi,  et  que  le
revenu  du  pays  doit  s’être  accru  de  tout  le  montant  de  l’augmentation ­
  des  profits,  dont  une  partie,  en  s’accumulant,  doit  avoir  augmenté ­
  les  ressources  nationales  '.
Sans  examiner  les  motifs  qui  ont  dicté  une  telle  modification
de  l’impôt,  qu’il  me  soit  permis  de  douter  qu  elle  ait  beaucoup
encouragé  l’accumulation.  Si  les  profits  du  pécheur  et  des  autres
personnes  engagées  dans  ce  commerce  avaient  doublé  par  suite  de
la  consommation  augmentée  du  poisson  ,  certaines  portions  de  capitaux ­
  et  de  travail  auraient  été  détournées  de  quelque  autre  occupation ­
  pour  être  employées  dans  cette  branche  ¡lartieulière  de  commerce. ­
  Mais  le  capital  et  le  travail  employés  à  ces  autres  occupations
procuraient  un  profit  auquel  on  a  dû  renoncer  en  les  retirant  de  cet

»  moins  chères,  il  y  a  un  peu  plus  de  gaspillage.  Quand  la  disette  survient,
&amp;gt;.  la  classe  indigente  est  mal  nourrie  ;  elle  fait  de  petites  parts  à  ses  enfants  ;
»  loin  de  mettre  en  réserve,  elle  consomme  ce  qu’elle  avait  amassé;  enfin  il  n’est
»  (lue  trop  avéré  qu’une  portion  de  cette  classe  souffre  et  meurt.  »
C’est  un  des  faits  les  plus  constants  que  la  demande  diminue  à  mesure  que
les  prix  augmentent,  et  la  raison  en  est  palpable.  Les  facultés  des  consommateurs ­
  s’élèvent  par  degrés  insensibles,  depuis  les  plus  pauvres  jusqu’aux  plus
riches;  or,  du  moment  qu’un  prix  s’élève,  il  excède  les  facultés  de  quel(|ues
consommateurs  qui  pouvaient  y  atteindre  l’instant  d’avant.  Cette  conséquence
est  forcée  ;  autrement  les  consommateurs  dépenseraient  plus  qu’ils  n’ont  à
dépenser.  Quand  cela  arrive  à  quelqu'un  ,  c’est  qu’il  dépense  le  bien  d’un
autre,  qu’il  substitue  sa  consommation  à  celle  qu’un  autre  aurait  faite.  —
J,-B.  Say.
*  La  remarque  suivante  du  même  auteur  me  semble  également  fausse  :
«  Lorsqu’on  met  un  droit  excessif  sur  les  cotons,  on  nuit  à  la  production
»  de  tous  les  tissus  dont  cette  matière  est  la  base.  Si  la  valeur  totale  ajoutée
»  aux  cotons  par  tes  diverses  manufactures  s’élève  en  un  certain  pays  à  lOO
X)  millions  par  an,  et  que  les  droits  réduisent  de  moitié  cette  activité,  alors
»  l’impôt  ravit  chaque  année  à  ce  pays  .'»O  millions  ;  indépendamment  de
»qu’il  fait  entrer  dans  le  trésor.»  Livre  Ill,  chapitre  xviii.
fMote  de  l’Anteurj.
        <pb n="265" />
        CHAP.  XVI.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  SALAIRES.  213
emploi.  La  facilité  d’accumuler  ne  s’est  augmentée  dans  le  pays  que
de  la  dilFérencc  entre  les  proiits  obtenus  dans  le  dernier  de  ces  emplois ­
  et  ceux  qu’on  obtenait  dans  le  précédent  L
Que  les  impôts  soient  assis  sur  le  revenu  ou  sur  le  capital,  ils
diminuent  la  matière  imposable  d’nn  Etat.  Si  je  cesse  de  dépenser
100  1.  en  \in,  parce  qu  en  payant  un  impôt  de  cette  valeur,  j’ai  mis
le  gouvernement  à  portée  de  dépenser  ces  100  1.  au  lieu  de  les  dépenser ­
  moi-méme,  il  y  a  nécessairement  une  valeur  de  100  1.  de
marchandise  retirée  de  la  liste  des  choses  imposables.  Si  le  revenu
des  habitants  d'un  pays  est  de  10  millions,  ils  posséderont  au  moins
pour  10  millions  de  valeurs  imposables.  Si,  en  frappant  d’un  impôt
une  partie  de  ces  valeurs,  on  en  met  un  million  à  la  disposition  du
gouvernement,  le  revenu  des  habitants  restera  toujours  nominalement ­
  de  10  millions,  mais  il  ne  leur  restera  que  9  millions  de  valeurs
imposables.  11  n’y  a  pas  de  cas  où  l’impôt  ne  diminue  les  jouissances
&amp;lt;le  tous  ceux  sur  (jui  il  tombe  en  définitive,  et  il  n’y  a  d’autre  moyen
d’augmenter  de  nouveau  res  jouissances,  que  l’accumulation  d’un
nouveau  revenu.
L  impôt  ne  peut  jamais  être  si  équitablement  réparti  qu’il  inline
dans  la  même  proportion  sur  la  valeur  de  toutes  les  choses,  en  les
maintenant  toutes  dans  la  même  valeur  relative.  Il  agit  souvent,
par  ses  elfets  indirects,  d’une  manière  qui  s’écarte  beaucoup  des
vues  du  législateur.  .Nous  avons  déjà  vu  que  l’effet  d’un  impôt
direct  sur  le  blé  et  les  produits  agricoles  est,  dans  le  cas  où  le
numéraire  serait  un  produit  du  pays,  de  faire  monter  le  prix  de
toutes  les  marchandises  à  proportion  que  les  produits  agricoles
en  font  partie,  et  par  là  de  détruire  le  rapport  naturel  qui  existait ­
  auparavant  entre  elles.  Un  autre  de  ses  effets  indirects,  c’est

iRoureusement  parlant,  M.  Ricardo,  a,  dans  ce  cas-ci,  raison  contre  moi.
.ertes,  si  tous  les  capitaux  étaient  aussi  bien  employés  qu’ils  peuvent  l’être  on
ne  pourrait  donner  de  l’accroissement  à  une  industrie  sans  retirer  à  une  autre
nne  partie  de  ses  instruments  ;  mais  dans  la  pratique  rien  ne  se  fait  avec
e  rigueur.  Une  industrie  qui  s’élève,  et  surtout  lorsqu’elle  se  compose  de
foui  comme  le  commerce  de  la  marée,  s'élève  au  moyen  d'une
cinn^  petites  sommes  mises  en  réserve,  et  qui  n'avaient  souvent  aucun  utile
^ovor  1  1  craint  pas  de  les  hasarder  lorqu’ime  occasion
P'taux  1  présente  Plusieurs  industries  comme  celle-ci  exigent  peu  de  caqu’elle
  ^  pouvant  se  conserver  plus  de  trois  ou  quatre  jours,  il  faut
avanc  revendue  presque  aussitôt  qu'achetée  ;  elle  n'admet  pas  de  longues
        <pb n="266" />
        214  PIUNCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE,
qu’il  fait  monter  les  salaires  et  qu’il  fait  baisser  le  taux  des  profits  ;
et  nous  avons  aussi  vu  dans  une  autre  partie  de  cet  ouvrage  que  l’effet ­
  de  la  hausse  des  salaires,  et  de  la  diminution  des  profits,  est  d’abaisser ­
  les  prix  en  monnaie  des  objets  dont  la  production  lient  principalement ­
  à  l’emploi  d’un  capital  fixe.
On  est  si  convaincu  qu’un  produit,  dès  qu’il  est  frappé  d’imjidt,
ne  peut  plus  être  ex])orté  aussi  avantageusement,  qu’on  accorde,  sous
forme  de  draw-back,  la  remise  des  droits  aux  marchandises  exportées,
et  qu’on  établit  les  droits  sur  l’importation  des  produits  similaires.
Si  cette  remise  des  di'oits  et  ces  droits  d’entrée  sont  assis  avec  équité,
non-seulement  sur  ces  marchandises  elles-mêmes,  mais  encore  sur
toutes  les  autres  sur  lesquelles  ils  peuvent  exercer  une  influence  indirecte, ­
  alors  il  n’y  aura  certes  aueun  dérangement  dans  la  valeur  des
métaux  précieux.  Dès  que  nous  pouvons  exporter  un  article  frappé
de  l’impôt  aussi  bien  qu’auparavant,  sans  donner  aucune  facilité
particulière  à  l’importation,  les  métaux  précieux  n’entreront  pas
plus  que  ¡)ar  le  passé  dans  la  liste  des  matières  d’exportation.
Il  n’est  peut-être  point  de  matières  plus  propres  à  être  imposées
que  celles  que  la  nature  ou  l’art  produisent  avec  une  facilité  remarquable. ­
  Pour  ce  qui  concerne  les  pays  étrangers,  l’on  peut  ranger
ces  objets  parmi  ceux  dont  le  prix  n’est  pas  réglé  par  la  quantité  de
travail  qu’ils  ont  coûté,  mais  plutôt  par  le  caprice,  le  goût  et  les  facultés ­
  de  l’acheteur.  Si  l’Angleterre  possédait  des  mines  d’étain  plus
riches  (luc  celles  des  autres  pays;  si,  par  lasu])ériorité  des  machines
ou  l’avantage  du  combustible,  elle  avait  des  facilités  particulières
pour  fabriquer  des  tissus  de  coton,  les  prix  de  l’étain  et  du  coton
n’en  seraient  pas  moins  réglés,  en  Angleterre,  par  la  quantité  comparative ­
  de  travail  et  de  capital  nécessaires  ])our  la  production  de
ces  matières,  et  la  concurrence  ])armi  nos  négociants  ferait  que  le
consommateur  étranger  les  paierait  à  peine  plus  cher  que  nous.
Notre  supériorité  dans  la  production  de  ces  objets  pourrait  être
telle  que,  dans  les  marchés  etrangers,  ils  se  vendissent  beaucoup  plus
cher  ^  sans  que  cela  influât  beaucoup  sur  leur  consommation.  Mais
ils  ne  pourraient  jamais  parvenir  à  ce  prix  par  aucun  autre  moyen
que  par  un  droit  de  sortie,  tant  que  la  concurrence  serait  libre  chez
nous.  Cet  impôt  retomberait  principalement  sur  les  consommateurs
étrangers,  et  une  partie  des  dépenses  du  gouvernement  anglais  serait ­
  défravée  par  un  impôt  sur  l’agriculture  et  sur  l’industrie  des
autres  pays,  l.’inqmt  sur  le  thé,  que  paie  actuellement  le  peuple  anglais, ­
  et  qui  fournit  à  une  partie  de  la  dépense  du  gouvernement  de
        <pb n="267" />
        CHAP.  XVI.  —  DES  IMPOTS  SUK  LES  SALAIRES.  21î&amp;gt;
l’Angleterre,  pourrait,  s’il  était  levé  en  Chine  à  la  sortie  de  cette
plante,  servir  à  défrayer  les  dépenses  du  gouvernement  chinois.
Les  impôts  sur  des  objets  de  luxe  ont  quelque  avantage  sur  ceux
qui  frappent  des  objets  de  nécessité.  Ils  sont  en  général  payés  aux
dépens  des  revenus,  et  ne  diminuent  point  par  conséquent  le  capital
productif  du  pays.  Si  le  vin  renchérissait  beaucoup  par  suite  d’un
impôt,  il  est  vraisemblable  qu’on  renoncerait  plutôt  au  plaisir  d’en
boire,  qu’on  ne  serait  disposé  à  faire  une  brèche  un  peu  importante
à  son  ca])ital  pour  avoir  le  moyen  d’acheter  du  vin.  Des  impôts  de
ce  genre  sont  tellement  identifiés  avec  le  prix,  que  le  contribuable
s’aperçoit  à  peine  qu’il  paie  un  impôt.  Mais  ils  ont  aussi  leurs  inconvénients. ­
  D’abord,  ils  n’atteignent  jamais  le  capital;  et  il  y  a  des  circonstances ­
  extraordinaires  où  il  peut  être  nécessaire  que  le  capital
môme  contribue  aux  besoins  de  l’État;  en  second  lieu,  il  n’y  a  point
de  certitude  quant  au  produit  de  ces  impôts  ;  car  ils  peuvent  même  ne
pas  atteindre  le  revenu.  Une  personne  décidée  à  économiser,  se  soustraira ­
  à  un  impôt  sur  le  vin,  en  renonçant  à  en  boire.  Le  revenu  du
pays  peut  ne  pas  souffrir  de  diminution,  et  cependant  l’impôt  peut  ne
pas  fournir  un  seul  shilling  à  l’État.
I  out  objet  que  l’habitude  aura  rendu  une  source  de  jouissances,
ne  sera  abandonné  qu’à  regret,  et  l’on  continuera  à  en  faire  usage,
quoiqu  il  soit  frappé  d’un  fort  impôt;  mais  cela  a  des  bornes,  et  l’expérience ­
  journalière  démontre  que  l’augmentation  de  la  valeur  nominale ­
  des  impôts,  en  diminue  souvent  le  produit.  Tel  homme  continuerait ­
  a  boire  la  même  quantité  de  vin,  quoique  le  prix  de  chaque
bouteille  eût  monte  de  trois  shillings,  qui  renoncerait  à  en  boire
plutôt  que  de  le  payer  quatre  shillings  plus  cher.  Tel  autre  consentira
à  le  payer  4  s.,  qui  ne  voudra  pas  en  donner  5  s.  On  peut  en  dire
autant  de  tout  autre  impôt  sur  les  objets  de  luxe.  Tel  individu  pourrait ­
  consentir  à  payer  5  1.  pour  avoir  la  jouissance  que  procure  un
cheval,  qui  ne  voudrait  pas  payer  10  1.  ou  20  1.  pour  cela.  Ce  n’est
pas  parce  qu’on  ne  peut  pas  payer  davantage  qu’on  renonce  à  l’usage
du  vin  et  des  chevaux,  ce  n’est  que  parce  qu’oii  ne  le  veut  pas.  Chacun ­
  a  une  certaine  mesure  d’après  laquelle  il  apprécie  la  valeur  de
jouissances;  mais  cette  mesure  est  aussi  variable  que  l’est  le  caractère ­
  des  hommes.  Un  pays  dont  les  finances  sont  dans  une  situaron ­
  tout  artificielle  ,  par  le  système  funeste  d’accumuler  une  grande
nationale,  et,  par  suite,  de  se  créer  des  budgets  énormes,  est
P  Us  particulièrement  exposé  à  l’inconvénient  inséparable  de  ce
d  impôt.  Après  avoir  frappé  de  contributions  tout  le  cercle  de
        <pb n="268" />
        2Iß  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
nos  jouissances,  après  avoir  frappé  d’impôts  les  chevaux,  les  earrosses,
  le  vin,  les  domestiques,  et  toutes  les  autres  jouissances  du  riche,
un  ministre  est  porté  à  conclure  que  le  pays  est  imposé  au  maxinnim
  ;  car,  en  augmentant  le  taux,  il  ne  peut  plus  augmenter  le  produit ­
  d’aucun  de  ces  impôts.  11  pourra  cependant  se  tromper  parfois
dans  cette  conclusion  ;  car  il  se  peut  bien  qu’un  tel  pays  puisse  encore
supporter  un  grand  surcroît  de  charges,  sans  que  son  capital  soit
entamé.
        <pb n="269" />
        CH.  XVII.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  PRODUITS  NON  AGRICOLES.  217

CHAPITRE  XVII.
DES  IMPOTS  SLR  LES  PRODUITS  NON  AGRICOLES.

Par  le  même  principe  qu’un  impôt  sur  le  hlé  en  élève  le  prix,  un
impôt  sur  toute  autre  denrée  la  fera  également  renchérir.  Si  le
prix  de  cette  denrée  ne  haussait  pas  d’une  somme  égale  à  celle  de
i’impôt,  elle  ne  rajiporterait  pas  au  producteur  le  même  profit  qu’il
retirait  auparavant,  et  il  déplacerait  son  capital  pour  lui  donner  un
autre  emploi.

.(‘S  impôts  sur  toute  espèce  de  choses,  qu’elles  soient  de  nécessité
ou  de  luxe,  tant  que  la  valeur  de  la  monnaie  reste  la  même,  en  fe-Ion
  toujours  hausser  la  valeur  d’une  somme  au  moins  égale  à  celle
‘  sur  les  objets  manufacturés,  nécessaires  pour

et  sans  vôet  •  remarquer  que  )I.  Ricardo  admet  trop  généralement
ne  doiiup  les  capitaux  et  l’industrie  se  retirent  d’une  production  qui
tous  les  %  profits  égaux  aux  profits  des  autres  commerces.  Dans  presque
pourrait  l  il  se  troine  des  capitaux  tellement  engagés  qu’on  ne
os  retirer  de  leur  emploi  sans  altérer  considérahlement  leur  valeur.  T  .es
        <pb n="270" />
        2t  s  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
l’iisafîe  de  l’ouvrier,  aurait  le  même  effet  qu’un  impôt  sur  le  blé,  qui
lie  diffère  des  autres  choses  nécessaires,  que  parce  qu’il  est,  entre  toutes, ­
  la  première  et  la  ])lus  importante  ;  et  cet  impôt  produirait  précisément ­
  les  mêmes  effets  sur  les  profits  des  capitaux  et  sur  le  commerce
étranger.  Mais  un  impôt  sur  les  objets  de  luxe  n’aurait  d’autre  effet
que  de  les  faire  renchérir.  11  retomberait  en  entier  sur  le  eonsommateur,
  et  il  ne  saurait  ni  faire  hausser  les  salaires,  ni  faire  baisser  les
profits.
Les  im¡)óts  qu’on  lève  sur  un  pays  pour  les  frais  de  la  guerre  ou
pour  les  dépenses  ordinaires  du  gouvernement,  et  dont  le  produit  est
principalement  destiné  à  rentretien  d’ouvriers  improductifs,  sont
pris  sur  l’industrie  productive  du  pays  ;  et  tout  ce  qu  on  peut  épargner ­
  sur  de  telles  dépenses,  est  en  général  autant  d  ajouté  au  revenu
ou  même  au  capital  des  contribuables.  Quand  on  lève,  par  la  voie
d’un  emprunt,  ‘20  millions  pour  les  dépenses  d’une  année  de  guerre,
ce  sont  20  millions  que  l’on  enlève  au  capital  productif  de  la  nation.
Le  million  annuel  qu’on  lève  par  des  impôts  pour  payer  les  intérêts
de  cet  emprunt,  ne  fait  que  passer  des  mains  de  ceux  qui  le  paient
dans  celles  de  ceux  (pii  le  reçoivent,  des  mains  du  contribuable  dans
celles  du  créancier  de  l’Ltat.  La  dépense  réelle,  ce  sont  les  20  millions, ­
  et  non  l’intérêt  qu’il  faut  en  payer  '.

talents  et  les  travaux  industriels  eux-mêmes  ne  changent  pas  d’objet  sans  de  graves ­
  inconvénients.  On  aime  mieux  continuer  à  travailler  dans  un  genre  qui  rapporte ­
  moins,  parce  qu’il  y  aurait  plus  de  perte  encore  à  changer  ;  et  cet  eftet  se
perpétue  quelquefois  un  demi-siècle  durant,  c’est  à-dire  tout  le  temps  que  dure
bien  souvent  la  forme  d’administration  et  le  système  des  contributions.
Il  est  impossible  de  négliger  des  circonstances  qui  influent  si  puissamment  sur
les  résultats  ;  on  risque  beaucoup  de  se  tromper  quand  on  n’a  les  yeux  fixés  que
sur  quelques  grands  principes,  et  qu’on  ne  veut  compter  pour  rien  les  modifications ­
  qu’ils  rei^oivent  des  considérations  accessoires.  Les  circonstances  agissent
en  vertu  de  principes  tout  aussi  incontestables,  et  (jui,  de  même  que  les  principes
les  plus  généraux,  dépendent  de  la  nature  des  choses.  —  J.-R.  Sav.
'  ÎMelon  dit  que  les  dettes  d’un  État  sont  des  dettes  de  la  main  droite  à  la  main
gauche  dont  le  corps  ne  se  trouve  pas  affaibli.  A  la  vérité,  la  richesse  générale
n’est  point  diminuée  par  le  paiement  des  intérêts  ou  arrérages  de  la  dette  ;  les
intérêts  sont  une  valeur  qui  passe  de  la  main  du  contribuable  dans  celle  du  rentier ­
  de  l’État  :  que  ce  soit  le  rentier  ou  le  contribuable  qui  l’accumule  ou  la
consomme,  peu  importe  à  la  société,  j’en  conviens;  mais  le  principal  de  cette
rente  où  est-il?  il  n’est  plus.  La  consommation  qui  a  suivi  l’emprunt  a  emporté
un  capital  qui  ne  rapportera  plus  de  revenu.  La  société  est  privée,  non  du  montant ­
  des  rentes,  puisqu’il  passe  d’une  main  dans  l’autre,  mais  du  revenu  d’un
        <pb n="271" />
        CH.  XVII.  -  DES  IMPOTS  SUR  LES  PRODUITS  NON  AGRICOLES.  2U&amp;gt;
Que  les  intértHs  de  l’emprunt  soient  ou  ne  soient  pas  pavés,  la  nation ­
  ne  s  en  trouvera  ni  plus  ni  moins  riche.  Le  gouvernement
aurait  pu  lever  d’un  coup  les  20  millions  parle  moyen  d’impôts,  et,
dans  ce  cas,  il  aurait  été  inutile  de  lever  pour  un  million  d’impôts
annuels.  Cela  n  aurait  cependant  pas  changé  la  nature  de  l’opération.
On  aurait  pu  forcer  un  individu  de  donner  2000  1.  pour  une  seule
h)is,  au  lieu  de  payer  100  1.  tous  les  ans;  et  il  pourrait  aûssi  conAenir
  davantage  à  cet  individu  d’emprunter  ces  2000  1.,  et  d’en  payer
100  1.  d’intérêts  par  an  au  prêteur,  plutôt  que  de  prendre  la  plus
lortc  de  ces  deux  sommes  sur  son  propre  fonds.  Dans  l'un  de  ces  cas.
c’est  une  transaction  privée  entre  A  et  B;  dans  l’autre,  c’est  le  gouvernement ­
  qui  garantit  à  B  le  paiement  des  intérêts  qui  doivent  également ­
  être  payés  par  A.  Si  la  négociation  eût  été  entre  particuliers,  il
n’en  aurait  pas  été  fait  d’acte  authentique,  et  il  aurait  été  à  peu  près
indifférent  pour  le  pays  que  A  exécutât  ponctuellement  son  contrat
avec  B,  ou  qu'il  retînt  injustement  les  100  1.  par  an  en  sa  possession.
L’intérêt  de  la  nation,  en  général,  serait  que  le  contrat  s’exécutât
ponctuellement;  mais  quant  à  la  richesse  nationale,  le  seul  objet
d  intérêt  est  de  savoir  lequel  de  A  ou  de  D  rendra  ces  100  1.  plus
productives;  mais  à  l’égard  de  cette  question,  la  nation  n’a  ni  le
droit  ni  les  moyens  de  la  décider.  Il  serait  possible  que  A,  gardant
cette  somme  pour  son  usage,  la  dissipât  d’une  manière  improductive  ;
eUl  serait  possible  aussi  qu’au  contraire  ce  fût  B  qui  la  dissipât,  tandis ­
  que  A  l’emploierait  d’une  manière  productive.  Sous  le  seul  point
de  vue  de  l’utilité  nationale,  il  pourrait  être  plus  ou  moins  à  désirer
&amp;lt;[ue  A  payât  ou  ne  payât  pas  la  somme  ;  mais  les  principes  de  la  justice ­
  et  de  la  bonne  foi,  qui  sont  d’une  tout  autre  importance,  ne  doivent ­
  point  céder  à  des  considérations  d'un  intérêt  bien  moindre  ;  cl
liar  conséquent,  si  on  réclamait  l'intervention  du  gouvernement  les
tribunaux  obligeraient  A  à  exécuter  son  contrat,  l  ne  dette  garantie
par  la  nation  ne  diffère  en  rien  d’une  telle  négociation.  La  justice  et
la  bonne  foi  exigent  que  les  intérêts  de  la  dette  nationale  continuent
&amp;lt;1  être  payés,  et  que  ceux  qui  ont  avancé  leurs  capitaux  pour  l’avancapital

  détruit.  Ce  capital,  s  il  avait  été  employé  productivenient  par  celui  qui
a  prêté  à  l’Etat,  lui  aurait  également  procuré  un  intérêt;  mais  cet  intérêt  aurait ­
  été  fourni  par  une  véritable  production,  et  ne  serait  pas  sorti  de  la  poebe
d  un  concitoyen.  »  —  J.-R.  Say,  liv.  Ill,  chap.  í).
Ce  passage  est  concu  et  rendu  selon  le  véritable  esprit  de  la  science.
{Note  de  l’Auteur.)
        <pb n="272" />
        020  PRINCIPES  DE  L’ECONOMIE  POLITIQUE.
tage  général,  ne  soient  pas  forcés  de  renoncer  à  leurs  justes  prétentions, ­
  sous  le  prétexte  que  cela  convient  à  l’État*.
Mais,  cette  considération  à  part,  il  n’est  pas  du  tout  surque  Tutilité
publique  gagnât  quelque  chose  au  sacrifice  de  la  justice  politique;  il
Ti’est  nullement  certain  que  ceux  qu’on  libérerait  du  paiement  des  intérêts ­
  de  la  dette  nationale  ,  employassent  cet  argent  d’une  manière
plus  productive  que  ceux  à  qui  il  est  incontestablement  du.  En  supprimant ­
  la  dette  nationale,  le  revenu  d’une  personne  pourrait  monter
de  1,000  1.  à  1,500  1.  ;  mais  celui  d’une  autre  baisserait  de  1,500  1.  à
1,0001.  Les  revenus  de  ces  deux  individus,  ensemble,  montent  à  présent ­
  à  2,500  1.  ;  et  ils  ne  vaudraient  pas  davantage  après  la  banqueroute. ­
  Si  l’objet  de  tout  gouvernement  est  de  lever  des  impôts,  il  y
aurait  le  même  capital  et  le  même  revenu  imposable  dans  un  cas  que
dans  l’autre.
Ce  n’est  donc  pas  le  ¡»aiement  des  intérêts  de  la  dette  nationale,
qui  accable  une  nation  ,  et  ce  n’est  pas  en  supprimant  ce  paiement
qu’elle  peut  être  soulagée.  Ce  n’est  que  par  des  économies  sur  le  revenu, ­
  et  en  réduisant  les  dépenses,  que  le  capital  national  peut  s’accroître ­
  ;  et  l’anéantissement  de  la  dette  nationale  ne  contribuerait  en
rien  à  augmenter  le  revenu  ni  à  diminuer  les  dépenses.  C’est  la  profusion ­
  des  dépenses  du  gouvernement  et  des  particuliers,  ce  sont  les
emprunts  qui  appauvrissent  un  pays  ;  par  conséquent,  toute  mesure
&amp;lt;|ui  pourra  tendre  à  encourager  l’économie  du  gouvernement  et  des
particuliers  soulagera  la  détresse  publique,  sans  doute,  mais  c’est  une
erreur  et  une  illusion  de  croire  qu’on  peut  soulager  une  nation  du
poids  d’un  fardeau  qui  l’accable  ,  en  l’ôtant  de  dessus  une  classe  de
la  société  qui  doit  le  supporter,  pour  le  faire  peser  sur  une  autre  (pii,
suivant  tous  les  jirincipes  d’équité,  ne  doit  supporter  (jue  sa  part.

'  A  Dieu  ne  plaise  (|ue  je  veuille  (ju’aucun  (louveniement  maïuiue  de  parole  aux
créanciers  de  l’État  ;  mais  si  jamais  pareil  malheur  arrive  entre  Ualerme  et
Edimbourg,  on  lira  en  tête  de  l’édit  un  beau  préambule  dans  lequel  il  sera  dit  ;
«  Attendu  que  les  créanciers  de  l’État  ont  prêté,  non  pour  l’avantage  général,
mais  pour  retirer  un  bon  intérêt  de  leurs  fonds  ;  attendu  (ju’ils  ont  prêté,  non  a
nous,  mais  à  des  gouvernants  qui  nous  ont  précédés,  qui  non-seulement  n’étaient ­
  pas  nous,  mais  ont  employé  cet  argent  à  nous  combattre,  nous  ou  le  système
que  nous  chérissons  ;  attendu  qu’ils  n’ont  été  guidés  par  aucun  sentiment  de
confiance,  mais  plutôt  par  le  dé*sir  d’avoir  une  propriéité  que  l’impôt  n’atteint  pas,
et  qu’on  peut  vendre  à  la  Rom-se  du  jour  au  lendemain;  attendu  que  la  nation
n’est  point  engagée  par  le  vote  de  législateurs  qui  se  disaient  ses  représentants,
mais  qui  ne  représentaient  en  réalité  que  la  volonté  des  ministres  occupés  du
doux  emploi  de  dissiper  les  fonds  de  tous  ces  emprunts,  etc.,  etc.  &amp;gt;•  —  .l.-R.  Sav.
        <pb n="273" />
        CH.  XVII.  —  DES  IMPOTS  SUR  EES  PRODUITS  NON  AGRICOLES.  ±¿i
On  aurait  tort  de  conclure  de  tout  ce  que  je  viens  de  dire  que
je  regarde  le  système  des  emprunts  comme  le  meilleur  moyen  de
fournir  aux  dépenses  extraordinaires  de  l'Etat.  C’est  un  système  qui
tend  à  nous  rendre  moins  industrieux,  à  nous  aveugler  sur.notre
situation.  Si  les  frais  d’une  guerre  montent  à  40  millions  par  an,  et
que  la  part  d’un  particulier,  pour  subvenir  à  cette  dépense  annuelle,
soit  de  100  1.,  il  tâchera,  si  l’on  exige  de  lui  le  paiement  total  et
immédiat  de  cette  somme,  d’épargner  promptement  100  1.  sur  son
revenu.  Par  le  système  des  emprunts,  on  n’exige  de  lui  que  l’intérêt
de  ces  100  1.,  ou  5  1.  jjar  an;  il  croit  qu’il  lui  sullit  d’épargner  ces
5  1.  sur  sa  dépense,  et  il  se  fait  illusion,  se  croyant  aussi  riche  en
fonds  que  par  le  passé.  La  nation  et  son  gouvernement,  en  raisonnant ­
  et  en  agissant  de  la  sorte,  n’épargnent  que  les  intérêts  de  40
niillions,  ou  de  2  millions  ;  et  ils  perdent  non-seulement  tous  les
intérêts  ou  le  prolit  que  40  millions  de  capital  employés  produetivemeiit
  auraient  rendus,  mais  ils  perdent  encore  38  millions,
diflérence  entre  leur  épargne  et  leur  dépense  ordinaire.
Si,  comme  je  l’ai  observé  plus  haut,  chacun  avait  à  faire  un  emprunt ­
  particulier,  afin  de  contribuer  pour  toute  sa  part  aux  besoins
de  l’Etat,  dès  que  la  guerre  serait  terminée,  l’impôt  cesserait,  et
toutes  les  denrées,  reviendraient  à  l’instant  à  leur  taux  naturel.
A  pourrait  a&amp;gt;oir  à  payer,  sur  son  fonds  ])artieulier,  à  B,  l’intérêt
de  l’argent  que  ce  dernier  lui  aurait  prêté  pendant  la  guerre,  pour
lui  donm  r  les  moyens  de  payer  sa  quote-part  des  dépenses  publiques; ­
  mais  la  nation  ne  s’en  mêlerait  pas.
lu  pays  qui  a  laissé  une  grande  dette  s’accumuler,  se  trouve
])Iacé  dans  une  situation  artificielle  ;  et  quoique  le  montant  de  ses
impôts  et  l’augmentation  du  prix  du  travail  jmissent  n’avoir  et
n’aient  probablement  d’autre  inconvénient,  par  rapport  aux  pays
étrangers,  que  l’inconvénient  inévitable  de  payer  ces  impôts,  il  est
cependant  de  l’intérêt  de  tout  contribuable  de  se  soustraire  à  cette
charge,  en  en  rejetant  le  paiement  sur  les  autres.  Le  désir  de  transporter ­
  sa  personne  et  son  capital  dans  un  autre  pays  où  on  soit  exempt
de  pareilles  charges,  devient  à  la  longue  irrésistible,  et  finit  par
vaincre  la  répugnance  naturelle  que  tout  le  monde  éprouve  à  renoncer ­
  à  son  pays  natal  et  aux  objets  de  ses  premières  affections.  I  n
pays  qui  s’est  plongé  dans  les  embarras  qu’entraîne  ce  système  artificiel, ­
  ferait  bien  de  s’en  débarrasser  par  le  sacrifice  même  d’une
portion  de  son  capital,  suffisante  pour  racheter  sa  dette.  La  conduite
&amp;lt;iui  conviendrait  à  un  particulier  convient  également  à  une  nation.
        <pb n="274" />
        jgj  PRINCIPES  DK  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Lin  particulier  qui  a  10,000  1.  de  fortune,  qui  lui  rapportent  500  1.,
sur  lesquelles  il  est  tenu  de  payer  100  1.  par  an,  ne  possède  réellement ­
  que  8,000  1.,  et  il  serait  aussi  riche  en  continuant  de  payer
100  1.  par  an  ou  en  sacriliant  une  fois  pour  toutes  2,000  I.  Mais  qui
serait,  demandera-t-on,  l’acheteur  des  propriétés  qu’il  serait  obligé
de  Tendre  pour  se  procurer  ces  2,000  1.  ?  La  réponse  est  toute  simple. ­
  Le  créancier  national,  qui  doit  recevoir  ces  2,000  1.,  aura  besoin ­
  de  placer  son  argent;  et  il  sera  dis])osé  à  le  prêter  au  propriétaire ­
  foncier,  ou  au  manufacturier,  ou  à  leur  acheter  une  partie  des
propriétés  qu’ils  ont  à  vendre.  Les  capitalistes  eux-mêmes  contribueraient ­
  beaucoup  à  amener  ce  résultat.
On  a  souvent  ])ro])Osé  un  plan  de  ce  genre  ;  mais  nous  ne  sommes,
je  le  crains,  ni  assez  sages  ni  assez  vertueux  ])Our  l’adopter.  On  doit
cependant  admettre  que,  pendant  la  paix,  nos  ellorts  doivent  être
dirigés  vers  le  ])aiement  de  la  portion  de  dette  qui  a  été  contractée
j)endant  la  guerre,  et  qu’aucun  désir  d’alléger  un  lardean,  qui,  je
l’espère,  n’est  que  temporaire,  ne  doit  nous  détourner  un  instant  de
ce  grand  objet.  Aucun  fonds  d’amortissement  ne  pent  contribuer
d’une  manière  ellicace  à  diminuer  la  dette  de  l’Ltat,  s’il  n’est  tire
de  l’excédant  du  revenu  sur  la  dépense  publique.  Il  est  à  regretter
que  le  fonds  d’amortissement  de  l’Angleterre  ne  le  soit  que  de  nom;
car  il  n’existe  pas,  chez  nous,  d’excédant  de  la  recette  sur  la  dépense. ­
  Ce  ne  sont  que  les  économies  qui  pourraient  le  rendre  ce  qu’il
devrait  être,  un  fonds  réellement  capable  d’éteindre  la  dette  nationale. ­
  Si,  au  moment  où  une  nouvelle  guerre  éclatera,  nous  n’avons
pas  éteint  une  grande  partie  de  notre  dette,  il  arrivera  de  deux
choses  l’une  ;  ou  tous  les  frais  de  cette  nouvelle  guerre  seront  payés
par  des  impôts  levés  année  par  année,  ou  bien  il  faudra  (pi  a  la
lin  de  la  guerre,  et  peut-être  même  avant,  nous  nous  soumettions  à
une  baïupieroutc  nationale.  Ce  n’est  pas  (ju  il  nous  soit  impossible
de  supporter  encore  un  surcroît  assez  considérable  de  dette,  car  il
est  impossible  d’assigner  des  bornes  aux  ressources  d’une  grande
nation;  mais  certes  il  y  a  des  bornes  aux  sacrilices  d’argent  que
les  particuliers  pement  consentir  à  faire  continuellement,  pour  le
seul  privilège  de  pouvoir  vivre  dans  leur  pays  natal*.

4  Robert  tiamilton  est,  à  ma  connaissance,  le  premier  (jui  ait  averti  les
Anglais  qu’on  n’éteint  aucune  partie  de  sa  dette  quand  on  emprunte  d’un  côté
plus  qu’on  ne  rembourse  de  l’autre  ;  qu’il  vaut  mieux  ne  rien  rembourser  et  em-
        <pb n="275" />
        CH.  XVll.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  PRODUITS  NON  AGRICOLES.  ti'A

Quand  une  denrée  est  à  un  prix  de  monopole,  elle  a  atteint  le  plus
haut  prix  auquel  le  consommateur  puisse  consentir  à  l’acheter.  Les
denrées  n’atteignent  ce  prix  de  monopole  que  lorsqu’il  est  impossible ­
  d’imaginer  aucun  moyen  d’en  augmenter  la  quantité,  et  lorsque,
par  conséquent,  il  n’y  a  de  concurrence  que  d’un  seul  côté,  c’est-àdire,
  parmi  les  acheteurs.  Le  prix  de  monopole  peut,  à  une  époque,
être  beaucoup  plus  haut  ou  plus  bas  qu’à  une  autre,  parce  que  la
concurrence  entre  leS  acheteurs  doit  dépendre  de  leur  fortune  et  de

pruuter  un  peu  moins,  parce  qu’on  épargne  du  moins  alors  les  frais  de  l’opération.
Je  regarde  néanmoins  comme  important  de  voir  l’opinion  d’un  homme  aussi  capable ­
  que  M.  Ricardo,  et  qui  connaît  aussi  bien  la  nature  des  fonds  publics  en
général,  et  des  fonds  anglais  en  particulier,  conlirmer  entièrement  la  doctrine  du
savant  académicien  d’Edimbourg  ;  je  regarde  comme  important  de  voir  IM.  Ricardo ­
  nous  annoncer  que  si,  au  moment  d’une  nouvelle  guerre,  le  Gouvernement
britannique  n’a  pas,  remboursé  une  portion  considérable  de  la  dette  (ce  qui  ne  s’achemine ­
  pas,  puisque  durant  la  paix  il  l’augmente  chaque  année);  ou  bien  s’il  ne
trouve  pas  le  moyen  de  faire  payer  .-haque  année  à  la  nation  la  dépense  extraordinaire ­
  que  cette  guerre  occasionnera  (ce  qui  n’est  point  possible,  puisqu’on  a  de
la  peine  à  trouver  de  nouveaux  impôts  pour  payer  seulement  l’interét  de  ces
frais  extraordinaires)  ;  de  le  voir,  dis-je,  nous  annoncer  que,  sauf  ces  deux  suj)-positions,
  qui  sont  inadmissibles,  la  banqueroute  est  inévitable.
Smith  avait  dit  que  les  caisses  d’amortissement  semblaient  avoir  eu  pour  objet
moins  de  rembourser  la  dette  que  de  l’accroître.  Mais  Hamilton  et  Ricardo  ont
creusé  ce  sujet  jusqu’au  fond  ,  et  y  ont  fait  pénétrer  une  lumière  à  laquelle  désormais ­
  aucune  fallacieuse  doctrine  ne  saurait  résister.  M.  Ricardo,  avec  une  sagacité
admirable,  réduit  ici  la  question  à  ses  termes  essentiels.  Contracter  une  dette,
c’est  se  charger  d’un  fardeau  dont  la  banqueroute  elle-même  ne  saurait  vous
libérer,  puisque  son  effet  ne  serait  pas  d’augmenter  les  revenus  des  particuliers  de
tout  ce  que  l’impôt  lèverait  de  moins  ;  mais  seulement  d’augmenter  les  revenus
&amp;lt;ies  contribuables  (qui  ne  paieraient  plus  cette  portion  de  l’impôt)  aux  dépens  des
rentiers  (qui  ne  la  recevraient  plus).  Et  quel  est  l’effet  de  ce  fardeau  inévitable  ?
de  rendre  plus  dure  la  condition  des  habitants  du  pays,  de  les  exciter  à  secouer
cette  importune  charge  sur  les  épaules  de  leurs  concitoyens  en  s’éloignant,  en  se
soustrayant  par  l’émigration  aux  privations,  aux  gênes,  aux  frais  qui  résultent  de
la  dilapidation  antérieure  d’un  grand  capital.  Il  prouve  que  le  remède  à  ce  mal
ne  peut  venir  que  de  la  restitution  de  ce  capital  ;  mais  pour  restituer  un  capital,
il  faut  l’accumuler  lentement  en  dépensant  chaque  année  moins  qu’on  ne  reçoit.
Or,  tout  homme  de  bon  sens  se  demande  de  qui  l’on  peut  attendre  cette  sage  con-«luite
  :  sera-ce  d’un  gouvernement  intéressé  à  dépenser,  à  multiplier  le  nombre  de
ses  salariés  pour  multiplier  ses  créatures?  sera  ce  de  ces  salariés  eux-mêmes  intéressés ­
  à  conserver  leurs  places  et  leur  faveur  aux  dépens  des  contribuables  ?  ou
bien  sera-(te  d’une  représentation  nationale  forte  et  indépendante,  intéresstie  à
ménager  la  bourse  du  peuple,  qui  est  la  sienne  ?  —  J.-R.  Say.
        <pb n="276" />
        PRINCIPES  DE  L'ÉCONOMIE  POLITIQUE.
leurs  goûts  ou  de  leurs  eapriccs.  Ces  vins  exquis,  (jui  ne  sont  produits ­
  qu’eu  très-petite  quantité,  et  ecs  ouvrages  de  l’art,  qui,  par
leur  exeelleiiec  ou  leur  rareté,  ont  acquis  une  \aleur  idéale  ,  seront
échangés  contre  des  quantités  très-différentes  des  produits  du  travail ­
  ordinaire,  selon  que  la  société  sera  riche  ou  pauvre,  selon  que
ces  produits  seront  abondants  ou  rares,  et  selon  qu’elle  se  trouvera
dans  un  état  de  barbarie  ou  de  civilisation.  La  valeur  échangeable
d’une  chose  qui  est  à  un  prix  de  monopole  n’est  donc  nulle  part  réglée ­
  par  les  frais  de  production.
Les  produits  immédiats  de  la  terre  ne  sont  pas  au  prix  de  monopole; ­
  car  le  prix  courant  de  l’orge  et  du  blé  est  aussi  bien  réglé  par
les  frais  que  leur  production  a  coûtés,  que  celui  du  drap  ou  de  la
toile.  La  seule  différence  consiste  en  ce  qu’une  portion  du  capital  employé ­
  en  agriculture,  c’est-à-dire  la  portion  qui  ne  paie  pas  de  rente  ,
règle  le  j)rix  du  blé  ;  tandis  que,  dans  la  production  des  ouvrages
manufacturés,  chaque  portion  de  capital  est  employée  avec  les  memes ­
  résultats  ;  et  comme  aucune  portion  ne  paie  de  loyer,  chacune
d’elles  sert  également  de  régulateur  du  prix.  D’ailleurs  le  blé,  ainsi
que  tous  les  produits  agricoles,  peut  être  augmenté  en  (quantité  ])ar
l’emploi  d’un  plus  gros  capital  sur  la  terre,  et  par  conséquent  ces  denrées ­
  ne  sauraient  jamais  être  à  un  prix  de  monopole.  Dans  ce  cas,  il
y  a  concurrence  parmi  les  vendeurs  ainsi  que  parmi  les  achl9teui*s.  11
n’en  est  pas  de  même  pour  ce  qui  regarde  la  production  de  ces  vins
exquis  ou  de  ces  ouvrages  précieux  des  arts  dont  nous  venons  de
parler;  leur  quantité  ne  saurait  être  augmentée;  et  rien  ne  met  des
bornes  à  leur  prix  que  la  fortune  et  la  volonté  d(is  acheteurs.  La
rente  de  ces  vignobles  peut  augmenter  au  delà  de  toute  limite  raisonnable; ­
  car  aucun  autre  terroir  ne  j)ouvant  donner  de  tels  vins,
aucun  ne  peut  entrer  en  concurrence.
Le  blé  et  les  produits  agricoles  d’un  pays  peuvent,  à  la  vérité,  se
vendre  pendant  un  certain  temps  à  un  prix  de  monopole;  mais  cela
ne  peut  avoir  de  durée  que  lorsqu’il  n’est  plus  possible  d’employer,
d’une  manière  productive,  de  nouveaux  capitaux  sur  les  terres,  et
que,  par  conséquent,  les  produits  ne  peuvent  être  augmentés.  Alors,
toutes  les  terres  cultivées  et  tous  les  capitaux  employés  sur  les  terres
rapporteront  une  rente  qui  sera  différente  selon  la  différence  des  produits. ­
  Alors  aussi,  tout  impôt  qui  pourra  être  mis  sur  le  fermier,
tombera  sur  le  propriétaire  et  non  sur  le  consommateur.  Le  fermier
ne  peut  élever  le  prix  de  son  blé;  car,  par  notre  su¡)position,  il  est  déjà
au  plus  haut  prix  auquel  les  acheteurs  veuillent  ou  puissent  l'acheter.
        <pb n="277" />
        CH.  XVII.  —  DES  I.MPOTS  SUR  LES  l'HODUITS  NOX  ACHICOLES,  iîf,
Il  ne  se  contentera  pas  d  un  moindre  taux  de  prolits  que  celui  que
retirent  de  leurs  fonds  les  autres  capitalistes,  et  par  conséquent  il
n  aura  d  autre  alternative  que  d’obtenir  une  réduction  de  la  rente
ou  de  quitter  son  industrie.
M.  Buchanan  regarde  le  blé  et  les  produits  agricoles  comme  étant
au  prix  de  monopole,  parce  que  ces  produits  paient  une  rente.  Selon ­
  lui,  toutes  les  denrées  qui  paient  une  rente  doivent  être  au  prix
de  monopole,  et  il  en  conclut  que  tout  impôt  sur  les  produits  agrieo
  es  doit  tomber  sur  le  propriétaire  et  non  sur  le  consommateur,
-e  prix  du  blé,  dit-il,  qui  rapporte  toujours  une  rente,  n’étant
■  sous  aucun  rapport,  modilié  par  les  frais  de  production,  ces  frail
■  doivent  être  pris  sur  la  rente,  et  par  conséquent,  lorsque  ces  frais
•  haussent  ou  baissent,  il  n’en  résulte  pas  un  prix  plus  baut  ou  plus
•  bas,  mais  une  rente  plus  ou  moins  élevée.  Sous  ce  point  de  vue
"  tout  impôt  sur  les  domestiques  de  ferme,  sur  les  chevaux  ou  sur
-  les  instruments  d’agriculture,  est  réellement  un  impôt  foncier
•  dont  le  poids  tombe  sur  le  fermier  pendant  la  durée  de  son  bail’
■  et  sur  le  propriétaire  quand  il  faut  le  renouveler,  üe  même  tous
•  les  instruments  d’agriculture  perfectionnés,  qui  épargnent  des  dé-•
  Mises  au  fermier,  tels  que  les  machines  à  battre  ou  à  faucher  le
blé,  tontee  qui  lui  rend  l’accès  du  marché  plus  aisé,  comme  de
I  Wre"!  f"';'  -‘■”^“«■■‘*“«'■1  appartient  au  propriétaire
  et  fait  partie  de  sa  rente.  »
de  probt,  et  que  c’est  cette  portion  de  capital  —  dont  le  pro-I
  \  I  celui  des  manufactures,  se  partage  entre  les  profits  et
yui  règle  le  prix  du  blé.  Le  prix  du  blé  qui  ne  rap-^
  ^  cente  étant  donc  modifié  par  les  frais  de  sa  production,
sauraient  être  pris  sur  la  rente  ;  et  la  suite  de  l’augmen-{OEuv.
  de  liicardo,]
        <pb n="278" />
        226  PHINCIPKS  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
talion  de  ces  frais  sera  donc  un  surhaussement  de  prix,  et  non  une
diminution  de  la  rente*.
11  est  singulier  qu’Adam  Smith  et  M.  Buchanan,  qui,  tous  deux,
convieunent  que  les  impôts  sur  les  produits  agricoles,  l’impôt  foncier ­
  et  la  dime,  tombent  tous  sur  le  proiit  du  propriétaire  foncier,
et  non  sur  les  consommateurs  des  produits  de  l’agriculture,  admettent
néanmoins  qu’un  impôt  sur  la  drèche  tomberait  sur  le  consommateur

'  «  L’industrie  manufacturière  augmente  ses  produits  à  proportion  de  la  de-»
  mande,  et  les  prix  baissent  ;  mais  on  ne  peut  pas  augmenter  ainsi  les  produits
..  de  la  terre,  et  il  faut  toujours  un  haut  prix  pour  empêcher  que  la  consomma-»
  tion  n’excède  la  demande.  &amp;gt;&amp;gt;  iiuchanan,  loin.  IV,  pag-  40.  Est-il  possible  que
que  iM.  Buchanan  puisse  soutenir  serieusement  que  les  produits  de  la  terre  ne
peuvent  être  augmentés  quand  la  demande  en  devient  plus  considerable.
ote  de  l’Auteur.)
M.  Buchanan  suppose,  je  pense,  que  la  tendance  qu'a  la  population  à  devancer
les  moyens  de  subsistance  (V  .  Ifcs  raisons  irrésistibles  qn’en  donne  Malthus),  établit ­
  une  demande  telle,  que  le  prix  des  subsistances  excède  toujours  ce  qui  serait
rigoureusement  nécessaire  pour  payer  les  seuls  profils  du  capital  et  de  l’industrie
employés  à  la  culture  des  terres.  C’est  cet  excédant  qui  compose  le  profit  du  propriétaire ­
  foncier,  la  rente  qu’un  fermier  consent  à  payer,  même  lorsqu’il  n’y  a
aucun  capital  répandu  sur  la  terre  qu  il  loue-Le
  prix  des  produits  territoriaux,  comme  tous  autres,  est  toujours  fixé  en  raison
composée  de  l’offre  et  de  la  demande  ;  or,  il  est  clair  que  dans  lecas  dont  il  est  ici
question,  la  demande  n’étant  jamais  bornee,  et  l’offre  l’étant  toujours  (puisque
l’étendue  des  terres  cultivables  l’est),  le  produit  des  terres  doit  être  a  un  prix
monopole,  qui  s’élève  d’autant  plus,  que  les  facultes  des  consommateurs  s’augmentent. ­

Il  ne  faut  pas  dire  que  la  quantité  des  terres  cultivables  n’est  pas  bornee  tant
qu’il  en  reste  d’incultes.  Si  les  produits  possibles  des  terres  actuellement  incultes,
soit  eu  raison  des  difücultés  provenant  de  la  distance  ou  des  ditlicnlti*  provenant
des  douanes,doivent  rev  enir  plus  chers  au  consommateur  que  le  blé  qu  il  adiete  au
prix  monopole  de  son  canton,  il  est  evident  que  ces  terres  ne  peuvent  point,  par
leur  concurrence,  faire  baisser  le  blé  dans  son  canton.
J’avoue  d’ailleurs  queje  ne  vois  aucun  motil  sutlisantde  renoncer  à  I  opinion
de  Smith,  qui  regarde  la  terre  comme  un  grand  outil,  une  machine  propre  à  taire
du  blé,  quand  elle  est  convenablement  manœuvrée,  et  qui  trouve  tout  simple  que
le  propriétaire  de  cette  machine,  à  quelque  titre  qu’il  la  possède  ,  la  loue  à  ceux
qui  eu  ont  besoin.  C’est  le  besoin  qu’on  a  des  produits  qui  est  la  premiere  source
du  prix  qu’on  y  met.  Si  la  concurrence  des  producteurs  fait  baisser  ce  prix  au
niveau  des  frais  de  production,  ce  n’est  pas  une  raison  pour  que  les  proprietaires
de  terres  réduisent  leurs  prétentions  au  niveau  de  rien  ;  car,  quoique  les  tonds  de
terre  n’aient  rien  coûté  dans  l’origine,  l’offre  de  leur  concoui-s  est  nécessairement
borné,  et  les  bornes  de  la  quantité  offerte  sont  aussi  l’un  des  éléments  de  la  valeur.
—  J  .-B.  Sa\  •
        <pb n="279" />
        CH.  XVII.  —  DES  IMPOTS  SUB  LES  PBODUITS  NON  ACRICOLES.  227
de  bière,  et  ne  porterait  pas  sur  Ja  rente  du  j)ropriétaire.  L'argument
d  Adam  Smitli  est  un  exposé  si  bien  tracé  de  la  manière  dont  j’envisage ­
  l’impôt  sur  la  drèche,  ainsi  que  tout  autre  impôt  sur  les
produits  agricoles,  queje  ne  peux  pas  m’empècher  de  le  transcrire,
en  l’offrant  à  la  méditation  du  lecteur.  ,
«  D  ailleurs,  il  faut  toujours  que  la  rente  et  les  profits  des  terres
en  orge  se  rapprochent  de  ceux  des  autres  terres  également  fertiles
"  également  bien  cultivées.  S’ils  étaient  au-dessous,  il  y  aurait
"  bientôt  une  partie  des  terres  en  orge  qui  serait  mise  en  une  autre
"  culture;  et  s’ils  étaient  plus  forts,  plus  de  terre  serait  bientôt
employée  à  produire  de  l’orge.  Quand  le  prix  ordinaire  de  quelque
"  produit  particulier  de  la  terre  est  monté  à  ce  qu’on  peut  appeler
“  un  prix  de  monopole,  un  impôt  sur  cette  production  fait  baisser
"  nécessairement  la  rente  et  le  profit  de  la  terre  où  elle  croit*.  Si
"  ^  on  mettait  un  impôt  sur  le  produit  de  ces  vignobles  précieux,
"  dont  les  vins  sont  trop  loin  de  remplir  la  demande  effective  pour
"  que  leur  prix  ne  monte  pas  toujours  au  delà  de  la  proportion
naturelle  du  prix  des  productions  des  autres  terres  également
fertiles  et  également  bien  cultivées,  cet  impôt  aurait  nécessaire
“  ment  l'effet  de  faire  baisser  la  rente  et  le  profit  de  ces  vignobles.
Le  prix  de  ces  vins  étant  déjà  le  plus  baut  qu’on  en  puisse  retirer,
"  relativement  à  la  quantité  (¡ui  en  est  communément  envoyée  au
"  marché,  il  ne  pourrait  pas  s’élever  davantage,  à  moins  qu’on  ne
«  diminuât  cette  quantité.  Or,  on  ne  saurait  diminuer  cette  quantité
V  sans  qu’il  en  résultait  une  perte  encore  plus  grosse,  parce  que  la
•&amp;gt;  terre  où  ils  croissent  ne  pourrait  pas  être  consacré  à  une  autre
«  genre  de  culture  dont  le  produit  fût  de  valeur  égale.  Ainsi  tout  le
"  P«id8  de  l’impôt  porterait  sur  la  rente  et  Je  produit  du  vignoble;
»  et  à  bien  dire,  il  porterait  sur  la  rente.  Mais  le  prix  ordinaire  de
■»  I  orge  n’a  jamais  été  un  prix  de  monopole;  la  rente  et  le  profit  des
»  terres  en  orge  n’ont  jamais  été  au  delà  de  leur  proportion  naturelle
»  avec  ceux  des  autres  terres  également  fertiles  et  également  bien
"  cultivées.  Les  différents  impôts  qui  ont  été  établis  sur  la  drêcbe,
“  la  bière  et  l’ale,  nom  jamais  fail  baisser  le  prix  de  Vonje  ;  ils  n’ont

'  .l’aurais  voulu  que  le  moi  profit  eût  été  supprimé.
H  laut  que  le  docteur  Smith  croie  que  les  profits  des  fermiers  de  ces  vignobles
précieux  sont  au-dessus  du  taux  ordinaire  des  prolits.  S’ils  ne  l’étaient  pas,  ils  ne
paieraient  point  l’impôt,  a  moins  qu’il  ne  leur  fût  possible  de  le  rejeler  sur  le  proprietaire ­
  ou  sur  le  consommateur.  (^o/c  de  l'Auteur.)
        <pb n="280" />
        228  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
»  iamais  réduit  la  rente  et  le  prolit*  des  terres  en  orge.  Le  prix  de
,  la  drêche  a  monté  certainement,  pour  le  brasseur,  en  proportion
,,  des  impôts  mis  sur  cette  denrée  ;  et  ces  impôts,  réunis  aux  droits
»  sur  la  bière  et  l’ale,  oui  constamment  fait  monter  le  prix  de  ces
»  denrées  pour  le  consommateur,  ou  bien,  ce  qui  revient  au  même,
»  ils  en  ont  fait  baisser  la  qualité.  Le  paiement  déiiuitif  de  ces  impôts
»  est  constamment  retombé  sur  le  consommateur,  et  non  sur  le
»  producteur.  »
M.  Bucbanau  fait  sur  ce  passage  les  remarques  suivantes  ;  «  Lu
..  droit  sur  ladrècbe  ne  peut  jamais  réduire  le  prix  de  l’orge;  car,
»  a  moins  qu’on  ne  put  vendre  aussi  cher  l’orge  convertie  en  drècbe
»  que  dans  son  état  naturel,  il  n’en  viendrait  pas  au  marché  la
«  quantité  nécessaire.  Il  est  donc  clair  que  le  prix  de  la  drècbe  doit
«  monter  à  proportion  du  droit  mis  dessus;  car  il  serait  impossible
»  autrement  de  fournir  à  la  demande.  Le  prix  de  1  orge  est  cepen-»
  daiit  autant  un  prix  de  monopole  que  celui  du  sucre;  ils  rap-»
  portent  l’uii  et  l’autre  une  rente  et  le  prix  courant  de  tous  les
»  deux  a  également  perdu  tout  rapport  avec  ce  qu’ils  ont  pu  coûter
»  dans  l’origine.  »
11  paraîtrait  donc  que  M.  Bucbanau  est  persuadé  qu’un  droit  sur
la  drècbe  doit  eu  élever  le  prix,  mais  qu’un  impôt  sur  l’orge  qui
sert  à  préparer  la  drècbe  ne  ferait  point  hausser  le  prix  de  l’orge;
et  par  conséquent,  que  si  la  drècbe  est  frappée  d’un  impôt,  il  sera
payé  par  le  consommateur;  si  l’orge  est  imposée,  l’impôt  eu  sera
payé  par  le  propriétaire;  car  il  éprouvera  une  diminution  dans  sa
rente.  D’après  l’opinion  de  M.  Bucbanau,  l’orge  est  donc  à  un  prix
de  monopole,  ou  au  plus  haut  prix  que  les  acheteurs  soient  disposes
à  en  donner;  mais  la  drècbe,  qui  est  préparée  avec  de  l’orge,  n’est
pas  au  prix  de  monopole,  et  par  conséquent  elle  peut  rencbéiir  à
proportion  des  impôts  dont  on  pourrait  la  Irapper.  L  opinion  de
M.  Buchanan,  sur  les  elVets  d’un  droit  sur  la  drècbe,  me  semble
être  en  contradiction  directe  avec  l’opinion  qu  il  a  émise  au  sujet
d’un  impôt  semblable,  celui  sur  le  pain.  «  Lu  droit  sur  le  pain,
»  dit-il,  sera  acquitté  eu  déliuitive,  non  par  un  surbaussement  de
»  prix,  mais  par  une  réduction  de  la  rente*.  »  Si  un  droit  sur  la
drècbe  fait  hausser  le  prix  de  la  bière,  il  laut  bien  (ju  un  droit  sui
le  pain  fasse  renchérir  le  pain.

I  ;  oyez  la  note  précédente.
»Tom.  Ill,  pag.  355.,
        <pb n="281" />
        CH,  XVll.  —  DES  IMPOTS  SUD  DES  PRODUITS  NON  AGRICOLES.  229

L’argument  suivant,  de  M.  Say,  est  fondé  sur  les  mêmes  considérations ­
  que  celui  de  M.  Buchanan.  «  La  quantité  de  vin  ou  de  blé
*  que  produit  une  terre,  reste  à  peu  près  la  même,  quel  que  soit
“  l’impôt  dont  la  terre  est  grevée  ;  l’impôt  lui  enlèverait  la  moitié,
"  les  trois  quarts  même  de  son  produit  net,  ou,  si  l’on  veut,  de  sa
»  rente,  que  la  terre  serait  néanmoins  exploitée  pour  en  retirer  la
«  moitié  ou  le  quart  que  l’impôt  n’absorberait  pas.  Le  taux  de  la
»rente,  c’est-à-dire  la  part  du  propriétaire,  baisserait;  voilà  tout.
»  On  en  sentira  la  raison,  si  l’on  considère  que,  dans  le  cas  supposé,
»  la  quantité  de  denrées  produites  par  la  terre,  et  envoyée  au
»  marché,  reste  néanmoins  la  même.  D’un  autre  côté,  les  motifs  qui
»  établissent  la  demande  de  la  denrée  restent  les  mêmes  aussi.  Or,
»  si  la  quantité  des  produits  qui  est  offerte,  si  la  quantité  qui  est
»  demandée,  doivent,  malgré  l’établissement  ou  l’extension  de  la
»  contribution  foncière,  rester  néanmoins  les  mêmes,  les  prix  ne
»  doivent  pas  varier  non  plus;  et  si  les  prix  ne  varient  pas,  le  con-»
  sommateur  des  produits  ne  paie  pas  la  plus  petite  portion  de  cet
»  impôt.
»  Dira-t-on  que  le  fermier,  celui  (|ui  fournit  l’industrie  et  les
»  capitaux,  partage  avec  le  propriétaire  le  fardeau  de  l’impôt?  On  se
»  trompera,  car  la  circonstance  de  l’impôt  n’a  pas  diminué  le  nom-»
  bre  des  biens  à  louer,  et  n’a  pas  multiplié  le  nombre  des  fermiers.
»  Dès  qu’en  ce  genre  aussi,  les  quantités  offertes  et  demandées  sont
»  restées  les  mêmes,  le  taux  des  rentes  a  dû  rester  le  même.
»  L’exemple  du  manufacturier  de  sel,  qui  ne  peut  faire  suppor-»
  ter  à  ses  consommateurs  qu’une  partie  de  l’impôt,  et  celui  du  pro
»  priétaire  foncier,  qui  ne  peut  s’en  faire  rembourser  la  plus  petite
■&amp;gt;  partie,  prouvent  l’erreur  de  ceux  qui  soutiennent,  en  opposition
»  avec  les  économistes,  que  tout  impôt  retombe  définitivement  sur
»  les  consommateurs.  »  Liv.  Ill,  chap.  8.
Si  l’impôt  enlevait  la  moitié,  leu  trois  quarts  même  du  produit
net  de  la  terre  sans  que  le  prix  des  produits  haussât,  comment
ces  fermiers  pourraient-ils  retirer  les  profits  ordinaires  des  capitaux
qui  ne  paieraient  que  des  rentes  modiques,  ayant  à  exploiter  cette
sorte  de  terres  qui  exige  beaucoup  plus  de  travail  pour  rendre  un
produit  donné  (jue  des  terres  d’une  meilleureijualité?  La  rente  serait ­
  même  abandonnée  en  entier,  (|ue  ces  fermiers  retireraient  toujours ­
  de  leur  industrie  des  profits  moindres  que  ceux  des  autres
commerces,  et  ils  ne  continueraient  par  consc(|ucnt  à  cultiver  leurs
        <pb n="282" />
        230  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
terres  qu’autaiit  qu’ils  pourraient  élever  le  prix  de  leurs  produits  \
Si  l’impôt  tombait  sur  les  fermiers,  il  v  eu  aurait  moins  de  dispo-*

  J’ai  distingué  dans  mon  Économie  politique\e&amp;amp;  profits  du  fonds  de  terre  des
profits  du  capital  employé  à  sa  culture  ;  j’ai  même  distingué,  en  parlant  de  ce  capital, ­
  celui  qui  a  été  employé  par  le  propriétaire  en  bâtiments,  en  clôtures,  etc.,de
celui  du  fermier,  qui  consiste  principalement  en  bestiaux  et  en  avances  de  frais
de  culture.  Le  premier  capital  est  tellement  engagé  dans  la  terre  à  laquelle  il  a
été  consacré,  qu’on  ne  peut  plus  l’en  séparer  ;  c’est  une  valeur  ajoutée  à  la  valeur
du  sol,  et  qui  en  subit  toutes  les  chancos,  bonnes  ou  mauvaises.  Lorsqu’on  est
forcé  d’abandonner  la  culture  d’une  terre,  on  est  forcé  d’abandonner  les  irrigations, ­
  les  clôtures,  et  même  la  plupart  des  bâtiments  qu’on  avait  faits  dans  la  vue
de  l’exploiter.  Cette  portion  du  capital  est  donc  devenue/ond.s  de  terre.  Il  n’en
est  pas  de  même  des  bestiaux  et  des  avances  de  irais  ;  on  retire  ces  dernières  valeurs, ­
  on  les  emploie  ailleurs  quand  on  abandonne  un  fonds  de  terre.  C’est  ordinairement ­
  cette  portion  du  capital  qui  appartient  au  fermier,  et  qui  se  retire
lorsqu’elle  ue  rend  plus  des  profits  ordinaires.
Or,  je  dis  que  lorsqu’une  terre  est  directement  ou  indirectement  grevée  d’impôts, ­
  ce  n’est  pas  le  profit  de  l’industrie  et  du  capital  du  fermier  qui  en  supporte
le  faix,  parce  qu’alors  ses  talents,  ses  travaux  et  son  argent,  qui  se  sont  mis  en
avant  pour  un  métier  où  l’on  gagnait  autant  que  dans  tout  autre,  cæteris  paribus,
  abandonneraient  une  terre  qui  ne  leur  offrirait  plus  que  des  profits  inférieurs, ­
  s’il  fallait  en  déduire  de  nouvelles  charges.  Dès  lors,  au  premier  renouvellement ­
  de  bail,  il  faudrait  bien  que  le  propriétaire  baissât  le  prix  de  son  bail  ;
autrement  il  ne  trouverait  point  de  locataires.
En  supposant  que  l’impôt  montât  de  celte  manière,  jusqu’à  ravir  au  propriétaire ­
  la  totalité  du  fermage,  du  produit  net,  je  ne  vois  pas  que  le  fermier,  quelque
inférieure  que  fût  la  qualité  des  terres,  quelque  coûteuse  que  fût  la  culture,  y
perdît  encore  rien,  puisqu’il  a  dû  s’arranger  pour  en  être  remboursé  par  les
produits  avant  d’en  payer  un  fermage.
M.  Ricardo  me  semble  demander  sur  quoi  il  retiendra  le  montant  de  l’impôt
dont  il  fait  l’avance,  lorsqu’il  n’a  point  de  fermage  à  payer.  Mais  je  n’appelle  du
nom  de  fermage  ou  produit  net  d’une  terre  (|ue  ce  qui  revient  au  propriétaire  après
que  l’impôt  est  acquitté  ou  retenu  p  ir  le  fermier.  Que  si  I  impôt  ne  peut  ctre
payé,  même  avec  le  sacrifice  de  tout  le  produit  net  ;  si  le  fisc  veut  avoir  encore
de  plus  une  portion  du  profit  du  capital  et  du  profit  industriel  du  fermier,  il  est
clair  que  celui-ci  quitte  la  partie,  et  que  nul  autre  ne  voulant  prendre  sa  place
pour  travailler  avec  trop  peu  de  profit,  ou  sans  profit,  la  terre  reste  en  friche.
M.  Ricardo  peut  dire  qu’un  certain  nombre  de  terres,  à  commencer  par  les
qualités  les  plus  mauvaises,  devant  toujours  se  trouver  dans  ce  cas,  une  extension
d’impôts  doit  toujours  faire  abandonner  quelques  cultures,  diminuer  par  conséquent ­
  la  quantité  de  blé  portée  au  marché,  ce  qui  en  fait  hausser  le  prix  \  or,  du
moment  que  le  prix  hausse,  c’est  le  consommateur  qui  paie  l’impôt.
.le  réponds,  avec  Adam  Smith,  qu’un  système  durable  d’impôts  insupportables
agit  à  la  manière  d’un  climat  inhospitalier,  d’un  fléau  de  la  nature  :  il  contrarie
la  production,  et  la  production  des  substances  alimentaires  contrariée  entraîne  la
        <pb n="283" />
        CH.  XVU.  —  DES  IMPOTS  SUR  LES  PRODUITS  NON  AGRICOLES.  231
sés  à  affermer  des  biens  fonds  ;  s’il  tombait  sur  les  propriétaires,  il
y  aurait  bien  des  fermes  qui  ne  seraient  points  louées,  car  elles  ne
rapporteraient  pas  de  fermage.  Mais  sur  quels  fonds  ceux  qui  produisent ­
  du  blé  sans  payer  de  fermage,  prendraient-ils  de  quoi  payer
l’impôt?  Tl  est  évident  que  l’impôt  doit  tomber  sur  le  consommateur.
Comment  une  telle  terre  pourrait-elle  payer  un  impôt  égal  à  la  moitié ­
  ou  aux  trois  quarts  de  sa  production,  ainsi  que  M.  Say  l’énonce
dans  le  passage  suivant  ?
«  On  voit  en  Écosse  de  mauvais  terrains  ainsi  cultivés  par  leurs
«  propriétaires,  et  qui  ne  pourraient  l’ètre  par  aucun  autre.  C’est
«  ainsi  encore  que  nous  voyons  dans  les  provinces  reculées  des  États-&amp;gt;'
  Unis  des  terres  vastes  et  fertiles  dont  le  revenu  tout  seul  ne  suffit
"  pas  pour  nourrir  leur  propriétaire  :  elles  sont  cultivées  néan-»
  moins  ;  mais  il  faut  que  le  propriétaire  les  cultive  lui-même,  c’est-»
  à-dire,  qu’il  porte  le  consommateur  à  l’endroit  du  produit,  et  qu’il
»  ajoute  au  profit  de  son  fonds,  qui  est  peu  de  chose  ou  rien,  les
»  profits  de  ses  capitaux  et  de  son  industrie,  qui  le  font  vivre  dans
’&amp;gt;  l’aisance.
»  On  connaît  que  la  terre,  quoique  cultivée,  ne  donne  aucun  pro-«
  fit,  lorsqu’aucun  fermier  ne  veut  payer  de  fermage;  c’est  une
"  preuve  qu’elle  ne  permet  de  retirer  que  les  profits  du  capital  et  de
»  l’industrie  nécessaires  à  sa  culture.  »  Say,  liv.  Il,  cbap.  9,  3*  éd.

dépopulation.  Le  défaut  de  population  excède  souvent  même,  par  des  causes  que
découvre  l’économie  politique,  mais  qui  ne  peuvent  être  développées  ici,  le  défaut
de  production  des  aliments.  C’est  ainsi  que  la  dépopulation  de  l’Égypte  a  excédé
le  déclin  de  son  agriculture.  Il  ne  faut  donc  pas  être  surpris  si  des  terres  qu’on
laisse  en  friche  ne  font  pas  monter  le  prix  du  blé.  —  l.-R.  Say.
        <pb n="284" />
        232

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.

CHAPITRE  XVIII.
DE  LA  TAXE  DES  PAUVRES.

Nous  avons  vu  que  les  impôts  sur  les  produits  agricoles  et  sur  les
profits  du  fermier  retombent  sur  les  consommateurs  de  ces  produits  ;
car  si  le  fermier  n  avait  pas  le  moyen  de  s  indemniser  de  1  impôt  par
le  renchérissement  de  ces  denrées,  ses  profits  se  trouvant  réduits
par  là  au-dessous  du  niveau  général  des  profits,  il  se  trouverait
forcé  de  détourner  son  capital  vers  un  autre  genre  de  commerce.
Nous  avons  vu  aussi  qu’il  ne  pouvait  rejeter  l’impôt  sur  son  propriétaire ­
  en  en  déduisant  la  valeur  sur  le  prix  de  la  rente  ;  car  le  fermier
qui  ne  paierait  pas  de  rente,  aussi  bien  que  celui  qui  cultiverait  une
meilleure  terre,  serait  sujet  à  l’impôt,  soit  qu’il  fût  assis  sur  les  produits ­
  immédiats  de  la  terre  ou  sur  les  profits  du  fermier,  .l’ai  aussi
tâché  de  faire  voir  que,  si  un  impôt  était  général,  et  qu’il  affectât
également  tous  les  profits,  ceux  du  manufacturier  comme  ceux  de  l’a
griculteur,  il  n’opérerait  ni  sur  le  prix  des  marchandises  ni  sur  celui
des  produits  immédiats  de  la  terre,  mais  il  serait  immédiatement
ou  définitivement  payé  par  les  producteurs.  Un  impôt  sur  les  rentes,
ainsi  (pi’il  a  déjà  été  observé,  ne  tomberait  donc  que  sur  le  propriétaire, ­
  et  ne  saurait  par  aucun  moyen  être  rejeté  sur  le  fermier.
L’impôt  pour  les  pauvres  ‘  tient  de  la  nature  de  tous  ces  impôts.

'  Voici  l’état  actuel  de  cette  législation  célèbre  que  la  famine  et  une  crise  sociale ­
  menaçante  viennent  de  naturaliser  en  Irlande.  Les  distributions  à  domicile
ont  été  supprimées,  et  cette  défense  ne  fléchit  que  dans  certains  cas  exceptionnels, ­
  où  des  secours  habilement  distribués  peuvent  servir  à  compléter  au  dehors
des  salaires  insuffisants,  et  à  éviter  l’encombrement  du  Work-house.  11  n’est  donc
plus  question  ici  de  mendicité,  ni  de  vasselage,  ni  d’aumônes  dédaigneusement
versées  par  la  main  du  riche  ;  il  y  a  rémunération  accordée  par  la  paroisse  à  des
hommes  qui  lui  consacrent  leurs  efforts,  leur  temps.  Dans  le  fait,  les  ateliers  de
charité,  que  recommandait  déjà  l’acte  de  la  43«  année  du  règne  d’Élisabeth,  et
que  les  gouvernements  modernes  se  hâtent  d  ouvrir  aux  époques  ou  s  agite  le  lion
        <pb n="285" />
        CHAP.  XVlll.  -  DE  LA  TAXE  DES  PAUVRES.

233

t“t  selon  les  circonstances  différentes,  il  tombe  sur  le  consommateur
des  produits  agricoles  et  des  marchandises,  sur  les  profits  du  capital

populaire,  affamé  et  irrité  ;  ces  ateliers,  qui  n’ont,  d’ailleurs,  reçu  d’organisation
définitive  qu’en  Angleterre,  font  pour  le  travail  ce  que  les  greniers  d’abondance
font,  ou  sont  censés  faire,  pour  les  subsistances.  Ils  tiennent  de  la  main-d’œuvre
en  réserve,  et  peuvent  être  appelés  des  dépôts  de  salaires.  Quand  le  travail  se
ralentit  dans  les  manufactures,  le  flot  des  ouvriers  que  la  grève  jette  inoccupés
dans  les  villes  et  dans  les  champs,  se  dirige  sur  les  Work-houses,  y  pénètre  et  y
séjourne  jusqu’au  moment  où  les  capitaux  redevenus  abondants  font  mouvoir  de
nouveau  les  cent  bras  des  machines.  Alors  le  reflux  commence,  et  ce  sont  les  ate
bers  de  charité  que  désertent  les  travailleurs.
Comme  agent  économique,  ce  système  présente  donc  des  avantages  incontestables, ­
  car  il  pose  sous  l’édifice  manufacturier  des  étais  solides  et  puissants  ;  —  comme
agent  moralisateur,  il  est  peut-être  plus  recommandable  encore.  Ainsi  l’indigent
peut  entrer  tête  haute  dans  ces  asiles  où  l’attendent,  s’il  est  vigoureux,  du  travail
et  des  salaires  ;  s’il  est  vieux  et  infirme,  des  soins,  du  repos,  des  salles  spacieuses  où
se  réchauffent  ses  membres  glacés;  s’il  est  enfant,  le  lait  de  nourrices  émérites,
et  ces  nids  tapissés  de  linge  blanc’et  qu’on  appelle  crèches.  Adulte,  il  reçoit  le  prix
de  son  œuvre  actuelle  ;  vieillard,  le  prix  des  richesses  qu’il  a  préparées  et  semées
pour  les  générations  nouvelles  ;  enfant,  le  prix  de  son  travail  futur,  et  peut-être
de  son  génie.  Sous  le  double  rapport  de  la  régçularisation  du  mouvement  industriel ­
  et  de  la  dignité  humaine,  les  Work-houses  sont  donc  une  institution  salutaire ­
  en  principe,  salutaire  en  fait;  et,  s’il  est  arrivé  souvent,  comme  à  Andover,
comme  en  d’autres  districts,  que  l’Etat  ait  fait  payer  cher  aux  malheureux  le
secours  qu’il  leur  donne,  ou  plutôt  qu’il  échange  contre  leur  temps  et  leurs
sueurs  ;  s’il  est  arrivé  que,  sous  prétexte  de  viande,  on  leur  ait  laissé  ronger  des
os  et  d’infâmes  rebuts,  et  que,  sous  prétexte  de  travail,  on  les  ait  épuisés  avec  le
tread-mill,  et  abrutis  avec  cette  infernale  invention  de  travail  inutile,  —  sombre ­
  reproduction  des  supplices  mythologiques  d’ixion  et  de  Sysyphe  ;  s’il  est  arrivé
enfin,  que  ces  lieux  de  refuge  aient  été  transformés  en  géhennes,  ce  n’est  ni  à
l’institution  elle-même,  ni  aux  législateurs  qu’il  faut  en  demander  compte.
Quelque  généreux  et  sages  que  soient  des  ministres,  ils  ne  peuvent  faire  qu’il  ne
se  glisse  dans  les  rangs  des  administrateurs  des  âmes  cruelles  ou  insouciantes,
—  ce  qui  revient  au  même,  quand  il  s’agit  de  la  tutelle  des  pauvres.  Il  serait  tout
aussi  absurde  de  rendre  le  Gouvernement  anglais  responsable  de  ces  tristes  accidents, ­
  que  de  lui  attribuer  les  insolences  des  plus  vils  limiers  de  police,  ou  les
fureurs  que  tels  ou  tels  soudards  commettent  sur  les  bords  de  l’Indus  ou  du
Rrahmapooter.  La  torture  est  bien  sortie  du  livre  le  plus  doux,  le  plus  miséricordieux, ­
  l’Evangile;  comment  s’étonner  de  voir  jaillir  d’un  acte  du  Parlement  des
8  US  et  des  infamies?  N’y  a-t-il  pas  ici-bas,  perdues  dans  le  nombre,  des  femmes
qui  portent  au  front  le  stigmate  des  marâtres?  comment  n’y  aurait-il  pas  des
ommes  portant  le  stigmate  des  mauvais  directeurs  de  Work-house  ?  Sans  doute,
existence  qu’on  y  a  faite  aux  pauvres,  n’a  pas  les  douceurs  et  les  joies  ineffaes
  d  un  Phalanstère,  d’une  Icarie,  d’une  Utopie,  d’une  île  de  Barataria,  ou  de
toute  autre  villégiature  dessinée  à  la  plume,  et  bâtie  sur  le  terrain  capricieux  de
        <pb n="286" />
        234  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
ou  sur  la  rente.  C’est  un  impôt  (pii  pèse  d’une  manière  atablante
sur  les  profits  du  fermier,  et  (jui  peut,  par  conséquent,  être  regardé

l’hypolhèse  et  des  souscriptions  :  sans  doute  les  réglements  veulent  que  le  mari
soit  séparé  de  sa  femme  et  de  ses  enfants,  et  qu’il  impose  à  son  âme  cette  priva
tion  momentanée  au  prolit  de  son  corjis*  ;  sans  doute,  enfin,  le  Work-house  a
pris  aux  yeux  du  pauvre  une  teinte  morne,  une  physionomie  de  geôle  qui  l’en
éloigne  souvent  ;  mais  tous  ceux  qui  ont  visité  ces  établissements,  et  ont  suivi  attentivement ­
  les  résultats  de  la  réforme  de  1834,  doivent  rester  convaincus  de
l’éminente  supériorité  de  la  loi  actuelle  et  de  l’éxagération  outrée  de  la  plupart
des  élégies  écrites  à  l’adresse  des  dignitaires  de  Sommerset-Street.  Nous  en  avons
parcouru  plusieurs,  sous  le  coup  de  ces  préventions  que  nous  prenions  pour  une
philanthropie  éclairée,  et  nous  avons  été  doucement  surpris  de  voir  régner  partout ­
  l’ordre,  la  propreté,  l’abondance,  la  décence.  Certes,  dans  un  asile  ouvert  à
toutes  les  infirmités,  et  où  l’on  peut  entendre  gémir  l’enfant  qui  naît,  à  côté  du
vieillard  (jui  expire,  on  ne  peut  espérer  trouver  la  gaîté,  la  fraîcheur  d'un  pensionnat ­
  de  demoiselles  :  mais  ce  qu’on  y  cherche,  c’est  un  travail  modéré,  c’est
une  nourriture  abondante,  c’est  une  infirmerie  constamment  et  largement
pourvue  ;  c’est,  en  un  mot,  une  existence  assurée.  Ces  choses,  je  les  ai  rencontrées
presque  partout,  et  là  où  elles  n’existent  pas,  le  cri  de  l’opinion,  le  contrôle  des
inspecteurs,  la  rumeur  publique  les  font  bientôt  rétablir.
Il  est  triste,  j’en  conviens,  je  le  déplore,  de  vendre  au  travailleur  l’existence
matérielle  au  prix  de  sa  liberté  et  des  joies  de  la  famille;  mais  les  abus,  qui  accompagnent ­
  tout  système  de  charité  légale,  sont  bien  autrement  déplorables.
Mieux  vaut  mille  fois  les  scandales  isolés  du  régime  actuel  que  le  spectacle  des
luttes  honteuses  que  se  livraient  les  paroisses  entre  elles  pour  se  décharger  de
l’entretien  des  indigents,  sous  prétexte  de  je  ne  sais  quelles  conditions  de  domicile ­
  :  —  comme  si  la  charité  était  une  affaire  de  clocher,  et  comme  si,  en  passant
d’un  bourg  à  un  autre,  on  pouvait  perdre  le  droit  d’être  secouru  par  ses  frères.
—  La  grande  et  forte  main  du  pays  s’est  substituée  aujourd’hui  à  ces  petits
égoïsmes  locaux  ;  et  si  l’on  ne  voit  plus,  comme  jadis,  les  pauvres  se  marier  pour
percevoir  double  taxe,  des  filles  estimées  d’autant  plus  précieases  qu’elles  ont
plus  de  bâtards  à  offrir  en  dot  à  l’époux,  et  les  enfants  pulluler  (îomme  autant
de  titres  à  la  bienfaisance  publique  ;  si  l’on  ne  voit  plus  les  paroisses  acquitter
la  plus  grande  partie  du  salaire  des  agriculteurs,  et  les  indigents  se  livrer  à  ceybrnienle
  délectable,  à  cette  llAnerie  de  lazzarone,  que  M.  Gustave  de  Beaumont
nous  a  dépeints  si  spirituellement;  en  revanche,  on  ne  voit  plus  les  ouvriers  honnêtes ­
  repoussés  impitoyablement  des  Work-houses,  ni  une  cour  d’assises  juger
en  vn  an  4,700  conflits  entre  les  paroisses  et  les  indigents.  Exécuté  avec  bienveillance, ­
  le  régime  actuel  nous  paraît  donc  fort  supportable.  Il  ne  présente  ni  le  gaspillage ­
  ruineux  d’une  bienfaisance  publique  aveugle,  ni  les  caprices  de  la  charité
privée,  dont  il  seconde  d’ailleurs  les  généreux  efforts,  en  faisant  donner  par  l’Etat ­
  l’exemple  de  la  sollicitude  pour  les  classes  ouvrières.  Plus  doux,  il  manquerait
’On  peut  consulter  pour  connaître  l’ensemble  de  l’acte  de  1834,  les  notes  que  M.  (Jarnier,
intelligence  vive  et  lucide,  a  jointes  à  son  beau  travail  sur  \'Essai  de  Malthus.  —  Edit.  (Guillaumin. ­
        <pb n="287" />
        235

CHAI»  XVIH.  —  DE  LA  TAXE  DES  FAÜVKES.
comme  affectant  le  prix  des  produits  agricoles.  Selon  le  degré  dans
lequel  il  frappe  à  la  fois  les  profits  du  manufacturier  et  ceux  du
cultivateur,  il  deviendra  un  impôt  général  sur  les  profits  du  capital,
et  il  n’occasionnera  point  de  changement  dans  le  prix  des  produits
agricoles  ni  dans  celui  des  ouvrages  manufacturés;  et  à  proportion
de  l’impossibilité  où  se  trouvera  le  fermier  de  se  dédommager,  en
élevant  le  prix  de  ses  denrées,  de  la  portion  de  l’impôt  qui  pèse
particulièrement  sur  lui,  ce  sera  un  impôt  sur  le  fermage,  et  il
sera  payé  par  le  propriétaire.  Pour  connaître  donc  l’action  qu’exerce
la  taxe  des  pauvres  à  une  époque  déterminée  quelconque,  l’on  doit
s’assurer  si  elle  affecte  alors,  dans  un  degré  égal  ou  inégal,  les  profits
du  fermier  et  du  manufacturier,  et,  en  même  temps,  si  les  circonstances ­
  sont  telles  qu’elles  permettent  au  fermier  d’élever  le  prix  des
produits  de  sa  terre.
On  prétend  que  la  taxe  des  pauvres  est  levée  sur  le  fermier,  à  proportion ­
  de  sa  rente,  et  que,  par  conséquent,  celui  qui  ne  paie  que  peu
ou  point  de  rente,  ne  devrait  payer  qu’un  faible  impôt,  ou  n’en  point
payer  du  tout.  Si  cela  était  vrai,  l’impôt  des  pauvres,  en  tant  qu’il
porte  sur  la  classe  des  cultivateurs,  tomberait  entièrement  sur  les  propriétaires, ­
  sans  pouvoir  être  rejeté  sur  le  consommateur  des  produits
de  la  terre.  Mais  je  ne  crois  pas  que  cela  soit  vrai,  l  a  taxe  des  pauvres ­
  n’est  pas  calculée  d’après  la  rente  (pie  le  fermier  paie  au  propriétaire ­
  ;  elle  est  proportionnée  à  la  valeur  annuelle  de  sa  terre,  soit  que

à  ces  deux  résultats,  et  ramènerait  l’Angleterre  aux  dilapidations,  et,  par  suite,
aux  turpitudes  qui  grossissent  si  tristement  la  fameuse  enquête  de  1833.
Personne  ne  s’avisera  certes  de  trouver  barbares,  sauvages,  des  réglements  qui
créent  un  abri’pour  les  infirmités  sociales,  allègent  le  fardeau  des  sécessions  industrielles, ­
  et  vont  jusqu’à  permettre  l’usage  du  tabac  dans  l’intérieur  des  Work-bouses. ­
  ISoiLs  avons  pu  contempler  dans  une  vaste  cour,  avec  un  étonnement  mêlé  de
joie,  six  ou  huit  vieilles  femmes  assises,  le  visage  tourné  vers  un  mélancolique
soleil  de  janvier,  et  fumant  leur  pipe  sur  les  débris  de  leur  jeunesse  et  de  leur
santé,  avec  une  philosophie  digne  de  matrones  indiennes.  Nous  avons  assisté,
de  plus,  dans  l’asile  de  Manchester,  à  des  exhibitions  de  côtelettes,  de  légumes,
tout  à  fait  rassurantes  sur  la  férocité  des  directeurs,  et  qui  nous  firent  ajourner
la  malédiction  qui  leur  était  destinée-  En  Angleterre,  comme  dans  la  plupart  des
pays  dits  civilisés,  le  vice  est  donc  moins  dans  le  système  qui  soulage  les  pauvres,
que  dans  celui  qui  les  crée,  dans  les  vestiges  d’aristocratie,  de  despotisme,  de
féodalité,  qui  gênent  la  libre  expansion  de  la  pensée,  de  la  richesse,  de  l’égalité.
Les  Work-houses  sont  les  tristes  correctifs  du  servage,  de  la  douane,  des  privilèges, ­
  des  substitutions  :  supprimez  les  uns,  vous  supprimez  les  autres,  et  la
(Question  du  paupérisme  touche  à  sa  fin.  A.  L.
        <pb n="288" />
        236  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
cette  valeur  annuelle  provienne  du  capital  du  propriétaire  ou  du
capital  du  fermier.
Deux  fermiers  qui  affermeraient  des  terres  de  deux  qualités  différentes ­
  dans  une  même  paroisse,  et  dont  l’un  paierait  une  rente  de
100  1.  par  an  pour  cinquante  acres  de  la  terre  la  plus  fertile,  et  l’autre
la  même  somme  de  100  1.  pour  mille  acres  de  la  terre  la  moins  fertile, ­
  paieraient  une  somme  pareille  pour  la  taxe  des  pauvres,  si  aucun ­
  de  ces  fermiers  ne  cherchait  à  améliorer  sa  terre;  mais  si  le  fermier ­
  de  la  mauvaise  terre,  comptant  sur  un  très-long  bail,  se  décidait
à  améliorer  à  grands  frais  les  facultés  productives  de  sa  terre,  au
moyen  d’engrais,  de  dessèchements,  de  clôtures,  etc.,  il  contribuerait, ­
  dans  ce  cas,  à  l’impôt  des  pauvres,  non  à  proportion  de  la  rente
payée  au  propriétaire,  mais  du  produit  annuel  qu’aurait  la  terre.  La
valeur  de  l’impôt  pourrait  être  égale  ou  plus  forte  que  la  rente;  mais
que  cela  fût  ou  non,  il  est  certain  qu’aucune  partie  de  cet  impôt  ne  serait ­
  payée  par  le  propriétaire.  Le  fermier  l’aurait  calculé  d’avance;
et  si  le  prix  des  produits  ne  suffisait  pas  pour  le  rembourser  de  tous
ses  frais,  en  y  joignant  ce  surcroît  de  charge  pour  les  pauvres,  il  n’entreprendrait ­
  point  ces  bonifications.  11  est  donc  évident  que,  dans  ce
cas,  l’impôt  est  payé  par  le  consommateur;  car,  s’il  n’eût  pas  existé
de  pareil  impôt,  les  mêmes  bonifications  auraient  été  entreprises,  et
on  aurait  retiré  du  capital  employé  le  taux  ordinaire  et  général  des
profits,  avec  une  diminution  dans  le  prix  du  blé.
11  n’y  aurait  rien  de  changé  à  l’état  de  la  question,  si  le  propriétaire, ­
  ayant  fait  ces  bonifications,  eût  augmenté  la  rente  de  sa  terre
de  100  1.  à  500  1.  Dans  ce  cas,  l’impôt  pèserait  également  sur  le  consommateur; ­
  car,  si  le  propriétaire  se  décide  à  dépenser  une  forte
somme  sur  sa  terre,  c’est  dans  l’espoir  d’en  retirer  une  rente  qui  pût
l’indemniser  de  ses  déboursés  ;  et  cette  rente  dépendrait  à  son  tour
d’une  hausse  dans  le  prix  du  blé,  non-seulement  suflisaiite  pour  payer
l’excédant  de  rente,  mais  encore  pour  acquitter  l’impôt  dont  ta  terre
se  trouverait  gi’evée.  ¡Víais  si,  en  même  temps,  tout  le  capital  du  manufacturier ­
  contribuait,  pour  sa  part,  à  la  taxe  des  pauvres,  dans  la
même  proportion  que  le  capital  dépensé  par  le  fermier  ou  le  propriétaire ­
  en  améliorations  agricoles,  alors  ce  ne  serait  plus  un  impôt  partiel ­
  sur  les  profits  du  capital  du  fermier  ou  du  propriétaire,  ce  serait
un  impôt  sur  le  capital  de  tous  les  producteurs,  et,  par  conséquent,
il  ne  pourrait  plus  être  rejeté  ni  sur  le  consommateur  des  produits
immédiats  de  la  terre,  ni  sur  le  propriétaire.  Les  profits  du  fermier  ne
se  ressentiraient  pas  plus  de  l’impôt  que  ceux  du  manufacturier,  et  le
        <pb n="289" />
        237

CHAP.  XVIll.  —  DE  LA  TAXE  DES  PAUVRES,
premier  ne  pourrait  pas  plus  que  le  second  prendre  ce  prétexte  pour
élever  le  prix  de  sa  denrée.  Ce  n’est  point  la  baisse  absolue  des  profits,
e’est  leur  baisse  relative  qui  détourne  les  capitaux  d  un  commerce
quelconque  ;  c’est  la  différence  entre  les  profits  qui  attire  le  capital
d’un  emploi  vefs  un  autre.
Il  faut  cependant  convenir  que  dans  l’état  actuel  de  la  taxe  des
pauvres  en  Angleterre,  une  plus  grande  partie  de  cette  contribution
tombe  sur  le  fermier  que  sur  le  manufacturier,  eu  égard  aux  profits
respectifs  de  chacun,  le  fermier  étant  imposé  d  après  les  productions
qu’il  retire  de  la  terre,  et  le  manufacturier  ne  l’étant  que  d’après ­
  la  valeur  des  bâtiments  dans  lesquels  il  travaille,  sans  aucun
égard  à  la  valeur  des  machines,  du  travail  industriel,  ni  du  capital
qu’il  peut  employer.  Il  s’ensuit  que  le  fermier  peut  élever  le  prix  de
ses  produits  de  la  totalité  de  cette  différence  5  car,  puisque  1  impôt
est  inégal  dans  sa  répartition,  et  qu  il  atteint  surtout  ses  profits,  le
fermier  aurait  moins  d  avantage  à  consacrer  son  capital  à  1  agriculture, ­
  qu'à  l’employer  dans  un  autre  commerce,  si  les  produits  de  la
terre  ne  montaient  pas  de  prix.  Si,  au  contraire,  1  impôt  eût  pesé
avec  plus  de  force  sur  le  manufacturier  que  sur  le  fermier,  le  premier ­
  aurait  pu  élever  le  prix  de  ses  marchandises  de  tout  le  montant ­
  de  la  différence,  par  la  raison  même  qui,  en  de  pareilles  circonstances, ­
  aurait  déterminé  le  fermier  à  élever  le  prix  des  produits  de
la  terre.  Dans  un  pays  dont  l’agriculture  acquiert  tous  les  jours  une
nouvelle  extension,  si  les  impôts  pour  les  pauvres  pèsent  particulièrement ­
  sur  l’agriculture,  ils  seront  payés,  partie  par  ceux  qui  enp
ploient  les  capitaux  et  qui  en  retireront  moins  de  profits,  et  partie
par  le  consommateur  des  produits  de  la  terre,  qui  les  paiera  plus  cher.
Dans  un  tel  état  de  choses,  l’impôt  peut,  dans  certaines  circonstances,
devenir  même  avantageux  aux  propriétaires,  au  lieu  de  leur  être  nuisible ­
  ;  car,  si  l’impôt  payé  par  les  cultivateurs  des  terres  de  la  plus
mauvaise  qualité,  est  plus  fort,  relativement  à  la  quantité  du  produit ­
  obtenu,  que  l’impôt  payé  par  les  fermiers  des  terres  les  plus  fertiles, ­
  la  hausse  dans  le  prix  du  blé,  qui  doit  s’étendre  à  tous  les  blés,
fera  plus  qu’indemniser  ces  derniers  fermiers  du  montant  de  l’impôt. ­
  Ils  conserveront  cet  avantage  pendant  tout  le  temps  que  dureront ­
  leurs  baux  ;  mais,  à  leur  expiration,  il  passera  aux  propriétaires.
Voilà  quel  serait  l’effet  de  la  taxe  des  pauvres  dans  un  état  de
prospérité  croissante  de  la  société  j  mais  dans  un  état  stationnaire
ou  rétrograde,  s’il  était  impossible  de  retirer  les  capitaux  employés
à  la  culture  des  terres,  dans  le  cas  où  l’on  augmenterait  le  taux  de
l’impôt,  la  partie  qui  tomberait  sur  l’agriculture  serait  payée,  pen-
        <pb n="290" />
        238

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
dant  Ja  durée  des  baux,  par  les  fermiers  ;  mais  à  l’expiration  des
baux,  elle  tomi)erait  presque  eu  entier  sur  les  propriétaires.  Le  fermier ­
  qui,  pendant  la  durée  de  son  précédent  bail,  aurait  consacré  son
capital  à  des  améliorations  agricoles,  serait  imposé,  par  cette  nouvelle ­
  taxe,  d’après  la  nouvelle  valeur  que  la  terre  aurait  acquise
par  ses  améliorations,  et  serait  forcé  de  payer  sur  ce  pied  pendant  son
bail,  quoique  par  là  ses  prolits  pussent  sc  trouver  réduits  au-dessous
du  taux  général  ;  car  le  capital  qu’il  a  déboursé  peut  se  trouver
tellement  identifié  avec  la  terre,  qu’il  soit  impossible  de  l’en  séparer.
Si  en  effet,  le  fermier  ou  son  propriétaire  (en  supposant  que  ce  fût
ce  dernier  qui  eût  fait  les  avances)  ponvaient  retirer  ce  capital  en
réduisant  ainsi  la  valeur  annuelle  de  la  terre,  la  part  de  l'impôt  diminuerait ­
  a  proportion.  Et  comme  les  produits  diminueraient  en  même
temps,  ils  hausseraient  de  prix  ;  ce  qui  servirait  de  compensation  à
l’impôt,  dont  la  charge  serait  reportée  sur  le  consommateur,  sans
qu’aucune  partie  en  tombât  sur  la  rente.  Mais  cela  est  impossible,  au
moins  pour  ce  qui  regarde  une  •certaine  partie  du  capital,  sur  laquelle
par  conséquent  l’impôt  sera  payé  par  les  fermiers  pendant  le  cours
de  leurs  baux,  et  par  les  propriétaires,  à  leur  expiration.  Cette  contribution ­
  additionnelle,  en  tant  qu  elle  tomberait  d’une  manière  inégale ­
  sur  les  manufacturiers,  serait  dans  un  pareil  cas,  ajoutée  au  prix
de  leurs  marchandises  ;  car  il  ne  peut  y  avoir  de  raison  pour  que  leurs
profits  soient  réduits  au-dessous  du  taux  général  des  profits,  quand
il  leur  serait  si  aisé  de  détourner  leurs  capitaux  vers  l’agriculture  *.

’  Dans  une  partie  antérieure  de  eet  ouvrage,  j’ai  établi  la  ditïérenee  qui  existe
entre  la  rente  proprement  dite  et  la  rétribution  payée,  sous  ce  nom,  au  propriétaire ­
  pour  les  profits  que  le  fermier  a  retirés  de  l’emploi  du  capital  du  propriétaire; ­
  mais  peut-être  n’ai-je  pas  suffisamment  distingué  les  différents  résultats
qui  seraient  la  suite  des  différents  emplois  de  ce  capital.  (k)mme  une  partie  de
ce  fonds,  une  fois  qu  'il  est  employé  à  ramélioration  de  la  terre,  s’identifie  avec  elle,
et  tend  à  augmenter  sa  force  productive,  la  rétribution  payée  au  propriétaire
pour  l’usage  de  la  terre  est  strictement  de  la  nature  de  la  rente,  et  est  sujette  aux
mêmes  lois.  Que  les  améliorations  soient  faites  aux  frais  du  propriétaire  ou  du
fermier,  on  ne  les  entreprendra  pas,  à  moins  qu’il  n’y  ait  une  grande  probabilité
que  le  profit  qui  en  résultera  sera  au  moins  égal  à  celui  qu’on  pourrait  tirer  de
tout  autre  emploi  du  même  capital  ;  mais  une  fois  ces  avances  faites,  le  retour
obtenu  sera  entièrement  de  la  nature  d’une  rente,  et  sujet  à  toutes  ses  \ariatious.
Quelques-unes  de  ces  dépenses  cependant  n’améliorent  la  terre  que  pour  un  temps
limité,  et  n’augmentent  point  ses  facultés  productives  d’une  manière  permanente.
Tels  sont  des  batiments  et  autres  améliorations  périssables  qui  ont  besoin  d’être  •
constamment  renouvelées,  et  qui,  par  conséquent,  n’augmentent  point  le  revenu
réel  du  propriétaire.  {Note  de  l’Auteur  J
        <pb n="291" />
        CHAP.  XIX.  —  DES  CHANGEMENTS  DANS  LES  VOIES  DU  COMM.  239

CHAPITRE  XIX.

ÜES  CHANtiEMETSTS  SOlJDAlISS  DANS  LES  VOIES  DU  COMMERCE.

Tu  pays  très-riclie  en  manufactures  est  particulièrement  expose  à
(les  revers  et  à  des  accidents  temporaires,  provenant  du  transport
des  capitaux  d’un  emploi  dans  un  autre.  Les  demandes  des  produits
de  l’agriculture  sont  uniformes,  et  elles  ne  sont  pas  sous  l’intluence
de  la  mode,  du  préjugé  ou  du  caprice.  Pour  la  conservation  de  la
vie,  il  faut  de  la  nourriture,  et  dès  lors  la  demande  de  subsistances
doit  se  soutenir  dans  tous  les  temps  et  dans  tous  les  pays.  Il  n’en
est  pas  de  même  pour  ce  qui  regarde  les  objets  manulacturés,  dont
la  demande  dépt  nd,  non-seulement  des  besoins,  mais  encore  du  goût
et  du  caprice  des  acheteurs.  De  plus,  un  nouvel  impôt  peut  détruirt
les  avantages  comparatifs  qu’un  pays  retirait  auparavant  de  la  fabrication ­
  d’une  certaine  marchandise,  ou  bien  la  guerre  peut  faire
tellement  hausser  le  fret  et  l’assurance,  que  ces  produits  manufacturés ­
  ne  puissent  plus  soutenir  la  concurrence  avec  les  ouvrages
fabriqués  dans  les  dilférents  pays  où  ces  produits  étaient  exportés
auparavant.  Dans  tons  ces  cas,  ceux  qui  se  trouvent  engagés  dans
la  fabrication  de  ces  articles,  éprouveront  une  grande  crise  ,  et
feront  sans  doute  (Quelques  pertes.  Les  maux  seront  sentis,  nonseulement
  au  moment  du  changement,  mais  encore  pendant  tout
I  intervalle  «pii  s’écoulera  avant  que  les  industriels  donnent  une  nouvelle ­
  direction  à  leurs  capitaux  et  aux  bras  dont  ils  disposent,  en  les
(iirigeant  vers  un  autre  genre  d’industrie.
Le  mal  ne  se  fera  pas  sentir  seulement  dans  le  pays  où  cesdiflicultés
  ont  pris  naissance  :  il  s’étendra  également  à  ceux  où  ce  pays  exportait ­
  auparavant  ses  inarcbandLses.  i\ul  pays  lie  peut  longtemps  importer, ­
  sans  ex])orter  en  même  temps,  comme  il  ne  saurait  exporter
longtemps  sans  iinjiorter.  S’il  arrive  donc  quelque  circonstance  qui
empêche  un  pays  d’importer  la  quantité  ordinaire  de  marchandises
étrangères,  la  fabrication  de  quelques-uns  des  objets  que  1  on  expor
lait  ordinairement  diminuera  nécessairement  ;  et  quoique  la  valeur
        <pb n="292" />
        240

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
totale  (les  productions  du  pays  n’en  souffre  que  peu  de  variation,—
le  capital  employé  restant  le  même,  —  ces  produits  ne  seront  plus
ni  aussi  abondants  ni  à  si  bon  marché,  et  le  changement  dans  l’emploi ­
  des  capitaux  entraînera  une  grande  détresse.
Si,  par  l’emploi  de  10,000  1.  st.  dans  la  fabrication  des  tissus  de
coton  destinés  à  l’exportation,  nous  importions  chaque  année  trois
mille  paires  de  bas  de  soie  de  la  valeur  de  2,0001.,  et  que,  par  l’interruption ­
  du  commerce,  nous  fussions  obligés  de  détourner  ce  capital
de  la  fabrication  des  tissus  de  coton,  pour  l’employer  dans  celle  des
bas,  nous  continuerions  toujours  à  obtenir  des  bas  pour  la  valeur  de
2,000  1.,  pourvu  qu’aucune  partie  du  capital  n’eùt  été  détruite  ;  mais
au  lieu  d’avoir  trois  mille  paires  de  bas,  nous  pourrions  n’en  avoir
que  deux  mille  cinq  cents.  Dans  le  passage  des  capitaux  de  l’industrie
du  coton  à  celle  des  bas  de  soie,  les  particuliers  pourraient  éprouver
une  grande  gène,  sans  que  néanmoins  la  valeur  du  capital  national
en  souffrît  beaucoup  ,  et  sans  que  la  quantité  de  la  production  annuelle ­
  se  trouvât  diminuée  \
Une  guerre  qui  éclate  après  une  longue  paix,  ou  une  paix  qui  suc
cède  à  une  longue  guerre,  occasionne  en  général  une  grande  détresse
dans  le  commerce.  Ces  événements  changent  considérablement  la  nature ­
  des  emplois  auxquels  les  capitaux  étaient  consacrés  auparavant
dans  chaque  pays;  et  pendant  que  s’en  opère  le  nouveau  classement,
le  capital  fixe  dort,  s’anéantit  même  parfois,  et  les  ouvriers  n’ont  plus
assez  de  travail.  La  durée  de  cette  crise  sera  plus  ou  moins  longue,
selon  le  degré  de  répugnance  que  la  plupart  des  hommes  éprouvent  à
quitter  le  genre  d’industrie  dans  lequel  ils  ont  pendant  longtemps
été  dans  l’habitude  d’employer  leur  capital.  La  détresse  est  souvent

'  «  Le  commence  nous  permet  d’aller  chercher  une  marchandise  dans  les
lieux  où  elle  existe  et  de  la  transporter  dans  d’autres  lieux  où  on  la  consomme.  Il
nous  donne  donc  les  moyens  d’accroître  la  valeur  d’une  marchandise  de  toute  la
différence  entre  les  prix  courants  de  ces  différentes  localités.  »  —  J.-B.  Sav.
Cela  est  parfaitement  vrai.  IMais  comment  se  crée  cette  valeur  additionnelle?
En  ajoutant  aux  frais  de  production  :  1°  les  frais  de  transport  ;  2“  les  profits  affé
rents  au  capital  avancé  par  le  marchand.—La  marchandise  indiquée  par  l’auteur
haussera  de  valeur  par  les  raisons  mêmes  qui  font  hausser  celle  de  tous  les  autres
produits,  c’est-à-dire  par  le  surcroît  de  travail  consacré  à  leur  production  et  à
leur  transport,  avant  qu’elles  atteignent  le  consommateur.  Il  ne  faut  donc  pas
considérer  ceci  comme  un  des  avantages  qui  naissent  du  commerce.  En  examinant ­
  cette  question  de  plus  près,  on  trouve  que  les  bienfaits  du  commerce  se
réduisent  à  nous  permettre  d’acquérir,  non  des  objets  plus  chers,  mais  des  objets
plus  utiles.  (Note  de  l’Auteur.J
        <pb n="293" />
        CHAP.  XIX.  —  DES  CHANGEMENTS  DANS  LES  VOIES  DU  COMM.  2il
aussi  prolongée  par  les  restrictions  et  prohibitions  auxquelles  donnent ­
  naissance  les  jalousies  absurdes  qui  existent  entre  les  différents
états  de  la  république  commerciale.
La  détresse  qui  provient  d’un  changement  dans  les  voies  du  commerce ­
  est  souvent  confondue  avec  celle  qui  accompagne  une  diminution ­
  du  capital  national  et  un  état  rétrograde  de  la  soeiété  ;  et  il  serait
dillicile  d’indiquer  des  signes  certains  au  moyen  desquels  on  put
distinguer  l’une  de  l’autre.
Cependant,  lorsque  cette  détresse  se  fait  sentir  immédiatement  à
la  suite  du  passage  de  la  guerre  à  la  paix,  la  connaissance  que  nous
avons  de  l’existence  d’une  pareille  cause  rend  très-probable  cette
opinion  que  les  fonds  pour  l’entretien  des  travailleurs  ont  plutôt  été
détournés  de  leurs  canaux  ordinaires  que  notablement  entamés,  et
fait  espérer  qu’après  quelques  souffrances  passagères,  la  nation  reprendra ­
  de  nouveau  sa  prospérité.  Il  faut  aussi  se  rappeler  que  l’état
rétrograde  d’une  nation  est  toujours  un  état  anormal.  L’homme
parvient  de  l’enfance  à  l’âge  viril,  et  alors  il  décline  jusqu’à  la  mort  j
mais  cette  marche  n’est  pas  celle  des  nations.  Une  fois  qu’elles  sont
parvenues  à  leur  plus  grande  force,  il  se  peut  qu  elles  ne  puissent
plus  avancer  au  delà  de  ce  terme;  mais  leur  tendance  naturelle  est
de  continuer  pendant  des  siècles  à  maintenir  leur  richesse  et  leur  population ­
  dans  le  même  état  de  prospérité.
Dans  les  pays  riches  et  puissants,  où  il  y  a  de  grands  capitaux
placés  en  machines,  la  détresse  provenant  d’un  changement  de  direction ­
  dans  le  commerce  sera  plus  sensible  que  dans  des  pays  plus
pauvres,  où  il  y  a  proportionnellement  une  moindre  valeur  en  capital ­
  lixe,  et  une  plus  grande  en  capital  circulant,  et  où  par  conséquent
il  se  fait  plus  d’ouvrage  par  la  main  des  hommes.  Il  n’est  pas  aussi
dillicile  de  retirer  un  capital  circulant  qu’un  capital  fixe,  de  l’emploi
dans  lequel  il  peut  être  engagé.  Il  est  souvent  impossible  de  faire
servir  à  un  genre  de  manufacture  les  machines  construites  pour  un
autre;  mais  l’habillement,  la  nourriture  et  le  logement  d’un  ouvrier
quelconque,  peuvent  lui  servir  également  dans  toute  branche  de  travail ­
  ;  —  en  d’autres  termes,  le  même  ouvrier  peut  recevoir  la  même
nourriture  ,  le  même  habillement.  le  même  logement,  quoiqu’il  soit
employé  à  un  autre  genre  d’occupation.  Ce  mal  est  cei&amp;gt;endant  un  de
ceux  auxquels  une  nation  riche  doit  se  soumettre,  et  il  ne  serait  pas
plus  raisonnable  de  s’en  plaindre,  qu’à  un  riche  négociant  de  s’affliger
que  son  navire  soit  exposé  aux  dangers  de  la  mer,  pendant  que  la
chaumière  de  son  pauvre  voisin  se  trouve  à  l’abri  de  tout  risque.
{OEm\  (le  Hieardo.)  IC
        <pb n="294" />
        2i2

l'RINCIPES  DE  l/to)NOMlE  POUTIQUE.
L’agriculUire  même  n’cst  pas  à  l’al)ri  de  ces  aceideiits,  quoique  à
un  moindre  degré.  La  guerre,  qui  interrompt  les  relations  d’un  pays
commercial  avec  les  autres  États,  empêche  souvent  l’exportation  du
blé,  des  pays  où  il  peut  être  produit  à  peu  de  frais,  dans  d’autres  pays
qui,  sous  ce  rapport,  sont  moins  favorisés  de  la  nature.  Dans  de
pareilles  circonstances,  une  quantité  extraordinaire  de  capital  est  dirigée ­
  vers  l’agriculture  dans  le  pays  qui  importait  auparavant  du  blé,
et  qui  devient  par  là  indépendant  des  secours  de  l’étranger.  A  la
fin  de  la  guerre,  les  obstacles  à  l’importation  cessent,  et  une  concurrence ­
  funeste  au  producteur  national  commence  ;  il  ne  peut  s’y
soustraire  sans  faire  le  sacrifice  d’une  partie  de  son  capital.  Le  meilleur ­
  expédient  pour  un  Ktat,  serait  de  mettre  un  impôt  dont  la  valeur
décroîtrait  de  temps  en  temps,  sur  l’importation  des  blés  étrangers,
pendant  un  nombre  limité  d’années,  afin  d’offrir  au  cultivateur  national ­
  l’opportunité  de  retirer  graduellement  son  capital  de  l’agriculture ­
  L  En  adoptant  une  pareille  mesure,  le  jiays  pourrait  ne  pas
faire  de  son  capital,  la  distribution  la  plus  avantageuse,  mais  l’impôt
temporaire  auquel  il  se  trouverait  assujetti  serait  avantageux  à  une
classe  particulière  de  la  société,  à  celle  dont  le  cajiital  aurait  été  consacré ­
  à  faire  croître  les  subsistances  nécessaires  au  pays  pendant  la
‘  On  trouve  dans  le  dernier  volume  du  Supplémeiit  a  l’Kneydopédie  britannique, ­
  à  l’article  ;  Du  commerce  et  de  la  législation  des  céréales,  les  excellentes ­
  observations  qui  suivent  :  «  Si  à  une  époque  future  nous  devons  revenir  sur
nos  pas,  il  faudra,  pour  favoriser  le  passage  des  capitaux  des  terrains  pauvres  à
des  industries  plus  lucratives,  agir  au  moyen  d’une  échelle  décroissante  de
droits.  Ainsi  on  pourrait  abaisser  annuellement  de  4  a  5  scb.  par  quarter,  le  droit
de  80  scb.,  qui  est  actuellement  la  limite  où  commence  la  libre  importation  des
céréales.  Arrivé  à  50  scb.,  on  ouvrirait  les  ports  en  sécurité,  et  le  système  restrictif ­
  pourrait  être  à  jamais  aboli.  Quand  ce  salutaire  événement  aura  été  accompli, ­
  il  ne  sera  plus  nécessaire  d’entrer,  par  voie  de  législation,  en  lutte  avec  la
nature.  Le  capital  et  le  travail  du  pays  se  dirigent  sur  les  branches  d'industrie  qui
répondent  le  mieux  à  notre  situation  géographique,  à  notre  caractère  national,
ou  à  nos  institutions  politiques.  ï,e  blé  de  la  Pologne,  les  cotons  de  la  Caroline
s’échangeront  contre  les  produits  de  Birmingham  et  les  mousselines  de  Glascow.
Le  véritable  génie  du  commerce,  celui  qui  assure  à  jamais  la  prospérité  d’un
pays,  est  complètement  incompatible  avec  les  allures  clandestines  et  timides  du
monopole.  Les  peuples  de  la  terre  étant  comme  les  différentes  provinces  du  même
royaume,  doivent  retirer  de  la  liberté  illimitée  des  échanges  d’immenses  avantages ­
  locaux  et  généraux.  »
Tout  cet  article  de  l'Encyclopédie  britannique  mérite  une  attention  sérieuse  :
bien  écrit,  savamment  pensé,  il  dénote  chez  l’auteur  une  connaissance  profonde
du  sujet.  de  r/tnteur.J
        <pb n="295" />
        CHAP.  XIX.  —  DES  CHANGEMENTS  DANS  LES  VOIES  DU  COMM.  2i3
suspension  de  l’importation.  Si  de  pareils  efforts,  faits  dans  un  moment ­
  critique,  entraînaient  le  risque  de  se  trouver  ruiné  au  moment
où  les  besoins  cesseraient,  personne  ne  voudrait  exposer  son  capital
dans  un  pareil  emploi.  Outre  les  profits  ordinaires  des  capitaux,  le
fermier  s’attendrait  à  être  indemnisé  du  risque  auquel  il  serait  exposé ­
  par  une  affluence  subite  de  blé,  et  ])ar  conséquent  le  prix  pour
le  consommateur,  dans  la  saison  où  celui-ci  aurait  le  plus  besoin
d’approvisionnement,  éprouverait  uue  hausse  due  non-seulement
au  renchérissement  de  la  culture  du  blé  dans  le  pays,  mais  encore
à  la  i)rime  d’assurance  qu’il  serait  obligé  de  payer,  pour  le  risque
particulier  auquel  cet  emploi  expose  le  capital.  Et  quoiqu’il  résultât
un  plus  grand  avantage  pour  le  pays  de  l’importation  du  blé  à  bon
marché,  il  serait  peuf-ètre  convenable  de  mettre,  pendant  quelques
années,  un  droit  sur  l’importation  de  cette  denrée.
En  traitant  de  la  rente  nous  avons  vu  ([u’à  chaíjue  augmentation  de
rapprovisionnement  du  blé,  et  à  chaque  diminution  de  son  prix,  ipii
en  est  la  suite,  on  dégagera  les  capitaux  employés  sur  les  mauvaises
terres;  et  les  terrains  d’une  qualité  supérieure  qui,  dans  ce  cas,  ne
paieraient  pas  de  rente,  deviendraient  la  mesure  commune  par  laquelle ­
  se  réglerait  le  prix  naturel  du  blé.  Quand  il  serait  à  4  1.  le
quarter,  des  terres  inférieures,  que  l’on  peut  désigner  par  le  n®  ü,
pourraient  être  cultivées;  on  s’arrêterait  au  n"  5,  à  .‘i  1.  au  n®  4  et
ainsi  de  suite.  Si  le  blé,  ])ar  l’effet  d’une  abondance  permanente,
tombait  à  I.  10  scb.,  le  capital  employé  dans  le  n"  G  cesserait  sou
emploi;  car  ce  n’est  que  quand  le  blé  vaut  4  1.,  que  ce  capital  peut
ra¡)porter  les  profits  ordinaires,  même  étant  exempt  de  rente.  Il
serait  donc  déplacé  pour  être  employé  à  fabriijuer  les  produits  avec
lesquels  on  achèterait  et  l’on  importerait  tout  le  blé  que  l’on  récoltait ­
  sur  le  n"  G.  Dans  ce  nouvel  emploi,  il  deviendrait  nécessairement
plus  lucratif  pour  le  capitaliste;  car,  s’il  pouvait  obtenir  plus  de
blé  par  la  culture  de  la  terre  dont  il  ne  paie  pas  de  rente,  (pie  parla
fabrication  d’un  produit  quelconque  avec  lequel  il  peut  acheter  du
blé,  son  prix  ne  pourrait  pas  être  au-dessous  de  4  1.
On  a  pourtant  prétendu  que  l’on  ne  pouvait  pas  retirer  le  capital
engagé  dans  la  terre,  parce  qu’il  se  convertit  en  déjiensi's  qu’on  ne
peut  plus  recouvrer,  telles  que  celles  des  engrais,  des  cbHnrcs,  des
dessèchements,  etc.,  (jui  s’incorporent  à  la  terre,  et  en  deviennent
inséparables.  Cela  est  vrai  jus(}u’à  uncertain  point;  mais  le  capital
qui  se  compose  de  bétail,  de  moutons,  de  meules  de  foin  ou  de  blé,
de  charrettes,  etc.,  peut  être  retiré;  et  il  reste  à  calculer,  si  c(îs  ob-
        <pb n="296" />
        ç,^  principes  de  L'économie  politique.
jets  doivent  continuer  à  èlre  employés  sur  la  terre,  malgré  le  bas
prix,  du  blé,  ou  s’il  ne  vaut  pas  mieux  les  vendre,  et  employer  leur
valeur  à  autre  ebose.
Supposons,  cependant,  que  le  fait  soit  tel  qu’on  l’énonce,  et  qu’aucune ­
  partie  du  capital  ne  puisse  être  retirée  %  le  fermier,  dans  ce
cas,  continuerait  à  cultiver  du  blé,  et  à  en  récolter  ])récisément  la
même  quantité,  quel  qu’en  fût  le  prix  ;  car  il  ne  serait  pas  de  son  intérêt ­
  d’en  récolter  moins,  puisque,  s’il  n’employait  pas  son  capital
de  cette  manière,  il  n’en  obtiendrait  aucun  profit.  Il  n  y  aurait  aucune ­
  importation  de  blé,  car  on  le  vendrait  au-dessous  de  ^  1.  10  scb.,
plutôt  que  de  ne  pas  le  vendre  ;  et,  dans  le  cas  supposé,  le  négociant
qui  en  importerait  de  l’étranger  ne  pourrait  point  le  donnei  au-dessous ­
  de  ce  prix.  A  la  vérité,  les  fermiers  qui  cultiveraient  des  terres
de  cette  qualité  inférieure,  souffriraient  de  la  baisse  dans  la  xaleui
échangeable  de  leurs  denrées  ;  mais  quel  effet  en  éprouverait  le  jiays?
^'ous  aurions  précisément  la  même  quantité  de  toutes  sortes  de  produits; ­
  mais  les  produits  immédiats  de  la  terre,  et  le  blé,  se  vendraient
à  bien  meilleur  marché.  Le  capital  d’un  pays  se  compose  de  ses  produits; ­
  et  comme  ils  seraient  les  mêmes  qu’auparavant,  la  reproduction ­
  s’en  ferait  toujours  dans  la  même  proportion.  Le  bas  prix  du
blé  ne  rapporterait  cependant  les  profits  ordinaires  des  capitaux  que
sur  les  terres  n"  5,  qui,  dans  ce  cas,  ne  paieraient  pas  de  rente,  et
celle  de  toutes  les  terres  d’une  qualité  supérieure  baisserait  ;  les

*  Tout  le  capital  engagé  dans  la  terre,  quelle  que  soit  d’ailleurs  son  importance,
doit,  à  l’expiration  du  bail,  rester  au  propriétaire,  et  non  au  fermier.  La  rémunération ­
  accordée  au  propriétaire  pour  l’usage  de  ce  capital  lui  reviendra  toujours
sous  forme  de  rente;  mais  cette  rente  elle-même  cesserait  du  jour  où,  avec
une  quantité  donnée  de  capital,  on  pourrait  récolter  sur  des  terres  éloignées  plus
de  blé  que  sur  celles  où  ont  été  versés  les  capitaux.  Si  la  situation  du  pays  exige
l’importation  de  céréales  étrangères,  si  ,  avec  la  même  somme  de  frais,  ou  peut
récolter  1100quarters,  au  lieu  de  1000  quarters,  il  se  formera  nécessairement
alors  une  rente  de  100  1.  st.  Mais  si  au  dehors  on  obtient  1200  quarters,  la  culture ­
  indigène  sera  abandonnée,  car  elle  ne  donnera  même  plus  le  taux  général
des  profits.  Mais  quelque  forts  que  soient  les  capitaux  engagés  dans  la  terre,  il  ne
faudrait  pas  voir  dans  tout  ceci  un  inconvénient  bien  grave.  Tout  capital  qu’on
dépense  aboutit  ou  doit  aboutir  à  une  augmentation  de  produits  :  —  il  est  essentiel ­
  de  ne  pas  perdre  de  vue  cette  considération  fondamentale.  Qu’importe,  dès
lors,  à  la  société  que  la  moitié  de  son  capital,  ou  même  que  la  totalité  de  ce  capital ­
  s’anéantisse,  si  l’on  en  retire  un  produit  annuel  plus  considérable.  Ceux  qui
déploreraient  la  perte  du  capital  dans  des  cas  pareils,  me  sembleraient  sacrifier  la
lin  aux  moyens.  (Sote  île  l’Auteur.)
        <pb n="297" />
        CHAl&amp;gt;.  XIX.  —  DES  CHANGEMENTS  DANS  LES  VOIES  DU  CüMM.  24.^i

salaires  baisseraient  eu  môme  temps,  tandis  que  les  profits  monteraient. ­

A  quelque  bas  prix  que  tombât  le  blé,  si  le  capital  ne  pomait  être
retiré  de  la  terre,  et  si  la  demande  n’augmentait  pas,  1  importation
du  blé  serait  impossible,  car  le  pays  en  produirait  la  même  quantité
qu’auparavant.  Bien  qu’il  y  eût  un  partage  différent  du  produit,
bien  que  (¡ueb^ues  classes  de  la  société  y  gagnassent,  et  que  d  autres
y  perdissent,  la  somme  totale  de  la  production  serait  exactement  la
même,  et  la  nation,  prise  collectivement,  ne  se  trouverait  ni  plus

riche  ni  plus  pauvre.
Mais  une  baisse  relative  dans  le  prix  du  blé  a  toujours  cet  heureux
résultat  d’accroître  le  fonds  destiné  à  payer  le  travail;  car,  sous  le
nom  de  profits,  une  part  plus  considérable  reviendra  à  la  classe  productive, ­
  et  une  moindre  part,  sous  le  titre  de  rente,  a  la  classe  improductive. ­


Cela  est  vrai,  même  en  admettant  que  le  capital  ne  peut  pas  être
retiré  de  la  terre,  et  qu’il  doit  y  être  employé  ou  rester  sans  emploi.
Si  pourtant  une  grande  partie  de  ce  capital  pouvait  être  retirée,  comme ­
  il  est  évident  que  cela  est  possible,  elle  ne  le  sera  cependant  que
lorsqu’elle  rapportera  davantage  au  propriétaire  dans  un  autre  emjdoi.
  Cette  portion  de  capital  ne  sera  donc  retirée  que  lorsqu’elle
pourra  être  employée  d’une  manière  plus  productive  et  pour  le  propriétaire ­
  et  pour  le  public.  Le  j)ropriétairc  consent  à  perdre  la  portion ­
  de  capital  qu’il  ne  peut  dégager  de  la  terre;  car  avec  la  portion
qu’il  lui  est  possible  d’en  retirer,  il  peut  obtenir  une  plus  grande  valeur ­
  et  une  plus  grande  quantité  de  produits  agricoles,  que  s  il  voulait ­

  tirer  parti  de  la  portion  de  capital  qu’il  laisse  dans  la  terre.  Il
SC  trouve  précisément  dans  la  position  d’une  personne  qui  aurait
construit  à  grands  frais  des  machines  dans  une  manufacture,  machines ­
  qui  auraient  été  tellement  perfectionnées  par  de  récentes  découvertes, ­
  (ju’il  en  serait  résulté  une  diminution  dans  le  prix  de  ses
produits.  Ce  serait  un  sujet  bien  digne  de  calcul  pour  lui,  de  savoir
s’il  doit  abandonner  scs  vieilles  machines,  et  les  remplacer  par  d’autres ­
  plus  parfaites,  en  perdant  toute  la  valeur  des  anciennes,  ou  continuer ­
  à  tirer  parti  de  leur  puissance,  comparativement  faible.  Quel
serait  l’homme  qui,  dans  de  telles  circonstances,  s’aviserait  de  lui
conseiller  de  ne  ¡mint  adopter  les  nouvelles  machines,  par  la  raison
que  cela  diminuerait  ou  détruirait  même  la  valeur  des  anciennes.
l’elest  cependant  le  raisonnement  de  ceux  qui  voudraient  que  1  on
défendît  l’importation  du  blé,  raisonnement  fondé  sur  ce  qu  elle  tend
        <pb n="298" />
        «

246  1‘IUNCIPES  DE  L’ÉCOiNOMlE  POLITIQUE.
à  diminuer  ou  même  à  anéantir  cette  partie  du  capital  du  fermier
qui  est  pour  jamais  identifiée  avec  la  terre.  Ils  ne  voient  pas  que
tout  commerce  tend  à  augmenter  la  production,  et  que,  par  cet  accroissement ­
  ,  le  bien-être  général  est  augmenté,  quoiqu’il  puisse  en
résulter  quelque  perte  partielle.  Pour  être  d’accord  avec  eux-mêmes,
ils  devraient  chercher  à  arrêter  tout  perfectionnement  en  agriculture
et  en  manufactures,  et  toutes  les  inventions  de  machines;  car,  quoique ­
  tous  ces  perfectionnements  contribuent  à  l’abondance  générale,
et  par  conséquent  au  bonheur  de  toute  la  société,  ils  ne  manquent
pourtant  jamais,  au  moment  où  ils  sont  introduits,  de  détériorer
ou  d’anéantir  une  partie  du  capital  existant  des  cultivateurs  et  des
manufacturiers.
La  culture  des  terres,  ainsi  que  tous  les  autres  commerces,  surtout
dans  un  pays  commerçant,  est  sujette  à  une  réaction,  qui,  dans  un
sens  opposé,  succède  à  l’action  produite  par  une  forte  cause  excitante. ­
  C’est  ainsi  que,  si  une  guerre  interrompt  l’importation  du
blé,  la  hausse  de  prix  qui  s’ensuivra  attirera  les  capitaux  vers  l’agriculture, ­
  par  rappât  des  gros  profits  qu’un  tel  emploi  présente.  11
en  résultera  probablement  qu’il  y  aura  plus  de  capital  employé,  et
qu’il  sera  apporté  au  marché  plus  de  denrées  du  sol  qu’il  n’en  faut
pour  la  demande  du  pays.  Dans  ce  cas,  le  prix  du  blé  tombera  par
reflet  de  la  surabondance  ,  et  jusqu’à  ce  que  le  terme  moyen  de
l’offre  se’trouve  de  niveau  avec  celui  de  la  demande,  les  cultivateur  ;
seront  sous  le  coup  d’une  crise  douloureuse.
        <pb n="299" />
        cil.  XX.

UES  PKOrKlÉTÉS  UE  LA  VALEIH  ET  UES  RICHESSES.

2T7

CHAPITRE  XX.

DKS  1‘KOPRIÉTKS  lUSTIPiCTIVES  DE  LA  VALEUR  ET  DES  RICHESSES.

«  Un  liomme  est  pauvre  ou  riche,  dit  Adam  Smith  ,  selou  le  plus
»  ou  moins  de  choses  nécessaires,  utiles  ou  agréables,  dont  il  peut
»  se  procurer  la  jouissance.  »
La  valeur  diffère  donc  essentiellement  de  la  richesse  ;  car  la  valeur
ne  dépend  pas  de  l’ahondance,  mais  bien  de  la  difficulté  ou  de  la
facilité  de  production.  Le  travail  d’un  million  d’hommes  produira
toujours  la  même  valeur  industrielle,  sans  produire  toujours  la
môme  richesse.  Par  l’invention  de  machines,  par  plus  d’hahileté,
par  une  division  mieux  entendue  du  travail,  ou  par  la  découverte  de
nouveaux  marchés  où  l’on  peut  faire  des  échanges  plus  avantageux,
un  million  d’hommes  peut,  dans  un  état  donné  de  la  société,  doubler ­
  ou  tripler  les  richesses,  les  choses  nécessaires,  utiles  ou  agréables, ­
  que  produisait  aujiaravant  le  môme  nombre  d’ouvriers  ;  mais
on  n’ajouterait  rien  par  là  à  la  valeur  des  produits.  Lu  effet,  tou
augmente  ou  baisse  de  valeur  à  pro[)ortion  de  la  facilité  ou  de  la
difficulté  de  production,  ou,  en  d’autres  mots,  à  proportion  de  la
quantité  de  travail  employée  dans  la  production.
Supposons  (ju’avec  un  capital  donné,  le  travail  d  un  certain  nombre ­
  d  ouvriers  puisse  produire  mille  paires  de  bas^  et  que,  par  des
inventions  de  machines,  le  môme  nombre  d  hommes  puisse  en  produire ­
  deux  mille  paires,  ou  qu’en  continuant  à  produire  mille  paires, ­
  il  puisse,  de  plus,  fabriquer  cinq  cents  chapeaux.  Daus  ce
cas,  la  valeur  des  deux  mille  jiaires  de  bas,  ou  celle  des  mille  paires
de  bas  jointe  à  celle  des  ciiui  cents  chapeaux,  sera  exactement  la
môme  qu’avaient  les  mille  paires  de  bas  avant  l’introduction  des  ma
chines,  parce  que  ces  différents  produits  seront  le  résultat  de  la  môme
quantité  de  travail.  Mais  la  valeur  de  la  masse  générale  des  denrées  se
trouvera  cependant  diminuée;  car,  quoique  la  valeur  des  pioduits,
augmentés  par  suite  des  procédés  perfectionnés,  soit  exactement
        <pb n="300" />
        248

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
égale  en  valeur  à  la  quantité  produite  avant  ce  perfeetionnement,  il
y  a  aussi  un  effet  produit  sur  la  portion  de  marchandises  non  encore
consommées,  et  qui  ont  été  fabriquées  avant  l’introduction  des  procédés ­
  perfectionnés.  La  valeur  de  ces  marchandises  se  trouvera  réduite ­
  'y  car  il  faut  qu  elle  tombe,  à  quantités  égales,  au  niveau  de
celle  des  marchandises  produites  sous  l’in  fluence  des  procédés  perfectionnés ­
  ;  et  la  société,  malgré  la  quantité  augmentée  de  ses  produits
et  le  surcroît  de  richesse  et  de  moyens  de  jouissance,  aura,  somme
totale,  moins  de  valeurs.  En  augmentant  constamment  la  facilité  de
production,  nous  diminuons  constamment  la  valeur  de  quelquesunes
  des  choses  produites  auparavant,  quoique,  par  ce  même  moyen,
nous  accroissions  non-seulement  la  richesse  nationale,  mais  encore
la  faculté  de  produire  pour  l’avenir.
Grand  nombre  d  erreurs,  en  économie  politique,  ont  pris  leur
source  dans  cette  manière  fausse  de  regarder  l’augmentation  de  la
richesse  et  l’augmentation  de  la  valeur  comme  des  expressions  synonymes, ­
  et  dans  les  fausses  notions  sur  ce  qui  constitue  la  mesure  commune ­
  de  la  valeur.  L’un,  regardant  le  numéraire  comme  la  mesure
de  la  valeur,  croit  qu’une  nation  devient  riche  ou  pauvre,  selon  que
scs  produits,  de  quelque  nature  qu’ils  soient,  peuvent  s’échanger
contre  plus  ou  moins  de  numéraire.  D’autres  regardent  le  numérair
comme  un  agent  très-commode  d’échange,  mais  non  comme  une
mesure  convenable,  par  laquelle  on  puisse  estimer  la  valeur  des
choses;  d’après  eux,  la  véritable  mesure  de  la  valeur,  c’est  le  blé*,
et  un  pays  est  riche  ou  pauvre,  selon  que  ses  produits  peuvent  lui
procurer  en  échange  plus  ou  moins  de  blé.  11  en  est  encore  d’autres
qui  regardent  un  pays  comme  pauvre  ou  riche,  selon  la  quantité  de
travail  qu’il  peut  payer*.  Mais  pourquoi  l’or,  le  blé  ou  le  travail.

*  Adam  Smith  dit  «  que  la  différence  entre  le  prix  réel  et  le  prix  nominal  des
»  denrée  et  du  travail,  n’est  point  un  objet  de  simple  spéculation,  mais  peut,  au
»  contraire,  être  quelquefois  très-utile  dans  la  pratique,  v  Je  suis  de  son  avis;
mais  le  prix  réel  du  travail  et  des  denrées  ne  peut  pas  plus  être  déterminé  par
leur  prix  en  marchandises,  qui  est  la  mesure  réelle  adoptée  par  Adam  Smith,  que
par  ce  qu  ils  valent  en  or  ou  en  argent,  qui  est  la  mesure  nominale.  L’ouvrier ­
  ne  reçoit  un  prix  réellement  élevé  pour  son  travail,  que  quand  avec  son
salaire  il  peut  acheter  le  produit  de  beaucoup  de  travail,  (Note  de  1‘Auteur.J
*  M.  Say  {Écon.  polit.,  liv.  I,  chap.  II)  conclut  que  l’argent  a  aujourd’hui  à
peu  près  la  même  valeur  qu’il  avait  sous  Louis  XIV,  «  parce  que  la  même
»  quantité  d’argent  achète  la  même  quantité  de  blé.  »  (Note  de  l’Auteur.)
Dans  un  autre  endroit  de  mon  Économie  politique^  je  donne  les  raisons  qui
        <pb n="301" />
        cil.  XX.  —  DES  PROPRIÉTÉS  DE  LÀ  VALEUR  ET  DES  RICHESSES.  ái9
seraient-ils  la  mesure  commune  de  la  \aleur  plutôt  que  le  charbon
ou  le  fer,  que  le  drap  ,  le  savon  ,  la  chandelle,  ou  tout  autre  objet
nécessaire  à  l’ouvrier?  Comment,  en  un  mot,  une  denree  quelconque ­
  ,  ou  toutes  les  denrées  ensemble,  pourraient-elles  constituer  une
mesure  commune,  lorsque  la  mesure  elle-même  se  trouve  être  sujette
à  éprouver  des  variations  dans  sa  valeur?  Le  blé,  ainsi  que  1  or,
peut,  par  la  difliculté  ou  la  facilité  de  sa  production,  varier  de  10,
20  ou  .30  pour  100,  relativement  aux  autres  choses;  pourquoi  donc
dire  toujours  que  ce  sont  ces  autres  choses  qui  ont  varié,  et  non  le
blé?  11  n’y  a  de  denrée  invariable  que  celle  qui,  dans  tous  les  temps,
exige  pour  sa  production  le  même  sacriiice  de  travail  et  de  peines.
Nous  n’en  connaissons  point  de  semblables,  mais  nous  pou^ons  en
parler  et  en  raisonner,  par  hypothèse,  comme  si  elle  existait;  et
nous  pouvons  perfectionner  la  théorie  de  la  science  en  faisant  ^oir
clairement  que  toutes  les  mesures  adoptées  jusqu’à  présent  pour  apprécier ­
  la  valeur  sont  absolument  inapplicables  L

me  font  croire  que,  bien  que  la  valeur  d’aucune  espèce  de  choses  ne  soit  invariable,
la  valeur  du  blé  est  sur  un  grand  nombre  d’années  communes  la  moins  variable
de  toutes.  J.*D.  Say.
*  La  valeur  est  une  qualité  inhérente  à  certaines  choses  ;  mais  c’est  une  qualité ­
  qui,  bien  que  très-réelle,  est  essentiellement  variable,  comme  la  chaleur.  Il
n’y  a  point  de  valeur  absolue,  de  même  qu’il  n’y  a  point  de  chaleur  absolue  ¡
mais  on  peut  comparer  la  valeur  d’une  chose  avec  la  valeur  d  une  autre,  de  même
qu’on  peut  dire  qu’une  eau  où  l’on  plonge  le  thermomètre,  et  qui  le  fait  monter
à  quarante  degrés,  a  autant  de  chaleur  apparente  que  tout  autre  liquide  qui  fait
monter  le  thermomètre  au  même  degré.
Pourquoi  la  valeur  est-elle  perpétuellement  variable?  La  raison  en  est  évidente ­
  :  elle  dépend  du  besoin  qu’on  a  d’une  chose  qui  varie  selon  les  temps,  selon
les  lieux,  selon  les  facultés  que  les  acheteurs  possèdent;  elle  dépend  encore  de  la
quantité  de  cette  chose  qui  peut  être  fournie,  quantité  qui  dépend  elle-même
d’une  foule  de  circonstances  de  la  nature  et  des  hommes.
La  valeur  ne  peut  être  mesurée  que  par  la  valeur.  Si  l’on  entreprenait  de  mesurer ­
  la  valeur  des  choses  par  une  autre  de  leurs  propriétés,  ce  serait  comme  si
l’on  voulait  mesurer  leur  poids  par  leur  forme  ou  par  leur  couleur;  mais  toute
valeur  étant  essentiellement  variable,  aucune  n’a  la  qualité  nécessaire  d'une  mesure ­
  :  l’invariabilité.  Aucune  ne  peut  donc  servir  à  donner  une  idée  exacte  d’une
autre  valeur  qui  est  dans  un  autre  temps  ou  dans  un  autre  lieu.  On  ne  peut  pas
dire  qu’une  chose  qui  a  coûté  deux  guinées  à  Londres,  vaut  le  double  de  celle  qui
a  coûté  une  guinée  à  Paris,  parce  que  la  guiiiée,  lorsqu’elle  est  à  Paris,  ne  vaut
pas  ce  qu’elle  vaut  à  Londres.  On  ne  peut  même  pas  dire  qu’une  chose  qui  \alait
à  Londres,  il  y  a  dix  ans,  une  guinée,  a  conservé  sa  même  valeur,  parce  qu  elle
s’y  vend  encore  une  guinée;  car  il  faudrait  pour  cela  avoir  la  certitude  que,  dans
        <pb n="302" />
        2ri0  PRINCIPES  DE  L'ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Et  en  8ii])posaiit  môme  qu’une  de  ees  mesures  fût  une  mesure
exacte  de  la  valeur,  elle  ne  le  serait  cependant  pas  de  la  richesse  ;  car
la  richesse  ne  dépend  pas  de  la  valeur.  Un  homme  est  riche  ou  pauvre, ­
  selon  l'abondanee  des  choses  nécessaires  ou  d’agrément  dont  il
peut  disposer,  et  elles  contrihuent  également  aux  jouissances  du  possesseur, ­
  (pie  leur  valeur  échangeable  contre  de  l’argent,  du  blé  ou  du
travail,  soit  forte  ou  faible.  C’est  en  confondant  les  idées  de  valeur
et  de  richesse  qu’on  a  prétendu  (¡u’en  diminuant  la  (Quantité  des
marchandises,  e’est-à-dirc  des  choses  nécessaires,  utiles  ou  agréables ­
  à  la  vie,  on  pouvait  augmenter  les  richesses.  Si  la  valeur  était
la  mesure  de  la  richesse,  on  ne  pourrait  pas  nier  cette  proposition,

Londres  même,  une  guidée  ne  vaut  ni  plus  ni  moins  que  ce  qu’elle  valait  il  y  a
dix  ans.  Or,  cette  certitude,  on  ne  peut  l’avoir.
Rien  n’est  donc  plus  chimérique  que  de  vouloir  proposer  une  mesure  des  valeurs ­
  et  un  moyen  de  comparer  deux  valeurs,  à  moins  que  ces  deux  valeurs  ne
soient  en  présence.  Alors,  en  effet,  on  peut  les  comparer  :  chaque  chose  a  son
prix  courant^  qui  est  la  valeur  que  les  circonstances  du  moment  y  attachent  en
chaque  lieu.  On  peut  donc  dire  qu’en  un  lieu,  en  un  moment  donné,  une  chose
dont  le  prix  courant  est  de  cinq,  dix,  cent  fois  le  prix  courant  d’une  autre  chose,
vaut  cinq  fois,  dix  fois,  cent  fois  autant  que  cette  dernière.  Alors  toute  espèce  de
chose  peut  servir  de  point  de  comparaison  pour  estimer  la  valeur  d’une  autre
chose,  pourvu  que  l’une  et  l’autre  aient  un  prix  courant.  On  peut  donc  dire
qu’une  maison  vaut  aujourd’hui  cinq  cent  mille  hectolitres  de  blé,  aussi  bien  que
20,000  francs  ;  et  si  nous  disons  de  préférence  20,000  francs,  c’est  parce  que
nous  connaissons  mieux  en  général  la  valeur  de  20,000  francs,  que  celle  de
cinq  cent  mille  hectolitres  de  blé,  quoiqu’elle  soit  la  même  dans  le  cas  sui)-posé.

En  raisonnant  sur  l’Économie  politique,  on  est  obligé  bien  souvent  de  considérer ­
  un  même  objet  à  deux  époques  successives,  comme  lorscju’on  recherebe
riniluence  de  l’impôt  sur  la  valeur  d’un  produit.  Il  faut  se  former  une  idée  du
produit  avant  l’impôt  et  après  l’impôt;  mais  comme  cette  valeur  peut  changer
par  d’autres  causes  ;  comme  la  valeur  du  terme  de  comparaison,  de  l’argent,  par
exemple,  peut  varier  aussi  dans  l’intervalle,  il  faut  toujours  sous-entendre,  en  parlant ­
  d’une  cause  qui  agit  sur  quelques  valeurs  que  cc  soient,  que  l’on  regarde
l’action  des  autres  causes  comme  semblable  dans  les  deux  cas.  En  disant,  par
exemple,  que  telle  circonstance  a  fait  monter  le  prix  d’une  chose  de  2  francs  à
3  francs,  je  suppose  que  la  marchandise  appelée  franc  n’a  éprouvé  aucune  variation ­
  ;  et  si  elle  en  a  éprouvé,  il  est  de  droit  qu’il  faut  faire  à  mon  résultat  une
correction  équivalente.
Quoique  cette  restriction  soit  de  droit,  RL  Ricardo,  au  commencement  de  sou
ouvrage,  a  eu  soin  de  l’exprimer  positivement.
Ces  explications  m’ont  paru  nécessaires  pour  apprécier  convenablement  ce  que
l'auteur  a  dit  et  va  dire  sur  le  sujet  de  la  mesure  des  valeurs.  —  L-R  Say.
        <pb n="303" />
        CH.  XX.  —  DES  PROPRIÉTÉS  DE  LA  VALEUR  ET  DES  RICHESSES.  ¡251
car  la  rareté  des  choses  en  augmente  la  valeur.  Mais  si  Adam  Smith
a  raison,  si  la  richesse  se  compose  des  choses  de  nécessité  et  d  agrément ­
  ;  dans  ce  cas  elle  ne  saurait  augmenter  par  la  diminution  de
CCS  choses.
11  est  vrai  qu’une  personne  qui  possède  un  objet  rare,  est  plus
riche,  si,  au  moyen  de  cet  objet,  elle  peut  se  procurer  une  plus  grande
quantité  de  choses  nécessaires  et  agréables  à  la  vie  ;  mais  le  fonds
général  duquel  est  tirée  la  richesse  des  autres  personnes  s’en  trouve
nécessairement  diminué.
«  Que  l’eau  devienne  rare,  dit  lord  Lauderdale,  et  qu  elle  soit  le
partage  exclusif  d’un  seul  individu,  sa  richesse  personnelle  croîtra  ;
car  l’eau,  dans  ce  cas,  aura  une  valeur;  et  si  la  richesse  nationale
se  compose  de  la  somme  des  fortunes  individuelles,  par  ce  moyen
la  richesse  générale  se  trouvera  aussi  augmentée.  »
La  richesse  de  cet  individu  augmentera,  nul  doute  ;  mais  comme
il  faudra  que  le  fermier  vende  une  partie  de  son  blé,  le  cordonnier
une  partie  de  ses  souliers,  et  que  tout  le  monde  se  prive  d’une  partie
de  son  avoir  dans  l’unique  but  de  se  procurer  de  l’eau  qu’ils  avaient
auparavant  pour  rien,  ils  seront  tous  appauvris  de  toute  la  quantité  de
denrées  qu’ils  sont  forcés  de  consacrer  à  cet  objet,  et  le  propriétaire
de  l’eau  aura  un  profit  jirécisément  égal  à  leur  perte.  La  société
jouira  toujours  de  la  même  quantité  d’eau  et  de  la  même  quantité
de  denrées  ;  mais  la  distribution  en  sera  différente.  C’est  cependant
dans  la  supposition  qu’il  y  a  seulement  monopole  d’eau,  et  non  disette ­
  ;  car  si  l’eau  manquait,  la  richesse  nationale  et  individuelle  se
trouverait  réellement  réduite,  en  tant  qu  elle  serait  privée  d’une  portion ­
  d’un  des  objets  qui  servaient  aux  jouissances  générales.  Nonseulement
  le  fermier  aurait  moins  de  blé  à  donner  en  échange  pour
les  autres  denrées  qui  pourraient  lui  être  nécessaires  ou  agréables  ;
mais  il  éprouverait,  comme  tout  autre  individu,  une  diminution
dans  la  jouissance  d’un  objet  aussi  essentiel  à  son  bien-être.  11  y  aurait ­
  donc,  non-seulement  une  répartition  dilférentc  des  richesses,
mais  il  y  aurait  encore  perte  réelle  de  richesse.
C’est  pourquoi  l’on  pourrait  dire  de  deux  pays  qui  posséderaient
une  quantité  égale  de  toutes  les  choses  nécessaires,  utiles  ou  agréables ­
  à  la  vie,  qu’ils  sont  également  riches  ;  mais  la  valeur  de  leurs
richesses  respectives  dépendra  de  la  facilité  ou  difficulté  comparative
avec  laquelle  ces  richesses  sont  produites.  Si  une  machine  perfectionnée ­
  nous  donnait  le  moyen  de  faire  deux  paires  de  bas,  au  heu
d’une,  sans  employer  plus  de  travail,  on  donnerait  double  quantité
        <pb n="304" />
        2r.i2  PRINCIPES  DE  L’ECONOMIE  POLITIQUE,
de  bas  eu  échange  d’une  aune  de  drap.  Si  une  pareille  amélioration
avait  lieu  dans  la  fabrication  du  drap,  les  bas  et  le  drap  s’échangeraient ­
  dans  les  mêmes  proportions  qu’auparavant  ;  mais  ils  auraient
tous  les  deux  baissé  de  valeur,  puisqu’il  faudrait  eu  donner  double
quantité  en  les  échangeant  contre  des  chapeaux,  de  l’or  ou  d’autres
marchandises  en  général,  pour  obtenir  une  quantité  déterminée  de
ces  objets.  Que  l’amélioration  s’étende  à  la  production  de  l’or  et  de
toute  autre  denrée,  et  les  anciennes  proportions  seront  de  nouveau
rétablies.  11  y  aura  double  (juantité  de  produits  annuels,  et  par  conséquent ­
  la  richesse  nationale  sera  doublée  ;  mais  elle  n’aura  point
augmenté  de  valeur

’  Toute  cette  doctrine  est  puisée  dans  mon  Traité  d’Économie  politique
(liv.  Il,  chap.  IV),  mais  l’auteur  en  tire  une  conclusion  opposée,  c’est-à-dire  que
la  richesse  n’est  pas  la  même  chose  que  la  valeur,  tandis  que  j’établis  que
la  richesse  n’est  que  la  valeur  des  choses.  Ce  qu’il  y  a  de  singulier,  c’est  qu’Adam
Smith  dit  dans  une  circonstance  comme  Ricardo,  et  dans  beaucoup  d’autres
circonstances,  comme  moi.  On  sent  bien  que  des  auteurs  d’un  si  grand  sens,  et
accoutumés  à  ne  juger  que  d’après  l’observation,  ne  peuvent  être  divisés  sur  ce
point  essentiel  que  par  un  malentendu  ;  or,  c’est  ce  malentendu  qu’il  faut
éclaircir.
Que  la  richesse  n’est  autre  chose  que  la  valeur  courante  des  choses  qu’on
possède^  c’est  un  point  de  fait.  Lorsqu’on  veut  connaître  ses  richesses,  on  fait  un
état  général  de  tout  ce  qu’on  possède  ;  on  met  à  la  suite  de  chaque  article  le  prix
qu’on  en  pourrait  tirer  si  l’on  voulait  s’en  défaire  ;  et  le  total  compose  la  richesse
qu’on  a  voulu  connaître.  Alais  il  ne  faut  point  perdre  de  vue  les  propriétés  inhérentes ­
  à  la  valeur,  parce  que  ces  mêmes  propriétés  sont  inhérentes  à  la  richesse,
qui  n’est  autre  chose  que  de  la  valeur.  Ces  propriétés  sont  1®  A  variables^
ainsi  queje  l’ai  dit  dans  ma  précédente  note  :  un  inventaire  n’indique  une  somme
de  richesses  que  pour  le  temps  et  le  lieu  ou  il  est  dressé.  Dès  le  mois  suivant  peutêtre,
  plusieurs  prix  auront  varié,  et  il  ne  sera  plus  exact.  Ces  prix  sont  différents
dans  la  ville  voisine  *,  si  l'on  s’y  transporte  avec  ses  richesses,  elles  ne  seront  plus
exactement  les  mêmes.  En  conclure  que  ce  n’est  pas  de  la  richesse,  ce  serait  vouloir
conclure  que  la  chaleur  n’est  pas  de  la  chaleur,  parce  qu  il  fait  frais  le  malin  et
chaud  à  midi.
Ces  propriétés  sont  encore,  2»  d’être  relatives  :  c’est-à-dire  que  dans  l’inventaire ­
  supposé,  si  l’évaluation  totale  de  la  propriété  s’élève  à  100,000  francs,  cela
ne  veut  dire  autre  chose,  sinon  que  la  valeur  de  tous  ces  objets  est  égale  à  la
valeur  qu’ont,  dans  le  même  endroit,  vingt  mille  écus  de  cinq  Irancs  pesant  chacun ­
  vingt-cinq  grammes  au  titre  de  */„  d’argent  fin.  De  ce  que  le  rapport  entre
la  valeur  des  effets  et  la  valeur  des  écus  peut  cesser  d’être  la  même,  il  ne  s’ensuit
pas  encore  que  la  valeur  ne  soit  pas  de  la  richesse;  il  s’ensuit  seulement  que  dans
le  moment  de  l’évaluation  telle  richesse  en  effets  est  égale  à  telle  richesse  en  argent. ­
  Si  les  effets  viennent  à  baisser  de  valeur,  ou  si  l’argent  devient  plus  précieux, ­
  le  rapport  ne  sera  plus  le  même  ;  il  en  résultera  seulement  que  le  posses-
        <pb n="305" />
        cil.  XX.  —  DES  PROPRIÉTÉS  DE  LA  VALEUR  ET  DES  RICHESSES.  253
Quoique  Adam  Smith  ait  donné  de  la  richesse  une  idée  exacte  et
dont  j’ai  déjà  plus  d’une  fois  fait  mention,  il  en  donne  ensuite  une

seur  des  effets  sera  moins  riche  par  rapport  au  possesseur  de  l’argent,  ou  celui-ci
plus  riche  relativement  à  l’autre.  ^
Idaintenant,  avec  ces  données,  essayons  de  résoudre  la  grande  difficulté.  Comment ­
  se  fait-il  que  lorsqu’un  objet  devient  plus  abondant,  lorsque  les  bras,  par
exemple,  tombent  à  moitié  prix,  je  sois  tout  à  la  fois  moins  riche  en  valeur  et  plus
riche  eu  jouissances?  La  somme  de  mes  bas  portés  à  l’inventaire  sera  moindre,
et  cependant  mes  jouissances  seront  accrues,  puisque  j’aurai  un  plus  graud  nombre
  de  pqires.  ^
Ici  l’on  fait  sans  s’en  douter  une  question  multiple,  c’est  a-dire  plusieurs  questions
  dans  une  seule  ;  voilà  pourquoi  il  se  peut  qu’il  y  ait  plusieurs  réponses,  et
que  ces  réponses  soient  toutes  justes,  au  moins  dans  le  point  de  vue  sous  lequel
on  considère  la  question.  .
Si  vous  vous  considérez  comme  possesseur  d’une  certaine  quantité  de  bas,  et
que  les  bas  tombent  à  moitié  prix,  non  seulement  relativement  à  l’argent,  mais
relativement  à  toute  autre  espèce  de  marchandise,  alors  cette  portion  de  vos  richesses ­
  a  diminué  de  moitié  relativement  à  toutes  les  autres;  ou,  ce  qui  revient
au  même,  toutes  les  autres  richesses  ont  doublé  par  rapport  à  celle-là.  Si  vous  acquériez ­
  en  vendant  une  paire  de  bas  six  livres  de  sucre,  vous  n’en  acquerrez  plus
que  trois  ;  vos  jouissances  en  bas  seront  demeurées  les  mêmes  :  mais  si  vous  voulez
les  changer  coutÂ  des  jouissances  en  sucre,  vous  n’obtiendrez  plus  de  ces  dernières ­
  qu’une  moitié  de  ce  que  vous  auriez  obtenu.  La  somme  des  moyens  de  jouissances ­
  qui  existaient  dans  la  société,  n’a  ni  augmenté  ni  diminué  ;  la  somme  des
richesses  non  plus;  la  valeur  de  toutes  les  marchandises  par  rapport  aux  bas
(l’argent  compris)  a  haussé  précisément  autant  que  la  valeur  des  bas  a  baissé  ;
car,  encore  une  fois,  il  est  de  l’essence  de  la  valeur  d’être  relative.  Quand  on  considie
  dans  les  choses  une  qualité  absolue,  comme  la  jouissance  qui  résulte  de
leur  usage,  on  n’en  considère  plus  la  valeur  échangeable.  On  considère  une  jouissance, ­
  et  non  plus  une  richesse.
Que  si  vous  considérez  les  bas,  non  plus  comme  une  marchandise  déjà  produite, ­
  mais  comme  une  marchandise  pouvant  se  produire,  et  qui,  en  baissant  à  la
moitié  de  son  ancien  prix,  vous  permet  d’en  consommer  une  double  quantité,
ou,  ce  qui  revient  au  même,  une  (pialité  le  double  plus  belle,  sans  pour  cela
faire  un  plus  grand  sacrifice,  alors  vous  considérez  la  \  aleur  des  bas  dans  son
rapport  avec  la  râleur  de  votre  revenu,  et  vous  vous  trouvez,  relativement  à
ce  prodidt  en  particulier,  le  double  plus  riche  que  vous  n’étiez,  puisqu’on  moyen
du  même  sacrifice  vous  obtenez  en  ce  genre  une  double  jouissance.
C’est  en  ce  sens  que,  bien  que  la  valeur  soit  la  seule  mesure  de  la  richesse,  une
baisse  de  prix  est  une  augmentation  de  richesse,  puisque  alors  votre  revenu  a  doublé ­
  par  rapiiort  aux  bas  ;  et  si  les  perfectionnements  dans  les  procédés  de  la  production ­
  avaient  été  pareils  pour  tous  les  autres  produits,  votre  richesse-revenu
serait  véritablement  double.  C’est  cemme  si  le  fonds  d’où  vous  tirez  votre  revenu
avait  doublé,  soit  que  ce  fonds  fût  en  terres,  en  capital,  ou  bien  en  talents  industriels. ­
        <pb n="306" />
        &amp;gt;riv  nuNcii'ES  de  l’économie  dolitiode.
explication  (lifîércnte,  en  disant  «  qu’nn  homme  doit  être  riche  ou
»  pauvre,  selon  qu’il  peut  disposer  de  plus  ou  moins  de  travail.  »
Cette  manière  de  voir  est  essentiellement  différente  de  la  première,  et
est  certainement  inexacte;  car,  supposons  que  les  mines  fussent  devenues ­
  plus  productives,  en  sorte  que  l’or  et  l’argent  eussent  baissé
de  valeur,  par  la  plus  grande  facilité  de  leur  production  ;  ou  que
le  velours  étant  fabrhpié  avec  beaucoup  moins  de  travail  qu’auparavant,.
  la  valeur  en  tombât  de  moitié;  la  richesse  de  tous  les  consommateurs ­
  de  ces  articles  se  trouverait  augmentée.  Un  particulier
pourrait,  dans  ce  cas,  augmenter  la  quantité  de  sa  vaisselle;  nn
autre  pourrait  acheter  une  quantité  double  de  velours  ;  mais,  quoique ­
  possesseurs  de  cette  quantité  additionnelle  de  vaisselle  et  de
velours,  ils  ne  pourraient  pas  employer  plus  d’ouvriers  que  par
le  passé;  car  la  valeur  échangeable  du  velours  et  de  la  vaisselle
ayant  baissé,  ils  seraient  obligés  de  sacriiîer  une  plus  grande  portion ­
  de  cette  sorte  de  richesse  au  paiement  de  la  journée  de  l’ouvrier.
Ua  richesse  ne  saurait  donc  être  estimée  ])ar  la  quantité  de  travail
qu’elle  peut  payer.
De  tout  ce  (ju’on  vient  de  dire,  il  résulte  que  la  richesse  d’un  ])ays
peut  s’accroître  de  deux  manières  :  par  l’emploi  d’une  portion  plus
considérable  de  revenu  consacré  à  l’entretien  des  travailleurs,  —ce
qui  non-seulement  augmentera  la  quantité,  mais  encore  la  valeur  de
la  masse  des  produits’  :  ou  encore,  par  l’augmentation  des  forces
productives  du  même  travail,  —ce  qui  ajoutera  à  l’abondance,  mais
n’augmentera  point  la  valeur  des  produits.
Dans  le  premier  cas,  non-seulement  un  pays  deviendra  riche,
mais  encore  la  valeur  de  ses  richesses  s’accroîtra.  Il  s’enrichira
par  l’économie,  en  réduisiuit  ses  dépenses  en  objets  de  luxe  et  d’agrément, ­
  et  en  employant  le  fruit  de  ses  épargnes  à  la  reproduction.
Dans  le  second  cas,  il  se  peut  (pi’il  n’y  ait  ni  réduction  dans  les
dépenses  de  luxe  et  d’agrément,  ni  augmentation  de  travail  productif ­
  employé;  mais  avec  la  même  quantité  de  travail,  les  produits ­
  seront  plus  considérables  :  la  richesse  s’accroîtra,  niais  non  la
valeur  *.

Cette  doclriue  est  fort  importante;  elle  est  rigoureusement  conforme  à  la  nature ­
  des  choses,  et  par  conséquent  inébranlable,  et  elle  explique  des  diflicultés  où
l’on  s’est  perdu  Jusqu’à  présent.  —  Say.
‘  Les  deux  hypothèses  de  M.  Ricardo  me  semblent  se  réduire  à  ceci  ;
l.es  richesses  d’un  pays  s’augmentent  de  deux  façons  ;  soit  lorsque  les  fonds
        <pb n="307" />
        cil.  XX.  —  DKS  PKOPIUÉTÉS  DK  LA  VALEUR  ET  DES  RICHESSES.  âNÔ
Üe  ces  (leux  manières  d’augmenter  la  richesse,  ou  doit  préférer  la
seconde,  puisqu’elle  ])roduit  le  même  effet  sans  nous  pri&amp;gt;cr  de  nos
jouissances  ni  les  diminuer,  ce  qui  est  inévitable  dans  la  première.
Le  capital  d’un  pavs  est  cette  portion  de  sa  richesse  qui  est  employée ­
  dans  le  but  d’une  production  à  venir.  Il  peut  s’accroître
de  même  que  la  richesse.  Un  surcroît  de  capital  contribuera  aussi
effectivement  à  la  production  de  la  richesse  future  ,  qu’il  provienne ­
  des  améliorations  dans  les  connaissances  pratiques  et  dans
les  machines,  ou  de  l’emploi  d’une  plus  grande  jiartie  du  revenu

productifs  s’accroissent,  soit  lorsque,  sans  être  plus  grands,  ils  produisent  davanl«ige.
  Ajoulons-y  quelques  éclaircissements.
Par  fonds  productifs,  j’entends  les  terres  productives,  les  capitaux  productifs,
l’industrie  productive.  M.  Ricardo,  disciple  en  cela  de  Smith,  n’entend  que  le
travail.  Dans  sa  première  hypothèse,  les  capitaux  accrus  par  l’épargne  entretiendraient ­
  un  plus  grand  nombre  de  travailleurs.  Il  y  aurait  plus  de  choses  produites ­
  ;  mais  ces  choses  étant  le  résultat  de  plus  de  services  productifs,  seraient
dans  le  même  rapport  de  valeur  avec  les  services  productifs.  I.e  pays  aurait  plus
de  producteurs  (capitalistes  ou  industrieux),  mais  aussi  il  aurait  plus  de  consomniateurs.
  Chacun,  avec  le  même  revenu,  n’obtiendrait  que  la  même  quantité  de
produits.  M.  Ricardo  regarde  cette  augmentation  de  richesses  comme  la  moins
désirable.
I.'autre  augmentation,  en  effet,  est  plus  propre  à  procurer  à  chacun  la  libre  disposition ­
  de  plus  de  produits,  de  plus  de  jouissance.  Elle  consiste  en  un  plus  grand
parti  tiré  des  mêmes  fonds  productifs;  d’où  résulte,  sans  la  moindre  diminution
dans  le  revenu,  une  baisse  dans  la  valeur  des  produits  qui  permet  à  chacun  d  être
mieux  pourvu,  (^l'oyez  ma  dernière  note,  page  252.)
Le  revenu  reste  le  même  quand  le  fonds  productif  rend  le  double  de  produits,
quoique  moins  chers  de  moitié.  C’est  une  chose  de  fait  que  le  raisonnement  explique. ­
  Si  par  un  meilleur  procédé  on  double  le  produit  des  ^rres  en  pommes  de
terre,  par  exemple,  si  l’on  fait  produire  à  chaque  arpent  cent  setiers  à  3fr.
au  lieu  de  cinquante  setiers  à  6  fr.,  dans  les  deux  cas  l'arpent  rapporte
300  fr.;  mais  dans  le  premier  cas,  le  produit  est  à  moitié  prix,  et  relativement ­
  à  ce  produit,  non-seulement  les  revenus  fonciers,  mais  tous  les  revenus  sont
doublés.
De  même,  s’il  est  question  d’un  perfectionnement  qui  fait  qu’un  capital  donne
un  produit  double;  si,  comme  il  est  arrivé  dans  la  fabrication  des  fils  et  tissus
de  coton,  des  machines  valant  30,000  fr.  ont  donné  le  double  des  produits,  de  ce
que  la  même  somme  produisait  avec  autant  de  travail  et  des  machines  moins  parfaites, ­
  alors  les  jiroduits  de  ce  capital  ont  successivement  baissé  de  prix  par  la
concurrence.  On  en  a  eu  le  double  en  quantité,  qui,  en  baissant  de  prix,  ont
néanmoins  valu  autant  en  somme.  Les  revenus  capitaux  n’en  ont  pas  été  altéra;
mais  pour  la  même  somme  de  revenu,  chacun  a  pu  obtenir  le  double  de  produits
en  cotonnades  :  le  public  a  réellement  été  le  double  plus  riche  relativement  aux
cotonnades.  —.I.-B,  Say.
        <pb n="308" />
        PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE,
dans  la  reproduction  ;  car  la  richesse  tient  toujours  à  la  quantité  des
produits,  sans  égard  pour  la  facilité  avec  laquelle  on  peut  s’ètre  procuré ­
  les'  instruments  qui  servent  à  la  production.  Une  certaine
quantité  de  vêtements  et  de  vivres  suflira  aux  besoins  et  à  l’entretien
  d’un  même  nombre  d’hommes,  et  fera  faire  la  même  quantité
d’ouvrage  ,  que  ces  objets  soient  le  fruit  du  travail  de  cent  hommes
ou  de  deux  cents;  —  mais  ces  vêtements  et  ces  subsistances  auront
double  valeur  si  les  deux  cents  hommes  ont  été  employés  à  les  produire. ­

Malgré  les  modifications  qu’il  a  introduites  dans  la  quatrième  et
dernière  édition  de  son  Traité  ^Économie  poUiique,  M.  Say  me  paraît ­
  avoir  été  très-malheureux  dans  sa  définition  de  la  valeur  et  des
richesses.  11  considère  ces  deux  termes  comme  synonymes  et  déclare
que  tout  homme  est  riche  eu  proportion  de  l’accroissement  de  valeur
que  reçoivent  scs  propriétés  et  de  l’abondance  des  marchandises  qu  il
peut  acheter.  «  La  valeur  des  revenus  s  accroît,  dit-il,  dès  que,  par
»  des  causes  quelconques,  ils  peuvent  nous  donner  une  plus  grande
»  quantité  de  produits.  »  D’après  M.  Say,  si  doue  la  difficulté  de
produire  du  drap  venait  à  doubler,  et  si,  par  conséquent,  le  drap
s’échangeait  contre  une  quantité  de  marchandises  deux  fois  plus
grande,  il  doublerait  de  valeur  :  cela  est  incontestable.  Mais  dans  le
cas  où  la  production  de  ces  marchandises  se  trouverait  facilitée  sans
que  celle  du  drap  devînt  plus  cuùteuse,  et  où,  par  conséquent,  le
drap  s’échangerait  encore  contre  une  quantité  de  marchandises  double ­
  ,  M.  Say  soutiendrait  encore  que  la  valeur  du  drap  a  doublé  ;
tandis  que  ,  d’après  mes  propres  vues  sur  la  matière  ,  il  devrait  dire
que  le  drap  a  conservé  sa  valeur  première,  et  que  ces  marchandises
ont  baissé  de  moitié.  M.  Say  ne  manque-t-il  pas  de  logique  lorsqu’il
dit  que  les  progrès  de  la  production  peuvent  faire  qu’on  crée,  avec
les  mêmes  procédés,  deux  sacs  de  blé  au  lieu  d’un,  que  la  valeur  de
ces  sacs  baisse  conséquemment  de  moitié,  et  que,  neanmoins,  le
drapier,  qui  échange  scs  étoffes  contre  deux  sacs  de  blé,  obtiendra
une  valeur  double  de  celle  qu’il  recevait,  alors  qu  il  recevait  un
seul  sac  de  blé  pour  son  drap.  Si  deux  sacs  ont  maintenant  la  valeur
qu’un  seul  sac  avait  précédemment,  il  recevra  exactement  la  même
valeur,  et  rien  de  plus  :  il  obtient,  sans  doute,  une  somme  de  richesse
et  d’utilité  double,  il  reçoit  deux  fois  jilus  de  ce  qu’Adam  Smith  appelle ­
  valeur  en  usage,  mais  non  de  ce  qu’on  entend  par  valeur  en
échange,  ou  valeur  proprement  dite.  C’est  pourquoi  M.  Say  a  tort
(|uand  il  considère  comme  synonymes  les  termes  de  valeur,  d’utilité;
        <pb n="309" />
        CH.  XX.  —  OES  PROPRIÉTÉS  DE  LA  VALEUR  ET  LES  RICHESSES.  257
de  richesse,  ,1e  pourrais  même  en  appeler  à  M  Say,  et  emprunter,
au  bénéfice  de  ma  cause  et  de  la  différence  essentielle  qui  existe  entre ­
  la  valeur  et  les  richesses,  plusieurs  chapitres  de  ses  ouvrages;
tout  en  reconnaissant,  cependant,  que  dans  d’autres  passages  il  combat ­
  mes  idées.  11  m’est,  on  le  pense  bien,  impossible  de  concilier  ces
pages  contradictoires,  et  je  les  désigne  àM.  Say  lui-même,  pour  qu’il
me  fasse  l’honneur  de  discuter  mes  observations  dans  une  édition
future  de  son  ouvrage,  et  qu’il  y  introduise  les  explications  que  tout
le  monde,  comme  moi,  juge  necessaires  pour  la  parfaite  entente  de
ses  doctrines.  ^
1.  Dans  l’échange  de  deux  produits,  ce  que  nous  échangeons  réellement ­
  ce  sont  les  services  productifs  qui  ont  servi  à  les  créer.  Traité
d’Économie  politique,  édit.  Guillaumiis,  p.  346.
2.  11  n’y  a  cherté  véritable  que  celle  provenant  des  frais  de  production ­
  :  et  une  chose  réellement  chère  est  celle  qui  coûte  beaucoup
à  produire.
3.  La  valeur  de  tous  les  services  productifs  nécessaires  pour  la
création  d’un  produit,  constitue  les  frais  de  production  de  cet  article.
4.  C’est  l  utilité  qui  détermine  la  demande  d’une  marchandise  :
mais  ce  sont  les  frais  de  production  qui  servent  de  limite  à  cette  demande. ­
  Quand  son  utilité  ne  suffit  même  pas  pour  élever  la  valeur
au  niveau  des  frais  de  production,  cette  chose  ne  vaut  pas  ce  qu  elle
a  coûté  ;  et  il  y  faut  voir  la  preuve  que  les  mêmes  services  ¡)roductifs
auraient  pu  être  employés  plus  avantageusement  dans  une  autre
branche  d’industrie.  Les  propriétaires  des  fonds  productifs,  ceux  qui
disposent  de  capital,  de  terre  ou  de  travail,  sont  constamment  occupés ­
  à  comparer  les  frais  de  production  avec  la  valeur  d’échange,  ou,
ce  qui  revient  au  même,  la  valeur  des  différentes  marchandises  entre
elles.  En  effet,  les  frais  de  production  ne  sont  autre  chose  que  la  valeur ­
  des  services  productifs  consacrés  à  la  création  d’une  marchandise; ­
  et  la  valeur  d’un  service  productif  n’est  autre  chose  que  celle
de  la  marchandise  produite.  D’où  il  suit  que  la  valeur  d’une  marchandise, ­
  la  valeur  d’un  service  productif,  la  valeur  des  frais  de  production ­
  sont  des  valeurs  équivalentes,  toutes  les  fois  qu’on  laisse  jmendre
aux  choses  leur  cours  naturel.
5.  La  valeur  des  revenus  s’accroît  donc  du  moment  où  ils  nous
procurent  n’importe  par  (lucls  moyens  —  une  plus  grande  somme
de  produits.
6.  Le  prix  sert  de  mesure  à  la  valeur  des  choses,  et  leur  valeur
sert  à  mesurer  leur  utilité.
{()Eut\  de  Ricardo.)

17
        <pb n="310" />
        258  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
7.  L’échange  fait  librement  montre  pour  le  temps,  le  lieu,  la  situation ­
  sociale  où  l’on  se  trouve,  le  prix  que  nous  attachons  aux
choses  échangées.
8.  Produire,  c’est  créer  de  la  valeur  en  donnant  de  l’utilité  aux
choses  qui  n’en  ont  pas,  ou  en  augmentant  celle  qu’elles  ont  déjà,  et
par  conséquent  en  faisant  naître  des  demandes.
9.  L’utilité  créée  constitue  un  produit.  La  valeur  échangeable  qui
en  résulte  est  seulement  la  mesure  de  cette  utilité  et  de  la  production
qui  vient  d’avoir  lieu.
10.  L’utilité  que  les  habitants  de  certaines  contrées  reconnaissent
à  une  chose,  ne  peut  être  appréciée  que  par  le  prix  qu’ils  consentent
à  en  donner.
11.  Le  prix  est  la  mesure  de  l’utilité  que  notre  jugement  attache  a
un  produit,  et  de  la  satisfaction  que  nous  éprouvons  en  le  consommant ­
  :  eu  eilet  personne  ne  se  livrerait  à  cette  consommation  si,
pour  le  même  prix,  on  pouvait  sc  procurer  une  utilité,  une  jouissance ­
  plus  grande.
12.  Lue  valeur  incontestable  est  Ja  quantité  de  toute  autre  chose
quon  peut  obtenir,  du  moment  qu'on  le  désire,  en  écJianye  de  la  chose
dont  on  veut  se  défaire^  p.  314,  édit,  (iuillaumin.
S’il  n’y  a  réellement  de  cherté  que  celle  qui  uait  des  frais  de  production, ­
  comment  dire  qu’une  marchandise  peut  hausser  de  valeur
sans  que  les  frais  de  production  augmentent,  et  par  cela  seul  qu’elle
s’échangera  contre  une  quantité  plus  grande  de  certaines  denrées
dont  le  coût  aura  diminué?  Quand  je  donne  deux  mille  fois  plus  de
drap  pour  une  livre  d’or  que  pour  une  livre  de  fer,  cela  prouvet-il
  que  j’accorde  à  l’or  une  utilité  deux  mille  fois  plus  grande  qu’au
fer?  Certainement  non  :  cela  prouve  simplement  —  comme  l’a  reconnu ­
  M.  Say  au  paragraphe  2  ,  —  que  la  production  de  1  or  est
deux  mute  fois  plus  dillicile  ,  plus  coûteuse  que  celle  du  fer.  Si  les
frais  de  production  de  ces  deux  métaux  étaient  les  mêmes,  j  en
donnerais  le  même  prix  ;  mais  si  1  utilité  était  réellement  le  fondement ­
  de  la  valeur  des  elioses,  il  est  probable  que  je  donnerais  davantage ­
  pour  le  fer.  C’est  la  concurrence  des  producteurs  «  perpétuellement ­
  occupés,  dit  l’auteur,  à  comparer  les  frais  de  production  avec
la  valeur  de  la  chose  créée,  »  qui  règle  la  valeur  des  diilérentcs  marchandises. ­
  Si  donc  je  donne  un  shilling  pour  un  pain  et  21  sliillings
pour  une  guinée,  il  ne  faut  pas  y  voir  la  mesure  de  l’utilité  que  j’attribue ­
  à  chacune  de  ces  denrées.
Dans  le  numéro  4  M.  Say  défend,  presque  sans  modification  ,  la
        <pb n="311" />
        CH.  XX.  —  DES  PK01‘KIÉTÉS  DE  LA  VALEÜU  ET  DES  RICHESSES.  259
doctrine  que  j’ai  émise  relativement  à  la  valeur.  Au  rang  des  services ­
  produetifs  il  place  ceux  qu’on  retire  de  la  terre,  du  capital,
du  travail  :  je  n’admets,  moi,  à  l’exclusion  complète  de  la  terre,
que  le  capital  et  le  travail.  La  différence  provient  ici  de  la  diversité
de  nos  vues  sur  la  rente  territoriale.  Je  la  considère,  moi,  comme  le
résultat  d’un  monopole  partiel  qui,  loin  de  régler  les  prix,  en  subit
au  contraire  l’inlluence.  Je  crois  que  si  tous  les  propriétaires  renonçaient ­
  ,  par  un  généreux  effort,  à  toutes  leurs  rentes,  le  prix  des
produits  agricoles  ne  laisserait  pas  :  car  il  y  aurait  toujours  une  certaine ­
  proportion  de  ces  produits  créés  sur  des  terres  qui  ne  paient
pas  et  ne  peuvent  pas  payer  de  rentes,  —l’excédant  du  produit  sur
les  frais  suffisant  à  peine  pour  couvrir  les  profits  du  capital.
Pour  conclure,  et  quoique  personne  n’estime  plus  haut  que  moi
les  avantages  qui  peuvent  résulter  pour  toutes  les  classes  de  consommateurs ­
  de  l’abondance  et  du  bas  prix  réel  des  marchandises,  je
ne  puis  tomber  d’accord  avec  M.  Say  quand  il  évalue  le  prix  d’une
marchandise  par  l’abondance  des  autres  marchandises  contre  lesquelles ­
  elle  s’échange.  Je  suis,  à  cet  égard,  de  l’avis  d’un  écrivain  distingué, ­
  M.  Destutt  de  Tracy,  qui  dit  que  «  mesurer  une  chose,  c’est  la
(omparer  avec  une  quantité  donnée  de  cette  autre  chose  qui  nous
sert  de  terme  de  conq)araison,  d’étalon,  d’unité,  ilesurer,  déterminer
une  longueur,  une  valeur,  un  poids,  c’est  donc  rechercher  combien
ils  contiennent  de  mètres,  de  francs,  de  grammes,  eu  un  mot,  d’unités ­
  d’une  même  nature  »  Le  franc  n’est  une  mesure  de  valeur,  que
pour  une  certaine  quantité  du  métal  dont  sont  faits  les  francs,  à  moins
que  les  francs  et  la  chose  qu’on  doit  mesurer  ne  puissent  être  rapportés ­
  à  quelqu’autre  mesure  commune  aux  deux.  Or,  je  crois  qu’on
peut  effectivement  trouver  ce  terme  de  comparaison  ,  car  les  francs
et  la  marchandise  déterminée  étant  le  résultat  de  la  môme  somme  de
travail,  le  travail  peut  être  considéré  comme  une  mesure  commune
servant  à  déterminer  leur  valeur  réelle  et  relative.  Ceci,  je  suis  heureux ­
  de  le  dire,  me  parait  être  aussi  l’avis  de  M.  Destutt  de  Tracy.
11  dit  :  «  Comme  il  est  certain  que  nos  facultés  physiques  et  morales
sont  nos  seules  richesses  primitives,  l’emploi  de  ces  facultés  constitue ­
  aussi  notre  seul  trésor  à  l’origine  des  sociétés  ;  et  c’est  par  consé-'

  Elévmits  d’idéologie^  c.  iv,  p.  99.  Dans  cet  ouvrage,  M.  de  Tracy  a  groupé,
d’une  manière  utile  et  habile,  les  principes  généraux  de  l’économie  politique,  et
je  suis  fâché  d’ajouter  qu’il  y  fortifie,  par  son  autorité,  les  définitions  que  nous  a
données  M.  Say  de  la  valeur,  des  richesses,  et  de  l’utilité.
        <pb n="312" />
        260

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
quent  de  notre  activité,  de  notre  intelligence,  que  découlent  les  choses ­
  que  nous  nommons  richesses,  aussi  bien  celles  qui  sont  le  plus
nécessaires  (pie  celles  qui  sont  simplement  une  valeur  d’agrément.
11  est  évident,  aussi,  que  toutes  ces  choses  représentent  uniquement ­
  le  travail  qui  les  a  créées;  et  si  elles  ont  une  valeur,  ou  deux
valeurs  différentes,  elles  les  reçoivent  de  la  somme  de  travail  dont
elles  émanent.  "  »
M.  Say,  en  parlant  du  mérite  et  des  imperfections  du  hel  ouvrage
d’Adam  Smith,  l’accuse  d’avoir  commis  une  erreur,  en  attribuant  au
seul  travail  de  l’homme  le  pouvoir  de  produire  des  valeurs.  «  lue
«  analyse  plus  exacte,  dit  M.  Say,  prouve  que  ces  valeurs  sont  dues
»  à  l’action  du  travail,  ou  plutôt  de  l’industrie  de  l’homme  combinée
»  avec  l’action  des  agents  que  lui  fournit  la  nature,  et  avec  celle  des
»  capitaux  Ce  principe  méconnu  l’empéche  d’établir  la  vraie
»  théorie  des  machines,  par  rapport  à  la  production  des  richesses.  »
En  contradiction  avec  1  opinion  d  Adam  Smith,  IVI.  Say,  dans  le
quatrième  chapitre  du  premier  livre  de  son  Traité  d’Économie  politique, ­
  parle  de  la  valeur  que  les  agents  naturels,  tels  que  la  lumière
du  soleil,  l’air,  la  pression  de  l’atmosphère,  donnent  aux  choses,  en
remplaçant  souvent  le  travail  de  l’homme,  et  quelquefois  en  travaillant ­
  à  la  production  en  communauté  avec  lui*.  &amp;gt;Iais  ces  agens  natu-,

  J,ai  dit  que  la  valeur  qu’on  met  aux  choses  est  la  mesure  de  leur  utilité,  de  la
satisfaction  qu’on  peut  tirer  de  leur  usage,  en  ce  sens  que  lorsque  deux  choses  ont
le  même  prix  courant,  c’est  une  preuve  que  les  hommes  de  ce  lieu  et  de  ce  temps
estiment  qu’il  y  a  le  même  degré  de  satisfaction  à  retirer  de  la  consommation  de
l’une  ou  de  l’autre.  Alais  j’aurais  eu  très-grand  tort  si  l’on  pouvait  iniérer  de  ce
que  i’ai  dit  que  lorsque  le  prix  d’une  chose  baisse,  son  utilité  diminue.  L  utilité
d’une  chose  qui  baisse  de  prix  se  rapproche  alors  de  l’utihté  de  l’air,  qui  ne  nous
coûte  rien,  quoique  fort  utile.
Du  reste,  il  n’y  aurait  pas  eu  de  cercle  vicieux  à  dire  que  la  valeur  est  la
mesure  de  l’utilité,  et  l’utilité  la  mesure  de  la  valeur,  si  ces  quantités  suivaient
une  marche  absolument  pareille  dans  leurs  variations;  ce  qui  nest  pas.
J.-B.  Say.  ,  ,
2  «  Le  premier  homme  qui  a  su  amollir  les  métaux  par  le  feu  n  est  pas  le  créa-»
  leur  actuel  de  la  valeur  que  ce  procédé  ajoute  au  métal  fondu.  Cette  valeur  est
I)  le  résultat  de  l’action  physique  du  feu  jointe  à  l’industrie  et  aux  capitaux  de
»  ceux  qui  emploient  le  procédé.  »
„  ...  De  cette  erreur,  Smith  a  tiré  celte  fausse  conséquence,  c  est  (jue
»  toutes  les  valeurs  produites  représentent  un  travail  récent  ou  ancien  de  l’homme,
en  d’autres  termes^  que  la  richesse  n’est  que  du  travail  accumulé;  d’où
"  2^  seconde  conséquence  lout  aussi  fausse,  le  travail  est  la  seule  mesure
\des  richesses  ou  des  valeurs  produites.  «  Ces  dernières  conséquences,  c’est
        <pb n="313" />
        CH.  XX.  —  DES  PROPRIÉTÉS  DE  LA  VAl.ELR  ET  DES  RICHESSES.  201
reis,  quoiqu’ils  ajoutent  beaucoup  à  la  valeur  d'ulihlé  n’augmentent
jamais  la  valeur  échangeable  d’une  chose,  et  c  est  celle  dont  parle  ici
M.  fiay.  Aussitôt  qu’au  moyen  de  machines,  ou  par  nos  connaissances
en  physique,  nous  forçons  les  agents  naturels  à  faire  1  ou\  rage  que
l’homme  faisait  auparavant,  la  valeur  échangeable  de  cet  ouvrage
tombe  en  conséquence.  S’il  fallait  dix  hommes  pour  faire  tourner  un
moulin  à  blé,  et  qu’on  découvrit  que,  parle  moyen  du  vent  ou  de  l’eau,
le  travail  de  ces  [dix  hommes  pourrait  être  épargné,  la  farine  qui
serait  le  produit  de  l’action  du  moulin  tomberait  dès  ce  moment  de
valeur,  en  proportion  de  la  somme  de  travail  épargné;  et  la  société
se  trouverait  enrichie  de  toute  la  valeur  des  choses  que  le  travail  de
ces  dix  hommes  pourrait  produire,  —  les  fonds  destinés  a  l’entretien
des  travailleurs  n’ayant  pas  éprouvé  par  là  la  moindre  diminution.
M.  Say  méconnaît  toujours  la  différence  qui  existe  entre  la  valeur  en
échange  et  la  valeur  d’utilité.
M.  Say  accuse  le  docteur  Smith  de  n’avoir  pas  fait  attention  à  la
valeur  donnée  aux  choses  par  les  agents  naturels  et  par  les  machines,
en  raison  de  ce  qu’il  considérait  la  valeur  de  toutes  choses  comme
étant  dérivée  du  seul  travail  de  l’homme;  mais  il  ne  me  paraît  pas
que  cette  accusation  soit  prouvée;  car,  dans  aucun  endroit  de  son
ouvrage,  Adam  Smith  ne  déprécie  les  services  que  ces  agents  naturels
et  les  machines  nous  rendent,  mais  il  caractérise  avec  beaucoup
de  justesse  la  nature  de  valeur  (pi  ils  ajoutent  aux  choses.  Ils  sont
utiles,  en  ce  qu’ils  augmentent  l’abondance  des  produits,  et  qu’ils

M  Say  qui  les  tire,  et  non  le  docteur  Smith;  elles  sont  fondées  si  l’on  ne  distingue ­
  pas  la  valeur  d’avec  la  richesse  ;  mais  Adam  Smith,  quoiqu’il  ait  avancé  que  la
richesse  consiste  dans  Pahondance  des  choses  nécessaires,  utiles,  ou  agréables  à
la  vie,  aurait  admis  que  les  machines  et  les  agents  naturels  peuvent  ajouter  beaucoup ­
  à  la  richesse  d’un  pays  :  cependant  il  n’aurait  point  accordé  que  ces  objets
pussent  rien  ajouter  à  la  valeur  échangeable  des  choses.  Note  de  l  Auteur,  à
quoi  M.  Say  répond  :
De  mes  dernières  not(*s  on  peut  inférer  ma  réponse  à  celle-ci.  L  action  gratuite
des  agents  naturels,  quand  elle  remplace  l’action  onéreuse  des  hommes  et  des  capitaux, ­
  fait  baisser  la  valeur  des  produits.  Comme  toute  valeur  est  relative,  la  valeur ­
  des  produits  ne  peut  pas  baisser  sans  que  la  valeur  des  revenus  (ou  des  fonds
productifs  qui  donnent  ces  revenus)  n’augmente.  Les  consommateurs  sont  d’autant ­
  plus  riches,  que  les  produits  sont  à  meilleur  marché.  J’ai  prouvé  ailleurs  (jue
la  baisse  des  produits  provenant  d’une  économie  dans  les  frais  de  production
n’altérait  en  rien  les  revenus  des  producteurs;  un  homme  qui  parvient  à  aire  par
jour  deux  paires  de  bas  à  3  francs  gagne  autant  que  lorsqu  il  en  faisait  une  a
6  francs  J.-R.  Say.
        <pb n="314" />
        262  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
ajoutent  à  notre  richesse  en  augmentant  la  valeur  d’utilité;  mais,
comme  ils  travaillent  gratuitement,  comme  on  ne  paie  rien  pour
l’usage  de  l’air,  de  la  chaleur  du  soleil,  ni  de  l’eau,  les  secours  qu’ils
nous  prêtent  n’ajoutent  rien  à  la  valeur  échangeable*.

'  M.  Ricardo,  en  rapprochant  divers  passages  pris  en  plusieurs  endroits  de  mes
ouvrages,  sans  pouvoir  citer  les  développements  que  j’y  donne,  ni  les  restrictions
que  j’y  mets,  y  trouve  de  l’obscurité  et  des  contradictions.  Il  peut  être  fondé;
mais  a-t-il  éclairci  cette  obscurité?  a-t-il  levé  ces  contradictions?
Si  l’on  prend  le  mot  richesses  dans  sa  signification  la  plus  étendue,  les  richesses
de  l’homme  sont  tous  les  biens  qui,  étant  à  sa  disposition,  peuvent,  de  quelque
manière  que  ce  soit,  satisfaire  ses  besoins,  ou  seulement  ses  goûts  Dans  ce  sens,
l’air  que  nous  respirons,  la  lumière  du  soleil,  et  même  l’attachement  de  notre  famille ­
  et  de  nos  amis,  sont  des  richesses.  Ce  sont  des  richesses  qu’on  peut  appeler
naturelles.
Dans  un  sens  plus  restreint,  et  lorsqu’il  est  question  seulement  des  biens  que
possèdent  un  homme  riche,  une  nation  riche,  on  trouve  que  les  richesses  sont  des
choses  qui,  pouvant  satisfaire  les  besoins  et  les  goûts  des  hommes  en  général,
n’ont  pu  devenir  leur  propriété  qu’au  moyen  de  quelques  difficultés  qu’ils  ont
vaincues;  d’où  il  est  résulté  pour  ces  choses  une  valeur,  c’est  à-dire  la  qualité  de
ne  pouvoir  être  acquises  qu’au  moyen  d’un  sacrifice  égal  à  celui  qu’elles  ont
coûté.  Si  je  consens  à  donner  un  boisseau  de  froment  pour  obtenir  deux  livres  de
café  ;  c’est  parce  que  j’estime  que  la  satisfaction  que  je  me  promets  de  deux  livres
de  café  vaut  les  difficultés  qu’il  m’a  fallu  vaincre  pour  créer  un  boisseau  de  froment. ­
  Si  le  propriétaire  des  deux  livres  de  café  pense  de  même  relativement  au
boisseau  de  froment,  je  dis  que  la  valeur  échatujeable  du  boisseau  de  froment
est  deux  livres  de  café,  et  réciproquement  ;  et  si  l’une  ou  l’autre  de  ces  choses
trouve  à  s’échanger  contre  une  pièce  de  5  francs,  je  dis  que  l’une  ou  l’autre  sont
une  portion  de  richesses  égale  à  5  francs;  qu  elles  le  sont  par  leur  valeur  échangeable, ­
  et  en  proportion  de  cette  valeur  échangeable,  h'aleur  échangeable  et
richesse  sont  donc  synonymes.
Or,  cette  richesse  ainsi  entendue,  et  qu’on  pourrait  nommer  sociale,  en  ce
qu’elle  ne  peut  exister  que  parmi  les  hommes  en  société,  est  celle  qui  fait  l’objet
des  recherches  de  Y  Économie  politique  *,  parce  que  seule  elle  est  susceptible  de
s’accroître,  de  se  distribuer  et  de  se  détruire.
Maintenant  la  grande  difficulté  est  de  faire  concorder  les  lois  de  la  richesse
sociale,  ou  de  l’Économie  politique,  avec  celles  de  la  richesse  naturelle-  Lorsqu’un
produit  se  multiplie  par  le  meilleur  emploi  que  nous  faisons  de  nos  terres,  de  nos
capitaux,  et  de  notre  industrie,  il  y  a  plus  d’utilité  (soit  de  richesse  naturelle)
produite,  et  en  même  temps  la  production  de  la  richesse  sociale  semble  être  moindre, ­
  puisque  la  valeur  échangeable  du  produit  diminue.  La  richesse  sociale  ne
suit  donc  pas  la  même  marche  que  la  richesse  naturelle  ;  de  là  les  difficultés  où  se
sont  |)erdus  Lauderdale  et  bien  d’autres,  et  les  contradictions  apparentes  que
M.  Ricardo  me  reproche.
♦  Ce  qui  montre,  pour  le  dire  en  passant,  que  Y  Économie  politique  tsi  une  science  bien
nommée,  puisque  ce  mot.  d’après  son  étymologie,  peut  être  traduit  par  cette  expression  :
Loit  relatives  aux  richesses  sociales.
        <pb n="315" />
        CH  XX  -DESPROPKIËTÉSBEIAVALKURKT  nESlilCllESSES.  ¿63
%'urt  former  une  idée  juste  des  choses,  je  pense  qu’il  f““*  “  "YndSlrTelIfô
nature  entière,  les  capitaux  accumulés  par  1  homme,  et  Ifô  acu  toutes
de  l’homme,  comme  le  grand  fonds  où  se  forment,  et  uque  nai  ...
les  utilités,  toutes  les  richesses  naturelles  et  sociales  qui  servent  a  satislai
plus  ou  moins  complètement  à  tous  les  besoins,  à  tous  les  goûts  des  homme  .
Les  portions  de  ce  fonds  qui  n’ont  pas  besoin  d’être  sollicitées,  losoW,  p
exemple,  qui  nous  fournit  une  lumière  et  une  chaleur  si  necessaires  aodo'^oloppement
  des  être  organisés,  sont  des  fonds  productifs  appartenant  a  c  o^un
nous,  d’une  valeur  intinie,  pour  ce  qui  eàl  de  l’utilité  qu’on  en  tire,  puisque  cette
utilité  est  infinie,  inépuisable.  ...»
D’autres  fonds,  tels,  par  exemple,  qu’un  capital  productif,  n  appartiennent  pas
à  tout  le  monde.  Ils  ne  peuvent  faire  leur  office  que  parce  qu  ils  sont  des  pr^
priétés  :  l’Économie  politique  en  assigne  les  motifs.  Leur  valeur  peut  etre  assimilée
à  la  valeur  des  fonds  naturels,  eu  ce  qu’elle  est  proportionnée  a  la  quantité  d  utilité ­
  qui  peut  en  naître.  Ainsi  un  fonds  capital,  territorial  et  industriel,  duquel  sont
sortis  cinquante  boisseaux  de  froment,  vaudrait  dix  fois  autant  relativemen  a
cette  espèce  de  produit,  si,  dans  un  espace  de  temps  pareil,  par  un  perfectionnement ­
  quelconque,  on  parvenait  à  en  tirer  cinq  cents.
11  reste  à  connaître  quels  sont  ceux  qui  profitent  de  cette  augmentation,
ceux  qui  sont  plus  riches,  non  seulement  en  richesses  naturelles,  mais  en  richesses ­
  sociales,  en  valeurs  échangeables,  de  tout  cet  accroissement  d  utilité  pro-Si?par
  des  causes  dont  la  discussion  est  étrangère  à  l’objet  de  notre  spéculation
présente,  la  valeur  échangeable  de  chaque  boisseau  de  blé  se  soutient  ma^é
l’augmentation  survenue  dans  la  quantité  de  blé  produite,  alors  1  augmentation
de  richesse  produite  est  entièrement  au  profit  des  producteurs,  c’est-a-dire  des
propriétaires  du  fonds  capital,  du  fonds  territorial,  et  du  fonds  industriel,  dont
il  est  sorti  cinq  cents  boisseaux  au  lieu  de  cinquante.  Le  revenu  provenant  de  ces
portions  de  fonds  a  décuplé.
Si,  comme  il  arri\e  plus  fréquemment,  la  valeur  échangeable  de  chaque  boisseau’de
  blé  a  baissé  en  raison  de  la  plus  grande  quantité  qui  en  a  été  produite,  le
profit  obtenu  est  bien  toujours  dans  la  proportion  de  cinq  cents  à  cinquante;  mais
ce  profit  est  fait  par  la  classe  des  consommateurs,  lesquels  sont  aussi  riches  de  ce
qu’ils  paient  de  moins  que  les  producteurs  l’auraient  été  de  ce  qu’ils  auraient
vendu  de  plus.  Leur  revenu  n’a  pas  décuplé,  parce  qu’ils  ne  l’emploient  pas  tout
entier  en  froment;  mais  la  portion  de  revenu  qu’ils  avaient  coutume  d’employer
en  froment  a  décuplé,  et  toutes  ces  portions  de  revenu  ainsi  décuplées  se  monteraient, ­
  si  elles  étaient  réunies,  à  une  somme  égale  à  la  valeur  décuplée  du  produit,
en  supposant  qu’il  n’eût  pas  baissé  de  prix.  Dans  les  deux  cas,  la
joui  d’une  augmentation  de  valeurs  comme  d’une  augmentation  u  i
J.-B.  Say.
*  Principalet  causes  de  la  richesse  des  peuples  et  des  particulier&amp;gt;,  par  y,  ég
de  Kanles,  brochure  de  178  pages.  Paris,  Détcrville.
        <pb n="316" />
        264

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.

CHAPITRE  XXI.

DES  EFFETS  DE  l’ACCUMULATION  SUR  LES  PROFITS  El  SUR  l’INTÉRÈT
DES  CAPITAUX.

D’après  la  manière  dont  nous  avons  considéré  les  profits  des  capitaux, ­
  il  semblerait  qu’aucune  accumulation  de  capital  ne  peut  faire
baisser  les  profits  d’une  manière  permanente,  à  moins  qu’il  n’y  ait
quelque  (;ause,  également  permanente,  qui  détermine  la  hausse  des
salaires.  Si  les  fonds  pour  le  paiement  du  travail  étaient  doublés,
triplés  ou  quadruplés,  il  ne  serait  pas  dillicile  de  se  procurer  bientôt
la  quantité  de  bras  nécessaires  pour  remploi  de  ces  fonds  ;  mais  en
raison  de  la  dilïiculté  croissante  d’augmenter  constamment  la  quantité ­
  de  subsistances,  la  même  valeur  en  capital  ne  pourrait  probablement ­
  pas  faire  subsister  la  même  quantité  d’ouvriers.  S’il  était
possible  d’augmenter  continuellement,  et  avec  la  même  facilité,  les
objets  nécessaires  à  l’ouvrier,  il  ne  pourrait  y  avoir  de  cbangement
dans  le  taux  des  profits  et  des  salaires,  quel  que  fut  le  montant  du
capital  accumulé.  Cependant  Adam  Smith  attribue  toujours  la  baisse
des  profits  à  l’accumulation  des  capitaux  et  à  la  conenrrence  qui  en
est  la  suite,  sans  jamais  faire  attention  à  la  dilïicnlté  croissante
d’obtenir  des  subsistances  pour  le  nombre  croissant  d’ouvriers  que  le
capital  additionnel  emploie.  «  L’accroissement  des  capitaux,  dit-il,
«  qui  fait  hausser  les  salaires,  tend  à  abaisser  les  profits  \  Quand  les

‘  Il  m’est  impossible,  à  voir  la  persistance  avec  laquelle  Ricardo  cherche  à  établir ­
  l’antagonisme  prétendu  des  salaires  et  des  profits,  et  son  impassibilité  devant
les  démentis  que  l’expérience  donne  à  son  système,  il  m’est  impossible,  dis-je,  de
ne  pas  croire  à  une  confusion  dans  les  idées  qu’il  remue  II  a  beau  appeler  Ad.
Smith  à  son  secours  pour  le  sauver  de  la  réalité  qui  le  combat,  il  a  beau  se  enuvrir
  de  mystères  dans  certains  passages,  distinguer  entre  les  hausses  momentanées
et  les  hausses  prolongées,  entasser  les  observations,  prétendre  que  chaque  ohole
ajoutée  aux  salaires  est  une  perte  pour  le  manufacturier,  nous  faire  chercher
enfin  dans  les  fanges  du  paupérisme  les  perles  et  le  luxe  du  riche,  il  ne  pourra
        <pb n="317" />
        CH.  XXI.  -  DES  PIIOFITS  ET  DE  L’LM'ÉKÈÏ  DES  C.\P1TAUX.  “265
«  capitaux  d’un  grand  nombre  de  riehes  commerçants  sont  versés
&amp;gt;•  dans  la  même  branche  de  commerce,  leur  concurreuce  mutue  e

faire  que,  par  la  solidarité  qui  relie  les  membres  de  la  famille  Wmame  ,  !^
souffrances  ou  les  joies  des  uns  ne  retentissent,  tôt  ou  tard  dans  lâme  de  tous.
Chacune  de  ces  grandes  années  de  crise,  qui  ont  ébranlé  les  sociétés  anglaise,
américaine,  française,  et  ont  jeté  sur  la  place  publique,  dans  le  forum  ardent
et  courroucé,  les  masses  sans  travail  que  vomissaient  les  manufactures;  chacune ­
  de  ces  années  aurait  dû  enseigner  à  l’austère  économiste  que  les  ouvriers
sont  la  base  de  l’édifice  industriel,  et  que  lorsque  la  base  d’un  ediüce  s  ébranlé  le
faite  est  bien  près  de  s’écouler,  en  d’autres  termes,  que  la  ruine  frappe  en  meme
temps  en  haut  et  en  bas.  D’un  autre  côté,  chacune  de  ces  années  radieuses,  ou
l’on  vit  les  débouchés  s’agrandir,  les  capitaux  afduer  dans  toutes  les  industries
pour  les  vivifier,  le  travail  rouvrir,  comme  une  formule  magique,  les  portes
muettes  des  ateliers,  l’abondance  secouer  de  toutes  parts  sur  le  inonde  ses  merveilles ­
  et  ses  richesses,  chacune  de  ces  années,  dis-je,  aurait  dû  lui  prouver  que
si  les  mauvais  jours  pèsent  sur  les  chefs  et  sur  les  ouvriers,  les  jours  de  prospérité
ont  des  récompenses  pour  tous,  sous  forme  de  hauts  salaires  pour  les  uns,  et  de
riches  inventaires  pour  les  autres.  Je  ne  puis  croire  que  Ricardo  se  soit  tenu
assez  loin  des  événements  pour  n’en  pas  suivre  la  marche,  et  n’en  pas  comprendre
les  enseignements,  et  ces  événements  eussent  été  pour  lui  un  espoir,  et  non  une
sorte  d’anathème,  si,  à  mon  humble  avis,  du  moins,  l’arme  du  raisonnement  et
de  l’observation  ne  s’était  faussée  entre  ses  mains.  Je  ne  vois  pas  d’autre  moyen
d’expliquer  comment,  toutes  les  fois  qu’il  indique  une  hostilité  profonde  dans
les  rangs  des  travailleurs,  les  faits  répondent  au  contraire  par  une  union  qui  n  a
rien  certainement  de  la  tendre  affection  que  nous  promet  Fourier  entre  pag^
et  pagesses,  mais  qui  repose  sur  l’intérêt  individuel,  garanti  par  l’intérêt  social,
-  du  moins  autant  que  le  permettent  toutes  les  charges  qui  sous  le  nom  d  octrois, ­
  de  douanes,  d’impôts  exagérés,  de  dettes  publiques  grèvent  le  producteur
et  altèrent  les  contrats  économiques.
Au  spectacle  du  développement  merveilleux  de  l’industrie,  des  progrès  inespérés
de  la  mécanique  qui,  d’un  côté,  abaissent  chaque  jour  la  valeur  courante  des
marchandises,  et  de  l’autre,  provoquent  l’accroissement  des  salaires  par  l’immensité ­
  de  la  tâche  qu’il  s’agit  d’accomplir  et  par  la  demande  de  travailleurs  :  au
spectacle  de  cette  double  impulsion,  ascendante  pour  le  prix  du  travail,  descendante ­
  pour  le  prix  des  produits,  le  savant  auteur  des  Principes  d’Economie
Politique  n’a  pas  senti  que,  loin  d’être  pour  le  manufacturier  une  cause  de
ruine,  l’avilissement  graduel  de  ses  marchandises  était  la  base  la  plus  sûre  de  sa
prospérité.  Dans  le  fait,  et  par  une  aberration  étrange  pour  un  aussi  grand  esprit,
—  aberration  devant  laquelle  le  respect  a  même  fait  longtemps  hésiter  notre  main,
—  Ricardo  a  confondu  une  diminution  dans  la  valeur  des  produits  avec  une  diminution ­
  des  profits.  Il  a  vu  que,  par  la  concurrence  des  producteurs,  les  inventions ­
  se  succèdent  chaque  jour  dans  le  champ  industriel,  que  les  forcfô  mécaniques ­
  se  retrempent  au  contact  de  la  science  ;  il  a  vu  que  le  génie  de  loinme,
entassant  ainsi  les  produits,  luttait  de  prodigalité  avec  la  nature  e  e  in  me,  e
tendait  à  faire  des  richesses  sociales  un  fonds  où  les  plus  humbles  vinssen  puiser
        <pb n="318" />
        266  ‘  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
»  tend  naturellement  à  en  faire  baisser  les  profits  ;  et  quand  les  capio
  taux  se  sont  pareillement  grossis  dans  tous  les  différents  commerces

à  peu  de  frais  ;  et  cet  admirable  travail  d’égalité,  ce  nivellement  du  bien-être,  il
a  cru  qu’on  ne  pouvait  l’accomplir  qu’en  retranchant  des  profits  du  manufacturier ­
  ce  que  l’on  accordait,  par  l’abaissement  du  prix  ,  au  consommateur,  par  la
hausse  des  salaires,  aux  classes  laborieuses.  Il  n’a  pas  vu  que  c’est  précisément
dans  la  salutaire  action  de  ce  double  phénomène  que  reposent  l’avenir  de  l’industrie ­
  et  sa  prospérité  :  car  c’est  ce  double  phénomène  qui  appelle  la  masse'à
consommer  les  produits  créés,  et  qui,  par  conséquent,  fait  des  besoins  de  tous
un  étai  pour  le  travail  de  tous.  Dire  que  parce  qu’un  fabricant  fait  à  ses  ouvriers
une  part  plus  large  dans  la  répartition  de  la  fortune  publique  il  diminue  d’autant
son  revenu  et  ses  profits,  c’est  dire  à  la  fois  une  chose  fausse  et  une  chose  décourageante ­
  :  —  décourageante,  parceque,  ou  l’on  introduirait  la  lutte  et  la  haine
dans  les  rangs  des  travailleurs,  ou  l’on  condamnerait  l’ouvrier  à'  un  ilotisme
barbare  et  à  des  salaires  minimes,  ou  l’on  convierait  le  manufacturier  à  une
générosité  impossible  ;  —fausse,  en  ce  que  plus  une  marchandise  diminue  de
valeur,  plus  elle  appelle  la  consommation,  et  plus  elle  appelle  la';  consommation
plus  les  bénéfices  du  fabricant  se  grossissent.  Ne  nions  pas,  ne  refusons  pas,  surtout, ­
  par  amour  pour  les  abstractions,  ce  miracle  perpétuel  de  la  production,
qui  appelle  les  plus  humbles  à  la  vie  physique,  comme  les  appelait  le  Christ  à  la
vie  morale.
Quoi  qu’on  fasse  ou  dise,  on  n’échappera  pas  à  la  force  des  choses;  et  la  force
des  choses  veut  que  le  capitai  ne  se  dépouille  pas  en  faveur  du  travail,  et  qu’avant
d’attenter  à  ses  profits,  il  prélève  sur  les  salaires  ce  que  l’état  du  marché  ne  peut
plus  lui  donner.  Si  donc  on  voit  un  manufacturier  hausser  le  prix  de  la  maind’œuvre,
  on  peut  être  sûr  que  ses  inventaires  ont  un  aspect  rassurant,  que  ses
ateliers  sont  en  pleine  activité.  Lorsque  l’or  s’écoule  en  minces  filets  au  profit  des
ouvriers,  on  peut  être  convaincu  qu’il  coule  à  larges  flots  dans  la  caisse  des  chefs
d’industrie,  et  je  ne  sache  pas  un  seul  exemple  où  l’on  ait  vu  les  salaires  grandir
au  sein  d’une  industrie  languissante.  «  Mais,  dira-t-mi,  ne  voyez-vous  pas  le  taux
»  de  l’intérêt  s’abaisser  de  toutes  parts,  tandis  que  s’élève  au  contraire,  avec  la
»  valeur  des  forces  humaines,  celle  des  subsistances.  Ne  voyez-vous  pas  que  le
»  producteur  hérite  des  dépouilles  du  capitaliste,  du  propriétaire,  du  rentier,
»  et  que,  dans  ce  déplacement  de  la  richesse,  les  caisses  des  uns  s’emplissent
»  aux  dépens  des  caisses  des  autres?  »  Je  reconnais  facilement  la  décadence  du
rentier  et  du  propriétaire,  c’est-à-dire  de  l’élément  oisif  de  la  société.  Ils  représentent ­
  des  capitaux  inertes  qui  doivent  nécessairement  perdre  de  leur  prix
au  milieu  de  la  multiplication  générale  des  produits  et  des  signes  monétaires  :
et  leur  fortune  présente  même  quelque  chose  d’analogue  à  ces  monnaies  qui
s’usent  par  le  frai,  ou  bien,  —  que  l’on  me  permette  cette  comparaison  peu  économique ­
  —  à  des  habits  qui  deviennent  trop  courts  pour  un  corps  que  le  temps
développe  et  grandit.  Rien  de  plus  juste  et  de  plus  naturel  à  leur  égard;  mais
je  nie  positivement  l’autre  partie  de  la  proposition,  celle  qui  veut  envelopper  dans
la  même  déchéance  toute  cette  classe  de  producteurs  qui  mettent  en  œuvre  leurs
capitaux,  commanditent  des  industries,  et  font  servir  leurs  sueurs  d’hier  à  fécon-
        <pb n="319" />
        cil.  XXL  -  DES  PROFITS  ET  DE  L’iNTÉRÉT  DES  CAPITAUX.  207
«  établis  dans  la  société,  la  même  concurrence  doit  produire  le  même
»  effet  dans  tous.  *

der  leurs  sueurs  du  jour  et  du  lendemain.  Pour  ceux-là,  au  contraire,  le  bienêtre
  s’accroît,  et  il  faudrait  pousser  bien  loin  l’esprit  de  système,  pour  mettre  la
position  d’un  membre  de  la  vénérable  confrérie  des  merciers  ou  des  drapiers  du
moyen-ñge  au-dessus  de  celle  des  manufacturiers  puissants  qui  remuent  des  'millions ­
  dans  le  Lancashire,  à  Lyon,  à  Mulhouse,  et  qui  nous  étonnent  par  le  faste
de  leur  existence.
Sans  doute  les  capitaux  se  sont  multipliés  à  l’infini  et  sont  allés,  en  s’épanchant ­
  sur  le  monde,  fertiliser,  comme  de  riches  alluvions,  les  contrées  les  plus
pauvres,  les  plus  stériles  sous  le  rapport  industriel.  Sans  doute  cette  multiplication ­
  de  la  richesse  a  dû  en  amener  la  dépréciation;  sans  doute,  nous  marchons
vers  une  époque  où  les  prodiges  de  la  mécanique,  commanditée  par  le  capital,
feront  de  la  chaussure,  du  vêtement,  de  la  nourriture,  des  choses  presque  aussi
gratuites  que  l’air,  le  ciel,  le  soleil,  l'eau,  l’électricité  :  mais  qui  voudrait  proscrire ­
  ces  bienfaits,  et  qui  ne  voit,  d’ailleurs,  que  si  les  valeurs  sociales  sont  devenues ­
  plus  nombreuses  et  out  baissé  de  prix,  elles  sont  devenues,  par  cela  même,
plus  facilement  accessibles?  Qu’importe  à  un  capitaliste  de  voir  dépérir  entre  ses
mains  des  richesses,  si  ces  richesses  se  reproduisent  à  l’infini  ;  que  lui  importe  de
posséder  100,000  fr.,  qui  lui  rapportent  10  p.  0/0,  ou  200,000  qui  produisent  un
intérêt  de  5,000  fr.  ;  que  lui  importe  encore  de  vendre,  à  frais  égaux,  dix  aunes
de  brocard  à  100  fr.  ou  vingt  auues  à  50  fr.?  Sa  situation  sera  la  même,  tandis
que  la  société  en  masse  aura  hérité  de  cette  abondance  qui  s’infiltrera  peu  à  peu
dans  ses  rangs  les  plus  infimes.  Déplorer  cet  avilissement  des  objets  de  consommation, ­
  ce  serait  donc  déplorer  la  gratuité  des  rayons  solaires,  des  forces  naturelles, ­
  des  fleuves  ;  ce  serait  méconnaître  que  la  valeur  est  une  chose  abstraite,
une  véritable  équation  établie  entre  les  frais  de  production  et  la  demande  des
différents  produits,  —  rien  de  plus  ;  ce  serait,  en  un  mot,  sacrifier  la  substance
à  l’attribut,  la  réalité  à  l’idéal,  et  lâcher  niaisement  la  proie  pour  courir  après
l’ombre.  Loin  de  s’apitoyer  sur  la  dépréciation  des  capitaux,  il  faut  donc,  au
contraire,  s’en  réjouir  au  nom  de  toutes  les  classes  de  la  société  ;  car  cette  dépréciation ­
  indique  qu’ils  se  sont  multipliés,  et  cette  multiplication  indique  qu’ils  se
distribuent  à  un  plus  grand  nombre  d’individus.  Qui  dit  valeur  excessive  d’un
produit,  dit  monopole,  consommation  restreinte,  et  par  conséquent,  industrie
sans  débouchés,  sans  profits  ;  qui  dit  valeur  infime,  dit  consommation  générale, ­
  et  par  suite,  industrie  florissante,  s’appuyant  sur  ces  bases  solides  qui
sont  les  besoins  de  tous.  Si  bien  que  l’époque  la  plus  prospère  pour  la  société
sera  celle  où  les  ateliers,  sans  cesse  en  activité,  produiront  avec  une  sorte
de  fièvre;  où  le  travail,  partout  recherché,  obtiendra  de  forts  salaires;  où
les  produits,  inondant  les  marchés,  s’y  vendront  à  assez  bas  prix  pour  que  les
plus  pauvres  y  puissent  atteindre,  et  assureront  ainsi  aux  manufacturiers  la
clientèle  des  masses,  la  seule  qui,  en  réalité,  puisse  commanditer  sûrement  une
entreprise.
Voilà  les  conclusions  auxquelles  eût  été  conduit  Ricardo  s’il  eût  étudié  de  plus
près  les  faits  et  en  eût  fait  une  analyse  plus  nette,  plus  exacte.  Il  n’eût  pas  abouti
        <pb n="320" />
        268

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Adam  Smith  parle  ici  d’une  hausse  des  salaires,  mais  c’est  d’une
hausse  momentanée,  provenant  de  l’accroissement  des  fonds  avant
qu’il  y  ait  accroissement  de  population  ;  et  il  paraît  ne  pas  s’être

à  dire  que  les  profits  doivent  aller  toujours  en  s’abaissant  ;  à  déplorer  la  surabondance ­
  et  l’avilissement  des  capitaux  :  il  n’eut  pas  surtout  prêté  l’autorité  de  son
nom,  de  sa  forte  intelligence,  aux  sectes  sans  nombre  qui  se  sont  abattues  avec
fureur  sur  l’économie  politique,  pour  lui  arracher,  sous  forme  de  formules  dangereuses ­
  et  désespérées,  un  acte  d’abdication.  Dernièrement  encore,  un  écrivain,
à  l’imagination  brillante,  qui  excelle  à  parer  le  clinquant  de  ses  paradoxes  d’un
style  puissant  et  coloré;  un  penseur  qui,  plongé  dans  les  abstractions  transcendantales, ­
  ne  s’aperçoit  pas  que  dans  les  sciences  comme  dans  la  nature,  à  force  de
vouloir  s’élever  et  planer,  ou  arrive  à  des  régions  où  le  vide  se  forme,  et  où  l’air
manque  aux  poumons,  comme  la  netteté  à  l’intelligence;  M.  Proudhon,  —  pour
le  nommer  deux  fois,  —  a  rangé  cette  dépréciation  graduelle  et  fatale  des  produits
et  des  valeurs  au  nombre  de  ce  qu’il  veut  bien  appeler  les  contraditions  économiques. ­
  Il  s’est  extasié  sur  cette  divergence  de  phénomènes  ,  qui  veut  que  tandis
que  la  société  s’enrichit  par  la  multiplication  des  produits,  elle  s’appauvrisse  par
la  dépression  de  leur  valeur  :  et  il  a  creusé  cette  anomalie,  ou  cette  autonomie
prétendue,  avec  un  acharnement  qu’il  a  pris  pour  de  la  profondeur,  et  qui  est
tout  simplement  de  la  naïveté.  Il  n’a  pas  vu,  d’une  part,  que  ce  jeu  des  richesses
sociales  est  la  chose  du  monde  la  plus  simple,  la  plus  naturelle,  et  que  la  hase  de
toutes  les  valeurs  étant,  ici-bas,  le  travail,  il  est  évident,  il  est  fatal  que  moins
les  frais  de  production  d’une  marchandise  seront  élevés,  plus  fléchira  son  prix
courant,  plus  elle  sera  demandée,  et  plus  la  production  s’agitera  pour  la  répandre ­
  de  toutes  parts.  Il  n’a  pas  vu  ensuite,  ce  qui  était  bien  plus  important
et  plus  visible  encore,  que  la  société  s’enrichit,  loin  de  s’appauvrir,  dès  que
la  valeur  des  choses  s’abaisse,  parce  que  cet  abaissement  est  le  signe  de  leur
abondance.  Loin  donc  qu’il  y  ait  anomalie  dans  cette  grande  loi  de  la  valeur,
il  s’y  trouve  une  harmonie  salutaire,  pleine  d’enseignement,  et  (ju’on  ne  peut
méconnaître  qu’à  force  d’arguties,  de  logomachie  et  de  sysièmes  systématiques. ­
  Dans  le  fait,  ce  n’est  pas  de  valeurs  que  vit  la  société  ;  c’est  de  hié,  de  vêtements, ­
  de  meubles,  et  plus  ces  choses  sont  à  bas  prix,  plus  une  société  doit  être
réputée  opulente,  parce  que  plus  elle  est  à  même  d’en  distribuer  les  bienfaits  à  tous
ses  membres.  I.a  tendance  actuelle  de  notre  époque,  de  notre  industrie,  est  précisément ­
  de  réaliser  ce  beau  programme,  et  de  créer,  pour  ainsi  dire,  la  démocratie ­
  des  prix  et  des  produits,  au  profit  du  consommateur,  qui  paiera  moins
cher  les  marchandises,  —  de  l’ouvrier,  dont  le  travail  deviendra  plus  précieux,  —
du  capitaliste,  qui  verra  grandir  ses  débouchés.  Qu’on  mette,  d’ailleurs,  pour  plus
de  sécurité  dans  le  raisonnement,  l’Angleterre,  la  France,  l’Allemagne,  la  Hollande, ­
  qui  comptent  par  milliards  des  richesses  dont  l’intérêt  s’arrête  à  (i,  à
5,  à  4,  à  3,  ou  même  2  p.  O/o  ;  qu’on  mette  ces  grandes  nations  en  face  de
ces  peuples  où  de  maigres  capitaux  provoquent  l’usure,  et  donnent  des  revenus ­
  douteux  de  10,  20  ou  2  &amp;gt;  p.  O/O;  qu’on  fasse  cette  comparaison,  et,  quoiqu’en
  dise  Ricardo,  aidé  de  M.  l’roudhon,  le  choix  ne  sera  pas  douteux.
A.  F.
        <pb n="321" />
        CH.  XXI.  —  DES  PROFITS  ET  DE  L’INTÉRÊT  DES  CAPITAUX.  269
aperçu  qu’à  mesure  que  le  capital  grossit,  l’ouvrage  que  ce  capital
doit  faire  exécuter  augmente  dans  la  même  proportion.  Cependant
M.  Say  a  prouvé  de  la  manière  la  plus  satisfaisante,  qu’il  n’y  a
¡)oint  de  capital,  quelque  considérable  qu’il  soit,  qui  ne  puisse  être
employé  dans  un  pays,  parce  que  la  demande  des  produits  n’est
bornée  que  par  la  production.  Personne  ne  produit  que  dans  l’intention ­
  de  consommer  ou  de  vendre  la  chose  produite,  et  on  ne  vend
jamais  que  pour  acheter  quelque  autre  produit  qui  puisse  être  d’une
utilité  immédiate,  ou  contribuer  à  la  production  future.  Le  producteur ­
  devient  donc  consommateur  de  ses  propres  produits,  ou  acheteur
et  consommateur  des  produits  de  quelque  autre  personne.  11  n’est
pas  présumable  qu’il  reste  longtemps  mal  informé  sur  ce  qu’il  lui
est  plus  avantageux  de  produire  pour  atteindre  le  but  qu’il  se  propose, ­
  c’est-a-dire,  pour  acquérir  d’autres  produits.  Il  n’est  donc  pas
vraisemblable  qu’il  continue  à  produire  des  choses  pour  lesquelles  il
il  n’y  aurait  pas  de  demande\
Il  ne  saurait  donc  y  avoir  dans  un  pays  de  capital  accumulé,  quel
qu’en  soit  le  montant,  qui  ne  puisse  être  employé  productivement,
jusqu  au  moment  où  les  salaires  auront  tellement  haussé  par  Teilet
du  renchérissement  des  choses  de  nécessité,  qu’il  ne  reste  j)lus  qu’une
part  très-faible  pour  les  profits  du  capital,  et  que,  par  là,  il  n’y  ait
plus  de  motif  pour  accumuler*.  Tant  que  les  profits  des  capitaux

'  Adam  Smith  cite  la  Hollande  comme  un  exemple  de  la  bais.se  des  profits  provenant ­
  de  raccumulation  des  capitaux  et  de  la  surabondance  de  capital  affecté  à
chaque  emploi.  «  I.e  gouvernement  hollandais  emprunte  à  2  pour  cent,  et  les
»  particuliers  qui  ont  bon  crédit  à  3  pour  (%nt.  »  Mais  il  aurait  fallu  considérer
que  la  Hollande  est  obligée  d’importer  presque  tout  le  blé  qu’elle  consomme  et
qu’en  mettant  de  forts  impôts  sur  les  objets  nécessaires  à  l’ouvrier,  elle  augmente
encore  les  salaires  du  travail.  Ces  faits  expliquent  assez  le  taux  peu  élevé  des  profits ­
  et  de  l’intérêt  en  Hollande.
*  I/expression  suivante  est-elle  tout-à-fait  d’accord  avec  le  principe  posé  par
M.  Say  ?  «  Plus  les  capitauv  disponibles  sont  abondants  en  proportion  de  l’étendue
»des  emplois,  et  plus  on  voit  baisser  l’intérêt  des  capitaux  prêtés.  »  j.iv  II
chap.  8.  Si  des  capitaux,  quelque  considérables  qu’il  soient,  peuvent  toujours
trouver  de  l’emploi  dans  un  pays,  comment  peut-on  dire  qu’ils  sont  abondants, ­
  comparés  avec  l’étendue  de  l’emploi  qu'ils  peuvent  trouver  ?
{Note  de  l’Auteur.)
M.  Ricardo  tire  ici  une  conséquence  parfaitement  juste  du  principe  établi  dans
mon  Traité  d’Économie  politique.,  et  il  explique  d’une  manière  qui  me  paraît
tres-satifaisante  la  baisse  des  profits-capitaux,  ou  intérêts,  à  mesure  que  les  capitaux ­
  s’accroisssent,  quoique  les  emplois  se  multiplient  avec  les  capitaux.  11  est
également  certain  que  j’ai  eu  tort  de  dire  que  les  capitaux  peuvent  être  plus  ou
        <pb n="322" />
        270  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
seront  élevés,  les  particuliers  auront  un  motif  pour  accumuler.  Tant
qu’un  individu  éprouvera  le  désir  de  satisfaire  une  certaine  jouissance, ­
  il  aura  besoin  de  plus  de  marchandises,  et  la  demande  sera
effective  dès  qu’il  aura  une  nouvelle  valeur  quelconque  à  offrir  en
échange  pour  ces  marchandises.  Si  on  donnait  10,000  1.  st.  à  un
homme  qui  en  possède  déjà  100,000  1.  de  rente,  il  ne  les  serrerait
pas  dans  son  coffre  ;  il  augmenterait  sa  dépense  de  10,0001.  ;  il  les
emploierait  d’une  manière  productive,  ou  il  prêterait  cette  somme
à  quelque  autre  personne  pour  cette  même  fin.  Dans  tous  les  cas,  la
demande  s’accroîtrait,  mais  elle  ]iorterait  sur  des  objets  divers.  S’il
augmente  sa  dépense,  il  est  probable  qu’il  emploiera  son  argent  à
des  constructions,  à  des  meubles,  ou  à  tout  autre  objet  d’agrément.
S’il  emploie  ses  10,000  1.  d’une  manière  productive^  il  consommera
plus  de  subsistances,  d’objets  d’habillement  et  de  matières  premières,
qui  serviraient  à  mettre  à  l’œuvre  de  nouveaux  ouvriers.  Ce  serait
toujours  une  demande  \

moins  abondants  par  rapport  à  l’étendue  des  emplois,  ayant  prouvé  ailleurs  que
les  emplois  se  multiplient  en  proportion  de  l’abondance  des  capitaux.  Les  seuls
cas  où  l’observation  que  j’ai  faite  après  Smith  pourrait  être  réelle,  seraient  ceux
où  la  production  est  rendue  si  désavantageuse,  soit  en  raison  des  impôts,  ou  par
toute  autre  cause,  qu’aucun  produit  ne  vaut  les  sacrifices  qu’il  faudrait  faire  pour
l’obtenir.  Il  y  a  bien  certainement  des  produits  qui  ne  se  font  pas,  par  la  raison
que  leur  prix-courant  est  inférieur  aux  frais  de  leur  production.  Ne  peut-on  pas
supposer  ce  cas  pour  un  si  grand  nombre  de  produits,  que  le  nombre  des
emplois  de  capitaux  et  de  facultés  industrielles  eu  soient  considérablement  réduits? ­

'  Adam  Smith  dit  que,  «  quand  le  produit  d’une  branche  particulière  d’iudus-»
  trie  excède  ce  qu’exige  la  demande  du  pays,  il  faut  bien  qu’on  envoie  le  surplus  '
»à  l’étranger  pour,  l’échanger  contre  quelque  chose  qui  soit  en  demande  dans
»  l’intérieur.  Sans  cette  exportation  une  partie  du  travail  productif  du  pays
»  viendrait  à  cesser^et  la  valeur  de  son  produit  annuel  diminuerait  necessaire-»
  ment.  La  terre  et  le  travail  de  la  Grande-Bretagne  produisent  en  général  plus
1)  de  blé,  de  lainages  et  de  quincailleries  que  n’en  exige  la  demande  du  marché
»  intérieur.  Il  faut  donc  exporter  le  surplus  et  l’échanger  contre  quelque  chose
»  dont  il  y  ait  demande  dans  le  pays.  Ce  n’est  que  par  le  moyen  de  l’exportation
»  que  ce  surplus  pourra  acquérir  une  valeur  suffisante  pour  compenser  le  travail
»  et  la  dépense  qu’il  en  coûte  pour  le  produire.  »  On  serait  tenté  de  croire,  d’après
ce  passage,  qu’Adam  Smith  en  concluait  que  nous  sommes  dans  la  nécessité  de
produire  un  excédant  de  blé,  d’étoffes  de  laine  et  de  quincailleries,  et  que  le
capital  employé  à  leur  production  ne  saurait  l’être  d’une  autre  manière.  On  a  cependant ­
  toujours  le  choix  de  l’emploi  à  donner  à  son  capital,  et  par  conséquent  il
ne  peut  jamais  y  avoir  pendant  longtemps  un  excédant  d’un  produit  quelconque  ;
        <pb n="323" />
        CH.  XXI.  —  DES  PROFITS  ET  DE  L'INTÉRÊT  DES  CAPITAUX.  271
Oü  n’achète  des  produits  qu’avec  des  produits,  et  le  numéraire
n’est  que  l’agent  au  moyen  duquel  l’échange  s’effectue.  11  peut  être
produit  une  trop  grande  quantité  d’une  certaine  denrée,  et  il  peut
eu  résulter  une  surabondance  telle  dans  le  marché,  qu  on  ne  puisse
en  retirer  ce  qu’elle  a  coûté  ÿ  mais  ce  trop  plein  ne  saurait  avoir  lieu
pour  toutes  les  deurées.  La  demande  de  blé  est  bornée  par  le  nombre
de  bouches  qui  doivent  le  manger;  celle  des  souliers  et  des  habits,
par  le  nombre  des  personnes  qui  doivent  les  porter;  mais  quoique
une  société,  ou  partie  d'une  société,  puisse  avoir  autant  de  blé  et
autant  de  chapeaux  et  de  souliers  qu'elle  peut  ou  qu’elle  veut  eu
consommer,  on  ne  saurait  en  dire  autant  de  tout  produit  de  la
nature  ou  de  l’art.  Bien  des  personnes  consommeraient  plus  de  vin,
si  elles  avaient  le  moyen  de  s’eu  procurer.  D’autres,  ayant  assez  de
vin  pour  leur  consommation,  voudraient  augmenter  la  quantité  de
leurs  meubles,  ou  en  avoir  de  plus  beaux.  D’autres  pourraient  vouloir ­
  embellir  leurs  campagnes,  ou  doimer  plus  de  splendeur  à  leurs
maisons.  Le  désir  de  ces  jouissances  est  inné  dans  l’homme;  il  ne
faut  qu’en  avoir  les  moyens  ;  et  un  accroissement  de  production
peut,  seul,  fournir  ces  moyens.  Avec  des  subsistances  et  des  denrées
de  première  nécessité  à  ma  disposition,  je  ne  manquerai  pas  longtemps ­
  d’ouvriers  dont  le  travail  puisse  me  procurer  les  objets  qui
pourront  m’être  plus  utiles  ou  plus  désiraides.
J.a  baisse  ou  la  hausse  de  profits,  que  cet  accroissement  de  production ­
  et  la  demande  qui  eu  est  la  suite  ¡x)urront  occasionner,  dépend
uniquement  de  la  hausse  des  salaires;  et  la  hausse  des  salaires,  excepté ­
  pendant  un  temps  limité,  tient  à  la  facilité  de  produire  les  subsistances ­
  et  les  choses  nécessaires  à  l’ouvrier.  J’ai  dit,  pendant  un
temps  limité,  car  il  n’y  a  rien  de  mieux  établi  que  ce  principe,  suivant ­
  lequel  la  quantité  des  ouvriers  doit  toujours  ,  en  dernière]  analyse, ­
  se  proportionner  aux  moyens  de  les  payer.
Il  n’y  U  qu’un  seul  cas,  et  celui-là  n’est  (juc  temporaire,  dans  lequel
raccumulation  du  capital,  accompagnée  du  bas  prix  des  subsistances,
peut  amener  une  baisse  des  profits;  ce  cas  est  celui  où  les  fouds  descar, ­

  si  cela  était,  il  tomberait  au-dessous  de  son  prix  naturel,  et  le  capital  passerait ­
  à  un  autre  emploi  plus  lucratif.  Il  n’y  a  pas  d’écrivain  qui  ait  montré  d’une
manière  plus  satisfaisante  et  plus  habile  que  le  docteur  Smith  la  tendance  qu’ont
les  capitaux  de  quitter  des  emplois  dans  lesquels  les  produits  ne  suflisent  pas  à
payer  tous  les  frais  de  production  et  de  transport  en  y  joignant  les  profits  ordinaires. ­
  de  l’Auteur.)
        <pb n="324" />
        272

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
tines  à  faire  subsister  les  ouvriers  s’accroissent  plus  vite  que  la  population. ­
  Dans  ce  cas,  les  salaires  seront  forts  et  les  prolits  faibles.
Si  tout  le  monde  renonçait  à  l’usage  des  objets  de  luxe,  et  ne  songeait
qu’à  accumuler,  il  pourrait  être  produit  une  quantité  d’objets  de  nc^
cessité,  dont  il  ne  pourrait  pas  y  avoir  de  consommation  immédiate.
11  pourrait  sans  doute  y  avoir  alors  un  engorgement  général  de  ces
produits,  et  par  conséquent  il  se  pourrait  qu’il  n’y  eût  ni  demande
pour  une  quantité  additionnelle  de  ces  articles,  ni  profits  à  espérer
par  l'emploi  d’un  nouveau  capital.  Si  on  cessait  de  consommer,  on
cesserait  de  produire,  et  cette  concession  n’est  pas  en  opposition  avec
le  principe  général.  Dans  un  pays  tel  que  l’Angleterre,  par  exemple,
il  est  dillicile  de  supposer  qu’il  puisse  y  avoir  de  motif  qui  détermine
les  babilants  à  consacrer  tout  leur  capital  et  leur  travail  à  la  production ­
  exclusive  des  choses  de  première  nécessité.
Quand  des  commerçants  placent  leurs  capitaux  dans  le  commerce
étranger  ou  de  trans[)ort,  c’est  toujours  par  choix  ,  et  jamais  par  nécessité. ­
  ils  ne  le  font  que  ])arce  que  leurs  profits,  dans  ce  commerce,
sont  un  peu  au-dessus  de  ceux  du  commerce  intérieur.
Adam  Smith  a  observé,  avec  raison,  que  «  le  besoin  de  nourriture
»  était,  dans  chaque  individu  ,  limité  par  la  capacité  bornée  de  l’es-»
  tomac  de  l’homme  ;  mais  que  le  désir  des  choses  commodes  ou  des
«  objetsdc  décoration  et  d’ornement  pour  les  édifices,  l’habillement,
»  les  épuipages  ou  l’ameublement,  paraît  n’avoir  point  de  homes  ou
»  de  limite  certaine.  J^a  nature  a  donc  nécessairement  limité  la  somme
»  des  capitaux  qui  peut,  à  une  époque  quelconque,  être  consacrée
»  avec  profit  à  l’agriculture;  mais  elle  n’a  point  posé  de  limites  à  la
»  somme  de  capital  qui  peut  être  consacrée  à  nous  procurer  les  cimes
»  miles  à  l’existence,  et  propres  à  Vembellir.  »&amp;gt;  Nous  procurer  le  plus
grand  nombre  possible  de  ees  jouissances,  voilà  le  but((uenous  nous
proposons,  et  c’est  uniquement  parce  que  le  commerce  étranger,  ou
celui  de  transport,  parvient  mieux  à  ce  but,  que  les  commerçants  l’entreprennent
  de  préférence  à  la  fabrication  des  objets  désirés,  ou  de
ceux  qui  peuvent  les  remplacer  dans  le  pays  même.  Si,  cependant,  des
circonstances  particulières  nous  empêchaient  de  placer  nos  capitaux
dans  le  commerce  étranger  ou  dans  celui  de  transport,  nous  serions
obligés  de  les  employer,  quoique  moins  avantageusement,  chez  nous  ;
et  tant  qu’il  n’y  a  point  de  limites  au  désir  de  posséder  «  des  cimes
»  commodes,  des  objets  d’ornement  pour  les  édifices  ,  VhabiUement,  les
»  équipages  et  l’ameublement,  »  il  ne  saurait  y  avoir  d’autres  limites
aux  capitaux  qui  peuvent  être  employés  pour  nous  procurer  ces  ob-
        <pb n="325" />
        cu.  XXI.  —  DES  PROFITS  ET  DE  L’INTÉRÍT  DES  CAPITAUX.  273
jets,  que  celles  des  subsistances  destinées  aux  ouvriers  qui  doivent
les  produire.
Adam  Smith  dit  cependant  que  le  commerce  de  transport  n’est  point
un  commerce  de  choix,  mais  de  nécessité  ;  comme  si  le  capital  qui  y
est  versé  fût  resté  stérile  sans  un  pareil  emploi  ;  comme  si  le  capital
employé  au  commerce  intérieur  pouvait  regorger  s’il  n’était  contenu
dans  de  certaines  limites.  «  Quand  la  masse  des  capitaux  d’un  pays,
"  dit-il,  est  parvenue  à  un  tel  degré  d’accroissement,  qu’elle  ne  peut
être  toute  employée  à  fournir  à  la  consommation  de  ce  pays,  et  à
“  faire  valoir  son  travail  productif,  alors  le  superflu  de  cette  masse  se
»  décharge  naturellement  dans  le  commerce  de  transport,  et  est  em-"
  ployé  à  rendre  le  même  service  à  des  pays  étrangers.
»  On  achète,  avec  une  partie  du  produit  superflu  de  l’industrie  de
"  la  Grande-Bretagne,  environ  quatre-vingt-seize  mille  quarters  de
“  tabac  dans  la  Virginie  et  le  Maryland.  Or,  la  demande  de  la  Grande-"
  Bretagne  n’en  exige  peut-être  pas  plus  de  quatorze  mille.  Ainsi,  si
»  les  quatre-vingt-deux  mille  restant  ne  pouvaient  être  exportés  et
"  échangés  contre  quelque  chose  de  plus  demandé  dans  le  pays^  l’impor-"
  tation  de  cet  excédant  cesserait  aussitôt,  et,  avec  elle,  le  travail
•  productif  de  tous  ceux  des  habitants  de  la  Grande-Bretagne  qui  sont
»  maintenant  employés  à  préparer  les  marchandises  avec  lesquelles
»  ces  quatre-vingt-deux  mille  quarters  sont  achetés  tous  les  ans.  »
Mais  cette  portion  du  travail  productif  de  la  Grande-Bretagne
ne  pourrait-elle  pas  être  employée  à  préparer  des  marchandises
d’une  différente  espèce,  avec  lesquelles  on  aurait  la  faculté  d’acheter
quelque  chose  qui  serait  plus  demandé  dans  le  pays?  Et  quand  même
cela  serait  impossible,  ne  pourrait-on  pas,  quoique  avec  moins  d’avantage ­
  ,  employer  ce  travail  productif  à  fabriquer  les  articles  demandés ­
  dans  le  pays,  ou  du  moins  à  en  fournir  d’autres  qui  pussent
les  remplacer?  Si  nous  avions  besoin  de  velours,  ne  pourrait-on  pas
essayer  d’en  faire;  et  si  nous  ne  pouvions  pas  y  réussir,  ne  serait-il
pas  possible  de  fabriquer  plus  de  drap,  ou  quelque  autre  objet  qui  serait ­
  à  notre  convenance?
Nous  fabriíjuons  des  marchandises,  et  avec  ces  marchandises  nous
en  achetons  d’autres  à  l’étranger,  parce  que  nous  pouvons  nous  les  y
procurer  à  meilleur  compte  que  si  nous  les  fabriquions  chez  nous.
Qu’on  nous  prive  de  ce  commerce,  et  à  l’instant  nous  fabriquerons  de
nouveau  ces  articles  pour  notre  usage.  D’ailleurs  cette  opinion  d’Adam ­
  Smith  est  en  contradiction  avec  toute  sa  doctrine  générale  sur
cette  matière.  «  Si  un  pays  étranger  peut  nous  fournir  une  marehan-(OEuv.
  de  Bicardo.)  f  ^
        <pb n="326" />
        -274  PIONCIPES  DE  L'ECONOMIE  POLlTIßUE.
.  disc  à  meilleur  marché  que  nous  ne  sommes  eu  état  de  le  faire  nous-.
  mêmes,  il  \aut  bien  mieux  que  nous  la  lui  adietions  avec  les  pro-»
  duits  de  quelque  industrie  où  nous  excellions.  L’industrie  générale
»  du  pays  étant  toujours  en  proportion  du  capital  qui  la  met  en  œuvre,
»  elle  ne  sera  pas  diminuée  pour  cela;...  seulement  ce  sera  a  elle  à
«  chercher  la  manière  dont  elle  peut  être  employée  à  son  plus  grand
»  avantage.  »
Et  dans  une  autre  endroit  :  «  Par  conséquent,'ceux  qui  peuvent  dis  •
»  poser  d’une  plus  grande  quantité  de  vivres  qu  ils  ne  peuvent  en
»  consommer,  sont  toujours  prêts  à  donner  ce  surplus,  ou,  ce  qui  re-«
  vient  au  même,  sa  valeur  en  échange  d’un  autre  genre  de  jouissan-.
  ces.  Tout  ce  qui  reste  après  avoir  satisfait  des  besoins  nécessairement
»  limités,  est  donné  pour  flatter  ces  désirs  que  rien  ne  saurait  satis-»
  faire,  (jiii  paraissent  tout  à  fait  insatiables.  Les  ])auvres,  pour
»  avoir  de  la  nourriture,  travaillent  à  satisfaire  les  fantaisies  des  ri-»
  ches  ;  et,  pour  être  plus  sûrs  d’obtenir  cette  nourriture,  ils  enché-»
  rissent  l’un  sur  l’autre  à  qui  travaillera  à  meilleur  marché,  et  à  qui
»  mettra  plus  de  perfection  à  son  ouvrage.  Le  nombre  des  ouvriers
»  s’accroît  par  l’abondance  de  vivres,  ou  par  les  améliorations  crois-»
  sautes  dans  la  culture  des  terres  ;  et  comme  la  nature  de  leurs  occu--
  pations  est  susceptible  de  la  plus  grande  division  de  travail,  la
-  quantité  de  matières  qu’ils  peuvent  consommer  augmente  dans  une
«  proportion  beaucoup  plus  forte  que  le  nombre  des  ouvriers.  De  là
»  naît  une  demande  de  toute  sorte  de  matières  que  l’industrie  des
«  hommes  peut  employer  en  objets  d’utilité  ou  d’ornement,  en  babil-»
  Icments,  équipages,  ameublements,  substances  fossiles,  minéraux
.  renfermés  dans  le  sein  de  la  terre,  et  métaux  précieux.  »
Il  résulte  donc  de  ces  développements  qu’il  n’est  pas  de  limites  pour
la  demande,  pas  de  limites  pour  l’emploi  du  capital,  toutes  les  fois
que  le  capital  donne  quelques  profits  et  que  ces  profits  ne  peuvent
baisser  que  par  suite  de  la  hausse  des  salaires.  Enfin  j  ajouterai  que
la  seule  cause  qui  fasse  hausser  constamment  les  salaires,  c  est  la  difficulté ­
  toujours  croissante  de  se  procurer  de  la  nourriture  et  des  objets
de  première  nécessité  pour  le  nombre  cha([ue  jour  croissant  des
ouvriers.
Adam  Smith  a  observé,  avec  raison,  qu’il  est  extrêmement  difficile
de  fixer  le  taux  des  profits  des  capitaux.  «  Le  ])rofit  est  sujet  à  des
»  variations  telles,  dit-il,  que  même  dans  un  commerce  particulier,
»  et  à  plus  forte  raison  dans  les  différentes  branches  de  commerce  en
».  général,  il  serait  difficile  d’en  déterminer  le  terme  moyen......  Et
        <pb n="327" />
        CH.  XXI.  —  DES  PROFITS  ET  DE  L’INTÉRÊT  DES  CAPITAUX.  375
*  quant  à  prétendre  juger  avec  une  certaine  précision  de  ce  qu’il  peut
“  avoir  été  à  des  époques  antérieures,  c’est  ce  qui  doit  être  absolu-»
  ment  impossible.  »  Cependant,  puisqu’il  est  évident  qu’on  paie  cher
la  faculté  de  se  servir  de  l’argent,  toutes  les  fois  que  par  son  moyen
on  peut  gagner  beaucoup,  il  croit  que  «  le  taux  ordinaire  de  l’intérêt
»  sur  la  place  peut  nous  conduire  à  nous  former  quelque  idée  du  taux
“  des  profits,  et  que  l’histoire  des  progrès  de  l’intérêt  peut  nous  don-“
  ner  celle  du  progrès  des  profits.  »  Certes,  si  le  taux  de  l’intérêt
pouvait  être  connu  avec  précision  pendant  une  époque  un  peu  considérable, ­
  il  pourrait  nous  fournir  une  mesure  assez  exacte  pour
estimer  le  progrès  des  profits.
Mais  dans  tous  les  pays,  par  suite  de  fausses  notions  en  économie
politique,  les  gouvernements  sont  intervenus,  pour  empêcher  que  le
taux  de  l’intérêt  ne  s’établît  d’une  manière  libre  et  équitable,  en  imposant ­
  de  grosses  et  excessives  amendes  sur  tous  ceux  qui  prendraient
un  intérêt  au-dessus  de  celui  fixé  par  la  loi.  On  élude  probablement
partout  de  semblables  lois;  mais  l’histoire  nous  apprend  peu  de  choses ­
  à  ce  sujet,  et  les  écrivains  nous  indiquent  plutôt  l’intérêt  fixé  par
les  lois,  que  son  taux  courant.
Pendant  la  dernière  guerre,  les  billets  de  l’échiquier  et  de  la
marine,  en  Angleterre  ,  ont  éprouvé  une  perte  telle,  qu’en  les  achetant ­
  on  a  pu  retirer  7  et  8  pour  cent,  ou  même  un  plus  fort  intérêt
de  son  argent.  Le  gouvernement  a  négocié  des  emprunts  à  un  intérêt
au-dessus  de  G  pour  cent,  et  des  particuliers  se  sont  souvent  vus
forcés  de  payer,  par  des  voies  indirectes,  plus  de  10  pour  cent  pour
l’intérêt  de  l’argent;  et  néanmoins,  pendant  tout  ce  temps,  l’intérêt
légal  était  toujours  au  taux  de  5  pour  cent.  11  y  a  donc  fort  peu
de  fond  à  faire  sur  ce  que  les  historiens  peuvent  dire  de  l’intérêt
fixe  et  légal,  puisque  nous  voyons  jusqu’à  quel  point  il  peut  être  différent ­
  du  taux  courant.  Adam  Smith  nous  apprend  que,  depuis  la  trente-septième ­
  année  du  règne  de  Henri  Ylll  jusqu’à  la  vingtième  année
de  Jacques  1",  le  taux  legal  de  l’intérêt  demeura  à  10  pour  cent.  Peu
de  temps  après  la  restauration,  il  fut  réduit  à  6  pour  cent;  et,  par  le
statut  de  la  douzième  année  de  la  reine  Anne,  à  5  pour  cent.  Il  croit
que  l’intérêt  légal  a  suivi,  et  non  précédé  le  taux  courant  de  l’intérêt.
Avant  la  guerre  d’Amérique,  le  gouvernement  anglais  empruntait  à
3  pour  cent,  et  dans  la  capitale,  ainsi  que  dans  beaucoup  d’autres  endroits ­
  du  royaume  ,  les  gens  qui  avaient  bon  crédit  empruntaient  à
3?,  4  et  4  Y  pour  cent.
Le  taux  de  l’intérêt,  quoiqu’il  soit  en  dernière  analyse,  et  d’une
        <pb n="328" />
        2TÜ  PRINCIPES  DE  L'ÉCONOMIE  POLITIQUE.
manière  stable,  déterminé  parle  taux  des  prolits,  est  eependant  sujet ­
  à  éprouver  des  variations  temporaires  par  d’autres  causes.  A  la
suite  de  chaque  fluctuation  dans  la  quantité  et  la  valeur  de  l’argent,
le  prix  des  denrées  doit  naturellement  varier.  11  varie  encore,  ainsi
que  nous  l’avons  déjà  fait  voir,  par  le  changement  dans  les  rapports
entre  l’offre  et  la  demande,  quoique  la  ])roduction  ne  soit  ni  plus  ni
moins  aisée.  Quand  le  prix  coui  antdes  marchandises  baisse  par  l’effet
d’un  approvisionnement  abondant,  d’une  moindre  demande  ou  d’une
hausse  dans  la  valeur  de  l’argent,  un  manufacturier  garde  en  magasin
une  quantité  extraordinaire  de  marchandises  prêtes  pour  la  vente,
plutôt  que  de  les  livrer  à  vil  prix.  Et  pour  faire  face  à  ses  engagements, ­
  pour  le  paiement  desquels  il  comptait  auparavant  sur  la  vente
de  ses  articles,  il  est  obligé  d’emprunter  à  crédit,  et  souvent  à  un
taux  d’intérêt  plus  élevé.  Cela  ,  cependant,  n’a  qu’une  courte  durée  ;
car,  ou  l’espoir  du  manufacturier  est  fondé,  et  le  prix  courant  de
ses  marchandises  montera;  ou  bien,  il  s’aperçoit  que  la  diminution
de  la  demande  est  ])ermanente,  et  alors  il  ne  cherche  plus  a  résister  à
la  direction  que  le  commerce  a  prise;  les  jmix  baissent,  et  l’argent
ainsi  que  l’intérêt  reprennent  leur  ancien  taux.  Si,  par  la  découverte
d’une  nouvelle  mine,  par  l’abus  des  banques  ou  par  toute  autre
cause,  la  quantité  de  la  monnaie  augmente  considérablement,  son  effet
définitif  est  d’élever  le  prix  des  choses  en  proportion  de  l’accroissement ­
  de  la  monnaie  ;  mais  il  y  a  probablement  toujours  un  intervalle
¡»endant  lequel  le  taux  de  l’intérêt  subit’quelque  variation.
i.e  prix  des  fonds  publics  n’est  pas  un  indice  certain  pour  estimer
le  taux  de  l’intérêt.  En  temps  de  guerre,  le  marché  est  si  surchargé
de  rentes  sur  l’État,  par  suite  des  emprunts  continuels  que  fait  le  gouvernement ­
  ,  qu’avant  que  le  prix  de  la  rente  ait  eu  le  temps  de  prendre ­
  son  juste  niveau,  une  nouvelle  opération  financière  ou  des  événements ­
  politiques  changent  toute  la  situation.  En  temps  de  paix,  au
contraire,  l’action  du  fonds  d’amortissement,  la  répugnance  qu’éprouve ­
  une  certaine  classe  de  gens  à  donner  à  leurs  fonds  un  emploi
autre  que  celui  auquel  ils  sont  habitués,  qu’ils  regardent  comme  triissûr,
  et  dans  lequel  les  dividendes  leur  sont  payés  avec  la  plus  grande
régularité;  toutes  ces  causes  font  monter  les  rentes  sur  l’État,  et
abaissent  par  conséquent  le  taux  de  l’intérêt  sur  ces  valeurs  au-dessous ­
  du  prix  courant  sur  la  place.  Il  faut  observer  encore  que  le  gouvernement ­
  paie  des  intérêts  différents,  selon  la  solidité  de  ses  rentes.
Pendant  que  le  capital  placé  dans  les  5  pour  cent  se  vend  95  1.  st.,  un
hillet  de  l’cchiquicr  de  100  liv.  vaudra  quelquefois  1001.  5  sh.,  quoi-
        <pb n="329" />
        CH  XXI.  -  DES  PROFITS  ET  DE  L’INTÉRÊT  DES  CAPIT.\UX.  277
qu’il  ne  porte  que  4  1.  11  sh.  3  d.  d’intérêt  annuel.  L’un  de  ces  effets
rapporte  à  l’acheteur,  aux  prix  mentionnés,  un  intérêt  de  5  ^  pour
cent;  l’autre  ne  rapporte  que  4  j.  Les  banquiers  ont  besoin  d’une
certaine  quantité  de  ces  billets  d’échiquier,  comme  offrant  un  placement ­
  sûr  et  négociable.  Si  leur  quantité  dépassait  de  beaucoup  cette
demande,  ils  se  trouveraient  aussi  bas  que  les  5  pour  cent.  La  rente  à
3  pour  cent  par  an  aura  toujours,  comparativement,  un  prix  plus  haut
&amp;lt;iue  celle  à  5  pour  cent;  car  le  principal  de  l’une  comme  de  l’autre  ne
peut  être  remboursé  qu’au  pair,  c’est-à-dire,  en  donnant  100  1.  st.
en  argent  ponr  100  1.  st.  de  capital  en  rentes.  Le  prix  courant  de  l’intérêt ­
  sur  la  place  peut  tomber  à  4  jmur  cent,  et,  dans  ce  cas,  le.  gouvernement ­
  rembourserait  au  possesseur  des  5  pour  cent  son  capital
au  pair,  à  moins  qu’il  ne  consentit  à  recevoir  4  pour  cent,  ou  un  intérêt ­
  au-dessous  de  5  pour  cent.  Le  gouvernement  ne  retirerait  aucun
avantage  de  rembourser  ainsi  le  possesseur  des  3  pour  cent,  tant  que
le  taux  courant  de  l’intérêt  ne  serait  pas  descendu  au-dessous  de  3
pour  cent  par  an.
Pour  payer  les  intérêts  de  la  dette  nationale,  l’on  retire  quatre  fois
par  an,  et  pendant  ])eu  de  jours,  de  grandes  sommes  de  monnaie  de  la
circulation.  Ces  demandes  de  monnaie,  n’étant  que  tcm])oraires,  ont
rarement  de  l’effet  sur  les  prix  ;  elles  sont,  en  général,  remplies  moyennant ­
  le  j)aiement  d’un  taux  plus  élevé  d’intérêt  L

'  «  Toute  espèce  d’emprunt  public,  dit  IM.  Say  a  l’inconvénient  de  retirer
»  des  usages  productifs  des  capitaux  ou  des  portions  de  capitaux  pour  les  dévouer
»  à  la  consommation  ;  et  de  plus,  quand  ils  ont  lieu  dans  un  imys  dont  le  goU'
»  vernement  inspire  peu  de  confiance,  ils  ont  l’inconvénient  de  faire  monter
»'l’intérêt  des  capitaux.  Qui  voudrait  prêter  à  5  pour  cent  par  au  à  l’agriculture,
»  aux  fabriques,  au  commerce,  lorsqu’on  trouve  un  emprunteur  toujours  prêt  à
»  payer  un  intérêt  de  7  à  8  pour  cent?  Le  genre  de  revenu  qui  se  nommeproyii
»  des  ca/)i7aMa/s’élève  alors  aux  dépends  du  consommateur.  La  consommation  se
»  réduit  par  le  renchérissement  des  produits,  et  les  autres  services  productifs
»  sont  moins  demandés,  moins  bien  récompensés;  la  société,  les  capitalistes  ex-»
  ceptés,  souffre  de  cet  état  de  choses.  »  A  la  question,  «  qui  voudrait  prêter  à
»5  pour  cent  par  an  à  l’agriculture,  aux  fabriques,  au  commerce,  lorsqu’on
»  trouve  un  emprunteur  toujours  prêt  à  payer  un  intérêt  de  7  à  8  pour  cent  ?  »  je
réponds  :  tout  homme  prudent  et  sensé.  Parce  que  le  taux  de  l’intérêt  est  à  7  ou  8
pour  cent  là  où  le  prêteur  court  un  risque  extraordinaire,  y  a-t-il  une  raison  pour
qu’il  soit  aussi  haut  dans  les  endroits  où  les  prêteurs  sont  à  l’abri  de  pareils  risques? ­
  M.  Say  convient  que  le  taux  de  l’intérêt  tient  à  celui  des  profits;  mais  il  u«
s’ensuit  pas  que  le  taux  des  profits  dépende  du  taux  de  l’intérêt  ;  l’un  est  la  cause,
l'autre  l’effet,  et  il  est  impossible  que  des  circonstances  quelconques  puissent  les
faire  changer  de  place.  (Sote  de  l  Àuleur-J
*  Écoiiotn  poliliq.  liv.  III,  cliap.  9.
        <pb n="330" />
        “278

I*RiNCIFES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.

CHAPITRE  XXII.

DES  PRIMES  A  L’EXPORTATION  ,  ET  DES  PROHIBITIONS  A  L  IMPORTATION.

Une  prime  accordée  à  Texportation  du  blé  tend  à  en  abaisser  le
prix  pour  le  consommateur  étranger,  mais  n'a  point  d’effet  permanent ­
  sur  son  prix  dans  les  marchés  de  l’intérieur.
Supposons  que,  pour  retirer  des  capitaux  les  profits  ordinaires,  il
soit  nécessaire  que  le  blé  se  vende  en  Angleterre  4  1.  st.  le  quarter;
dans  ce  cas,  il  ne  pourrait  être  exporté  dans  les  pays  étrangers  où
il  ne  se  vendrait  que  3  1.  15  sh.  Mais  si  l’on  donnait  10  sh.  par
quarter  de  prime  d’exportation,  on  pourrait  le  vendre,  dans  le
marché  étranger,  3  1.10  sh.,  et  par  conséquent  il  en  résulterait  le
même  profit  pour  le  cultivateur  de  blé,  soit  qu’il  le  vendit  3  1.  10  sh.
dans  le  marché  étranger,  ou  4  1.  dans  le  pays  même.
Une  prime  qui  ferait  donc  baisser  le  prix  du  blé  anglais,  dans  un  pays
étranger,  au-dessous  de  ce  qu’y  coûte  la  production  du  blé,  aurait  naturellement ­
  pour  effet  d’augmenter  la  demande  de  blé  anglais,  en  diminuant ­
  celle  des  blés  du  pays.  Ce  surcroît  de  demande  de  blé  anglais  ne
saurait  manquer  d’en  faire  hausser  le  prix  en  Angleterre,  et  de  l’empêcher ­
  de  baisser,  sur  le  marché  étranger,  jusqu’au  taux  où  la  prime  tend
à  le  faire  descendre.  Mais  les  causes  qui  pourraient  agir  de  la  sorte  sur
le  prix  courant  du  blé  en  Angleterre,  n’auraientpas  le  moindre  effet  sur
son  prix  naturel,  ou  sur  les  frais  réels  de  production.  Pour  récolter  du
blé,  il  n’y  aurait  besoin  ni  de  plus  de  bras  ni  de  plus  de  fonds,  et  par
conséquent,  si  les  profits  du  capital  du  fermier  n’étaient  aujiaravant
qu’en  égalité  avec  ceux  des  capitaux  des  autres  commerçants,  après
la  hausse  des  prix  ils  les  surpasseraient  considérablement.  En  grossissant ­
  les  profits  du  fermier,  la  prime  agira  comme  un  encouragement
à  l’agriculture,  et  le  capital  employé  en  manufactures  eu  sera  retiré
pour  être  employé  sur  les  terres  jusqu’à  ce  qu’on  ait  fait  face  à  l’accroissement ­
  des  demandes  extérieures.  Quand  cela  sera  arrivé,  le  prix
du  blé  tombera  de  nouveau,  dans  le  marché  de  l’intérieur,  à  son  prix
        <pb n="331" />
        ¿79

CH.  XXll.  —  DE  L’EXPOKTATIUN  ET  DE  L’lMPüHTATlO.N.
naturel  et  forcé,  et  les  profits  reviendront  à  leur  niveau  accoutumé. ­
  Un  approvisionnement  plus  abondant,  agissant  de  même  dans
le  marché  étranger,  fera  aussi  baisser  le  prix  du  grain  dans  le  pays  où
il  est  exporté,  et,  par  là,  les  profits  du  négociant  qui  1  exporte  se
trouveront  réduits  au  taux  le  plus  bas  auquel  il  puisse  faire  ce
commerce.
L’effet  d’une  prime  d’exportation  sur  le  blé  n’est  donc,  en  dernier
résultat,  ni  d’en  élever  ni  d’en  abaisser  le  prix  dans  lé  marché  intérieur, ­
  mais  bien  de  faire  baisser  le  prix  du  blé,  pour  le  consommateur
étranger,  de  tout  le  montant  de  la  prime,  dans  le  cas  où  le  blé  n’aurait
pas  été  à  plus  bas  prix  dans  le  marché  étranger  que  dans  celui  de  l’intérieur ­
  •  et  de  le  faire  baisser  dans  une  proportion  moindre,  dans  le
cas  où  le  prix  dans  l’intérieur  aurait  été  plus  élevé  que  celui  du  marché ­
  étranger.
Un  écrivain,  en  traitant,  dans  le  cinquième  volume  de  la  Revue
d'Édimbourg.  des  primes  pour  l’exportation  du  blé,  a  très  clamement
fait  voir  quels  en  étaient  les  effets  sur  la  demande  de  l’étranger  et  de
l’intérieur.  11  a  aussi  observé  avec  raison  que  ces  primes  ne  pouvaient
manquer  d’encourager  l’agriculture  du  pays  qui  exporte;  mais  il
parait  imbu  de  la  même  erreur  qui  a  égaré  le  docteur  Smith,  et,  je
crois,  la  plupart  des  autres  auteurs  qui  ont  traité  de  cette  matière.  Il
suppose  que,  parce  que  c’est  le  prix  du  blé  qui  règle,  en  dernier  résultat, ­
  les  salaires,  c’est  aussi  ce  même  prix  qui  doit  régler  celui  de
toutes  les  autres  choses.  11  dit  que  la  prime,  «  en  augmentant  les  pro-»
  fits  du  fermier,  servira  d’encouragement  à  l’agriculture  ;  en  faisant
»  monter  le  prix  du  blé  pour  les  consommateurs  nationaux,  elle  di-»
  minuera  pendant  ce  temps  leurs  facultés  d’acheter  cet  objet  de  pre-»
  mière  nécessité,  et  réduira  ainsi  leur  richesse  réelle.  11  est  cependant
»  évident  que  ce  dernier  effet  ne  peut  être  que  temporaire;  car  les
»  salaires  des  consommateurs  industrieux  ayant  été  auparavant  réglés
»  par  la  concurrence,  ce  même  principe  les  ramènera  encore  aux
»  mêmes  proportions,  en  faisant  hausser  le  prix  en  argent  du  travail,
»  et,  par  ce  moyen,  celui  des  autres  denrées  jusqu’au  niveau  du  prix
»  en  argent  du  blé.  La  prime  d’exportation  fera  donc,  en  dernier  ré-&amp;gt;&amp;gt;
  sultat,  hausser  le  prix  en  argent  du  blé  dans  le  marché  du  pays,  non
»  pas  directement,  mais  au  moyen  de  l’accroissement  de  demande
»  dans  le  marché  étranger,  et  du  renchérissement  qui  s’ensuit  dans  le
"  prix  réel  du  pays  ;  et  celte  hausse  du  prix  en  argent,  quand  une  fois
»  elle  se  sera  étendue  aux  autres  denrées^  deviendra  par  conséquent
»  permaneiUe.  »
        <pb n="332" />
        280

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Si  j’ai  cependant  réussi  à  faire  voir  que  le  surhaussement  des  salaires ­
  en  argent  ne  fait  pas  monter  le  prix  des  produits,  mais  qu’un
tel  surhaussement  affecte  toujours  les  profits,  il  doit  s’ensuivre  que  le
prix  des  produits  ne  montera  pas  par  l’effet  de  la  prime.
Mais  une  hausse  temporaire  dans  le  prix  du  blé,  oceasionnée  par
une  plus  forte  demande  de  l’étranger,  ne  produirait  aucun  effet  sur  le
prix  en  argent  des  salaires.  Le  renchérissement  du  blé  est  causé  par
une  concurrence  de  demande  pour  cet  article,  dont  l’approvisionnement ­
  était  auparavant  exclusivement  destiné  au  marché  national.  Par
l’effet  de  la  hausse  des  profits,  il  y  a  plus  de  capitaux  employés  dans
l’agriculture,  et  l’on  obtient  par  là  un  surcroît  d’approvisionnement;
mais  tant  qu’il  n’est  pas  obtenu,  le  haut  prix  en  est  absolument  nécessaire ­
  pour  régler  la  consommation  sur  l’approvisionnement,  ce  que  la
hausse  des  salaires  empêcherait.  Le  renchérissement  du  blé  est  la  suite
de  sa  rareté,  et  c’est  c«  qui  en  fait  diminuer  la  demande  par  les  acheteurs ­
  nationaux.  Si  les  salaires  montaient,  la  concurrence  augmenterait, ­
  et  un  nouveau  surhaussement  du  prix  du  blé  deviendrait  nécessaire. ­

Dans  cet  exposé  des  effets  produits  par  les  primes  d’exportation,
nous  n’avons  point  supposé  d’événement  qui  fit  hausser  le  prix  naturel ­
  du  blé,  lequel  prix  règle,  en  dernière  analyse,  son  prix  courant;
car  nous  n’avons  point  supposé  qu’il  fallût  un  surcroît  de  travail
pour  forcer  la  terre  à  donner  une  quantité  déterminée  de  produits,
et  il  n’y  a  que  cela  qui  puisse  faire  monter  le  prix  naturel.  Si  le  prix
naturel  du  drap  était  de  20  sh.  par  verge,  une  grande  augmentation
de  demandes  du  dehors  pourrait  en  faire  monter  le  prix  à  25  sh.,  ou
au  delà;  mais  les  profits  que  ferait  alors  le  fabricant  de  drap  ne  manqueraient ­
  pas  d’attirer  les  capitaux  vers  cette  fabrication;  et  quoiqu’elle ­
  pût  doubler,  tripler  ou  quadrupler,  elle  finirait  par  être  satisfaite; ­
  et  le  drap  baisserait  de  nouveau  à  son  prix  naturel  de  20  sh.  11
en  arriverait  autant  pour  ce  qui  concerne  l’approvisionnement  du
blé.  Quoique  nous  en  exportions  deux,  trois  ou  huit  cent  mille  quarters ­
  par  an,  il  finirait  par  être  produit  à  son  prix  naturel,  lequel  ne
varie  jamais,  à  moifis  qu’une  différente  quantité  de  travail  ne  devienne
nécessaire  à  la  production.
Il  n’y  a  peut-être  pas,  dans  tout  l’ouvrage  si  justement  célèbre
d’Adam  Smith,  de  conclusions  plus  susceptibles  d’être  contestées  que
celles  qu’on  lit  dans  le  chapitre  des  primes  d’exportation.  Il  parle
d’abord  du  blé  comme  d’une  denrée  dont  la  production  ne  saurait
s’accroître  par  l’effet  d’une  prime  d’exportation  ;  il  suppose  in  varia-
        <pb n="333" />
        “281

CH.  XXll.  —  DE  L’EXPUUTATiON  ET  DE  LlMPORTATIÜ&amp;gt;.
hlement  que  la  prime  n’influe  que  sur  la  quantité  déjà  produite,  et
qu’elle  n’encourage  point  une  nouvelle  production.  «  Dans  les  années
»  d’abondance,  dit-il,  la  gratification,  en  occasionnant  une  exporta-«
  tion  extraordinaire,  tient  nécessairement  le  prix  du  blé,  dans  le
"  marché  intérieur,  au-dessus  du  taux  auquel  il  descendrait  naturel-“
  lement...  Quoique  la  gratification  soit  souvent  suspendue  pendant
'*  les  années  de  cherté,  la  grande  exportation  qu’elle  occasionne
"  dans  les  années  d’abondance  doit  avoir  souvent  pour  effet  d’em-»
  pêcher  plus  ou  moins  que  l’abondance  d’une  année  ne  soulage  la
»  disette  d’une  autre.  Ainsi,  dans  les  années  de  cherté,  tout  aussi
"  bien  que  dans  celles  d’abondance,  la  prime  d’exportation  tend  de
“  même,  nécessairement,  à  faire  monter  le  prix  en  argent  du  blé  de
"  quelque  chose  plus  haut  qu’il  n’aurait  été  sans  cela  dans  le  marché
"  intérieur  '.  »
Adam  Smith  paraît  avoir  senti  parfaitement  que  la  justesse  de  son
raisonnement  dépendait  uniquement  de  la  question  de  savoir  si
"  l’augmentation  du  prix  en  argent  du  blé,  en  rendant  sa  culture  plus
“  profitable  au  fermier,  ne  doit  pas  nécessairement  en  encourager  la
“  production.
‘  Dans  un  autre  endroit  il  s’exprime  de  la  manière  suivante  ;  «  Quelque  exten-»
  sion  que  la  prime  puisse  occasionner  dans  les  ventes  à  l’étranger,  dans  une  an-»
  née  quelconque,  cette  extension  se  fait  toujours  entièrement  aux  dépens  dn
»  marché  intérieur,  attendu  que  chaque  boisseau  de  blé  que  la  prime  fait  exporter,
»  serait  resté  dans  le  marché  intérieur,  où  il  aurait  augmenté  d’autant  la  con-»
  sommatipn  et  fait  baisser  le  prix  de  la  denrée.  Il  faut  observer  que  la  prime  sur
»le  blé,  comme  toute  autre  prime  pour  l’exportation,  établit  sur  la  nation  deux
»  impôts  différents  :  le  premier  est  l’impôt  auquel  il  faut  qu’il  contribue  pour  dé-»
  frayer  la  prime,  et  le  second  est  l’impôt  qui  résulte  du  prix  renchéri  de  la
»  denrée  dans  le  marché  intérieur;  impôt  qui,  pour  cette  espèce  particulière
»  de  marchandise,  se  paie  par  toute  la  masse  du  peuple,  toute  la  masse  devant
»  nécessairement  acheter  du  blé.  Par  conséquent,  à  l’égard  de  cette  marchandise
»en  particulier,  le  second  impôt  est  de  beaucoup  le  plus  lourd  des  deux...  Par
»  conséquent,  par  chaque  6  schellings  pour  les(;uels  le  peuple  contribue  au  paie-•
  ment  du  premier  de  ces  deux  impôts,  il  faut  qu’il  contribue  pour  6  livres  ster-»
  ling  et  4  schellings  à  l’acquittement  du  second...  Par  conséquent,  l’exportation
»  extraordinaire  de  blé,  occasionnée  par  la  prime,  non-seulement  resserre  chaque
»  année  le  marché  et  la  consommation  intérieure  de  tout  ce  dont  elle  étend  le
»  marché  et  la  consommation  chez  l’étranger,  mais  encore  par  les  entraves  à  la
»  population  et  à  l’industrie  du  pays,  sa  tendance,  en  dernier  résultat,  est  de  gê-»
  ner  et  de  comprimer  l’extension  graduelle  du  marché  intérieur,  et  par  là  de  di  -
»  minuer  à  la  longue,  bien  loin  de  l’augmenter,  la  consommation  totale  et  le
"  débit  du  blé.  »  (  \ote  de  l'Auteur.J
        <pb n="334" />
        i«2  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
»  Je  réponds,  dit-il,  que  cela  pourrait  arriver  si  l’effet  de  la  prime
»  était  de  faire  monter  le  prix  réel  du  blé,  ou  de  mettre  le  fermier  en
•  état  d’entretenir,  avec  la  même  quantité  de  blé,  un  plus  grand  nom-«
  bre  d’ouvriers  de  la  même  manière  que  sont  communément  entre-»
  tenus  les  autres  ouvriers  du  voisinage,  largement,  médiocrement  ou
»  petitement.  »
Si  l’ouvrier  ne  consommait  que  du  blé,  et  s’il  n’en  recevait  que  ce
qui  suffirait  strictement  pour  sa  nourriture,  il  pourrait  y  avoir  quelque ­
  raison  de  supposer  que  la  part  de  l’ouvrier  ne  peut  en  aucun
cas  être  réduite  j  mais  les  salaires  en  argent  ne  montent  quelquefois ­
  pas,  et  jamais  ils  ne  montent  proportionnellement  aux  prix  en
argent  du  blé,  parce  que  le  blé  ne  forme  qu’une  partie  de  la  consommation ­
  de  l’ouvrier,  —  quoique  ce  soit  la  partie  la  plus  importante. ­
  Si  l’ouvrier  dépense  la  moitié  de  son  salaire  eii/blé,  et  1  autre
moitié  en  savon,  en  chandelle,  en  bois  à  brûler,  en  thé,  en  sucre,  en
habillement,  etc.,  tous  objets  que  l’on  suppose  ne  pas  avoir  éprouvé
de  hausse,  il  est  clair  qu’il  serait  aussi  bien  payé  avec  un  boisseau  et
demi  de  blé  ,  lorsqu’il  vaut  16  sch.  le  boisseau,  qu’avec  deux  boisseaux, ­
  dont  chacun  ne  vaudrait  que  8  sch.,  ou  avec  24  sch.  en  argent, ­
  qui  équivaudraient  à  16  sch.,  qu’il.recevait  auparavant.  Son
salaire  ne  monterait  que  de  50  pour  cent,  tandis  que  le  blé  hausserait ­
  de  100  pour  cent,  et  par  conséquent  il  y  aurait  un  motif
suffisant  pour  consacrer  plus  de  capitaux  à  l’agriculture,  si  les
profits  des  autres  commerces  continuaient  à  être  les  mêmes  qu’auparavant. ­

Mais  une  telle  hausse  des  salaires  engagerait  en  même  temps  les
manufacturiers  à  retirer  leurs  capitaux  des  manufactures,  pour  les
consacrer  à  l’agriculture  ;  car  tandis  que  le  fermier  augmenterait  le
prix  de  ses  denrées  de  100  pour  cent,  les  salaires  de  ses  ouvriers
n’ayant  haussé  que  de  50  pour  100,  le  manufacturier  se  verrait  aussi
dans  la  nécessité  de  payer  50  pour  cent  de  plus  à  ses  ouvriers,  n’ayant
en  même  temps  aucune  compensation,  pour  ce  surcroît  de  dépense,
dans  le  renchérissement  de  ses  produits.  Les  capitaux  se  porteraient
donc,  des  manufactures  vers  l’agriculture,  jusqu’à  ce  que  l’approvisionnement ­
  du  blé  fît  de  nouveau  descendre  les  prix  à  8  sch.  le
boisseau,  et  fît  baisser  les  salaires  à  16  sch.  par  semaine.  Alors  le
manufacturier  obtiendrait  les  mêmes  profits  que  le  fermier,  et  les
capitaux,  dans  chaque  emploi,  se  trouveraient  balancés.  Voilà,  dans
le  fait,  la  manière  dont  la  culture  du  blé  acquiert  toujours  plus
d’étendue,  et  fournit  aux  besoins  croissants  du  marché.  Les  fonds
        <pb n="335" />
        CH.  XXll.  -  DE  L’IMPORTATION  ET  DE  L’EXPORTATION.  283
pour  reiitrelieii  des  ouvriers  augmentent,  et  les  salaires  haussent.
L’état  d’aisance  de  l’ouvrier  l’engage  à  se  marier,  la  population  s’accroît, ­
  et  la  demande  de  blé  en  élève  le  prix  relativement  aux  autres
choses.  Plus  de  capitaux  sont  employés  profitablement  dans  l’agriculture ­
  et  continuent  à  y  affluer,  tant  que  l’approvisionnement
n  égale  pas  la  demande  ;  car  alors  le  prix  baisse  de  nouveau,  et  les
profits  de  l’agriculteur  et  du  manufacturier  reviennent  au  môme
niveau.
Il  n’est  d’aucune  importance  pour  la  question  qui  nous  occupe,
que  les  salaires  restent  stationnaires  après  le  renchérissement  du  blé,
ou  qu’ils  montent  modérément  ou  excessivement  ;  car  le  manufacturier ­
  aussi  bien  que  le  fermier  paient  des  salaires,  et  ils  doivent  à  cet
^gard  être  également  affectés  par  la  hausse  du  prix  du  blé.  Mais  leurs
profits  respectifs  sont  atteints  d’une  manière  inégale,  puisque  le  fermier ­
  vend  ses  denrées  plus  cher,  tandis  que  le  manufacturier  donne
ses  produits  au  même  prix  qu’auparavant.  C’est  pourtant  l’inégalité
des  profits  qui  engage  les  capitalistes  à  détourner  leurs  capitaux  d’un
emploi  vers  un  autre  ;  il  y  aura  par  conséquent  une  plus  forte  production ­
  de  blé,  et  une  moindre  d’objets  manufacturés.  Les  objets
manufacturés  ne  monteraient  pas  de  prix  en  raison  de  la  moindre
quantité  qui  en  serait  fabriquée  ;  car  on  en  obtiendrait  un  approvisionnement ­
  de  l’étranger,  en  échange  du  blé  exporté.
Lorsqu’une  prime  fait  monter  le  prix  du  blé,  ce  prix  peut  être  ou
ne  j)as  être  élevé,  relativement  à  celui  des  autres  marchandises.  Dans
le  cas  où  le  prix  relatif  du  blé  hausse,  il  est  hors  de  doute  que  le
fermier  fera  de  plus  forts  profits,  et  qu’il  y  aura  un  appêt  pour  le
déplacement  des  capitaux,  tant  que  le  prix  du  blé  ne  tombera  pas  de
nouveau  par  l’effet  d’un  approvisionnement  abondant.  Si  la  prime  ne
fait  point  hausser  le  prix  du  blé  relativement  à  celui  des  autres  marchandises ­
  ,  quel  tort  cela  peut-il  faire  au  consommateur  national  a
l)art  l’inconvénient  de  payer  l’impôt?  Si  le  manufacturier  paie  son
blé  plus  cher,  il  en  est  indemnisé  par  le  plus  haut  prix  auquel  il
vend  les  produits  avec  lesquels  il  achète  en  définitive  le  blé  dont  il  a
besoin.
L’erreur  d’Adam  Smith  provient  de  la  même  source  que  celle  de
1  auteur  de  1  article  de  la  Jievue  d  Jbdinibouiy/,  car  ils  croient  tous
deux  que  «  le  prix  en  argent  du  blé  règle  celui  de  tous  les  autres
”  produits  nationaux  *.  »  «  11  détermine,  dit  Adam  Smith,  le  prix  en
C’est  aussi  l’opinion  de  M.  Say.  Liv.  ///,  c/iaj).  8.
        <pb n="336" />
        ¿84

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQIIE.
»  argent  du  travail,  qui  doit  toujours  nécessairement  être  tel  qu’il
»  mette  l’ouvrier  en  état  d’acheter  une  quantité  de  blé  suffisante  pour
»  l’entretien  de  sa  personne  et  de  sa  famille,  selon  que  le  maître  qui
»  le  met  en  œuvre  se  trouve  obligé  par  l’état  progressif,  stationnaire
*  ou  décroissant  de  la  société,  de  lui  fournir  cet  entretien  abondant,
•  médiocre  ou  chétif...
w  En  déterminant  le  prix  en  argent  de  toutes  les  autres  parties  du
»  produit  brut  de  la  terre,  il  détermine  celui  des  matières  premières
»  de  toutes  les  manufactures.  En  déterminant  le  prix  en  argent  du
»  travail,  il  détermine  celui  de  la  main-d’œuvre  et  de  toutes  les  ap-»
  plications  de  l’industrie  ;  et  en  déterminant  l’un  et  l’autre  de  ces
«  prix,  il  détermine  le  prix  total  de  l’ouvrage  manufacturé.  Il  faut
»  donc  nécessairement  que  le  prix  en  argent  du  travail,  et  de  toute
«  chose  qui  est  le  produit  de  la  terre  ou  du  travail^  monte  ou  baisse  en
"  proportion  du  prix  en  argent  du  blé.  »
J’ai  déjà  essayé  de  réfuter  cette  opinion  d’Adam  Smith.  En  considérant ­
  la  hausse  du  prix  des  choses  comme  uñe  conséquence  nécessaire ­
  du  renchérissement  du  blé,  il  raisonne  comme  s’il  n’existait
pas  d’autre  fonds  qui  pût  fournir  à  ce  surcroit  de  dépense.  11  a  entièrement ­
  négligé  les  profits  qui  créent  ce  fonds  par  leur  diminution
sans  élever  le  prix  des  produits.  Si  cette  opinion  du  docteur  Smith
était  fondée,  les  profits  ne  pourraient  jamais  tomber  réellement,
quelle  que  fût  l’accumulation  des  capitaux.  Si,  lorsque  les  salaires
haussent,  le  fermier  pouvait  renchérir  son  blé,  et  si  le  marchand  de
drap,  le  chapelier,  le  cordonnier,  et  tout  autre  fabricant  pouvaient
également  augmenter  le  prix  de  leurs  marchandises  en  proportion
du  surhaussement  des  salaires,  le  prix  de  tous  les  produits  de  ces  différents ­
  commerçants  pourrait  bien  hausser,  si  on  l’estimait  en  argent ­
  ;  mais  relativement,  il  resterait  le  même.  Chacun  de  ces  fabricants ­
  pourrait  acheter  la  même  quantité  de  marchandises  aux  autres
fabricants  ;  et  puisque  ce  sont  les  marchandises,  et  non  l’argent,  qui
constituent  la  richesse,  le  reste  leur  importerait  fort  peu.  Tout  le
renchérissement  des  matières  premières  et  des  marchandises  ne  ferait ­
  de  tort  qu’aux  seules  personnes  dont  les  fonds  consisteraient  eu
or  ou  en  argent  ,  ou  dont  le  revenu  annuel  serait  payé  dans  une
quantité  fixe  de  ces  métaux,  sous  la  forme  de  lingots  ou  de  numéraire. ­
  .
Supposons  l’usage  des  monnaies  entièrement  abandonné,  et  tout
commerce  borné  à  des  échanges.  Je  demanderai  si,  dans  un  cas
semhlahle,  la  valeur  échangeable  du  hic  monterait  par  rapport
        <pb n="337" />
        CH.  XXII.  -  DE  L’IMPORTATION  ET  DE  L’EXPORTATION.  im
aux  autres  produits  ?  Si  l’on  répond  aflirmativement,  il  n  est  donc
pas  vrai  que  ce  soit  la  valeur  du  blé  qui  règle  la  valeur  des  autres ­
  produits  ;  car,  pour  pouvoir  en  régler  la  valeur,  il  faudrait  que
le  blé  ne  changeât  pas  de  valeur  relative  par  rapport  à  ces  produits.
Si  l’on  répond  négativement,  il  faudra  alors  soutenir  que  le  blé,
qu’on  le  récolte  sur  un  sol  fertile  ou  ingrat,  avec  beaucoup  ou  peu
de  travail,  à  l’aide  de  machines  ou  sans  leur  secours,  s’échangera
toujours  contre  une  quantité  égale  de  tous  les  autres  produits.
Je  dois  cependant  avouer  que,  quoique  la  teneur  générale  des  doctrines ­
  d’Adam  Smith  se  rapporte  à  l’opinion  que  je  viens  de  citer,  il
paraît  pourtant,  dans  le  passage  suivant  de  son  livre,  avoir  eu  une
idée  exacte  de  la  nature  de  la  valeur.  «  La  proportion  entre  la  valeur
&amp;gt;&amp;gt;  de  l’or  et  de  l’argent,  et  la  valeur  des  marchandises  d’une  autre  es-&amp;gt;'
  pèce  queleonque,  dépend  dans  tous  les  cas,  dit-il,  de  la  proportion
"  qii’il  y  a  entre  la  quantité  de  travail  nécessaire  pour  amener  au
»  marché  une  quantité  déterminée  d’or  et  d’argent,  et  celle  qui  est  né-»
  cessaire  pour  y  faire  arriver  une  quantité  déterminée  de  toute  autre
«  sorte  de  marchandises.  »  N’avoue-t-il  pas  ici  pleinement  que,  si  une
quantité  de  travail  plus  eonsidérahle  devient  indispensable  pour  faire
arriver  au  marché  une  certaine  marchandise,  pendant  qu’une  autre
peut  y  arriver  sans  augmentation  de  frais,  la  première  haussera  de
valeur  relative  ?  S’il  fallait  autant  de  travail  pour  porter  du  drap  et
de  l’or  au  marché,  la  valeur  relative  de  chacun  de  ces  objets  ne  varierait ­
  pas  ;  mais  s’il  fallait  [dus  de  travail  ])our  faire  arriver  au  marché ­
  du  blé  ou  des  souliers,  le  blé  et  les  souliers  ne  monteraient-ils
pas  relativement  au  drap  et  à  l’or  monnayé?
Adam  Smith  regarde  aussi  les  primes  comme  ayant  pour  effet  de
causer  une  dégradation  dans  la  valeur  de  l’argent.  «  Une  dégradation
»  de  la  valeur  de  l’argent,  dit-il,  qui  est  l’effet  de  la  fécondité  des
»  mines,  et  qui  se  fait  sentir  également  ou  presque  également  dans  la
»  totalité,  ou  peu  s’en  faut,  du  monde  commerçant,  est  de  très-peu
»  d’importance  pour  un  pays  en  particulier.  La  hausse  qui  en  résulte
»  dans  tous  les  prix  en  argent  ne  rend  pas  plus  riches  ceux  qui  les
«  reçoivent,  mais  du  moins  elle  ne  les  rend  pas  plus  pauvres.  Un  ser-«
  viee  en  argenterie  devient  réellement  à  meilleur  marché  ;  mais
»  toutes  les  autres  choses  ,  généralement,  restent  exactement  comme
»  elles  étaient  auparavant,  quant  à  leur  valeur  réelle.  »  Cette  observation ­
  est  on  ne  peut  pas  plus  correete.
«  Mais  cette  dégradation  de  la  valeur  de  l’argent,  qui,  étant  le  ré-»
  suit  at  ou  de  la  situation  particulière  d’un  pays,  ou  de  ses  institutions
        <pb n="338" />
        286

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
»  politiques,  n’a  lieu  que  pour  ce  pays  seulement,  entraîne  des  con-»
  séquences  tout  autres  ;  et  bien  loin  qu’elle  tende  à  rendre  personne
»  plus  riche,  elle  tend  à  rendre  chacun  plus  pauvre.  La  hausse  du  prix
»  en  argent  de  toutes  les  denrées  et  marchandises,  qui,  dans  ce  cas,
»  est  un  fait  particulier  à  ce  pays,  tend  à  y  décourager  plus  ou  moins
V.  toute  espèce  d’industrie  au  dedans,  et  à  mettre  les  nations  étranu
  gères  à  portée  de  livrer  presque  toutes  les  diverses  sortes  de  mar-«
  chandises  pour  moins  d’argent  que  ne  le  pourraient  faire  les
•  ouvriers  du  pays,  et,  par  là,  de  les  supplanter,  non-seulement
»  dans  les  marchés  étrangers,  mais  même  dans  leur  propre  marché
»  intérieur.  »
J’ai  essayé  de  faire  voir  ailleurs  qu’une  diminution  partielle  de  la
valeur  de  l’argent,  capable  d’affecter  à  la  fois  les  produits  de  l’agriculture ­
  et  ceux  des  manufactures,  ne  peut  jamais  être  permanente.
Dire,  dans  ce  sens,  que  l’argent  éprouve  une  dépréciation  partielle,
c’est  comme  si  l’on  disait  que  tous  les  produits  ont  renchéri  ;  mais
tant  qu’on  aura  la  liberté  de  les  acheter  avec  de  l’or  et  de  l’argent  dans
le  marché  le  moins  cher,  on  les  exportera  en  échange  des  produits  des
autres  pays  qui  sont  à  meilleur  marché,  et  la  diminution  de  la  quantité ­
  de  CCS  métaux  augmentera  leur  valeur  dans  l’intérieur;  les  marchandises ­
  reprendront  leur  niveau  ordinaire,  et  celles  qui  conviennent
aux  marchés  étrangers  seront  exportées  comme  par  le  passé.
Ce  n’est  donc  pas  là,  je  pense,  une  raison  qu’on  puisse  alléguer
contre  les  primes.
Si  donc  la  prime  faisait  hausser  le  prix  du  blé  comparativement  aux
autres  choses,  le  fermier  y  trouverait  du  profit,  et  il  y  aurait  plus  de
terres  mises  en  culture  ;  mais  si  la  prime  ne  changeait  pas  la  valeur  du
blé  relativement  aux  autres  choses,  dans  ce  cas,  la  prime  ne  pourrait
avoir  d’autre  inconvénient  que  celui  eonsistant  à  la  payer,  et  cet  inconvénient, ­
  je  suis  loin  de  chercher  à  en  dissimuler  les  effets  ou  à  en
diminuer  l’importance.
«  Il  semble,  dit  le  docteur  Smith,  que  nos  propriétaires  ruraux,  en
»  imposant  sur  l’importation  des  blés  étrangers  de  gros  droits  qui,
«  dans  les  temps  d’une  abondance  moyenne,  équivalent  à  une  prohi-»
  bition,  et  en  établissant  les  primes  d’exportation,  aient  pris  exemple
»  sur  la  conduite  de  nos  manufacturiers.  Par  ces  moyens,  les  uns
»  comme  les  autres  ont  cherché  à  faire  monter  la  valeur  de  leurs  pro-1)
  duits.  Peut-être  n’ont-ils  pas  fait  attention  à  la  grande  et  essentielle
»  différence  établie  par  la  nature  entre  le  blé  et  presque  toutes  les
-  autres  sortes  de  marchandises.  Lorsqu’au  moyen  d’un  monopole
        <pb n="339" />
        287

CH.  XXII.  —  DE  L’IMPORTATION  ET  DE  L’EXPORTATION.
»  dans  le  marché  intérieur,  ou  d’une  prime  accordée  à  l’exportation,
«  on  met  nos  fabricants  de  toiles  ou  de  lainages  à  même  de  vendre
“  leurs  marchandises  à  un  prix  un  peu  meilleur  que  celui  auquel  ils
»  les  auraient  données  sans  cela,  on  élève  non-seulement  le  prix  no-»
  minai,  mais  le  prix  réel  de  leurs  marchandises  ;  on  les  rend  équiva-“
  lentes  à  plus  de  travail  et  à  plus  de  subsistances;  on  augmente  non-«
  seulement  le  profit  nominal  de  ces  fabricants,  mais  leur  profit  réel,
«  leur  richesse  et  leur  revenu  réels  On  encourage  réellement  ces
“  manufactures  Mais  quand,  à  l’aide  de  mesures  semWahles,  vous
»  faites  hausser  le  prix  nominal  du  blé  et  son  prix  eu  argent,  vous  n’é-»
  levez  pas  sa  valeur  réelle,  le  revenu  réel  de  nos  fermiers  ni  de  nos
•  propriétaires  ruraux  ;  vous  n’encouragez  pas  la  production  du  blé....
**  La  nature  des  choses  a  imprimé  au  blé  une  valeur  réelle,  qui  ne  sau-&amp;gt;*
  rait  changer  par  reffet  d’une  simple  variation  de  son  prix  en  argent...
»  Dans  le  monde  entier,  cette  valeur  sera  égale  à  la  quantité  de  bras
»  qu  elle  peut  faire  subsister.  »
J’ai  déjà  tâché  de  faire  voir  que  le  prix  courant  du  blé  doit,  en
raison  de  l’augmentation  de  la  demande  par  l’effet  d’une  prime  d’exportation, ­
  excéder  son  prix  naturel  jusqu’à  ce  que  l’on  obtienne  le
surcroît  d’approvisionnement  ;  et,  dans  ce  cas,  il  doit  revenir  à  son
prix  naturel.  Mais  le  prix  naturel  du  blé  n’est  pas  aussi  stable  que
celui  des  autres  marchandises,  ¡»arce  que,  dès  que  la  demande  de
blé  augmente  considérablement,  il  faut  livrer  à  la  culture  des  terrtîs
d’une  qualité  inférieure,  qui,  pour  produire  une  quantité  déterminée
&amp;lt;le  blé,  exigeront  plus  de  travail,  ce  qui  fera  hausser  le  prix  du  blé.
L’effet  d’une  prime  permanente  sur  l’exportation  du  blé  serait  donc
de  le  faire  tendre  constamment  à  la  hausse  ;  ce  qui,  comme  je  l’ai
fait  voir  ailleurs,  ne  manque  jamais  de  faire  hausser  la  rente  L  Les
propriétaires  ruraux  ont  donc  un  intérêt  non-seulement  temporaire,
mais  permanent,  aux  prohil)itions  d’importation  du  blé,  et  aux  primes ­
  accordées  à  son  exportation  ;  mais  les  manufacturiers  n’ont
point  d’intérêt  permanent  aux  ¡»rimes  d’ex¡)ortation  de  leurs  produits
manufacturés  :  leur  intérêt,  à  cet  égard,  n’est  que  temporaire.
Des  ¡»rimes  accordées  à  l’exportation  des  objets  manufacturés  ne
.  peuvent  manquer,  ainsi  que  le  docteur  Smith  le  dit,  de  faire  hausser
le  ¡»rix  courant  des  objets  manufacturés  ;  mais  elles  ne  feront  ¡»as
monter  le  ¡»rix  naturel  de  ces  objets.  Le  travail  de  deux  cents  hom-■'

  Fuyez  le  chapitre  de  la  Rente.
        <pb n="340" />
        288

PRINCIPES  DE  L’ECONOMIE  POLITIQUE.
mes  produira  une  quantité  de  marchandises  double  de  celle  que  cent
hommes  pouvaient  fabriquer  auparavant;  et  par  conséquent,  aussitôt
que  la  somme  nécessaire  de  capital  aura  été  consacrée  à  fournir  la
quantité  requise  d’objets  fabriqués,  ils  reviendront  à  leur  prix  naturel. ­
  Ce  n’est  donc  que  pendant  cet  intervalle  qui  suit  la  hausse  du
■prix  courant  des  denrées,  et  qui  précède  l’accroissement  delà  production, ­
  que  les  manufacturiers  peuvent  faire  de  gros  profits;  car  aussitôt
que  les  prix  seront  descendus,  leurs  profits  devront  baisser  au  niveau
des  autres  profits.
Loin  donc  d’accorder  à  Adam  Smith  que  les  propriétaires  ruraux
n’ont  pas  un  intérêt  aussi  grand  à  la  prohibition  de  l’importation  du  blé,
que  les  industriels  en  ont  à  la  prohibition  des  produits  manufacturés,
je  soutiens,  au  contraire,  que  les  propriétaires  ruraux  y  ont  un  intérêt ­
  bien  plus  fort;  —  les  avantages  qu’ils  tirent  de  cette  prohibition
étant  permanents,  tandis  que  le  manufacturier  n’en  profite  que  pour
un  temps  donné.  Le  docteur  Smith  observe  que  la  nature  a  établi  une
grande  et  essentielle  différence  entre  le  blé  et  les  autres  marcbandises;
mais  la  conséquence  qu’il  faut  en  tirer  est  précisément  l’opposé  de
celle  ([U  en  tire  Adam  Smith  ;  car  c’est  précisément  cette  différence
qui  crée  la  rente,  et  qui  fait  que  les  propriétaires  ruraux  trouvent  un
intérêt  à  la  hausse  du  prix  naturel  du  blé.  Au  lieu  d’avoir  mis  en
parallèle  les  intérêts  du  manufacturier  avec  ceux  du  propriétaire
foncier  le  docteur  Smith  aurait  dù  comparer  les  intérêts  du  premier
avec  ceux  du  fermier,  qui  sont  très-distincts  des  intérêts  du  propriétaire. ­
  Le  manufacturier  n’a  pas  d’intérêt  à  la  hausse  du  prix  naturel ­
  de  ses  produits,  pas  plus  que  le  fermier  n’en  a  à  la  hausse  du
prix  naturel  du  blé  ou  de  tout  autre  produit  immédiat  du  sol,  quoique ­
  l’un  et  l’autre  soient  intéressés  à  ce  que  le  prix  courant  de
leurs  produits  s’élève  au-dessus  de  leur  prix  naturel.  Le  propriétaire ­
  foncier,  au  contraire,  a  l’intérêt  le  plus  marqué  à  la  hausse  du
prix  naturel  du  blé,  puisque  le  surbaussement  de  la  rente  est  la
suite  inévitable  de  la  difliculté  qu’il  y  a  à  produire  des  denrées  de
première  nécessité,  difliculté  qui  peut  seule  faire  hausser  leur  «prix
naturel.  Or,  puisque  des  primes  d’exportation  et  des  prohibitions  à
l’importation  du  blé  en  augmentent  la  demande,  et  forcent  à  livrer
à  la  culture  des  terrains  plus  ingrats,  elles  occasionnent  nécessairement ­
  une  augmentation  des  frais  de  production.
Le  seul  effet  qu’occasionne  une  prime  accordée  à  l’exportation  des
objets  manufacturés  ou  à  celle  du  blé,  est  de  porter  une  portion  de
capital  vers  un  emploi  qu’on  n’aurait  pas  cherché  sans  cela.  11  en
        <pb n="341" />
        CH.  XXIl.  —  DE  L’IMPODTATION  ET  DE  L’EXPORTATION.  289
résulte  une  distribution  nuisible  du  capital  national  ;  c’est  un  leurre
qui  séduit  le  manulacturier  ,  et  qui  l’engage  à  commencer  ou  à  continuer ­
  un  genre  de  commerce  comparativement  moins  profitable.
C’est  le  plus  mauvais  des  impôts  ;  car  il  ne  rend  pas  aux  étrangers
tout  ce  qu’il  ôte  aux  nationaux,  la  balance  en  perte  étant  supportée
par  une  distribution  moins  avantageuse  du  capital  national.  Si,  par
exemple,  le  prix  du  blé  en  Angleterre  était  de  4  1.  st.,  tandis  qu’il
serait  en  France  de  3  1.  15  sb.,  une  prime  de  10  sh.  finirait  par  le  réduire ­
  eu  France  à  3  1.  10  sb.  en  le  maintenant  en  Angleterre  au  prix
de  4  1.  L’Angleterre  paierait  un  impôt  de  10  sh.  sur  chaque  quarter
de  blé  qu  elle  exporterait,  et  la  France  ne  gagnerait  que  5  sb.  sur
chaque  quarter  qu  elle  importerait  d’Angleterre.  Voilà  donc  une  valeur ­
  de  5  sb.  par  quarter  absolument  perdue  pour  la  société,  eu  raison ­
  d’une  mauvaise  distribution  de  son  capital,  qui  tend  à  diminuer
la  masse  totale,  non  pas  probablement  du  blé,  mais  bien  de  quelque
autre  objet  de  nécessité  ou  d’agrément.
M.  Buchanan  parait  avoir  senti  le  vice  du  raisonnement  du  docteur
Smith,  au  sujet  des  primes,  et  il  fait  sur  le  dernier  passage  de  cet  auteur, ­
  que  j’ai  cité  plus  haut,  des  réllexions  très-judicieuses.  «  En  sou-"
  f^want,  dit  M.  Buchanan,  que  la  nature  a  conféré  au  blé  une  valeur
"  réelle  que  les  simples  variations  de  son  prix  en  argent  ne  sauraient
"  lî^lï'ii  varier,  le  docteur  Smith  confond  la  valeur  d’utilité  avec  la
"  valeur  échangeable  du  blé.  Lu  boisseau  de  blé  ne  peut  pas  nourrir
«  plus  de  monde  pendant  la  disette  que  pendant  les  époques  d’aljon-«
  dance  ;  mais  un  boisseau  de  blé  s’échangera  eontre  une  plus  grande
«  quantité  d’objets  de  luxe  ou  d’utilité,  quand  il  est  rare,  que  lors-»
  qu’il  est  abondant;  et  les  propriétaires  fonciers,  qui  ont  un  surplus
»  de  subsistances  à  leur  disposition,  deviendront  par  conséquent  plus
«  riches  dans  des  temps  de  disette,  et  ils  échangeront  ce  surplus  contre
“  une  plus  grande  somme  de  jouissances.  C’est  donc  à  tort  que  l’on
"  prétend  que  si  la  prime  occasionne  une  exportation  forcée  de  blé
«  elle  ne  produira  pas  de  môme  une  hausse  réelle  de  sou  prix.  «  L’ensemble ­
  du  raisonnement  de  M.  Buchanan,  sur  cet  effet  particulier  des
primes,  me  parait  parfaitement  clair  et  concluant.
Cependant  M.  Buchanan,  pas  plus  que  le  docteur  Smith  et  l’auteur
de  1  article  de  la  Revue  d’Édimbourg,  ne  me  paraissent  avoir  des  idées
exactes  sur  l’inlluence  que  le  renchérissement  de  la  main-d’œuvre
doit  avoir  sur  les  objets  manufacturés.  D’après  la  manière  de  voir
qui  lui  est  particulière,  et  que  j’ai  déjà  rapportée  ailleurs,  M.  Buchanan ­
  pense  que  le  prix  du  travail  n’a  aucun  rapport  avec  le  prix  du
{OEuv.  de  Ricardo.)  19
        <pb n="342" />
        290  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE,
blé,  et  par  conséquent  il  croit  que  la  valeur  réelle  du  blé  pourrait
monter  et  monte  eu  effet  sans  influer  sur  le  prix  du  travail.  Pour  le  cas,
cependant,  où  le  prix  du  travail  se  ressentirait  de  cette  hausse,  il  soutent,
  avec  Adam  Smith  et  l’auteur  de  l’article  de  la  Revue  d’Èdimbourg,
  que  le  prix  des  objets  manufacturés  devrait  monter  en  même
temps  ;  hors  ce  cas,  je  ne  conçois  pas  comment  il  pourrait  distinguer
une  telle  hausse  du  blé  d’avec  une  baisse  dans  la  valeur  de  l’argent,
ou  comment  il  pourrait  arriver  à  un  résultat  différent  de  celui  du
docteur  Smith.  '
Dans  une  note,  à  la  page  270  '  du  premier  volume  de  la  richesse  des
Nations,  M.  Buchanan  s’exprime  ainsi  :  «  Mais  le  prix  du  blé  ne  règle
»  pas  le  prix  en  argent  de  tous  les  autres  produits  bruts  de  la  terre.
»  Il  ne  règle  ni  le  prix  des  métaux  ni  celui  de  beaucoup  d’autres  matiè-»
  res  utiles,  telles  que  la  houille,  le  bois,  les  pierres,  etc.;  et  comme
»  il  ne  règle  pas  le  prix  du  travailj  il  ne  règle  pas  non  plus  celui
»  des  objets  manufacturés  ;  en  sorte  que  la  prime,  en  tant  qu  elle  élève
»  le  prix  du  blé,  forme  incontestablement  un  avantage  réel  pour
»  le  fermier.  Ce  n’est  donc  pas  sous  ce  rapport  que  l’on  peut  en  mn-»
  tester  l’utilité.  11  est  hors  de  doute  que  ces  primes  offrent  un  encou-»
  ragement  à  l’agriculture,  par  la  hausse  qu  elles  opèrent  dans  le  prix
»  du  blé.  La  question  se  réduit  donc  à  savoir  s’il  convient  d’eneoura-»
  ger  l’agriculture  par  un  tel  moyen.  »  Les  primes  sont  avantageuses
au  fermier,  en  ce  qu  elles  ne  font  point  hausser  le  prix  du  travail  ;
car,  si  elles  produisaient  un  tel  effet,  elles  feraient  bansser  le  prix  de
toutes  les  autres  choses  à  proportion,  et  ne  présenteraient  alors  aucun
encouragement  à  l’agriculture.
il  faut  cependant  convenir  que  la  tendance  d’une  prime  accordée  à
l’exportation  d’une  marchandise  quelconque,  est  de  faire  baisser  un
peu  la  valeur  de  l’argent.  Tout  ce  qui  facilite  l’exportation  tend  à
augmenter  la  quantité  de  l’argent  dans  le  pays  qui  exporte  ;  et  au
contraire,  tout  ce  qui  s’oppose  à  l’exportation  tend  à  diminuer  la  quantité ­
  de  l’argent.  L’effet  général  de  l’impôt  est  de  diminuer  l’exportation ­
  par  la  hausse  qu’il  occasionne  dans  les  prix  des  produits  imposés,
et  de  s’opposer  par  conséquent  A  l’introduction  de  l’argent.  Nous
avons  expliqué  cela  plus  en  détail  dans  nos  observations  générales  sur
l’impôt.
Le  docteur  Smith  a  parfaitement  développé  les  effets  nuisibles  du

Édition  anglaise.
        <pb n="343" />
        291

CH.  XXH.  —  DE  L’IMPORTATION  ET  DE  L’EXPORTATION.
système  mercantile,  qui  n’avait  pour  but  que  de  faire  hausser  le  prix
des  marchandises  dans  le  pays,  en  repoussant  la  concurrence  des  produits ­
  étrangers  ;  mais  ce  système  n’était  pas  plus  funeste  aux  cultivateurs ­
  qu’aux  autres  classes  de  la  société.  En  forçant  les  capitaux  à
prendre  une  direction  qu’ils  n’auraient  pas  autrement  suivie,  ce  système ­
  diminuait  la  somme  totale  des  produits.  Le  prix,  qui  se  maintenait ­
  constamment  plus  haut,  n’était  pas  dù  à  la  rareté  des  produits,
niais  à  la  seule  dilliculté  de  la  production  ;  et  par  conséquent,  quoique
les  possesseurs  de  ces  produits  les  vendissent  plus  cher,  cependant,
considérant  la  quantité  de  capital  qu’il  leur  avait  fallu  employer
pour  les  obtenir,  ils  n’en  tiraient  réellement  pas  de  plus  gros  profits  ‘.

'  M.  Say  penseque  l’avantage  des  manufacturiers  nationaux  est  plus  que  temporaire. ­
  «  Un  gouvernement,  dit-il,  qui  défend  absolument  l’introduction  de
»  certaines  marchandises  étrangères,  établit  un  monopole  en  faveur  de  ceux  qui
»  produisent  cette  marchandise  dans  l’intérieur,  contre  ceux  qui  la  consomment;
»  c’est-à-dire  que  ceux  de  l'intérieur  qui  la  produisent,  ayant  le  privilège  exclusif
»  de  la  vendre,  peuvent  en  élever  le  prix  au-dessus  du  taux  naturel,  et  que  les
«  consommateur  de  l’intérieur,  ne  pouvant  l’acheter  que  d’eux,  sont  obligés  de  la
»  payer  plus  cher.  »  Lih.  1,  chap.  17.
Mais  comment  peuvent-ils  maintenir  constamment  leurs  produits  au-dessus  de
leur  prix  naturel,  lorsque  chacun  de  leurs  concitoyens  a  la  possibilité  de  se  livrer
au  même  genre  d’industrie  ?  Ils  sont  protégés  contre  la  concurrence  des  étrangers,
mais  non  contre  celle  des  nationaux.  Le  mal  réel  que  ressent  un  pays  par  l’effet
de  ces  monopoles,  s’il  est  permis  de  leur  donner  ce  nom,  vient,  non  de  ce  qu’ils
font  hausser  le  prix  courant  de  ces  produits,  mais  bien  de  ce  qu’ils  en  font  hausser
le  prix  reel  et  naturel.  En  augmentant  les  frais  de  production,  ils  sont  cause
qu’une  portion  de  l’industrie  du  pays  est  employée  d’une  manière  moins  produc-.
  (iSote  de  l’Auteur.)
M.  Ricardo  me  paraît  avoir  ici  raison  contre  moi.  En  effet,  quand  le  gouvernement ­
  prohibe  un  produit  étranger,  il  ne  saurait  élever  dans  l’intérieur  les  bénélicos
  qu’on  lait  sur  sa  production  au-dessus  du  taux  commun  des  prolits;  car  alors
les  producteurs  de  l’intérieur,  en  se  livrant  à  ce  genre  de  production,  eu  ramèneraient ­
  bientôt,  par  leur  concurrence,  les  profits  au  niveau  de  tous  les  autres.  Je
dois  donc,  pour  expliquer  ma  pensée,  dire  que  je  regarde  le  taux  naturel  d’une
marchandise,  comme  étant  le  prix  le  plus  bas  auquel  on  peut  se  la  procurer  par
la  voie  du  commerce,  ou  par  toute  autre  industrie.  Si  l’industrie  commerciale
peut  la  donner  a  meilleur  marché  que  les  manufactures,  et  si  le  gouvernement
orce  a  la  produire  par  les  manufactures,  il  force  dès  lors  à  préférer  une  manière
P  us  ispendieuse.  C’est  un  tort  qu’il  lait  à  ceux  qui  la  consomment,  mais  ce
U  est  pas  au  prolit  de  ceux  qui  la  produisent.  C’est  sous  ce  point  de  vue  que  la
critique  de  M.  Ricardo  est  fondée  ;  mais  la  mesure  que  je  combats  n’en  est  que
P  Us  mauvaise  :  elle  augmente  la  difficulté  naturelle  qui  s’oppose  à  la  satisfaction
O  nos  besoins,  et  c’est  sans  profit  pour  personne.  —  J-R.  Say.  ;
        <pb n="344" />
        292  PRINCIPES  RE  L’ÉCONOMIE  POLlTigüE.
Les  mauufacturiers  eux-mèines,  eu  leur  qualité  de  eousoumiateurs,
auraieut  payé  ees  produits  plus  cher,  et  par  couséqueut  il  n’est  pas
exact  de  dire  que  «  le  surhaussemeut  de  prix  occasionné,  par  les  régle-«
  meuts  des  maîtrises  et  par  de  forts  droits  sur  l’importation  des
»  produits  étrangers,  est  partout,  et  eu  dernier  résultat,  payé  par
«  les  propriétaires,  les  fermiers  et  les  ouvriers  du  pays.  »
il  est  d’autant  plus  nécessaire  d’insister  sur  ce  point,  que  les  propriétaires ­
  fonciers  allèguent  à  présent  l’autorité  d’Adam  Smitii  pour
prouver  qu’il  faut  mettre  de  pareils  et  de  forts  droits  sur  l’introduction ­
  des  blés  étrangers.  C’est  ainsi  que  les  frais  de  production,  et,
par  couséqueut,  le  prix  de  plusieurs  objets  mauulacturés,  ayant
augmenté  pour  les  consommateurs  par  suite  d’une  laute  de  législation, ­
  on  a,  sous  prétexte  de  justice,  exigé  de  la  nation  qu’elle  coiiseutit
  à  endurer  de  nouvelles  extorsions.  Parce  que  nous  papous
tous  plus  cher  le  linge,  la  mousseline  et  les  tissus  de  coton,  ou  croit
qu’il  est  juste  que  nous  payions  le  blé  également  plus  cher.
Parce  que,  dans  la  distribution  générale  du  travail  sur  notre  globe,
nous  avons  empêché  que  le  travail,  chez  nous,  fournît  la  plus  grande
quantité  possible  de  produits  manufacturés,  ou  voudrait  nous  eu
punir  encore  eu  diminuant  les  facultés  productives  du  travail  employé ­
  à  la  création  des  fruits  de  la  terre,  il  serait  bien  plus  sage  d’avouer ­
  les  fautes  qu’un  faux  calcul  nous  a  lait  commettre,  eu  commençant ­
  dès  ce  moment  à  revenir  graduellement  aux  principes
salutaires  d’un  commerce  libre  entre  tous  les  peuples'.
«  J’ai  déjà  eu  occasion,  observe  M.  Say,  de  remarquer,  eu  parlant
«  de  ce  qu  ou  nomme  improprement  balance  du  conimevce,  que  s  il
»  convient  mieux,  au  négociant  du  pays,  d  envoyer  des  métaux  pré-«
  cieux  à  l’étranger,  plutôt  que  toute  autre  marchandise,  il  est  aussi
•&amp;gt;  de  l’intérêt  de  l'Ltat  que  ce  négociant  eu  cm  oie  ;  car  l’Ktat  ne  gagne
"  et  ne  perd  que  par  le  canal  de  ses  citoyens  j  et,  par  rappoit  à

'  Il  subirait  de  la  liberté  du  commerce  pour  protéger  un  pays  comme  la
Grande  Bretagne,  abondamment  pour\u  des  différents  produits  de  l’industrie
humaine,  des  marchandises  propres  à  satisfaire  les  besoins  de  toute  société,  contre ­
  le  retour  de  la  disette.  Les  nations  de  la  terre  ne  sont  pas  tatalement  condam
nées  à  tirer  constamment  au  sort  celle  qui,  parmi  toutes,  devra  s’éteindre  dans  la
famine.  A  prendre  le  globe  dans  son  ensemble,  les  subsistances  y  abondent  toujours ­
  ;  et  pour  jouir  à  jamais  d’un  riche  approvisionnement,  nous  n’a\ons  qu’à
renoncer  à  nos  prohibitions,  à  nos  restrictions,  et  a  cesser  de  lutter  contre  les  vues
bienfaisantes  de  la  Providence.  (  Article  sur  la  législation  et  le  commerce  des
céréales.  Supplément  à  l’Encyclopédie  britannique.)
        <pb n="345" />
        293

ai.  XXII.  —  DK  LMMPOHTATION  ET  DE  I/EXPORTATION.
»  rétranfçer,  ce  qui  convient  le  mieux  aux  citoyens,  convient  le  mieux
»  à  l’État  :  ainsi,  quand  on  met  des  entraves  à  l’exportation  que  les
»  particuliers  seraient  tentés  de  faire  de  métaux  précieux,  on  ne  fait
»  autre  chose  que  les  forcer  à  remplacer  cet  envoi  par  un  autre  moins
»  profitable  pour  eux  et  pour  l’État.
»  Qu’on  fasse  bien  attention  que  je  dis  seulement,  dans  ce  qni  a
»  rapport  au  commerce  avec  Vétranger  ;  car  les  ßains  que  font  les
»  négociants  sur  leurs  compatriotes,  comme  ceux  qu’ils  font  dans  le
»  commerce  exclusif  des  colonies,  ne  sont  pas,  en  totalité,  des  pains
»  pour  l’État.  Dans  le  commerce  entre  compatriotes,  il  n’y  a  de
»  gain  pour  tout  le  monde  que  la  valeur  d'une  utilité  produite  \  »
Tiv.  I,  cbap.  22,  §  I.
Je  ne  comprends  pas  cette  différence  entre  les  profits  du  commerce
intérieur  et  ceux  du  commerce  étranger.  L’objet  de  tout  commerce
est  d’augmenter  la  production.  Si,  pour  acheter  une  pipe  de  vin,
je  peux  exporter  des  lingots  qui  ont  été  achetés  moyennant  le  produit ­
  du  travail  de  cent  jours,  et  que  le  gouvernement,  en  défendant
l’exportation  des  lingots,  me  force  à  acheter  mon  vin  au  moyen
d’une  denrée  qui  me  coûte  la  valeur  produite  par  le  travail  de  cent
cinq  jours,  je  perds  le  fruit  de  ces  cinq  jours  de  travail,  et  l’État  le
perd  aussi  bien  que  moi.  Mais  si  ces  transactions  avaient  lieu  entre
particuliers,  dans  différentes  provinces  d’un  même  pays,  les  individus ­
  et  l’État  en  tireraient  les  mêmes  avantages  si  les  acheteurs
étaient  libres  dans  le  choix  des  marchandises  qu’ils  donneraient  en
paiement;  et  les  mêmes  désavantages,  si  le  gouvernement  forçait
les  particuliers  à  acheter  avec  des  marchanilises  qui  offriraient  moins
d’avantages.  Si  un  fabricant  peut,  avec  le  même  capital,  travailler
une  plus  grande  quantité  de  fer  là  où  le  charbon  abonde,  que  là  où

‘  Les  passades  suivants  ne  sont-ils  pas  en  contradiction  avec  celui  que  je  viens
de  citer  ?
«  Outre  qu’en  tous  pays  le  commerce  intérieur,  quoique  moins  aperçu,  parce
»  qu’il  est  en  toutes  sortes  de  mains,  est  le  plus  considérable,  c’est  aussi  le  plus
»  avantageux.  Les  envois  et  les  retours  de  ce  commerce  sont  nécessairement  les
»  produits  du  pays.  »  Traité  d’Economie  politique,  liv.  I,  chap.  9.
«  Le  gouvernement  anglais  n’a  pas  fait  atttention  que  les  ventes  les  plus  profi-"
  tables  sont  celles  qu’une  nation  se  fait  à  elle-même,  parce  qu’elles  ne  peuvent
»  avoir  lieu  qu’autant  qu’il  y  a,  par  cette  nation,  deux  valeurs  produites  :  la  valeur
&amp;gt;&amp;gt;  qu’on  vend  et  celle  avec  laquelle  on  achète.  »  Ibid.,  liv.  I,chap.  7.
Hans  le  xxvi*  chapitre  de  cet  ouvrage,  je  me  propose  d’examiner  la  solidité
de  cette  doctrine.  f  Note  de  T  Auteur.J
        <pb n="346" />
        294

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
il  est  rare,  le  pays  gagnera  dans  le  premier  cas.  Mais  si  nulle  part
dans  le  pays  le  charbon  ne  se  trouvait  en  abondante,  et  qu’il  imj)ortàt
  cette  quantité  additionnelle  de  fer  en  donnant  en  échange  un
produit  créé  au  moyen  du  même  capital  et  du  même  travail,  il  enriehirait
  également  le  pays  de  toute  cette  quantité  additionnelle  de
fer  qu’il  y  introduirait.
Dans  le  sixième  chapitre  de  cet  ouvrage,  j’ai  tâché  de  faire  voir
que  tout  commerce  étranger  ou  intérieur  est  utile,  parce  qu’il
augmente  la  quantité  des  produits,  et  non  parce  qu’il  en  augmente
la  valeur.  Nous  ne  posséderons  pas  une  valeur  plus  forte,  soit  que
nous  fassions  un  commerce  intérieur  et  étranger  profitable,  soit  que,
par  les  entraves  des  lois  prohibitives,  nous  soyons  obligés  de  nous
contenter  du  eommerce  le  mobis  avantageux.  I^es  profits  et  la  valeur
produite  seront  les  mêmes.  Les  avantages  reviennent  toujours,  en
dernier  résultat,  à  ceux  que  M.  Say  parait  n’accorder  qu’au  commerce ­
  intérieur.  Dans  ces  deux  cas,  il  n’y  a  d’autre  gain  que  celui
de  la  valeur  d’une  utilité  produite  '.

'  Outre  les  gains  qu’on  peut  faire  par  le  moyen  d’une  utilité,  et  par  suite  d’une
valeur  produite,  on  peut  faire  son  profit  des  pertes  d’un  autre  homme.  I.orsque
cet  autre  homme  est  un  compatriote,  la  nation  ne  perd  ni  ne  gagne  par  ce  bénéfice ­
  porté  d’une  poche  dans  l’autre  ;  lorsque  cet  autre  homme  est  d’un  autre
pays,  la  nation  dont  le  premier  fait  partie  gagne  ce  que  l’autre  nation  perd.
Je  ne  prétends  pas  justifier  ce  gain  ;  je  me  borne  à  établir  le  fait.  —  J.-B.  Say.
        <pb n="347" />
        en.  XXUl.  —  DES  PRIMES  ACCORDÉES  A  LA  PRODUCTION.  í¿90

CHAPITRE  XXm.
DES  PRIMES  ACCORDÉES  A  LA  PRODUCTION.

11  peut  être  de  quelque  intérêt  de  considérer  les  effets  d’une  prime
accordée  à  la  production  agricole  et  à  celle  des  denrées  manufacturières, ­
  pour  faire  l’application  des  principes  que  je  me  suis  efforcé
d’établir  sur  les  profits  des  capitaux,  sur  les  produits  annuels  de
la  terre  et  du  travail,  et  sur  le  prix  relatif  des  objets  fabriqués  et
des  produits  naturels.  Supposons  d’abord  qu’on  mît  un  impôt  sur
toutes  les  denrées  pour  lever  un  fonds  destiné  par  le  gouvernement
à  donner  des  primes  d’encouragement  pour  la  production  du  blé.
Comme  aucune  portion  de  cet  impôt  ne  serait  dépensée  par  le  gouvernement, ­
  et  comme  tout  ce  qu’il  recevrait  d’une  classe  de  personnes ­
  il  le  rendrait  à  une  autre,  la  nation,  prise  en  masse,  ne  se
trouverait  ni  plus  riche  ni  plus  pauvre  par  l’effet  d’un  tel  impôt
et  d’une  semblable  prime.  On  conviendra  sans  doute  que  l’impôt
sur  les  denrées,  qui  fournirait  ce  fonds,  aurait  l’effet  de  faire  hausser ­
  le  prix  des  objets  imposés  ;  tous  les  consommateurs  de  ces  objets
contribueraient  par  conséquent  à  ce  fonds,  ou,  en  d’autres  mots,
le  prix  naturel  et  forcé  de  ces  choses  ayant  haussé,  leur  prix  courant ­
  hausserait  de  même.  Mais  par  la  même  raison  que  le  prix  naturel ­
  de  ces  denrées  aurait  haussé,  celui  du  blé  serait  tombé.  Avant
qu’on  eût  accordé  une  prime  à  la  production,  les  fermiers  auraient  pu
obtenir  de  leur  blé  un  prix  qui  leur  permît  de  se  rembourser  de
la  rente,  de  leurs  frais,  et  de  retirer  les  profits  ordinaires  ;  après
la  concession  de  la  prime,  ils  recevraient  plus  que  ces  profita  si
le  prix  du  blé  ne  tombait  pas  d’une  somme  au  moins  égale  à  la
prime.  L’effet  de  l’impôt  et  de  la  prime  serait  donc  de  faire  hausser ­
  le  prix  des  denrées  d’une  somme  égale  à  celle  de  rim[)ôt  dont
elles  sont  grevées,  et  de  faire  baisser  le  prix  du  blé  d  une  somme
égale  à  la  prime.
        <pb n="348" />
        21)6

■  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Il  faut  aussi  observer  qu’il  ne  pourrait  être  fait  de  changement
permanent  à  la  distribution  des  capitaux  entre  l’agriculture  et  les
manufactures  ;  car,  comme  il  n’y  aurait  point  de  variation  ni  dans
le  montant  du  capital,  ni  dans  la  population,  il  y  aurait  précisément ­
  la  même  demande  de  pain  et  d’ouvrages  manufacturés.  Les
profits  du  fermier  ne  seraient  pas  au-dessus  du  niveau  général  après
la  baisse  du  prix  du  blé,  et  les  profits  du  manufacturier  ne  baisseraient ­
  pas  non  plus  après  le  renchérissement  des  objets  manufacturés. ­
  La  prime  ne  rendrait  donc  pas  nécessaire  l’emploi  d’un  plus
fort  capital  dans  la  production  du  blé,  ni  d’un  capital  moindre  dans
les  manufactures.  Mais  les  intérêts  du  propriétaire  foncier  ne  seraient-ils ­
  pas  affectés?  Par  le  même  principe  qu’un  impôt  sur  les
produits  de  la  terre  a  l’effet  de  faire  baisser  les  rentes  en  blé  sans
changer  la  rente  en  argent,  de  même  une  prime  accordée  à  la  production ­
  et  qui  est  précisément  l’opposé  d’un  impôt,  ferait  hausser
les  rentes  en  blé  sans  apporter  aucun  changement  à  celle  en  argent.
Le  propriétaire  foncier  recevra,  dans  ce  cas,  la  même  rente  en  argent  ;
et  tandis  qu’il  paiera  plus  cher  les  objets  manufacturés  dont  il  aura
besoin,  •  il  aura  le  blé  à  meilleur  marché  :  il  ne  se  trouvera  donc
vraisemblablement  ni  plus  riche  ni  plus  pauvre.
.  Quant  à  l’effet  qu’une  pareille  mesure  pourrait  avoir  sur  les
salaires,  il  s’agit  de  savoir  si  l’ouvrier,  par  l’achat  des  objets  de
sa  consommation,  paiera  autant  pour  l’impôt  qu’il  gagnera,  par
l’effet  de  la  prime,  sur  les  prix  réduits  de  sa  nourriture.  Si  ces  deux
quantités  étaient.  égales,  les  salaires  n’éprouveraient  point  de
variation;  mais  si  les  objets  imposés  n’étaient  pas  de  ceux  que  l’ouvrier ­
  consomme,  son  salaire  tomberait,  et  l’entrepreneur  de  travaux ­
  gagnerait  toute  la  valeur  de  cette  différence.  Mais  l’entrepreneur ­
  de  travaux  n’en  tirerait  cependant  aucun  avantage  réel;
cela  augmenterait  le,taux  de  ses  profits,  comme  le  ferait  toute
baisse  des  salaires;  mais  à  mesure  que  l’ouvrier  contribuera  pour
une  somme  toujours  moindre  au  fonds  qui  doit  fournir  à  la  prime,
et  qui  doit  être  levé  par  contribution,  l’entrepreneur  de  travaux
devra  y  contribuer  pour  une  plus  forte  part,  ou,  en  d’autres  mots,
l’entrepreneur  devra  fournir  à  l’impôt,  au  moyen  de  sa  dépense,  une
somme  égale  à  celle  qu’il  gagnera  par  l’effet  réuni  de  la  prime  et
de  profits  plus  considérables.  Il  retire  de  plus  forts  profits  de  son
capital,  afin  d’être  dédommagé,  non-seulement  de  sa  quote-part  de
l’impôt,  mais  encore  de  celle  de  ses  ouvriers.  La  rétribution  qu’il
reçoit  pour  la  part  de  l’impôt  des  ouvriers  se  trouve  dans  la  dimi-
        <pb n="349" />
        cu.  XXllI.  —  DES  MUMES  ACCORDÉES  A  LA  PRODUCTION.  297
nution  des  salaires,  ou,  ce  qui  revient  au  même,  dans  l’augmentation ­
  des  profils.  Quant  à  sa  propre  part  de  la  contribution,  il  la
trouve  dans  la  diminution  du  prix  du  blé  qu’il  consomme,  et  qui
est  l’effet  de  la  prime.
11  est  à  propos  de  distinguer  iei  les  différents  effets  que  produit
sur  les  profits  un  changement  dans  la  valeur  réelle  du  blé,  estimée  en
travail,  et  un  changement  dans  la  valeur  relative  du  blé,  qui  proviendrait ­
  de  l’impôt  et  des  primes.  Si  le  blé  baisse  par  un  changement  de
son  prix  estimé  en  travail,  non-seulement  le  taux  des  profits  des  capitaux ­
  changera,  mais  encore  les  profits  absolus;  ce  qui  n’a  pas  lieu,
comme  nous  venons  de  le  faire  voir,  lorsque  la  baisse  est  occasionnée
artificiellement  par  une  prime.  Dans  la  baisse  de  la  valeur  réelle  du
blé,  qui  provient  de  ce  qu’un  moindre  travail  suffit  pour  produire  un
des  articles  les  plus  importants  de  la  consommation  de  l’homme,
le  travail  est  rendu  plus  productif.  Moyennant  un  même  capital,
et  l’emploi  du  même  travail,  on  obtient  une  augmentation  de  produits ­
  ;  par  conséquent,  non-seulement  le  taux  des  profits  s’accroît,
mais  les  profits  absolus  du  capital  augmentent  aussi  ;  non-seulement
cliacjue  capitaliste  aura  un  plus  gros  revenu  en  argent,  s’il  emploie  le
même  capital  en  argent,  mais  encore  ce  revenu  lui  procurera  une
plus  grande  quantité  de  choses  utiles  et  de  jouissances.  Dans  le  cas
de  la  prime,  l’avantage  qu’il  tire  du  bas  prix  d’un  produit  est  compensé ­
  par  le  désavantage  d’être  obligé  d’en  payer  un  autre  plus
cher  ;  il  retire  de  plus  gros  profits  pour  jiouvoir  payer  ee  prix  plus
élevé,  en  sorte  que  sa  condition  ne  se  trouve  en  rien  améliorée.
Quoique  ses  profits  soient  à  un  taux  plus  élevé,  il  ne  peut  cependant
pas  disposer  d’une  plus  grande  portion  du  produit  de  la  terre  et  de
l’industrie  nationale.
Quand  la  baisse  de  la  valeur  du  blé  est  amenée  par  des  causes  naturelles, ­
  elle  n’est  pas  contrariée  par  la  hausse  des  autres  marchandises ­
  ;  car  ces  marchandises,  au  contraire,  baissent  par  suite  de  la
baisse  des  produits  naturels  qui  servent  à  les  fabriquer.  Mais  quand
là  baisse  du  blé  s’opère  par  des  moyens  artificiels,  elle  est  toujours
contrariée  par  la  hausse  réelle  de  la  valeur  de  quelque  autre  marchandise ­
  ;  en  sorte  que,  si  l’on  achète  le  blé  à  meilleur  marché,  on  paie
d’autres  denrées  plus  cher.
Voilà  donc  une  nouvelle  preuve  qu’il  ne  résulte  aucun  désavantage
particulier  des  impôts  sur  les  olijets  de  première  nécessité,  en  raison
de  ce  qu’ils  font  hausser  les  salaires  et  baisser  les  profits.  Les  profits
tombent,  en  effet;  mais  cette  baisse  est  simplement  égale  au  montant
        <pb n="350" />
        298

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
de  la  portion  de  l’impôt  que  l’ouvrier  paie,  laquelle  doit,  en  tous  cas,
être  payée  ou  par  celui  qui  l’emploie,  ou  par  le  consommateur  des
produits  du  travail  de  l’ouvrier.  Que  vous  retranchiez  50  1.  par  an  du
revenu  de  l’entrepreneur  de  travaux,  ou  que  vous  ajoutiez  50  1.  au
prix  des  objets  qu’il  consomme,  cela  ne  l’intéresse,  lui  et  la  société,
qu’autant  que  les  autres  classes  d’individus  pourraient  ressentir  les
mêmes  effets.  Si  cette  somme  est  ajoutée  au  prix  de  la  denrée,  un
avare  peut  se  soustraire  à  l’impôt  en  ne  consommant  pas;  si  elle  est
retranchée  indirectement  du  revenu  de  chacun,  on  ne  peut  éviter  de
payer  sa  juste  part  des  charges  publiques.
Une  prime  sur  la  production  du  blé  n’aurait  donc  pas  d’effet  réel
sur  les  produits  annuels  de  la  terre  et  du  travail  du  pays,  quoiqu’elle
rendît  le  blé  relativement  à  bon  marché,  et  les  objets  manufacturés
relativement  chers.
Mais  supposons  maintenant  qu’une  mesure  contraire  fût  adoptée,
et  qu’on  mît  un  impôt  sur  le  blé,  afin  de  constituer  un  fonds  qui  servirait ­
  à  fournir  des  primes  d’encouragement  à  la  production  des  objets ­
  manufacturés.
Dans  un  tel  cas,  il  est  évident  que  le  blé  renchérirait,  et  que  les
objets  manufacturés  baisseraient  de  prix.  Le  prix  du  travail  resterait
le  même,  si  le  bon  marché  des  objets  manufacturés  procurait  à  l’ouvrier ­
  autant  de  gain  que  la  cherté  du  blé  lui  cause  de  perte  ;  mais  si
cela  n’arrivait  point,  les  salaires  devraient  hausser,  et  les  profits  tomber, ­
  tandis  que  les  rentes  en  argent  resteraient  comme  auparavant.
Les  profits  doivent  tomber  parce  que,  ainsi  que  nous  venons  de  l’expliquer, ­
  ce  sera  par  ce  moyen  que  la  part  de  l’impôt  qui  pèse  sur  l’ouvrier ­
  SC  trouvera  payée  par  ceux  qui  le  font  travailler.  Par  la  hausse
des  salaires,  l’ouvrier  se  trouvera  dédommagé  de  l’impôt  qu’il  aura
à  payer  par  le  renchérissement  du  blé;  et,  ne  dépensant  aucune  partie ­
  de  son  salaire  en  objets  manufacturés,  il  ne  lui  reviendra  rien  de
la  prime,  qui  sera  reçue  en  entier  par  les  entrepreneurs  de  travaux  ;
tandis  que  l’impôt  sera  en  partie  payé  par  les  travailleurs.  11  sera
donné  aux  ouvriers  une  gratification,  sous  forme  de  salaire,  ¡mur
cette  charge  additionnelle  qui  leur  est  imposée,  et  cela  réduira  le
taux  des  profits.  Dans  ce  cas,  il  y  aura  également  une  complication
de  mesures,  dont  le  résultat  sera  nul  pour  la  nation.
Ln  examinant  cette  question,  nous  avons  exprès  mis  de  côté  la  considération ­
  de  l’effet  qu’une  telle  mesure  pourrait  avoir  sur  le  commerce ­
  étranger;  nous  avons  raisonné  plutôt  dans  la  su¡)position  d’un
pays  isolé  qui  n’aurait  point  de  rapports  de  commerce  avec  les  au-
        <pb n="351" />
        ■f.i

CH.  XXHI.  —  DES  PRIMES  ACCORDÉES  A  LA  PRODUCTION.  29Í)
tres  États.  Nous  avons  fait  voir  que,  comme  la  demande  dans  1  intérieur, ­
  pour  du  blé  et  des  marchandises,  resterait  la  même,  quelle
que  fût  la  direction  que  pourrait  suivre  la  prime,  il  n’y  anrait  rien
qui  put  engager  les  particuliers  à  retirer  leurs  capitaux  d’un  emploi
])our  les  placer  dans  nn  autre  ;  mais  cela  n’aurait  'plus  lieu  s’il  y
avait  un  commerce  avec  l’étranger,  et  si  ce  commerce  était  libre.  En
changeant  la  valenr  relative  des  marchandises  et  du  blé,  et  en  modiliant
  d’une  manière  si  notable  leur  prix  naturel,  nous  donnerions  un
très-puissant  encouragement  à  l’exportation  de  ceux  de  ces  produits
dont  le  prix  naturel  aurait  baissé,  en  encourageant  par  là  également ­
  l’importation  des  produits  dont  le  prix  naturel  aurait  haussé.
C’est  pourquoi  une  pareille  mesure  de  finances  pourrait  changer  entièrement ­
  la  distribution  naturelle  des  capitaux  d’une  manière  avantageuse, ­
  il  est  vrai,  aux  pays  étrangers,  mais  ruineuse  pour  celui  qui
aurait  adopté  une  mesure  aussi  absurde.
        <pb n="352" />
        300

PRINCIPES  DE  L’ECONOMIE  POLITIQUE,

CHAPITRE  XXIV.

DE  LA  DOCTRrjNE  DA  DAM  SMITH  SUR  LA  RENTE  DE  LA  TERRE.

«  Ou  ne  peut  porter  généralement  au  marché,  dit  Adam  Smith,
»  que  ces  parties  seulement  du  produit  de  la  terre  dont  le  prix  ordi-»
  iiaire  est  sulïisant  pour  remplacer  le  capital  qu’il  faut  employer  pour
»  les  y  porter,  et  les  prolits  ordinaires  de  ce  capital.  Si  le  prix  ordi-«
  naire  est  plus  que  suflisant,  le  surplus  en  ira  naturellement  à  la
»  rente.  S’il  n’est  juste  que  suffisant,  la  marchandise  pourra  bien  être
»  portée  au  marché,  mais  elle  ne  peut  fournir  à  payer  une  rente  au
»  propriétaire.  Le  prix  sera-t-il  ou  ne  sera-t-il  pas  plus  que  sulïisant?
»  C’est  ce  qui  dépend  de  la  demande.  »
Le  lecteur  serait  naturellement  porté  à  croire,  d’après  ce  passage,
qu’il  n’est  pas  possible  que  son  auteur  se  soit  trompé  sur  la  nature  de
la  rente,  et  qu’il  doit  avoir  senti  que  la  qualité  des  terrains,  que  les
besoins  de  la  société  font  défricher,  dépend  «  du  prix  ordinaire  des
»  produits,  et  de  la  question  de  savoir  si  ce  prix  est  suffisant  pour
»  remplacer  le  capital  qui  a  dû  être  employé  à  cette  culture,  en  y  joi-»
  ynant  les  profits  ordinaires.  »
Mais  Smith  avait  adopté  l’opinion,  «  qu’il  y  a  quelques  parties  du
»  produit  de  la  terre  dont  la  demande  doit  toujours  être  telle,  qu’el-»
  les  rapporteront  un  prix  plus  fort  que  ce  qui  est  sulïisant  pour  les
»  faire  venir  au  marché;  »  et  il  regardait  les  subsistances  comme
étant  une  de  ces  parties.
Il  dit  encore  :  «  La  terre,  dans  presque  toutes  les  situations  pos-»
  si  bles,  produit  plus  de  nourriture  que  ce  qu’il  faut  pour  faire  suh-»
  sister  tous  ceux  dont  le  travail  concourt  à  porter  cette  nourriture  au
»  marché  et  même  pour  les  faire  subsister  de  la  manière  la  plus  lihé-»
  jale.  Le  surplus  de  cette  nourriture  est  aussi  toujours  plus  que  sulli-»
  sant  pour  remplacer  avec  profit  le  capital  qui  met  en  œuvre  ce  tra-»
  vail.  Amsi  il  reste  toujours  quelque  chose  pour  fournir  une  rente
«  au  propriétaire.  »
        <pb n="353" />
        301

CHAP.  XXIV.  —  DES  DOCTRINES  D'ADAM  SMITH.
Mais  quelle  preuve  en  donne  t  il?  Aucune,  si  ce  n’est  l’assertion,
que  n  les  marais  les  plus  déserts  d’Écosse  et  de  Norwége  forment  une
»  espèce  de  pâturage  pour  des  bestiaux  qui,  avec  leur  lait  et  l’ac-"
  croissement  du  troupeau,  suflisent  toujours,  non-seulement  à  faire
«  subsister  tous  les  gens  que  leur  garde  et  entretien  exigent,  mais
«  encore  à  payer  au  fermier  ou  maître  du  troupeau  les  profits  or-»
  dinaires  de  son  capital.  »  Qu’il  me  soit  permis  d’en  douter.  Je
crois  qu’il  existe  dans  tout  pays,  depuis  le  moins  avancé  en  civilisation ­
  jusqu’au  plus  civilisé  ,  des  terres  d’une  qualité  telle  qu’elles ­
  ne  rendent  que  le  produit  suiiisant  pour  remplacer  le  capital
qui  y  est  employé,  avec  les  profits  qu’on  retire  ordinairement  des
capitaux  dans  chaque  pays.  Nous  savons  que  cela  a  lieu  en  Amérique, ­
  et  cependant  personne  ne  prétend  que  le  fermage  y  soit  réglé ­
  d’après  des  principes  différents  de  ceux  qui  sont  admis  pour
l’Europe.  Mais  quand  il  serait  vrai  que  l’Angleterre  fût  si  avancée ­
  en  civilisation,  qu’il  n’y  restât  actuellement  plus  de  terres  qui
ne  payassent  de  rente,  il  serait  toujours  vrai  qu’il  faut  qu’il  y  ait
eu  autrefois  de  pareilles  terres.  Qu’il  y  en  ait  ou  qu’il  n’y  en  ait  pas,
cela  ne  fait  rien  à  la  question,  car  il  suffit  qu’on  admette  qu’il  y  a
des  capitaux  employés,  dans  la  Grande-Bretagne,  sur  des  terres  qui
ne  rendent  que  le  capital  déboursé  avec  les  profits  ordinaires,  soit
que  ces  terres  aient  été  depuis  longtemps  cultivées,  soient  qu’elles
ne  l’aient  été  que  récemment  *.
Si  un  fermier  consent  à  ¡»asser  un  bail  de  sept  ou  de  quatorze  ans
pour  une  terre  sur  laquelle  il  se  propose  d’employer  un  capital  de
10,000  1.,  sachant  bien  qu’au  prix  actuel  du  grain  et  des  produits
de  la  terre  ,  il  peut  remplacer  le  capital  qu’il  est  obligé  de  débourser, ­
  payer  sa  rente,  et  retirer  les  profits  ordinaires;  ce  fermier^
dis-je,  n’emploiera  pas  11000  1.,  à  moins  que  les  dernières  1000  1.
ne  puissent,  par  leur  pouvoir  productif,  lui  donner  les  profits  ordinaires ­
  des  capitaux.  Pour  savoir  s’il  doit  ou  ne  doit  pas  employer  cette
dernière  somme,  il  calculera  uniquement  si  le  prix  des  produits  de
l’agriculture  est  suffisant  pour  le  rembourser  de  ses  frais  et  lui  assurer
ses  profits;  car  il  sait  bien  qu’il  n’aura  pas  à  payer  de  rente  additionnelle. ­
  Sa  rente  ne  sera  pas  augmentée,  même  à  l’expiration  du  bail  ;  car
si  le  propriétaire  de  la  terre  exigeait  un  surcroît  de  fermage  en  raison
‘  Or,  c’est  précisément  ce  que  Smith  n'admet  pas,  puisqu’il  dit  qu’il  n’a  vu
si  mauvais  pâturage  d’Écosse  qui  ne  rapportât  quelque  revenu  loncier  à  son
propriétaire.  —  J.-D.  Sav.
        <pb n="354" />
        302

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
(le  l’emploi  de  ces  1,0001.  de  plus  sur  la  propriété,  le  fermier  retirerait
cette  portion  de  son  capital,  puisque,  dans  le  cas  supposé,  elle  ne  lui
rapporte  que  les  profits  ordinaires  et  courants  qu’il  peut  obtenir  par
tout  autre  placement  de  ce  capital  ;  et  par  conséquent  il  ne  saurait
consentir  à  en  payer  un  fermage,  à  moins  que  le  prix  des  produits
de  l’agriculture  n’éprouve  une  plus  forte  hausse,  ou,  ce  qui  revient  au
même,  à  moins  que  le  taux  ordinaire  et  courant  des  profits  ne  vienne  à
baisser.
Si  l’esprit  pénétrant  d’Adam  Smith  se  fût  arrêté  sur  ce  point,  il
n’eût  jamais  soutenu  que  la  rente  est  un  des  éléments  du  prix  des
produits  agricoles  ;  car  le  prix  est  constamment  réglé  par  le  profit
que  l’on  retire  de  celte  dernière  portion  de  capital  employé  dont
on  ne  paie  pas  de  rente  ou  de  loyer.  S’il  eût  songé  à  ce  princi[)e,  il
n’aurait  pas  fait  une  distinction  entre  le  fermage  ou  loyer  des  mines
et  celui  des  terres.
••  Savoir,  par  exemple,  dit  Smith,  si  une  mine  de  charbon  de  terre
»  rapportera  un  loyer  ou  rente,  c’est  ce  qui  dépend  en  partie  de  sa
»  fécondité  et  en  partie  de  sa  situation.  On  peut  dire  d’une  mine  en
U  général  qu’elle  est  féconde  ou  qu  elle  est  stérile,  selon  (jue  la  quan-»
  tité  de  minéral  que  peut  en  tirer  une  certaine  quantité  de  travail  est
O  plus  ou  moins  grande  que  celle  qu’une  même  quantité  de  travail
»  tirerait  de  la  plupart  des  autres  mines  de  la  même  espèce.  Quel-«
  ques  mines  de  charbon  de  terre,  avantageusement  situées,  ne  ]Mni-»
  vent  être  exploitées  à  cause  de  leur  stérilité,  le  produit  ne  vaut  pas
«  la  dépense  ;  elles  ne  peuvent  rapporter  ni  profit,  ni  loyer  ou  rente.
»  11  y  en  a  dont  le  produit  est  purement  suflisant  pour  payer  le  tra-»
  vail,  et  remplacer  avec  les  profits  ordinaires  le  capital  employé  à
»  leur  exploitation  ;  elles  donnent  (quelques  profits  à  l’entrepreneur,
»  mais  point  au  propriétaire.  Personne  ne  peut  les  exploiter  plus
»  avantageusciment  (|ue  le  propriétaire,  qui,  en  faisant  lui-miMne
•&amp;gt;  l’entreprise,  gagne  les  profits  ordinaires  sur  le  capital  qu’il  y
»  emploie.  11  y  a  en  Écosse  beaucoup  de  mines  de  charbon  qui  sont
»  exploitées  ainsi,  et  qui  ne  pourraient  pas  l’être  autrement.  I^e  pro
»  priétaire  n’en  permettrait  pas  l’exploitation  à  d’autres  sans  exiger
»  une  rente,  et  personne  ne  trouverait  moyen  de  lui  en  payer  une.
»  Dans  le  même  pays,  il  y  a  d’autres  miims  de  charbon  (jui  s(î-«
  raient  bien  assez  riches,  mais  qui  ne  peuvent  être  exploitées  à  cause
»  de  leur  situation.  La  quantité  de  minéral  sullisante  pour  défrayer
»  la  dépense  de  l’exploitation,  pourrait  bien  être  tirée  de  lamine  avec
»  la  quantité  ordinaire  ou  même  encore  moins  que  la  quantité  ordi-
        <pb n="355" />
        303

CHAP.  XXIV.  —  DES  DOCTRINES  D’ADAM  SMITH.
“  naire  de  travail  ;  mais  dans  un  pays  enfoncé  dans  les  terres,  peu
&amp;gt;&amp;gt;  habité,  et  qui  n’a  ni  bonne  route  ni  navigation,  cette  quantité  de
’&amp;gt;  minéral  ne  pourrait  être  vendue.  »  Toute  la  théorie  de  la  rente  se
trouve,  dans  ce  passage,  expliquée  admirablement  et  avec  toute  la
clarté  possible;  mais  il  n’y  en  a  pas  un  mot  qui  ne  soit  également  applicable ­
  à  la  terre  aussi  bien  qu’aux  mines,  et  cependant  Adam  Smith
pretend  que,  «  il  en  est  autrement  des  biens  qui  existent  à  la  surface
“  de  la  terre.  La  valeur,  tant  de  leur  produit  que  de  leur  rente,  est
»  en  proportion  de  leur  fertilité  absolue,  et  non  de  leur  fertilité  rela-“
  tive  \  »
Mais  supposons  qu’il  n’y  ait  point  de  terres  qui  ne  rapportent  une
rente;  dans  ce  cas,  le  montant  de  la  rente  des  terrains  les  plus  ingrats
devrait  être  en  proportion  de  l’excédant  de  la  valeur  du  produit  pardelà
  le  capital  dépensé  et  les  profits  ordinaires.  Le  même  principe  réglerait ­
  la  rente  des  terres  d’une  qualité  supérieure  ou  plus  heureusement ­
  situées,  et  par  conséquent  ces  terres  paieraient  un  loyer  un  peu
plus  fort  que  les  précédentes,  en  raison  des  avantages  supérieurs
qu  elles  possèdent.  On  peut  en  dire  autant  des  terres  d’une  qualité
encore  supérieure  et  ainsi  de  suite  jusqu’aux  plus  fertiles.  IN  ’est-il  donc
I«s  évident  que  c’est  d’après  la  fertilité  relative  des  terres  qu’on  détermine ­
  quelle  sera  la  portion  du  produit  qui  sera  payée  comme  rente,
comme  c’est  la  richesse  relative  des  mines  qui  détermine  cette  portion
de  leur  produit  qui  doit  en  constituer  le  loyer  “  ?
Adam  Smith  ayant  admis  qu’il  y  a  quelques  mines  que  les  propriétaires ­
  seuls  peuvent  exploiter,  en  raison'de  ce  que  leur  produit  n’est
que  sullisant  pour  défrayer  les  dépenses  de  l’exploitation  et  rap|)orter
les  profits  ordinaires  du  capital  employé,  on  se  serait  attendu  à  le  voir

‘  Le  motif  qu’en  donne  Smith  n’a  rien  qui  répugne  à  ma  raison.  Partout  où  il
peut  croître  des  denrées  alimentaires,  il  peut  naître  des  hommes  pour  les  consommer. ­
  La  demande,  à  coup  sûr,  va  chercher  les  produits  de  ce  genre,  tandis  qu’elle
ne  va  pas  chercher  des  houilles  ou  des  bois  de  construction,  lorsque  la  dépense
qu'il  faudrait  faire  pour  les  conduire  au  lieu  de  la  consommation  eu  excéderait  la
valeur.  Les  démonstrations  de  Malthus,  qui  prouvent  que  la  population  tend  toujours ­
  à  surpasser  les  moyens  de  subsistances,  confirment,  ce  me  semble,  la  manière ­
  de  voir  de  Smith.  —  J.-D.  Say.
^  Qui  songe  à  nier  cela,  puisque  le  fermage  est  le  prix  aimuel  du  pouvoir  productif
  de  la  nature,  toutes  les  fois  que  tte  |K)uvoir  est  devenu  une  propriété  ?  S'il
arrive  même,  dans  certains  cas,  que  ce  (xmvoir  ne  soit  pas  payé,  cela  em|)êche-t-il
qu’il  le  soit  dans  d'autres  cas?  Cela  prouve-t-il  que  les  produits  du  sol  ne  seraient ­
  pas  moins  chers  si  ce  pouvoir  productif  n'était  payé  dans  aucun  cas?
J-R.  Say.
        <pb n="356" />
        30i

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
poser  également  en  principe,  que  c’est  précisément  cette  espèce  de
mines  qui  règle  le  prix  des  produits.  Si  les  anciennes  mines  sont  insullisantes
  pour  fournir  la  quantité  de  charbon  demandée,  le  prix  du  charbon ­
  doit  hausser,  et  il  continuera  à  renchérir  jusqu’à  ce  que  le  propriétaire ­
  d’une  mine  nouvelle  et  d’une  qualité  inférieure,  trouve  qu’il
peut,  en  l’exploitant,  obtenir  les  profits  ordinaires  sur  son  capital.  Si
cette  mine  est  médiocrement  riche,  son  propriétaire  n’aura  pas  besoin
que  la  hausse  du  charbon  soit  très-forte  pour  trouver  de  l’intérêt  à
employer  son  capital  à  l’exploiter;  mais  si  elle  est  très-pauvre,  il  est
clair  qu’il  faudra  que  le  prix  du  charbon  continue  à  hausser  tellement ­
  qu’il  puisse  lui  fournir  le  moyen  de  retirer  ses  frais,  et  d’obtenir
les  profits  ordinaires  du  capital.
11  paraît  donc  que  c’est  toujours  la  mine  la  moins  productive  qui
règle  le  prix  du  charbon.  AdamSmitb  est  pourtant  d’une  opinion  différente. ­
  11  s’exprime  dans  les  termes  suivants  :  «  Le  prix  de  la  mine  la
»  plus  riche  règle  le  prix  du  charhon  pour  toutes  les  autres  mines
«  de  son  voisinage.  Le  propriétaire  et  l’entrepreneur  trouvent  tous
»  deux  qu’ils  pourront  se  faire,  l’un  une  plus  forte  rente,  l’autre  un
»  plus  gros  profit,  en  vendant  un  peu  au-dessous  de  tous  leurs  voisins.
»  Les  voisins  sont  bientôt  obligés  de  vendre  au  même  prix,  quoiqu’ils
»  soient  moins  en  état  d’y  suffire,  et  quoique  ce  prix  aille  toujours  en
»  diminuant,  et  leur  enlève  même  quelquefois  toute  leur  rente  et  tout
»  leur  profit.  Quelques  exploitations  se  trouvent  alors  entièrement
w  abandonnées  ;  d’antres  ne  rapportent  plus  de  rente,  et  ne  peuvent
»  plus  être  continuées  que  par  le  propriétaire  de  la  mine.  »  Si  la  demande ­
  de  charbon  diminuait,  ou  si,  par  de  nouveaux  procédés,  la
quantité  en  devenait  plus  considérable,  le  prix  du  charbon  tomberait,
et  quelques  mines  seraient  abandonnées  ;  mais,  dans  tous  les  cas,  le
prix  doit  suffire  pour  remjdacer  les  frais  et  les  profits  de  celles  des
mines  qui  ne  sont  pas  grevées  d’une  rente.  C’est  donc  la  mine  la
,  moins  fertile  qui  règle  le  prix  du  charbon.  Adam  Smith  en  convient  luimême
  dans  un  antre  endroit,  car  il  dit  :  «  Le  prix  le  plus  bas,  auquel
»  le  charbon  de  terre  puisse  se  vendre  pendant  un  certain  temps,  est,
»  comme  celui  de  toutes  les  autres  marebandises,  le  prix  qui  est  sim-»
  plement  suffisant  pour  remplacer,  avec  les  profits  ordinaires,  le
»  capital  employé  à  le  faire  venir  au  marché.  Dans  une  mine  dont  le
»  propriétaire  ne  retire  pas  de  rente,  et  qu’il  est  obligé  d’exploiter
»  lui-même  ou  d’abandonner  tout  à  fait,  le  prix  du  charbon  doit  en
«  général  approcher  beaucoup  de  ce  prix.  »
Mais  la  même  cause,  c’est-à-dire  l’abondance,  et,  par  conséquent
        <pb n="357" />
        CHAP.  XXIV.  —.1)KS  DOCTKIKES  D’ADAM  SMITH.  305
le  bas  prix  du  charbon,  de  quelque  source  qu’elle  provienne,  en  faisant ­
  abandonner  l’exploitation  des  mines  qui  ne  paient  pas  de  loyer
ou  qui  II  en  paient  qu’un  très-modique,  aurait  des  eli’ets  analogues
sur  la  culture  des  terres  ;  car  cette  grande  abondance  et  ce  bas  prix
conduiraient  à  délaisser  des  produits  de  la  terre,  rendraient  nécessaire ­
  d  abandonner  la  culture  des  terrains  qui  ne  paient  pas  de  rente,
ou  n’en  paient  qu’une  très-modique.  Si,  par  exemple,  les  pommes  de
birre  devenaient  la  nourriture  ordinaire  et  générale  de  notre  nation,
comme  le  riz  l’est  chez  quelques  peuples,  un  quart  ou  une  moitié  des
terres  actuellement  en  culture  serait  vraisemblablement  abandonné
¿l’instant  ;  car  si,  comme  Adam  Smith  l’assure,  «  un  acre  de  terre
"  en  pommes  de  terre  produit  six  mille  livres  pesant  de  nourriture
"  substantielle,  ce  qui  est  trois  fois  autant  qu’en  donnerait  un  acre
“  de  terre  en  blé,  »  la  population  ne  pourrait  pas  se  développer  longtemps ­
  sur  une  échelle  assez  vaste  pour  suffire  à  consommer  la  quantité ­
  de  nourriture  récoltée  sur  les  terres  où  l’on  cultivait  auparavant ­
  du  blé.  11  y  aurait  beaucoup  de  terrains  abandonnés,  et  les  rentes
tomberaient;  et  ce  ne  serait  que  lorsque  la  population  aurait  doublé
ou  triplé,  qu’on  pourrait  cultiver  de  nouveau  autant  de  terres  et
payer  de  ces  terres  un  aussi  fort  loyer  que  par  le  passé.  '
11  ne  serait  pas  payé  non  plus  une  plus  forte  part  du  produit  brut
au  propriétaire  foncier,  que  ce  produit  consistât  en  pommes  de  terre
suffisantes  pour  nourrir  trois  cenia  individus,  ou,  en  blé,  qui  ne  pourrait ­
  en  nourrir  que  cent;  car,  quoique  les  frais  de  production  se
trouvassent  bien  diminués,  dans  le  cas  où  les  salaires  de  l’ouvrier
seraient  réglés  principalement  par  le  prix  des  pommes  de  terre  et
non  par  celui  du  blé,  et  quoique,  par  conséquent,  la  somme  totale
ilu  produit  brut,  —  les  travailleurs  payés,  —  se  trouvât  considérablement
  augmentée,  cependant  aucune  partie  de  ce  surplus  n’irait
grossu-  la  rente  ;  il  irait  constamment  grossir  les  profits,  lesquels  montent ­
  toujours  quand  les  salaires  baissent,  et  tombent  lorsque  les  salaires ­
  haussent.  La  rente  suivra  la  même  marche,  que  l’on  cultive  du
blé  ou  des  pommes  de  terre;  elle  sera  toujours  égale  à  la  différence
entre  les  quantiWs  de  produits  obtenues  par  l’emploi  de  capitaux
pareils  sur  des  terres  de  la  même  ou  de  différente  qualité;  et  par  consequent, ­
  tant  que  des  terres  d’une  même  qualité  seront  cultivées  et
^  il  11  y  aura  aucune  variation  dans  leur  fertilité  et  dans  leurs  avanfees
  respectifs,  le  loyer  sera  toujours  dans  le  même  rapport  avec
le  produit  brut.
Adam  Smith  prétend  cependant  que  la  part  du  propriétaire  se  trou-{OEuv.
  de  Ricardo.)  20
        <pb n="358" />
        30«

PHINOOKS  DK  K’KCDNOMIE  POLITIQUE,
vera  augmentée  par  suite  de  la  diminution  des  frais  de  production,
et  qu’il  recevra  par  conséquent  une  plus  grande  part  et  une  quantité ­
  plus  considérable  d'un  produit  abondant  que  d’un  produit  rare.
«  Une  rizière  ,  dit  il,  produit  une  plus  grande  quantité  de  nourri-..
  ture  que  le  cbamp  de  blé  le  plus  fertile.  Le  produit  ordinaire  d’un
«  acre  monte  à  ce  qu’on  dit,  à  deux  récoltes  par  an,  de  trente  à
»  soixante  boisseaux  chacune.  Ainsi,  quoique  la  culture  exige  plus
»  de  travailleurs,  quand  tous  ces  travailleurs  ont  subsisté,  il  reste  un
»  plus  grand  excédant.  Par  conséquent,  dans  les  pays  où  le  riz  est  la
»  nourriture  végétale  ordinaire  et  favorite  du  peuple,  et  où  il  corn
»  pose  la  principale  subsistance  des  lalmureurs  qui  le  cultivent,  il  doit
»  revenir  uu  pri^prièlaire^  dans  ce  plus  (/raud  excédant,  une  portion
»  plus  forte  que  celle  qui  lui  revient  dans  les  pays  à  blé.  »
M.  Bucbanaii  remarque  aussi  :  «  qu’il  est  bien  clair  que  si  la  ten  e
»  donnait  un  autre  produit  en  plus  grande  abondance  que  le  blé,  et
»  que  ce  produit  devint  la  nourriture  ordinaire  du  peuple,  la  rente
»  des  propriétaires  des  terres  augmenterait  a  proportion  de  1  abon-»
  dauce  plus  grande  de  ce  produit.  »*
Si  les  pommes  de  terre  devenaient  la  nourriture  habituelle  du  peuple, ­
  il  y  aurait  un  intervalle  assez  long  pendant  le(¡uel  les  propriétaires ­
  fonciers  éprouveraient  une  très-1  orte  réduction  dans  leurs
rentes.  Us  ne  recevraient  probablement  alors  qu’une  portion  de  subsistances ­
  bien  moindre  que  œlle  qu’ils  en  retirent  à  présent,  tandis
que  ces  subsistances  descendraient  au  tiers  de  leur  valeur  actuelU.
Mais  tous  les  objets  manufacturés  a  Lachat  desquels  le  propriétaire
foncier  dépense  une  partie  de  son  fermage,  n’éprouveraient  d’autiv
baisse  que  celle  qui  proviendrait  de  la  baisse  des  matières  preinièi  es
dont  ils  sont  fabriqués  ,  baisse  qui  ne  pourrait  être  occasionnée  que
par  la  fertilité  plus  grande  desterres  qui  pourraient  être  aloi-s  consacrées ­
  à  leur  production.
Quand,  par  snite  de  l'accroissement  de  la  population,  on  viendrait
a  livrer  de  nouveau  à  la  culture,  des  terres  ayant  les  mêmes  qualités
que  celles  qu’on  cultivait  auparavant  pour  en  tirer  la  nourriture  nécessaire, ­
  et  quand  on  viendrait  à  consacrer  a  cette  c  ni  turc  le  même
nombre  d’hommes,  le  propriétaire  foncier  retirerait,  non-seulement
la  même  part  du  produit  qu’auparavant,  mais  cette  part  aurait  encore ­
  la  même  valeur  (jue  par  le  passé.  rente  serait  donc  la  même
(lu’auparavant;  cependant  les  prolits  seraient  beaucoup  plus  élevés,
parce  que  le  prix  de  la  nourriture,  et  par  conséquent  les  salaires  seraient ­
  bien  plus  bas.  Les  gros  prolits  favorisent  l’accumulation  du
        <pb n="359" />
        307

CH.  XXIV,  —  DES  DOCTRINES  D’ADAM  SMITH.
capitai,  l^a  demande  de  bras  augmenterait  encore,  et  les  propriétaires
retireraient  un  avantage  permanent  de  la  concurrence  qui  s’établirait
pour  avoir  des  terres  à  défricher.
La  culture  pourrait,  même,  tellement  s’améliorer,  il  pourrait  en  résulter ­
  une  telle  abondance  de  denrées  alimentaires,  que,  naturellement ­
  ,  les  mêmes  terres  desserviraient  les  besoins  d’une  population
beaucoup  plus  considéralile  et  paieraient  des  rentes  beaucoup  plus
élevées.  De  tels  résultats  ne  peuvent  manquer  d’être  avantageux  aux
propriétaires  et  s’accordent,  d’ailleurs,  pleinement  avec  le  principe
que  ces  recherches  doivent  mettre  hors  de  doute  :  savoir,  que  des  prolits
  extraordinaires  ne  peuvent  jamais  avoir  qu’une  durée  fort  limitée,
car  l’excédant  que  donnent  les  produits  du  sol  après  le  prélèvement
des  bénéfices  suiiisaiits  pour  encourager  la  production  et  l’épargne,
cet  excédant,  dis-je,  retourne,  en  définitive,  au  propriétaire.
La  baisse  que  déterminerait  dans  les  salaires  cette  abondance  de
produits  naturels  aurait  non-seulement  pour  résultat  d  augmenter  le
rendement  des  terres  déjà  cultivées,  mais  encore  d  attirer  vers  elles
de  nouveaux  capitaux,  et,  en  même  temps,  d’amener  le  défrichement
des  travaux  de  qualité  inférieure;  ce  qui  tournerait  au  profit  des  propriétaires ­
  et  de  la  classe  entière  des  consommateurs.  La  terre  —  cette
machine  qui  produit  la  denrée  la  jdus  importante  —  s’améliorerait
et  prendrait  une  valeur  naturelle  en  face  des  demandes  qui  en  seraient ­
  faites.  Tous  les  avantages  se  feraient  d’abord  sentir  aux  ouvriers ­
  ,  aux  capitalistes  et  aux  consommateurs  :  mais  peu  à  peu,  et
par  la  marche  naturelle  des  faits,  ils  passeraient  aux  propriétaires
du  sol.
Indépendamment  de  ces  améliorations  qui  intéressent  si  vivement
la  société  et  si  faiblement  le  pro[)riétaire,  l’intérêt  du  propriétaire
foncier  est  toujoui's  en  opposition  avec  celui  du  consommateur  et  du
manufacturier.  Le  blé  ne  peut  jamais  se  soutenir  à  un  haut  prix
qu  autant  qu’il  faut  plus  de  travail  pour  le  produire,  qu’autaut  qu’il
uéeessite  plus  de  Irais  de  production.  La  même  cause  faisant  également
hausser  les  rentes,  il  est  de  l’intérêt  du  propriétaire  foncier  que  les
irais  de  production  du  blé  augmentent.  Ce  n’est  pourtant  pas  là  l’intérêt ­
  du  consommateur,  qui  voudrait  que  le  blé  fût  toujours  à  bas
prix,  relativement  à  l’argent  et  aux  marchandises;  car  c’est  toujours
avec  des  marchandises  ou  de  l’argent  que  l’on  achète  du  blé.  11  n’est
pas  non  plus  de  l’intérêt  du  manufacturier  que  le  blé  soit  cher,  car
ia  cherté  du  blé  amène  celle  des  salaires,  sans  amener  celle  des  marchandises. ­
  Il  faudra  qu’il  donne  alors  non-seulement  plus  de  ses  mar-
        <pb n="360" />
        308

PRlNCll'KS  DE  L’fiCONOMIE  POLITIQUE.
chaiidises,  ou,  ce  qui  revient  au  même,  une  plus  forte  valeur  eu  marchandise, ­
  en  échange  du  blé  qu’il  consomme  lui-même;  mais  U  sera
encore  obligé  de  donner  plus  de  marchandises  ou  plus  de  valeur  pour
payer  le  salaire  de  ses  ouvriers,  sans  en  recevoir  de  dédommagement.
Toutes  les  classes  de  la  société  souffriront  donc  par  le  renchérissement ­
  du  blé,  excepté  la  classe  des  propriétaires.  Les  transactions
entre  le  propriétaire  foncier  et  le  public  ne  ressemblent  pas  aux  transactions ­
  mercantiles,  dans  lesquelles  on  peut  dire  que  le  vendeur
gagne  aussi  bien  que  l’acheteur  ;  car,  dans  les  premières,  toute  la  perte
est  d’un  côté,  et  le  gain  de  l’autre;  et  si,  par  l’importation,  l’on  pouvait ­
  se  procurer  du  blé  à  meilleur  marché,  on  verrait  combien  la
perte  qui  résulte  de  la  non  importation  est  plus  forte  pour  les  uns
que  le  gain  ne  l’est  pour  les  autres.
Adam  Smith  ne  fait  jamais  de  distinction  entre  la  valeur  diminuée
de  l'argent  et  la  valeur  augmentée  du  blé,  et  voilà  pourquoi  il  pense
que  l’intérêt  des  propriétaires  fonciers  n’est  point  en  opposition  avec
celui  du  reste  de  la  société.  Dans  le  premier  cas,  c  est  1  argent  qui  a
baissé  relativement  à  tous  les  autres  produits  :  dans  le  second  cas,
c’est  le  blé.  Dans  le  premier  cas,  le  blé  et  les  marchandises  continuent ­
  d’avoir  la  même  valeur  relative  ;  dans  le  second  cas,  le  blé  est,
comme  l’argent,  plus  élevé  relativement  aux  marchandises.
L’observation  suivante  d’Adam  Smith  est  applicable  au  bas  prix  de
l’argent;  mais  eUe  ne  l’est  nullement  à  la  valeur  augmentée  du  blé.
«  Si  l’importation  (  du  blé  )  était  libre  en  tout  temps,  nos  fermiers
V  et  nos  propriétaires  ruraux  retireraient  vraisemblablement  moins
»  d’argent  de  leur  blé,  une  année  dans  l’autre,  qu’ils  ne  font  à  pré-»
  sent,  que  l’importation  est,  par  le  fait,  prohibée  la  plupart  du
»  temps  ‘  ;  mais  l’argent  qu’ils  en  retireraient  aurait  plus  de  valeur,
»  achèlerait  pins  de  marchandises  de  Ionie  autre  espèce,  et  emploierait
&amp;gt;.  plus  de  bras.  Dar  conséquent  leur  richesse  réelle,  leur  revenu  réel
»  seraient  les  mêmes  qu’à  présent,  quoique  exprimés  pai  une  moin
»  dre  quantité  d’argent,  et  dès  lors  ils  ne  se  trouveraient  ni  moins  en
»  état  de  cultiver,  ni  moins  encouragés  a  le  faire  qu  ils  ne  le  sont  à
«  présent.  Au  contraire,  comme  une  hausse  dans  la  valeur  de  1  argent,
»  procédant  d’une  baisse  dans  le  prix  en  argent  du  blé,  fait  baisseï
»  de  quelque  chose  le  prix  de  toutes  les  autres  marchandises,  elle

i  avons  fait  voir  dans  une  note  précédente  les  transformations  radicales
subies,  depuis  l’époque  de  Smith,  par  la  législation  des  céréales  en  Angleterre.
        <pb n="361" />
        309

CH.  XXIV  -  DES  DOCTRINES  D’ADAM  SMITH.
“  donne  à  l’industrie  du  pays  où  elle  a  lieu  quelque  avantage  dans
&amp;gt;•  tous  les  marchés  étrangers,  et  tend  par  là  à  accroître  et  à  encoura-»
  ger  cette  industrie.  Or,  l’étendue  du  marché  national  pour  le  blé,
»  doit  être  en  proportion  de  l’industrie  générale  du  pays  où  il  croît,
»  ou  du  nombre  de  ceux  qui  produisent  quelque  autre  chose  à  donner
&amp;gt;&amp;gt;  en  échange  pour  le  blé;  et  le  marché  national  étant,  dans  tout  pays,
"  le  marché  le  plus  rapproché  et  le  plus  commode  est  aussi  le  plus
&amp;gt;*  vaste  et  le  plus  important  ;  par  conséquent  cette  hausse  dans  la  va-«
  leur  réelle  de  l’argent,  qui  provient  de  la  baisse  du  prix  moyen  du
V  blé  en  argent,  tend  à  agrandir  le  marché  le  plus  vaste  et  le  plus  im
»  portant  pour  le  blé,  et  par  conséquent  à  encourager  la  production
»  bien  loin  de  la  décourager.  »
La  hausse  ou  la  baisse  du  prix  du  blé  provenant  de  l’abondance  et
du  bas  prix  de  l’or  et  de  l’argent,  n’intéresse  nullement  le  propriétaire ­
  foncier,  car  tous  les  autres  produits  s’en  ressentiront  de  la  manière ­
  exposée  par  Adam  Smith  ;  mais  la  cherté  relative  du  blé
est  toujours  très-avantageuse  au  propriétaire  foncier,  qui,  avec  la
même  quantité  de  blé,  peut  acquérir,  non-seulement  une  plus  grande
somme  d’argent,  mais  encore  une  quantité  plus  considérable  de  tout
ce  qu’on  peut  acheter  avec  de  l’argent.
        <pb n="362" />
        310

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.

CHAPITRE  XXV.
DU  COMMERCE  COLONIAL.

Dans  ses  observations  sur  le  commerce  colonial,  Adam  Smith  a
fait  voir,  de  la  manière  la  plus  satisfaisante,  les  avantages  d’un  commerce ­
  libre,  et  l’injustice  que  les  métropoles  font  éprouver  aux  colonies, ­
  en  les  empêchant  de  vendre  leurs  produits  sur  le  marché  où
les  prix  sont  le  plus  élevés,  et  d’acheter  au  contraire  les  objets  manufacturés ­
  et  leurs  subsistances  dans  le  marché  où  ces  choses
sont  au  plus  bas  prix.  11  a  prouvé  que  si  on  laissait  chaque  pays
libre  d’échanger  les  produits  de  son  industrie  dans  le  temps  et  dans
les  endroits  qui  lui  conviendraient,  on  obtiendrait  ainsi  la  meilleure ­
  distribution  possible  du  travail  de  l’espèce  humaine,  et  l’on
s’assurerait  la  plus  grande  abondance  des  choses  nécessaires  ou  agréables ­
  à  la  vie.
11  a  encore  tâché  de  faire  voir  que  cette  liberté  de  commerce,  qui
est  incontestablement  avantageuse  à  la  société  en  masse,  l’est  egalement ­
  à  chaque  pays  en  particulier  ;  et  que  le  système  d’une  politique
étroite,  adopté  par  les  États  de  l’Europe  envers  leurs  colonies,  n’est
pas  moins  nuisible  aux  métropoles  elles-mêmes  qu’il  ne  1  est  aux  colonies ­
  ,  dont  on  sacrifie  les  intérêts.
«  Ainsi,  comme  tous  les  autres  expédients  misérables  et  nuisibles
»  de  ce  système  mercantile  que  je  combats,  dit  Adam  Smith,  le  mo-»
  nopole  du  commerce  des  colonies  opprime  l’industrie  de  tous  les
»  autres  pays,  et  principalement  celle  des  colonies,  sans  ajouter  le
»  moins  du  monde  à  celle  du  pays  en  faveur  duquel  il  a  été  établi,
»  et  tout,  au  contraire,  en  la  diminuant.  »
Cette  partie  de  son  sujet  n’est  cependant  pas  traitée  d’une  manière
aussi  claire  et  aussi  convaincante  que  celle  où  il  montre  l’injustice
du  système  adopté  envers  les  colonies.
Sans  prétendre  décider  si  le  système  actuel,  adopté  par  l’Europe
à  l’égard  de  ses  colonies,  est  ou  non  nuisible  aux  métropoles,  qu’il
        <pb n="363" />
        311

CH.  XXV.  —  DU  COMMERCE  COLONIAL,
me  soit  permis  de  croire  que  la  mère-patrie  peut  quelquefois  retirer
un  avantage  des  entraves  aux(juclles  elle  assujettit  les  habitants  de
ses  colonies.  Qui  peut  douter,  par  exemple,  que,  supposant  que  1  Angleterre ­
  fût  une  colonie  de  la  France,  ce  dernier  pays  ne  trouvât
du  profit  à  faire  payer  à  l’Angleterre,  une  forte  prime  sur  l’exportation ­
  du  blé,  du  drap,  ou  de  toute  autre  marchandise?  En  examinant ­
  la  qnestion  des  primes,  et  partant  de  la  supposition  que  le  blé
se  vendait  en  Angleterre  4  1.  st.  le  (quarter,  nous  avons  vu  qu’en
accordant  10  sh.  de  prime  sur  l’exportation,  le  blé  serait  revenu  en
France  à  :11.  10  sh.  Or,  si  le  blé  était  auparavant  à  3  1.  15  sh.  le
quarter  en  France,  le  consommateur  français  aura  gagné  o  sh.  pai
(luarter  sur  tout  le  blé  importé  ;  et  si  le  prix  naturel  du  blé  eu  France
était  auparavant  de  4  1.  les  Français  auraient  gagné  en  totalité  les
10  sh.,  montant  delà  prime.  La  France  profiterait  donc  par  là  de
toute  la  piTte  que  T  Angleterre  aurait  supportée;  elle  ne  gagnerait
pas  seulement  une  partie  de  ce  que  l’Angleterre  aurait  |)erdu;  mais,
dans  quelques  cas,  elle  en  aurait  gagné  la  totalité.
On  pourra  cependant  objecter  qu’une  prime  d’exportation  étant
une  mesure  de  police  intérieure,  ne  peut  pas  facilement  être  imposée
par  la  mère-patrie.
S’il  convenait  à  la  Jamaïque  aussi  bien  qu’à  la  Hollande  de  faire
un  échange  réciproque  des  produits  de  chacun  de  ces  pays,  sans  1  intervention ­
  de  rAngleterre,  il  est  bien  certain  &amp;lt;|ue,  si  l’on  y  mettait
obstacle,  les  intérêts  de  la  Hollande  et  de  la  Jamaïque  en  souffriraient; ­
  mais  si  la  Jamaïque  est  forcée  d’envoyer  ses  produits  en  Angleterre, ­
  pour  les  y  échanger  contre  des  marchandises  hollandaises,
11  y  aura  un  capital  anglais  et  une  agence  anglaise  employés  dans  un
commerce  dans  lequel  ni  l’un  ni  l’autre  n’auraient  été  engagés  sans
cela.  Ce  commerce  y  est  attiré  par  une  prime  que  l’Angleterre  ne  paie
pas,  et  qui  est  payée  par  la  Hollande  et  la  Jamai(|ue.
Que  la  perte  supfM)rtée  en  raison  d’une  distribution  désavantageuse
du  travail  dans  deux  pays,  puisse  être  profitable  à  l’un  des  deux,
tandis  que  l’autre  souffre  une  perte  encore  plus  forte  que  celle  qui
résulte  immédiatement  d’une  telle  distribution,  c’est  une  opinion

(¡u’.Adam  Smith  lui-même  a  adoptée;  et  si  elle  est  vraie,  ce  sera  une
preuve  décisive  qu’une  mesure  qui  peut  être  très-nuisible  à  une
colonie,  peut  être  d’un  avantage  partiel  pour  la  mère-patrie.
En  parlant  des  traités  de  commerce,  Adam  Smith  s’exprime  ainsi.
«  Quand  une  nation  s’oblige,  par  un  traité,  de  permettre  thez  elle
        <pb n="364" />
        312

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
»  l’entrée  de  certaines  marchandises  d’un  pays  étranger,  tandis
»  qu’elle  les  prohibe  venant  de  tous  les.  autres  pays,  ou  bien  d’e-»
  xempter  les  marchandises  d’un  pays  des  droits  auxquels  elle  assu-»
  jettit  celles  de  tous  les  autres,  le  pays,  oji  du  moins  les  marchands
»  et  les  manufacturiers  du  pays  dont  le  commerce  est  ainsi  favorisé,
»  doivent  tirer  de  grands  avantages  de  ce  traité.  Ces  marchands  et
»  manufacturiers  jouissent  d’une  sorte  de  monopole  dans  le  pays  qui
»  les  traite  avec  tant  de  faveur.  Ce  pays  devient  un  marché  à  la  fois
«  plus  étendu  et  plus  avantageux  pour  leurs  marchandises  :  plus
»  étendu,  parce  que  les  marchandises  des  autres  nations  ayant  l’ex-»
  elusion  ou  étant  assujetties  à  des  droits  plus  lourds,  il  absorbe  une
»  plus  grande  quantité  de  celles  qu’ils  y  portent;  plus  avantageux  ,
»  parce  que  les  marchands  du  pays  favorisé,  jouissant  dans  ce  marché
»  d’une  espèce  de  monopole,  y  vendront  souvent  leurs  marchandises
»  à  un  prix  plus  élevé  que  s’ils  étaient  exposés  à  la  libre  concurrence
»  des  autres  nations.  »
Or,  les  deux  nations  qui  font  un  tel  traité  de  commerce  peuvent
être  la  mère-patrie  et  ses  colonies;  et  Adam  Smith  admet,  comme
on  voit,  qu’une  métropole  peut  gagner  à  opprimer  ses  colonies.  Nous
observerons  cependant  encore  une  fois  qu’à  moins  que  le  monopole
du  marché  étranger  ne  se  trouve  entre  les  mains  d’une  compagnie
exclusive,  les  consommateurs  étrangers  ne  paieront  pas  les  marchandises ­
  plus  cher  que  les  nationaux.  Le  prix  qu’ils  paieront,  les  uns
comme  les  autres,  ne  s’éloignera  pas  beaucoup  du  prix  naturel  de  ces
marchandises  dans  le  pays  qui  les  produit.  Par  exemple,  l’Angleterre, ­
  dans  des  circonstances  ordinaires,  pourra  toujours  acheter  des
marchandises  françaises  à  leur  prix  naturel  en  l’rance,  et  la  France
aurait  le  même  privilège  d’acheter  des  marchandises  anglaises  à  leur
prix  naturel  en  Angleterre.  Mais  on  achèterait  des  marchandises  à
ce  prix,  sans  qu’il  y  eût  besoin  d'un  traité  de  commerce.  Quel  serait
donc  l’avantage  ou  le  désavantage  d’un  semblable  traité?
Voici  quel  serait  le  désavantage  qui  en  résulterait  pour  le  pays  qui
importerait.  Par  le  traité,  il  serait  forcé  d’acheter  une  marchandise
en  Angleterre,  par  exemple,  à  son  prix  naturel,  tandis  qu’il  aurait
peut-être  pu  l’avoir,  dans  quelque  autre  pays,  à  un  prix  naturel  plus
bas.  Le  traité  produit  donc  une  distribution  désavantageuse  des  capitaux ­
  en  général,  dont  soutire  principalement  le  pays  qui  est  borné
par  traité  au  marché  le  moins  avantageux  ;  mais  le  traité  ne  donne
aucun  avantage  au  vendeur,  en  vertu  d'un  prétendu  monopole;  car
        <pb n="365" />
        313

CH.  XXV.  —  DU  COMMERCE  COLONIAL,
la  concurrence  de  ses  compatriotes  empêche  le  vendeur  de  vendre  ses
marchandises  au-dessus  de  leur  prix  naturel  ;  ce  qu’il  eût  fait,  soit
qu’il  les  exportât  en  France,  en  Espagne,  aux  Indes  occidentales,
soit  qu’il  les  vendit  pour  la  consommation  de  l’intérieur.
En  quoi  donc  consiste  l’avantage  de  cette  stipulation  du  traité?
l  e  voici.  11  n’aurait  pas  été  possible  de  fabriquer  ces  marchandises
en  Angleterre  pour  l’exportation  ,  si  ce  pays  n’avait  pas  le  privilège
exclusif  d’en  approvisionner  le  marché  en  question;  car  la  concurrence ­
  des  pays  dans  lesquels  le  prix  naturel  est  plus  has  lui  aurait  ôté
toute  chance  de  pouvoir  vendre  ses  marchandises.  Cela  inquiéterait
cependant  fort  peu  l’Angleterre,  si  elle  était  bien  sûre  de  pouvoir  vendre ­
  pour  une  valeur  aussi  forte  d’autres  produits  de  ses  manufactures, ­
  soit  dans  le  marché  français,  soit  autre  part,  avec  le  même  hénélice.
  E’objet  que  l’  Angleterre  se  propose  est  d’acheter  en  France  pour
une  valeur  de  5,000  1.  st.  de  vins;  elle  voudrait  donc  vendre  dans
un  marché  quelconque,  des  marchandises  qui  puissent  lui  rapporter
ces  5,000  I.  st.  Si  la  France  lui  accorde  le  monopole  du  drap,  l’Angleterre ­
  y  enverra  aussitôt  du  drap  pour  l’échanger  contre  le  vin
dont  elle  a  besoin  ;  mais  si  le  commerce*  est  libre,  la  concurrence  de
I  industrie  des  autres  pays  peut  empêcher  que  le  prix  naturel  du  blé
ne  soit  assez  bas  pour  qu’en  le  vendant,  elle  retire  ces  5,000  1.  ,en  obtenant ­
  en  même  temps  les  profits  ordinaires  du  capital  employé  dans
cc  genre  de  manufacture.  Il  faut  donc  que  l’industrie  de  l’Angleterre
se  porte  vers  un  autre  objet.  Mais  il  se  peut  qu’il  u’y  ait  aucun  de  ses
produits,  qu’elle  puisse,  eu  égard  à  la  valeur  actuelle  de  l’argent,
vendre  au  prix  naturel  des  marchandises  des  autres  pays.  Quelle  en
sera  la  conséquence?  Comme  les  buveurs  de  vin,  en  Angleterre,  sont
encore  disjmsés  à  dépenser  5,000  I.  st.  en  vin  de  France,  il  faudra
qu’on  exporte  dans  ce  pays  5,000  I.  st.  en  argent  pour  y  acheter  ce
vin.  Cette  exportation  de  numéraire  en  fera  hausser  la  valeur  en
Angleterre,  en  la  faisant  baisser  dans  les  autres  pays;  et  le  prix  naturel ­
  de  tous  les  produits  de  l’industrie  anglaise  baissera  aussi  en  même
temps  ;  car  la  hausse  du  prix  de  l’argent  équivaut  à  la  baisse  du  prix
des  marchandises.  On  pourra  alors  se  procurer  les  5,000  1.  par  l’exportation ­
  de  marchandises  anglaises  ;  car,  après  la  réduction  de  leur
prix  naturel,  elles  pourront  soutenir  la  concurrence  avec  les  marehandises
  des  .autres  pays.  Il  faudra  cependant  vendre  une  quantité
plus  considérable  de  marchandises  à  bas  prix  fmur  obtenir  les  5,000
I.  dont  on  a  besoin  ;  et  quand  on  les  aura  obtenues,  elles  ne  s’échangeront ­
  plus  contre  la  même  quantité  de  vin  qu’auparavant;  car  pendant ­
  que  la  diminution  de  numéraire  en  Angleterre  y  aura  fait  bais
        <pb n="366" />
        3U  PRINCIPES  DE  I/ÉCONOMIE  POLITIQUE.
ser  le  prix  naturel  des  marchandises,  l’augmentation  d’argent  en
France  y  fera  monter  le  prix  naturel  des  marchandises  et  du  vin.  On
importera  donc  moins  de  vin  en  Angleterre  en  échange  de  ses  produits, ­
  quand  le  commerce  sera  entièrement  libre,  que  lorsque  ce  pays
sera  particulièrement  favorisé  par  des  traités  de  commerce.  Cependant, ­
  le  taux  des  profits  ne  varierait  pas;  le  numéraire  aurait  changé
de  valeur  relative  dans  les  deux  pays,  et  l'avantage  (pie  la  France
en  retirerait,  serait  d’ohtenir  une  plus  grande  quantité  de  marchandises ­
  anglaises  en  échange  d’une  quantité  déterminée  de  produits
français;  et  la  perte  pour  l’Angleterre  consisterait  en  ce  qu  elle  obtiendrait ­
  une  moindre  quantité  de  marchandises  françaises  en  échange
des  marchandises  anglaise«.
Le  commerce  étranger  se  soutiendra  donc  tou  jours,  qu  on  y  mette
des  entraves,  qu’on  l’encourage,  ou  qu’il  soit  libre;  et  il  ne  peut
être  réglé  que  par  le  changement  du  prix  naturel,  et  non  par  le
changement  de  la  valeur  naturelle  des  frais  de  production  dans  chaque ­
  pays,  et  ce  changement  s’opère  dès  qu’on  altèiv  la  distribution
des  métaux  précieux.  (]ettc  explication  confirme  l’opinion  (jue  j’ai
émise  ailleurs,  qu’il  n’y  a  pas  d’impôt,  de  prime  ou  de  prohibition
sur  l’importation  ou  l’exportation  des  marchandises,  qui  ne  donne
lieu  à  une  différente  distribution  des  métaux  précieux,  et  qui,  par
conséquent,  ne  modifie  dans  tout  pays  le  prix  naturel  et  le  prix  courant ­
  des  marchandises.
Il  est  donc  évident  que  le  commerce  avec  l(;s  (colonies  peut  être  réglé ­
  de  manière  qu’il  soit  en  même  temps  moins  avantageux  pour  les
colonies  et  plus  lucratif  pour  la  métropole,  qu’un  commerce  parfaitement ­
  libre.  De  même  qu’il  serait  désavantageux  pour  un  consommateur ­
  d’être  ri'streint  à  n  acheter  (pie  dans  une  seule  boutique,  de
même  est-il  nuisible  pour  une  nation  de  consommateurs  d  être  forcée
de  n’acheter  que  dans  un  seul  pays.  Si  la  boutique,  ou  le  pays  en
question,  peut  fournir  les  marchandises  demandées  à  meilleur  marché, ­
  ils  sont  bien  sûrs  de  les  vendre  sans  avoir  besoin  pour  cela
d’aucun  privilège  exclusif;  et  s’ils  ne  peuvent  pas  les  livrer  au  prix
le  plus  bas  ,  l’intérêt  général  demanderait  qu’on  ne  les  encouragent
point  à  continuer  un  commerce  (ju'ils  ne  peuvent  pas  faire  avec  un
avantage  égal  à  celui  de  leurs  rivaux.  La  houti(|uc  et  le  pavs  qui  vendraient ­
  exclusivement  pourraient  perdre  à  ce  changement  d’emploi  ;
mais  l’intérêt  général  n’est  jamais  si  bien  assuré  que  par  la  distribution ­
  la  plus  productive  du  capital  général,  c’est-à-dire  par  un  commerce ­
  universellement  libre.
L’augmentation  des  frais  de  production  ne  diminue  pas  nécessai-
        <pb n="367" />
        CH.  XXV  —  DU  COMMKUCE  COLONIAL.  3LS
rement  la  consommation  d’un  produit,  si  ce  produit  est  de  première
nécessité  ;  car,  quoique  en  général  les  ressources  des  consommateurs
se  trouvent  diminuées  par  la  hausse  d’une  marchandise  quelconque,
ils  peuvent  cependant  renoncer  à  la  consommation  de  quelque  autre
produit  dont  les  frais  de  production  n’ont  pas  augmenté.  Dans  ce
eas,  l’offre  et  la  demande  conserveront  la  même  proportion  que  par
le  passé  :  les  frais  de  production  seuls  auront  augmenté,  et  cependant
le  prix  haussera  ;  et  il  doit  hausser,  pour  mettre  les  profits  du  créateur ­
  du  produit  renchéri  au  niveau  des  profits  des  autres  commerces.
M.  Say  convient  que  les  frais  de  production  sont  le  fondement  du
prix,  et  pourtant,  dans  plusieurs  endroits  de  son  livre,  il  soutient
que  le  prix  est  réglé  par  la  proportion  entre  l’offre  et  la  demande.  Le
régulateur  réel  et  définitif  de  la  valeur  relative  de  deux  produits  quelconques ­
  ,  c’est  ce  que  la  production  de  chacun  a  coûté,  et  non  les
(Quantités  respectives  de  chacun  de  ces  produits,  ni  la  concurrence
parmi  les  acheteurs.
Selon  Adam  Smith,  le  commerce  colonial  de  l’Angleterre  étant  un  de
ceux  dans  lequel  il  ne  peut  y  avoir  d’employés  que  des  capitaux  anglais, ­
  fait  monter  le  taux  des  profits  de  tous  les  autres  commerces,  et
comme,  selon  lui,  les  hauts  profits,  ainsi  que  les  forts  salaires,  font
hausser  le  prix  des  produits,  le  monopole  du  commerce  colonial  a  été,
à  ce  qu’il  croit,  nuisible  à  la  mère-patrie,  dont  il  a  diminué  la  faculté  de
pouvoir  vendre  des  objets  manufacturés  à  un  prix  aussi  bas  que  les  autres ­
  pays.  "  Par  l’effet  du  monopole,  dit-il,  l’accroissement  du  com-&amp;gt;&amp;gt;
  merce  des  colonies  a  bien  moins  été,  pour  le  (îommerce  général  de  la
-&amp;gt;  (irande-Bretague,  la  cause  d’une  addition  à  ce  qu’il  était  aupara-»
  vaut,  que  celle  d’un  changement  total  de  direction.  St^condement,  ce
'»  monopole  a  contribué  nécessairement  à  maintenir,  dans  toutes  les
»  branches  différentes  du  commerce  de  la  Grande-Bretagne,  létaux
»  des  profits  à  un  degré  plus  haut  que  celui  où  il  serait  tenu  iia-»
  lurellemeut,  si  le  commerce  avec  les  colonies  anglaises  eût  été  ou-»
  vert  à  toutes  les  nations....  Or,  tout  ce  qui  fait  monter  dans  un
»  pays  le  taux  ordinaire  du  profit  plus  haut  qu’il  n’aurait  été  sans
«  cela,  assujettit  nécessairement  ce  pays  eu  même  temps  à  un  désavan-"
  tage  aft.so/wct  à  un  désavantage  relnlif  dñm  toutes  les  autreshran-»
  ches  de  commerce,  dont  il  n’a  pas  le  monopole.  Il  assujettit  ce  pays  à
»  un  désavantage  absolu,  attendu  que,  dans  toutes  les  autres  bran
»  ches  de  commerce,  ses  marchands  ne  peuvent  retirer  ce  plus  gros
»  profit  sans  vendre  à  la  fois,  et  les  marchandises  des  pays  étrangers
”  qu’ils  importent  dans  le  leur,  et  les  marchandises  de  leur  propre
        <pb n="368" />
        316

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
»  pays  qu’ils  exportent  à  l’étranger,  plus  cher  qu’ils  ne  les  eussent
»  vendues  sans  cela.  Il  faut,  à  la  fois  ,  que  leur  propre  pays  vende
»  plus  cher  qu’il  n’aurait  fait  sans  cela;  qu’il  achète  moins  et  vende
»  moins;  qu’il  jouisse  moins  et  qu’il  produise  moins.
»  On  entend  souvent  nos  marchands  se  plaindre  des  hauts
»  salaires  de  nos  ouvriers,  comme  étant  la  cause  de  ce  que  les  ouvra-»
  ges  de  leurs  fabriques  ne  peuvent  soutenir  la  concurrence  dans  les
»  marchés  étrangers;  mais  on  ne  les  entend  jamais  parler  des  hauts
»  profits  du  capital.  Ils  se  plaignent  des  gains  excessifs  des  autres,
»  mais  ils  ne  disent  rien  du  leur.  Cependant  les  hauts  profits  du  ca-»
  pital,  en  Angleterre,  peuvent  contribuer,  dans  beaucoup  de  cir-»
  constances,  autant  que  les  hauts  salaires  qu’on  y  paie  aux  ouvriers,
»  et,  dans  quelques  circonstances  ,  contribuent  peut-être  davantage
»  à  faire  hausser  le  prix  des  ouvraiges  des  fabriques  anglaises.  »
J’admets  que  le  monopole  du  commerce  avec  les  colonies  doit  dé
ranger,  et  quelquefois  d’une  manière  désavantageuse,  la  direction  des
capitaux  ;  mais  d’après  ce  que  j’ai  déjà  dit  au  sujet  des  profits,  on
verra,  je  crois,  qu’aucun  déplacement  du  commerce  étranger  et  aucun ­
  changement  du  commerce  intérieur  pour  le  commerce  avec  l’étranger, ­
  ne  sauraient  affecter  le  taux  des  profits.  La  perte  qui  en  résultera ­
  est  celle  que  je  viens  d’exposer  ;  elle  consiste  dans  une  moins
bonne  distribution  des  capitaux  et  de  l’industrie,  et  par  suite  dans  une
diminution  de  production.  Le  prix  naturel  des  produits  haussera,  et
par  conséquent,  quoique  le  consommateur  soit  en  état  d’acheter  pour
une  même  valeur  en  argent,  il  n’obtiendra  ,  avec  cet  argent,  qu’une
quantité  moindre  de  marchandises.  Et  lors  même  que  le  monopole
aurait  pour  effet  de  faire  hausser  les  profits,  il  n’occasionnerait  pas
le  moindre  dérangement  dans  les  prix  ;  car  le  prix  n’est  réglé  ni  par
les  salaires  ni  par  les  profits.
Adam  Smith  lui-même  paraît  en  convenir,  quand  il  dit  que  «  le
»  prix  des  choses,  ou  la  valeur  de  l’or  et  de  l’argent,  comparée  aux
«  marchandises,  dépend  de  la  proportion  qu’il  y  a  entre  la  quantité
»  de  travail  nécessaire  pour  faire  arriver  au  marché  une  certaine
»  quantité  d’or  et  d’argent,  et  la  quantité  de  travail  nécessaire  pour
»  y  faire  arriver  une  certaine  quantité  de  marchandises  d’une  autre
»  espèce.  »  Cette  quantité  restera  la  même,  que  les  profits  et  les  salaires ­
  montent  ou  baissent.  Comment  donc  le  prix  peut-il  hausser
par  l’effet  des  hauts  profits?  ,
        <pb n="369" />
        CH.  XXVI.  —  DU  REVENU  BRUT  ET  DU  REVENU  NET.

317

CHAPITRE  XXVI.
DU  REVEWL  BRUT  ET  DU  REVENU  NET.

Adam  Smith  exagère  toujours  les  avantages  qu’un  pays  tire  d’un
grand  revenu  brut‘,  par  opposition  à  un  grand  revenu  net.  «  Plus
»  grande  sera  la  portion  du  capital  d’un  pays  consacré  à  l’agriculture,
«  et  plus  la  somme  de  travail  productif  que  ce  capital  met  en  œuvre
»  deviendra  considérable  dans  l’intérieur  du  pays,  lien  sera  de  même
»  de  la  valeur  que  son  emploi  ajoute  aux  produits  annuels  de  la  terre
»  et  de  l’industrie  de  la  communauté.  Lt-i  capital  employé  dans  les
«  manufactures  est  celui  qui,  après  le  capital  comparé  à  l’agriculture,
»  met  en  œuvre  la  plus  grande  quantité  de  travail  productif,  et  ajoute
«  le  plus  grand  accroissement  de  valeur  à  la  production  annuelle.  Le
»  capital  employé  au  commerce  d’exportation  est  le  moins  productif
»destróis*.  »

'  C’est  à  bon  droit  qu’à  ne  considérer  que  les  intérêts  nationaux,  Smith  fait  cas
d’un  gros  revenu  brut,  c’est-à-dire  d’une  grande  masse  d’utilité  produite.  On  ue
devrait  parler  de  revenu  net  que  lorsqu’il  est  question  des  intérêts  d’un  particulier ­
  par  opposition  à  ceux  d’un  autre,  l.e  revenu  net  d’un  particulier  se  compose
de  la  valeur  du  produit  auquel  il  a  concouru,  soit  parson  industrie,  soit  par  ses
capitaux,  soit  par  ses  terres,  moins  ses  déboursés.  Mais  comme  tous  les  déboursés
qu’il  a  faits  sont  des  portions  de  revenus  qu’il  a  payées  à  d’autres,  la  totalité  de
la  valeur  du  produit  a  servi  à  payer  des  revenus,  l.e  revenu  total  d’une  nation  se
compose  de  son  produit  brut;  c’est-à-dire  de  la  valeur  brute  de  tous  ses  produits
qui  se  distribue  entre  les  producteurs.
Cette  valeur,  après  plusieurs  échanges,  se  consommerait  tout  entière  dans  l’année ­
  qui  l’a  vu  naître,  qu’elle  n’en  serait  pas  moins  encore  le  revenu  de  la  nation;
de  même  qu’un  particulier  qui  a  20,000  fr.  de  revenu  annuel,  n’a  pas  moins
20,000  fr.  de  revenu  annuel,  quoiqu’il  le  mange  tout  entier  chaque  année.  Son
revenu  ne  se  compose  pas  seulement  de  ses  épargnes.  —  J.-B  Say
*  M.  Say  est  de  la  même  opinion  qu’Adam  Smith.  «  L’emploi  le  plus  produc-”
  tif  après  celui-là,  dit-il,  pour  le  pays  eu  général,  est  celui  des  manufactures  et
•  du  commerce  intérieur,  parce  qu’il  met  en  activité  une  industrie  dont  les  profits
        <pb n="370" />
        318

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
En  admettant  pour  un  moment  que  cela  soit  \rai,  quel  avantage
résultera-t-il  pour  un  pa&amp;gt;s  de  l’emploi  d'une  grande  quantité  de  travail ­
  productif,  si,  soit  qu’il  emploie  cette  quantité  ou  une  quantité
moindre,  son  revenu  et  scs  profits  réunis  doivent  rester  les  mêmes?
Le  produit  total  de  la  terre  et  de  l’industrie  de  tout  pays  se  partage
en  trois  portions,  dont  la  première  est  destinée  aux  salaires,  la  seconde ­
  aux  profits,  et  la  troisième  à  la  rente.  Ce  n’est  que  sur  les  deux
dernières  portions  qu’on  peut  lever  des  impôts,  ou  faire  des  épargnes ­
  :  la  première,  si  elle  est  modique,  étant  toujours  égale  aux  frais
nécessaires  de  production,  il  serait  tout  à  fait  indifférent  pour  une
personne  qui  sur  un  capital  de  20,000  1.  ferait  2,000  1.  par  an  de
profits,  que  son  capital  employât  cent  hommes  ou  mille,  et  que  ses
produits  se  vendissent  10,0001.  ou  20,000  1.,  pourvu  que,  dans  tous
les  cas,  ses  profits  ne  baissassent  point  au-dessous  de  2,0001.  L’intérêt ­
  réel  d’une  nation  n’est  il  pas  aussi  garanti?  et  dès  que  son  revenu
net  et  réel,  que  ses  rentes  et  profits  sont  les  mêmes,  qu’importe
qu’elle  se  compose  de  dix  ou  de  douze  millions  d’individus?  Ses  facultés ­
  pour  l’entretien  d’escadres,  d’armées,  et  de  toute  autre  sorte
de  travail  improductif,  doivent  être  en  proportion  de  son  revenu
net,  et  non  de  son  revenu  brut.  Si  cinq  millions  d’hommes  pouvaient
produire  la  nourriture  et  l’habillement  nécessaires  pour  dix  millions,
la  nourriture  et  riiabillemcnt  de  cinq  millions  constitueraient  le  revenu ­
  net.  Le  pays  retirerait-il  quelque  avantage,  si,  pour  produire
ce  même  revenu  net,  il  fallait  sept  millions  d’hommes,  c’est-à-dire,
s’il  fallait  que  sept  millions  d’hommes  fussent  employés  à  produire
de  la  nourriture  et  de  l’habillement  pour  douze  millions?  La  nourriture ­
  et  rhabillement  de  cinq  millions  seraient  toujours  le  revenu  net.
L’emploi  d’un  plus  grand  nombre  d’hommes  ne  nous  mettrait  en
état  ni  d’ajouter  un  homme  à  notre  armée  ou  à  noire  marine,  ni  de
fournir  une  guinée  de  plus  aux  impôts  \

»  sont  gagnés  dans  le  pays,  tandis  que  les  capitaux  employés  par  le  commerce  ex-«
  térieur  tout  gagner  l’industrie  et  les  fonds  de  terre  de  toutes  les  nations  indis-»
  tinctement.
U  L’emploi  le  moins  favorable  à  la  nation  est  celui  des  capitaux  employés  au
»  commerce  de  transport,  de  l’étranger  à  l’étranger.  »  Liv.  Il,  chap.  8,  §  3.
(iVo/e  de  l’Auteur.)
'  Si  j’osais  me  permettre  de  faire  une  critique  générale  de  la  doctrine  de  AL  Ricardo ­
  et  de  sa  manière  de  traiter  plusieurs  questions  d’économie  politiijue,  je  dirais ­
  qu’il  donne  aux  principes  qu’il  croit  justes  une  telle  généralité  qu’il  en  regarde ­
  les  résultats  comme  infaillibles.  De  ce  principe,  que  la  classe  qui  vit  de
        <pb n="371" />
        CH.  XXVI.  —DU  REVENU  BRUT  ET  Dll  REVENU  NET  319
O  n’est  point  en  raison  d’aucun  avantage  supposé  provenant
d'une  grande  population,  ni  en  raison  du  Iwnlieur  dont  peut  jouir

salaires  ne  gagne  que  ce  qui  est  rigoureuseineut  necessaire  pour  se  perpétuer  et
s’entretenir,  il  tire  cette  conséquence,  qu'une  industrie  qui  fait  travailler  sept
millions  d’ouvriers  n’est  pas  plus  avantageuse  qu’une  industrie  qui  en  fait  travailler ­
  cinq  millions,  se  fondant  sur  ce  que,  dans  l’un  et  l’autre  cas,  les  ouvriers  consommant ­
  tout  ce  qu’ils  gagnent,  il  ne  reste  pas  plus  du  travail  de  ^pt  millions
que  du  travail  de  cinq  millions.  Cela  ressemble  tout  à  fait  à  la  doctrine  des  Économistes’ ­
  du  dix-huitième  siècle,  (|ui  prétendaient  que  les  manufactures  ne  servaient ­
  nullement  à  la  richesse  d’un  État,  parce  que  la  classe  salariée  consommant
une  valeur  égale  à  celle  qu’elle  produisait,  ne  contribuait  en  rien  à  leur  fameux
produit  net.
tn  universalibus  tatet  dolus,  a  dit  Bacon,  avec  ce  bon  sens  exquis  qui  l’a  fait
nommer  le  Père  de  la  saine  philosophie  Lorsqu’on  descendra  de  ces  généralités
aux  réalités  qu’il  faut  toujours  prendre  pour  guides,  ou  trouvera  que  sur  sept
millions  d’ouvriers  .tous  occupés,  il  y  aura  plus  d’épargnes  faites  que  sur  cinq
millions.  Ce  n’est  que  dans  la  classe  la  plus  grossière  des  simples  manouvriers  que
les  gains  se  bornent  à  ce  qui  est  rigoureusement  nécessaire  pour  perpétuer  cette
classe.  Du  moment  qu’il  y  a  un  talent  ajouté  aux  facultés  du  simple  travailleur,  il
en  résulte  une  faculté  un  |)eu  moins  commune  et  moins  offerte,  circonstance  qui
ajoute  à  la  valeur  du  travail  qui  en  résulte.  Smith  remarque  qu’une  intelligence
remarquable,  une  probité  scrupuleuse  dans  itette  classe,  sont  payées  au  delà  du
taux  rigoureusement  nécessaire  pour  perpétuer  la  famille.  Aussi  voit-on  un  trèsgrand
  nombre  de  familles  de  simples  salariés  qui  font  des  économies,  augmentent
leur  bien-être  et  leur  mobilier,  ce  qui  augmente  la  somme  des  épargnes  de  la
société.
Mais  quand  meme  il  serait  vrai  que  de  sept  millions  d’ouvriers  tous  occupés  il
ne  sortit  pas  plus  d’épargnes  que  de  cinq  millious,  serait-ce  une  matière  indifférente ­
  que  de  nourrir  l’un  ou  l’autre  nombre  ?  Sous  le  rapport  de  la  puissance  nationale, ­
  la  population,  et  une  population  active  et  industrieuse,  n’est-elle  pas  une
puissance  aussi?  Et  si  quelque  Attila  barbare,  ou  même  quelque  Attila  civilisé
attaquait  un  pays  populeux,  ne  serait-il  pas  plus  facilement  repoussé  que  s’il  ne
rencontrait  pour  s’opposer  à  ses  armées,  que  des  capitalistes  spéculateurs  occupés
dans  le  fond  de  leur  comptoir  à  balancer  les  prix-courants  des  principales  places
de  l’Europe  et  de  l’Amérique?
Sous  le  rapport  du  bonheur,  on  peut  dire  de  même  qu’il  y  a  une  plus  grande
masse  de  bonheur  dans  une  population  de  sept  millions  qui  gagne  et  consomme  ce
qu’elle  gagne,  élève  sa  famille,  et  jouit  de  l’exercice  de  ses  facultés,  que  dans  une
population  de  cinq  millious.
Il  semblerait  que  l’homme  n’est  au  monde  que  pour  épargner  et  accumuler!
Il  y  est  principalement  pour  consommer  ce  que  la  nature  lui  donne  gratuitement
et  ce  qu’il  acquiert  par  son  industrie.  Produire  et  consommer,  voilà  le  propre  de
la  vie  humaine,  voilà  sa  liu  principale  ;  c’est  ce  que  font  les  nations  qui  ne  s  élèvent ­
  ni  ne  déclinent.  Si  elles  peuvent  y  joindre  des  épargnes  qui,  en  grossissant
leurs  capitaux,  étendent  leur  industrie,  c’est  une  circonstance  lavorable  sans
        <pb n="372" />
        3á0

PRÍNCIPES  I)i:  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE,
un  plus  grand  nombre  d’hommes,  qu’Adam  Smith  donne  la  préférence ­
  à  cet  emploi  de  capital  qui  met  en  œuvre  la  plus  grande  quantité
d’industrie  ;  mais  c’est  expressément  eu  se  fondant  sur  l’effet  qu’il
lui  suppose  d’augmenter  la  puissance  nationale,  car  il  dit  que  «  la
-*  richesse  et  la  puissance  de  toute  nation,  en  tant  que  la  puissance
«  dépend  de  la  richesse,  doit  toujours  être  en  proportion  de  la  valeur
»  de  sa  production  annuelle,  qui  constitue  le  fonds  qui  sert  en  déli-»
  nitive  à  payer  tout  impôt.  &amp;gt;»  Il  est  cependant  évident  que  les  facultés ­
  de  payer  des  impôts  sont  en  proportion  du  revenu  net  et  non  du
revenu  brut.
Dans  la  distribution  des  emplois  des  capitaux  entre  tous  les  pays,
le  capital  des  peuples  pauvres  sera  naturellement  employé  à  ces  genres ­
  d’industrie  qui  font  subsister  une  grande  quantité  de  travailleurs
dans  l’intérieur,  parce  que,  dans  de  tels  pays,  on  peut  se  procurer
avec  le  plus  de  facilité  la  nourriture  et  les  choses  nécessaires  pour
une  population  croissante.  Dans  les  pays  riches,  au  contraire,  où  la
nourriture  est  chère,  les  capitaux  se  porteront,  si  le  commerce  est  libre, ­
  vers  ces  genres  d’industrie  qui  exigent  l’emploi  du  plus  petit
nombre  d’ouvriers  dans  l’intérieur  :  tels  sont  le  commerce  de  transport, ­
  le  commerce  avec  les  pays  étrangers  très-lointains,  dans  lesquels ­
  les  profits  sont  en  proportion  des  capitaux,  et  non  en  proportion ­
  de  la  quantité  de  travail  employé

doute,  et  vers  laquelle  elles  doivent  tendre  autant  qu’elles  peuvent  ;  mais  ce  n’est
pas  une  condition  essentielle  de  leur  existence.  —  J.-B.  Say.
*  «  Il  est  heureux,  dit  M.  Say,  que  la  pente  naturelle  des  choses  entraîne  les
»  capitaux  préférablement,  non  là  où  ils  feraient  les  plus  gros  prolits,  mais  où
»  leur  action  est  le  plus  profitable  à  la  société.  «  Liv.  //,  chap.  8,  §  3.  RI.  Say  ne
nous  a  pas  dit  quels  étaient  ces  emplois  qui,  tout  en  étant  les  plus  profitables
pour  les  particuliers,  ne  le  sont  pas  de  même  pour  l’Etat.  Si  des  pays,  ayant  des
capitaux  bornés,  mais  des  terres  fertiles  en  abondance,  ne  se  livrent  pas  de  bonne
heure  au  commerce  étranger,  c’est  parce  que  ce  commerce  présente  moins
d’avantages  aux  particuliers,  et  qu’il  est  par  conséquent  moins  avantageux  pour
l’ÉtaL  {Note  de  l’Auteur).
Ce  que  RL  Ricardo  se  plaint  de  ne  pas  trouver  dans  mon  ouvrage,  y  est  dans  un
passage  que  lui-même  a  cité  quatre  pages  plus  haut.  Les  emplois  de  capitaux
qui,  tout  en  procurant  un  profit  au  propriétaire  du  capital,  mettent  en  valeur  les
facultés  industrielles  des  gens  du  pays,  ou  les  facultés  productives  du  sol,  augmentent ­
  plus  les  revenus  du  pays  que  les  emplois  qui  ne  procurent  d’autre  revenu
que  le  simple  profit  du  capital.  Il  y  a  même  des  emplois  de  capitaux  qui,  malgré
le  profit  qu’ils  procurent  au  capitaliste,  ne  fournissent  aucun  revenu  au  pays.  Les
bénéfices  qu’on  fait  dans  le  jeu  des  effets  publics,  tout  bénéfice  qui  ne  saurait  être
        <pb n="373" />
        321

ClI.  XXVI.  —  I»U  HEVENlj  BRUT  ET  Ul  REVENU  NET.

(^Rioiijue  je  comicime  que,  par  la  nature  du  feimage,  un  capital
déterminé  employé  à  l’agriculture  sur  tous  les  terrains  autres  que
ceux  cultivés  les  derniers,  met  en  activité  une  plus  grande  quantité
de  travail  qu’un  capital  employé  dans  les  manufactures  ou  dans  le
commerce,  je  ne  saurais  pourtant  admettre  qii  il  y  ait  la  moindre
différence  entre  les  quantités  de  travail  mises  en  activité  par  un  capital ­
  emi)loyé  dans  le  commerce  intérieur,  et  par  un  pareil  capital
employé  dans  le  commerce  étranger.
«  Le  capital  (^ui  envoie  à  Londres,  dit  Adam  Smith,  des  ouvrages
»  de  fahriipie  écossaise,  et  rapporte  à  Edimbourg  du  blé  anglais  et
»  des  ouvrages  de  fabrique  anglaise,  remplace  nécessairement,
»  dans  chacune  de  ces  opérations,  deux  capitaux  appartenant  à  des
»  sujets  de  la  Crande-Bretagne,  et  qui  ont,  tous  les  deux,  été  em-»
  ployés  dans  lagriculturc  ou  les  manufactures  de  la  Grande-Bre-»
  tagne.
»  Le  capital  qui  est  employé  à  acheter  des  marchandises  étrangè-»
  res  pour  la  consommation  intérieure,  quand  l’achat  sc  fait  avec  le
»  produit  de  l’industrie  nationale,  remj)lacc  aussi,  par  chaque  opé-»
  ration  de  ce  genre,  deux  capitaux  distincts,  mais  dont  un  seule-»
  ment  est  employé  à  soutenir  l’industrie  nationale.  Le  capital  qui
&amp;gt;*  envoie  en  Portugal  des  marchandises  anglaises,  et  qui  rapporte  en
»  Angleterre  des  marchandises  portugaises,  ne  remplace,  dans  cha-&amp;gt;&amp;gt;
  cune  des  opérations  qu'il  fait,  qu’un  seul  capital  anglais;  l’autre
»  est  un  capital  %)ortugais.  Ainsi,  quand  même  les  retours  du  com-»
  mcrcc  Hranijer  de  consommation  seraient  aussi  prompts  que  ceux  du
»  commerce  intérieur,  le  capital  employé  dans  celui-là  ne  donnerait
&amp;gt;)  toujours  qu’un  encouragement  de  moitié  plus  faible  à  l’industrie
»  ou  au  travail  productif  du  pays.  «
Cet  argument  me  parait  fallacieux;  car,  quoique  deux  capitaux,
l’un  portugais  et  l’autre  anglais,  soient  employés,  ainsi  que  le  suppose
le  docteur  Smith,  il  y  aura  cependant  un  capital  employé  au  commerce ­
  étranger,  double  de  celui  qui  sera  employé  an  commerce  inté
rieur.  Supposons  que  l’Écogsc  emploie  un*capital  de  1,000  livres  sterling ­
  à  la  fabrication  desifhiles,  qu  elle  échange  contre  le  produit  d’un
capital  pareil  employi^if  Angleterre  à  la  fabrication  des  soieries,  ces
deux  pays  emploieront^ainsi  2,000  liv.  sterl.  et  une  (pianlité  de  traun ­

  profil  pour  l’un  sans  être  une  perte  pour  (pielíjue  autre,  est  profitable  pour  le
particulier  (|ui  gagne,  sans  l’être  pour  le  pays.  —  I  -lE  Say.
GL'ur.  de  Jiicardo.)  ^  I
        <pb n="374" />
        322  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
vail  proportionnelle.  Supposons  maintenant  que  l’Angleterre  découvre ­
  qu’elle  peut  obtenir  de  l’Allemagne  une  plus  grande  quantité  de
toiles  en  échange  des  soieries  qu’elle  était  dans  l’habitude  d’exporter
en  Écosse,  et  que  l’Écosse,  à  son  tour,  trouve  qu’elle  peut  obtenir
de  la  France  plus  de  soieries  en  échange  de  ses  toiles  qu’elle  n’en
obtenait  auparavant  de  l’Angleterre  ;  dans  ce  cas,  le  commerce
entre  l’Angleterre  et  l’Écosse  ne  cessera-t-il  pas  à  l’instant,  et  le  commerce ­
  de  consommation  intérieure  ne  sera  t  il  pas  remplacé  par  uu
commerce  de  consommation  étrangère?  Mais  quoique  deux  capitaux
additionnels  entrent  dans  ce  commerce,  c’est-à-dire  le  capital  allemand ­
  et  le  capital  français,  la  même  somme  de  capital  écossais  et  anglais ­
  ne  continuera-t-elle  pas  à  être  employée,  et  ne  mettra-t-elle  pas
en  activité  la  même  quantité  d’industrie  que  lorsque  ces  capitaux
étaient  consacrés  au  commerce  intérieur?
        <pb n="375" />
        CHAI*.  XXVll.  —  DK  KA  MONNAIE  ET  DES  BANQUES.

323

CHAI'lïllE  XXVII.

in:  LA  MoxxAii:  in  di:s  baxqli*.

On  a  déjà  tant  écrit  sur  la  monnaie,  que,  dans  le  nombre  des  personnes ­
  qui  s’occupent  de  cette  matière,  il  n’y  a  guère  que  les  gens  à
préjugés  qui  puissent  en  méconnaître  les  vrais  principes.  Je  me  bornerai ­
  donc  à  un  aperçu  rapide  de  quel,pies  unes  des  lois  générales  qui
règlent  la  quantité  et  la  valeur  de  la  monnaie.
L’or  et  l’argent,  ainsi  que  toutes  les  autres  marcbandiscs,  n’ont  de
valeur  qu’en  proportion  de  la  quantité  de  travail  nécessaire  pour  les
produire  et  les  faire  arriver  au  marclié.  L'or  est  quinze  fois  environ
plus  cher  que  l’argent,  non  pas  que  la  demande  en  soit  plus  forte,
ni  que  l’argent  soit  quinze  fois  plus  abondant  que  î’or,  mais  unique-  /v
ment  en  raison  de  ce  qu’il  faut  quinze  fois  plus  de  travail  pour  olite-  (  '
nir  une  quantité  déterminée  d’or.  *
La  quantité  de  monnaie  qui  peut  être  employée  dans  un  pays  dépend ­
  de  sa  valeur.  Si  l’or  seul  était  employé  pour  la  circulation  des
marebandises,  il  n'en  faudrait  qu'un  quinzième  de  ce  qui  serait  nécessaire ­
  si  l’argent  était  consacré  à  cette  fonction.
La  monnaie  en  circulation  ne  saurait  jamais  être  assez  abondante
pour  regorger;  car  si  vous  en  faites  baisser  la  valeur,  vous  en  augmenterez ­
  dans  la  même  proportion  la  quantité;  et  en  augmentant  L
valeur  vous  en  diminuerez  la  cpiantité  *.

'  «  Les  usages  de  l’or  et  de  l'argent  établissent  donc  en  chaque  lieu  un  certain
J  “doniianto  qui  sont  à  charge  à  leurs,assesseurs.  .  -
hc.  l^cfiop.  \7.
cationTi!  r  P'^yde  du  même  chapitre,  M.  Say  dit  que  si,  pour  les  comniunisédftt
  nu  *  ^  pays,  il  fallait  I  emploi  de  mille  voilures,  et  qu’ou  en  poselutfjue'’”^*^
  *1"'  excéderait  les  mille  serait  inutile;  et  de  là  il  conrest/vn’f
  '  ""  plus  que  la  quantité  nécessaire  de  monnaie,  l'excédant
-•esterait  sans  emploi  de  fMeurX
        <pb n="376" />
        ív.

394  PRÍNCIPES  DE  L'ÉCONOMIE-POLITIQUE.
Tant  que  le  gouvernement  fait  frapper  des  monnaies  sans  retenir
les  frais  de  monnayage,  les  pièces  de  monnaies  ont  une  valeur  égale
à  celle  de  toute  autre  pièce  de  même  métal,  d’un  poids  et  d’une  finesse ­
  pareils.  Mais  si  le  gouvernement  retient  un  droit  de  monnayage
ou  de  seigneuriagc,  la  pièce  de  métal  frappée  excédera  en  général  la
valeur  de  la  pièce  non  frappée  de  tout  le  montant  de  ce  droit,  parce  ^
qu’elle  aura  exigé  plus  de  travail,  ou,  ce  qui  revient  au  même,  la  valeur ­
  duproduit  d’une  plus  grande  quantité  de  travail  pour  sa  fafiri-  I
cation.
Quand  l’État  seul  bat  monnaie  ,41  ne  peut  pas  y  avoir  de  limites
à  ce  droit  de  monnayage  ;  car,  en  restreignant  la  quantité  du  numéraire, ­
  on  peut  en  élever  fa  valeur  indéfiniment.
C’est  en  vertu  de  ce  principe  que  circule  le  papier  monnaie.  Toute
sa  valeur  peut  être  regardée  comme  représentant  un  seigneuriagc.
Quoique  ce  papier  n’ait  point  de  valeur  intrinsèque,  cependant,  si  ;
l  l’on  en  borne  la  quantité,  sa  valeur  échangeable  peut  égaler  la  va-\
  leur  d’une  monnaie  métallique  de  la  même  dénomination,  ou  de  lingots ­
  estimés  en  espèces  C’est  encore  par  le  même  principe,  c  est-àdire
  en  bornant  la  quantité  de  la  monnaie  que  des  pièces  d’un  bas  titre
peuvent  circuler  pour  la  valeur  qu’elles  auraient  eue  si  leur  poids  et-  i
leur  titre  étaient  ceux  fixés  par  la  loi,  et  non  pour  la  valeur  intrin-  ,
sèque  du  métal  pur  qu’elles  contiennent.  Voila  pourquoi,  dans  l’his-  j
toire  des  monnaies  anglaises,  nous  trouvons  que  notre  numéraire  n  a  |
jamais  été  déprécié  aussi  fortement  qu’il  a  été  altéré,  l  a  raison  en  f
est  qu’il  n’a  jamais  été  multiplié  en  proportion  de  sa  dépréciation"*.  I
Le  point  capital  dans  l’émission  du  papier  -  monnaie,  c  est  d  être
l  parfaitement  éclairé  sur  les  effets-qui  résultent  du  principe  de  la  rcs-\
  triction  dans  les  quantités  mises  en  circulation.  On  voudra  a  peine  -
croire  dans  cinquante  ans  que  les  directeurs  de  la  banque  et  les  mi-  ,
'  nistres  ont  soutenu  à  la  fois  devant  le  Parlement,et  devant  les  Comi-  ;

:  Cet  exemple  devrait  suffire,  ce  semble,  pour  convaincre  l’auteur  que  la  base
de  toute  valeur  est,  non  pas  la  quantité  de  travail  nécessaire  pour  faire  une  mar
cbandise,  mais  le  besoin  qu’on  en  a,  balancé  par  sa  rareté.  Le  travail,  ou  en  ge
néral  les  frais  de  production,  sont  une  difficulté  à  vaincre  qui  borne  la  quantit
d’une  marchandise  qu’on  peut  apporter  sur  le  marché,  et  c’est  en  ce  sens  qu  i  s
sont  un  des  éléments  de  la  valeur  des  choses.  Mais  quand  cette  rareté  est  volontaire, ­
  l’effet  est  le  même.—J  .-B.  Say.
3  ce  que  je  dis  des  monnaies  d’or  est  également  applicable  à  celles  d  âreent
  et  il  serait  inutile  de  les  désigner  toutes  les  deux  à  tout  propos.
®  ’  {Note  de  l'Auteur)-
        <pb n="377" />
        CHAP.  xxvn.  -  DE  LA  MONNAIE  ET  DES  BANQUES.  3«;
lés  nommés  par  les  Parlements,  que  des  émissions  de  billets  de  la
banque  d’Angleterre,  —  en  les  supposant,  même,  affranchies  de  la
faculté  qu’ont  les  porteurs  de  réclamer  des  espèces  ou  des  lingots,  —
que  ces  émissions,  dis-je,  n’avaient  pas  et  ne  jmuvaient  pas  avoir
d’action  sur  le  prix  des  marchandises  ou  des  lingots,  ni  sur  l’état
des  changes.
Après  l’établissement  des  Imnques,  l’État  n’a  plus  à  lui  seul  le  pouvoir ­
  de  battre  monnaie  ou  d’en  faire  l’émission.  On  peut  tout  aussi
bien  augmenter  la  monnaie  en  circulation,  au  moyen  du  papier  de
banque,  que  par  des  espèces  ;  en  sorte  que  si  un  État  altérait  ses
monnaies  et  on  limitait  la  quantité,  il  ne  pourrait  en  maintenir  la
valeur  ;  car  les  banques  auraient  la  même  faculté  que  le  gouvernement ­
  d’augmenter  la  quantité  de  l’agent  de  la  cireulation.
D’après  ces  principes,  il  est  aisé  de  voir  que  pour  donner  une  valeur ­
  au  papier-monnaie,  il  n’y  a  pas  besoin  qu’il  soit  payable  à  vue
on  espèces  monnayées  ;  il  suffit  pour  cela  que  la  quantité  de  ce  papier  !
soit  réglée  d  après  la  valeur  du  métal  qui  est  reconnu  comme  mesure ­
  commune  .Si  1  or,  d  un  poids  et  d’un  titre  déterminé,  était
cette  mesure,  on  pourrait  augmenter  la  quantité  du  papier  à  chaque
baisse  dans  la  valeur  de  l’or,  ou,  ce  qui  revient  au  même  quant  à
1  effet,  à  chaque  hausse  dans  le  prix  des  marchandises.
«  La  banque  d’Angleterre,  dit  le  docteur  Smith,  pour  avoir  émis

*  Cette  vérité  aurait  pu  être  énoncée  par  dix  auteurs  judicieux,  et  néanmoins
être  révoquée  en  doute  par  autant  d’imbéciles,  si  ce  qui  est  arrivé  dans  ces  derniers ­
  temps  aux  billets  de  la  banque  d’Angleterre  n’était  venu  confirmer  l’assertion ­
  par  un  mémorable  exemple.  Le  gouvernement  anglais  ne  pouvant,  en  1797,
rembourser  à  la  Banque  les  avances  que  cette  compagnie  lui  avait  faites,  l’autorisa ­
  à  faire  une  véritable  banqueroute,  qui  dure  encore,  et  à  ne  pas  payer  ses  billets ­
  payables  à  vue.  Malgré  ce  manque  de  foi,  et  quoique  la  Banque  n’ait  point  de
valeur  réelle  à  offrir  pour  gage  de  ses  billets  (car  les  engagements  du  Trésor  ne
sont  quedes  promesses),  nous  avons  vu  récemment  les  billets  de  banque  remonter
au  pair  des  espèces  monnayées,  non,  comme  on  affecte  de  le  dire,  à  cause  du
credit  du  gouvernement  et  de  l’esprit  national  des  Anglais  qui  s’obstine  à  soutenir
la  valeur  des  billets  (tout  leur  esprit  national  n’en  pourrait  empêcher  la  dépréciation ­
  SI  la  somme  grossissait),  mais  tout  simplement  parce  que  les  besoins  de  la
circulation  exigent  un  agent  de  la  circulation  qui  se  monte  à  une  certaine  somme,
est-a-dire  à  une  somme  qui  égale  la  valeur  courante  d’une  certaine  quantité
^_or  ou  d’argent;  or  cette  somme  paraît  avoir  été  peu  excédée  par  les  émisbeM
  *  de  la  banque  d’Angleterre  et  des  banques  de  province.  C’est  une  des
ÿ.  ^  ^^périences  qui  aient  été  faites  depuis  le  commencement  de  ce  siècle  eu
'  ‘ternie  politique,  et  il  s’en  prépare  d’autres  qui  ne  seront  pas  moins  importan-~J.-B.
  SxY.
        <pb n="378" />
        326

PIUNCIPES  DE  L'ÉCONOMIE  l’OLITIQÜE.
«  uiie  trop  grande  quantité  de  papier,  dont  l’excédant  lui  revenait
»  continuellement  à  l’échange,  a  été  obligée,  pendant  plusieurs  an-»
  nées  de  suite,  de  faire  battre  de  la  monnaie  d’or  jusqu’à  concur-»
  rcnce  de  800,000  livres  st.  et  de  1,000,000  dans  une  seule  année,
»  ou,  par  évaluation  moyenne,  jusqu’à  environ  850,000  liv.  st.  Pour
»  fournir  à  cette  immense  fabrication,  la  banque,  à  cause  de  l’état
»  usé  et  dégradé  où  la  monnaie  d’or  était  depuis  quelques  années,
»  se  vit  souvent  obligée  d’acheter  jusipi’au  prix  de  4  liv.  st.  l’once
Ä.  l’or  en  lingots,  qu’elle  émettait  bientôt  après  sur  le  pied  de  3  liv.
»  st.  17  sb.  10  7  deniers  l’once,  ce  qui  lui  faisait  une  perte  de  2  7  à
»  3  pour  cent  sur  la  fabrication  d’une  somme  aussi  énorme.  Ainsi,
•&amp;gt;  quoique  la  bampie  n’cùt  point  de  droit  de  seigneuriage  à  payer,
«  et  quoique,  à  proprement  parler,  la  dépense  de  fabrication  fût  aux
»  frais  du  gouvernement,  cette  libéralité  du  gouvernement  ne  couvrit
»  pas  toute  la  dépense  supportée  par  la  banque.  »
D’après  le  principe  énoncé  plus  haut,  il  me  semble  très-évident
qu’en  retirant  de  la  circulation  le  papier  qui  rentrait  ainsi  à  la  banque, ­
  la  valeur  de  toute  la  monnaie,  y  compris  celle  des  anciennes
espèces  monnayées  et  usées  et  celle  des  nouvelles,  aurait  monté,  et,
dans  ce  cas,  toutes  les  demandes  sur  la  banque  auraient  cessé  d’étre.
M.  Buchanan  n’est  ])Ourtant  pas  de  celte  opinion;  car  il  dit  que
«  la  grande  dépense  que  la  banque  a  eu  à  supporter  à  celle  époque
»  fut  occasionnée,  non  comme  le  docteur  Smith  paraît  le  supposer,
-  par  une  émission  excessive  de  papier,  mais  par  l'état  dégradé  de
»  la  monnaie  mêlailiqne,  et  par  le  haut  prix  du  lingot  qui  en  était  la
»  conséquence.  On  doit  faire  attention  que  la  banque,  n’ayant  d’autre
«  moyen  de  se  procurer  des  guiñees  *  que  d’envoyer  des  lingots  à  la

I  I.  Dans  les  marchés  que  le  gouvernement  conclut  avec  les  particuliers,  et
»  dans  ceux  que  les  particuliers  concluent  entre  eux,  une  pièce  de  monnaie  n’est
■  reque,  quelque  dénomination  &amp;lt;|u’on  lui  donne,  que  pour  sa  valeur  intrinsèque,
»  accrue  de  la  valeur  que  l’utilité  de  son  empreinte  y  ajoute.  »—J.-li.  Say,/ir.
chap.  21,§4.
«  La  monnaie  d’argent  est  si  peu  un  signe,  que  les  pièces  de  monnaie  perdent
w  de  leur  valeur  en  s’usant  par  le  frottement  ou  par  la  friponnerie  des  rogneurs
»  d’espèces;  toutes  les  marchandises  augmentent  nominalement  de  prix  en  pro-»
  portion  de  l’altération  éprouvée  par  elles;  et  si  le  gouvernement  fait  une  refonte
»  équitable  et  rétablit  dans  chaque  pièce  la  quantité  de  métal  lin  qui  s’y  trou-»
  vait  dans  l’origine,  les  marchandises  reprennent  le  prix  qu’elles  avaient  alors,
»  sauf  les  variations  qui  out  pu  avoir  lieu  dans  la  valeur  de  ces  marchandises,  par
»  des  circonstances  qui  leur  sont  particulières.  »  —  J.-B.  Say,/ii?.  y,  c/mp.  21,
§  6.  éA’ofe  de  l’Auteur.)
        <pb n="379" />
        CHAP.  XXVll.  —  DE  LA  MONNAIE  ET  DES  BANQUES.  327
•  monnaie  pour  èti'e  frappés,  était  toujours  dans  la  nécessité  d  émet--
  tre  des  guiñees  neuves  eu  paiement  des  billets  qui  lui  revenaient,
•»  et  quand  les  espèces  manquaient  en  général  de  poids,  et  que  le
»  prix  des  lingots  était  haut  à  proportion,  on  trouvait  un  intérêt  à
»  tirer  les  gui  nées  de  poids  de  la  banque  en  lui  donnant  son  papier
"  en  échange,  et  ensuite  à  fondre  ces  guinées,  et  à  en  vendre  l’or  en
»  lingots,  avec  profits,  pour  du  papier  de  la  banque,  avec  lequel  on
"  se  procurait  de  nouvelles  guinées,  qu’on  fondait  et  qu’on  vendait
•*  de  même.  La  banque  doit  toujours  être  exposée  à  se  voir  ainsi
«  épuisée  de  son  or  toutes  les  fois  que  les  espèces  monnayées  man-*&amp;gt;
  queront  de  poids,  puisque,  dans  ce  cas,  il  y  a  toujours  un  profit
&amp;gt;»  aisé  et  certain  à  changer  constamment  le  papier  de  banque  contre
»  de  l’or.  Il  est  cependant  bon  d’observer  que,  quelle  qu’ait  été,  à
**  cette  époque,  la  gêne  et  la  dépense  supportées  par  la  banque  par
»  suite  de  l’écoulement  de  ses  espèces,  on  ne  crut  pas  nécessaire  de
»  la  dispenser  de  l’obligation  de  donner  des  espèces  en  paiement  de
-  ses  billets.  »
11  est  clair  que  M.  Buchanan  penseque  toute  la  monnaie  en  circulation ­
  doit  descendre  au  niveau  de  la  valeur  des  pièces  dégradées  ;
mais  certes,  en  diminuant  la  quantité  de  la  monnaie  en  circulation,
tout  le  surplus  peut  être  élevé  à  la  valeur  des  meilleures  pièces.
Le  docteur  Smith  paraît  avoir  oublié  le  principe  qu’il  a  posé  luimême,
  dans  le  raisonnement  qu’il  fait  au  sujet  de  la  monnaie  des
colonies.  Au  lieu  d’attribuer  sa  dépréciation  à  sa  trop  grande  abondance, ­
  il  demande  si,  en  admettant  que  les  valeurs  coloniales  soient
parfaitement  solides,  100  1.  st.,  payables  dans  quinze  ans,  pourraient ­
  valoir  autant  que  100  1.  st.  payables  à  vue.  Je  réponds  que
oui,  si  le  papier  n’est  pas  trop  abondant.
L’expérience  prouve  cependant  que  toutes  les  fois  qu’un  gouvernement ­
  ou  une  banque  a  eu  la  faculté  illimitée  d  émettre  du
papier-monnaie,  ils  en  ont  toujours  abusé.  Il  s’ensuit  que,  dans
tous  les  pays,  il  est  nécessaire  de  restreindre  l’émission  du  papiermonnaie,
  et  de  l’assujettir  à  une  surveillance;  et  aucun  moyen  ne
paraît  mieux  calculé  pour  prévenir  l’abus  de  cette  émission,  qu’une
disposition  qui  impose  à  toutes  les  banques  qui  émettent  du  papier,
&amp;lt;ie  payer  leurs  billets,  soit  en  monnaie  d’or,  soit  en  lingots.
«  Garantir  le  public*  contre  toutes  les  variations  qui  ne  seraient

*  Toutes  les  ligues  renfermées  dans  des  guillemets  sont  extraites  d’un  pamphlet
        <pb n="380" />
        3i8  l'lliNCII'liS  ])E  l,'ÉWK(IMIK  l'OI.IÏIUUE.

X

pajELdéj^imiiées  par  celles  de  l^étalon  lui-mèiiié.  eiïeetuer  les  mouvements ­
  moiiétãírcs  au  mo^cn  de  l’agent  le  moins  coûteux,  serait  atteindre ­
  le  degré  de  perfection  le  plus  élevé  auquel  on  puisse  amener
la  circulation  d’un  pays.  Or,  on  obtiendrait  tous  ces  avantages  si
l’on  obligeait  la  banque  à  délivrer,  au  lieu  de  guinées,  et  en  échange
de  ses  billets,  des  lingots  d’or  et  d’argent,  évalués  au  titre  et  au  prix
de  la  monnaie  :  de  cette  manière,  toutes  les  fois  que  le  papier  descendrait ­
  au-dessous  de  la  valeur  des  lingots,  on  en  réduirait  immédiatement ­
  la  quantité  Pour  empêcher  que  le  papier  ne  s’élevât  audessus
  des  lingots  la  banque  serait  en  même  temps  astreinte  à  échanger ­
  son  papier  contre  l’or,  au  titre  et  au  [irix  de  3  1.  17  s.  l’once.  Afin
de  ne  pas  surcharger  les  opérations  de  la  banque,  les  quantités
d’or  demandées  en  échange  de  pajùer,  au  taux  de  3  liv.  17  s.  10^  et
celles  offertes  à  raison  de  31.  17s.  devraient  être  de  vingt  onces  au
moins.  En  d’autres  termes,  la  banque  serait  obligée,  à  partir  de
vingt  livres,  d’acheter  toutes  les  quantités  d’or  qui  lui  seraient  offertes
au  prix  de  3  1.  17s.’  l’once  et  de  vendre  celles  qui  lui  seraient  demandées ­
  au  prix  de  3  liv.  17  s.  10  7  ;  et  le  soin  qu’auraient  lès  administrateurs ­
  ,  de  régler  la  masse  de  leur  papier  la  garantirait
contre  tous  les  inconvénients  qui  pourraient  résulter  de  ces  dispositions. ­

La  loi  devrait  laisser  en  meme  temps  importer  et  exporter  sans
entraves  tous  les  lingots.  Ces  opérations  sur  les  lingots  seraient
d’ailleurs,  très-rares  si  la  banque  s’attachait  à  rapporter  ses  avances
et  ses  émissions  au  critérium  que  j’ai  déjà  si  souvent  indiqué  ;  criteliuin
  qui  consiste  dans  le  ])rix  des  lingots  au  titre,  indépendamment
de  la  quantité  générale  de  papier  en  circulation.
On  aurait  déjà  réalisé  une  grande  partie  de  mon  projet,  si  l’on
obligeait  la  banque  à  changer  contre  ses  propres  billets  des  lingots
évalués  au  titre  et  au  prix  de  la  monnaie.  On  pourrait  même,  sans

intitulé  :  Projet  d’uiie  Circulation  monétaire  économique  et  sûre.  Ce  pamplilet
a  été  publié  par  moi,  en  181C.  '  (  Note  de  l'Auteur.J
*  Le  prix  deô  1.17  s.,  que  nous  avons  indiqué  ici,  est,  nécessairement,  un  prix
arbitraire  :  il  y  aurait  peut-être  d’excellentes  raisons  pour  le  fixer  un  peu  plus
haut  ou  un  peu  plus  bas.  Lu  disant  3  1.17  s.,  j’ai  seulement  voulu  éclaircir  le  principe. ­
  Le  prix  devrait  être  conçu  de  manière  à  ce  que  le  possesseur  de  l’or
trouvât  de  l’avantage  à  le  vendre  à  la  Banque  plutôt  qu’à  le  faire  monnayer  par
l’administration.
La  même  observation  s’applique  à  la  quantité  désignée  de  vingt  onces.  Il  pourrait ­
  être  tout  aussi  convenable  de  la  porter  à  dix  ou  à  quinze.
        <pb n="381" />
        3á0

CHAI*.  XXVll.  -  DK  LA  MONNAIE  ET  DES  BANQUES.
dangers  pour  la  sûreté  de  ses  résultats,  l’allraneliir  de  la  iiéeessité
d’aeheter  toutes  les  quantités  de  lingots  qui  lui  seraient  ofl'ertes
aux  prix  déterminés,  surtout  si  les  ateliers  de  la  monnaie  restaient
ouverts  au  public.
l.n  effet,  cette  disposition  tend  seulement  à  empêcher  que  la  monnaie ­
  ne  s’écarte  de  la  valeur  des  lingots  d’une  différence  plus
grande  que  celle  qui  sépare  si  légèrement  à  la  banque  les  prix  d’achat ­
  de  ceux  de  vente;  différence  qui  serait  un  degré  approximatif
vers  cette  uniformité  tant  désirée.
Si  la  banque  bornait  capricieusement  le  montant  de  ses  billets,  ils
hausseraient  de  valeur,  et  l’or  semblerait  descendre  au-dessous  des
limites  auxquelles  j’ai  ¡)roposé  de  fixer  les  achats  de  la  banque.  —
Dans  ce  cas  on  le  porterait  à  la  monnaie,  et  les  coms  qu’il  aurait
servi  à  frapper,  s’ajoutant  à  la  circulation,  auraient  pour  effet  d’en
abaisser  immédiatement  la  valeur  et  de  la  ramener  au  taux  de  l’étalon. ­
  —  Mais  ces  moyens  n’offrent  ni  la  sécurité,  ni  l’économie,  ni  la
promptitude  de  ceux  que  j’ai  proposés,  et  auxquels  la  bambuc  ne
saurait  opposer  d’objection  sérieuse;  car  il  est  évidemment  dans  son
intérêt  d’alimenter  la  circulation  avec  son  papier  plutôt  que  d’obliger
les  autres  a  l’alimenter  avec  du  numéraire.
Sous  l’empire  d’un  tel  système,  avec  une  circulation  ainsi  dirigée,
la  banque  serait  affranchie  de  tous  les  embarras,  de  toutes  les  crises.
I..es  seules  éventualités  qui  pourraient  l’atteindre,  sont  ces  événements ­
  extraordinaires,  qui  jettent  la  j)anique  sur  tout  un  pays,  et
font  que  chacun  reeberebe  les  métaux  précieux,  comme  le  moyen
le  plus  commode  pour  réaliser  ou  cacher  sa  propriété.  —  Jl  n’est  pas
de  système  qui  puisse  garantir  les  banques  contre  de  telles  éventualités. ­
  Leur  nature  même  les  y  condamne,  car,  à  aucune  époque,  il
lie  peut  y  avoir  dans  une  banque  ou  dans  un  pays  assez  d’espèces  ou
de  lingots  pour  satisfaire  aux  justes  réclamations  des  capitalistes  (jui
^  y  pressent.  —  Si  chacun  voulait  réaliser  le  même  jour  la  balance
de  son  compte  chez  son  banquier,  il  arriverait  souvent  (pie  la  masse
de  billets  de  banque  actuellement  en  circulation  ne  suffirait  pas  pour
répondre  à  toutes  les  demandes.  C’est  une  panique  de  ce  genre  qui
a  déterminé  la  crise  de  17t)7,  et  non,  comme  on  l’a  supposé,  les  fortes
avances  que  la  ban(|ue  avait  faites  au  gouvernement.  IVi  la  banque,
111  le  gouvernement  n’étaient  alors  coupables.  —  Tfinvasion  soudaine ­
  des  bureaux  de  la  banque,  prit  naissance  dans  les  craintes
chiinériipies  qui  émurent  les  esprits  timides  :  elle  eût  aussi  bien  éclate
dans  le  cas  où  la  banque  ii’cùt  fait  aucune  avance  au  gouvernement
        <pb n="382" />
        330  PHINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
et  où  sa  réserve  eût  été  double  du  moulant  actuel.  —  Il  est  même
probable  (¡ue,  si  elle  avait  coiilimié  à  payer  à  bureaux  ouverts  et  en
espèces,  elle  aurait  tué  la  panique  avant  d’arriver  à  l’épuisement  de
sa  réserve  *.

•  Nous  ne  saurions  donner  de  ce  curieux  et  grave  épisode  financier  un  historique ­
  plus  net  et  plus  complet,  que  celui  dont  IM.  IM.  Cul  loch  a  enrichi  son
édition  d’Ad.  Smith,  et  dont  nous  puisons  la  traduction  dans  la  belle  édition
française  de  IM.  Blanqui.  On  sent  que  ce  morceau  a  été  écrit  sur  la  brèche,  au
spectacle  des  banques  américaines  qui  s’écroulaient  par  centaines,  des  banques
provinciales  qui  chancelaient  avant  de  tomber  ,  et  d  un  système  de  crédit  qui
menaçait  de  couvrir  de  ruines  le  sol  de  l’Angleterre,  déjà  tra\aillé  par  la  crise  industrielle, ­
  la  disette  et  les  soulèvements  politiques.  Ou  pourra  reconnaître,  dans
les  lignes  qui  vont  suivre,  combien  les  événements  portent  secours  aux  saines
théories,  on  y  pourra  voir  les  mêmes  principes,  les  memes  vérités,  écrites  a\ec  des
catastrophes  et  des  faillites  par  la  main  du  temps,  et  avec  des  mots  et  des  phrases
par  tes  penseurs  :  car  la  logique  de  l’esprit  humain  n’est  si  grande  que  parce
qu’elle  pressent  et  devance  la  logique  des  faits  ;  —
«  La  crise  la  plus  importante  dans  l’histoire  de  la  circulation  du  papier  de  la
Orande-Bretagne  eut  lieu  en  1797.  En  partie  par  suite  des  événements  résultant
de  la  guerre  où  nous  étions  alors  engagés,  des  prêts  à  l’empereur  d’Allemagne,
des  traites  faites  sur  le  trésor  par  les  agents  anglais  au  dehors,  et,  en  partie,  et
principalement  peut-être,  par  suite  des  larges  avances  accordées  au  gouvernement ­
  par  la  banque  d’Angleterri^l^jdiange  devint  onéreux  en  1795,  et,  cette
année,  ainsi  que  les  années  suivantes,  il  fut  demandé  à  la  banque  des  quantités
énormes  en  espèces.  11  n’est  pas  douteux  cependant  que  la  dernière  crise  ne  fût
entièrement  due  à  des  causes  politiques.  Des  bruits  d’invasion,  et  même  de  descentes ­
  qui  auraient  eu  lieu  survies  cotes,  acquirent  une  certaine  gravité  pendant
la  fin  de  l’année  l79Get  le  commencement  de  1797.  Cette  alarme  provoqua  chez
beaucoup  de  particuliers,  mais  surtout  chez  les  petits  fermiers  et  les  marchands
en  détail,  un  vif  désir  de  convertir  la  plus  grande  partie  possible  de  leur  fortune
en  especes.  Une  foule  redoutable  se  précipita  sur  la  plupart  des  banques  de  province; ­
  et  la  baiujueroute  de  (juelques-uns  de  ces  établissements  à  Newcastle,  ainsi
qu’en  d’autres  parties  du  royaume,  imprima  une  force  nouvelle  à  la  première  panique. ­
  La  banque  d’Angleterre  fut  assaillie  de  tous  les  points  du  territoire  par  des
demandes  d’argent,  et  le  fonds  d’espèces  et  de  lingots  renfermés  dans  ses  coffres,
qui  s’était  élevé  en  mars  1795  à  7,940,000  livres,  se  trouvait  réduit,  le  samedi  25
février  1797,  à  1,272,000  livres,  avec  la  perspective  d’une  violente  irruption  pour
le  lundi  suivant.  Dans  cette  douloureuse  circonstance,  le  conseil  privé  se  réunit  et
décida  que  les  paiements  en  espèces  seraient  suspendus  à  la  banque  juscju’à  ce
que  le  Parlement  eût  pu  statuer.  A  cx;t  effet,  un  ordre  du  conseil  fut  promulgué  le
dimanche  26  février  1797.
»  Aussitôt  que  commença  la  suspension,  les  principaux  négociants,  banquiers
et  armateurs  de  Londres  signèrent  la  résolution  expresse  d'accepter  les  billets  de
la  banque  d’Angleterre,  et  se  portèrent  caution  des  efforts  qu’ils  tenteraient  pour
\  les  faire  accepter  des  autres,  dette  ré'solution  prise  conformément  à  l’état  officiel
        <pb n="383" />
        CHAP.  XXVII.  -  DE  LA  MüMMAlE  ET  DES  BANQUES.
Si  l’on  rélléchit  à  l’opinion  des  directeurs  de  la  banque  sur  les  règles ­
  qui  gouvernent  les  émissions  de  papier,  on  verra  qu’ils  n’ont
usé  de  leur  privilège  qu’avec  discrétion.

(les  affaires  de  la  banque  qui  fut  rendu  public,  et  jointe  à  l’emploi  de  ses  billets
dans  les  paiements  publics,  prévint  toute  interruption  dans  leur  circulation;  et,
grâce  à  la  modération  qui  présida  aux  émissions,  ils  continuèrent  pendant  trois
ans  à  être  parfaitement  équivalents  à  l’or.
»  La  première  baisse  dans  la  valeur  des  billets  de  banque  comparés  à  l’or  conimen(;;a
  vers  la  lin  de  1800.  Les  faibles  récoltes  de  cette  année  amenèrent  une  exportation ­
  considérable  de  métaux  précieux  ;  mais  au  lieu  de  diminuer  leurs  émissions, ­
  comme  le  leur  ordonnaieiit  les  vrais  principes,  et  comme  ils  eussent  été
obligés  de  le  faire  dans  le  cas  où  ou  leur  eût  imposé  l’obligation  de  payer  en  argent, ­
  les  directeurs  ajoutèrent  encore  à  la  quantité  de  leurs  billets  existants,  et
la  conséquence  immédiate  fut  que  ceux-ci  subirent  une  dépréciation  de  8  pour
100  comparés  avec  l’or.  Mais  bientôt  après  ils  reprirent  leur  valeur;  et  de  1803
â  1808  inclusivement,  ils  n’offraient  plus  qu’un  escompte  de  2  livres  13  sch.  3  deniers ­
  pour  100.  Lu  1809  et  1810  cependant,  les  directeurs  parurent  avoir  méprisé
tous  les  principes  qui  avaient  jusque  là  gouverné  leurs  émissions.  La  quantité
moyenne  de  bank-notes  en  circulation,  qui  n’avait  jamais  dépassé  17  millions  l  /2,
ni  été  au-dessous  de  IG  millions  1/2  dans  aucune  des  années  de  L802  à  1808  inclusivement, ­
  s’éleva  eu  1809  à  18,927,833  livres,  et  en  1810  à  22,541,523  livres.  Les
émissions  des  banques  de  province  s’accrurent  dans  un  rapport  entire  plus  grand,
et  comme  il  ne  se  manifesta  pas  un  dévelopjvement  relatif  dans  les  affaires  du
pays,  l  escompte  sur  les  bank-notes  s’éleva,  de  2  liv.  13  sch.  2  deniers  vers  le
commencement  de  1809,  à  13  livres  9  schelliiigs  G  deniers  en  1810.  Cette  chute
extraordinaire  dans  la  valeur  du  papier  comparée  à  celle  de  l’or,  jointe  comme
e  e  IG  fut  à  une  baisse  égale  dans  le  change,  excita  au  plus  haut  point  l’attention,
et  eu  évrier  1810,  un  comité  de  la  Chambre  des  communes  fut  désigné  pour  rechercher ­
  les  causes  du  haut  prix  des  lingots  d’or,  et  de  l’état  du  change.  Le  coimté
  consulta  plusieurs  négociants  et  banquiers,  et  son  rapport,  principalement
ré  igé  par  M.  I-rancis  Horner,  renferme  une  habile  réfutation  des  chiffres  et  des
doctrines  posés  par  ceux  qui  soutenaient  (|ue  la  baisse  du  change  et  le  haut  prix
des  lingots  devaient  être  entièrement  attribués  à  nos  dépenses  au  dehors  et  à
état  spécial  de  nos  relations  avec  les  autres  puissances,  et  ne  tenaient  nullement
aux  quautitéîs  additionnelles  de  papier  (¡ui  étaient  venues  grossir  la  circulation.
'  «a  Chambre  des  communes  refusa  de  sanctionner  le  projet  par  lequel  le
comité  invitait  la  banque  à  reprendre  ses  paiements  en  espèces  au  bout  de  deux
ans.  Aussi,  en  mai  1811,  é{)oque  a  laquelle  les  guinées  emportaient  couramment
utie  prime,  et  où  les  bank-notes  éprouvaient  un  escompte  avoué,de  plus  de  10
|)our  100  comparés  aux  lingots  d’or,  la  Chambre  des  communes  adopta,  à  une
grande  majorité,  la  résolution  proposée  par  M.  Vansittart  (actuellement  lord
C’v  ey),  déclarant  que  les  engagements  de  la  banque  d’Angleterre  av  aient  été  jusqu ­
  a  ors,  et  étaient  encore  en  ce  moment  considérés  dans  .l’opinion  publique
(omnie  équivalents  à  la  monnaie  légale  du  royaume.
“  ette  résolution,  tellement  extraordinaire  qu’elle  était  contraire  au  simple
        <pb n="384" />
        33-2  VULNCIPliS  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Il  est  môme  évident,  qu’animés  par  des  principes  arbitraires,  ils
n’y  ont  obéi  qu’avec  une  extrême  prudence.  —  Les  termes  actuels

bou  sens,  dégagea  les  directeurs  de  la  banque  de  toute  crainte  relativement  à
l’intervention  du  Parlement,  et  les  encouragea  à  accroître  le  nombre  de  leurs  billets ­
  en  circulation.  Les  émissions  des  banques  provinciales  s’augmentèrent  encore
plus  rapidement  que  celles  de  la  banque  d'Angleterre.  La  facilité  d’être  admis
là  l’escompte  fut  telle,  que  des  individus  qui  pouvaient  à  peine  payer  le  timbre
de  leurs  billets  réussirent  très-fréquemment  à  obtenir  de  vastes  capitaux  ;  et
comme  ils  ne  risquaient  rien  personnellement,  ils  se  livrèrent  audacieusement
aux  spéculations  les  plus  hasardées.  M.  Wakefield,  dont  la  position  lui  offrit
tant  d’occasions  de  recueillir  des'  renseignements  exacts,  informa  le  comité
d’agriculture,  en  1821,  que  «jusqu’à  l’année  1813,  il  existait  des  banques  sur
I l  presque  tous  les  points  du  territoire,  qui  forçaient  l’entrée  de  leur  papier  dans  la
1  circulation  au  prix  d’énormes  dépenses  pour  elles-mêmes,  et,  en  beaucoup  de
cas,  aux  prix  de  leur  ruine.  »  Et  parmi  les  diverses  réponses  qui  furent  adressées
aux  enquêtes  du  conseil  d’agriculture  en  1816  par  les  citoyens  les  plus  intelligents ­
  des  différents  districts  du  pays,  il  en  est  à  peine  une  dans  laquelle  l’émission
  exagérée  des  billets  de  banque  ne  soit  pas  partienlièrement  désignée
comme  l’une  des  causes  prédomnianteslß  la  hausse,  sans  antécédent  encore,  qui
avait  atteint  les  rentes  et  les  prix.
»  Le  prix  du  blé  s’était  élevé  à  un  chiffre  extraordinaire  pendant  les  cinq  années ­
  qui  finirent  en  1813.  Mais  partie  en  raison  de  la  brillante  récolte  de  cette
année,  partie,  et  principalement  peut-être  par  suite  de  l’ouverture  des  ports
hollandais  et  du  renouvellement  des  relations  avec  le  continent,  les  prix  fléchirent ­
  considérablement  vers  la  fin  de  l’année  1813  et  le  commencement  de  1814.
Et  cette  baisse  ayant  produit  un  manque  de  confiance,  et  répandu  l’alarme  parmi
les  banques  de  province  et  leurs  clients,  détermina  une  destruction  de  papier  de
province  qui  n’a  pu  être  égalée  que  par  celle  de  182,'».  Eu  1814,1815  et  1816,  on
ne  vit  pas  moins  de  240  banques  suspendre  leurs  paiements  ;  89  accusations  de
banqueroute  fureiîtlancées  contre  c^'etablissemenls,  et  cela  dans  le  rappor  t
d’une  accusation  contre  10  1/2  banques  de  province  existant  en  1813.  Les  faillites ­
  qui  s’ouvrirent  alors  fureiit  Ifis  plus  désastreuses,  car  elles  atteignaient  prin-^
  ^  cipaten^t  les  Has,sps  ouvrières,  et  dévoraient  ainsi  en  un  moment  les  fruits
vAd’une  longue  vi^détravail  et  d’économie.  Des  milliers  d’individus,  qui  avaient
"en  1812  rêvé  l’aisance,  se  trouvèrent  dépourvus  de  toute  véritable  propriété,  et
plongés,  comme  par  enchantement,  sans  qu’il  y  eût  faute  de  leur  part,  dans  l’abîme ­
  de  la  pauvreté.
»  La  destruction  du  papier  des  banques  de  province  en  1814,  1815  et  1816,  en
réduisant  la  masse  totale  mise  en  circulation,  éleva  sa  valeur,  en  1816,  à  une
presque  égalité  avec  l’or.  Et  cette  hausse  ayant  matériellement  facilité  un  retour ­
  aux  paiements  en  espèces,  on  commença  à  être  généralement  convaincu  de
l’opportunité  qu’il  y  aurait  à  rapporter  le  décret  sur  les  paiements  en  argent  de
la  banque  d’Angleterre.  Ceci  fut  effectué  en  1819  par  l’acte  59  de  Georges  IIi,
chap.  78,  communément  appelé  bill  de  Peel,  parce  qu’il  avait  été  proposé  et  obtenu ­
  à  la  Chambre  des  communes  par  sir  Robert  Peel.
        <pb n="385" />
        CHAP.  XXVH  —  DE  LA  MONNAIE  ET  DES  BANQUES.  3^‘i
de  notre  législation  leur  conservent  le  pouvoir  d’accroitrc  ou  de  réduire, ­
  sans  contrôle  et  dans  les  ¡)ro  port  ions  (pi’ils  jugeront  conve-»

  On  sera  justement  étonné  que,  malg  ér  a  leçons  sévères  des  banqueroutes ­
  de  1793,  1814,  1815  et  1816,  occasionnées  d’une  manière  si  funeste  par  le
système  des  banques  de  province,  il  ne  fut  fait  aucun  pas  en  1819,  même
après  la  reprise  des  paiements  en  espèces  pour  reconstituer  ce  sptème  et  le
fonder  sur  des  bases  plus  solides.  Les  nations  sont  des  écoliers  lents  et  rétifs,
et  il  semble  qu’une  expérience  complémentaire  était  nécessaire  pour  convaincre ­
  le  parlement  et  le  peuple  d’Angleterre  qu’il  existait  quelque  chose  de  défectueux ­
  dans  un  système  qui,  dans  deux  circonstances  antérieures,  avait  inondé  le
pays  de  banqueroutes,  et  qui  décernait  à  tout  individu,  même  pauvre  ou  sans
principes,  mais  qui  se  sent  porté  à  être  banquier,  le  droit  d’émettre  des  billets  \
(|ui  serviront  comme  monnaie  dans  les  transactions  habituelles  de  la  société,  j
La  crise  qui  survint  en  1825  et  1826  fut  le  résultat  naturel  de  cet  état  de  choses, ­
  et  eût  pu  être  prévue  par  tout  individu  instruit  des  principes  sur  lesquels
doivent  se  baser  les  opérations  des  banques,  ou  de  l’histoire  précédente  de  ces
banques  dans  le  pays.
»  Ces  événements  persuadèrent  enfin  le  Parlement  et  le  public  de  ce  dont  ils
eussent  dd  être  convaincus  longtemps  avant,  c’est-à-dire  que  le  système  des
banques  privées  en  Angleterre  et  dans  les  Galles  était  au  plus  haut  degré  faible
et  vicieux,  et  qu’il  était  impérieusement  nécessaire  de  le  réformer  et  le  fortifier.
Dans  ce  dessein,  l’acte  de  1708,  limitant  le  nombre  des  associés  d'une  banque  à
six,  fut  rapporté  avec  le  consentement  de  la  bainjue  d’Angleterre.  Permission  fut
accordée  d’établir  des  joint-slock  banks,  banques  à  fonds  réunis  ou  par  actions, ­
  composées  d’un  nombre  illimité  d’actionnaires  ,  pour  l’émission  de  billets ­
  payables  sur  tous  les  points  du  territoire,  mais  au  delà  d’un*rayon  de
soixante-cinq  milles  seulement,  autour  de  T.ondres.  On  autorisa  en  même
temps  l’institution,  à  Londres,  de  joint-stock  banks  pour  les  dépôts  ou  banques
destinées  à  prendre  soin  de  l’argent  de  leurs  commettants.  Après  les  restrictions
imposées  aux  paiements  en  espèces,  en  1797^  la  Rauque  d’Angleterre  commença  1
à  émettre,  pour  la  première  fois,  des  billets  d’une  livre,  opération  dans  laquelle  1
elle  fut  imitée  par  la  plupart  des  banques  de  province.  La  première  retira  ses  '
billets  d’une  livre  peu  après  la  reprise  des  paiements  en  espèces,  en  1821  ;  mais
les  billets  similaires  des  banques  de  province  continuèrent  à  circuler,  et  formèrent ­
  un  des  principaux  canaux  par  lesquels  elles  faisaient  pénétrer  leur  papier
dans  la  circulation.  En  1826,  cependant,  l’émission  des  billets  d’une  livre  fut
définitivement  prohibée  après  une  certaine  époque  spécifiée  en  Angleterre  et  dans
les  Galles;  et,  depuis  1829,  il  ne  fut  plus  permis  de  créer  des  billets  de  moins
de  cinq  livres.
»  La  dernière  de  ces  mesures  réparatrices,  c’est-à  dire  la  suppression  de  billets ­
  d’une  livre,  a  indubitablement  fermé  une  des  voies  les  plus  aisées  et  les  plus
sdres  dont  se  servaient  les  classes  inférieures  des  banques  de  province  pour  écouler ­
  leur  papier,  et  elle  a  été  sous  ce  rapport  tres-avantageuse.  Mais  un  grand
nombre  d’autres  routes  leur  demeurent  ouvertes  ;  et  l’exemple  de  1792-93,  alors
qu  il  n  existait  point  de  billets  au-dessous  de  cinq  livres  en  circulation,  démontre
        <pb n="386" />
        3:u  PRINCIPES  DK  L'ECONOMiK  POLITIQUE.'
nal)les,  l’eiiscm])le  de  la  circulatipn.  llii  lei  pouvoir  ne  devrait  appartenir ­
  à  aucune  association,  pas  nn'ine  à  l’État;  car  il  ne  peut  y
avoir  aucune  garantie  d’uniformité  dans  un  système  où  la  volonté
seule  des  créateurs  de  la  monnaie  peut  en  décréter  l’augmentation
ou  la  diminution.  La  banque  peut  réduire  aujourd’hui  la  circulation
aux  limites  les  plus  extrêmes;  c’est  un  fait  que  ne  nieront  même
pas  ceux  qui  pensent  avec  les  directeurs,  qu’ils  n’ont  pas  le  pouvoir
de  multiplier  à  l’infini  les  signes  monétaires,  .le  suis  pleinement  conviptorieiisement

  que  la  suppression  des  billets  d’une  livre  n’offre  aucune  sécurité ­
  contre  les  swr-cmissions,  les  paniques,  contre  rien  enfin,  sinon  contre  une
banqueroute  universelle.
»  Ce  fut  cependant  de  la  seconde  mesure,  celle  autorisant  l’établissement  des
joint-stock  banks,  qu’on  attendait  les  plus  grands  avantages.  Peut-être  serait-ce
une  exagération  que  d’affirmer  que  ces  espérances  ont  été  complètement  dé(*ues  ;
mais,  si  quelques  attentes  ont  été  réalisées,  elles  sont  bien  peu  importantes.  Il
aurait  été,  eu  effet,  facile  de  prédire,  à  l’origine  de  cette  institution,  comme  cela
eut  lieu,  du  reste,  que  le  seul  établissement  des  joint-stock  banks  ne  fournirait
aucun  remède  contre  les  maux  primitivement  inhérents  à  notre  système  financier. ­
  Une  banque  avec  sept,  soixante-dix  ou  sept  cents  associés  peut  n’être  pas
appelée  à  plus  de  crédit  qu’une  autre  banque  avec  cinq  ou  six,  et  peut-être  même
à  moins.  La  fortune  des  associés  d’une  banque  privée  peut  excéder  celle  des  associés ­
  d’une  vaste  banque  par  actions;  et  il  est  probable  que  les  opérations  de  la
plus  petite  banque  étant  conduites  par  les  intéressés  eux  mêmes,  le  seront  plus
prudemment  et  plus  économiquement  que  celles  d’une  grande  banque,  qui  doivent ­
  nécessairement  être  confiées  à  des  agents  sur  lesquels  ne  plane  qu’un  contrôle ­
  inefficace.  On  ne  peut  concevoir  de  plus  grande  erreur  que  celle  qui  décide
que  parce  qu’une  banque  a  un  plus  grand  nombre  d’associiis,  elle  est  plus  digne
de  la  confiance  publique.  Celle  ci  devant  dépendre  de  leur  richesse  et  de  leur  intelligence, ­
  mais  non  de  leur  nombre  :  ce  serait  substituer  la  masse  au  mérité.  La
richesse  seule  ne  peut  suffire  à  mettre  en  rapport  les  émissions  de  papier  avec  les
besoins.  Leiijohit-stock  banks  demeurent  aussi  loin,  et,  si  cela  est  possible,  plus
loin  même  de  ce  critérium  que  les  banques  privées.  C’est,  en  effet,  la  plus  grossière ­
  des  erreurs  et  des  illusions,  que  de  supposer  qu’il  est  possible  de  faire  dispa-I
  raître  les  fluctuations  dans  la  masse  et  la  valeur  de  la  monnaie,  par  cela  seul
;  qu’elle  sera  fournie  par  différents  agents.  Tant  qu’un  individu  ou  une  réunion
d’individus,  quelque  tarés  qu’ils  puissent  être,  jouiront  du  privilège  royal  d’émettre ­
  du  papier  sans  autorisation  ni  oWaeles,  on  verra  cc  papier  s’accroître  démesurément ­
  aux  époques  de  confiance,  et  disparaître  aussitôt  que  les  prix  et  la  confiance ­
  s’ébranleront.  Si  l’on  désire  que  le  pays  soit  à  jamais  dévoré  par  une  fièvre
intermittente,  et  livré  tantôt  aux  accès  de  sur-excitation,  tantôt  à  un  état  d’atonie
qui  en  est  la  suite  inévitable,  il  n’est  pas  de  meilleur  moyen’à  employer  que  notre
système  financier  actuel.  INlais  nous  pensons  que  le  lecteur  se  joindra  a  nous,
dans  la  pensée  qu’une  fièvre  de  cette  nature  est  aussi  fatale  au  corps  politique
qu'au  corps  physique;  et  que  si  l’on  n’opère  une  cure  radicale,  elle  paralysera  et
détruira  le  Mac  (.uli.uch.
        <pb n="387" />
        335

CHAI».  XXVll.  —  ÜE  EA  MONNAIE  ET  DES  BANQUES.
vaincu  qu’il  répugne  aux  intérêts  et  à  la  volonté  de  la  banque^
d’excrecr  ee  privilège  au  détriment  du  ])ublie,  mais  à  l’aspect  des
maux  qui  peuvent  résulter  d’une  réduction  ou  d’une  augmentation
^soudaine  des  agents  monétaires,  je  ne  puis  que  déplorer  la  facilité
avec  laquelle  l’État  a  armé  la  banque  d’une  prérogative  aussi  formidable. ­

Les  dilTicultés  auxquelles  étaient  restées  soumises  les  banques  ])rovinciales
  avant  la  suspension  des  paiements  en  numéraire  ont  dû
prendre,  à  certaines  époques,  un  caractère  sérieux.  —•  Aux  moindres
symptômes  d’une  crise  réelle  ou  imaginaire,  elles  étaient  astreintes  à
se  pourvoir  de  guinées  et  à  s’armer  contre  les  exigences  des  porteurs.
—  Elles  faisaient  alors  un  appel  à  la  banque.  Elles  y  échangeaient
leurs  propres  billets  contre  des  guinées,  qu’un  agent  de  confiance
transportait  ensuite  à  leurs  frais  et  risques.  Après  avoir  accompli  les
fonctions  auxquelles  elles  étaient  destinées,  les  guinées  revenaient  à
Londres,  et  il  est  fort  probable  qu  elles  retournaient  dans  les  caisses
de  la  baiujue  toutes  les  fois  que  ces  déplacements  successifs  n’avaient
pas  eu  assez  d’action  pour  en  diminuer  le  ])oids  et  les  réduire  audessous
  du  type  légal.
Si  l’on  adoptait  le  plan  que  j’ai  proposé  de  payer  les  billets  de
banque  en  lingots,  il  faudrait  étendre  ce  privilège  aux  banques  provinciales ­
  ou  donner  aux  bank-notes  le  caractère  de  monnaie  Itigale.
—  Dans  ce  dernier  cas,  ôn  se  trouverait  n’avoir  introduit  aucun
changement  dans  la  législation  qui  régit  ces  établissements  ;  car  ils
seraient  alors  sollicités,  comme  aujourd’hui,  à  rembourser  leur  papier ­
  en  billets  de  la  banque  d’Angleterre.
«  Ce  système,  en  nous  permettant  de  ne  pas  exposer  les  guinées  au
frottement  et  à  la  diminution  de  poids  qui  résultent  de  déplacements
multipliés,  en  nous  affranchissant  aussi  de  tous  les  frais  de  transports, ­
  nous  procurerait  déjà  une  économie  considérahle  ;  mais  l’avantage ­
  qui  résulterait,  pour  la  marche  des  petits  ])aicments,  serait  bien
plus  sensible  encore.  En  effet  la  circulation  de  Londres  et  des  provinces ­
  s’effectuerait  alors  au  moyen  d’un  agent  à  bon  marché,  ïe  pa-^
pier,  et  délaisserait  un  agent  onéreux.  Vor  ;  —  ce  qui  enrichirait  le
pays  de  tous  les  bénéfices  que  peut  produire  l’or  abandonné.  Il  serait ­
  donc  insensé  de  renoncer  à  de  tels  avantages,  à  moins  que  l’on
ne  découvrît  dans  l’emploi  d’un  agent  à  bas  prix  des  inconvénients
manifestes.  »  _
«  La  monnaie  est  dans  l’état  le  plus  parfait  quand  clic  se  compose
uniquement  de  papier,  mais  d’un  papier  dont  la  valeur  est  égale  à  la
        <pb n="388" />
        330

PHINCIPF.S  in:  L’FCONOMIE  POMTIUti:.
somnio  d'or  (|u'il  reprdsentc.  l/nsage  du  papier  eu  place  de  l'or  remplace ­
  im  agent  tiès-dispeudieux  au  moyen  d'un  autre  (pii  l’eRt  fort
peu,  ce  qui  met  le  pays,  sans  qu’il  en  riisultc  aucune  porte  pour  les
particuliers,  en  état  d'échanger  tout  l’or  qu’il  employait  auparavant
pour  la  circulation,  contre  des  matières  premières,  des  ustensiles  cl
des  subsistances,  dont  l’usage  augmente  à  la  fois  la  richesse  et  les
jouissances  de  la  nation.
»  Sous  le  point  de  vue  de  l’intérêt  national,  il  est  tout  à  fait  indiiTérent
  que  ce  soit  le  gouvernement  ou  une  banque  qui  fasse  l’émission
d'un  papier-monnaie,  si  cette  émission  est  dirigée  d’après  les  sages
principes  que  nous  venons  d'exposer.  Que  ce  soit  l'un  ou  l'autre
qui  l’émette,  il  en  résultera  à  peu  près  le  même  accroissement  de  richesse ­
  nationale;  mais  reifet  ne  sera  pas  le  même  quant  à  l’intérêt
des  particuliers.  Dans  un  pays  où  le  taux  courant  de  l’intérêt  est  de
7  pour  cent,  et  où  le  gouvernement  a  besoin,  pour  des  dépenses  particulières, ­
  de  70,000  liv.  st.  par  an,  il  importe  beaucoup  aux  individus ­
  de  ce  pays,  de  savoir  S’ils  paieront  ces  70,000  liv.  par  un  impôt
annuel,  ou  s’ils  pourront  les  obtenir  sans  payer  pour  cela  d’impôt.
Supposons  qu’il  faille  un  million  en  argent  pour  préparer  une  expédition. ­
  Si  le  gouvernement  émettait  un  million  de  papier-monnaie
l’expédition  se  ferait  sans  qu'il  en  coûtât  rien  à  la  nation  ;  mais  si
en  déplaçant  ainsi  un  million  d’argent  monnayé,  une  banque  faisait ­
  l’émission  d'un  million  de  papier,  et  qu’elle  le  prêtât  au  gouvernement ­
  à  7  pour  cent,  en  déplaçant  de  même  un  million  de
numéraire,  le  pays  se  trouverait  grevé  d'un  impôt  perpétuel  de
70,000  liv.  par  an.  La  nation  paierait  l’impiù,  la  ban(|ue  le  recelait, ­
  et  la  nation  resterait,  dans  les  deux  cas,  aussi  riche  qu'auparavant.
  L’expédition  aura  été  réellement  faite  au  moyen  du
système,  par  lc([uel  on  rend  productif  un  capital  de  la  valeur  d’un
million  ,  en  le  convertissant  en  denrées,  au  lieu  de  le  laisser  im-|)rodnctif
  sous  la  forme  de  numéraire;  mais  l’avantage  serait  toujours ­
  pour  ceux  qui  émettraient  le  papier;  cl  comme  le  gonornement ­
  rc|)réscntc  la  nation,  la  nation  aurait  épargné  l'impôt,  si
elle,  et  non  la  banque,  avait  fait  l’émission  de  ce  million  de  papiermonnaie.

«J’ai  déjà  observé  que,  s’il  pouvait  y  avoir  une^d  mre  j^arant  ie
(pi  on  n’abuserait  ])oint  de  la  faculté  d  émettre  (lu  pa|)ier-monnaie,
il  serait  tout  à  fait  indifférent  pour  la  riebesse  nationale,  prise  collectivement, ­
  par  qui  ce  papier  fût  émis;  et  je  viens  de  faire  voir  (pic
le  public  aurait  un  intérêt  direct  à  ce  (pie  ce  fût  l'Ktat,  et  non  une
        <pb n="389" />
        CHAP.  XXVII.  —  DE  LA  MONNAIE  ET  DES  BANQUES.  337
compagnie  de  marchands  ou  de  banquiers,  qui  fît  cette  émission.  Il
sei  ait  cependant  plus  à  craindre  que  le  gouvernement  ii’abusàt  de
(e  e  acu  té  qu  une  compagnie  de  banquiers.  Une  compagnie  est,
A  .T  des  lois;  et  quoiqu’il  put  être  de  son  intérêt
oil  9u  delà  des  homes  prescrites  par  la  prudence,
e  serait  forcée  de  s’y  renfermer,  et  de  restreindre  l’émission  de  son
I  pier,  par  la  faculté  qu’auraient  les  particuliers  d’exiger  des  lingots
U  des  espi-ces  en  échange  des  hillets  de  banque.  On  prétend  que,  si
e  gouvernement  avait  le  privilège  d  émettre  du  papier,  il  ne  respecterait ­
  pas  longtemps  cette  disposition  qui  le  gênerait;  on  croit  qu’il
serait  trop  porté  à  sacrifier  la  tranquillité  de  l’avenir  à  l’intérêt  du
moment,  et  qu’il  pourrait  par  conséquent,  en  alléguant  des  motifs
d  urgence,  se  débarrasser  de  toute  entrave  qui  bornerait  le  montant
de  ses  émissions  de  papier.

•  Cette  objection  est  d’un  grand  poids  quant  à  un  gouvernement
ne  som  r  “’“"''’■'‘f  administré  par  des  commissaires  qui
des  soi  ■■  Pa'-lamant,  et  le  placement
les  sommes  qui  leur  sont  conliées  se  fait  avec  la  plus  grande  régulalé,
  quelle  raison  peut-il  donc  y  avoir  de  douter  que  l’émission  du
i  O.”  'T  ^avec  la  même  exactitude,  si  on  la  confiait
d  une  administration  du  même  genre  ’?  »

moyens  d’influp  ^  ^  guerres  décorées  de  beaux  motifs,  en  grAces  et  en
dépens  du  nubliT  n^maintenir  la  prépondérance  de  l’intérêt  privilégié  aux
ífíVt  ,x  yiyad  économie  profitable  pour  les  nations  que  lorsqu’une
île  Jiicardo.)  2^
        <pb n="390" />
        :m  PRINCIPES  RE  L’ÉCONOMIE  POI.ITIQUE.
On  pourrait  ol)jc(‘tcr  que,  quoique  Tavauta^e  que  tirerait  l’Etat,
et  par  couséqueiit  le  public,  de  ce  mode  d’émission  de  pa¡)ier-mouiiaie,
  soit  assez  évident,  puisqu’on  convertirait  par  là  une  partie
de  la  dette  nationale  portant  un  intérêt  ])ayé  par  le  public,  en
dette  sans  intérêt;  on  pourrait  objecter,  dis-je,  que  cependant  cela
serait  nuisible  au  commerce,  en  empêcbant  les  négociants  d’emprunter ­
  de  l’argent,  et  d’escompter  leurs  lettres  de  ebange  ce  (jui
forme,  en  partie,  la  manière  dont  sc  fait  l’émission  des  billets  de
banque.
Cela  suppose  qu’il  serait  im])ossiblc  de  trouver  de  l’argent  à  emprunter ­
  si  la  banque  n’en  prêtait  pas,  et  (pie  le  taux  courant  de  l’intérêt ­
  et  des  profits  tient  au  montant  de  l’émission  de  la  monnaie  et  à
la  voie  par  laquelle  se  fait  cette  émission  ;  mais  comme  le  pays  ne
manquerait  ni  de  drap,  ni  de  vin,  ni  d’aucune  autre  marchandise,
s’il  avait  les  moyens  de  l’acheter,  de  même  on  ne  manquerait  pas
d’y  trouver  de  capitaux  à  prêter,  pourvu  que  les  emprunteurs  eussent
de  bonnes  garanties,  et  fussent  disposés  à  payer  le  taux  courant  de
l’intérêt  pour  l’argent  prêté.
Dans  une  autre  partie  de  cet  ouvrage,  j’ai  tâché  de  faire  voir  que
la  valeur  réelle  d’une  chose  se  règle,  non  d’après  les  avantages  accidentels ­
  dont  peuvent  jouir  quelques-uns  de  ses  producteurs,  mais
bien  d’après  la  dilliculté  réelle  qu’éprouve  le  producteur  le  moins
favorisé.  11  en  est  de  même  par  rapport  à  l’intérêt  de  l’argent;  il  ne
se  règle  pas#d’après  le  taux  auquel  la  banque  veut  prêter,  que  ce
soit  à  5,  4  ou  3  pour  cent,  mais  bien  d’après  le  taux  des  profits
qu’on  peut  retirer  de  l’emploies  capitaux,  et  qui  est  tout  à  fait  indépendant ­
  de  la  quanti  téou  de  Talvaleur  de  l’argent.  Qu’une  banque
prête  un,  dix  ou  cent  millions,  cela  n’ajiportera  aucun  changement
au  taux  courant  de  l’intérêt  ;  la  bamiue  ne  fera  que  changer  la  valeur ­
  de  la  monnaie  qu’elle  mettra  ainsi  en  circulation.  Dans  l’un  de
ces  cas,  il  faudra  dix  ou  vingt  fois  ])lus  de  monnaie  pour  faire  un
certain  commerce,  qu’il  n’en  faudrait  dans  l’autre.  La  demande  d’argent ­
  à  la  banque  dépend  donc  du  taux  des  profits  qu’on  peut  retirer
de  son  emploi,  comparé  avec  le  taux  d’intérêt  auquel  la  bamjue  le
prête.  Si  elle  prend  moins  que  le  taux  courant  de  l’intérêt,  elle  peut

représentation  forte  et  indépendante  tient  véritablement  les  cordons  de  la  bourse,
et  ne  l’ouvre  que  pour  payer  un  petit  nombre  de  fonctionnaires  alisolument  indispensables ­
  pour  maintenir  l’ordre  public.  Jusque  là  il  ne  peut  y  avoir  que  des  rapines ­
  légalisées.  —  J.-B.  Say.
        <pb n="391" />
        ,  -  .  r-í  !

CHAI».  XXVII.  —  UK  I  A  MONXAIK  KT  DES  BANQUES.  .339
príler  indélininient  ;  si  ollc  prend  plus  que  ec  taux,  il  n'y  aura  que
&amp;lt;  es  issipateurs  et  des  prodigues  qui  consentent  à  lui  emprunter.  C’est
liWt  '030ns  que  toutes  les  fois  que  le  taux  courant  de  l’inioiirts
  ^  î  ^  le  taux  auquel  la  banque  prête  toude
  l’ar  escompte  est  encombré  de  gens  qui  demandent
neu  HpT  '  ^««traire,  quand  le  taux  courant  est,  même  pour
u’ont  .""’P*’5  l'«»'-  fcnt  les  commis  de  ce  bureau
"  OUI  rien  a  faire.
tant  de  1  argent  aux  commerçants,  c’est  que  pendant  toute  cette  époque, ­
  elle  a  prêté  de  l’argent  au-dessous  du  taux  courant  de  l’intérêt
sur  la  place,  c’est-à-dire  au-dessous  du  taux  auquel  les  commercants
pouvaient  emprunter  ailleurs;  mais,  quant  à  moi,  j’avoue  que  cela
me  semble  plutôt  une  objection  contre  cet  établissement,  qu’un  argument ­
  en  sa  faveur.  ’  ^
Ire  sousr  '  n""  *’“*  l«s  personnes  qui  sont  forcées  d  &amp;amp;
faire  deii'^Vü^^^^  affaires  de  commerce  ipic  la  communauté  peut
U(  e  la  quantité  de  son  capital,  c’est-à-dire  des  matières
        <pb n="392" />
        340

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
premières,  des  machines,  des  subsistances,  des  navires,  etc.,  employés ­
  à  la  production.  Après  l’établissement  d’un  papier-monnaie
sagement  réglé,  les  opérations  des  banques  ne  sauraient  augmenter
ni  diminuer  la  somme  de  ce  capital.  Si  le  gouvernement  faisait
donc  l’émission  d’un  papier-monnaie  national,  quoiqu’il  n’escoinptàt
  pas  un  seul  effet,  et  ne  prêtât  pas  un  seul  schilling  au  public,
il  n’y  aurait  pas  la  moindre  altération  dans  le  mouvement  du  commerce ­
  ;  car  il  y  aurait  la  même  quantité  de  matières  premières,  de
machines,  de  subsistances,  de  navires,  etc.,  et  vraisemblablement  il
y  aurait  autant  d’argent  à  prêter,  non  pas,  à  la  vérité,  à  5  pour  cent,
taux  fixé  par  la  loi,  mais  à  6,  à  7  ou  à  8  pour  cent,  —  ce  qui  serait
le  résultat  de  la  concurrence  franche,  sur  le  marché,  entre  les  prêteurs ­
  et  les  emprunteurs.
Adam  Smith  parle  des  avantages  que  les  marchands,  retirent  en
Ecosse,  par  la  manière  dont  les  banques  de  ce  pays  traitent  les  commerçants, ­
  en  ouvrant  des  comptes  courants,  système  qui  lui  paraît
très-supérieur  à  celui  adopté  en  Angleterre.  Ces  comptes  courants,  ou
de  caisse,  sont  des  crédits  que  le  banquier  écossais  donne  aux  négociants, ­
  en  sus  des  lettres  de  change  qu’il  leur  escompte  ;  mais  comme
le  banquier,  à  mesure  qu'il  avance  de  l’argent  et  qu  i)  le  met  en
circulation  par  une  voie,  se  trouve  dans  l’impossibilité  dzms  émettre
par  une  autre,  il'  n’est  pas  aisé  de  concevoir  en  quoi  cet  avantage
consiste.  Si  toute  la  circulation  n’a  besoin  que  d’un  million  de  papier, ­
  il  n’en  circulera  qu’un  million;  il  ne  peut  pas  être  d’une  importance ­
  réelle  pour  le  banquier  ou  pour  le  commerçant,  que  cette
somme  soit  émise  en  escompte  de  lettres  de  change,  ou  qu’une  partie ­
  seulement  soit  employée  à  cet  usage,  le  reste  étant  émis  sous  la
forme  de  ces  comptes  de  caisse.
11  me  semble  nécessaire  de  dire  quelques  mots  au  sujet  des  deux
métaux,  l’or  et  l’argent,  qui  sont  employés  comme  monnaie,  surtout
parce  que  cette  question  paraît  avoir,  dans  l’esprit  de  beaucoup  de
personnes,  jeté  de  l’obscurité  sur  les  principes  évidents  et  simples  de
la  théorie  des  monnaies.  «  En  Angleterre,  dit  le  docteur  Smith,  ou
»  ne  fut  pas  légalement  admis  à  s’acquitter  en  or,  même  longtemps
»  après  qu’on  y  eût  frappé  des  monnaies  d’or.  Aucune  loi  ou  procla-»
  maf.on  publique  n’y  fixait  la  proportion  entre  l’or  et  l’argent;  on
»  laissait  au  marché  à  la  déterminer.  Si  un  débiteur  offrait  de  payer
»  en  or,  le  créancier  avait  le  droit  de  refuser  tout-à-fait,  ou  bien  d’ac-»
  cepter  cette  offre  d’après  une  évaluation  de  l’or  faite  à  l’amiable  entre
»  lui  et  son  débiteur.  »
        <pb n="393" />
        o

CHAP.  XXVH.  —  de  la  MONNAIE  ET  DES  BANQUES.  341
Dans  un  tel  état  de  choses,  il  est  évident  qu’une  guinée  aurait  tantôt ­
  passé  pour  22  sh.  ou  plus,  et  quelquefois  elle  n’aurait  valu  que
18  sh.  ou  moins,  ce  qui  aurait  dépendu  uniquement  du  changement
e  a  valeur  courante  relative  de  l’or  et  de  l’argent.  Et  toutes  les  vaa
  mns  dans  la  valeur  de  l’or,  aussi  bien  que  celles  dans  la  valeur  de
argent,  auraient  été  estimées  en  monnaie  d’or,  comme  si  l’argent
avait  eu  une  valeur  invariable,  tandis  que  l’or  aurait  été  sujet  à
monter  ou  à  baisser  de  prix.  Quoique  une  guinée  passât  pour  22  sh.
au  heu  de  18  sh.,  l’or  aurait  pu  ne  pas  avoir  changé  de  valeur,  cette
(hllerence  étant  uniquement  due  à  celle  de  l’argent  ;  et  par  conséquent
—  sh.  pouvaient  n’avoir  pas  plus  de  valeur  que  18  sh.  n’en  avaient
auparavant  ;  et,  au  contraire,  toute  cette  différence  aurait  pu  être
due  à  l’or,  une  guinée  qui  valait  18  sh.  ayant  pu  hausser  jusqu’à  valoir ­
  22  sh.

Si,  maintenant,  nous  supposons  la  monnaie  d’argent  ro^-née  et  en
même  temps  augmentée  en  quantité,  la  guinée  pourrait  passer  pour
30  sh.,  parce  que  l’argent  contenu  dans  ces  30  sh.  de  monnaie  dé-^adec,
  pourrait  n’avoir  pas  plus  de  valeur  que  l’or  d’une  guinée.  En
undant  anx  pieces  d’argent  monnayé  Icnr  valeur  intrinsèque,  l’argent
monnaté  hausserait  de  prix;  mais  l’or  paraîtrait  tomber,  car  une
guniee  ne  vaudrait  probablement  pas  alors  plus  de  21  bons  shillings
kl  1  or  devient  aussi  un  moyen  légal  de  ,iaiement,  et  que  chaque
debiteur  soit  libre  d’acquitter  une  dette  de  21  1.  st.,  en  payant  420  sh.
ou  21  Ruinées,  il  paiera  en  or  ou  en  argent,  selon  qu’il  aura  l’un  oil
1  autre  à  meilleur  marché.  S’il  peut,  avec  cinq  quarters  de  froment
acheter  auünt  d’or  en  lingots  que  la  monnaie  en  met  dans  vingt  guil
iiees;  et  si,  avec  la  même  quantité  de  froment,  il  peut  acheter  autant
  d  argent  eu  lingots  que  la  monnaie  en  emploie  à  frapper  4.30
shillings,  il  aimera  mieux  acquitter  sa  dette  en  argent:  car  il
ceTomentt  contraire,  il  pouvait  avec
ou  «igal  «l’acquitter  sa  dette  en  or
iaimi«  P®®  affaire  de  pur  hasard  ;  ce  n’est
d’un  n  ^  convient  mieux  pour  agent  de  la  circulation
riche,  qu  on  le  préfère  à  l’argent  pour  acquitter  des  dettes  ;
        <pb n="394" />
        342

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
cela  vient  uniquement  de  ce  qu’il  est  de  l’intérét  du  débiteur  de  les
acquitter  dans  ce  métal.
Pendant  un  temps  considérable,  avant  l’année  1797,  date  de  la  suspension ­
  des  paiements  en  espèces,  l’or  était  à  si  bas  prix,  comparé  à
l’argent,  qu’il  était  avantageux  à  la  banque  d’Angleterre,  ainsi  qu’à
tout  autre  débiteur,  d’acheter  de  l’or,  et  non  de  l’argent,  pour  le  faire
frapper  à  la  monnaie,  car  on  pouvait  acquitter  les  dettes  à  meilleur
compte  dans  ces  espèces  monnayées.  L’argent  monnayé  fut,  pendant
une  grande  partie  de  cette  époque,  très-dégradé  ;  mais  comme  il  était
rare,  il  ne  baissa  jamais  dans  sa  valeur  courante,  et  cela,  en  raison  du
principe  que  je  viens  d’expliquer.  Quoique  la  monnaie  d’argent  fut
si  dégradée,  c’était  toujours  l’intérêt  des  débiteurs  de  payer  en  or.
Si,  cependant,  cette  monnaie  d’argent  dégradée  eût  été  extrêmement
abondante,  les  débiteurs  auraient  pu  trouver  de  l’avantage  à  s’en  ser-I
  vir  pour  acquitter  leurs  dettes  ;  mais  la  quantité  en  étant  bornée,  sa
\  valeur  se  soutenait,  et  par  conséquent  l’or  était,  dans  le  fait,  la  véri-\
  table  monnaie  courante.
‘  '  Personne  n’en  a  jamais  douté  ;  mais  on  a  prétendu  que  cela  était
reflet  de  la  loi  qui  avait  déclaré  que  l’argent  ne  serait  pas  un  moyen
légal  de  paiement  pour  toute  somme  au-dessus  de  25  1.  st.,  à  moins
qu’il  ne  fut  pris  d’après  son  poids,  et  au  titre  de  la  monnaie.
Mais  cette  loi  n’empêchait  aucun  débiteur  de  payer  une  dette,  quelque ­
  forte  qu’elle  fut,  en  argent  monnayé  sortant  de  la  Monnaie  ;  et
si  les  créanciers  ne  payaient  pas  avec  ce  métal,  ce  n’était  ni  par  un
effet  du  hasard  ni  par  force,  mais  uniquement  parce  qu’il  ne  leur  convenait ­
  pas  de  porter  leur  argent  à  la  Monnaie  pour  l’y  faire  frapper,
tandis  qu’il  leur  convenait  fort  d’y  porter  de  l’cr.  11  est  vraisemblable
que  si  la  quantité  de  cette  monnaie  dégradée  d’argent  en  circulation
eût  été  extrêmement  multij)liée,  et  qu’elle  eût  été  en  même  temps  un
moyen  légal  do  paiement,  il  est  probable,  dis-je,  qu’une  guinée  eût
acquis  de  nouveau  la  valeur  de  30  shillings  ;  mais,  dans  ce  cas,  c’est
le  shilling  dégradé  qui  aurait  baissé  de  valeur,  et  non  la  guinée  qui
aurait  monté.
11  paraît  donc  que,  tant  que  ces  métaux  ont  été  légalement  recevables ­
  en  paiement  des  dettes  d’une  valeur  quelconque,  on  est  resté
constamment  exposé  à  des  variations  dans  la  mesure  principale  de  la
Í  valeur.  L’or  ou  l’argent  ont  été  tour  à  tour  cette  mesure  ;  ce  qui  pro-;
  ■  vint  entièrement  des  variations  dans  la  valeur  relative  des  deux  métaux ­
  Aussi  toutes  les  fois  qu’un  des  deux  cessa  d’être  la  mesure  de  la
        <pb n="395" />
        543

CHAP.  XXVH.  -  DE  LA  MONNAIE  ET  DES  BANQUES.
\aleur,  on  le  fondit  en  le  retirant  de  la  eireulation,  parce  que  sa  valeur ­
  en  lingots  excédait  celle  qu’il  avait  en  monnaie.  C’était  un  inconvénient ­
  qu’il  importait  beaucoup  de  faire  disparaître  ;  mais  telle
est  la  marche  lente  de  toute  amélioration,  que,  quoique  Locke  l’eût  \
démontré  sans  réplique,  et  que  les  écrivains  qui,  depuis,  ont  écrit  sur
les  monnaies,  en  aient  fait  mention,  ce  n’est  que  dans  la  dernière
session  du  Parlement,  en  181  G,  qu’il  a  été  déclaré  que  l’or  seul  était
un  moyen  de  paiement  légal  pour  toute  somme  excédant  quarante
shillings.
l^e  docteur  Smith  ne  paraît  pas  avoir  bien  compris  les  effets  qui
résultent  d’employer  à  la  fois  deux  métaux  comme  monnaie  courante
tit  comme  moyen  légal  de  paiement  des  dettes,  quel  qu’en  soit  Je  montant ­
  ;  car  il  dit  :  «  Dans  le  fait,  pendant  tout  le  temps  que  dure  et  con-«
  tinue  une  proportion  déterminée  entre  la  valeur  respective  des  dif-  I
»  férents  métaux  monnayés,  la  valeur  du  plus  précieux  des  deux  rè-»
  gle  celle  de  toutes  les  espèces  monnayées.  •  Parce  que,  de  son
temps,  1  or  était  le  métal  que  les  débiteurs  préféraient  pour  acquitter
leurs  dettes,  il  a  cru  que  ce  métal  possédait  quelque  propriété  qui  lui
était  inhérente,  et  moyennant  laquelle  il  réglait  à  cette  époque,  comme
il  devait  régler  toujours  la  valeur  de  la  monnaie  d’argent.
A  1  époque  de  la  refonte  des  monnaies  d’or,  en  1774,  une  guinée
nouvellement  frappée  à  la  Monnaie  ne  s’échangeait  que  contre  21  sbillings
  dégradés  ;  mais  sous  le  roi  Guillaume,  la  monnaie  d’argent  étant
également  dégradée,  une  guinée  nouvellement  frappée  s’échangeait
contre  30  shillings.  Là-dessus  M.  Buchanan  fait  1  observation  suivante ­
  ;  «  Voici  donc  un  fait  très-singulier,  et  duquel  les  théories  reçues
«  n’offrent  aucune  explication  ;  nous  voyons  à  une  époque  la  guinée
»  s’échangeant  contre  30  shillings  dégradés  (  qui  était  sa  valeur  iu-“
  trinsèque),  et  plus  tard  cette  même  guinée  ne  s’échangeant  plus
»  que  contre  21  de  ces  mêmes  schillings  dégradés.  11  faut  nécessai-»
  rement  ([u’il  se  soit  opéré  quelque  changement  remarquable  dans
»  1  état  des  monnaies  entre  ces  deux  éj)oques,  changement  sur  lequel
»  le  docteur  Smith  ne  donne  aucun  éclaircissement.  »
11  me  semble  que  la  solution  de  cette  difficulté  est  très-aisée,  si  l’on
explique  la  différence  dans  la  valeur  de  la  guinée  aux  deux  époques
mentionnées,  par  les  di/ferenies  quanlilés  de  monnaie  d’argent  dégradée ­
  qui  se  trouvait  en  circulation.  Sous  le  règne  du  roi  Guillaume,
*  or  n’était  pas  un  moyen  légal  de  paiement,  il  n’avait  qu’une  valeur
convention.  Tous  les  forts  ])aiements  étaient  vraisemblablement
faits  en  monnaie  d  argent,  surtout  en  raison  de  ce  que  le  papier-mon-
        <pb n="396" />
        34i

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
iiaie,  et  les  opérations  de  banque  étaient,  à  cette  époque,  peu  compris. ­
  La  quantité  de  cette  monnaie  d’argent  dégradée  excédait  la
quantité  de  la  monnaie  d’argent  dégradée  qui  serait  restée  en  circulation, ­
  si  la  bonne  monnaie  avait  seule  eu  cours,  et  par  conséquent
elle  se  trouvait  non-seulement  dégradée,  mais  encore  dépréciée.  3Iais
dans  la  suite,  lorsque  l’or  devint  moyen  légal  de  paiement,  et  qu’on
employa  aussi  des  billets  de  banque  dans  les  paiements,  la  quantité  de
monnaie  dégradée  d’argent  n’excéda  pas  la  quantité  de  la  bonne
monnaie  d’argent  nouvellement  frappée  qui  aurait  circulé  s’il  n’y
avait  pas  eu  de  monnaie  dégradée  d’argent  ;  c’est  pourquoi,  quoique
cette  monnaie  fut  altérée,  elle  ne  fut  pas  dépréciée.  L’explication ­
  qu’en  donne  M.  Buchanan  est  un  peu  différente  ;  il  croit  que
la  monnaie  du  métal  qui  domine  dans  la  circulation,  est  sujette  à  la
dépréciation,  mais  que  l’agent  subalterne  ne  l’est  pas.  Sous  le  roi
Guillaume,  la  monnaie  principale  qui  était  d’argent,  fut  par  conséquent ­
  sujette  à  être  dépréciée.  En  1774,  l’argent  n’était  plus  que  subsidiaire, ­
  et  en  conséquence  il  conserva  sa  valeur.  La  dépréciation
des  monnaies  ne  dépend  cependant  pas  de  ce  qu’un  des  métaux  est  l’agent ­
  principal  de  la  circulation,  et  l’autre  un  agent  subsidiaire  ;  elle
ne  provient  que  de  ce  que  la  quantité  d’un  métal  monnayé  jeté  dans
la  circulation  est  excessive  *.
'  Toute  cette  longue  explication  se  réduit  à  ceci  :  les  échanges  qui  se  font  dans
un  pays  exigent  différentes  coupures  de  monnaie,  c’est-à-dire  des  pièces  de  petite
valeur,  soit  pour  les  petits  paiements,  soit  pour  les  appoints  des  gros.  Tant  que  les
petites  pièces  ne  sont  qu’en  quantité  suffisante  pour  ce  genre  de  circulation,  le
besoin  qu’on  en  a  soutient  leur  valeur  courante  au  niveau  de  leur  valeur  légale,
quelque  dégradées  qu’elles  soient  par  le  frai.  Ainsi  quand  les  paiements  se  faisaient
eu  or  en  Angleterre,  on  trouvait  facilement  une  guinée  pour  21  shillings  en
argent,  quoique  les  shillings  eussent  perdu  plus  du  quart  de  leur  valeur  intrinsèque. ­
  Leur  valeur  se  soutenait  par  la  même  raison  qui  soutient  celle  de  tout
billet  de  conliance  :  parce  qu’on  trouve  partout  à  les  échanger  à  bureau  ouvert.
C’est  en  ce  sens  que  Smith  a  dit  que  la  valeur  de  la  bonne  monnaie  soutient  celle
de  la  mauvaise.
Mais  si  l’on  mettait  dans  la  circulation  plus  de  cette  monnaie  dégradée  que  les
besoins  du  commerce  n’eu  exigent,  alors  on  ne  trouverait  plus  aussi  facilement
des  personnes  disposées  à  la  rembottrser  à  bureau  ouvert,  c’est-à-dire  à  vous
donner  en  échange  une  bonne  pièce.  Il  faudrait  vendre  cette  monnaie  dégradée
avec  perte  ;  c’est  ce  qui  était  arrivé  en  France  lorsqu’on  avait  laissé  se  multiplier
les  coupures  de  billon  au  delà  de  ce  qu’il  en  fallait  aux  appoints.  Les  porteurs  de
cette  monnaie  de  billon  étaient  obligés  d’y  perdre  pour  la  changer  en  argent,  et  il
fallut  une  loi  pour  borner  à  V40  de  la  somme  totale  la  quantité  de  billon  qu’on  pouvait ­
  donner  en  paiement.  Cette  loi  dégradait  la  monnaie  tout  entière  comme  aurait ­
  pu  faire  un  alliage.—  J.-R  Say.
        <pb n="397" />
        CHAP.  XXVII.  —  de  la  monnaie  ET  DES  BANQUES-  Ziti

11  n  y  a  pas  grand  inconvénient  à  établir  un  droit  modéré  de
monnayage,  surtout  sur  la  monnaie  destinée  au  paiement  des  petites
sommes.  Les  pièces  frappées  acquièrent  en  général  un  surcroît  de  valeur ­
  égal  au  montant  du  droit,  et  cet  impôt  est  par  conséquent  un  de
ceux  qui  n’affectent  nullement  ceux  qui  le  paient,  tant  que  la  quantité ­
  de  monnaie  en  circulation  n’est  pas  excessive.  11  faut  cependant
remarquer  que,  dans  un  pays  où  il  y  a  un  papier-monnaie  en  circulation, ­
  quoique  ceux  qui  l’émettent  soient  tenus  de  le  rembourser  en

especes,  si  le  porteur  l’exige,  il  peut  cependant  arriver  que  ces  billets,
ainsi  que  les  espèces,  soient  dépréciés  de  tout  le  montant  du  droit  de
monnayage  établi  sur  le  métal  reconnu  comme  le  seul  moyen  légal  de
paiement,  et  cela,  avant  que  les  règlements  tendant  à  limiter  la  circulation ­
  du  papier  aient  pu  opérer.  Si  le  droit  de  monnayage  sur  les
pièces  d’or  était,  par  exemple,  de  5  pour  100,  la  monnaie  courante
pourrait,  par  une  forte  émission  de  billets  de  banque,  se  trouver
réellement  dépréciée  de  5  pour  100  avant  que  les  porteurs  de  ces
billets  eussent  trouvé  de  l’intérêt  à  les  échanger  contre  des  espèces
pour  les  fondre  en  lingots.
Nous  ne  serions  jamais  exposés  à  éprouver  une  pareille  dépréciation ­
  ,  s  il  n’existait  point  de  droit  de  monnayage  ;  ou  si,  malgré ­
  l’existence  du  droit,  les  porteurs  de  billets  de  banque  pouvaient ­
  en  demander  le  remboursement  en  lingots,  à  3  1.  17  sli.
10  -  d.,  prix  de  la  monnaie,  et  non  en  espèces  monnayées.  A  moins
donc  que  la  banque  ne  soit  tenue  de  rembourser  scs  billets  eu  lingots ­

  ou  en  espèces  monnayées  au  gré  du  porteur,  la  loi  récente  qui
a  établi  en  Angleterre  un  droit  de  monnayage  de  6  pour  100,  ou  de
quatre  pence  par  once  d’argent,  mais  en  ordonnant  que  l’or  sera  frappé
par  la  monnaie  sans  frais,  est  peut-être  la  mesure  la  plus  sage,  et
la  plus  efficace  pour  empêcher  toute  variation  inutile  dans  '  les
monnaies  *.

„  du  privilège  exclusif  de  fabriquer  ;  mais  il  devrait  vacirconstances
  où  se  trouveraient  les  Hôtels  des  Monnaies  et  les
aurait'”^  circulation.  »  —  J.-B.  Say,  liv.  i,  chap.  21.  Une  telle  disposition
rabie  ^  très-dangereux,  et  exposerait  le  pays  à  une  variation  considé-Jen’
  dans  la  valeur  intrinsèque  des  monnaies.  ('Aote  del’Àuteur.J
^1  rien  à  dire  au  sujet  du  danger  que  M  Ricardo  trouve  à  ma  proposition,
        <pb n="398" />
        3in  PIUNCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
si  ce  n’est  queje  suis  assez  porté  à  être  de  sou  avis.  Mais  si  Part  d’organiser  la  société ­
  n’était  pas  encore  dans  l’enfance,  si  l’on  avait  trouvé  des  moyens  pour  que
les  intérêts  de  ceux  qui  sont  gouvernés  ne  fussent  pas  toujours  subordonnés  aux
intérêts  de  ceux  qui  gouvernent,  on  aurait  lieu  de  regretter  qu’une  manufacture
aussi  lucrative  (sans  rien  coûter  au  consommateur)  que  pourrait  l’être  celle  de
battre  monnaie,  non-seulement  ne  donne  aucun  bénéfice  à  l’État,  mais  lui  soit
au  contraire  fort  onéreuse.  Au  surplus,  je  ne  veux  point  indiquer  les  moyens  de
rendre  cette  manufacture  profitable,  jusqu’à  ce  qu’il  me  soit  démontré  que  ces
bénéfices  tourneront  au  profit  de  la  nation,  eu  lui  procurant  un  allégement  équivalent ­
  dans  l’impôt.  —J.-B  Sa  y.
        <pb n="399" />
        cu.  XXVllI.  -  DE  LA  VALEUR  COMPARATIVE  DE  L’OR,  ETC.

347

CHAPITRE  XXVIIl.
I&amp;gt;E  LA  VALEUR  COMPARATIVE  DE  l’or  ,  DU  RLE,  ET  DE  LA  MAIN
1&amp;gt;  OEUVRE,  DANS  LES  PAYS  RICHES  ET  DANS  LES  PAYS  PAUVRES.

"  ï/or  et  l’argent  comme  toute  autre  marchandise,  dit  Adam
«  Smith,  cherchent  naturellement  le  marche  où  l’on  donne  le  meil-&amp;gt;'
  leur  prix  pour  les  avoir.  Or,  j)our  quelque  denrée  que  ce  soit,  ce
»  meilleur  prix  sera  toujours  offert  par  le  pays  qui  est  le  plus  en
»  état  de  le  donner.  Le  travail,  comme  il  faut  toujours  se  le  raj)-»
  peler,  est  le  prix  qui,  en  dernière  analyse,  paie  tout,  et  dans  deux
pays  ou  le  travail  sera  également  bien  récompensé,  le  prix  du  tra-»
  vail  en  argent  sera  en  projiortion  du  \mx  des  subsistances.  L’or
»  et  1  argent  s  échangeront  doue  naturellement  contre  une  plus
»*  grande  quantité  de  subsistances  dans  un  pays  riche  que  dans
**  un  pays  pauvre,  dans  un  pays  où  les  subsistances  abondent,  que
dans  un  pays  qui  n’en  est  que  médiocrement  fourni.  »
Mais  le  blé  est  une  marchandise,  ainsi  que  l’argent  et  les  autres
choses  ;  or,  si  toutes  les  marchandises  ont  une  grande  valeur  échangeable ­
  dans  un  pays  riche,  on  ne  doit  pas  en  excepter  le  blé.  11  pourrait ­
  donc  être  exact  de  dire,  en  ce  cas,  que  le  blé  s’échange  contre
une  grande  quantité  de  monnaies,  parce  qu’il  est  cher,  et  que  la
monnaie  s’échange  de  même  contre  une  grande  quantité  de  blé
parce  quelle  est  chère  aussi,  ce  qui  serait  allirmcr  que  le  blé  est
à  la  fois  &amp;lt;her  et  à  bon  marché.  Il  n'y  a  pas  ,1e  principe  ,p,i  puisse
Etre  mieux  établi  en  économie  politique  que  celui  par  lequel  on
reconnaît  qu'un  pays  riche,  de  même  qu’un  pays  pauvre,  est  retenu ­
  dans  1  accroissement  de  sa  population  par  la  difficulté  progressive ­
  d’obtenir  des  subsistances.  Cette  difficulté  doit  nécessairejuuit
  faire  hausser  le  prix  relatif  des  subsistances  et  en  encourager
'mportation.  Comment  se  peut-il  (juc  la  monnaie  d’or  ou  d'argent
^  ^  contre  plus  de  blé  dans  les  pays  riches  que  dans  les  pays
I  auvrts?  Ce  n  est  guère  que  dans  les  pays  riches  où  le  blé  est  cher.
        <pb n="400" />
        348  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE,
que  les  propriétaires  fonciers  engagent  la  législature  à  prohiber  l’importation ­
  du  blé.  A-t-on  jamais  entendu  parler  d’une  loi  en  Amérique
ou  en  Pologne  qui  défendît  l’importation  des  produits  de  l’agriculture? ­
  La  nature  y  a  mis  un  obstacle  insurmontable  en  rendant  la
production  de  ces  denrées  beaucoup  plus  facile  dans  ces  pays-là  que
dans  les  autres.
Comment  donc  peut-il,  être  vrai  «  qu’à  l’exception  du  blé  et
«  d’autres  substances  végétales,  qui  sont  entièrement  le  fruit  de
&amp;gt;&amp;gt;  l’industrie  de  l’homme,  tous  les  autres  produits  naturels,  le  bé-•&amp;gt;
  tail,  la  volaille,  le  gibier,  les  fossiles  et  les  minéraux  utiles,  etc.,
»  renchérissent  naturellement  à  mesure  que  la  société  fait  des  pro-»
  grès?  »  L’erreur  du  docteur  Smith,  dans  tout  le  cours  de  son  ouvrage, ­
  consiste  dans  la  supposition  que  le  blé  a  une  valeur  constante
qui  ne  peut  jamais  monter,  quoique  la  valeur  de  toutes  les  autres
choses  puisse  augmenter.  Selon  lui,  le  blé  a  toujours  une  même  valeur, ­
  parce  qu’il  sert  toujours  à  nourrir  le  même  nombre  d’individus.
On  aurait  autant  de  raison  de  soutenir  que  le  drap  ne  change  jamais
de  valeur,  parce  qu’avec  une  quantité  donnée,  on  peut  toujours  en
faire  le  même  nombre  d’habits.  Qu’y  a-t-il  de  commun  entre  la  valeur ­
  et  la  propriété  de  servir  à  la  nourriture  et  aux  vêtements*?
Le  blé,  comme  toute  autre  marchandise,  a  dans  chaque  pays  son
pnx  naturel,  c’est-à-dire  le  prix  que  sa  production  exige,  et  sans  lequel ­
  on  ne  pourrait  pas  le  cultiver;  c’est  ce  prix  qui  règle  le  prix
courant,  et  qui  détermine  s’il  convient  d’exporter  du  blé  à  l’étranger.'Si ­
  l’importation  du  blé  était  prohibée  en  Angleterre,  de  prix
naturel  du  blé  pourrait  y  monter  à  6  1.  st.  le  quarter,  pendant  qu’il
serait  en  France  à  la  moitié  de  ce  prix.  Si  alors  on  levait  la  prohibition ­
  d’importer  du  blé,  il  tomberait  dans  le  marché  anglais,  non
à  un  prix  moyen  entre  6  1.  et  3  1.,  mais  il  y  baisserait  en  définitive.

*  M.  Ricardo  oublie  la  raison  que  Smith  en  donne.  La  tendance  qu’a  la  population ­
  à  s’accroître  au  niveau  des  moyens  de  subsistances,  multiplie  l’espèce  humaine ­
  partout  où  la  production  du  blé  augmente,  et  le  travail  humain,  qui  se
multiplie  en  même  temps,  fournit  le  moyen  de  payer  le  blé,  11  n’en  est  pas  de
même  du  drap.  On  aurait  beau  multiplier  les  habits,  cela  ne  ferait  pas  naître  un
homme  de  plus  pour  les  porter,  tandis  que  le  blé  fait  naître  ses  consommateurs.
De  là,  pour  cette  denrée,  une  demande  toujours  à  peu  près  proportionnée  à  la
quantité  offerte.  Je  dis  à  peuprès^  car  il  n’y  a  rien  de  rigoureux  en  Economie
politique,  —  les  besoins,  les  goûts,  les  passions,  les  craintes  et  les  préjugés  des
hommes,  exerçant  une  influence  sur  toutes  les  appréciations,  et  n’étant  point
eux-mêmes  des  quantités  rigoureusement  appréciables.  —  J.-B.  Say.
        <pb n="401" />
        CH.  XXVIU.  —  DE  LA  VALEUR  COMPARATIVE  DE  L’OR,  ETC.  349
et  s’y  maintiendrait  à  son  prix  naturel  en  France,  c’est-à-dire  au  prix
auquel  il  pourrait  être  porté  au  marché  anglais,  en  rapportant  les
profits  ordinaires  aux  capitaux  français,  et  il  se  soutiendrait  à  ce
9^^  P  Angleterre  en  consommât  d’ailleurs  cent  mille  ou  un
million  de  qnarters.  Si  la  demande  de  l’Angleterre  montait  à  cet
dernier  cliiiîre,  il  est  vraisemblable  que  la  nécessité  où  se  trouverait
la  T  lance  d  avoir  recours  à  la  culture  de  terrains  moins  fertiles  pour
pouvoir  fournir  un  si  fort  approvisionnement,  ferait  hausser  eu
l'rance  le  prix  naturel  du  blé,  et  cela  influerait  par  conséquent  sur
sou  prix  en  Angleterre.  Ce  que  je  prétends,  c’est  que  le  prix  naturel ­
  des  choses  dans  le  pays  qui  exporte,  est  celui  qui  règle  eu
définitive  le  prix  auquel  ces  choses  doivent  être  vendues,  si  elles  ne
sont  pas  sujettes  à  un  monopole  dans  le  pays  qui  importe.
Mais  le  docteur  Smith,  qui  soutient  avec  tant  de  talent  la  doctrinequi
  établit  que  le  prix  naturel  des  choses  règle  en  dernière
analyse  leur  prix  courant,  a  supposé  un  cas  dans  lequel  il  pense  que
le  prix  courant  ne  serait  réglé  ni  par  le  prix  naturel  du  pays  qui
exporte,  ni  par  celui  du  pays  qui  importe.  «  Diminuez,  dit-il,  l’opu-»
  lencc  réélit  de  la  Hollande  ou  du  territoire  de  Gênes,  le  nombre
&amp;gt;&amp;gt;  des  habitants  y  restant  toujours  le  même;  diminuez  la  faculté
«  qu’ont  ces  pays  de  tirer  leurs  approvisionnements  des  pays  éloi-»
  gnés,  et  vous  verrez  que,  bien  loin  de  baisser  avec  cette  dimi-&amp;gt;&amp;gt;
  notion  dans  la  quantité  de  l’argent,  —  laquelle,  soit  comme  cause,
»  soit  comme  effet,  doit  nécessairement  accompagner  cet  état  de  dé-«
  cadence,  —  le  prix  du  blé  s’y  élèvera  au  taux  de  famine.  »
Je  pense  qu’il  en  résulterait  précisément  le  contraire.  La  diminution ­
  des  ressources  des  Hollandais  et  des  Génois,  pour  acheter  du
blé  dans  les  marchés  étrangers,  pourrait  faire  baisser  le  prix  du  blé
IHiiidant  un  certain  temps,  au-dessous  de  son  prix  naturel  dans  le
pays  d’où  on  l’exportait,  aussi  bien  que  dans  le  pays  qui  l’importait; ­
  mais  il  est  absolument  impossible  que  cela  put  jamais  faire
monter  le  blé  au-dessus  de  son  prix  naturel.  Ce  n’est  qu’en  augmentant ­
  1  opulence  des  Hollandais  ou  des  Génois  que  vous  pourriez  faire
augmenter  la  demande  du  blé,  et  le  faire  monter  au-dessus  de  l’ancien ­
  prix;  et  cela  n’aurait  même  lieu  que  pendant  un  espace  de  temps
tres-borné,  a  moins  qu’il  ne  survint  de  nouveaux  obstacles  qui  renssent
  plus  diflicile  d  obtenir  1  approvisionnement  nécessaire.
-e  docteur  Smith  dit  encore  à  ce  sujet  :  «  Quand  nous  venons  à
anquer  des  choses  nécessaires,  il  faut  alors  renoncer  à  toutes  les
"  c  loses  superflues,  dont  la  valeur,  qui,  dans  les  temps  d’opulence  et
        <pb n="402" />
        nr50  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
»  de  prospérité,  monte  rapidement,  baisse  de  même  dans  les  temps  de
»  pauvreté  et  de  détresse.»  Cela  est  de  toute  vérité;  mais  il  ajoute  ;
.  11  en  est  autrement  des  choses  nécessaires.  Leur  prix  réel,  la
«  quantité  de  travail  qu’elles  peuvent  acheter  ou  commander,  s’élève
»  dans  les  temps  de  pauvreté  et  de  détresse,  et  baisse  dans  les  temps
O  d’opulence  et  de  prospérité,  qui  sont  toujours  des  temps  de  grande
w  abondance,  sans  quoi  ils  ne  seraient  pas  des  temps  d’opulence  et  de
»  prospérité.  Le  blé  est  une  chose  nécessaire  ;  l’argent  n’est  qu’une
»  chose  superflue.  »
Il  y  a  dans  ce  raisohnnement  deux  propositions  mises  en  avant,
qui  n’ont  aucune  liaison  entre  elles  :  l’une,  que,  dans  les  circonstances ­
  supposées,  le  hlé  pourrait  commander  plus  de  travail,  ce  que
nous  admettons  ;  l’autre,  que  le  hlé  aurait  un  plus  haut  prix  en  argent,
ou  s’échangerait  contre  une  plus  grande  quantité  d  argent  métallique. ­
  C’est  cette  seconde  proposition  que  je  crois  fausse.  Elle  pourraiôtre
  vraie,  si  le  blé  était  rare  en  même  temps  que  cher,  si  1  approvit
sionnement  ordinaire  avait  manqué.  Mais,  dans  le  cas  supposé,  le  blé
est  en  abondance,  et  oii  ne  prétend  pas  que  l’importation  en  soit  moindre ­
  que  de  coutume,  ou  qu’il  en  faille  davantage.  11  manque  aux
Hollandais  et  aux  Génois  de  l’argent  pour  acheter  du  blé,  et,  pour
avoir  cet  argent,  ils  sont  obligés  de  vendre  leurs  superfluités.  C’est  la
valeur  et  le  prix  courant  de  ces  superfluités  qui  baissent,  et  l’argent  parait ­
  hausser  si  on  le  compare  à  ces  objets.  Mais  cela  ne  fera  pas  augmenter ­
  la  demande  de  blé,  ni  tomber  la  valeur  de  l’argent,  qui  sont  les
deux  seules  causes  qui  puissent  faire  monter  le  prix  du  blé.  Il  peut
y  avoir  une  grande  demande  d’argent,  soit  faute  de  crédit,  soit  par
d’autres  causes,  et  il  peut  renchérir  en  conséquence  par  rapport  au
blé  ;  mais  il  est  impossible  d’établir  sur  aucun  principe  raisonnable
que’  dans  de  semblables  circonstances,  l’argent  doive  être  à  bon  marché, ­
  et  que  par  conséquent  le  prix  du  blé  doive  hausser.
Quand  ou  parle  du  plus  ou  moins  de  valeur  de  l’or,  de  l’argent  ou  de
toute  autre  marchandise  dans  différents  pays,  on  devrait  toujours  choisir
une  mesure  pour  estimer  cette  valeur,  si  l’on  veut  être  intelligible.
Par  exemple,  quand  on  dit  que  l’or  est  plus  cher  en  Angleterre  qu  en
Espagne,  si  l’on  ne  l’estime  pas  en  le  comparant  à  d’autres  marchandises, ­
  quel  peut  être  le  sens  de  cette  assertion?  Si  le  blé,  les  olives,
l’huile,  le  vin  et  la  laine  sont  à  meilleur  marché  en  Espagne  qu’en
Angleterre,  l’or,  estimé  au  moyen  de  ces  denrées,  se  trouvera  être  plus
cher  eu  Espagne.  Si,  d’un  autre  côté,  la'quincaillerie,  le  sucre,  le  drap,
etc.,  sont  à  plus  bas  prix  en  Angleterre  qu’en  Espagne,  dans  ce  cas.
        <pb n="403" />
        301

CII.  XXYlll.  —  DE  LA  VALEUR  COMPARATIVE  DE  L’OR,  ETC.
1  or,  estimé  au  moyeu  de  ces  articles,  sera  plus  cher  en  Angleterre.
C  est  ainsi  que  1  or  paraîtra  cher  où  à  bas  prix  en  Espagne,  selon  que
le  caprice  du  spéculateur  lui  fera  choisir  la  mesure  d’après  laquelle
il  en  estimera  la  valeur.  Adam  Smith,  ayant  imprimé  le  caractère  de
mesure  générale  de  la  valeur  au  blé  et  au  travail,  aurait  naturellement ­
  estimé  la  valeur  comparative  de  l’or  par  la  quantité  de  ces  deux
.1  s  contre  laquelle  on  pourrait  1  échanger  ;  et  par  conséquent,
quand  il  parle  de  la  valeur  comparative  de  l’or  dans  deux  pays,  je
dois  croire  qu’il  veut  parler  de  la  valeur  de  l’or  estimée  en  blé  et  en
travail.
niais  011  a  déjà  vu  que  l’or,  estimé  en  blé,  peut  avoir  une  valeur
tres-différciite  dans  deux  pays.  J’ai  déjà  tâché  de  faire  voir  que  l’or,
comparé  au  blé,  sera  à  bas  prix  dans  les  pays  riches,  et  cher  dans  les
pauvres.  Adam  Smith  est  d’une  opinion  différente;  il  pense  que  la  valeur ­
  de  l’or  estimé  en  blé  est  plus  élevée  dans  les  pavs  riches  Mais  sans
nous  arrêter  davantage  à  examiner  laquelle  de  ces  deux  opinions  est  la
vraie,  l’une  et  l’autre  suffisent  pour  faire  voir  que  l’or  n’est  pas  né-«...nrennmt
  alibis  b^  prix  dans  les  pays  Vpii  en  possèdent  d^  mi-.CS
  quoique  Adam  Sm.tl.  soutienue  cette  propositiou.  Supposons  que
.  ,  cttrre  soit  en  possession  de  mines  d'or,  et  que  l'opinion  d'Adam
mit  I,  qui  veut  que  l'or  ait  plus  de  valeur  dans  les  pays  riclics,  soit
exacte  ;  dans  ce  cas,  quoique  l'or  sortit  naturellement  de  l'Aindeterrc
pour  a  1er  s'éel,auger  dans  tous  les  autres  pays  contre  leurs  marchandi.«.
  ,1  ne  s  ensuivrait  pas  qu'il  se  trouvât  néeessaireineiit  à  plus  lias
prix  en  Angleterre,  comparé  au  1,1«  et  au  travail,  que  dans  les  pays
étrangers.  Dans  un  autre  endroit,  cependant,  Adam  Smith  dit  qL
les  métaux  précieux  sont  nécessairement  à  plus  lias  prix  en  Kspamic
et  eu  1  ortugalque  dans  les  autres  pays  de  l'Europe,  parce  que  les
„  ^  ^  ^  étendu  1  agriculture  et  les  manufaetures
J  m  amélioré  le  sort  de  scs  habitants.  L’Espagne  et  le  Por-
        <pb n="404" />
        3S2

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
»  tugal,  qui  possèdent  les  mines,  sont  peut-être  après  la  Pologne,  les
»  deux  pays  les  plus  pauvres  de  l’Europe  ;  cependant  il  faut  bien  que
»  la  valeur  des  métaux  précieux  soit  plus  basse  en  Espagne  et  en  Por-«
  tugal  que  dans  tout  autre  endroit  de  l’Europe,  puisque  de  ces  deux
»  pays  ils  viennent  se  rendre  dans  tous  les  autres,  avec  la  charge,
»  non-seulement  du  fret  et  de  l’assurance,  mais  encore  avec  la  dé-»
  pense  de  la  contrebande,  leur  exportation  étant  ou  prohibée  ou  sou-»
  mise  à  des  droits.  Leur  quantité,  par  rapport  au  produit  annuel
»  des  terres  et  du  travail,  doit  donc  nécessairement  être  plus  grande
»  dans  ces  deux  pays  qu’en  aucun  autre  endroit  de  l’Europe  ;  cepen-»
  dant  ces  pays  sont  plus  pauvres  que  la  plupart  des  autres  États  de
»  l’Europe.  C’est  que  si  le  système  féodal  a  été  aboli  en  Espagne  et  en
»  Portugal,  il  y  a  été  remplacé  par  un  système  qui  ne  vaut  guère
»  mieux.»
Voici,  selon  moi,  à  quoi  se  réduit  le  raisonnement  du  docteur
Smith.  L’or,  estimé  en  blé,  est  à  plus  bas  prix  en  Espagne  que  dans
les  autres  pays  ;  et  la  preuve  en  est,  que  ce  n’est  pas  du  blé  que  les
autres  pays  donnent  à  l’Espagne,  en  échange  pour  son  or,  mais  bien
du  drap,  du  sucre,  dés  quincailleries,  qu’on  échange  contre  ce  métal.
        <pb n="405" />
        cil.  XXIX.  —  DES  IM  DOTS  PAYÉS  PAH  LK  PRODUCT  EU  H.

3S3

CHAPITRE  XXIX.

DES  IMPÔTS  PAYÉS  PAR  lÆ  PRODUCTEUR.

•  Say  exagère  beaucoup  les  iiieonvénicnls  qui  résultent  des  impAts
établis  sur  les  jiroduits  manufacturés,  surtout  lorsqu’ils  portent  sur  la
première  époque  de  la  fabrication,  et  avant  que  ces  produits  soient
terminés.  I,es  manufacturiers,  dit-il,  par  les  mains  desquels  le  produit
manufacture  doit  passer  successivement,  sont  obligés  d'employer  de
îÈsaseâ
cent  ^  ^  an,l’argent  étant  à  10  pour
Ri  wni  ^  plus,  en  effet,  que  1000  1.  payables  sur-le-champ.
^  exige  l’impôt  qu’après  un  an,  lorsque  la  fabriea-[OEuv.
  de  Ricardo.)  23
        <pb n="406" />
        354

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
tion  des  ouv  rages  maïuifaclurés  se  trouvera  terminée,  il  sera  peut-être  -
obligé  d’émettre  une  obligation  du  trésor  portant  intérêt,  et  l’intérêt
lui  coûterait  autant  que  ce  que  le  consommateur  épargnerait  dans  le
prix,  non  compris  cependant  la  partie  du  prix  que  le  manufacturier
pourrait,  en  vertu  de  l’impôt,  ajouter  à  son  gain  réel.  Si  le  gouvernement ­
  avait  dû  payer  cinq  pour  cent  pour  l’intérêt  de  l’obligation  du
trésor,  il  y  aura  50  1.  d’impôts  d’épargnes  par  la  non-émission  de  l’obligation. ­
  Si  le  manufacturier  emprunte  le  capital  additionnel  dont  il  a
besoin  pour  faire  l’avance  de  l’impôt  à  5  pour  cent,  et  s’il  le  fait  payer
à  10  pour  cent  au  consommateur,  il  aura  gagné  5  pour  cent  sur  son
avance  en  sus  de  ses  profits  ordinaires;  en  sorte  que  le  manufacturier
et  le  gouvernement  gagnent  ou  épargnent  tous  deux  précisément  la
somme  que  le  consommateur  paie.
M.  de  Sismondi,  dans  son  excellent  livre  de  la  Richesse  commerciale, ­
  en  suivant  le  raisonnement  de  M.  Say,  a  calculé  qu’un  impôt
de  4000  francs,  payé  dans  l’origine  par  un  manufacturier  dont  les
profits  ne  seraient  qu’au  taux  modéré  de  10  pour  cent,  si  le  produit
manufacturé  passait  seulement  par  les  mains  de  cinq  différentes  personnes, ­
  reviendrait  au  consommateur  à  la  somme  de  6734  francs.
Ce  calcul  est  fondé  sur  la  supposition  que  celui  qui  le  premier  a  fait
l’avance  de  l’impôt,  a  dû  recevoir  du  second  manufacturier  4  400  francs,
et  ce  dernier  du  troisième  4840  francs  ;  en  sorte  que  chaque  fois  que
le  produit  passerait  par  les  mains  d’un  autre  manufacturier,  il  se
trouverait  chargé  de  10  pour  cent  sur  sa  valeur.  C’est  supposer
(jue  la  valeur  de  l’impôt  s’accroît  selon  un  taux  d’intérêt  composé,
non  au  taux  de  10  pour  cent  par  an,  mais  au  taux  de  10  pour  cent
chargé  à  chaque  transmission  progressive.  L’opinion  de  M.  de  Sismondi ­
  serait  exacte  s’il  s’était  écoulé  cinq  ans  depuis  la  première
avance  de  l’impôt  jusqu’à  la  vente  du  produit  imposé  au  consommateur; ­
  mais  si  une  seule  année  s’est  écoulée,  une  rétribution  de  400  fr.,
au  lieu  de  2734,  aura  fourni  un  profit  au  taux  de  10  pour  cent  à
tous  ceux  qui  auraient  contribué  à  faire  l’avance  de  l’impôt,  soit
que  l’ouvrage  manufacturé  eût  passé  par  les  mains  de  cinq  ou  cinquante ­
  manufacturiers.
        <pb n="407" />
        Cil.  XXX.  —  liNFLlENCE  1)E  l/OFFHE  ET  DE  LA  DEMANDE.

Ziiü

CHAPITRE  XXX.
OE  I.  ISruIEKCE  yiIE  E’OFFBE  ET  LA  DEMANDE  O."

ONT  SUR  LES  PRIX»

Ce  sont  les  frais  de  production  qui  règlent  en  dernière  analyse
le  prix  des  choses,  et  non  comme  on  l’a  souvent  avancé,  le  rapport
entre  l’offre  et  la  demande.  Ce  rapport,  à  la  vérité,  modifie  pour  quelque ­
  temps  la  valeur  courante  d’une  chose,  selon  que  la  demande  peut
avoir  augmenté  ou  diminué  et  jusqu’à  ce  que  l’approvisionnement  en
evienne  plus  ou  moins  abondant;  mais  cet  effet  n’aura  qu’une  durée
passagère.  ^  uuici
hopes  cndiminuantleprixnaturel  delanourritureetdes  vêtements
q  soutiennent  la  vie,  et  vous  verrez  les  salaires  finir  par  baisser
quoique  la  demande  de  bras  ait  pu  s’accroître  considérablement
.....  p™,,,..........  ......  J.
marcha  n  ^  argent  baissait  de  valeur,  le  prix  de  toutes  les
dénei  hausserait,  car  chacun  des  concurrents  serait  disposé  à
scr  P  us  d  argent  qu  auparavant  à  faire  des  achats;  mais  quoique
        <pb n="408" />
        I

356  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE,
le  prix  de  toutes  les  marchandises  eût  haussé  de  10  ou  de  20  pour  100,
si  l’on  ii’eii  achetait  pas  plus  que  par  le  passé,  je  crois  qu’on  ne  pourrait ­
  pas  dire  que  le  changement  de  prix  de  la  marchandise  a  été  l’effet
d’une  plus  grande  demande;  sou  prix  naturel,  ses  frais  de  production
en  argent,  se  trouveraient  réellement  changés  par  la  différente  valeur
de  l’argent  ;  et  sans  aucun  surcroît  de  demande,  le  prix  de  la  marchandise ­
  s’accommoderait  à  cette  nouvelle  valeur.
«  Nous  avons  vu  (dit  M.  Say)  que  les  frais  de  production  déter-»
  minent  le  plus  bas  prix  des  choses,  le  prix  au-dessous  duquel  elles
»  ne  tombent  pas  d’une  manière  durable,  car  alors  la  production  s’ar-»
  rète  ou  diminue.  »  Liv.  Il,  chap.  4.
.11  dit  ensuite  que  la  demande  de  l’or  ayant  depuis  la  découverte  des
mines  augmenté  dans  une  proportion  encore  plus  forte  que  l’approvisionnement, ­
  «  le  prix  de  l’or  estimé  en  marchandises,  au  lieu  de
.  tomber  dans  la  proportion  de  dix  à  un,  n’a  baissé  que  dans  la  proportion ­
  de  quatre  à  un  ;  »  c’est-à-dire  qu’au  lieu  de  baisser  en  proportion ­
  de  la  baisse  de  son  prix  naturel,  il  n’est  tombé  qu’en  suivant
la  proportion  de  l’excès  de  l’approvisionnement  par  rapport  à  la
demande  \  La,valeur  de  chaque  chose  monte  toujours  en  raison  directe
de  la  demande  et  en  raison  inverse  de  l'offre.
Lord  Lauderdale  énonce  la  même  opinion  :
«  Quant  aux  variations  de  valeur  auxquelles  toute  marchandise
»  est  exposée,  dit-il,  si  nous  pouvions  supposer  pour  un  moment
.  qu’une  substance  quelconque  possédât  une  valeur  intrinsèque  et
»  fixe  de  manière  qu’une  quantité  déterminée  eût  toujours  et
»  dans  toutes  les  circonstances  une  même  valeur,  le  prix  de  cha-.
  que  chose,  mesuré  par  une  telle  mesure  fixe  et  constante^  va-.
  rierait  suivant  le  rapport  entre  .sa  quantité,  et  la  demande  qu’il
»  y  en  aurait,  et  chaque  chose  serait  sujette  à  varier  de  valeur  par
.  quatre  circonstances  différentes  :
»  1°  Une  chose  augmenterait  de  valeur  en  raison  de  la  diminu-.
  lion  de  sa  quantité  ;  '  '  '

«  «  Si,  avec  la  quantité  d’or  et  d’argent  qui  existe  actuellement,  ces  métaux  ne
D  servaient  qu’à  la  fabrication  de  quelques  ustensiles  et  de  quelques  ornements,
i&amp;gt;  ils  abonderaient,  et  seraient  à  bien  meilleur  marché  qu’ils  ne  sont,  c  est  à-dire
»  nu’en  les  échangeant  contre  toute  espèce  de  denrées,  il  faudrait,  dans  ce  troc,
!  en  donner  davantage  à  proportion.  Mais  comme  une  grande  partie  de  ces  mé-”
  taux  sert  de  monnaie,  et  que  cette  partie  ne  sert  pas  à  autre  chose,  il  en  reste
”  mdihs  à  employer  en  meubles  et  en  bijoux  ;  or,  cette  rareté  ajoute  à  leur  valeur.»
1  Ji-B.  Say,  Uv.  I,chap.  21,  §  3.  iNote  de  l'Auteur.)
        <pb n="409" />
        CH.  XXX.  —  INFLUENCE  DE  L’OFFRE  ET  DE  LA  DEMANDE.  357
*  2“  Elle  diminuerait  de  valeur,  par  l’augmentation  de  sa  quantité  ;
"3"  Elle  pourrait  augmenter  de  valeur  en  raison  d’une  plus
*  forte  demande  ;
4  Elle  pourrait  diminuer  de  valeur,  faute  d’ètre  demandée.
“  il  est  eependant  aisé  de  prouver  qu’aucune  chose  ne  peut
avoir  une  valeur  intrinsèque  et  fixe  qui  puisse  la  rendre  propre  à
“  la  valeur  des  autres  denrées,  les  hommes  ont  été  conduits
“  à  choisir,  pour  mesure  pratique  de  la  valeur,  la  matière  qui  parait
"  le  moins  sujette  à  varier  de  valeur  par  l’une  ou  l’autre  des  quatre
’•  causes  ci-dessus  énoncées,  et  qui  sont  les  seules  qui  fassent  changer
Iß  valeur  des  choses  \

'  Si  l’esprit  humain,  dans  ses  recherches,  n’avait  pas  l’habitude  de  viser  trop
haut  ou  trop  bas,  comme  un  tireur  nov  ice  ;  si  la  vérité  n’avait  pas  pour  caractère
distinctif  d’étre  la  dernière  formule  cpii  nous  apparaisse,  dans  les  sciences  comme
f^  nouveaux  mondes  qu’on  découvre  ;  si,  enfin,
et  I«  critUlu«  ou  les  enthouiipüüiüil

fort  a  ces  accouplemeuls  raouslrueux  que  Pou  se  plaît  à  imposer  à  des  doctrines
qui  se  repoussent  invinciblement,  nous  ne  pouvons  laisser  s’isoler  ici  deux  lois
qu’il  s’amt  V  pas  satisfaites  .  rompez  1  equilibre  entre  la  somme  de  travail
sont  nas  c  et  1  échange  ne  s’effectuera  pas.  Si  les  frais  de  production  ne
combler  1m*'1®  produit  ne  sera  plus  créé  :  car  on  trouve  bien  des  Curtius  pour
a  unes  politiques,  maison  ne  trouve  pas  des  capitaux  toujours  prêts  à
        <pb n="410" />
        358  PRINCIPES  DE  L'ÉCONOMIE  POLITIQUE.
»  Quand  donc  nous  exprimons,  dans  le  langage  ordinaire,  la
»  valeur  d’une  chose  quelconque,  cette  valeur  peut  changer  d’un
»  temps  à  un  autre  par  l’opération  de  huit  causes  différentes  :

s’engloutir  dans  une  industrie  ruineuse.  Si,  d’uu  autre  côté,  le  prix  nécessaire  du
produit  n’est  pas  en  rapport  avec  son  utilité,  le  demandeur  disparaît  et  ses  manufactures ­
  restent  encombrées.  Vous  aurez  beau  désirer  un  objet,  le  demander,
si  vous  ne  parvenez  pas  à  rémunérer  le  travail  qui  sert  à  le  mettre  à  votre  portée,
votre  désir  restera  à  l’état  de  rêve  ;  vous  aurez  beau  produire  chèrement,  envoyer,
par  exemple,  sur  les  terres  équinoxiales  des  patins  destinés  à  glisser  sur  une  glace
qui  n’existe  pas;  enfin,  vous  aurez  beau  inonder  de  vins  précieux  les  pays  voués  à
l’eau  par  le  Coran,  votre  opération  pour  être  coûteuse  n’en  sera  pas  moins  désastreuse.' ­
  Il  y  a  donc  action  et  réaction  constantes  entre  les  conditions  de  la  production ­
  et  l’état  du  marché.  Une  augmentation  et  une  diminution  dans  les  frais  resserrent ­
  et  dilatent  tour,à  tour  la  demande  ;  des  besoins  “plus  nombreux,  plus
ou  moins  pressants  activent  ou  paralysent  l'œuvre  industrielle,  et,  par  suite,
grossissent  ou  diminuent  les  frais.  C’est  donc  fausser  la  question  que  retrancher
une  de  ces  influences  ;  c’est  faire  quelque  chose  d’analogue  à  l’acte  d’un  individu,
qui  pour  établir  l’équilibre  dans  une  balance  enlèverait  un  des  plateaux.
Ce  qui  prouve  bien,  d’ailleurs,  la  nécessité  de  combiner  des  lois,  si  mal  à  propos ­
  rendues  antagonistes,  c’est  l’exagération  que  prennent  les  prix  à  certaines
époques  et  l’affaissement  subit  qui  succède  à  cette  hausse.  I.es  frais  de  production ­
  du  blé,  par  exemple,  ne  varient  pas  sensiblement  d’une  année  à  l’autre  :  la
somme  de  travail  humain  qui  se  dépense  à  creuser  les  sillons,  à  semer,  à  préparer ­
  la  moisson,  reste  à  peu  près  la  même;  et  cependant,  vienne  un  beau  soleil,
une  saison  féconde,  le  prix  des  céréales  fléchit,  le  pain  descend  à  la  portée  des
bouches  les  plus  humbles  :  vienne,  au  contraire,  une  année  calamiteuse,  et  ce
sont  des  prix  de  famine  qui  s’établissent.  Les  frais  de  production  n’ont  certes  pas
ajouté  un  centime  cette  année  à  la  valeur  du  blé  ;  mais  le  hasard  a  voulu  que  les
populations  fussent  trop  abondantes  pour  les  produits  alimentaires,  et  l’influence
est  ainsi  passée  complètement  à  l’autre  loi.  Lorsque  les  Hollandais  anéantissaient
leurs  splendides  récoltes  de  Java  et  des  Moluques,  ils  n’accroissaient  pas  d’un  centime ­
  le  prix  de  revient  du  gingembre,  du  poivre,  de  la  muscade  :  ils  rompaient
violemment  l’équation  entre  l’offre  et  la  demande,  et  le  renchérissement  de  ces
denrées  était  destiné  à  combler  le  vide  artificiellement  créé.  ¡Mais  aussi,  lorsque
Crompton,  Watt  et  Arkwright  armaient  l’industrie  anglaise  de  machines  infatigables ­
  et  abaissaient,  par  l’immensité  des  produits  et  l’allégement  des  frais  généraux, ­
  le  prix  des  étoffes  de  coton  et  de  laine,  la  demande  recevait  un  stimulant
énergique  et  le  marché  obéissait  à  son  tour  aux  influences  de  la  fabrication.
Il  n’est  donc  pas^de  choix  à  faire  entre  l’idcejde  Ricardo  et  l’idée  de  J  .-B  .  Say,
l’une  et  l’autre  étant  nécessaires  pour  déterminer  la  valeur  des  choses  ;  mais  il
est  incontestable  que  les  frais  de  production  ont  sûr  les  prix  une  influence  plus
générale,  plus  fondamentale.  Comme,  eu  réalité,  dans  une  organisation  économique, ­
  légitime  et  équitable,  c’est  le  travail  qui  fonde  la  valeur  des  choses  et  détermine ­
  la  part  de  chacun  dans  la  richesse  collective  ;  comme  les  frais  de  produc-
        <pb n="411" />
        CH  XXX.  —  INFLUENCE  DE  L’OFKKE  ET  DE  LA  DEMANDE.  359
“  l“Par  les  quatre  déjà  énoncées,  dans  leur  rapport  avec  la  chose
»  môme  dont  nous  voulons  exprimer  la  valeur;

tion  se  composent  de  salaire  ou  rétribution  d’un'travail  actuel,  et  d’intérêts  ou  réri
  utiond  un  travail  antérieur,  ou  se  trouve  ainsi  amené  forcément  à  reconnaître
pour  ase  des'prix  tout  ce  que  les  marchandises  ont  coûté  à  produire.  Il  est  même
pi  ent  que  les  manufacturiers  n’engagent  leurs  capitaux  dans  une  industrie  que
orsqu  ils  pressentent  une  demande  suffisamment  active  ;  et  comme  il  ne  peut
y  avoir,  dès  lors,  de  fabrication  inutile,  il  faut  bien  que  cette  fabrication  soit
rémunérée  sous  peine  de  ne  plus  être.  D’ailleurs  ,  si  vous  retranchez  cette
01  des  frais  de  production,  qui  plonge  jusque  dans  les  entrailles  mêmes  du
problème  des  échanges,  quelle  base  offrirez-vous  aux  valeurs?  Vers  quel  centre
les  ferez-vous  converger  ;  où  sera  votre  point  d’appui  et  où  votre  levier  ?  Placez
I  offre  en  face  de  la  demande,  aussi  longtemps  que  vous  voudrez  ;  faites  les  approvisionnements ­
  excessifs,  laites-les  insuffisants,  vous  n’eu  serez  pas  moins
obligé  de  recourir,  pour  fixer  vos  opérations,  au  prix  de  revient  de  chaque  denrée,
en  d  autres  termes  à  la  somme  d’efforts  et  de  temps  que  Tacheteur  et  le  vendeur
veulent  se  concéder  réciproquement  sous  des  formes  diverses.  Alors  seulement
peut  s’établir  cette  équation  qu’on  appelle  échange  et  que  niait  ^Montesquieu,
preten  ant  que  1  intérêt  des  uns  se  satisfait  nécessairement  aux  dépens  des  autres.
.1  donc  nous  étendons  sa  loi  à  de  larges  catégories  d’années,  Ricardo  nous  paraît
ctre  ans  le  vrai  et  avoir  vu  la  question  de  haut,  puisqu’il  fait  prédominer  la
notion  du  travail.  Riais  si  nous  envisageons  \e^J'aits  actuels,  les  incidents  économiques ­
  de  chaque  jour,  les  fluctuations  des  besoins,  des  idées,  des  goûts,  il  est
impossible  de  ne  pas  reconnaître  à  la  loi  de  J.-B.  Say  une  influence  décisive,  et
même  de  ne  fpas  lui  attribuer  les  perturbations,  les  revirements  incessants  que
présentent  les  marchés.
Ce  n  est  que  lentement,  après  des  tâtonnements  nombreux  que  semodifient
les  frais  ou  mieux  les*  coiuiitions  de  la  production  :  —  les  perfectionnements
sont  des  plantes  tardives  qu’il  faut  arroser  longtemps  de  sueurs  et  de  capitaux  :
mais  c’est  dans  un  clin  d’œil  que  se  modifient  le  goût,  les  habitudes  d’un  pays
*  Si  nous  proposons  l’expression  conditions  de  la  production,  au  lieu  de  frais  de  produc-IO«,
  c'est  qu’il  est,  en  effet,  un  grand  nombre  de  circonstances  qui  modifient  la  valeur  du
logique  que  nous  avons  voulu  faire  :  c’est  une  modification  qui  atteint  la  substance  même  de  la
doctrine  de  Ricardo.  Sans  cette  considération,  nous  n’aurions  certainement  pas  voulu  attenter
a  la  nomenclalure  babituelle,  si  controversée,  si  ardue,  surtout  depuis  le  livre  curieux  de  Malus ­
  sur  les  définitions  en  économie  politique  ;  livre  qui  devait  cependant  mettre  lout.le  monde
*  accor  .  Nous  aurions  d’autant  moins  hasardé  un  nom  inusité  que  nous  tenons  pour  égale
men  mal  avisés  ceux  qui  croient  avoir  (lerfectinnné  une  machine  par  l’addition  d’une  vis  ou
d  un  clou,  et  ceux  qui  croient  avoir  fait  marcher  une  science  par  l’addition  d’un  mot.
k  F.
        <pb n="412" />
        360

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
k  2*  Par  ces  mêmes  causes,  dans  leur  rapport  avec  la  chose  que
V  nous  avons  adoptée  comme  mesure  fixe  de  la  valeur  \  »
Tout  ceci  est  vrai  pour  ce  qui  regarde  les  monopoles,  et  même,
quant  au  prix  courant  de  toute  marchandise,  pendant  un  temps
borné.  Si  la  demande  de  chapeaux  devient  deux  fois  plus  forte,  le
prix  en  montera  sur-le-champ  ;  mais  cette  hausse  ne  sera  que  temporaire ­
  ,  à  moins  que  les  frais  de  production  des  chapeaux,  ou  leur
prix  naturel  ne  s’élève  en  même  temps.  Si  le  prix  naturel  du  pain
baissait  de  50  pour  cent  par  suite  de  quelque  grande  découverte
dans  la  science  de  l’agriculture,  la  demande  de  pain  n’augmenterait
pas  considérablement,  personne  n’en  voudrait  avoir  que  ce  qui  lui
suffirait  pour  satisfaire  ses  besoins,  et  la  demande  n’augmentant
pas,  l’approvisionnement  n’augmenterait  pas  non  plus  ;  car  il  ne
suffit  pas  qu’on  puisse  produire  une  chose  pour  qu  elle  soit  produite
en  effet,  il  faut  eneore  qu’on  la  demande.  Voici  donc  un  cas  où  l’offre
et  la  demande  ont  à  peine  varié,  ou  n’ont  augmenté  que  dans  une
même  proportion  ;  et  ecpendant  le  prix  du  blé  aura  baissé  de  50  pour
cent,  et  cela  pendant  que  la  valeur  de  l’argent  n’aura  point  éprouvé
de  variation.
Des  produits  dont  un  particulier  ou  une  compagnie  ont  le  monopole ­
  ,  varient  de  valeur  d’après  la  loi  que  lord  Lauderdale  a  posée  ;
ils  baissent  à  proportion  qu’on  les  offre  en  plus  grande  quantité,  et
ils  haussent  avec  le  désir  que  montrent  les  acheteurs  de  les  acquérir;
leur  prix  n’a  point  de  rapport  nécessaire  avee  leur  valeur  naturelle  ;
mais  quant  aux  choses  qui  sont  sujettes  à  la  coneurrence  parmi  les

et  que  surviennent  les  crises  matérielles.  A  tout  prendre,  rien  n’empêcherait  de
fabriquer  aujourd’hui,  aux  mêmes  frais  qu’il  y  a  tant  de  siècles,  les  catapultes,
les  béliers  et  les  tortues  qui  servaient  aux  assauts  de  nos  ancêtres  :  mais  le  canon
a  remplacé,  avec  ses  rugissements  et  ses  violences,  toutes  ces  vieilleries  de
la  guerre  et  U  n’en  figure  plus  sur  nos  marchés.  Pour  résumer  maintenant
en  quelques  mots  cette  dissertation  qui  ne  nous  semble  pas  avoir  été  poursuivie
encore  sous  toutes  ses  faces  ;  nous  dirons  que,  pour  un  moment  donné,  et  des
intervalles  restreints,  le  prix  relève  surtout  de  l’offre  et  de  la  demande  ;  mais
que  pour  de  vastes  époques,  ce  sont  les  frais  de  production  qui  gouvernent  le
marché.  L’une  des  deux  lois  est  plus  souple,  plus  actuelle,  l’autre  plus  régulière ­
  et  plus  forte  :  l’une  est  la  partie  mobile,  l’autre  la  partie  fixe  d’une  autre
loi  générale  qu’elles  constituent  par  leur  réunion,  et  qu’on  pourrait  appeler
loi  régulatrice  des  échanges,  si  l’on  tenait  absolument  à  lui  donner  un  nom.
I  Voyez  An  Inquiry  in  to  the  nature  and  Origin  of  public  íVealth  ,
pag.  13.
        <pb n="413" />
        CHAP.  XXX.  —  INFLUENCK  DE  L’OFFRE  ET  DE  LA  DEMANDE.  3UI
\eiideurs,  et  dont  la  quantité  peut  s’augmenter  dans  des  bornes  mo-(
  érées,  leur  prix  dépend  en  définitive,  non  de  l’état  de  la  demande
et  e  1  approvisionnement,  mais  bien  de  l’augmentation  ou  de  la
diminution  des  frais  de  production  '.

ont  ¿h  T  9"'  les  mêmes  méthodes  d’investigation,  et  qui
sur  un  ni—jugement  en  plusieurs  occasions,  diffèrent  complètement  d’avis
si  l’nn  ^  dissentiment  ne  peut  venir  que  faute  de  s’entendre.  Essayons
rallie  C^lÏ:;  "  """""
La  plupart  des  Économistes  politiques  établissent  que  la  valeur  ou  le  prix  d’une
Chose  s’élève  ou  s’abaisse  en  raison  directe  de  la  demande  qui  en  est  faite  et  en
raison  inverse  de  l’offre.  M.  Ricardo  aflirme  que  l’offre  et  la  demande  n’y  font
rien  ;  que  le  prix  baisse  par  la  concurrence  des  producteurs  jusqu’au  niveau  des
trais  de  production,  et  s’arrête  là.
dont  il  résulté  un  nmi  ^  ^^”*^”^*1  action,  le  concours  des  travaux,  des  capitaux,  des  terres,
terrain,  recoiven»  i..  „  t"'  fournissent  leur  travail,  qui  prêtent  leur  capital  ou  leur
prix  de  ce  concours,  et  ce  prix  compose  les  frai*  de  production.
        <pb n="414" />
        302

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
posé  à  payer  le  café,  et  alors  il  ne  s’en  produit  pas.  C’est  le  cas  de  mille  produits
qui  ont  ruiné  leurs  producteurs,  parce  qu’ils  ne  valaient  pas  leurs  frais  de  production. ­

"  Une  plus  grande  puissance  de  produire  équivaut  à  une  plus  grande  quantité  de
services  productifs  versés  dans  la  circulation.  Si  quelque  grand  perfectionnement
en  agriculture  me  permet  d’obtenir  trente-six  livres  de  blé  là  où  je  n’en  obtenais
que  dix-huit,  c’est  comme  si  je  doublais  l’offre  de  mes  services  propres  à  faire  du
blé.  Ils  baisseront  de  moitié,  et  l’on  pourra  obtenir  alors  dix-huit  livres  de  blé  pour
une  demi-livre  de  café  seulement.  Les  services  productifs  propres  à  faire  dix-huit
livres  de  blé  vaudront  autant  que  les  services  productifs  propres  à  faire  une  demilivre
  de  café  ’.
Dans  le  systènàe  de  M.  Ricardo,  qui  professe  dans  tout  le  cours  de  ce  livre  que  la
quantité  de  travail  nécessaire  pour  faire  un  produit  est  le  seul  élément  de  son
prix,  et  qui  ne  tient  nul  compte  de  ce  que  peut  avoir  coûté  le  concours  du  capital
et  du  fonds  de  terre,  voici  comme  j’exprimerais  le  même  principe  :  on  met  d’autant ­
  plus  de  prix  au  travail  nécessaire  pour  faire  une  chose,  c’est  à-dire  on  est
disposé  à  le  payer  d’une  quantité  d’autant  plus  grande  de  travail  propre  à  faire
toute  autre  chose,  que  le  premier  est  moins  offert  et  plus  demandé,  et  vice  versâ-—
  J.-B.  S.4.Y.
*  Dans  le  cas  toutefois  où  cette  baisse  n’influerait  en  rien  sur  la  demande.  Il  est  probable,
au  contraire,  qu’une  semblable  baisse  du  blé  changerait  tous  les  rapports  de  valeur.
        <pb n="415" />
        CHAI».  XXXI.  —  DES  MACIILNES.

3r&amp;gt;3

CHAPITRE  XXXI

UES  MACHINES  ‘.

Dans  ce  chapitre  je  me  propose  d’étudier  l’inlluence  que  les  machines ­
  exercent  sur  les  intérêts  des  différentes  classes  de  la  société,
question  importante  et  qui  ne  me  parait  pas  avoir  été  suffisamment
approfondie  jusqu’à  ce  jour.  Je  me  sens  même  d’autant  plus  entraîné ­
  à  émettre  mes  opinions  sur  cette  grave  matière  que  ces  opinions
ont  subi,  sous  l’empire  de  méditations  prolongées,  des  changements
eonsiderables.  Et  quoique  je  ne  sache  pas  avoir  publié  sur  la  question
des  machines  une  seule  ligne  que  je  doive  rétracter,  j’ai  cependant
pu  soutemr  indirectement  des  doctrines  qu’aujourd’hui  je  crois
fausses.  C’est  donc  un  devoir  pour  moi  de  soumettre  à  l’examen  du
publie  mes  vues  actuelles  et  les  raisons  qui  les  ont  fait  naître  dans
mon  esprit.
Dès  le  moment  où  je  commençai  à  étudier  les  questions  économiques, ­
  je  crus  que  toute  machine  qui  avait  pour  effet  d’introduire
dans  une  branche  quelconque  de  la  production  une  économie  de
main-d’œuvre,  produisait  un  bien  général  qu’altéraient  seulement  les
crises  qui  accompagnent  le  plus  souvent  le  déplacement  des  capitaux
et  du  travail  d’une  industrie  vers  une  autre.  11  me  parut  que  tant
»lue  les  propriétaires  auraient  les  mêmes  rentes  en  argent,  ils  profitaraient
  de  la  diminution  de  prix  survenue  dans  les  marehaudises
(pi  dsaelietaientavec  leurs  rentes,  —  diminution  que  devait  inieessairement
  entraîner  l’emploi  des  maehines.  11  en  serait  de  même,  me
disais-je,  pour  le  capitaliste.  Sans  doute,  celui  qui  découvre  une  maeliiiie
  ou  qui  en  fait  le  premier  l’application,  doit,  pendant  quelquts
  années,  jouir  d  avantages  spéciaux  et  légitimes  et  de  profits
normes,  mais  1  emploi  de  sa  machine  se  généralisant  peu  à  peu.

Ce  chapitre  est  complètement  neuf  dans  notre  langue  et  ne  figure  dans  les
uvres  de  Ricardo  que  depuis  la  quatrième  edition.  (A.  V.)
        <pb n="416" />
        364  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE,
le  prix  de  la  marchandise  produite  descendrait,  sous  la  pression  de
concurrence,  au  niveau  des  frais  de  production,  et  le  capitaliste
verrait  baisser  ses  profits.  Seulement  il  profiteraità  titre  de  consommateur, ­
  de  l’avantage  réparti  à  tous,  et  pourrait,  avec  le  même
revenu  en  argent,  se  procurer  une  somme  plus  considérable  de  jouissances ­
  et  de  bien-être.
•  Je  croyais  encore  que  les  machines  étaient  une  institution  éminemment ­
  favorable  aux  classes  ouvrières  en  ce  qu’elles  acquéraient
ainsi  les  moyens  d’acheter  une  plus  grande  masse  de  marchandises
avec  les  mêmes  salaires  en  argent  :  et  je  pensais,  de  plus,  que  les  salaires ­
  ne  subiraient  aucune  réduction  par  la  raison  que  les  capitalistes
auraient  besoin  de  la  même  somme  de  travail  qu’àuparavant,  quoique
ce  travail  dût  être  dirigé  dans  des  voies  nouvelles.  Si,  par  l’emploi
de  machines  nouvelles,  on  parvenait  à  quadrupler  la  quantité  de
bas  fabriqués,  et  que  la  demande  de  bas  ne  fît  que  doubler,  il  faudrait ­
  nécessairement  licencier  un  certain  nombre  d’ouvriers  ;  mais
comme  le  capital  qui  servait  à  les  entretenir  existait  toujours  et  que
l’intérêt  des  capitalistes  devait  être  d'employer  productivement  ce
capital,  il  me  paraissait  qu’il  irait  alimenter  quelque  autre  industrie
utile  à  la  société.  J’étais,  en  effet,  et  demeure  profondément  convaincu ­
  de  la  vérité  de  ces  paroles  d’Adam  Smith.  —  «  Le  désir  des
aliments  se  trouve  limité  chez  l’homme  par  l’étroite  dimension  de  son
estomac;  mais  le  désir  du  bien-être,  du  luxe,  des  jouissances’,  des
équipages,  de  la  toilette  est  infini  comme  l’art,  comme  le  caprice.  »
Dès  lors,  comme  je  pensais  que  la  demande  de  travail  serait  la
même  et  que  les  salaires  ne  baisseraient  pas,  je  pensais  aussi  que
les  classes  inférieures  participeraient,  comme  toutes  les  autres  classes ­
  ,  aux  avantages  résultant  du  bas  prix  des  marchandises,  et  par
conséquent  de  l’emploi  des  machines.
Telles  étaient  mes  opinions  :  telles  elles  sont  encore  relativement
au  propriétaire  et  au  capitaliste  ;  mais  je  suis  convaincu  que  la  substitution ­
  des  forces  mécaniques  aux  forces  humaines  pèse  quebiuefois
très-lourdement,  très-péniblement  sur  les  épaules  des  classes  laborieuses. ­

Mon  erreur  provenait  de  ce  que  je  faisais  toujours  croître  parallèlement ­
  le  revenu  net  et  le  revenu  brut  d’une  société,  et  que  tout
prouve,  au  contraire,  que  les  fonds  où  les  propriétaires  et  les  capitalistes ­
  puisent  leurs  revenus  peuvent  grandir  tandis  que  celui  qui  sert
à  maintenir  la  classe  ouvrière  diminue.  D’où  il  suit  que  la  cause
même  qui  accroît  le  revenu  net  d’un  pays  peut  en  même  temps  acti-
        <pb n="417" />
        CHAP.  XXXl!  -  DES  MACHINES.  365
ver  1  accroissement  de  la  population,  aggraver  la  concurrence  des  travailleurs ­
  et  diminuer  leur  bien-être.
Supposons  (pi’un  capitaliste  spécule  sur  une  somme  de  20,000  1.
St.,  et  qu  il  joigne  aux  fonctions  d’un  fermier  celles  d’un  fabricant  de
denrées  de  première  nécessité.  Supposons  encore  que,  sur  ce  capital,
7,000  1.  St.  soient  engagées  dans  des  constructions,  des  instruments,
etc.,  et  que  le  reste,  soit  employé,  sous  forme  de  capital  circulant,  à
solder  le  travail.  Supposons,  enfin,  que  les  profits  soient  de  10  %,
et  que  les-  20,000  1.  st.  rapportent  régulièrement  et  annuellement
2,000  1.  St.
Cliaque  année  notre  capitaliste  commence  ses  opérations  en  achetant ­
  la  nourriture  et  les  objets  de  consommation  qu’il  vendra  dans
le  cours  de  l’année  à  ses  ouvriers,  jusqu’à  concurrence  de  13,000
1.  St.  Pendant  tout  ce  temps  il  leur  donne  sous  forme  de  salaires
la  même  somme  de  monnaie,  et  ceux-ci  lui  restituent  au  bout  de
1  année  pour  15,000  1.  st.  de  subsistances,  d’objets  de  première
nécessité.  Sur  ces  15,000  1.  st.  il  en  est  2,000  qu’il  consomme  luim(
  me  ou  dont  il  peut  disposer  comme  il  lui  plaît.  Le  produit  brut
de  cette  année  aura  donc  été  de  15,000  1.  st.  et  le  produit  net  de
i,OüO  1.  st.  Supposons  maintenant  que  l’année  suivante  le  capitaliste
emploie  la  moitié  de  ses  ouvriers  à  construire  une  machine,  et  l’autre
moitié  à  produire,  comme  auparavant,  des  subsistances  et  des  denrées ­
  de  première  nécessité.  Pendant  cette  année,  encore,  il  dépenserait ­
  13,000  1.  st.  en  salaires,  et  vendrait  à  ses  ouvriers  la  même
quantité  de  nourriture  et  d’autres  objets;  mais  qu’arriverait-il  l’an-Dée
  suivante  ?
U  travail  détourné  vers  la  fahrication  de  la  machine  abaisserait
de  moitié  la  quantilé  et  la  valeur  totale  des  subsistances  et  des  denrées ­
  de  première  nécessité  produites  anciennement.  La  maeliine
vaudrait  7,500  1.  st.  :  les  subsistances  et  autres  objets  7,500  1.  st.  de
sorte  que  la  richesse  du  capitaliste  serait  absolument  la  même  car
outre  ces  deux  valeurs,  son  eapilal  fixe  serait  toujours  de  7  000  l’  st
donnant  en  somme  le  fonds  primitif  de  20,000  1.  st.  joint'aux  2,000
1.  St.  de  bénéfice  annuel.  ’
Mais  après  avoir  déduit  pour  ses  dépenses  personnelles  cette
somme  de  2,000  1.  st.,  il  ne  lui  restera  plus,  pour  continuer  scs
P  rations,  qu  uu  capital  circulant  de  5,500  1.  Sa  faculté  de  payer
e  maintenir  des  ouvriers  se  trouvera  donc  réduite  de  13,000  1.  st.
^  ^  conséquent  tout  le  travail  défrayé  jadis  par  la
1  erence,  7,500  1.  st.  se  trouveraient  en  excès.
        <pb n="418" />
        366

PHINCIPES  UE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
La  quantité  restreinte  de  travail  que  pourra  occuper  actuellement  le
capitaliste,  devra,  sans  doute,  grâce  aux  machines,  et  après  la  défalcation ­
  faite  des  frais  de  réparation  •  et  d’entretien,  produire  une
valeur  égale  à  7,500  1.  st.  et  reconstituer  le  capital  circulant  avec
un  bénéfice  de  2,000  1.  st.  sur  le  fonds  primitif  ;  mais  s’il  en  est
ainsi  et  si  le  revenu  net  n’est  pas  diminué,  il  importera  fort  peu  au
capitaliste  que  le  revenu  brut  soit  de  3,000,  de  10,000  ou  de
15,000  1.  st.
Quoique  la  valeur  du  produit  net  n’ait  pas  diminué,  et  que
sa  puissance  d’acheter  d’autres  marchandises  se  soit  au  contraire ­
  notablement  accrue,  le  produit  brut  n’en  aura  pas  moins  été
ramené,  dans  ce  cas,  de  16,000  1.  st.  à  7,500  1.  st.,  et  comme  la
faculté  d’entretenir  une  population  et  d’employer  du  travail,  dépend
toujours  du  produit  lirut  d’une  nation,  et  non  de  son  produit  net,
la  demande  de  bras  diminuera  nécessairement,  la  population  deviendra ­
  excessive  et  les  classes  ouvrières  entreront  dans  une  période
de  détresse  et  d’angoisses.
Cependant  ,•  comme  '  le  fonds  qui  grossit  les  épargnes  de  chacun
est  proportionnel  au  revenu  net,  la  diminution  du  prix  des  marchandises, ­
  —  suite  de  l’introduction  des  machines,  aurait  pour  résultat ­
  évident  d’accroître  la  facilité  d’épargner,  de  transformer  des
révenus  en  capitaux.  Or,  comme  chaque  accroissement  de  capital
lui  permettrait  d’employer  un  plus  grand  nombre  de  bras,  une
fraction  des  ouvriers  rejetés  hors  des  ateliers  par  les  engins  mécahiques
  trouverait  de  nouveau  à  s’utiliser.  Et  s’il  arrivait  que,  sous
l’influence  des  machines,  l’accroissement  de  la  production  fût  assez
grand  pour  fournir,  sous  forme  de  produit  net,  une  quantité  de
nourriture  et  de  denrées  de  première  nécessité  aussi  considérable
que  celle  qui  existait  auparavant  comme  produit  brut,  il  resterait  au
service  du  travail  un  fonds  tout  aussi  considérable  et,  par  conséquent, ­
  on  n’aurait  pas  à  subir  les  maux  d’une  sur-population.
Tout  ce  que  je  tiens  à  prouver,  c’est  que  la  découverte  et  l’usage
des  forces  mécaniques  peuvent  être  suivis  d’une  diminution  de  produit ­
  brut  :  et  toutes  les  fois  qu’il  en  sera  ainsi,  la  classe  laborieuse
souffrira,  car  elle  deviendra  excessive  comparativement  aux  fonds
destinés  à  la  maintenir,  et  une  fraction  de  ses  membres  se  verra  privée ­
  de  travail  et  de  salaires.
Le  cas  que  j’ai  choisi  se  recommande  par  son  extrême  simplicité;
mais  les  résultats  eussent  été  absolument  les  mêmes  si  nous  avions
introduit,  par  supposition,  les  machines  dans  une  manufacture,  soit
        <pb n="419" />
        CHAI*.  XXXI.  —  DES  .MACHINES.
(le  drap,  soit  de  coton.  Si  nous  prenions  l’exemple  d’un  fabricant  de
rap,  nous  Verrions  diminuer  immédiatement  la  masse  de  ses  j)ro-&amp;lt;
  uits  ,  car  il  n  aurait  plus  besoin  de  cette  quantité  de  draps  qui  lui
ait  a  payer  un  corps  nombreux  d’ouvriers.  11  n’aurait  plus  qu’à
im  n  valeur  égale  à  la  détérioration  des  machines  et  aux
.  I.  sur  le  capital  total.  7,500  ].  st.  feraient  ceci  tout
.  _  i  lien  que  le  faisaient  auparavant  les  15,000  1.  st.,  ce  qui  prouve
»  »“m«  différence  entre  les  deux  hypothèses.  Ou  peut
,  cependant,  que  la  demande  de  draps  serait  tout  aussi  grande
^  demander  comment  s'approvisionnerait  le
Mais  d’où  viendront  maintenant  les  demandes?  Des  fermiers  et
des  autres  producteurs  de  denrées  nécessaires,  lesquels  consacraient
leurs  capitaux  à  produire  ces  objets  afin  de  les  échanger  contre  du
drap  :  ils  fournissaient  au  marchand  de  draps  du  blé  et  des  produits
divers  en  échange  de  ses  draps,  et  celui-ci  les  distribuait  à  ses  ouvriers ­
  en  échange  du  drap  que  leur  travail  lui  fournissait
3  Que  1  opinion  des  classes  ouvrières  sur  les  machines  qu'ils  croient
atoles  a  leurs  mteréU,  ne  repose  pas  seulement  sur  1  erreur  et  les
^  ^  principes  les  plus  fermes,  les  plus  nets  de
1  Lcoiiomie  politique;
Que  si  1  impulsion  donnée  au  travail  par  les  machines  pouvait
        <pb n="420" />
        368

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
tellement  accroître  le  produit  net,  qu’il  n’en  résultât  aucune  diminution ­
  dans  le  produit  brut,  la  situation  de  toutes  les  classes  pourrait  alors
s’améliorer.  Le  propriétaire  et  le  capitaliste  profiteraient  non  pas  de
l’accroissement  de  leurs  rentes  ou  de  leurs  profits,  mais  de  la  répartition ­
  des  mêmes  revenus  sur  des  marchandises  d’une  valeur  considérablement ­
  réduite.  .Quant  à  la  condition  des  classes  laborieuses,  elle
se  trouverait  aussi  considérablement  améliorée,  1  °  par  une  demande
plus  considérable  de  domestiques  ;  2”  par  le  stimulant  que  les  revenus
nets,  abondants,  communiquent  toujours  à  l’épargne  ;  et  3”  par  le  bas
prix  des  articles  de  consommation  que  payaient  leurs  salaires.
Indépendamment  de  la  question  des  machines  que  nous  venons  de
traiter  et  d’approfondir,  les  classes  laborieuses  ont  encore  un  grand
intérêt  à  revendiquer  dans  la  manière  dont  le  produit  net  du  pays  se
trouve  dépensé,  quoique  dans  tous  les  cas  cette  dépense  soit  destinée
à  la  satisfaction  et  aux  jouissances  de  ceux  qui  y  ont  droit.
Si  un  propriétaire  ou  un  capitaliste  dépense  son  revenu  à  la  manière ­
  d’un  baron  féodal,  en  s’entourant  d’un  grand  nombre  de  serviteurs, ­
  de  laquais,  il  emploiera  bien  plus  de  bras  que  s’il  le  consacrait
à  acheter  de  belles  étoffes,  de  splendides  ameublements,  des  voitures,
des  chevaux  et  tant  d’autres  objets  de  luxe.
Dans  les  deux  cas  le  revenu  net  et  le  revenu  brut  seraient  les
mêmes;  mais  le  premier  serait  transformé  en  différentes  marchandises. ­
  Si  mon  revenu  était  de  10,000  1.  st.  la  même  quantité  de  travail ­
  productif  serait  employée,  soit  que  je  m’en  servisse  pour  acheter
des  objets  de  luxe,  des  velours,  des  tapis  j  soit  qu’il  fût  consacré  à
acheter  une  certaine  quantité  de  vêtements  et  de  nourriture  de  la
même  valeur,  l’outefois  en  transformant  mon  revenu  en  objets  de
luxe,  je  n’aurai  pas  nécessairement  employé  plus  de  travail,  tandis
que  si  je  le  consacrais  à  acheter  des  denrées  nécessaires  et  à  entretenir
des  domestiques,  tous  les  individus  que  je  pourrais  ainsi  entretenir
avec  mon  revenu  de  10,000  1.  st.  ou  avec  la  nourriture  et  le  vêtement ­
  que  ce  revenu  me  procure,  devraient  être  considérés  comme  stimulant ­
  la  demande  de  travail.  Or,  ce  stimulant  dépend  uniquement
de  la  manière  dont  il  peut  me  plaire  de  dépenser  mon  revenu.  Comme
les  ouvriers  se  trouvent  ainsi  intéressés  dans  la  demande  du  travail, ­
  ils  doivent  naturellement  désirer  que  l’on  enlève  aux  dépenses
de  luxe  les  plus  grandes  sommes  possibles  pour  les  consacrer  à  l’entretien ­
  de  domestiques.
De  même  un  pays  entraîné  h  travers  les  péripéties  d’une  guerre,
et  qui  se  trouve  dans  la  nécessité  de  maintenir  de  larges  flottes
        <pb n="421" />
        360

CHAP.  XXXI.  —¿DES  MACHINES,
et  de  puissantes  armées,  emploie  un  nombre  d’hommes  bien  plus
eonsi  erable  que  celui  qui  sera  employé  au  moment  où  la  guerre
cessera,  et,  a^ec  elle,les  dépenses  qu’elle  nécessitait.
gucrrc  ne  m’avaient  imposé  une  taxe  ani’ann.-
  ^  U  '  ^  entretenir  des  soldats  et  des  matelots,
d’bali't  ablcmcnt  dépensé  cette  somme  en  achat  de  meubles,
_  ,  ‘  ^  «as  la  même  quantile  de  travail
du  ;  «ar  la  nouriturc  et  le  vêtement
soldat  et  du  matelot  exigeraient  la  même  somme  d’industrie  que
celle  necessaire  pour  créer  des  objets  de  luxe.  Mais  il  est  à  remarquer ­
  qu’en  temps  de  guerre  il  se  crée  une  demande  additionnelle
,  matelots;  et  conséquemment,  une  guerre  que  défraie
le  revenu  et  non  le  capital  d’une  nation  est,  en  définitive,  favorable
au  développement  de  la  population.
ttim*
■■■
donner  ainsi  une  plus  t^ande  somme  de  produits,  j’écouterai  Z
déraillement  accru,  ils  pourraient  trouver  du  travail  dans  les  manufactures
  ou  à  titre  de  domestiques.
H  ne  faudrait  pas  croire  cependant  que  mes  conclusions  définitifs ­
  soient  contre  1  emploi  des  machines.  Pour  éclaircir  le  principe,
{OEuv.  de  Ricardo.)  21
        <pb n="422" />
        370  PRINCIPES  DE'  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
lui  donner  plus  de  relief,  j’ai  supposé  que  des  machines  nouvelles
auraient  été  soudainement  découvertes  et  appliquées  sur  une  vaste
échelle  :  mais  dans  le  fait  ces  découvertes  se  font  lentement,  graduellement, ­
  et  elles  agissent  plutôt  en  déterminant  l’emploi  des
capitaux  épargnés  et  accumulés,  qu’en  détournant  les  capitaux  existants ­
  des  industries  actuelles.
A  mesure  que  le  capital  et  la  population  d’un,  pays  grandissent
la  production  devient  plus  coûteuse,  et  le  prix  des  subsistances  s’élève ­
  généralement.  Or,  la  hausse  des  aliments  entraîne  la  hausse  des
salaires,  et  la'hausse  des  salaires  tend  à  pousser  plus  activement  le
capital  vers  l’emploi  des  machines.  Les  forces  mécaniques  et  les  forces
humaines  sont  en  concurrence  perpétuelle,  et  il  arrive  souvent  que
les  premières  ne  sont  employées  qu  au  moment  ou  s  élève  le  prix
des  secondes.
En  Amérique  et  dans  un  grand  nombre  d’autres  pays  où  l’on
pourvoitfaisément  à  la  nourriture  de  l’homme,  les  stimulants  qui
poussent  à  l’emploi  des  machines,  sont  loin  d  être  aussi  puissants
qu’en  Angleterre,  où  la  nourriture  est  chère  et  exige  des  frais  de
production  considérables.  La  même  cause  qui  élève  les  salaires  n’élève ­
  pas  la  valeur  des  machines,  et  c’est  pourquoi  toute  augmentation ­
  de  capital  aboutit  au  développement  des  engins  mécaniques.
La  demande  de  travail  continuera  de  s’accroître  avec  l’accroissement
du  capital^  mais  non  dans  le  rapport  exact  de  cet  accroissement  L

I  La  demande  de  bras  dépend  de  l’accroissement  du  capital  circulant  et  non  du  capital ­
  fixe.  S’il  était  vrai  d’ailleurs  que  la  proportion  entre  ces  deux  genres  de  capitaux
fût  la  même  en  tout  temps  et  dans  tous  les  pays,  il  s’ensuivrait  naturellement  que
le  nombre  des  ouvriers  serait  proportionné  à  la  richesse  du  pays.Mais  unetelle  proposition ­
  n’est  pas  soutenable.  A  mesure  que  les  arts  viennent  épurer  le  goût  des  nations, ­
  que  la  civilisation  s’étend,  le  capital  fixe  prend,  relativement  au  capital
circulant,  des  proportions  de  plus  en  plus  vastes.  La  somme  de  capital  fixe  consacrée ­
  à  la  fabrication  d’une  pièce  de  mousseline  anglaise  est  cent  fois,  probablement ­
  même  mille  fois,  plus  grande  que  celle  qui,  dans  1  Inde,  sert  à  fabriquer  la
même  étoffe  ;  et,  d’un  autre  côté,  la  somme  de  capital  circulant  est  cent  fois  ou
mille  fois  moindre.  11  est  facile  de  concevoir  que  dans  de  certaines  circonstances
la  totalité  des  épargnes  annuelles  d’un  peuple  industriel  peut  être  ajoutée  au  capital ­
  fixe,  ce  qui  n’aurait  aucun  effet  sur  la  quantité  de  travail  à  distribuer.
Barton.  Sur  la  situation  des  classes  ouvrières  /  16.
II  n’est  pas  facile  de  concevoir  comment  un  accroissement  de  capital  peut  ne
pas  accroître  la  demande  de  travail  :  le  plus  qu’on  peut  dire,  c’est  que  la  demande
va  en  proportion  décroissante.  M.  Barton,  dans  l’ouvrage  cité  plus  haut,  me  semble ­
  avoir,  d’ailleurs,  assez  bien  compris  les  effets  produits  par  l’augmentation  des
        <pb n="423" />
        CHAP.  XXXI.  -  DES  MACHINES.  37^
.1  ai  encore  fait  observer  que  l'accroissement  du  revenu  net,
évalué  en  marcliandiscs,  —accroissement  qu’entraîne  nécessairement
1  emploi  des  machines,  —  doit  conduire  à  de  nouvelles  épargnes,
à  de  nouvelles  accumulations.  Ces  épargnes,  qu’on  se  le  rappelle
bien,  sont  annuelles,  et  doivent  arriver  bientôt  à  créer  un  fonds
beaucoup  plus  considérable  que  le  revenu  brut  détruit  tout  d’abord
par  la  découverte  des  macbiues.  Dès  lors  la  demande  de  bras  sera
aussi  grande  qu’auparavant,  et  la  condition  du  pays  sera  encore  améliorée ­
  par  l’accroissement  d’épargnes  que  l’augmentation  du  revenu
net  lui  permettra  de  faire.
Il  serait  toujours  dangereux  d’entraver  l’emploi  des  maehines
car  si  l’on  n’aeeorde  pas  dans  un  pays,  au  eapital,  la  faeultc  de
recuedlir  tous  les  profits  que  peuvent  produire  les  forées  mécaniques
perfeetioniiées,  on  le  pousse  au  dehors,  et  cette  désertion  des  cani
taux  sera  bien  plus  fatale  à  l’ouvrier  que  la  propagation  la  plus
1  exjiorte  on  annulle  complètement  cette  demande.
D’ailleurs,  le  prix  des  marchandises  se  règle  d’après  les  frais  de
production  ;  des  qu’on  emploie  des  forces  perfectionnées,  on  diminue
es  frais  de  production  des  marebandises  et,  par  conséquent,  on  peut
les  vendre  sur  les  marchés  étrangers  à  des  conditions  réduites  Si
cependant  vous  rejetez  l’emploi  des  machines,  vous  serez  obligé
d  exporter  de  la  monnaie  en  échange  des  marchandises  étrangères
jusqu’à  ce  que  la  rareté  du  numéraire  abaisse  le  prix  de  vos  mar’
chandiscs  au  niveau  des  prix  du  dehors.  Dans  vos  relations  avec  les
autres  pays  vous  pourriez  être  amené  à  donner  une  marchandise  oui
vous  aurait  coûté  deux  journées  de  travail,  pour  une  marchandise  oui
n  en  aurait  exigé  qu’une  au  dehors;  et  ce  marché  ruineux  ne  serait
cependant  que  la  conséquence  de  vos  propres  actes.  En  effet  cette
marchandise  que  vous  exportez  et  qui  vous  a  coûté  deux  jours  de
travail,  ne  vous  en  aurait  coûté  qu’un,  si  vous  n’aviez  pas  repoussai
ces  machines,  dont  les  forces  ont  été  si  habilement  utilisées  par
vos  voisins.

capitaux  engagés  sur  les  classes  laborieuses.  Son  lissai  renferme  à  cet  égard  des
{.Molde  f  Mcvr.)
        <pb n="424" />
        372

PRINCIPES  UE  L’ÉCONOMIE  POfJTIQÜE.

CHAPITRE  XXXn.
DE  r/OPrSION  DE  M.  MALTHl  S  SD  R  LA  RENTE.

Quoique  je  me  sois  étendu  assez  longuement,  dans  les  premiers
eliapitres  de  eet  ouvrage,  sur  la  nature  de  la  rente,  je  me  erois  eependant
  obligé  d’examiner  eertaines  opinions  émises  sur  eette  matière ­
  ,  opinions  qui  me  paraissent  fausses,  et  qui  sont  d’autant  plus
dangereuses,  qu’elles  se  trouvent  énoncées  dans  les  écrits  d’un  penseur ­
  auquel  diverses  branches  de  l’Economie  politique  doivent  plus
qu’à  aucun  autre  auteur  vivant.  Je  saisis  cette  opportunité  pour  témoigner ­
  de  mon  admiration  pour  VEssai  sur  la  population,  de  M.  Malthus.
  Les  attaques  des  adversaires  de  eet  admirable  ouvrage  n’ont
servi  qu’à  démontrer  la  solidité  des  doctrines  qu’il  renferme,  et  je
suis  convaincu  que  la  réputation  bien  méritée  de  son  auteur  s’étendra ­
  à  mesure  qu’on  cultivera  davantage  la  science  dont  il  est
l’im  des  ornements  les  plus  distingués.  M.  Malthus  a  aussi  expliqué
d’une  manière  satisfaisante  la  théorie  de  la  rente,  et  il  a  fait  voir
qu’elle  monte  ou  s’abaisse  selon  les  avantages  relatifs  de  fertilité  ou
de  situation  des  différents  terrains  en  culture.  Par  là  il  a  répandu
beaucoup  de  lumières  sur  plusieurs  points  difficiles  qui  ont  du  rapport ­
  avec  le  fermage,  et  qui  étaient  inconnus  auparavant  ou  trèsimparfaitement
  compris;  il  mC  paraît  cependant  être  tombé  dans
quelques  erreurs,  que  son  autorité  rend  plus  nécessaire  de  combattre ­
  ;  et  ce  devoir  devient  moins  pénible  en  raison  de  la  noble  simplicité ­
  qui  le  caractérise.
Une  de  ces  erreurs  consiste  dans  la  supposition  que  la  rente  est
un  profit  net,  et  une  nouvelle  création  de  richesse.
Je  n’admets  pas  toutes  les  opinions  de  M.  Buchanan  au  sujet  de
la  rente  ;  mais  je  suis  parfaitement  d’accord  avec  les  observations
contenues  dans  le  passage  suivant  de  sou  ouvrage,  et  qui  a  été
transcrit  par  M.  Malthus.  Par  la  même  raison,  je  ne  saurais  adopter ­
  le  commentaire  que  ce  dernier  auteur  eu  donne  :
        <pb n="425" />
        CH.  XXXll.  —  DE  L’OIMMON  HE  M.  MALTliÜS  SLR  LA  RENTE.  373
"  Sous  ce  point  de  vue,  la  reute  ne  peut  rien  ajouter  au  capital
"  do  la  communauté  en  général  ;  car  l’excédant  net  en  question  n’est
“  rien  de  plus  qu’un  revenu  qui  passe  des  mains  d’une  classe  de  la
«  société  dans  celles  d’une  autre,  et  il  est  évident  que  cela  ne  peut
»  pas  créer  un  fonds  susceptible  de  couvrir  l’impôt.  Le  revenu  qui
“  paie  les  produits  de  la  terre,  existe  déjà  entre  les  mains  de  ceux
-  qui  achètent  ces  produits,  et  si  le  prix  des  subsistances  était  plus
-  bas,  il  resterait  dans  leurs  mains,  où  il  serait  tout  aussi  aisé  de
-  le  soumettre  à  un  impôt,  que  lorsque,  en  raison  d’un  prix  plus
»  élevé,  il  a  passé  dans  les  mains  du  propriétaire  foncier.  »

Après  diverses  observations  sur  la  différence  qui  existe  entre  les
produits  de  l’agriculture  et  les  objets  manufacturés,  M.  Maltbus
demande  :  «  Est-il  dès  lors  possible  de  considérer  la  rente,  avec
»  M.  de  Sismondi,  comme  un  simple  produit  du  travail,  cLmme
•  une  valeur  purement  nominale,  et  qui  n’est  que  le  résultat  de
-  cette  augmentation  de  prix  qu’un  vendeur  obtient  par  l’effet  d’un
:  i."  r.iïr'SÂ  r‘
J  ai  deja,  en  traitant  de  la  rente,  exprimé  nettement  mon  opinion,
et  J  ajouterai  que  la  rente  est  une  création  de  valeur,  dans  le  sens
que  je  donne  à  ce  mot,  mais  non  une  créaüon  de  richesse.  Si  le  pr¡¿
du  blé,  en  raison  de  la  difficulté  d  en  produire  une  portion  queleoiinon-seulement
  contre  plus  d'argent,  mais  aussi  contre  une  plus
grande  quantité  de  toute  espèce  de  marchandises,  il  est  clair  que  les
propriétaires  auront  une  valeur  plus  forte  ;  et  comme  cela  ne  dimi
nuera  la  richesse  de  personne,  la  société  entière  possédera  une  somme
plus  considerable  de  valeur,  et  dans  ce  sens  la  rente  devient  une  création ­
  de  valeur.  Mais  cette  valeur  peut  être  regardée  comme  nominale, ­
  en  ce  qu  elle  n’ajoute  rien  à  la  richesse  de  la  société,  c’est-àdirc
  a  la  masse  des  choses  nécessaires,  commodes  ou  agréables.  Nous
aurions  toujours  précisément  la  même  quantité  de  choses,  pas  davantage, ­
  et  le  même  million  de  quarters  de  blé;  mais  l'clfet  de  la
laussc  du  blé,  de  i  à  5  I.,  serait  de  faire  passer  une  partie  de  la  vacur
  du  blé  et  des  autres  marchandises  des  mains  de  leurs  anciens

•4n  Inquby  into  the  nature  and  progress  of  lient,  pag.  15
        <pb n="426" />
        374  '  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.'
possesseurs  dans  celles  des  propriétaires.  La  reutee  est  donc  une
création  de  valeur,  mais  non  une  création  de  richesse.  Il  n’ajoute
rien  aux  ressources  du  pays  ;  il  ne  lui  fournit  pas  les  moyens  d’entretenir ­
  des  escadres  et  des  armées  ;  car  le  pays  aurait  un  fonds  disponible ­
  plus  considérable  si  son  terrain  était  d’une  meilleure  qualité,
et  il  pourrait  employer  le  même  capital  sans  donner  naissance  à  la
rente.
Dans  une  partie  de  son  ouvrage,  M.  Malthus  observe  que,  «  la
»  cause  immédiate  de  la  rente  est  évidemment  l’excédant  du  prix
»  sur  les  frais  de  production,  obtenus  par  la  vente  des’produits
»  agricoles  sur  le  marché  :  »  et  dans  un  autre  endroit,  il  dit  que
«  les  causes  du  haut  prix  des  productions  agricoles  peuvent  se  ré-»
  duire  aux  trois  suivantes  :
»  En  premier  lieu,  et  c’est  la  cause  la  plus  importante,  vient  la
«  qualité  de  la  terre,  qui  permet  d’en  retirer  une  quantité  plus  con-«
  sidérable  de  choses  nécessaires  à  la  vie.  En  second  lieu,  se  place
«  la  propriété  particulière  qu’ont  les  choses  nécessaires  à  la  vie,  de
»  pouvoir  se  créer  d’eUes-mêmes  une  demande,  ou  de  faire  naître
»  un  nombre  de  consommateurs  proportionné  à  la  quantité  de  ces
»  denrées  produites  :  en  troisième  lieu,  enfin,  la  rareté  comparative
»  des  terrains  plus  fertiles.  »  ;
En  parlant  du  haut  prix  du  blé,  il  est  évident  que  M.  Malthus  ne
veut  pas  parler  du  prix  par  quarter  ou  par  boisseau,  mais  plutôt
de  l’excédant  de  prix  de  toute  la  production  sur  les  frais  qu’elle  a
coûtés,  entendant  toujours,  par  frais  de  production,  les  profits  aussi
bien  que  les  salaires.  Cent  cinquante  quarters  de  blé,  à  3  1.  10  sh.
le  muid,  doivent  rapporter  une  plus  forte  rente  au  propriétaire  que
cent  quarters  à  4  1.,  pourvu  que  les  frais  de  production  soient  les
mêmes  dans  les  deux  cas.
L’élévation  du  prix,  si  l’on  prend  l’expression  dans  ce  sens,  ne
peut  être  dite  la  cause  de  la  rente.  On  ne  saurait  dire  que  «  la  cause
»  immédiate  de  la  rente  est.  évidemment  l’excédant  des  prix  sur
»  les  frais  de  production;  »  car  c’est  précisément  cet  excédant  qui
constitue  la  rente.  M.  Malthus  a  défini  la  rente  «  la  portion  de
»  la  valeur  de  tout  le  produit  qui  reste  au  propriétaire  de  la  terre,
»  après  qu’il  a  payé  tous  les  frais  de  sa  culture  ,  —  de  quelque
»  nature  qu’ils  soient,  et  y  compris  les  profits  du  capital  employé,
»  estimé  d’après  le  taux  courant  et  ordinaire  des  profits  agricoles
»  à  une  époque  déterminée.  »  Or,  ce  que  la  rente  de  cette  portion
peut  rapporter  en  argent  est  le  montant  de  la  rente  en  argent  ;  c’est
        <pb n="427" />
        CH.  XXXII.  —DE  L’OPLMON  DE  M  MALTllUS  SUK  LA  RENTE.  375
ce  que  M.  Maltlius  appelle  «  l’excédant  du  prix  sur  les  frais  de
»  production;  »  et  par  conséquent,  en  recherchant  les  causes  qui
peuvent  faire  monter  le  prix  des  produits  agricoles,  comparé  avec
les  frais  de  production,  nous  recherchons  les  causes  qui  peuvent
faire  monter  les  rentes.
Par  rapport  à  la  première  cause  de  hausse,  M.  ^lalthus  fait  les
observations  suivantes  ;  «  11  nous  reste  encore  à  connaître  pourquoi
»  la  consommation  et  rapprovisionncmcnt  sont  tels,  qu’ils  font
»  monter  le  prix  si  fort  au-dessus  des  frais  de  production.  La  cause
«  principale  est  évidemment  la  fertilité  de  la  terre  qui  produit  les
»  choses  nécessaires  à  la  vie.  Diminuez  cette  abondance,  diminuez  la
»  fertilité  de  la  terre,  et  l’excédant  diminuera  ;  diminuez-la  encore,
»  et  il  disparaîtra.  »  Certes,  l’excédant  des  choses  nécessaires  diminuera ­
  et  disparaîtra,  mais  ce  n’est  pas  de  cela  dont  il  est  question  ;  il
s’agit  de  savoir  si  l’excédant  du  prix  de  ces  objets  de  première  nécessité ­
  sur  les  frais  de  j)roduction  diminuera  ou  disparaîtra;  car
c  est  de  cette  circonstance  que  dépend  la  rente  en  monnaie.  De  ce
que  l’excès  de  quantité  doit  diminuer  et  disparaître,  M.  Alalthus  estil
  en  droit  de  conclure  que  «  la  cause  de  l’excédant  de  prix  des  choses
»  nécessaires  dépend  de  leur  abondance  plutôt  que  de  leur  rareté,  et
»  est  non-seulement  essentiellement  différente  de  la  cherté  occasion-“
  née  par  des  monopoles  artificiels,  mais  encore  du  prix  élevé  des
»  produits  particuliers  de  la  terre,  autres  que  les  subsistances,  pro-"
  duils  qu’on  peut  nommer  des  monopoles  naturels  et  nécessaires?  «
IN’y  aurait-il  pas  des  circonstances  dans  lesquelles  la  fertilité  de
la  terre  et  l'abondance  de  ses  produits  peuvent  éprouver  une  diminution ­
  sans  en  occasionner  une  pareille  dans  ce  produit  net,  c’est-àdire
  ,  sans  occasionner  une  diminution  des  rentes?  Si  ce  cas  peut
exister,  la  proposition  de  M.  Malthus  devient  beaucoup  trop  générale ­
  ;  car  il  me  semble  qu’il  pose  en  principe  général,  (¡ue  la  rente
doit  hausser  par  l’augmentation  de  la  fertilité  de  la  terre  ,  et  qu’elle
doit  baisser  par  la  diminution  de  sa  fertilité.
M.  Malthus  aurait  raison  sans  doute,  si,  à  mesure  que  la  terre  rendrait ­
  plus  de  produits,  il  en  était  payé  une^plus  forte  part  au  propriétaire; ­
  mais  il  en  arrive  tout  autrement.  Quand  il  n’y  a  en  culture
que  les  terrains  les  plus  fertiles,  le  propriétaire  n’a  que  la  moindre
part  de  tout  le  produit,  aussi  bien  que  la  moindre  valeur,  et  ce  n’est
que  quand  on  a  besoin  des  terres  de  qualité  inférieure,  pour  nourrir
une  population  croissante,  (jue  la  part  de  tout  le  produit  qui  revient
au  propriétaire,  ainsi  (jue  sa  valeur,  augmentent  progressivement.
        <pb n="428" />
        \

•376

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Supposons  que  la  demande  soit  de  un  million  de  quarters  de  blé,
et  que  ce  soit  le  produit  des  terres  actuellement  en  culture  ;  supposons ­
  encore  que  la  fertilité  de  ces  terres  soit  tellement  diminuée,
qu’elles  ne  rendent  plus  que  neuf  cent  mille  muids,  la  demande  étant
de  un  million  de  muids,  le  prix  du  blé  hausserait,  et  il  faudrait  avoir
recours  à  des  terrains  d’une  qualité  inférieure  plus  tôt  qu’on  ne  l’aurait ­
  fait  si  les  bonnes  terres  avaient  continué  à  produire  un  million
de  quarters.
C’est  cette  nécessité  de  mettre  des  terres  d’une  qualité  inférieure
en  culture,  qui  est  la  cause  de  l’augmentation  de  la  rente.  La  rente
n’est  pas,  il  faut  se  le  rappeler,  en  proportion  de  la  fertilité  absolue  des
terres  en  culture,  mais  en  proportion  de  leur  fertilité  relative.  Toute
cause  qui  portera  les  capitaux  vers  la  culture  des  terrains  ingrats
doit  la  faire  hausser,  puisque  la  rareté  comparative  des  terrains  les
plus  fertiles  est  la  source  de  la  rente,  ainsi  que  M.  Malthus  l’a  annoncé ­
  dans  sa  troisième  proposition.  Le  prix  du  blé  doit  naturellement ­
  s’élever  par  suite  de  la  difficulté  qu’on  éprouve  d’en  obtenir
les  dernières  portions  ;  cependant,  comme  les  frais  de  production
ne  s  accroîtront  pas  sur  les  terres  les  plus  fertiles,  que  le  salaire  et
les  profits,  pris  ensemble,  conserveront  la  même  valeur*,  il  est  clair
que  l’excédant  du  prix  par  delà  les  frais  de  production,  ou,  en  d’autres ­
  termes,  la  rente,  doit  monter  par  suite  de  la  diminution  de
fertilité  de  la  terre,  à  moins  qu’une  grande  réduction  de  capital,  de
population  et  de  demande  ne  s’y  oppose.
'  Il  ne  paraît  donc  pas  que  la  proposition  de  M.  Malthus  soit  exacte;
la  rente  ne  monte  ni  ne  baisse  d’une  manière  immédiate  et  nécessaire ­
  à^proportion  de  l’augmentation  ou  de  la  diminution  de  la  fertilité ­
  de  la  terre  ;  mais  l’augmentation  de  sa  fertilité  la  rend  susceptible ­
  de  payer  à  la  longue  une  rente  plus  forte.  Des  terres  très-peu
fertiles  ne  peuvent  jamais  fournir  un  rente  ;  des  terres  médiocrement ­
  fertiles  peuvent  supporter  de  payer  une  rente  modique  lorsque
la  population  s’accroît;  et,  dans  ce  même  cas,  les  terres  très-fertiles
peuvent  payer  une  grosse  rente,  mais  ce  n’est  pas  la  même  chose
de  pouvoir  supporter  une»  forte  rente,  et  de  la  supporter  elTective-*

  Voyez  le  chapitre  des  Profits,  où  j’ai  essayé  de  démontrer  que,  quelque
facilité  ou  difficulté  qu’on  puisse  rencontrer  dans  la  production  du  blé,  les  salaires ­
  et  les  profits  conservent  la  même  valeur.  Quand  les  salaires  haussent,  c’est
toujours  aux  dépens  des  profits,  et  quand  ils  baissent  les  profits  s’en  augmentent.
•  (Note  de  l’Auteur.J
        <pb n="429" />
        CH.  XXXll.  —  DE  L’OPIMON  DE  M.  MALTHUS  SDK  LA  HENTtl,  377
ment.  Les  rentes  peuvent  être  plus  basses  dans  un  pays  dont  les  terres
sont  extrêmement  fertiles,  que  daus  un  autre  où  elles  ne  sont  que
d  un  rapport  médiocre  ;  car  la  rente  est  en  raison  de  la  fertilité
relative  plutôt  que  de  la  fertilité  absolue,  en  raison  de  la  valeur  des
produits  plutôt  que  de  leur  abondance.  M.  Maltbus  dit  que  «  la  cause
«  qui  fait  que  des  choses  nécessaires  à  la  vie  donnent  un  produit
•  net,  tient  plutôt  à  l’abondanco  de  ces  denrées  qu’à  leur  rareté  ,  et
•  diffère  essentiellement  à  la  fois  de  l’élévation  des  prix  occasionnée
»  par  des  monopoles  artificiels  et  du  haut  prix  de  certains  produits
»  naturels,  autres  que  les  subsistances,  et  que  l’on  peut  nommer  des
"  monopoles  naturels  et  nécessaires.  »
N’arrive-t-il  donc  jamais  que  la  fertilité  de  la  terre  et  la  richesse
de  ses  produits  diminuent  sans  diminuer  nécessairement  le  produit
net  ou  la  rente?  Si  ce  fait  n’est  pas  sans  exemple,  la  proposition  de
M.  Maltbus  prend  donc  un  caractère  trop  absolu  :  car  il  parait  avoir
établi  avec  l’inflexibilité  d’un  principe,  que  la  rente  s’élève  ou  s’abaisse
  toujours  lorsque  s’élève  ou  s’abaisse  la  fertilité  de  la  terre.
M.  Maltlms  aurait  incontestablement  raison,  si  la  part  du  propriétaire ­
  se  grossissait  proportionnellement  à  l’aliondance  croissante  des
récoltes  sur  tout  domaine  :  mais  c’est  dans  le  contraire  précisément
qu  II  faut  aller  chercher  la  vérité.  Lorsque  les  terres  d’une  fertilité
supérieure  sont  seules  livrées  à  la  culture,  la  part  du  propriétaire,
en  quantité  et  en  valeur,  est  à  son  minimum  ;  et  c’est  seulement  lorsque ­
  les  [besoins  d’une  population  croissante  ont  provoqué  le  défrichement ­
  des  sols  moins  riches,  qu’augmente  progressivement  cette
part.
Supposons  que  les  nécessités  de  la  situation  fassent  demander  un
million  de  quarters  de  blé,  et  que  ce  million  soit  récolté  sur  la  superficie ­
  de  terrain  actuellement  cultivée;  supposons  encore  que  la  fertilité ­
  de  ce  territoire  s’altère  au  point  de  ne  plus  donner  que  900,000
quarters  :  la  demande  restant  toujours  d’un  million  de  quarters  le
prix  du  blé  s  élèverait,  et  on  devancera  ainsi  le  moment  où  l’on  aurait
défriché  les  terrains  inférieurs,  si  la  fertilité  de  l’ancien  sol  était
restée  la  même.  Mais  c’est  précisément  l’indispensable,  l’implacable
nécessité  du  recours  à  des  terrains  moins  riches  qui  crée  et  élève  la
rente,  etjqui  l’élève  alors  même  que  le  blé  reçu  par  le  propriétaire  se
trouve  réduit  eu  quantité,  l^a  rente,  il  faut  bien  se  le  rappeler,  n’est
pas  en  proportion  de  la  fertilité  absolue  des  terres  cultivées,  mais
en  proportion  de  leur  fertilité  relative.  Toute  cause  qui  fait  affluer  le
capital  sur  un  sol  pauvre  accroît  la  rente  sur  les  (pialitcs  supérieures.
        <pb n="430" />
        378  -  •  ‘  -  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Torigiue,  la'source  de  la  rente  étant,  comme  l’a  établi  M.  Âialthus
dans  la  troisième  proposition,  «  la  rareté  comparative  des  sols  fertiles.
  »
Le  prix  du  blé  s’élèvera  naturellement  à  mesure  que.grandiront
les  diflicultés  de  la  production,  et,  quoique  la  quantité  récoltée  sur  une
ferme  ait  diminué,  la  valeur  de  cette  récolte  aura  augmenté.  Mais
comme  le  coût  de  la  production  ne  croîtra  pas  sur  les  terres  les  plus
fertiles,  comme  les  salaires  et  les  profits  ,  pris  ensemble,  conserveront ­
  toujours  la  même  valeur,  il  est  évident  que  l’excédant  du  prix
sur  des  frais  de  production,  en  d’autres  termes,  que  la  rente,  à  moins
d’être  entravée  par  une  grande  réduction  de  capital,  de  population
et  de  demande,  croîtra  parallèlement  à  l’épuisement  des  terres.
La  proposition  de  M.  Maltbus  ne  me  paraît  donc  pas  parfaitement
exacte.  La  rente  ne  s’élève  pas  et  ne  s’abaisse  pas  immédiatement,  nécessairement ­
  lorsque  grandit  ou  diminue  la  fertilité  de  la  terre  :  mais
en  gagnant  en  fertilité,  la  terre  peut  supporter  et  supporte  un  loyer
plus  considérable.  Des  terres  d’une  riebèsse  très-médiocre  ne  peuvent ­
  jamais  donner  de  rentes  ;  celles  d’une  fertilité  moyenne  peuvent,
grêce  au  mouvement  ascendant  de  la  ])opulation,  donner  une  rente
modérée  ;  enfin,  celles  des  catégories  supérieures  donneront  de  forts
loyers,  mais  il  y  a  une  grande  différence  entre  l’aptitude  à  payer
une  rente  et  le  paiement  actuel,  effectif  de  cette  rente.  La  rente  peut
être  plus  basse  dans  un  pays  où  les  terres  sont  excessivement  fécondes,
que  dans  un  territoire  d'une  richesse  moyenne  ;  car  elle  se  proportionne ­
  à  la  fertilité  relative  plutôt  qu’à  la  fertilité  absolue,  à  la  valeur ­
  du  produit  plutôt  qu’à  son  abondance.
M.  Maltbus  suppose  que  la  rente  provenant  des  terres  qui  produisent ­
  ces  denrées  spéciales,  qu’on  a  pu  appeler  des  monopoles  naturels ­
  et  nécessaires,  est  réglée  par  un  principe.différent  de  celui  qui
régit  la  rente  de  ces  terres  qui  produisent  des  subsistances.  11  croit
que  c’est  la  rareté  de  ces  produits  privilégiés  qui  créent  une  forte
rente,  et  que,  pour  les  subsistances,  c’est  leur  multiplicité  au  contraire ­
  qui  amène  ce  résultat.
Cette  distinction  ne  me  paraît  pas  fondée  :  car  vous  élèverez  tout
aussi  immédiatement  la  rente  des  terres  qui  donnent  les  vins  précieux ­
  que  celle  des  terres  à  blé,  en  accroissant  le  produit.  Il  va  sans,
dire  que  la  demande  de  blé  se  sera  accrue,  car  autrement,  un  afflux
de  céréales  sur  le  marché  abaisserait,  au  lieu  de  l’augmenter,  la  rente
des  terres  à  blé.  Quelle  que  soit  d’ailleurs  la  nature  de  la  terre,  une
rente  élevée  dépend  du  haut  prix  du  produit;  mais  ce  haut  prix  une
        <pb n="431" />
        cu.  XXXIl.  —  DE  L’OPIMON  DE  M.  MALTUUS  SUK  LA  DENTE.  379
íois  acquis,  la  rente  s’élèvera  dans  le  rapport  de  l’abondance  et  non
de  la  rareté  de  ces  denrées.
11  n  y  a  nul  besoin  de  produire  constamment  une  denrée  dans  une
quantité  plus  grande  que  la  demande  ne  l’exige.  Si,  par  hasard,  la
production  excédait  la  demande,  cette  denrée  tomberait  au-dessous  de
son  prix  naturel,  et  par  conséquent  elle  ne  rapporterait  pas  ses  frais
de  production,  en  y  joignant  les  profits  courants  et  ordinaires  du  capital; ­
  l’approvisionnement  en  serait  diminué  jusqu’à  ce  qu’il  se
trouvât  en  rapport  avec  la  demande,  et  que  le  prix  courant  atteignît
le  niveau  du  prix  naturel.
M.  Malthus  me  ])araît  trop  disposé  à  croire  que  la  population
n’augmente  que  par  l’effet  d’un  surcroît  dans  la  quantité  des  subsistances; ­
  «  que  les  subsistances  se  créent  d’elles-mêmes  une  demande  ;  «  que
c’est  en  fournissant  d’abord  des  aliments  au  peuple  qu’on  encourage
les  mariages,  au  lieu  de  remarquer  que  le  progrès  général  de  la  population ­
  est  affecté  par  l’accroissement  des  capitaux,  et  par  la  plus
forte  demande  de  bras,  et  la  hausse  des  salaires  qui  en  sont  la  suite,
enfin  que  la  production  des  subsistances  n’est  que  l’effet  de  cette  demande. ­

C  est  en  donnant  à  l’ouvrier  plus  d’argent,  ou  une  plus  grande
quantité  de  toute  autre  marchandise,  moyennant  laquelle  on  paie  son
travail,  que  le  sort  de  l’ouvrier  devient  meilleur.  L’accroissement  de
la  population  et  l’augmentation  des  subsistances  seront  presque  toujours ­
  un  effet,  mais  non  un  effet  nécessaire  de  la  hausse  des  salaires.
Le  sort  de  l’ouvrier,  amélioré  par  l’excédant  de  valeur  qu’il  reçoit
en  paiement  de  son  travail,  ne  lui  impose  pas  l’obligation  de  se
marier  et  de  se  charger  du  soin  d’une  famille  ;  il  peut,  si  cela  lui  plaît,
échanger  son  salaire  augmenté  contre  des  objets  qui  puissent  contribuer ­
  à  augmenter  ses  jouissances,  comme  des  chaises,  des  tables,  de
la  quincaillerie,  ou  de  meilleures  hardes,  du  sucre  et  du  tabac.  Dans
ce  cas  1  augmentation  de  son  salaire  n’aura  d’autre  effet  que  d’augmenter ­
  la  demande  de  quelques-unes  de  cos  marchandises:  et  comme
le  nombre  des  ouvriers  ne  se  sera  pas  beaucoup  augmenté,  leurs  salaires ­
  se  conserveront  toujours  élevés.  Mais  quoique  telle  pût  être  la
suite  de  l’augmentation  des  salaires,  cependant  il  est  tant  de  douceurs
«ans  la  famille,  qu’on  voit  constamment  dans  le  fait  l’accroissement
ue  population  suivre  l’amélioration  du  sort  de  l’ouvrier  ;  et  c’est  uniquement ­
  parce  que  cela  est  ainsi  qu’il  survient  une  nouvelle  et  jilus
forte  demande  de  subsistances.  Cette  demande  est  donc  l’effet  de
1  augmentation  de  population,  mais  elle  n’en  est  pas  la  cause;  c’est
        <pb n="432" />
        380

•  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
uniquement  parce  que  les  dépenses  du  peuple  prennent  cette  direction, ­
  que  le  prix  courant  des  objets  de  première  nécessité  excède
leur  prix  naturel,  et  que  la  quantité  de  subsistances  requise  est  produite ­
  ;  et  c’est  parce  que  la  population  s’accroît  que  les  salaires  tombent ­
  de  nouveau.
Quel  motif  un  fermier  peut-il  avoir  pour  produire  plus  de  blé  qu’on
n’en  demande,  quand  il  sait  que  cela  fera  tomber  le  prix  courant  audessous
  de  son  prix  naturel,  et  le  privera  par  conséquent  d’une  partie ­
  de  ses  profits,  en  les  réduisant  au-dessous  du  taux  général?  «  Si  les
»  objets  de  première  nécessité,  dit  M.  Malthus,  les  produits  les  plus
»  précieux  de  la  terre,  n’avaient  pas  la  propriété  de  faire  naître  un
»  surcroît  de  demande  proportionné  à  l’augmentation  de  leur  quan-»
  tité,  une  telle  augmentation  occasionnerait  une  baisse  dans  leur  va-V
  leur  échangeable  *.  Quelque  abondants  que  soient  les  produits  d’un
»  pays,  sa  population'peut  rester  stationnaire;  or,  cette  abondance
»  qui  ne  serait  pas  accompagnée  d’une  demande  proportionnée,  mais
■  qui  élèverait  considérablement  le  prix  des  salaires  du  travail  esti-»
  mé  en  blé,  pourrait  réduire  le  prix  des  produits  de  la  terre  ,  ainsi
»  que  celui  des  produits  manufacturés,  aux  simples  frais  de  produc-»
  tion.  »  '  *
Pourrait-on  réduire  le  prix  des  produits  de  la  terre  aux  simples
frais  de  production?  Ce  prix  reste-t-il  donc  jamais  bien  longtemps
au-dessus,  ou  au-dessous  des  frais  de  production?  M.  Malthus  luimême
  ne  convient-il  pas  que  cela  ne  peut  jamais  avoir  lieu?  «  J’es-»
  père,  dit-il,  qu’on  m’excusera  si  je  m’étends  un  peu  en  présentant
»  aux  lecteurs,  sous  diverses  formes,  la  doctrine  qui  pose  en  principe
w  que  le  blé,  selon  la  quantité  qui  en  est  actuellement  produite,  se
»  vend  à  son  prix  nécessaire,  de  même  que  les  produits  manufacturés';
»  c’est  que  cette  vérité,  que  je  regarde  comme  étant  de  la  plus  haute
»  importance,  n’a  été  connue  ni  des  économistes,  ni  d’Adam  Smith,
»  ni  de  tous  les  auteurs  qui  ont  avancé  que  les  produits  de  la  terre
"  se  vendaient  toujours  à  un  prix  de  monopole.
»  Tout  pays  d’une  certaine  étendue  peut  donc  être  considéré
»  comme  possédant  une  gradation  de  machines  servant  à  la  pro-«
  duction  du  blé  et  des  matières  premières,  en  comprenant  dans
»  cette  gradation  non-  seulement  toutes  les  différentes  qualités

,1  De  quelles  augmentations  de  quantité  M.  Malthus  veut-il  parler?  Qui  la  produira? ­
  Qui  peut  avoir  des  motifs  pour  la  produire  avant  qu'il  existe  au  préalable
une  demande  pour  cette  quantité  additionnelle?  iNote  de  VAuteur.j
        <pb n="433" />
        CII.  XXXll.  -  DE  L’01‘1M()N  DE  M.  MALTIIUS  SUli  LA  RENTE.  381
•  (Ic  mauvais  terrains,  dont  il  existe  eu  général  dans  tous  les  pays
»  une  assez  grande  quantité,  maisj  aussi  les  machines  moins  par-"
  faites  dont  on  peut  dire  qu’on  fait  usage  quand  on  force  de  bonnes
»  terres  h  donner  un  produit  toujours  croissant.  A  mesure  que  le
prix  des  produits  agricoles^  continue  à  hausser,  ces  machines
"  moins  parfaites  sont  successivement  employées,  et  à  mesure  que
*&amp;gt;  le  prix  de  ces  produits  continue  à  baisser,  on  met  successivement
•*  ces  machines  de  côté.  Cette  application  démontre  à  la  fois  le  rap-»
  port  nécessaire  qui  existe  entre  le  prix  actuel  du  hlé  et  sa  produc-»
  tion  actuelle,  et  l’effet  tout  différent  qu’auraient  une  grande  ré-»
  duction  dans  le  prix  des  produits  manufacturés  et  une  grande
»  réduction  dans  le  prix  des  produits  de  la  terre  \  *
Comment  concilier  ces  passages  avec  celui  où  il  est  dit  que  si
les  choses  de  première  nécessité  n’avaient  pas  la  propriété  de  faire
naître  une  augmentation  de  demande  proportionnée  à  l’augmentation ­
  de  leur  quantité,  ce  surplus  de  produit  aurait  alors,  et  alors  seulement, ­
  l’effet  de  réduire  le  prix  des  prmluits  agricoles  aux  simples
frais  de  production  ?  Si  le  hlé  n’est  jamais  au-dessous  de  son  prix  il
n  est  jamais  plus  abondant  que  ce  qu’exige  la  population  existante
pour  la  consommation;  on  ne  peut  eu  faire  un  approvisionnement
l)our  d’autres  consommateurs;  il  ne  peut  donc  jamais,  par  son  abondance ­
  et  par  son  bas  prix,  devenir  un  encouragement  à  la  popula-*

  Voyez  Inquiry,  etc.  «  Dans  tous  les  pays  dont  la  prospérité  est  progressive  le
&amp;gt;.  prix  moyen  du  blé  n'est  jamais  plus  haut  qu’il  ne  faut  pour  maintenir  le  taux
»  moyen  de  l’augmentation  de  production...  Observations,  pag.  21.
«  Toutes  les  fois  qu’on  consacre  de  nouveaux  capitaux  à  la  culture  de  la  terre
&amp;gt;.  pour  en  retirer  des  produits  suffisants  pour  une  population  croissante  soi!
"  (1"  O»  emploie  ce  capital  à  défricher  de  nouveaux  terrains,  ou  à  bonifier  des
•&amp;gt;  terres  déjà  en  culture^  le  point  principal  qu'on  a  en  vue,  ce  sont  les  retours  que
on  attend  de  ce  capital  ;  c’est  pourquoi  l’on  ne  saurait  retrancher  la  moindrp
*&amp;gt;  portion  des  profits  bruts  sans  affaiblir  les  motifs  qui  peuvent  déterminer  les
"  ‘capitalistes  a  employer  leurs  fonds  de  cette  manière.  Toute  diminution  des  nrix
^^.te  pour  le  fermier,  doivent  entrer  en  comptes;  et  si,  tous  ces  déboursés
calcules  le  prix  du  produit  ne  laisse  pas  une  rétribution  suffisante  pour  le  capiemp
  oyé,  d  après  le  taux  général  des  profits,  et  une  rente  au  moins]  égale  à
rente  que  payait  la  terre  dans  son  état  antérieur,  il  ne  peut  y  avoir  de  motifs
"  su  lisants  pour  qu’on  entreprenne  les  améliorations  projetées.  »  Observations,
{'Aote  de  l’Auteur.)
        <pb n="434" />
        38“2

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
tion.  A  proportion  que  le  blé  peut  être  produit  à  peu  de  frais,  le  surhaussemeiit
  des  salaires  des  ouvriers  augmentera  les  moyens  qu’ils
ont  d’entretenir  leurs  familles.  Aux  Etats-Unis  la  population  s’accroît ­
  rapidement,  parce  que  la  nourriture  y  est  produite  à  bas  prix,
et  non  parce  qu’il  y  existe  des  approvisionnements  abondants  produits
à  l’avance.  En  Europe,  la  population  augmente  lentement  en  comparaison, ­
  parce  que  la  production  des  subsistances  y  est  coûteuse.  D’après ­
  le  cours  ordinaire  des  choses,  la  demande  précède  toujours  l’approvisionnement ­
  d’une  denrée  quelconque.  En  soutenant  que  le  blé,
comme  les  produits  manufacturés,  s’il  n’avait  pas  la  propriété  de  faire
naître  ses  consommateurs,  tomberait  à  son  prix  de  production,
M.  Maltlius  ne  peut  pas  vouloir  dire  que  toute  la  rente  serait  absorbée, ­
  puisqu’il  a  lui-même  observé  avec  raison  que  lors  même  que
les  propriétaires  renonceraient  tout  à  fait  à  leur  rente,  le  blé  ne
baisserait  pas  de  prix  pour  cela.  La  rente  est  l’effet  et  non  la  cause
des  hauts  prix,  car  il  y  a  toujours  des  terres  en  culture  qui  ne
paient  aucune  rente,  et  dont  le  produit  en  blé  ne  rapporte  pas  un
prix  suffisant  pour  payer  les  salaires  et  les  profits.
Dans  le  passage  suivant,  M.  Maltlius  a  exposé  habilement  les  causes ­
  de  la  hausse  du  prix  des  produits  agricoles  dans  les  pays  riches
dont  la  prospérité  est  croissante,  et  je  suis  là-dessus  entièrement  d’accord ­
  avec  lui  ;  mais  il  me  semble  qu’il  est  en  contradiction  avec  quelques-unes ­
  des  propositions  qu’il  a  avancées  dans  différents  endroits
de  son  Essai  sur  la  Rente.
«  J’ose  affirmer,  dit-il,  qu’abstraction  faite  des  variations  subies
»■  par  le  système  monétaire  d’un  pays,  et  d’autres  circonstances  lem-»
  porairès  et  accidentelles,  la  cause  du  haut  prix  comparatif  du  blé
.  »  en  monnaie,  est  son  haut  prix  réel  comparatif,  ou  l’excédant  de
»  capital  et  de  travail  qu’il  faut  employer  pour  le  produire  ;  je  pense
»  que  ce  qui  fait  que  le  prix  réel  du  blé  va  toujours  en  montant
»  dans  des  pays  déjà  riches,  et  dont  la  prospérité  et  la  population
“  continuent  à  s’accroître,  c’est  la  nécessité  d’avoir  constamment  rc-»
  cours  à  des  terrains  plus  ingrats,  à  des  machines  dont  l’entretien
»  exige  plus  de  dépense,  et  où  chaque  nouvelle  addition  de  produits
»  agricoles  ne  s’obtient  qu’avec  plus  de  frais  ;  en  un  mot,  la  cause
»  du  fait  ci-dessus  énoncé  dépend  de  cette  importante  vérité  :  que  le
»  blé  dans  un  pays  qui  avance  en  prospérité  se  vend  au  prix  conve-»
  nable  pour  que  l’approvisionnement  demandé  soit  fourni  ;  et  qu’à
„  mesure  que  cet  approvisionnement  devient  de  plus  en  plus  difficile^
»  le  prix  hausse  à  proportion.  &amp;gt;&amp;gt;
        <pb n="435" />
        cil.  XXIII.  —  DE  L’OPiniON  DE  M.  MALTllUS  SLU  LA  DENTE.  383
C’est  avec  raison  que  dans  ce  passage  on  fait  dépendre  le  prix  réel
d’une  denrée  du  plus  ou  moins  de  travail  et  de  capital  (c’est-à-dire  de
travail  accumulé)  qu’il  faut  employer  j)our  la  produire.  Le  prix  réel
ne  dépend  pas,  comme  quelques  écrivains  l’ont  prétendu,  de  la  valeur
eu  argent,  ni,  comme  d’autres  l’ont  avancé,  de  la  valeur  estimée  en
blé,  en  travail,  ou  comparée  à  toute  autre  denrée  prise  isolément,  ou
à  toutes  les  denrées  prises  collectivement  ;  ce  prix  ne  dépend,  comme
M.  aialtlius  le  dit  avec  raison,  que  «  de  la  j)lus  ou  moins  grande  somme
"  de  capital  et  de  travail  qu’il  faut  employer  pour  la  production.  »
Parmi  les  causes  de  la  hausse  des  rentes,  M.  Malthus  compte  «  un
»  accroissement  tel  de  la  population  qu’il  en  résulte  une  baisse  des
»  salaires.  »  Mais  si  à  mesure  que  les  salaires  baissent,  les  profits  du
capital  s’élèvent,  et  que,  pris  ensemble,  ils  aient  toujours  une  même
valeur,  aucune  baisse  des  salaires  ne  pourra  faire  monter  les  rentes,
car  elle  ne  diminuera  ni  la  part,  ni  la  valeur  de  la  part  du  produit
qui  doit  appartenir  au  fermier  et  au  manouvrier  ensemble,  et  par
conséquent  elle  ne  peut  point  laisser  une  part  plus  forte  ni  une  valeur ­
  plus  considérable  pour  le  propriétaire.  À  proportion  qu’on  dépensera ­
  moins  en  salaire,  il  en  restera  plus  pour  les  profits,  el  vice
versâ.  Ce  partage  se  fera  entre  le  fermier  et  les  travailleurs,  sans  que
le  propriétaire  sen  mêle;  et  dans  le  fait,  c’est  une  affaire  dans  la-  *
quelle  rien  ne  l’intéresse,  si  ce  n’est  la  manière  dont  un  certain  mode
de  partage  peut  plus  qu’un  autre  contribuer  à  faciliter  de  nouvelles
accumulations,  et  à  augmenter  la  demande  des  terres.  Si  les  salaires
baissent,;cc  sont  les  profits  qui  monteront  et  non  les  rentes.  Le  surhaussement
  des  fermages  et  des  salaires,  et  la  diminution  des  profits
sont  en  général  les  effets  inévitables  des  mêmes  causes,  et  ces  causes
sont  :—  la  demande  croissante  de  subsistances,  la  quantité  plus  considérable ­
  de  travail  nécessaire  pour  les  produire,  et  conséquemment
leur  renchérissement.  Le  propriétaire  pourrait  renoncer  à  toute  sa
rente,  sans  que  les  travailleurs  en  tirassent  le  moindre  profit.  Si  les
travailleurs  renonçaient  à  tout  le  montant  de  leurs  salaires,  les  propriétaires ­
  n’en  retireraient  pas  non  plus  le  moindre  avantage  ;  mais
dans  ces  deux  cas,  le  fermier  recevrait  et  garderait  tout  ce  qui  pourrait ­
  être  ainsi  abandonné.  J  ai  tâché  de  faire  voir,  dans  cet  ouvrage,
qu’une  baisse  dans  les  salaires  n’aurait  d’autre  effet  que  de  faire
monter  les  profits.
Lue  autre  cause  de  la  hausse  de  la  rente,  selon  M.  Malthus,  consiste
dans  "  de  telles  améliorations  en  agriculture,  ou  dans  un  surcroît
»  d’efforts  suffisant  pour  diminuer  le  nombre  des  ouvriers  nécessaires
        <pb n="436" />
        384

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
»  pour  donner  un  résultat  déterminé.  «*  Cela  ne  ferait  pas  hausser  la
valeur  de  tous  les  produits,  et  n’augmenterait  pas  par  conséquent  la
rente.  Au  contraire  :  si,  par  suite  de  ces  améliorations,  la  quantité
nécessaire  de  subsistances  pouvait  être  obtenue  en  employant  moins
de  bras  ou  moins  de  terres,  le  prix  des  produits  agricoles  baisserait, ­
  et  une  partie’  des  .  capitaux  serait  retirée  de  l’agriculture.  Bien
ne  peut  faire  monter  la  rente  que  la  demande  de  nouveaux  terrains
moins  fertiles,  Ou  quelque  cause  qui  puisse  occasionner  un  changement ­
  dans  la  fertilité  relative  des  terrains  déjà  cultivés  *.  Des  améliorations ­
  dans  l’agriculture  et  dans  la  division  du  travail,  s’étendent ­
  à  tous  les  terrains;  elles  augmentent  la  quantité  absolue  des
produits  agricoles  de  chaque  fonds  de  terre,  sans  peut-être  déranger
beaucoup  les  proportions  relatives  qui  existaient  auparavant  entre
les  différents  terrains.
1  M.  Malthus  a  relevé  avec  raison  une  erreur  du  docteur  Smith.
«  L’argument  du  docteur  Smith,  dit-il,  se  réduit  à  ceci  :  Le  blé  a  cette
»  singulière  propriété  qu’on  ne  peut  en  encourager  la  production  de
«  la  même  manière  que  celle  de  toutes  les  autres  marchandises.  »
Il  ajoute  :  «  Je  ne  prétends  cependant  pas  contester  la  puissante
»)  influence  que  le  prix  du  blé  a  sur  le  prix  du  travail,  en  prenant
’»  le  terme  moyen  d’un  nombre  considérable  d’années  ;  mais  cette  in-«
  fluence  n’est  pas  telle  qu’elle  puisse  s’opposer  au  mouvement  des
»  capitaux  portés  vers  l’agriculture  ou  détournés  de  cet  emploi  ;  ce
b  qui  est  le  véritable  objet  de  la  discussion.  Cela  paraîtra  suffisam-»
  ment  prouvé  par  un  examen  rapide  de  la  manière  dont  le  travail
»  est  payé  et  dont  il  est  offert  dans  le  marché,  et  par  l’étude  des
»  conséquences  qui  découleraient  inévitablement  de  la  proposition
»  d’Adam  Smithy  si  elle  était  une  fois  admise*.  ¿
M.  Malthus  cherche  ensuite  à  prouver  que  la  demande  et  le  haut
prix  encouragent  d’une  manière  aussi  efficace  la  production  des  produits ­
  agricoles,  que  la  demande  et  la  cherté  de  toute  autre  marchandise ­
  encouragent  leur  production.  D’après  ce  que  j’ai  dit  sur  les  effets

’  Il  est  inutile  de  le  répéter  sans  cesse,  mais  il  faut  toujours  faire  attention  que
le  même  effet  aura  lieu,  non-seulement  par  l’emploi  de  différentes  portions  de
capital,  mais  encore  en  employant  sur  les  terres  déjà  cultivées  des  portions  différentes ­
  de  capital  avec  des  résultats  différents,  le  fermage  étant  la|  différence  du
produit  obtenu  moyennant  un  capital  et  un  travail  pareils  sur  une  même  ou  sur
différentes  qualités  de  terrains.  f^ote  de  VAuteur.)
*  Voyez  Observations,  etc.,  page  4,
        <pb n="437" />
        en.  XXXII.  -  DK  L’OPINION  DE  M.  MALTHUS  SLR  LA  RENTE.  38.%
des  [»rimes,  ou  voit  que  je  suis  entièrement  de  l’o])inion  de  M.  Maithus.
  .T’ai  cité  le  passade  de  son  ouvrage  intitulé  :  Observalions
relaHves  mix  céréales,  pour  montrer  combien  le  sens  que  cet  écrivain, ­
  dans  cet  écrit,  attache  à  l’expression  prix  réel,  diffère  de
celui  qu’il  lui  donne  dans  sa  brochure  intitulée  :  Motifs  d’une  Opinion, ­
  etc.  Dans  cc  passage,  M.  Malthus  nous  dit  que  «  c’est  la  hausse
»  du  prix  réel  du  blé  qui  seule  peut  en  encourager  la  [»roductioii,  »
et  par  prix  réel  il  est  clair  qu’il  veut  désigner  l’augmentation  de  sa
valeur  relativement  à  toutes  les  autres  choses,  ou,  en  d’autres  termes,
la  hausse  de  son  prix  courant  au-dessus  de  son  prix  naturel.  Si  c’est
là  ce  que  M.  Malthus  entend  par  prix  réel,  son  opinion  est  certainement ­
  fondée;  c’est  en  effet  le  surhaussement  du  prix  courant  du  blé
qui  seul  en  encourage  la  production  ;  car  on  peut  regarder  comme
principe  infaillible  que  la  seule  chose  qui  puisse  encourager  l’augmentation ­
  de  production  d’une  denrée,  c’est  l’excès  de  sa  valeur  courante ­
  sur  sa  valeur  naturelle  ou  nécessaire.
Mais  cette  acception  n  est  pas  celle  que,  dans  d’autres  endroits,
M.  Malthus  donne  à  l’expression  prix  réel.  Dans  l’Essai  sur  la  Rente,
il  dit  .  «  Par  prix  réel  croissant  du  blé,  j’entends  la  quantité  réelle
*»  de  travail  et  de  eapital  qui  ont  été  employés  pour  produire  les  der-“
  Bières  additions  qui  ont  été  faites  au  produit  national.  *  Dans  un
autre  endroit,  il  dit  que  «  la  cause  du  prix  réel  et  comparativement
M  élevé  du  blé,  est  la  plus  grande  quantité  de  capital  et  de  travail
»  qu’on  doit  employer  pour  sa  production  (*).  »  Si,  dans  le  passage
précédent,  l’on  substituait  à  l’expression  de  prix  rëcUa  définition
de  M.  Malthus,  n’aurait-il  pas  le  sens  suivant?  «  11  est  elair  que  c’est
»  l’augmentation  du  travail  et  du  capital  qu’il  est  nécessaire  d’em-«
  ployer  pour  la  production  du  blé  qui  peut  seule  en  encourager  la
»  production.  »  11  vaudrait  autant  dire,  que  c’est  évidemment  la
hausse  du  prix  naturel  et  nécessaire  du  blé  qui  en  encourage  la  production— ­
  proposition  tout  à  fait  insoutenable.  Ce  n’est  pas  le  prix
auquel  on  peut  produire  du  blé  qui  peut  influer  sur  la  quantité  pro-*

  En  montrant  ce  passage  à  M.  Malthus,  au  moment  où  ces  feuilles  allaient
être  livrées  à  l’impression,  il  observa  que  «  dans  ces  deux  passages,  il  avait,  par
&amp;gt;&amp;gt;  inadvertance,  employé  l’expression  pr/x  réel  au  lieu  de  frais  de  production.  »
D’après  ce  que  j’ai  déjà  dit,  l’on  verra,  que  je  pense,  au  contraire,  (|ue  dans  ces
deux  cas  il  a  employé  l’expression  de  prix  réel  dans  son  acception  vraie  et  exacte,
et  que  ce  n’est  (jue  dans  le  passage  cité  plus  haut  que  cette  expression  est  inexacte.
(Note  de  l’Auteur.J
25

{OEm\  de  Ricardo.)
        <pb n="438" />
        380

PRINCIPES  DK  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
duite,  mais  bien  le  prix  auquel  ou  peut  le  vendre.  C'est  eu  raison
de  l’exeédant  du  prix  sur  les  frais  de  production,  que  les  capitaux ­
  sont  attirés  vers  l’agriculture  ou  qu’ils  eu  sont  détournés.  Si
cet  excédant  est  tel  qu’il  donne  au  capital  ainsi  employé  un  plus  grand
profit  que  le  profit  général  des  capitaux,  ces  capitaux  aiïllieront  vers
l’agriculture.  Si  ce  profit  est  moindre  ,  on  les  détournera  de  cet  emploi. ­

Ce  n’est  donc  pas  par  un  changement  dans  le  prix  réel  du  blé  que
sa  production  est  encouragée,  mais  bien  jiar  un  cliangement  dans
son  prix  courant.  Car  ce  n’est  point  «  parce  qu’il  faut  employer  une
»  plus  grande  quantité  de  capital  et  de  travail  pour  produire  le
»blé,  »  —  telle  est  la  définition  exacte  que  M.  Itlalthus  donne
du  prix  réel,  —  qu’il  y  a  plus  de  capitaux  et  plus  de  bras  attirés
vers  l’agriculture  ;  cela  vient  uniquement  de  ce  que  le  prix  courant
est  monté  au-dessus  de  ce  prix  réel,  et  que,  malgré  le  surcroît  des
charges,  la  culture  des  terres  présente  encore  l’emploi  le  plus  profitable ­
  pour  les  capitaux.
Bien  n’est  mieux  fondé  que  les  observations  suivantes  de  M.  Malthus
  sur  la  mesure  de  la  valeur  adoptée  par  Adam  Smith.|  «  Il  est
»  clair  qu’Adam  Smith  a  été  conduit  à  raisonner  de  la  sorte  à  ce
»  sujet,  par  l’habitude  où  il  était  de  considérer  ¡e  travail  anime  la
»  mesure  constante  de  ta  valeur,  et  le  blé  comme  la  mesure  du  tra-»
  vail.Màis  riiistoirc  de  notre  pays  démontre  pleinement  combien
»  le  blé  est  une  mesure  inexacte  de  la  valeur  ;  on  y  voit  combien  la
»  main-d’œuvre,  comparée  au  blé,  a  éprouvé  de  variations  très-»
  grandes  et  remarquables,  non-seulement  d’une  année,  mais  d’un
*  siècle  à  l’autre,  et  pendant  dix  ,  vingt  et  trente  ans  consécutifs.
»  Que  ni  le  travail  ni  aucune  autre  denrée  ne  peuvent  servir  de  mesure
-&amp;gt;  exacte  de  la  valeur  réelle  d’échange,  c’est  là  un  des  principes  ran-»
  gés  aujourd’hui  en  Économie  politique  parmi  les  mieux  établis  ;
»  et  en  effet,  il  découle  de  la  définition  même  de  la  valeur  éclian-»
  geable.  »
Si,  ni  le  blé,  ni  le  travail  ne  sont  des  mesures  exactes  de  la  valeur ­
  réelle  échangeable,  et  il  est  clair  qu’ils  ne  le  sont  pas,  quelle
autre  chose  peut  donc  servir  de  mesure?  —  Aucune  assurément.
Dans  ce  cas,  si  l’expression  de  prix  réel  des  choses  a  un  sens,  ce  doit
être  celui  que  lui  donne  M.  Maltbus,  dans  son  Essai  sur  la  Hente  :
ce  prix  doit  se  mesurer  jiar  la  quantité  proportionnelle  de  capital  et
de  travail  nécessaire  pour  la  production  de  ces  choses.
Dans  ses  Recherches  sur  la  nature  de  la  Rente  M.  Maltbus  dit  :
        <pb n="439" />
        CH.  XXXII.  —  DE  L’OPIMON  DE  M.  MALTHÜS  SDR  LA  RENTE.  387
«  qu’abstraction  laite  des  variations  dans  la  monnaie  d’un  pays,  et
»  d’autres  circonstances  temporaires  et  accidentelles,  la  cause  du
«  prix  en  argent  com])arati\ement  haut  du  blé',  est  son  haut  prix
»  réel  comparatif,  ou  la  plus  (jrande  quanlilé  de  capital  et  de  travail
qu’il  faut  employer  pour  sa  production  *,  &amp;gt;&amp;gt;
Voilà,  je  pense,  l’explication  exacte  de  toutes  les  variations  permanentes ­
  du  prix  du  blé,  aussi  bien  que  du  prix  de  tous  les  autres
produits.  Une  marchandise  ne  saurait  éj)rouver  une  hausse  permanente ­
  de  prix  que  par  une  de  ces  deux  causes,  ou  parce  qu’il  faut
plus  de  capital  et  de  travail  pour  sa  production,  ou  parce  que  la  monnaie ­
  a  baissé  de  valeur;  et,  au  contraire,  une  chose  ne  saurait  baisser
de  prix  à  moins  qu’il  ne  faille  moins  de  capital  et  de  travail  pour  la
produire,  ou  que  la  monnaie  n’ait  haussé  de  valeur.
Une  variation  causée  par  un  changement  de  valeur  dans  la  monnaie
agit  à  la  fois  sur  toutes  les  marchandises  ;  mais  une  variation  causée
par  le  plus  ou  moins  de  capital  et  de  travail  nécessaires  à  la  production ­
  d  une  chose,  est  bornée,  dans  ses  effets,  à  cette  chose  même.
L  importation  libre  du  blé  ,  ou  des  perfectionnements  en  agriculture, ­
  feraient  baisser  le  prix  des  produits  agricoles,  mais  ii’inilueraient
  sur  le  prix  des  autres  marchandises,  qu’en  proportion  de  la
diminution  de  valeur  réelle  ou  de  frais  de  production  des  produits
agricoles  qui  pourraient  servir  à  fabriíjuer  ces  marchandises.
ÄI.  Maitlius  a  admis  ce  principe,  et,  pour  être  constiquent,  il  ne
IKîut  pas,  ce  me  semble,  soutenir  que  la  totalité  de  la  valeur  en  monnaie ­
  de  toutes  les  marchandises  d’un  pays  doit  diminuer  exactement
à  proportion  de  la  baisse  du  prix  du  blé.  Si  le  hjê  consommé  annuelment
  dans  le  pays  était  de  la  valeur  de  dix  millions,  et  si  les  marchandises ­
  manufacturées  et  étrangères  consommées  ])endant  le  même
temps  valaient  20  millions,  —  faisant  aiqsi  un  total  de  30  millions,
on  aurait  tort  de  conclure  que  la  dépense  annuelle  serait  réduite  à  15
millions,  parce  que  le  blé  aurait  baissé  de  50  pourcent,  ou  de  10  à
5  millions.
La  valeur  des  produits  immédiats  de  la  terre  qui  entreraient  dans
la  composition  de  ces  marchandises  manufacturées  ,  pourrait  ne  pas
excéder  20  pour  cent  de  leur  valeur  totale,  et,  par  consiiqucnt,  la
valeur  des  produits  manufacturés,  au  lieu  de  baisser  de  20  millions ­
  à  dix,  ne  tomberait  que  de  20  millions  à  18.  Après  la
        <pb n="440" />
        388  PRINCIPES  DE  L’ECONOMIE  POLITIQUE.
baisse  de  50  pour  cent  dans  le  prix  du  blé,  la  somme  totale  de  toute
la  dépense  annuelle,  au  lieu  de  tomber  de  30  millions  à  15,
descendrait  de  30  millions  à  23*.
•  Au  lieu  de  considérer  sous  ce  point  de  vue  l’effet  d’une  baisse  dans
la  valeur  des  produits  agricoles,  comme  M.  Malthus  devait  le  faire
d’après  le  principe  qu’il  venait  d’admettre,  il  la  regarde  comme  équivalant ­
  précisément  à  une  hausse  de  100  pour  cent  dans  la  valeur  de
la  monnaie,  et  il  raisonne  en  conséquence  eomme  si  toutes  les  marchandises ­
  devaient  tomber  à  la  moitié  de  leur  ancien  prix.
«  Vendant  les  vingt  années  qui  se  sont  écoulées  depuis  1794,  dit-il,
»  jusqu’à  1813,  le  prix  moyen  du  blé,  en  Angleterre,  était  d’environ
»  83  shillings  le  quarter  ;  pendant  les  dix  dernières  années  de  cette
»  période,  il  a  été  de  92  shillings,  et  pendant  les  cinq  dernières  de
»  ces  vingt  années,  de  108  shillings.  Dans  le  cours  de  ces  vingt  ans,
»  le  gouvernement  emprunta  près  de  500  millions  st.  desquels,  abs-»
  traction  faite  du  fonds  d’amortissement,  il  s’engagea  à  payer  eii-»
  virón  5  pour  cent,  selon  un  terme  moyen  approximatif.  Mais  si  le
»  blé  baissait  à  50  shillings  le  quarter,  et  toutes  les  autres  choses  à
»  proportion,  le  gouvernement,  au  lieu  d’un  intérêt  de  5  pour  cent,
»  se  trouvait  en  payer  un  de  7,  8,9,  et  mèjue  de  10  pour  les  der-»
  niers  200  millions.
»  Je  ne  trouverais  peut-être  rien  à  redire  à  une  générosité  si  ex-„
  traordinaire  envers  les  rentiers  de  l’État,  s’il  ne  fallait  pas  consi-»
  dérer  aux  dépens  de  qui  elle  est  faite  ;  et  un  moment  de  réflexion
*  suffira  pour  nous  faire  apercevoir  que  ce  ne  peut  être  qu’aux  dé-»
  pens  des  classes  industrieuses  de  la  société  et  des  propriétaires,
»  c’est-à-dire  aux  dépens  de  tous  ceux  dont  le  revenu  nominal  est
«  sujet  à  varier  par  suite  des  variations  dans  la  mesure  de  la  valeur.
»  Le  revenu  nominal  de  cette  partie  de  la  société,  comparé  avec  le
»  terme  moyen  du  prix  des  cinq  dernières  années  de  cette  période,
»  se  trouvera  réduit  de  moitié,  et  sur  ce  revenu,  ainsi  réduit  nomi-»
  nalement,  ils  auront  à  payer  le  même  montant  nominal  d’im-.
  »  pôts^.  »

*  Les  ouvrages  manufacturés  ne  pourraient  pas  même  baisser  dans  cette  proportion, ­
  car,  dans  le  cas  supposé,  il  y  aurait  une  nouvelle  distribution  des  métaux
précieux  dans  chaque  pays.  Ceux  de  nos  produits  qui  seraient  à  bon  marché  seraient ­
  exportés  pour  être  échangés  contre  du  blé  et  de  l’or,  jusqu’à  ce  que  l’accumulation ­
  de  l’or  le  fit  baisser  de  valeur,  et  fit  hausser  en  même  temps  le  prix
en  argent  des  denrées.  fNote  de  l  Auteur  J
a  Voy.  Grounds  of  an  Opinion,  etc.,  page  36.
        <pb n="441" />
        cil.  X\Xll.  -  DE  L'OIMMON  DE  M.  M.XLTIIUS  SUR  L\  RENTE.  38»
D’abord,  il  me  semble  que  j’ai  déjà  fait  voir  que  le  revenu  nominal ­
  ne  sera  pas  réduit  dans  la  proportion  que  M.  Malthus  cherche  a
établir  ;  il  ne  s’ensuivrait  pas  de  ce  que  le  blé  aurait  baissé  de  50
pour  cent,  que  la  valeur  du  revenu  de  chaque  particulier  se  trouvât
réduite  de  50  pour  cent
En  second  lieu,  je  crois  que  le  lecteur  conviendra  avec  moi  que  ce
fardeau,  en  admettant  qu’il  existe,  ne  pèserait  pas  exclusivement
sur  «  les  propriétaires  et  les  classes  industrieuses  de  la  société.  •»  Le
créancier  de  l’État,  dans  la  dépense  qu’il  fait,  paie  sa  part,  pour
subvenir  aux  dépenses  de  l’État,  de  la  même  manière  que  les  autres
classes  de  la  société.  Dans  le  cas  donc  où  l’argent  augmenterait  de
valeur  réelle,  quoiqu’il  reçoive  une  valeur  plus  forte,  il  en  paiera
également  une  plus  grande  en  impôts.  Il  ne  peut  donc  être  vrai  de
dire  que  toute  l’addition  à  la  valeur  réelle  de  l’intérêt,  doit  être
payée  par  les  propriétaires  et  par  les  classes  indusirieuses.
Mais  tout  l’argument  de  M.  aialthus  repose  sur  une  base  peu  solide. ­
  Il  suppose  que,  parce  que  le  revenu  brut  du  pays  est  diminué,
il  faut,  par  conséquent,  que  le  revenu  net  le  soit  également,  et  dans
la  même  proportion.  Un  des  objets  que  j’ai  eus  en  vue  dans  cet  ouvrage ­
  a  été  de  montrer  que,  par  suite  de  toute  baisse  dans  la  valeur  des
choses  de  première  nécessité,  les  salaires  du  travail  doivent  baisser,
et  les  profits  du  capital  s’élever,  ou,  en  d’autres  mots,  que,  sur  une
valeur  annuelle  déterminée,  une  moindre  portion  serait  donnée  en
paiement  à  la  classe  ouvrière,  et  une  jilus  considérable  reviendrait  à
ceux  dont  les  capitaux  ont  servi  à  payer  le  travail  de  cette  classe.
Supposons  que  la  valeur  des  produits  d’un  genre  particulier  d’industrie ­
  soit  de  1000  1.  St.,  et  qu’elle  soit  partagée  entre  le  maître  et  ses
ouvriers,  de  telle  sorte  que  800  1.  appartiennent  aux  ouvriers,  et  ‘iOO
livres  au  maître  ;  si  la  valeur  de  ces  produits  tombait  à  000  livres,
et  qu’on  épargnât  100  1.  sur  les  salaires  des  ouvriers  par  suite  de  la
baisse  des  objets  de  première  nécessité,  le  revenu  net  du  fabricant
n’en  souffrirait  nullement,  et  par  conséquent  il  pourrait  aussi  aisément ­
  payer  le  même  montant  d’impôts  après  cette  réduction  de
prix

'  M.  Maltlius,  dans  un  autre  endroit  de  son  ouvrage,  suppose  que  les  denrées
varient  de  25ou  de  20  pour  cent,  pendant  que  le  blé  varie  de  33  '/s  pour  oent.
{'yo/e  (le  rAuteur.)
^  Dans  le  chapitre  xxvi,  j'ai  observe  que  les  ressources  réelles  d’un  pays  et  ses
        <pb n="442" />
        3íl()  '  PRINCIPES  DE  l/ECONüMlE  POLITIQUE.
11  est  essentiel  d’établir  nettement  la  dilférence  qui  existe  entre  le
revenu  net  et  le  revenu  brut,  car  c’est  au  moyen  du  revenu  net  de  la
société  que  s’acquittent  les  taxes.  Supposons  que  toutes  les  marchandises ­
  du  pays,  tout  le  blé,  les  produits  agricoles,  les  produits  manufacturés ­
  qui  peuvent  être  jetés  sur  le  marché  dans  le  cours  de  Tannée,
  aient  une  valeur  de  vingt  millions;  supposons  que  le  travail
d’un  certain  nombre  d’hommes  soit  nécessaire  pour  créer  cette  valeur, ­
  et  qu’enlin  le  strict  nécessaire  de  ces  ouvriers  exige  une  dépense
de  10  millions  :  je  dirai,  dans  ce  cas,  que  le  revenu  brut  de  la  société ­
  est  de  vingt  millions  et  son  revenu  net  de  dix  millions.  11  ne
résulte  pas  cependant  de  cette  hypothèse  que  les  ouvriers  ne  doivent
recevoir  que  dix  millions  pour  leur  travail  :  ils  pourraient  recevoir
12,  14  ou  même  15  millions  et  entrer  ainsi  en  partage  du  revenu  net
pour  une  somme  de  2,  4  ou  5  millions.  Le  reste  se  diviserait  entre
propriétaires  et  capitalistes  ;  mais  la  totalité  du  revenu  net  n’excéderait ­
  pas  dix  millions.  En  admettant  maintenant  que  la  société,  dont
nous  analysons  ici  les  ressources,  supporte  un  impôt  de  deux  millions, ­
  son  revenu  net  tomberait  à  8  millions.
Supposons  maintenant  que  la  valeur  de  la  monnaie  hausse  d’un
dixième,  toutes  les  marchandises  baisseraient  à  la  fois,  entraînant
avec  elles  le  salaire.  En  effet,  comme  les  objets  nécessaires  à  l'ouvrier
forment  une  portion  intégrante  de  ces  marchandises,  le  revenu  brut
descendrait  à  18  millions  et  le  revenu  net  à  9  millions.  Si  les  taxes
diminuaient  dans  la  môme  proportion,  et  qu’au  lieu  de  2  millions  on
ne  prélevât  plus  que.  1,800,000,  1.  le  revenu  net  descendrait  à  7  millions ­
  200,000  1.  qni  auraient  une  valeur  égale  à  celle  des  8  millions
primitifs,  et  la  société  n’aurait  ni  perdu  ni  gagné  à  ces  événements. ­
  Mais  supposons  que,  malgré  la  hausse  de  la  monnaie  ,  on
maintînt  les  taxes  à  deux  millions,  la  société  serait  évidemment  plus
pauvre  de  200,000  1.  par  an,  car  en  réalité  les  contributions  se
seraient  accrues  d’un  neuvième.  Et  en  effet,  altérer  la  valeur  pécuniaire ­
  des  marchandises  en  altérant  la  valeur  de  la  monnaie  et  en
continnant  de  lever  la  môme  somme  d’impôts,  n’est-ce  pas  accroître
incontestablement  les  charges  de  la  société  ?

facultés  pour  payer  des  impôts,  dépendent  de  son  revenu  net,  et  non  de  son  revenu
brut.  fMoie  de  f  \iuteur.J
Foyez  ma  note  du  chapitre  26,  où  je  crois  avoir  prouvé  précisément  le  contraire.— ­
  J.-B.  Sa  Y.
        <pb n="443" />
        CH.  XXXH.  —  DE  L’OPINION  DE  M.  MALTUUS  SLR  LA  REME.  31)1
Mais  supposons  que,  sur  ces  dix  millions  de  revenu  net,  les  propriétaires ­
  reçoivent  cinq  millions  à  titre  de  rente,  et  que  par  la  facilité
de  la  production,  ou  par  l’importation  du  blé,  le  prix  naturel  de  cet
article  descendit  d’un  million,  la  rente  baisserait  immédiatement
d’un  million,  et  les  prix  de  l’ensemble  des  marchandises  subiraient
une  dépression  pareille  ;  mais  le  revenu  net  resterait  invariable.  Iæ
revenu  brut  serait,  il  est  vrai,  de  II)  millions  seulement,  et  les  frais
nécessaires  pour  l’obtenir  de  9  millions,  mais  le  revenu  net  se  maintiendrait ­
  à  10  millions.  Maintenant  supposons  qu’on  prélève  deux
millions  comme  taxes  sur  ce  revenu  brut  amoindri,  la  société  en
serait-elle  plus  riche  ou  ])lus  pauvre?  Plus  riche,  dirons-nous  sans
hésiter  ;  car  après  le  paiement  de  leurs  taxes,  elle  aurait  comme
toujours  un  revenu  libre  de  8  millions  à  dépenser  en  marchandises, ­
  dont  la  quantité  se  sera  accrue  et  dont  la  valeur  aura  Iléchi  dans
la  proportion  de  20  à  19.  Et  on  pourrait  non-seulement  conserver
alors  la  même  taxe,  mais  encore  l’aggraver  tout  en  voyant  s’accroître ­
  le  bien-être  de  la  classe  ouvrière.
Si  le  revenu  net  de  la  société,  après  qu’on  aura  payé  les  mêmes
taxes  en  argent,  est  aussi  grand  qu’auparavant,  et  si  la  classa;  des  propriétaires ­
  perd  un  million  par  l’abaissement  de  la  rente,  les  autres
classes  productives,  en  dépit  de  la  chute  des  prix,  devront  avoir  des
revenus  en  argent  plus  considérables.  Le  capitaliste  jouira  alors  d’un
double  bénéfice  :  le  blé  et  la  viande  de  boucherie  (jue  lui  et  sa  famille ­
  consomment  baissera  de  prix,  et  d’un  autre  côté,  il  pourra  diminuer ­
  le  salaire  de  ses  domestiques,  jardiniers,  ouvriers  de  tout
genre.  Ses  chevaux  et  ses  bestiaux  lui  coûteront  aussi  beaucoup
moins  à  acheter  et  à  nourrir;  et  il  en  sera  de  même  pour  toutes  les
marchandises  où  les  produits  naturels  entrent  comme  partie  principale. ­
  On  le  voit  donc  :  cette  série  d’économies  faites  sur  ses  dépenses,
jointe  à  l’accroissement  de  valeur  de  son  revenu,  doit  lui  proliter  doublement ­
  et  lui  permettre  non-seulement  d’augmenter  la  somme  de
ses  jouissances,  mais  encore  de  supporter,  s’il  le  fallait,  des  taxes
supplémentaires.  Ces  mêmes  observations  s’appliquent  aux  fermiers
et  à  toutes  les  classes  de  commerçants.
«  Mais,  dira-t-on,  le  revenu  du  capitaliste  ne  se  trouve  nullement
accru  et  le  million  enlevé  à  la  rente  du  propriétaire  sera  payé  aux
ouvriers  sous  forme  d’un  excédant  de  salaires.  Soit,  je  1  admets;
mais  cela  même  ne  change  rien  à  mon  argument.  La  situation  de  la
société  SC  sera  améliorée  et  elle  pourra  supporter  avec  bien  plus  de
facilité  les  mêmes  taxes  en  argent.  Seulement,  —  ce  qui  est  infini
        <pb n="444" />
        392  ■  .  ’PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
ment  désirable  et  heureux,  —  la  situation  de  la  classe  la  plus  importante, ­
  la  plus  utile  de  la  société,  sera  précisément  celle  qui  s’améliorera ­
  le  plus  sous  l’influence  de  cette  nouvelle  distribution.  Tout  ce
qu’elle  reçoit  au-dessus  de  9  millions  ,  forme  une  partie  du  revenu
net  du  pays  et  ne  peut  être  dépensé  sans  ajouter  à  son  revenu,  son
bonheur  ou  sa  puissance.  Distribuez  donc  sans  soucis  le  revenu  net.
Donnez-en  un  peu  plus  à  une  classe,  un  peu  moins  à  une  autre,  et
vous  ne  l’aurez  cependant  pas  diminué  :  car  la  même  somme  de  travail
n’en  aura  pas  moins  produit  une  plus  grande  somme  de  marchandises,
parce  que  la  valeur  en  argent  de  ces  marchandises  aura  fléchi.  Mais
le  revenu  net  du  pays,  ce  fonds  qui  défraie  les  budgets  et  les  jouissances ­
  du  pays  ;  le  revenu  net,  dis-je,  sera  bien  plus  apte  que  jamais  à
entretenir  la  population  actuelle  ,  à  supporter  les  taxes  nationales  ,
à  répandre  de  toutes  parts  le  bien-être  et  le  luxe.
11  est  hors  de  doute  que  le  rentier  de  l’État  gagne  beaucoup  à  une
forte  baisse  du  blé;  mais  si  personne  ne  souffre  de  cette  baisse,  ce
n’est  pas  une  raison  qui  puisse  engager  à  prendre  des  mesures  pour
faire  renchérir  le  blé  ;  car  le  gain  du  rentier  est  un  gain  national,  et,
ainsi  que  tout  autre  gain,  il  augmente  la  richesse  et  la  puissance  réelles
du  pays.  S’il  fait  un  profit  indu,  il  faut  examiner  exactement  jusqu’à
quel  point  cela  est,  et  c’est  alors  à  la  législature  à  en  chercher  le
remède  ;  mais  rien  ne  peut  être  plus  impolitique  que  de  nous  priver
entièrement  de  tous  les  avantages  qui  résultent  du  bas  prix  du  blé
et  d’une  grande  abondance  de  produits,  par  le  seul  motif  que  le
•  rentier  de  l’État  eu  tire  un  avantage  qui  ne  lui  serait  pas  dù.
Jusqu’à  ce  jour  on  n’a  jamais  essayé  de  régler  les  dividendes  des
fonds  publics  d’après  la  valeur  en  argent  du  blé.  Si  l’équité  et  la
bonne  foi  exigeaient  un  pareil  réglement,  les  possesseurs  des  vieilles
rentes  auraient  une  grande  somme  à  réclamer;  car  ils  ont,  depuis  un
siècle  ,  reçu  toujours  les  mêmes  dividendes  en  argent,  quoique  pendant ­
  cette  époque  le  blé  ait  peut-être  doublé  ou  triplé  de  prix  '.
M.  Malthus  dit  :  «  11  est  vrai  que  les  dernières  additions  que  l’on
»  fait  aux  produits  agricoles  d’un  pays  dont  la  prospérité  est  crois-*

  ]M.  Mac  Culloch,  dans  un  écrit  plein  de  mérite,  a  fortement  soutenu  qu’il  était
juste  de  rendre  les  dividendes  de  la  dette  nationale  conformes  à  la  valeur  réduite
du  blé.  Il  est  partisan  de  la  liberté  du  commerce  des  grains,  mais  il  pense  qu’elle
devrait  être  accompagnée  d’une  réduction  de  l’intérêt  payé  au  créancier  de
l’État*.  (Sotede  V,tuteur.J
*  Ricardo  a  lui  meme  répondu  à  cet  expédient  élrnn&amp;lt;&amp;gt;ecl  inexplicable.
        <pb n="445" />
        CH.  XXXH.  —  DE  L’OFINION  DE  M.  MALTHUS  SLR  LA  RENTE.  393
«  sante,  ne  sont  pas  accompagnées  d’une  grande  augmentation  de
»  rente  ;  et  c’est  précisément  cela  qui  doit  décider  un  pays  riche  à
»  importer  une  partie  du  blé  qu’il  consomme,  s’il  peut  être  assuré
"  d’en  obtenir  un  approvisionnement  uniforme.  Mais  dans  tous  les
»  cas,  l’importation  du  blé  étranger  ne  peut  convenir  à  une  nation,
»  à  moins  qu’il  ne  soit  moins  cher  que  le  blé  récolté  dans  le  pays,
»  d’une  valeur  égale  à  celle  des  profits  et  de  la  rente  que  rapporte
“  le  blé  du  cru,  qui  est  ainsi  remplacé.  »  Voyez  Grounds,  etc.
page  36.
De  même  que  la  rente  est  l’effet  de  la  cherté  du  blé,  l’extinction ­
  de  la  rente  est  la  suite  d’un  prix  très-bas.  Le  blé  étranger  n’entre ­
  jamais  en  concurrence  avec  le  blé  du  cru  qui  ne  paie  aucun  fermage ­
  ;  la  baisse  du  prix  est  toujours  supportée  par  le  propriétaire,
jusqu’à  ce  que  tout  son  fermage  soit  absorbé  ;  si  le  prix  baisse  encore ­
  davantage,  le  capital  ne  rapportera  plus  les  profits  ordinaires  ,
il  sera  détourné  de  la  culture  de  la  terre  pour  être  employé  autrement ­
  ,  et  le  blé  qui  était  récolté  sur  cette  terre,  sera  alors,  et  pas
avant,  remplacé  par  dublé  importé.  L’extinction  du  fermage  occasionnera ­
  une  perte  de  valeur  estimée  en  argent,  mais  il  y  aura  augmentation ­
  de  richesse.  La  somme  totale  des  produits  de  l’agriculture
et  autres  se  trouvera  augmentée  par  la  plus  grande  facilité  de  leur
production  :  et,  quoique  augmentés  en  quantité,  ils  auront  diminué
de  valeur.
Deux  hommes  emploient  des  capitaux  égaux,  l’un  à  l’agriculture,
l’autre  aux  manufactures.  Le  premier  capital  rapporte  un  revenu
annuel  net  de  12001.  st.,  dont  1000  1.  restent  pour  les  profits,  et  200
sont  payées  pour  la  rente  :  le  capital  employé  dans  l’industrie  ne  rapporte ­
  qu’une  valeur  de  1000  1.  par  an.  Supposons  qu’au  moyen  de
l’importation  l’on  puisse  obtenir  la  même  quantité  de  blé  en  échange
de  marchandises  qui  coûtent  950  1.,  et  qu’en  conséquence  le  capital
de  l’agriculteur  soit  détourné  vers  les  manufactures,  où  il  peut  produire ­
  une  valeur  de  1000  1.  ;  dans  ce  cas,  le  revenu  net  de  la  nation
aura  perdu  en  valeur,  se  trouvant  réduit  de  2200  1.  à  2000  1.;  mais
il  y  aura  non-seulement  la  même  quantité  de  produits  et  de  blé  pour
la  consommation  du  pays,  mais  encore  un  surcroît  égal  à  la  quantité
de  produits  qu’on  pourra  acheter  avec  50  1.,  montant  de  la  différence
«ntre  la  valeur  que  les  produits  manufacturés  rapportaient  de  l’é-Iranger,
  et  la  valeur  du  blé  qu’on  y  achetait*.

'  Or,  voilà  précisément  la  question  à  résoudre  relativement  aux  avantages  re-
        <pb n="446" />
        394

PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.  '
M.  Malthiis  dit  :  «  Adam  Smitli  a  observé  avec  raison,  que  jamais
»  des  quantités  égales  de  travail  employées  en  industrie  ne  sauraient
»  reproduire  autant  qu’en  agriculture.  »  Si  Adam  Smith  veut  parler
de  valeurs,  il  a  raison  ;  mais  s’il  parle  de  richesse,  ce  qui  est  le
point  important,  il  se  trompe  ;  car  il  a  lui-même  défini  la  richesse
en  disant  qu’elle  consistait  dans  les  choses  nécessaires,  utiles  ou
agréables  à  la  vie.  Des  choses  nécessaires  ou  utiles  d’une  espèce  ne
peuvent  pas  être  comparées  avec  celles  d’une  autre  espèce  ;  la  valeur
d’utilité  ne  peut  être  estimée  d’après  aucune  mesure  connue;  chacun
l’estime  à  sa  manière.

latifs  que  l’on  trouve  à  importer  ou  à  faire  croître  du  blé.  On  n’importera  jamais ­
  de  blé  j  usqu’à  ce  que  la  quantité  obtenue  au  dehors  par  l’emploi  d’un  certain
capital,  excède  la  quantité  que  ce  même  capital  créerait  dans  le  pays,  et  excède
non-seulement  la  portion  qui  appartient  au  fermier,  mais  encore  celle  qui  va  au
propriétaire  à  titre  de  rente.

J":

FIN  DES  PRINCIPES  DE  l’ÉCONOMIE  POI.ITIQDE.
        <pb n="447" />
        OEUVRES  DIVERSES,
RELATIVES  A  DES
QUESTIONS  DE  Mü^Si\lE,  DE  DV\Dl]E,  DE  Fl^AWES,
ET  DE  LIBERTÉ  COMMERCIALE,
TRADUITES  EN  FRANÇAIS

PAR  RI.  ALC.  rONTETRAUD.
        <pb n="448" />
        I  :  :  ?

^  '.-i-1

  4  '

H  E!

f  I

if;

lift  11'

w

'  iMi

f!*

«!

■Ill

rm

SA4

rl  Ü

'Mir

!V.r

.  ,  Í

»Í

mi

ii

f  r  "  {  1  I

J*

ayiiii

WL;  «  .4  4

;■■  t  •

1  "  '

aitíí  I  4'i  3'  '¡

=i:-&amp;gt;  •

i

Eli

a  '  Çr  1

T:5

!»  r

5^#)

%
        <pb n="449" />
        INTRODUCTION.

Pour  qui  connaît  la  vie  de  Ricardo,  ces  longues  années  passées  dans  le
tourbillon  des  affaires  de  bourse,  sur  ce  terrain  glissant  de  la  hausse  et  de
la  baisse,  où  l’équilibre  est  si  difficile  à  conserver  pour  les  plus  puissantes
fortunes’comme  pour  les  plus  nobles  âmes;  pour  qui  a  pénétré  dans
celte  carrière  partagée  entre  les  préoccupations  du  spéculateur,  les  méditations ­
  de  l’écrivain  et  les  plaidoyers  du  député  ;  enfin  pour  qui  a  suivi
cet  économiste  remarquable,  dont  la  pensée  nourrie  de  faits,  fortifiée  par
une  pratique  constante,  a  su  s’élever  jusqu’aux  plus  hautes  conceptions
de  la  science,  il  paraîtra  tout  simple  que  son  plus  beau  titre  au  respect
des  penseurs  soit  cette  série  de  brochures  où  il  a  remué  successivement
les  questions  relatives  à  la  monnaie,  aux  banques,  aux  dettes  publiques ­
  ,  etc.  C’est  au  centre  des  événement,  en  effet,  qu’il  a  pu  reconnaître  à
quel  point  la  logique  est  chose  inflexible  de  sa  nature,  à  quel  point  le  plus
petit  écart  des  lois  posées  par  la  théorie  réagit  en  secousses,  en  crises  terribles ­
  ,  sur  le  mouvement  économique  d’un  grand  pays.  La  fidélité  implacable ­
  avec  laquelle  les  moindres  excès  dans  les  émissions  du  signe
monétaire  se  reflètent  dans  la  hausse  ou  la  baisse  des  fonds  publics,
des  marchandises,  du  change  extérieur;  la  pression  des  événements  sociaux, ­
  des  disettes,  des  guerres  sur  la  prospérité  générale,  tout  cela
devait  frapper  vivement  une  intelligence  aussi  lumineuse  que  celle  de
M.  Ricardo,  et  le  conduire  à  chercher  des  principes  qui  pussent  porter
l’ordre  dans  ce  chaos,  des  principes  qui  fissent  de  la  circulation  monétaire
un  agent  docile,  souple  entre  les  mains  du  commerce,  et  non  une  arme
dangereuse  toujours  prête,  en  se  brisant,  à  disloquer  soudainement  l’édifice ­
  des  affaires.  Là  où  tant  d’individus  ne  voyaient  qu’une  occasion  de
bénéfices  quand  même,  dans  les  hasards  des  événements  et  des  hommes  ;
là  où  tant  d’autres  ne  voyaient  qu’un  affligeant  scandale  ou  un  irréparable
désordre,  il  vit  le  point  de  départ  de  doctrines  nouvelles  et  réparatrices.
Aussi  de  toutes  les  consécrations  qui  couvrent  les  écrits  qui  vont  suivre,
celle  qui  manque  le  moins  est-elle  celle  de  la  pratique.
Ces  empiriques,—adorateurs  du  fait  accompli  ou  du  fait  qui  s’accomplit,
qui  repoussent  toute  Idée  générale  et  sont  toujours  prêts  à  nier,  par  exem-
        <pb n="450" />
        398

INTRODUCTION.

pie,  les  lois  de  l’équilibre  parce  qu’un  cheval  s’abat,  ou  les  lois  de  la  vitesse
parce  que  tel  ou  tel  gouvernement  est  en  retard  ;  ces  intéressés  ou  ces  myopes, ­
  en  un  mot,  qui  ne  voient  pas  que  la  théorie  c’est  l’intelligence  appliquée
aux  événements  et  les  devançant,  seraient  mal  venus  sans  doute  à  attaquer ­
  comme  nuageux  les  principes  d’un  homme  qui  a  gouverné  la  finance,
remué  les  spéculations  par  milliards  et  démontré  son  habileté  pratique  par
une  fortune  de  quelques  millions.  Aussi  l’opinion  publique,  en  Angleterre,
ne  s’y  est-elle  jamais  trompée.  Dès  l’apparition  de  son  premier  pamphlet
(fraci)  publié  en  1811,  et  ayant  pour  titre  :  Le  haut  prix  des  lingots  est  une
preuve  de  la  dépréciation  des  billets  de  banque^  on  reconnut  ce  qu’il  y  avait
d’expérience  dans  la  vie  de  M.  Ricardo  ,  on  pressentit  ce  qu’il  y  aurait  de
vigueur  et  d’initiative  dans  sa  pensée.  La  faveur  qui  accueillit  ce  premier
jet  de  son  talent,  où  il  rappelait  les  banques  éperdues  et  avides  à  la  modération ­
  dans  l’émission  des  billets  ,  le  suivit  dans  toutes  ses  autres  productions
et  prépara  le  magnifique  succès  obtenu  par  les  Principes  d’Économie  Politique, ­
  publiés,  comme  nous  l’avons  déjà  dit,  en  1817.  Si  bien  qu’il  n’est  pas
d’écrivain  en  Angleterre  dont  l’influence  ait  été  plus  puissante  ,  plus  universellement ­
  acceptée.  Dans  toutes  les  grandes  crises  financières,de  ce  pays,  on
voulut  connaître  son  opinion,  on  vint  lui  demander  des  solutions  ;  et  tandis
qu’à  de  faibles  distances  paraissaient  successivement  :  la  fíéponse  aux
observations  de  M.  fíosanquet;  VEssai  sur  l’influence  du  bas  prix  des  céréales ­
  sur  les  profits  du  capital;  le  Projet  d’une  circulation  economique  et
sûre  :  le  Plan  d’une  banque  nationale;  tandis  que  1rs  esprits  méditaient  ces
œuvres,  dictées  par  le  moment  et  écrites  sur  la  brèche,  le  parlement  applaudissait ­
  aux  trop  rares  discours  qu’il  prononça  sur  les  questions  de  crédit
et  de  richesse  nationale.  En  1819,  le  jour  où  sir  R.  Peel  présenta  le  bill
célèbre  pour  la  reprise  des  paiements  de  la  banque  d’Angleterre,  suspendus ­
  depuis  1797  ,  toute  la  chambre  se  leva  en  masse  pour  prier  M.  Ricardo
d’émettre  son  avis  sur  cette  grave  matière.  11  ne  fallut  même  rien  moins
que  cette  ovation  des  esprits  pour  desceller  ses  lèvres  que  la  timidité  avait
tenues  fermées  pendant  toute  la  session.  On  admira  dans  cette  occasion  la
mâle  simplicité  de  son  langage,  langoureuse  netteté  de  sa  logique,  et  on  s’habitua ­
  à  la  domination  latente  d’un  penseur  qui  retrempait  chaque  jour  ses
doctrines  dans  les  eaux  vives  de  la  réalité.  Nous  né  saurions  rien  dire  qui
fiit  pour  les  œuvres  de  Ricardo  un  plus  grand  éloge.  Faire  désirer  sa  voix
par  une  assemblée  d’hommes  éminents;  agir  sur  les  résolutions  de  cette
assemblée  et  signer  de  vastes  réformes  financières,  c’en  est  assez  sans  doute
pour  recommander  des  écrits  et  constater  leur  haut  mérite  ,  sinon  leur  vérité ­
  absolue  et  complète.
Dans  V  introduction  générale  qui  précède  ce  volume,  nous  avons  discuté  la
        <pb n="451" />
        INTRODUCTION.

399

valeur  scientifique  des  principes  établis  par  l’auteur  dans  ses  nombreuses
brochures.  Ces  essais  détachés  ont  été  comme  une  préparation  aux  Principes ­
  ,  et  nous  avons  voulu  faire  assister  le  lecteur  à  cette  marche  graduelle
du  talent  de  Ricardo,  à  l’essor  d’une  pensée  qu’éveillent  d’abord  des  intérêts ­
  ,  des  difficultés  de  chaque  jour,  et  qui  se  crée  peu  à  peu  des  vues  d’ensemble ­
  et  un  corps  de  doctrines.  Ce  n’est  pas  là  le  côté  le  moins  original  de
l’écrivain  dont  nous  avons  essayé  d’interpréter  et  parfois  même  de  réfuter
les  idées;  et  l’on  peut  même  dire  que  Ricardo  restera  surtout  pour  ses  écrits
sur  la  circulation  monétaire  ,  quoique  pour  la  masse  des  esprits  son  titre
principal  repose  sur  son  grand  ouvrage.
Il  nous  a  paru  bon  de  rectifier  cette  erreur  et  de  reporter  la  célébrité  du
savant  économiste  à  ses  véritables  sources.  En  traduisant  ces  brochures
pour  la  première  fois  en  français,  —  en  initiant  les  esprits  à  la  dialectique
serrée  et  parfois  algébrique  qui  effraya  si  longtemps  les  directeurs  de  banques, ­
  nous  croyons  donc  avoir  complété  à  la  fois  une  œuvre  et  une  réputation. ­
  A  ce  double  titre  Ricardo  nous  accordera  la  plus  grande  marque
de  bienveillance  qu’on  puisse  attendre  d’un  écrivain  :  il  nous  pardonnera
de  l’avoir  traduit.

A.  Fonteyraud.
        <pb n="452" />
        I

['  -k?

N

r;.!

ifi

i

%  K  i.r  ÿ  ’  ■•.  -,

;  I  .i'  IP

«  #»  '  '
-èîtei  ■

I

c&amp;lt;':

ira

&amp;gt;1«»

J  h

)Sifi

!’&amp;gt;S

r,  ■..  1

m

a  iîi

)  ij

ii

iCÜ

■i

^  lin

&amp;lt;51-'

ai*  »

'r--'M  r  .  ;

r  li

.•&amp;gt;  »

-ffi

mÎ.4.

l  '

(^4

;  ‘-i.

;tl

«!•

1

1Í  ir!'

Mà

lyïi

.&amp;lt;  Í;  !vp

lili"  11

.  '  ;4.UW  W2  ÍM  Èw^;  /
ft^''  ;L  .

h

.  .f

ai&amp;lt;-  Hÿ

I

fi

ibijf

M  le

-t  Í

Â  -•
        <pb n="453" />
        LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS

EST  UNE

PREUVE  DE  LA  DÉPRÉCIATION  DES  BILLETS  DE  BANQUE;
traduit  sur  LA  CINOUIÈME  ÉDITION,  CORRIGÉE  ET  AUGMENTÉE  D’UN
appendice

(OEuv.de  /ii'carrfo  employée  dans  le  monde  œimiu;  m
        <pb n="454" />
        402  OEUVRES  DIVERSES.
iiaie  serait  cxtrómement  niiiiinie  ou  extrêmement  abondante,  qu’elle
n’altérerait  en  rien  les  proportions  dans  lesquelles  ils  se  divisent  parmi ­
  les  nations.  Le  seul  eflet  que  produiraient  ees  variations  de
quantité  serait  d’élever  ou  d’abaisser  relativement  le  prix  des  marchandises ­
  avec  lesquelles  on  les  échange.
La  plus  petite  quantité  de  numéraire  remplirait  aussi  bien  que  la
somme  la  plus  considérable  les  fonctions  d’un  agent  de  la  circulation.
Dix  millions  seraient  aussi  puissants  (jue  cent  millions  pour  atteindre
ce  résultat.  Le  docteur  Smith  fait  observer  que  «  les  mines  les  plus
»  abondantes  de  métaux  précieux  n’ajouteraient  rien  a  la  richesse  du
»  globe,  —  un  produit  qui  fonde  sa  principale  valeur  sur  sa  rareté
.»  éiant  nécessairement  déprécié  lorsqu'il  abonde.  »
Si,  dans  sa  marche  vers  la  richesse,  une  nation  avançait  plus  rapidement ­
  que  les  autres,  elle  demanderait  et  obtiendrait  une  plus  laige
portion  des  monnaies  du  monde.  Son  commerce,  ses  marchandises
et  ses  paiements  s’accroîtraient,  et  la  circulation  métallique  du  globe
se  diviserait  encore  sous  l’influence  de  nouvelles  proportions  :  toutes
les  nations  répondraient  immédiatement  à  eet  appel  pour  leur  part
re.sj)ecti&amp;gt;e.
De  même  si  une  nation  dissipait  une  partie  de  sa  richesse  ou  perdait ­
  une  jwrtie  de  son  commerce  ,  elle  ne  pourrait  plus  conserver  la
mèinp  quantité  de  ces  agents  de  circulation  :  une  portion  serait  exportée ­
  et  divisée  parmi  les  autres  nations  jusqu’à  ce  que  les  proportions
habituelles  fussent  rétablies.
Tant  que  la  situation  relative  des  pays  ne  variera  pas,  ils  pourront
entretenir  un  vaste  commerce,  mais  leurs  importations  et  leurs  (  X
portations  seront  égales  af)rès  tout.  Il  se  pourrait  que,  relatiff
ment  à  la  France,  les  importations  de  l’Angleterre  fussent  plus  considérables ­
  que  ses  exportations;  mais  la  consé(|uence  serait  que  la  où
eilt  exporterait  davantage  les  importations  de  la  H  rance  seraient  plus
nombreuses  :  de  telle  sorte  que  les  iinporlatious  et  les  expoitâtions
de  tous  les  pays  se  balanceraient  réeùproquement.  Des  lettres  de
change  serviraient  à  ellectucr  les  paiements  n&amp;amp;essairi  s,  mais  aucune
monnaie  ne  se  déplacerait,  parce  qu  elle  aurait  partout  la  même  valeur. ­

Si  on  découvrait  une  mine  d’or  dans  un  pays,  les  monnaies  y  é|)rouveraient
  une  diminution  de  valeur  résultant  de  la  multiplication  des
métaux  précieux  jetés  dans  la  circulation,  et  n’y  conserveraient  plus
dès  lors  une  valeur  égale  à  celle  qu’elle  aurait  dans  les  autri*  pays.
L’or  et  l’argent,  obéissant  soit  comme  numéraire,  soit  comme  lingots,
        <pb n="455" />
        LE  HAUT  PKIX  DES  LINGOTS.  m
aux  lois  qui  régissent  les  autres  marchandises,  deviendraient  immédiatement ­
  des  objets  d’exportation.  Ils  abandonneraient  le  pays  où  ils
sont  à  bas  prix  pour  ceux  où  ils  sont  chers,  et  continueraient  à  se
déplacer  jusqu’à  ce  que  la  mine  eût  cessé  de  produire,  et  jusqu’à  ce
que  la  proportion  qui  existait  dans  chaque  pays  entre  le  capital  et
les  monnaies,  avant  la  découverte,  fût  de  nouveau  rétablie,  et  l’or
et  l’argent  rendus  partout  à  une  valeur  uniforme.  En  échangé  de  l’or
exporté  on  importerait  des  marchandises.  Et  quoique  le  pays  d’où
sortirait  la  monnaie  ou  les  lingots  dût  avoir  contre  lui  ce  qu’on  appelle ­
  habituellement  la  balance  du  commerce,  il  est  évident  qu’il  ferait ­
  un  commerce  avantageux  ;  car  il  exporterait  un  ôbjet,  pour  lui
dépourvu  d’utilité,  en  retour  de  marchandises  qui  contribu  eaient  à
l'extension  de  ses  manufactures  et  au  développement  de  sa  richesse.
Supposons  qu’au  lieu  de  découvrir  une  mine  dans  un  pays  on  y
fondât  une  banque,  telle  que  la  banque  d’Angleterre,  revêtue  du
pouvoir  d  émettre  ses  billets  comme  agents  de  circulation.  Aussitôt
qu  une  forte  émission,  provoquée  soit  par  des  prêts  aux  marchands,
soit  par  des  avances  au  gouvernement,  serait  venue  ajouter  une
somme  considerable  à  la  niasse  de  la  circulation,  on  verrait  sc  reproduire ­
  un  phénomène  analogue  à  celui  de  l’hypothèse  précédente.
agent  de  la  circulation  baisserait  de  valeur,  et  les  marchandises
éprouveraient  une  hausse  proportionnée.  L’équilibre  entre  cette  nation ­
  et  les  autres  ne  fiouiTait  alors  se  rétablir  que  par  l’exportation
d  une  partie  du  numéraire.
L  établissement  de  la  banque,  et  l’émission  subséquente  de  ses  billets ­
  agissent  donc,  comme  la  découverte  d’une  mine,  à  titre  de  stimulant, ­
  sur  l’exportation  des  lingots  ou  du  numéraire.  Cette  action ­
  est  même  une  condition  uécessaire  sans  laquelle  ils  ne  présenteraient ­
  aucun  avantage.  La  banque  substitue  une  circulation  sans
va  eur  a  une  autre  circulation  éminemment  coûteuse.  Elle  non«
vertís»  t  à  ceux  qu’ou  obUeudraiten  e«..-im
  T  "T  P“*'"®«“  et  en  terre»  a  blé,  ou  eu  traçant
J.  .  ****  chemins,  comme  le  numéraire,  sont
esnrii  utilité,  mais  ne  produisent  aucun  revenu.  Quelques
et  Pourraient  s  alarmer  en  voyant  les  espèces  abandonner  le  pays
I  orraient  croire  désavantageux  le  commerce  qui  nous  forcerait  à
r  pan  re  au  dehors.  —  La  loi,  il  est  vrai,  a  suivi  ces  idées  en
        <pb n="456" />
        404  OEUVRES  DIVERSES.
prohibant  l’exportation  des  monnaies  métalliques;  mais  une  légère  réflexion ­
  nous  convaincra  que  c’est  notre  choix  et  non  la  nécessité  qui
nous  fait  l’envoyer  au  dehors,  liest  en  eilet  hautement  avantageux
pour  nous  d’échanger  une  marchandise  superflue  pour  des  objets
qu’on  peut  rendre  productifs.
On  peut  en  tout  temps  confier  sans  danger  l’exportation  du  numéraire ­
  au  libre  arbitre  des  particuliers.  Jamais  cette  exportation  ne  dé
passera  celle  des  autres  mai-chandises,  si  elle  n’est  pas  profitable  à  la
!  nation.  Et  si  réellement  eef  avantage  existe,  il  n’est  pas  de  loi  ca-:
  pable  de  prévenir  l’exportation.  Heureusement  que  dans  ce  cas,  com-\
  me  dans  la  plupart  de  ceux  où  le  commerce  est  ouvert  à  la  libre
\  concurrence,  les  intérêts  individuels  et  ceux  de  la  communauté  sont
\  constamment  en  barmonie.
S’il  était  ¡jossible  d’exécuter  strictement  la  loi  dirigée  contre  la  fusion ­
  et  l’exportation  du  numéraire,  à  un  moment  où  d’autres  régie
ments  permettraient  d  exporter  les  lingots  d  or,  il  n  en  résulterait  au
cun  bénéfice.  Loin  delà,  on  imposerait  un  dommage  notable  à  ceux  qui
pourraient  se  trouver  obligés  de  payer  deux  onces  et  plus  d’or  monnaie ­
  pour  une  once  d’or  métal.  11  y  aurait  là  une  dépréciation  réelle
de  notre  système  monétaire,  qui  élèverait  les  prix  de  toutes  les  autres
commodités  dans  un  rapport  direct  avec  l’accroissement  de  la  valeur
des  lingots  d’or.  Le  détenteur  de  numéraire  aurait  alors  a  supporter
une  perte  égale  à  celle  qui  pèserait  sur  le  propriétaire  de  blé,  si  on
promulguait  une  loi  qui  lui  défendît  de  vendre  son  blé  à  plus  de  la
moitié  de  sa  valeur  sur  le  marché.  La  loi  contre  l’exportation  du  numéraire ­
  {coin)  a  réellement  cette  tendance.  Mais  il  est  si  facile  de  l’éluder ­
  que  l’or-lingot  a  conslammimt  eu  une  valeur  à  peu  près  égale  a
celle  de  l’or-monnaie.
11  ressort  donc  de  tous  ces  faits  qu’en  supposant  partout  des
quantités  égales  de  métaux  précieux,  la  circulation  d’un  pays  ne
peut  jamais  avoir  pendant  longtemps  une  valeur  très-supérieure  a
I  celle  d’une  autre  nation;  que,  de  plus,  ces  mots  excès  de  ciiculalion,
I  ne  sont  que  des  termes  relatifs  ;  qu’enfin,  la  circulation  de  1  Angle
(  terre  étant  de  dix  millions,  celle  de  France  de  cinq  millions,  celU
de  Hollande  de  quatre  millions,  etc.,  etc.,  si  ct's  divei'ses  circulations
’  conservaient  leurs  proportions  relatives  tout  en  doublant  ou  triplant
t  d’une  manière  absolue,  aucun  des  pays  ne  se  ressentirait  d  une  exii-I
  bérance  de  monnaie.
Le  prix  des  marchandises  s’élèrerait  partout  sous  l’inlluence  de
cette  circulation  multipliée,  mais  nuUe  part  ou  u’exporterait  du  nu-
        <pb n="457" />
        LE  HAUT  PRIX  MES  LINGOTS.

405

méraire.  Mais  ces  proportions  seraient  détruites  si,  la  circulation
de  l’Angleterre  seule  doublant,  celles  de  Hollande  ,  de  France,  etc.,
restaient  les  mêmes.  Nous  reconnaîtrions  aim’s  un  excî'S  dans  notre
circulation  ;  par  la  même  raison  ,  il  se  formerait  un  vide  dans  celle
des  autres  pays  et  une  partie  de  notre  excédant  s’exporterait  jusqu’au ­
  moment  où  les  proportions  primitives  de  dix  ,  de  cinq  ,  quatre ­
  millions,  etc.,  auraient  été  rétablies.
Si  une  once  d’or  avait  en  France  plus  de  valeur  (pi’en  Angleterre  ,
et  conséquemment,  si  elle  acquittait  en  France  une  plus  grande  somme ­
  de  marebandises  communes  aux  deux  pays,  l’or  abandonnerait
immédiatement  l’Angleterre  pour  aller  effectuer  cette  opération  au
dehors.  Nous  expédierions  ainsi  l’or  de  préférence  à  tout  autre
article,  parce  qu’il  constituerait  la  marchaudisc,ncbangeabl&amp;lt;‘  la  moins
cù^e  sur  le  marché  anglais.  Si  l’or  est  plus  cher  en  France  qu’en
An^ètérre'  ies  marebandises  doivent  y  être  à  plus  bas  prix.  C’est
pourquoi,  au  lieu  d’être  transportées  d’un  marché  cher  à  un  marché
où  les  prix  sont  moins  élevés,  elles  quitteront  ce  dernier  pour  affluer
sur  le  premier  et  s’y  échanger  contre  notre  or.
La  banque  pourrait  persister  à  émettre  ses  billets  et  l’exportation
des  coins  continuer  à  être  avantageuse  au  pays,  tant  que  les  billets
seraient  remlmursablcs  en  espèces  à  volonté  ,  car  elle  ne  saurait  jamais ­
  créer  une  masse  de  billets  supérieure  à  la  valeur  du  numéraire
qui  eût  alimenté  la  circulation  en  l’absence  d’une  banque  *.
1  Si  elle  essayait  de  dépasser  cette  somme,  elle  verrait  l’excédant  lui
[revenir  en  échange  d’espèces.  Fn  effet,  la  valeur  de  notre  monnaie
élant^alors  diminuée,  provoquerait  l’exportation  du  numéraire  et
relierait  ^notre  circulation.  C’est  ainsi,  comme  je  l’ai  déjà
expliqué,  que  notre  circulation  tend  a  entrer  en  équilibre  avec  celle
des  autres  nations.  Les  avantages  de  l’exportation  cesseraient  aussitôt ­
  (,ue  cette  égalité  aurait  été  établie.  Mais  si  la  banque  concluait, ­
  de  ce  qu’une  quantité  donnée  d’instruments  monétaires  aurait
te  nécessaire  l’année  précédent!^,  à  une  nécessité  égale  pour  celle  ci  •
ou  SI,  pour  toute  autre  raison,  elle  émettait  de  nouveau  ses  biUets
lembourses,  le  stimulant  déjà  exercé  par  une  circulation  exubérante ­
  sur  l’exportation  du  coin  ,  se  reproduirait,  et,  avec  lui,  des

tioi  P  rigueur,  dépasser  cette  quantité  ;  car  l’Angleterre  par-^
  *  accroissement  (|ue  la  banque  développerait  dans  la  circulation  du
        <pb n="458" />
        406

OEUVRES  DIVERSES.

effets  analogues.  L’or  serait  encore  demandé,  le  change  deviendrait ­
  défavorable,  et  l’or-lingot  dépasserait  légèrement  son  prix  à  la
Monnaie,  parce  qu’il  est  légal  d’exporter  des  lingots,  mais  illégal
d’exporter  du  numéraire;  enfin,  la  différence  compenserait  largement
les  risques  de  l’opération.
De  cette  manière,  si  la  banque  persistait  à  rejeter  ses  billets  dans
la  circulation,  elle  pourrait  voir  enlever  à  ses  coffres  la  dernière  de
ses  guiñees.
Pour  suppléer  à  la  faiblesse  de  son  fonds  en  or,  elle  pourrait  acheter ­
  de  l’or-lingot  au  prix  surélevé,  et  le  faire  frapper  en  guinées;  mais
cette  mesure  ne  remédierait  pas  au  mai.  Les  guinées  seraient  encore
demandées,  mais  au  lieu  de  les  exporter,  on  les  fondrait  pour  les
vendre  à  la  banque  sous  forme  de  lingots  et  au  prix  surélevé.
«  Les  opérations  de  la  banque  ,  dit  ingénieusement  le  docteur  Smith,
j  ressemblaient  sous  ce  rapport  à  la  toile  de  Pénélope  ;  l’ouvrage  ache-I
  vé  le  jour  était  détruit  la  nuit.  »  M.  l’hornton  exprime  les  mêmes
sentiments  dans  les  lignes  suivantes  :  «  Voyant  la  niasse  des  guinées ­
  diminuer  chaque  jour  dans  ses  coffres,  les  administrateurs  de  la
banque  devront  nécessairement  s’efforcer  de  les  remplacer  par  tous
les  moyens  qui,  sans  être  extravagants,  seraient  eilicaces.  Ils  seront
donc  portés,  jusqu’à  un  certain  degré,  à  acheter  l’or,  même  à  un  prix
onéreux,  et  à  le  frapper  en  nouvelles  guinées;  mais  ils  le  feront  précisément ­
  au  moment  où  un  grand  nombre  de  spéculateurs  privés
seront  occupés  à  refondre  ce  qui  est  monnayé.  Les  uns  fondront  et  vendront ­
  pendant  que  les  autres  achèteront  et  feront  monnayer.  Kt  ces
opérations  contraires  ne  s’accompliront  pas  dans  le  but  d’exporter
chaque  guinée  fondue  à  Hambourg,  par  exemple,  mais  elles  concentreront ­
  leurs  plus  grands  efforts  sur  le  marché  de  Londres.  Les  monnayeurs
  et  les  fondeurs  vivront  ainsi  sur  le  même  lien  et  se  créeront
!  mutuellement  du  travail.  Si  nous  supposons  d’ailleurs,  poursuit
\  M.  l'hornton,  que  la  banque  s’engage  dans  cetbi  espiœ  de  lutte  avec
I  les  fondeurs,  elle  fera  évidemment  une  guerre  inégale;  et  quand
même  elle  ne  s’en  fatiguerait  pas  promptement,  il  est  probable  qu’elle
déposera  les  armes  avant  ses  adversaires.  »
La  banque  serait  donc,  en  dernier  ressort,  obligée  d’adopter  le
seul  remède  qui  soit  en  sa  puissance  pour  arrêter  la  demande  de
guinées.  Elle  enlèverait  progressivement  à  la  circulation  une  partie
de  ses  billets,  jusqu’à  ce  (pielle  eût  élevé  la  valeur  de  l’autre  partie
*  au  niveau  de  celle  du  lingot,  et  conséquemment  au  taux  de  la  circulation ­
  (les  autres  pays.  Tous  les  avantages  attachés  à  l’exportation  s’ef-
        <pb n="459" />
        LE  HALT  PHIX  DES  LINGOTS.  ^  407

faoeraient  alors  et  l’on  ne  serait  plus  tenté  d’échan^r  des  billets  de
banipie  contre  des  guinées
11  résulte  donc  de  cet  examen  du  sujet,  que  le  penchant  à  exporte
du  numéraire  en  échange  de  marchandises,  en  d’autres  termes,qu’une
balance  défavorable  de  commerce  ne  naît  jamais  (pie  d’une  sur
•abondance  de  circulation  monétaire.  Alais  M.  Tliornton,  (pii  a  étudié
ce  ifujet  d  ime  manière  très  vaste,  suppose  (pi’une  balance  de  commerce ­
  très  défavorable  peut  être  léguée  à  (xî  pays  par  une  mauvaise
récolte,  par  l’importation  du  blé  (|ui  en  résulterait,  et  que  de  plus,
le  pays  dont  nous  sommes  débiteurs  peut  en  même  temps  refuser  de
recevoir  nos  marchandises  en  paiement.  La  bai  ame  due  à  ce  pays
devra  nécessairement  alors  être  soldée  avec  un  contingent  en  numéraire ­
  ,  pris  sur  notre  circulation  :  de  là  les  demandes  d’or-lingot  et
le  renchérissement  de  son  prix.  Il  reconnaît,  d’ailleurs,  que  la  banque ­
  offre  de  grandes  facilit('*s  aux  négociants,  eu  comblant  avec  ses
billets  le  vide  produit  par  l’exportation  des  espèces.
Comme  M.  Ihomton  a  admis,  en  de  nombreux  passages  de  son
écrit,  que  le  prix  de  1  or-lingot  est  coté  en  or-monnaie  j
Comme  il  a  aussi  rfîconnu  (|ue  la  loi  contre  la  fonte  et  l’exportation
de  1  or  monnayé  était  facilement  éludée,  il  ini  n^sulte  qu’aucune  demande ­
  pour  les  lingots  d’or,  dérivant  de  cette  cause  ou  de  toute  autre,
ne  peut  élever  le  prix  en  numéraire  de  cette  marchandist;.  1/erreur
d’un  tel  raisonnement  provient  de  n’avoir  pas  reconnu  la  dilféi-ence
entre  I  accroissement  de  la  valeur  de  l’or  et  l’aixToissement  de  son

prix  en  numéraire.
Si  le  blé  était  soumis  à  une  grande  demande,  son  prix  en  numuaie
s’élèverait,  parce  qu’en  comparant  le  blé  avec  le  numéraire  nous  le
comparons  effectivement  avec  une  autre  marchandise  ;  —  de  même
lorsqu’il  existe  de  fortes  demandes  pour  l’or,  son  prix  en  6/é  s’accroît
aussitiM.  Mais  jamais  l’on  ne  verra  un  boisseau  de  blé  valoir  plus
qu  un  autre  boisseau  de  blé,  ou  une  once  d’or  plus  qu’une  once  d’or.
I  ne  once  d’or-lingot  ne  pourra,  quelle  qu'en  soit  la  demande,  avoir
une  valeur  supérieure  à  une  on(;e  d’or-monnaie,  ou  à  :i|.  |7r,  \()  |/‘2d.
Si  l’on  n’admettait  pas  cet  argument  comme  décisif,  j’établirais
que  le  vide  supposé  de  la  circulation  ne  peut  (Hre  produit  que  par
anéantissement  ou  la  réduction  du  papier  monnaie,  fl  serait  dès
nrs  rapidement  comblé  par  des  importations  de  lingots  que  son  accroissement ­
  de  valeur,  déterminé  par  la  diminution  des  agents  de
circulation,  attirerait  infailliblement  sur  le  marché  favorable.  Quelque ­
  grande  que  soit  la  disette  de  blé,  l’exportation  du  numéraire
        <pb n="460" />
        408

OEUVRES  DIVERSES.

se  trouvera  limitée  par  la  rareté  croissante  des  agents  de  circulation.
La  monnaie  excite  de  si  nombreuses  demandes,  elle  est  devenue  dans
l’état  actuel  de  la  civilisation  tellement  essentielle  aux  opérations  commerciales, ­
  qu’on  ne  pourra  jamais  l’exporter  à  l’excès.  —  Dans  l’hypothèse ­
  même  d’une  guerre  comme  celle  que  nous  subissons,  et  pendant ­
  laquelle  nos  ennemis  s’eflorcent  d’interdire  tout  commerce  avec,
nous,  dans  cette  hypothèse  même,  la  valeur  que  recevrait  notre  numéraire ­
  de  sa  rareté  croissante,  empêcherait  que  l’exportation  ne  fût
poussée  assez  loin  pour  occasionner  un  vide  dans  la  circulation.
M.  Thornton  ne  nous  a  pas  expliqué  pourquoi  les  pays  étrangers
refuseraient  de  recevoir  nos  marchandises  en  échange  de  leur  blé.
Et  d’ailleurs,  il  serait  nécessaire  pour  lui  de  démontrer  que  cette  répugnance ­
  existant  en  effet,  nous  consentirions  à  la  subir  jusqu’au
point  de  nous  priver  de  tout  notre  numéraire.
Si  nous  consentons  à  donner  du  numéraire  en  échange  de  blé,  ce
doit  être  par  choix  et  non  par  nécessité.  Nos  importations  de  marchandises ­
  ne  dépasseront  nos  exportations  que  dans  le  cas  où,  subissant ­
  une  surabondance  de  monnaie,  nous  jugerions  convenable  de  la
réunir  à  nos  articles  d’exportation.  L’exportation  du  numéraire
naît  de  son  bas  prix;  elle  n’est  pas  l’effet,  mais  la  cause  d’une  balance ­
  défavorable.  Nous  ne  l’exporterions  pas  si  nous  ne  le  remettions ­
  à  un  marché  plus  avantageux,  ou  s’il  existait  une  autre  marchanchandise
  dont  l’expédition  fût  plus  favorable.  C’est  là  un  remède
salutaire  pour  une  circulation  exagérée;  et  comme  j’ai  déjà  essayé
de  prouver  que  l’exubérance  ou  l’excès  sont  seulement  des  termes  relatifs, ­
  il  en  résulte  que  les  demandes  étrangères  naissent  exclusivement ­
  d’une  pénurie  comparative  qui  détermine  une  plus  value  dans
les  agents  monétaires.
Toutes  ces  considérations  se  réduisent  entièrement  à  une  question
d'intérêt.  Si  les  vendeurs  de  blé,  après  avoir  approvisionné  le
marché  d’Angleterre  pour  une  valeur  d’un  million,  pouvaient  y  recevoir ­
  des  marchandises  qui  coûteraient  un  million  en  Angleterre,
mais  qui,  vendues  au  dehors  produiraient  plus  que  la  remise  du
million  en  monnaie,  les  marchandises  seraient  préférées.  —  Dans  le
cas  contraire,  les  demandes  s’adresstîraient  à  la  monnaie.
Si  les  étrangers  préfèrent  l’or  en  échange  de  leur  blé,  c’est  seulement
après  avoir  comparé  la  valeur  de  l’or  et  des  autres  marchandises  sur
leurs  marchés  et  sur  le  nôtre,  et  s’être  assurés  (pie  l’or  est  moins  cher
sur  le  marché  de  Londres  que  sur  les  leurs.  Diminuons  la  masse  du
numéraire,  et  nous  lui  donnerons  immédiatement  une  valeur  addi-
        <pb n="461" />
        LE  HAUT  PKIX  DES  LINGOTS.  409
tionnelle.  Immédiatement  aussi  le  choix  des  étrangers  se  reportera
sur  les  marchandises.  Si  je  suis  débiteur  envers  Hambourg  de
iOO  1.,  je  rechercherai  le  mode  de  paiement  le  moins  onéreux.  Si
j  envoie  de  1  argent,  en  supposant  les  frais  de  transport  de  5  1.,  le
remboursement  de  ma  dette  me  coûtera  105  1.  Si  j’achète  ici  du
drap  qui  s  élève  avec  les  frais  d’exportation  à  100  1.  et  qui  se  vendra
a  Hambourg  100  1.,  il  me  sera  évidemment  plus  profitable  de  faire
ma  remise  en  numéraire.  Si,  enfin,  l’achat  et  les  frais  à  supporter
pour  acquitter  ma  dette  avec  de  la  quincaillerie  s’élevaient  à  107  1.,
je  préférerais  le  drap  à  ce  dernier  article  ;  mais  à  tous  deux  je  préférerais ­
  encore  la  monnaie,  celle-ci  étant  la  marchandise  d’exportation ­
  le  moins  chère  sur  le  marché  de  Londres.  Les  mêmes  raisons
agiraient  sur  le  spéculateur  de  blé,  si  l’opération  était  à  son  propre
compte.  Mais  si  les  administrateurs  de  la  banque,  «  tremblant  pour
la  sécurité  de  leur  établissement,  »  et  prévoyant  que  le  nombre  de  guiuées
  nécessaire  leur  serait  enlevé  au  prix  de  la  monnaie;  si,  dis-je,  ils
jugeaient  indispensable  de  diminuer  le  montant  des  billets  en  circulation, ­
  la  proportion  existante  entre  la  valeur  de  la  monnaie  ;  du  drap
et  delà  quincaillerie  ne  serait  plus  comme  105,  100  et  107.  La  monnaie ­
  deviendrait  la  plus  précieuse  marchandise,  et  serait  dès  lors  affectée ­
  avec  moins  d’avantage  au  paiement  des  dettes  étrangères.
Dans  le  eas  même,  plus  impérieux,  où  nous  aurions  consenti  à
payer  un  subside  à  une  puissance  étrangère,  on  n’exporterait  lor
que  s  il  II  y  avait  plus  sur  le  marché  de  marchandises  propres  à  effectuer ­
  les  paiements  à  de  meilleures  conditions  ;  l’intérêt  individuel
rendrait  tout  à  fait  inutile  l’exportation  du  numéraire  *.
Ainsi  donc,  pour  acquitter  une  dette,  on  n’expédiera  des  espèces
au  dehors  que  dans  le  cas_pii  elles  seront  surabondantes;  que  dans  le
cas  où  elles  constitueront  la  marchandise  d’expöriätion  la  moins  chère

BliBfl
dans  IVnti-  J  dépenses  extérieures,  consistant  en  subsides  à  nos  alliés  et
entretien  de  nos  armées  et  de  nos  Hottes  au  debors.
(Note  de  l'Auteur.  )
        <pb n="462" />
        OEUVRES  DIVERSES.

410
Si  à  la  même  époque  la  banque  payait  ses  billets  en  espèces,  la  demande ­
  de  l’or  s’accroîtrait  rapidement  et  tendrait  à  satisfaire  ces  besoins ­
  additionnels,  Alors  même  que  le  prix  de  l’or  comme  lingot
serait  supérieur  à  sa  valeur  comme  coin  ,  les  spéculateurs  l’obtiendraient ­
  à  la  banque  au  prix  de  la  Monnaie,  car  les  lingots  peuvent.
et  les  espèces  ne  peuvent  pas  s’exporter  légalement.
liest  évident  dès  lors  que  la  dépréciation  des  agents  monétaires  est
la  conséquence  immédiate  de  leur  surabondance,  et  (jue,  dans  l’état
habituel  de  la  circulation  nationale,  celte  dépréciation  se  trouve  corrigée ­
  par  l’exportation  des  métaux  précieux  ‘.
relies  m’apparaissent  alors  lesjois  qui  régissent  la  distribution  des
métaux  précieux  sur  le  globe,  et  qui,  en  déterminant  leur  valeur,
provoquent  et  limitent  leurs  migrations  d’un  pays  à  un  autre.  Mais
avant  d’appliquer  ces  principes  à  l’examen  du  principal  objet  de  mes
recherches,  je  dois  nécessairement  indiquer  l’étalon  métrique  des

’  Il  a  été  établi  dans  une  publication  d’une  réputation  grande  et  méritée,  dans
la  Revue  d’Edimbourg  (I®'  vol.,  p.  183  ),  qu’un  accroissement  dans  la  circulation ­
  du  papier  occasionnerait  une  hausse  dans  le  prix  en  papier  ou  en  numéraire, ­
  des  marchandises,  mais  ne  produirait  aucune  augmentation  dans
leur  prix  en  lingots.
Cette  observation,  vraie  pour  une  époque  où  la  circulation  serait  exclusivement
alimentée  avec  du  papier  non  remboursable  en  espèces,  devient  inexacte  dès  que
le  numéraire  constitue  une  partie  des  monnaies.  Dans  ce  dernier  cas,  l’effet  d’une
surémission  de  papier  serait  de  rejeter  de  la  circulation  une  masse  égale  d’espèces
Mais  on  ne  pourrait  le  faire  sans  ajouter  à  la  quantité  de  lingots,  et  conséquemment ­
  sans  abolir  leur  valeur  sur  le  marché  ;  en  d’autres  termes,  sans  accroître
le  prix  en  lingots  des  marclvandises.  C’est  sous  l’influence  exclusive  de  cette
baisse  dans  la  valeur  de  la  circulation  métallique  et  des  lingots  que  naît  la  tentation ­
  de  les  exporter;  et  la  pénalité  qui  pèse  sur  la  fusion  du  coin  est  la  seule
cause  d’une  petite  différence  entre  la  valeur  du  numéraire  et  des  lingots  ou  d  un
excédant  dévolu  au  prix  du  marché  sur  le  prix  à  la  Monnaie.  Mais,  eX'
portation  de  lingots  est  synonyme  de  balance  défavorable  du  commerce.  l&amp;gt;e
quelque  source  que  procède  une  exportation  de  lingots  en  échange  de  marchandises, ­
  on  la  nomme(très-iiuîorrectement  suivant  moi),  une  balance  défavorable
du  commerce.
Quand  la  circulation  est  entièrement  composée  de  papier,  tout  accroissement
dans  sa  quantité  tend  à  élever  le  prix,  en  monnaie  des  lingots  sans  abaisser  leur
valeur,  de  la  même  manière  et  dans  les  mêmes  proportions  suivant  lesquelles  ü
élèverait  le  prix  des  autres  marchandises.  —  Cet  accroissement  abaisserait  aussi
les  changes  extérieurs.  Mais  la  baisse  sera  seulement  nominale  et  non  réelle-Elle
  ne  déterminera  pas  rexpoi  tation  des  lingots.,  parce  (|ue  l’abondancie  de  ces
lingots  sur  le  marché  n’étant  pas  augmentée,  leur  valeur  intrinsèque  n’aura
subi  aucune  diminution.  {Note  de  l  .tuteur.)
        <pb n="463" />
        LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  4H

valeurs  dans  ce  pays,  celui  dont  notre  monnaie  de  papier  devrait
être  le  signe  représentatif.  En  effet,  c’est  seulement  en  la  compa  -
rant  avec  cet  étalon  qu’on  peut  évaluer  son  intégrité  ou  sa  dépréciation. ­

On  ne  peut  dire  qu’il  existe  une  mesure  invariable*  des  valeurs  la  où
la  circulation  monétaire  se  compose  de  deux  métaux,  parce  qu’ils  sont
soumis  à  de  continuelles  variations  dans  leur  valeur  relative.  Quelque ­
  exactitude  que  mettent  les  directeurs  de  la  Monnaie  à  équilibrer
la  valeur  relative  de  l’or  à  l’argent,  au  moment  où  ils  établissent  le
rapport  dans  les  monnaies  ,  ils  ne  peuvent  empêcher  un  de  ces  métaux ­
  de  s’élever,  pendant  que  l’autre  reste  stationnaire  ou  baisse  de
valeur.  Or,  quand  ces  perturbations  se  manifesteront,  on  fondra
un  des  deux  métaux  pour  l’échanger  contre  l’autre.  &amp;gt;1.  Locke,  lord
Liverpool  et  une  foule  d’autres  écrivains  ont  babil  erneut  scruté  cette
question.  Tous  s’accordent  à  penser  que  le  seul  remède  qu’on  puisse
appliquer  a  la  circulation  au  milieu  des  complications  issues  de  cette
source,  consiste  à  attribuer  exclusivement  à  l’un  des  deux  métaux  le
rôle  d^élalon  métrique  de  la  valeur.  M.  Locke  considérait  l’argent
comme  le  métal  le  plus  propre  à  cette  fonction.  Il  proposait  de  laisser ­
  aux  espèces  en  or  le  soin  de  fixer  elles-mêmes  leur  valeur,  et  de
passer  pour  une  quantité  de  shillings  plus  ou  moins  grande  suivant
les  variations  du  prix  de  marché  de  l’or  relativement  à  l’argent.
Lord  Liverpool  soutenait  au  contraire  que  non-seulement  l’or  était
le  métal  le  plus  propre  à  servir  de  mesure  générale  des  valeurs  dans
ce  pays,  mais  encore  que  le  consentement  unanime  de  la  nation  lui
avait  donné  ce  caractère  déjà  reconnu  par  les  étrangers,  et  qu’il  était
mieux  en  rapport  avec  le  développement  du  commerce  et  de  la  richesse
en  Angleterre.  11  proposa  donc  que  les  coiru  d’or  fussent  déclarés
monnaie  légale  pour  les  sommes  excédant  une  guinée,  et  les  coin*
argent  pour  celb's  qui  ne  dépasseraient  pas  ce  chiffre.
«'après  les  prescriptions  artucllesde  la  loi,  lecoin  d’or  est  pris  pour

espace  cette  \aleur  est  passablement  stable.  Cette  propriété
aux  fonrf  avantages,  les  rend  plus  propres  que  toute  autre  marchandis
ment  soi  *”**^  ^  ^  &amp;gt;^07tnaip.  C'est  pourquoi  l’or  ou  l’argent  peuvent  indifférem
’  ^  ^  rapport,  être  appelés  une  m^re  de  la  valeur.  (/Voie  de  /’.'ivtevr
        <pb n="464" />
        ŒUVRES  DIVERSES.

il  2
monnaie  légale  jusqu’à  concurrence  de  toute  somme.  ¡Víais  il  fut  déerétéjjen
  1774,«  que  nulle  offre  de  paiement  faite  dans  la  monnaie  d  ar
Ü^ent  du  royaume  pour  une  somme  supérieure  à  vingt-cinq  guinécs
»  à  la  fois,  ne  serait  réputée  légale  ou  admise  comme  monnaie  ¡égale
»  dans  le  Royaume-Uni  pour  plus  de  sa  valeul'  au  po/d.s,  déterminée
»  d’après  le  taux  de  5  s.2d.  pour  chaque  once  d’argent.  »  J.a  même ­
  décision  a  été  renouvelée  en  17i)8,  et  est  aujourd’hui  en  vigueur.*
Il  paraît  établi  au-dessus  de  toute  contestation,  par  les  nombreux
arguments  de  lord  Liverpool  que  l’or  a  été  pendant  près  de  cent  ans  la
mesure  principale  de  la  valeur.  Mais  ce  fait  doit  être  attribué,  selon
lui,  à  l’évaluation  inexacte  des  proportions  de  la  Monnaie.  L’or  a
été  évalué  trop  haut.  Dès  lors  il  ne  saurait  y  avoir  dans  la  circulation ­
  de  monnaie  d’argent  au  titre  légal.
Si,  par  un  nouvel  arrêté,  l’argent  était  évalué  trop  haut;  ou  (ce
qui  est  la  même  chose)  si  les  différences  entre  les  prix  de  l’or  et  de
l’argent  sur  le  marché  devenaient  plus  grandes  que  celles  de  la
monnaie,  l’or  disparaîtrait  immédiatement,  et  l’argent  y  deviendrait
la  monnaie  type.
Ceci  demande  de  plus  longs  développements.  La  valeur  relative
de  l’or  à  l’argent  dans  les  Monnaies  est  de  15  9/124  à  1.  Une  once
d’or  frappée  en  3  1.  17  s.  10  1/2  d.  vaut,  d’après  les  proportions
de  la  Monnaie,  15  9/124  onces  d’argent,  puisque  ce  même  poids
d’argent,  tranformé  en  coins  donne  3  1.  17  s.  10  1/2  d.  de  monnaie ­
  d’argent.  Tant  que  la  valeur  comparative  de  l’or  à  l’argent
sera,  sur  le  marché,  au-dessous  de  15  à  1,  phénomène  qui  s’est  reproduit ­
  depuis  un  grand  nombre  d’années,  l’or  deviendra  nécessairement ­
  l’étalon  métrique  des  valeurs.  Kn  effet,  ni  la  banque,  ni
aucun  particulier  ne  feraient  frapper  à  la  Monnaie  en  3  1.  17  s.  I0
1/2  d.  les  15  9/124  onces  d’argent  qu’ils  pourraient  vendre  sur  le
marché  pour  plus  de  3  1.  17  s.  10  1/2  d.  en  coins  d’or.  Et  remar
quons  que  cette  vente  pourrait  s’effectuer  dans  le  cas  où  moins  de
15  onces  d’argent  suffiraient  pour  acheter  une  once  d’or.
Mais  si  le  rapport  de  l’or  à  l’argent  dépasse  les  termes  de  l’administration, ­
  ou  15  9/124  à  1,  on  verra  immédiatement  disparaître  le
monnayage  de  l’or;  car  les  deux  métaux  étant  simultanément  monnaies ­
  légales,  dans  le  sens  le  plus  absolu  du  mot,  le  possesseur
d’une  once  d’or  n’enverrait  jamais  à  la  Monnaie,  pour  être  convertie
en  3  1.  17  s.  10  1/2  d.,  l’once  d’or  qu’il  pourrait  vendre  pour
plus  de  3  L  17  s.  10  1/2  d.  en  monnaie  d’argent,  comme  dans  l’hypothèse ­
  supposée.
        <pb n="465" />
        LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  413
Non-seulement  on  ne  ferait  pas  frapper  l’or,  mais  les  spéculateurs
illicites  fondraient  les  espèces  et  vendraient  le  métal  à  l’état  de  lingot
bien  au-dessus  de  sa  valeur  nominale  en  monnaie  d’argent.  L’ordsiparaitrait
  ainsi  de  la  circulation,  et  les  types  en  argent  constitueraient
1  étalon  métrique  de  sa  valeur.  Comme  l’or  a  dernièrement  éprouvé
une  hausse  considérable  relativement  à  l’argent,  nous  verrions  se
produire  cette  substitution  dans  le  cas  où  le  Bank  Heslriclion-BiU
serait  annulé  et  le  monnayage  de  l’argent  rendu  libre  comme  celui
de  l’or.  —  Cette  hausse  est  d’ailleurs  positive  ;  une  once  d’or  au  titre
qui,  d’après  une  moyenne  de  nombreuses  années,  valait  14  3;4  onces
d’argent  également  en  titre,  vaut  actuellement  15  1;2  onces.  Mais
dans  un  acte  du  parlement  de  la  39“*  année  de  George  III  se  trouve
la  clause  suivante  :
«  Considérant  que  des  inconvénients  peuvent  résulter  de  tout  monayage
  d’argent  ji^qu’à  l’adoption  des  réglements  nécessaires  ;  considérant ­
  que,  vu  le  bas  prix  actuel  des  lingots  d’argent  déterminés  par
des  circonstances  temporaires,  il  a  été  porté  à  la  Monnaie,  pour  être
frappée,  une  petite  quantité  d’argent  qui  tend  à  s’accroître,  et  il  nous
a  paru  nécessaire  de  suspendre  pour  le  moment  le  monnayage  de
I  argent,  nous  avons  donc  décrété  et  décrétons  ce  qui  suit  :  —  A  partir
de  la  promulgation  de  cet  acte  il  ne  pourra  être  frappé  à  la  Monnaie
aucune  quantité  de  lingots  d’argent,  ni  être  distribuée  aucune  mon  -
naie  d’argent  qui  y  aurait  été  frappée.  —  Sont  et  demeurent  abrogées ­
  les  lois  contraires  au  présent  arrêté.  »
Cette  loi  est  actuellement  en  vigueur.
^  L  intention  du  législateur,  par  ces  mesures,  a  nécessairement  été
d  établir  1  or  pour  étalon  monétaire  dans  ce  pays.
Tant  qu’on  maintiendra  cette  loi  l’argent  se  trouvera  affecté  aux
petits  paiements  seuls,  —  la  quantité  qui  en  existe  dans  la  circulation ­
  étant  rigoureusement  suHisante  pour  accomplir  cette  fonction  II
Moimaie  contre  des  lingots  d’or.  -  Sous  l’empire  de  cette  loi,  l’or
»levra  donc  continuer  à  être  l’étalon  de  la  circulation.
■  .w.  valeur  d  une  once  d’or  sur  le  marché  devenait  égale
serve  ^  ^  tie  cette  prohibition  serait  encore  de  cona
  or  le  rôle  de  mesure  de  la  valeur.  11  n’importerait  guère
        <pb n="466" />
        414

(IKllVKES  DIVERSES

au  possesseur  des  .‘10  onces  d’argent  de  savoir  qu’à  une  autre  époque
il  aurait  pu  acquitter  une  dette  de  ,11.  17  s.  10/2  d.  en  faisant  frapper ­
  à  la  Monnaie  15  9/124  onces  d’argent  ;  il  ne  lui  importerait  guère,
dis-je,  puisque  dans  le  cas  actuel,  il  ne  peut  liquider  sa  dette  qu’eu
vendant  ses  30  onces  d’argent  au  prix  du  marché,  c’est-à-dire,
pour  une  once  d’or  ou  3  l.  17  s.  10/2  d.  de  coin  d’or.
Le  public  subira,  à  différentes  époques,  des  pertes  très-sérieuses  résultant ­
  de  la  dépréciation  que  produit  dans  les  instruments  de  circulation ­
  l’industrie  frauduleuse  des  rogneurs.  Les  marchandises  contre ­
  lesquelles  ils  s’échangent  s’élèvent,  quant  à  la  valeur  nominale,
dans  un  rapport  exact  avec  leur  dégradation  ;  et  cela  sans  excepter
les  lingots  d’or  et  d’argent.  Aussi  voyons-nous  qu’avant  la  refonte
du  signe  de  Guillaume  III,  la  monnaie  d’argent  était  si  dépréciée,
qu’une  once  d’argent  qui  aurait  dû  être  contenue  en  62  pence,  était
disséminée  en  72  pence.  En  même  temps  un»  guinée  qui  était
évaluée  à  21  shillings  passait  dans  les  contrats  pour  30  shillings.
La  refonte  porta  remède  à  tous  ces  désordres.  Des  effets  analogues
résultèrent  de  la  dépréciation  des  coins  d’or  et  furent  également  corrigés ­
  en  1774  par  les  mêmes  moyens.
Depuis  1774  nos  monnaies  d’or  ont  conservé  presque  intacte  leur
pureté  légale  ;  mais  la  monnaie  d’argent  a  essuyé  encore  quelques ­
  altérations.  Un  essai,  fait  à  l’administration  en  1798,  fit  voir
qu’à  cette  époque  nos  shillings  étaient  de  24  p.  O/o,  et  les  six
pences  de  38  p.  O/o,  au-dessous  de  leur  valeur  à  la  Monnaie  ;  et
Je  sais  qu’une  expérience  récente  a  démontré  qu’ils  étaient  beaucoup ­
  plus  altérés.  Us  ne  contiennent  donc  pas  autant  d’argent  pur
que  sous  le  roi  Guillaume.  Cependant  cette  dépréciation  ne  produisit ­
  point,  avant  1798  ,  l’effet  déjà  signalé  dans  la  première  circonstance. ­
  A  celte  époque  les  lingots  d’or  et  d’argent  s’élevèrent  dans
le  rapport  de  la  dégradation  des  unités  d’argent.  Les  changes
étrangers  s'établirent  largement  contre  nous  à  20  pour  O/o;  un
grand  nombre  même  dépassaient  ce  chiffre.  Mais  quoique  la  dégradation ­
  se  fût  perpétuée  pendant  de  nombreuses  années,  elle  n’avait
jamais,  antérieurement  à  1798,  élevé  le  prix  de  l’or  ou  de  l’argent,
ou  produit  le  moindre  effet  sur  les  changes.  Cette  circonstance
prouve  d’une  manière  décisive  que,  pendant  toute  cette  période,
la  monnaie  d’or  fut  acceptée  comme  étalon  métrique  de  la  valeur.
Toute  altération  des  coins  d’or  eût  sans  cela  produit,  sur  les  prix
des  lingots  d’or  et  d’argent,  et  sur  les  changes  étrangers,  des  pertur-
        <pb n="467" />
        I&amp;gt;E  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  H»
bâtions  analogues  à  celles  qui  suivirent  la  dégradation  des  monnaies
d’argent  \
Tant  que  la  circulation  des  différents  pavs  consiste  en  métaux
précieux  ou  en  une  monnaie  de  papier  constamment  remboursable,
et  tant  que  les  agents  métalliques  n’ont  été  altérés  iii  par  le  Irai  ni
par  les  rogneurs,  il  est  facile  de  déterminer  le  pair  général  du  change
en  comparant  le  poids  et  le  titre  des  monnaies.  Ainsi  le  pair  du  change
entre  la  Hollande  et  l’Angleterre  a  été  11  xé  à  environ  onze  flo-«
  ins,  parce  que  la  quantité  d’ai  gent  pur  conteuu  dans  onze  florins
est  égale  à  l’argent  pur  contenu  dans  20  shilliugs  types.
Ce  pair  n’est  ni  ne  peut  être  absolument  invariable.  Eu  effet,  l’or
étant  l’étalon  du  commerce  eu  Angleterre,  comme  est  l’argent  à  Hambourg, ­
  une  livre  St.  —  ou  les  20^21  d’une  guinée,  —  peut  à  diverses
épo(|ues  valoir  plus  ou  moins  que  vingt  shillings  au  titre,  et  conséquemment ­
  plus  ou  moins  que  son  équivalent,  onze  florins.  Notre
but  sera  d’ailleurs  assez  exactement  atteint,  que  nous  estimions  le
pair  en  argent  ou  eu  or.
Je  me  suppose  une  dette  envers  la  Hollande.  Si  je  connais  le
pair  du  change,  je  connaîtrai  aussi  la  quantité  de  notre  monnaie
nécessaire  pour  l’acquitter.
Si  ma  dette  s  eleve  à  1100  florins,  la  valeur  de  l  or  étant  d  ailleurs  la
même,  1001.  de  notre  coin  d’or  au  titre  achèteront  la  somme  de  monnaie ­
  hollandaise  nécessaire  au  paiement  de  cette  dette.  Je  puis  donc
indifféremment  exporter  les  100  1.  en  numéraire,  ou,  ce  qui  revient
au  même,  acheter  d’un  marchand  de  lingots  un  effet  qui  liquidera
ma  dette.  Je  lui  allouerai  dans  l’achat  de  l’effet  les  frais  de  transport, ­
  tels  que  ceux  de  fret,  d'assurance,  et  son  profit  légitime.
De  son  côté  il  exportera  les  lingots,  pour  donner  à  son  correspondant
les  moyens  de  couvrir  la  traite  a  l’échéance.  Ces  frais  constituent
«loue  les  limites  extrêmes  d’un  change  défavorable.
Quel(|ue  grande  que  soit  ma  dette,  et  en  la  supposant  même  égale
au  plus  lourd  des  subsides  accordés  jmr  ce  pays  à  un  allié  ,  le  changeur ­
  «ira  toujours  satisfait  d’exporter  le  numéraire  et  de  me  vendre
de^i  traites,  si  je  puis  le  payer  en  monnaie  au  dire.  Mais  si  je  lui  paie

■  Quand  les  unités  d’or  furent  dégradées  antérieurement  à  la  refonte  de  1774,
.  ^  argent  s  élevèrent  au-dessus  de  leur  prix  à  la  Monnaie,  pour
moment  où  la  monnaie  atteignit  sa  pureté  actuelle.  Les  changes,
P  r  es  m  mes  causes,  devinrent  favorables,  de  défavorables  qu’ils  étaient  aupa-
        <pb n="468" />
        OEUVRES  DIVERSES.

41H
son  billet  en  numéraire  déprécié  ou  en  une  monnaie  de  papier  tombée ­
  en  discrédit,  il  répugnera  à  me  vendre  son  billet  à  ce  taux.  En
effet,  si  le  coin  est  altéré,  il  ne  contient  évidemment  plus  la  quantité
d’or  ou  d’argent  pur  dont  se  composent  légalement  1001.  ;  il  devra
donc  exporter  un  nombre  additionnel  de  ces  pièces  dégradées  pour
acquitter  ma  dette  de  100  1.  ou  son  équivalent,  1100  florins.  Si  je
le  rembourse  en  monnaie  de  papier,  comme  il  ne  peut  le  répandre  au
dehors,  il  examinera  si  ce  papier  peut  acheter  la  quantité  de  lingots  d’or
et  d’argent  contenue  dans  le  coin  dont  il  est  le  signe  représentatif.
S’il  en  est  ainsi,  il  n’hésitera  pas  à  accepter  le  papier  au  même  titre ­
  que  Je  numéraire  ;  mais  dans  le  cas  contraire,  il  exigera  pour  sa
traite  une  prime  supplémentaire  équivalente  à  la  dépréciation  du
papier.
C’est  pourquoi,  dans  l’hypothèse  d’une  circulation  alimentée  par
un  numéraire  Adèle  ou  par  une  monnaie  de  papier  immédiatement
écKângeahle  contre  ce  numéraire,  le  change  ne  peut  jamais  être  au  dessus ­
  ou  au-dessous  du  pair  d’une  quantité  très-supérieure  aux  dépenses ­
  nécessitées  par  le  transport  des  métaux  précieux.  Mais  quand  la
circulation  se  compose  d’une  monnaie  de  papier  dégradée,  elle  s’avilit
'  '  nécessairement  dans  un  rapport  direct  avec  le  degré  de  la  dépréciation.
Le  change  nous  fournira  dès  lors  un  critérium  assez  exact  pour
,  déterminer  la  dégradation  de  la  circulation,  qu’elle  procède  d’un
!  numéraire  rogné  ou  d’unjiapier-monnaie  discrédité.
!  Sîr~Tâmes  Stewart  observe  que,  «  si  l’on  avait  changé  le  pied  méj
  »  trique  sur  toute  la  surface  de  l’Angleterre,  soit  eu  l’augmentant,  soit
I  »  en  le  réduisant  d’une  partie  proportionnelle  à  sa  longueur  type,  le
*  »  meilleur  procédé  pour  découvrir  cette  altération  serait  de  comparer
-  »  le  nouveau  pied  avec  celui  de  Paris  ou  celui  de  tout  autre  pays
f  »  resté  invariable.  »
I  «  De  même,  si  on  découvrait  quelque  altération  dans  la  livre
"  sterling,  qui  est  l’unité  anglaise,  et  (pi’une  complicationd’événe-»
  meiits  rendit  dillicile  le  calcul  de  cette  variation,  le  meilleur  moyen
»  pour  y  parvenir  serait  de  comparer  la  valeur  précédente  et  actuelle
»  de  la  livre  sterling  avee  la  monnaie  chez  les  nations  où  elle  n’aurait
l  »  subi  aucun  changement.  —Le  change  conduira  à  ce  résultat  d’une
^  »  manière  certaine.  »
Les  rédacteurs  de  la  Reçue  d’Êdimboiiry  s’expriment  ainsi  en  parlant ­
  de  la  brochure  de  lord  King  :  «  De  ce  que  les  lingots  constituent
toujours  une  partie  de  nos  importations,  il  ne  faut  pas  conclure  qne
la  balance  du  commerce  penche  dès  lors  constamment  en  notre  faveur.
        <pb n="469" />
        417

LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.
Les  lingots,  ajoutent-ils,  sont  une  marchandise  soumise  comme
toutes  les  autres  à  des  demandes  inconstantes,  et,  à  ce  titre,  ils  figurent ­
  également  dans  le  catalogue  des  importations  et  des  exportations.
Les  importations  ou  ces  exportations  de  lingots  inilueront  d’ailleurs
sur  le  cours  du  change  d’une  manière  analogue  au  mouvement  général ­
  des  autres  marchandises.  »
l’ersoniic  n’exporte  ou  n’importe  des  lingots  sans  avoirpréalable-¡ÜÊ^nsulté
  le  taux  du  change.  C’est  dans  cette  donnée  que  nous
puisons  la  \aleur  relative  des  lingots  dans  les  deux  pajs  soumis  à
nos  calculs.  Les  cotes  de  cliange  sont  donc  pour  le  marchand  de  lingots ­
  ce  que  les  prix  courants  sont  à  la  masse  des  négociants,  quand
Ils  se  déterminent  à  exporter  ou  importer  les  autres  marchandises
bi  onze  florins  de  Hollande  conliennent  rigoureusement  autant  dar'
gent  lin  que  vingt  shillings  au  titre,  personne  ne  s’avisera  d’exporter
de  Londres  à  Amsterdam  une  quantité  de  lingots  d’argent  égale  eu
###
nous  avons  négligé  de  le  faire.
a  conféré  suspendant  les  paiements-espèces  de  la  banque,
de  réduire  -,  ^  ^  établissement  le  ])rivilége  d’accroître  ou
(OFu  ?  ^  quantité  et  le  montant  de  leurs  billets.  De
de  Ricardo.)  27
        <pb n="470" />
        J

418  ŒUVRES  DIVERSES.
plus,  cette  disposition  ayant  renversé  toutes  les  digues  élevées  contre
une  surémission,  les  directeurs  ont  acquis  le  pouvoir  d’augmenter  ou
de  diminuer  la  valeur  de  la  circulation  de  papier.
Pour  reporter  les  maux  actuels  de  la  circulation  à  leur  source  et
prouver  leur  réalité  par  un  appel  à  ces  deux  témoignages  infaillibles,
le  taux  du  change  et  le  prix  des  lingots,  je  m’armerai  du  rapport  de
M.  Thornton  sur  la  conduite  de  la  banque  avant  la  restriction.  Ce
rapport  m’aidera  à  démontrer  avec  quelle  fidélité  les  gérants  de  la
banque  ont  obéi  au  principe  que  M.  Thornton  a  si  fortement  établi,
en  disant  que  «  la  valeur  des  billets  dépend  de  leur  montant,  et  que
les  directeurs  eu  ont  pu  calculer  les  variations  par  le  moyeu  des  contrôles ­
  auxquels  j’ai  déjà  fait  appel.  «
M.  Ttioiirton  nous  dit  :  «  Toutes  les  fois  que  les  changes  du  pays
»  devenaient  assez  défavorables  pour  donner  au  prix  du  marclié  de  1  or
»  une  grande  supériorité  sur  celui  de  la  monnaie,  les  gérants  de  la
»  banque,  comme  l’indiquent  leurs  dépositions  au  gouvernement,
»  paraissent  avoir  été  disposés  à  recourir  à  une  réduction  de  leur
»  papier,  dans  le  but  d’alfaiblir  ou  d’écarter  tout  abus  et  de  pourvoie
»  ainsi  à  la  sécurité  de  leur  établissement.  —  Ils  se  sont  même  constam-»
  ment  appliqués,  par  une  sage  prévoyance,  à  maintenir  la  masse  de
»  leurs  billets  dans  de  certaines  limites.  »  Ailleurs  il  ajoute  :  «  Quand
I  »  le  prix  atteint  par  nos  coins  d’or  sur  les  marchés  étrangers  est  tel
\  »  qu’il  tend  à  les  eutraîuer  hors  du  royaume,  les  directeurs  de  1»
;  .  »  banque,  inquiets  pour  la  sûreté  de  leur  établissement,  diminuent
»  naturellement  d’une  certaine  quantité  la  masse  de  leurs  billets.
»  En  réduisant  leur  papier  ils  élèvent  sa  valeur  ;  et  en  élevant  sa  va-»
  leur,  ils  accroissent  en  môme  temps,  en  Angleterre,  celle  de  la  mon*
»  naie  courante  contre  laquelle  on  les  échange.  Ainsi  la  valeur  de
»  nos  coins  d’or  se  mesure  sur  celle  du  papier  circulant,  et  les  direc-»
  teurs  de  la  banque  s’elïorceut  de  conserver  au  papier  la  valeur  qu’d
»  doit  avoir,  pour  prévenir  de  larges  exportations.  D’ailleurs,  cette
»  valeur  s’élève  quelquefois  un  peu  au-dessus,  et  quelquefois  s’a-»
  baisse  un  peu  au-dessous  du  prix  de  notre  coin  au  dehors.  »
i  C’est  pourquoi  la  nécessité  que  ressentaient  les  gérants  de  la  bau-\
  que  de  protéger  la  sécurité  de  leur  établissement,  avait  toujours  pi’^*
I  venu,  jusqu’au  bill  de  restriction,  une  émission  exagérée  de  monuaio
*  ■  de  papier.  Ainsi,  nous  trouvons  que  pendant  une  période  de  vingt-trois
années,  antérieures  à  la  suspension  des  paiements-espèces,  en  I7h7,
le  prix  moyen  de  Tor-lingots  a  été  de  3  1.  17  s.  7  3^4  d.  l’once,  environ
2  3/4  d.  au-dessous  du  prix  de  la  monnaie;  pour  les  seize  années  an-
        <pb n="471" />
        ;  T

LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  4i9
®  1774,  il  n  avait  jamais  été  de  beaucoup  supérieur  à  4  1
plisili
        <pb n="472" />
        íf:UVHES  DIVERSES.

m

Mais  tous  les  obstacles  élevés  contre  les  émissions  exagérées  de  la
banque  ont  été  renversés  par  l'acte  du  parlement.  Comme  les  direc
teurs  se  voient  autorisés  à  suspendre  leurs  paiements  en  espèces,  ils  ne
sont  plus  tenus,  par  des  craintes  sur  la  solidité  de  leur  établissement,
à  réduire  la  quantité  de  leurs  billets  à  des  proportions  susceptibles
de  leur  conserver  une  valeur  égale  à  celle  du  numéraire  dont  ils  sont
les  signes  représentatifs.  Aussi  voyous-nous  que  l’or-lingot  s’est  élevé
de  3  1.  17  s.  7  3¿4  d.  ,  moyenne  antérieure  à  1797,  à  4  1.  10  s.  et
même  dernièrement  à  41.  13  s.  l’once.
Kous  pouvons  donc  conclure  légitimement  que  cette  différence
de  valeur  relative,  ou,  en  d’autres  mots,  que  la  dépréciation  actuelle
des  billets  de  banque  a  été  provoquée  par  les  émissions  surabondantes ­
  de  la  banque.  La  même  cause  aussi  qui  a  produit  une  différence
de  15  à  20  p.  0/0  dans  les  billets  de  banque  comparés  aux  lingots
d’or,  peut  l’élever  à  50  p.  0/0.  On  ne  saurait  assigner  de  limites
à  la  dépréciation  qui  peut  naître  d’une  quantité  de  papier  constamment ­
  multipliée.  Le  stimulant  qu’une  circulation  surabondante ­
  imprime  à  l’exportation  du  numéraire  acquiert  une  nouvelle
force,  et  cependant  il  ne  peut  avoir  aucune  influence  salutaire  sur
une  circulation  générale  composée  d’une  monuaie  de  papier  dont
l’usage  est  nécessairement  restreint  à  notre  pays.  Chaque  accroissement ­
  dans  la  quantité  le  dégrade  au-dessous  de  la  valeur  des  lingots

d’or  et  d’argent,  au-dessous  de  la  valeur  des  monnaies  étrangères.
L’effet  est  semblable  à  celui  que  produiraient  la  rognure  de  nos

\

Xpigues  métalliques.

Si  on  enlevait  un  cinquième  aux  gui  nées,  le  prix  de  marché  des
lingots  d'or  dépasserait  d’un  cinquième  le  prix  à  la  monnaie.  Quarante-quatre ­
  guiuées  et  demie  (nombre  de  guiuées  pesant  une  livre
et  formant  le  prix  à  la  monnaie)  ne  pèseraient  plus  une  livre.  Il
faudi'ait  un  cinquième  de  plus,  ou  environ  5(1  guiuées,  pour  constiluei

«  Le  prix  de  l’or  élevé  actuellement  à  4  1.  3  s.  ou  4  l.  4.  s.  *  l’once,  et  celui  des
guiuées  restreint  à  3  1.  17  s.  lO  1/2  d.  démontrent  clairement  l’opportunité  de
nos  craintes.  Il  suffira  d’exposer  ces  faits  au  lord  cha7icelier  de  l  échiquier.  »
Il  est  digne  de  remarque  que  pendant  toute  l’année  les  tables  de  Wetenhall  n’indiquent ­
  pas  que  le  prix  de  l’or  ait  dépassé  celui  de  la  monnaie.  En  décembre
on  l’y  trouve  coté  à  3  1.  I7s.  «.  d.
♦  Il  estdifticilededire  sur  quelle  autorité  les  directeurs  ont  appuyé  celte  assertion,  puisqu’il
résulte  d’un  mémoire  qu’ils  ont  présenté  dernièrement  au  parlement,  que  pendant  l’année  1795
ils  n’ont  pas  acheté  d’or  en  lingots  à  un  plus  haut  prix  que  3  liv.  17  s.  6  d.
        <pb n="473" />
        LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  üi
le  prix  d’une  livre  d’or,  et  la  différence  entre  le  prix  au  marché  et
celui  delà  monnaie,  entre  56  l.  et  46  l.  14  s.  6  d.,  déterminerait  la
dépréciation.
Si  l’on  continuait  à  attacher  le  nom  de  Ruinées  au  coin  altéré,  et  si
l’on  cotait  la  valeur  des  lingots  d’or  et  des  autres  marchandises  avec
cette  même  monnaie  avilie,  une  guinée  nouvellement  issue  de  la
monnaie  vaudrait  nominalement  1  1.  5  s.,  et  le  spéculateur  illicite
lui  donnerait  cours  au  taux  de  c^tte  dernière  évaluation.  Toutefois
ce  ne  serait  pas  la  valeur  de  la  nouvelle  guinée  qui  aurait  été  accrue,
mais  bien  au  contraire,  celle  des  guinées  altérées  qui  aurait  fléchi.  Ceci
prendrait  immédiatement  le  caractère  de  l’évidence,  si  par  un  arrêté
on  interdisait  de  donner  aux  guinées  altérées  un  cours  autre  que  le
prix  de  la  monnaie,  soit  3  1.17  s.  10  d.  Ce  serait  substituer,
pour  étalon  métrique  de  la  valeur,  les  nouvelles  et  fortes  guinées
aux  guinées  rognées  et  dépréciées.  Les  dernières  passeraient  alors
pour  leur  valeur  intrinsèque  et  seraient  appelées  des  pièces  de  17  ou
18  shillings.  Ainsi,  si  on  promulguait  aujourd’hui  un  édit  semblable, ­
  il  n’arrêterait  pas  le  cours  des  billets  de  banque,  mais  il  les
ferait  passer  seulement  pour  la  valeur  des  lingots  d’or  qu’ils  pourraient ­
  acheter.  Une  guinée  ne  vaudrait  plus  alors  11.5  s.,  et  un
billet  d’une  livre  aurait  cours  seulement  pour  16  ou  17  shillings.
Aujourd’hui  l’or  n’est  qu’une  marchandise,  et  les  billets  de  banque
sont  l’étalon  métrique  de  la  valeur  ;  mais  dans  cette  hypothèse  l’or
prendrait  ce  dernier  caractère,  et  les  billets  de  banque  deviendraient
la  marchandise  négociable.
«  C’est  la  stabilité  de  notre  change  général,  dit  M.  Thornton,  ou,  en
»  d’autres  termes,  l  égalité  du  prix  de  l’or  au  marché  et  à  la  mon-»
  naie,  qui  paraît  être  le  signe  distinctif  d’une  circulation  de  papier
»  non  dépréciée.»
Si  les  événements  qui  provoquent  l’exportation  de  l’or  éclatent
au  moment  où  la  banque  a  suspendu  ses  paiements,  et  où  l’on  ne  peut
se  procurer  l’or  au  prix  de  la  monnaie  ,  la  petite  quantité  qu’on  en
pourra  recueillir  sera  destinée  à  être  expédiée  au  dehors.  Les  billets ­
  de  banque  s’échangeront  contre  l’or  sous  un  escompte  proportionné ­
  à  leur  abondance.  En  disant  cependant  que  l’or  est  à  un  haut
prix,  nous  nous  trompons.  Ce  n’est  pas  l’or,  c’est  le  papier  qui  a
changé  de  valeur.  Comparons  une  once  d’or,  ou  3  1.  17  s.  10  1/2  d.
aux  marchandises,  et  nous  verrons  se  reproduire  entre  ces  deux  termes ­
  les  mêmes  rapports  de  valeur,  sinon  il  faudra  attribuer  la  différence ­
  à  une  augmentation  d’impôts  ou  à  une  de  ces  causes  multiples
        <pb n="474" />
        422  OEUVRES  DIVERSES.
qui  agissent  sur  la  valeur  de  l’or.  Mais  si  nous  comparons  le  signe
représentatif  d’une  once  d’or,  3  1.  17  s.  10  1  (2  d.  en  billets  de  banque,
avec  les  marcbandises,  la  dépréciation  des  billets  nous  apparaîtra
manifestement.  Je  me  verrai  sur  chaque  marché  du  monde  obligé
de  céder  4  1.  10  s.  en  billets  de  banque  pour  une  quantité  de  marchandises ­
  égale  à  celle  queje  pourrais  obtenir  avec  l’or  contenu  dans
3.  1.  17  s.  10  1]2  d.  de  numéraire.
On  dit  souvent  qu’une  guinée  vaut  à  Hambourg  20  ou  28  shillings.
Mais  nous  commettrions  une  étrange  erreur  si  nous  en  déduisions
qu’une  guinée  peut  être  échangée  à  Hambourg  contre  la  quantité
d’argent  contenue  dans  26  ou  28  shillings.  Avant  les  modilications
survenues  dans  la  valeur  relative  de  l’or  à  l’argent,  on  ne  pouvait
même  obtenir  pour  une  guinée,  à  Hambourg,  21  shillings  d’argent
au  titre;  au  prix  du  marché  de  ce  jour  une  guinée  peut  se  vendre
pour  une  somme  de  monnaie  d’argent,  qui,  importée  et  soumise  au
balancier  de  la  monnaie  ,  produirait  en  notre  coin  légal  d’argent
21  s.  5  d.  *  .  Et  cependant,  il  est  positif  que  la  même  quantité  d’argent ­
  pourra  acheter  à  Hambourg  une  lettre  de  change  de  26  ou  28
shillings,  payables  à  Londres  en  bank  -notes.  Quelle  meilleure  preuve
ira-t-on  chercher  de  la  dépréciation  de  nos  agents  monétaires?
On  prétend  que  si  le  bill  de  restriction  n’était  pas  en  vigueur,
toutes  les  guinées  abandonneraient  lepays^.
Ceci  est  incontestable.  —  Mais  si  la  banque  diminuait  la  quantité
de  ses  billets,  de  manière  à  relever  de  15  p.  O/o  leur  valeur,  on  pourrait ­
  sans  danger  rapporter  le  bill,  car  personne  ne  serait  encore  tenté
d’exporter  le  numéraire.  Quelque  considérable  que  soit  l’escompte
subi  par  les  billets,  quelque  éloignée  que  soit  l’époque  où  la  banque ­
  reprendra  ses  paiements  eu  espèces,  elle  ne  pourra  jamais  le
faire  sans  avoir  premièrement  réduit  aux  proportions  ci-dessus  le
montant  de  ses  billets  en  circulation.
Tous  les  économistes  s’accordent  à  ne  voir  dans  la  loi  qu’une  barrière ­
  illusoire  contre  l’exportation  des  guinées.  On  l’élude  si  facilement, ­
  qu’il  est  permis  de  se  demander  si  elle  a  ellectivement  conservé ­
  a  l’Angleterre  une  seule  guinée  de  plus  que  n’eu  eût  possédé  le

'  La  valeur’relative  de  l’or  à  l’argeut  sur  le  continent  est  à  peu  près  la  même
qu’à  Londres
*  Il  faut  entendre  ici  que  toutes  les  guinées  de  la  banque  quitteraient  le  pays.
—  L’appât  de  quinze  pour  cent  sufüt  largement  pour  provoquer  l’exportation  de
celles  soustraites  à  la  circulation.
        <pb n="475" />
        423

LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS,
pays  sans  elle.  M.  Locke,  sir  James  Steuart,  le  docteur  Smith,  lord
Liverpool  et  M.  Thornton  ont  tous  à  l’envi  professé  cette  opinion.  Ce
dernier  dit  :  «  La  teneur  de  la  loi  anglaise  tend  indubitablement  à
»  décourager  et  à  limiter  rexportation  des  guinées;  —mais  elle  ne
»  saurait  agir  avec  efficacité  quand  cette  exportation  est  provoquée  par
'*  une  balance  de  commerce  défavorable,  et  peut-être  ne  la  restreint-»
  elle  qu’imperceptiblement  quand  les  bénéfices  de  l’opération  de-»
  viennent  considérables.  «  Cependant  dès  que  le  spéculateur  illicite
aura,  dans  l’état  actuel  des  choses,  fondu  et  exporté  toutes  les  guinées
  qu’il  aura  pu  recueillir,  il  hésitera  avant  d’acheter  ouvertement
des  guinées  à  prime  et  de  les  payer  en  billets  de  banque.  Car  en
face  des  profits  importants  attachés  à  cette  spéculation  ,  il  voit  se
dresser  des  soupçons  menaçants.  On  le  surveillera  et  on  l’empêchera
de  réaliser  ses  projets.  Comme  les  pénalités  sont  sévères  et  l’appât  jeté
aux  délateurs  considérable,  le  secret  devient  la  condition  essentielle
de  scs  opérations.  Il  est  facile  de  se  soustraire  à  la  loi,  quand  on
peut  obtenir  des  guinées  eu  envoyant  simplement  des  billets  en  remboursement ­
  à  la  banque.  Mais  quand  il  faut  les  puiser  ouvertement ­
  dans  une  circulation  disséminée  sur  une  grande  étendue  et
composée  presque  entièrement  de  papier,  il  faut  des  avantages  bien
majeurs  pour  faire  braver  aux  spéculateurs  le  danger  d’être  découverts. ­

Nous  pouvons  nous  faire  une  idée  du  développement  qu’a  dù  prendre ­
  l’exportation  de  l’or,  en  rétlée,bissant  qu’il  a  été  frappé  plus  de
(&amp;gt;()  millions  sterling  de  guinées  pendant  le  règne  actuel.  —  Mais  rapportez ­
  la  loi  contre  rex])ortation  des  guinées,  laissez  un  libre  cours  à
cette  industrie,  et  rien  ne  pourra  empêcher  de  vendre  une  once  denos
guinées  d’or  au  titre,  pour  le  même  prix  en  billets  de  banque  qu’une
once  de  monnaie  d’or  portugaise  ou  d’or-lingot,  si  on  lui  reconnaît
un  degré  de  pureté  égal.  —  Si  cette  once  d’or  se  vend  sur  le  marché
au  prix  actuel  des  lingots  au  titre,  à  41.  10  s.  l’once,  ou  à  leur  prix
immmédiatement  antérieur,  à  4  1.  13  s.  l’once,  quel  marchand  consentira ­
  à  recevoir  indifféremment  pour  ses  marchandises  la  même
valeur  en  billets  de  banque  ou  en  or?  Si  le  prix  d’un  habit  était  de
3  1  17  8.  10  1/2  d.,  ou  une  once  d’or,  et  si  en  même  temps  l’once
d’or  se  vendait  41.  13  s.  en  billets,  irait-on  jusqu’à  croire  qu’il  doit
sembler  indifférent  au  tailleur  d’être  payé  avec  l’une  ou  l’autre  de
ces  monnaies?
C’est  seulement  parce  qu’une  guinée  n’aebète  qu’un  billet  d  une
livre  et  un  shilling,  qu’un  grand  nombre  de  personnes  hésitent  à  re
        <pb n="476" />
        424

ŒUVRES  DIVERSES.

connaître  la  dépréciation  du  papier.  —  La  Revue  d’Edimbourg  se
range  de  cet  avis;  mais  si  mon  raisonnement  a  été  logique,  j’ai  dû  démontrer ­
  la  faiblesse  de  ces  objections.
M.  Tbornton  nous  a  avertis  qu’un  commerce  défavorable  suffit  à
expliquer  l’existence  d’un  change  défavorable.  —  Mais  nous  avons
déjà  vu  que  les  effets  d’un  commerce  défavorable  (si  ce  terme  est  convenable) ­
  sur  le  change  sont  limités.  Cette  limite  est  probablement  de
4  à  5  p.  O/o;  elle  ne  peut  donc  pas  suffire  à  justifier  une  dégradation
de  15  ou  20  p.  0/0.  De  plus,  M.  Tbornton  nous  a  dit,  et  j’adopte
I  pleinement  ses  vues  :  «  On  peut  établir  comme  vérité  générale  que  les
I  »  importations  et  les  exportations  d’un  pays  tendent  naturellement  à
l  »  s’équilibrer,  et  que  dès  lors  la  balance  du  commerce  ne  peut  lui
\  »  être  pendant  très-longtemps  grandement  favorable  ou  défavora-U
  »  ble.  »  Or,  l’abaissement  du  change,  loin  d’être  temporaire,  existait
\  avant  l’écrit  de  M.  Tbornton,  en  1802,  et  a  suivi  depuis  une  progression ­
  croissante.  La  cote  est  maintenant  de  15  à  20  p.  O/o  contre
nous.  D’après  ses  propres  principes,  M.  Tbornton  devra  donc
l’attribuer  à  une  cause  plus  permanente  qu’une  balance  défavorable
du  commerce,  et  je  ne  doute  pas,  quelle  qu’ait  été  son  opinion  antérieure, ­
  qu’il  n’arrive  à  assigner  exclusivement  tous  ces  résultats
à  une  dépréciation  des  agents  monétaires.
Il  n’est  plus  possible,  je  pense,  de  nier  que  les  billets  de  banque  ne
soient  en  discrédit.  Quand  le  prix  des  lingots  d’or  est  à  i  livres  10  s.
l’once,  ou,  en  d’autres  termes,  quand  un  homme  consent  à  donner  en
échange  d’une  once  d’or  un  titre  représentant  offieiellement  une  obligation ­
  de  payer  une  once  et  un  sixième  d’or,  il  serait  étrange  de  soutenir ­
  que  4  1.  10  s.  en  billet  et  4  1.  10  s.  en  or-monnaie  sont  une
valeur  égale,  l  ne  once  d’or  donne  par  le  monnayage  3  I.  17  s.  10
1  /2  d.  Lorsque  je  possède  cette  somme,  je  possède  donc  une  once
d’or,  et  certes  je  n’irai  pas  donner  pour  l’obtenir  4  1.  10  s.  en  pièces
d’or  ou  en  billets  immédiatement  échangeables  contre  4L  10  s.
A  moins  que  les  prix  ne  s’évaluent  dans  la  monnaie  dépréciée,  il
serait  fou  de  supposer  que  telle  peut  être  la  situation  du  marché.
Si  le  prix  de  l’or  s’évaluait  en  argent  il  pourrait  s’élever  à  4,  5
et  même  101.  l’once.  Et  cette  augmentation  elle-même  pourrait  ne
pas  indiquer  une  dépréciation  de  la  monnaie  de  papier,  mais  seulement
une  altération  survenue  dans  la  valeur  relative  de  l’or  et  de  l’argent. ­
  Or,  j’ai  déjà  prouvé  ,  je  crois,  ((ue  l’argent  n’est  pas  la  mesure
type  de  la  valeur,  et  ne  peut,  par  cela  même,  servir  à  coter  la  valeur ­
  de  l’or.  Mais  cette  hypothèse,  fût-elle  exacte,  comme  une
        <pb n="477" />
        LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  m
once  d’or  vaut  seulement  15  1/2  onces  d’argent  sur  le  marché,  et
comme  15  1/2  onces  d’argent  équivalent  en  poids  à  80  shillings,  et
donnent  par  le  monnayage  le  même  nombre  de  pièces,  une  once  d’or
ne  se  vendrait  jamais  au-dessus  de  4  1.
Ceux-là  qui  soutiennent  que  l’argent  est  la  mesure  de  la  valeur  ne
sauraient  donc  pas  prouver  qu’une  demande  d’or,  quelle  qu’en  soit
la  cause  ou  l’importance,  a  pu  élever  le  prix  de  ce  métal  au-dessus
de  4  livres  l’once.  Tout  ce  qui  excédera  cette  somme  devra  nécessairement, ­
  d’après  leurs  propres  principes,  se  traduire  en  une  dépréciation
de  la  valeur  des  bank-notes.  Il  en  résulte  que  si  les  billets  de  banque ­
  sont  le  signe  représentatif  du  coin  d’argent,  une  once  d’or  qui
achète  actuellement  4  1.  10s.,  achète  une  somme  de  billets  représentant ­
  17  1/2  onces  d’argent,  tandis  que  sur  le  marché  des  lingots  elle
ne  s’échange  que  contre  15  onces  1/2.  Quinze  onces  et  demie  de  monnaie ­
  d’argent  sont  donc  une  Valeur  égale  à  une  obligation,  signée
par  la  banque,  de  payer  au  porteur  dix-sept  onces  et  demie.
T  e  prix  de  marché  de  l’argent  évalué  en  billets  de  banque,  est  au  •
jourd’hui  de  5  8.  9  1/2  d.  l’once;  le  prix  à  la  monnaie  est  seulement
de  5  s.  2  d.  Conséquemment  l’argent,  au  titre  contenu  dans  100  1.
vaut  plus  de  112  1.  en  billets  de  banque.
Mais,  dira-t-on,  les  billets  de  banque  sont  les  représentants  de
notre  coin  d’argent  dégradé  et  non  de  l’argent  au  titre.  Ceci  est  faux,
(ar  une  loi,  déjà  citée,  ne  confie  à  l’argent  le  rôle  de  monnaie  légale ­
  que  pour  des  sommes  qui  ne  dépassent  jamais  25  1.,  si  ce  n’est
au  poids.  Si  la  banque  insistait  pour  payer  le  porteur  d’un  billet
de  banque  de  1000  1.  en  pièces  d’argent,  elle  contracterait  l’obligation ­
  de  lui  donner  de  l’argent  au  titre  et  au  poids  ofliciels,  ou  une  valeur ­
  égale  en  argent  altéré.  Elle  conserverait  seulement  le  droit  de
payer  25  1.  en  numéraire  avili;  mais  les  1000  1.  st.  ainsi  composées
de  975  1.  de  monnaie  pure  et  de  251.  de  monnaie  altérée,  valent  plus
de  1112  1.  au  taux  actuel  des  lingots  d’argent  sur  le  marché.
On  prétend  que  le  montant  des  billets  de  llanque  a  été,  dans  son
développement,  en  rapport  direct  avec  l’extension  de  notre  commerce,
et  ne  peut  être  dès  lors  excessif.  Il  serait  diflicile  de  démontrer
cette  assertion  ;  et  quand  elle  serait  vraie,  on  n’en  pourrait  extraire
que  des  arguments  illusoires.  Et  d’abord  les  progrès  journaliers,
que  des  méthodes  perfectionnées  nous  permettent  de  faire  dans  l’art
d  économiser  les  agents  monétaires,  rendraient  excessive  la  quan  ­
tité  de  billets  de  banque  qui  n’était  que  nécessaire  pour  le  même
commerce  à  des  époques  antérieures  ;  secondement,  il  s’établit  une
        <pb n="478" />
        426

OEUVRES  DIVERSES.

concurrence  perpétuelle  entre  la  banque  d’Angleterre  et  les  banques
de  provinces,  toutes  s’efforçant  de  donner  cours  à  leurs  propres  billets ­
  ,  et  d’exclure  les  billets  de  leur  rivale  dans  les  districts  où  elles
ont  été  fondées.
Comme  ces  dernières  ont  plus  que  doublé  en  l’espaee  de  quelques
années,  n’est-il  pas  probable  que  leur  activité  a  été  couronnée  de
succès  en  déplaçant  avec  leurs  propres  billets  une  grande  partie  (lu
papier  de  la  banque  d’Angleterre.
Si  ce  résultat  a  été  effectivement  atteint,  nous  trouverons  excessive
la  même  somme  de  billets  de  la  banque  d’Angleterre,  qui  auparavant,
et  avec  un  commerce  moins  étendu,  suffisait  rigoureusement  à  tenir
notre  circulation  en  équilibre  avec  celle  des  autres  pays.  On  ne
peut  donc  tirer  aucune  conclusion  précise  du  chiffre  actuel  des  billets
de  banque  en  circulation.  On  ne  le  peut,  quoiqu’il  doive  ressortir
indubitablement  de  l’examen  des  faits,  que  la  multiplication  des  billets ­
  de  banque  et  le  haut  prix  de  l’or  ont  habituellement  été  des  phénomènes ­
  contemporains.
Il  est  permis  de  se  demander,  si  2  ou  3  millions  de  billets  (somme
qu’on  suppose  avoir  été  versée  dans  la  circulation  par  la  banque,
additionnellement  au  montant  qu  elle  peut  facilement  admettre)
si  2  ou  3  millions,  dis-je,  peuvent  avoir  des  effets  analogues  à  ceux
qu’on  leur  attribue.  —  Mais  il  faut  se  rappeler  que  la  banque  détermina ­
  le  montant  du  papier  de  toutes  les  banques  de  province  ;  et  il
est  probable  que,  si  elle  augmente  ses  émissions  de  3  millions,  elle
permet  aux  établissements  provinciaux  d’ajouter  plus  de  3  millions
à  la  circulation  générale  d’Angleterre.
Les  mêmes  lois  qui  ont  servi  à  répartir  la  monnaie  du  glol)e
parmi  les  différentes  nations  qui  l’habitent,  servent  encore  à  diviscT
les  agents  monétaires  d’un  pays  particulier  entre  ses  diversc^s  provinces. ­
  Chaque  district  conservera  pour  la  circulation  une  partie
de  la  monnaie  totale  du  pays,  proportionnée  aux  besoins  de  son
commerce,  et,  conséquemment,  de  ses  paiements  comparés  au  commerce ­
  général.  11  ne  pourra  survenir  aucun  accroissement  dans  la
monnaie  d’un  pays,  qui  ne  soit  aussitôt  disséminé  au  loin  ou  qui  ne
provoque  dans  les  autres  districts  la  demande  d'un  contingent  proportionnel. ­
  C’est  à  ce  principe  que  les  billets  des  bamjues  de  province
doivent  d’avoir  la  même  valeur  que  le  papier  de  la  banque  d’Angleterre. ­
  Si  l’on  augmente  d’un  million  le  montant  de  la  circulation  à
Londres,  où  les  billets  de  la  banque  d’Angleterre  ont  seuls  cours,
la  monnaie  y  deviendra  moins  chère  que  partout  ailleurs,  ou  les  mar-
        <pb n="479" />
        427

LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.
chandises  hausseront  de  prix.  On  enverrait  de  l’intérieur  des  marchandises ­
  sur  le  marché  de  Londres,  afin  de  les  y  vendre  à  un  prix
élevé,  ou,  ce  qui  est  plus  probable,  les  banques  provinciales,  profilant ­
  de  cette  insuflisaïux)  relative  de  la  monnaie  de  province,  ac  -
croîtront  le  montant  de  leurs  billets  dans  un  rapport  exact  avec  l’étab
  issement  central.  La  modification  des  prix  sera  dès  lors  générale  et
non  partielle.
De  même,  si  l’on  réduit  d’un  million  les  billets  de  la  banque
d’Angleterre,  la  valeur  comparative  de  la  monnaie  de  Londres  s’élèvera ­
  ,  et  le  prix  des  marchandises  devra  fléchir.  —  Un  billet  de  la
banque  d’Angleterre  aura  alors  plus  de  valeur  qu’un  billet  de  province, ­
  parce  qu’on  en  aura  besoin  pour  acheter  des  marchandises  sur
le  marché  le  plus  modéré.  Et  comme,  les  banques  de  province  sont
obligées,  sur  réquisition,  de  payer  leurs  propres  billets  en  papier
de  la  banque  d’Angleterre,  elles  seront  sollicitées  à  donner  continuellement ­
  de  ce  papier,  jusqu’à  ce  que  la  quantité  de  la  monnaie  de
province  se  trouve  réduite  à  ses  proportions  primitives  avec  celle  de
l^ondres,  et  produise  une  baisse  correspondante  dans  le  prix  des
niarehandises  contre  lesquelles  on  l’échangeait.
Les  banques  |)rovinciales  ne  sauraient  jamais  étendre  la  masse  de
leurs  billets,  si  ce  n’est  pour  combler  le  déficit  relatif  que  détermineraient ­
  dans  la  monnaie  de  province  les  émissions  multipliées  de  la
banque  centrale  *.  Si  elles  l’essayaient,  le  même  obstacle  qui  force
la  banque  d’Angleterre  à  retirer  de  la  circulation  une  partie  de  ses
billets  remboursables  en  espèces  et  à  vue,  les  obligerait  à  adopter  le
même  système.  L’accroissement  de  leurs  billets  eu  abaisserait  la
valeur  au-dessous  de  celle  du  papier  de  la  banque  d’Angleterre,
comme  celui-ci  tombe  au-dessous  de  la  valeur  des  guinées  qu’il  représentait. ­
  On  continuerait  dès  lors  à  les  échanger  contre  les  billets
de  l’établissement  central,  jusqu’au  moment  où  ils  retrouveraient  la
même  valeur.
Les  directeurs  de  la  banque  sont  les  régulateurs  souverains  du
papier  de  province.  Quand  ils  accroisstmt  ou  réduisent  le  montant
de  leurs  billets,  les  banques  provinciales  les  imitent.  Et  dans  aucun
cas  CCS  dernière  s  n’ajoutent  à  la  circulation  générale  sans  que  la  banque ­
  d’Angleterre  n’ait  antérieurement  multiplié  ses  émissions.

'  Elles  pourraient,  en  certains  cas,  déplacer  les  billets  de  la  banque  d’Angleterre; ­
  mais  cette  considération  n’inline  pas  sur  la  question  que  nous  discutons
maiuteuaut.
        <pb n="480" />
        4  -f

428  ^  ŒUVRES  DIVERSES.
On  prétend  que  c’est  le  taux  de  l’intérêt,  et  non  le  prix  des  lingots ­
  d’or  et  d’argent,  qui  doit  servir  de  critérium  pour  apprécier  l’abondance ­
  de  la  monnaie  de  papier.  Ainsi,  si  elle  était  trop  abondante,
l’intérêt  baisserait;  si,  au  contraire  ,  elle  était  insuffisante,  l’intérêt
hausserait.  Il  est  facile  de  prouver,  je  crois,  que  le  taux  de  l’intérêt ­
  ne  se  règle  pas  sur  l’abondance  ou  la  rareté  des  agents  monétaires, ­
  mais  sur  l’abondance  ou  la  rareté  de  cette  portion  du  capital
i  qui  ne  consiste  pas  en  argent.  ^
1  «  Comme  tous  les  autres  instruments  des  échanges,  la  monnaie,
»  dit  le  docteur  Smith,  ce  grand  moteur  de  la  circulation,  tout  en
»  constituant  une  partie,  et  une  partie  très-précieuse  du  capital,  ne
»  concourt  pas  à  la  formation  du  revenu  de  la  société  à  laquelle  elle
»  appartient.  Et  quoique  les  signes  métalliques  dont  elle  se  compose
»  distribuent  à  chacun,  dans  le  cours  de  leur  circulation  annuelle,
»  son  revenu  légitime,  ils  ne  font  eux-mêmes  nullement  partie  de  ce
»  revenu.
»  Lorsque  nous  calculons  la  somme  d’industrie  qui  peut  servir  à
.»  alimenter  le  capital  circulant  d’une  société,  nous  ne  devons  con-&amp;gt;'
  stamment  avoir  égard  qu’à  ces  trois  parties  du  capital  qui'consistent
.)  en  vivres,  en  matières  premières  et  en  ouvrage  fait.  La  qua-\
  «  trié  me,  qui  consiste  en  argent  et  ne  sert  qu’à  faire  circuler  les  pre-J
  »  mières,  doit  toujours  être  déduite.  Trois  choses  sont  nécessaires
»  pour  mettre  l’industrie  en  activité  :  des  matières  sur  lesquelles  on
»)  opère,  des  outils  avec  lesquels  on  travaille,  et  des  salaires  ou  récom-»
  penses  qui  offrent  un  but  à  tous  les  efforts.  Or,  l’argent  n’est  ni
\  »  une  matière  première,  ni  un  outil  servant  au  travail;  et  quoiqu  en
'•  »  général  l’ouvrier  reçoive  son  salaire  en  argent,  son  revenu  net  ne
»  consiste  pas  dans  ces  signes  monétaires  ,  mais  dans  ce  qu’ils  va-»
  lent,  non  dans  les  pièces  de  métal,  mais  dans  ce  qu  on  peut  se  pro-»
  curer  avec  elles.  »
Dans  d’autres  passages  de  son  livre  il  soutient  que  la  découverte
des  mines  d’Amérique,  qui  multiplient  prodigieusement  la  quantité
du  numéraire,  n’affaiblit  pas  l’intérêt  qu’on,  pay  ait  pour  son  usage,
le  taux  de  l’intérêt  étant  déterminé  par  les  profits  qu’on  retire  de
l’emploi  du  capital,  et  non  par  le  nombre  ou  la  quantité  des  unités
de  métal  qui  servent  à  en  faire  circuler  les  produits.
M.  Hume  a  professé  la  même  opinion.
La  valeur  des  agents  monétaires  de  tout  pays  conserve  toujours
une  certaine  proportion  avec  celle  des  marchandises  dont  ils  opèrent
la  circulation.  Cette  proportion  est  plus  grande  dans  quelques  pays
        <pb n="481" />
        429

LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS,
que  dans  d’autres,  et  diverses  circonstances  peuvent  la  faire  varier
dans  le  même  pays.  Elle  dépend  de  la  rapidité  de  la  circulation,  du
degré  de  confiance  et  de  crédit  que  s’accordent  les  négociants,  et  surtout ­
  de  l’habileté  des  opérations  de  banque.  On  a  tellement  multiplié ­
  en  Angleterre  les  moyens  de  limiter  les  instruments  d’échanges ­
  que  leur  valeur,  comparée  avec  celle  des  marchandises  dont  ils
secondent  le  mouvement,  se  trouve  probablement  réduite  (pendant
les  époques  de  confiance)  à  des  proportions  aussi  minimes  que
possible*.  On  a  évalué  très-diversement  les  termes  de  cette  proportion. ­

11  n’appartient  à  aucun  accroissement  ni  à  aucune  réduction  des
monnaies  en  or,  en  argent,  ou  en  papier,  d’élever  ou  d’abaisser  leur
valeur  relative;  si  les  mines  épuisées  cessent  de  répondre  à  la  consommation ­
  annuelle  des  métaux,  la  monnaie  devient  plus  précieuse
et  on  en  emploie  une  plus  petite  quantité  à  titre  d’agent  de  circulation. ­
  Cette  diminution  de  quantité  sera  en  rapport  direct  avec  l’accroissement ­
  de  la  valeur.  De  même,  si  l’on  découvrait  de  nouvelles
mines,  la  valeur  des  métaux  précieux  fléchirait  et  on  en  consacrerait ­
  une  j)lus  grande  portion  aux  besoins  de  la  circulation  Dans
les  deux  cas,  la  valeur  relative  de  la  monnaie  avec  les  marchandises ­
  qu’elle  fait  circuler  resterait  la  même.
Si  la  banque  multipliait  le  nombre  de  ses  billets,  tout  en  les  remboursant ­
  en  espèces,  elle  ne  produirait  qu’un  elîet  transitoire  sur  la
valeur  de  la  circulation  monétaire.  Car  on  enlèverait  à  la.  circulation, ­
  dans  le  but  de  l’exporter,  une  somme  égale  de  numéraire.
Si  l’on  décrétait  la  suspension  des  paiements  de  la  banque,  et  que
tout  le  coin  fût  exporté,  chaque  excédant  de  billets  affaiblirait  la
valeur  de  l’agent  monétaire  dans  la  proportion  de  cet  excédant  luimême.
  Si  l’on  ajoutait  4  millions  à  la  circulation  de  l’Angleterre,
évaluée  avant  Je  bill  de  restriclion  à  *20  millions,  les  24  millions
n’auraient  pas  une  valeur  supérieure  à  celle  des  20  millions
primitifs,  en  supposant  toutefois  que  les  marchandises  n’aient  subi
aucun  changement  et  qu’il  n’y  ait  pas  eu  une  exportation  correspondante ­
  de  numéraire.  Si  même  la  banque  élevait  la  monnaie  jusqu’à ­
  50  ou  100  millions,  l’excédant  serait  complètement  absorbé
par  la  circulation  générale  de  l’Angleterre,  et  descendrait  dans  tous
les  cas  à  la  valeur  des  20  millions.

*  Les  observations  suivantes,  je  désire  qu’on  le  comprenne,  présument  tou
jours  le  même  degré  de  confiance  et  de  crédit.
        <pb n="482" />
        ^30  /  OEUVRES  DIVERSES.
J’avoue  que  si  la  banque  versait  sur  le  marché  un  large  supplément
de  billets  offert  à  titre  de  prêt,  elle  pourrait  influer  momentanément
sur  le  taux  de  1  intérêt.  Les  mêmes  effets  suivraient  la  découverte
d’un  trésor  enfoui  de  pièces  d’or  et  d’argent.  Si  cette  masse  additionnelle ­
  était  considérable,  il  serait  impossible  à  la  banque  ou  au
propriétaire  du  trésor  de  prêter  les  billets  ou  l’argent  à  4  ou  peutêtre
  même  au-dessus  de  3  p.  O/p.  Gela  fait,  toutefois,  ni  les  billets,
ni  l’argent  ne  resteraient  inactifs  entre  les  mains  des  emprunteurs.
Expédiés  sur  tous  les  marchés,  ils  hausseraient  le  prix  des  marchandises ­
  jusqu’au  moment  où  ils  se  trouveraient  absorbés  par  la
circulation  d’ensemble.  C’est  seulement  pendant  la  période  de  l’émission ­
  des  billets  de  la  banque  et  de  leur  réaction  sur  les  prix  qu’on
peut  avoir  le  sentiment  d’une  surabondance  de  monnaie.  L’intérêt,
pendant  toute  cette  période,  tomberait  au-dessous  de  son  niveau  normal. ­
  —Mais  aussitôt  que  le  supplément  de  bUlets  ou  de  monnaie
aurait  été  absorbé  dans  la  circulation  générale,  létaux  de  l’intérêt
reprendrait  son  niveau,  et  ou  solliciterait  des  prêts  avec  autant  d’ardeur ­
  qu’avant  les  émissions  additionnelles.
La  circulation  ne  peut  jamais  être  comblée.  Si  elle  consiste  en  or
et  en  argent,  la  plus  légère  multiplication  de  ses  unités  se  répandra
sur  le  monde  entier  ;  si  elle  se  compose  de  papier,  cette  augmentation
se  répartira  seulement  dans  le  pays  où  ont  lieu  les  émissions.  Les
prix  ne  recevront  ainsi  qu’une  atteinte  locale  et  nominale,  carie
le  change  établirait  une  compensation  en  faveur  des  acheteurs  étrangers. ­
  Ce  serait  attribuer  aux  instruments  de  la  circulation  une
puissance  à  laquelle  ils  ne  sauraient  prétendre,  que  de  supposer
qu’une  mine  d’or  ou  d’argent  très-féconde,  et  une  surémission  de
billets  de  banque  auraient  pour  effet  d’abaisser  constamment  le  taux
de  1  intérêt,  et  de  satisfaire  tellement  aux  demandes  des  emprunteurs, ­
  que  personne  ne  solliciterait  de  nouveaux  prêts.  Certes,  les
banques  deviendraient  ainsi  de  bien  puissants  moteurs.  En  créant
du  papier-monnaie  pour  le  prêter  à  2  ou  3  p.  O/q  au-dessous
du  taux  actuel  de  l’intérêt  sur  le  marché,  elles  réduiraient  dans  le
même  rapport  les  bénéfices  du  commerce.  Ces  bénéfices  diminueraient ­
  encore  si  elles  poussaient  le  patriotisme  jusqu’à  prêter  leurs
billets  à  un  intérêt  rigoureusement  nécessaire  pour  payer  les  dépenses ­
  de  leur  établissement.  Il  serait  dès  lors  impossible  à  toute
nation  qui  n’adopterait  pas  des  moyens  analogues  d’entrer  en  concurrence ­
  avec  nous  :  nous  embrasserions  le  commerce  du  monde.
On  voit  vers  quelles  absurdités  nous  mènerait  une  telle  théorie.  W
        <pb n="483" />
        431

LE  HAUT  PRIX  DES  LLNGOTS.
profits  ne  peuvent  être  déprimés  que  par  une  lutte  des  capitaux  qui
n’auront  pas  été  transformés  en  agents  monétaires.  Comme  1  accroissement ­
  des  billets  de  banque  n’ajoute  rien  à  ce  genre  de  capital ­
  ,  comme  il  ne  multiplie  ni  nos  marchandises  d  exportation,  ni
nos  machines,  ni  nos  matières  premières,  il  ne  peut  augmenter  nos
profits  ni  abaisser  l’intérêt.
Lorsqu’un  industriel  emprunte  de  l’argent  dans  le  but  de  commencer ­
  ses  opérations,  il  le  considère  comme  un  moyen  de  se  procurer ­
  les  matières  premières,  les  vivres,  etc.,  destinés  à  alimenter  son
commerce.  Pourvu  qu’il  acquière  ces  objets  essentiels,  il  lui  importera ­
  fort  peu  d’être  obligé  d’emprunter  mille  ou  dix  mille  unités  monétaires. ­
  Si  l’emprunt  est  de  dix  mille  unités,  les  produits  de  ses  manufactures ­
  auront  une  valeur  nominale  dix  fois  plus  grande  que  dans
le  cas  où  il  lui  eût  suffi  de  1000  livres  pour  sa  fabrication.  Le  capital ­
  engagé  actuellement  dans  le  pays  est  nécessairement  limité  au  total
des  «  matières  premières,  approvisionnements,  etc.,»  et  on  pourrait
le  rendre  tout  aussi  productif,  mais  avec  plus  de  difficulté,  toutefois,
si  le  commerce  était  simplement  réduit  à  un  système  d’échanges.  Les
possesseurs  successifs  de  l’agent  monétaire  ont  la  haute  main  sur  ce
capital.  Mais  qnelqu’abondante  que  soit  la  quantité  de  numéraire  ou
de  billets  de  banque  ,  en  admettant  même  que  cette  abondance  puisse
élever  le  prix  nominal  des  marchandises,  et  distribuer  le  ca|)ital
productif  en  diverses  proportions  ;  en  admettant  que  la  banque,  par
l’augmentation  de  ses  billets,  ])uisse  introduire  A  dans  la  fonction
industrielle  précédemment  usurpée  par  B  et  C,  il  ne  sera  rien  ajouté
au  revenu  et  à  la  richesse  réelle  du  pays  :  —  B  et  C  pourront  se  voir
frustrés  ;  A  et  la  banque  pourront  gagner,  mais  ce  gain  représentera
exactement  la  perte  subie  par  B  et  G.  Il  y  aurait  là  un  transfert  de
titre  violent  et  inique  ,  mais  aucun  bénéfice  pour  la  communauté.
.le  conclus  de  tous  ces  motifs  que  le  haut  prix  des  fonds  ne  doit  pas
être  attribué  à  la  dépréciation  de  notre  monnaie.  Ce  prix  doit  correspondre ­
  au  taux  général  de  l’intérêt  donné  pour  l’argent.  Si

‘  J’ai  déjà  reconnu  que  la  banque,  en  ce  sens  qu’elle  nous  permet  de  transformer ­
  notre  numéraire  eu  «  matériaux,  aliments,  etc.,  »  produit  un  bénéfice  national ­
  ;  car  elle  accroît  ainsi  la  masse  de  capital  productif.  Mais  je  parle  ici  d’un
excès  de  billets,  de  cette  quantité  qui  s’ajoute  à  la  circulation  sans  déterminer  une
exportation  correspondante  de  numéraire,  et  qui,  par  conséquent,  dégrade  la  valeur ­
  des  billets  au-dessous  dés  lingots  contenus  dans  le  numéraire  qu  ils  représentent. ­
        <pb n="484" />
        X

432

OEUVRES  DIVERSES,

avant  la  dépréciation,  je  consacrais  à  l’achat  d’une  terre  trente  années
de  son  revenu,  et  à  l’achat  de  fonds  publics  vingt-cinq  annuités  de
rentes,  il  pourra  arriver  que  je  donne  après  la  dépréciation  une
plus  grande  valeur  pour  la  terre,  sans  donner  toutefois  plus  d’annuités ­
  de  mon  revenu  ;  car,  par  Teifet  de  la  dépréciation,  le  produit
de  la  terre  se  vendra  à  un  taux  nominal  bien  supérieur.  Mais  comme ­
  ces  annuités  de  rentes  se  paient  en  une  monnaie  dégradée,  il  n’y
a  aucune  raison  qui  puisse  me  porter,  après  la  dépréciation,  à  les
payer  plus  cher  qu’auparavant.
Si  l’on  abaissait  les  guinées,  par  des  rognures  successives,  à  la  moitié
de  leur  valeur  actuelle,  la  terre  renchérirait  comme  toutes  les  autres
marchandises,  au  point  de  doubler  en  valeur  nominale;  mais  comme
l’intérêt  des  fonds  se  paierait  en  guinées  dépréciées,  ils  ne  participeraient ­
  pas  à  cette  hausse  générale.
Le  remède  que  je  propose  pour  arrêter  le  malaise  de  notre  circulation, ­
  serait  que  la  banque  réduisît  graduellement  le  montant  de  ses
billets,  jusqu’au  moment  où  elle  aurait  restitué  à  l’autre  partie  une
égalité  de  valeur  avec  les  coins  qu’ils  représentent;  en  d’autres  termes, ­
  jusqu’à  ce  que  le  prix  des  lingots  d’or  et  d’argent  ait  été  ramené
à  celui  de  la  monnaie.
Je  sens  parfaitement  que  la  disparition  totale  du  papier  de  crédit
engendrerait  les  conséquences  les  plus  désastreuses  pour  l’iudustrie
et  le  commerce  du  pays.  Une  restriction  subite  occasionnerait  même
tant  de  ruines  et  de  détresse,  qu’il  serait  coupable  d’y  avoir  recours
comme  à  un  moyen  de  rétablir  notre  circulation  dans  sa  valeur
régulière  et  équitable.  En  admettant  que  la  banque  eût  une  réserve
de  guinées  supérieure  au  nombre  de  ses  billets,  elle  ne  pourrait  rembourser ­
  son  papier  en  espèces  sans  causer  un  grand  préjudice  au
pays;  elle  ne  le  pourrait,  du  moins,  tant  que  le  prix  des  lingots  d’or
resterait  de  beaucoup  au-dessus  du  prix  à  la  monnaie,  et  que  les  chànétrangeg
  nous  seraient  défavorables.  L’excès  de  nos  agents  mo
n^îSfféTs’échangerait  à  la  banque  contre  des  guinées,  s’exporterait
ensuite,  et  disparaîtrait  soudainement  de  la  circulation.  Avant  donc
qu’elle  puisse  reprendre  avec  sécurité  ses  paiements  en  espèces,  il
faudra  que  l’excès  des  billets  ait  été  graduellement  soustrait  à  la
circulation.  Si  cette  opération  s’opère  graduellement,  il  n’en  résultera ­
  que  de  légers  inconvénients,  de  sorte  que  le  principe  franchement ­
  admis,  la  seule  question  à  résoudre  serait  si  le  but  doit  être
atteint  en  un  an  ou  en  cinq.  Je  suis  intimement  convaincu  que  nous
ne  parviendrons  jamais  à  ramener  notre  système  monétaire  à  sa  si-
        <pb n="485" />
        433

LE  HAUTfiPRIX  DES  LINGOTS,
tuation  normale,  si  nous  ne  franehissons  pas  ce  degré  préliminaire,
et  si  nous  ne  détruisons  pas  complètement  notre  papier  de  crédit.
Si  les  directeurs  de  la  banque  avaient  posé  de  sages  limites  au  montant ­
  de  leurs  émissions  ;  s’ils  avaient  obéi  au  principe  qu’ils  ont  proclamé ­
  comme  le  régulateur  de  leurs  émissions,  quand  ils  étaient  obligés
de  payer  leurs  billets  en  espèces,  principe  qui  consiste  à  borner  leurs  billets ­
  à  une  somme  capable  de  prévenir  l’excédant  du  prix  de  l’or  sur  le
marché,  comparé  au  prix  de  la  monnaie;  si,  dis-je,  ils  avaient  suivi
ces  errements,  nous  ne  serions  pas  aujourd’hui  ejtposés  à  tous  les  j  j
d^rdres  d’une  circulation  dépréciée  et  continuellement  mobile.
Quoique  la  banque  retire  d’immenses  avantagësHu  système^tueT,
quoique  le  prix  de  ses  actions  ait  presque  doublé  depuis  1797  et  que
les  dividendes  aient  suivi  cette  progression,  je  suis  porté  à  admettre,
avee  M.  Thornton,  que  les  directeurs,  comme  capitalistes,  souffrent
avee  les  autres  de  la  dépréciation  de  nos  monnaies.  Leurs  pertes  sont
bien  plus  sérieuses  que  les  avantages  réunis  qu’ils  recueillent  en
qualité  d’actionnaires  de  la  banque.  Je  les  affranchis  donc  du  soupçon ­
  d’intérêt,  mais  leurs  erreurs  produisent  des  effets  tout  aussi  pernicieux ­
  pour  la  société.
Le  pouvoir  discrétionnaire  dont  ils  sont  revêtus,  leur  permet  de  régler ­
  à  leur  lantaisie  le  prix  auquel  le  propriétaire  d’une  espèce  particulière ­
  de  valeur,  nommée  monnaie,  peut  en  disposer.  Les  directeurs
de  la  banque  ont  imposé  à  ces  détenteurs  de  monnaie  tous  les  maux
d  un  maximum.  11  leur  plaît  aujourd’hui  de  faire  passer  4L  10  s.
pour  .3  1.  17  8.  lü;‘2,  il  pourra  leur  plaire  demain  de  faire  descendre
4  1.  15  s.  à  la  même  \aleur  ;  peut-être,  dans  un  an,  10  1.  auront  été
réduites  au  même  taux.  On  voit  combien  sont  mouvantes  les  bases ­
  sur  lesquelles  repose  toute  propriété  qui  consiste  en  argent  ou  en
rentes  payables  en  argent.  Quelle  garantie  vient  protéger  les  créanciers ­
  de  l’État  ?  Qui  leur  assurera  que  l’intérêt  de  la  dette  publique  actuellement ­
  desservi  en  unités  dépréciées  de  15  pour  cent  ne  Lra
pas  bientôt  payé  avec  des  unités  dépréciées  de  50pour  cent?  Le  préjudice ­
  porté  aux  créanciers  particuliers  n’est  pas  moins  sérieux.—
Ou  peut  acquitter  aujourd’hui  une  dette  contractée  en  1797  avec
85  pour  cent  de  son  montant  primitif,  et  qui  peut  dire  où  s’arrêtera
la  dépréciation?
Les  observations  suivantes  du  docteur  Smith  à  ce  sujet  sont  telle-“ïcnt
  graves,  que  je  les  recommande  à  T  attention  sévère  de  tous
les  penseurs.
«  L  expédient  le  plus  ordinaire  par  lequel  on  ait  essayé  de  dégui-{OEuv.
  de  Ricardo.)  28
        <pb n="486" />
        1
\
U

434  ŒUVIŒS  DIVKHSES.
»ser  une  banqueroute  nationale  réelle,  sous  les  apparences  d’un
»  paiement  illusoire,  a  été  de  hausser  la  dénomination  des  coins.  Si,
A  par  exemple,  un  acte  du  Parlement  ou  un  édit  royal  élevait  une
»  pièce  de  six  pence  à  la  dénomination  de  un  shilling,  et  vingt  pièces
•&amp;gt;  de  six  pence  à  celle  d’une  livre  sterling,  la  personne  qui,  sous  le
»  régime  de  l’ancienne  dénomination,  aurait  emprunté  vingt  schil-»
  lings  ou  environ  quatre  onces  d’argent,  pourrait,  d’après  les  nou-»
  velles  désignations,  s’acquitter  avec  vingt  pièces  de  six  pence,
»  c’est-à-dire  quelque  chose  de  moins  que  deux  onces  d’argent.  De
»  cette  manière,  une  dette  nationale  au  capital  d’environ  128  millions,
„  chiffre  approximatif  de  notre  dette  fondée  et  flottante,  pourrait  se
»  payer  avec  H4  millions,  à  peu  près,  de  notre  monnaie  actuelle.  Ce
»  ne  serait  au  fond  qu’une  apparence  de  paiement,  et  1  on  aurait  frus-»
  tré  les  créanciers  de  l’État  de  10  schillings  par  livre  sur  ce  qui
»  leur  était  dû.  Le  désastre  s’étendrait  même  beaucoup  plus  loin
»  qu'aux  créanciers  de  l’État;  les  créanciers  particuliers  essuieraient
»  un  préjudice  proportionnel,  et  cela  sans  aucun  avantage  et  souvent
»  même  avec  un  surcroît  de  pertes  pour  les  premiers.  A  la  vérité,
»  si  un  créancier  de  l’État  était  endetté  envers  d’autres  personnes,  il
»  pourrait,  jusqu’à  un  certain  point,  compenser  sa  perte  en  payant
»  ses  créanciers  individuels  dans  la  monnaie  même  qu’il  aura  reçue
»  au  trésor.  Mais  dans  presque  tous  les  pays,  les  créanciers  du  gou-»
  vernement  sont,  pour  la  plupart,  des  gens  opulents,  dont  la  position
»  vis-à-vis  le  reste  de  leurs  concitoyens  est  plutôt  celle  de  créan  -
»  cier  que  de  débiteur.  —  Ainsi,  un  prétendu  paiement  de  ce  genre
»  aggrave  le  plus  souvent  la  perte  des  créanciers  nationaux  au  lieu
»  de  l'affaiblir,  et  étend,  sans  aucun  avantage  pour  le  public,
»  cette  perte  sur  un  grand  nombre  de  personnes  étrangères  à  ces
»  opérations,  il  détermine  de  plus  dans  les  fortunes  particulières
»  une  secousse  générale  et  fatale;  car  il  enrichit  le  plus  souvent
»  le  débiteur  oisif  _et  dissipé,  aux  dépens  du  créancier  indus-»
  trieux  et  économe,  et  il  enlève  une  grande  partie  du  capital  natio-»
  liai  aux  mains  capables  de  l’augmenter,  de  le  fertiliser,  pour  le
»  transmettre  à  ceux  qui  sont  les  plus  propres  à  le  dissiper  et  à  1  a-»
  néantir.  Quand  un  État,  comme  un  particulier,  est  conduit  a  la
»  nécessité  de  faire  banqueroute,  une  banqueroute  franche,  loyale,
»  publique,  est  toujours  la  mesure  la  moins  déshonorante  pour  le  dé-»
  biteur  et  en  même  temps  la  moins  nuisible  au  créancier.  Certes
»  l’honneur  d’un  État  est  tristement  garanti  quand,  pour  voiler  la
»  disgrâce  d’une  véritable  banqueroute,  il  a  recours  à  une  misérable
        <pb n="487" />
        L

435

LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS,
ce  genre,  si  facile  à  démasquer  et  en  même  temps  si
«  fatale.  »
Iæs  observations  du  docteur  Smith,  relativement  à  un  numéraire
dégradé,  s’appliquent  également  à  une  circulation  de  papier  déprécié. ­
  Il  n’a  fait  qu’effleurer  la  liste  des  conséquences  désastreuses  qui
accompagnent  l’altération  de  la  monnaie  ;  mais  il  nous  a  assez  éloquemment ­
  mis  en  garde  contre  des  expériences  aussi  dangereuses.
Ce  serait  un  spectacle  à  jamais  déplorable  que  de  voir  notre  grande
nation,  en  face  des  conséquences  produites  en  France  et  en  Amérique
par  une  circulation  de  papiers  à  cours  forcé,  persévérer  dans  un  système ­
  gros  de  tant  de  catastrophes.  Espérons  mieux  de  sa  sagesse.
On  dit,  il  est  vrai,  que  les  cas  sont  différents,  que  la  banque  d’Angleterre ­
  est  indépendante  du  gouvernement.  Quand  cette  assertion
serait  légitime,  on  n’en  ressentirait  pas  moins  les  maux  d’une  circulation ­
  exagérée.  Mais  il  est  permis  de  se  demander  si  une  banque,  qui
prête  au  gouvernement  bien  au  delà  de  son  capital  et  de  ses  épargnes,
peut  se  dire  indépendante  de  ce  gouvernement.
Quand  on  jugea  nécessaire  de  publier,  en  1797,  l’édit  portant  suspension ­
  des  paiements  en  espèces,  l’irruption  soudaine  sur  la  banque ­
  fut,  selon  moi,  exclusivement  provoquée  par  une  frayeur  politique ­
  et  non  par  une  exubérance  ou,  comme  d’autres  l’ont  prétendu,
une  insuffisance  de  billets  en  circulation  *.
Ce  sont  là  des  dangers  auxquels  la  banque  est  assujettie  par  la  nature ­
  même  de  ses  institutions.  11  n’eùt  peut-être  pas  été  possible  à  la
prudence  des  directeurs  de  les  conjurer.  Mais,  si  leurs  prêts  au  gouvernement ­
  avaient  été  plus  restreints,  s’ils  avaient  persisté  à  escompter ­
  au  public  la  même  somme  de  billets,  ils  auraient  certainement  pu
faire  face  à  leurs  paiements  jusqu’au  moment  où  l’alarme  se  fût  dissipée. ­
  En  tous  cas,  comme  les  plus  longues  échéances  admises  à
l’escompte  par  la  banque  sont  de  soixante  jours,  et  comme  les  débiteurs ­
  sont  tenus  de  liquiderTèùrs  obligations  à  cette  époque,  les  directeurs, ­
  s’il  y  avait  eu  nécessité,  eussent  été  à  même,  pendant  ce
délai,  de  faire  rentrer  tous  les  billets  en  circulation.  Ea  restriction
naquit  alors  de  liens  trop  intimes  entre  la  banque  et  le  gouvernement ­
  :  elle  se  continue  aujourd’hui  sous  l’influence  de  la  même  cause.
Pour  conjurer  les  périls  qui  peuvent  accompagner  la  perpétuité  d’un

A  cette  époque  le  prix  de  l’or  se  tint  constamment  au-dessous  du  prix  à  la
monnaie.
        <pb n="488" />
        436

ŒUVRES  DIVERSES.

tel  système,  nous  devons  donc  avoir  les  yeux  constamment  fixés
sur  rabrogation  du  Hestrietion-bill.
La  seule  garantie  que  puisses  avoir  légitimement  le  public  contre
l’imprévoyance  de  la  banque  eonsiste  à  l’obliger  à  rembourser  ses
billets  en  espèces.  Or,  l’on  ne  peut  atteindre  ce  résultat  qu’en  diminuant ­
  le  montant  des  bank-notes  en  circulation,  jusqu’à  ce  que  le
prix  nominal  de  l’or  ait  été  ramené  à  celui  de  la  monnaie.
Je  termine  iei  :  heureux  si  mes  faibles  efforts  ont  pu  diriger  l’attention ­
  générale  sur  une  étude  approfondie  de  la  situation  de  nos
agents  monétaires.  Je  sais  trop,  d’ailleurs,  que  je  n’ai  rien  ajouté
aux  arguments  dont  la  discussion  a  été  enrichie  par  un  grand
nombre  d’écrivains  habiles  et  spéciaux.  iNon,  je  n’ai  pas  une  telle
ambition.  Mon  but  a  été  d’introduire  une  enquête  impartiale  et  calme
dans  une  question  si  importante  pour  l’État,  et  que  l’on  ne  pouvait  ;
négliger  sans  préparer  des  conséquences  que  déplorerait  tout  homme
ami  de  son  pays.

APPENDICE.  I
Le  public  ayant  désiré  une  seconde  édition  de  ce  pamphlet,  je
m’autorise  de  cette  circonstance  pour  discuter  les  observations  que
les  rédacteurs  de  la  Revue  d'Édimbourg  m’ont  fait  l’honneur  de  pré-  &amp;lt;
senter,  dans  leurs  derniers  numéros,  sur  quelques  passages  de  mon  ^
écrit.  Cette  réponse  m’est  dictée  par  la  conviction  où  je  suis  que  la
discussion,  en  jetant  un  nouveau  jour  sur  toutes  les  faces  du  sujet,
hâtera  le  remède  contre  les  abus  existants  et  tendra  à  nous  préserver
du  danger  d’une  rechute  pour  l’avenir.  ^
Les  rédacteurs  de  la  Revue  ont  dit  dans  un  article  relatif  à  la  dépréciation ­
  des  agents  monétaires  :  «  Le  grand  vice  du  travail  de
»  M.  Ricardo  consiste  dans  ses  vues  partiales  sur  les  causes  qui  ré-  ,
»  gisseiit  le  cours  du  change.  11  attribue  exclusivement  l’existence  \
»  des  changes  favorables  cl  défavorables  à  un^drculation  exubé^,  |
»  raiite  ou  chétive,  et  il  dédaigne  d’envisager,  comme  causTmitiale  .
V  d^uii  excédant  temporaire  des  importations  sur  les  exportations  ou
»  des  exportations  sur  les  importations,  les  désirs  ou  les  besoins  si
»  mobiles  des  différentes  sociétés.  «
        <pb n="489" />
        437

LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  —  APPENDICE.
Ils  commentent  alors  le  passage  dans  lequel  je  soutiens  qu’une
mauvaise  récolte  ne  déterminera  à  exporter  le  numéraire  qu’autant
qu’il  sera  relativement  à  bas  prix  dans  le  pays  qui  exporte.  Ils
terminent  leurs  observations  en  proclamant  comme  opinion  décisive,
que  l’exportation  du  numéraire,  dans  le  cas  supposé  d’une  mauvaise
récolte,  «  n’est  pas  le  résultat  du  bon  marché.  Cette  exportation
»  n’est  pas  la  cause  d’une  balance  défavorable  comme  M.  Ricardo  a
»  essayé  de  nous  le  persuader,  mais  elle  en  est  l’effet.  Il  ne  faut  pas
»  y  voir  seulement  le  remède  salutaire  apporté  à  une  circulation
•&amp;gt;  surabondante  ;  il  faut  la  faire  remonter  précisément  aux  causes
»  énoncées  par  M.  Thornton.  Ces  causes  sont  la  répugnance  de  la
«  nation  créancière  à  recevoir,  sans  l’appàt  d’un  bénéfice  excessif
un  grand  supplément  de  marchandises  qu’il  serait  impossible  d’é-»
  couler  immédiatement,  et  d’un  autre  côté,  au  contraire,  son
»  penchant  à  admettre  sans  condition  les  lingots  qui  sont  la  matière  ,
&amp;gt;»  première  des  monnaies  du  monde  commercial.  H  est  incontestable,  i
»  comme  Va  établi  M.  Ricardo^  qu'aucune  nation  ne  consentira  à  ac-"
  quitter  une  dette  avec  les  métaux  précieux,  si  elle  peut  le  faire  au
»  moyen  de  marchandises  moins  chères.  —Mais  les  prix  des  marchan-«
  dises  sont  assujettis  à  de  notables  affaissements  par  suite  de  l’en-»
  comhrement  du  marché,  tandis  que  les  métaux  précieux,  ayant  été  ,
«  reconnus  par  le  consentement  unanime  des  peuples  comme  l’agent
»  général  des  échanges  et  l’instrument  du  commerce^  on  pourra  s’en
»  servir  pour  acqnitter  les  dettes  les  plus  considérables,  suivant  leur
»  évaluation  nominale  et  la  quantité  de  métal  contenue  dans  les  mon-«
  naies  respectives  des  pays  contractants.  Et  quelles  que  soient  les
«  variations  qui  s’établissent  entre  la  masse  de  la  circulation  et  des
«  marchandises,  postérieurement  à  l’origine  de  ces  transactions,  il
»  n’est  pas  permis  d’hésiter  à  en  rechercher  la  cause  dans  les  besoins
»  et  les  désirs  d’une  des  deux  nations,  et  non  dans  une  exubérance
»  on  une  insufllsance  primitive  de  monnaie.  «
Ils  pensent  avec  moi  «  qu’ancune  nation  ne  paiera  une  dette  avec
.  »  les  métaux  précieux,  si  elle  peut  le  faire  à  meilleur  marché  au
»  moyen  de  marchandises;  mais,  ajoutent-ils,  les  prix  des  marchan-&amp;gt;&amp;gt;
  dises  sont  soumis  à  de  notaires  affaissements  par  suite  de  Vencombre-»
  ment  des  marchés.  »  Évidemment  ils  entendent  par  là  les  marchés
étrangers,  et  dès  lors  ils  expriment  l’opinion  même  qu’ils  s’appli-(luent
  à  renverser  ;  savoir,  que  s’il  n’y  a  pas  autant  d  avantage  à  exporter ­
  des  marchandises  que  du  numéraire,  on  exportera  le  numéraire. ­
  C’est  tout  simplement  une  autre  manière  de  dire  qu  on
        <pb n="490" />
        *3«  /  OEUVRES  DIVERSES.
n’exportera  le  numéraire  que  dans  le  cas  où  il  serait  en  excès  relativement ­
  aux  marchandises  et  aux  autres  pays.  Cependant  ils  soutiennent ­
  immédiatement  après  que  1  exportation  des  métaux  précieux
est  1  effet  de  lo,  bãldnce  du  comtnevcd^^  et  dérive  de  causes  qui  peuvent ­
  agir  «  indépendamment  de  la  surabondance  ou  de  la  faiblesse
»  de  la  circulation.  Ces  opinions  me  semblent  diamétralement  op
'  »  posées.  »  Si  nous  admettions  qu’on  puisse  exporter  les  métaux
précieux  en  échange.de  marchandises,  dans  le  cas  même  où  ils  seraient ­
  aussi  chers  dans  le  pays  qui  exporte  que  dans  celui  qui  importe, ­
  quels  effets  résulteraient  d’une  opération  aussi  insensée?
«  Une  insuffisance  de  monnaie  dans  un  jmys,  et  une  exubérance
.  relative  dans  l’autre,  disent  les  rédacteurs  de  la  Revue,  p.  343,
»  ne  peuvent  manquer,  dans  cet  état  de  choses,  d’avoir  une  action
»  immédiate.  Elles  modifieront  les  résultats  de  la  balance  des  paie-»
  ments  ,  et  rétabliront  dans  les  métaux  précieux  l’équilibre  troublé
«  pendant  quelque  temps  par  l’inégalité  naturelle  des  besoins  et  des
»  nécessités  dans  les  pays  contractants.  »  Cette  proposition  serait
satisfaisante  si  les  auteurs  avaient  indiqué  le  point  où  commence
cette  réaction;  car,  au  premier  abord-,  il  semble  que  les  mêmes  lois
qui  permettent  d’exporter  le  numéraire  d’un  pays,  quand  il  n’y  est
pas  à  plus  bas  prix  que  dans  celui  où  on  l’exporte,  doivent  aussi
permettre  de  l’exporter  quand  il  y  est  plus  cher.  C’est  l’intérêt  individuel ­
  qui  régit  toutes  les  opérations  commerciales;  et  nous  ne  saurions ­
  où  nous  arrêter,  si  nous  appliquions  une  autre  règle  là  où  cet
intérêt  est  palpable  et  satisfaisant.  Ils  auraient  donc  dû  nous  expliquer ­
  comment  le  fait  de  la  continuité  des  demandes  pour  la  marchandise ­
  importée,  n’enlève  pas  au  pays  imporleur  la  totalité  de  son
numéraire  et  de  ses  lingots.  Quel  obstacle  opposcra-t  on,  dans  ces
circonstances,  à  l’exportation  du  numéraire?  Les  rédacteurs  l’expliquent ­
  en  disant  :  «  Un  pays  dont  la  quantité  de  lingots  a  diminué
»  verrait  bientôt  lui  échapper  la  faculté  de  payer  avec  des  métaux
»  précieux.  »  Pourquoi  bientôt?  N’est-il  pas  admis  «  que  circulation
»  excessive  et  insuffisante  sont  seulement  des  termes  relatifs,  qui
»  n’ont  de  signification  que  par  rapport  aux  autres  pays?  »  Ne  résulte-t-il ­
  pas  de  ces  aveux  que,  si  la  balance  du  commerce  s’établit  contre ­
  un  pays,  alors  même  que  sa  circulation  ne  serait  pas  exagérée,

I  •  Nous  parlons  d’une  balance  de  commerce,  abstraction  faite  d’une  balance
\  des  paiements.  Une  balance  de  commerce  peut  être  favorable,  et  la  seconde  être
1  1  défavorable.  C’est  en  effet  celle-ci  qui  réagit,  seule,  sur  le  change.
        <pb n="491" />
        LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  —  APPENDICE.
l’exportation  des  coins  n’aura  de  limite  que  dans  la  quantité  de  monnaie ­
  restée  en  circulation.  En  effet,  la  nouvelle  somme,  rendue  plus
précieuse  par  sa  réduction  même,  accomplira  les  paiements  nécessaires ­
  aussi  promptement  et  aussi  rigoureusement  que  le  faisait  auparavant ­
  une  somme  plus  considérable?  D’après  ce  principe,  une  série
de  mauvaises  récoltes  pourrait  ravir  à  un  pays  toute  sa  monnaie  ,  à
quelque  chiffre  qu  elle  s’élevât,  et  fùt  elle  même  composée  exclusivement ­
  de  métaux  précieux.  Eu  faisant  observer  que  la  diminution
de  la  valeur  de  la  monnaie  dans  le  pays  qui  importe,  et  son  augmentation ­
  croissante  dans  celui  qui  exporte,  la  dirigeraient  de  nouveau ­
  dans  son  ancien  courant,  on  ne  répond  pas  à  1  objection.  Quand
ce  phénomène  aura-t-il  lieu?  En  échange  de  quoi  la  monnaie  reviendra-t-elle
  dans  nos  marchés?  La  réponse  est  claire  :  en  échange  de
marchandises.  Le  résultat  definitif  de  toutes  ces  importations  et  exportations ­
  de  monnaie  se  résume  donc  en  ce  que  chaque  pays  se
trouvera  avoir  importé  une  marchandise  en  échange  d  une  autre  ,  et
en  ce  que  le  numéraire  et  les  lingots  auront  partout  été  ramenés  à
leur  niveau  naturel.  Peut-on  prétendre  que  ces  résultats  ne  seront
pas  prévus,  que  les  dépenses  et  les  embarras  qui  accompagnent  ces
opérations  inutiles  ne  seront  pas  évités  dans  un  pays  où  le  capital
abonde,  où  Léconomie  a  été  introduite  dans  les  plus  petits  mouvements ­
  du  commerce,  et  où  la  concurrence  semble  avoir  aUeint  ses
dernières  limites.  Conçoit-on  que  des  spéculateurs  s’apphquent  à  m
exporter  le  numéraire  dans  le  simple  but  de  le  rendre  cher  ici  et  bon  ,
marché  ailleurs,  et  d'assurer  ainsi  son  retour?
On  remarque  avec  un  certain  étonnement,  que  le  préjugé  qui
fait  envisager  le  numéraire  et  les  lingots  comme  des  objets  essentiellement ­
  distincts,  dans  leurs  allures,  de  toutes  les  autres  marchandises, ­
  est  si  profondément  enraciné,  que  les  écrivains  les  mieux
éclairés  sur  les  vérités  générales  de  I  économie  politique  s  y  sont  euxinèmes
  abandonnés.  En  effet,  ils  manquent  rarement,  après  avoir
invité  leurs  lecteurs  à  considérer  la  monnaie  et  les  lingots  comme  des
marchandises  ordinaires,  soumises  «  à  ce  principe  universel  de  l’offre
»  et  de  la  demande,  qui  est  la  hase  sur  laquelle  s’élève  l’édifice  en-»
  tier  de  l’économie  politique,  «  ils  manquent  rarement,  dus-je,
d’oublier  eux-mêmes  cette  recommandation.  Ils  discutent  le  sujet  de
la  monnaie  et  les  lois  ([ui  en  régissent  l’importation  et  l’exportation,
d’après  des  données  très-opposées  à  celles  qu’ils  appliquent  au  mouvement ­
  des  autres  marchandises.  Ainsi,  si  les  rédacteurs  de  la  evue
avaient  eu  à  parler  de  café  ou  de  sucre,  ils  n  auraient  pas  lesi  e  a
        <pb n="492" />
        iíO

OEUVRES  DIVERSES.

nier  qu’on  puisse  exporter  ces  articles  d’Angleterre  sur  le  continent,
lorsqu’ils  n’y  sont  pas  plus  chers  qu’ici.  En  vain  leur  eiit-on  dit  :
Notre  récolte  a  été  mauvaise,  nous  éprouvons  une  disette  de  blé!  Ils
auraient  prouvé  hardiment  et  incontestablement  que,  malgré  la  gravité ­
  de  la  disette,  il  n’est  pas  possible  à  l’Angleterre  d’envoyer,  ni  à
la  France,  par  exemple  ,  de  recevoir  du  café  et  du  sucre  en  échange
de  blé,  quand  ces  deux  objets  coûtent  plus  en  Angleterre  qu’en  France. ­
  Quoi!  auraient-ils  dit,  s’imagine-t-on  que  nous  enverrons  en
France  une  partie  de  café  qui  s’y  vendra  100  1.,  après  avoir  coûté'
ici  105,  tandis  qu’en  remettant  100  1.  seulement,  nous  pouvons  acquitter ­
  également  la  dette  contractée  pour  l’importation  du  blé  ?  —
J’ajouterai  :  pense-t-on  que  nous  consentions  à  remettre,  et  la  France
à  recevoir,  si  elle  agit  pour  son  propre  compte,  100  1.  en  numéraire,
quand  95  1.  placées  en  café  et  exportées  équivaudront  à  ces  100  1.  au
moment  de  l’arrivée  de  cet  article  en  France?  On  s’écriera  peut-être
que  la  France  ne  manque  pas  de  café,  que  ses  marchés  en  sont  encombrés. ­
  Je  l’accorde,  mais  la  monnaie  lui  manque  encore  bien
moins,  puisque  100  1.  st.en  café  y  valent  plus  que  100  1.  st.  en  numéraire. ­
  La  seule  preuve  que  nous  puissions  obtenir  du  bas  prix  relatif
de  la  monnaie  chez  deux  peuples,  nous  est  fournie  en  la  comparant
avec  les  marchandises.  Les  marchandises  indiquent  la  valeur  de
la  monnaie,  comme  la  monnaie  sert  réciproquement  à  les  évaluer.
,  Si  donc  les  marchandises  représentent  plus  d’argent  en  Angleterre
qu’en  France,  nous  pouvons  dire  à  juste  titre  que  la  monnaie  est
moins  chère  en  Angleterre,  et  qu’en  l’exportant,  loin  de  détruire  son
niveau,  on  le  rétablit.  Si,  après  avoir  comparé  la  valeur  relative
^  du  café,  du  sucre,  de  l’ivoire,  de  l’indigo  et  de  toutes  les  autres  marchandises ­
  d’exportation  sur  les  deux  marchés,  je  persiste  à  expédier
du  numéraire,  ce  sera  le  meilleur  argument  pour  prouver  (pie  le  numéraire ­
  est  la  marchandise  la  moins  chère  sur  le  marché  anglais,
mis  en  rapport  avec  les'  marchés  étrangers,  et  qu’il  constitue  conséquemment ­
  l’article  d’exportation  le  plus  avantageux.  —  Où  trouvera-t-on, ­
  pour  prouver  la  surabondance  et  le  bon  marché  relatifs  du
numéraire  entre  la  France  et  l’AiigletcTre,  un  témoignage  plus  irrécusable ­
  que  ce  fait,  qui  nous  montre  qu’en  France  il  s’aebètera  plus
de  blé,  d’indigo,  de  sucre,  de  café,  plus  enfin  de  toutes  les  marchandises ­
  d’exportation?
Les  rédacteurs  de  la  Revue  pourraient  me  répondre,  il  est  vrai,
qu’ils  n’ont  pas  prétendu  que  le  café,  le  sucre,  l’indigo,  l’ivoire,  fussent ­
  à  j)lus  bas  prix  que  la  monnaie;  ils  peuvent  avoir  supposé  (pie.
        <pb n="493" />
        LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  -  APPENDICE.  4ii
(laus  les  deux  pays,  ces  valeurs  s’équilil)raient,  en  d’autres  termes,
que  100  livres  sterling  remis  en  argent,  ou  expédiés  sous  forme  de
café,  de  sucre,  d’indigo,  d’ivoire,  etc.,  etc.,  fout  une  égale  valeur  en
France  ;  mais  si  toutes  ces  valeurs  se  balançaient  si  merveilleusement, ­
  (jucl  esprit  pousserait  le  spéculateur  à  expédier  une  marchandise ­
  plutôt  que  l’autre  en  échange  du  blé,  qui  est  le  critérium
d’après  lequel  ou  détermine  leur  bon  marché  relatif  en  Angleterre?
S’il  expédie  de  l’argent,  il  détruit  l’équilibre  naturel  des  monnaies.
Dès  lors,  s’écrient  les  rédacteurs,  en  raison  de  sa  multiplication  en
France,  et  de  sa  réduction  en  Angleterre,  le  numéraire  devenant
moins  cher  en  France,  on  le  réimportera  en  échange  de  marchandises
jusqu’à  ce  que  l’équilibre  soit  rétabli.  Mais  ne  provoquerait-on  pas
les  mômes  effets  en  exportant  du  café  ou  toutes  autres  marchandises ­
  au  moment  où  elles  ont  dans  les  deux  pays  une  valeur  égale
par  rapport  à  la  monnaie  ?  L’équilibre  entre  l’offre  et  la  demande  ne
serait-il  pas  immédiatement  altéré?  et  ces  deux  phénomènes  de  la
diminution  de  la  valeur  du  café  en  France  par  la  multiplication,  et
de  l’accroissement  de  cette  même  valeur  en  Angleterre  par  suite
de  réduction,  ne  le  feraient-ils  pas  réimporter  en  Angleterre?
On  pourrait  exporter  chacune  de  ces  marchandises  sans  que  leur
renehérissement  produisît  de  grands  inconvénients  ;  mais  la  monnaie ­
  ,  cet  agent  qui  les  fait  circuler  toutes,  et  dont  les  plus  légères
variations  d’accroissement  et  de  diminution  suffisent  pour  élever  on
affaiblir  les  prix  dans  des  proportions  extravagantes  ,  la  monnaie,
dis-je,  il  serait  impossible  de  l’exporter  sans  déterminer  les  plus  sérieuses ­
  conséquences  !  —  Le  vice  de  la  théorie  des  rédacteurs  éclate
dans  leurs  conclusions.
On  n’éprouverait,  dans  mon  système,  aucune  difficulté  pour  déterminer ­
  le  mode  d’après  lequel  il  faut  effeetuer  les  retours  pour
soutenir  la  valeur  et  le  montant  relatifs  des  agents  monétaires,  et
cela  dans  le  eas  si  peu  probable  où  toutes  les  marchandises,  le  numéraire ­
  compris,  et  le  blé  excepté,  auraient  la  même  valeur  dans  les
deux  pays  désignés.  Si  la  circulation  monétaire  de  l’Angleterre,
composée  exclusivement  de  métaux  précieux,  ne  représentait  que  la
cinquantième  partie  de  la  valeur  des  marchandises  qu  elle  met  en
mouvement,  le  montant  total  du  numéraire  qu’on  supposerait  être
exporté  alors  contre  du  blé,  équivaudrait  à  la  cinquantième  partie
de  CO  blé  lui-même.  Pour  le  surplus,  nous  exporterions  des  marchandises, ­
  et  ainsi  se  rétabliraient  dans  les  deux  pays  les  proportions
normales  entre  la  monnaie  et  les  marchandises.  Une  mauvaise  ré-
        <pb n="494" />
        ^  Lf,/K6
-  -  ^iy.O

442  ^

^  W  '  '  "
OEUVRES  DIVERSES.

colte  classerait  l’Angleterre  dans  le  cas  suppös^,  p.  40*2,  où  nne
nation,  privée  d’une  partie  de  ses  marchandises,  ne  demande  plus
qu’une  somme  de  numéraire  très-amoindrie.  La  circulation  qui
effectuait  auparavant  ses  paiements,  deviendrait  actuellement  surabondante ­
  et  à  bon  marché  dans  le  rapport  même  du  cinquantième
de  la  production  réduite.  En  exportant  ce  quantum  on  ramènerait
donc  la  circulation  anglaise  à  la  valeur  des  circulations  étrangères. ­
  Je  crois  ainsi  avoir  suffisamment  prouvé  qu’une  mauvaise  récolte ­
  n’êigit  sur  les  changes  qu’en  exagérant  le  niveau  de  la  circulation ­
  :  d’où  il  suit  que  l’on  peut  toujours  rapporter  un  change
défavorable  à  une  circulation  relativement  surabondante.
Admettons,  s’il  se  peut,  qu’en  face  d’une  mauvaise  récolte  qui
force  l’Angleterre  à  des  importations  exceptionnelles  de  blé,  1  abondance ­
  la  plus  large  règne  chez  une  autre  nation.  Si  nous  supposons ­
  encore  que  cette  nation  na  besoin  d’aucun  article,  quel  qu  il
soit,  il  est  indubitable  qu  elle  ne  voudra  pas  échanger  son  blé  contre
des  marchandises;  mais  elle  n’exporterait  pas  davantage  son  blé  contre ­
  de  l’argent,  puisque  la  monnaie  n’a  pas  une  utilité  absolue,
intrinsèque,  mais  bien  relative,  comme  l’ont  expressément  reconnu
les  rédacteurs.  Cette  hvpothèse  est  toutefois  inadmissible,  car  une

nation  pourvue  de  toutes  les  marchandises  nécessaires  à  la  consommation, ­
  aux  jouissances  de  ses  habitants,  aptes  à  les  acheter,  ne  consentira ­
  jamais  à  laisser  pourrir  dans  ses  greniers  le  blé  qu  elle  a  recueilli ­
  au  delà  de  ses  besoins.
Tant  que  le  penchant  de  l’accumulation  subsistera  dans  le  cceiii'
de  l’homme  ,  il  sera  jaloux  de  transformer  en  capital  l’excédant  de
ses  productions  sur  sa  consommation.  Or  il  ne  peut  atteindre  ce  but
qu’en  occupant  lui-même,  où  en  permettant  à  d’autres,  au  moyen  de
prêts,  d’occuper  un  nombre  additionnel  de  travailleurs  :  puisque
c’est  par  le  travail  seul  qu’on  transforme  le  revenu  en  capital
Si  son  revenu  consiste  en  blé,  il  sera  disposé  à  l’échanger  pour  des
comestibles,  de  la  viande,  du  beurre,  du  fromage  et  mille  autres
marchandises  dans  lesquelles  se  métamorphosent  journellement  les
salaires  du  travail.  En  d’autres  termes,  il  vendra  son  blé  contre
de  l’argent,  il  paiera  les  salaires  de  ses  ouvriers,  et  créera  ainsi  le
besoin  des  marchandises  mêmes  qu’il  peut  obtenir  de  l’étrauger  en
échange  de  son  superflu  en  blé.  Ces  retours  lui  porteront  des  objets
plus  précieux  qu’il  pourra  encore  appliquer  au  même  but,  ajoutant
ainsi  à  sa  propre  fortune  et  multipliant  la  richesse  et  les  ressources
de  son  pays.
        <pb n="495" />
        LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  -  APPENDICE.  4«
Il  est  impossible  de  se  tromper  plus  lourdement  qu’en  supposant
qu’une  nation  puisse  exister  sans  éprouver  le  besoin  de  certaines  con-  /
sommations.  Elle  pourra  manquer  de  débouchés  pour  l’excédant
d’une  ou  plusieurs  de  ses  marchandises  ;  elle  pourra  avoir  plus  de
café,  de  sucre,  de  suif,  qu’elle  n’en  peut  consommer  ou  écouler,  mais
jamais  un  pays  n’a  été  inondé  par  un  encombrement  général  de  toutes ­
  les  marchandises.  C’est  un  fait  évidemment  impossible.  Si  un
pays  est  comblé  de  toutes  les  choses  nécessaires  à  l’existence  et  au  bienêtre
  de  l’homme,  et  que  ces  choses  se  répartissent  d’après  les  proportions ­
  habituelles  de  la  consommation,  on  peut  être  sûr,  quelque  abondantes ­
  qu’elles  soient,  de  leur  trouver  un  débouché.  Il  en  résulte
que  lorsqu’un  pays  possède  une  marchandise  qui  n’éveille  aucune
demande  à  l’intérieur,  il  désire  nécessairement  l’échanger  contre
d’autres  marchandises  dans  la  limite  de  la  consommation  possible.
Aucune  nation  ne  cultive  du  blé  ou  toute  autre  production  dans  le
but  de  les  transformer  définitivement  en  monnaie  ,  comme  le  supposent ­
  immédiatement  ou  médiatement  les  rédacteurs  de  la  Revue  ;
tîar  ce  serait  appliquer  les  efforts  de  l’homme  à  la  plus  stérile  de  toutes ­
  les  œuvres,  La  monnaie  est  précisément  un  objet  qui  n’ajoute
à  la  richesse  d’une  nation  qu’au  moment  où  on  l’échange.  C’est
pourquoi  je  trouve  que  la  multiplication  des  signes  monétaires  n’est
pas  plus  le  mobile  du  travail  de  la  nation  que  du  travail  individuel.
Et  la  seule  circonstance  qui  donne  un  écoulement  forcé  à  la  monnaie, ­
  c’est  la  valeur  comparativement  moindre  qu  elle  a  dans  les  pays
avec  lesquels  on  commerce.
On  conçoit  qu’une  nation  dont  la  circulation  monétaire  est  confiée
aux  agents  métalliques,  et  qui  ne  possède  pas  de  mines,  puisse  multiplier ­
  les  produits  de  son  territoire  et  de  son  travail  sans  ajouter  à  sa
richesse.  En  effet  il  se  peut  que  les  pays  où  s’exploitent  les  mines  obtiennent ­
  une  telle  quantité  de  métaux  précieux,  qu’ils  imf&amp;gt;osent  aux
pays  industrieux  un  surcroît  de  numéraire  équivalant  à  l’accroissement ­
  total  de  ses  productions.  Mais  il  arrivera  que  la  circulation
supplémentaire,  jointe  à  celle  qui  servait  auparavant,  n’aura  pas
une  valeur  réelle  supérieure  au  montant  primitif  des  unités  monétaires. ­
  La  nation  industrieuse  deviendra  ainsi  tributaire  de  celles
qui  possèdent  les  mines,  et  fera  un  commerce  où  elle  n’aura  que  des
pertes  à  attendre.
Je  suis  prêt  à  accorder  que  le  change  avec  les  autres  pays  est  dans  \
uU^tat  continuel  d’oscillation.  Mais  il  ne  varie  pas  généralement
jusqüH  ces  limite»  auxqTTelIesil  devient  plus  avantageux  de  faire  des
        <pb n="496" />
        •  OEUVRES  DIVERSES.

4U
remises  avec  des  lingots  qu’avec  une  lettre  de  change.  Dans  de
telles  circonstances,  il  est  incontestable  que  les  importations  se  balanceront ­
  avec  les  exportations.  Dans  le  cas  même  où  l’on  aurait  satisfait
aux  demandes  de  tous  les  pays,  les  changes  s’écarteraient  encore  du
pair  si  la  circulation  d’un  seul  peuple  était  ou  surabondante  ou  cbetive
  relativement  aux  autres.  Supposons  que  l’Angleterre  expédie
des  marchandises  en  Hollande  et  n’y  trouve  pas  les  objets  convenables
au  marché  anglais  ;  ou,  ce  qui  revient  au  même,  supposons  que
nous  puissions  acheter  ces  marchandises  à  meilleur  marché  en  France. ­
  Nous  réduirons  alors  le  cercle  de  nos  opérations  à  la  vente  de
certaines  marchandises  en  Hollande,  et  à  l’acquisition  d’autres  objets
en  France.  Ces  transactions  n’auront  aucune  inlluence  sur  la  circulation ­
  monétaire  d’Angleterre,  car  nous  paierons  la  France  au
moyen  d’une  traite  sur  la  Hollande.  Les  importations  et  les  exportations ­
  se  balanceront  d’ailleurs  exactement.  Le  change  pourra  cependant ­
  nous  être  favorable  vis-à-vis  la  Hollande  et  défavorable  avec  la
France.  Et  ce  phénomène  se  représentera  si  l’on  ne  règle  pas  les
comptes  en  important  en  France  des  marchandises  de  Hollande,  ou  de
tout  autre  pays  débiteur  de  la  Hollande.  L’absence  de  telles  importations ­
  ne  pourrait  naître  que  d’une  surabondance  relative  de  la
circulation  de  Hollande  comparée  à  celle  de  France,  et  il  conviendra
aux  deux  pays  que  le  paiement  delà  traite  s’elîectue  au  moyen  d’une
remise  de  lingots.  Si  la  balance  se  solde  par  des  expéditions  de
marchandises,  le  change  entre  tous  les  pays  sera  au  pair.  Si  elle
se  règle  avec  des  lingots,  le  change  entre  la  Hollande  et  l’Angleterre
sera  autant  au-dessus  du  pair  que  le  change  entre  la  France  et  l’Angleterre ­
  sera  au-dessous;  et  cette  différence  équivaudra  aux  dépenses
causées  par  le  transport  des  lingots,  de  Hollande  en  Franee.  Le  résultat ­
  définitif  serait  le  même  si  toutes  les  nations  du  globe  ])artieipaientà
  ces  opérations.  Ainsi  l’Angleterre  ayant  acheté  en  France
et  vendu  à  la  Hollande  certaines  marchandises,  la  France  pourrait  en
avoir  de  son  côté  acheté  une  masse  égale  en  Italie.  L  Italie  peut  avoir
fait  la  même  opération  vis-à-vis  la  Russie,  celle-ci  vis-a-vis  l’Allemagne, ­
  et  l’Allemagne  vis-à-vis  la  Hollande,  à  100,000  1.  près,  (jui
pourraient  être  nécessaires  à  l’Allemagne  pour  alimenter  une  circulation ­
  insuffisante,  ou  pour  fabriquer  de  la  vaisselle.  Toutes  ces
diverses  opérations  se  solderaient  par  des  lettres  de  change,  a  l’exception ­
  des  100,000  1.  Four  exporter  ces  100,000  I.  on  les  puiserait
dans  une  exubérance  de  coins  ou  de  lingots  en  Hollande,  ou  on  les  prélèverait ­
  sur  toutes  les  monnaies  de  l’Europe.  Je  ne  prétends  pas.
        <pb n="497" />
        LE  HALTj.PRIX  DES  LINGOTS.  —  APPENDICE.  445
comme  l’ont  compris  les  rédacteurs,  «  qu’une  mauvaise  récolte  ou  la
nécessité  de  fournir  des  subsides,  doive  déterminer  immédiatement
et  invariablement  une  demande  exceptionnelle  de  mousseline,  de  quincailleries, ­
  de  produits  coloniaux,  »  car  les  mêmes  effets  se  représenteraient ­
  si  le  pays  qui  acquitte  le  subside  ou  qui  subit  la  mauvaise  récolte ­
  importait  une  certaine  quantité  d’autres  marchandises  inférieure
à  celle  qu’il  reçoit  babituellement.
Les  rédacteurs  disent,  page  345:«  Le  même  genre  d  erreur  que  nous
0  venons  de  signaler  se  glisse  dans  d’autres  passages  du  pamphlet  de
»  M.  Ricardo,  et  surtout  au  début  de  son  sujet.  11  paraît  croire
&amp;gt;&amp;gt;  qu’une  fois  les  métaux  précieux  répartis  parmi  les  différentes  na-«
  tions  de  la  terre  d’après  leur  richesse  et  leur  commerce  relatifs,
»  toutes  éprouvent  un  besoin  égal  de  conserver  le  contingent  qui
»  leur  est  échu.  Dès  lors  toute  tentative  pour  les  importer  ou  lesex-»
  porter  devrait  disparaître  jusqu’à  l’exploitation  d’une  nouvelle
«  mine  ou  d’une  nouvelle  banque,  ou  jusqu’à  une  révolution  majeure
»  dans  la  prospérité  relative  des  peuples.  »  —  Ils  ajoutent  plus  loin,
page  3G1  :«  Nous  avons  déjà  combattu  l’erreur  qui  consiste  à  nier  que
&amp;gt;’  l’existence  d'une  balance  de  commerce  ou  de  paiement  soit  tout
-*  indépendante  d’une  exubérance  ou  d  une  pénurie  d  agents  moné-»
  taires  J  —  erreur  qui,  du  reste,  vient  de  M.  Ricardo,  et  dont  le
»  rapport  est  complètement  dégagé.  »  Mais  il  est  un  autre  point
sur  lequel  tous  les  auteurs  de  notre  parti  semblent  d  accord.  Sur
ce  point  cependant,  nous  nous  séparons  d  eux,  et  penchons  vers
une  appréciation  nieycttuliJe  de  la  question,  lout  en  reconnaissant ­
  que  les  déplacements  des  lingots  naissent  quelquefois  de  causes ­
  intimement  liées  avec  le  change,  ils  persistent  à  n’accorder  à
ces  causes  qu’un  degré  d’inlluence  très-limité.  M.  Iluskisson  a  établi
(lue  les  opérations  du  commerce  des  lingots  avaient  presíju’entièrement ­
  leur  source  dans  les  tributs  su(xessifs  que  nous  versent  chaque ­
  année  les  mines  du  Nouveau-Monde,  et  qu  elles  se  bornaient  à
distribuer  ces  richesses  parmi  les  différentes  nations  de  l’Europe.
Si  CCS  expéditions  cessaient  à  la  fois,  les  transactions  sur  l’or  et  l’argent, ­
  considérés  «  comme  articles  de  commerce  extérieur,  deviendraient ­
  très-rares  et  n’auraient  qu’une  durée  très-passagère.  «
«  Dans  sa  réponse  à  M.  Rosanquet,  M.  Ricardo  a  invoqué  ce
»  passage  avec  une  prédilection  toute  particulière.  »  Je  suis  à  me  demander ­
  maintenant  en  (luoi  cette  opinion  de  M.  Iluskisson  différé
de  celle  que  j’ai  émise  précédemment,  et  que  les  rédacteurs  se  sont
attachés  à  commenter.
        <pb n="498" />
        446

ŒUVRES  DIVERSES.

Ces  passages  sont  au  fond  les  mêmes  et  doivent  triompher  ou
s’effacer  à  la  fois.  Tout  en  reconnaissant  que  les  déplacements  des
lingots  naissent  quelquefois  de  causes  intimement  liées  avec  les
changes,  je  n’admets  pas  que  ces  déplacements  puissent  avoir  lieu
avant  l’époque  où  la  baisse  du  change  est  devenue  assez  considérable
pour  rendre  avantageuse  l’exportation  des  lingots.  Je  soutiens  de
plus  que,  si  cette  dépression  avait  lieu  ce  serait  en  vertu  de  la  surabondance ­
  et  du  bon  marché  de  la  circulation,  deux  phénomènes
«  qui  proviennent  presqu’entièrement  des  tributs  successifs  que  nous
»  versent  chaque  année  les  mines  du  Nouveau-Monde.  »  Il  n’y  a  donc
pas  là  un  autre  point  de  dissidence  entre  les  rédacteurs  et  moi  ;  car
c’est  le  même,  exactement  le  même.  Si  «  il  est  bien  avéré  que,  dans
»  leurs  relations  commerciales  habituelles,  un  grand  nombre  d’Etats
»  ont  presque  constamment  un  change  favorable  avec  certains  pays
»  et  défavorable  avec  les  autres,  »  à  quelle  cause  faut-il  l’attribuer,
si  ce  n’est  à  celle  indiquée  par  M.  Huskisson?  c’est-à-dire  les  tril)uts
nouveaux  qui  sont  annuellement  versés,  «  presque  sur  les  mêmes
»  points,  par  les  mines  du  Nouveau-Monde.  »  Le  docteur  Smith  ne
semble  pas  avoir  complètement  apprécié  l’influence  souveraine  et
uniforme  de  cet  afflux  de  lingots  sur  les  changes  étrangers.  11  s’est
montré  très-enclin  à  exagérer  l’utilité  des  lingots  dans  ces  mille
transactions  étrangères  qu’il  est  nécessaire  à  un  pays  de  faire  rayonner ­
  autour  de  lui.  Les  relations  grossières  qui  s’établissent  entre
les  nations,  comme  entre  les  particuliers,  au  début  de  la  société,
comportent  peu  d’économie  dans  l’emploi  de  la  monnaie  et  des
lingots.  Une  civilisation  perfectionnée  peut  seule  introduire  dans
les  transactions  internationales  les  fonctions  que  le  papier  accomplit ­
  si  avantageusement  entre  les  individus  du  même  pays.  Les
rédacteurs  de  la  Revue  d’Êdimbourg  ne  me  paraissent  pas  avoir  suflisamment
  compris  le  développement  qu’a  pris  entre  les  nations  commerçantes ­
  l’application  du  principe  d’économie  dans  l’emploi  des  métaux ­
  précieux.  Ils  ne  semblent  même  pas  en  avoir  reconnu  toute
la  portée  relativement  à  une  seule  nation,  puisqu’à  la  page  346
le  lecteur  est  porté  à  croire  que,  suivant  leur  opinion,  il  s’opère
de  fréquents  envois  de  numéraire  entre  les  districts  éloignés  d’un
même  pays.  Ils  nous  disent  en  effet  :  «  Il  y  a  eu  et  il  y  aura,  tou-»
  jours  une  certaine  quotité  de  métaux  précieux  destinée  à  accom-*
  plir,  entre  les  différentes  nations  reliées  par  le  commerce,  le  rôle
»  que  la  circulation  d’un  pays  isolé  joue  par  rapport  à  ses  pro-»
  vinces  extrêmes.  &amp;gt;&amp;gt;  Qu’on  me  dise  maintenant  le  rôle  que  joue
        <pb n="499" />
        447

LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  —  APPENDICE.
la  circulation  d'un  pays  par  rapport  à  scs  provinces  extrêmes.
.le  suis  intimement  persuadé  que  la  monnaie  ne  joue  qu  un  rôle
très-secondaire  dans  l’infinie  multiplicité  des  transactions  commerciales ­
  qui  s’opèrent  entre  les  provinces  éloignées  du  royaume.  Les  importations ­
  se  balancent  presque  toujours  par  des  exportations',  et  la
preuve  en  est,  que  la  circulation  locale  des  provinces  (et  elles  n’en
ont  pas  d’autre)  s’étend  rarement  à  une  distance  considérable  du  lieu
de  l’émission.
Si  les  rédacteurs  de  la  Revue  ont  été  conduits  à  admettre  cette  doctrine ­
  erronée  des  commerçants,  que  dans  le  cas  même  où  le  numéraire
ne  serait  pas  moins  cher  dans  le  pays  exportant,  on  1  expédierait  encore, ­
  en  échange  de  marchandises;  si,  dis-je,  ilsl  ont  admise,  c  est  qu  ils
n’ont  pas  trouvé  d’autre  argument  pour  s’expliquer  comment  la
hausse  du  change  a  pu  quelquefois  accompagner  une  surémission ­
  de  bank-notes,  ainsi  que  l’a  établi  dans  un  rapport  adressé  à
la  commission  des  métaux  précieux  {Bullion  Committee),  M.  Pearse,
ex-sous-gouverneur  et  gouverneur  actuel  de  la  banque.  Ils  disent.
«  Sous  ce  point  de  vue,  il  n’est  certainement  pas  facile  d’expli-»
  quer  la  progression  ascendante  du  change  en  face  d’une  multi-»
  plication  patente  de  billets,  phénomène  qui  se  représente  pourtant
»  assez  fréquemment,  et  sur  lequel  le  sous-gouverneur  de  la  Banque  a
»  fortement  insisté  comme  une  preuve  que  nos  changes  extérieurs
«  n’ont  aucun  rapport  avec  l’état  de  la  circulation.  »
11  n’y  a  pourtant  pas  dans  ces  deux  circonstances  une  incompatibilité ­
  absolue.  M.  Pearse  semble  avoir  méconnu,  comme  les  rédacteurs ­
  de  la  Revue  d’Edimbourg,  le  principe  émis  par  les  partisans
de  l’abrogation  du  Bestriction-bill.  —  Ceux-ci  ne  prétendent  pas,
ainsi  qu’on  le  suppose,  qu’un  accroissement  de  billets  de  banque
abaissera  constamment  le  taux  du  change,  mais  ils  disent  que  ce  résultat ­
  sera  produit  par  une  circulation  surabondante.  Il  nous  reste
donc  à  examiner  si  une  augmentation  de  bank-notes  est  nécessairement, ­
  et  en  tous  temps,  suivie  d’un  accroissement  permanent  de  la
circulation  ;  et  si  je  puis  démontrer  le  contraire,  on  n’éprouvera  plus
de  difliculté  à  concilier  la  hausse  du  change  avec  une  augmentation
de  billets  de  banque.
On  reconnaîtra  immédiatement  que,  tant  qu’il  existe  en  circula-'
  Une  partie  de  la  production  des  provinces  s’exporte  sans  aucun  retour  pour
aller  constituer  le  revenu  des  absents  ;  mais  cette  considération  ne  peu
d’influence  sur  la  question  générale  de  la  circulation.
        <pb n="500" />
        448  ŒUVRES  DIVERSES.
tion  une  portion  considérable’de  numéraire,  tout  accroissement  dans
les  billets  de  banque  peut  diminuer  passagèrement  la  valeur  de  la
circulation  totale,  papier  et  or  à  la  fois  ;  mais  cette  dépression  ne
sera  jamais  constante.  En  effet,  l’exubérance  et  le  bon  marché  de
la  monnaie  abaisseront  le  taux  du  change,  et  détermineront  l’exportation ­
  d’une  partie  du  numéraire.  Cette  exportation  cessera,  ensuite,
aussitôt  que  la  circulation  aura  recouvré  sa  valeur  et  ramené  le
change  au  pair.  La  multiplication  des  billets  inférieurs  se  traduira
en  définitive  par  la  substitution  d’une  monnaie  à  une  autre,  d’agents ­
  en  papier  à  des  agents  métalliques,  et  n’agiro^it  pas  comme
un  accroissement  actuel  et  permanent  L
Nous  ne  sommes  cependant  point  dépourvus  de  tout  critérium
propre  à  nous  faire  évaluer  le  montant  relatif  de  la  circulation,
comparé,  à  différentes  époques,  aux  billets  de  banque;  et  quoique ­
  nous  ne  puissions  admettre  ce  critérium  comme  infaillible,  il
a  en  lui  des  probabilités  d’exactitude  suffisantes  pour  décider  la  question ­
  qui  nous  occupe.  Ce  critérium  consiste  dans  les  billets  de  5  1.
et  au-dessus,  que  nous  devons  toujours  envisager  comme  conservant
dès  proportions  assez  régulières  relativement  à  la  circulation  totale. ­
  Ainsi,  si  depuis  1797  les  billets  de  cette  dénomination  se
sont  accrus  de  21  à  16  millions,  nous  pourrons  en  inférer  que  la
circulation  totale  a  augmenté  du  tiers.  Si  d’ailleurs,  le  rayon  dans  lequel ­
  circulent  les  billets  de  banque  n’a  été  ni  étendu  ni  resserré,
les  billets  au-dessous  de  5  1.  seront  émis  à  mesure  qu’on  enlève
les  agents  métalliques  à  la  circulation,  et  se  multiplieront  en  raison  de
toute  augmentation  correspondante  dans  les  billets  d’une  coupure
plus  élevée.
Si  je  suis  autorisé  à  croire  que  l’aceroissemeut  du  montant  de  nolie
circulation  doit  être  attribué  à  une  multiplication  de  billets  de  banque ­
  de  5  1.  et  au-dessus,  et  jamais  à  une  surémission  de  billets  de
1  1.  et  2  1.  substitués  aux  guinées  exportées  ou  thésaurisées,  je
dois  nécessairement  rejeter  toutes  les  conclusions  de  M.  Pearse,  car

*  Ceux  qui  rejettent  les  raisonnements  du  Bullion  Committee  x-Report  ont
souvent,  et  avec  justice,  soutenu  qu’une  augmentation  des  billets  de  banque  audessous
  de  5  1.  devait  être  considérée  comme  une  [substitution  aux  coins  exportés, ­
  plutôt  que  comme  une  augmentation  actuelle  de  circulation.  Mais  quand
ces  messieurs  veulent  établir  leur  théorie  de  prédilection,  celle  qui  repousse
toute  connexité  entre  le  montant  de  la  circulation.fiUfiJaRx  du  change,  ils  n’ont
garde  de  ñe'pSsappeler  à  leur  secoiirsces^tits  billets  qu’ils  avaient  auparavant
dédaigneusement  écartés.
        <pb n="501" />
        LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  —  APPENDICE.  441&amp;gt;
elles  reposent  sur  la  supposition  que  toute  augmentation  dans  les  billets ­
  de  cette  valeur  produit  une  augmentation  équivalente  dans  la
circulation  monétaire.  On  voit  bien  clairement  à  combien  d’erreurs ­
  conduisent  ces  raisonnements,  quand  on  réfléchit  qu’en  1797
les  billets  de  1  1.  et  de  ‘i  I.  n’existaient  pas  dans  la  circulation,
que  leur  place  était  entièrement  remplie  par  des  guinées,  et  que  depuis ­
  cette  époque  il  n’en  a  pas  été  émis  moins  de  sept  millions,  soit
pour  combler  le  vide  laissé  par  les  guinées  exportées  ou  thésaurisées
  ,  soit  pour  maintenir  l’équilibre  entre  les  intermédiaires  des
grands  et  des  petits  paiements.  Je  puis  dénier  hardiment  au  rapport
de  M.  Pcarse  l’autorité  nécessaire  pour  combattre  l’opinion  que  j’ai
hasardée  et  qui  attribue,  dans  tous  les  cas,  la  balance  défavorable  du
commerce  et  la  sécurité  subséquente  du  change  à  une  circulation  relativement ­
  exubérante  et  à  bon  marché  \  —  Mais  quand  bien  même
les  raisonnements  de  M.  Pearse  ne  seraient  pas  aussi  erronnés  que
le  sont  ses  faits,  il  lui  serait  impossible  de  justifier  les  conclusions  qu’il
en  a  tirées.
M.  Pearse  établit  que  l’accroissement  des  billets  de  banque,  de
janvier  1808  à  Noël  1809,  se  réduit  à  la  différence  entre  17  Ifi  et  18
millions  ou  à  500,000  1.,  et  que  le  change  avec  Hambourg  a  fléchi
pendant  le  même  délai  de  34  s.  9gr.  à  28  s.  0  gr.  ;  —  ce  qui  forme
une  augmentation  de  billets  de  moins  de  3  0/0  et  un  avilissement
des  changes  de  plus  de  18  0/0.
Mais  où  donc  M.  Pearse  a-t-il  appris  qu’à  Noël  1809  il  n’existait ­
  que  ÎHmilUons  de  bank-notes  en  circulation?  Après  avoir  compulsé ­
  tous  les  tableaux  rédigés  sur  le  montant  des  billets  de  banque
en  circulation  au  mois  de  décembre  1809,  je  persiste  à  conclure  que
les  évaluations  de  M.  Pearse  sont  inexactes.  —  M.  Mushet  nous
donne  dans  ses  tables  quatre  relevés  des  billets  de  banque  dans  la
même  année.
Dans  le  dernier  des  relevés  relatifs  à  l’année  1809  ,  il  a  porté  le
montant  des  billets  de  banque  en  circulation  à.  .  .  19,742,998
L’appendice,  joint  au  Bullion-Report,eX.  divers
rapports  faits  dernièrement  à  la  Chambre  des
Communes  donnent,  pour  le  12  décembre  1809,.  .  .  19,727,520
Pour  le  1®^  janvier  1810  20,669,230
'  Je  ne  prétends  pas  nier  que  l’invasion  soudaine  d’un  ennemi,  ou  une  commotion ­
  quelconque  capable  d’ébranler  dans  un  pays  les  propriétés,  puissent  former ­
  une  exception  à  cette  règle  ;  mais  le  change  sera  généralement  défavorable
pour  les  pays  placés  dans  de  telles  circonstances.
{ÜEuv.  de  Ricardo.]

29
        <pb n="502" />
        /

450

ŒUVRES  DIVERSES.

Pour  le  7  janvier  1810  19,528,030
Cette  somme  n’a  pas  été  moindre  pendant  un  grand  nombre  de
mois  antérieurs  à  décembre.
Quand  je  découvris  pour  la  première  fois  cette  erreur,  je  crus  que
M.  Pearse  avait  omis  dans  ses  deux  résultats  les  bank-post-bills
(mandats  de  la  banque  ),  qui  ne  s’élevaient  pas  à  plus  de  880,8801.;
mais  en  consultant  son  tableau  des  billets  de  banque  en  circulation,
y  compris  les  bank-post-bills,  en  janvier  1808,  je  trouve  que  les
chilfres  de  M.  Pearse  dépassent  tous  ceux  que  j’ai  pu  rencontrer
ailleurs.  Ils  excèdent  même  de  près  de  900,000  1.  le  compte  rendu
de  la  banque  du  1"  janvier  1808,  de  sorte  que  de  cette  époque  au  12
décembre  1809,  l’accroissement  fut  de  16,619,210  a  19,727,50;  c(
qui  constitue  une  différence  de  plus  de  3  millions  au  heu  e
500,000,  ou  de  2  millions,  si  l’évaluation  de  M.  Pearse  se  justifie  par
une  date  quelconque  de  janvier  1808.
Je  trome  aussi  que  le  tableau,  dans  lequel  il  estime  que,  de  janvier
1803  à  la  lin  de  1807,  I’accroissemeut  des  billets  de  banque  a  e  e
de  10  Ijî  il  18  millions,  c’est-à-dire  de  un  million  et  demi,  excede
la  vérité  de  500,000  I.  ba  multiplication  des  billets  de  •&amp;gt;  1.  et  audessous
  ,  y  compris  les  bank-post-bills,  n'a  pas  dépassé,  pendant  ee
lajis  de  temps,  150,0001.  Il  est  important  de  signaler  ces  erreurs,
alin  que  ceux  qui  adopteraient  le  principe  de  M.  l’carse  malgré  mes
arguments,  puissent  se  convaincre  que  les  faits  ne  consacrent  pas
les  conclusions  que  cet  administrateur  en  a  déduites.  Il  laut  aussi
leur  démontrer  que  des  calculs  fondés  sur  le  montant  sjiecial  des
billets  de  banque  pour  tel  jour  ou  telle  semaine,  et  opposes  aux  résultats ­
  généraux  des  moyennes  précédentes  et  |K.slérienres,  sont  peu
aptes  à  renverser  une  lliéoric  étayée  par  tant  d’autres  preuves,  yns
m’apparalt  ta  théorie  qui  proclame  que  la  multi,.beat,on  sans  limites ­
  d’une  circulation  dépourvue  d’un  étalon  bxe,  peut  et  doit  (induire ­
  une  cfiÏÏtTiSrrstantc  dans  les  ebanges  avec  les  |)ays  dont  le
Sÿsmuc  mmiWre  a  jionr  poT.it  de  départ  un  contrôle  sérieux  et
officiel.  .  ,  .
Après  avoir  indiqué  le  degré  de  confiance  que  mérite  e  m  mo
de  M.  Pearse,  j’appelle  l’attention  du  lecteur  sur  les  ta  )  eaux  qu
i’ai  extraits  des  évaluations  du  IMUm-ReporI  et  .les  d,nuimenl,  qu.
ont  été  soumis  depuis  à  la  Cbambrc  des  Com,nones  Je  1  invite  a  cornüSüilüs
        <pb n="503" />
        451

LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  —  APPENDICE,
pas  instantanés  et  demandent  du  temps  avant  de  se  développer  complètement ­
  ;  —  que  la  hausse  ou  la  baisse  du  prix  de  l’argent,  comparé
avec  l’or,  altère  la  valeur  des  circulations  d’Angleterre  et  de  Ham
bourg,  et  détermine  l’abondance  et  le  bon  marché  relatifs  de  l’une
ou  de  l’autre  ;  —  que  les  mêmes  effets  se  reproduiraient,  comme  je
l’ai  déjà  établi,  à  la  suite  d’une  récolte  abondante  ou  insuffisante,  soit
chez  nous,  soit  dans  les  pays  qui  commercent  avec  nous  ;  ou  encore
à  la  suite  de  tout  autre  accroissement  ou  déduction  de  richesse  réelle
ffui,  en  modifiant  les  proportions  relatives  de  la  monnaie  et  des  marchandises, ­
  altérerait  la  valeur  de  l’agent  d’échange.  J’ai  la  conviction
que  ces  réflexions  préliminaires  prouveront  qu’on  peut  réfuter  les
objections  de  M.  Pearse,  sans  avoir  recours  à  l’abandon  d’un  grand
principe.  Si  on  désavouait  ce  j)rincipe,  on  verrait  s’établir  une  théorie ­
  de  change  toute  mercantile,  et  cette  théorie  servirait  d’argument
et  de  prétexte  à  la  fois  pour  prouver  que  la  diffusion  des  agents  monétaires ­
  a  été  si  grande  que,  pour  la  combattre,  il  faut  les  emprisonner ­
  à  la  Banque,  ou  affranchir  les  directeurs  de  l’obligation  de
payer  leurs  billets  en  espèces.

Tableau  de  M.  Pearse  tel  qu’il  a  été  présenté  au  Bullion-Committee.

Total  des  billets  de  banque.
Millions.
'  27  février  1797.  8  l|2
Ils  s’élèvent  graduellement  en  1797  et  1798  à  13
Mars  1799.  13  1|2
Après  cette  époque  surnennent  de  lourds  subsides,  une
grande  détresse  commerciale,  de  larges  importations  de
blé.  —  Le  change  avec  Hambourg  continue  à  fléchir,  et
descend  le  2  janvier  1801  à
Depuis  la  lin  de  l’année  1799  jusqu’à  la  fin
de  1802,  une  surémission  de  billets  de

Taux  du  change  avec
Hambourg.
35  s.  6  g.
38  O
37  7

29

I  1.  et  2  1.  grossit  la  somme  totale  def  13  1/2
tous  les  billets,  et  la  porte  à  {  à  ¿Fluctuation.
(  16  1/2
16  1/2
à  Fluctuation.
18
17  1/2
à  Chute.
18

De  janvier  1803  à  la  fin  de  1807.

De  janvier  1808  à  Noël  1809.

de  33
a  29
de  32
à  35
de  34
à  28

3
8
10
10
9
6

Le  taux  du  change  avec  Hambourg  a  été  puisé  dans  la  cote  du  Lloyd.

*  J’ai  négligé,  dans  le  travail  de  M.  Pearse,  tout  ce  qui  concerne  le  montant  des
billets  en  circulation  avant  la  suspension  des  paiements  à  la  Banque,  parce  que  le
change  devait  nécessairement  être  avili  par  le  montant  des  émissions  de  la  banque, ­
  tant  que  le  public  a  eu  la  faculté  de  réaliser  ses  billets  eu  espèces.
        <pb n="504" />
        ^Îj2  OEUVRES  DIVERSES.
La  moyenne  du  montant  des  billets  de  banque,  de  1791  à  1808  inclusivement, ­
  a  été  copiée  pour  la  table  suivante  dans  le  rapport  du
Bullion-Commillee.  Le  taux  des  changes  est  extrait  d’une  cote  présentée ­
  par  la  monnaie  au  Parlement.  La  Banque  a  adressé  aux  Parlements ­
  trois  rapports  sur  le  montant  de  ses  billets  en  circulation
pendant  l’année  1810.  Le  premier  résume  la  situation  au  7  et  au
12  de  chaque  mois  ;  le  second  présente  un  tableau  hebdomadaire  du
19  janvier  1810  au  28  décembre  ;  et  le  troisième,  un  tableau  analogue
du  3  mars  au  29  décembre  1810.  La  somme  moyenne  des  billets
au-dessus  de  5  livres,  les  bank  post-bills  compris,  s  élève.

Depuis,  le  premier  tableau  à  1.  16,706,226.
second  —  16,192,110
troisième  —  16&amp;gt;358,230
Ensemble  48,256,566
Moyenne  générale  16,085,522

Pour  les  billets  au-dessous
de  6  livres  1.6,560,674
—  6,758,895
—  6,614,721
_  19,934,290
_  6,644,763

Dans  les  années  marquées  de  cet  astérisque  *,  la  valeur  de  1  argent,
comparé  à  l’or,  dépasse  les  évaluations  de  la  monnaie  ;  tel  fut  particulièrement ­
  le  cas  de  l’année  1801  où  U  suflisait  de  moins  de  14  onces

d’argent  pour  acheter  une  once  d’or  ;  le  rapport  de  la  monnaie  est  1  :
à  15,07,  et  celui  du  marché  1  :  à  16  environ.

dès  dè  fu  ¿Mingue  d%4ngdefem;en  (nrcidafûm
pendant  les  années  suivantes  :

BILLETS
de  5  liv.  et  audessus,
  y  compris ­
  les  bankpost-bills.


1798
‘1799
'1800
"1801
"1802
1803
1804
•1805
*1806
•1807
*1808
1809
1810
1811

BILLETS
au-dessous  de
5  liv.

1.  (i.
11,527,250
12,408,522
13,598  666
13,454,367
13,917,977
12,983,477
12,621,348
12,697,352
12,844,170
13,221,988
13,402,160
14,133,615
16,085,522

1.  &amp;gt;L
1,807,502
1,653,805
2,243,266
2,715,182
3,136,477
3,864,045
4,723,672
4,544,580
4,291,230
4,183,013
4,132,420
4,868,275
6,644,763

I.  »L
13,334,752
14,062,327
15,841,932
16,169,594
17,014,454
16,847,522
17,345,020
17,241,392
17,135,400
17,405,001
17,534,580
19,001,890
22,730,285

CHANGE
le  plus  haut  avec
Hambourg.

'  S-  .
¿8,2  janvier.
37.7  janvier.
32.5  mai.
31.8  octobre.
34  —  décembre.
35  —  décembre.
36  —  juin.
35.8  mars.
34.8  décembre.
34,10  mars.
35.3  juillet.
31.3  janvier,
31,2  juin.
26.6  janvier.

CHANGE
le  plus  bas  avec
Hambourg.

*•  8-37,4
  décembre.
31.6  octobre.
31  —  février.
29.8  janvier.
32  —février.
34—janvier.
34.8  février.
32.9  novembre.
33.3  janvier.
34,2  septembre.
32.4  décembre.
28.6  novembre.
28,6  décembre.
24—mars.

La  Banque  a  dressé  un  tableau  du  montant  de  ses  billets  pendant  18  jours
de  la  présente  année  1811.  —  La  somme  moyenne  des  billets  de  5  livres  et  audessus,
  y  compris  les  bank-post-bills,  s’y  monte  lb,J86,uao
Ceux  au-dessous  de  5  livres  donnent.
Total  &amp;gt;•  »»•  23,547,525
        <pb n="505" />
        453

LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  —  APPENDICE.
«  Si  l’on  enlevait,  dit  la  Revue  d’Êdimbourn,  de  larges  portions
w  de  numéraire  aux  oisifs  et  à  ceux  qui  vivent  de  revenus  fixes,  pour
»  les  verser  aux  mains  des  fermiers,  des  industriels  et  des  mar  -
»  chauds,  les  proportions  établies  entre  le  capital  et  le  revenu  se
»  modifieraient  puissamment  en  faveur  du  capital,  et  en  peu  de  temps
»  la  production  du  pays  recevrait  un  développement  immense.  »  11  est
indubitable  «  que  ce  n’est  pas  la  quantité  «  des  agents  monétaires  qui
ajoute  à  la  richesse  nationale,  mais  bien  «  le  mode  de  leur  distribution.  »
Si  donc  il  nous  était  démontré  que  les  effets  d’une  surabondance,  et
conséquemment  d’une  dépréciation  de  la  monnaie,  sont  de  réduire
les  moyens  de  consommation  chez  les  classes  oisives  et  improductives ­
  ,  pour  peupler  les  rangs  de  la  population  laborieuse  et  productive, ­
  nous  y  reconnaîtrions  indubitablement  un  accroissement  de
richesse  nationale  ;  car  on  aurait  transformé  en  capital  des  revenus
éphémères.  Mais  la  question  est  précisément  de  savoir  si  tels  seront ­
  les  résultats  :  1000  livres  st.  épargnées  par  le  détenteur  de  fonds
publics  sur  son  revenu,  et  prêtées  au  fermier,  ne  seront-elles  pas
aussi  productives  que  si  le  fermier  lui-même  les  eût  économisées?
La  Revue  dit  :  «  Chaque  nouvelle  émission  de  billets  a  non-seule-I)
  ment  pour  effet  de  multiplier  les  agents  monétaires,  mais  encore
»  d’en  changer  la  distribution  totale.  Il  en  est  versé  une  grande  pro-»
  portion  entre  les  mains  de  ceux  qui  consomment  pour  produire,  et
»  une  plus  petite  quantité  entre  les  mains  de  ceux  qui  consomment
»  seulement.  «  Mais  en  doit-il  être  nécessairement  ainsi?  Les  rédacteurs ­
  semblent  admettre  comme  axiome,  que  ceux  qui  vivent  de  revenus ­
  fixes  doivent  consommer  intégralement  leur  revenu,  et  qu  ils  n  en
sauraient  épargner  une  fraction  pour  l  ajouter  annuellement  au  capital. ­

Il  y  a  loin  d’une  telle  conclusion  à  la  réalité  des  faits.  Et  je  demanderai ­
  si  les  rentiers  de  l’État,  en  épargnant  la  moitié  de  leur
revenu  pour  le  colloquer  dans  les  fonds  publics  et  mobiliser  ainsi
un  capital  qui  sera  définitivement  mis  en  œuvre  par  eeux  qui  consomment ­
  et  qui  produisent,  si  les  rentiers,  dis-je,  n’imprimeront  pas
au  développement  de  la  richesse  nationale  une  impulsion  puissante  ?
Je  demanderai  encore  si  on  surpasserait  l’énergie  d’un  tel  stimulant
en  dépréciant  leur  revenu  de  50  p.  O/o,  par  des  émissions  de  banknotes
  ,  et  en  leur  retirant  conséquemment  la  faculté  de  l’épargne  ?
Je  le  demanderais  même  dans  le  cas  où  la  banque  prêterait  à  un
homme  industrieux  une  somme  de  billets  équivalente  au  revenu  diminué ­
  du  rentier.  La  différence,  la  seule  différence  me  parait  être
        <pb n="506" />
        ií&amp;gt;i  OEUVRES  DIVERSES.
celle-ci  :  dans  le  premier  cas,  l’intérêt  de  l’argent  prêté  serait  payé
aux  véritables  ayants  droit,  et  dans  l’autre,  il  reviendrait  en  définitive ­
  ,  sous  forme  de  dividende,  de  bonifications,  aux  actionnaires  de
la  Banque  ainsi  re\êtus  injustement  du  privilège  de  les  recevoir.
Si  le  débiteur  de  la  Banque  applique  son  emprunt  à  des  spéculations
moins  avantageuses  que  le  manutenteur  des  épargnes  du  rentier,  il
y  aura  perte  réelle  pour  le  pays  ;  de  sorte  qu’une  dépréciation  des
monnaies,  considérée  comme  stimulant  de  la  production,  sera  tantôt
profitable,  tantôt  onéreuse.
Je  ne  vois  pas  comment  elle  diminuerait  le  nombre  des  oisifs  et
grossirait  les  rangs  de  la  classe  productive  :  —  et  d’ailleurs,  dans
tous  les  cas,  le  mal  serait  évident,  palpable.  Cette  dépréciation  repose ­
  même  sur  une  injustice  si  criante  envers  des  intérêts  individuels, ­
  qu’il  suflit  de  l’exposer  pour  soulever  le  blâme  et  l’indignation ­
  de  tous  ceux  qui  ne  sont  pas  complètement  inaccessibles  à  tout
sentiment  d’honneur.
Je  sympathise  chaudement  avec  la  pensée  qui  a  dicté  le  reste  de
l’article,  et  j’ai  la  confiance  que  les  efforts  des  rédacteurs  de  la  Revue
d’Edimbourg  contribueront  puissamment  à  renverser  l’échafaudage
d’erreurs  et  de  préjugés  qui  égara  l’esprit  public  dans  cette  importante ­
  question.
On  a  souvent  objecté  que  si  la  Banque  obéissait  à  la  recommandation ­
  du  Bullion-Committee,  celle  qui  exige  la  reprise  des  paiements
en  espèces  dans  un  délai  de  deux  ans,  elle  éprouverait  de  grandes
difficultés  pour  réunir  la  somme  de  numéraire  nécessaire.  On  ne
peut  nier  en  effet  que  la  prudence  n’oblige  la  Banque  à  constituer
avant  le  rappel  du  Restriction-Bill  une  réserve  suffisante  pour  répondre ­
  à  toutes  les  demandes  de  remboursement.  Il  a  été  établi  par  la
Commission  des  lingots  que  le  montant  moyen  des  billets  de  banque
en  circulation,  y  compris  les  bank-post-bills,  s’élevait  en  1809  à
19  millions.  A  la  même  époque,  le  prix  moyen  de  l’or  était  de  4  I.
10  s.,  chiffre  qui  excédait  d’environ  17  p.  O/o  le  prix  de  la  monnaie, ­
  et  qui  révélait  une  dépréciation  monétaire  de  près  de  15  p.  O/q.
D’après  les  principes  de  la  Commission,  une  réduction  de  15  p.  O/q
sur  le  montant  du  papier  de  la  Banque,  en  1809  ,  le  ramènerait  au
pair  et  abaisserait  le  prix  de  l’or  sur  le  marché  à  3  1.17  s.  10  1/2  d.
D’ailleurs,  avant  d’avoir  pris  cette  mesure  préliminaire,  il  serait
périlleux  pour  la  Banque  et  pour  le  public  de  suspendre  l’action
du  Restriction-Bill  ;  mais  en  admettant  (  ce  que  nous  sommes  loin
de  faire)  la  vérité  de  vos  principes,  en  admettant,  disent  les  défeu-
        <pb n="507" />
        APPENDICE.

LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS

seurs  de  la  Banque,  qu’une  réduction  de  ce  genre  élèverait  immédiatement ­
  la  valeur  des  billets  restés  en  circulation  ;  que,  de  plus,
personne  n’aurait  intérêt  à  demander  des  espèces  à  la  Banque  en
échange  de  billets,  puisque  l’exportation  des  lingots  n’offrirait  aucun
profit,  quel  gage  de  sécurité  resterait-il  à  la  Banque?  Qui  la  protégera ­
  contre  le  caprice  général,  ou  contre  un  mauvais  vouloir  qui
porterait  le  public  à  renoncer  à  l’usage  des  petits  billets,  et  à  demander, ­
  pour  les  remplacer,  des  guinées  à  la  Banque?  La  Banque  devrait ­
  non  -  seulement  alors  réduire  de  15  p.  0/0,  sur  19  millions,
la  masse  de  ses  émissions,  —  non-seulement  elle  devrait  réunir  assez
de  lingots  pour  acquitter  les  4  millions  de  billets  de  1  1.  et  2  1.  restés ­
  en  circulation;  mais  elle  aurait  encore  à  faire  face  au  remboursement ­
  des  petits  billets  des  banques  provinciales  qui  viendraient
l’assaillir,  et  cela  dans  le  court  espace  de  deux  ans.  J’avoue  qu’il
serait  impossible  à  la  Banque  de  conjurer  ces  éventualités,  probables
ou  illusoires,  mais  sérieuses  toutefois  :  et  quoique  cette  situation  ait
été  l’œuvre  de  sou  im})révoyancc,  il  serait  désirable  de  la  protéger,
s’il  se  peut,  contre  toute  conséquence  désastreuse.
Si  des  moyens  plus  doux  peuvent  produire  les  mêmes  bienfaits
pour  le  public,  la  même  garantie  contre  la  dépréciation  monétaire,
nul  doute  que  chacun  ne  s’empresse  de  les  adopter.
Que  le  Parlement  ordonne  à  la  Banque  d’Angleterre  de  payer,  sur
demande,  ses  billets  au-dessus  de  20  livres,  à  l’exclusion  de  tous
les  autres,  et  de  les  payer  à  son  choix,  en  espèces  ou  lingots  d  or
au  titre  ou  en  monnaie  étrangère,  évaluée  d  après  le  prix  de  1  orlingot
  à  la  Monnaie,  c’est-à-dire  à  3  1.  17  s.  10  1/2  d.  1  once,  et  en
tenant  compte  de  la  différence  de  pureté,  —  ces  remboursements  devant ­
  dater  de  l’époque  indiquée  par  la  Commission.
On  pourrait  étendre  à  trois  ou  quatre  années  le  privilège  accordé
ci-dessus  à  la  Banque,  pour  le  mode  de  scs  paiements.  Si  même
cette  mesure  paraissait  avantageuse,  on  pourrait  la  rendre  permanente. ­
  Jamais  alors  la  circulation  ne  descendrait  au-dessous  de  la
valeur  légale,  car  une  once  d’or  équivaudrait  constamment  et  uniformément ­
  à  31.  17  s.  10/12  d.  De  tels  réglements  préviendraient  d’une
manière  efficace  le  retrait  de  cette  masse  de  petits  billets  nécessaires
aux  paiements  inférieurs.  Celui  qui  ne  posséderait  pas  au  moins  20
livres  en  petits  billets  ne  pourrait  les  échanger  à  la  Banque,  et  encore
en  les  échangeant  ne  recevrait-il  pas  des  espèces,  mais  des  lingots.
Il  (îst  vrai  qu’on  pourrait  obtenir  des  guinées  à  la  Monnaie,  mais  ce
ue  serait  qu’au  bout  de  quelques  semaines  ou  de  quelques  mois  et  en
        <pb n="508" />
        ŒUVRES  DIVERSES.

iSG
supportant  une  perte  d’intérêt  proportionnelle  qui  serait  eonsidérée
comme  une  dépense  actuelle.  Or,  cette  dépense,  personne  ne  consentirait ­
  a  la  subir,  puisque  les  petits  billets  pourraient  acheter  autant
de  marchandises  que  les  guinées  dont  ils  sont  les  représentants.
Un  autre  avantage  a  retirer  de  l’adoption  de  ee  plan,  serait  de
proscrire  le  travail  improductif  que  l’on  a  si  longtemps  consacré,
jusqu’en  1797,  à  monnayer  des  guinées.  On  sait  qu’en  effet,  dans
toutes  les  circonstances  d’un  change  défavorable,  et  pour  des  causes
que  nous  ne  discuterons  pas,  ees  guinées  allaient  se  démonétiser  dans
le  creuset  du  fondeur,  et  étaient  exportées,  sous  forme  de  lingots,
en  dépit  de  toutes  les  lois  prohibitives.  Tous  les  partis  s’accordent
à  reconnaître  l’impuissance  de  ces  prohibitions,  et  la  facilité  avec
laquelle  on  franchit  les  obstacles  élevés  contre  l’exportation  du  numéraire. ­

Un  change  défavorable  ne  peut  en  définitive  être  corrigé  que
par  uneèxpõrtãlíõn  de  marchandises,  par  une  remise  de  lingots,
ou  par  une  réduction  du  montant  de  la  circulation  de  papier.  On
ne  saurait  donc  nous  objecter  la  facilité  avec  laquelle  on  obtiendrait
les  lingots  à  la  Banque  ;  car  ce  même  degré  de  faeilité  existait  avant
1797,  et  doit  exister  également  sous  tous  les  autres  systèmes  de  paiements ­
  adoptés  à  la  Banque.  D’ailleurs,  il  est  évident  aux  yeux  de
tous  ceux  qui  ont  profondément  étudié  la  question  des  monnaies,
que  la  loi  contre  l’exportation  des  métaux  précieux,  sous  quelque
forme  que  ce  soit,  est  non-seulement  impuissante,  mais  encore  impolitique ­
  et  injuste.  De  plus,  elle  est  fatale  à  nos  propres  intérêts,
et  favorable  au  reste  du  globe.  ,
Le  plan  que  je  propose  ici  me  semble  réunir  à  la  fois  les  avantages
de  tous  les  systèmes  de  crédit  pratiqués  en  Europe  jusqu’à  ce  jour.  —
Sous  certains  points  de  vue  on  peut  l’assimiler  aux  banques  de  dépôt
d’Amsterdam  et  de  Hambourg.  Dans  (^es  sortes  d’établissements
les  métaux  s’achètent  toujours  à  un  prix  invariable.  .le  propose  la
même  chose  pour  la  banque  d’Angleterre,  seulement  ;  la  constitution ­
  des  banques  de  dépôt  les  oblige  à  avoir  dans  leurs  coffres  une
masse  de  numéraire  égale  au  montant  des  crédits  ouverts  chez  elles
en  argent  de  banque.  Elles  retiennent  donc  dans  un  état  de  stagnation ­
  continue  un  capital  équivalent  au  montant  de  la  circulation
commerciale.  D’après  notre  organisation,  au  contraire,  la  Banque
aurait  toujours  un  quantum  de  monnaie  de  banque,  connu  sous  le
nom  de  billets  de  banque,  et  suffisant  pour  répondre  aux  besoins  du
commerce.  En  même  temps  la  seule  portion  de  capital  improductif
        <pb n="509" />
        I  E  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  —  APPENDICE.
qui  dormirait  dans  les  caisses  de  la  Baiujiie,  se  trouverait  égale
au  contingent  de  numéraire  jugé  indispensable  pour  satisfaire  aux
demandes  de  remboursement  qui  pourraient  lui  être  adressées.  —  Il
faut  aussi  se  rappeler,  qu’en  restreignant  ses  émissions,  la  Banque  aurait ­
  un  moyen  immédiat  pour  diminuer  à  volonté  le  nombre  de  ces
demandes.  A  l’instar  de  la  banque  de  Hambourg,  qui  achète  l’ar  -
gent  à  un  taux  invariable,  il  faudrait  que  la  Banque  fixât  un  prix
très-peu  inférieur  à  celui  de  la  Monnaie,  et  auquel  elle  pût  en  tout
temps  acheter  avec  ses  billets  les  lingots  d’or  qui  lui  seraient  offerts.
L’idéal  du  crédit  serait  de  permettre  à  un  pays  d’administrer  sa  circulation ­
  avec  la  plus  petite  quantité  possible  de  lingots  ou  de  coin,  et
au  moyen  d’une  monnaie  de  paj)ier  qui  conservât  toujours  sa  valeur
légale.  Le  plan  proposé  aurait  pour  résultat  d’atteindre  cette  perfection. ­
  Et  avec  une  monnaie  d’argent,  soumise  à  des  principes
justes,  nous  aurions  la  circulation  la  plus  économique  et  la  plus  stable ­
  du  monde.  Les  fluctuations  dans  le  prix  des  métaux  seraient
réduites  à  la  différence  entre  le  prix  auquel  la  Banque  achèterait  les
lingots,  et  le  prix  de  la  monnaie  qui  lui  servirait  de  base  pour  ses
ventes,  —  et  cela,  quelles  que  soient  d’ailleurs  les  demandes  sur  le
continent,  ou  l’importance  du  contingent  versé  par  les  mines  de  l’Amérique. ­
  Les  proportions  de  la  circulation  se  calqueraient  avec  la
plus  grande  précision  sur  les  besoins  du  commerce.  Et  s  il  arrivait
(lue  la  Banque  fût  assez  imprudente  pour  surcharger  la  circulation,
le  frein  dont  le  public  serait  pourvu  l’avertirait  bientôt  de  son  erreur.
Quant  aux  bambúes  provinciales,  elles  devraient,  comme  aujourd’hui, ­
  rembourser  sur  demande  leur  papier  en  billets  de  la  banque
d’Angleterre.  Il  y  aurait  là  une  garantie  suffisante  pour  les  empêcher
d’accroître  outre  mesure  la  monnaie  de  papier.  Personne  ne  serait
tenté  de  fondre  les  espèces,  et  on  éviterait  en  conséquence  ce  travail
stérile  (jue  consacraient  les  uns  à  monnayer  le  métal  même  que  les  autres ­
  trouvaient  intérêt  à  transformer  en  lingots.  La  circulation,  enfin,
ne  serait  plus  exposée  à  être  rognée  ou  altérée  ;  elle  posséderait  une
valeur  aussi  invariable  que  l’or  lui-même,  et  on  aurait  ainsi  réalisé  un
projet  que  les  Hollandais  ont  rêvé  et  accompli  avec  un  système  trèsanalogue
  à  celui  que  recommandent  ces  quelques  pages.
        <pb n="510" />
        RÉPONSE
AUX  OBSERVATIONS  PRATIQUES  DE  M.  BOSANQUET

SDH  DE
RAPPORT  DE  U  COMMISSION  DES  MÉTAUX  PRÉCIEUX.
Londres,  1811.

CHAPITRE  r.
OBSERVATIONS  PRÉLIMINAIRES.  —  EXPOSE  SOMMAIRE  DES  OBJECTIONS
PRÉSENTÉES  PAR  M.  BOSANQUET  CONTRE  LES  CONCLUSIONS  DE  LA
COMMISSION.

Les  questions  relatives  à  la  dépréciation  de  notre  circulation  monétaire ­
  ont  nouvellement  acquis  un  intérêt  spécial  et  excité  dans
l’esprit  public  un  degré  d’attention  qui  promet  les  plus  heureux  résultats. ­
  Nous  sommesdéjàtrès-particulièrement  redevables  au/iu/bon-Commeler
  d’un  rapport  sur  les  mouvements  monétaires  des  nations;
et  jamais,  dans  ce  pays  ou  au  dehors,  les  principes  qui  les  régissent
n’avaient  été  exposés  d’une  manière  aussi  juste  dans  des  documents
officiels.  On  ne  pouvait  cependant  espérer  de  voir  une  réforme  aussi
importante  que  celle  recommandée  par  la  Commission  s  effectuer
sans  soulever  la  plus  ardente  opposition  chez  ceux  qu’égarent  des
principes  erronés  ou  qu’animent  des  vues  d’intérêt.  Jusqu’ici  cette
opposition  a  été  suivie  des  meilleurs  effets  :  elle  a  tendu  à  prouver
plus  puissamment  l’exactitude  des  principias  posés  par  la  Commission. ­
  Elle  a  fait  descendre  de  nouveaux  champions  dans  1  arène,
et  la  polémique  a  chaque  jour  converti  de  nouveaux  adeptes  à  la
cause  de  la  vérité.  Cependant,  de  toutes  les  attaques  dirigées  contre
le  rapport  du  comité,  celle  de  M.  lîosanquct  m  a  paru  la  plus  formidable. ­
  11  ne  s’est  pas  renfermé,  comme  scs  prédécesseurs,  dans  le
cercle  d’une  pure  déclamation  ;  et,  quoiqu’il  abdique  tout  raisonnement ­
  et  tout  commentaire,  il  a  énoncé  ce  qu’il  pensait  être  les  preuves ­
  irréfragables  du  désaccord  de  la  théorie  avec  les  faits  antérieurs.
        <pb n="511" />
        HÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  459
Ce  sont  ces  preuves  que  je  me  propose  d’examiner  —  bien  convaincu,
que  si  je  n’en  démontre  pas  la  nullité,  mon  impuissance  seule  en  devra
être  accusée  et  non  la  vérité  des  principes.
M.  Bosanquet  commence  par  se  prévaloir  d’une  accusation  vulgaire
contre  les  théoriciens,  accusation  qu’on  a  si  souvent  reproduite  dernièrement ­
  et  dans  des  régions  trop  élevées.  Tl  prévient  le  public  de  ne
point  ajouter  foi  à  leurs  spéculations  abstraites  avant  de  les  avoir  soumises ­
  à  l’épreuve  du  fait,  et  il  s’offre  avec  bienveillance  pour  guide
dans  cet  examen.  Si  jusqu’ici  notre  pays  n’avait  commercé  que  par
voie  d’échanges,  et  qu’il  voulût,  pour  la  première  fois,  établir  un  système ­
  destiné  à  faciliter  les  transactions  par  l’intervention  de  la  monnaie ­
  ,  on  aurait  quelque  droit  à  appeler  purement  théoriques  les
principes  proposés  à  l’attention  publique  ;  car  leurs  effets  pratiques,
quoique  clairement  dictés  par  l’expérience  du  passé,  n’auraient  pas
eneore  été  contrôlés.  Mais,  quand  les  principes  d’une  circulation,
vieille  d^à,  sont  bien  compris;  quand  les  lois  qui  règlent  le  taux  du
change  entre  les  différentes  nations  ont  été  connues  et  ot)servées
depuis  des  siècles,  est-on  bien  venu  à  nommer  purement  théorique
le  système  qui  en  appelle  aux  principes  et  qui  invoque  pour  ses  formules ­
  le  contrôle  de  ces  mêmes  lois?
C’est  à  un  jugement  pareil  qu’est  actuellement  soumis  le  rapport
du  comité,  et  les  esprits  sont  ainsi  sollieités  à  admettre  qu’une  théorie
reconnue  par  ses  adversaires  comme  invulnérable  aux  armes  de  la
raison  et  des  arguments,  peut  être  renversée  par  un  appel  aux  faits.
On  nous  dit  :  «  Quelle  que  soit  l’audace  avec  laquelle  le  principe  est
certifié,  quelle  que  soit  la  force  avec  laquelle  la  raison  semble  le  sanctionner, ­
  il  n’est  généralement  pas  vrai  et  dément  tous  les  faits.  »
C’est  là  l’épreuve  à  laquelle  j’ai  longtemps  désiré  voir  soumettre  cette
importante  question.  J’ai  longtemps  désiré  que  ceux-là  qui  refusent ­
  leur  assentiment  à  des  principes  que  l’expérience  semble  avoir
sanctionnés,  voulussent  bien  formuler  leur  propre  théorie,  relativement ­
  à  la  cause  des  phénomènes  actuels  de  notre  circulation  ;  ou  du
moins  voulussent  bien  désigner  les  faits  qu’ils  envisagent  comme
opposés  à  ceux  {ju’une  ferme  conviction  m’a  fait  adopter.
Je  suis  donc  profondément  reconnaissant  envers  M.  Bosanquet.
Si,  comme  je  le  suppose,  je  suis  capable  de  prévenir  ses  objections  ;  d’en
démontrer  l’impuissance;  de  le  convaincre  que  ses  décisions  sont  en
opposition  avec  les  faits;  que  ses  prétendues  preuves,  il  les  doit  à  la
fausse  application  d’un  principe  et  non  à  l’imperfection  du  principe
        <pb n="512" />
        OEUVRES  DIVERSES.
lui-même,  j’aurai  le  ferme  espoir  de  le  voir  abjurer  ses  erreurs  et
devenir  le  premier  de  nos  défenseurs.
M.  Bosanquet  a  fixé  de  la  manière  suivante  les  principales  solutions ­
  du  comité  contre  lesquelles  il  dresse  ses  objections  :
1«  Que  les  variations  du  change  avec  les  pays  étrangers  ne  peuvent ­
  jamais  excéder,  pour  un  laps  de  temps  considérable,  les  dépenses
nécessaires  à  transporter  et  assurer  les  métaux  précieux  d  un  pays  à
l’autre;
2°  Que  le  prix  des  lingots  d’or  ne  peut  jamais  dépasser  celui  du
métal  monnayé,  à  moins  que  la  circulation  qui  sert  à  les  acheter
n’ait  fléchi  au-dessous  de  la  valeur  de  l’or;
3®  Qu’en  accordant  cependant  une  confiance  légitime  aux  conclusions ­
  basées  sur  les  tableaux  d’importations  et  d’exportations  de
.la  douane,  l’état  des  changes  devrait  être  particulièrement  favorable;
4”  Que  la  Banque  pendant  la  restriction  possède  exclusivement  le
privilège  de  limiter  la  circulation  des  billets  de  banque  ;
5“  Que  la  circulation  du  papier  des  banques  de  province  dépend
des  émissions  de  la  Banque  et  leur  est  proportionnelle;  enfin,  que  la
circulation  de  papier,  actuellement  excessive,  est  dépréciée  relativement ­
  à  l’or  et  que  les  conséquences  et  le  symptôme  d’une  telle  dépréciation ­
  se  retrouvent  dans  le  haut  prix  du  lingot  et  le  taux  avili  du
change.
Ces  principes  étant,  du  moins  sur  les  points  essentiels,  identiques ­
  à  ceux  que  j’ai  proclamés  et  qui  m’ont  attiré  l’attaque  de  M.  Bosanquet, ­
  pour  éviter  la  nécessité  d’émettre  tantôteeux  de  la  Commission ­
  des  métaux  précieux,  tantôt  les  miens,  je  les  considérerai  dans
les  pages  suivantes  de  ce  livre  comme  ceux  du  Bullion-Committee;
—  en  ayant  soin,  toutefois,  de  signaler  les  nuances  les  plus  délicates
qui  pourraient  caractériser  les  deux  opinions.
        <pb n="513" />
        r

RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.

m

CHAPITRE  II.
EXAMEN  DES  FAITS  QUE  M.  BOSANQUET  CITE  COMME  PUISES  DANS
l’histoire  de  l’État  du  change.

SECTION  PREMIÈRE.

Change  avec  Hambourg.

Le  premier  principe  qu’on  conteste  est  :  «  que  les  variations  du
change  ne  peuvent  jamais  excéder,  pendant  longtemps,  les  dépenses ­
  consacrées  à  remettre  et  à  assurer  les  métaux  précieux  d  un
pays  à  l’autre.  «
Est-il  donc  possible  de  désigner  cette  proposition  comme  une  opinion ­
  théorique  émise  aujourd’hui  pour  la  première  fois?  N  a-t-elle
pas  été  hautement  sanctionnée  par  les  écrits  de  Hume  et  de  Smith?
IN’a-t-elle  pas  été  acceptée  par  les  hommes  pratiques  eux-mêmes?
M.^^%  dans  sa  déposition  devant  la  Commission,  observe:  «que
la  limite  à  laquelle  peut  atteindre  l’avilissement  du  taux  des  changes
se  détermine  par  le  prix  des  transports  des  lingots  joint  à  une  prime
équivalente  aux  risques  qui  accompagnent  les  déplacements  d  une
telle  nature.  «
M.  Goldsmid  «  ne  se  rappela  pas  avoir  vu  les  changes  s’éloigner
du  pair  de  plus  de  5  pour  cent,  avant  la  suspension  des  paiements

en  espèces.  »
M.  Crefulhe  allirma  «  que  depuis  son  entrée  aux  affaires  il  ne  se
rappelait  pas  que  le  change  eût  été,  à  aucune  des  époques  antérieures
à  la  suspension  des  paiements  en  espèces  de  la  Banque,  considérablement ­
  au-dessous  du  pair.  «
Les  mêmes  opinions  furent  énoncées  devant  la  Commission  des
lords,  en  1797,  par  un  grand  nombre  d’hommes  pratiques.
Mais  pour  démentir  toutes  ces  convictions,  M.  Rosanquet  a  des
faits  auxquels  il  attribue  hardiment  le  pouvoir  de  saper  notre  doctrine ­
  par  la  base.  Rendant  les  années  de  1764  à  1768,  dit-il,
antérieurement  à  la  refonte,  et  alors  que  l’imperfection  de  nos  types
        <pb n="514" />
        462

OEUVRES  DIVERSES.

monétaires  élevait  la  valeur  de  l’or  à  2  ou  3  pour  cent  au-dessus  du
prix  de  la  Monnaie,  le  change  de  Paris  était  de  8  à  9  pour  cent  contre
Londres.  A  la  même  époque,  le  change  avec  Hambourg  fut  pendant ­
  toute  la  période  de  2  à  6  pour  cent  en  faveur  de  Londres.
Il  en  résultait  en  temps  de  paix  un  bénéfice  de  12  à  14  pour  cent
sur  les  frais  qu’on  supportait  en  remboursant  la  dette  envers  Paris
avec  l’or  de  Hambourg;  ce  bénéfice  a  donc  dépassé  le  principe  d’au
moins  8  ou  10  pour  cent.  Il  est  digne  de  remarque  que  le  taux
moyen  du  change  avec  Hambourg,  qui  avait  été  de  5  pour  cent  en
faveur  de  Londres,  de  1700  à  1707,  ajouté  aux  2  pour  cent,—  excédant
de  la  valeur  de  l’or  sur  celle  du  métal  monnayé,—tout  en  constituant,
sur  l’importation  de  l’or  en  Angleterre,  une  prime  de  7  pour  eent  ou,
en  déduisant  1  1  /2  pour  cent  pour  les  frais  en  temps  de  paix,  un  bénéfice ­
  de  5  pour  cent,  il  est  à  remarquer,  dis-je,  que  tout  cela  n’avait
  pu  faire  que  cette  prime  rétablit  le  ebange  normal.  De  même,
en  1775,  1770  et  1777,  après  la  refonte  et  en  temps  de  paix  ,  nous
voyons  le  change  sur  Paris  se  maintenir  à  5,0,  et  8  pour  cent  contre
Londres,  alors  que  la  moitié  de  cette  quotité  eût  rejeté  l’or  sur  Paris ­
  ,  et  un  quart  eût  suffi  à  payer  les  dettes  de  Paris  avec  Hambourg.
Pendant  les  années  1781,  1782  et  1783,  qui  furent  des  années
de  guerre,  le  change  se  maintint  constamment  de  7  à  9  pour  cent  en
faveur  de  Paris.  L’or  constitua  à  cette  époque  la  circulation  ordinaire
de  ce  pays  et  la  banque  fut  contrainte,  pour  répondre  aux  besoins
du  public,  de  s’en  procurer  au  prix  de  la  Monnaie.  On  a  déjà  démontré ­
  combien  les  métaux  précieux  avaient  été  impuissants  à  égaliser ­
  le  change  avec  Hambourg  pendant  les  années  1797  et  1798.
On  peut  en  retrouver  un  nouvel  exemple  dans  les  années  1804
et  1805  où  l’on  vit  le  change  de  Paris  varier  de  7  à  9  pour  cent  en
faveur  de  Londres.
Dans  tous  les  cas  ci-dessus,  les  oscillations  du  change  dépassèrent ­
  grandement  la  dépense  du  transport  de  l’or  d’un  pays  à  l’autre
et  cette  surélévation  fut,  dans  la  plupart  des  circonstances,  beaucoup ­
  plus  manifeste  qu’aujourd’hui.  On  admettra  sans  doute  que
les  circonstances  de  l’époque  étaient  beaucoup  plus  favorables  à
un  commerce  de  ce  genre  et  que  l’état  de  la  circulation  métallique
offrait  des  facilités  dont  il  ne  serait  plus  possible  de  jouir  ici.  —
Cependant,  en  face  de  désavantages  aussi  nombreux,  le  principe
proclamé  par  la  commission  ne  fut  pas  réalisé;  et  c’est  pourquoi  on
ne  peut  l’accepter  comme  base  solide  de  cet  échafaudage  d’e.rcê.s
et  de  dépréciation  qu’on  a  essayé  d’élever.
        <pb n="515" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  463
Si  les  faits  s’étaient  trouvés  répondre  à  l’exposé  qu’en  a  donné
M.  Bosanquet,  il  in’eùt  paru  difficile  de  les  concilier  avec  ma  théorie. ­
  Cette  théorie  admet  comme  dogme,  que  toutes  les  fois  qu’un
négoce  particulier  répand  d’énormes  bénéfices,  il  attire  dans  sa
sphère  un  nombre  de  capitalistes  suffisant  pour  réduire,  par  la
concurrence,  ces  bénéfices  extraordinaires  au  taux  normal  des  gains
commerciaux.  Elle  affirme  que  c’est  plus  spécialement  dans  le
ecommerce  du  change  que  ce  principe  est  fécond.  Car  ce  commerce
ne  se  borne  pas  aux  négociants  anglais  seulement;  il  est  parfaitement ­
  compris  et  lucrativement  exercé  par  les  changeurs  de  Hollande,  i
de  France,  de  Hambourg,  au  sein  d’une  concurrence  qu’on  sait  être
énorme.  M.  Bosanquet  suppose  -1  -  il  donc  qu’une  théorie  qui
repose  sur  des  éléments  pratiques  aussi  vigoureux  puisse  être
ébranlée  par  un  ou  deux  faits  isolés  imparfaitement  connus  parmi
nous?  ^on  ;  et,  quand  même  on  n’essaierait  pas  de  les  expliquer,
on  pourrait  s’en  reposer  avec  securité  sur  l’effet  naturel  qu’ils  produiront ­
  dans  les  esprits.
Mais  avant  que  les  faits  de  M.  Bosanquet  soient  admis  à  prouver ­
  les  vices  des  raisonnements  de  la  Commission,  nous  devons  examiner ­
  la  source  où  l’on  a  puisé  ces  prétendus  fai/s.
M.  Bosanquet  nous  dit  qu’il  existe,  annexé  au  pamphlet  de
M.  Mushet,  un  tableau  indiquant  :
l°Le  taux  du  change  avec  Hambourg  et  Paris  pendant  les  50
dernières  années,  et  de  combien  il  a  été,  dans  chaque  occasion,  audessus
  ou  au-dessous  du  pair;
2"  Le  prix  de  l’or  à  Londres,  et  le  rapport  de  ce  prix  avec  l’étalon
anglais  ou  le  prix  à  la  Monnaie;
3"  fjC  montant  des  billets  de  banque  en  circulation  et  le  taux  de
leur  dépréciation  avouée,  relativement  au  prix  de  l’or.
Maintenant,  et  avant  que  les  conclusions  qui  découlent  de  l’étude
des  tables  puissent  imposer  une  complète  adhésion,  il  est  nécessaire
de  prouver  l’exactitude  des  faits  cités.  Mais  cette  exactitude  est
tellement  hypothétique,  qu’elle  a  été  reniée  par  M.  Mushet  lui-même.
Dans  la  seconde  édition  de  son  écrit,  il  a  reconnu  la  fausseté  du  principe ­
  sur  lequel  ses  tables  avaient  été  calculées  et  nous  a  donné  un
nouveau  travail  corrigé.
M.  Mushet  a  joint  à  la  seconde  édition  de  son  pamphlet  la  remarque ­
  suivante  :  «  Dans  la  première  édition  de  cet  ouvrage  je
fixai  le  pair  du  change  avec  Hambourg  à  33  schillings  H  gros  et  le
considérai  à  ce  taux  comme  immuable.  Les  meilleures  informa-
        <pb n="516" />
        464

OEUVRES  DIVERSES.

lions  que  j’aie  pu  me  procurer,  depuis  lors,  sur  le  change  fixent  le
pair  à  34  s.  11  114  g.  etj’ai  suivi  cette  évaluation  dans  ma  nouvelle
édition.  J’ai  aussi  corrigé  l’erreur  qui  me  faisait  envisager  le  pair
comme  immuable.  Car  l’or  étant  l’étalon  de  la  monnaie  en  Angleterre, ­
  et  l’argent  ayant  ce  rôle  à  Hambourg,  il  ne  saurait  exister
de  pair  invariable  entre  les  deux  pays.  Par  exemple,  si  34  s.
11  1/4  g.  monnaie  de  Hambourg,  égalent  en  valeur  une  livre  sterling ­
  ou  les  20/21  d’une  guinée  dans  un  moment  où  l’argent  est  à
5  s.  2  d.  l’once,  ce  rapport  devra  changer  lorsque  l’argent  tombera
à  5  s.  1  d.  ou  5  8  l’once.  Car  une  livre  sterling  en  or  valant  alors
plus  d’argent  achète  en  même  temps  une  plus  grande  proportion  de
la  circulation  monétaire  de  Hambourg.  *»
«  C’est  pourquoi,  pour  trouver  le  pair  réel,  nous  devons  déterminer ­
  la  valeur  relative  de  l’or  et  de  l’argent,  à  l’époque  où  le  pair
fut  fixé  à  34  s.  11  d.  1/4,  et  cette  même  valeur  relative,  à  l’époque
où  l’on  reporte  son  calcul.  »
«  Par  exemple,  si  le  prix  de  V  étalon  en  or  était  3  1.  17  s.  10  1/2  d.
l’once  et  celui  de  l’argent  5  s.  2  d.  une  once  d’or  vaudrait  15.07
onces  d’argent,  ce  qui  constitue  précisément  les  ])roportions  de  la  mon  •
naie  :  20  de  nos  shillings  types  contiendraient  alors  autant  d’argent,
que  34  shillings  11  1/4  g.  Mais  si  l’once  d’or  valait  31.  17  s.  10  1/2  et
l’argent  5  s.  (ce  qui  était  vrai  le  2  janvier  1798),  l’once  d’or  vaudrait
alors  15.57  onces  d’argent.  C’est  pourquoi  si  1  1.  sterling  valait  au
pair  15.07  onces  d’argent,  elle  produirait  à  15.57  une  prime  de
3  pourcent.  Or  3  pour  cent  de  prime  sur  34  s.  11  1/4  donne  1  s.  13
9/10;  de  sorte  que  le  pair  est  de  30  s.  1  g.  1/10  lorsque  le  rapport
de  l’or  à  l’argent  est  de  15.57  à  1.  «
«  On  obtiendra  plus  facilement  ce  résultat  en  calculant  la  proportion ­
  suivante  :
15.07  :34  11  1/4::  15.57  :36  l/lO.  »
Comme  on  reconnaît  universellement  que  l’or  est  la  mesure  type  des
valeurs  de  ce  pays  et  que  l’argent  remplit  les  mêmes  fonctions  à  Hambourg, ­
  il  devient  évident  que  les  tables  qui  déclarent  un  pair  lixe  et
invariable  ne  peuvent  être  exactes.  Le  véritable  pair  doit  se  transformer ­
  avec  les  fluctuations  de  la  valeur  relative  des  deux  métaux.
J’aurais  cependant  encore  quelques  objections  à  présenter  contre  la
parfaite  exactitude  des  nouvelles  tables  de  M.  Mushet.
En  premier  lieu,  il  a  évalué  trop  bas  le  pair  deVaryent  snr  Varyent.
Il  a  basé  ses  calculs  sur  scs  proj)res  informations  qui  lui  disaient  que
        <pb n="517" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  465
20  shillings  types  contenaient  autant  de  métal  pur  que  54  s.  Il
1/4  g.;  mais  il  ressort  des  tables  du  docteur  Kelly  {¡fuUion-Report^
page  207)  que  les  essais  aussi  bien  que  les  évaluations  donnent  à
20  shillings  une  valeur  égale  à  celle  de  35  s.  I  g.  Cette  différence  ne
s’élève  guère  à  plus  de  3/8  pour  cent.  Aussi  ne  l’ai-je  indiquée  que
parce  que  je  regarde  comme  extrêmement  désirable  la  faculté  de  déterminer ­
  sûrement  en  tous  temps  le  véritable  pair.
Secondement,  M.  Mushet  a  évalué  la  linqj'e  des  oscillations  du
change  au-dessus  ou  au-dessous  du  pair,  d’après  les  prix  que  lui  a
fournis  la  liste  du  Lloyd.  Or,  ces  prix  concernent  invariablement
des  effets  à  2  usances  1/2;  et  comme  le  pair  du  change  se  règle
sur  la  valeur  relative  des  monnaies  des  deux  pays,  valeur  payal)le
à  la  même  époque  et  non  à  un  intervalle  de  2  mois  1/2  ',  il  est  né
cessaire  d’accorder,  pour  cette  échéance,  un  intérêt  d’environ  1  pour
cent.  C’est  pourquoi  nous  devons  déduire  1  3/8  pour  cent  sur  la
colonne  consacrée  aux  changes  favorables  à  l’Angleterre,  dans  les
tableaux  de  M.  Mushet.
D’autres  sources  d’erreurs  viennent  encore  iniluer  sur  les  calculs
celatiis  au  vrai  pair  du  change  :  j’en  citerai  quelques-unes.  Mais  à
1  avance,  je  conclus  qu’à  moins  d’avoir  réuni  tous  les  faits,  il  est
impossible  de  fixer  avec  une  parfaite  exactitude  la  différence  qui,
a  une  époque  quelconque,  a  pu  exister  entre  une  remise  par  lingots
et  une  remise  par  traites.
Je  suis  prêt  à  soumettre  la  vérité  du  principe  actuellement  contesté
a  1  épreuve  des  nouveaux  tableaux  de  M.  Mushet,  redressés  par
les  lignes  précédentes.  Il  })araitra  alors  qu’à  aucune  époque  le
change  avec  Hambourg  depuis  1700  n’a  été  de  plus  de  7  pourcent
en  faveur  de  l’Angleterre.  Une  seule  exception  se  présente  et  le
lecteur  en  appréciera  naturellement  l’origine,  quand  il  saura  qu’elle
a  pour  date  l’année  mémorable  de  1798,  le  lendemain  de  la  suspension ­
  des  paiements  en  numéraire  à  la  banque.  A  cette  époque  la
masse  monétaire  du  pays  s’était  trouvée  considérablement  réduite,
et  le  montant  des  billets  de  banque  eu  circulation  fut  bien  moindre

'  Il  résulte  de  la  déposition  de  M.  ..  devant  la  Commission  des  lingots,  que  le
cours  du  change  de  Hambourg  avec  Londres  diffère,  dans  les  temps  ordinaires,
de  1  shilling  de  ï'iandres  avec  celui  de  Londres  sur  Hambourg,  aliu  de  compenser ­
  les  2  1/2  usances  et  la  commission  qu’on  alloue  sur  les  effets  des  deux
parts.  Quand  les  difficultés  de  communication  existaient  dans  toute  leur  rigueur,
on  vit  meme  cette  différence  atteindre  2  sh.  flamands
(OEhv,  de  Ricardo.)

30
        <pb n="518" />
        4C6

OEUVRES  DIVERSES.

que  pendant  les  dix  années  précédentes.  Au  milieu  de  telles
circonstances,  le  change  devait  nécessairement  devenir  favorable  à
rAngleterre  et  provoquer  de  larges  importations  des  lingots  :  ces
deux  phénomènes  se  trouvent  d’ailleurs  conformes  au  principe  de
la  Commission,  et  consacrent  rellicacité  du  remède  qu’il  proposa.
Elle  déclarait  que  les  causes  de  la  vilité  actuelle  du  change  étaient
une  grande  circulation  de  papier  et  une  masse  monétaire  trop  abondante. ­
  Elle  en  concluait  avec  confiance  et  ])rcdisait  qu'une  réduction
dans  cette  quantité  générale  relèverait  le  change  comme  en  I7W7,  et
par  cela  même  rendrait  lucrative  l’importation  des  lingots.  On  peut
prouver  surabondamment,  par  des  faits  indirects,  que  cette  amélioration ­
  du  change  provoqua  en  1797  une  immense  importation  d’or.
Le  montant  de  l’or  étranger  frappé  à  la  monnaie  rovale  fut  :
En  1795  d’une  valeur  de  liv,  255,721  —  Ils.—  8d.
1796  »  »  »  72,179—  14  —11
1797  ).  ..  »  2,486,410—  6  -0
1798  O  »  »  2,718,425—  9  -0
1799  «  »  »  271,846—  12  —  8
Mais  on  demandera  par  quelle  étrange  anomalie  ceux-là  qui  soutiennent ­
  que  les  changes  ne  peuvent  demeurer  longtemps  très-favorables
ou  très-défavorables  à  un  pa)s,  en  viennent  à  reconnaître  que  le
change  avec  Hambourg  s’est  constamment  maintenu  en  faveur  de
l’Angleterre  pendant  deux  ou  trois  années?
M.  liosanquet  observe  que  ce  fut  là  le  fait  des  aunéis  1797  et
1798  et  il  affirme  que  les  métaux  précieux  n’auraient  que  peu  d’in
fluence  sur  l’égalisation  du  change.  Il  résulte  des  tableaux  rectifiés ­
  de  M.  Mushet  que  dans  ct;s  années  le  change  fut  favorable  a
l’Angleterre  et  varia  de  5,  6  à  4  et  9  pour  cent.  Mais  je  formule  le
principe  en  disant  :  Qu’aucun  pays  ne  ¡»eut,  pour  un  taux  considérable, ­
  avoir  un  change  très-favorable  ou  très-défavorable.  Car  cela
supposerait  tour  à  tour  dans  le  stock  (fonds)  de  monnaie  et  de  lingots,
du  pays  un  accroissement  ou  une  diminution  susceptibles  de  détruire
cet  équilibre  que  les  valeurs  des  diverses  circulations  du  gloire  tendent ­
  naturellement  à  fonder.
La  proposition  est  vraie  ,  si  on  l’étend  au  change  général  d’une
nation;  mais  elle  devient  fausse  dès  (ju’on  n’apprécie  que  ses  rapports
avec  un  seul  pays.  Il  se  peut  que  sa  situation  de  change  avec  tel  ou
tel  pays  soit  constamment  défavorable,  et  cela,  par  suite  d’une
demande  continuelle  de  lingots.  Mais  cette  hypothèse  ne  prouvera  la
décroissance  de  son  fonds  (stock)  de  numéraire  et  de  lingots  que
        <pb n="519" />
        467

REPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.
dans  le  cas  où  le  change  avec  tons  les  pays  lui  serait  également
défavorable.  Elle  pourra  emporter  du  nord  les  lingots  qu’elle  exporte ­
  au  sud.  Elle  pourra  les  puiser  dans  les  pays  où  ils  sont  relativement ­
  abondants,  pour  les  verser  sur  les  marchés  où  ils  sont  relativement ­
  rares,  ou  qui,  pour  une  cause  spéciale,  en  fout  une  demande
importante.  Mais  il  n’en  résulte  nullement  comme  conséquence  irrélutable
  que  la  réserve  de  monnaie  doive  fléchir  au-dessous  du  niveau
naturel.  L’Espagne,  par  exemple  ,  qui  est  le  pays  importateur
des  lingots  d’Amérique,  ne  peut  jamais  avoir  un  change  défavorable
avec  les  colonies  ;  et  comme  elle  doit  répartir  les  lingots  qu  elle
reçoit  parmi  les  différentes  nations  du  globe,  elle  n’a  que  rarement ­
  un  change  favorable  avec  les  pays  qui  se  partagent  son  commerce*. ­

Appliquant  donc  ces  principes  à  l’état  de  notre  change  avec
Hambourg  en  1797  et  1798,  nous  remarquerons  que  ce  n’est  pas  sous
l’influence  de  ce  qu’on  nomme  usuellement  la  balance  du  ^commerce
qu’il  est  resté  constamment  favorable  à  l’Angleterre.  Ce  n’est  pas  non
plus  parce  que  les  commerçants  de  Hambourg  se  sont  vus  obligés
de  liquider  leurs  importations  et  de  nous  couvrir  en  lingots  d’or
tit  d’argent,  mais  bien  parce  que  la  demande  extraordinaire  qu’on  en
faisait  en  Angleterre,  rendait  l’exportation  de  l’or  aussi  avantageuse
que  celle  de  toute  autre  marchandise.  Celte  demande  procédait  de
deux  causes.  Premièrement,  de  l’exiguité  de  notre  circulation  monétaire ­
  ;  deuxièmement  de  l’argent  que  dirigeait  sur  l’Asie  la  Compagnie
des  Indes  Orientales.
ha  première  de  ces  causes  jointe  à  l’immense  quantité  de  guinées
que  des  pei*sonnes  craintives  retirèrent  alors  de  la  circulation  dans
le  but  de  thésauriser,  eut  pour  résultat,nous  l’avons  déjà  vu,  de
faire  frapper  eu  guinées  une  masse  d’or  étranger  que  l’on  peut
évaluer,  pendant  ces  quelques  années,  à  une  somme  de  ¿,200,0001.
C.e  fut  là  une  demande  sans  précédents  encore  dans  l’histoire  de
la  monnaie,  et  dont  l’importance  seule  suffit  à  expliquer  l’élévation
du  change  et  le  temps  pendant  lequel  elle  se  perpétua.  iNous  y
trouvons  la  consécration  pratique  d’une  théorie  très-satisfaisante
déjà.

*  M.  lluskisson  a  laissé  un  habile  commentaire  sur  la  rareté  (rareté  comparative) ­
  des  opérations  sur  les  lingots.  —  Il  a  remarqué  que  ces  transactions  se
réduisent  principalement  à  distribuer  les  produits  des  mines  parmi  les  différents
pays  où  l’or  et  l’argent  sont  en  usage
        <pb n="520" />
        468

ÍEÜVHES  DIVERSES.

Toutefois,  nous  devons  encore  ajouter  à  cette  cause  le  besoin  de
lingots  d’argent  que  provoquèrent  les  exportations  de  la  Compagnie
des  Indes  Orientales,  11  ressort  des  comptes  remis  au  Bullion-Committee ­
  (N”  9)  que  le  montant  des  monnaies  d’argent  étrangères
exportées  par  la  Compagnie,  pour  son  propre  compte  ou  pour  le
compte  de  particuliers,  s’élevait  :
En  1795  à  151,795  onces.
1796  »  290,777
1797  »  962,880
1798  »  3,565,691
1799  »  7,287,327
Depuis  cette  époque,  l’exportation  de  l’argent  aux  Indes  Orientales ­
  s’est  considérablement  réduite  et  a  presque  complètement  cessé
aujourd’hui.  11  paraîtrait  donc  qu’un  change  élevé  fut  immédiatement ­
  suivi  d’une  importation  de  lingots  considérable  et  qu’aussitôt
cette  demande  éteinte,  le  change  reprit  son  niveau  normal.  Une
étude  plus  complète  du  tableau  nous  apprendra  que  le  change  fléchit
en  proportion  directe  de  l’accroissement  des  billets  de  banque  et
qu’en  1801  il  se  cotait  à  plus  de  11  pour  cent  de  perte  pour  l’Angleterre. ­
  En  même  temps  le  prix  des  lingots  d'or  atteignit  4  1.  0  s.,  —
c’est-à-dire  plus  de  10  pour  cent  au-dessous  du  prix  à  la  Monnaie.
On  doit  avouer  que  de  septembre  i  700  à  septembre  1707  le  change
fut  perpétuellement  de  7.  4,  à  0.  8  pour  cent  en  faveur  de  l’Angleterre*, ­
  et  depuis  cette  époque  jusqu’en  septembre  1708  il  lui  demeura

‘  Lord  King  a  expliqué  d’une  manière  très-satisfaisante  la  durée  favorable
du  change  entre  l’Angleterre  et  Hambourg.  Il  l’attribue  aux  demandes  de  lingots
d’argent  que  la  Compagnie  des  Indes  multipliait  pour  ses  réglements  linanciers
dans  l’Est.  M.  Blake  commente,  dans  sa  dernière  publication,  ce  qu’il  appelle
les  opinions  erronées  de  lord  King  à  ce  sujet.  —  Il  lait  observer  «  que  l’expor-»
  tation  des  lingots  se  trouve  affectée,  comme  celle  de  toute  autre  marchandise,
«  quand  les  différences  de  leur  prix  chez  deux  nations  sont  assez  grandes  pour
»  en  rendre  le  transport  lucratif;  circonstance  qui  se  représentera  fréquemment
»  avec  un  change  au  pair.  »  Je  dirai,  moi,  que  ces  deux  circonstances  ne  peuvent ­
  jamais  être  contemporaines.  Qui  voudrait,  avec  un  change  au  pair,  s’exposer ­
  à  subir  des  frais  de  4  et  5  p.  0/0  pour  envoyer  des  lingots  de  Hambourg  à
Londres,  alors  qu’avec  une  traite  il  obtiendrait,  sans  frais,  la  même  quantité  de
lingots  à  Londres  ?
Je  suis  heureux  de  voir  M,  Bosanquet  professer  une  opinion  analogue  à  la
mienne  (p.  12).  —  «  Dans  l’hypothèse  d’une  balance  de  paiement  défavorable,
»  la  baisse  du  change,  dit-il,  doit  nécessairement  atteindre  cette  limite  (les  dé-&amp;gt;)
  penses  du  transport  X't  de  l’assurance  des  métaux  précieux  d’un  pays  à  l'autre),
»  avant  que  la  balance  puisse  être  rétablie  par  l’exportation  de  l’or.  »
        <pb n="521" />
        Í69

RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  OE  M.  BOSANQUET.
généralement  favorable  de  plus  de  trois  pour  cent.  —  Mais  il  n’est
pas  nécessaire  de  rechercher  ici  les  phénomènes  européens  qui  ont
fait  trouver  à  l’Angleterre  un  avantage  à  puiser  à  Hambourg  l’or
qu’elle  expédiait  sur  quel(|ue  autre  pays.  Je  suis  pleinement  eonvaincu
  que  si  toutes  les  pièces  nous  étaient  communiquées,  ce  rôl®
d’intermédiaire  recevrait  une  explication  satisfaisante.
Mais,  expliqué  ou  non  expliqué,  il  ne  prouve  rien  en  faveur  de  la
théorie  de  M.  Ilosanquet  (car  AI.  Bosampict  aime  tout  autant  la  théorie ­
  que  le  Cowmitlee).  Il  prouve  seulement  qu’on  pourra  continuer  a
importer  d’un  lieu  les  métaux  précieux  qu’on  reportera  vers  un
autre  point.  :  —  ce  que  non-seulement  la  théorie  de  la  Commission
fidmef  mais  exige.
Hour  donner  le  caractère  de  l’évidence  à  la  théorie  de  M.  Bosanquet
  il  faudrait  démontrer  que  les  métaux  précieux  aflluèrent  constamment ­
  en  plus  grande  quantité  qu’ils  ne  sortirent  ;  et  cela,  nonseulement
  sur  un  point  mais  encore  sur  tous,  pris  collectivement.
Jæs  considérations  suivantes  rendent  compte  jusqu’à  un  certain
point  des  phénomènes  qui  ont  égaré  Al.  Bosanquet.  Les  tables  de
’'1.  Alushet  ont  été  calculées  d’après  un  rapport  établi  entre  la  valeur
de  l’argent  et  celle  de  l’or  en  barres.  Mais  le  prix  de  l’or  en  barre
est  de  2  ou  H  s.  par  once,  inférieur  à  celui  de  l’or  monnayé.  C’est
pourcjuoi,  si  l’or  introduit  est  destiné  à  la  réexportation,  le  véritable
pair  différera  de  2  à  3  pour  cent,  suivant  que  le  calcul  aura  été  rédigé
relativement  à  l’or  monnayé  ou  à  l’or  en  barres  *.
Si  notre  propre  circulation  exigeait  du  numéraire,  je  recounaitrais
  la  validité  du  calcul  qui  recherche  le  pair  véritable  du  change,
au  moyen  d’une  comparaison  entre  la  valeur  relative  de  l’argent
étranger  et  c&amp;lt;*lle  des  lingots  d’or  au  titre  du  pays.  Mais  dans  ce  cas

'  INI,  Mushet  admet,  pour  ses  calculs,  que  la  valeur  relative  de  l’or  et  de  l’argent
est  la  même  dans  les  deux  pays,  et  que  l’on  y  apprécie  ces  métaux  sous  une
forme  pareille,  c’est-à-dire  eu  barres.  ¡Mais  c’est  principalement  d’après  la
valeur  de  l’or  monnayé  qu’un  étranger  décide  s’il  exportera  de  l’or  pour  l’Angleterre, ­
  ou  s’il  fera  sa  remise  au  moyen  d’une  lettre  de  change.  Il  fera  donc  entrer
le  prix  de  l’or  monnayé  en  Angleterre  parmi  les  cléments  de  son  calcul.  Un
eoiip  d’œil  sur  VAppendice  du  nulfion-Report,  n»  n,  nous  apprend  que  les  opérations ­
  sur  l’or,  dans  le  continent,  ont  principalement  pour  objet  Vor  monnaie
Pendant  les  quinze  mois,  qui  finissent  en  mars  1810,  le  montant  total  des
ventes  d’or  en  barres,  effectuées  par  l’intermédiaire  du  bureau  des  lingots  à
la  Banque,  ne  dépassèrent  pas  une  valeur  de  60,867  liv.  tandis  que  les  ventes
relatives  a  l’or  monnayé  donnèrent  pour  la  meme  période  un  total  de  683,674
livres.
        <pb n="522" />
        OEUVRES  DIVERSES.

m
il  faudrait  ajouter  aux  frais  nécessités  par  le  transport  de  l’argent
l’intérêt  que  perdra  l’acheteur  de  l’or,  depuis  le  moment  où  il  l’aura
déposé  jusqu’à  celui  où  la  Monnaie  l’aura  frappé.  La  destination
naturelle  de  la  majeure  partie  de  Vor-Umjot  le  porte  dans  les  ateliers
monétaires  de  l’Europe;  car  c’est  sous  forme  de  numéraire  seulement ­
  que  l’or  fructifie  entre  les  mains  de  son  possesseur.  C’est  pourquoi, ­
  en  comparant  la  valeur  de  la  circulation  d’un  pays  avec  celle
des  lingots  d’une  autre  nation,  nous  ne  devons  jamais  négliger  cette
imperceptible  supériorité  de  prix  que  possède  le  numéraire  sur  les
lingots.  Ainsi,  si  un  marchand  de  Hambourg,  débiteur  de  1  liv.
ster.  envers  un  marchand  anglais,  importe  en  Angleterre  assez  d’argent ­
  pour  acheter  l’or  contenu  dans  1  liv.,  il  ne  pourra  liquider  sa
dette  qu’au  moment  où  l’or  aura  été  monnayé.  Dès  lors,  à  ses  autres
dépenses  viendra  s’ajouter  l’intérêt  qu’il  j)aiera  à  son  créancier  jusqu’au ­
  jour  où  il  recouvrera  son  or.  11  devra  faire  entrer  cet  intérêt ­
  dans  l’arbitrage  qu’il  calculera  entre  une  remise  par  traite  et  une
remise  en  lingots.  La  Commission  des  métaux  précieux  a  estimé  à  3
pour  cent  cette  perte  d’intérêt.  Si  ces  principes  sont  exacts,  il  faut  déduire ­
  dans  les  tableaux  de  M.  M  usb  et  l  pour  cent  de  plus  que  nous
ne  l’avons  fait  sur  les  changes  favorables  avec  Hambourg.  Cette  déduction ­
  se  rapporte  aux  époques  où  notre  circulation  elle-même  nécessite ­
  des  lingots.  Elle  devra  s’élever  à  2  ou  3  pour  cent  quand  ils  sont
destinés  à  la  ^^exportation.  11  est  némsaire  aussi  de  remarquer  que
la  valeur  relative  de  l’or  à  l’argent,  qui  tend  partout  à  une  égalité
de  niveau,  reste  cependant  soumise  à  des  fluctuations  continuelles
dans  tous  les  pays,  et  que  la  meilleure  preuve  de  la  dégradation  de
notre  circulation  monétaire  réside  bien  plus  dans  le  haut  prix  courant ­
  des  lingots  que  dans  des  échanges  avilis’.
SECTION  DEUXIÈME.
Change  avec  Paris.
Après  avoir  ainsi  apprécié  les  objections  que  présente  M.  Bosan-•

  J’ai  lu  dans  un  petit  traité  français  Sur  l’Institution  des  principales  Banques ­
  de  l’Europe,  qu’une  fois  la  banque  de  Hambourg  fut  obligée  de  suspendre
ses  paiements  pour  avoir  consenti  de  trop  grandes  avances  sur  des  lingots  d’or
J’ai  fait  de  valus  efforts  pour  connaître  la  date  de  cet  événement.—  Il  est  évident
qu’il  a  dû  avoir  quelque  influence  sur  le  change,  et  on  pourrait  peut-être  le  rattacher ­
  aux  années  1766  —  1767.
        <pb n="523" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  RE  M.  BOSANQUET.  ili
quel  contre  les  conclusions  de  la  Commission,  relatives  aux  changes
avec  Hambourg,  je  vais  envisager  les  circonstances  qui,  dans  le  résumé ­
  des  changes  de  notre  pays  avec  Paris,  lui  paraissent  démentir
mes  principes.
Le  principe  sur  lequel  s’appuient  les  calculs  qui  concernent  le  pair
du  change  avec  Hambourg  est  facile  et  simple,  mais  il  n’en  est  pas
ainsi  avec  Paris.  La  difliculté  spéciale  résulte  ici  de  ce  que  la
France  comme  l’Angleterre  a  dans  sa  circulation  deux  métaux,  l’or
et  l’argent  revêtus  simultanément  du  caractère  de  monnaie  légale.
J’ai  essayé,  dans  une  précédente  publication,  de  développer  les
principes  qui  me  paraissaient  propres  à  déterminer  l’étalon  métrique
des  valeurs  chez  une  nation  qui  admet  dans  sa  circulation  l’or  et
l’argent  à  titre  de  monnaies  légales.
Lord  Liverpool  suppose  qu’une  capricieuse  préférence  fût  l’origine
du  privilège  que  nous  avons  attaché  à  l’or  comme  mesure  mère  des
valeurs.  Mais  on  peut,  je  crois,  prouver  facilement  que  («privilège ­
  naquit  le  jour  où  la  valeur  de  l’argent  sur  le  marché  dépassa
relativement  à  l’or  les  proportions  de  la  monnaie.  Ce  principe  est
non-seulement  admis  sans  restrictions  ;  mais  encore  fortifié  de  la  manière ­
  la  plus  éclatante  par  le  noble  écrivain.
La  monnaie  frappera  avec  une  once  d’or  3  1.  17  s.  10  1/2  d.  de
monnaie.  Lile  transformera  aussi  15.07  onces  d’argent  en  une  valeur ­
  égale  de  monnaie  d’argent.  Quelle  raison  peut  donc  déterminer ­
  la  Banque,  ou  un  particulier,  à  confier  au  balancier  de  la
Monnaie  une  once  d’or  plutôt  que  15.07  onces  d’argent,  puisque
tous  deux  sont  également  admis  par  la  loi  à  acquitter  une  dette  de
•IL  17  s.  10  1/2  (1.  ?
L’intérêt  est  évidemment  leur  raison  déterminante.  Si  l’on  peut
acheter  15.07  onces  d’argent  avec  moins  d’une  once  d’or,  l’argent
sera  monnayé;  si  au  contraire  on  peut  se  procurer  une  once  d’or  avec
moins  de  15.07  onces  d’argent,  c’est  l’or  (ju’oii  portera  à  la  Monnaie.
Dans  le  premier  cas,  l’argent  deviendra  la  mesure  des  valeurs;  dans
le  second,  ce  sera  l’or.
D’ailleurs,  comme  la  valeur  relative  de  ces  métaux  sur  le  marché
est  soumise  à  de  continuelles  fluctuations,  ils  pourront  alternative
ment  devenir  la  mesure  lype  des  valeurs.  Depuis  la  refonte  de  l’argent, ­
  sous  le  règne  du  roi  Guillaume,  la  valeur  de  l’or  a  constamment ­
  été  au-dessous  de  15.07  onces  d’argent.  L’or  a  dû  être
conséquemment,  depuis  cette  époque,  l’étalon  des  valeurs  dans  notre
pays.  En  1778,  une  loi  prohiba  tout  monnayage  d’argent.  L  or
        <pb n="524" />
        ŒIIVRKS  DIVERSES.

m
doit  nécessairement,  sous  l’empire  d’une  telle  loi,  servir  d’étalon  métrique*; ­
  et  cela  malgré  les  variations  de  la  valeur  respective  des  deux
métaux.
Quel  que  soit  le  métal  reconnu  comme  étalon  métrique  des  valeurs,
il  aura  aussi  le  privilège  de  régler  le  pair  du  change  avec  les  autres
pays  ;  car  ce  sera  avec  ce  métal,  ou  avec  la  monnaie  de  papier  qui  le
représente,  que  s’acquitteront  les  lettres  de  change.
La  circulation  monétaire  de  la  France  admet  aussi  deux  métaux
auxquels  est  attaché,  jusqu’à  concurrence  de  toute  somme,  le  rôle  de
monnaie  légale.  —  La  valeur  relative  de  l’or  et  de  l’argent,  dans  les
monnaies  françaises,  était,  antérieurement  à  la  révolution,  :  :  15  :  I
(Bullion-Report,  n”  59);  elle  est  actuellement  :  :  15  1/2  :  P.  —  Mais

*  Le  Bullion-Committee,  aussi  bien  que  M.  Huskisson,  considère  l’or  comme
l’étalon  métrique  de  la  valeur,  conformément  à  l’acte  39,  Georges  III,  qui  déclare ­
  que  l’argent  ne  sera  considéré  comme  monnaie  légale  que  pour  des  sommes
excédant  2.5  livres,  à  moins  qu’il  ne  soit  offert  au  poids  et  à  l’évaluation  de
5  s.  2  d.  l’once.  Mais  cette  loi  n’empèche  pas  le  monnayage  de  l’argent  quand
il  est  au-dessous  du  prix  à  la  Monnaie,  et  conséquemment  au-dessous  des  proportions ­
  officielles  qui  existent  entre  sa  valeur  et  celle  de  l’or.  Ainsi,  en  1798,
à  l’époque  où  le  prix  de  l’argent  était  de  5  s.  par  once,  et  sa  valeur  relative
de  15,  57  à  1  sur  le  marché,  on  pouvait  le  monnayer  avec  avantage.  Ce  métal,
issu  vierge  de  la  Monnaie,  eût  alors  passé  comme  monnaie  légale.  Jusqu’à
concurrence  de  toute  somme.
*  Ce  rapport  est  descendu  aujourd’hui  dans  le  commerce  à  15  3/4,  quoique  la
proportion  légale  soit  de  15  1/2.  Dans  cette  grave  et  délicate  question  des  monnaies, ­
  les  faits  ont  prouvé,  comme  dans  tous  les  autres  problèmes  d’économie  politique, ­
  combien  est  illusoire,  insensée,  dangereuse  même  l’intervention  de  la  loi
dans  le  domaine  agité  des  affaires.  L’antiquité  avait  son  Protée  dont  la  souplesse
prestigieuse  échappait  à  toutes  les  chaînes  :  nous  avons  le  nôtre  dans  les  incidents
multiples  de  l’industrie,  dans  les  formes  diverses  (jue  revêtent  les  questions  sociales. ­
  Il  est  étrange  qu’on  n’ait  pas  encore  compris  cela,  après  les  innombrables ­
  démentis  donnés  par  la  réalité  aux  rêves  des  législateurs.  Ainsi,  on  a  renoncé
de  nos  jours  —  ou  du  moins  on  a  suspendu  jusqu’à  nouvel  ordre  —  les  lois  de
maximum  imposées  à  nos  pères  par  l’héroïsme  égaré  de  la  Convention,  et  par  les
arrêtés  somptuaires  du  moyen  âge.  Il  faudrait  même  aller  chercher  dans  les
exagérations  des  écoles  socialistes  les  plus  avancées  ;  il  faudrait  fouiller  dans  la
charte  d’Icara,de  la  cité  du  Soleil  et  des  Égaux,  pour  trouver  quelque  chose  d’analogue ­
  aux  lois  étranges  qui  décidaient  du  vêtement  que  devaient  porter  nos
aïeux,  du  nombre  de  fois  qu’ils  devaient  manger  de  la  viande  ou  du  hareng
par  semaine  Mais  si  nous  nous  sommes  affranchis  de  cet  excès  de  ridicule,  nous
n’en  persistons  pas  moins,  a  vouloir  infliger  un  taux  légal  a  l’intérêt  des  capitaux ­
  ;  un  tarif  légal  aux  compagnies  des  chemins  de  fer,  aux  boulangers,  aux
marchands  de  tabac  :  un  enseignement  légal  à  toutes  les  cervelles  de  notre  pays,
        <pb n="525" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  m
une  lettre  de  M.  Grefulhe  au  tiulHon-Committee,  11“  50,  nous  rapporte ­
  qu’en  1785  on  modifia  le  nombre  des  louis  qu’on  frappait  dans

absolument  comme  on  prescrit  une  taille  légale  aux  conscrits  qui  doivent  porter
les  armes.  Or,  les  usuriers  sont  là  pour  protester  contre  les  lois  sur  l’intérêt  :  les
douaniers  pour  protester  et  battre  en  brèche  les  lois  sur  le  monopole  des  marchandises ­
  :  la  famille  pour  protester  contre  le  nivellement  et  l’effacement  des  intelligences; ­
  et,  quant  à  la  détermination  de  la  valeur  relative  des  monnaies  d’or
et  d’argent,  les  oscillations  perpétuelles  des  marchés,  le  flux  et  le  reflux  des
masses  métalliques  que  verse  l’Amérique,  et  que  se  répartissent  les  autres  continents, ­
  suffisent  pour  en  démontrer  la  vanité.
Quelque  précieux  qu’ils  soient  ;  de  quelque  adoration  irréfléchie  que  le  sj'stème
mercantile  ait  entouré  l’or  et  l’argent,  ces  agents  de  la  circulation  générale,  ces
dénominateurs  universels  delà  valeur  n’en  sont  pas  moins  soumis  aux  grandes ­
  lois  de  l’offre  et  de  la  demande,  vis-à-vis  d’eux-mêmes  et  vis-à-vis  de  toutes ­
  les  autres  marchandises.  S’ils  émigrent  d’un  pay’s,  leur  valeur  s’y  accroît
aussitôt  :  s’ils  y  affluent,  au  contraire,  leur  valeur  fléchit,  et  l’abaissement  du
change  extérieur  reflète  cette  abondance  inusitée.  Si  le  diamant  est  si  cher,  malgré ­
  la  parfaite  vanité  de  ses  usages,  c’est  qu’il  est  rare  :  si  le  soleil  est  gratuit,
malgré  sa  puissance  créatrice,  c’est  que  ses  rayons  inondent  l’univers.  De  même,
si  l’or  est  plus  cher  que  l’argent,  c’est  surtout  parce  qu’il  est  produit  en  quantités ­
  bien  plus  petites.  l  e  rapport  de  la  production  est  de  1  à  40  de  nos  jours,
après  avoir  été  de  60  à  1,  au  xvii«  siècle,  et  de  57  à  1  en  1801.  La  valeur  de  l’or
devrait  donc  être  et  serait,  en  effet,  de  40  à  1,  comme  l’indique  le  chiffre  de
la  production  annuelle,  si  les  demandes  incessantes  du  continent,  —  là  où  les
paiements  n’ont  pas  acquis  encore  un  niveau  moyen  assez  élevé  pour  exiger
l’emploi  de  l’or;  —  si,  dis-je,  ces  demandes  n’avaient  accru  l’utilité  de  l’argent,  et
par  suite  sa  valeur.  I,e  rapport  de  15  3  4  est  donc  le  résultat  de  la  rareté  de
l’or  balancé  par  l’utilité  de  l’argent.  Les  gouvernements  n’ont  rien  à  voir
dans  ces  proportions  créées  par  la  nécessité,  et  ils  auront  beau  accumuler  les  décrets, ­
  du  jour  où  la  balance  penchera  en  faveur  de  l’argent,  le  rapport  pourra
être  de  10  à  l,  comme  au  temps  qui  précéda  la  découverte  de  l’Amérique  ;  de  9
à  1,  comme  du  temps  de  C.ésar,  et  même  de  8  à  4,  cx)mme  il  l’est  encore  au  Japon.
Du  jour,  au  contraire,  où  les  besoins  de  la  circulation  feront  rechercher  l’or,
on  verra  grandir  peu  à  peu  sa  valeur,  jusqu’à  atteindre  même  le  rapport  de  \
à  17,  rapport  que  nous  trouvons  en  Europe  au  moyen  âge,  et  que  la  Chine  nous
présente  encore,  suivant  les  belles  recherches  de  M.  Michel  Chevalier*.  Or,
c’est  précisément  en  faveur  de  l’or  que  s’opère  aujourd’hui  la  transformation  de
tous  les  systèmes  monétaires  du  monde.
L’accroissement  sensible  et  graduel  que  présente  la  production  de  l’argent,
*  Voyez  surtout  sa  derniere  brochure  intitulée  De»  mines  d'or  et  d'argent  du  Nouveau
Monde.  La  question  monétaire  n’a  Jamais  été  traitée  d’une  manière  plus  brillante.  Au  sein
d’une  technologie  aride  et  d’un  grand  déploiement  de  chiffres,  l’auteur  a  su  être  pittoresque,
et  il  semble  même  qu’il  soit  tombé  sous  sa  plume  quelques  paillettes  d’or,  dérobées  a  ce  Potóse, ­
  a  cette  Fêta  madre  qu’il  connaît  si  bien.  ^
        <pb n="526" />
        474

OEUVRES  DIVERSES.

un  marc  d’or.  Ce  nombre  tut  porté  de  30  à  32.  C’est  pourquoi,
avant  1785,  l’or  dut  sans  doute  être  évalué  à  la  monnaie  de  France

joint  aux  progrès  de  la  fortune  publique,  tend  chaque  jour  à  av  ilir  ce  métal,
à  l’éloigner  de  la  valeur  illusoire  que  lui  avaient  assignée  les  législateurs.  Plus  les
paiements  d’un  pays  sont  abondants  et  multiples,  plus  il  faut  que  l’agent  monétaire ­
  soit  précieux,  soit  susceptible  de  représenter  sous  un  petit  volume  de  grandes
sommes.  Et  il  serait  aussi  absurde  de  vouloir  enchaîner  l’Angleterre  et  même  la
Franc«  à  la  monnaie  d’argent  que  de  les  condamner  au  supplice  des  anciens
coches,  au  milieu  de  ce  tourbillon  d’affaires  et  d’idées  qui  nous  fait  déjà  songer
à  remplacer  la  vapeur,  trop  lente  à  nous  mener  au  but.  C’est  ainsi  que  les
nations  sont  passées  d’elles-mêmes  de  la  monnaie  de  fer  à  la  monnaie  de  cuivre,
de  celle-ci  aux  espèces  en  argent.  C’est  ainsi  que  l’argent  cède  graduellement  la
place  à  l’or  dans  les  grands  foyers  industriels  et  financiers,  et  qu’eniin  l’or  lui-même ­
  se  verra  dépossédé  au  proüt  de  la  monnaie  de  papier.  17Angleterre  a  donné
le  signal  de  cette  nouvelle  évolution  :  l’argent  n’y  circule  plus  guère  que  comme  appoint, ­
  et  les  économistes  les  plus  avancés  et  les  plus  pratiques  de  ce  pays,  rêvent
déjà  une  circulation  conçue  sur  les  plans  téméraires  de  I.aw,  tempérés  par  la
sagacité  de  Ricardo,  de  Liverpool  et  de  la  célèbre  commission  de  1810.  Sur  une
circulation  totale  de  près  de  1,750  millions,  on  ne  compte  dans  la  Grande-Bre-^
  tagne  que  750  millions  de  numéraire  ;  le  reste  se  compose  de  billets  de  banque,
!  et  cette  proportion  grandit  chaque  jour.
La  France  est  bien  loin  de  cette  perfection  :  elle  fait  encore  la  sourde  oreille  au
progrès,  et  sous  prétexte  qu’elle  a  peur  de  revenir  aux  petites  filles  et  aux  assignats, ­
  elle  conserve  environ  400  millions  de  billets  de  banque  contre  2  milliards
et  demi  de  monnaie  métallique.  Mais  le  mouvement  l’entraînera  malgré  elle,
parce  qu’on  ne  tarde  pas  à  rejeter  des  instruments  vieillis  et  impuissants,  et  parce ­
  que  l’argent,  s’avilissant  chaque  jour,  menace  de  n’être  plus  qu’une  sorte  de
billon.  Pas  n’est  besoin,  comme  ou  voit,  de  recourir  pour  tout  cela  à  des  lois
lentement  alambiquées  et  à  des  prodiges  d’équilibre,  La  circulation  d’un  pays
reflète  nécessairement  sa  situation  financière  :  pauvre,  elle  est  desservie  par  des
métaux  d’un  ordre  inférieur;  riche,  elle  emprunte  à  l’or  et  à  l’argent  leur  éclat
et  leur  valeur.  Ce  qui  est  monnaie  légale  aujourd’hui  ne  pourra  donc  plus  l’être
demain  :  et  c’est  bien  folie  que  de  s’opposer  ainsi  au  libre  mouvement  des  choses,
et  d’entasser  dissertations  sur  dissertations,  théorèmes  sur  théorèmes,  pour  chercher ­
  un  étalon  des  valeurs  gui  se  fixera  de  lui-même.  L’histoire  si  connue  des
Sept-Dormants  contient  des  renseignements  curieux  à  cet  égard.  Et  il  est  trèsfâcheux
  que  tant  d’hommes  sérieux  n’aient  pas  su  les  y  découvrir,  et  sacrifient
encore,  dans  la  question  des  monnaies  et  des  banques,  à  des  idées  de  réglementation ­
  qu’ils  rejettent  pour  tant  d’autres  faits  sociaux.  Robert  Peel,  cet  esprit  si
puissant,  si  logique,  n’a  pas  su  lui-même  s’affranchir  de  ces  erreurs,  de  ces  entraves, ­
  et  sa  loi  de  1844,  si  justement  critiquée  en  Angleterre,  nous  le  montre  visant
à  faire  de  la  Banque  d’Angleterre  un  établissement  à  ressorts,  une  sorte  d’automate ­
  destiné  à  émettre  des  billets,  et  rivalisant  avec  ceux  de  Vaucanson  ou  avec
l’homme  d’airain  de  Roger  Bacon  L’avenir  prouvera  que  la  liberté  est  bonne
        <pb n="527" />
        475

RÉPONSE  AHN  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET
dans  la  proportion  de  14  à  1.  —Les  causes  qui  transportent  alternativement ­
  en  Angleterre,  de  l’or  à  l’argent  et  de  l’argent  à  l’or,  le  rôle
d’étalon  des  valeurs,  agissent  d’une  manière  analogue  en  France.
Quand  la  valeur  comparative  de  l’or  à  l’argent  se  trouva  au-dessous
de  14  à  1,  l’or  devint  mesure  type  des  valeurs  en  France,  et  conséquemment ­
  l’on  dut  baser  le  taux  du  change  avec  l’Angleterre  sur
le  rapport  des  monnaies  d’or  dans  íes  deux  pays.  Quand  cette  valeur ­
  comparative  dépassa  14  sans  atteindre  toutefois  15.07  à  1,  l’or
devint  l’étalon  en  Angleterre.  En  France  ce  fut  l’argent,  et  l’on  cota
le  change  en  conséquence  ;  c’est-à-dire  que  le  pair  fut  déterminé  par
le  rapport  établi  entre  l’or  d’Angleterre  et  l’argent  de  France.  —
Lorsqu’eniin  ce  rapport  dépassa  15.07  à  1,  l’argent  dut  devenir
l’étalon  métrique  dans  les  deux  pays.  Le  change  fut  alors  coté
en  argent.  Mais  après  1785,  et  au  moment  où  les  évaluations  des
métaux  changés  à  la  Monnaie  de  France  se  rapprochèrent  du  taux  de
l’Angleterre,  le  pair  du  change  put  être  coté  dans  les  deux  pays  indifféremment ­
  en  or  ou  en  argent.
J’ai  déjà  énoncé  (jue  ce  n’était  pas  assez  de  comparer  la  quotité
des  déviations  du  change  avec  les  dépenses  que  nécessite  l’envoi
des  métaux  précieux  d’un  pays  à  l’autre;  ce  n’était  pas  assez,  dis-je,
pour  apprécier  si  un  tel  commerce  était  profitable.  11  faut  encore
tenir  compte  du  prix  des  lingots  dans  le  pays  où  on  les  transporte,  ou
de  la  somme  des  frais  à  supporter  pour  les  faire  monnayer.  Il
u’est  prélevé  dans  notre  pays  aucun  droit  de  seigueuriage  ou  de
monnayage.  —  Si  on  livre  à  l’administration  une  once  d’or  ou  d’argent, ­
  elle  retire  une  once  de  métal  monnayé.  Le  seul  désavantage
que  l’importateur  aura  donc  à  subir  en  recevant  des  lingots,  au  lieu
d’une  monnaie  anglaise,  sera  la  durée  du  dépôt  à  la  Monnaie.  Cette
perte  a  été  évaluée  par  la  commission  des  monnaies  à  1  p.  O/q.  Un
pour  cent  représenterait  dès  lors  l’excédant  de  la  valeur  des  pièces
anglaises  sur  les  lingots  ;  si  toutefois  la  monnaie  n’est  pas  altérée  ou
la  circulation  excessive.  Mais  le  droit  de  fabrication  en  France,  suivant ­
  le  docteur  Smith,  ne  s’élevait  pas  à  moins  de  8  p.  O/q,  outre  la
perte  d’intérêt  qui  naissait  du  dépôt  temporaire  à  la  Monnaie.  L’autorité ­
  de  la  science  nous  prouve  qu’il  ne  résultait  aucun  inconvénient
sensible  d’un  système  qui  donnait  à  la  valeur  de  l’or  ou  de  l’argent

pour  le  crédit  comme  pour  le  commerce,  comme  pour  la  pensée,  et  que  dans
l’apparent  fatalisme  du  laissez  faire,  il  y  a  plus  de  force  impulsive  et  dirigeante ­
  que  dans  toutes  les  ordonnances  créées  ou  à  créer.  A,  P.
        <pb n="528" />
        i76

ŒUVRES  DIVERSES.

monnayés  une  supériorité  de  8  p.  O/p  sur  celle  de  l’or  ou  de  Tardent
en  lingots'.  11  résulte  de  ces  faits  qu’on  n’ent  pas  importé  d’or  en
France,  si  le  profit  de  cette  opération  n’eùt  égalé  non-seulement  les
dépenses  d’importation  ;  mais  encore  cette  prime  de  8  p.  O/o.  Car
on  ne  calcule  pas  le  pair  du  change  sur  la  valeur  actuelle  des  monnaies ­
  dans  la  circulation,  mais  sur  leur  valeur  intrinsèque  comme
lingots'^.
Pour  rendre  cette  conclusion  plus  évidente,  supposons  avec  M.  Ho
sanquet  que  le  change  de  1767  fût  de  8  p.  0  ()  en  faveur  de  la  France  ;
qu’à  la  même  époque  il  se  cotait  avec  Hambourg  à  6  p.  O/q  de  bénéfice
pour  Londres,  et  qu’enfin  les  frais  de  transport  de  Hambourg  à  Paris
n’excédaient  pas  1  l/'i  p.  O/p.  Ne  fera-t-on  pas  alors,  s’écrie  &amp;gt;1.  Bosanquet,
  un  bénéfice  de  I  1/2  p.  0  p,  en  payant  la  dette  de  Paris  avec
l’or  de  Hambourg  plutôt  qu’avec  une  remise^?  le  réponds  que  non.
Car  lorsque  l’or  arrive  à  Paris,  il  doit  nécessairement  être  frappé
en  monnaie  ou  rendu  sous  forme  de  lingots.  Si  on  le  fait  monnayer
il  faudra  payer  8  p.  0/p  à  l’administration  ;  si  on  le  rend  à  l’état  de
lingot,  ce  sera  à  8  p.  0/p  au-dessous  du  prix  de  la  monnaie.  —  En
admettant  même  que  tous  les  autres  calculs  soient  exacts,  le  profit
se  trouve  nécessairement  réduit  de  12  1/2  à  4  1/2  p.  0  p.  Mais  ils  ne
peuvent  être  exacts,  dès  qu’ils  sont  soumis  à  l’influence  multiple  des
causes  que  nous  avons  déjà  déterminées'^.

*  Depuis  que  j’ai  écrit  ces  lignes,  j’ai  examiné  un  extrait  du  Moniteur  de  1803,
qui  indique  que  le  seigneuriage  en  France  était  :
En  1726  de  7  9/16  pour  »/«  sur  l’or,  de  7  4/11  pour  "/«  sur  l'argent.
1729  5  3/16  —  —  5  7/16  -  -
1755  4  1/16  -  ^  3  10/11  —  —
1771  t  4/7  —  -  2  7/9  —  —
1785  2  9/t7  —  _  «  —  —
En  1803  on  fixa  ce  droit  à  1  1/3  p.  0/0  pour  l’or  et  1  1/2  pour  l’argent.
*  Ce  n’est  qu’autant  que  la  circulation  monétaire  de  France  aura  conservé  ses
limites  normales  que  le  prix  de  l’or  pourra  rester  à  8  p.  0/0  au-desgous  du  prix
de  la  monnaie.  E:lle  suit  ainsi  les  lois  mêmes  par  lesquelles  le  prix  de  l’or  en
Angleterre  s’est  établi  et  perpétué  au-dessus  du  prix  de  l’administration.  La
circulation  anglaise  se  trouvait  dépasser  sensiblement  son  niveau  moyen,  quand
l’or  était  à  3  liv.  n  s.  6  d.  -,  car  4  d.  l’once  ne  sont  pas  une  compensation  suffisante ­
  pour  le  délai  du  monnayage.  C’est  pourquoi  le  principe  que  je  soutiens  ne
peut  avoir  force  de  loi  que  lorsque  la  circulation  n’est  pas  exagérée.
3  Comme  l’argent  est  la  monnaie  de  Hambourg,  ce  serait  l’argent,  et  non  l’or,
qu’un  créancier  anglais  aurait  droit  de  faire  remettre  de  Hambourg  à  Paris.
*  En  France,  on  retient  pour  le  monnayage  un  droit  de  8  pour  cent  qui  nonseulement
  couvre  les  frais  de  fabrication,  mais  encore  rapporte  un  petit  revenu  au
gouvernement.  En  Angleterre,  comme  le  monnayage  ne  coûte  rien,  la  monnaie
        <pb n="529" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  477
Si  l’on  se  rattache  à  ces  principes,  il  en  résultera,  je  pense,  que
le  change  avec  Paris  fut  favorable  à  l’Angleterre  pendant  une  grande
partie  des  années  de  17G4‘  à  17fi8,  et  pendant  toutes  les  autres  périodes ­
  mentionnées  par  )!.  Ilosanquet.
Jene  puis  m’empècher  d’étre  saisi  d’étonnement  en  pensant  qu’un
négociant  anglais  peut  descendre  à  croire  qu’on  réalisera  pendant
quatre  années  de  paix,  toutes  dépenses  couvertes  d’ailleurs,  un  bénéfice
de  10  1/2  à  12  1/2  sur  l’exportation  de  l’or  de  Hambourg  à  Paris.
Qu’on  sache  bien  que  ce  profit,  multiplié  par  la  promptitude  des
opérations,  permettrait  au  spéculateur  de  réaliser  plus  de  100
p.  O/o  par  an  sur  le  capital  engagé,  et  cela,  dans  un  commerce
inondé  par  la  concurrence  et  dont  les  plus  légères  oscillations  sont
surveillées  par  des  hommes  d’une  subtilité  proverbiale.  Il  appartient, ­
  du  reste,  à  des  écrivains,  pour  qui  les  faits  absorbent  toute
théorie,  de  ne  point  voir  dans  l’examen  comparatif  du  change  de
Hambourg  avec  celui  de  Paris  que  ces  cotes  sont  inexactes,  que  les
faits  y  dilfcrent  de  la  ré-alité.  De  tels  penseurs  peuvent  diüicilement
scruter  des  faits,  ils  sont  crédules  et  fatalement  crédules,  car  ils  ne
peuvent  en  appeler  à  aucun  principe.  Les  deux  séries  de  prétendus
faits  fournis  par  la  cote  de  Hambourg  d’un  côté,  et  celle  de  Paris  de
l’autre,  sont  complètement  faibles  et  sc  contredisent  mutuellement.
Bien  ne  prouve  d’une  manière  plus  affligeante  l’empire  des  pièges
sur  les  esprits  les  plus  éclairés  que  de  voir  op{M)ser  de  tels  faits  à  une

courante  ne  peut  jamais  avoir  une  valeur  très-supérieure  à  la  quantité  de  métal
yu’elle  se  trouve  contenir  pour  le  moment.  En  France  ce  qu’on  paie  pour  la
fabrication,  ajoute  à  la  valeur  de  la  monnaie  ce  que  le  travail  ajoute  à  celui  de  la
vaisselle.  Par  conséquent,  une  somme  de  monnaie  française  contenant  un  poids
quelconque  d’argent  tin,  a  plus  de  valeur  qu’une  somme  de  monnaie  anglaise
d  un  poids  égal  en  argent  lin,  et  il  faut  plus  de  métal  lingot  ou  plus  de  toute
autre  marchandise  pour  acheter  la  première  monnaie.  Ainsi,  quand  meme  la
monnaie  courante  de  chacun  de  ces  deux  pays  se  trouverait  approcher  également
des  types  de  leurs  circulations  respectives,  une  somme  de  monnaie  anglaise  ne
pourrait  acheter  une  somme  de  monnaie  française,  riche  du  même  nombre  d’onces ­
  d’argent  fin,  ni  par  conséquent  une  lettre  de  change  de  pareille  somme  sur
la  France.  Si  la  somme  payée  en  sus,  pour.acheter  cette  lettre  de  change,  n’était
tout  juste  que  ce  qu’il  faut  pour  compenser  les  frais  de  fabrication  de  la  monnaie ­
  française,  il  se  pourrait  que  le  change  réel  fût  au  pair  entre  les  deux  nations
et  que  leurs  dettes  et  leurs  créances  se  balançassent  mutuellement,  tandis  que  les
cotes  du  change  seraient  considérablement  en  faveur  de  la  France.  Si  cette
quantité  supplémentaire  était  moindre,  il  se  pourrait  que  le  change  réel  fût  en
faveur  de  l’Angleterre  malgré  les  computations  favorables  a  la  France.  {Richesses ­
  des  nations,  —  Livre  II.  —  Chap.  III.)
        <pb n="530" />
        478

ŒUVRES  DIVERSES.

théorie  que  l’on  veut  détruire,  après  en  avoir  proclamé  la  haute
raison.
SECTTOIN  TROISIÈME.
Prétendue  existence  d’une  prime  sur  la  monnaie  anglaise  en  Amérique.  —  Change
favorable  avec  la  Suède.
Le  fait  subséquent,  sur  lequel  je  désire  présenter  quelques  observations ­
  est  celui  que  M.  Grefulhe  a  révélé  le  premier,  et  que
M.  Bosanquet  allègue  aujourd’hui.  Je  veux  parler  de  la  prime
qu’on  dit  être  accordée  en  Amérique,  en  hard  dollars,  pour  la  circulation ­
  dépréciée  de  l’Angleterre.  J’ai  étudié  ce  fait  avec  la  plus  scrupuleuse ­
  attention,  et  il  me  parait  évident;  1°  que  le  prix  intitulé
prime  de  9  p.  O/o,  qu’on  accordait  pour  un  effet  sur  l’Anglelerre,  était
en  réalité  un  escompte  de  3  J/4  p.  O/o;  2"  qu’à  ce  taux,  l’escompte
était  plus  favorable  que  s’il  eût  fallu  exporter  les  dollars  qui  avaient
servi  à  acheter  la  lettre  de  change.
Le  pair  du  change  avec  l’Amérique  est  fixé  en  dollars.  Il  est  coté
à  raison  de  4  s.  G  d.  sterling  pour  un  dollar;  conséquemment  444,4
dollars  devraient  contenir  autant  d’argent  pur  que  100  1.  st.  —
Mais  tel  n’est  pas  le  cas.  —  Un  dollar  d’Amérique,  conformément  aux
réglements  monétaires  du  pays  doit  peser  17  d\\t  '  8  grains.  Il  est
de  8  1/2  g.  plus  faible  que  l’étalon  anjent  en  Angleterre.  Par  conséquent ­
  la  valeur  d’un  dollar  d’Amérique  réduite  comparativement  à
notre  type  d'argent  est  de  4  s.  3  3/4  d.  D’après  cette  valeur,  le  véritable ­
  pair  entre  les  dollars  d’Amérique  et  notre  monnaie  d’argent
serait  403.7  dollars  pour  100  1.  st.  Mais  nous  comparons  ainsi  les
dollars  d’Amérique  avec  la  livre  sterling  d’Angleterre  qui  est  eu  or,
ce  qui  nous  donne  pour  véritable  pair  du  change  rapporté  à  100  1.  st.,
d’après  la  valeur  relative  des  dollars  et  de  l’or,  œ  (jui  nous  donne,
dis-je,  pour  la  période  supposée  en  mai  1809,  500  dollars.  —Mais
comme  on  ne  paie  pas  plus  de  484  dollars  une  lettre  de  change  de
100  1.  st.  achetée  sous  l’inlluencc  du  plus  haut  change  de  l’année,
qui  fut  de  109,  l’opération  se  fit  évidemment  à  3  1/4  p.  0/0  au-dessous
du  pair  réel'.

'  Abréviation  de  penny-weight,  poids  égal  à  celui  de  1,552  gr.
*  Suivant  la  disposition  de  M.  William  le  poids  du  dollar  d’Amérique  ne  dépassait ­
  pas  17  dwt  6  gr  :  ce  qui  ferait  descendre  le  véritable  pair  un  peu  au-dessous ­
  de  4  s.  .3  1/2  d.  —  D’après  le  traité  des  monnaies  de  Ede,  le  dollar  d’Amérique ­
  est  de  11  gr.  inférieur  à  l’étalon,  et  ne  contient  pas  plus  d’argent  pur  que
4  s.  2/4  d.  de  l’étalon  argent  des  monnaies  anglaises.
        <pb n="531" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.
On  doit  se  rappeler  que  les  lois  de  l’époque  avaient  considérablement ­
  accru  la  rigueur  de  l’embargo.  Les  capitaines  des  paquebots
étaient  astreints,  j)our  pouvoir  entreprendre  leur  voyage,  à  jurer
qu'ils  n’avaient  aucun  numéraire  A  bord.  L’on  vit  même  un  de  ces
capitaines  obligé  de  décharger  les  espèces  qu’il  avait  embarquées  en
(ontrebande.  A  la  même  époque,  le  taux  des  assurances  était  excessif. ­
  On  payait  une  prime  de  8  pour  cent  aux  rares  vaisseaux  qui
méprisaient  l’embai'go,  et  de  plus  les  assureurs  étaient  affranchis  des
pertes  qui  pouvaient  suivre  la  saisie  du  navire  par  le  gouvernement
Américain.  Maintenant,  qu'on  ajoute  à  ces  S  pour  cent  d’assurance, ­
  la  commission,  le  port,  enfin  les  3/4  pour  cent  ci  dessus,  et
1  escompte  définitif  du  billet  ne  serait  peut-être  pas  de  beaucoup  inférieur ­
  à  l’agio  qui  existait  alors  contre  notre  circulation  de  papier.
De  sorte  qu’on  n’achetait  pas  notre  papier  déprécié  à  raison  d’une
prime  pour  les  hard  dollars  (dollards  forts),  mais  sous  condition  d’escompte ­
  et  à  sa  valeur  actuelle.
Mais  on  nous  dit  que  le  change  avec  la  Suède  est  en  faveur  de  l’Angleterre ­
  et  que  la  banque  de  ce  pays  n’admettant  ])lus  d’espèce  quand
le  change  devient  défavorable,  la  circulation  s’y  règle  d'une  manière
identique  à  la  nôtre.  Nul  doute  qu’il  n'existe  un  parfait  accord
entre  les  deux  hypotluises.  Aussi  sont-elles  suivies  d’effets  analogues
et  exigent-elles  les  mêmes  remèdes  })Our  la  dépréciation  des  deux
systèmes  monétaires.  Ce  remède  consiste  à  diminuer  la  masse  des
»Rents  de  circulation,  soit  par  rex])ortation  du  numéraire,  soit  par
la  réduction  du  papier  de  banque.  Si  le  change  avec  la  Suède  est
effectivement  de  24  pour  cent  cm  faveur  de  Londnîs  on  en  doit  conclure ­
  seulement  qu'en  Suède  l’excès  de  monnaie  de  papier  non  conversible ­
  en  espèces  est  proportionnellement  plus  grand  qu’en  Angleterre*. ­

SKCTION  QLATHIKME.
Examen  d'une  décision  de  la  Commission  relative  au  pair  du  ehange.
Après  avoir  étudié  chaque  fait  ou  prétendu  fait,  présenté  par

*  Avant  de  pouvoiV  reconnaître  que  le  change  avec  la  Suède  est  de  24  pour  cent
en  faveur  de  Londres,  nous  devons  savoir  si  l’or  et  l’argent  sont  également  monnaies ­
  légales  en  Suède,  et  s’il  en  est  ainsi,  quelle  est  la  valeur  relative  de  ces  deux
métaux  dans  les  cours  de  la  Monnaie-  Je  présume  ((u’une  partie  de  ce  change
si  favorable  doit  être  attribuée  à  la  hausse  survenue  dans  la  valeur  relative  de
l’or  à  l’argent.
        <pb n="532" />
        I

480

OEUVRES  DIVERSES.

M.  Bosaiiquet  au  sujet  de  change,  dans  le  hut  de  prouver  l’exactitude ­
  du  principe  formulé  par  la  commission  en  ces  termes  :  Les  variations ­
  du  change  avec  les  pajs  étrangers  ne  peuvent  jamais  excéder
pour  un  laps  de  temps  considérable  les  dépenses  consacrées  à  transporter ­
  et  à  assurer  les  métaux  précieux  ;  après  avoir  démontré  que
t  les  conclusions  auxquelles  l’écrivain  voudrait  nous  conduire  sont
contraires  aux  faits  mêmes  qui  conlirment  sans  exception  le  principe ­
  du  Committee,  je  dois  demander  la  permission  de  désigner  une
erreur  du  rapport  lui-même.  Je  le  dois  d’autant  plus  que  M.  Bosanquet
  a  basé  sur  cette  erreur  l’opinion,  qu’on  peut  sans  danger
ajourner  tout  remède.
«  Ainsi  donc,  dit  M.  Bosanquel,  il  résultera  qu’en  admettant  tous
les  principes  adoptés  par  la  commission  et  les  appliquant  à  la  situation ­
  actuelle,  les  changes  étaient  au  moment  où  le  rapport  fut  présenté, ­
  et  même  trois  mois  avant,  de  2  pour  cent  au-dessous  de  la  limite ­
  naturelle  de  leur  dépression.  «
«  Ou  pensera  certainement  que  la  situation  est  tout  à  fait  calme,
quant  a  son  caractère  pratique  et  à  son  importance  nationale.  Tout
au  moins  dira-t-on  qu’il  n’y  a  aucune  nécessité  à  adopter  des
remèdes  précipités,  alors  même  qu’une  investigation  laborieuse  aurait ­
  permis  d’accueillir  l’exactitude  des  raisonnements  généraux  de
la  Commission.  »
Au  moment  même  où  l’avilissement  excessif  du  change  fut  avéré,
011  nous  dit  qu’obliger  la  Banque  à  payer  en  espèces,  ce  serait  créer
tout  un  cortège  de  conséquences  dangereuses,  et  qu’il  faut  attendre
le  moment  où  le  change  s’améliorera.  Puis,  lorsipi’il  semble  avoir
dépassé  d’environ  2  pour  cent  ses  limites  naturelles,  on  nous  crie
encore  d’attendre,  parce  que  la  question  n’a  déjà  plus  une  importance ­
  nationale.  Avec  un  tel  système  d’arguincntalion,  il  serait  facile ­
  de  trouver  des  motifs  pour  refuser  ad  infinituin  la  rcjirise  des
paiements  de  la  Banque.  J’ai  le  ferme  espoir  que  nous  saurons  repousser ­
  d’aussi  spécieux  raisonnements  ;  que  nous  ouvrirons  enlin
nos  yeux  aux  dangers  qui  nous  assiègent  et  que  nous  examinerons
froidement  pour  que  notre  décision  soit  virile.
Le  principe  d’après  lequel  M.  Mushet  a  construit  des  tableaux  perfectionnés, ­
  a  été  constamment  accueilli  par  la  commission  qui  l’a  fixé
dans  le  Rapport  (page  10)  avec  une  exactitude  et  une  concision  remarquables. ­

«  Si  un  pays  emploie  l’or  comme  type  principal  des  valeurs  tandis
qu’un  autre  a  départi  ce  rôle  à  l’argent,  on  ne  pourra  évaluer  le  pair
        <pb n="533" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQÜET.  481
de  ces  deux  nations  à  une  époque  déterminée,  sans  tenir  compte  de
la  valeur  relative  de  l’or  et  de  l’argent  à  cette  même  époque.  •
Le  Committee  a  de  plus,  constamment  obéi  à  ce  principe  dans  les
efforts  qu’il  a  faits  pour  découvrir  le  véritable  pair  du  change  entre
notre  pays  et  Hambourg;  c’est  ce  qui  ressortira  des  questions  adressés ­
  à  M***  (Rapport,  p,  73).  M.  M***  admettait  aussi  ce  principe  dans
toute  son  étendue,  et  cependant  quand  on  le  sollicita  «  d’indiquer
comment  il  appliquerait  ses  idées  générales  sur  la  détermination
du  pair  au  change  d’Angleterre  avec  Hambourg,  »  il  répondit  :
«  Prenant  l’or  au  prix  monnayé  de  3  1.  17  s.  10  1/2  d.  et  à  Hambourg
à  ce  qu’on  appelle  le  pair,  qui  est  de  9G  stivers  banco  pour  un  ducat  ;
puis  ramenant  55  onces  d’or  étalon  à  l  égalité  de  459  ducats  on  obtient
une  parité  de  change  de  34  s.  3  1/2  gr.  flamands  pour  1  1.  st.  Le  ducat
est  au  titre  de  23  1  /2  carats  de  fin.  »
Mais  cette  réponse  n^a  rien  de  relatif  à  la  valeur  comparative  de
l’or  à  l’argent  sur  le  marché,  et  le  seul  renseignement  qu’on  en  puisse
recueillir  est  que  34  s.  3  l/2  gr.  flamands  en’monnaie  d’or  égalent  11.
^ur;  —  calcul  qui  reproduit  à  1/2  gros  près  celui  du  docteur  Kelly.
(Rep.  n”  59.)
Si  l’acquéreur  d’un  effet  de  34  s.  3  gros  à  Londres  pouvait  obtenir
ÿ  Hambourg  34  s.  3  gros  en  monnaie  d’or,  ce  serait  là  un  véritable
pair;  mais  il  n’obtiendra  ces  34  s.  3  gros  (|u’en  argent  dont  la  valeur
est  de  8  pour  cent  au-dessous  de  34  s.  3  gros  d’or.  La  question
posée  par  la  commission  tendait  à  savoir  la  quantité  de  monnaie  de
Hambourg  susceptible  de  contenir  autant  d’argent  pur  qu’en  peut
acheter  une  livre  sterling  en  or.
A  l’époque  où  le  rapport  fut  rédigé  la  réponse  eût  été  37  s.  3  gros
de  Flandre.  D’où  résulte  (jue  37  s.3  gros  étaient  alors  le  véritable  pair
du  change.  Si  les  membres  de  la  commission  avaient  pris  cette  évaluation ­
  pour  base,  au  lieu  des34s.  3  gros,  ils  n’auraient  pas  énoncé
flue  le  change  avec  Hambourg  n’était  pas  de  plus  de  9/0  défavoral^le
  à  l’Angleterre.  Ils  eussent  dit  17  0/0  et  M.  Bosanquet  n’eùt
pas  trouvé  l’occasion  de  prétendre  qu’en  s’attachant  au  raisonnement
de  la  commission,  le  mal  ne  présente  pas  une  telle  gravité  qu’on  ne
puisse  ajourner  toute  intervention.

(OEuv.  de  Ricardo,)

31
        <pb n="534" />
        m

OEUVRES  DIVERSES.

CHAPITRE  Ill.
EXAMEN  DES  FAITS  ALLEGUES  PAR  M.  BOSANQUET  DANS  SA  PRETENDUE
RÉFUTATION  DU  PRINCIPE  SUIVANT  :  UN  EXCEDANT  DU  PRIX  DE
MARCHÉ  DES  LINGOTS  SUR  LE  PRIX  A  LA  MONNAIE  EST  LA  PREUVE
d’une  circulation  dégradée.

SECTION  PREMIÈRE.
Nier  celte  conclusion,  c’est  proclamer  l’impossibilité  de  fondre  ou  d’exporter  toute
monnaie  anglaise,  -*  et  certes  personne  ne  soutiendra  une  telle  assertion.
M.  Bosanquet,  pour  faciliter  les  attaques  qu’il  dirige  contre  la
seconde  proposition  du  Commitlee  l’a  lorniulée  ainsi.  «  Le  prix  des
lingots  d’or  ne  peut  jamais  dépasser  celui  du  métal  monnayé,  à
moins  que  la  circulation  qui  sert  a  l’acquitter  n’ait  Iléclii  au-dessous
de  la  valeur  de  l’or.  ■&amp;gt;  Mais  ce  n’est  pas  là  exactement  le  principe
de  la  commission.  Bien  compris,  ce  principe  n’indique  pas  que
l’or  ne  peut  dépasser  comme  marchandise  la  valeur  qu’il  a  comme
signe  monétaire,  mais  que  ce  phénomène  ne  ¡leut  qu’être  accidentel
puisque  la  conversion  du  numéraire  en  lingots  viendra  égaliser  leur
valeur  relative.  Les  paroles  du  CommiUee  sont  celles-ci  :  «  Les  memhres
de  votre  commission  pensent  que  dans  l’étal  normal  de  la  circulation ­
  anglaise  dont  la  hase  est  l’or,  aucun  accroissement  dans  les
demandes  étrangères  de  ce  métal,  quelque  grand  qu’on  le  suppose
et  quelque  origine  qu’on  lui  attribue,  ne  pourra  produire  ici  iiendant
longtemps  une  hausse  importante  dans  le  prix  courant  de  1  or.  1  oui
\  faire  de  cette  proposition  un  axiome,  il  ne  reste  plus,  ce  me  semble,
qu’à  admettre  Tiiieflicacité  de  la  loi  qui  interdit  la  conversion  de  1  ormonnaie
  en  or-lingots.
Je  pouvais  m’attendre  à  voir  les  adversaires  de  cette  vérité  soutenir ­
  que  la  loi  a  eu  réellement  la  puissance  de  conduire  aux  résultats
qu’on  en  attendait.  Je  pensais  qu’ils  l’appuieraient  sur  d’imposantes
autorités  pour  justifier  leurs  idées.  Mais  il  eût  été  difficile  d’invoquer
des  autorités  en  faveur  d’une  telle  opinion.  Depuis  les  leinjis  de  Locke
        <pb n="535" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  483
on  n  a  vu  nulle  part  contester  cette  impuissance  de  la  loi.  Tous  les
ccrivains  ont  ailirmé,  tous  sans  distinction,  qu’aucune  pénalité  ne
pouvait  empêcher  de  fondre  le  numéraire  quand  sa  valeur  comme
lingots  est  supérieure  à  sa  valeur  comme  monnaie.
hocke  compare  la  loi  qui  interdit  la  fusion  et  l’exportation  du
numéraire  à  celle  qui  voudrait  fixer  le  vent.  Smith  remarque
*  qu’aucune  mesure  gouvernementale  ne  peut  prévenir  ces  deux
opérations.  «  Wons  pouvons  évoquer  encore  à  ce  sujet  l’assentiment
d  hommes  pratiques.
Les  directeurs  de  la  banque  en  1795,  époque  à  laquelle  le  prix
l’or  atteignit  4  1.  3  s.  ou  4  1.  4  s.  l’once,  s’écrièrent  après  eu  avoir
instruit  M.  Pitt  :  *&amp;gt;  L’existence  d’un  tel  prix  pour  nos  guinées,  dont
la  valeur  normale  est  de  3  1.  17  s.  10  1/2  d.  l’once,  démontre  clairenient
  la  légitimité  de  nos  craintes,  il  suffit  de  soumettre  ces  faits  au
Chancelier  de  T  Echiquier.  »
Maintenant,  sur  quoi  reposaient  les  frayeurs  des  directeurs  de
la  banque  si  ce  n’est  sur  l’imminence  d’une  invasion  qui  eût  enlevé
lor  monnayé  de  leurs  caisses  pour  le  foudre  en  lingots?  Lorsque
la  commission  des  lords,  en  1797,  demandé  à  M.  Kcwland  «  si  dans
1  li}pothèse  d’un  nouveau  monnayage  il  eu  serait  fondu  et  exporté
grande  quantité,  »  lui  aussi  répondit  «  que  tout  dépendait  du
Pi’ix  des  lingots.  «  La  même  commission  demanda  à  M.  N'ewland
"  s  il  était  plus  facile  de  prévenir  le  faux  monnayage  ou  la  fusion
1  exportation  des  métaux,  quand  il  est  avantageux  de  les  exporler
  &amp;gt;  j|  :  «  Je  suis  inhabile  à  deviner  comment  on  peut
PJ’i^venir  l’un  ou  l’autre.  »
•le  n’ai  cité  qu’une  faible  partie  des  opinions  qu’on  pouvait  invoquer
  à  l’appui  de  ce  fait,  que  les  monnaies  sont  fondues  en  lingots
leutes  les  fois  que  le  prix  des  lingots  dépasse  celui  du  numéraire,
•le  concluerai  cependant  par  l’opinion  de  M.  Bosanquet  lui-même.
parlant  de  la  commission,  il  dit  :  «  Les  membres  ne  savent  rien
Relativement  au  prix  des  lingots  qu’ils  supposent  sans  doute  devoir
transformer,  quand  la  banque  aura  suffisamment  influé  sur  le
(Change  ;  quoique  d’ailleurs  M.  Locke  et  tant  d’autres  écrivains  aient

L  expression  anglaise  est  —  a  law  to  hedge  in  the  cuckoo  —  Comme  toutes
es  locutions  proverbiales,  celle-ci  puise  sa  signification  dans  des  circonstances
eeales  qu’il  est  impossible  de  transporter  dans  une  langue  étrangère.  —  C  est
®*Dsi  que  nous  avons  dû  renoncer  à  traduire,  autrement  que  par  un  équivalent,
®®Re  délicieuse  bouffonnerie,  tout  empreinte  de  Vhumour  anglaise.  A,  f  •
        <pb n="536" />
        4g4  OEUVRES  DIVERSES.
clairement  démontré  que  le  numéraire  d’un  pays  ne  peut  y  être
enchaîné  que  quand  la  balance  générale  du  commerce  et  des  paiements ­
  ne  lui  est  pas  défavorable.  •&amp;gt;  Quelle  cause  dès  lors,  outre
la  supériorité  de  la  valeur  des  monnaies  comme  lingots,  pourra  nous
les  enlever,  dans  l’hypothèse  d’un  change  avili?  Qui  s’attacherait  à
exporter  les  espèces  métalliques  si  l’on  pouvait  acheter  les  lingots  au
prix  de  la  monnaie?  C’est  donc  la  supériorité  de  leur  valeur  comme
lingots  qui  est  la  cause  de  leur  fusion  et  de  leur  exportation.
Mais  les  commissaires  n’ont  pas  jugé  sullisaiit  d  énoncer  un
principe  presque  évident  par  lui-même.  Ils  ont  fait  un  appel  aux
faits  et  atiirmé  très-positivement  que  pendant  un  espace  de  ‘24  ans
depuis  la  refoute,  le  prix  des  lingots  d  or  en  barres  types  n  avait  pas
dépassé  .3  1.  17.  s.  10  1/2  d.  l’once.  Cne  seule  exception  avait  été
fournie  par  l’annee  de  mai  1783  à  mai  1784,  où  Ion  vit  le  prix
s’élever  à  3  1.  18  s.  1/2  l’once.
Il  est  vrai  qu  une  lettre  des  directeurs  de  la  banque  à  M.  Pitt,
écrite  en  ectobre  1795  et  admise  comme  autorité  par  la  commission,
nous  apprend  qu'à  cette  époque  l’or-lingot  était  a  4  1.  3  s.  ou  4  1.
4  s.  l’once.  De  plus,  M.  &amp;gt;e\\  land  déclara  positivement  au  comité  des
lords,  en  1797,  que  la  banque  avait  été  souvent  forcée  d’acheter  de
l’or  au-dessus  du  prix  à  la  Monnaie  ;  et  qu’en  une  circonstance  on
l’avait  vue  payer  jusqu’à  4  1.  8  s.  une  faible  quantité  d  or  achetée
par  un  de  ses  agents  au  Portugal*.

&amp;lt;  Il  paraît  que  c’est  en  1796,  et  plus  probablement  en  octobre,  que  la  bancjue
paya  l’or  4  Uv.  8  s.  suivant  l’assertion  de  M.  Newland.  Lorsque  le  comité  des  lords
l’interrogea  relativement  à  l’époque,  il  répondit  ;  «  Je  pense  que  ce  prix  de  4  liv.
»  8  s.  l’once  remonte  à  près  de  deux  ans.  On  u  agit  que  sur  une  petite  quantité  et
»  l’exagération  du  prix  lit  abandonner  l’operation.  A  la  même  époque,  la  ban-»
  que  crut  favorable  d’importer  de  l’or  de  Portugal,  et,  cet  or,  sou  agent  ne  put
M  l’obtenir  à  un  prix  moindre  de  4  liv.  8  s.  &amp;gt;&amp;gt;
M.  Newland  parlait  ainsi  le  28  mai  1797.
Il  n’est  nullement  invraisemblable  que  la  Banque  ait  fréquemment  acheté  de
l’or  étranger  au-dessus  du  prix  à  la  Monnaie,  lors  même  qu  elle  pouvait  acquérir
de  l’or  en  barres  prohibé  à  la  sortie,  à  un  taux  comparativement  moindre.  Les
administrateurs  pouvaient  espérer  qu’en  ne  s’adressant  pas  au  marché  anglais  ils
diminueraient  l’appât  offert  par  la  fusion  des  guinées.  D’un  autre  côté,  ils  devaient ­
  s’efforcer  de  combler  leurs  caisses  épuisées.  Cette  opinion  sera  fortement
coulirinee  par  l’examen  de  l’appendix  joint  au  liullion-liepori,  n“  19,  d’où  il
ressort  que  de  1797  à  1810  le  montant  de  la  valeur  de  l’or  frappé  à  l’Hôtel  des
Monnaies  fut  de  9,340,338  liv.  st.  sur  lesquels  2,290,060  liv.  seulement  furent
monnayées  avec  de  l’or  anglais  et  le  reste,  7,041,282  liv.  a\ec  l  oi  etranger.  U
        <pb n="537" />
        RÉPONSE  AUX  OBSEIUATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  Í8.S
Mais  ce  sont  laies  seuls  faits  sur  lesquels  M.  Bosanquet  s’appuie
pour  renverser  le  principe.  Et  ces  prix  inconnus  au  public,  que
nul  tableau  ne  constate  et  qu’on  a  oit  appuves  par  une  corporation
qui  ne  brilla  jamais  par  une  sage  direction  de  ses  affaires,  ces  prix
seraient  reconnus  comme  étant  les  véritables  cours  du  marché!  Et
des  exceptions  de  ce  genre  seraient  destinées  à  détruire  des  opinions
fondées  sur  une  saine  théorie,  sanctionnées  par  des  hommes  pratiques, ­
  et  contrôlées  par  l’expérience  !
A-t-on  un  seul  fait  qui  prouve  que  ces  prix  se  sont  perpétués
pendant  une  semaine  seulement?  Si  nous  consultons  le  tableau  des
pHx,  nous  trouvons  qu’en  juillet  de  cette  même  année  1795  l’or
«tait  coté  à  3  1.  17,  s.6d;  en  décembre,  il  est  encore  au  même
faux  de  31.  17  6  d.  et  quant  aux  quatre  mois  intermédiaires,  aucun
prix  n’est  indiqué.  M.  Bosanquet  croit-il  que  le  prix  de  l’or  ait  pu
se  maintenir  à  4  1.  4  s.  quand  on  pouvait  facilement  l’obtenir  à
f  1.17  s.  10  lj'2  d.  en  fondant  les  monnaies?  A-t-il  donc  une  si
haute  opinion  du  désintéressement  et  des  vertus  de  toutes  les  classes
de  la  société?  Et  s’il  en  est  ainsi,  pourquoi  ne  s’y  confierait-on  pas
aujourd’hui?  Où  sont  les  raisons  qu’on  assigne  pour  ne  pas  payer  en
espèces?  Dira-t-on  que  le  change  actuel  et  le  prix  de  l’or  offrent  de
tels  avantages  à  la  fusion  et  à  l’exportation  des  monnaies  métalliques, ­
  qu’on  puisse  craindre  de  voir  toutes  les  guinées  abandonner
le  pays  ?  Mais  comme  vous  affirmez  que  les  lingots  n’ont  aucun
rapport  avec  le  numéraire,  «  qu’il  n’existe  aucun  point  de  contact
entre  l’or  anglais  et  l’or  étranger,  «  on  n’a  pas  à  redouter  de  voir
des  individus  se  montrer  jaloux  de  monnaies  métalliques;  car  les
hanck-notes  accomplissent  aussi  bien,  si  ce  n’est  mieux,  les  simples
uiouvements  de  la  circulation.
«  S’il  arrivait,  dit  M.  Bosanquet,  que  les  demandes  d’or  étranger
fussent  très-considérables  et  qu’à  la  même  époque  la  loi  eût  diminué ­
  la  fusion  et  l’exportation  des  guinées,  l’or  étranger  pourrait
^ller  jusqu’à  doubler  son  prix  en  or  anglais,  et  laisser  cependant
n  nos  guinées  leur  valeur  intrinsèque.
•fe  pourrais  appliquer  au  .S;  de  M.  Bosanquet  l’observation  qu’il

paraît  aussi  que  depuis  1804,  il  a  été  frappé  avec  de  l’or  étranger  1,402,-542  liv.
ef  que  l’or  anglais  n’a  pas  fourni  une  seule  guinée.  Pendant  toute  cette  époque  le
prix  de  l'or  étranger  dépassa  sur  le  marché  celui  de  l’or  national.  —  N’esMl  pas
probable  alors  que  la  Banque,  qui  importe  seule  l’or  de  la  Monnaie,  a  été  guidée
par  des  vues  analogues  à  celles  que  je  lui  ai  supposées  ?
        <pb n="538" />
        486

ŒUVRES  DIVERSES.

afaitesur  lemème  mot,  quand  la  commission  s’en  est  servi  :  Votre  Si
est  un  grand  pacificateur.  Mais  ce  n’est  pas  le  cas  ;  la  loi  ne  peut-être
mise  eu  vigeur.  Aussi  la  remarque  n’a-t-elle  aucune  portée  dans
la  question  actuelle.
Si  toutefois  il  était  possible  d’appliquer  la  loi,  elle  aurait  le  caractère
de  la  plus  cruelle  injustice.  Pourquoi  le  possesseur  d’une  once
d’or-monnaie  n’aurait-il  pas,  pour  accroître  la  valeur  de  sa  propriété, ­
  des  droits  égaux  à  ceux  dont  jouit  le  détenteur  d’une  once
d’or-lingot?  Doit-il  rester  soumis  à  toutes  les  baisses  que  produisent
dans  la  valeur  de  l’or  l’exploitation  de  nombreuses  mines  et  tant
d’autres  circonstances,  sans  être  admis  à  recueillir  les  profits  qui
résultent  d’une  hausse  dans  cette  valeur?  Et  cela  pour  le  mince
avantage  de  voir  son  or  revêtu  d’une  empreinte?  Cette  injustice
faite  à  des  individus  ne  serait  pas  compensée  par  les  plus  légers  bénéfices ­
  pour  la  communauté,  car  l’exportation  du  numéraire,  quand
elle  est  permise,  cessera  toujours  au  moment  où  la  valeur  de  notre
circulation  se  sera  élevée  à  son  prix  réel  en  lingots,  et  c’est  là
précisément  la  valeur  à  laquelle  demeurent  fixées  toutes  les  évaluations ­
  monétaires  du  globe.
Telle  fut,  malgré  la  loi,  la  valeur  de  notre  circulation,  jusqu’au
bill  de  restriction  de  la  banque  et  pendant  quelques  années  après  ;
telle  elle  redeviendrait  encore  inévitablement,  si  on  rapportait  un
acte  aussi  hautement  impolitique.  Elevez  la  valeur  de  notre  circulation ­
  à  son  véritable  niveau,  et  vous  serez  sûrs  de  l’enchaîner.  Il  ne
peut  y  avoir  de  plus  mauvais  système  que  celui,  par  exemple,  qui
retient  un  million  de  livres  sterling  pour  des  résultats  auxquels
800,000  1.  8.  suffisent  complètement.

SECTION  DEUXIÈME.
Conséquences  qui  résulteraient  de  l’hypothèse  où  les  circulations  monétaires  des  peuples ­
  (l’Angleterre  exceptée)  seraient  diminuées  ou  accrues  de  moitié.
Supposons  que  la  circulation  de  tous  les  pays  soit  entièrement  desservie ­
  par  des  métaux  précieux  et  que  l’Angleterre  en  possède  une
fraction  égale  à  un  million.  Supposons  encore  qu’au  même  moment ­
  la  moitié  des  monnaies  de  tous  les  pays,  excepté  celles  de  l’Angleterre, ­
  soit  tout  à  coup  annulée.  Serait-il  possible  à  l’Angleterre  de
conserver  alors  le  million  qu  elle  possédait  primitivement?  Sa  circulation ­
  ne  deviendrait  elle  pas  relativement  excessive,  en  la  compa-
        <pb n="539" />
        487

RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.
rant  avec  celle  des  autres  nations?  Si,  par  exemple,  un  quarter  de
blé  avait  eu  en  France  et  en  Angleterre  une  valeur  é^ale  à  une  once
d’or,  n’est-il  pas  évident  (pue  la  moitié  de  cette  quantité  métallique
sufiirait  actuellement  à  acheter  le  int‘me  quarter  de  blé  qui,  en  Angleterre, ­
  continuerait  à  valoir  une  once  '  ?  Des  lois  promulguées  sous
l’appui  de  telles  circonstances,  pouvaient-elles  empêcher  d’importer  en
Angleterre  du  hlé  ou  toute  autre  marchandise  (car  le  marché  tout  entier
se  trouverait  atteint)  et  pouvaient-elles  aussi  prévenir  l’exportation
des  monnaies  d’or?  Si  elles  avaient  cette  puissance,  et  que  l’exportation ­
  des  lingots  fut  libre,  l’or  hausserait  peut-être  de  100  p.  O/q,  et
par  la  même  raison  s’il  fallait  35  s.  de  Flandre  pour  représenter  à
Hambourg  1  1.  st.  il  n’en  faudrait  plus  que  17  1/2.  Les  mêmes
effets  se  seraient  reproduits  dans  le  cas  où  la  circulation  de  1  Angleterre ­
  aurait  seule  doublé.
Renversons  l’hypothèse  et  supposons  que  toutes  les  autres  circulations ­
  restent  immobiles  pendant  que  celle  de  1  Angleterre  aura  diminué ­
  de  moitié.  Si,  d’ailleurs,  les  limites  du  monnayage  actuel  restaient ­
  les  mêmes,  ne  verrait-on  pas  le  prix  des  marchandises  arriver
par  degrés  à  un  avilissement  capable  de  tenter  les  acheteurs  étrangers? ­
  Et  cette  situation  ne  se  perpétuerait-elle  pas  jusqu  à  ce  que
les  proportions  relatives  des  deux  circulations  fussent  rétablis?
Si  tels  sont  les  résultats  qui  aceompagnent  un  abaissement  de  la
monnaie  au-dessous  de  son  niveau  normal;  et  ces  résultats,  I  œuvre
des  plus  illustres  économistes  It^s  consacre  !  comment  pourra-t-on
soutenir  avec  raison  que  l’accroissement  ou  la  diminution  de  la
masse  monétaire  n’a  aucun  rapport  avec  les  changes  étrangers  ou
le  prix  des  lingots?
Maintenant,  sous  l’empire  d’une  loi  contre  l’exportation,  rigoureusement ­
  exécutée,  une  circulation  de  papier  non  conversible  en

‘  Oue  le  prix  des  marchandises  s’élève  ou  s’abaisse  proportionnellemeut  a  l’acrrois^ement
  et  à  la  réduction  des  signes  monétaires,  c’est  là  un  lait  queje  declare
irrécusable.  M.  Rosanquet  a  fait  voir,  en  admettant  l’iuiluence  immédiate  de
la  découverte,  d’une  mine  sur  les  prix,  qu’il  ne  partage  pas  à  ce  sujet  les  doutes
du  gouverneur  de  la  banque  Quand  la  commission  demanda  à  cet  administrateur
"  Si  une  réduction  considérable  dans  la  masse  des  agents  de  circulation  ne  tei^
”  drait  pas  à  accroître  dans  de  certaines  limites  leur  valeur  relative  compar^
»  avec  celle  des  marchandises,  et  si  une  augmentation  considérable  ,
ne  me  sens  pas  apte  à  donner  une  réponse  positi\e.  »’
        <pb n="540" />
        488

OEUVIŒS  DIVERSES.

espèces  produit  exactement  les  mêmes  effets  qu’une  circulation  métallique. ­

Supposons  dès  lors  que  le  premier  cas  se  reproduise  en  face  d’une
circulation  nationale  toute  composée  de  papier,  les  changes  ne  tomberaient-ils ­
  pas,  et  les  lingots  ne  s’élèveraient-ils  pas,  par  soumission ­
  aux  règles  que  j’ai  déjà  présentées?  De  plus,  notre  circulation
ne  serait-elle  pas  dégradée,  puisqu’elle  n’aurait  plus  sur  les  marchés
du  monde  une  valeur  égale  au  métal  dont  elle  est  le  signe  représentatif? ­
  Rien  ne  peut  démentir  le  fait  de  la  dégradation  d’une  monnaie.
Et  c’est  en  vain  que  les  directeurs  de  la  Banque  pourraient  certifier ­
  au  public  qu’ils  n’ont  jamais  admis  à  l’escompte  que  des  effets
solides,  dans  des  opérations  bonâ  fide.  C’est  en  vain  qu’ils  affirmeraient ­
  n’avoir  jamais  imposé  un  billet  à  la  circulation;  que  la  masse
des  unités  monétaires,  constamment  égale  à  celle  des  époques  antérieures, ­
  était  seulement  proportionnelle  aux  besoins  du  commerce  qui
s’était  accru  et  non  affaibli  ‘  ;  que  le  prix  de  l’or,  arrivé  ici  à  deux  fois
sa  valeur  à  la  Monnaie,  était  aussi  élevé  et  même  supérieur  au  dehors, ­
  comme  on  pourrait  le  prouver,  en  envoyant  une  once  de  métal
à  Hambourg  et  se  faisant  remettre  le  montant  par  une  lettre  de  change
payable  à  Londres  en  bank-notes  ;  qu’enfin  l’accroissement  ou  la  diminution ­
  des  billets  ne  pouvait  agir  sur  le  change  ou  sur  le  prix  des
lingots.  Tous  ces  faits,  excepté  le  dernier,  seraient  vrais,  qu’on  ne
trouverait  cependant  pas  un  homme  qui  refusât  de  reconnaître  la
dépréciation  de  notre  monnaie.  Ces  symptômes,  que  j’ai  énumérés,
pourra-t-on  les  faire  dériver  d’une  cause  étrangère  à  l’exubérance
relative  de  notre  circulation?  Pourra-t  on  la  ramener  à  sa  valeur  en
lingots  par  d’autres  voies  que  celles-ci  :  Réduire  la  masse  de  nos
unités  monétaires,  ce  qui  en  élèverait  la  valeur  au  taux  de  la  circula-’
  Les  chefs  de  la  Banque  n’ont  pu  appuyer  sur  leurs  propres  principes  cette
opinion  si  radicalement  erronée  ;  le  taux  de  V  inter  H  se  trouverait  affecté
par  des  émissions  excessives,  et  que  par  suite  il  provoquerait  des  demandes  de
remboursement  de  la  part  des  porteurs  de  billets  de  banque.  Ils  ne  l’ont
pu  ;  car,  dans  le  cas  supposé  où  le  montant  actuel  des  monnaies  du  marché  était
fortement  diminué,  ils  doivent  reconnaître  que  le  taux  de  l’intérét  s’élèvera  généralement, ­
  et  que  dès  loré  ils  pourront  accroître  leurs  émissions.  Si  après  l’habile ­
  argumentation  du  docteur  Smith,  il  était  nécessaire  d’invoquer  de  nouveaux
raisonnements  pour  prouver  que  le  taux  de  l’intérêt  se  règle  entièrement  par  le
rapport  établi  entre  la  masse  du  capital  et  les  moyens  d’utilisation,  et  qu’il  est
entièrement  indépendant  de  l’abondance  ou  de  la  rareté  des  agents  de  circulation ­
  ce  commentaire  ferait  je  l’espère,  disparaître  tous  les  doutes.
        <pb n="541" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  T89
tion  des  autres  pays;  ou  bien  multiplier  les  métaux  précieux,  ce  qui
réduirait  le  prix  des  leurs  au  niveau  des  nôtres?
Pourquoi  les  directeurs  de  la  Banque  ne  semblent-ils  point  tenter
1  épreuve  en  réduisant,  pour  le  court  espace  de  trois  mois,  le  montant
de  leurs  billets,  de  deux  ou  trois  millions?  Si  l’expérience  ne  produisait ­
  aucun  effet  sur  le  prix  des  lingots  et  sur  le  change  extérieur,
alors  il  serait  permis  à  leurs  amis  de  proclamer  triomphalement
que  les  principes  de  la  commission  n’étaient  que  les  rêves  bizarres
de  théoriciens  frappés  de  mysticisme.
SECTION  TROISIÈME.
La  légéie  hausse  du  prix  de  l’or  sur  le  continent  est  due  seulement  à  une  variation  dans
le  rapport  de  l’argent  à  l’or.

Mais,  nous  dit-on,  le  prix  de  l’or  a  éprouvé  sur  le  continent  une
hausse  encore  plus  sensible  qu’en  Angleterre  ;  car,  au  moment  où  il
valait  4  1.  12  s.  ici,  on  le  payait  à  Hambourg  4  1.  1  7  s.  ;  ce  qui  constituait ­
  une  différence  de  5  1/2  p.  O/q.  Cet  argument  si  complètement ­
  spécieux  a  été  tant  de  fois  reproduit  qu’il  est  peut-être  convenable ­
  de  lui  accorder  un  examen  spécial.
^  l’époque  où  une  once  d’or  valait  en  Angleterre  3  1.  17  s.  10  1/2
où  le  rapport  de  l’or  à  l’argent  était  de  15.07  à  1,  elle  était  vendue
Sur  le  continent  pour  une  somme  à  peu  près  égale,  ou  31.17s.  101  i'2
®u  monnaie  d’argent.  A  Hambourg,  par  exemple,  on  recevait  en
paiement  d’une  once  d’or  130  shill,  de  Flandres,  7  grotes,  somme
monétaire  qui  contenait  une  quantité  d’argent  pur,  égale  à  3  1.  17  s.
1/2  d.  de  nos  unités  types  d’argent.
I/or  a  haussé  depuis  de  18  p.  0o  dans  notre  pays.  Il  a  atteint
^  È  12  8.  l’once  et,  toutefois,  on  assure  que  les  4  1.12  s.  qui  servent
‘‘  l’acheter  ne  sont  pas  dégradés.  Maintenant;  comme  l’or  s’est
®levé  de  5  1/2  p.  O  p  plus  haut  à  l’étranger  qu  id,  il  doit  y  conserver
Rue  valeur  de  23  1/2  p.  0/p  plus  forte  qu’au  temps  où  il  se  vendait
pour  136  sh.  7  gr.  Nous  serions  donc  conduits  à  penser  que  Hambourg ­
  le  paierait  aujourd’hui  à  raison  de  167  shil.  de  Flandres,  Mais
Voyons  le  fait.  L’once  d’or  qu’on  nous  dit  valoir  à  Hambourg  4  1.
s.  ne  produit  pas  au  delà  de  140  shil.  8  gr.  C’est  donc  une  bouilication
  de  3  p.  0b  seulement,  bonification  que  le  vendeur  doit  à
^a  hausse  de  la  valeur  relative  de  l’or  à  l’argent  qui  de  15,0/  à  1  est
arrivé  à  environ  16  :  I.  Il  est  vrai  qu’au  moment  où  l’once  d’or
        <pb n="542" />
        490

OEUVRES  DIVERSES

se  vendait  3  1.  17  8.  10  1/2  d.  ou  son  équivalent  136  sh.  7  gr.  à
Hambourg,  la  circulation  anglaise  n’était  pas  dépréciée.  Ce  qui
explique  comment  cette  somme  ne  pouvait  servir  à  acheter  qu’une
lettre  de  change  de  3  I.  17  s.  10  1/2  payable  à  Londres  en  billets
de  Banque.  Mais  en  face  de  notre  circulation  avilie  le  change  à
Hambourg  étant  tombé  à  28  ou  29  shil.  flamands,  de  37  sb.  qui  constituaient ­
  la  valeur  réelle  d’une  once  d’or,  140  s.  8  gr.  ou  3  O/q  de
plus  que  136  s.  7  g.  sufliront  pour  acheter  un  effet  de  4  1.  17  8.,
payable  en  billets  de  Banque,  à  Londres.  De  sorte  que  l’or  n’a
pas  haussé  de  plus  de  3  p.  O/q  à  Hambourg  ;  mais  la  circulation  anglaise ­
  comparée  à  celle  de  Hambourg  a  fléchi  de  23  1/2  p.  0/q.
Pour  prouver  plus  complètement  la  vérité  de  cette  assertion,  que
l’or  ne  s’est  pas  élevé  de  16  ou  18  p.  0/q  sur  le  marché  général  du
monde,  mais  que  la  circulation  de  papier,  signe  représentatif  de
l’or,  a  subi  une  dépréciation;  pour  le  prouver,  dis-je,  je  joins
aux  développements  précédents,  le  tableau  des  prix  les  plus  bas  que
l’or  ait  atteint  à  Hambourg,  en  Hollande  et  en  Angleterre,  en  1804,
et  ses  prix  les  plus  élevés,  en  1810.  Nous  pourrons  alors  mesurer  et
déterminer  la  hausse  du  prix  de  l’or  dans  les  trois  circulations  respectives. ­
  Ce  document  a  été  fourni  par  M.  Greffulbe  au  Bullion-Committee,
  et  a  reçu  le  numéro  56.
Plus  bas  prix.  Plus  haut  prix.
Hambourg  —1804—  973/4—1810—  101  constituant  une  hausse  de  31/4  p.  0/0
Hollande  «  1804  —  3921/4  «  1810  —  400  7/16  »  3  6/8  0/0
Angleterre  «  1804—  41.  «  1810—  41.13  s.  »  16  0/0
A  Hambourg  et  en  Hollande  où  la  monnaie  courante  est  l’argent,
l’or  pourra  hausser  non-seulement  de  3,  mais  encore  de  30  p.  0/q  sans
qu’on  y  puisse  lire  la  preuve  d’une  dépréciation  monétaire.  Ce
sera  simplement  l’indice  d’un  progrès  dans  la  valeur  relative  de  l’or
à  l’argent.  Mais  en  Angleterre  où  le  prix  de  l’or  se  calcule  en  coins
d’or  ou  en  billets  de  Banque  représentant  ces  coins,  une  hausse  de
1  p.  0/q  sera  la  preuve  immédiate  d’une  dépression  *  correspondante
dans  le  numéraire  ou  le  papier.  Cette  observation  peut  également
s’appliquer  à  ce  fait  que,  dans  une  période  de  deux  ans,  les  variations
de  l’or  à  Hambourg  n’ont  pas  été  moindres  de  8  p.  0/q  :  fait  d’ail-«

  Cette  expression  est  signalée  par  M.  Bosanquet  comme  ultra-théorique,
mais  je  la  crois  si  merveilleusement  correcte  que  j’ai  pris  la  liberté  de  l’employer ­
  après  la  commission.
        <pb n="543" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  494
leurs  mentionné  par  M.  Bosanquet  qui,  lui-même,  semble  en  avoir
été  frappé.
Comme  il  existe  une  différence  avouée  entre  le  prix  de  l’or  en  barres ­
  au  titre  légal,  et  celui  des  monnaies  d’or  ramenées  à  l’étalon  anglais, ­
  différence  qui  vient  de  ce  que  celles-ci  sont  une  valeur  plus  facilement ­
  négociable  sur  le  continent  ;  je  ne  puis  admettre  les  déductions ­
  que  M.  Bosanquet  obtient  par  la  comparaison  de  la  note  de
^1-  Greffulhe  (n°  58),  avec  celle  n°  60  du  Rapport.  11  serait  d’abord
nécessaire  de  vérifier  si  les  prix  de  l’or,  tels  qu’ils  sont  cotés  dans  ces
documents  quelquefois  contradictoires,  s’appliquent  à  l’or-monnaie,
ou  à  l’or  sous  toute  autre  forme,  et  si  pour  des  époques  différentes
les  différents  cours  de  l’or  dans  ce  pays  sont  toujours  relatifs  à  un
niélal  de  qualité  identique.
M.  Bosanquet  fait  observer  «  que  les  calculs  fournis  par  M.  Greffulhe ­
  au  comité  établissent  qu’au  printemps  de  1810  une  once  d’or
au  poids  légal  d’Angleterre  valait  à  Hambourg  41.17  s.  sterling;  le
Peix  étant  alors  à  101  et  le  change  à  29  s.  »  Le  lecteur  doit  se  rappeler ­
  qu’on  entend  ici  4  1.  17  s.  en  bank-notes,  ainsi  que  je  l’ai  déjà
expliqué.  Mais  je  ne  puis  admettre  la  parfaite  exactitude  de  cette
évaluation.  Le  spéculateur  qui  achèterait  ici  une  once  d’or  au
eours  de  4  1.  12  s.  pour  l’exporter,  devrait  attendre  au  moins  trois
Riuis  pour  recevoir  les  4  1.  17  s.  Car  aussitôt  l’or  vendu  sur  la
place  de  Hambourg,  le  renvoi  s’opère  au  moyen  d’une  lettre  de
change  à  2  1/4  usances.  De  sorte  qu’en  tenant  compte  de  l’intérêt
pendant  ce  laps  de  temps  son  bénéfice  se  bornerait  à  4  1/4  p.  O/q.
leíais  comme  les  frais  nécessaires  pour  envoyer  de  l’or  à  Hambourg
sont  inévitablement  de  7  p.  O/o,  il  en  résulte  qu’une  remise  eût  été
^  cette  époque  de  2  3/4  p.  O/o  moins  onéreuse  que  tout  autre  moyen
^c  liquidation.
Cependant,  admettons  que  M.  Bosanquet  ait  été  rigoureusement
exact  dans  ses  assertions;  que  le  prix  de  l’or  dans  ce  pays  fut  réellement ­
  de  4  1.  12  8.  pendant  les  mois  de  juin,  juillet,  août,  septemhre
  1809,  pendant  le  printemps  de  1810,  et  que  dans  toutes  ces  circonstances ­
  ce  prix  fut  relatif  à  de  l’or  d’une  qualité  égale.  —  Les
conclusions  par  lesquelles  il  déclare  qu’en  1809  ou  pouvait  réaliser,
tous  frais  couverts,  un  bénéfice  de  5  1/2  p.  O/o,  n’en  seront  pas  pour
ocla  mieux  conlirmées  par  les  faits.  «  Si  au  cours  de  101  et  de  29,  re-Oïaeque
  M.  Bosanquet,  on  pouvait  recueillir  un  bénéfice  de  5  1  /4  p.  O/o
l’exportation  de  l’or  à  Hambourg,  il  en  résulterait  qu  aux  taux
^c  104  1/2  (réalisé  à  Hambourg,  en  juin,  juillet,  août,  septem-
        <pb n="544" />
        m

Ot':UVHES  DIVERSES.

bre  1809)  et  de  28  s.,  ce  profit  devait  monter  à  12  1/2  p.  O/o,  ou
que,  déduction  faite  des  frais  de  transport,  l'or  acheté  à  Londres  à
raison  de  4  1.  12  s.  l’once,  constituait  une  remise  de  5  1  ¡'2  p.  O/o  plus
avantageuse  qu’un  effet  au  change  du  jour.  »  Comme  j’ai  démontré
que  quand  le  change  était  à  29  et  le  prix  de  l’or  à  Hambourg  à  101,
les  remises  par  le  moven  de  l’or  étaient  de  2  p.  O/o  plus  chères  que  par
lettres  de  change  ;  il  s’ensuit  qu’aux  taux  de  28  s.  et  de  104  1/2  ils
n’offraient  qu’un  avantage  de  1  1/4  p.  O/o.
Ces  faits  prouvent  qu’en  juin,  juillet,  août  et  septembre  1809,
mois  où  le  change  se  cotait  à  Hambourg  à  raison  de  28  sh.  et  l’or  à
104  1/2,  le  change  réel  était  eu  faveur  de  cette  place.  Au  printemps
de  1810,  cette  supériorité  avait  tellement  diminué  qu’elle  ne  suffisait
plus  à  couvrir  les  dépenses  d’importation  de  l’or.
Quant  au  renchérissement  de  l’or  à  Hambourg,  parallèlement  à
une  complète  immobilité  du  change,  ce  fait  dérive  d’une  hausse
correspondante  au  prix  de  l’or  en  Angleterre.  A  mesure  que  la
circulation  anglaise  se  dégradera  relativement  à  l’or,  elle  équivaudra ­
  à  une  plus  petite  quantité  de  shillings  à  Hambourg,  à  moins
qu’une  hausse  dans  la  valeur  de  l’or,  en  rendant  les  livres  sterling
plus  préeieuses,  ne  vienne  compenser  sur  le  marché  de  Hambourg
l’effet  de  cette  dépréciation.
D’un  autre  côté  les  changes  pourraient  réfléchir  les  fluctuations
d’une  livre  sterling  dépréciée,  alors  même  que  le  prix  de  l’or  resterait
invariable  à  Hambourg.
«  H  parait,  dit  M.  Bosanquet,  (d’après  le  compte-rendu  du  Bureau
des  lingots  —  JhiUion-Office  —  à  la  Banque,  n°*  7  et  8  de  l’appendix  au
Rapport),  que  le  montant  total  des  lingots  d’or  importés  et  déposés
dans  ce  bureau  en  1809  s’élevait  en  valeur,  seulement  à  520,225  I.,
et  que  pendant  la  même  période  la  quantité  d’or  versée  par  le  liullion~()ßce
  se  montait  en  valeur  à  805,508  liv.  sur  lesquelles  592  1.
seules  ne  pouvaient  être  exportées.  «
«  Le  chiffre  de  l’importation,  comparé  au  montant  total  des  exportations ­
  et  des  importations  et  à  celui  des  agens  de  circulation,  suffit
à  justifier  l’hypothèse  d’une  rareté  comparative;  et  l’excédant  des
remises  sur  les  importations  est  le  témoignage  évident  d'une  demande ­
  extraordinaire.  »
Le  fait  sur  lequel  on  insiste  ici  n’a  qu’une  faible  importance  dans
la  question  controversée;  mais  il  me  semble  que  les  conclusions  de
M.  Bosanquet  ne  sont  pas  sanctionnées  par  les  comptes  auxquels  il
se  réfère.
        <pb n="545" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  493
L’excédant  des  émissions  sur  les  importations  n’est  nullement  le
témoignage  d’une  demande  extraordinaire,  ainsi  que  le  prouve  la
note  du  n°  7,  dont  on  a  extrait  la  plus  forte  quotité  de  versement.
INota.  —  «  Le  chilfre  ci-dessus  désigne  le  montant  de  l’or  qui  a
traversé  le  JiuUion-Offtce  par  suite  de  ventes  et  d’achats  effectués
dans  des  spéculations  privées  ;  mais  il  se  peut  que  ce  montant  y  ait
figuré  plus  d’une  fois,  car  le  bureau  n’a  aucun  renseignement  sur
ia  provenance  de  l’or.  «
Les  importations  établies  au  n°  8  sont  actuellement  déposées  par
des  spéculateurs  étrangers  et  ne  peuvent  être  reçues  qu’une  fois.
Outre  cette  objection,  ces  comptes  ne  peuvent  constituer  des  termes
valables  de  comparaison  ;  car  le  n°  7  a  été  (calculé  jusqu’au  18  août
*810,  et  le  n®  8  jusqu’au  30  mars  1810.  «
"  Ce  qui  fait  l’importance  de  ces  faits,  continue  M.  Bosanquet,
c’est  qu’on  met  en  regard  le  montant  de  l’or  importé  ou  remis,
et  la  circulation  de  [)apier  qu’on  suppose  être  dégradée  par  cela
^eul  que  le  prix  des  lingots  s’est  accru.  L’augmentation  de  12  s.
par  once  répartie  sur  toute  la  quantité  d’or  versée  dans  une  année,
^cit,  200,000  onces,  s’élève  à  120  ou  130,000  1.  On  a  dès  lors
prétendu  qu’il  j  avait  là  un  symptôme  non  équivoque  d’une  dépréciation ­
  de  12  ou  13  p.  0/0,  sur  les  30  ou  40  millions  qui  forment  toute
notre  circulation  de  papier.  »—«  Nous  devons  nous  attendre  bientôt  à
Voir  allirmer  que  la  valeur  des  billets  de  banque  s’est  élevée,  parce
que  le  papier  sur  lequel  ils  sont  écrits  est  un  peu  plus  cher  qu’auparavant.
  »
La  valeur  d’un  bank-note  se  règle,  non  par  la  multiplicité  des
transactions  qui  ont  pour  objet  l’achat  ou  la  vente  de  l’or,  mais  par  la
Valeur  comparative  actuelle  du  billet  avec  celle  du  coin  dont  il  est  le
^'gne  olliciel.
Puisqu’il  est  admis  qu’une  banque  gouvernementale  peut  donner
cours  forcé  à  une  circulation  de  papier,  quoique  notre  Banque  ne  le
puisse,  comment  M.  Bosanquet  calculera-t-il  la  dépréciation  de  ces
*&amp;gt;illet8  forcés,  si  ce  n’est  en  comparant  leur  valeur  avec  celle  des  lin-Kots?
  .lugera  t  il  nécessaire  de  rechercher  si  le  montant  total  des  opérations ­
  de  l’année  a  été  de  100  onces  ou  d’un  million?  Si  l’or  n’a
pas  un  terme  pour  évaluer  une  dépréciation,  (jucl  est  donc  ce  terme,
l  aut  (jue  ce  sera  un  délit  d’acheter  des  guinées  à  prime,  il  n  est
pas  probable  que  nous  puissions  créer  les  seuls  arguments  propres
à  satisfaire  ces  messieurs,  c’est-à-dire  deux  prix  pour  les  marebandi
*cs  :  un  prix  en  guinées  et  un  autre  en  billets  de  banque.  Ils  affirme
        <pb n="546" />
        494  OEUVRES  DIVERSES.
raient  peut-être  même,  dans  ce  cas,  que  c’est  la  rareté  de  l’or  au  dehors ­
  qui  a  ainsi  augmenté  la  valeur  de  la  guinée.
SECTION  QUATRIÈME.
Défaut  attribué  à  la  théorie  de  M.  Locke  sur  la  refonte  de  1696.
M.  Bosanquet  affirme  avec  justesse  que  la  théorie  de  M.  Locke
était  semblable  à  celle  que  nous  défendons.  Ce  penseur  avait  en  effet
établi  qu’une  once  d’argent  monnayé  ne  pouvait  avoir  une  valeur
moindre  qu’une  once  d’argent  en  lingots,  au  même  titre.  Et  le
comité  soutient  de  nos  jours,  que  dans  l’état  normal  de  la  circulation
anglaise,  une  once  d’or-lingots  ne  peut  avoir  pour  longtemps  une
valeur  supérieure  à  3  1.  17  s.  10  1/2  d.  ou  à  une  once  d’or-monnaie.
Aucune  de  ces  deux  opinions  n’a  été  encore  réfutée  comme  incorrecte ­
  ;  et  si  les  résultats  qu’on  attendait  de  la  refonte  sous  le  règne
de  Guillaume,  ne  se  réalisèrent  pas,  ce  n’est  point  pour  avoir  appliqué ­
  la  théorie  de  M.  Locke,  mais  bien  pour  l’avoir  méconnue.
Ce  n  est  pas  davantage  parce  qu’on  ne  put  le  convaincre  que  la  valeur
des  lingots  d  argent  avait  dépassé  le  prix  légal  ou  de  la  monnaie
(chose  impossible,  si  on  l’évaluait  en  monnaie  d’argent),  mais  bien
parce  que  ses  vues  ne  furent  pas  adoptées.
M.  Locke  proposa  que  la  monnaie  d’argent  fût  le  seul  étalon  fixe
et  légal  de  la  circulation  et  que  les  guinées  eussent  cours  dans  tous
les  paiements,  pour  leur  valeur  en  lingots.  D’après  ce  système,  une
guinée  eût  subi  toutes  les  variations  de  la  valeur  relative  de  l’or  à
l’argent;  elle  eût  tantôt  représenté  20  1.  et  tantôt  25.  Mais  contrairement ­
  au  principe  de  M.  Locke,  on  fixa  la  guinée  à  22  sbill.  et
plus  tard  à  21  s.  6  p.  tandis  que  sa  valeur  en  lingots  était  considéra-,
blement  inférieure  à  cette  évaluation*.  Au  même  moment,  et  par
cela  seul  que  Tor  était  coté  trop  haut,  la  monnaie  d’argent  passait
dans  la  circulation  pour  une  valeur  moindre  que  celle  des  lingots
d  argent.  On  devait  dès  lors  s’attendre  à  voir  conserver  les  coins
d  or,  et  au  contraire  disparaître  de  la  circulation  toutes  les  monnaies
d’argent.  Si  l’on  eût  ramené  la  valeur  des  guinées  en  circulation  à

*  On  peut  dire  que  malgré  la  loi  qui  prohibait  le  cours  des  guinées  à  plus  de  21s.
6  d.  elles  ne  furent  pas  déclarées  inonnaie  légale,  avant  1717  ;  et  que,  par  conséquent, ­
  aucun  créancier  n’était  obligé  de  les  recevoir  en  acquit  d’une  dette  à  ce
taux.  —  Mais  en  leur  accordant  cette  valeur  dans  le  paiement  des  taxes,  le  gouvernement ­
  leur  concédait  un  privilège  équivalent  à  celui  de  mmimie  légale.
        <pb n="547" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  495
celle  qu’elles  avaient  réellement  sur  le  marché  comparées  à  l’argent,
on  eût  arrêté  immédiatement  l’exportation  des  pièces  de  ce  métal.
Ce  fut  effectivement,  du  reste,  le  remède  qu’à  la  fin  on  adopta.  La
question  ayant  été  soumise  en  1717  à  sir  1.  Newton,  alors  maître  de  la
Monnaie,  il  dit  :  «  La  cause  principale  de  l’exportation  des  pièces  d’argent ­
  consiste  en  ce  qu’une  guinée  qui  circule  au  taux  de  21  s.  G  d.  ne
vaut  généralement  pas  plus  de  20  s.  8  d.  suivant  le  rapport  de  la  valeur ­
  de  l’or  à  l’argent  sur  le  marché;  rapport  soumis  pourtant  à  des
variations  accidentelles.  »  Il  proposa  alors,  «  de  réduire  de  6  d.  la
valeur  de  la  guinée  aiin  de  combattre  la  tentation  d’exporter  et  de
fondre  les  pièces  d’argent.  »  Il  ajoutait  que  «  si  l’on  voulait  restituer ­
  à  l’or  ses  proportions  relatives  avec  la  monnaie  d’argent,  telles
yue  ces  proportions  résultent  du  mouvement  général  du  commerce
et  du  change  en  Europe,  il  faudrait  diminuer  la  guinée  de  10  ou
•2d*.  «  Les  mêmes  effets  se  seraient  reproduits,  sans  l’intervention
du  gouvernement,  dans  le  cas  où  les  valeurs  relatives  de  l’or  et  de
l’argent  sur  le  marché  se  seraient  rapprochées  des  proportions  de  la
uiounaie  par  des  oscillations  successives.
I-^rd  Liverpool  professe,  relativement  à  la  refonte  de  1690,  une
upinion  toute  différente  de  celle  de  M.  Bosanquet.  11  est  si  loin  de
penser  que  celte  mesure  a  soumis  Ja  nation  au  désappointement  et  au
fnalaise  qui  }'accablent  encore,  et  à  une  dépense  stérile  de  prés  de  .1
unlhoMi»  sterlings,  qu’il  dit  :  «  Quelque  lourde  qu  ait  été  cette  charge,
les  pertes  que  subissaient  chaque  jour  le  gouvernement  et  le  peuple
entier  avant  1  o¡)ération  de  la  refonte  sullisait  à  justifier  toutes  les
dépenses  consacrées  à  améliorer  une  telle  situation.  «
M.  Bosanquet  échappe  à  la  vérité,  lorsqu  il  dit,  p.  34,  que  depuis
la  refonte  opérée  sous  le  règne  de  Guillaume,  le  prix  de  1  argent  n  a
jamais  été  inférieur  à  celui  de  la  Monnaie.  Il  résulte  d’un  examen  des
labiés  de  M.  Mushet  que  ce  prix  avait  baissé  jusiju’à  5  s.  Id.  en
•793  et  1794,  et  qu’en  1798  il  descendit  à  5  s.  C’est  alors  même
que  fut  rendue  cette  loi  déjà  signalée,  qui  prohibait  le  monnayage
de  l’argent*.

‘  Lettre  de  lord  Liverpool  au  roi.
'  Depuis  que  ces  lignes  ont  été  imprimées,  j’ai  vu  la  seconde  édition  de  l’ouvrage
df  M.  Bosanquet,  dans  laquelle  cette  iuexacütude  se  trouve  corrigée.

&amp;gt;«««•
        <pb n="548" />
        496

ŒUVRES  DIVERSES.

CHAPITRE  IV.
ÉTUDE  DES  OBJECTIONS  PRESENTEES  PAR  M.  BOSANQUET  CONTRE  CETTE
PROPOSITION  :  LA  BALANCE  DES  PAIEMENTS  A  ETE  FAVORABLE  A
l’angleterre

Après  avoir  examiné  tous  les  faits  auxquels  M.  Bosanquet  accorde
une  si  grande  importance,  comme  contredisant  à  cette  formule  dans
laquelle  le  comité  établit  que  c’est  par  la  comparaison  du  prix  des
lingots  sur  le  marché  et  à  la  Monnaie  qu’on  peut  déterminer  le
discrédit  de  la  circulation  ;  après  avoir,  je  l’espère,  établi  jusqu’à
l’évidence,  qu’aucun  autre  fait  isolé  ne  peut  nous  ¡aire  juger  de
la  régularité  ou  de  l’imperfection  de  notre  circulation  monétaire,
j’arrive  au  développement  de  la  troisième  proposition  du  liullion-CommiUee,
  Cette  proposition  énonce  «  qu’en  n’accordant  toutefois
qu’une  coniiance  légitime  aux  conclusions  fondées  sur  les  tableaux
d’importations  et  d’exportations  de  la  douane,  l’état  des  changes
devrait  être  particulièrement  favorable.  »
M.  Bosanquet  s’est  dévoué  à  consulter  de  nombreux  documents
pour  prouver  que  les  membres  du  Committee  n’ont  pas  seulement
commis  une  erreur  de  7,500,  000  1.  st.  dans  le  calcul  de  la  balance
des  exportations,  mais  d’autres  encore  dont  le  montant  s’élève  bien
plus  haut.  Il  a  voulu  démontrer  aussi  qu’en  réalité,  loin  d’être
fondés  à  dire  que  le  cours  du  change  a  dû  nous  être  favorable  l’année
dernière,  ils  doivent  reconnaître  que  le  montant  actuel  de  la  balance
des  paiements  dans  le  continent  a  dépassé  les  limites  usuelles.
Comme  j’aspire  seulement  à  défendre  les  principes  du  comité,
et  que  ces  faits  ne  sont  nullement  essentiels  aux  principes  eux-mêmes,
je  ne  discuterai  pas  l’exactitude  des  différentes  évaluations  du  comité
et  de  M.  Bosanquet.  Je  lui  concède  tout  d’abord,  les  faits  qu’il
soutient,  quelque  difficulté  qu’il  puisse  éprouver  à  les  taire  tous
accepter.
Ou  ne  peut  nier,  je  l’avoue,  que  la  balance  des  paiements  n’ait
été  contre  l’Angleterre.  Le  taux  du  change  réel  qui  indique  in-
        <pb n="549" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQÜET.  497
failliblement  le  pays  d’où  l’or  se  déplace,  le  prouve  d’une  manière
suffisante.  Il  eut  pourtant  été  satisfaisant,  pour  ceux  qui  désiraient
pénétrer  clairement  ce  sujet  difficile,  de  voir  exposer  par  M.  Bosanquet
les  moyens  que  nous  avons  de  rétablir  cette  balance  qu’il  soutient
être  défavorable.  Pense-t-il  qu’elle  a  dû  être  acquittée  de  nos  jours
avec  notre  propre  réserve  d’or?  Sommes-nous  donc  habitués  à  conserver ­
  stérile  une  masse  de  lingots  suffisante  pour  rétablir  de  telles
balances  année  par  année?
Comme  nous  ne  possédons  point  de  mines  en  propre,  si  notre
réserve  n’égale  pas  cette  somme  de  lingots,  nous  devrons  l’acheter
aux  pays  étrangers,  car  les  billets  de  banque  ne  peuvent  servir  à
cette  fonction.  Que  le  prix  de  l’or  en  bank-notes  soit  de  4  1.
ou  10  1.  l’once,  il  n’ajoutera  rien  à  notre  masse  de  lingots;  car
cette  quantité  additionnelle,  l’exportation  des  marchandises  seule  la
donne.  Si,  par  exemple,  nous  la  puisons  en  Amérique  ,  c’est
^vec  des  marchandises  que  nous  la  payons.  Dès  lors  un  regard
sur  le  mouvement  commercial  du  pays  nous  démontre  que  nous
uvons  dù  acquitter  notre  dette  envers  l’Europe  en  exportant  des
uiarcbandises  sur  quelque  autre  point  du  globe.  La  balance  des
paiements,  quelque  vaste  qu  elle  soit,  devra  done  en  définitive  se
solder  par  le  produit  du  travail  national.  Les  lettres  de  change
U  acquittent  jamais  la  dette  d’un  pays  à  un  autre.  Elles  permettent
^  un  créancier  de  l’Angleterre  de  recevoir  dans  le  lieu  de  sa  résidence,
"UC  certaine  somme  d’argent  d’un  débiteur  de  l’Angleterre.  Tous
deux  accomplissent  le  transfert,  la  cession  d’une  dette,  mais  ils  ne
^  Acquittent  pas.  Personne  ne  niera  que  des  demandes  d’or  (s’il  arrivait ­
  jamais  que  le  créancier  n’acceptât  que  de  l’or)  puissent  provoquer ­
  une  hausse  dans  sa  valeur.  C’est  jwurquoi,  si  les  marchandises
baissaient  considérablement,  il  ne  faudrait  y  voir  que  l’eflèt  naturel
d’une  telle  cause.  Mais  comment  une  hausse  quelconque  dans  le  prix
de  l’or  évalué  en  bank-notes  en  faciliterait-elle  l’acquisition  dans  le
cas  même  où  on  thésauriserait  en  Angleterre  ?
Le  vendeur  ne  se  laissera  pas  séduire  par  un  accroissement  de
valeur  nominale.  Il  lui  importera  peu  que  son  or  soit  vendu  à  3  1.
17  sh.  10  1/2  d.  ou  à  4  1.  12  s.  l’onee,  pourvu  que  l’une  ou  l'autre  de
sommes  lui  procure  les  marchandises  contre  lesquelles  il  voulait, ­
  en  définitive,  échanger  son  or.  Si  donc  on  accorde  aux  billets
de  banque  de  3  1.17  sh.  10  1/2  d.  une  valeur  égale  à  4  1.  12  s.  dans  les
opérations  sur  les  marchandises  qu’on  veut  acheter,  ces  deux  pnx
équivaudront  à  la  même  quantité  d’or.  Maintenant  peut  on  nier
{OEuv.  de  Ricardo.)
        <pb n="550" />
        498  OEUVRES  DIVERSES.
qu’en  réduisant  le  montant  des  bank-notes  on  en  élève  la  valeur?
Et,  s’il  en  est  ainsi,  comment  la  réduction  des  billets  de  banque
pourra-t-elle  nous  empêcher  d’obtenir  au  dedans  et  à  l’étranger
cette  même  masse  d’or  qui  nous  sert  à  acquitter  notre  dette  à  l’étranger, ­
  et  que  nous  obtenons  par  un  prix  nominal  et  fictif?
«11  arriva  une  époque,  dit  M.  Bosanquet,  où  nous  fûmes  contraints
à  recevoir  du  blé  de  nos  ennemis  eux-mêmes,  sans  la  plus  légère
stipulation  en  faveur  des  producteurs  nationaux,  et  en  payant  des
neutres  pour  nous  l’apporter.  Eh  bien  !  !VÎ.  Bieardo  nous  allirme  que
les  exportations  de  lingots  et  de  marchandises  destinées  à  payer  le
blé  qu’on  importait  ici,  se  résumaient  entièrement  en  une  question
d’intérêt,  de  lucre,  et  que  lorsque  nous  donnons  des  marchandises
en  échange  de  céréales,  ce  doit  être  par  choix  et  non  par  nécessité.
Il  nous  dit  que,  même  en  face  de  la  famine,  nous  n’importerons
pas  plus  de  marchandises  que  nous  n’en  exporterons,  à  moins  d’une
exubérance  de  circulation  monétaire.  »
.  tÆ.  Bosanquet  parle  comme  si  la  nation  tout  entière,  transformée
collectivement  en  un  seul  corps  maîtrisé  par  la  faim,  importait
du  blé  et  exportait  de  l’or.  Il  ne  remarque  pas  que  Timportatiou
du  blé,  même  dans  l’hypothèse  supposée,  est  un  fait  isolé  dirigé
par  les  mêmes  motifs  que  ceux  des  autres  branches  de  commerce.
Quelle  est  donc  la  contrainte  mise  en  œuvre  ix)ur  nous  faire  nnîcvoir
  des  blés  ennemis?  Je  pense  qu’elle  se  réduit  aux  besoins  qui
sollicitent  cette  marchandise  et  en  font  un  article  d’importation
avantageux.  Mais  si  ce  comineree  entre  deux  nations,  loin  d’être
forcé,  repose,  comme  on  peut  le  certifier,  sur  des  conventions  volontaires, ­
  je  maintiens  hautement  que,  même  en  face  d  une  lamine  dévorante, ­
  on  ne  paiera  le  blé  de  la  Erance,  en  or,  que  dans  le  cas  où
l’exportation  de  ce  métal  olfrira  au  négociant  d’ass&amp;lt;*,/-  grands  avantages ­
  :  c’est-à-dire  dans  le  cas  où  il  pourra  vendre  son  blé  en  Angleterre ­
  pour  plus  d’or  qu’il  n’en  a  consacré  a  l’acheter.
M.  Bosanquet,  ou  tout  autre  spéculateur  qu’il  pourra  connaître,
voudra-t-il  importer  du  blé  contre  de  l’or  à  d’autres  conditions?  —
S’il  n’en  est  point  qui  y  consente,  comment  le  blé  pénétrera-t-il  en
Angleterre,  si  l’or  ou  quelque  autre  marchandise  n’y  est  moins  chèrj?
Et  en  nous  renfermant  dans  les  questions  relatives  à  ces  deux  marchandises, ­
  n’est-il  |)as  évident  que  ces  opérations  indiquent  d'une
manière  également  certaine  que  l’or  est  plus  cher  en  France  et  le
blé  en  Angleterre?
Ne  voyant  rien  dans  les  démonstrations  de  M.  Bosanquet  qui  puisse
        <pb n="551" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  499
me  porter  à  changer  d’opinion,  je  dois  persister  à  reconnaître  que
c  est  l’intérêt,  et  l’intérêt  seul  qui  provoque  l’exportation  de  l’or,
d  après  les  mêmes  principes  qui  lui  font  régler  celle  de  toutes  les
autres  marchandises.  M.  Bosanquet,  avant  d’attribuer  tant  d’extravagance ­
  à  cette  opinion,  eût  sainement  agi  en  s’armant  comme  le
vulgaire  de  raisons  propres  à  prouver  cette  extravagance  ;  et  il  n’eût
probablement  pas  nui  à  sa  propre  cause  s’il  eût  bien  voulu  exposer,
1810,  les  arguments  qui  le  font  appuyer  un  principe  déjà  proclamé ­
  par  M.  Thornton  en  1802,  et  dont  on  contesta  l’exactitude  en
1809.
On  n’exportera  des  lingots  que  dans  le  cas  où  ils  auraient  été
primitivement  importés  dans  ce  but,  ou  bien  dans  le  cas  où  les  mouvements ­
  de  notre  circulation  intérieure  en  auraient  diminué  pour
nous  l’utilité  et  le  prix.  —  Si  de  nouveaux  décrets  de  Milan,  des  lois
d’embargos,  des  actes  de  non-intercourse,  agissaient  sur  l’exportation
des  marchandises,  ils  influeraient  aussi  sur  leur  importation;  car
^iie  nation  ne  [)eut  continuer  à  acheter  si  elle  ne  petit  en  même
^enips  vendre.  L’Angleterre  le  peut  moins  que  toute  autre,  elle  qui,
Pm'  l’exubérance  de  son  papier,  a  chassé  de  la  circulation  toute
Irace  de  métaux  précieux.
M.  Bosanquet  nous  dit  :  «  Si  la  circulation  est  avilie  au-dessous  àe
valeur  de  l’or,  il  y  faudra  voir  un  fait  absolu  et  non  relatif,  qui
céagira  également  sur  tous  les  changes.  »  Bien  de  plus  vrai.  Lt  c’est
pourquoi  i&amp;gt;|,  Bosanquet  eût  victorieusement  attaqué  l’opinion  du
^onnnitlee,  s’il  avait  pu  démontrer  que  le  change  de  l’Angleterre
®V(‘c.  un  pays,  quel  qu’il  soit,  dont  la  circulation  n’est  ni  altérée,  ni
dégradée,  lui  a  été  effectivement  favorable.
Des  écrivains  versés  dans  cette  matière  ont  dernièrement,  ce  me
'Semble,  jeté  des  vues  erronées  sur  l’exportation  des  monnaies,  et
les  effets  que  déterminait,  dans  le  prix  dra  lingots,  un  accroismoment
  de  circulation  produite«  par  des  émissions  de  papier.
M.  Blake  l’examine  ainsi  :  «  Tous  les  écrivains  économistes  qui  me
Sont  connus  paraissent  persuadas  que  toutes  les  fois  que  le  taux  du
change  s’écarte  du  pair  d’une  quotité  supérieure  aux  frais  de  transport ­
  des  lingots,  ces  lingots  émigrent.  ’Cette  erreur  vient  de  n’avoir
pas  suflisamment  distingué  les  effets  du  change  réel  et  du  change
Dominai.  »  j/auteur  a  consacré  un  grand  nombre  de  pages  a  prouver ­
  que  toute  addition  faite  à  la  monnaie  de  papier,  alors  meme
yu’une  grande  partie  de  la  circulation  est  desservie  par  les  métaux
précieux,  aura  pour  efl’et  de  renchérir  les  lingots  dans  une  piopoition
        <pb n="552" />
        soo

OEUVRES  DIVERSES.

égaie  vis-à-vis  des  autres  marchandises.  De  plus,  le  change  étranger
se  trouvant  avili  nominalement  au  même  degré,  il  n’y  aura  aucun
avantage  à  exporter  des  lingots.
La  même  opinion  a  été  soutenue  par  M.  Huskisson,  p.  27.
Si  la  circulation  monétaire  d’un  pays  reposait  en  partie  sur  l’or,
en  partie  sur  le  papier,  et  si  l’on  en  doublait  la  masse  par  de  nouvelles ­
  émissions  de  papier,  on  verrait  se  reproduire  sur  les  prix  les
mêmes  effets  que  dans  le  cas  précédent  (celui  d’une  hausse  dans  le
prix  des  marchandises).  «  Mais  ces  émissions  n’augmentant  pas  plus
ral)ondance  de  l’or  en  ce  pays  que  dans  les  autres  parties  du  monde, ­
  sa  valeur  comme  marchandise,  relativement  .à  celle  des  autres
marchandises,  restera  la  même;  comme  marchandise,  encore  son
prix  s’élèverait  dans  la  même  proportion  que  le  prix  des  autres
objets;  quoique,  à  l’état  de  coin,  et  revêtu  d’une  dénomination  légale, ­
  il  ne  put  avoir  cours  que  conl'ormément  à  son  empreinte.
C’est  pourquoi  l’exportation  des  monnaies  d’or  accompagne  dans
tous  les  pa^'s  cet  accroissement  de  papier,  —  non  parce  que  l’or,
comme  marchandise,  y  fût  devenu  plus  abondant  et  moins  précieux
relativement  aux  autres  objets;  mais  par  cela  que  sa  valeur  comme
monnaie  reste  la  même,  tandis  que  son  prix  s’est  élevé  simultanément ­
  avec  celui  de  tous  les  autres  objets  par  rapport  à  cette  monnaie
elle-même.
Si  la  circulation  se  composait  exclusivement  de  papier,  je  me  réunirais ­
  à  ces  écrivains  pour  les  Iluctuations  qu’ils  ont  assignées  à  la
valeur  de  l’or  comme  marchandise  ;  mais  tant  que  la  circulation
sera  entièrement  métallique  ou  dévolue  simultanément  à  l’or  et  au
papier,  une  surémission  de  monnaie  de  papier  ne  pourra  jamais
provoquer  une  hausse  dans  le  prix  des  lingots.
Si  l’on  introduisait  dans  une  circulation  monétaire  d’or  et  de  papier
une  quantité  additionnelle  de  monnaie  de  papier,  la  valeur  de  la  circulation ­
  totale  serait  diminuée;  ou,  en  d’autres  termes,  le  prix  des
denrées  hausserait,  que  ce  prix  fût  évalué  en  pièces  d’or  ou  en  papier. ­
  La  même  marchandise,  après  raugmentation  du  papier,  achèterait ­
  une  plus  grande  quantité  d’onces  d’or,  parce  qu  elle  équivaudrait ­
  à  une  plus  forte  quantité  d’unités  monétaires.  Mais  ces  messieurs
ne  contestent  pas  la  possibilité  de  convertir  le  numéraire  en  lingots,
malgré  les  lois  qui  l’interdisent.  JN’en  résulte-t-il  pas  alors  que  la
valeur  de  ïor-monnaie  et  la  valeur  de  Vor-lingot  tendront  rapidement ­
  à  une  parfaite  égalité’?  Si  donc  une  marchandise,  par  suite
d’une  surémission  de  papier,  s'échangeait  contre  plus  d’or  mon-
        <pb n="553" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  i)E  M  BOSANQTIET.  ÎJOI
naie,  elle  »’échangerait  aussi  contre  plus  d’or  eu  lingots.  C’est  pourquoi ­
  il  n’est  pas  exact  de  dire  que  la  valeur  relative  des  lingots  d’or
et  des  marchandises  serait  la  même  après  qu’avant  la  multiplication
&amp;lt;lu  papier.
La  dépréciation  qu’occasionnent,  dans  la  valeur  de  l’or  comparé
aux  marchandises,  les  émissions  de  papier  faites  en  un  pays  où  l’or  est
partie  constituante  de  la  circulation,  se  trouve  tout  d’abord  limitée
à  ce  seul  pays.  Si  l’on  isolait  ce  pays  pour  anéantir  ensuite  son  comnierce
  avec  tous  les  autres  peuples,  cette  diminution  de  la  valeur  de
1  or  se  perpétuerait  jusqu’au  moment  où  les  besoins  du  travail  manufacturier ­
  enlèveraient  toutes  les  unités  monétaires  d’or  à  la  circulation. ­
  Alors,  et  alors  seulement,  pourrait-on  découvrir  une  dépréciation ­
  sensible  dans  la  valeur  du  papier  comparé  à  l’or,  quelle  que
soit  d’ailleurs  la  masse  de  la  circulation.
Oès  que  l’or  aura  complètement  disparu  de  la  circulation,  les  de
Brandes  permanentes  des  manufactures  élèveront  sa  valeur  au-dessus
^0  papier,  et  il  retrouvera  promptement  la  valeur  qu’il  avait  relativement ­
  aux  autres  marchandises,  avant  qu’on  n’eùt  accru  la  circulation ­
  par  des  émissions  de  papier.  Les  mines  fourniraient  alors
quantité  d’or  nécessaire,  et  la  monnaie  de  papier  continuerait  à
*‘cster  dépréciée.  Pendant  tout  cet  intervalle,  si  le  pays  possède  des
*^iues,  il  en  aura  dù  suspendre  l’exploitation  ;  car  l’avilissement  du
P^’ix  de  l’or  aura  réduit  les  bénéfices  du  capital  engagé  dans  les  mines
^  un  taux  inférieur  au  niveau  général  des  profits  du  commerce.
Aussitôt  cet  équilibre  rétabli,  la  production  de  l’or  reprendrait  toute
sa  régularité.  Telles  seraient  les  conséquences  d’une  surémission  de
papier  pour  un  pays  qui  n’aurait  aucun  commerce  avec  le  reste  du
Kinhe.
^lais  si  le  pays  supposé  étendait,  comme  l’Angleterre,  son  com-•^•erce
  sur  tous  les  points  du  monde,  l’excès  de  sa  circulation  serait  ba-^aiicé
  par  une  exportation  d’espèces.  Lt  si  cet  excès  ne  dépassait
pas  le  montant  du  numéraire  en  circulation,  la  facilité  avec  laquelle
^'Gux  (jui  éludent  les  lois  sauraient  l’accaparer  préviendrait  toute
dépréciation  possible.
Supposons  que  l’Angleterre  possède  lOOit  onces  d’or  à  l’état  de
et  1000  onces  à  l’état  de  monnaie,  et  admettons  qu’en  même
temps  le  change  soit  au  pair  avec  les  ¡lays  étrangers  ;  c’est-à-dire,  que
ta  valeur  de  l’or  étant  au  dehors  précisément  égale  à  la  nôtre,  il  ne
puisse  y  avoir  profit  à  l’exporter  ou  à  l’importer  ;
Supposons  encore  qu’à  la  même  époque,  la  llanque  émette  une
        <pb n="554" />
        K02

ŒUVRES  DIVERSES.

somme  supplémentaire  et  représentative  de  1000  onces  d’or  en  billets
non  remboursables  en  es|)èces.  Si  ses  lingots  conservaient,  après
l’émission,  leur  valeur  première  (ce  qui  serait  le  principe  qu’on  affirme), ­
  comment  exporterait-on  une  seule  guinée?  Quel  spéculateur
s’exposerait  aux  soucis  et  aux  risques  d’expédier  des  guinées  sur  le
Continent,  pour  les  y  vendre  comme  lingots,  si  la  valeur  des  lingots ­
  continuait  à  être  aussi  élevée  eu  Angleterre  ?  —  INe  fondraiton
  pas  la  monnaie  pour  la  vendre  comme  lingots  à  l’intérieur,
usqu’au  moment  où  leur  valeur,  relativement  à  ceux  des  autres
pays,  ou  au  prix  des  autres  marcbandises,  aura  baissé  d’une
quantité  suflisaute  pour  couvrir  les  dépenses  de  transport;  en
d’autres  termes,  jusqu’à  ce  que  le  change  soit  deseendu  au  taux
qui  peut  défrayer  ees  dépenses?  Cette  limite  atteinte,  les  1000
onces  disparaîtraient  tout  à  coup;  ou  si  on  en  conservait  une
partie,  elle  aurait  une  valeur  égale  à  celle  d’un  même  poids  d’or
en  lingots.  J’ai  constamment  envisagé  comme  impuissante  la  loi
qui  interdit  l’exportation.  Et  si  l’on  aflirmait  que  cette  loi  peut
être  strictement  exécutée  ,  l’argument  s’appliquerait  aussi  justement ­
  au  cas  où  l’on  aurait  employé  les  coins  d’or  au  lieu  du  papier ­
  pour  accroître  la  circulation.
Il  paraît  dès  lors  évident  ;
Premièrement,  qu’une  addition  à  la  masse  de  papier,  dans  une  circulation ­
  que  l’or  et  le  papier  se  partagent,  n’a  pas  nécessairement
pour  effet  de  hausser  les  lingots  d’or  dans  la  même  proportion  que
les  autres  marchandises;  —secondement,  qu’une  telle  augmentation
n’abaissera  pas  le  change  nominal,  mais  le  change  réel  et,  conséquemment, ­
  déterminera  l’exportation  de  l’or.
Mais,  pour  en  revenir  à  M.  Bosanqnet,  il  déclare  «  que  les  trois  pro-»
  positions  (celles  que  je  viens  de  commenter)  paraissent  avoir  été
X  énoncées  par  le  Commülee  et  par  les  auteurs  dont  les  théories  ont
X  servi  de  base  au  rapport,  pour  faire  envisager  la  dépréciation  du
»  papier-monnaie  de  ce  pays  comme  la  conséquence  nécessaire  de
»  l’impossibilité  que  l’on  éprouve  à  expliquer  par  d’autres  causes
»  l’avilissement  des  changes  et  renchérissement  des  lingots.  On  peut
»  les  appeler  des  arguments  négatifs.  »
Quant  à  ce  qui  me  concerne  ici,  comme  étant  l’un  des  auteurs  inculpés, ­
  M.  Bosanquet  est  inexact.  La  troisième  de  ces  propositions  n’a
dans  aucune  circonstance  été  produite  par  moi.  L’hypothèse  d’une
balance  des  paiements  favorable  ou  contraire  à  notre  pays  importe
fort  peu,  suivant  moi,  à  l’évidence  de  la  théorie  que  je  soutiens.
        <pb n="555" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  S03
Que  l’or  constitue  une  partie  de  nos  exportations  ou  une  partie  de
nos  importations,  il  n’y  a  rien  là  qui  puisse  influer  sur  cette  vérité
surabondante  que  notre  circulation  n’est  estimée  ni  par  les  etrangers,
ni  par  nous-mêmes,  à  sa  valeur  en  lingots.  —  Mais  pourquoi  notre
circulation  serait-elle  descendue  plus  bas  que  celles  d’Amérique,  de
France,  de  Hambourg,  de  Hollande,  etc.  ?  La  réponse  est  qu’aucun
de  ces  pays  n’a  une  monnaie  de  papier  non  conversible  en  es[)èceK  à
la  volonté  du  porteur.
        <pb n="556" />
        504

OEUVRES  DIVERSES.

CHAPITRE  V.
CONSIDÉRATIONS  SUR  l’aRGUMENT  QEE  PRESENTE  M.  ROSANQUET  POUR
PROUVER  QUE  LA  BANQUE  d’aNGLETERRE  n’a  PAS  LE  POUVOIR  DE
DONNER  COURS  FORCE  AUX  BILLETS  DE  BANQUE.

La  quatrième  proposition,  celle  qui  s’offre  actuellement  à  notre
discussion,  porte  :
«  Que  la  Banque,  pendant  la  reslricüon,  possède  exclusivement  le
»  privilège  de  limiter  la  circulation  des  bank-notes.  »
Il  est  difficile  de  déterminer  si  même  M.  Bosanquet  croit  qu’une
circulation  forcée  de  papier  peut  avoir  pour  résultat  d’abaisser  le
change  ,  tant  il  met  d’assurance  à  affirmer  qu’il  n’existe  aucune  connexité ­
  entre  les  changes  et  le  montant  des  billets  de  ham^ue.  —  Si  la
Banque  était  effectivement  destinée  à  devenir  une  banque  gouvernementale, ­
  dans  le  sens  que  M.  Bosanquet  attache  quelque  part  à  ce
terme;  si  elle  avait  pour  mission  d’avancer  tous  les  fonds  nécessaires
à  l’exercice  d’une  année  ;  si  de  vingt  millions  elle  portait  le  montant
de  ses  billets  à  cinquante  millions,  ne  pourrait-on  pas  dire  ajuste  titre
qu  elle  donne  un  cours  forcé  à  une  monnaie  de  papier?  Et  les  conséquences ­
  de  cette  circulation  arbitraire  ne  seraient-elles  pas  la  dépréciation ­
  de  ses  billets,  l’aecroissement  du  prix  des  lingots  et  la  baisse
des  changes  étrangers?  Ces  effets  ne  se  produiraient-ils  pas  alors
même  que  le  gouvernement  cautionnerait  les  billets  de  la  Banque  et
que  personne  ne  douterait  de  leur  remboursement  définitif?  L’abondance ­
  de  la  circulation  n’entralnerait-elle  pas  à  elle  seule  une  dégradation? ­
  ou  bien  viendra-t-on  déclarer  qu’une  exubérance  de  monnaie ­
  de  papier,  quelle  qu  elle  soit,  ne  peut  la  déprécier,  tant  que  son
remboursement  final  reste  certain?  On  soutiendra  difficilement,  je
pense,  une  proposition  aussi  extravagante,  et  l’on  admettra  ennséquemment,
  que  la  dépréciation  peut  naître  de  l’abondance  seule  des
billets,  quelque  grands  qu’on  suppose  les  fonds  de  réserve  de  leurs
créateurs.
Comme  ces  symptômes,  inséparables  d’une  circulation  de  papier
        <pb n="557" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  50K
forcée,  sont  en  ce  moment  trop  éclatants  pour  être  niés;  comme  on  ne
peut  les  expliquer  par  d’autres  moyens  théoriques  ou  pratiques,  ne
sommes-nous  pas  autorisés  à  soupçonner  que  la  Banque  d’Angleterre,
telle  qu’elle  est  actuellement  constituée,  n’est  pas  aussi  dénuée,  que
ses  amis  voudraient  nous  le  faire  admettre,  du  pouvoir  de  donner
cours  forcé  à  une  monnaie?  Je  n’ai  pas  prétendu,  par  les  mots  circulation ­
  forcée^  accuser  la  Banque  de  s’être  écartée  de  ces  sages  précautions ­
  qui  ont  habituellement  présidé  à  ses  émissions.  J’ai  seulement ­
  voulu  dire  que  le  bill  de  restriction  lui  permet  de  maintenir, ­
  par  une  concession  fondée  sur  la  quantité  de  numéraire
existant,  de  maintenir,  dis-je,  dans  la  circulation  une  masse  de  billets ­
  supérieure  à  celle  qu  elle  eût  conservée  sans  cette  mesure.  —
C’est  ce  surj)lus  que  je  considère  comme  produisant  les  mêmes  effets
qu’une  circulation  imposée  au  public  par  une  banque  gouvernementale. ­
  L’assertion  qui  porte  que  les  émissions  ne  dépassent  pas  les
besoins  du  commerce  n’a  aucune  valeur,  parce  qu’il  est  impossible
de  déterminer  la  somme  que  nécessitent  ces  besoins.  Le  commerce
est  infatigable  dans  ses  demandes;  et  ses  mêmes  branches  peuvent
employer  ÍU  ou  100  millions  d’agents  de  circulation.  La  quantité
dépend  ici  entièrement  de  la  valeur.  Si  les  mines  ont  été  dix
fois  plus  productivtis,  la  même  industrie  emploiera  dix  fois  plus  de
numéraire.  M.  Bosanquet  adopte  cette  opinion;  mais  il  repousse
toute  analogie  entre  les  émissions  de  la  Banque  et  les  produits  d’une
nouvelle  mine  d’or.
M.  Bosanquet  fait  sur  ce  sujet  les  observations  suivantes  :
«  M.  Ricardo  a  assimilé  la  Banque  d’Angleterre  pendant  la  restriction, ­
  et  relativement  à  l’effet  de  ses  émissions,  à  une  mine  d’or  dont
le  produit,  versé  dans  la  circulation  en  accroissement  des  agents
monétaires’  déjà  suflisants,  deviendrait  un  excès.  Il  attribue  à  ce
trop  plein  le  pouvoir  incontestable  de  déprécier  la  valeur  de  la
monnaie  existante,  ou,  en  d’autres  termes,  d’élever  le  prix  des  marchandises ­
  contre  lesquelles  on  les  échange  habituellement.  Mais
M.  Ricardo  n’a  pas  fixé  le  terme  le  plus  essentiel  de  la  comparaison  :
f*ourquoi  la  découverte  d’uue  mine  d’or  produirait  cet  effet.  Elle  le
produirait,  parce  que  les  propriétaires  émettraient  le  métal  de  leurs
mines  en  réponse  à  toutes  les  demandes,  sans  contracter  l’engagement
de  restituer  une  valeur  égale  aux  détenteurs,  et  en  s’affranchissant  du
désir  ou  de  la  nécessité  de  rappeler  et  d’annuler  ce  qu’ils  ont  emis.  Progressivement, ­
  les  émissions  croissent  au  point  de  dépasser  les  besoins
de  la  circulation  ;  l’or  ne  prmluit  plus,  comme  or,  de  bénéfices  au  de-
        <pb n="558" />
        ■'&amp;lt;^6  OEUVRES  DIVERSES.
lenteur;  il  ne  peut  le  consoniiner  ni  s’en  vêtir.  Pour  le  fertiliser,  il
faudra  qu’il  l’échange  contre  des  objets  d’une  utilité  immédiate  ou
contre  ceux  qui  promettent  un  revenu.  La  demande  et,  par  suite,
le  prix  des  marchandises  et  des  valeurs  réelles  s’élèveront  donc
relativement  à  l’or;  et  cette  progression  se  perpétuera  tant  que  la
mine  sera  exploitée.  Dans  les  circonstances  que  j’ai  sup;)osécs,  cet
effet  se  reproduirait  également,  si  les  émissions  consistaient  en
papier  d’une  hampie  gouvernementale.  J’admets  entièrement  toute
ces  déductions  ;  mais  je  n’y  vois  pas  un  seul  point  d’analogie  avec
les  émissions  de  la  Banque  d’Angleterre.
»  Le  principe  sur  lequel  la  Banque  fonde  l’émission  de  scs  billets
est  celui  du  prêt.  Chaque  billet  est  livré  à  la  demande  d’une  partie. ­
  Celle-ci  devient  débitrice  envers  la  Banque  du  montant  du  billet; ­
  garantit  la  restitution  de  ce  billet  ou  de  tout  autre  d’une  valeur
égale,  à  une  époque  fixe  et  rapprochée,  et  paie  en  outre  un  intérêt
proportionné  à  l’échéance.  »
Supposons  actuellement  que  la  mine  d’or  soit  une  propriété  de  la
Banque,  sise  sur  son  propre  terrain  ;  supposons  que  la  Banque  fasse
frapper  en  guinées  l’or  de  ses  exploitations,  et  qu’au  lieu  d  émettre
des  billets,  quand  elle  escompte  le  papier  ou  les  revenus  du  gouvernement, ­
  elle  ne  livre  que  des  guinées  h  la  circulation  ;  —  |&amp;gt;ourrait-on
assigner  à  ses  émissions  d’autre  limite  que  la  fécondité  future  de  sa
mine?  En  quoi  différeraient  les  circonstances,  si  la  mine  était  la  propriété ­
  du  roi,  d’une  compagnie  de  marchands,  ou  d’un  simple  particulier? ­
  M.  Bosanquet  admet  que  dans  ce  cas  la  valeur  de  la  monnaie
fléchirait,  et  je  suppose  qu’il  admet  aussi  que  cette  baisse  serait  en  rapport ­
  direct  avec  son  accroissement.
Mais  que  deviendra  l’or  entre  les  mains  du  propriétaire  de  la
mine?  il  servira  à  lui  donner  des  intérêts,  ou,  en  délinitive,  il  affluera ­
  vers  ceux  qui  l’utiliseront  dans  ce  but.  C’est  là  sa  véritable
tendance.  Il  pourra  circuler  entre  les  mains  de  100  ou  1000  personnes; ­
  mais  en  dernier  ressort  il  retrouvera  cette  fonction.
Maintenant,  si  la  mine  double  la  quantité  de  la  monnaie,  elle  dépréciera ­
  sa  valeur  dans  la  même  proportion  et  en  provoquera  une  demande ­
  deux  fois  plus  considérable.  —  Le  négociant  qui  réclamait  un
prêt  de  10,0001.  st.  demandera  actuellement  20,000;  et  il  lui  importera
fort  peu  de  distinguer  s’il  continue  à  n’emprunter  que  10,000  I.  st.  à
la  Banque,  et  10,000  I.  st.  à  ceux  chez  qui  ces  fonds  retournent  en
définitive,  ou  s’il  emprunte  la  totalité  des  20,0001.  st.  à  la  Banque  ellemême.
  L’analogie  me  semble  complète  et  au-dessus  de  toute  contesta-
        <pb n="559" />
        S07

KÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M  BOSANQÜET.
tion.  Les  émissions  d'un  papier  non  conversible  en  (*spèces  sont  régies
par  les  mêmes  principes  et  déterminent  les  mêmes  conséquences  que
si  la  Banque,  propriétaire  de  la  mine,  ne  livrait  que  de  l’or  à  la  circulation. ­
  Quel  que  soit  le  rapport  des  accroissements  de  l’or,  sa  dépréciation ­
  multipliera  les  emprunteurs  au  même  degré.  Et  le  principe ­
  s’applique  aussi  justement  au  papier.  Si  la  dépréciation  de  la
monnaie  est  assez  considérable,  le  papier,  quelqu'abondant  qu’on  le
suppose,  pourra  toujours  être  absorbé,  et  les  résultats  seront  les  mêmes, ­
  que  la  Banque  achète  les  marchandises  avec  scs  propres  billets,
ou  qu’elle  escompte  les  signatures  de  ceux  qui  les  appliqueront  au
même  but.
Les  conséquences  que  M.  Bosaiiquet  a  énumérées  se  présenteraient
cliectivement,  si  l’on  admettait  qu’une  somme  déterminée  pût  être,
seule  et  sans  adÆtiou,  employée  dans  la  circulation.  Mais  je  nie  qu’il
puisse  exister  un  excédant  ainsi  condamné  à  la  stérilité  par  1  absence
de  placements  avantageux  ;  excédant  qui  se  dirigerait  alors  nécessairement ­
  vers  la  Banque,  en  paiement  d  effets  déjà  escomptés,  ou  qui
paralyserait,  jusqu’à  concurrence  de  cette  somme,  les  demandes  en
avances  de  fonds.
Si  la  monnaie  pouvait  conserver  la  même  valeur,  indépendamment
de  l’abondance  des  émissions,  ces  conséquences  seraient  réelles;  mais
comme  son  entrée  dans  la  circulation  détermine  aussitôt  une  dépréciation, ­
  la  somme  supplémentaire  conservera  son  murs  par  le  fait
des  débouchés  qui  lui  sont  ouverts.
Reportons  nous  à  l’eflcl  que  produirait  l’établissement  d’une  banque ­
  appuyée  sur  un  crédit  universel,  dans  un  pays  où  la  eirculation
serait  complètement  métallique.
Cette  banque  escompterait  des  cITcts  ou  ferait  des  avances  au  gouvernement, ­
  comme  le  fait  la  nôtre.  Si  le  principe  que  défend  M.  Bo
sanquet  est  exact,  ses  billets  devraient  lui  revenir  aussitôt  après  leur
émission;  car  la  masse  des  agents  métalliques  étant  auparavant  suffisante ­
  pour  les  mouvements  commerciaux  du  pays,  cette  quantité  additionnelle ­
  de  monnaie  se  trouverait  sans  emploi  possible.  Mais  ceci
est  contraire,  à  la  fois,  à  la  théorie  et  à  l’expérience.  l,es  émissions  de
la  Banque  comme  aujourd’hui,  ne  déprécieraient  pas  seulement  la
monnaie,  mais  encore  la  valeur  des  lingots,  ainsi  que  j’ai  essayéde
l’exposer,  l  a  tentation  de  les  exporter  s’éveillerait  aussitôt,  et  I  affaiblissement ­
  de  la  circulation  lui  restituerait  sa  valeur  première.
I.a  Banque  multiplierait  ses  émissions  et  les  mêmes  effets  sereprodiiiraient
  ;  mais  dans  aucun  cas  on  n’aurait  à  constater  un  excès  sullisan
pour  entraîner  les  porteurs  de  billets  à  les  renvoyer  a  la  Banque  en  11-
        <pb n="560" />
        ^9  OEUVRES  DIVERSES,
quidation  de  prêts,  si  la  loi  contre  l’exportation  du  numéraire  pouvait
être  rigoureusement  appliquée.  La  monnaie  serait  beaucoup  demandée, ­
  non  parce  qu’elle  ne  peut  être  absorbée  par  la  circulation;  mais
parce  qu’il  y  aurait  profit  à  l’exporter.  Toutefois,  supposons  un  cas
où  la  monnaie  ne  puisse  être  exportée  avec  bénéfice;  supposons  (|ue
tous  les  pays  européens  confient  aux  métaux  précieux  les  mouve
merits  de  leur  circulation  et  que  tous,  simultanément,  établissent
chez  eux  une  banque  régie  par  les  mêmes  principes  que  la  banque
d  Angleterre.  Uouiraient-ils  ou  ne  pourraient-ils  pas  ajouter  individuellement ­
  à  la  circulation  métallique  une  certaine  proportion  de
papier?  Et  pourraient-ils,  ou  ne  pourraient-ils  pas  perpétuer  le  cours
de  ce  papier?  L’affirmation  mettrait  fin  tout  d’abord  à  notre  argumentation. ­
  Elle  prouverait  qu’on  peut  étendre  une  circulation  déjà  suffisante ­
  sans  forcer  les  billets  à  revenir  à  la  Banque  m  paiement  d’effets ­
  souscrits.  Si  l’on  répondait  par  une  négation,^n  appellerais  a
l’expérience  ;  je  réclamerais  l’exposé  du  système  par  lequel  les  bank
notes  furent  primitivement  créés,  et  par  lequel  ils  se  perpétuent  dans
la  circulation.
Le  serait  un  travail  pénible  que  de  suivre  dans  toutes  ses  pii  ases
l’analogie  qui  existe  entre  le  premier  établissement  d’une  banque,
la  découverte  d’une  mine  et  la  situation  actuelle  de  notre  Banque.
Mais  je  demeure  convaincu  que,  sous  l’empire  des  principes  soutenus
par  les  directeurs  de  la  banque,  on  n’aurait  pu  maintenir  la  circulation ­
  d’un  seul  billet  de  banque,  et  que  lá  découverte  des  mines  de
l’Amérique  n’aurait  pu  ajouter  une  seule  gui  née  à  la  masse  monétaire ­
  de  l’Angleterre.  En  effet,  la  quantité  supplémentaire  d’or  aurait
afflué,  suivant  ce  système,  dans  une  circulation  déjà  complète  et
qu’on  ne  pouvait  plus  étendre.
Refuser  d’escompter  les  billets,  qui  n’auraient  pas  pour  origine  des
opérations  régulières,  serait  tout  aussi  ineffl(;ace  pour  limiter  la  circulation. ­
  Car  tout  en  accordant  aux  directeurs  les  moyens  de  reconnaître ­
  ces  billets,  chose  complètement  inadmissible,  on  lancerait
encore  dans  la  circulation  une  quantité  de  papier  supérieure,  non  aux
besoins  actifs  du  commerce,  mais  à  la  monnaie  qu’on  pourrait  maintenir ­
  dans  les  canaux  de  la  circulation,  sans  le  secours  d’une  dépréciation. ­
  Il  est  avéré  que  les  mêmes  1000  I.  st.  peuvent  liquider  vingt
opérations  bonà  fide  dans  un  jour.  Elles  peuvent  acijuitter  le  prix
d’un  navire;  le  vendeur  de  ce  navire  pourra  les  faire  servir  à  payer
son  cordier,  ainsi  que  ses  marchands  de  chanvre  en  Bussie,  etc.,  etc.
Mais  comme  toutes  ces  opérations  ont  été  faites  honà  (ide,  il  pourra
tirer  pour  chacune  une  lettre  de  change,  et  la  Banque,  d’après  son
        <pb n="561" />
        509

RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQÜET.
système,  escompter  toutes  ces  diverses  signatures.  De  sorte  qu’on
aura  versé  dans  la  circulation  20,000  1.  st.  pour  effectuer  des  paiements ­
  auxquels  1000  1.  st.  équivalent.  Je  sais  que  l’opinion  du  docteur ­
  Smith,  telle  que  l’interprète  M.  Bosaiiquet,  paraît  justifier  ses
doctrines;  mais  cet  habile  écrivain  a  déclaré  dans  divers  passages
de  son  traité,  et  quelques  pages  après  celle  que  M.  Bosanquet  cite,
que  «  la  somme  du  papier-monnaie  de  tout  genre,  qui  peut  régulièrement ­
  avoir  cours  dans  un  pays,  n  excédera  jamais  la  valeur  de  l’or
de  l’argent  auxquels  il  s’est  substitué,  ou  qui  desserviraient  la
eirculation  s’il  n’y  avait  point  de  monnaie  de  papier  ;  le  commerce
étant  d’ailleurs  supposé  le  même.  »
^’ous  ne  devons  pas  soumettre  notre  circulation  à  cette  épreuve.  Si,
avec  le  montant  actuel  de  ses  unités  monétaires,  elle  consistait  en  or
et  en  argent,  il  n’est  pas  de  lois,  quelque  sévères  qu’on  les  suppose,
capables  de  les  retenir  dans  la  circulation.  On  en  fondrait  et  exporterait ­
  une  partie  jusqu’à  ce  qu’un  juste  équilibre  se  fût  rétabli.  Ce  niveau ­
  atteint,  il  serait  tout  aussi  impossible  d’en  déterminer  l’exportation. ­
  INous  n’entendrions  plus  alors  ¡larler  d’une  balance  de  paiements
défavorable,  ni  de  la  nécessité  d’exporter  de  l’or  en  échange  de  blé.
Les  penseurs  familiarisés  avec  les  écrits  du  docteur  Smith,  ne  douteront ­
  pas  de  la  vérité  de  ces  conséquences.  Mais  s’il  en  pouvait  être
autrement;  si  le  continent  aveuglé,  adoptait  cette  politique  —  presque
impossible  tant  elle  est  absurde  —  d’attirer  sur  ses  marchés  une  marchandise ­
  qui  l’inonde  déjà,  où  seraient  donc  les  conséquences  désastreuses ­
  que  nous  aurions  à  redouter  dans  le  cas  même  où  la  circulation ­
  descendrait  au  niveau  qu’elle  occupait  avant  la  découverte
de  l’Amérique?  N’y  aurait-il  pas  là  bénéfice  national,  en  ce  sens,
que  la  circulation  du  même  commerce  s’accomplissant  avec  moins
d’or,  l’excédant  pourrait  en  être  avantageusement  appliqué  à  l’achat
de  marchandises  plus  utiles  et  plus  productives?  Si  même  la  circulation ­
  du  ])apier  diminuait  dans  la  même  proportion,  les  profits  dont
jouit  actuellement  la  Banque,  ne  seraient-ils  pas  répartis  à  ceux  qui
peuvent  invoijuer  de  meilleurs  titres  a  ces  a\  antages  ?
11  est  heureux  pour  le  public  que  la  Banque  ait  réellement,  pour  les
escomptes,  cette  répugnance  que  cite  M.  Bosanquet.  Car,  sans  ce  frein,
il  est  impossible  de  calculer  à  quel  point  on  aurait  de  nos  jours  multiplié ­
  les  billets  de  banque.  Et  pour  tous  ceux  qui  ont  approfondi
cette  matière,  ce  sera  un  grand  sujet  de  surprise  que  de  voir  en  quelles
bornes  sages  et  modérées  notre  circulation  a  été  maintenue,  en  face
des  principes  que  les  directeurs  de  la  Banque  proclament  comme  les
guides  régulateurs  de  leurs  émissions.
        <pb n="562" />
        OEUVRES  DIVERSES.

MO

CHAPITRE  VI.
OBSERVATIONS  SUR  LIS  PRINCIPES  DU  SEIGNEURIAGK  ^  OU  DROIT  DE
MONNAYAGE.

Le  docteur  Smith,  quoique  favorable  à  l’étalilissement  d’un  léger
droit  de  fabrication  sur  les  monnaies,  avait  su  prévoir  tous  les  inconvénients ­
  qui  résulteraient  d’un  seigneuriage  élevé.
Les  limites  au  delà  desquelles  il  n’est  plus  avantageux  d’étendre ­
  ce  droit,  sont  posées  par  les  dépenses  qu’on  supporte  pour  frapper ­
  des  lingots  en  coins.  Si  le  seigneuriage  excède  ces  frais  inévitables, ­
  il  olfrira  un  bénélicc  réel  aux  faux  monnayeurs,  quand  bien
même  ils  donneraient  à  leurs  monnaies  imitées  le  poids  et  le  titre
voulus  par  la  loi.  Mais  même  dans  ce  (tas,  comme  l’addition  d’unités
monétaires,  en  grossissant  la  circulation  au  delà  des  besoins  du  commerce, ­
  diminue  la  valeur  de  la  monnaie,  l’industrie  des  faux  monnayeurs ­
  cessera  nécessairement  au  moment  où  la  valeur  des  coins  ne
dépassera  plus  celle  des  lingots  d’une  somme  supérieure  aux  frais  de
fabrication.  Si  l’on  garantissait  le  public  contre  ces  additions  illégales
faites  aux  agents  de  circulation,  il  n’y  aurait  point  de  seigneuriage,
si  élevé  qu’il  fût,  que  le  gouvernement  ne  pût  établir  avantageusement; ­
  car  la  valeur  du  numéraire  excéderait  dans  le  même  rapport
celle  des  lingots.  Si  le  droit  était  de  10  pourcent,  le  lingot  serait
néeessairement  à  10  pour  cent  au-dessous  du  prix  à  la  Monnaie.
S’il  était  de  50  pour  cent,  la  valeur  du  coin  excéderait  d’autant  celle
des  lingots.  Il  en  résulte  donc,  qu’un  poids  donné  en  lingots  ne  pourra
jamais  dépasser  en  valeur  le  même  poids  donné  en  numéraire,  mais  que
celui-ci  pourra  excéder  le  poids  en  lingots  d’une  somme  égale  aux
frais  de  seigneuriage.  Quelque  grands  que  soient  cos  frais,  cette  supériorité ­
  subsistera,  si  d’ailleurs  ou  reste  assuré  contre  la  fausse  monnaie. ­
  Il  eu  résulte  aussi,  qu’indépendamment  de  cette  sécurité,  l’industrie ­
  des  faux  monnayeurs  cessera  aussitôt  qu’ils  auront  assez  ajouté
aux  signes  monétaires  pour  faire  descendre  la  supériorité  de  leur  valeur ­
  sur  celle  des  lingots,  à  la  simple  égalité  avec  les  dépenses  eucou-
        <pb n="563" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  511
rues.  L’examen  des  circonstances  qui  donnent  la  valeur  à  un  billet  de
banque  prouvera  la  vérité  de  ces  principes.  La  valeur  intrinsèque
d’un  billet  de  banque  n’est  point  supérieure  à  celle  du  papier  sur  lequel ­
  il  est  souscrit.  On  peut  le  considérer  comme  un  signe  monétaire
dont  le  seigneuriage  est  tellement  énorme  qu’il  s’élève  à  sa  valeur
entière.  Et  cependant,  si  le  pays  est  convenablement  protégé  contre
un  accroissement  excessif  produit  dans  ces  billets  par  l’imprudence
des  créateurs  ou  par  les  menées  des  faux  raounayeurs  ou  des  faussaires, ­
  ils  devront  conserver  leur  valeur  dans  les  opérations  ordinaires ­
  du  commerce.
Tant  qu’une  monnaie  pareille  sera  contenue  dans  de  certaines  limites, ­
  il  sera  facile  de  lui  donner  une  valeur  quelconque  comme  agent  de
circulation;3  1.  17s.  lü  1/2  d.  pourront  valoir  une  once  d’or-lingot,
ce  qui  forme  le  rapport  d  émission,  ou  bien  ils  pourront  être  réduits
à  la  valeur  d’une  1/2  once.  En  outre,  si  la  Banque  avait  le  privilège
exclusif  de  faire  frapper  du  numéraire  à  la  Monnaie,  3  1.  17  s.  10
1/2  d.  de  ses  billets  pourraient  recevoir  une  valeur  égale  à  1,  2,  3,  ou
tout  autre  nombre  d’onces  en  lingots  d’or.  '
La  valeur  d’une  telle  monnaie  repose  entièrement  sur  son  abondance; ­
  et  dans  l’hypothèse  supposée,  la  Banque  aurait  le  pouvoir  de
limiter  non  seulement  la  masse  du  papier,  mais  encore  celle  des  pièces
'Métalliques.
J’ai  déjà  essayé  de  démontrer  que  les  métaux  précieux,  employés
connue  monnaie  antérieurement  à  l’étahlissement  des  banques,
s  ctaicnl  nécessairement  répartis  parmi  les  dilférentes  nations  du
monde  dans  des  proportions  relatives  à  leur  commerce  et  aux  paiements ­
  à  elfeetuer;  que  quelle  que  soit  la  valeur  des  lingots  ainsi
üllectés  au  jeu  de  la  circulation,  l’égalité  des  demandes  et  des  besoins
•essentis  dans  tous  les  pays  ne  permettrait  point  que  la  part  échue
M  chacun  s’accrut  ou  diminuât,  —  si  ce  n’est  dans  le  cas  où  de  nouveaux ­
  rapports  commerciaux  entre  les  peuples  rendraient  une  nou-'elle
  répartition  nécessaire.  J’ai  eniin  i^ssayé  d’établir  que  l’Angle-^
Ierre,  ou  tout  autre  pays,  peut  substituer  le  papier  aux  lingots,
mais  que  la  valeur  de  ce  papier  doit  se  régler  sur  la  valeur  intrinsèque ­
  des  coins,  qui  eussent  alimenté  la  circulation  à  défaut  du
papier.
Sous  ce  point  de  vue,  la  monnaie  de  papier  d’un  pays  représente
MU  certain  poids  de  lingots  qui  ne  pourra  être  augmenté  ni  diminué,
laut  que  son  commerce  et  ses  paiements  resteront  iinariables.  Lue
unce  d’or  pourra  valoir  3  1.  17  s.  10  1/2  d.,  ou,  pai  des  léglements
        <pb n="564" />
        ŒUVRES  DIVERSES.

m
intérieurs,  4  1.13  s.  de  monnaie  métallique  ou  de  papier;  mais  le
montant  actuel  des  lingots  ainsi  représentés  sera  éternellement  le
même,  si,  d’ailleurs,  les  circonstances  du  commerce  et  des  paiements
restent  aussi  les  mêmes.
Supposons  que  la  part  de  l’Angleterre  se  monte  à  un  million  d’onces. ­
  Si  l’on  parvenait  à  introduire  et  à  maintenir  dans  la  circulation
un  million  et  demi  d’onces  en  numéraire,  par  une  loi  facile  à  exécuter
et  qui  empêchât  de  le  fondre  et  de  l’exporter  ;  ou  si  le  secours  d’un
bill  de  rectriclion  permettait  à  la  Banque  de  maintenir  en  circulation
une  masse  de  papier  représentant  un  million  et  demi  d’onces  en  coins
d’or,  ce  million  et  demi  n’y  vaudrait  pas  plus  que  le  million  primitif.
Par  conséquent  une  once  et  demie  de  monnaie  d’or  ou  une  quantité
de  billets  représentant  cette  somme,  n’achèterait  pas  plus  de  marchandises ­
  qu’une  once  d’or-lingots.  Si  d’un  autre  côté  le  gouvernement ­
  prélevait  un  seigneuriage  de  50  pour  cent,  ou  si  la  Banque,
possesseur  exclusif  du  droit  de  monnayage,  limitait  ses  émissions
au  point  que  ses  billets  ne  représentassent  pas  plus  d’un  demi  million ­
  d’onces  d’or  au  prix  de  la  Monnaie,  ce  demi-million  circulerait
pour  une  valeur  égale  au  million  supposé  dans  le  premier  cas,  et
au  million  et  demi  du  second.
On  peut  déduire  de  ces  principes  qu’une  dépréciation  monétaire
ne  peut  naître  que  de  l’excès  des  signes.  Quelqu’altéré  que  soit  le
numéraire,  il  conservera  toujours  sa  valeur  à  la  Monnaie,  en  d’autres
termes,  il  passera  dans  la  circulation  pour  la  valeur  intrinsèque  du
métal  qu’il  devrait  contenir,  si  toutefois  il  n’est  pas  trop  abondant.
C’est  donc  une  fausse  théorie  que  celle  qui  suppose  que  des  guinées
de5  dwts.  8  g.  ne  peuvent  pas  circuler  avec  des  guinées  de  5  dwts.  ou
moins.  Comme  elles  pourraient  être  assez  rares  pour  valoir  chacune
5  dwts.  10  grains  dans  la  circulation,  il  n’y  aurait  aucun  avantage ­
  à  les  en  retirer,  tandis  qu’il  y  aurait,  au  contraire,  tentation
à  les  y  maintenir.  I^s  pièces  les  plus  loürdes  échapperaient,  il  est
vrai,  dillicilement  au  creuset  du  fondeur;  mais  ce  résultat  serait  entièrement ­
  dù  à  l’accroissement  de  circulation  produit  soit  par  des
émissions  exagérées  de  la  Banque,  soit  par  le  contingent  de  numéraire ­
  que  l’industrie  des  faux  mounayeurs  jetterait  dans  la  circulation. ­

Notre  monnaie  d’argent  jouit  dans  la  circulation  d’une  valeur  supérieure ­
  à  celle  qu’elle  a  comme  métal,  parce  que,  malgré  le  bénéfice ­
  réservé  aux  contrefacteurs,  son  abondance  n’a  jamais  été  sullisante
  pour  réagir  sur  sa  valeur.
        <pb n="565" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  513
C’est  dans  ce  principe  que  nous  devons  aussi  chercher  l’explication
du  phénomène  par  lequel  le  prix  des  lingots,  antérieurement  à  la  refonte ­
  de  1696,  ne  s’éleva  jamais  aussi  haut  qu’on  aurait  dû  l’attendre
de  la  composition  falsifiée  des  monnaies  à  cette  époque.  La  quantité
ne  s’était  pas  accrue  dans  une  proportion  directe  avec  l’altération
de  la  qualité.
il  résulte  encore  de  notre  s)  sterne  que  dans  un  pays  où  l’or  est
la  mesure  des  valeurs,  et  où  les  lois  sont  impuissantes  contre  l’exportation, ­
  le  prix  des  lingots  d’or  ne  dépassera  jamais  celui  de  la  monnaie; ­
  qu’il  ne  peut  lui  être  inférieur  que  d’une  quotité  égale  aux  dépenses ­
  de  monnayage  ;  qu’eniin  ces  variations  naissent  entièrement
du  rapport  qui  existe  entre  le  commerce  du  pays  et  le  contingent
de  numéraire  ou  de  papier-monnaie  :  en  d’autres  termes,  que  la  valeur ­
  des  lingots  ne  pourra  s’élever  à  la  hauteur  même  du  prix  de  la
Monnaie,  que  sous  l’influence  d’un  excès  de  circulation.  Si,  en  effet,  on
reconnaît  dans  l’Etat  un  pouvoir  doué  du  privilège  d’accroître  capricieusement ­
  la  monnaie  de  papier,  et  affranchi  en  même  temps  du
paiement  de  ses  billets,  il  ne  peut  y  avoir  d’autres  limites  pour  le  prix
de  l’or  que  la  volouté  de  cette  nouvelle  dictature.

3

(OEuv.  de  Ricardo.)
        <pb n="566" />
        l)i:UVI{KS  niVKKSKS.

514

CHAPITRE  Vil.

KXAMEIN  DES  OBJECTIONS  PHÉSENTEES  PAH  M.  HOSANQUEl'  CONTRE  CETTE
PROPOSITION  «  LA  CIRCE  CATION  ISSEE  DE  LA  RANQLE  1)'ANGLETERRE
RÈGLE  CELLE  DES  BANQUES  DE  PROVINCE.  »

l/autiv  proposition  que  M.  Bosaiiquet  s’efforce  d’infirmer  est  celle
oil  la  commission  a  formulé  son  opinion  dans  ces  termes  :  «  La  circulation ­
  monétaire  des  banques  de  province  dépend  des  émissions  de  la
Banque  et  leur  est  proportionnelle.  »
L’autorité  d’une  foule  d’esprits  pratupues  vient  encore  appuyer
la  \érité  de  ce  principe.  Avouons  que  c’est  là  une  singulière  fatalité,
qui  n’a  su  ravir  à  la  consécration  des  hommes  dont  les  opinions
sont  les  plus  respectées  dans  celte  matière,  qu’un  petit  nombre  de
ces  principes  du  HulVion-Comimtlee  si  soigneusement  choisis  par
Al.  Bosaiiquet.
Ainsi  l’opinion  des  praticiens  les  plus  habiles  a  été  et  est  toujours
que  les  Iluctuations  du  change  ne  peuvent  pendant  longtemps  s’écarter ­
  des  limites  posées  par  la  Commission.  Ce  principe,  ijui  veut  que
dans  Vètal  normal  d’une  circulalion.  le  prix  des  lingots  ne  peut,
pour  uû  temps  considerable,  excéder  le  prix  à  la  Monnaie,  a  reçu
des  mêmes  arbitres  une  éclatante  conlirmation  qui  seconde  encore  la
proposition  que  nous  discutons  actuelleinenl.
Al.  Huskisson  s’est  déjà  armé,  pour  en  faire  ressortir  l’évidence,  de
l’autorité  du  gouverneur  de  la  Banque  qui  disait  dans  sa  déposition
au  Committee,  p.  127  :  «  Les  banques  provinciales,  en  ne  réglant  pas
leurs  opérations  sur  le  système  de  la  Banque  d’Angleterre,  pourraient ­
  émettre  une  surabondance  de  billets  ;  mais,  à  mon  avis,  cet
excès  n’aurait  pas  plutôt  atteint  un  développement  sensible  qu’il
trouverait  son  remède  en  lui-même,  car  les  porteurs  d’un  tel  papier ­
  le  représenteraient  immédiatement  aux  souscripteurs,  quand  ils
verraient  que  cette  surémission  a  eu  ou  aura  pour  résultat  d’en
réduire  la  valeur  au-dessous  du  pair.  Ainsi,  quoique  l’équilibre
        <pb n="567" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  Si5
puisse  être  légèrement  et  transitoirement  troublé,  on  ne  verra  se
perpétuer  aucune  surémission  notable,  par  cela  seul  que  la  nature  des
choses  tend  à  mettre  sans  cesse  la  masse  des  billets  de  banque  en  rapport ­
  avec  les  besoins  du  publie.  »  M.  Gilchrist,  directeur  de  la  Banque ­
  d’hcosse,  déclara  au  comité  que,  «  si  la  Banque  d’Angleterre
restreignait  ses  émissions,  les  banques  d’Ecosse  se  trouveraient  naturellement ­
  dans  la  nécessité  de  diminuer  les  leurs.  »  —  «  Les  émissions
de  la  Banque  d’Angleterre,  dit-il,  agissent  sur  celles  des  banques  écossaises ­
  de  la  manière  suivante  :  Si  ces  dernières  versent  dans  la  circularon ­
  plus  de  papier  qu’elles  ne  le  devraient  proportionnellement  aux
opérations  de  la  Banque  d’Angleterre,  elles  sont  entraînées  à  faire
traite  sur  jjondres  à  un  change  inférieur.  »  Dans  l’interrogatoire
qu’onjiit  subir  à  M.  'l'bompson,  banquier  de  province  et  membre  de
ta  Commission,  on  lui  demanda  :  «  Quel  était  le  critérium  sur  lequel  les
banquesj'provinciales  réglaient  leurs  émissions?  »  Il  répondit  :  «  Ce
critérium  repose  dans  l’abondance  ou  la  rareté  des  billets  de  banque.
—  (&amp;gt;.  Leurs  émissions  sont  donc  relatives  à  celles  de  la  banque?  —
Mon  avis  est  que  cette  relation  existe.  »
M.  Bosanquet  fait  observer  que  la  commission  n’a  pas  fixé  le  sens
qu’elle  attache  h  ces  mots  :  excè.s  de  circuïalion.  —  «  C’est  pourquoi,
ajoute-t-il,  je  pense  que  leur  signification  dans  le  Rapport  est  celle
que  leur  attribue  le  docteur  Smith  ,  et  par  laquelle  il  désigne  une
quantité  monétaire  supérieure  à  celle  que  les  besoins  du  pays  peuaisément
  employer  ou  absorber.  «  Et  ailleurs  :  «  Comme  il  n’est
pas  manifeste  que  le  papier  excède  cette  quantité,  il  semble  tout  au
Rioins  que  Vonus  probandi  appartient  à  la  (Commission.  »
Mais  tel  n’est  pas,  selon  moi,  le  sens  que  le  (Comité  attache  au  mot
^^cès.  Il  résulte  de  cette  version  qu’il  ne  saurait  y  avoir  excès  tant
que  la"  Banque  ne  j)aie  pas  en  espèces;  car  le  commerce  du  pays
peut  aisément  employer  et  absorberles  sommes  que  la  Rauque  livrera
Ä  la  circulation,  (|uelle  que  soit  d’ailleurs  leur  importance.  C’est
pour  avoir  ainsi  compris  le  mot  excès  que  M.  Bosanquet  pense  que  la
circulation  ne  peut  jamais  être  surabondante,  parce  qu’alors  le  pays
ne  sauraif^l’employer  facilement.  A  mesure  que  les  livres  sterling
se  dégraderont,  le  besoin  du  montant  nominal  de  ces  livres  s'accroîtra, ­
  et  leur  somme  multijdiée  ne  sera  pas  plus  excessive  qu’elle  ne
l’était  auparavant.  Par  le  mot  excès  donc  ,  la  commission  doit  entendre ­
  la  différence  à  calculer  pour  le  montant  de  la  circulation,  entre
la  somme  réellement  employée  et  celle  qui  le  serait,  si  la  Ihrestei  ling
retrouvait  sa  râleur  en  lingots.  Cette  distinction  est  plus  im|)(u
        <pb n="568" />
        516

ŒI  VUES  DIVERSES.

tante  qu’elle  ne  le  parait  au  premier  abord,  et  M.  Jiosanquet  sentait
bien  que  c’était  là  Je  sens  que  j'avais  eu  en  vue.  11  a  poussé  l’obligeance
jusqu’à  lixer  mon  interprétation  dans  un  passage  où  elle  semblait
obscure.  11  l’a  fait  de  la  manière  la  plus  hal)iie  et  qui  prouve  combien ­
  il  a  su  comprendre  l’acception  que  j’attribuais  à  ces  mots  :  Une
circulation  excessive.  Il  fait  observer  sur  ce  passage,  p.  86  :  «  Si
l’on  adopte  cette  version,  il  deviendra  presqu’inutile  de  rechercher,
de  vérifier  si  l’excès  du  papier-monnaie  est  un  fait.  Nous  devons
nous  contenter  de  déduire  de  ses  effets  les  preuves  de  son  existence,
et  nous  efforcer  d’établir  que  toute  dépréciation,  comme  tout  renchérissement ­
  de  prix  des  marcbandises  ,  a  son  principe  et  sa
cause  dans  le  montant  seul  des  agents  de  la  circulation.  »  J’admets
franchement  que  tant  que  le  haut  prix  des  lingots  et  la  ténuité
j  de  nos  changes  se  perpétueront,  tant  que  notre  or  conservera  sa  pu-I
  reté,  l’existence  de  5  millions  de  bank-notes  seulement  dans  la  circulation ­
  ne  me  paraîtra  pas  un  argument  suffisant  pour  prouver  que
notre  système  n’est  point  discrédité.  C’est  pourquoi  lorsque  nous
parlons  d’un  excès  de  bank-notes,  nous  voulons  désigner  cette  por
tion  des  émissions  totales  de  la  banque  qui  peut  actuellement  avoir
cours,  mais  qui  disparaîtrait  si  la  circulation  revenait  à  sa  valeur  en
lingots.  Quand  nous  parlons  d  un  excès  de  circulation  eu  province,
nous  entendons  cette  portion  du  montant  total  des  billets  de  banques
provinciales,  qui  ne  peuvent  être  reçus  dans  la  circulation,  parce
qu'ils  demeurent  échangeables  contre  le  papier  de  la  Banque  d’Angleterre, ­
  et  sont  dépréciés  relativement  à  ce  dernier.
Cette  distinction  me  parait  répondre  rigoureusement  à  l’objection
que  M.  Bosanquet  formule  en  ces  termes  :  «  Mais  faut-il  donc  conclure ­
  de  ce  qu’il  y  a  déjà  dans  la  circulation  plus  de  papier  de  banque ­
  que  le  pays  n’eu  peut  absorber  et  employer,  qu’une  émission
exagérée  des  billets  des  banques  de  province  n’entraiuera  pas  leur
dépréciation  *&amp;gt;  Si  l’on  admet,  et  comment  le  nierait-on?  que  le  prix
des  marcbandises  doit  partout  s’élever  ou  ffécbir  en  rapport  direct  avec
l’accroissement  ou  la  diminution  des  monnaies  qui  servent  à  leur
mouvement,  ne  verra-t-on  pas  une  augmentation  des  monnaies  de
Condres  hausser  le  prix  des  marcbandises  dans  cette  ville  seule,  a
moins  qu’une  partie  de  cette  monnaie  ne  soit  introduite  dans  la  circulation ­
  des  provinces  ?  La  même  hausse  n’agirait-elle  pas  au  contraire ­
  sur  les  prix  de  la  province  seule,  si  la  masse  monétaire  s’y  était
accrue,  et  ne  pouvait  être  convertie  en  circulation  de  Londres  ou
avoir  cours  sur  celte  place.  Si  l’on  admet  la  réalisation  del’bypolbèse
        <pb n="569" />
        RÈPONSK  ALX  OBSKUVATKUNS  DK  M  BOSANQÜET.  .M7
avancée  par  M.  Hosanquet,  celle  où  la  circulation  de  Londres  se  multiplierait ­
  isolément  et  où  les  billets  de  la  Banque  d’Angleterre  n'auraient ­
  pas  cours  en  province,  il  faut  se  résoudre  à  avoir  un  change
avec  nos  diifér,ents  comtés,  comme  avec  Hambourg  ou  la  France.  Ce
change  établirait  alors  ([ue  le  papier  de  Londres  est  déprécié  relativement ­
  au  papier  des  [)rovinces.
Si  chaque  banque  provinciale  se  trouvait  affranchie  par  un  bill  de
restriclion  de  l’obligation  de  payer  ses  billets  en  tout  autre  signe  que
son  propre  papier;  si,  de  plus,  ces  billets  étaient  restreints  à  devenir
la  circulation  de  leur  district  particulier,  ils  subiraient  tous  une  dépréciation ­
  relativement  aux  lingots.  Ft  cette  dégradation  serait  proportionnée ­
  à  l’excédant  de  leur  totalité  sur  la  monnaie  évaluée  en
lingots,  qui  eût  circulé  dans  les  districts,  si  le  secours  d’un  tel  bill
»’eût  pas  été  aœordé.
Les  billets  d’une  banque  peuvent  être  dépréciés  de  5  p.  O/o;  ceux
d’autres  banques  de  10,  20  p.  O/q,  et  ainsi  de  suite.  Le  bill  de
restriction  étant  exclusif  à  la  Ban(|ue  d’  Angleterre,  et  tous  les  autres
billets  portant  conversion  en  ses  ¡iropres  billets,  les  émissions  de  province ­
  ne  dépasseront  jamais  les  proportions  de  la  Banque  de  Londres.
«  M.  Bosanquel  pense(jue  j’étais  tenu  à  démontrer  qu’une  impossibilité ­
  physique  arrête  raccroissement  des  billets  de  banque  aux
dépens  du  papier  de  province  et  vice  versa  ,  avant  de  déclarer  qu’une
augmentation  de  billets  de  la  Banque  doit  nécessairement  multiplier
ceux  des  établissements  de  province.  »
Il  ressort,  je  pense,  de  tous  les  développements  précédents,  qu’à
moins  de  voir  les  billets  de  Londres  pénétrer  dans  la  circulation  de
places  où  ils  n’étaient  pas  admis  auparavant,  il  y  a  impossibilité  sinon
physique  ,  du  moins  absolue,  à  ce  (|u  une  extension  des  billets  de
la  Banque  d’Angleterre  ne  détermine  pas  un  accroissement  correspondant ­
  dans  le  papier  de  province  ou  une  dépréciation  dans  la
valeur  des  billets  de  Londres  comparés  à  ceux  des  autres  banques.
Hais  comment  se  produit  ce  résultat  ?  Comment  les  émissions  de
la  Banque  amènent-elles  un  développement  de  ce  genre  dans  la  circulation ­
  de  province?  M.  Gischrist  nous  l’apprend.  Benversons  en  effet
l’hypothèse  qu’il  a  supposée,  et  elle  exprimera  ceci  :  «  Si  la  Banque
d’Angleterre  multiplie  ses  émissions,  les  bampies  provinciales  doivent
augmenter  les  leurs.  »  lÆ  prix  des  marebandises  s’étant  élevé  a
Londres  pendant  que  celui  des  autres  places  restait  stationnaire  ,  a
province  aura  besoin  de  fonds  pour  diriger  scs  achats  sur  le
le  moins  cher,  les  lettres  de  change  sur  l’intéricui  seront  eauc  p
        <pb n="570" />
        5i8

ŒUVUKS  DIVERSES.

demandées  et  se  vendront  conséquemment  à  prime.  En  d’autres
termes,  les  billets  de  banque  tomberont  au-dessous  de  la  valeur  de
la  circulation  provinciale.  Ces  demandes  cesseront  aussitôt  que  la
circulation  des  provinces  aura  été  élevée  au  niveau  de  la  circulation
de  Londres,  ou  que  celle  ci  aura  été  réduite  au  niveau  de  la  première.
Je  n’aurais  pas  cru  qu’un  principe  aussi  clair  put  être  contesté.
La  valeur  de  notre  circulation  d’or  réglait  antérieurement  celle  d’une
livre  sterling  sur  toute  la  surface  de  l’Angleterre.  Si  la  découverte
d’une  mine  avait  rendu  l’or  plus  abondant,  et  grossi  la  masse  monétaire ­
  employée  dans  la  circulation  de  Londres,  on  aurait  vu  surgir
dans  les  provinces  un  accroissement  proportionnel,  destiné  à  maintenir ­
  Tég^ité  des  prix.  Les  billets  de  banque  accomplissent  aujourd’hui ­
  cette  fonction.  Si  on  les  multiplie,  la  circulation  des  provinces ­
  devra  partager  l’usage  de  cette  quantité  additionnelle,  ou
les  banques  provinciales  devront  donner  un  essor  relatif  à  leurs
émissions.  Il  n’est  pas  dilïicile,  dans  de  telles  circonstances,  de  prévoir ­
  le  choix  de  ces  banques.
Le  comité  ayant  établi  :  «  que  si  un  district  provincial  émet  un
excès  de  papier,  alors  que  la  circulation  de  Londres  ne  dépasse  pas
ses  proportions  normales,  les  prix  éprouveront  dans  ce  district  une
hausse  locale,  mais  resteront  immobiles  sur  le  marché  de  Londres;
que  les  porteurs  de  papier  de  province,  préférant  acheter  à  Londres
où  les  prix  sont  plus  doux,  reporteront  ce  papier  au  banquier  qui
l’a  émis,  et  lui  demanderont  des  billets  de  la  Banque  d’Angleterre
ou  des  traites  sur  I^ondres;  qu’enfin,  l’excédant  des  papiers  de  province, ­
  étant  aussi  renvoyé  aux  créateurs  pour  des  billets  de  la  Banque
centrale,  la  quantité  de  ces  billets  devra  nécessairement  et  elTectivement
  limiter  le  nombre  des  premiers.  »
M.  Bosanquet  s’écrie  :  Est-ce  donc  là  une  conséquence  inévitable?
Tout  en  ■  admettant  la  justesse  de  ce  raisonnement  dans  l’hypothèse
ou  les  billets  de  province  seraient  remboursés  avec  du  papier  de  la
Banque,  serait-on  en  droit  de  l’expliquer  au  cas  où  le  paiement  s’effectuerait ­
  en  traites  sur  Londres,  puisque  nous  avons  déjà  démontré
les  faibles  liens  qui  rattachent  ces  dernières  aux  bank-notes  ?...  »  Oui
certes  ce  droit  nous  est  acquis.  Supposons  que  Vexcès  du  papier  de  province ­
  s’élève  à  1000  L,  les  porteurs  s’adresseront  nécessairement  aux
banquiers  pour  obtenir  1000  1.  en  billets  de  la  Banque  d’Angleterre, ­
  qu’ils  remettront  a  Londres  pour  y  acheter  des  marchandises. ­
  La  circulation  de  Londres  n’aura-t-elle  pas  dès  lors  augmenté
de  1000  1.  St.,  et  celle  de  la  province  diminué  d’une  somme  égale.
        <pb n="571" />
        RÉIMKNSK  AlX  OBSKHVATKKNS  IM:  M.  BOSANyüET.

Maintenant,  admettons  (|u’aii  lien  d’un  billet  de  la  Banque  d  Angleterre, ­
  les  porteurs  reçoivent  une  traite  sur  Londres;  cette  traite  servira
tout  aussi  bien  à  solder  ses  achats  à  Londres;  mais  comme  une  traite
n’est  que  l’expression  de  l’ordre  donné  à  A  de  J^ondres,  de  payer  a
^  dans  la  même  ville,  la  circulation  de  Londres  restera  immobile;
seulement,  la  monnaie  de  province  se  trouvera  réduite  de  1000  l.
La  seule  différence  (pii  caractérise  ces  deux  cas,  se  résume  en  ce
,  que,  dans  le  premier,  la  circulation  de  Londn^ss’accroîtra  de  1000  l.st  ,
et  que,  dans  le  second,  elle  ne  subira  aucune  variation.  Mais  le
banquier  de  province  (jui  aura  ainsi  affaibli,  par  la  remise  des
mille  livres  de  la  Banque  d’Angleterre,  la  réserve  qu’il  croit  nécessaire ­
  à  la  solidité  de  son  établissement,  ne  donnera-t-il  pas  immédiatement ­
  ordre  à  son  correspondant  de  lui  envoyer  1000  1.  st.  de
billets  de  la  Banque,  soit  en  vendant  un  bon  de  l’Écbiquier,  soit  par

tout  autre  moyen.
Si  les  prix  de  Liverpool  sont  plus  doux  que  ceux  de  Londres,  je
choisirai  le  premier  marché,  et  si  j’ai  trop  de  billets  de  banque  je  les
remettrai  à  Liverpool  en  paiement,  «  pourvu  toutefois  qu’ils  y  aient
cours.  )&amp;gt;  S’ils  peuvent  effectivement  y  circuler,  Liverpool  participera
avec  Londres  à  T  accroissement  monétaire.  Mais  il  n’y  a  rien  d’improbable ­
  à  ce  qu’un  banquier  de  Liverpool  sache  persuader  à  ses  concitoyens ­
  que  son  papier  répondra  tout  aussi  bien  à  leurs  Ix^soins  que
les  billets  de  la  Banque  d’Angleterre.  Il  se  rendra  donc  acquereur
d’un  de  ces  billets  en  échange  de  son  papier,  et  il  le  renverra  a  Loiidr(*s.
  C’est  ainsi  que  la  circulation  de  Liverpool  se  grossit  par  les
émissions  de  la  Bamjiie  d’Angleterre,  et  que  M.  Bosampiet  se  trompe
en  disant  qu  elle  peut  réduire,  mais  jamais  étendre  d  un  shilling
la  circulation  des  banques  de  Liverpool.  Les  commissaires  ayant
établi  comme  axiome  (pie  la  monnaie  des  banqm^s  de  province  est  un
édilice  dont  le  papier  de  la  Banque  d’Angleterre  (%t  la  base,  M.  Bosanquet
  demande  où  ils  ont  appris  cet  axiome.  «  Ils  ont  bien  appris, ­
  ajoute-t-il,  de  M.  Stuckey,  banquier  important  et  expérimenté
du  Somersetshire  (pie  ees  établissements  règlent  principalement  leurs
émissions  sur  les  ressources  qu’ils  possèdent  à  Londres  en  fonds  publics, ­
  en  bons  de  l’(Thi(piier,  et  autres  titres  conversibles;  mais  la
quantité  de  billets  de  la  Banque  d’Angleterre  ou  d’espèces  qu’ils  ont
en  caisse  n’est  ainsi  qu’un  élément  secondaire  de  leurs  calculs,  quoiqu’ils ­
  en  aient  constamment  en  résene  une  masse  proportlonn  e  aux
demandiis  éventuelles.  Qu’y  a-t-il  donc  dans  cett(  dipo'  |
confirme  le  principe  d’après  lequel  les  billets  de  la  Banque  aurai
        <pb n="572" />
        520

ŒUVRES  DIVERSES.

privilège  d’étendre  ou  de  limiter  l’essor  du  papier  de  province*  ?  »
Il  serait  facile  de  démontrer,  je  pense,  que  les  émissions  multipliées ­
  de  la  Banque  entraîneraient  M.  Stuckey  ou  tout  autre  banquier
de  province  à  accroître  le  montant  de  ses  propres  billets,  et  cela  indépendamment ­
  des  valeurs  dont  il  a  énuméré  le  dépôt.  L’altération
des  prix  à  Londres  provoquerait  une  telle  demande  de  papier  de  province, ­
  qu’un  banquier  y  pourrait  payer  avec  ses  billets  des  traites
sur  la  capitale.  Avec  le  produit  de  ces  traites,  il  augmenterait  sa
réserve  de  fonds  publics,  de  bons  de  l’Écbiquier,  etc.,  et  sa  base,  ainsi
élargie,  il  pourrait  agrandir  l’édifice.
La  commission  ne  peut  pas  avoir  supposé  que  la  Banque  d’Ecosse,
en  1763,  époque  où  elle  réduisit  sa  circulation  en  délivrant  des
traites  sur  Londres  à  quarante  jours,  ait  au  même  moment  versé
des  billets  de  la  Banque  entre  les  mains  de  ses  correspondants.  Il
eut  été  beaucoup  plus  naturel  de  racheter  ses  billets  en  Ecosse  avec
le  papier  de  la  Banque  d’Angleterre.  Mais  non  ;  la  situation  de  la
Banque  d’Ecosse  était  celle  que  M.  Stuckey  a  décrite.  Elle  possédait
à  Londres  divers  titres  qu  elle  autorisa  ses  correspondants  à  réaliser
pour  faire  face  à  ses  billets.  Il  y  eut  à  Londres  un  transport  d’argent ­
  de  A  à  ^  ,  et  le  billet  d’Ecosse  disparut  de  la  circulation.
I  Le  comité  demande  à  M.  Stuckey  :  «  N’est-il  pas  dans  votre  intérêt,  comme
banquier,  de  réprimer  la  circulation  des  billets  de  la  Banque  d’Angleterre,  et  ne
remettez-vous  pas  dans  ce  but,  à  Londres,  tous  les  billets  de  cette  Banque  qui
dépassent  la  somme  que  vous  jugez  prudent  d’en  conserver  dans  vos  caisses  à
titre  de  réserve?  —  R.  Incontestablement.
        <pb n="573" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.

521

CHAPITRE  Vin.
CONSIDÉRATIONS  SUR  l’OPINION  SUIVANTE  DE  M.  BOSANQUET  .  «  LA
■  CAUSE  EXCLUSIVE  DU  RENCHERISSEMENT  DES  PRIX  NE  PROVIENT  PAS
d’un  excès  DE  CIRCULATION  ,  MAIS  DES  IMPOTS  ET  D  UNE  SUCCESSION ­
  DE  DISETTES,  »

Après  aroir  démontré  ou  cru  démontrer  l’impuissance  des  arguments
présentés  par  ia  commission  ,  comme  preuves  de  i’eauberance  des
émissions  de  la  Banque,  M.  Bosanquet  dresse  ses  propres  syllogismes ­
  pour  démontrer  que  ces  émissions  n’étaient  nullement  escessi
ves.  U  base  de  cette  argumentation  est  un  accroissement  de  prix,
produit  par  des  années  de  disette  et  des  impôts  aggravés.  Il  a  invoqué ­
  en  faveur  de  son  opinion  un  passage  du  docteur  Smith,  que  je
regarde  précisément  comme  la  coiiiirmation  de  celle  que  j  ai  a  ce

.Un  prince,  dit  le  docteur  Smith,  qui  décréterait  qu’une  «rtaiiie
partie  de  ses  taxes  serait  acquittée  en  tel  ou  tel  papier-moimaie,  donnerait ­
  par  cela  seul  une  valeur  spéciale  à  ec  papier,  quand  bien  même
l’époque  de  son  remboursement  et  de  son  rachat  replierait  exclusivement ­
  sur  la  volonté  du  souverain.  Si  la  Banque  qui  aurait  émis
ce  papier,  avait  la  prudence  d’en  maintenir  la  quantité  a  un  chiffre
inférieur  à  celui  qui  pourrait  être  absorbé  par  les  impôts  lesdemandes
  dont  il  deviendrait  l’objet  seraient  susceptibles  de  le  faire  vendre,
sur  le  marché,  à  prime  ou  pour  une  somme  excédant  la  valeur  d  or
et  d’argent  qu'il  représentait  à  l’époque  de  son  émission.  •
.  Dès  lors  s’écrie  M.  Bosanquet,  puisque  le  moulant  annuel  des
impositions  dépasse  largement  le  total  des  hmk-mtn.  comment  le
papier  pourra-t-il,  d’après  ce  principe,  subir  une  dépréciation  .  Ma'Ç
où  donc  le  docteur  Smith  a-t-il  parlé  du  montant  annuel  des  tax
Dn  serait  tout  aussi  bien  venu  à  soutenir  qu’il  faudrait  compa
masse  du  papier  avec  le  montant  des  taxes  de  deux  ou  ro  ^
J’attache  aux  paroles  du  docteur  Smith  cette  signi  ^  gj
le  papier  n’excède  pas  la  quantité  qui  en  peut  être  complètement
        <pb n="574" />
        (f:UVHES  ÜIVEHSES.
exclusivement  réservée  au  paiement  des  impositions,  il  ne  subira
aucune  dépréciation.  »  Jamais  cet  illustre  penseur  ne  se  serait  rendu
coupable  d’une  proposition  aussi  extravagante  que  celle  dont  veut
bien  lui  faire  honneur  M.  Hosanquet.  Si  l’on  rapportait  notre  monnaie ­
  de  papier  à  la  règle  du  docteur  Smith,  ainsi  modifiée,  il  en  n^ulterait
  que  le  paiement  journalier  des  taxes  équivaut  à  la  masse  entière
des  billets  de  banque  en  circulation.  De  cette  interprétation,  M.  Bo
sanquet  conclut,  que  le  montant  général  des  sommes  versées  à  l’Échiquier,
  étant  de  76,805,4401.,  ses  bank-notes  ne  subiront  de  dégi  adation
  qu’au  moment  où  ils  dépasseront  ce  total.  Quel  est  le  lecteur  qui
reconnaîtra  là  la  veritable  pensée  du  docteur  Smith?
Quand  M.  Hosanquet  nous  entretenait  d’une  prime  réservée  aux
billets  de  banque,  je  pensais  qu’il  entendait  une  prime  en  or  ou  en
argent,  et  j’avoue  n’avoir  jamais  conçu  autrement  ce  mot  de  prime.
Mais  il  paraît  que  M.  Hosanquet  voulait  désigner  une  prime  qui  aurait ­
  été  accordée  au  détenteur  de  ces  billets  en  un  papier  plus  déprécié ­
  encore,  soit  en  bons  de  l’Échiquier,  soit  en  mandats  sur  les  banquiers. ­
  Or,  comme  ces  titres  sont  remboursables  à  une  échéance
déterminée,  en  billets  de  banque,  ils  peuvent,  en  de  certaines  circonstances, ­
  valoir  moins  que  les  billets,  qui  satisfont  les  besoins  immédiats ­
  et  donnent  ainsi  naissance  à  l’agio  indiqué.  I  n  assignat,  sous
l’escompte  de  50  p.  0/0,  aurait  pu  produire  de  cette  manière  la  prime
de  M.  Hosanquet.
Un  des  arguments  dont  M.  Hosanquet  a  gratifié  ses  lecteurs  pour
prouver  combien  a  été  insignifiante  l’augmentation  des  billets  de
banque,  comparativement  aux  transactions  qu’ils  doivent  accomplir,
se  traduit  en  ce  que  l’extension  de  la  circulation  monétaire  n’a  été
depuis  1793  quede  3  millions,  en  face  d’un  accroissement  de  plus
de  60  millions  dans  les  paiements  faits  au  gouvernement.  Dans  ce
calcul,  la  multiplication  de  la  monnaie  de  province  est  complètement
omise.
Je  vais  essayer  actuellement  de  démontrer  que  ce  développement
prodigieux  des  taxes  n’a  dû  avoir  pour  conséquence  nécessaire  un  accroissement ­
  correspondant  dans  la  circulation,  qu’autanique  le  commerce ­
  aura  reçu  en  même  temps  une  nouvelle  et  féconde  impulsion.
Quant  à  présent,  il  me  suffira  de  remarquer  que,  si  M.  Hosanquet
s’était  appliqué  à  comparer  les  tableaux  de  1793  et  de  1797,  il  y  aurait ­
  probablement  trouvé  des  raisons  pour  douter  de  l’exactitude  de
sa  théorie.  11  a  dû  s’opérer  pendant'  ces  quatre  années  de  considérables ­
  accroissements  dans  les  taxes;  nous  devrions  donc,  d’après
        <pb n="575" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.  523
•H.  Hosanquet,  retrouver  ce  supplément  dans  les  instruments  de  la
circulation  ;  mais  les  faits  démentent  cette  prévision.  Il  n’est  pas
probable  qu’il  ail  été  fait  alors  de  grandes  additions  à  la  masse
des  monnaies;  au  contraire,  le  monnayage  énorme  qui  signala  les
deux  années  de  1707  et  1708,  semble  prouver  que  la  circulation
métallique  était  alors  dans  un  état  de  langueur  tout  à  fait  exceptioii-Rcl-
  Il  paraîtrait,  suivant  les  comptes  remis  au  comité  des  lords,
Que  le  montant  des  billets  de  banque  en  circulation  s’élevait,  en
*793àl.s.  11,451,180;  qu’en  1706,  il  varie  entre  10,713,460,  et
9,204,500,  et  qu’en  1707,  l’évaluation  moyenne,  même  après  le  bill
de  restriction,  ne  dépassait  pas  le  chiffre  de  1793.
l  e  montant  des  billets  de  banque  dont  se  composait  la  circulation
en  1803  était  de  près  de  18  millions.  En  1808,  il  était  encore  le
même,  et  certes  on  avouera  que  pendant  ces  cinq  années  nos  impositions ­
  et  nos  dépenses  durent  nécessairement  augmenter.  Il  en  résulte ­
  donc,  qu’on  peut  grossir  considérablement  les  taxes  d’un  pays
sans  déterminer  un  accroissement  correspondant  dans  les  agents
monétaires.
M.  Hosanquet  aœuse  le  Comité  de  n’avoir  pas  suffisamment  appi*écié
  l’effet  des  taxes  sur  le  prix  des  marchandises;  et  cette  accusation
porte  que  le  comité  a  exclusivement  attribué  la  hausse  des  prix  à  la
dépréciation  de  notre  système  monétaire.  Les  membres  de  la  commission ­
  eussent  été,  il  est  vrai,  hautement  coupables,  s’ils  avaient
fait  naître  dans  les  esprits  cet  espoir  que  la  réforme  de  notre  circulation ­
  pourrait  ramener  les  prix  des  marchandises  au  niveau  qu’ils
atteignaient  avant  le  hill  de  reslricdnn.  L’influence  que  la  dépréciation ­
  exerce  sur  les  prix  a  été  définie  de  la  manière  la  plus  judicieuse; ­
  elle  s’élève  à  la  différence  qui  existe  entre  le  prix  de  l’or  au
marché,  et  celui  qu’on  obtient  à  la  Monnaie.  La  commission  déclare ­
  (pi  une  once  d  or-monnaie  ne  peut  pas  avoir  moins  de  valeur
qu’une  once  d’or-lingot,  au  même  titre.  Un  acheteur  de  blé,  en  donnant ­
  une  onex*  d’or-monnaie  ou  31.  17  s.  10  1/2  d.,  a  donc  droit  à  une
quantité  de  céréales  égale  à  celle  qu’il  cAt  obtenue  pour  une  once  d’or
en  lingots.  Comme  aujourd’hui  4  1.  12  sh.  en  monnaie  de  papier  ne
valent  pas  plus  qu’une  once  d’or-lingot  ;  les  prix  sont  accrus  pour
•’acheteur  de  18  p.  0/0,  et  il  sup/Mirtera  ces  18  p.  0/0  toutes  les  fois
qu’il  offrira  du  papier  au  lieu  de  numéraire  h  sa  valeur  intrinsèque  :
cette  quotité  représente  donc  la  hausse  provoipu'c  par  la  degradation ­
  du  papier  dans  le  prix  des  marchandises.  Mais  a  partir  de  cette
limite,  ou  est  libre  d’assigner  comme  cause  à  tous  les  accroissements
        <pb n="576" />
        (ElIVRES  DIVERSES.

de  prix,  soit  l’effet  des  impositions,  soit  la  vente  croissante  des  marchandises, ­
  soit  enfin  tout  autre  phénomène  qui  paraîtra  satisfaire  l’humeur ­
  inquiète  de  ceux  qui  se  plaisent  dans  de  telles  recherches.
La  théorie  que  M.  ßosanquet  a  émise,  relativement  aux  taxes  et
aux  effets  qu’elles  produisent  sur  le  montant  des  agents  de  circulation, ­
  est  excessivement  curieuse.  Elle  témoigne  de  cette  vérité  que
les  esprits  les  plus  pratiques  s’écartent  quelquefois  du  chemin  de
l’expérience  et  de  la  réalité  pour  s’abandonner  aux  spéculations  les
plus  étranges,  aux  rêves  les  plus  chimériques.
M.  ßosanquet  observe  que  l’accroissement  survenu  dans  les  prix
du  Hoyaume-Uni,  depuis  la  promulgation  du  restriction-bill,  dérive
de  deux  causes  :  1°  des  perturbations  qu’a  éprouvées  le  commerce
du  blé  et  de  la  disette  qui  s’en  est  suivie  pendant  les  années  18ü0  et
1801  ;  2“  de  l’augmentation  des  taxes  depuis  le  commencement  de
la  guerre,  en  1793.
J’admets  sans  réserve  que  la  rareté  du  blé  et  les  frais  qui  ont  suivi
son  importation  ont  dù  produire  une  hausse  dans  le  prix  des  marchandises. ­
  Mais  peut  on  établir  à  titre  de  proposition  évidente  par  elle-même, ­
  et  comme  le  veut  M.  ßosanquet,  à  titre  d’axiome  en  économie ­
  politique,  que  l’effet  d’une  taxe  soit  d’élever  le  prix  des
marchandises  d’une  somme  égale  au  montant  des  impôts  prélevés?
fiésulte-t-il  de  ce  que  les  taxes,  depuis  1793,  se  sont  élevées  au  monstrueux ­
  total  de  48  millions,  que  cette  somme  entière  a  dù  s’ajouter
aux  prix  des  marchandises,  et  suffit  à  rendre  compte  du  renchérisse
ment  de  50  p.  0/0  sur  les  prix  de  1793?  En  résulte-t-il  enfin  que  le
rentier  sera  seul  exclus  du  privilège  de  s’indemniser  des  taxes  qu’il
paie  ?
ÎÆs  conséquences  seront-elles  indifféremment  les  mêmes,  si  la  taxe
est  assise  sur  des  objets  de  consommation,  ou  si  elle  constitue  un  impôt ­
  sur  le  revenu,  un  impôt  direct  et  vingt  autres  qu’il  serait  facile
d’énumérer?  Tendent-ils  tous  à  élever  le  prix  des  marchandises?  Et
le  rentier  seul,  parmi  les  contribuables,  n’aura-t-il  pas  le  droit  d’alléger ­
  son  fardeau  ?  Si  cette  argumentation  était  fondée,  il  en  faudrait ­
  conclure  que  le  poids  des  impôts  retombe  exclusivement  sur  les
rentiers,  et  que  l’excédant  annuel,  répété  depuis  1793,  et  se  montant
actuellement  à  53  millions,  a  dù  sortir  de  leur  escarcelle.  Leurs
contributions  auraient  à  ce  taux  dépassé  leur  revenu;  car  elles  excédaient ­
  l’intérêt  de  la  dette  nationale.  Je  ne  considère  certes  pas
cette  doctrine  comme  fort  judicieuse,  et  je  doute  que,  si  elle  était
vraie;  elle  pùt  communiquer  aux  porteurs  de  rente  un  fervent  en-
        <pb n="577" />
        525

RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  BOSANQUET.

thousiasine  pour  ce  genre  de  propriété.  D’après  ces  principes  la  guerre
D  appauvrirait  plus  une  nation,  et  les  sources  des  impôts  seraient  à
jamais  intarissables.
il  me  parait  cependant  rigoureusement  certain  que  ui  la  taxe  sur
le  revenu,  ni  les  contributions  directes  ou  autres,  ne  peuvent  avoii
la  moindre  action  sur  les  prix  des  marchandises.
bn  effet,  combien  serait  douloureuse  la  situation  du  contribuable.
Contraint  légalement  à  pa^er  une  valeur  additionnelle  pour  les  marchandises ­
  nécessaires  à  son  bien-être,  il  verrait  d  un  autre  côté  s  épuiser ­
  parla  taxe  les  ressources  dont  il  pouvait  disposer  pour  cet  achat.
Alors  même  que  la  taxe  des  revenus  {income-tax)  serait  équitablement ­
  assise  et  laisserait  chaque  membre  de  la  société  dans  la  même
position  relative,  les  dépenses  de  tout  citoyen  doivent  diminuer  du
montant  de  la  taxe.  Si  le  vendeur  désirait  s’aiTranchir  du  poids  de
l’impôt  en  haussant  le  prix  de  sa  marchandise,  l’acheteur  s  efforcerait ­
  par  la  même  raison  de  payer  moins  cher  :  cette  divergence
même  d’intérêts  balancera  si  justement  leurs  efforts,  que  les  prix  ne
subiront  aucune  altération.  Les  mêmes  observations  s’appliquent
aux  impôts  directs  et  à  toutes  les  autres  taxes  qui  ne  sont  pas  établies
sur  des  marchandises.  Mais  si  la  répartition  de  la  taxe  était  assez  inégale ­
  pour  s’appesantir  plus  lourdement  sur  une  branche  spéciale
du  commerce,  les  bénélices  de  ce  commerce  descendraient  au-dessous
du  niveau  général  des  revenus  commerciaux.  Ceux  qui  y  sont  attachés ­
  le  quitteraient  aussitôt  pour  embrasser  une  industrie  plus  prolitable,
  ou  ils  augmenteraient  le  prix  de  leurs  marchandises  de  manière ­
  à  en  recueillir  des  bénélices  égaux  à  ceux  produits  par  les  autres
industries.  .  .  ,
Les  laxes  sur  les  inarehandises  élèvcrout  évidemment  le  prix  de
l'olijet  taxé  du  &amp;lt;/«««/«)«  de  l  impèt.  l  e  prix  de  ees  raarehaudises
IKiurra  être  eeiisidéré  eomme  divisé  en  deux  parties  .  1  une  est  eur
prix  originel  et  matériel;  et  l’autre,  la  taxe  prélevée  sur  la  liberte  de

consommation.  ,
Si,  d'un  aube  eôté,  l’impôt  était  établi  sur  une  mareliaiidise  que
•  baque  individu  consomme  en  proportion  exacte  de  son  revenu,  elle
seule  éprouverait  une  liausse;  mais  si  cette  proportion  "'«y'^epss,
ceux  qui  ont  à  supporter  une  eliarge  plus  lourde  exigeiaieie  ui
société  dans  la  situation  relative  qu  ils  occupaient  a  P  ainsi  le
Si,  au  lieu  d’asseoir  la  taxe  sur  une  marchandise
        <pb n="578" />
        Ö26  '  .  ŒUVRES  DIVERSES.
prix  originel  que  chaque  citoyen  doit  payer,  on  la  transformait  en  un
droit  de  consommation  versé  en  masse  entre  les  mains  du  gouvernement, ­
  elle  produirait  précisément  les  mêmes  effets  que  les  contributions ­
  directes.  Il  y  aurait  seulement,  dans  le  prix  de  quelques  marchandises, ­
  une  hausse  partielle  destinée  à  compenser  l’inégalité  à  laquelle
les  meilleurs  efforts  des  législateurs  ne  peuvent  soustraire  les  taxes.
Si  cette  appréciation  des  effets  qui  suivent  tout  impôt  est  exact,
nous  devons  en  conclure  que  la  théorie  de  M.  Bosanquet  n’est  sanctionnée, ­
  ni  par  la  raison,  ni  par  la  vraisemblance;  car  elle  établit  que  les
taxes,  depuis  1793,  ont  eu  pour  résultat  d’ajouter  48  millions  aux
prix  des  marchandises,  et  qu’une  telle  augmentation  de  charges  suffit
à  rendre  compte  de  la  hausse  des  prix  sans  avoir  recours  à  la  dépréciation ­
  des  agents  monétaires.
De  ces  principes  M.  Bosanquet  a  déduit  une  autre  conséquence
que  nous  reproduisons  :
Comme  la  valeur  des  marchandises  s’est  accrue  de  48  millions  depuis ­
  1793,  et  la  circulation  de  3  millions  seulement,  un  pareil  accroissement ­
  ne  peut  être  appelé  excessif  *.
Bien  que  dans  les  développements  précédents  j’aie  accordé  à
M.  Bosanquet  que  les  prix  des  marchandises  pourront  s’élever
sous  l’influence  de  certaines  taxes,  il  ne  s’ensuit  pas  qu’il  faudra
nécessairement  plus  de  monnaie  pour  seconder  leur  mouvement.
La  masse  de  monnaies  que  le  gouvernement  reçoit  sous  forme  de
taxes,  est  puisée  dans  un  fonds  qui  eût  été  autrement  réparti  en  objets
de  consommation.
Aussitôt  que  les  impôts  s’accumulent,  les  dépenses  de  la  nation
diminuent.  Si  mon  revenu  s’élève  à  1000  1.  et  que  le  gouvernement
prélève  100  1.  à  titre  de  taxes,  il  ne  me  restera  plus  que  900  1.  st.  à
consacrer  aux  besoins  et  au  bien-être  de  ma  famille.  Si  le  gouvernement ­
  en  prélève  200,  il  me  restera  seulement  800  1.  pour  cet  usage.
Maintenant,  comme  le  montant  réuni  de  mes  dépenses  et  de  celles
du  gouvernement  ne  peut  dépasser  1000  1.,  nous  ne  ressentirons
nullement  la  nécessité  d’accroître  la  quantité  des  agents  monétaires,
quand  bien  même  les  taxes  absorberaient  50  p.  0/0  du  revenu  de  cba-‘

  Si  nous  ajoutons  à  ces  trois  millions  la  multiplication  des  monnaies  en  province ­
  et  si  nous  tenons  compte  de  l’économie  obtenue  dans  l'emploi  des  agents  de
la  circulation,  économie  si  habilement  et  si  clairement  appréciée  par  M.  Bosanquet,
il  me  paraîtra  que  tout  en  lui  accordant  les  faits  qu’il  soutient,  l’accroissement ­
  des  signes  monétaires  a  encore  dépassé  les  proportions  voulues.
        <pb n="579" />
        RKPONSK  AUX  OBSERVATIONS  DE  M.  ROSANQUET.  «27
que  citoyen.  Si  l’impôt  était  établi  sur  le  pain,  il  élèverait  immédiatement ­
  le  taux  des  salaires  et  retomberait  accidentellement  sur  ceux
qui  consomment  le  produit  du  travail  humain.  Il  importerait  fort  peu
U  cette  classe  de  consommateurs  d’avoir  payé  directement  la  taxe  au
trésor,  ou  de  l’avoir  subie  après  tant  de  détours.
&amp;gt;i’ai  dit  qu’aucune  somme  supplémentaire  ne  serait  essentielle,
bn  effet  le  gouvernement  continuant  à  prélever  journellement  une
partie  des  taxes,  ses  dépenses  seraient  les  mêmes  dans  les  deux  cas
uù  cette  portion  serait  versée  à  la  régie,  ou  entre  les  mains  du  percepteur ­
  des  contributions.  Quelle  que  soit  la  somme  des  dépenses  du
gouvernement,  elle  déterminera  une  diminution  correspondante  dans
les  dépenses  de  la  nation.  La  même  quantité  de  marchandises  con
tinuera  à  alimenter  le  mai-ché  et  sera  mise  en  circulation  au  moyen
d  une  somme  équivalente  de  monnaie.
Tout  ceci  repose  sur  le  cas  où  les  citoyens  seraient  assez  prudents
ou  assez  riches  pour  acquitter  les  taxes  avec  leur  revenu  annuel,  et
oe  seraient  pas  tentés  on  forcés  d’affaiblir  leur  capital  pour  répondre
^  l’appel  du  gouvernement.  Si  ce  capital  diminuait  cependant,  le
montant  réuni  de  toutes  les  productions  suivrait  cette  décroissance,
et  siles  agents  monétaires  destinés  à  leur  circulation  restaient  au
même  chiffre,  ils  se  répartiraient  en  une  plus  large  proportion  sur
les  marchandises  et  provoqueraient  probablement  une  hausse  dans  les
Pnx.  Mais  il  ne  faut  pas  oublier  que  la  quantité  de  la  monnaie  se
règle  d’après  sa  valeur;  et  comme  sa  valeur  serait  ainsi  altérée,  elle
deviendrait  excessive  relativement  aux  monnaies  des  autres  peuples,
et  ce  surpJtts  serait  livré  à  l’exportation.
Quand  nous  parlons  d’une  disette  de  blé  et  d’une  hausse  suWquente
  dans  les  prix,  on  en  déduit  immédiatement  que  la  valeur  des
eèicales  étant  double,  double  devra  être  celle  de  la  monnaie  nécessaire ­
  à  leur  circulation.  Mais  cette  consápience  n’est  nullement  évidente ­
  ni  nécessaire.  l‘our  que  deux  fois  la  masse  monétaire  fntindis-Pmisable,
  il  faudrait  la  même  quantité  de  blé  avec  un  prix  double  ;
mais  c’est  précisément  parce  que  cette  quantité  a  décru,  que  le  prix
s  est  multiplié.
Si  le  commerce  d’un  pays  grandit  et  se  développe;  en  d’autres  mots,
si  par  des  économies  successives,  une  nation  ajoute  à  son  capital,  elle
exigera  nécessairement  une  quantité  additionnelle  de  signes  monélaires,
  mais  en  toutes  circonstances  la  circulation  devra  conserver  sa
\aleur  en  lingots.  C’est  là  le  seul  contrôle  qui  puisse  établir  infailiihleinent
  que  la  circulation  n’est  pas  excessive.
        <pb n="580" />
        OEUVRES  DIVERSES.

CHAPITRE  IX.
DISCUSSION  SUR  CE  PRINCIPE  DE  M.  BOSANQUET  :  «  LA  REPRISE  DES
PAIEMENTS  EN  ESPECES  ENTRAINERAIT  DE  GRANDES  COMPLICATIONS.

Pour  conclure,  M.  Bosanquet  est  entièrement  persuadé  que  de  gra-  |
ves  perturbations  naîtraient  de  la  reprise  des  paiements  en  numérai-  1
re.  Il  n’espère  même  pas  qu’une  réduction  dans  la  circulation  puisse  I
avoir  pour  résultat  d’améliorer  le  taux  du  change  ou  de  faire  fléchir  1
le  prix  des  lingots,  à  moins  que  nos  importations  ne  diminuent  et  que  i
nos  exportations  ne  s’accroissent.  |
Quant  à  moi,  il  me  paraît  irrésistiblement  clair  qu’une  réduction
des  billets  de  banque  abaisserait  le  prix  des  lingots,  et  favoriserait  le
change  sans  troubler  la  régularité  de  nos  exportations  et  de  nos  im-  |
portations  actuelles.  Elle  ne  saurait  multiplier  les  marchés  qui  nous  |
servent  aujourd’hui  pour  exporter  ou  importer  l’or.  Nos  transactions  j
à  l’étranger  seraient  précisément  les  mêmes  ;  seulement  nous  possé-  i
derioiis  une  monnaie  de  dénomination  semblable,  mais  d’une  valeur  |
supérieure.  Au  lieu  d’être  crédités  à  Hambourg  d’une  livre  sterling  dé-  f
gradée,  équivalente  à  104  grains  d’or  et  cotée  à  28  shillings  de  Flan-  I
dre,  nous  aurions,  —  en  lui  restituant  sa  valeur  réelle  en  lingots,  qui  /j
est  de  123  grains,  —  un  crédit  de  34  shillings.  Cependant  cette  dif-  |î
férence  de  G  shillings  en  notre  faveur  ne  constituerait  qu’un  avan-  H
tage  nominal  et  apparent.  Ce  serait  même  une  grave  erreur  de  croire  '
qu’elle  put  former  un  bénéfice  réel.
Si,  par  une  réduction  des  billets  de  banque,  nous  avions  le  pouvoir
d’en  élever  la  valeur  au-dessus  de  celle  des  lingots  d’or,  nous  réagirions ­
  alors  sur  le  taux  réel  du  change;  nous  troublerions  l’équilibre
actuel  des  importations  et  des  exportations,  et  nous  provoquerions
une  importation  de  lingots,  ou,  en  style  de  négociants,  une  balance  ,
favorable  de  commerce.
Si  le  tableau  que  M.  Bosanquet  trace  de  notre  situation  était  réellement ­
  exact,  nous  aurions  devant  nous  un  bien  triste  avenir.  Obligés  ■
de  faire  face  à  d’énormes  dépenses  à  l’étranger;  obligés  .«  d’importer
        <pb n="581" />
        HKJM)NSK  Al  X  OllSKHVATIONS  DK  M.  HoSANyUKT.  3áí)
(les  articles  iiidispeusables,  »  et  en  retour  desquels  ou  u  accepterait
que  de  l’or,  nous  pourrions  presque  calculer  le  moment  où  le  débat
s’acbèverait,  faute  d'une  marcbandise  assez  précieuse,  l  out  l’or  d'une ­
  année  ne  sullirait  pas  dans  ce  pars  a  solder  une  balance  de  paiements ­
  aussi  énorme  que  celle  qu'il  établit.  Kt  si  d  ailleurs  nos  marchandises ­
  ne  peuvent  s'écMuiler  nulle  part,  quelle  n’est  pas  la  tristesse
de  notre  situation?
l*our  moi,  cependant,  de  telles  apprébensious  sont  iuuliles.  .le  suis
eonvaincu  que  nos  dépenses  à  l’étrangt*!-  ne  sont  pavées  ni  avec  l’or
ni  avec  des  lettrées  decbange,  mais  eu  dernier  ressort,  par  le  produit
du  travail  et  de  l’industrie  de  notre  nation.
.le  porte  stmlement  mes  regards  a\ec  anxiété  sur  l’aveugle  pei*sé\érance
  qui  nous  fait  maintenir  notre  système  de  circulation  actuel,
système  qui  mine  progressivement  toutes  nos  ressoudes,  et  dont  les
inconvénients  et  les  dangers  ont  été  si  énergiqutmient  signalés  dans
les  paroles  suivantes  du  comité  :  «  Si  on  ne  réprime  ees  germes  de
désastres,  ils  porteront  bientôt  la  coin  ici  ion  dans  les  esprits  qui
doutent  encore  de  leur  réalité.  .Mais,  quand  bien  même  leur  aeeroisxenient
  progressif  deviendrait  moins  probable,  la  justice  et  I  honneur
du  Parlement  sont  engagés  à  ne  pas  sanctionner,  au  delà  des  moments
d’une  impérieuse  uéeessité,  la  jierpétuite  d  un  système  de  circulation
itllranehi  de  ce  lien,  de  ce  contrôle  naturel  qui  sert  a  maintenir  la
'aleur  de  la  monnaie  et  qui  garantit,  par  l’intégrité  d'uu  étalon  métrique ­
  des  valeurs,  la  probité  et  la  bonne  foi  qui  sont  les  bases  inallérabJes
  des  obligations  et  des  contrats  liuaneiers  parmi  les  hommes.»
.Ne  nous  est-il  pas  permis  de  voir  ,  dans  ce  beau  début  d’une  commission ­
  si  éclairée,  un  sûr  garant  de  ce  qu’accomplira  la  sagesse  du
Parlement’/

-»•

MK

{(iEuv.  (le  liicarilo.)

34
        <pb n="582" />
        («■:rvRF:s  divkrsks.

?i:in

APPENDICK.

Après  que  j'eus  envoyé  les  pages  précédentes  à  l'impriinerie  ,  je  lus
les  observations  supplémentaires  que  M.  Hosanquet  a  jointes  à  la  seconde ­
  édition  de  son  pamphlet]  J’aurai  peu  de  remarques  à  faire  à  ce
sujet.
Kt  d’abord,  on  peut  conclure  de  ce  que  j’ai  déjà  dit,  que  je  ivjette
l’exactitude  de  tous  les  calculs  de  &amp;gt;1.  Hosainpiet  relativement  au
change  avec  Hambourg.  Ces  calculs  ont  été  établis  sur  la  présomption ­
  d’un  pair  invariable,  tandis  que  le  pair  réel,  celui  qui  aurait  dû
leur  servir  de  base,  est  soumis  a  toutes  les  tluctuations  qui  réagissent
sur  la  valeur  relative  de  l’or  et  de  l’argent;  les  limites  de  ces  lluctuations
  ayant  été  depuis  1801,  &amp;lt;le()  1/2  p.  o/q  au-dessous  de  proportions ­
  de  la  monnaie,  a  1)  p.  0  q  au  dessus,  les  calculs  basés  sur  un
tel  principe  doivent  nécessairement  renfermer  des  erreurs  de  1  5  1'2
p.  ü  q.  Secondement,  l’argument  qu’on  a  essayé  d’édilier  sur  ce  fait,
et  qui  veut  qu'un  accroissemenl  ou  une  rédnclion  dans  les  billets  de
banque  ne  soit  pas  nécessairement  suiv  is  d’une  hausse  &amp;lt;m  d’une  baisse
dans  le  prix  des  changes  ou  des  lingots;  cet  argument,  dis-je,  est
sans  valeur.  Il  n’a  aucune  puissance  contre  une  théorie  (pii  admet  que
la  demande  des  agents  de  circulai  ion  est  soumise  à  des  oscillations  (-ontinuelles,
  détermimies  soit  par  le  développement  et  le  (hh  lin  du  coin
merce  et  du  capital,  soit  par  la  facilité  plus  ou  moins  grande  que
donnent,  pour  les  paiements,  des  degrés  divers  de  coulianee  et  de  cré
dit.  11  est  enfin  sans  force  contre  une  théone  qui  admet  que  le  mèim
commerce  et  h‘-s  mêmes  paiements  peuvent  nécessiter  une  somme  variable ­
  d'agents  monétaires.  I  nc  masse  de  billets  de  banque  pourra  étrc
excessive  aujourd’hui,  dans  le  sens  que  j’attache  à  ce  mot,  et  conséquemment ­
  dépréciée.  Mais  qu’on  sc  reporte  à  une  autre  époque,  et
raccroissement  hîiuporaire  de  leur  valeur  au-dessus  de  celle  du  lingot
qu’ils  représentent,  les  aura  peut-être  riàluilsà  une  proportion  exacte
avec  les  paiements  qu'ils  ont  a  elfectuer.  (l’t;st  pourcpioi  il  me  semble
inutile  d’admettre  ou  de  réfuter  l’exactitude  dt‘s  bases  sur  lesquelles
&amp;gt;1.  Hosanquet  a  fondé  son  évaluation  totale  des  monnaie^  de  papier
en  circulation.  Ces  faits,  à  mon  avis,  ne  se  rat  lâchent  pas  au  sujet
        <pb n="583" />
        531

HKlUJiNSL  AUX  (mSKHVATKUXS  DK  M.  HOSANQUKT.
de  la  discussion.  Que  la  monnaie  de  papier  s'élève  à  ‘25  ou  à  I  DD  millions, ­
  je  la  considérerai  comme  excessive  dans  les  deux  cas;  car  les
eiletsdont  nous  sommes  témoins  depuis  .s/  louijlemps  '  ne  peuv  ent,  selon
moi,  être  attribués  à  d’autres  causes  qu’à  une  circulation  exagérée
ou  à  un  défaut  de  confiance  dans  les  émissions,  défaut  qui  n’existe
certainement  pas  aujourd’hui,
M.  Ifosanquet  a  réuni  sous  la  forme  de  quatre  problèmes  les  conclusions ­
  qu’il  voudrait  déduire  des  faits  dont  il  nous  a  nouvellement
enrichis.  Il  croit  d’ailleurs  que  les  principes  du  (Committee  s’opposent
à  la  solution  de  (tes  problèmes.  J  ’esj)èreav  oir  déjà  montré  combien  les
faits  sont  impuissants  à  sanctionner  les  formules  qu'il  fonde  sur  eux,
et  j’espère  ne  pas  éprouver  trop  de  ditliculté  à  lui  offrir  une  solution  de
ses  problèmes  et  à  me  conformer  en  même  temps  aux  princi[&amp;gt;es  de
la  Commission.
Le  premier  pro  blême  est  posé  en  ces  termes  :  «  Ja*  change,  après  une
moyennefavorabledeOp.  0/o,de  1790  à  175)5,  est  descendu  à  5  p.  O/o
au  dessous  du  pair,  en  175)5-175)0,  au  milieu  d’une  circulation  constante ­
  de  I  I  millions  de  billets  de  banque,  cxmvcrsibles  en  espèces  à  la
volonté  du  porteur.  lÀi  175)7  et  175)8,  il  s’éleva  en  moyenne  à  11  p.  ü/y
au  dessus  du  pair,  à  une  époque  où  la  circulation  avait  été  portée
à  13  millious  et  n’ollrait  plus  un  remboursement  immédiat.  &amp;lt;»
Ia;  lecteur  verra  sans  doute  que  ce  problème  a  déjà  récusa  solution
dans  le  corps  de  cet  ouvrage.  J  es  changes  ne  sont  pas  rigoureusement ­
  lixes,  et  personne  ne  niera  qu’ils  j)uissent  s’élever  ou  décliner ­
  sous  l’inlluence  de  causes  multiples.
jNous  avons  démontré  que  la  demande  de  l’or  pour  la  monnaie  et
celle  de  l’argent  pour  les  Indes-Orientales  en  175)7  et  175)8  eurent  sur
les  changes  un  effet  naturel  qui  ne  fut  pas  compensé  par  une  émission
extravagante  de  monnaie  de  papier.  J/or  ,  devenu  nécessaire  pour
remplir  les  coffres  épuisés  de  la  Banque,  ne  put  être  livré  à  la  circu-'

  M.  Bosanqiiela  désigné  comme  incorrecte  l’application  de  ces  mots  «  .«
longtemps  »à  l’escompte  des  billets  de  bamjue.  Il  s’appuie,  pour  les  critiquer,
sur  ce  que  les  tables  deM.  Mushet  n'offrent  pas  d'exemple  d’un  change  ayant
été  très-défavorable  pendant  toute  une  année,  antérieurement  à  l’époque  où  j’écrivais ­
  (décembre  ISOù).  Il  pourrait  sembler  que  par  rapport  à  un  escompte  sur  les
billets  de  banque,  une  année  est  un  temps  considérable  ;  mais  comme  j’ai  constamment ­
  maintenu  que  le  haut  prix  du  lingot  était  l’argument  le  plus  direct  pour
prouver  la  dépréciation,  et  comme  le  prix  de  l’or  n’a  pas  été  depuis  dix  ans  audessous
  du  prix  de  la  monnaie,  on  ne  peut,  je  pense,  d'après  mes  principes,  contester ­
  l'exactitude  de  mes  conclusions
        <pb n="584" />
        (H'U  VUKS  DlVKIiSKS.

latioii,  &amp;lt;‘t  l’addition  de  1  millions  en  hi  I  lois  dr  hancjue  servit  seulement
a  condoler  le  vide  produit  par  raeeumulation  de  l'or  :  de  sorte  qu’il
n’v  eut  efleetivemeni  aueini  aeeroissement  dans  la  eireulation  de  res
années.
Le  second  prohlème  repose  sur  les  phénomènes  suivants.  «  l”  La
baisse  du  change  à  (5  p.  10  ()  au-desAous  du  pair,  l'or  étant  à  0  p.  I)  ()
au-dessus  du  prix  de  la  monnaie  en  ISOOet  I  SOI,  et  la  eireulation  de
la  Banque  s'éle\anl  à  un  peu  plus  de  I  è  millions;  Q"  l'élé\ation  du
change  a  3  p.  (Lq  au-dessus  du  pair,  d’après  une  moyenne  de  six  an
nées,  de  IS03  à  I  SOS,  l'or  étant  éxalué  approximativement  à  son
prix  à  la  monnaie  et  la  eireulation  s’étant  aeerue  jusqu’à  17  ou  IS
millions.  »
Outre  les  ellets  produits  par  les  \icissitudes  du  eoinmeree  etdu
crédit,  il  faut  se  rappeler  (ju’à  l’époque  où  notre  circulation  se  composait ­
  d’or  et  de  papier,  rinilueme  d’une  émission  additionnelle  sur
les  changes  et  sur  le  prix  des  lingots  se  trouvait  corrigée,  après
un  intervalle  sullisanl,  par  l’exportation  du  numéraire,  Leite  ressource ­
  nous  a  été  enlevée  depuis  (pielque  lenij)s.
Le  troisième  prohlème  porte  (pie  «  le  changea  \arié  de  õ  p.  dp  au-(/mu.s
  du  pair,  en  juillet  lS(tS,à  Id  p.  do  un  de.s.sm(.s  en  juin  ISdd,  la
circulation  de  la  Banque  étant  d’ailleurs  la  même  dans  les  deux  cas.  Il
sera  facilement  résolu.  Il  m  a  été  impossible  de  lrou\(!r  lesdocumeiils
d’après  lesquels  &amp;gt;1.  Bosampiel  a  établi  que  le  montant  des  billets  de
banque  était  le  même  en  juillet  IHdS  et  en  juin  ISdi);  mais,  en  ad
mettant  même  leur  exactitude,  a-l-on  pu  en  faire  des  termes  de  comparaison ­
  convenables?  t  ne  des  deux  épocpies  précède  imnu'dialemenl
le  paiement  desdi\  idendes,  l'autre  lui  est  imim'dialement  [lostérieure.
L'accroissement  de  la  somme  des  billets  de  hampie,  en  jan\  ier  et  jiiil
let  IHdd,  après  le  paiement  des  di\  idendes,  n'a  pas  été  moindre  de
‘2,1.‘)d,ddd  1.  ;  en  jan  \  ier  suivant  il  alteignil  l,H7H,ddd.
Je  ne  suis  nullement  porté  à  soutenir  (pui  les  émissions  d'un  jour
ou  d’un  mois  puissent  r(*agir  sur  les  changes  extérieurs;  peut-être
faudra-t-il  un  (espace  plus  considérable,  car  de  tels  elfeIs  ne  peinent
se  produire  sans  le  concours  d’un  intervalle  nécessaire,  (leux  (|ui  rejettent ­
  les  principes  de  la  commission  n’ont  jamais  tenu  compte  de
edle  observation.  Ils  ennelmml  à  l’imperfection  des  principes,  par
cela  seul  que  leur  action  n'est  pas  immédiatement  ressentie.  ¡Mais  (»ù
sont  les  faits  relatifs  à  la  circulation  dt^s  billets  de  banqueen  1808  et
1800?  Il  a  été  fait  seulement  trois  rapports  au  liuUion-Cominiltee  sur
leur  montant  eu  1808;  comparons-les  avec  les  rapports  de  1809  rela-
        <pb n="585" />
        RKPONSK  Alix  ORSEKVATIONS  DK  M.  BOSANQUKT.  «
tjfs  aiix  mêmes  épo(|ues,  et  je  ne  (Imite  pas  que  mes  leetdirs  n  y  lisent
avec  moi,  au  lieu  d'une  réfutation,  une  eoniinnation  des  pnncipes  e
la  commission.

Montant  des  billets  de  banque
en  1808.
l'T  Mai  _  17,401,000  liv.  si
l'r  'Août  —  17,644,070
!*'■  Novembre  —  17,467,170

Montant  des  billets  de  banque
en  I800
l'r  Mai  —  18,646,880
(er  Août  —  10,811,3.40
1"  Novembre  —  10,040,200

1^  qnatricme  prohlcmc  ctahlit  les  phénomènes  suivants  ;  «  Le  renchérissement ­
  graduel  du  prix  des  inarehandises  :  —  r  pendant  la
guerre  d’Ainériipie  et  au  moment  où  la  ci  reniât  ion  était  en  or;
r  pendant  les  années  de  IHO:*,  à  ISDD,  époque  pendant  laipielle  le
change  fut  en  notre  faveur.  »  Mais  oii  donc  a-t-il  été  soutenu  (|ue  la
dépréciation  des  monnaies  est  la  seule  cause  qui  puisse  explupier  une
hausse  dans  les  prix  des  marchandises?  Le  point  pour  lequel  je  combats ­
  consiste  en  ce  ipie,  si  la  hausse  est  suivie  d’un  renehénssement
.  ontimi  dans  le  prix  du  métal  qui  sert  d’étalou  monétaire,  la  circie
lation  se  trouve  dépréciée  d’une  ipiantité  é"ale.  Pendant  la  "uerre
d’Amérique,  la  hausse  survenue  dans  le  prix  des  marchandises
n’avant  pas  été  suivie  d’un  renehérissement  correspondant  dans  les
prix  du  lingot,  n’a  pu  nécessairement  être  jirovmpiée  par  la  dépradation
  du  système  monétaire.
Ici  noiis  arrivons  à  douter,  pour  la  première  fois,  si  les  principes
de  la  commission,  si  ri^oureusemcnl  comhattus  par  M.  Hosampiet,
sont  elVectiveinent  en  désaccord  avec  ses  propres  convictions.  O  nnous
dit  maintenant,  non  pasipiela  théorie  est  erronée,  mais  «  qu’on  doit
établir  les  faits  avant  de  les  prendre  pour  base  du  raisonnement,  et
que  d’ailleurs  l’im|)ortance  de  ces  faits  ne  serait  pas  même  atténuée
par  une  adhésion  complète  aux  doctrines  précédentes.  .  Cette  déclaration ­
  répond-elle  aux  conclusions  de  M.  Itosanquet?  Le  Ihillwn-Cowwilloe
  établit  certains  principes  (|ui,  s  ils  sont  exacts,  deviennent ­
  une  preuve  irréfragable  de  la  dépréciation  di^s  monnaies.  «  Vos
prineipes  sont  plausibles,  dit  alors  M.  bosanqiiet  ,  ils  semblent
sanctionnés  par  la  raison  ;  mais  les  faits  suivants  prouveront  combien ­
  l’expérience  les  dément.  »  Il  ajoute  d’après  Dalev  :  «  (Miaiid  un
théorème  est  soumis  à  un  malhématieien,  il  commence  par  l’essayer
sur  un  simple  cas.  Si  le  résultat  est  faux,  il  demeure  convainen
(pi’il  doit  y  avoir  quelque  erreur  dans  la  démonstration.  T^e  public ­
  doit  procéder  de  cette  manière  dans  I  exam*n  du  rapport,  et
soumettre  ses  théories  à  l’épreuve  du  fait.  &amp;gt;  M.  Itosanqnet  est  i  (  on(
        <pb n="586" />
        -*^34  Vîtes  DIVRMSKS.
logique,  quand  il  s’écrie  «  (jiie  T  importance  des  déductions  offertes ­
  au  publie  dans  ses  précédentes  pages  ne  peut  être  affaiblie,  même
par  l’adoption  radicale  des  principes  énoncés»
Si  I  on  admet  comme  exacte  la  théorie  de  la  commission,  et  comme
positifs  les  faits  de  IM.  Itosanquet,  il  faudra  en  conclure  qu’il  est
d  accord  a\ee  le  comité,  ou  &amp;lt;pie  les  faits  sont  complètement  inapplicjuables
  à  la  question.  Il  est  bien  une  autre  conclusion  ;  mais  je  n  ai
nullement  1  intention  de  l'attribuer  à  !V1.  (iosanquet.  Cette  conclusion ­
  serait  qu’il  peut  y  avoir  d’un  côté  une  théorie,  de  l’autre  des
faits,  tous  deux  véritables  et  cependant  contradictoires.
(Juant  a  la  méthode  du  docteur  Paley,  pour  prouver  la  théorie
du  comité  au  moyen  d’un  simple  c^s,  M.  Ifosanquet  aurait  pu  faire
cette  expérience  en  mille  circonstances,  et  il  aurait  certainement  été
frappé  delà  concordanee  du  résultat.  S’il  avait  consacré  ses  loisirs  et
son  talent  à  étudier  les  mille  cas  avec  les(juels  cette  théorie  s’allie,
au  lieu  de  quêter  pénihlement  deux  ou  trois  exemples  contradictoires ­
  eu  apparence,  pour  les  adopter  avec  une  aveugle  crédulité,  il
serait  probablement  arrivé  à  des  déductions  plus  justes.
!V1.  Ilosanquet  met  en  (piestion  la  vérité  de  la  proposition  suivante
de  M.  lluskisson  :  «  Si  une  partie  de  la  circulation  d'un  pays  est  dépréciée, ­
  la  masse  entière  de  cette  circulation,  soit  papier,  soit  monnaie,
dm'/  l’être  également,  si  toutefois  elle  possède  directement  ou  virtuellement, ­
  mais  toujours  suivant  sa  dénomination,  le  caractère  de
monnaie  légale.
l  e  fait  produit  |)ar  M.  Hosanquet  eu  ces  termes  ;  «  La  déprécia
I  tion  exceptionnelle  des  pièces  d’argent  sous  le  règne  du  roi  Guillaume ­
  ,  loin  d’amener  la  dégradation  de  I  or  ,  porta  la  \alenr  courante
de  la  guinée  de  ’21  a  liO  shillings.  »  O  fait,  dis-je,  ne  prouve  pas  que
le  principe  dei\l.  lluskisson  mente  a  l’expérience,  car  l’or  n’était
pas  alors  la  monnaie  courante.  Il  n’était  pas  non  plus  directement  ou
cir  tuet  le  ment  monnaie  légale;  l’autorité  publique  n’avait  attaché  a
la  guinée  aucune  valeur  déterminée,  et  elle  passait  dans  tous  les
paiements  comme  pièco  de  métal  d'un  poids  et  d’un  litre  connus.  Si
une  loi  avait  interdit  de  l'échanger  contre  plus  de  21  sh.  de  la  circulation ­
  dégradée  en  argent,  elle  eût  subi,  sous  forme  de  coin  ,  une
dépréciation  egale  a  celle  des  21  sh.  pour  les(|ucls  elle  avait  cours.
Si  la  loi,  considérant  l'or  comme  une  marchandise,  annulait  les
prescriptions  qui  interdisent  de  le  fondre  cl  de  l’exporter,  les  gui  nées
pourraient  passer  dans  les  paiimienls  au  taux  de  21  ou  25  shillings,
tandis  que  les  billets  de  banque  conserveraient  leur  valeur  actuelle.
        <pb n="587" />
        RÉPONSE  AUX  OBSERVATIONS  ÜE  M-  BOSANQUET.  ô35
Le  principe  suivant  de  .  H  uskisson,  quoique  combattu  par  M.  Bosanquct,
  ne  me  semble  nullement  contraire  à  l  autonté  de  la  menee
«  Si  la  quantité  d’or  existant  dans  un  pays  où  l'or  alimente  seul  la  circulation, ­
  s’accroît  en  des  proportions  données,.—  en  supposai!  ai  -
leurs  la  masse  et  la  demande  des  autres  articles  constamment  la  m  me,
—  la  valeur  de  toute  inarebandise,  mesurée  par  le  signe  monétaire  du
pays,  se  trouvera  augmentée  dans  le  même  rapport.  »  M.  Huskisson
n’infirme  pas,  comme  le  suppose  M.  Bosanquet,  la  vente  du  principe ­
  dans  lequel  Adam  Smith  établit  que  :  •«  La  multipluÆtion  des
métaux  précieux,  quand  elle  est  produite  dans  un  pays  par  e  deve-  ^
loppcment  de  la  richesse,  n’a  aucune  tendance  a  diminuer  leur  va-  j
leur  »  Mais  il  dit  que  si  la  quantité  des  métaux  précieux  s  aecroi
isolément  dans  un  pa)S,  sans  que  sa  richesse  ou  ses  marchandises  se
multiplient,  la  valeur  des  cubes  d’or  diminuera,  ou,  en  d  autres  termes ­
  le  prix  des  marchandises  haussera.  M.  Bosanquet  a  admis  luiinènie
  cx‘s  conséquences  dans  son  argumentation  relative  à  la  mine.
.l’ai  cependant  a  présenter  une  objection  contre  ce  passage  du
livre  de  M.  Huskisson,  car  il  ajoute  (pie  «  l’accroissement  du  prix  des
marchandisesauraiteu  lieu  dans  les  circonstances  supposées,  en  1  absence ­
  même  de  Umte  addition  faite  au  numéraire  du  pays.  »  Je  soutiendrai, ­
  comme  conclusion  irréfutable  que,  si  les  marchandises,  les
demandes  du  marche,  et  la  monnaie  (pii  siTt  a  leur  circulation,  n  enmiiveiil
  ni  augmentation  ni  diminution,  les  prix  resteront  au  même
laux  (pielle  que  soit  d  ailleui-s  la  quantité  d'or  ou  d’argent  existant
dans  ce  pays  sous  forme  de  lingots  ‘.Il  est  à  peine  nécessaire  de  dire
(pie  le  cas  est  complètement  hypothéluiue  et  impossible.  On  ne  saurait ­
  évidemment  faire  de  larges  additions  aux  lingots  d’un  pays  oii  la
circulaüon  est  a  sa  valeur  légale,  sans  proviKpier  un  accroissement
dans  la  ipiantité  de  la  monnaie.
.l’avoue  queje  n'ai  pas  été  médiocrement  surpris  par  la  proposition
snbseipientc  de  M.  Bosanquet,  et  certainement  la  majorité  de  scs
lecteurs  aura  partagé  mon  étonnement.  Apres  avoir  proclamé  dans
tout  son  ouvrage  que  les  billets  de  bampie  n’étaient  pas  dépréciés
relativement  a  l’or;  après  avoir  soutenu  (jue  la  même  hausse  dans  les
prix  de  l’or  (louvait  se  manifester,  et  s’était  même  déjà  manifintee  en
plusieurs  occasions,  au  moment  où  notre  circulation  consistait  a  la

'  Il  faul  bien  coiupreudi’e  que  je  ue  suppose  ici  dam  la
lateurs  aucune  de  ces  variations  qui  peuvent  diminuer  ou
leur  du  iium(*raire
        <pb n="588" />
        ÍUIVMKS  IHVKKSKS.

lois  en  or  cl  en  |)&amp;lt;&amp;gt;pier  c(m\cesibles  ñ  la  volonté  du  porteur;  après
avoir  solltenn,  enliii,  ijii’il  n’y  avait  aucun  point  de  contact  entre  l’or
d  exportation  et  l’or-monnaie,  et  ([uc  de  ce  défaut  de  contact  était
issu  le  rcnclierissement  de  son  prix,  !\l,  Hosanquet  ajoute  sérieusement ­
  ces  paroles  ;  «  (/application  des  théories  les  plus  respectées  nu’
porte  a  croire  (pie,  depuis  rélablissement  complet  du  nouveau  minie
de  paiements  de  la  Hanipie  d’Angleterre,  l’or  n’est  pas  elléeti'emeul
demeure  la  mesure  de  la  valeur.  I.i's  billets  de  bampie,  reprend  il,
sont  incontestablement  devenus,  dès  1797,  la  mesure  du  eommeree  et
la  monnaie  de  compte.  Kt  c’est  d’après  ces  bases  ipie  je  considère  la
proposition  relative  au  prix  de  l’or,  proposition  qui  inspire  tant  de
eonlianee,  comme  une  de  celles  dont  j’admets  le  principe,  mais  dont
j’bésite  à  faire  l’application.  &amp;gt;  .le  n’ai  pas  à  recbereher  si  les  directeurs ­
  de  la  Banque  et  tous  les  autres  ebampious  ipii  out  si  vaillam
ment  soutenu  que,  tout  en  ndmellant  Vor  pour  Halón,  Vèlhmlioii  de
son  jirix  ne  ¡ironvail  pas  le  diserédiJ  de  la  circnialion  ;  je  n’ai  pas  à
reebereber,  dis-je,  s’ils  seront  hautement  charmés  d’une  défense  qui
confirme  précisément  ce  (pic  le  comiW  lui-même  a  établi,  l/or,  ditesvous,
  u’est  plus  en  réalité  l’étalon  sur  lequel  se  règle  notre  circulation?
Kb!  mais  vous  dites  vrai,  et  c’i'st  la  l’origine  des  plaintes  adressées
par  le  (ominiUee  à  tous  ceux  (pii  ont  (*crit  dans  le  même  sens,  contre
le  système  actuel.
Le  détenteur  de  monnaie  s’est  vu  lésé  par  cela  seul  ipi’il  n’existe
point  de  recours  légal  destiné  à  garantir  sa  propriété.  Il  a  (bya  subi
nue  perle  de  Ib  p.  O'o  depuis  1797,  et  rien  ne  le  proltige  eoiitre
une  perte  additionnelle  et  proebaiuc  de  25,  90  et  même  50  p.  Op.
Qui  donc  consentira  à  gardi'r  sous  de  telles  conditions  de  l’argeut  ou
des  valeurs  dont  l’intérêt  est  desservi  en  monnaie?  Il  n’est  pas  de
sacrifice  que  ne  fasse  le  porteur  de  ces  titres,  sous  l’empire  d’un  tel
système,  pour  se  eiéer  dans  l’avenir  une  propriidé  mieux  assise.
&amp;gt;1.  Bosampud  a  mieux  plaidi*  dans  ces  (piclipies  lignes  la  cause  de
l’abrogation  du  restrielion-hill,  (pie  tous  les  (Trivains  (d  les  théoriciens ­
  n’ont  su  le  faire  depuis  l’origine  de  cette  discussion.  )lais  alors,
&amp;gt;1.  Hosanquel  admet-il  (juc  nous  n’avons  plus  d’idalou,  parce  ipie  ce
caractère  a  été  enlevé  à  l’or?  Keouloiis  ses  propres  paroles  :
«  Si  le  signe  monétaire  est  un  billet  de  I  1.  si.,  on  demandera  iiécessaiiement
  quel  en  (»st  l’étalon.  La  solution  de  ce  problème  pré-1
  i  sente  quelque  dilliculté.  Mais  à  l’aspect  des  larges  proportions  con-\
  \  (plises  dans  la  circulation  générale  par  les  opérations  du  gouverne-\
  '  ment  et  du  public,  il  est  permis  de  penser  que  probablement  nous
        <pb n="589" />
        HEPONSE  Alix  OBSEUVAilONS  BE  M  BOSANQBEl,  o37
,V  trouv,Tons  Ort  II  nVsl  pas  plus  dillioilc  d'altril.nor  la  va  -
lour  íi/po  d  un  Inllrt  d'uiio  livro  si.  à  l'intóról  do  :t:i  I.  &amp;lt;&amp;lt;  sh.  8  d.  do
roule  :i  p.  0/0,  quo  d'inmginor  i|uo  I'rtalou  »'sido  dans  uii  mrtal  ipii
inanipjc  à  noiro  oiroulalion  ot  dont  I  appnoisionncmrni  annuol,
uu'me  ooniino  niaroliandiso,  n’alloinl  pas  la  vinglii  mo  partie  (  os  e
pousos  dll  gouvornonioni  à  I  oiraugor  pondani  uni  annoo.
Anns  avons  dono  un  ótalo,,  pour  un  l.illol  de  l,a,„p,o  d  une  livro,
ol  ort  étalon  est  ropiawiité  par  I  intérêt  do  .i.l  I.  &amp;lt;&amp;gt;  sli.  8  ‘
.!  p.  0/0.  Mais  oomnie  o'ost  la  luonnaio  dans  laquello  ort  inlorél  doit
otro  pavé  oui  sirviia  d  élai,,,,,  Muello  .si  dono  ..otto  ,„on„a,o.  I../,
po,-lo,„‘,lo  :l:l  L  lisio  8  d.  10,.oit  à  la  llau.p.c  un  lullet  d  uno  livre,  las
liillols  de  la  Itaiupie  soul  doue,  suivant  la  II,for,,'  d  iii,  liiminio  pin,-,„,0,
  le  soul  étalon  d'api-is  lo,,,,el  ou  puiss,-évalu.T  la  dopree,at,o„
des  billets  (le  üaii(|uc!
Ainsi,  ou  ouléve  à  „„  poi,„;»u  de  fltun.  Hi  P-  ",'0  &amp;lt;&amp;lt;('
01  ouloursubstilucnue  „„aulité  égale  d  eau.  Huello  estialupiour  avoo
laipiollo  VI.  liosaïupiol  ,ssai,',a  do  .léloriniuor  la  fraude?  Prooisouionl
„„  éoliantillou  ,lo  rliiiiu  frelaté,  puis,'  dans  lo  ,„éme  loun.'au  1
Du  nous  dil.'usuite:  -  Si  la  Itaïupio  posséilo  roell.'meul  un  tonds
d'or  ,o,isi,léral&amp;gt;lo  ou  ,lo  (i  il  7  inillious  souloinout,  le  ineillour  usage
qu  ölle  en  puisse  faii-e  sei  a  do  fair,'  rouir,  ,'  tous  lis  lullols  au  di  .ssous
mim
Juillets  do  lw*iii|iio.
        <pb n="590" />
        TABLE  DES  MATIÈRES.
Pag«.
CHAPITRE  I.  —  Observations  préliminaires.  —  Expose  sommaire
des  objeetions  présentées  par  M.  Rosanquet  contre
la  conclusion  du  comité  des  lingots  4SS
—  II.  —  Examen  des  faits  que  iM.  Rosanquet  cite  comme  puises
dans  l'histoire  de  l’état  du  change  .  4H1
Section  I.  —  Change  a\ec  Hambourg  ih-—
  II.  —  Change  avec  Paris  .  170
—  Ill  —  Prétendue  existence  d’une  prime  sur  la  monnaie  anglaise ­
  en  Amérique.  —  Change  fa\orable  avec  la
Suède  .  17S
—  IV.  —  Examen  d’une  décision  de  la  commission  des  métaux
précieux  relative  au  pair  du  change  179
CHAPITRE  III.  —  Examen  des  faits  allégués  par  Al.  Rosanquet  dans  sa
prétendue  refutation  du  principe  suivant  :  une  surélévation ­
  du  prix  courant  des  lingots  au-dessus  du
prix  à  la  Alonnaie  est  la  preu\e  d’une  circulation
dégradée  .182
Section  I  —  Nier  cette  conclusion,  c’est  proclamer  l’impossibilité  de
fondre  ou  d’exporter  toute  monnaie  anglaise  :  et,
certes,  personne  ne  soutiendra  une  telle  assertion.  .  ih'
—  II.  —  Consé(|uences  qui  résulteraient  de  l’hvpothese  où  les
circulations  monétaires  du  globe,  l’Angleterre
exceptée,  seraient  diminuées  ou  accrues  de  la  moitié.  48«
—  III.  —  Ea  légère  hausse  du  prix  de  l’or  sur  le  continent  est
due  seulement  à  une  \ariatioii  dans  le  rapport  de
l’argent  à  l’or  .  ...  189
—  IV.  —  Défaut  attribué  à  la  théorie  de  M  Locke  sur  la  refonte
de  11)9«  494
CHAPITRE  IV.  —  Etude  des  objections  presentees  par  M  Rosan(|uet
contre  cette  proposition  ;  la  balance  des  paiements
a  été  favorable  à  l’Angleterre  19«
—  V  —  (  xnisidérations  sur  l’argument  que  presente  M  Rosanquet
pour  prouver  que  la  Rauque  d’Angleterre  n’a  pas  le
pouvoir  de  donner  cours  force  aux  billets  de  banque.  .&amp;gt;0  4
—  VI  —  Observations  sur  les  principes  du  seigneuriage.  .  .  .  .AIO
—  VII  —  Examen  des  objections  présentées  par  AI  Rosanquet
contre  cette  proposition  :  «  Ea  circulation  issue  de  la
Ranqne  d’Angleterre  regle  i^lle  des  banques  de  province. ­
  »  611
—  VUE  —  Considerations  sur  l’opinion  sui\ante  de  iM  .Rnsan(|uet  ;
"  Ea  cause  exclusive  du  renchérissement  des  prix  ne
repose  pas  dans  un  excès  de  circulation,  mais  dans
les  impôt.-,  et  des  années  successives  de  disette  ■&amp;gt;.  .  621
—  IX.  —  Discussion  sur  ce  principe  de  Al.  Rosanquet  :«  Ea  reprise
des  paiements  en  espèces  entraînerait  de  graves  complications. ­
  »...  528
Appendice  6.30

fin  DK  LA  TABLE  DES  MATIÈRES.
        <pb n="591" />
        ESSAI

SUR  ■  •  ■
L’INFIIJENCE  nu  BAS  PRIX  DES  BLÉS
SUR  UES  PROFITS  DU  CAPITAL  ;
MOATRAMT
LE  VICE  DES  RESTRICTIONS  DIRIGÉES  CONTRE  LES  IMPORTATIONS;
tT  COSTENART  DEI»
REMARQUES  SUR  LES  DEUX  DERNIÈRES  PUBLICATIONS  DE  M.  MALTHUS
AYANT  POUR  TITRES  :
recherches  sur  la  NATURE  ET  LES  PROGRÈS  DE  LA  RENTE  (  FERMAGE),
ET  BASES  d’une  OPINION  SUR  LA  LÉGISLATION  RESTRICTIVE
DIRIGÉE  CONTRE  l’iMPOHTATION  DES  BLÉS  ÉTRANGERS.
        <pb n="592" />
        ir-T

f

Mt

Ipill

I

I

'  '

!  y,i.)ffi

K-¥

riv

I  iRit

'•‘ij

V.  -  :»'  /'  -.-/:&amp;lt;-  ''  -  :  ::  '  '  '  :  -  :

c

»■  ‘

',-  'r'-X.  '  -'1  -!  \/;;r  ■.,  &amp;gt;  y,^".

«■

u

ip
^  i‘t  I
i  Í.:\í  f

'  Í

if-¡T^
  !»¿fC¡r\-\

'!  M

'••■  ',Pp-  .'ib^  r  r.
■■-■  ,'  '-  \:  A  t"  *  .  'v  ;•&amp;gt;.•  '  »  ,•’  '  •

••  »  ■.

M

mf

4

"T  P

i

5»

1.  ;

Ifi

1

V  ï

*,'6

Vf

.  -  -iSi

Í9

ä?

0  .-&amp;lt;  •-  ••

T

í'í  #

_JS*^"‘-'"  '
        <pb n="593" />
        INTHODlld'ION.

ÍêêêmB
,1.  Main,us;  |,ul,r,.-atiuu  luéncus,'  u  la(|uHlcj,'  (lui»  l,caucuu|,.  I.  u\aueii
  (l&amp;lt;(  CCS  (lut,„(■&amp;lt;■»  cl  (Ic  celle»  'CK'»»c"l  '«'»  |)l-olil»  (I«  ^
„-a  cuuduil  à  »,,,„•(„.(«•  uu  »vsli-inc  de  l.^-islar,«..  qui  „  u|.|,«»c.;a,l
######
1  subsislauecs,  el,  eu  u.asse,  .1  ajuqe  peudeul  de  e.^tecudee  es
iuinullalious.  liloiquéde  loules  (»■»  eeaudes  el  plus  puele  peut-eli.
àappiveiei'  hauleiueui  ravauUqc  du  has  pnx  des  Ides,  )(•  suis
a,rill-  à  des  euuelusiuus  dillceeules.  .I'ai  essai.'  de  ivpuudee  a
uuelques-uues  des  uhjeelious  piTseulées  (laus  sou  .leeuier  ,Unräte
.  „pu,iou,  eie..  hile»  lu'uul  paru  iiuWpeudaulesdu  daugee
„«mh.ue  ,,u  il  eeduulc,  el  iiareuueiliahles  avec  les  d,u  l,  lues  q,'",u  ale»
de  111,celé  eummeieialequeses  .Veils  uni  »i  puissauuneul  eouleihue
à  luire  IrioinplK'i-,
        <pb n="594" />
        ahPi'J

iiSÏ‘

a-i

iií

IS')

"V7:

[f

.  •»

j:'

!A&amp;amp;!'

•

p

Fr

A,  h

&amp;gt;■,-'

■'  r

Í  V  '  '  ■

"  X  ^

'  •  t'Tv:  &amp;gt;■■••'

''■'  '  •  !

{l'iï!  f/Toti  ",  '.  '.  •'h*

i  m».  ''',  Jv?^"  .

ill

Vu  i  ..

;?}  3«

;  '.  -y-  .  :(  V  f'
•'•’■  &amp;gt;  tS.  J.  '  •
'*  ■'  •  .  '  '  '*’•  vv-^.V!  Vi  «iîf

  î;

;■  ■;•  •-  Lf-  f-  '

,  'Ye'l-  ':.

t

¿..  I

li*

i

:  'U  '

.  /  ;.!■■■■:•  'V\  Yj

.V

if  I:

,  .  ,  ',ÿ.4  --.áVr

.  tf

ü:’  ‘*a  ir.‘

!)&amp;lt;-,  /t  .  •

;=  "S

a  :

•  •  /  -  V  !(.'}A'  ,  ■  '  '.

î  kh

.  'n

ü;  I

i

«P  ■

,  .

#*!

1
        <pb n="595" />
        ESSAI

SUR

L’IÎNFLIJEINCE  l)U  HAS  EHIX  DES  BLÉS.

&amp;gt;1.  MalUius  a  défini  d’une  manière  très-exacte  la  rente  de  la  terre  ‘
en  disant  :  «  qii’elle  consiste  dans  cette  fraction  du  prcnluit  total  qui
demeure  aux  mains  du  propriétaire  après  que  tous  les  frais  de  culture,
quels  qu’ils  soient,  ont  été  prélevés;  fraction  qui  comprend  aussi
les  prolits  du  capital  fixe,  évalués  d’après  le  taux  général  et  ordinaire ­
  des  bénéfices  que  donnent  les  capitaux  agricoles  à  une  époque
désignée.  •
Dès  lors,  il  ne  saurait  v  avoir  rente  toutes  les  fois  que  le  taux
ordinaire  et  général  des  profits  sur  les  capitaux  agricoles,  joint
aux  avances  consacrées  à  la  culture  de  la  tern*,  arrive  à  égaler  la
valeur  du  produit  total.
Kt  quand  ce  produit  équivaut  seulement  en  valeur  aux  frais  indispensables ­
  de  culture,  il  ne  |icut  v  avoir  ni  rente  ni  profits.
|.ors  de  rétablissement  primitif  d’une  nation  sur  une  teiTc  fertile,
à  une  époque  on  cbacun  peut  aspirer  par  son  cboix  à  en  posséder
une  partie,  le  produit  total  dont  nous  venons  de  parler,  dégagé  des
frais  de  culture,  constituera  les  pro/j/.s  du  capital  et  appartiendra  au
propriétaire  de  ce  capital  sans  aucune  déduction  pour  la  rente.
Ainsi  supposons  que  le  capital  consacré  par  un  individu  sur  cette
terre  s’élève  a  la  valeur  de  deux  cents  quarters  de  froment,  et  se
répartisse  par  moitié  en  capital  fixe,  tel  que  bAtiments,  ustensiles,
etc.,  et  en  l  apital  circulant  ;  si,  apivs  avoir  prélevé  le  capital  fixe  et
circulant,  le  produit  définitif  restait  de  cent  quarters  de  froment  ou
d’une  valeur  égale  à  cent  quarters  de  froment,  le  profit  net  du  capi-’

  Je  me  range  complètement  de  l’opinion  émise  par  M.  Rossi  quant  au  mot  de
/'ermoye.  Il  le  trouve  impropre,  et  il  est  dans  le  vrai;  car,  dans  une  discussion
théorique  sur  le  prolit  foncier,  il  faut  envisager  ce  prolit  dans  son  acception  ge»
nérale  i/e  et  non  dans  l'acception  spéciale,  qui  est  /«  répartition  u  terieure
  entre  te  propriétaire  et  le  cultivateur-t'ermier.  ^
        <pb n="596" />
        taliste  serait  (le  50  p.  O  p,  ou  eu  d'autres  termes  il  jouirait  d’iiu
héiiéliee  de  100,  sur  uu  capital  de  iOO.
Les  profits  du  capital  agricole  [xuirraieut  se  maintenir  pendant
quelque  temps  au  nu*me  taux;  parce  qu’il  se  pourrait  aussi  ([u'il  v
eût  ahoudauce  de  terres  également  fertiles,  également  bien  situées,
et,  par  conséquent,  abondance  de  terres  qu'on  peut  exploiter  à  des
conditions  aussi  avantageuses,  à  mesure  qiuî  s’accroîtraient  les  capitaux ­
  des  premiers  babilans  et  de  ceux  qui  les  ont  suivis.
il  pourrait  meme  se  faire  que  les  profits  auginenlassi'ut  j)ar  le  seul
fait  que  la  population  se  multipliant  dans  une  proportion  plus  forte
que  le  capital,  les  salaires  diminueraient.  Ainsi,  au  lieu  d’etre  égale
à  cent  quarters  de  froment,  le  capital  circulant  nécessaire  serait
seulement  de  quatn-vingt  dix  quart(irs  et  les  profits  s’élèveraient
de  50  à  55  p.  O/p.
Des  perfectionnements  introduits  dans  les  met  bodes  agronomiques ­
  et  dans  les  instruments  de  culture  contribueraient  aussi  a
accroître  les  profils  du  capital  en  augmentant  le  produit  (d)tenu
avec  les  mêmes  frais  d’exportation.  D’un  autre  cédé,  les  profits  baisseraient, ­
  si  l’on  adoptait  un  système  d'agrieullure  plus  vicieux,  ou
si  les  salaires  baussaient.
(]es  circoustauces  ont  une  action  plus  ou  moins  énergique,  sans
doute,  mais  néanmoins  constante.  Kl  les  retardent  ou  précipitent
les  effets  naturels  du  développement  de  la  richesse,  en  multipliant
ou  diminuant  les  profils,  en  augmentant  ou  réduisant  la  masse
de  produits  obtenus  sur  une  terre  avec  le  même  capital

*  M.  iMaltbus  envisage  rexcedant  de  produit  détermine  par  une  diminution  de
salaires  ou  par  des  perleetionnements  agricoles,  comme  une  des  causes  (|ui  élcvent
  la  rente.  Selon  moi,  il  n’a  pour  effet  que  d’augmenter  les  prolits.
«  l’accumulation  constante  du  capital,  poussée  au  delà  du  nombre  des  terres
»  douées  de  la  plus  grande  fertilité  ou  de  la  plus  belle  position,  doit  nécessairement
  abaisser  les  prolits;  d’un  autre  côté,  la  tendance  qu’a  la  population  à
"  s’accroître  au  delà  des  moyens  de  subsistance,  doit,  au  bout  d’un  certain
»  temps,  réduire  les  salaires  du  travail.  »
«  Le  coôt  de  la  production  diminuera  donc,  mais  la  valeur  du  produit,  c’esl-a
»  dire  la  quantité  de  travail  et  de  toutes  les  autres  créations  du  travail,  outre  le
&amp;gt;&amp;gt;  blé,  qu’elle  peut  acijuitter,  s’élèvera  infailliblement,  au  lieu  de  diminuer.  »
»  Uu  plus  grand  nombre  d’individus  réclamera  des  subsistances  et  sera  prêt
»  à  offrir  ses  services  pour  tous  les  genres  de  travail.  L’intensité  de  la  de-„
  mande  réagira  immédiatement  sur  la  valeur  échangeable  du  bic,  valeur  qui  dc-»
  passera  le  prix  de  re\  ient  et  comprendra  les  prolits  du  capital  agricole,  évalués
»  d’après  létaux  général  des  prolits  à  cette  époque.  L’excédant  ci-dessus  constitue
        <pb n="597" />
        ESSAI  sun  L’INFLUENCE  DU  BAS  PRIX  DES  BLÉS.  S4Ò
¡Nous  admettons  cependant  que  ra^riculture  n  a  été  lécondée  pai
aucun  perfectionnement,  que  le  capital  et  la  population  se  développent ­
  sur  une  échelle  éjzalc,  de  sorte  (jue  les  salaires  réels  du  travail
restent  uniformément  au  même  taux  ;  et  c^la,  afin  d  apprécier  l  intluence
  particulière  que  l’accumulation  du  capital,  l  accroissement
de  la  population  et  l’extension  des  cultures  exercent  sur  les  terres
plus  éloignées  et  moins  fertiles.
A  cette  époque  des  sociétés  où  nous  avons  évalué  par  hvpothèse
les  profits  des  capitaux  agricoles  à  50  p.  O/o,  les  profits  sur  tous  les
autres  genres  de  capitaux  engagés,  soit  dans  les  manufactures  grossières, ­
  propres  à  ce  degré  de  civilisation,  soit  dans  les  operations  commerciales ­
  destinées  à  procurer  certains  objets  de  consommation  en  échange
des  matières  premières,  ces  profits,  dis-je,  seront  aussi  de  50  p.  ü/o  .
Kn  effet,  si  le  bénéfice  des  opérations  commerciales  s’élevait  audessus
  de  50  p.  O/o,  le  capital  fuirait  la  terre  pour  être  appliqué  aux
échanges  :  si  au  contraire  il  était  moindre,  on  transporterait  les  fonds
du  commerce  à  la  terre.
Le  capital  et  la  population  croissant  simultanément,  après  que  toutes
les  terres  fertiles  situées  dans  le  voisinage  des  premiers  habitants  auraient ­
  été  mises  en  culture,  le  besoin  de  subsistances  s  accroîtrait  aussi
et  on  devrait  avoir  n'cours  pour  les  obtenir  à  des  terres  moins  avan-,
tageusement  situées.  Kn  admettant  même  que  ces  terres  aient  une
fécondité  égale,  la  nécessité  d’y  consacrer  plus  d’ouvriers,  de  chevaux, ­
  etc.,  afin  de  transporter  le  produit  des  lieux  de  culture  aux
lieux  de  consommation  conduirait  indispensablement  à  employer  une
plus  grande  quantité  de  capital  pour  obtenir  le  même  produit  :  et
cela  sans  que  les  salairi%  du  travail  subissent  aucune  modification

»  la  rente.  »  (lieciierches  sur  la  nature  et  le  progrès  de  la  rente.
F^n  parlant  de  la  Bologne,  page  19,  il  considère  aussi  le  bas  prix  des  salaires
comme  un  des  éléments  de  la  rente.  A  la  page  22  il  est  dit  que  toute  baisse  dans
les  salaires,  dans  le  nombre  des  travailleurs  et  toute  réduction  déterminée  par
des  améliorations  agricoles,  tendent  à  élever  le  taux  de  la  rente.
*  .le  ne  prétends  pas  que  le  taux  des  profits  agricoles  et  manufacturiers  sera  rigoureusement ­
  le  même,  mais  que  ceux-ci  seront  vis-à-vis  l’un  de  l’autre  dans  de
certaines  proportions.  Adam  Smith  a  expliqué  pourquoi  les  profits  varient  suivant ­
  qu’on  a  appliqué  les  capitaux  dans  de  certaines  entreprises,  dilïérentes  par
leur  degré  de  sécurité,  de  propreté,  de  notabilité,  etc  ,  etc.
La  détermination  de  ce  rapport  im|M)rte  fort  peu  à  mon  argument;  car  j’ai
voulu  seulement  prouver  (|ue  les  profits  du  capital  agricole  ne  peuvent  \arier
d’une  manière  sensible  sans  déterminer  une  variation  correspondante  dans  ceux
des  capitaux  engagés  dans  l’industrie  et  le  commerce
(Ofe’uv.  de  Ricardo.)

35
        <pb n="598" />
        &amp;lt;»:n\iu:s  iuvkksks
Supposons  quo  ccHe  addition  soit  égale  à  la  valeur  de  10  quavlei  s  de
froment,  I  ensemble  dn  capital  employé  sur  la  nouvelle  terre,  pour
recueillir  le  même  rendement  que  sur  rancienne,  serait  de  210;  et
conséquemment  les  profits  du  capital  descendraient  de  50  à  4:1  p.  0/0,
ou  90  quarters  sur  210
Sur  les  terres  soumises  à  la  première  culture,  le  rendement  serait  le
même  qu’aupara  vaut,  c’est-à-dire  50  p.  0/oou  lOOqinarím  de  froment.
Mais  comme  les  profits  généraux  du  capital  se  règlent  sur  ceux  qu’on
retiix;  du  placement  agricole  le  moins  avantageux,  il  s  établirait  immédiatement ­
  une  division  dans  les  100  quarters;  4:1  p.  O/q
quarters  iraient  constituer  le  bénéfice  du  capital,  et  7  p.  0/0  ou  14
quarters  formeraient  la  rente.  \i\  cette  division  nous  paraîtra  irrécusable ­
  si  nous  considérons  que  le  propriétaire  du  capital  équivalant
à  210  quarters  de  froment,  obtiendrait  précisément  les  memes  bénéfices ­
  en  cultivant  les  terres  éloignées  ou  en  payant  aux  premiers
fiabitauls  une  rente  de  14  quarters.
.  Les  profits  sur  tous  les  capitaux  employés  dans  le  eommerœ  tomberaient ­
  à  cette  époque  à  i:l  p.  O/q.
Si  par  le  développement  progressif  de  la  impulation  et  de  la  richesse, ­
  il  devenait  nécessaire  d’appliquer  au  même  résultat  une  plus
grande  somme  de  produits  agricoles,  et  d’y  consacrer  en  raison  de  la
distance,  ou  d’une  fertilité  inférieure,  la  valeur  de  220  quaiiers  de
froment,  les  profits  du  capital  desixmdraient  immédiatement  à  :10
p.  0/q  ou  à  SO  sur  220  quarters  ;  la  rente  des  premièi  es  terres  s’élèverait ­
  à  28  quarters  de  froment  et  un  fermage  de  14  p.  0,q  commencerait ­
  pour  le  second  lot  de  terre  cultivée.
Les  piofits  sur  tous  les  capitaux  industriels  et  commerciaux  tomberaient ­
  en  même  temps  à  :10  p.  0/q.
Kn  mettant  ainsi  successivement  en  cultui-e  des  terrains  moins
favorablement  situés  ou  d’une  ((ualité  inférieure,  on  élèverait  le  taux
du  fermage  sur  les  premières  exploitations  et  on  diminuerait  propor
tionnellement  les  pro/;f.s.  De  plus  si  la  ténuité  des  profits  ne  mettait  pas

I  Les  beiiélices  du  (‘apitai  diiniuueitt  par  cela  seul  (¡uel’oii  ne  saurait  rencontrer
des  terres  egalement  fertiles  et  (jue  dans  tout  le  cours  des  sociétés  les  prolits  se  règlent ­
  sur  la  facilité  ou  la  diflicidté  d’oldenir  les  subsistances  Ce  principe,  d'une
si  haute  importance,  a  etc  presqu’entiéremeut  négligé  dans  les  écrits  des  économistes ­
  Ils  semident  croire  «pie  les  prolits  du  capital  pement  croître  sous  l’inlluence
  de  causes  commerciales,  indépendamment  de  l’approvisionnement  alimeutaire.
        <pb n="599" />
        KSSAI  sun  i;iNFUUENCK  DU  DAS  DRIX  DES  DLÉS.  ri47
frein  à  l'aernmiilatinn,  il  serait  pn  sque  impossiljle  d’assiguer  des
limites  à  l’accroissement  du  fermage  et  à  la  chute  des  profita.
Si,  au  lieu  de  diriger  le  capital  sur  une  terre  nouvelle  et  éloignée,
on  sollicitait  les  terres  déjà  en  culture  avec  un  fonds  additionnel  équivalant ­
  à  210  quarters  de  froment;  si  en  outre  le  rendement  se  trouvait ­
  être  encore  de  43  p.  O/O  ou  de  90  quarters  sur  210,  le  produit
de  50  p.  O/o  donné  par  le  capital  primitif  se  fractionnerait  de  la  même
manière  :  43  p.  O/o  ou  KO  gunrferg  constitueraient  le  profit^  et  14
quarters  le  fermage.
Si  l’on  ajoutait  encore  au  fonds  d’exploitation  nu  supplément  de
220  quarters,  donnant  collectivement  le  même  résultat,  le  capital
primitif  fournirait  une  rente  de  28*  quarters;  le  second  une  rente  de
14,  et  les  profits,  sur  l’ensemble  de  030  quarters,  s’élèveraient  par
analogie  à  30  p.  o/O-Supposons
  que  la  constitution  de  l'homme  ait  éprouvé  de  tels  changements ­
  que  ses  besoins  alimentaires  soient  devenus  doubles  de  leur
somme  actuelle,  et,  par  conséquent,  supposons  que  les  frais  de  culture ­
  aient  reeu  un  très-grand  aceroissement,  l’expérience  et  les  capitaux ­
  d’une  vieille  société,  consacrés  à  l’exphùtation  des  terrains
vierges  et  fertiles  d’un  pavs  neuf,  auraient  à  lutter  contre  toutes
&amp;lt;*es  éventualités.  Ils  créeraient  un  produit  net  très-afîaibli  et  maintiendraient ­
  par  là  les  profits  à  un  taux  médiocre.  Mais  les  prognes
de  la  richesse,  quoique  lents,  pourraient  encore  se  poursuivre,  et  la
rente  daterait  comme  auparavant,  du  jour  où  l’on  défricherait,  des
terres  plus  éloignét^s  ou  moins  fécondes.
I.es  limites  naturelles  de  la  population  se  trouveraient  nécessaire*
ment  resserrées  dans  des  proportions  plus  étroites  et  la  rente  ne  s’élèverait ­
  jamais  à  la  hauteur  qu’elle  peut  atteindre  aujourd’hui;  car
la  nature  même  des  choses  empêcherait  d’exploiter  les  terres  également ­
  pauvres;  et  d’un  autre  côté  il  ne  serait  plus  possible  d’attendre
de  la  même  somme  de  capital  consacré  aux  terrains  supérieurs  des
|)rofits  proportionnels.  ,
l  e  tid)leau  suivant  repose  sur  celte  supposition  que  la  première

‘  Danstouteeque  j’ai  dit,  relativement  à  l’origine  et  au  progrès  de  la  rente,  j’ai
répété  en  peu  de  mots  et  tAché  d’éclaircir  les  principes  que  M.  IMallIuis  a  établis
d  une  manière  si  habile,  dans  ses  Hevherches  sur  la  nature  et  le  proyrès  de  ta
rente.  I.es  idées  originales  aiwndent  dans  cet  ouvrage,  qui  touche  non-seulement
a  la  rente,  mais  encore  aux  questions  d’impôts  :  —  questions  &amp;lt;|ui  sont  put-être
les  plus  ditliciles  et  les  plus  compliquées  de  l’Économie  politique.
        <pb n="600" />
        &amp;gt;iis  (»^UVKKS’IUVKUSES.
caté^mie  do  lorrains  donne  un  profit  de  100  quarters  sur  mi  capital ­
  de  *200  quarters;  la  seconde  00  (¡uarterssur  210,  eonformément
aux  calculs  précédents  On  \  \erra  (|ue  pendant  la  période  de  déve
loppenient  d'un  pavs,  le  produit  général  du  sol  suit  une  marche
croissante.  Pendant  quelque  temps  cette  portion  du  produit  qui
appartient  aux  profits  du  capital  s’accroît  parallèlement  à  celle  qui
constitue  la  rente.
Mais  aux  époques  ultérieures  chaque  accumulation  de  capital,  tout
en  permettant  aux  rentes  de  s’accroître  uniformément,  déterminera
une  diminution  relative  et  absolue  dans  les  profits.  Le  propriétaire
du  capital  jouira  nécessairement  d’un  revenu  moindrti  quand  il  répartira ­
  1350  quarters  sur  les  différentes  qualités  de  terres  au  lieu  de

TAHIÆAV  indiquant  les  progrès  de  la  rente  et  des

ivaluc  eu
^uartér9
de  froment.

Prolit
»  t»iil
pour  Pint.

Produit  net]
en  quarter*
de  Iroinrnt
iiieni,  »ur
chaque  r«-piUl,
  dei
frai#  de
produrlioiK

ProUU  de
la  \r*
c  lm%Ke  de
quartin  de
froment'

Heute  de
iaV
ciaife  de
terre»,  en
quartert  de
froment.

Profit»  de
la
cla»»e  de
quart0r»  de
froment.

Rente  de
U  2
terre»,  en
qaarien  de
froment.

Profit»  de
U  3«
quarttrs  de
froment.

Rente  de
1«  3«
ciMie  de
yuarlerr  de
iruiiieiil.

200
210
220
230
240
250
260

50
43
36
30
25
20
15
It

100
90
80
70
60
50
40
30

100
86
72
60
50
40
30
22

14
28
40
50
60
70
78

90
76
63
52  1/2
42
31  1/2
23

14
27
37  1/2
48
58  1/2
67

80
66
55
44
33
24

14
25
36
17
56

•  Il  est  à  peine  nécessaire  de  faire  observer  que  les  données  sur  lesquelles  se  fonde
cette  table  sont  supposées  et  s’ccarlent  probablement  beaucoup  de  la  vérité.  Elles
ont  été  choisies  comme  tendant  à  sanctionner  un  principe  qui  resterait  le  même,
soit  que  les  premiers  prolils  alteignisseni  •'&amp;gt;0  p.  o/O  ou  .3  p.  op),  soit  qu’un  capital
additionnel  de  dix  quarters  ou  de  cent  devînt  nécessaire  pour  obtenir,  des  terres
nouvellement  exploitées,  le  meme  produit.  A  mesure  que  le  capital  consacré  a  la
terre  augmentera  sous  la  forme  de  capital  engagé,  pour  diminuer  sous  celle  de
capital  circulant,  les  progrès  de  la  rente  et  la  décadence  de  la  propriété  se  ralentiront. ­


549

ESSAI  suit  L’INFLUENCE  DU  RAS  PRIX  DES  RLÉS.
1100  quart  ers.  Dans  le  premier  cas  scs  bénélices  seront  seulement  en
totalité  dé  270  :  dans  le  second  ils  s’élèveront  à  275.  Enfin  s  il  employait ­
  1010  (¡uarters  ses  profits  descendraient  à  241  1/2  .
Ce  cou|)  d’œil  sur  les  effets  de  I’accumulation  est  éminemment  curieux ­
  et  n’a  pas  encore,  je  pense,  été  révélé.
Le  tahlean  suivant  démontrera  (|uc  dans  un  pays  en  progrès,  la
rente  ne  s’accroît  pas  seulement  d’une  manière  absolue;  mais  encore
relativement  au  (^pital  d  exploitation.  Ainsi  (|uand  ce  capital  s  élevait ­
  à  410,  le  propriétaire  obtenait  3  et  1/2  p.  O/o;  quand  il  atteignait ­
  I  100,  13  et  un  1/4  p.  O/q.  Enfin  quand  il  était  de  1880,  10  et
1  /2  p.  0/0.  Le  propriétaire  reçoit  donc  à  la  fois  un  produit  et  une
part  plus  eonsidérable.

profits  dans  l’hypothèse  d’une  augmentation  de  capital.

!

prolit»  de
la  4'
terree,  en
,Wörter#  de
froment.

Rente  de
la  te
rlavte  de
terre»,  en
fuorleri  de
froment.

Profil»  de
U  5'
eU#»e  de
terre»,  en
qnarlrrÊ  de
froment.

RroU  df  1
U  5'
cUkie  df
terre»,  en
quârtert  dt
froment.

profit»  de
la  6«
terre»,  ni
quarter»  de
frommt.

Rente  de
U  6*
cla»»e  de
teire»,  en
quarters  dr
froment.

Profit»  de
la  7«
clawe  de
terre/,  en
quarterê  de
froment.

Rente  de
la  7«
quarUrê  de
froment.

Profit»  de  ;
la  1
froment,  j

70
57  1/2
46
34  1/2
25.3

12'l/2
24
35  1/2
47.7.

60
48
36
26.4.

"12'
24
33.6.

50
37  1/2
27  1/2

l?  1  '2
22  1/2

40
1  27.6

nul.
12.4

«  Tel  serait  l’effet  d’une  accumulation  constante  de  capitaux  dans  un  pays  qui
prohiberait  à  l’exportation  les  blés  moins  chers  de  l’étranger.  Mais  aussitôt  que  les
profits  seraient  descendus  à  une  certaine  limite,  l’accumulation  s’arrêterait  d’ellemême
  et  l’on  exporterait  le  capital  pour  l’utiliser  dans  les  pays  où  la  nourriture
est  à  bas  prix  et  les  prolits  élevés.  Toutes  les  colonies  européennes,  créées  avec  les
capitaux  de  leurs  mères-patries  ont  arrêté  ainsi  l’accumulation.  De  même  cette
partie  de  la  population  (jui  s'est  devouee  au  commerce  extérieur  se  nourrit  avec
les  blés  étrangers.
Il  est  indubitable  que  des  profits  inferieurs,  résultat  inévitable  d’une  cherté
réelle  dans  le  blé,  tendent  à  entraîner  le  capital  au  dehors.  Cette  considération
devrait,  dès  lors,  être  un  argument  puissant  pour  nous  conduire  à  lever  toutes  les
prohibitions.
        <pb n="601" />
        (IFIJVRKS  inVKHSES.

Quand  la
totalité  dit
capital  em
ployé  Cil  de

Alo»tant  de  la
rente  perçue
par  le  propriétaire, ­
  en
qiiariert  de
froiHetit.

Alnnlatit  de»
prolit«  perçus
par  les  possesseurs ­
  de
capitaux,  eti
quariert  de
rromeiit.

Protits  à  tant
pour  cetit  sur
le  capital  eti

Rente  à  tatit
pour  cent  sur
le  capital  en

produit  total  1
«n  quarttrâ  R
de  froment  II
après  le  prèle  |
ment  dt;ifrait|
de  produc  ’

f*  période-  .  .
2®  période.  .  .
3*  période.  .  .
4«  période.  .  .
1  5'  période.  .  .
6®  période.  .  .
7®  période.  .  .
1  8»  période.  .  .

200
410
630
860
1100
1350
1610
1880

nul.
14
42
81
125
180
248  1,2
314  1/2

100
176
228
250
275
270
241  1/2
205  1/2

50
43
•  36
30
25
20
15

3  1/2
6  3/4
9  1/2
Il  1/2
13  1/4
15  1/2
16  1/2

100  i
190  1
270  1
:t40  1
400  1
450  1
490  1
520  1

La  rente  '  est  done,  en  tous  cas,  une  partie  des  profits  originellement ­
  obtenus  sur  le  sol.  11  ne  constitue  jamais  un  revenu  nouveau,
mais  toujours  une  fraction  du  revenu  déjà  crée.
Les  profits  du  capital  ne  fléchissent,  d’ailleurs,  qu’en  raison  de
l’impossibilité  où  l’on  se  trouve  de  rencontrer  des  tciTos  aussi  bien
préparées  pour  les  cultures  alimentaires  ;  et  l’importanec  de  cette
baisse  et  de  l’aceroissement  de  la  rente  dépend  exelusivement  du  surcroît ­
  de  dépenses  appliqué  à  la  production.
C’est  pourquoi,  dans  l’bvpotbèse  où  de  nouvelles  portions  de  terri ­
  ns  fertiles  correspondraient  immédiatement  à  raugmentation  du
capital  et  viendraient  s’ajouter  au  territoire  des  nations  dans  la  période
de  leur  développement  en  richesse  et  en  population,  c’est  pourquoi,
dis-je,  les  profits  ne  fléchiraient  et  les  rentes  ne  hausseraient  jamais’.
Quand  bien  même  le  prix  pcicuniaire  du  blé  et  les  salaires  du  travail ­
  ne  subiraient  aucune  modification  pendant  la  durée  du  développement ­
  en  richesse  et  en  population  ,  on  verrait  diminuer  les  profits  et
grandir  la  rente;  car,  pour  obtenir  sur  des  terres  plus  distantes  ou
moins  fécondes  la  même  ([uanlité  de  matières  premières,  il  faudra

'  T*ar  le  mot  de  rente  je  désigne  instamment  la  redevance  payée  an  propriétaire ­
  pour  en  obtenir  le  droit  d'user  de  la  puissance  productive  naturelle  et  inherente ­
  à  la  terre.  Que  le  propriétaire  ait  engagé  son  capital  sur  sa  propre  terre  ou
qu’un  tenancier  précédent  y  ait  laissé  ses  fonds  incorpores  à  l’expiration  du  bail,  il
pourra  obtenir  ce  qu’on  appelle,  en  réalité,  une  plus  grande  rente  ;  mais  il  entre
toujours  dans  cette  somme  une  quotité  distincte  qui  représente  évidemment  l’intérét
  du  capital.  T  .’autre  partie,  seule,  sert  à  payer  le  loyer  de  la  puissance  naturelle ­
  du  sol.
%  A  moins,  comme  je  l'ai  déjà  remarqué,  que  les  salaires  du  tra\ail  u'aient  augmenté ­
  ou  (ju’on  n’ait  adopté  un  système  d’agriculture  plus  vicieux.
        <pb n="602" />
        551

HSSAl  sun  LMNFUDUNUU  DU  DAS  I'DIX  DES  DLÉS.
multiplier  le  nombre  des  travailleui-s.  On  aura  done  ainsi  accru  les  ftais
d'exploitation,  ,,endant  que  la  valeur  des  produits  sera  rest*  &amp;gt;»  n“-™“'
Mais  l'expérience  universelle  nous  apprend  que  le  prix  du  ble  et  de
tous  les  autres  produits  naturels,  s’élève  eonstuminent  a  mesure
qu'une  nation  grandit  en  richesse  et  se  trouve  contrainte  a  so  ^
de  nouvelles  terres  (mur  leur  faire  produire  une  partie  de  ses  subsis-'
  tances.  Due  légère  réllexion  suflira  pour  nous  convaincre  en  effet  que
telles  doixent  être  naturellement  les  conséquences  des  phénomènes
économiques  de  ce  génre.
La  valeur  échangeable  de  toutes  les  marchandises  s’accroît  avec  les
diflieultés  de  leur  (iroduction.  Si  donc  par  l’effet  d’un  travail  additionnel, ­
  devenu  nécessaire,  la  production  du  blé  se  compliquait  de  nouvelles ­
  difficultés,  tandis  que  ]iour  (iroduire  l’or,  l’argent,  le  drap,  la  toile
etc.,  il  suffirait  du  travail  primitif,  la  valeur  échangeable  du  blé  liaus
serait  comparativement  à  ces  articles.  Au  contraire,  cette  valeui
diminuerait  toutes  les  fois  que  des  améliorations  introduites  dans  la  pro
duction  du  blé  ou  de  toute  autre  espèce  de  marchandises  permettrait
d’obtenir  le  même  rmiltat  avec  moins  de  travail  Ainsi  nous  voyons
que  les  perfectionnements  introduits  en  agriculture  ou  dans  les  instruments ­
  aratoires  abaissent  la  valeur  échangeable  du  blé*,  que  les  [lerleetionnements
  ,  appliqués  aux  machines  qui  servent  dans  l’industrie  du
coton,  diminuent  la  valeur  échangeable  des  étoffes  de  coton  ;  qu’enfin
des  procédés  minéralogiques  plus  avancés  ,  on  la  découverte  de
mines  plus  abondantes  en  métaux  précieux  abaissent  la  valeur  de  l’or
et  de  l’argent,  on  ,  ce  qui  revient  au  même,  élèvent  le  prix  de  toutes
hs  autres  marchandist*s.  loutes  les  fois  que  la  concurrence  pourra

1  ites  pcrfecliunneiiients  agricoles  qui  détermineraient  une  baisse  dans  le  prix  du
ble,  seraient  un  stimulant  pour  la  population  ;  et,  par  suite,  en  accroissant  les
profits  et  favorisant  raceumulation,  ils  relèveraient  encore  le  prix  du  blé  et  affaibliraient ­
  les  profits.  Mais  il  se  peut  qu'une  population  plus  abondante  subsiste
avec  les  mêmes  conditions  de  prix,  de  profits  et  de  rentes  :  ou  attribuerait  alors
à  ces  améliorations  agronomiques  le  pouvoir  d'augmenter  les  profits  et  d’abaisser
momentanément  le  taux  de  la  rente.
2  Les  causes  (|ui  tendent  à  rendre  plus  difficile  la  production  d’une  &amp;lt;juautité  additionnelle ­
  de  blé,  agissent  incessamment  au  sein  des  pays  qui  sont  en  progrès,
tandjs  que  des  améliorations  importantes  en  agriculture  ou  dans  les  insi  ruinent«
aratoires,  se  succèdent  plus  rarement.  Si  ces  causes  contraires  agissaient  avec
même  intensité,  le  prix  du  blé  ne  serait  exposé  qu’à  des  variations  accidentelle,
provenant  de  mauvaises  saisons,  de  salaires  affaiblis  ou  accrus,  d'altérations  sur
'enues  dans  la  valeur  des  métaux  précieux  par  suite  de  leur  abondance  ou  de  leur
rareté.
        <pb n="603" />
        ŒUVKKS  I)IVP:I\SES.
prendre  un  ¡ihre  essor  el  &amp;lt;jue  la  prod  net  ion  ne  sera  pas  limitée  par
les  lois  de  la  nature  ,  comme  dans  le  cas  spécial  de  quelques  vins,  la
valeur  échangeable  des  marchandises  se  réglera  en  dernier  ressort  sur
la  difficulté  ou  la  facilité  de  leur  création*.  Il  semble  ,  alors  ,  que
le  seul  effet  du  développement  de  la  richesse  sur  les  pri)¿,  indépen
damment  de  tout  perfectionnement  agricole  ou  manufacturier,  se
réduit  à  élever  le  prix  des  produits  naturels  et  du  travail,  et  a
abaisser  le  taux  général  des  profits  à  raison  de  f  accroissement  des
salaires,  —  laissant  d’ailleurs  toutes  les  autres  marchandises  à  leur
valeur  première.
Ce  fait  a  plus  d’importance  qu’on  ne  serait  disposé  a  lui  en  accorder ­
  tout  d’abord  ,  car  il  touche  aux  intérêts  du  propriétaire  et  de
joutes  les  classes  de  la  société.  Les  conséquences  de  1  accumulation,  en
accroissant  les  dilHcultés  de  la  production  agricole,  améliorent  la  situation ­
  du  propriétaire  sous  deux  formes  distinctes  :  elles  lui  donnent  une
plus  grande  quantité  de  produits,  et  en  outre  elles  augmentent  la  valeur
échangeable  de  ces  produits.  Quand  sa  rente  grandit  de  quatorze
quartern  à  vingt  huit  elle  fait  plus  que  doubler,  parce  qu’elle  lui  permet ­
  d’obtenir  plus  du  double  de  la  quantité  des  marchandises  contre
lesciuelles  il  échange  les  vingt-huit  quarters.  Comme  la  rente  est  stipulée ­
  et  acquittée  en  numéraire  ,  il  reçoit  dans  cette  hypothèse  plus
de  deux  fois  le  montant  primitif  de  sa  rente  pécuniaire.
Réciproquement,  la  rente  venant  à  licchir,  le  propriétaire  aurait  à
subir  deux  pertes  :  il  perdrait  d'abord  celte  fraction  des  produits
naturels  qui  constituait  sa  rente  additionucllc  ;  puis,  il  supporterait  la
dépréciation  de  la  valeur  échangeable  du  produit  brut  ou  de  l’équivalent ­
  du  produit  brut  avec  lequel  doit  être  acquittée  la  rente  dont
veut  jouir.  #
Comme  le  revenu  du  fermier  se  traduit  en  produits  naturels,  on
dans  une  quantité  représentative  de  ces  produits,  il  est  aussi  intéressé
que  le  propriétaire  à  en  voir  augmenter  la  valeur  échangeable  ;  mais
un  prix  médiocre  peut  se  compenser  à  ses  yeux  par  de  grandes  quantités ­
  supplémentaires.
11  en  résulte  nécessairement  que  l’intérêt  du  propriétaire  est  constamment ­
  opposé  à  celui  de  toutes  les  autres  classes  de  la  société.  Sa

I  Quoique  les  prix  se  règlent  définitivement  sur  les  frais  de  production,  y  compris ­
  les  profits  généraux  du  capital,  et  tendent  constamment  vers  ce  critérium
les  marchandises  sont  soumises,  et  le  blé,  plus  que  toutes  les  autres  peut-être,  à
des  prix  exceptionnels  dérivant  de  causes  temporaires
        <pb n="604" />
        ESSAI  Sim  LMNFI.rENCE  M  BAS  PBIX  DES  BLÉS.  .»53
aitiiation  n’est  jamais  plus  florissante  (ju’aux  époques  où  les  subsistances ­
  sont  rares  et  chères  ;  tandis  (|ue  pour  les  autres  membres  de  la
famille  humaine  une  nourriture  à  bas  prix  est  un  immense  bienfait.
Si  des  rentes  élevées  et  des  profits  minimes,  —  car  ces  deux  termes
sont  inséparables  et  coexistants,  —  sont  l’effet  naturel  de  la  marche
des  circonstances,  on  ne  doit  jamais  en  faire  surgir  des  motifs  de  plaintes. ­
  Ils  demeurent  tous  deux  comme  les  preuves  les  plus  irréfragables
de  richesse  et  de  prospérité,  et  témoignent  d’une  population  nombreuse, ­
  relativement  à  la  fertilité  du  sol.  Les  profits  généraux  du  capital ­
  reposent  entièrement  sur  ceux  de  la  dernière  portion  de  capital
consacrée  à  la  terre.  Dès  lors,  quand  bien  même  les  propriétaires  abandonneraient ­
  la  totalité  de  leurs  fermages,  ils  ne  parviendraient  ni  à
élever  le  taux  général  des  profits,  ni  à  diminuer  le  prix  du  ble  pour
le  consommateur.  Cet  abandon  gratuit  aurait  pour  unique  effet,  comme
l’a  dit  M.  Malthus,  de  procurer  les  loisirs  du  genlhman  aux  fermiers
dont  les  terres  acquittent  aujourd’hui  une  rente;  il  les  mettrait  à
même  de  dépenser  cette  fraction  du  revenu  général  qui  constitue  aujourd’hui ­
  la  part  du  propriétaire,  et  tout  se  réduirait  à  un  déclassement. ­

La  richesse  d’une  nation  se  mesure,  non  d’après  l’abondance  de  son
numéraire  ou  le  haut  prix  pécuniaire  pour  lequel  ses  marchandises
ont  cours,  mais  bien  d’après  l’abondance  des  objets  qui  contribuent
à  son  bien-être  et  à  ses  jouissances.  Quoique  cette  proposition  rencontre ­
  peu  d’adversaires,  il  est  beaucoup  de  personnes  qui  n’envisagent ­
  qu’avec  effroi  une  diminution  de  leur  revenu  en  argent,  et
cela  dans  le  cas  même  oii  leur  revenu  ainsi  réduit  aurait  assez  grandi
en  valeur  échangeable  pour  leur  permettre  d’aceroitre.  la  satisfaction
de  ces  besoins  ou  de  ces  superfluités  qui  accompagnent  notre  existence. ­

Si  donc  les  principes  que  nous  avons  énoncés  relativement  à  la
rente  et  au  profit  sont  exacts,  les  profits  généraux  du  capital  ne
peuvent  s’accroître  qu’en  raison  d’une  baisse  dans  la  valeur  échangeable ­
  des  subsistances,  et  cette  baisse  elle-même  ne  peut  résulter  que
de  trois  causes  :
I®  line  réduction  des  salaires  réels  du  travail  qui  permette  au
fermier  d'apporter  sur  le  marché  un  excédant  de  produits  plus  considérable ­
  ;
"r  Des  perfectionnements  introduits  dans  les  méthodes  agronomiques ­
  ou  dans  les  instruments  de  culture,  et  tendant  aussi  à  accroître
cet  excédant.
        <pb n="605" />
        ŒUVRES  DIVERSES
3®  La  découverte  de  nouveaux  marchés  d’où  il  soit  possible  d  exporter ­
  le  blé  à  un  prix  intérieur  au  coût  de  la  production  indigène.
La  première  de  ces  causes  agit  d’une  manière  plus  ou  moins
constante,  suivant  que  létaux  des  salaires  se  rapproche  plus  ou  moins
de  la  rémunération  légitime  qui  est  nécessaire  à  la  subsistance  du
travailleur.
Ces  oscillations  des  salaires  sont  communes  à  toutes  les  périodes  des
sociétés  ;  elles  les  accompagnent  à  titre  égal  dans  la  phase  stationnaire,
ascensionnelle  ou  rétrograde.  Dans  la  pbast*  stationnaire  elles  se  li
glent  entièrement  sur  l’accroissement  ou  la  decadence  de  la  population.
Dans  la  phase  progressive  elles  varient  suivant  (|ue  le  capital  ou  la
population  se  développe  plus  rapidement.  Dans  la  troisième  phase
enfin,  elles  agissent  suivant  que  le  capital  ou  la  population  a  déchu
avec  plus  de  rapidité.
Comme  l’expérience  démontre  (jue  tour  à  tour  le  capital  et  la  population ­
  sont  en  avant  du  mouvement  et  que  les  salaires  sont  en  eonse
qucnce  alternativement  élevés  et  exigus,  il  est  impossible  de  rien  sla
tuer  de  positif  sur  la  question  des  profits  envisagés  relativement  aux
salaires.  Mais  je  pense  qu’il  est  possible  de  prouver  surabondamment
que,  dans  toute  société  où  la  richesse  et  la  population  sont  en  voie  de
progrès,  les  profits  généraux  doivent  fléchir  indépendamment  de  l’influence
  des  salaires,  à  moins  toutefois  (juc  l’agrieultui-e  n’ait  été  enrichie ­
  de  quelques  perfectionnements  ou  ([UC  1  on  ne  puisse  im|)orter
du  blé  à  un  prix  inférieur.
Ces  conclusions  semblent  dériver  néeessairement  des  principes  que
nous  avons  considérés  comme  réglant  les  mouvements  de  la  rente.
Cependant  elles  seront  diflieilemcnt  acceptées  par  ceux  qui  attribuent
la  marche  des  profits  à  l’extension  du  commerce  et  à  la  découverte  de
nouveaux  marchés  où  nos  marchandises  trou  vent  des  prix  plus  élevés,
et  oil  nous  pouvons  nous  procurer  a  des  conditions  plus  douces  les  denrées ­
  étrangères,  —  faisant  ainsi  abstraction  totale  de  I  état  dt.  la  terii
et  du  taux  des  bénéfices  obtenus  sur  les  dernières  portions  de  capital
agricole.  Rien  n’esf  plus  fréquent  que  d’entendre  répéter  que  les  pro
fits  de  ragriculture  ne  règlent  pas  plus  les  jirofits  commerciaux,  que
ces  derniers  n’influent  eux-mêmes  sur  les  bénéfices  agricoles,  (tu  soutient ­
  qu’ils  dominent  alternativement  ;  et  si  les  profits  du  commerce
s'élèvent  elîeetivement,  comme  on  le  prétend,  lors  de  la  decouverte  de
nouveaux  marchés  les  profits  de  l’agrieulture  augmenteront  aussi  ;  car
il  est  admis  que  s’ils  n’augmentaient  pas  on  enlèverait  le  eajiital  à  la
terre  pour  l’aflecfer  aux  ojiérations  les  plus  avantageuses.  Mais  si  les
        <pb n="606" />
        555

ESSAI  SER  i;iNFLl  ENCE  DE  RAS  PRIX  DES  RI,ÉS.
principe«  dont  nous  avons  étavé  la  théorie  de  la  renie  sont  exacts,  il
est  évident  qu’au  sein  d’une  population  immobile,  en  face  d  un  eapital
  agricole  dont  on  n’a  fias  alfaibli  l’importance,  il  est  évident,  dis-je,
que  les  profits  de  l’agriculture  ne  sauraient  grandir  ni  la  rente  tombe:.
Il  n’y  a  donc  ici  que  deux  opinions  possibles  :  ou  l’on  soutiendra,  et
qui  est  en  contradiction  avec  toutes  les  lois  de  l’Économie  politique,
que  les  profits  des  fonds  commerciaux  peuvent  s  accroitre  considérablement ­
  sans  réagir  sur  le  capital  agricole,  ou  1  on  décidera  que  dans
de  telles  circonstances  les  profits  du  commerce  doivent  eux-mêmes
rester  immobiles  \
Je  me  range  de  cette  dernière  opinion  que  je  trouve  d’accord  avec
la  vérité.  Je  ne  nie  pas  que  le  spéculateur  qui^  le  premier,  découvre  un
marché  nouveau  et  plus  favorable  ne  puisse  recueillir  pendant  queliiue
  temps  et  avant  que  la  concurrence  ne  s’éveille,  des  bénéfices  exceptionnels. ­
  Il  pourra,  en  effet,  vendre  les  marchandises  qu’il  exporte
a  des  prix  plus  élevés  que  ceux  pour  (fui  le  nouveau  marché  est  inconnu, ­
  ou  bien  il  pourra  acheter  les  marchandises  d’importation  à  des
conditions  plus  favorables,  l’ant  que  son  industrie  seule,  ou  jointe  à
celle  de  rares  concurrents,  exploitera  ce  champ  commercial,  ses  profits
pourront  dépasser  le  niveau  général  des  profits.  Mais  nous  parlons.ici
du  tauxjuniversel  des  profits,  non  des  bénéfices  de  qucbpies  individus.
Kt  je  ne  doute  pas  que  ces  profits  extraonlinaircs  obtenus  par  un
petit  nombre  de  spéculateurs  initiés  à  un  commerce  nouveau,  loin  d  élever
  le  taux  général,  ne  redescendent  eux-mêmes  au  niveau  habituel.
En  effet,  A  mesure  (jne  l’exercice  de  ce  commerce  s’étendra  et  sera
mieux  connu,  l’abondance"  sans  cesse  croissante  des  inarchandisw
étrangères  et  les  facilités  d’acquisition  en  feront  baisser  la  valeur  a  un
degré  tel  que  la  vente  se  fera  au  taux  oi-dinaire  de  tous  les  bénéfices.
Os  conséquences  sont  analogues  à  celles  qui  résultent,  à  l’intérieur,
de  l’emploi  d’agents  mécaniques  perfectionnés.

•  M.  Maitlius  me  fournit  ici  une  heureuse  confirmation.  Il  a  comparé  avec  justesse ­
  «  le  sol  à  la  réunion  d’un  très-grand  nombre  de  machines,  toutes  susceptibles ­
  de  perfectionnements  continuels  par  le  capital  qu’on  y  consacre,  mais  cependant ­
  toutes  caractérisées  par  une  puissance  et  des  qualités  diverses.  »  Je  demanderai ­
  alors  comment  les  profits  peuvent  s’élever  quand  nous  sommes  obligés  de
mettre  en  œuvre  celle  des  machines  dont  la  puissance  et  les  qualités  sont  les
moins  parfaites.  Nous  ne  pouvons  refuser  de  l’employer,  car  elle  est  la  condition
sine  (/?ià  non  })our  obtenir  les  subsistances  nécessaires  à  la  |H»pulation,  subsistances ­
  dont  nous  n’avons  pas  supposé  que  la  demande  edt  diminué  Kt  qui  donc
consentirait  à  l’utiliser  s’il  pouvait  recueillir  ailleurs  de  plus  grands  bénéfices?
        <pb n="607" />
        ŒIJVRKS  niVKRSKS.

.VS6
Tant  que  l’usage  de  ces  machines  est  restreint  à  un  seul  manufacturier ­
  ou  à  un  nombre  très-limité  de  concurrents,  ils  peuvent  en  recueillir ­
  des  profits  exceptionnels;  parce  qu’ils  ont  alors  la  faculte  de
vendre  leurs  marchandises  à  des  prix  très-supérieurs  aux  frais  de  production. ­
  Mais  aussitôt  que  les  machines  se  répandent  au  sein  de  toute
l’industrie,  le  prix  du  marché  se  rapproche  des  frais  de  production  actuelle ­
  et  ne  donne  plus  que  des  profits  modérés  et  habituels.
rendant  le  cours  du  déplacement  du  capital  d’une  industrie  à  l’autre,
les  profits  de  celle  vers  laquelle  il  se  dirige  seront  relativement  élevés;
mais  cette  hausse  cessera  dès  l’instant  où  les  fonds  nécessaires  y  auront
été  mis  en  œuvre.  Le  commerce  ouvre  aux  peuples  deux  voies  de  richesse ­
  :  —  l’une  par  raccroissemenl  du  taux  général  des  profits  ;  accroissement ­
  qui,  selon  moi,  ne  peut  avoir  lieu  (ju’en  vertu  d’un  approvision
nement  à  bas  prix  et  qui  ne  profite  (¡u’à  ceux  qui  tirent  un  revenu  de
leurs  capitaux,  à  titre  de  fermier,  de  manufacturier,  de  commerçant,
ou  de  capitaliste  prêtant  à  intérêt;  —  l’autre,  par  l’abondance  des  marchandises ­
  et  par  une  réduction  de  leur  valeur  d’échange  à  laquelle  tous
les  membres  de  la  société  participent.  Dans  le  premier  cas,  le  revenu
du  pays  a  reçu  un  véritable  accroissement  ;  dans  le  second,  le  même  revenu ­
  se  multiplie  en  procurant  à  tous  une  part  plus  large  des  nécessités
et  du  luxe  de  notre  existence.
C’est  sous  ce  dernier  point  de  vue*,  que  les  nations  sont  appelées
à  recueillir  des  bienfaits  de  l’extension  du  commerce,  de  la  division
du  travail  dans  les  manufactures  et  de  l'invention  de  puissantes  machines. ­
  Tous  CCS  phénomènes  ajoutent  à  la  masse  des  denrées  et  contribuent ­
  énergiquement  à  l’aisance  et  au  bonheur  de  l’humanité;
mais  ils  n’ont  aucune  influence  sur  le  taux  des  profits,  car  ils  n’augmentent ­
  pas  la  quantité  des  produits  relativement  aux  frais  d’exploitation ­
  agricole,  et  il  est  impossible  que  les  autres  profits  s’élèvent,  si
ceux  de  la  terre  demeurent  stationnaires  ou  rétrogrades.
Le  prix,  ou  plutôt  la  valeur  des  subsistances  est  donc  le  régulateur
suprême  des  profits.  Tout  ce  qui  tend  à  faciliter  la  production  alimentaire ­
  tend  à  élever  le  taux  des  profits,  &amp;lt;[uelle  (jiie  soit,  d’ailleurs,
I  abondance  ou  la  rareté  ultérieure  des  marchandises.  Au  contraire,
tout  ce  qui  tend  à  augmenter  les  frais  de  production  sans  accroître  en
même  temps  la  masse  des  subsistances’,  doit  nécessairement  abais-«

  Excepte  lorsque  le  développement  du  commerce  nous  permet  d’obtenir  les
subsistances  à  des  prix  véritablement  plus  modérés.
*  Si,  par  l’effet  du  commerce  extérieur  ou  de  l’invention  des  machines,  le
        <pb n="608" />
        557

KSSAI  SUI{  i;INKIA]KN(;K  Ul'  KAS  l'lUX  MI  S  ULKS.
ser  le  taux  général  des  profits.  Les  possesseurs  de  eapUal  retirent  un
double  avantage  des  faeilités  apportées  a  la  produetion  des  su  sis
tances;  elles  élèvent  les  profits  et  augmentent  le  montant  des  arlic  es
de  consommation.  Des  faeilités  analogues  dans  tout  autre  pCnre
ploitation  ne  feraient  que  multiplier  les  marehandises.
Si  donc  la  faculté  d’obtenir  des  sulisistauees  à  bas  prix  est  d  une
telle  importance,  et  si  l’importation  libre  tend  à  amenei  ce  résultat
en  réduisant  le  prix  des  blés,  il  faut  évidemment  qu’on  s’arme  d’arguments ­
  irrésistibles  propres  à  démontrer  le  danger  d’une  situation
dans  laquelle  une  partie  de  nos  approvisionnements  serait  confiée  aux
étrangers.  Os  arguments,  les  seuls  qu’on  soit  admis  à  invoquer  dans
cette  question,  sont  eliectivement  nécessaires  pour  nous  amener  a
restreindre  les  importations  et  à  encliainer,  par  conséquent,  le  capi  al
dans  une  voie  qu’il  abandonnerait  autrement  pour  se  diriger  vers  des
opérations  plus  avantageuses.
Si  le  pouvoir  législatif  se  décidait  à  adopter  un  système  definitit
relativement  au  commeree  des  airéales;  si,  au  lieu  de  restreindre  ou
d’encourager  l’importation  suivant  les  oscillations  des  prix,  il  autorisait ­
  une  liberté  d’écbanges  perpétuelle,  notre  pays  deviendrait  indubitablement ­
  et  régulièrement  un  pays  importateur.  &amp;gt;ou8  devrions  ce
caractère  à  la  supériorité  de  notre  riebessc  et  de  notre  population,
comparées  à  celles  des  nations  voisines  et  à  la  fertilité,  de  notre  territoire. ­
  C’est  seulement  lorsqu’un  pays  est  relativement  riebe,  lorsque ­
  ses  terres  les  plus  fertiles  déjà  sollicitées  par  la  culture  la  plus
habile,  il  se  trouve  conduit  à  exploiter  les  terrains  inférieurs  pour  v
puiser  sa  nourriture;  lorsqu’enfin  il  se  trouve  privé,  dès  l’origine,
de  tous  les  avantages  d’un  sol  fécond,  c’est  seulement  alors  que  les
importations  de  blé  deviennenl  favorables*.
A  tant  d’avantages  qui  aceompagncraient  dans  la  position  spéciale
de  l’Angleterre,  les  importations  étrangères,  on  ne  peut  opposer  que
les  dan  gel's  d’un  système  qui  ferait  dépendre  du  dehors  une  majeure
partie  de  nos  subsistances.
Il  est  impossible  d’apprécier  exactement  la  portée  de  ces  dangers.
Ils  dépendent  des  caprices  de  l'opinion  et  n’admettent  point  le  calcul
sévère  au(|uel  il  est  facile  de  soumettre  les  avantages  contre  lesquels  on
prix  (les  marchandises  consommées  par  l’ouvrier  subissait  une  baisse,  les  salaires
diminueraient;  et  cette  circonstance,  ainsi  (|ue  nous  l’avons  déjà  observé,  éleverait
les  bénéfices  du  fermier  et,  par  cela  même,  le  taux  de  tous  les  autres  profits.
'  Ce  principe  a  été  supérieurement  établi  par  IM.  Rlaltbus  dans  ses  HechercheSf
  etc.
        <pb n="609" />
        (HDVRIvS  DIVFKSKS.

NNR
les  invo(|nc.  On  les  réduit  généralement  à  deux  phénomènes.  Ainsi  :
1®  dans  le  cas  où  la  guerre  éclaterait,  une  coalition  de  toutes  les
puissances  continentales  ou  riniluenee  de  notre  principal  ennemi,
pourrait  sutlirc  à  arrêter  nos  approvisionnements  ordinaires;
T  lors  des  mauvaises  récoltes  au  dehors,  les  pays  d’exploitation  auraient ­
  le  pouvoir  de  retenir  le  contingent  ordinaire  de  nos  subsistances, ­
  et  ils  exerceraient  infailliblement  endroit  dans  le  but  de  combler
le  délicit  de  leurs  propres  approvisionnements  '.
Si  notre  pays  se  classait  régulièrement  parmi  les  pays  d’importation, ­
  et  si  les  étrangei's  pouvaient  avoir  conliance  dans  les  demandes
de  notre  marché,  on  les  verrait  immédiatement  accroître  la  culture
de  leurs  terres  à  blé,  et  cela,  en  vue  d’une  exportation  nouvelle.
Lorsque  nous  évaluons  le  chiffre  auquel  se  monte,  pendant  quelques
semaines  seulement,  la  consommation  de  l’Angleterre  en  céréales,
nous  demeurons  convaincus  que  dans  le  cas  où  le  continent  serait
appelé  à  nous  fournir  une  grande  partie  de  cette  consommation  ,  la
moindre  interruption  apportée  au  mouvement  des  exportations  engendrerait ­
  le  plus  vaste  et  le  plus  terrible  désastre  commercial.  O
désastre,  il  n’est  aucun  souverain,  ni  aucune  coalition  de  souverains
qui  voulussent  le  provoquer,  et  si,  d’ailleurs,  les  rois  osaient  décréter
de  telles  mesures,  tous  les  peuples  se  lèveraient  pour  probister.  L’elforl
(jue  tenta  Bonaparte  pour  arrêter  l’exportation  des  produits  naturels
de  la  Bussie,  contribua  plus  que  toute  autre  cause  à  provoquer  les
efforts  merveilleux  que  celle  nation  sut  opposer  à  la  puissance  la
plus  colossale  qu’on  ait  peut-être  organisée  contre  un  peuple.
Il  serait  impossible  de  déplacer  immédiatement  l’énorme  capital
engagé  dans  la  terre  sans  occasionner  des  pertes  immenses  et  proportionnelles. ­
  Déplus,  I’encombremcnl  des  marchés  extérieurs,  qui,
en  réagissant  sur  leur  a])provisionnement  total,  abaisseraiI  à  l’infini
la  valeur  du  blé;  l’absenco  de  ces  retours,  qui  sont  si  essentiels  dans
les  combinaisons  commerciales,  se  réuniraient  pour  offrir  le  spectacle ­
  d’une  ruine  partout  envahissante.  Lt  s’il  arrivait  qu’un  pays  résistAtà
  ces  terribles  catastrophes,  croit-on  qu'il  lui  resterait  assez,  de
force  pour  conduire  la  guerre  avec  succès?  Nous  avons  tous  été  témoins ­
  des  misères  de  notre  pays;  nous  avons  tous  connu  les  malheurs ­
  plus  grands  encore  qui  ont  affligé  l’Irlande,  à  la  suite  d’une
baisse  dans  le  prix  du  blé,  à  l’époque  même  où  il  est  avéré  que

I  C’est  sur  cette  dernière  opinion  quelM.  Malthus  insiste  principalement  dans
sa  dernière  publication  :  Bases  (Vnne  opinion,  etc.
        <pb n="610" />
        ESSAI  sun  i;inkluem:e  m  has  i*hi\  i»i:s  nuús.
noire  pro^ire  récolte  était  insu  Misan  te,  oil  I  iinpoi  talion  a  été  dé
terminée  par  l’état  des  prix  ,  et  oii  nous  n’a\ons  reswMili  aucun  des
effets  de  l’eneomhrement  ;  —  ipielle  n’eùt  pas  été  la  grandeur  du
désastre,  si  le  taux  du  blé  était  descendu  à  une  1/2  1.  ster.  le  quarter,
ou  au  huitième  du  prix  actuel;  car  les  effets  de  l’abondance  ou  de  la
disette  sur  le  prix  du  blé  obéissent  a  une  proportion  müiumenl
plus  rapide  que  le  simple  rapport  de  l’accroissement  ou  de  la  diminution ­
  en  quantité.  Voilà  donc  les  inconvénients  qu’auraient  à  subir
les  pays  d'exportation.
Les  nôtres  ne  seraient  certes  pas  légers.  J’avoue  qu’une  diminution
considérable  dans  nos  approvisionnements  ordinaires,  se  montant
probablement  au  huitième  delà  consommation  générale,  serait  un  désordre ­
  d’une  immense  portée.  Mais  nous  avons  déjà  obtenu  du  dehors
un  contingent  semblable  à  une  époque  meme  où  la  culture  n’y  était
ni  stimulée,  ni  régularist'C  par  notre  marché,  ^ous  savons  tous  l’eflicacité
  prodigieusi'  que  des  prix  élevés  ont  sur  la  quotité  de  l’offre.
Personne  ne  doutera  ,  je  pense,  que  nous  ne  puissions  tirer  un  approvisionnement ­
  considérable  de  ces  pays  avec  lesquels  nos  relations
seront  toutes  pacifiques.  Kt  cet  approvisionnement,  joint  à  un  emploi ­
  économique  de  nos  propres  ressources  et  a  la  quantité  de  blé
en  réserve  *,  suffirait  à  nos  besoins  jusqu’au  moment  où  nous  aurions
consacré  à  notre  territoire  et  à  une  production  future,  le  capital  et  le
travail  nécessaire.  Je  n’Iiésile  pas  à  reconnaître  que  ces  perturbations ­
  seraient  fatales;  mais  d’un  autre  côté  je  suis  persuadé  que  nous
ne  serons  jamais  l'éduits  à  de  telles  alternatives  et,  qu’en  dépit  de  la
guerre,  les  pays  étrangers  persisteront  à  verser  sur  nos  marchés  le
blé  qu’ils  ont  cultivé  pour  notre  consommation.  A  l’époque  où  l’inimitié ­
  de  Bonaparte  était  à  son  comble,  oii  tout  commerce  était  probilié
etoù  une  mauvaise  riicolte  avait  renchéri  nos  prix,  il  permit  d’exporter ­
  du  blé  eu  AngleWrre  et  distribua  des  licences  à  ex*t  effet.  D’ailleurs ­
  de  tels  événements  n’éclatent  pas  tout  à  coup,  un  danger  aussi
terrible  s’annonce  toujours  par  d(is  pressentiments  et  on  saurait
lui  opjioser  de  puissantcis  précautions.  Serait-il  donc  sage  de  créer  des
lois  entièrement  destinées  à  prévenir  des  maux  qui  peut-être  n’éclateront ­
  jamais’?  Scrait-il  sage  de  dévorer  annuellement  un  rev  enu  de  quelques ­
  millions  dans  le  but  de  conjurer  des  désastres  hypothétiques.

’  Uoniine  Londres  devrait  être  un  entrepôt  pour  les  blés  étrangers,  cette  réserve ­
  pourrait  atteindre  un  etiiffre  élevé.
        <pb n="611" />
        560

OKUVHKS  DIVKRSKS.

Lorsqu'il  étudie  un  commerce  de  céréales,  dégagé  de  toutes  restrictions ­
  et  alimenté  en  conséquence  par  les  approvisionnements  de
la  France  et  des  autres  pays  où  le  prix  du  blé,  sur  le  marché,  ne  s’élève ­
  pas  beaucoup  au-dessus  de  celui  auquel  nous  pouvons  l’obtenir
sur  quelques-unes  de  nos  terres  les  plus  pauvres;  lorsque,  dis-je,  U
étudie  ce  phénomène  commercial,  M.  Malthus  ne  tient  pas  assez
compte  (le  la‘quantité  supplémentaire  qu’on  créerait  au  dehors,  si
notre  pays  adoptait,  comme  situation  normale,  un  système  iixe  d’importations. ­
  Certes,  si  tous  les  pays  à  blé  pouvaient  s’en  lier  aux  marchés ­
  de  l’Angleterre  pour  des  demandes  régulières;  s’ils  étaient  assurés ­
  contre  les  oscillations  perpétuelles  de  notre  législation  alimentaire,
qui  se  traduisent  alternativement  pai  des  boniücations,  des  restrictions ­
  ou  des  prohibitions,  nul  doute  que  la  culture  générale  ne  se
multipliât  largement,  et  que  les  dangers  d’un  approvisionnement
insullisant,  déterminé  par  de  mauvaises  saisons,  ne  devinssent  moins
probables.  Des  pays  qui  n’ont  jamais  contribué  à  notre  approvisionnement ­
  pourraient,  sur  la  loi  d’une  législation  immuable,  diriger
sur  nos  marchés  de  vastes  exportations.
C’est  précisément  à  de  telles  époques  que  l’intérêt  des  nations
étrangères  serait  plus  particulièrement  attaché  à  satisfaire  nos  demandes. ­
  Car  la  valeur  échangeable  du  blé  ne  grandit  pas  seulement
en  proportion  de  l’iiisullisance  de  l’oflre,  mais  deux,  trois,  quatre
lois  plus  rapidement,  suivant  l’importance  de  la  disette.  Si  la  consommation ­
  de  l’Angleterre  est  de  10  millions  de  quarters,  vendus,
année  moyenne  ,  au  prix  de  40  millions  en  numéraire,  et  si  l’approvisionnement ­
  se  trouve  diminué  d’un  1/4,  les  7  millions  500  mille
(quarters  ne  se  vendront  pas  seulement  40  millions,  mais  probablement ­
  50  millions  et  plus.  11  eu  résulte  que  dans  tous  les  cas  de  mauvaises ­
  récoltes,  les  pays  cultivateurs  se  contenteront  de  la  plus  petite
quantité  de  produits  alimentaires,  et  profiteront  des  prix  élevés  de
l’Angleterre  pour  écouler  la  masse  entière  du  blé  ravi  à  la  consommation; ­
  car  le  prix  du  blé  s’accroît  non  -  seulement  par  rapport ­
  à  la  monnaie,  mais  encore  par  rapport  aux  autres  denrées.  Si
les  producteurs  de  céréales  suivaient  une  autre  marche,  ils  se  placeraient, ­
  quant  à  la  richesse,  dans  une  situation  bien  inférieure  à  celle
où  ils  se  trouveraient,  s’ils  avaient  constamment  limité  la  culture
du  blé  aux  besoins  de  leur  propre  nation.
S’ils  ont  consacré  un  capital  de  100  millions  à  la  production
nécessaire  pour  leur  propre  subsistance,  et  ‘25  millions  de  plus  à  celle
du  contingent  d’exportation,  ils  perdront  dans  l’année  de  disette  le
        <pb n="612" />
        ESSAI  SUR  L’INFLUENCE  DU  BAS  PRIX  DES  BLÉS.  068
revenu  total  de  ces  20  millions  ;  et  cette  perte  ils  ne  1  eussent  pas
supportée  s’ils  n’avaient  pris  le  rôle  d’exportateurs.
Quelle  que  soit  l’importance  des  restrictions  imposées  à  leurs  exportations ­
  par  les  pays  étrangers,  la  hausse  dans  le  prix  des  blés
s’y  arrêterait  toujours  en  raison  de  la  quantité  supplémentaire  de
céréales  produite  en  vue  de  notre  marché.
Quant  à  la  production  du  blé,  et  en  prenant  un  seul  pays  pour
point  d’observation,  on  a  remarqué  que  si  les  récoltes  sont  mauvaises ­
  dans  un  district,  elles  sont  généralement  abondantes  dans  un  autre, ­
  et  que  si  les  saisons  ont  été  fatales  à  un  sol  ou  à  une  localité,
elles  ont  été  favorables  à  une  localité  et  à  un  sol  différents.  C’est  ainsi
que  la  Providence,  exerçant  son  pouvoir  régulateur,  nous  a  généreusement ­
  protégés  contre  le  retour  fréquent  des  famines.  S  icette  observation ­
  est  juste,  appliquée  à  un  pays,  quelle  puissance  n’acquiertelle
  pas  si  on  l  etend  à  l’ensemble  des  pays  qui  composent  notre
monde?  L’abondance  d’un  pays  ne  viendra-t-elle  pas  toujours  suppléer
à  la  disette  qui  afflige  d’autres  points  :  et  après  l’expérience  personnelle ­
  qui  nous  démontre  l’influence  fécondante  des  prix  élevés  sur
la  masse  des  approvisionnements  nous  est-il  permis  de  croire  aux
dangers  qui  nous  menaceraient,  si  nous  laissions  aux  importations  le
soin  de  nous  fournir  le  blé  nécessaire  à  notre  consommation  de  quelques ­
  semaines  ?
Tous  les  documents  que  j’ai  consultés  tendent  à  établir  que  le  prix
du  blé  en  Hollande,  c’est-à-dire  dans  un  [)ays  dont  l’approvisionnement
  déj)eud  presqu’entièrement  des  marchés  étrangers,  a  été  d’une
fixité  remarquable,  et  cela  au  milieu  des  convulsions  qui  ont  dernièrement ­
  agité  rEurope.  Malgré  l’exiguité  de  ce  pays,  un  tel  phénomène ­
  prouve  que  l’effet  des  mauvaises  saisons  ne  frappe  pas  exclusivement ­
  les  pays  importateurs.
Je  reconnais  que  l’agriculture  a  été  enrichie  de  nombreux  perfectionnements ­
  et  que  de  grands  capitaux  ont  été  consacrés  à  la  culture  du
sol  ;  mais  tant  d’efforts  et  de  perfectionnements  n’ont  pu  vaincre  les
complications  naturelles  qui  résultent  pour  nous  d’une  richesse  et
d’une  prospérité  en  progrès,  et  qui'nous  obligeront  à  cultiver  à  perte
nos  terres  inférieures  si  l’on  restreint  ou  si  l’on  prohibe  l’importation
du  blé.  Si,  dégagés  des  entraves  de  la  législation,  nous  étions  livrés
à  nous-mêmes,  nous  enlèverions  de  la  culture  de  ces  terrains  arides
les  capitaux  qui  y  sont  engages,  et  nous  demanderions  à  l’importation ­
  la  masse  de  produits  qu’ils  nous  donnent  aujourd’hui.  Le  capi-{OEuv.
  de  Ricardo.)
        <pb n="613" />
        '  ÆUVUES  DIVEKSES.
lai  uiusi  mol)ilÍ8é  serait  consacré  à  la  tabricaüou  des  marcliaudb
ses  qui  pourraient  être  exportées  en  échange  du  blé
Cette  nouvelle  distribution  d’une  partie  du  capital  national  devrait
otfrir  plus  d’avantages  sous  peine  d’etre  immédiatement  rejetóe.  Ce
principe  ligure  au  premier  rang  parmi  ceux  qui  consolident  la  science
de  l’économie  politique,  et  personne  ne  l’a  admis  avec  plus  d’ardeur
que  M.  Malthus.  11  constitue  la  base  de  tous  les  ai  gumens  qu’il  émet
dans  scs  Observalions  sur  les  lois  des  céréales,  quand  il  balance  les
avantages  et  les  désavantages  inbérents  à  un  commerce  de  blé  complètement ­
  libre.
Dans  quelques  parties  de  sa  dernière  publication,  il  insisle  cependant ­
  avec  une  très-grande  sollicitude  sur  la  déperdition  de  capital
agricole  que  le  pays  aurait  à  supporter  dans  l’hypothèse  d  une  libre
importation;  il  déplore  la  perte  de  celui  que  la  marche  des  événements
  a  rendu  stérUe  et  dont  l’emploi  est  pour  nous  aujourd’hui  une
charge  onéreuse.  Ou  eût  pu  nous  dire  avec  autant  de  i  aison,  au  mo
meut  où  les  machines  à  vajieur  et  le  métier  à  coton  d’Arkioughir  atteignirent ­
  leur  perfection  relative,  qu’il  fallait  les  proscrire,  parce  qu’ils
devaient  nous  faire  perdre  la  valeur  de  nos  machines  vieillies  et  barbares. ­
  Nul  doute  que  les  fermiers  des  terrains  les  plus  pauvres  n’éprouvent ­
  des  pertes  réelles  ;  mais  la  nation,  en  général,  y  trouverait  un
bénélice  bien  supérieur  au  montant  de  leurs  pertes.  Et  dès  que  le
transport  du  capital  agricole  aux  manufactures  aurait  été  opéré,  les
fermiers  comme  toutes  les  autres  classes  de  la  société,  a  l’exception
des  propriétaires,verraients’accroitre  leurs  prolits  dans  des  projmrtions
très-considérables,  il  serait  pourtant  à  désirer  que  l’on  protégeât  les
fermiei's  contre  les  perturbations  de  la  valeur  des  monnaies.  En  eilet,
placés  comme  ils  le  sont  sous  le  poids  de  baux  stipulés  en  argent,  ilssup
porteraient  inévitablement  les  pertes  résultant  du  bas  prix  des  bles
comparé  au  taux  pécuniaire  de  leurs  contrats.
L’existence,  même  temporaire,  d’un  haut  prix  pour  les  bkis  imjiose-1

  S’il  est  vrai,comme  l’observe  M.  Malthus,  qu’il  u’y  ait  pas  en  Irlande  de  ces
manulactures  où  le  capital  puisse  ctre  employé  avec  avantage,  ce  déplacement
n’v  aurait  pas  lieu  et  le  capital  agricole  ne  subirait  aucune  diminuliou.  Dans
cette  hvDOtbèse,  l’Irlande  aurait  le  même  excédant  de  produit  eu  céréales  ;  mais
ce  nroduit  perdrait  une  partie  de  sa  valeur  en  échange  ;  son  revenu  pourrait
donc  ainsi  se  trouver  réduit.  Mais  si,  ne  voulant  pas  cultiver  le  sol,  elle  ne  pouvait
  ou  ne  voulait  pas  se  livrer  à  l’industrie  manufacturière,  elle  perdrait  la  totalité ­
  de  son  revenu.
        <pb n="614" />
        ESSAI  .SUH  L’lNFLÜtNCE  DL  BAS  BKIX  DES  BLÉS.  5C3
rait  à  la  uatioii  des  sacrilices  Dieu  supérieurs  aux  bénéíices  que  les  1eriuiers
  pourraient  eu  recueillir;  mais  il  serait  juste  cependant  d  étal)lir
pendant  quelques  années  des  droits  restrictils  sur  1  importation  des
céréales.  On  déclarerait  qu’au  bout  de  ce  temps  le  commerce  du  blé
serait  libre,  et  que  les  quantités  importées  seraient  soumises  seulement
à  un  droit  égal  à  celui  que  l’on  ¡Mourrait  juger  convenable  d’imjioser
au  blé  de  notre  propre  territoire  *.
M.  Maltlius  est  évidemment  dans  le  vrai  quand  il  dit:  «  Si  seule*
»  meut  I  on  étendait  au  loin  les  brillantes  méthodes  appliquées  actuel-»
  lement  a  la  culture  de  quelques  parties  de  la  Grande-Bretagne;
»  si  par  une  accumulation  progressive  et  par  une  distribution  plus
»  équitable  du  capital  et  de  l’art,  on  ramenait  toute  la  surface  du
»  pa)s  aux  avantages  naturels  du  sol  et  de  sa  situation  topograpbi-»
  que,  la  masse  des  produits  supplémentaires  serait  immense  et  sulli-*&amp;gt;
  rait  iKiur  alimenter  un  très-grand  surcroît  de  population.
Cette  ré  Ilex  ion  est  vraie  et,  de  plus,  éminemment  consolante.  Elle
montre  que.  nos  ressources  sout  loin  d’être  épuisées  et  que  nous  pouvons
prétendre  u  un  développement  de  prospérité  et  de  richesse  bien  supérieur ­
  a  celui  de  tous  les  peuples  qui  nous  ont  précédés.  Mais  ces  résultats ­
  ¡»cuvent  se  réaliser  egalement  dans  un  système  d’inqmrtatiou
et  dans  un  système  de  restriction,  la  seule  dillérence  éclatera  dans
la  rapidité  de  leur  marche,  et  rien  ne  s'oppose  à  œ  que  nous  profitions, ­
  à  chaque  phase  de  notre  vie  nationale,  de  l’ensemble  des  avantages ­
  qui  nous  sont  oü'erts  ;  rien  ne  s’oppose  à  ce  que  nous  utilisions ­
  notre  capital  de  manière  à  nous  assurer  les  plus  riches  résultats.
M.  Malthus  a,  comme  je  l’ai  déjà  dit,  comparé  la  terre  à  une  grande
réunion  de  machines  susceptibles  a  la  lois  d’être  incessamment  perfectionnées ­
  par  les  ellorts  directs  du  capital,  et  cependant  caractérisés

'  Je  lie  partage  aucunement  la  doctrine  d’Adam  Smith  ou  de  M.  Maltlius.relativemeiii
  à  l’elfet  des  impôts  établis  sur  les  denrées  nécessaires  à  la  vie.  Le
premier  ne  trouve  pas  de  termes  assez  énergiques  pour  les  caractériser;  M.  Malthus ­
  est  plus  indulgent.  Tous  deux  pensent  que  ces  taxes  tendent  beaucoup  plus
rigoureusement  que  les  autres  à  diminuer  le  capital  et  la  production.  Je  ne  prétends ­
  pas  y  voir  le  beau  ideal  des  taxes  :  mais  je  ne  pense  pas  non  plus  qu’ils
nous  assujettissent  au  cortège  de  maux  qu’Adam  Smith  leur  assigne  relativement ­
  au  commerce  intérieur,  ni  qu’ils  produisent  des  conséquences  très-dilléreiites
  des  autres  impôts.  Adam  Smith  prétendait  que  ces  sortes  de  droits  pesaient
exclusivement  sur  le  propriétaire.  M.  Malthus  pense  qu'ils  se  divisent  entre
le  propriétaire  et  le  consommateur.  Selon  moi,  ils  sont  acquittés  intégralement
par  le  consommateur.
        <pb n="615" />
        UKÜVKKS  DIVERSES.

üG4
par  des  qualités  el  des  forces  diverses.  Serait-il  ^sage  aloi-s  d’employer ­
  à  uu  très-haut  prix  quelques-unes  des  plus  mauvaises  machines, ­
  tandis  qu’à  moins  de  frais  nous  pouvons  louer  les  meilleures ­
  chez  nos  voisins?
Al.  Alai  thus  croit  que  le  bas  prix  pécuniaire  du  blé  ne  serait  pas
avantageux  aux  classes  pauvres  de  la  société,  parce  que  la  valeur
échangeable  réelle  du  travail,  c’est-a-dirc  le  pouvoir  qu’il  a  d’acheter ­
  les  nécessités,  le  bien-être,  le  luxe  de  l’existence,  serait,  non  pas
augmentée,  mais  diminuée  par  cette  modicité  de  prix.  Quelques-unes
de  ses  observations  à  ce  sujet  sont  évideimnent  d’un  grand  poids;
mais  il  n’évalue  pas  assez  haut  les  conséquences  d’une  meilleure  distribution ­
  du  capital  national  sur  le  sort  des  classes  inlérieures.
Celte  répartition  nouvelle  leur  serait  favorable  en  ce  qu’elle  permettrait ­
  au  même  capital  d’employer  plus  de  bras;  de  plus,  des
profits  additionnels  conduiraient  a  une  accumulation  additionnelle,
et  la  population  recevrait  ainsi  de  ces  hauts  salaires  un  stimulant
énergique,  qui  ne  larderait  pas  à  améliorer  la  condition  des  travailleurs. ­

les  conséquences  du  ces  événements  sur  les  intérêts  des  classes  laborieuses ­
  ressembleraient  a  celles  que  produisent  des  perfectionnements ­
  mécaniques,  dont  on  ne  nie  plus  de  nos  jours  la  tendance  a
élever  les  salaires  réels  du  travail.
Al.  Alalthus  dit  encore  «  que,  de  toutes  les  classes  commerciales
»  et  manufacturières,  celles  directement  engagées  dans  les  opérations
»  extérieures  sont  les  seules  qui  puissent  profiler  du  système  des
»  importations  libres.  »
Si  le  coup  d’œil  que  nous  avons  jeté  sur  la  rente  est  exact;  si  elle
s’élève  a  mesure  que  les  profits  généraux  baissent,  pour  lléchir  au
moment  où  ils  augmentent;  enfin,  si,  comme  l’a  admis  cl  habilement ­
  démonUé  Ai.  Alalthus,  l’eüct  immédiat  des  importations  est
d’abaisser  la  rente,  tous  ceux  qui  prennent  part  au  commerce,  tous
les  capitalistes,  qu’ils  soient  fermiers,  manufacturiers,  ou  commerçants, ­
  recevront  une  grande  augmentation  de  profits.  Toute  baisse
produite  dans  le  prix  du  blé  par  des  perfectionnements  agricoles  ou
par  des  importations  afiaiblira  la  valeur  échangeable  du  blé,  sans
réagir  sur  le  prix  des  autres  marchandises.  Si  donc  le  jn  ix  du  travail
tombe,  comme  il  doit  nécessairement  le  faire  quand  le  prix  du  blé
diminue,  les  profils  de  toute  nature  devront  grandir,  et  pei-sonne
n’est  plus  appelé  que  les  classes  manulaclurièrcs  et  commerciales  à
■  recueillir  les  bénéfices  de  ces  mouvements  économiques.
        <pb n="616" />
        ESSAI  SlIR  L’INFLUENCE  DU  BAS  PRIX  DES  BLÉS.
Si  la  chute  de  la  rente,  en  diminuant  les  ressources  des  propriétaires, ­
  diminue  aussi  la  demande  de  marchandises  nationales,  celle-ci
s’accroît  d’un  autre  côté  dans  une  proportion  bien  plus  considérable, ­
  en  raison  de  l’opulence  ascendante  des  classes  commerciales.
Je  suis  loin  de  croire  que  des  restrictions  imposées  à  l’importation
du  blé  puissent  nous  enlever  une  partie  de  notre  commerce  extérieur,
et  sur  ce  point  je  suis  d’accord  avec  &amp;gt;i.  Malt  h  us.  Mais  ce  commerce
prendrait  un  immense  développement  dans  l’hypothèse  de  libres  opérations; ­
  et,  d’ailleurs,  la  question  n’est  pas  de  savoir  si  nous  pourrions ­
  conserver  à  notre  commerce  extérieur  toute  son  importance,
mais  bien  si,  dans  les  deux  cas  ,  nous  en  retirerions  des  bénéfices
égaux.
La  liberté  commerciale  et  le  bas  prix  des  blés  n’augmenteraient  ni
ne  réduiraient  la  valeur  de  nos  marebandises  au  dehors;  mais  le  prix
de  revient  pour  nos  manufactures  serait  bien  différent  dans  le  cas
où  le  taux  du  blé,  au  lien  de  s’élever  à  80  shillings  le  quarter,
descendrait  à  60  shillings.  Conséquemment  les  profits  s’accroîtraient
de  toutes  les  sommes  épargnées  dans  la  production  des  marchandises ­
  exportées.
M.  Malthns  produit  une  observation  qui  déjà  avait  été  faite  par
Hume,  c’est-à-dire  que  le  renchérissement  des  prix  exerce  une  influence ­
  magique  sur  la  marche  de  l’industrie  :  il  en  conclut  que  les
effets  de  toute  baisse  doivent  être  radicalement  contraires  et  désastreux. ­
  On  a  constamment  envisagé  l’accroissement  des  prix  comme
un  contre-poids  destiné  à  combattre  avantageusement  le  cortège  des
désordres  qui  résultent  de  toute  dépréciation  survenue  dans  la  monnaie, ­
  soit  par  une  chute  réelle  dans  la  valeur  des  métaux  précieux,
soit  par  la  surélévation  arbitraire  des  dénominations  numéraires,  soit
enfin,  par  des  émissions  exagérées  de  papier  monnaie.  Dans  toutes
ces  circonstances  on  l’a  considéré  comme  favorable,  parce  qu’il  améliore ­
  la  situation  des  classes  commerciales  aux  dépens  de  ceux  qui
jouissent  de  revenus  fixes,  et  parce  que  c’est  principalement  au  sein
de  CCS  classes  que  s’accumulent  les  grands  capitaux,  que  se  développe
le  travail  productif.
TiC  retour  vers  un  système  monétaire  plus  régulier,  retour  si  désirable, ­
  tendrait  à  paralyser  momentanément  l’accumulation  et  le  travail, ­
  en  blessant  les  intérêts  de  la  portion  industrieuse  de  la  nation  ;
or,  ajoute-t-on,  c’est  là  l’effet  d’une  baisse  dans  les  prix.  M.  Malthns
suppose  qu’une  réduction  dans  la  valeur  des  céréales  produirait  les
mêmes  effets.  Quand  bien  même  l’observation  de  Hume  serait  fon
        <pb n="617" />
        OEUVRES  DIVERSES.
dëe  en  principe,  on  n’aurait  aucun  droit  à  l’appliquer  ici,  car
les  produits  que  le  manufacturier  aurait  à  vendre  resteraient  au
même  prix.  L’avilissement  de  la  valeur  atteindrait  seulement  les
objets  qu’il  doit  acheter,  nommément  le  blé  et  le  travail,  et  servirait ­
  aussi  à  multiplier  ses  profits.  Je  dois  redire  ici,  qu’une  hausse
dans  la  valeur  de  la  monnaie  abaisse  le  prix  de  toutes  choses;  tandis
qu’une  baisse  dans  le  prix  du  blé  réduit  seulement  les  salaires  du
travail,  et  par  cela  môme,  élève  le  taux  des  profits.
Si  donc  la  prospérité  de  la  classe  commerciale  conduit  inévitablement ­
  à  l’accumulation  des  capitaux  et  aux  progrès  des  industriels  fécondes, ­
  on  doit  se  rallier  à  une  baisse  dans  les  prix  des  blés  comme
au  moyen  le  plus  sûr  pour  atteindre  ce  résultat  \
Je  ne  saurais  approuver  comme  M.  Malthus  cette  opinion  d’Adam

e  Cette  conclusion  serait  désolante,  s’il  était  vrai  que  l’abaissement  du  prix
des  céréales  dût  réagir  fatalement  sur  les  salaires.  Dans  ce  cas,  loin  d’ouvrir
largement  les  portes  aux  importations  étrangères,  loin  de  favoriser  le  progrès ­
  des  méthodes  agronomiques,  loin  de  multiplier  les  moissons  dans  un  pays
et  de  verser  l’abondance  à  pleines  mains  ;  dans  ce  cas,  disons-nous,  il  faudrait  redresser ­
  les  barrières  abattues,  briser  les  charrues,  faire  brûler,  par  la  main  du
bourreau,  les  traités  d’agriculture,  afin  de  diminuer  la  masse  des  céréales  produites, ­
  d’en  augmenter  conséquemment  les  prix,  et  d’en  faire  une  denrée  de  luxe.
Après  quoi  il  ne  resterait  plus  aux  ouvriers  qu’à  opter  entre  les  deux  conseils  qui
leur  furent  donnés  au  dix-huitième  siècle  par  une  princesse  et  par  un  traitant  :  —
ils  auraient  à  manger  de  la  brioche  ou  à  brouter  l’herbe  des  prés.  Ricardo
penche  pour  la  brioche,  car  il  ne  peut  séparer,  dans  ses  abstractions,  la  hausse
des  salaires  de  l’élévation  des  prix  :  nous,  au  contraire,  nous  craignons  la  plus
horrible  détresse,  car  nous  avons  pour  nous  la  logique  des  idées  et  la  logique
des  faits,  car  nous  avons  le  compte  des  générations  mortes  au  souffle  de  la  famine, ­
  car  nous  savons  ce  que  des  prix  de  3»  francs  l’hectolitre  et  de  100  sch  le
quarter  ont  produit  de  faillites,  de  douleurs,  de  secousses  sanglantes  en  Franc«  et
en  Angleterre.  Nous  ne  saurions,  d’ailleurs,  nous  résigner  aussi  facilement  que  le
savant  économiste  anglais,  à  voir  ainsi  grandir  les  profits  aux  dépens  des  salaires,
et  nous  ne  verrions  aucun  progrès  dans  un  système  qui,  renversant  toutes  les  lois
de  la  charité  et  du  bon  sens,  tailleraient  dans  les  haillons  du  pauvre  de  quoi  vêtir
les  riches  Notre  cri  serait,  dans  le  système  de  Ricardo,  en  faveur  des  monopoles,
des  restrictions,  des  impôts,  en  un  mot  de  tout  ce  qui  accroît  la  valeur  des  cho
ses,contre  tout  ce  qui  tend  à  niveler  le  bien-être  :  et  au  lieu  d’être  les  disciples  de
Smith,  de  Say  et  de  Cobden,  nous  chercherions  encore  à  réaliser,  avec  une  balance ­
  et  des  faux  poids,  —  le  rêve  des  mercantilistes.  Mais  nous  croyons  avoir
démontré  déjà  que  Ricardo  se  trompe,  que  le  bas  prix  des  subsistances  est  un  progrès ­
  aussi  bien  que  le  bas  prix  des  objets  manufacturés,  des  livres,  des  transports,
et  que  le  grand  problème  économique  de  l’avenir  doit  être  précisément  de  donner
une  marche  ascendante  aux  salaires  et  une  marche  rétrograde  aux  prix.  A.  F.
        <pb n="618" />
        ESSAI  SUR  L’INFLUENCE  DU  BAS  PRIX  DES  BLÉS.  .W7
Smith,  «  qu’à  quantités  éj^alcs,  le  travail  productif  consacré  au\  ma-»
  nufactures  ne  peut  /awa?s  donner  des  résultats  aussi  beaux  qu  en
»  aprieulture.  »  Je  suppose  qu’il  a  laissé  échapper  ce  mot  de  jamaia,
qui  ramènerait  ici  son  opinion  à  la  doctrine  des  économistes  plutôt
qu’à  ses  théories  personnelles;  car  il  a  établi,  et  selon  moi  très-exactement, ­
  qu’au  début  d’une  nouvelle  nation,  et  dans  toutes  les  phases
de  son  développement  ultérieur  il  est  une  portion  des  capitaux  agricoles, ­
  dont  l’emploi  est  simplement  destiné  à  produire  les  profits  ordinaires ­
  du  capital,  et  dont  on  ne  retire  aucune  rente.  Il  est  positif
que  le  travail,  appliqué  à  de  telles  terres,  ne  sera  jamais  aussi  fécond ­
  que  le  môme  travail  engagé  dans  l’industrie  manufacturière.
La  différence  n’est  pas  grande  au  fond,  et  nous  en  ferons  volontiers
abstraction  en  raison  de  la  sécurité,  de  la  considération  qui  accompagnent ­
  les  capitaux  consacrés  à  l’agriculture;  mais  dans  1  enfance
des  sociétés,  à  cette  époque  de  leur  existence  où  la  rente  n’existe  pas
encore,  le  produit  des  capitaux  engagés  dans  l’industrie  et  dans  les
instruments  de  culture  n’égale-t-il  pas  au  moins  le  quantum  reproductif ­
  des  fonds  consacrés  aux  exploitations  agricoles?
Cette  opinion  diffère  cependant  des  doctrines  générales  que
M.  Malthus  a  si  habilement  fondées  dans  un  dernier  écrit  et  dans
toutes  scs  autres  publications.  Dans  scs  Recherches,  en  parlant  de  ce
que  je  considère  comme  analogue  à  l’opinion  d’Adam  Smith  ,  il  dit  :
«  Je  ne  puis  cependant  pas  reconnaître  avec  lui  que  toute  terre  sur
»  laquelle  on  recueille  des  subsistances  doive  nécessairement  produire
»  un  fermage.  Les  terrains  que  le  progrès  des  civilisations  tend  à
»  faire  exploiter  successivement  peuvent  suffire  à  ne  payer  que  les
-)  profits  et  le  travail.  Un  profit  convenable  sur  l’ensemble  des  capi-»
  taux  engagés,  y  compris  nécessairement  les  salaires.du  travail,
•&amp;gt;  sera  toujours  un  appât  suffisant  pour  les  cultivateurs.  •  Tæs  mêmes
motifs  conduiront  quelques  individus  à  fabriquer  des  marchandises,
et  ces  deux  natures  de  profits  seront,  à  des  époques  analogues  de  la
vie  sociale,  ramenées  à  un  taux  à  peu  près  équivalent.
J’ai  eu  souvent  occasion  de  constater  dans  le  cours  de  ces  déductions ­
  que  la  rente  ne  tombe  jamais  sans  déterminer  une  hausse
immédiate  dans  les  profits  du  capital.  S’il  nous  plaît  aujourd’hui
d’importer  le  blé  plutôt  que  de  le  récolter  à  l’intérieur,  nous  n’aurons ­
  obéi  qu’à  une  seule  influence,  l’attrait  d’un  prix  plus  favorable.
Si  nous  réalisons  effectivement  ces  importations,  la  dernière  portion
de  capital  appliquée  au  sol,  et  improductive  de  rente,  sera  mobilisée. ­
  La  rente  baissera,  les  profits  s’élèveront,  et  une  antre  fraction
        <pb n="619" />
        OEUVRES  DIVERSES.

M68
du  capital  agricole  sc  substituera  à  celle-ci  pour  ne  produire  que  les
profits  habituels  du  capital.
Si  l’on  peut  importer  le  blé  à  un  taux  moins  élevé  que  celui  auquel ­
  nous  le  livrerait  l’exploitation  d’un  second  terrain  déjà  plus
fertile,  la  rente  descendra  encore,  les  profits  s’élèveront,  et  une
nouvelle  terre  d’une  catégorie  supérieure  sera  mise  en  culture  pour
ne  produire  exclusivement  ([ue  des  profits.  A  chaque  phase  de  notre
développement  social  des  profits  du  capital  croîtront,  la  rente
baissera  et  de  nouvelles  terres  seront  abandonnées.  Le  pays  jouira
ainsi  de  toute  la  différence  entre  le  prix  de  revient  du  blé  à  l’intérieur ­
  et  le  prix  auquel  on  peut  l’introduire,  et  cette  différence  sera
prélevée  sur  l’ensemble  des  importations.
M.  Maltlius  a  exposé  avec  la  plus  grande  habileté  l’effet  du  bas
prix  des  céréales  sur  ceux  qui  contribuent  à  servir  l’intérêt  de  notre
énorme  dette,  .l’adopte  complètement  un  grand  nombre  de  scs  conclusions ­
  à  ce  sujet.  Une  réduction  majeure  dans  le  prix  du  blé  donnerait ­
  certainement  une  puissante  impulsion  à  la  richesse  de  l’Angleterre, ­
  mais  la  valeur  monétaire  de  cette  richesse  serait  diminuée.
Elle  serait  diminuée,  dis  je,  de  toute  la  différence  introduite  dans
la  valeur  pécuniaire  du  blé  consommé;  elle  s’accroîtrait,  au  contraire, ­
  de  l’excédant  de  valeur  échangeable  acquis  par  l’ensemble
des  marchandises  qu’on  exj)orterait  contre  les  céréales.  Il  y  aurait
toutefois  inégalité  sensible  entre  le  dernier  phénomène  et  le  premier, ­
  et  la  valeur  monétaire  de  nos  marchandises  tomberait  inévitablement ­
  dans  une  grande  proportion.
Mais  cette  diminution  réelle  dans  la  valeur  de  toutes  nos  marchandises ­
  ne  prouve  en  aucune  manière  que  notre  revenu  annuel
doive  fléchir  au  même  degré.  Les  partisans  de  l’ihqmrtalion  basent
la  supériorité  de  cette  opinion  sur  la  certitude  où  ils  sont  que  le  revenu ­
  ne  subirait  pas  une  telle  réduction;  et  comme  les  taxes  s’acquittent ­
  au  moyen  de  notre  revenu,  il  en  résulte  (|U  en  réalité  le  fardeau ­
  ne  serait  pas  aggravé.
Supposons  que  le  revenu  d’un  pays  descende  de  10  à  Í)  millions  à
une  époque  où  la  valeur  de  la  moiiuaic  aura  été  altérée  dans  le  rapport ­
  de  10  à  8.  Un  tel  pays  jouirait  d'un  revenu  net  plus  considé
rabie  après  avoir  payé  un  million  sur  la  somme  la  plus  petite,  (|u’à
près  l'avoir  prélevé  sur  la  somme  la  plus  considérable.
Il  est  positif  encore  que  le  détenteur  de  fonds  publics  recevrait
une  valeur  réelle,  supérieure  aux  termes  des  conventions  stipulées,
pour  les  emprunts  des  dernières  années;  mais  comme  ils  contri-
        <pb n="620" />
        569

ESSAI  SUR  L’INFLUENCE  DU  BAS  PRIX  DES  BLÉS,
huent  aussi  très-largement  aux  charges  publiques,  et  par  conséquent ­
  au  paiement  des  intérêts  qu’ils  reçoivent,  ils  supporteraient
en  dernier  ressort  une  portion  assez  importante  des  contributions.
Et  si  nous  évaluons  rigoureusement  la  valeur  des  profits  additionnels
répartis  aux  classes  commerciales,  nous  reconnaîtrons  qu  eu  dépit
d’une  augmentation  d’impôt  elles  gagnent  encore  à  ces  mouvements
économiques.
Quant  au  propriétaire,  seul  il  en  souffrirait,  car  il  devrait  payer
davantage  non-seulement  sans  compensation  immédiate  et  proportionnelle, ­
  mais  encore  avec  une  rente  affaiblie.
Les  créanciers  de  l’État  et  ceux  qui  vivent  de  revenus  fixes  pourront ­
  objecter  légitimement  que  le  poids  de  la  guerre  s  est  surtout
appesanti  sur  eux.  La  valeur  de  leur  revenu  s  est  en  effet  affaiblie  en
raison  du  renchérissement  des  blés  et  d’une  dépréciation  de  papiermonnaie
  survenue  à  une  époque  où  l’avilissement  des  fonds  publics
avait  fortement  diminué  la  valeur  de  leur  capital.  Us  ont  eu  gravement ­
  à  souffrir  aussi  des  récentes  violations  du  fonds  d’amortissement,
violations  qui  constituent  la  plus  criante  injustice,  et  qu’on,menace
d  étendre  au  mépris  des  engagements  les  plus  solennels.  Le  fonds
d’amortissement  entre  en  effet  dans  les  termes  du  contrat  comme  le
service  des  dividendes,  et  c’est  méconnaître  complètement  les  vrais
principes  que  d’en  faire  une  source  de  revenus.  C’est  dans  l’extension ­
  de  ce  capital  que  nous  devons  placer  les  moyens  de  soutenir  les
guerres  futures,  à  moins  cependant  que  nous  ne  soyons  préparés  à
abandonner  le  système  entier  des  dettes  fondées.  Attenter  au  fonds
d’amortissement,  c’est  obtenir  un  secours  passager  par  le  sacrifice
d’avantages  futurs  considérables,  c'est  renverser  de  fond  en  comble
le  système  conçu  par  M.  l’itt  lorsqu’il  créa  ce  fonds  spécial.  Il  agit
alors  avec  la  persuasion  qu’un  léger  sacrifice  actuel  devrait  conduire
à  d’immenses  résultats  pour  l’avenir.  Nous  avons  été  témoins  des
bienfaits  provoqués  par  sa  détermination  inflexible  de  ne  jamais
porter  atteinte  au  fonds  d’amortissement.  Au  milieu  même  de  notre
plus  grande  détresse  financière,  à  une  époque  où  le  3  p.  0/D  était
descendu  à  18,  nous  l’avons  vu  obéir  à  cette  loi  souveraine,  et  nous
ne  saurions,  je  pense,  hésiter  à  croire  qu’il  n’eût  pas  appuyé  les  mesures ­
  qui  ont  été  adoptées.
Pour  reprendre  cependant  mon  sujet,  je  terminerai  en  disant
quels  seraient  mes  regrets  si  l’on  accordait  à  des  considérations  particulières, ­
  pour  telle  ou  telle  classe,  le  droit  d’arrêter  le  développement ­
  de  notre  richesse  et  de  notre  population.  Si  les  intérêts  des  pro-
        <pb n="621" />
        Í570  OEUVRES  DIVERSES.
priétaires  ont  assez  d’importance  pour  nous  déterminer  à  rejeter  tous
les  bénéfices  qui  découlent  de  l’importation  des  céréales  à  bas  pri%,
ils  doivent  aussi  nous  conduire  à  proscrire  tous  les  perfectionnements
qu’on  pourrait  appliquer  à  l’agriculture  et  aux  instruments  aratoires; ­
  car  il  est  clair  que,  pendant  un  certain  temps,  ces  améliorations
contribueront  aussi  puissamment  que  l’introduction  des  céréales  à
abaisser  le  taux  des  rentes  et  le  prix  du  blé,  et  à  diminuer  les  ressources ­
  avec  lesquelles  le  propriétaire  doit  acquitter  les  impôts.  Pour
être  conséquents  alors,  il  nous  faut  prohiber  d  une  main  les  im|&amp;gt;or
tâtions  et  proscrire  de  l’autre  tout  progrès.
        <pb n="622" />
        PROPOSITIONS
TENDANT  A  L’ÉÏAliLISSEMENT
b’üNE
CIRCULATION  MONÉTAIRE
ÉCONOMIQUE  ET  SURE;
SUIVIES  d’observations
SUR
LES  PKOFITS  DE  LA  BANQUE  D’ANGLETEBBE
ENVISAGÉS  RELATIVEMENT  AU  PUBLIC  ET  AUX  ACTIONNAIRES
DE  SON  FONDS  SOCIAL.
        <pb n="623" />
        ■  1

'  *

m

!#g

i*

Mpl

bl

I!

Ml

m

il

,  '  '

1  ».  •  .

AP

I  .

uv

'.  •&amp;lt;

:('/  r  fc:;

(i;  '

i'lii

Ë’  I.

a  .t‘j

iî

i!j:l

Bi

,íí'„.  ïhi"''îF  f  Q

Í*"

V

El;

m

.■‘V  ,

-  ".  Vi'';v&amp;lt;?‘;f  f-».  y  ■’  ,'.

!..

^■:^r

\  Ji  i  r  ■  i

^Ir'-t!

\'i

r.  -S

L_

n

..li

mH

i4Í

m.

ii.-;

i

m
        <pb n="624" />
        INTRODUCTION.

T.es  questions  importantes  qui  vont  suivre  et  qui  touelient  aux
intérêts  de  la  Banque  d’Angleterre,  seront  soumises  dans  la  prochaine
session  aux  discussions  du  Parlement.
Premièrement.  La  Banque  seVa-t-elle  obligée  de  rembourser  ses
billets  sur  demande  et  en  espèces?
Secondement.  Introduira-t-on  quelques  modifications  dans  les  termes ­
  du  contrat  de  1808,  consenti  entre  le  gouvernement  et  la  Banque
pour  la  gestion  de  la  dette  publique.
troisièmement.  Quelle  compensation  doit  exiger  le  public  pour
l’ensemble  des  dépôts  qui  constituent  une  source  si  importante  de  revenus ­
  pour  la  Banque  ?
Sous  le  rapport  de  l’importance,  la  première  question  a  une  baute
supériorité  sur  les  deux  autres;  mais  tant  d’écrivains  se  sont  déjà
donné  rendez-vous  sur  le  terrain  de  la  circulation  et  des  lois  auxquelles ­
  elle  doit  obéir,  que  j’hésiterais  à  imposer  au  lecteur  de  nouvelles
considérations,  si  je  ne  pensais  qu’il  peut  être  infiniment  avantageux
pour  nous  d’adopter  un  système  monétaire  plus  économique.  Or,
pour  exposer  ce  système,  il  sera  nécessaire  de  préluder  rapidement  par
quelques-uns  des  principes  généraux  que  l’on  admet  comme  les  régulateurs ­
  de  la  circulation,  et  qu’il  faut  savoir  venger  des  objections
qu’on  leur  a  opposées.
Les  deux  autres  questions,  quoique  moins  importantes,  empruntent ­
  au  malaise  de  nos  finances,  et  à  l’urgence  d’une  direction  sagement ­
  économe,  un  intérêt  d’actualité  qui  les  recommande  sérieusement ­
  à  l’attention  du  Barlepicnt.  Si  un  examen  scrupuleux  nous
démontre  que  les  fonctions  accomplies  par  la  Banque  au  nom  du
public  sont  rétribuées  avec  prodigalité;  s’il  est  démontré  que
cette  opulente  corporation  a  successivement  accumulé  un  trésor
dont  il  n’existe  pas  d’exemple  ;  s’il  est  enfin  établi  que  cette
richesse  n’a  été  recueillie  qu’aux  dépens  du  public  et  à  la  faveur
de  la  négligence  et  de  l’incurie  des  gouvernants,  nous  espérons  qu  on
        <pb n="625" />
        ŒUVRES  DIVERSES.

Ö74
prendra  de  meilleurs  arrangements.  Et  ees  arrangements,  tout  en
garantissant  à  la  Banque  une  juste  rémunération  pour  la  responsabilité ­
  et  les  soins  qu’exige  l’administration  de  la  dette,  devront  aussi
prévenir  tout  gaspillage  des  deniers  publics.
On  reconnaîtra,  selon  moi,  que  la  guerre,  dont  le  poids  a  été  si
accablant  pour  la  plupart  des  classes  sociales,  a  au  contraire  produit
a  la  Banque  des  bénélices  inattendus,  et  que  la  prospérité  de  cette
association  a  été  en  raison  directe  des  charges  et  du  malaise  de  la
nation.
La  suspension  des  paiements  en  espèces  de  la  Banque,  provoquée
par  la  guerre,  lui  permit  d’élever  le  montant  de  ses  billets  eu  circulation, ­
  de  ri  millions  a  iS  millions.  D’un  autre  côté,  elle  l’alVrancbit
de  l’obligation  de  conserver  une  réserve  considérable  en  numéraire ­
  et  en  lingots,  et  fertilisa  ainsi  la  partie  improductive  de  son

capital.  ,  1.1
La  guerre  a  aussi  accru  la  dette  publique  non  racbetee,  dont  la
gestion  a  été  confiée  a  la  Banque,  et  qui  s’est  élevée  de  ÜÜ  à  830
millions.  Il  en  résulte  que,  même  après  avoir  réduit  la  rémunération
de  la  Banque,  elle  recevra  cette  année,  pour  l’administration  de  la
dette  publique  seule,  277,000  1.;  tandis  qu’en  1702  le  total  de  la
commission  allouée  pour  ce  service  ne  lut  que  de  00,8001.
C’est  enfin  a  la  guerre  que  la  Banque  doit  la  multi¡)lication  des
dépôts  publics.  Lu  1702  CCS  dépôts  n’atteignaient  probablement  pas
4  millions'.nous  savons  qu’en  1800,  et  depuis  lors,  ils  ont  généralement ­
  dépassé  11  millions.
Il  me  semble  irrécusable  que  les,fonctions  que  la  Banque  accomulil
  au  iioin  de  la  société  poucraicul  cire  coiiliécs  a  des  agents  l'uld.es,
établis  dans  des  bureaux  spéciaux,  et  s’exécuter  au  moyeu  d  une

économie  aunueUe  de  prés  d’un  demi-million.
lin  1780  les  auditeurs  des  comptes  élalilircnt  que,  selon  leur  opinion, ­
  le  gouvernement  pouvait  administrer  la  dette  publiqne  qui
se  montait  alors  à  T24  uiiUious,  a  raison  de  187  1.  10  s.  par  mi  -
lion.  La  banque  reçoit  aujourd’liui,  pour  une  dette  de  830  iiidlioiis,
  340  1.  par  milüou,  jusqu’à  coueurreuce  de  «00  nulbous,  e
300  1.  par  million  sur  le  reste  de  la  somme  totale.  ^
On  ne  saurait  élever  de  plaintes  contre  le  mode  d  après  leque
s’eilectucut  les  opérations  à  la  Banque.  Dans  chaque  bureau  éclatent
a  la  fois  l’IiabUeté,  la  régularité,  l’ordie;  il  n’est  pas  probable  que
lesebangements  qu’on  y  introduirait,  puissent  jamais  """sOWur  de
améliorations.  De  plus,  ou  s’appuiera  sans  doute  sur  le  contrat  qui
        <pb n="626" />
        ÉÏABLISSEM.  D’UNE  CIKCÜLATION  MONETAIRE.  —  INTROD.  575
la  nation  à  la  Banque,  pour  repousser  toute  tentative  de  modification. ­
  J’ai  toujours  pensé  qu’il  y  avait,  entre  les  services  rendus  par
la  Banque  au  public  et  la  grandeur  du  privilège  qui  lui  a  été  concédé
lors  du  renouvellement  de  la  charte,  une  disproportion  déjà  manifeste, ­
  et  qui  s’aggrave  encore  en  raison  de  l’époque  et  des  circonstances ­
  où  cette  concession  a  été  faite  ;  je  ne  demanderai  pourtant  pas  la
révision  du  contrat,  et  je  laisserai  la  Banque  jouir  en  paix  de  tous  les
fruits  d’un  marché  aussi  imprudent  et  aussi  inégal.
Mais  l’arrangement  conclu  en  1808,  pour  radministration  de  la
dette  nationale,  se  distingue  profondément,  selon  moi,  du  traité  cidessus
  ,  et  les  deux  parties  sont  en  droit  de  l’annuler.  11  ne  se  trouve
limité  par  aucune  date  et  ne  peut  avoir  aucune  connexité  nécessaire ­
  avec  la  durée  de  la  charte,  qui  fut  rédigée  huit  ans  auparavant  ^
d  ailleurs  comme  il  s’applique  aux  circonstances  qui  présidèrent  à
son  adoption  ou  qui  la  suivirent  de  quelques  années  seulement,  il
perd,  parcela  même,  tout  caractère  obligatoire.  C’est  ce  que  M.  Perceval ­
  a  établi  dans  le  passage  suivant  de  sa  lettre  à  la  Banque,  datée
du  15  janvier  1805,  et  dans  laquelle  il  déclare  accepter  l’échelle  des
a!  locations  proposées  par  la  Banque  pour  la  gestion  des  deniers  publics. ­
  «  Sous  l’influence  de  ces  faits,  dit  M.  Perceval,  j’incline  fortement ­
  vers  l’adoption  du  projet  de  la  Banque,  en  ce  qui  touche
aux  faits  secondaires  du  contrat;  et  dès  lors,  j’accède  à  1  échelle  d  indemnités ­
  qu  elle  propose  ;  mais  celle  échelle  doil  se  rapparier  rigoureuscmenl
  aux  circonslances  acluelles  ou  à  celles  que  peuvenl  amener ­
  un  pelil  nombre  d’années.  Huit  années  se  sont  écoulées  depuis  ,
et  pendant  ces  huit  années  la  dette  non  rachetée  s’est  accrue  de  280
millions.  Dira-t-on  ,  alors,  qu’aucune  des  parties  n’a  ni  ne  peut  jamais ­
  avoir  le  droit  d’annuler  cette  convention  ,  ou  d’y  introduire
les  modifications  dictées  par  le  temps  et  par  les  événements?  «
J’ai  contracté  envers  M.  Grenfell  une  dette  importante;  car  je
n’ai  guère  fait  que  reproduire,  dans  cette  partie  du  sujet,  ses  arguments ­
  et  ses  conclusions.  J’ai  voulu  offrir  aussi  mon  tribut  à  une
cause  qu’il  a  si  puissamment  plaidée  au  parlement  et  dans  laquelle
le  succès  ne  peut  manquer  de  couronner  ses  efforts.
        <pb n="627" />
        4if  «iiWk

-'■  «#W!f  %KlWP'f

ti:

t  -,..-r  ;

r/rf'

i

T  W  .|  ;  -  r  ?  j.  :

.&amp;gt;!H,.^.v-  ;',  -  ■H./.y”*,  ■

.  .r..

kti

‘FT  Ifr

,r^  '  r

Í  li  :é

Hi

l.f

P

&amp;amp;

'iftn

R

SI

iv)

w

irjSi
        <pb n="628" />
        PROPOSITIONS
TENDAM  A  L'ÉTABLISSEMENT
D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE
ÉCONOMIQUE  ET  SURE.

SECTION  PREMIÈRE.
Tout  principe  d’uniformité  dans  les  agents  de  circulation  est  un  principe  de  perfection.
—  De  l’emploi  d’une  matière  type  :  —  examen  des  objections  que  ce  système  à  soulevées. ­

Les  écrivains  qui  ont  traité  le  sujet  des  monnaies  ont  unanimement ­
  reconnu  que  r  uniformité  dans  la  valeur  des  agents  de  circulation ­
  est  un  résultat  éminemment  désirable.  C’est  pourquoi  nous  devons ­
  adopter  tous  les  perfectionnements  qui  semblent  de  nature  à
déterminer,  par  la  diminution  des  causes  de  variations,  un  progrès
vers  ce  but.  il  n’est  pas  possible  d’imaginer  un  système  qui  conserve
à  la  valeur  (le  la  monnaie  une  uniformité  absolue  ;  car  elle  subira
toujours  les  variations  auxquelles  reste  assujettie  la  matière  même
qu’on  a  prise  pour  étalon.
'Faut  (ju  on  admettra  les  métaux  précieux  comme  Liases  de  notre
circulation,  la  monnaie  devra  nécessairement  éprouver  les  mêmes
variations  de  valeur  que  ces  métaux.  C’est  probablement  à  la  fixité
de  la  \aleur  relative  des  métaux  précieux  ,  qu’il  faut  attribuer  la
préférence  qu’on  leur  a  accordée  dans  tous  les  pays  comme  mesures ­
  de  la  valeur  des  autres  objets.
Un  peut  considérer  toute  circulation  comme  parfaite,  lorsqu’elle
possède  un  étalon  invariable,  lorsqu’elle  se  rapporte  toujours  à  cet
étalon,  et  eniin,  lorsqu  elle  comporte  dans  son  mouvement  la  plus
"gwmdr'Cconomie.
i&amp;gt;armi  les  avantages  d’une  circulation  de  papier  sur  une  circulation ­
  métallique,  il  ne  faut  pas  placer  au  dernier  rang  la  facilité
avec  laquelle  on  peut  en  varier  la  quantité,  suivant  les  exigences
du  commerce  ou  des  circonstances  accidentelles.  Cette  facilité  permet ­
  en  eilet  d’atteindre  sûrement  et  économiquement,  mais  dans
[OEuv.  de  Ricardo.)  37
        <pb n="629" />
        578

OEUVRES  DIVERSES.

les  limites  du  possible,  le  résultat  si  désirable  d’une  monnaie  qui
serait  douée  d’une  valeur  uniforme.
La  quantité  de  métal  employée  comme  numéraire  dans  tout  pays
qui  eüectue  ses  paiements  en  monnaie  métallique,  ou  la  quantité  de
métal  a  laquelle  s’est  substituée  la  monnaie  de  papier,  que  celle-cisoit
  d’ailleurs  partiellement  ou  exclusivement  employée,  doit  dépendre ­
  de  trois  choses  :  premièrement,  de  sa  valeur;  secondement,  du
montant  ou  de  l’importance  des  paiements  à  effectuer  ;  et  troisièmement, ­
  du  degré  d’économie  obtenu  en  faisant  ces  paiements.
Un  pays  qui  adopterait  l’or  pour  étalon  monétaire  n’exigerait
que  la  quinzième  partie  du  métal  qui  lui  eut  été  nécessaire  en  employant ­
  l’argent  :  il  en  demanderait  neuf  cents  fois  moins  que  dans
le  cas  où  sa  circulation  s’effectuerait  par  l’intermédiaire  du  cuivre  ;
car  le  rapport  approximatif  de  l’or  à  l’argent  et  au  cuivre  est  de
15  :  1,  et  900  :  1.  Si  l’on  attachait  la  dénomination  de  livre  à  un
poids  donné  de  ces  métaux,  il  faudrait  dans  le  premier  cas  quinze
fois  plus  de  livres  et  neuf  cents  fois  plus  dans  l’autre.  Ces  résultats,
faciles  à  vérifier,  sont  d  ailleurs  complètement  indé])endaut  des  systèmes ­
  qui  emploieraient  les  métaux  eux-mèmes  à  titre  de  Circulalinijmediumj
  ou  leur  substitueraient,  en  tout  ou  en  partie,  des  signes  eu
papier.
De  plus,  si  une  nation  employ  ait  uniformément  le  même  métal
comme  type,  la  quantité  de  monnaie  dont  elle  aurait  besoin  serait
eu  rapport  inverse  avec  la  valeur  du  métal  adopté.  Supposons  que  ce
métal  soit  l’argent  et  que,  par  la  difliculté  des  travaux  d’extraction,
il  ait  doublé  de  valeur,  il  suffirait  alors  de  la  moitié  de  sa  quantité
primitive  pour  les  fonctions  de  monnaie.  De  même  si,  tout  en
conservant  1  argent  pour  étalon,  le  mouvement  de  la  circulation  imposait ­
  entièrement  sur  le  papier,  pour  conserver  a  ce  ¡»apier  sa  valeur ­
  eu  lingots,  il  faudrait  le  réduire  de  moitié.  On  démontrerait  encore ­
  de  même  que,  si  l’argent  redescendait  à  sa  première  \aleur,
relativement  aux  autres  marchandises,  il  en  faudrait  une  quantité
double  pour  opérer  l’échange  de  la  même  quantité  d’objets,  l^orsque
dans  un  pays  le  nombre  des  o^)érations  s’accroît  par  le  fait  d’une
opulence  et  d’une  industrie  eu  progrès,  tandis  que  les  lingots  conservent ­
  leur  valeur,  et  l’usage  de  la  monnaie  son  économie,  on  voit
la  monnaie  hausser  de  valeur,  en  raison  de  l’emploi  multiplié  qui  eu
est  fait.  Cette  supériorité  sur  la  valeur  des  lingots  subsistera  incinê
tant  que  la  quantité  n’en  aura  pas  été  accrue,  soit  par  des  émissions
de  papier,  soit  par  le  monnayage  de  lingots.  U  y  aura  plus  de  mar-
        <pb n="630" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  579
chandises  achetées  et  vendues,  mais  à  plus  bas  prix  :  si  bien,  que  la
même  monnaie  suivra  une  progression  équivalente  à  1  accroissement
du  nombre  des  affaires,  par  cela  seul  qu  elle  figurera  dans  chaque
opération  pour  une  valeur  plus  forte.  La  valeur  de  la  monnaie  ne
dépend  donc  pas  entièrement  de  sa  quantité  absolue,  mais  de  sa
quantité  relativement  aux  paiements  qu  elle  doit  servir  à  effectuer.
Aussi  observera-t-ou  des  effets  analogues  dans  les  deux  hypothèses
suivantes  :  celle  de  l’accroissement  d’un  dixième  dans  l’usage  de  la
monnaie,  et  eelle  de  la  diminution  d’un  dixième  dans  les  agents  de
circulation  ;  car  dans  les  deux  cas  leur  valeur  haussera  d’un  dixième.
C’est  la  supériorité  de  la  \aleur  de  la  monnaie  sur  celle  des  lingots
qui,  dans  un  état  de  circulation  normale,  devient  la  cause  de  son
accroissement  en  quantité  j  car  alors  s  offre  le  débouché  que  doit
combler  une  plus  forte  émission  de  papier-monnaie  ou  un  monnayage ­
  de  lingots  ;  —  deux  opérations  dont  on  peut  sûrement  attendre ­
  des  bénéfices  dans  de  telles  circonstances.
Dire  que  La  monnaie  a  une  valeur  supérieure  à  celle  des  lingots  ou
de  l’étalon,  c’est  dire  que  sur  le  marché  les  lingots  se  vendent  audessous
  du  prix  de  la  Monnaie.  On  pourra  donc  les  acheter,  les  fondre, ­
  les  émettre  à  titre  de  coin,  et  eu  retirer  un  profit  équivalant  à
la  différence  qui  sépare  le  prix  du  marché  de  celui  de  la  Monnaie.  Le
prix  de  l’or  à  la  Monnaie  est  de  3  1.  17  s.  lü  1/2  d,  j  si,  par  le  fait
d’une  opulence  progressive,  les  ventes  et  les  achats  de  marchandises
se  multipliaient  sensiblement,  l’effet  le  plus  immédiat  de  ce  mouvement ­
  économique  serait  d’élever  la  valeur  de  la  monnaie.  Les  proportions ­
  de  l’or-monnaie  à  l’or-liugot  se  transformeraient;  au  lieu
d’être  de  3  1.  17  s.  10  1/2  d.  de  coins  d’or  pour  une  once  de  lingots,
elles  descendraient  à  3  1.  15  s.  ü  d  :  et  il  résulterait  un  profit  de
2  s.  10  1/2  d.  sur  chaque  once  d’or  que  l’on  ferait  frapper  à  la  Monnaie. ­
  Ce  profit  ne  serait  toutefois  qu’éventuel.  Lu  effet  les  contingents ­
  monétaires  qui  viendraient  ainsi  grossir  la  cüculation  abaisseraient ­
  d’un  côté  sa  valeur,  tandis  que  de  l’autre,  la  diminution
graduelle  des  lingots  tendrait  à  élever  le  taux  de  l’or-métal  sur  le
marché  :  de  sorte  (jue  l’une  ou  l’autre  de  ces  causes  rétablirait  infailliblement ­
  l’équilihre  dans  leur  valeur  relative.
Nous  pouvons  conclure  de  ces  faits  que,  si  l’on  répond  aux  besoins ­
  multipliés  de  la  circulation  eu  émettant  du  numéraire,  la  valeur ­
  des  lingots  et  de  la  monnaie  éprouvera  pendant  quelque  temps
une  hausse  qui  survivra  même  au  jour  où  le  niveau  aura  été  rétabli.
Cette  circonstance,  quoique  souvent  inévitable  ,  di'vient  grave  en  ce
        <pb n="631" />
        580  íJKUVKKS  DIVERSES.
I  qu’ell^portc  alleiiite  aux  contrats  antérieurs  :  le  moyen  d'obvier  a
!  ces  inconvénients  repose  dans  rémission  d’une  monnaie  de  papier.
Car  cette  mesure,  ne  multipliant  point  les  demandes  de  lingots,
leur  laisse  la  même  valeur  :  et,  d’un  autre  côté,  elle  proportionne
aussi  le  nouveau  papier  à  cette  valeur.
Ainsi  donc,  une  sage  distribution  du  papier  augmentera  les  avantages ­
  qui  accompagnent  ce  régime  monétaire,  et  donnera  a  la  valeur
du  circulaling-medium  ,  au  moyen  duquel  s’elïectuent  tous  les  paie-I
 ments,  une  uniformité,  une  fixité  qu’on  cberclierait  en  vain  à  obtenir ­
  par  d’autres  moyens.
l.a  valeur  de  la  monnaie  et  le  montant  des  paiements  restant  d’ailleurs ­
  les  mêmes,  la  quantité  de  monnaie  nécessaire  doit  dépendre
du  degré  d’économie  avec  lequel  on  l’emploie.  Si  l’on  cessait  d’eilcctuer
  les  paiements  au  moyen  des  mandats  (checlis)  sur  les  banquiers  ;
si  l’on  renonçait  à  un  système  qui  réduit  ainsi  les  mouvements  de
la  monnaie  à  de  simples  transports  de  comptabilité,  et  qui  permet
d’acquitter  des  millions  au  moyen  de  quelques  billets  de  banque  et
d’un  peu  de  numéraire,  il  est  évident  qu’il  faudrait  accroître  considérablement ­
  le  circwiaitnjy  medium,  ou,  ce  qui  revient  au  même,  il
est  évident  que  la  même  quantité  de  monnaie  jouirait  d’une  valeur
courante  plus  élevée  et  tendrait  à  entrer  en  équilibre  avec  importance ­
  des  paiements  additionnels.
'J  outes  les  fois  que  la  eoniiance  semble  éteinte  entre  les  commerçants, ­
  ils  répugnent  naturellement  a  opérer  sur  crédit  et  a  accepter
mutuellement  eu  paiement  leurs  mandats,  leurs  billets,  ou  leurs  lettres ­
  de  change  :  il  faudra  donc  plus  d’agents  monétaires,  métalliques
ou  non.  Or  l’avantage  d’une  monnaie  de  papier,  établie  sur  de  sages
principes,  consiste  à  pouvoir  satisfaire  immédiatement  a  des  besoins
supplémentaires,  sans  occasionner  de  cbangements  dans  la  valeur  gé
nérale  de  la  circulation  comparée  avec  les  lingots  ou  avec  toute  autre
marchandise.  Quant  au  système  des  agents  métalliques,  il  exclut  cette
promptitude  d’opérations  et  laisse  toujours  après  les  nouvelles  émissions ­
  une  valeur  additionnelle  qui  réagit  sur  les  signes  monétaires
aussi  bien  que  sur  les  lingots.
SECTION  DEUXIÈME.
De  l’euiploi  d’une  matière  type.  Examen  des  objections  que  ce  système  a  soulevées.
Pendant  le  cours  des  dernières  discussions  sur  la  question  des  lin-
        <pb n="632" />
        DE  I;ÉT\BLISSEMENT  D’UNE  ClUCUïATlON  MONETAIRE.  .^&amp;gt;81
sols,  on  a  soutenu  avec  tonte  l’autorité  des  principes  qn  une  circulation, ­
  pour  être  parfaite,  devrait  avoir  une  valeur  immuable.
Mais  on  ajoutait  aussi  que  le  Mil  de  restriction  avait  donné  ce  caractère ­
  à  la  nôtre;  on  soutenait  que  cette  mesure  avait  sagement  déshérité
l’or  et  l’arsent  du  rôle  d’étalons  monétaires,  et  qu’en  fait  un  billet
d’une  livre  ne  variait  et  ne  devait  pas  plus  varier  relativement  à  une
certaine  qualité  d’or  que  relativement  à  toutes  les  autres  marchandises. ­
  C’est  à  sir  .lames  Stewart*  que  nous  devons,  je  pense,  l’idée  première ­
  d’une  circulation  affranchie  de  tout  étalon  particulier;  mais  il
n’a  été  donné  encore  à  personne  de  nous  indiquer  le  contrôle  qui  doit
servir  à  fonder  l’uniformité  de  la  valeur  dans  un  système  monétaire,
ainsi  conçu.  Ceux  qui  ont  émis  cette  opinion  n  ont  pas  remarqué
qu’une  telle  circulation,  loin  d’être  invariable,  restait  soumise  aux
plus  grandes  fluctuations,  que  la  seule  fonction  dévolue  à  l’étalon
consiste  à  répler  la  quantité,  et  avec  la  quantité,  la  valeur  de  la  circulation; ­
  qu’enfin,  sans  un  criterinm  reconnu,  elle  demeurerait  exposée ­
  à  toutes  les  variations  qui  naîtraient  de  l’isTiorancc  et  del  avidité
  de  ceux  qui  l’émettent.
On  a  prétendu,  il  est  vrai,  que  nous  devons  calculer  sa  valeur  en
la  comparant  avec  l’ensemble  de  toutes  les  marchandises,  et  non
avec  telle  ou  telle  marchandise  spéciale.  Mais  en  admettant  même,
ce  qui  est  contraire  &amp;lt;i  toute  probabilité,  que  les  créateurs  de  la  monnaie ­
  de  papier  voulussent  régler  le  montant  de  la  circulation  sur  (  es
bases,  ils  n’auraient  aucun  moyen  pour  le  faire  ;  car  les  marchandises
sont  soumises  à  des  altérations  continuelles  dans  leur  valeur  relative.
Et  comme  il  est  impossible  de  déterminer  quelle  est  celle  dont  le  prix
a  haussé,  et  celle  dont  le  prix  a  fléchi,  il  faut  reconnaître  1  impuissance ­
  radicale  d’un  tel  contrôle.
Certaines  marchandises  augmentent  de  valeur  en  raison  des  impôts, ­
  de  la  rareté  des  matières  premières  qui  les  constituent,  ou  de
toute  autre  cause  qui  a  pu  accroître  les  difficultés  de  la  production.
D’autres,  au  contraire,  fléchissent  sous  l’influenee  des  perfectionnements ­
  mécaniques,  d’une  meilleure  division  du  travail,  d’une  habileté ­
  nouvelle  chez  les  travailleurs,  en  un  mot,  sous  l’influence  de
moyens  de  production  plus  faciles.  Pour  déterminer  la  valeur  de  la

*  T  .es  écrits  publiés  par  sir  .Tames  Stewart  sur  le  numéraire  et  la  monnaie
sont  pleins  de  savoir;  et  nous  sommes  bien  étonnés  ipi’il  ait  pu  adopter  une
opinion  qui  dément  si  formellement  les  principes  généraux  qu  il  s  est  e  orcé
d’établir.
        <pb n="633" />
        ŒUVRES  DIVERSES.

582
monnaie  d’après  l’épreuve  proposée,  il  faudrait  la  comparer  successivement ­
  avec  l’innombrable  variété  de  marchandises  qui  circulent  au
sein  de  la  société,  et  tenir  compte,  pour  chacune,  de  tous  les  effets
qu’ont  pu  produire  sur  sa  valeur  les  causes  ci-dessus.  Celle  tâche,
selon  moi,  est  tout  simplement  impraticable.
Les  illusions  que  l’on  s’est  faites  sur  l’application  de  ce  système
dérivent  d’une  confusion  établie  dans  la  portée  de  ces  deux  termes  :
prix  et  valeur.
Le  prix  d’une  marchandise  est  sa  valeur  échangeable  indiquée  en
monnaie  seulement.
Iâl  valeur  d’une  marchandise  se  détermine  d’après  la  quantité  de
tout  autre  produit  qu’on  peut  obtenir  en  échange.
Le  prix  d’une  marchandise  peut  s’élever  au  moment  où  sa  valeur
baisse,  et  vice  versâ.  Le  prix  d’un  chapeau  peut  monter  de  20  shillings ­
  à  30,  et  cependant  ne  pas  équivaloir  à  la  quantité  de  thé,  de
sucre,  de  café,  de  toute  autre  denrée  qu’on  eût  pu  se  procurer  auparavant ­
  pour  20  shillings  ;  en  définitif  le  chapeau  n  en  pourra  pas
acheter  autant,  et  il  aura  baissé  de  valeur  tout  en  augmentant  de
prix.
Rien  n’est  aussi  facile  à  déterminer  (|u’une  variation  de  prix;
rien  n’est  aussi  difficile  qu’un  changement  dans  la  valeur.  11  faut
même  avouer  qu’il  est  impossible  d  apporter  dans  cette  estimation
quelque  certitude  ou  quelque  précision  sans  le  secours  d  une  mesure
invariable  qui,  d’ailleurs,  n’existe  pas.
Un  chapeau  peut  s’éehanger  contre  une  plus  petite  quantité  de
thé,  de  sucre,  de  café,  et  cependant  valoir  plus  de  quincaillerie,  de
souliers,  de  bas,  etc.  l  a  différence  entre  la  valeur  de  chacune  de  ces
marchandises  peut  dépendre  indifféremment  de  ce  que  la  valeur  de
l’une  d’elles  est  restée  immobile,  tandis  ique  les  deux  autres  s’élevaient ­
  dans  des  proportions  différentes;  de  ce  que  1  une  d  elles  est
demeurée  stationnaire,  tandis  que  les  deux  autres  baissaient;  enfin
de  ce  qu’elles  ont  toutes  éprouvé  à  la  fois  des  modifications  de  valeur. ­

Si  nous  disons  qu’il  faut  mesurer  absolument  la  valeur  au  moyen
des  jouissances  que  l’échange  de  tel  objet  donne  à  son  propriétaire,
nous  serons  tout  aussi  embarrassés  pour  arriver  à  une  appréciation
convenable  ;  car  la  même  marchandise  peut  procurer  à  deux  personnes ­
  une  des  jouissances  tout  à  fait  distinctes.  Ainsi,  dans  l’exemple ­
  précédent,  la  valeur  du  chapeau  eût  été  diminuée  pour  celui
dont  les  jouissances  exigent  du  thé,  du  sucre  ,  du  café  ;  elle  eût  été
        <pb n="634" />
        583

DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIUCÜLATION  MONÉTAIRE,
accrue  pour  celui  qui  préfère  des  souliers,  des  bas  et  de  la  quincaillerie. ­

En  général,  les  marchandises  ne  peuvent  donc  pas  constituer  un
étalon  propre  à  mesurer  la  quantité  et  la  valeur  de  la  monnaie.  Sans
doute  les  types  que  nous  avons  adoptés,  nommément  l  or  et  1  argent,
sont  encore  soumis  à  l’inconvénient  des  variations  qu  ils  éprouvent
comme  marchaudisen  ;  mais  ces  inconvénients  s’effacent  devant  ceux
que  nous  aurions  à  supporter  si  nous  adoptions  le  plan  pro])Osé.
Pendant  les  vingt  dernières  années,  à  une  époque  où  le  prix  de
l’or,  de  l’argent  et  de  la  plupart  des  autres  marchandises  s’était
considérablement  élevé,  les  promoteurs  de  ce  genre  de  circulation
abstraite,  au  lieu  d’attribuer  une  partie  de  cette  hausse  à  la  déprécia-^oîî
  du  papier,  trouvèrent  constamment  a  leur  service  des  raisons
propres  à  expliquer  les  fluctuations  du  marché.  Ainsi  1  or  et  1  aigent
renchérissaient,  parce  qu’ils  étaient  devenus  rares  et  qu’il  en  fallait
d’immenses  contingents  pour  solder  nos  corps  d’armée,  l’outes  les
autres  marchandises  renchérissaient  en  raison  des  taxes  qui  les  frappaient ­
  directement  ou  indirectement,  ou  par  suite  de  mauvaises  saisons ­
  et  d’importations  difïiciles  qui,  en  haussant  considérablement
la  valeur  du  blé,  avaient  dù  nécessairement,  d’après  leur  théorie,
élever  aussi  le  prix  de  tous  les  produits.  Suivant  eux  les  seuls  objets
qui  conservassent  leur  valeur  intacte  étaient  les  billets  de  banque;
et  ,  à  ce  titre,  ils  étaient  éminemment  propres  à  mesurer  la  valeur  des
autres  produits.
Quand  la  hausse  eût  été  de  100  p.  0/0,  on  eût  encore  nié  l’influence
de  la  circulation  sur  sa  marche,  et  on  lui  eût  encore  assigné  les  mêmes
causes.  Cet  argument  présente,  d’ailleurs,  toute  sécurité,  car  il  ne
peut  être  réfuté,  lorsque  la  valeur  relative  de  deux  marchandises
se  modifie,  il  est  impossible  de  dire  avec  certitude  si  l’une  s’élève
ou  si  l’autre  fléchit  ;  de  sorte  que,  si  nous  adoptions  une  eirculation
sans  étalon,  elle  pourrait  descendre  à  un  degré  de  dépréciation  in-  ,
fini.  Rien  ne  démontrerait  cette  dépréciation,  car  il  serait  toujours
facile  d’affirmer  que  la  valeur  des  marchandises  s’est  accrue  et  que
la  monnaie  n’a  point  baissé.
        <pb n="635" />
        ŒUVRES  DIVERSES.

nsi
SECTION  TROISIÈME.
Des  imperfections  de  l’étalon.  —  Les  variations  qui  tendent  à  abaisser  la  valeur  de  l’étalon ­
  ne  compensent  point  celles  qui  l’affectent  en  sens  contraire.  —  Les  règles  de  toute
monnaie  de  papier  sont  d’être  en  conformité  parfaite  avec  l’étalon.
Tant  que  notre  circulation  reste  soumise  au  régime  d’un  étalon
spécial,  les  seules  variations  qui  puissent  l’atteindre  sont  celles  auxquelles ­
  1  étalon  lui-même  est  assujetti.  Mais  aucun  remède  ne  saurait
détruire  ces  variations,  et  les  derniers  événements  ont  démontré
qu  en  temps  de  guerre,  a  ces  épotpies  où  l’or  et  l’argent  servent  à
solder  au  loin  de  puissantes  armées,  elles  acquièrent  une  gravité
dont  on  n’a  pas  assez  tenu  compte  en  général.  Ces  conclusions  prouvent ­
  seulement  que  l’or  et  l’argent  ne  constituent  pas  un  étalon  aussi
parfait  qu’on  avait  pu  le  penser  jusqu’à  ce  jour,  et  qu’ils  sont  euxmêmes
  soumis  à  des  variations  qui  dépassent  sensiblement  les  limites
dans  lesquelles  on  voudrait  renfermer  les  oscillations  du  standard
\  (étalon);  mais  ils  n’en  sont  pas  moins  les  meilleurs  types  connus.
Si  l’on  découvrait  une  matière  plus  invariable,  et  qui  fût  douée  d’ailleurs ­
  de  toutes  les  autres  qualités  qui  caractérisent  un  étalon  de  la
monnaie,  il  faudrait  s’empresser  de  l’adopter  pour  l’avenir;  mais
tant  que  cette  fonction  sera  confiée  aux  métaux,  la  valeur  de  la  circulation ­
  devra  se  régler  sur  eux.  En  elfet,  toutes  les  fois  que  cet
équilibre  n’existera  pas,  toutes  les  fois  que  le  prix  des  lingots  sur  le
marché  dépassera  le  prix  de  l’administration,  la  monnaie  sera  dépréciée. ­
  Cette  proposition  est  incontestée  et  incontestable,
r  De  graves  inconvénients  accompagnent  l’emploi  simultané  de  deux
\  métaux  comme  types  de  notre  monnaie  ;  et  on  a  longuement  discuté
pour  savoir  auquel,  de  l’or  ou  de  l’argent,  la  loi  devait  confier  le  rôle
/  exclusif  ou  principal  d'étalon  monétaire.  On  a  dit  en  faveur  de  l’or,
qu’une  supériorité  de  valeur  offerte  sous  un  moindre  volume  le  rendait ­
  éminemment  propre  à  jouer  ce  rôle  dans  un  pays  riche  ;  mais
cette  qualité  même  est  un  argument  contre  son  adoption,  car  elle
l’assujettit  à  des  variations  de  valeur  beaucoup  plus  ronsidérables
pendant  ces  époques  de  guerres  et  de  désastres  commerciaux  ,  où  il
est  si  fréquent  de  le  voir  amasser  et  thésauriser.  La  seule  objection
qu’on  puisse  opposer  a  l’emploi  de  l’argent,  c’est  son  volume  comparatif ­
  qui  le  rend  impropre  à  effectuer  les  immenses  paiements  d’une
nation  opulente,  et  cette  objection  elle-même  disparaît  devant  l’établissement ­
  d’une  monnaie  de  papier  à  titre  d’agent  général  de  la
        <pb n="636" />
        DE  L’ÉTABfJSSEMENT  D’UNE  CIBCULÂTION  MONÉTAIRE.  Mgh
circulation.  L’offre  et  la  demande  de  l’arjïent  sur  le  marché  sont  comparativement ­
  plus  régulières  et  communiquent  à  sa  valeur  une  plus
grande  fixité;  et  d’ailleurs,  comme  tous  les  autres  pays  règlent  la
valeur  de  leur  monnaie  sur  celle  de  l’argent,  il  est  évident  qu  à  tout
prendre,  l’argent  doit  être  préféré  à  l’or  comme  étalon  et  être  à
jamais  adopté  dans  ce  but  i.
Il  serait  peut-être  possible  d’imaginer  un  système  de  circulation
supérieur  à  celui  qui  existait  avant  que  les  dernières  mesures  législatives ­
  vinssent  donner  aux  hank-noten  le  caractère  de  monnaie  légale ­
  ;  mais  à  une  époque  où  la  loi  reconnaissait  un  étalon^  à  une
époque  où  la  Monnaie  était  ouverte  pour  tous'ceux  qui  voulaient  y
faire  frapper  de  l’or  et  de  1  argent,  les  seules  limites  imposées  à  la
dégradation  de  la  monnaie  étaient  celles  de  la  baisse  des  métaux
précieux.  Si  l’or,  devenu  aussi  abondant  que  le  cuivre,  était  descendu
au  même  prix,  les  billets  de  banque  auraient  nécessairement  partagé
cette  dépréciation.  Toutes  les  personnes  dont  la  fortune  se  compose
entièrement  de  valeurs  monétaires,  —  celles  qui  possèdent  des  bons
de  l’Écbiqiiier,  qui  escomptent  les  effets  de  commerce,  qui  possèdent
des  revenus  annuels  sur  les  fonds  publics,  sur  des  hypothèques,  etc.,
—  tout  ce  groupe  de  capitalistes  aurait  essuyé  les  maux  d  une
telle  dépréciation.  Y  a-t-il  donc  justice  a  venir  décréter  ensuite
que,  lorsque  l’or  et  l’argent  hausseront,  il  faudra  maintenir  par  la
force  et  par  l’autorité  de  mesures  législatives  la  monnaie  à  une  valeur ­
  immuable;  et  cela  quand  il  n’existe  point,  quand  il  n’a  jamais
existé,  dans  l’application,  des  moyens  propres  à  empêcher  que  la
dégradation  de  la  monnaie  ne  suive  immédiatement  la  baisse  des  métaux ­
  précieux?  Si  le  détenteur  des  valeurs  monétaires  est  exposé  à
tous  les  ineonvénients  qui  naissent  de  1  avilissement  de  sa  propriété,
il  doit  nécessairement  être  appelé  aussi  à  recueillir  les  bénéfices
d’une  hausse.  S’il  est  vrai  qu’une  monnaie  de  papier  sans  étalon
constitue  un  véritable  progrès,  il  faut  le  prouver,  et  alors  abandonner ­
  l’autre  système  ;  mais  il  y  a  iniquité  à  le  maintenir  pour  le  seul
désavantage  d’une  classe  d’individus  qui  possède  une  de  ces  mille
marchandises  qui  circulent  toutes  dans  la  société  sans  être  soumises
à  de  telles  dispositions.
Ceux  qui  émettent  le  papier  doivent  régler  exclusivement  leurs
émissions  sur  le  prix  des  lingots,  et  jamais  sur  la  masse  du  papier  en

'  Voyez  la  note  que  nous  avons  insérée,  p.  472.
        <pb n="637" />
        586’  OEUVRES  DIVERSES.
circulation.  La  quantité  n’en  pourra  jamais  être  trop  grande  ni  trop
petite,  tant  qu’elle  conservera  la  même  valeur  que  l’étalon.  La  monnaie ­
  devrait  même  avoir  un  faible  avantage  sur  les  lingots,  de  manière ­
  à  compenser  le  léger  délai  qui  s’écoule  pendant  la  fabrication  des
com.s.  Ce  délai  équivaut  à  un  seigneuriage,  et  le  numéraire,  ou  les
bank-notes  qui  en  sont  les  signes  représentatifs,  doivent,  dans  leur  état
normal,  avoir  sur  les  lingots  une  prime  précisément  egale  à  ce  seigneuriage. ­
  La  Banque  d’Angleterre  a  jadis  perdu  des  sommes  considérables ­
  pour  ne  s’être  pas  assez  attachée  a  ce  principe,  hile  fournissait ­
  alors  au  pays  tout  le  numéraire  dont  il  avait  besoin,  et  a  cet
elfet  elle  achetait  avec  son  papier  des  lingots  qu  elle  taisait  ensuite
frapper  à  la  Monnaie.  Or,  si  de  sages  émissions  étaient  venues  donner
à  son  papier  une  valeur  légèrement  supérieure  à  celle  des  métaux,
elle  aurait  trouvé  dans  le  bas  prix  de  ses  achats  une  compensation
suffisante  pour  couvrir  toutes  ses  dépenses  de  courtage  et  d  allinage,
et  recouvrer  la  juste  indemnité  du  délai  qu’exige  la  fabrication.
SECTION  QUATRIÈME.
Moyen  propre  à  donner  h  la  circulation  de  l’Angleterre  le  degré  de  perfection  possible.
U  circulation  monétaire  est  un  des  thèmes  sur  lesquels  doivent
rouler  les  discussions  du  parlement  dans  la  session  prochaine.  11  est
probable  qu’on  fixera  alors  l’époque  à  laquelle  la  Banque  devra  re  ­
prendre  ses  paiements  en  espèces  ,  et  cette  mesure  1  obligera  a  diminuer ­
  la  quantité  de  son  papier  de  manière  à  en  faire  coincider  la
valeur  avec  celle  des  lingots.
Une  monnaie  de  papier  sagement  dirigée  marque  un  tel  progrès
dans  les  idées  commerciales,  queje  regretterais  amèrement  de  nous
i  voir  ramenés  par  l’influence  des  préjugés  vers  un  système  moins
avancé.  L’introduction  des  métaux  précieux  à  titre  de  monnaie
peut  à  juste  titre  être  envisagée  comme  un  des  pas  les  plus  brillants ­
  qui  aient  été  faits  dans  la  carrière  du  commerce  et  de  la  civili
sation  industrielle.  Mais  le  progrès  de  l’expérience  et  des  lumières
nous  enseigne  aussi  qu’il  y  a  encore  un  pas  à  faire,  et  qu  il  faut  leur
enlever  cette  fonction  ipi’ils  ont  si  avantageusement  accomplie  à  des
époques  moins  éclairées.
Si  l’on  ordonnait  à  la  Banque  de  reprendre  ses  paiements  en  espèces, ­
  on  arriverait  seulement  à  diminuer  considérablement  ses
bénéfices  sans  produire  d  avantage  immédiat  pour  les  autres  mem-
        <pb n="638" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D  UNE  LIKCULATION  MONÉTAIRE.  »87
h  res  de  la  société.  Si  l’ou  accordait  aux  porteurs  des  billets  d  une,
deux  et  même  cinq  livres,  le  privilège  d’avoir  des  guiñas,  leur  choix
ne  serait  certainement  pas  douteux  ;  si  bien  que,  pour  satisfaire  à  de
futiles  caprices,  on  aurait  substitué  un  agent  très-coûteux  à  un  autre
agent  à  bas  prix.
D’ailleurs  la  fortune  publique  étant  la  résultante  des  fortunes
particulières,  la  perte  éprouvée  par  la  banque  rejaillirait  sur  toute
la  communauté.  L’État  serait  assujetti  aux  dépenses  improductives
du  monnayage,  et  à  la  moindre  baisse  du  change  les  gui  nées  seraient
fondues  et  exportées.
Garantir  le  public  contre  toutes  les  variations  qui  ne  seraient
pas  déterminées  par  celles  de  l’étalon  lui  même,  effectuer  les  mouvements ­
  monétaires  au  moyen  de  l’agent  le  moins  coûteux,  serait  atteindre ­
  le  degré  de  perfection  le  plus  élevé  auquel  on  puisse  amener
la  circulation  d’un  pays.  Or,  on  obtiendrait  tous  ces  avantages  si
l’on  obligeait  la  banque  à  délivrer,  au  lieu  de  gui  nées,  et  en  échange
de  ses  billets,  des  lingots  d’or  et  d’argent,  évalués  au  titre  et  au  prix
de  la  monnaie  :  de  cette  manière,  toutes  les  fois  que  le  papier  descendrait ­
  au-dessous  de  la  valeur  des  lingots,  on  en  réduirait  immédiatement ­
  la  quantité.  Pour  empêcher  que  le  papier  ne  s’élevât  audessus
  des  lingots  la  banque  serait  en  même  temps  astreinte  à  échanger ­
  son  papier  contre  l’or,  au  titre  et  au  prix  de  .11.  17  s.  1  once.  Afin
de  ne  pas  surcharger  les  opérations  de  la  banque,  les  quantités
d’or  demandées  en  échange  de  papier,  au  taux  de  3  1  17  s.  10  Ipid.  et
celles  offertes  à  raison  de  3  1.  17  s.  devraient  être  de  vingt  onces  au
moins.  Eu  d’autres  termes,  la  ban(|ue  serait  obligée,  à  partir  de
vingt  livres,  d’acheter  toutes  les  quantités  d’or  qui  lui  seraient  ollertes
au  prix  de  3  I.  17  s.  ^  l’once  et  de  vendre  ccll(%  qui  lui  seraient  demandées ­
  au  prix  de  3  liv.  17  s.  10  l|2d.;  et  le  soin  qu’auraient  ses  administrateurs, ­
  de  régler  la  masse  de  leur  papier,  la  garantirait
contre  tous  les  inconvénients  qui  pourraient  résulter  pour  elle  de
ces  dispositions.

1  Le  prix  de  3  1.17  s.  que  nous  avons  indiqué  ici,  est  nécessairement  un  prix
arbitraire  ;  il  y  aurait  peut-être  d’excellentes  raisons  pour  le  fixer  un  peu  plus
haut  ou  un  peu  plus  bas.  En  disant  3  1.17  s.  j’ai  seulement  voulu  éclaircir  le  principe. ­
  Le  prix  devrait  être  conqu  de  manière  à  ce  que  le  possesseur  de  l’or
trouvAt  de  l’avantage  à  le  vendre  à  la  Banque  plutôt  qu’à  le  faire  monnayer  par
l’administration
La  même  observation  s’applique  à  la  quantité  désignée  de  vingt  onces  II  pourrait ­
  être  tout  aussi  convenable  de  la  porter  à  dix  ou  à  vingt.
        <pb n="639" />
        ^  OEUVRES  RIVERSES.
La  loi  devrait  laisser  en  mAme  temps  ¡importer  et  exporter  sans
entraves  tous  les  lingots.  Ces  opérations  sur  les  lingots  seraient
d’ailleurs  frès-rares,  si  la  Banque  s’attachait  à  rapporter  ses  avances
et  ses  émissions  au  critérium  que  j’ai  déjà  si  souvent  indiqué  ;  critérium ­
  qui  consiste  dans  le  prix  des  lingots  au  (Ure,  indépendamment
delà  quantité  générale  de  papier  en  circulation.
On  aurait  déjà  réalisé  une  grande  partie  de  mon  projet,  si  l’on
obligeait  la  Banque  à  changer  contre  ses  propres  billets  des  lingots
évalués  au  titre  et  au  prix  de  la  monnaie.  On  pourrait  même,  sans
dangers  pour  la  sûreté  de  ses  résultats,  l’affranchir  de  la  nécessité
d’acheter  toutes  les  quantités  de  lingots  qui  lui  seraient  offertes  aux
prix  détermiués,  surtout  si  les  ateliers  delà  Monnaie  restaient  ouverts
au  public.
En  effet,  cette  disposition  tend  seulement  à  empêcher  que  la  Monnaie ­
  ne  s’écarte  de  la  valeur  des  lingots  d’une  différence  plus  grande
que  celle  qui  sépare  si  légèrement  à  la  Banque  les  prix  d’achat  de
ceux  de  vente;  différence  qui  serait  un  degré  approximatif  vers  cette
uniformité  tant  désirée.
Si  la  Banque  bornait  capricieusement  le  montant  de  ses  billets,  ils
hausseraient  de  valeur,  et  I  or  semblerait  descendre  au-dessous  des
limites  auxquelles  j’ai  proposé  de  fixer  les  achats  de  la  Banque.
Dans  ce  cas  on  le  porterait  à  la  Monnaie,  et  les  coins  qu’il  aurait
servi  à  frapper,  s’ajoutant  à  la  circulation,  auraient  pour  effet  d’en
abaisser  immédiatement  la  valeur  et  de  la  ramener  au  taux  de  l’étalon. ­
  Mais  ces  moyens  n’offrent  ni  la  sécurité,  ni  l’économie,  ni  la
promptitude  de  ceux  que  j’ai  proposés,  et  auxquels  la  Banque  ne  sau  -
rait  opposer  'd’objection  sérieuse  ;  car  il  est  évidemment  dans  son
intérêt  d’alimenter  la  circulation  avec  son  papier  plutôt  que  d’obliger
les  autres  à  l’alimenter  avec  du  numéraire.
Sous  l’empire  d’un  tel  système,  avec  une  circulation  ainsi  dirigée,
la  Banque  serait  affranchie  de  tous  les  embarras,  de  toutes  les  crises.
I&amp;gt;es  seules  éventualités  qui  pourraient  l’atteindre,  sont  ces  événements ­
  extraordinaires  qui  jettent  la  panique  sur  tout  un  pays,  et
font  que  chacun  recherche  les  métaux  précieux,  comme  le  moyen
le  plus  commode  pour  réaliser  ou  cacher  sa  propriété.  —  Il  n’esi  pas
de  système  qui  puisse  garantir  les  banques  contre  de  telles  éventualités. ­
  Leur  nature  même  les  y  condamne,  car,  à  aucune  époque,  il
ne  peut  y  avoir  dans  une  banque  ou  dans  un  pays  assez  d’espèces  ou
de  lingots  pour  satisfaire  aux  justes  réclamations  des  capitalistes  qui
s’y  pressent.  Si  chacun  voulait  réaliser  le  même  jour  la  balance  de
        <pb n="640" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIKCULATION  MONÉTAIIŒ.  589
son  compte  chez  son  banquier,  ii  arriverait  souvent  que  la  masse
îles  billets  de  banque  actuellement  en  circulation  ne  subirait  pas  pour
répondre  à  toutes  les  demandes.  C’est  une  panique  de  ce  genre  qui
a  déterminé  la  crise  de  1797,  et  non,  comme  ou  l’a  supposé,  les  fortes
avances  que  la  Banque  avait  faites  au  gouvernement.  &amp;gt;i  la  Banque, ­
  ni  le  gouvernement  n’étaient  alors  coupables.  L’invasion  soudaine ­
  des  bureaux  de  la  Banque  prit  naissance  dans  les  craintes
ebimériques  qui  émurent  les  esprits  timides  :  elle  eût  aussi  bien  éclaté
dans  le  cas  où  la  Banque  ii’eùt  fait  aucune  avance  au  gouvernement
et  où  sa  réserve  eût  été  double  du  montant  actuel.  11  est  même
probable  que,  si  elle  avait  continué  à  payer  à  bureau  ouvert  et  en
espèces,  elle  aurait  tué  la  panique  avant  d’arriver  à  l’épuisement  de  sa
réserve.
Si  l’on  réfléchit  à  l’opinion  des  directeurs  de  la  Banque  sur  les  règles ­
  qui  gouvernent  les  émissions  de  papier,  on  verra  qu’ils  n'ont  usé
de  leur  privilège  qu’avec  discrétion.
Il  est  même  evident,  qu’animés  par  des  principes  arbitraires,  ils
“y  ont  obéi  qu’avec  une  extrême  prudence.  —  Les  termes  actuels
de  notre  législation  leur  conservent  le  pouvoir  d’accroître  ou  de  réduire, ­
  sans  contrôle  et  dans  les  proportions  qu’ils  jugeront  conve-•‘ables,
  l’ensemble  de  la  circulation.  Un  tel  pouvoir  ne  devrait  appartenir ­
  à  aucune  association,  pas  même  à  l’État;  car  il  ne  peut  y  /
avoir  aucune  garantie  d’uniformité  dans  un  système  où  la  volonté,
Kcule  des  créateurs  de  la  monnaie  peut  ên  décréter  l'augmentation  |
un  la  diminution.  La  Banque  peut  réduire  aujourd’hui  la  circulation  \
aux  limites  les  plus  extrêmes  ;  c'est  un  fait  que  ne  nieront  même  Vi
pas  ceux  (jui  ()cnsent  avec  les  directeurs,  qu’ils  n'ont  pas  le  pouvoir
de  multiplier  à  l’infini  les  signes  monétaires.  Je  suis  pleinement  convaincu ­
  qu'il  répugne  aux  intérêts  et  à  la  volonté  de  la  Banque,
d’exercer  ce  privilège  au  détriment  du  j)ublic;  mais  à  l’aspect  des
maux  qui  peuvent  résulter  d’une  réduction  ou  d’une  augmentation
»soudaine  des  agents  monétaires,  je  ne  puis  que  déplorer  la  facilité
avec  laquelle  l’État  a  armé  la  Banque  d’une  prérogative  aussi  formidable ­
  L

‘  Le  bill  de  1844,  proposé  par  Rob.  Peel,  a  opéré  une  révolution  complète  dan»
le  système  qui  régit  la  Banque  d’Angleterre.  Le  bill,  dont  la  tendance  a  été  discutée ­
  dans  notre  introduction,  après  avoir  été  blâmée  par  les  économistes  et  les  linanciers
  les  plus  recommandables  de  l’Angleterre,  est  venu  montrer  une  fois  de
plus  les  dangers  qui  naissent  de  l’intervention  législative  dans  les  mouvemens
        <pb n="641" />
        59C

CEUVKES  DIVERSES.

Les  diilicultés  auxquelles  étaient  restées  soumises  les  banques  provinciales ­
  avant  la  suspension  des  paiements  en  numéraire  ont  dû
prendre,  à  certaines  époques,  un  caractère  sérieux.  Aux  moindres
symptômes  d’une  crise  réelle  ou  imaginaire,  elles  étaient  astreintes  à
se  pourvoir  de  guinées  et  à  s’armer  contre  les  exigences  des  porteurs.
Elles  faisaient  alors  un  appel  à  la  Banque.  Elles  y  échangeaient
leurs  billets  contre  des  guinées,  qu’un  agent  de  coniiance  transportait ­
  ensuite  à  leurs  frais  et  risques.  Après  avoir  accompli  les
fonctions  auxquelles  elles  étaient  destinées,  les  guinées  revenaient  à
Londres,  et  il  est  fort  probable  qu  elles  retournaient  dans  les  caisses
de  la  Banque  toutes  les  fois  que  ces  déplacements  successifs  n’avaient
pas  eu  assez  d’action  pour  en  diminuer  le  poids  et  les  réduire  audessous
  du  type  légal.
¡Si  l’on  adoptait  le  plan  que  j’ai  proposé  de  payer  les  billets  de

si  délicats  et  si  compliqués  du  commerce  et  de  l’industrie.  La  crise  qui  pèse  encore
sur  la  Grande-Bretagne  etqui  a  retenti  dans  toutes  les  villes  où  se  ramifieson  immense ­
  crédit  est  venue  ajouterencore  à  la  puissance  des  arguments  la  puissance  des
faits.  11  s’est  trouvé  que  ce  système  de  circulation  dont  R.  Peel  a  voulu  faire  le
modèle  et  le  régulateur  de  la  circulation  monétaire,  au  lieu  d’être  un  instrument
^ouple  et  docile,  cédant  à  la  pression  des  événements  et  amortissant  les  secousses
linaucières,  n’a  fait  qu’aggraver  par  son  inllexibilité  les  désastres  qu’il  devait  prévenir, ­
  Obliger  une  institution  de  crédit  à  garder  dans  ses  coffres,—et  au-dessus  de
la  somme  de  14  millions  sterling,  représentée  par  des  engagements  publics  .—une
réserve  en  numéraire  équivalant  au  montant  des  émissions,  c’est  rétrogarder  vers  les
premiers  tàtoimements  de  la  science  des  banques,  c’est  attacher  un  boulet  aux  pieds
de  ce  colosse  qui  est  la  Banque  d’Angleterre,  et  ce  boulet,  pour  être  d’or  et  d’argeut,
  n’en  est  pas  moins  lourd,  moins  difficile  à  remuer.  De  plus,  c’est  paralyser
les  effets  de  l’escompte  au  moment  même  où  l’escompte  devient  le  plus  nécessaire, ­
  c’est-à-dire,  quand  les  agents  de  circulation  sont  rares  et  précieux.  Forcés
de  tenir  en  disponibilité  perpétuelle  de  grandes  masses  métalliques,  les  directeurs
de  la  Banque  ont  dû  en  élever  la  valeur  sur  le  marché  :  et  tandis  qu’ils  augmentaient, ­
  par  une  concurrence  formidable,  l’iusuflisauce  de  la  monnaie,  ils  resserraient ­
  leurs  émissious.  C’est  ainsi  qu’on  les  a  vus  élever  graduellement  le  taux
de  l’escomptede4  à  4  1/2,  à  5,  à  6  1/2,  retirant,  renchérissant  le  secours  au
moment  où  il  devenait  indispensable  :  c’est  ainsi  que  des  faillites  répétées  ont
consterné  le  monde  commercial  par  des  passifs  gigantesques  :  c’est  ainsi  que  le
gouverneur  de  la  Banque  lui-même,  M.  Robinson,  a  vu  sa  fortune  s’écrouler
dans  le  désastre  général  ;  enfin  c’est  ainsi  que  le  credit  étouffé  sous  le  réseau  soidisant
  protecteur  de  R.  Peel,  et  qu’on  a  pu  lire  la  vigoureuse  protestation  rédigée ­
  par  lord  Ashburton,  ancien  chef  de  la  maison  Baring,  contre  un  système
où  la  réalité  vivante  se  trouve  sacrifiée  à  de  froides  abstractions.  Le  bill  de  1H44
ne  résistera  pas  à  tant  de  justes  attaques,  et  nous  comptons  sur  sa  prochaine
modification.  ^
        <pb n="642" />
        DK  L’ÉTABLISSEMENT  D  UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  591
banque  en  lingots,  il  faudrait  étendre  ce  privilège  aux  banques  provinciales ­
  ou  donner  aux  bank  noies  le  caractère  de  monnaie  légale.
—  Dans  ce  dernier  cas,  on  se  trouverait  n’avoir  introduit  aucun
changement  dans  la  législation  qui  régit  ces  établissements  ;  car  ils
seraient  alors  sollicités,  comme  aujourd’hui,  à  rembourser  leur  papier
en  billets  de  la  Banque  d’Angleterre.
Ce  système,  en  nous  permettant  de  ne  pas  exposer  les  guinées  au
frottement  et  à  la  diminution  de  poids  qui  résultent  de  déplacements
multipliés,  en  nous  alfranchissant  aussi  de  tous  les  frais  de  transports, ­
  nous  procurerait  déjà  une  économie  considérable  ;  mais  l’avantage ­
  qui  en  résulterait,  pour  la  marche  des  petits  paiements,  serait
bien  plus  sensible  encore.  En  eilet  la  circulation  de  Londres  et  des
provinces  s’eüectuerait  alors  au  moyen  d’un  agent  à  bon  marché,  le
Papier  y  et  délaisserait  un  agent  onéreux.  Vor  ;  —  ce  qui  enrichirait  le
pays  de  tous  les  bénélices  que  peut  produire  l’or  abandonné.  Il  serait ­
  doue  insensé  de  renoncer  à  de  tels  avantages,  à  moins  (tue  l’on
Ri*  découvrit  dans  l'emploi  d’un  agent  à  bas  prix  des  inconvénients
manifestes.
Du  a  déjà  beaucoup  écrit,  habilement  et  savamment  écrit  sur  les
bienfaits  qui  résultent  pour  tout  pays  d’un  régime  de  lil)erté  commerciale, ­
  qui  brise  toutes  les  entraves  et  laisse  a  la  volonté  de  1  homme ­
  le  soin  d  appliquer  scs  talents  et  de  féconder  ses  capitaux.  JjCs
arguments  qui  servent  de  base  à  (jette  doctrine  sont  même  si  puissants,
que  chaque  jour  ils  créent  de  nouveaux  prosélytes,  et  je  me  réjouis
des  progrès  que  faitee  graud  principe  parmi  ceux  qui  smnblaient  de-'uirsecraiiqKuincr
  le  plus  énergiquement  aux  vieux  préjugés.  La  majorité ­
  des  pétitions  adressées  au  parlement  contre  le  bill  des  céréales
a  reconnu  les  avantages  d’un  commerce  libre  ;  mais  jamais  ces
avantages  n’ont  été  aussi  vigoureusement  proclamés  que  par  les  labricanls
  de  drap  du  Gloucestershire.  Ils  se  montrèrent  même  si  plei-Rcnieut
  convaincus  des  vices  de  la  prohibition,  qu  ils  oil  ri  rent  de  reuoiicer
  à  toutes  les  restrictions  qui  protègent  leur  industrie.  Ce  sont
•à  des  doctrines  qu’on  ne  saurait  trop  propager  ni  trop  généralement
adopter  dans  la  pratique.  Si  les  nations  étrangères  ne  sont  jms  encore
assez  éclairées  |)Our  embrasser  ce  nouveau  système  ;  si  elles  mainfmmient
  les  prohibitions  et  les  droits  excessifs  qui  frappent  nos  inar-Rbaudises
  et  nos  produits  manufacturés,  que  l’Angleterre  leur  donne
Un  bel  exemple  et  l’inaugure  à  son  profit  !  Au  lieu  de  répondre  a
leurs  prohibitions  par  des  prohibitions  réciproques,  quelle  s  appli-
        <pb n="643" />
        592  OEUVRES  DIVERSES.
que  à  eüacer  aussi  promptement  que  possible  les  vestiges  d’une  politique ­
  aussi  nuisible  et  aussi  absurde.
I.es  avantages  ünaiiciers  qui  résulteraient  d’un  tel  système  conduiraient ­
  bientôt  les  autres  gouvernements  à  suivre  les  mêmes  errements,
et  l’on  ne  tarderait  pas  a  voir  s’accroître  la  prospérité  générale  sous
rinlluence  d’idées  qui  pousseraient  chaque  nation  dans  la  voie  la  plus
favorable  à  ses  capitaux,  à  ses  talents,  à  son  activité.
Quelque  avantageuse  que  soit  cependant  la  liberté  du  commerce,  il
faut  admettre  que  dans  certaines  circonstances,  bien  rares  à  la  vérité ­
  ,  l’intervention  du  gouvernement  peut  être  salutaire.  Après  avoir
démontré,  dans  son  bel  ouvrage  sur  l’Économie  politique  \  tous  les
bienfaits  de  la  liberté  du  commerce,  M.  Say  observe  que  l’intervention ­
  du  gouvernement  n’est  légitime  que  dans  deux  circonstances  :
premièrement,  pour  prévenir  une  fraude;  secondement,  pour  certifier
un  fait.  Les  examens  auxquels  sont  soumis  les  médecins  justifient  cette
intervention  ;  car  il  est  nécessaire  au  bien-être  de  tous  que  la  science
des  hommes  appelés  à  réprimer  les  désordres  de  notre  organisation
soit  vérifiée  et  constatée.  Un  en  peut  dire  autant  de  l’empreinte  que
les  gouverneinens  gravent  sur  la  vaisselle  et  sur  la  monnaie;  elle  tend
à  prévenir  la  fraude,  et  elle  nous  dispense  d’avoir  incessamment  recours ­
  dans  nos  transactions  à  des  procédés  chimiques  diliiciles.  Les
mêmes  raisons  ont  conduit  à  faire  examiner  la  pureté  des  drogues
vendues  par  les  chimistes  et  les  apothicaires.  Dans  toutes  ces  circonstances, ­
  on  suppose  que  les  acheteurs  ne  possèdent  pas  ou  ne  sont  pas
susceptibles  de  posséder  les  connaissances  qui  doivent  les  garantir  de
la  fraude  :  le  gouvernement  intervient  alors  pour  faire  ce  qu’ils  ne
I  sauraient  faire  eux-mêmes.
^  Mais  s’il  est  nécessaire  de  protéger  le  public  contre  des  monnaies
de  bas  aloi,  en  marquant  d’un  signe  légal  tousles  agents  métalliques,
cette  protection  ne  devient-elle  pas  encore  plus  essentielle,  lorsque
l’ensemble  ou  la  majeure  partie  de  la  circulation  se  compose  de  papier?
i\  est-il  pas  étrange  que  le  gouvernement  s’applique  à  éviter  à  la  société ­
  la  perte  d’un  seul  shilling  dans  une  guinée,  et  que  sa  sollicitude
cesse  au  moment  où  il  faut  la  protéger  contre  la  perte  des  vingt  shillings ­
  représentés  par  un  billet  d’une  livre?  Dans  le  cas  spécial  de  la
Banque  d’Angleterre,  le  gouvernement  a  affecté  une  garantie  à  ses
émissions  ;  de  sorte  que  l’imprudence  de  ses  directeurs  ne  pourrait
        <pb n="644" />
        DE  L’ÉTABI.ISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  593
atteindre  les  porteurs  des  bank-notes  que  dans  le  cas  où  son  capital
entier  montant  à  11  millions  et  demi  serait  déjà  épuisé.  Pourquoi ­
  n’a-t-on  pas  suivi  le  même  principe  à  l’égard  des  banques  provinciales? ­
  Quelle  raison  s’oppose  à  ce  qu’on  oblige  ceux  qui  prennent
pour  mission  d’alimenter  la  circulation  monétaire,  à  verser  entre  les
uiains  du  gouvernement  un  dépôt  proportionnel  qui  doit  garantir
l’accomplissement  sérieux  de  leurs  engagements  ?  Par  l’emploi  de  la
monnaie  chacun  devient  commerçant.  Ceux  que  leurs  habitudes  et
leurs  travaux  éloignent  du  mécanisme  commercial  sont  eux-mêmes
astreints  à  l’usage  de  la  monnaie,  et  sont  cependant  peu  propres  à
apprécier  la  solidité  des  différentes  banques  dont  le  papier  circule.
Aussi  voyons-nous  que  les  propriétaires  de  revenus  fixes  ,  les  femmes, ­
  les  travailleurs  de  toutes  les  classes  ont  souvent  à  souffrir  de
oes  désastres  dont  le  nombre  s’est  accru  ,  pour  les  banques  provinciales, ­
  dans  des  proportions  inconnues  jusqu’ici.  Je  ne  suis  pas  porté
à  juger  impitoyablement  ceux  qui  ont  provoqué  tant  de  ruines  et
de  désastres  au  sein  des  classes  moyennes  et  inférieures;  mais  l’esprit
le  plus  indulgent  doit  cependant  avouer  qu’il  faut  avoir  bien  abusé
des  ressorts  du  crédit  pour  qu’une  banque,  possédant  même  la  plus
médiocre  réserve,  en  vienne  à  manquer  à  ses  engagements.  L’examen ­
  de  la  plupart  de  ces  faillites  démontrerait,  je  pense,  qu’on  pour-Oftit
  qualifier  les  actes  des  intéressés  par  des  termes  plus  sérieux
ffue  ceux  d’imprudence  et  d’audace.
Il  serait  nécessaire  de  protéger  le  public  contre  ces  tristes  éventualités, ­
  en  obligeant  toutes  les  banques  de  province  à  déposer  entre
las  mains  du  gouvernement  ou  de  commissaires  élus  a  cet  effet,  une
quantité  de  rentes  sur  l’État  ou  d’autres  effets  publics  proportionnés
uu  montant  de  leurs  émissions.
Il  est  inutile  d’entrer  minutieusement  dans  les  détails  d’un  tel  projet. ­
  Ainsi  on  pourrait  délivrer  ,  sur  la  remise  du  dépôt,  tous  les  timbres ­
  qui  serviraient  à  l’émission  des  billets.  A  certaines  époques  de
l’année,  fixées  avec  soin,  on  restituerait  tout  ou  partie  du  dépôt  aux
établissements  qui  prouveraient,  par  le  renvoi  des  timbres  annulés  ou
par  tout  autre  moyen  satisfaisant,  que  les  billets  auxquels  ils  servaient ­
  de  garantie  n’appartiennent  plus  à  la  circulation.
Ces  mesures  n’éprouveraient  aucune  opposition  de  la  part  de  celles ­
  des  banques  provinciales  qui  jouissent  d’une  haute  réputation,
biles  en  recevraient  au  contraire  un  accueil  favorable,  puisqu  elles
préviendraient  la  concurrence  de  ces  établissements  qui  sont  si  peu
/lignes  de  figurer  avec  elles  dans  la  carrière  du  crédit.
{OEuv.  de  Ricardo.)

38
        <pb n="645" />
        594

OEUVRES  DIVERSES.

SECTION  CINQUIÈME.
ü’ime  coutume  qui  crée  un  grand  nombre  d’inconvénients  pour  le  commerce.  -
Remède  proposé.
Bn  supposant  qu’on  eut  introduit  dans  notre  système  de  circulation ­
  tous  les  perfectionnements  qu’ii  réclame,  il  est  un  inconvénient
temporaire  qui  doit  survivre  à  tous,  et  qui  se  fait  sentir  souvent
d'une  manière  sérieuse.  Cet  inconvénient,  auquel  le  public  serait
soumis  comme  il  l’a  été  jusqu’à  présent,  et  qui  provient  des  dividendes ­
  trimestriels  que  reçoivent  les  créanciers  de  l’Etat,  nie
semble  facile  à  corriger.  .  .  ...
La  dette  publique  a  acquis  de  telles  proportions,  et  les  intérêts
trimestriels  qu’eUc  réclame  sont  tellement  considérables,  que  la  centralisation ­
  seule  des  deniers  perçus  par  les  receveurs  généraux  des  contributions ­
  et  la  réduction  subséquente  du  circulalmg-mcdium,  aux
époques  où  échoient  les  coupons,  c’est-a-dire  en  janvier,  avril,  juillet
et  octobre,  produisent,  pendant  une  semaine  et  plus,  une  véritable
détresse  monétaire.  La  Banque,  eu  escomptant  très-largement  les
billets  au  moment  même  où  ces  vei-scments  s'cllcctucnt  à  l’Ecbiuuier
  en  préparant,  de  plus,  d’énormes  recettes  immédiatement
après  le  paiement  des  dividendes,  a  fait  preuve  d’une  administration
habUe,  et  a  ccrtabicment  contribué  a  diminuer  les  inconyénieuts  qui
pèsent  alors  sur  la  portion  commerçante  de  la  nation.  Mais  cc  n  is
là  qu’un  palliatif,  et  ceux  qui  connaissent  le  inarcbé  llnanrier  savent
combien  la  pénurie  d’argent  est  seiisUilc  aux  époques  indiquées.
Les  bons  de  l’Échiquier,  qui  jouissent  géuéraiement  d’uiic  prune
de  5  shillings  sur  100  1.,  tombent  dans  un  tel  discredit,  quoi,
peut  réaliser  alors  un  bénélice  de  iO  p.  0,0,  eu  les  ael.etant  et  les,
revendant  immédiatement  apres  la  répartition  des  dividendes,  le
plus,  la  différence  cntie  le  prix  des  rentes  au  comptant  et  celui  des
rentes  payables  dans  un  délai  d’une  ou  deux  semaines,  promet  a  celui ­
  qui  peut  avancer  des  capitaux  un  bénélice  plus  considerable
encore  que  les  spéculations  sur  les  bons  du  trésor.  Aussi  arrive  t
qu’une  fois  les  intérêts  payés,  la  détresse  de  monnaie  se  trouve  Ircquemment
  suivie  d’une  abondance  équivalente  qui  la  rend  stérile
pendant  quelque  temps.  .
La  perfection  remarquable  que  nous  avons  introduite  dans  1  e
1  nomie  de  nos  agents  de  circulation,  au  moyeu  des  combinaisons  du
1  crédit,  n’a  fait  elle-même  qu’accroître  le  mal  particulier  dont  je  viens
        <pb n="646" />
        DE  L'ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  595
de  parler.  En  effet,  sous  un  régime  où  le  mode  des  paiements  s  est
perfectionné,  la  quantité  des  agents  monétaires  a  pu  être  sensiblement ­
  réduite;  et  le  retrait  d’un  million  ou  deux  doit  produire
des  conséquences  beaucoup  plus  sérieuses,  puisqu  il  enlève  propor
tionnellement  une  fraction  beaucoup  plus  considérable  de  la  cireulation
  générale.
Toutes  les  opinions  se  réunissent,  je  pense,  pour  reconnaître  la
gravité  des  désordres  que  provoquent  au  sein  de  l’industrie  et  du
commerce  ces  détresses  monétaires  périodiques;  mais  la  même  unanimité ­
  n’accueillera  peut-être  pas  le  remède  que  je  propose  ici  :
Que  le  gouvernement  autorise  la  Banque  à  délivrer  aux  rentiers
leurs  mandats  d’arrérages  quelques  jours  avant  l’époque  où  les  rece-'^urs
  généraux  sont  tenus  d’effectuer  le  versement  de  leurs  balances
ä  rÉchiquier  ;
Que  ces  mandats  soient  payables  au  porteur  dans  les  mêmes  formes ­
  qu’aujourd’hui  ;
Que  le  jour  destiné  au  paiement  de  ces  dividendes  en  billets  de
banque  demeure  fixé  comme  il  1  est  actuellement  :  et,  à  cet  égard,  il
serait  plus  convenable  que  l’on  indiquât  la  date  des  paiements  avant
^u  sur  la  remise  des  coupons  ;
Enfin  que  les  receveurs  généraux  et  tous  les  autres  débiteurs
de  l’Échiquier  soient  admis  à  acquitter  leurs  paiements  avec  ces
mandats  comme  avec  des  billets  de  banque,  mais  en  supportant,
1  escompte  du  nomlire  de  jours  qu’ils  auraient  à  courir  avant  1  éebéance.

ba  réalisation  d’un  projet  semblable  ferait  disparaître  sans  retour
la  pénurie  d’argent  qui  précède  la  répartition  des  intérêts  et  la  surabondance ­
  qui  la  suit.  Le  service  de  la  rente  n’augmenterait  ni  ne
diminuerait  alors  la  quantité  de  monnaie  en  circulation  ;  par  le  seul
ressort  de  l’intérêt  privé,  la  plupart  des  mandais  d’arrérages  arriveraient ­
  aux  mains  des  débiteurs  de  l’Etat,  pour,  de  là,  être  versées
dans  le  Trésor.  De  cette  manière  la  majorité  des  recettes  et  des  paiements ­
  du  gouvernement  pourrait  s’effectuer  sans  le  secours  des
^(ink-noles  et  de  la  monnaie,  et  l’on  éviterait  une  accumulation  d’agens
nmuétaircs  qui  retombe  toujours  d’une  manière  sévère  sur  les  classes
commerçantes.
Ceux  qui  sont  familiarisés  avec  le  système  économique  que  nous
poursuivons  à  Londres  par  l’intermédiaire  des  combinaisons  e  a
banque,  comprendront  aisément  que  le  plan  propose  ici  se  lorne  a
étendre  ce  même  système  à  un  genre  de  paiements  auque  i  n  a  pas
        <pb n="647" />
        596  OEUVRES  DIVERSES.
encore  été  appliqué.  11  serait  donc  inutile,  à  leurs  yeux,  de  rien
ajouter  à  la  simple  proposition  d’un  plan  dont  ils  ont  déjà  pu  apprécier ­
  les  avantages  pour  d’autres  opérations.
SECTION  SIXIÈME.

La  somme  allouée  à  la  Banque  pour  ses  fonctions  publiques  est  excessive.  —  Remède
proposé.

M.  Grenfell  a  dernièrement  attiré  l’attention  du  Parlement  sur  un
sujet  qui  touche  profondément  aux  intérêts  linanciers  de  la  nation.
A  une  époque  où  les  impôts  accumulés  à  la  suite  de  guerres,  de  dépenses, ­
  de  crises  sans  exemple,  pèsent  si  lourdement  sur  le  pays,  on
ne  négligera  certainement  pas  une  ressource  aussi  manifeste  que  celle
qu’il  nous  a  révélée.
11  ressort  des  documents  produits  par  M.  Grenfell,  que  la  Banque
aurait  profité  pendant  de  longues  années  d’un  intérêt  de  5  p.  0/0  sur
des  fonds  appartenant  à  l’État  et  s’élevant  en  moyenne  à  un  chiffre
de  11  millions.  Les  seules  compensations  dont  le  public  ait  joui
pour  un  avantage  si  longuement  exploité  par  la  Banque,  se  réduisent
à  un  prêt  de  11  millions  contracté  pour  les  huit  années  de  1806  a
1814,  à  l’intérêt  de  3  p.  0/0;  puis  à  un  autre  prêt  de  3  millions
qu’en  1818  la  Banque  consentit  à  accorder  gratuitement  au  public
jusqu’à  un  délai  de  six  mois  après  la  signature  de  la  paix  définitive, ­
  délai  qu’un  acte  de  la  dernière  session  prolongea  aux  mêmes
conditions  jusqu’en  avril  1816.
De  1806  à  1816,  période  de  dix  aimées,  la  Banque ­
  a  donc  perçu  un  intérêt  annuel  de  5  p.  O/o  sur
liv.  11,000,000,  qui  se  monte  à
Pendant  la  même  époque  le  public  a  reçu  les
avantages  suivants  :  1«  la  différence  entre  3  p.  Ofü
et  5  p.  0/0  d’intérêt,  ou  2  p.  0/0  par  an,  et  pour
huit  ans  sur  3,000,000  liv.,  soit
2«  De  1808  à  1816,  le  bénélice  d’un  prêt  gratuit
de  3  millions  qui  à  l’intérêt  de  5  p.  0/0  par  an,  et
pendant  huit  ans  donnent
Balance  au  prolit  de  la  banque.  •  .

liv.  5,500,000
480,000
1,200,000  1,680,000
liv.  3,820,000

Ainsi  la  Banque  aura  joui  pour  dix  années  d’un  bénéfice  de
3  820,000  1.,  c’est-à-dire  qu’elle  aura  perçu  annuellement  382,0001.
pour  les  fonctions  de  banquier  national,  fonctions  qui,  peut-être,
n’accroissent  pas  eu  masse  ses  dépenses  de  plus  de  10,000  1.  par  an.
        <pb n="648" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  o97
Un  comité  de  la  Chambre  des  communes  exposa  le  premier,  en
IH07,  l’étendue  de  ce  bénéiice.  Plusieurs  personnes,  entre  autres
W.  Thornton,  un  des  directeurs  et  ex-gouverneur  de  la  Banque,  soutinrent, ­
  en  faveur  de  la  Banque,  que  ses  profits  s’étaient  proportionnés ­
  au  montant  des  billets  en  circulation  et  que  les  dépôts  publics
n’avaient  eu  pour  elle  qu’un  avantage,  celui  de  lui  permettre  de
multiplier  le  nombre  de  ses  billets  en  circulation.
Si  l’argument  de  M.  Thornton  était  fondé,  il  en  résulterait  que  la
Banque  n’a  jamais  tiré  profit  des  dépôts  publics,  car  ces  dépôts  ne
peuvent  lui  permettre  de  répondre  à  de  plus  fortes  émissions.
Supposons  qu’avant  l’époque  où  la  Banque  reçut  les  dépôts  publics, ­
  le  montant  de  ses  billets  fut  de  25  millions,  et  qu’elle  en  retirât ­
  un  profit  déterminé.  Supposons  maintenant  que  le  gouvernement ­
  prélève  dix  millions  de  taxe  en  billets  et  les  remette  à  la
Banque  ,  comme  en  un  lieu  de  dépôt  permanent.  La  circulation  serait ­
  immédiatement  réduite  à  quinze  millions,  mais  les  profits  de  la
Banque  resteraient  les  mêmes  ;  elle  continuerait  à  prélever  ses  bénéfices ­
  sur  25  millions,  tandis  que  la  circulation  ne  serait  composée  en
réalité  que  de  15  millions.  Admettons  qu’elle  élève  de  nouveau  la
circulation  à  25  millions,  et  qu  elle  applique  les  10  millions  a  escompter ­
  des  valeurs,  à  acheter  des  bons  de  l’ixhiquier,  à  avancer  les
paiements  des  dividendes  dus  aux  porteurs  du  scrip.  Je  demande
alors  si  elle  n’aura  pas  ajouté  l’intérêt  de  10  millions  à  ses  profits  ordinaires, ­
  et  cela  tout  en  maintenant  ses  émissions  à  la  somme  priroitive
  de  vingt-cinq  millions.
La  théorie  et  l’expérience  se  refusent  également  à  admettre  que
l’accroissement  des  dépôts  publics  puisse  permettre  à  la  Banque  de
"multiplier  ses  émissions.  Si  nous  nous  basons  sur  l’augmentation  de
CCS  dépôts,  nous  verrons  qu’à  aucune  époque  elle  n’a  agi  avec  autant
de  rapidité  que  de  1800  à  1806,  et  qu’alors  même  la  masse  des  billets ­
  de  cinq  livres  et  au-dessus  est  restée  complètement  stationnaire.
Be  1807  à  1815,  le  phénomène  se  transforme.  Ainsi  le  montant  des
billets  de  cinq  livres  et  au-dessus  s’accroît  de  5  millions,  pendant
que  la  somme  des  dépôts  publics  reste  invariable.
Bien  ne  peut  mieux  nous  éclairer  sur  les  profits  que  la  Banque
retire  des  dépôts  publics,  rien  ne  peut  mieux  nous  en  faire  sentir  la
portée  que  le  rapport  du  comité  des  dépenses  publiques  en  1807.
^  exprime  ainsi  :
"  Les  témoignages  qui  ont  été  recueillis  à  ce  sujet  disen  ous  que
“  les  billets  de  la  Banque  sont  une  source  de  bénéfices  rée  s,  mais  i  s
        <pb n="649" />
        598

ŒUVRES  DIVERSES.

»  semblent  déclarer  que  les  soldes  du  gouvernement  ne  contribuent
»  à  ces  bénéfices  que  dans  le  rapport  des  émissions  supplémentaires
»  qu’ils  permettent  de  faire.  Votre  comité  est  pleinement  convaincu
»  que  ces  balances,  aussi  bien  que  les  billets,  sont  et  doivent  être
»  nécessairement  productives.  »
Les  fonds  qui  créent  le  revenu  de  la  Banque  et  qui  constituent
l’importance  de  la  somme  qu’elle  peut  avancer,  déduction  faite  de
la  réserve  en  espèces  et  en  lingots,  peuvent  être  rangés  sous  trois
catégories  :
1°  Le  capital  social  versé  par  les  actionnaires  et  auquel  il  faut
ajouter  les  épargnes  successives  de  l’établissement  ;
2®  Les  sommes  remises  par  les  personnes  qui  ont  habituellement
des  fonds  à  la  banque.  Ces  sommes  se  composent  de  la  balance  de
tous  les  comptes  courants,  soit  du  gouvernement,  soit  des  particuliers. ­
  En  1797,  elles  s’élevaient  seulement  à  5,130,(40  L,  en  y
comprenant  le  solde  de  tous  les  comptes  particuliers  :  aujourd’hui  la
balance  seule  du  gouvernement  flotte  entre  11  et  12  millions,  y  compris ­
  les  bank-notes  déposés  à  l’Echiquier  L
3®  Les  sommes  versées  en  échange  de  ses  émissions.  Il  faut  en
effet  qu’au  moment  où  la  Banque  émet  ses  billets  elle  reçoive  des  titres ­
  d’une  valeur  équivalente,  et  ces  titres  constituent  une  partie  du
fonds  général  qu  elle  peut  prêter  à  intérêt.  Ainsi  un  porteur  de  billets ­
  ne  diffère  pas  essentiellement  de  celui  dont  le  compte  «  solde
»  au  crédit  à  la  Banque.  Tous  deux  sont  ses  créanciers  :  l’un  au
»  moyen  d’un  billet  qui  est  le  titre  de  sa  créance,  l’autre  au  moyen
»  d’une  inscription  au  grand  livre  de  l’établissement.  L’importance
»  des  sommes  productives  d’intèrét  se  règle  rigoureusement  sur  le
»  montant  réuni  de  ces  trois  fonds,  desquels  il  faut  cependant  dé-»
  duire  la  valeur  des  espèces  et  des  lingots'*.

'  Quelques-uns  de  mes  lecteurs  pourraient  ne  pas  saisir  le  sens  de  ces  mots  :
«  y  compris  les  hank-notes  déposés  à  VÉchiquier.  »  (&amp;gt;es  billets,  qui  n’ont  pas
même  la  forme  de  billets  de  banque,  n’entrent  jamais  dans  la  circulation  et  ne
figurent  jamais  dans  les  relevés  de  la  Banque.  Ils  portent  à  l’Échiquier  le  nom
de  billets  spéciaux  et  servent  seulement  à  prouver  que  les  sommes  reçues  journellement ­
  au  Trésor  ont  été  réellement  déposées  à  la  Banque.  Ils  forment  donc
le  contrôle  d’une  partie  des  dépôts  publics  confiés  à  la  banque.
2  En  1797  la  Banque  établissait  sa  situation  financière  de  la  manière  suivante  ;
Billets  en  circulation  liv.  8,640,000
Dépôts  publics  et  privés.  .  .  .  5,130,140
Capital  excédant  3,896.890
        <pb n="650" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIBCULATION  MONÉTAIRE.
Il  n’est  pas  un  mot  de  ce  rapport  que  Ton  puisse  réfuter.  Le  principe ­
  posé  si  habilement  par  le  comité  nous  fournirait  nfième  un  e  enient
  infaillible  pour  déterminer  les  bénéfices  nets  de  la  Banque  ,  si
le  montant  de  ses  épargnes,  son  fonds  de  réserve  et  ses  dépenses  annuelles ­
  nous  étaient  aussi  bien  connus  que  les  autres  termes
question.  ^  a  ^
On  a  pu  voir  dans  l’extrait  ci-dessus  que  le  montant  seul  des  ^  -
pôts  publics  a  varié,  en  1807,  de  11  à  12  millions,  tandis  qu  en
1707,  le  montant  réuni  di^s  dépAts  publics  et  privés  ne  s  elevai
qu’à  5,130,1  iOl.  M.  Perceval,  se  fondant  sur  les  conclusions  du
rapport,  prit  en  main  la  cause  de  la  nation,  et  demanda  que  la  Banque
fit  participer  le  public  à  l’excédaut  de  profits  qu’elle  puisait  dans  ces
tributs  supplémentaires,  et  cela,  au  moyen  d’une  rétribution  anime  e
ou  d’un  prêt  sans  intérêt.  Après  quelques  négociations  préliminaires,
on  obtint  un  prêt  gratuit  de  3  millions  remboursables  six  mois
après  la  signature  d’un  traité  de  paix  définitif.
Le  même  rapport  insiste  sur  l’énormité  de  l’allocation  accordée
à  la  Banque  pour  l’administration  de  la  dette  publique.  I.a  Banque
recevait  alors  du  gouvernement  une  rétribution  de  450  I.  par  mi  -
lion,  et  il  fut  établi  par  le  comité  que  l’allocation  additionnelle  qui
lui  fut  accordée,  de  1797  à  1807,  pour  l’exercice  de  cette  fonction
nationale,  dépassa  155,000  1.  Sans  doute,  il  avait  été
l’aceroitre  avec  la  dette  elle-même,  mais  elle  n’en  paraîtra  pas  mom
exorbitante,  si  l’on  réflécbit  «  que  le  nombre  total  des  njnploW
•  exécutent  ce  travail  n’a  été  accru  que  de  cent  trente-sept  Pendant  l
.  onze  dernières  années;  que  leurs  appointements  annuels  doive»
•  être  de  18,449  I.  à  23,290  I.,  et  que  les  autre»  dépens®  fix
■  s’élèvent  probablement  pas  au-dessus  de  la  moitié  ou  d®  deux  tiers
Ce  rapport  fut  suivi  d’un  iiouv®u  eoiitrat  avec  la  Banque  |iour  la
gestion  de  la  dette  publique.
Il  lui  était  alloué  450  1.  par  million  an-d®sus  de  300  millions  de
dette  fondée,  et  jusqu’à  concurrence  de  400  millions.  A  park'd«
400  millions,  et  jusqu’à  (100  millions,  la  rémunération  était  de  340  .,
et,  enfin,  pour  toutes  les  sommes  qui  excédaient  000  rmlboiis,  clU
était  de  300  1.  par  million'.

bon  pour  le  timbre,  lui  rapportaient  interet  et  prolit.
        <pb n="651" />
        í;00  oeuvres  DIVERSES.
Outre  ces  rétributions,  il  est  accordé  à  la  Banque  800  1.  par  million ­
  pour  le  recouvrement  des  souscriptions  aux  emprunts,  10001.  st.
sur  chaque  loterie,  et  1250  1.  par  million,  ou  1/8  pour  0/0  sur  la
perception  des  revenus  provenant  de  la  propriété,  des  professions  libérales ­
  et  du  commerce.  Ces  conditions  ont  toujours  été  maintenues
depuis  ‘.
Le  moment  approche  où  la  situation  de  la  Banque  devra  être
soumise  aux  délibérations  du  parlement,  et  où  le  contrat  qui  concerne ­
  les  dépôts  publics  devra  s’éteindre  par  le  paiement  des  3  millions ­
  empruntés  à  la  Banque  sans  intérêt,  en  1808.  On  ne  saurait
donc  choisir  une  époque  plus  favorable  pour  discuter  les  avantages
exorbitants  qui  ont  été  accordés  à  la  Banque  dans  l’arrangement
conclu  en  1808  avec  M.  Perceval.  C’est  là,  je  pense,  le  but  vers  lequel ­
  tendait  M.  Grenfell;  car  ce  n’est  pas  seulement  sur  les  avantages
additionnels  que  la  Banque  a  pu  recueillir  par  suite  de  la  convention
de  1808  qu’il  désire  appeler  l’attention  du  parlement.  11  vise  plus
haut  ;  il  s’adresse  à  cette  convention  elle-même,  par  laquelle  le  public ­
  paie  et  a  si  longtemps  payé,  sous  mille  formes  diverses,  des
sommes  énormes  pour  des  services  proportionnellement  minimes.
M.  Grenfell  pense  probablement,  et,  à  ce  titre,  je  l’appuie  de
tout  cœur,  qu’un  bénéfice  de  382,000  liv.  par  an  (car  c’est  la
somme  à  laquelle  on  peut  porter  le  produit  des  dépôts  publics
à  la  Banque  pendant  dix  ans),  excède  prodigieusement  la  rétribution ­
  légitime  que  la  nation  doit  à  la  Banque  pour  scs  simples ­
  fonctions  de  banquier  :  d’autant  plus  qu’elle  reçoit  encore
300,000  1.  par  an  pour  l’administration  de  la  dette  publique,  des
emprunts,  etc.,  etc.  Mais  une  autre  circonstance  qui  justifie  l’opinion ­
  de  M.  Grenfell,  c’est  que  depuis  le  renouvellement  de  sa  charte
la  Banque  a  trouvé  une  nouvelle  source  de  profits  dans  la  substitution ­
  d’une  monnaie  de  papier  à  une  circulation  alimentée  à  la  fois
par  le  papier  et  par  le  numéraire.  Certes,  ni  le  Parlement  qui  octroya
la  charte,  ni  la  Banque  qui  l'obtint  à  l’époque  du  contrat  de  1808,
ne  prévoyaient  ces  bénéfices  additionnels,  qu’on  pourrait  annuler ­
  en  grande  partie  par  le  rappel  du  bill  de  suspension.  De  tels
faits  démontrent  puissamment  que  M.  Perceval  n’a  pas  obtenu,  en
1807,  pour  le  public,  les  avantages  auxquels  il  avait  droit;  et  les  sentiments ­
  bien  connus  du  chancelier  de  l’Echiquier,  relativement  au
droit  qu’a  la  nation  de  participer  aux  avantages  supplémentaires  de

Voyez  l’Introduction.
        <pb n="652" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIHCULATION  MONÉTAIRE.  601
la  Banque,  nous  permettent  d’espérer,  pour  ra\enir,  des  conditions
plus  favorables  à  l’intérêt  général.
II  est  vrai  que  les  sommes  précédentes,  quoique  payées  par  la
nation,  ne  constituent  pas  les  bénéfices  nets  de  la  Banque.  Il  faut
effectivement  en  déduire  les  dépenses  consacrées  exclusivement  a
la  manutention  des  deniers  publics;  mais  ces  dépenses  ne  s’élèvent
probablement  pas  au-dessus  de  150,000  1.  par  an.
l  e  comité  des  dépenses  publiques  a  établi,  dans  son  rapport  à  la
chambre  des  communes,  en  1807,  que  le  nombre  des  commis  exclusivement ­
  ou  principalement  occupés  par  la  Banque,  dans  les  opérations ­
  publiques,  était  :

En  1786.  .  .
En  1796.  .  .
Eu  1807.  .  .

243
313
4.50

Ou  présume  que  leurs  appointements  peuvent  être  évalués  à  une
Rioyenne  de  120  à  170  1.  ;  en  les  portant  à  135  1.,  chiffre  qui  dépasse
la  moyenne  des  appointements  reçus  à  la  compagnie  de  la  mer  du
Sud,  la  somme  est  de  60,750  1.  ;  à  150  1.,  elle  est  de  67,500  1.  ;  à
1701.,  elle  est  de  76,500  1.  ;  chacune  de  ces  deux  sommes  est  même
assez  forte  pour  constituer  un  fonds  de  retraite.

Les  appointements  modérés  que  reçoivent  le  gouverneur,
les  directeurs  s’élèvent,  dit  le  rapport,  à
Les  faux  frais  peuvent  être  évalués  à  près  de
L’extension  des  bureaux  et  les  réparations  à  près  de  .
Les  dépenses  judiciaires,  les  pertes  éprouvées  à  la  suite  des
fraudes,  des  faux,  à  près  de
Total  .  .
^joutez-y,  au  plus  haut,  le  chiffre  des  appointements  .

8,000
15,000
10,000
10,000
43,000
76,500

On  obtient  un  total  de

119,500

Kn  admettant  donc  les  évaluations  les  plus  larges  du  comité,  les
frais  d’administration  de  la  dette  publique,  en  1807,  se  montaient
à  119,500  1.  y  compris  la  totalité  des  appointements,  les  faux  frais,
les  constructions  nouvelles,  les  réparations,  les  dépenses  judiciaires
et  les  pertes  éprouvées  à  la  suite  de  vols  et  de  faux.
Le  comité  établit  aussi  que  l’accroissement  de  dépenses  qu’eut  a
subir  la  Banque  pour  l’administration  d’une  dette  à  laquelle  étaient
venus  s’ajouter  278  millions  pendant  une  période  de  onze  ans,  entre
1796  et  1807,  que  cet  accroissement,  dis-je  ,  avait  été  de  3o,000  1.
par  an,  c’est-à-dire  126  1.  par  million.  De  1807  à  l’époque  actuelle,
la  dette  gérée  par  la  Banque  s’est  élevée  de  550  millions  à  environ
        <pb n="653" />
        fi02  ŒUVRES  DIVERSES.
830  millions;  marquant  ainsi  un  accroissement  de  près  de  280  millions ­
  qui  surpasse  légèrement  celui  de  1796  à  1807.  En  calculant  les
frais  de  régie  au  taux  de  126  1.  par  million,  on  arriverait  à  un  résultat ­
  analogue  à  35,000  1.  ;  mais  «  comme  le  quantum  des  dé-»
  penses  est  en  raison  inverse  de  l’accroissement  des  opérations,  »
je  l’évaluerai  à  30,500  1.  qui,  ajoutées  à  119,5001.,  chiffre  de  1807,
portent  l’ensemble  des  frais  d’administration  à  150,000  1.  Les  auditeurs ­
  de  la  cour  des  comptes  estimaient,  en  1786,  que  187  1.  10  s.
par  million  suffisent  pour  balancer  les  dépenses  occasionnées  par  une
dette  de  224  milbons.  Le  taux  d’évaluation  que  j’ai  choisi  est  celui
de  180  1.  par  million  sur  une  dette  de  830  millions.  On  trouvera
sans  doute  cette  allocation  suffisante,  lorsqu’on  se  rappellera  avec
quelle  rapidité  la  dette  elle-même  s’accroît  proportionnellement  au
travail  qu’elle  occasionne.
En  supposant  donc  que  les  dépenses  montent  à  environ  150,0001.,
le  hénélice  net  recueilli  par  la  Banque,  dans  ses  rapports  avec  1  Etat,

  SC  traduira  pour  cette  année  comme  suit  :
Rétribution  allouée  pour  la  gestion  de  la  dette  nationale  pendant ­
  une  année  finissant  le  1  février  1816^  254,000
Pour  la  centralisation  des  souscriptions  aux  emprunts,  à  raison ­
  de  800  I.  par  million,  sur  36  millions  .  28,800
Id.  pour  les  loteries  2,000
Profits  moyens  sur  les  dépôts  publics  382,000
Allocation  accordée  pour  la  perception  de  la  taxe  sur  les  propriétés ­
  3,480
Total  670,280
Dépenses  occasionnées  par  la  gestion  des  deniers  publics.  .  150,000
Rénéfices  nets  de  la  Ranque,  acquittés  par  la  nation.  .  .  520,280

Sur  cette  vaste  somme,  nous  devons  probablement  attribuer
372,000  1.  à  l’action  exclusive  des  dépôts,  et,  cette  dépense,  le  gouvernement ­
  pourrait  en  affranchir  presque  complètement  la  nation  ,
en  reprenant  la  direction  de  ces  intérêts.  Ainsi,  il  pourrait  établir
un  trésor  central,  sur  lequel  chaque  département  ferait  traite,  comme
aujourd’hui,  sur  la  Banque  d’Angleterre,  et  transformer  les  11  millions ­
  qui  semblent  former  la  moyenne  des  dépôts  en  bons  de  l’ixhiquier,
  dont  on  vendrait  une  partie  sur  le  marché,  si  des  circonstances
imprévues  venaient  à  diminuer  la  somme  des  dépôts.

'  Cette  somme  a  été  calculée  sur  le  chiffre  qui  composait  la  dette  en  février ­
  1815:  depuis  lors  elle  a  été  accrue  de  75  millions.  Voyez  l’appendice
        <pb n="654" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  603
Les  propositions  de  M  Grenfell  S  sur  lesquelles  le  parlement  aura
à  statuer  dans  la  prochaine  session  ,  retracent  brièvement  les  faits
contenus  dans  les  documents  dont  il  a  appuyé  ses  motions,  et  con
eluent  à  ceci  :  «  La  chambre  prendra  promptement  en  considération
"  les  avantages  dont  jouit  la  Banque,  à  la  fois  comme  adminis
»»  trant  la  dette  nationale,  et  comme  dépositaire  des  deniers  pu-»
  hlics.  Elle  aura  constamment  en  vue  l’adoption  d’un  arrangement
«  qui  daterait  du  jour  où  les  conventions  actuelles  cesseront,  et  qui
«  devrait  concilier,  autant  que  possible,  les  intérêts  de  l’État  avec.
“  les  droits,  le  crédit  et  la  stabilité  de  la  Banque  d  Angleterre.  »
M.  Mellish  a  aussi  formulé  des  propositions  qui  seront  soumises
aux  prochaines  délibérations  du  parlement.  Ces  propositions*  admettent ­
  tous  les  faits  énoncés  par  Al.  Grenfell  :  seulement  elles  mentionnent ­
  deux  services  insignifiants  que  la  Banque  rend  au  public,
l’un  sans  rétribution’,  l’autre  pour  une  rétribution  inférieure  aux
frais  que  nécessite  l’intermédiaire  des  collecteurs  de  taxes.  Alais  la
huitième  et  la  neuvième  proposition  émettent  une  étrange  prétention. ­
  Elles  semblent  ])oser  aux  esprits  cette  question  :  Lors  de  1  extinction ­
  du  prêt  de  3,000,000  1.  en  1810  et  avant  l’époque  où  doit
expirer  la  charte  de  la  Banque,  le  gouvernement  aura-t-il  le  droit
de  lui  demander  une  rémunération  quelconque  pour  les  avantages

*  Voyez  l’appendice.
*  Voyez  l’appendice.
*  Ce  service  gratuit  se  réduit  à  défalquer  du  montant  de  chaque  ceupon  la
quotité  proportionnelle  de  l’impôt  sur  les  propriétés.
L’autre  consiste  à  recevoir  de  certains  contribuables  les  sommes  provenant
delà  taxe  sur  les  propriétés.  La  Banque  perçoit  pour  cette  fonction  I2.W  1.  par
million  ou  1/8  pour  cent.
Si  la  centralisation  de  ce  revenu  était  opérée  au  moyen  des  collecteurs  il  leur
serait  alloué  une  commission  de  h  deniers  par  livre  :  ce  qui  coûterait  au  public
58,007  I.,  au  lieu  de3480  1.  payées  à  la  Banque.
Il  n’est  peut  être  pas  une  seule  branche  des  opérations  de  la  Banque  qui  s’aceomplisse
  avec  plus  de  facilité  que  celle-ci.  Aussi,  loin  de  trouver  que  la  rétribution ­
  soit  insuffisante,  ¡e  la  crois  le  produit  d’une  véritable  libéralité.
Il  est  évident  qu’il  y  a  économie  pour  la  nation  à  puiser  ses  revenus  dans  un
centre  lixe,  au  lieu  de  les  recueillir  péniblement  dans  les  tournées  de  ses  percepteurs. ­
  Mais  la  Banque  paraît  avoir  pensé  que  le  chiffre  de  sa  commission  dev  ait  se
calculer  sur  l’écimomie  offerte  à  l’État,plutôt  que  sur  l’importance  i^eeMe  eses
fonctions  et  de  ses  dépenses.  Que  dirait-elle  d’un  ingénieur  qui  établirait  le  prix
d’une  machine  à  vapeur  non  sur  la  valeur  de  l’industrie  et  des  matériaux  consacrés ­
  à  la  construire,  mais  sur  la  valeur  du  travail  qu’elle  est  appelée  à  épargner?
        <pb n="655" />
        604  OEUVRES  DIVERSES.
([ii’elle  retire  des  dépôts  publics,  et  de  modifier  la  convention  relative ­
  à  la  gestion  de  la  dette.  Voici  ces  deux  résolutions  :
8.  Vu  les  39  et  40"’"  statuts  de  Georg.  Ill,  c.  28,  s.  13  ,  il  a  été
décrété  que,  «  pendant  la  durée  de  sa  charte,  la  Banque  jouira  de
»  tous  les  privilèges,  intérêts,  rétributions,  bénéfices,  en  un  mot,
»  de  tous  les  avantages  qu’elle  possède  maintenant,  et  dont  elle  jouit
«  en  vertu  de  son  intervention  dans  le  mouvement  des  intérêts  pu-»
  hlics;  qu’antérieuremcnt  au  renouvellement  de  la  charte,  la  Ban-»
  que  fera  les  fonctions  de  banquier  national,  en  centralisant  les  re-»
  venus  des  différents  services  administratifs  et  en  dirigeant  les
»  dépenses  publiques,  etc.
»  9.  Qu’à  l’époque  où  les  conventions  actuelles  expireront,  il
»  sera  convenable  d’apprécier  l’importance  des  avantages  que  la  Ban-»
  que  retire  de  ses  fonctions  publiques,  dans  le  but  d’y  substituer
»  des  arrangements  conformes  à  ces  principes  d’équité  et  de  bonne
»  foi  qui  doivent  dominer  toutes  les  transactions  entre  le  public  et
»  la  banque  d’Angleterre  *.  »

:  Depuis  la  première  édition  de  cet  écrit  le  premier  lord  de  la  trésorerie  et  le
chancelier  de  l’Échiquier,  ont  proposé  à  la  Banque  de  prolonger  pendant  deux
ans  encore,  et  à  titre  gratuit,  l’avance  de  trois  millions  qui  devenait  exigible  au
mois  d’avril  prochain.  Ils  lui  proposèrent  en  outre  un  emprunt  de  six  millions
constitués  à  4  p.  0/0,  pendant  une  époque  fixe  de  deux  années.  A  partir  de  cette
échéance,  la  Banque  continuerait  l’emprunt  pour  trois  années  encore,  sous  la
condition  que  le  remboursement  s’effectuerait  dans  les  six  mois  de  l’avertissement
donné  par  le  lord  de  la  trésorerie  à  la  Banque  ou  par  celle-ci  à  leurs  seigneuries ­
  à  une  date  quelconque,  comprise  entre  le  10  octobre  de  chaque  année  et
le  5  avril  suivant.
Ces  propositions  furent  acceptées  par  l’assemblée  générale  des  actionnaires
de  la  Banque,  réunis  à  cet  effet.
Après  avoir  demandé  au  sein  de  cette  assemblée  générale,  quelques  explications ­
  relatives  aux  dépôts  publics,  lors  de  l’expiration  de  ces  deux  années,
l’approuvai  hautement  l’abandon  que  la  Banque  avait  fait  des  prétentions  renfermées ­
  dans  les  résolutions  ci-dessus,  prétentions  qui  m’avaient  paru  supposer
à  la  Banque  le  droit  de  conserver  les  deniers  publics  sans  rétribution  correspondante. ­
  M.  Mellish,  gouverneur  de  la  Banque,  répondit  immédiatement  que  je
m’étais  mépris  sur  la  teneur  de  ses  propositions  et  qu’en  les  relisant  de  nouveau,
je  me  convaincrais  évidemment  du  vice  de  mon  interprétation.  le  suis  heureux
de  voir  que  la  Banque'rejette  cette  étrange  prétention  de  ravir  au  public  les  avantages ­
  dont  il  a  joui  depuis  le  rapport  du  comité  des  dépenses.  Et  cependant  je
regrette  que  ses  expressions  aient  été  assez  obscures,  assez  équivoques  pour  me
donner,  ainsi  qu’à  beaucoup  d’autres,  une  opinion  différente.  .Te  persiste
encore  à  croire,  d’après  les  résolutions  de  M.  Mellish,  que  des  raisons  impor-
        <pb n="656" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  603
Certes,  après  tout  ce  qui  a  remué  ce  sujet  depuis  1800  ,  nous
avons  lieu  d’ètre  étonnés  devant  d’aussi  étranges  pretentions  :  nous
avons  lieu  de  nous  récrier  lorsque  la  Banque  déclare,  pour  la  première ­
  fois  .  que  sa  charte  d’incorporation  interdit  au  public  toute
demande  tendant  à  le  faire  participer  aux  avantages  que  lui  produisent ­
  les  dépôts  publics.
La  charte  de  la  Banque  a  été  renouvelée  en  1800  pour  vingt  et  un
ans,  à  partir  de  son  expiration  en  1812;  elle  doit  donc  se  protenger
jusqu’en  1833.  Mais  la  Banque  a  si  peu  été  convaincue  du  privilège
exclusif  qu’elle  réclame  sur  le  bénéfice  des  dépôts  publics  depuis
1800;  elle  a  si  peu  revendiqué  ce  droit  depuis  lors,  qu’eu  1800  elle
prêta  au  gouvernement  3,000,000  jusqu’en  1814,  et  à  un  intérêt  de
3  p.  0/0;  en  1808,  elle  avança  encore  3,000,000  1.  à  titre  gratuit
jusqu’à  l’expiration  de  la  guerre,  et,  dans  sa  dernière  session,  le  parlement ­
  prorogea  le  prêt  de  3,000,000  1.  jusqu’en  avrü  1816.  Ces
avances  ont  même  été  expressément  accordées  eu  raison  de  1  accroissement ­
  des  dépôts  publics.
En  parlant  du  prêt  de  3,000,000  1.  fait  au  public  en  1806  à  3
P-  0/0  d’intérêt,  le  comité  des  dépenses  publiques  dans  son  rapport
de  1807,  auquel  j’ai  déjà  fait  appel,  s’exprime  ainsi  :
«  Mais  cette  convention  acquiert,  sous  un  autre  point  de  vue,  une
“  véritable  importance.  Elle  prouve  jusqu’à  l’évidence  que,  m  les
»  délégués  du  public  ni  les  directeurs  de  la  Banque  eux-mêmes  n’ont
"  envisagé  ce  contrat  mutuel  comme  un  obstacle  devant  lequel  s’ar-"
  rêteraieiit  toutes  les  réclamations  ;  elle  prouve  que,  dans  le  cas  où
"  cette  prétention  serait  lè(jilime  et  convenable,  le  public  ii  a  pas  ab-"
  diqué  le  droit  d’entrer  en  participation  avec  la  Banque  pour  les
“  bénéfices  qu  elle  retire  de  leurs  rapports  mutuels.  »
Et  puis,  quel  est  le  langage  de  M.  Perceval  à  la  même  époque,  dans
nn  moment  où  il  se  fondait  sur  ce  rapport  pour  demander  et  obtenir ­
  un  prêt  de  3,üüü,üüü  1.  jusqu’à  la  lin  de  la  guerre?  Bans  sa
lettre  au  gouverneur  et  au  sous-gouverneur  de  la  Banque,  lettre  datée
du  11  janvier  1808,  il  dit  :  «  Je  crois  devoir  ajouter  quelques  observations ­
  à  la  proposition  que  j’ai  faite  de  limiter  à  la  présente  guerre  et
aux  douze  mois  qui  en  suivront  l’extinction,  la  durée  de  l’avance  que

tantes  ont  fait  concéder  à  la  Banque  le  privilège  de  banquier
toute  la  durée  de  la  charte,  et  que  tout  nouvel  arrangeineut  est  par  e  ai  j
à  l’expiratiou  de  ce  contrat.
        <pb n="657" />
        (}06  OEUVRES  DIVERSES.
nous  fait  la  Banque  à  titre  de  prêt,  ou  la  durée  du  contingent  annuel
versé  à  l’Échiquier.  On  comprendra,  sans  doute,  qu’il  n’est  jamais
entré  dans  mon  esprit  qu’à  l’expiration  de  ce  délai  le  public  put  être
dépossédé  des  droits  que  lui  confère  la  perpétuité  de  ces  dépôts.
Loin  de  là,  au  milieu  des  désordres  qui  signaleront  alors  la  situation
des  affaires,  et  qui  influeront  probablement  sur  le  montant  des  balances ­
  publiques,  j’ai  voulu  fournir,  à  la  Banque  et  à  l’État,  les
moyens  de  conclure  un  nouvel  arrangement.  »  Le  19  janvier,  M.  Perceval ­
  soumit  ses  propositions  à  la  cour  des  directeurs  dans  une  forme
plus  officielle.  11  concluait  en  ces  termes  :  «  11  est  entendu  que  pendant ­
  la  durée  du  prêt  fait  par  la  Banque,  il  ne  sera  proposé  aucune
mesure  tendant  à  modilier  la  nature  des  relations  de  la  Bambuc  et  de
rÉchiquier,  et  à  opérer  le  retrait  des  comptes  dont  la  loi  coniie  le
mouvement  à  la  Banque.  »  La  cour  des  directeurs  appuya  ces  pro
positions  au  sein  de  l’assemblée  générale  qui  les  adopta  sans  commentaires ­
  le  21  janvier.
Dans  sa  communication  à  la  Banque,  en  novembre  1814,  relative
à  l’emprunt  de  3,ÜÜÜ,0ÜÜ  1.,  qui  devait  échoir  le  17  décembre
suivant,  et  qu’on  voulait  prolonger  jusqu’en  avril  1810,  M.  Vansitlart
  s’exprime  ainsi  :  «  Mais  je  désire  qu’on  comprenne  parfaite-»
  ment  queje  ne  me  sépare  point  des  principes  réservés  par  M.  Per
»  ceval,  dans  sa  lettre  du  11  janvier  1808  au  gouverneur  et  au
»  sous  gouverneur  de  la  Banque.  11  s’efforça  de  prévenir  les  fausses
..  interprétations  qui  eussent  pu  enlever  au  public,  après  l’expira-»
  tion  de  l’emprunt,  le  droit  de  participer  aux  avantages  qui  de-»
  vraieut  résulter  de  la  permanence  ou.  de  l’accroissement  de  ces
»  dépôts.  Ces  réserves,  je  les  adopte  pleinement,  ainsi  que  tous  les
«  autres  principes  soutenus  pas  M.  Perceval,  dans  la  discussion  qui
„  s’engagea  alors.  »
Il  ne  parait  pas  que  ees  observations  aient  été  l’objet  d’aucun
commentaire.  Ou  convoqua  immédiatement  les  actionnaires  en  assemblée ­
  générale,  et  l’emprunt  de  trois  millions  fut  continué  jusqu’en ­
  avril  1810.
La  Banque  aurait,  certes,  mauvaise  grâce  à  prétendre  exclure
aujourd’hui  la  nation  des  bénélices  qu’elle  a  retirés  del’accroissement
des  dépôts,  lorsque  ce  droit  de  participation,  tant  de  fois  invoqué
par  le  gouvernement  a  été  aussi  tant  de  fois  reconnu  par  la  cour
des  Directeurs.
L’exposé  des  motifs  qui  ont  servi  de  base  aux  conventions  pour  •
le  renouvellement  de  la  charte  de  la  Banque,  ajoutera  une  nouvelle
        <pb n="658" />
        DE  l’établissement  D’UNE  CIKCULATION  MONÉTAIRE.  607
force  à  tant  de  foils.  Ces  motifs,  qui  ont  été  énumérés  par  M.  Thornton ­
  dans  son  rapport  au  comité  des  dépenses  publiques,  démontrent
que  la  Banque  n’a  aucun  droit  à  se  couvrir  de  sa  charte  comme
d’un  bouclier  pour  refuser  au  public  une  part  dans  des  bénéfices
qui  se  sont  élevés  proportionnellement  à  l’augmentation  des  dépôts
publics.
11  faut  se  rappeler  que  M.  Thornton  était,  en  1800,  le  gouverneur
de  la  Banque  ;  qu’il  fut  le  mandataire  choisi  par  la  Banque  pour
négocier  avec  M.  Bill  le  renouvellement  du  privilège  ;  et  qu’en
réalité  l’idée  de  renouveler  un  privilège  si  longtemps  avant  sou
expiration,  nous  vient  premièrement  de  lui.  M.  Thornton  declara
au  comité  que  les  seules  catégories  de  fonds  publics  auxquelles  la
Banque  dut  des  bénéfices  comprenaient  les  sommes  déposées  à  la
Banque  pour  le  paiement  des  arrérages,  et  pour  la  dotation  trimestrielle ­
  des  commissaires  de  l’amortissement  ;  il  ajouta  que  ces
fonds  lui  avaient  servi  de  base,  d’accord  avec  M.  Pitt,  pour  évaluer ­
  la  compensation  que  le  public  devait  recevoir  en  retour  des
privilèges  exclusifs  de  la  Banque.
M.  Thornton  évalue  en  moyenne  le  premier  de  ces  fonds
à.  1.  •2,0000,000'
Et  il  ressort  d’un  compte  réecmment  produit,
que  le  second  s’élevait  à  015,842
3,115,842
M.  Thornton  ajoute  positivement  que  le  montant  de  tous  les
autres  comptes  publics  est  insigniüant,  que  «  leur  évaluation  ne
“  comprenait  pas  l’augmentation  possible  des  soldes  appartenant  aux
»  divers  départements  ministériels,  qu’enfin  celte  augmentation  n  a-"
  vait  été  ni  remarquée,  ni  appréciée.
Si  donc  il  a  été  reconnu  par  le  mandataire  même  de  la  Ban-Mue
  que  l’augmentation  probable  des  dépôts  na  point  figure
comme  élément  dans  la  détermination  de  l’indemnité  pécuniaire
due  par  la  Banque  pour  la  prolongation  de  son  privilège;  si  donc
tous  ces  faits  ont  été  confirmés  ouvertement,  quelle  sera  la  justice
de  scs  prétentions,  lorsqu’elle  soutiendra  que  ces  profits  dus  à  tous,
profits  que  l’on  n’a  ni  remarqués,  ni  appréciés,  appartiennent  cx-*

  Du  compte,  soumis  au  Parlement  dans  la  dernière
'noütant  des  bous  de  l’Échiquier  et  des  billets  de  banque,  de^  M
comme  espèces,  s’élevra,  en  moyenne,  pour  l’année  fimssan  en  ,
3,690,000  1.
        <pb n="659" />
        ŒUVRES  DIVERSES.

608
clusivement  à  la  Banque,  et  que  la  nation  est  déshéritée  du  droit  d’y
participer  ou  de  disposer  à  volonté  du  chiffre  de  ses  dépôts.  Dans
la  déposition  à  laquelle  nous  avons  fait  allusion,  M.  Thornton  a
constamment  représenté  comme  insignifiant  le  montant  des  autres  .
comptes  publics.  Mais  il  ressort  des  tableaux  soumis  au  parlement
dans  la  dernière  session,  qu’en  1800,  époque  à  laquelle  se  rapportent ­
  les  assertions  de  M.  Thornton,  et  où  la  charte  fut  renouvelée,
le  solde  de  tous  les  dépôts  publics  confiés  à  la  Banque,  s’élevait
à  6,200,000  1.  11  excédait  donc  de  trois  millions  le  chiffre  de
M.  Thornton  ;  et  si  celui-ci  en  eût  été  instruit,  il  eût  difficilement
pu  appliquer  à  ce  fait  l’épithète  à'insignifiant.
Or,  si  M.  Thornton  et  M.  Pitt  n’ont  pas  soupçonné,  lors  du  renouvellement ­
  de  la  charte,  un  accroissement  aussi  énorme  dans  les  dépôts ­
  ;  si  aucune  des  concessions  faites  à  l’État  n’a  été  déterminée
en  vue  de  ce  fait,  il  faut  en  conclure  que  la  Banque  se  trouve  d’autant ­
  plus  liée  par  l’augmentation  successive  des  dépôts,  à  se  montrer
libérale  dans  ses  nouvelles  conventions  avec  le^ublic.  Ce  serait  un
acte  de  rémunération  légitime  pour  des  profits  si  longtemps  accu
mulés  à  l’ombre  d’un  malentendu,  et  dont  elle  n’eût  pas  joui,  si  les
faits  avaient  été  mieux  jugés  à  l’époque  où  l’on  fixa  les  conditions
du  renouvellement  de  la  charte.
Mais  connus  ou  inconnus,  ils  n’eussent  pas  influé  davantage  sur
les  évaluations  de  M.  Thornton,  lui  qui  a  si  pompeusement  émis  l’opinion ­
  que  les  balances  publiques  ne  contribuaient  à  augmenter  les
profits  de  la  Banque  qu’autaiit  qu’ils  pouvaient  servir  à  multiplier  ^
les  émissions  de  bank-notes.  '  j
’est-il  pas  déplorable  de  voir  un  corps  opulent  et  élevé  comme  la
Banque  d’Angleterre,  étaler  l’àpre  désir  qu’il  a  de  thésauriser  au
moyen  de  bénéfices  ravis  aux  mains  d’un  peuple  déjà  accablé?  iN’eûton
  pas  dû  s’attendre  plutôt  à  de  la  reconnaissance  pour  la  concession
de  son^  privilège,  pour  les  bénéfices  imprévus  qu  elle  en  a  retirés,
pour  les  boniSj  les  dividendes  sans  cesse  croissants  qu  elle  a  répartis
à  ses  actionnaires  ;  enfin  pour  cet  immense  trésor  (J^elle  a  accumulé
à  coups  de  réserves  ?  iN’eût-elle  pas  dû  abandonner  à  T  État  la  totalité
des  bénéliees  qu  elle  recueille  de  l’emploi  des  11  millions  de  dépôts
publics,  au  lieu  de  chercher  à  lui  ravir  les  modiques  avantages  dont
il  a  pu  jouir  pendant  quelques  années?
Lorsqu’on  discuta,  en  1807,  le  taux  de  l’allocation  à  accorder
pour  la  gestion  de  la  dette  nationale,  M.  Thornton  dit  que  «  dans
»  une  question  où  la  nation  et  la  Banque  se  trouvaient  en  contact,il  était
        <pb n="660" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIKCÜLATION  MONÉTAIRE.  609
”  persuadé  que  les  demandes  porteraient  seulement  sur  une  juste  ré-“
  munération  du  travail,  des  éventualités  malheureuses  et  de  la  res-*
  pousabilité  énorme  qui  s’attache  à  de  telles  fonctions.  »
f^ourquoi  le  langage  des  directeurs  actuels  a-t-il  donc  tant  changé?
Au  lieu  de  borner  leurs  vœux  à  cette  récompense  légitime,  ils  s’eüorcent
  d’enlever  au  public  jusqu'aux  héiiélices  microscopiques  dont  il  a
joui  jusqu’à  ce  jour.  Pour  la  première  fois  ils  font  appel  à  leur  charte
ot  y  cherchent  le  droit  d’administrer  les  deniers  nationaux,  d’en  faire
i’emploi  le  plus  lucratif,  sans  accorder  au  public  la  moindre  rémuuéuératioii.

Si  les  liens  de  la  charte  qui  attache  l’État  à  la  Banque  étaient
aussi  puissants  qu’on  l’a  prétendu,  on  pourrait  attendre  d’une  association ­
  aussi  vaste  et  aussi  richement  dotée  par  le  monopole  ,  plus
(le  grandeur  dans  ses  actes,  plus  de  reconnaissance  envers  ses  généreux ­
  bienfaiteurs.
Jusqu’à  la  dernière  session  du  Parlement,  la  Banque  avait  été  aussi
très-particulièrement  favorisée  dans  le  montant  de  ses  droits  de  timbre. ­
  En  1791,  elle  payait  un  abonnement  de  12,000  1.  par  au,  pour
t  émission  de  tout  sou  papier.  Lorsqu’on  augmenta,  en  1799,  la  quotité ­
  du  droit,  son  abonnement  fut  porté  à  20,000  1.,  ou  y  ajouta  eu
•uème  temps  une  redevance  de  4000  1.  pour  les  billets  au-dessous  de
i*  que  la  Banque  commençait  a  répandre  dans  la  circulation  ;  la
totalité  du  droit  s’éleva  donc  alors  a  24,000  1.  Lu  acte  de  1804  éleva
(ic  àO  p.  0/0  l’impôt  mis,  en  1799,  sur  les  billets  au-dessous  de  5  1.
et  aggrava  considérablement  celui  qui  pesait  sur  les  billets  d’une  plus
grande  valeur.  Alais  il  arriva  que  la  Banque,  dont  la  circulation  s  était
développée  dans  le  rapport  de  I  et  1/2  a  4  et  1/2  pour  les  billets  audessous
  de  5  1.  et  dans  des  proportions  considérables  pour  les  coupures
Pius  élevées,  n’eut  a  supporter  qu’une  surtaxe  de  8000  1.,  qui  porta ­
  son  abonnement  à  32,000  1.  Ln  1808,  le  droit  sur  le  timbre  eut  eu-C6re
  à  subir  une  augmentation  de  33  p.  O/o,  et  la  redevance  fut  élevée
  de  32,000  1.  à  42,000  1.  Dans  ces  deux  circonstances  la  surtaxe
'Biposée  à  la  Banque  ne  s’accrut  pas  même  dans  le  rapport  des  droits
additionnels,  et  la  multiplication  des  billets  de  la  Banque  fut  entière-®^Cüt
  négligée  dans  les  éléments  du  calcul.
hiie  nouvelle  augmentation  de  l’impôt  sur  le  timbre  donna  cependant ­
  l’éveil,  et  dans  la  dernière  session  du  Parlement  on  posa  pour
*a  première  fois  ce  principe,  que  la  redevance  de  la  Banque  devait  se
Proportionner  au  montant  de  sa  circulation.  Elle  demeure  actuelle-*^‘rnt
  fixée  comme  suit,  et  se  calcule  sur  la  circulation  moyenne  des
{OEuv.  de  liicardo.)  ^9
        <pb n="661" />
        OEUVKKS  diverses.

()1  U
trois  années  antérieures.  Iæ  taux  de  l’aboniieineut  payé  par  la  Banque
est  de  3500  1.  par  million,  sans  distinction  de  la  classe  ou  de  la  valeur
des  billets  dont  se  compose  la  circulation  générale.  La  moyenne  de  la
circulation  de  la  Banque  pendant  les  trois  années  échues  le  5  avril
1815,  a  été  évaluée  ù  25,102,000  1.  :  elle  aura  donc  à  payer  cette  année ­
  un  droit  d’environ  87,500  1.
La  moyenne  de  l’année  prochaine  sera  calculée  sur  les  trois  années
Unissant  eu  avril  1816.  Si  elle  dilïère  de  la  précédente,  on  modiliera
proportionnellement  le  quantum  de  l’impôt.
Si  l’on  n’eùt  pas  aboli  les  arrêtés  de  1804  et  de  1808,  la  Banque ­
  n’aurait  eu  à  payer,  y  compris  les  impôts  additionnels,  qu’un
abonnement  de  52,000  1.  En  réalisant  des  principes  qui  auraient  dû
être  appliqués  dès  1790,  le  Parlement  a  donc  restitué  à  la  nation
une  somme  annuelle  de  35,000  1.,  et  il  est  permis  de  croire  que  l’oubli ­
  de  ces  principes  a  appauvri  le  pays  et  enrichi  la  Banque  de  près
de  500,000  1.
SECTION  SEPTIÈME.
Profits  et  réserves  del.i  Banque  :  leur  vicieuse  destination.  —  Remède  proposé.
Jusqu’à  présent  je  n’ai  envisagé  les  prolits  de  la  Banque  que  dans
leurs  rapports  avec  la  uation,  et  j’ai  essayé  de  démontrer  combien  ils  .
avaient  excédé  la  rémunération  légitime  que  l’on  doit  à  ses  litres,  a  ]
ses  intérêts.  Je  me  propose  maintenant  de  les  étudier  sous  le  point  !
de  vue  des  actionnaires  de  la  Banque.  Je  tâcherai  donc  de  conslituei  |
une  base  sur  laquelle  ou  puisse  calculer  les  prolils  de  la  Banque  et
déterminer  le  clnüre  actuel  de  scs  réserves  accumulées.  Si  nous  par
venions  à  connaître  rigoureusement  les  dépenses  de  la  Banque  et  le
montant  des  espèces  et  des  lingots  qu’elle  a  dù  conserver  religieusement ­
  à  dillérentes  époques,  nous  posséderions  les  données  nécessaires
pour  un  calcul  qui  s’approcherait  licaucoup  de  la  vérité.
Les  prolits  de  la  Banque  naissent  de  sources  bien  connues.  Ils
dérivent,  comme  on  l’a  déjà  établi,  de  l’intérêt  produit  par  les  dépôts
publics  et  privés  ;  —  de  l’intérêt  prélevé  sur  la  masse  de  ses  billets
en  circulation,  dont  il  faut  seulement  déduire  le  moulant  du  numéraire ­
  et  des  lingots;  —de  l’intérêt  de  son  capital  et  de  ses  réserves  ;
de  l’allocation  qui  lui  est  accordée  pour  la  gestion  de  la  dette  pujjdque.
  des  bénéfices  enün  qu’elle  l'ecueille  de  ses  opérations
de  change  et  de  la  destruction  fortuite  de  ses  billets.  Fous  ces  revenus ­
  forment  collectivement  les  profits  bruts  de  la  Banque.  Pour  de-
        <pb n="662" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  611
terminer  les  profits  nets,  il  faut  en  déduire  l'ensemble  des  frais,  le
étroit  de  timbre  et  la  taxe  sur  la  propriété.
Sous  le  titre  de  dépciiises,  il  faut  comprendre  tous  les  frais  que  nécessitent ­
  l’administration  de  la  dette  nationale  et  les  opérations  spéciales ­
  de  la  Banque.  J’ai  déjà  exposé  les  motifs  qui  me  font  évaluer
®  160,000  1.  l’importance  de  ces  deux  charges.  Le  comité  des  dépends ­
  publiques  établit,en  1807,que  le  nombre  des  commis  attachés  au
ïûouvement  des  deniers  publics  était  de  quatre  cent  cinquante,  et  il
est  probable  que  ce  nombre  doit  être  actuellement  de  cinq  à  six  cents.
Les  autorités  les  plus  graves  ont  aussi  déclaré  au  sein  du  Pai'le-Dicnt
  que,  pour  l’ensemble  de  ses  opérations,  la  Banque  employait  à
peu  près  mille  commis.  Si  donc  il  en  est  consacré  cinq  cents  au  service
  de  la  dette  nationale,  il  en  reste  encore  cinq  cents  dévoués  aux
hilaires  de  la  Banque  elle-même.  Supposons  maintenant  que  le  chiflrc  .
^cs  dépenses  soit  en  rapport  direct  avec  le  nombre  des  commis  employés
  :  si  150,000  1.  représentent  les  frais  qui  coïncident  avec  l’em-Pioi
  de  cinq  cents  commis  attachés  aux  affaires  publiques,  nous  jk)U-^oiLs
  allouer  une  somme  égale  pour  les  cinq  cents  employés  du  service
spécial,  ce  qui  portera  l’ensemble  général  des  déjicnses  à  près  de
^hOjOOO  1.  \
Mais  ce  cliilfre  est  le  résultat  de  l’accroissement  graduel  des  dépenses ­
  depuis  1797,  et  il  est  probable  qu’à  cette  époque  elles  n’excé-^aient
  pas  la  moitié  de  300,000  1.
Lt  d’abord,  le  montant  des  billets  de  banque  émis  depuis  1797
Scsi  élevé  de  près  de  12  millions  à  28  millions;  mais  les  frais  de
^Dculalion,au  lieu  de  suivre  la  même  progression,  se  sont  accrus  dans
»'apport  de  10  à  I.  On  a  porté  de  12  millions  à  18  millions  le
**‘nntanl  des  billets  de  cinq  livres  et  au-dessus.  Si  la  valeur  moyenne
tontea  les  coupures  de  billets  au-dessus  de  cinq  livres  descend

'  On  a  dit  queje  n’avais  pas  évalué  assez  haut  dans  mes  calculs  le  chiffre  des
que  la  Banque  éprouvait  par  suite  des  mauvaises  créances  dont  elle  se
chargeait  accidentellement  en  escomptant  de  marn  ais  papiers.  On  prétend  même
H»»«  ces  pertes  sont  souvent  très-considérables.  D’un  autre  côté,  j’ai  appris  que
profits  que  la  Ban(|ue  retire  des  dépôts  privés,  et  dont  je  n’ai  tenu  aucun  compdoivent
  être  très-considérable,  puisque  la  compagnie  des  Indes  Orientales  et
grand  nombre  d’autres  administrations  publiques  y  versent  leurs  espèces.  Il
»^ût  fallu  aussi  déduire  des  bénéfices  de  la  Baïupie  le  déficit  laissé  par  Aslett  et
dépenses  que  nécessitent  sa  garde  militaire.  Mais  que  l’excédant  de  son  ca-Pital
  Soit  seulement  de  12  ou  11  millions  au  lieu  de  13,  il  n’y  a  rien  là  qui  puisdétruire
  mon  argument.  Vo/c  de  la  seconde  édition,  j
        <pb n="663" />
        ß^2  OEUVRES  DIVERSES.
effectivement  à  quinze  livres,  une  circulation  de  12  millions  doit  se
subdiviser  en  800,000  unités,  et  une  eircnlation  de  18  millions  en
1  200,000  unités,  constituant  ainsi  un  accroissement  proportionne
de  1  à  1  1/2.  Mais  les  9  millions  actuels  de  billets  au-dessous  de
5  1.  ont  presque  tous  été  émis  depuis  1797  :  si  donc  ces  9  millions
sterling  se  subdivisent  en  5  millions  de  billets  d’une  livre  et  2  millions ­
  de  billets  de  2  1.,  il  aura  été  ajouté  à  la  circulation  un  contingent ­
  de  7  millions  de  billets.  On  aura  ainsi  porté  le  nombre  total  des
unités  du  crédit  de  800,000  à  8,200,000,  c’est-à-dire  de  1  à  10,  et
décuplé  les  frais  de  circulation  qui  se  mesurent  sur  le  nombre  des
effets  et  non  sur  leur  valeur.  De  plus,  il  est  probable  que  les  billets
d’une  livre  et  de  deux  livres,  dont  l’emploi  est  ¡dns  fréquent,  doivent ­
  être  plus  souvent  renouvelés  que  les  coupures  supérieures.
,  La  dette  publique,  dont  la  gestion  est  couliée  à  la  lianqne,  a  aussi
subi  un  immense  accroissement.  Depuis  1797  elle  a  plus  que  dou
blé  et  a  ajouté  ainsi  considérablement  aux  frais  de  ce  servic.e.  Ou
a  estimé  que  ces  frais  s’étaient  accrus  de  84,500  1.  à  150,000  L,
c’est-à-dire  de  05,500  1.  *  depuis  1790.  La  même  progression  s’est
enfin  manifestée  dans  le  chiffre  des  dépôts  publics  qui  a  doublé  depuis ­
  1797.
De  tous  ces  faits,  j’ai  le  droit  de  conclure  que  les  charges  de  la
Banque  en  1797  n’ont  pu  dépasser  150,000  1.  et  qu’elles  se  sont
constamment  et  graduellement  accrues  depuis  lors.  Peut-être  même
la  raison  de  la  progression  a-t-elle  été  de  sept  ou  huit  mille  livres
par  au.
La  question  dont  nous  avons  immédiatement  après  à  nous  occuper ­
  est  celle  du  montant  de  l’encaisse  de  la  Banque  en  numeraire  et
en  lingots.  Ce  montant,  qui  n’a  jamais  été  soumis  a  l’atlenliou
générale,  forme  avec  la  masse  des  escomptes  les  seuls  laits  importants ­
  que  la  Banque  ait  dérobés  au  public  dans  l’année  memorable ­
  de  1797.  Les  directeurs  déclarèrent,  dans  le  compte  soumis  au
Parlement,  qu’au  20  février  1797  le  numéraire  de  la  Banque,  ses
lingots,  ses  effets  en  portefeuille  et  escomptés  s’élevaient  collective
ment  à  4,170,080  1.  Ils  fournirent  eu  même  temps  le  relevé  des
escomptes  de  1782  à  1797,  et  celui  de  l’encaisse  en  numéraire  et
en  lingots  pendant  la  même  période.  La  comparaison  de  ces  diveis
relevés  entre  eux  et  avec  quelques  fragments  de  leur  déposition  dc-I

  Le  comité  des  dépenses  publiques  évaluait,  en  1807,  tous  ces  frais  a  11  U,.'&amp;gt;00  1  •
et  représentait  par  environ  36,000  1.  l’accroissemeut  de  1795  à  1807.
        <pb n="664" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  613
vant  les  comités  du  Parlement,  fournit  à  un  ingénieux  calculateur
les  moyens  de  découvrir  le  secret  que  la  Banque  désirait  cacher.  Il
résulte  de  son  travail  que  le  26  février  1797,  le  numéraire  et  les
lingots  de  la  Banque  étaient  descendus  à  1,227,000  1.,  tandis  qu  elle
évaluait  à  4  millions  la  réserve  disponible  nécessaire  à  ses  opéra*
lions.  A  partir  du  mois  de  décembre  1795,  elle  ne  put  jamais  compléter ­
  cette  réserve  qui,  à  des  époques  antérieures,  avait  été  de  plus
(In  double.
Constamment  éveillée  par  la  crainte  de  se  voir  obligée  à  reprendre ­
  ses  paiements  en  espèces,  la  Banque,  pendant  la  première  ou  les
deux  premières  années  qui  suivirent  l’édit  de  suspension,  dutfaire  de
grands  efforts  pour  remplir  de  numéraire  et  de  lingots  ses  coffres
épuisés.  Aussi  trouvons-nous  dans  les  comptes  donnés  au  Parlement
par  la  Monnaie,  que  le  montant  de  l’or  frappé  en  1797  et  en  1798  ne
s’éleva  guère  à  moins  de  5,000,000  1.
Quel  que  soit  le  montant  du  numéraire  et  des  lingots  acquis  par  la
banque  dans  les  deux  années  qui  suivirent  la  suspension  des  paie-Bients,
  il  est  probable  que  sa  réserve  s’est  constamment  affaiblie  depuis ­
  lors.  En  effet,  avec  la  crainte  avaient  disparu  les  motifs  qui  devaient ­
  lui  faire  conserver  une  masse  aussi  considérable  de  capital
iuiproductif.  Elle  pouvait  le  fertiliser,  car  elle  était  protégée  dé-^urmais
  contre  l’appel  des  porteurs  de  scs  billets,  et  elle  savait  qu  avant
  l’époque  où  elle  serait  de  nouveau  contrainte  à  les  rembourser
PU  numéraire,  elle  avait  tout  le  temps  nécessaire  pour  recueillir  une
quantité  suffisante  de  métaux  précieux.  11  paraît  donc  inadmissible
qu’au  milieu  d’un  tel  concours  de  circonstances,  la  Banque  ait  pu
augmenter  sa  réserve  en  lingots  depuis  les  grands  monnayages  de
1797  et  1798;  et  il  est  au  contraire  fort  probable  qu’elle  l’a  dû  réduire ­
  considérablement.
le  suis  autorisé  par  ces  principes  à  conclure  (pic,  relativement  à
1  iufinence  qu’exerçait  sur  eux  l’eiK'aisse  de  numéraire  et  de  lingots,
les  profits  de  la  Banque  ont  dû  s’élever  largement  depuis  1797  et  1798;
eur,  dès  cette  époque,  elle  s’est  attachée  à  diminuer  la  proportion

’  T  e  œmW  secret,  dans  son  rapport  au  Parlement,  déclara  que  le  numéraire  e
les  lingots  existant  à  la  Banque  le  l^r  novembre  1797,  s’étalent  élevés  au  quintuple
de  la  réserve  du  25  février  1797.  Il  établit  aussi  que  les  banquiers  et  les  eon^er-Pants
  de  T.ondres  à  qui  la  loi  confère  le  droit  de  demander  les  trois  quarts  de
•®urs  dépôts  de  cinq  cents  Uwes  et  au-dessus,  à  partir  de  février  1797  n  en
encore  réclamé,  en  novembre,  que  la  seizième  partie
        <pb n="665" />
        («ÍUVKKS  l»VfcHSES

&amp;lt;iU
de  ses  eapilatix.  stériles,  el  a  aeeroitre  le  montant  de  ceux  qu’elle  colloquait ­
  en  bons  de  l’Echiquier  et  en  obligations  de  commerce,  c’est-àdire,
  en  valeurs  productives  à  la  fois  d’interéts  et  de  béné^ces.  U
n’est  pas  permis  d’évaluer  à  plus  de  11  millions  la  moyenne  du  numéraire ­
  et  des  lingots  de  la  banque,  pour  une  période  de  dix-huit
années,  entre  1797  et  ISI5,  quoique  pour  la  première,  ou  les
deux  premières  années,  elle  se  soit  probablement  élevée  à  \  ou  5
millions.
Il  ne  nous  sera  plus  difficile  maintenant  de  calculer  les  prolits  de
la  Banque  depuis  1797  jusqu’à  nos  jours.  ¡Nous  avons  recueilli  tous
les  faits  qui  sont  nécessail'es  à  notre  évaluation,  si  ce  n’est  le  montant
des  dépenses  et  de  l’encaisse  ;  mais  ces  deux  derniers  termes  ne  peuvent ­
  différer  sensiblement  de  ceux  que  j’ai  obtenus  moi  même.
En  nous  appuyant  donc  sur  ces  données  ,  il  ressort  des  comptes
détaillés  à  l’Appendice,  que  les  prolits  et  la  réserve  de  la  Banque,  après
la  répartition  des  dividendes  et  des  boni»,  et  pour  une  suite  d’années,
ont  été  comme  suit  :

Année  conimenç*nt
  en  janvier.

Capital  en  réserve.

Profita  après  1«  paiement ­
  lies  dividendes
et  des  bonis.

Dividendes  1
et  1
bonis  réunis.  |

1797
1798
1799
1800
1801
1802
1803
1804
1805
1806
1807
1808
1809
1810
1811
1812
1813
1814
1815
1816

1.  3.826.890
3.916.762
4.450.383
3.941.228
4.553.209
4  669.247
5,129.756
5.895.615
6.202.409
6.518.744
6.916.752
7.498.626
7.883.891
8.354  651
9.006.134
9.728.322
10.468.189
11.279.975
12.359.624
13.426.249

1.  89,872
53.3.621
611.981
116  038
160.509
765.859
306.794
346  335
368.008
581.274
385.865
470  760
651.483
722.188
739  867
809.786
1.081  649
1.066.625

7  par  cent.
7  id.
17  id.
7  id.
12  id.
9  1/2  id.
7  id.
12  id,
12  id.
12  id.
10  id.
10  id.  I
10  id.  1
10  id.  1
10  id.  i
to  id.  j
10  id.
10  id.

Si,  d’un  côté,  l’on  me  reprochait  de  n’avoir  pas  estimé  assez  haut  les
dépenses  de  la  Banque,  de  l’autre  on  pourrait  soutenir  que  j’ai  complètement ­
  négligé  les  prolits  qu  elle  recueille  des  dépôts  privés,  il
se  peut  que  ces  dépôts  ne  soient  pas  très-considérables,  car  la  Ban-
        <pb n="666" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  615
que  n’accorde  pas  à  ses  commettants  des  avantages  aussi  étendus  que
les  Banquiers  ;  mais  ils  ont  pourtant  une  certaine  importance,  ainsi
que  le  chiffre  des  billets  perdus  ou  détruits,  qui,  après  un  certain
laps  de  temps,  ne  figurent  probablement  plus  dans  les  relevés  généraux ­
  des  effets  en  circulation.  L’opération  que  la  Banque  fit  en  achetant ­
  de  l’argent  et  faisant  frapper  des  tokem  *  dut  en  masse  lui  être
profitable  ;  car  la  valeur  de  ces  tokens  sur  le  marché  a  généralement ­
  été  au-dessous  de  leur  valeur  au  moment  de  l’émission.
B  ailleurs  la  Banque  reçoit  plus  de  5  p.  O/o  d’intérêt  sur  les  capitaux ­
  ;  car  les  bons  de  1  Échiquier,  produisant  (rois  pence,  half^
penny  par  jour,  constituent  annuellement  un  revenu  de  5  1.  6  s.
5  I  /2  d.  |&amp;gt;our  cent,  —  et  d’un  autre  côté,  scs  opérations  lui  livrent
sous  forme  d’escompte  un  capital  qu  elle  peut  rendre  immédiatement ­
  productif.  Il  faut  pourtant  observer  ici  que  pendant  quelquesunes
  des  années  auxquelles  se  rapportent  ces  calculs  ,  les  bons  de
l’Échiquier  n’ont  donné  qu’un  intérêt  de  3  pence  3  d.  par  jour,  cc
qui  forme  un  revenu  annuel  de  4  1.  18  s.  10  1^4  d.  un  peu  inférieur
à  celui  de  5  p.  O/q.
forsqu’en  mars  1801  on  répartit  entre  les  actionnaires  de  la
banque  un  exciklant  de  bénéfice  de  5  p.  O/o  colloqué  en  5  p.  O/o
*le  la  marine,  M.  Tierney  dit  dans  la  Chambre  des  communes,  «  qu  en
^  1797  ,  à  l’époque  où  le  Parlement  porta  ses  investigations  dans  les
"  affaires  delà  Banque,  plusieurs  membres  pensÎTcnt  que  ces  bénéfices
“  extraordinaires  devaient  servir  à  garantir  au  public  la  solidité
“  des  engagements  contractés  par  la  Banque.  »  M.  Samuel  rbornton,
aloi's  gouverneur  de  la  Banque,  répondit  à  cette  interpellation  en
(lisant  que  ,  «  la  répartition  des  582,120  1.,  votée  en  assemblée  gé-“
  nérale  le  19  du  même  mois,  n’avait  pu  ébranler  la  sécurité  of-"
  forte  au  public,  puisque,  indépendaininent  de  cette  somme  excep
“  tionnellc,  il  pouvait  assurer  à  l’honorable  membre  que  les  réserves
”  de  la  Banque  dépassaient  celles  de  1797  et  offraient  conséquem-“
  ment  des  garanties  tout  aussi  puissantes^.  »&amp;gt;
Il  ressort  des  comptes  établis  a  l’  Appendice,  qu’après  avoir  distribué ­
  à  ses  actionnaires  les  dividendes  et  les  bonis  annuels,  la  Banque
SC  trouvait  avoir  accumulé,  en  août  1801,  une  réserve  dont  le  montant

*  Fspèce  de  jetons  qui,  ne  contenant  pas  la  quantité  d'argent  répartie  legaement
  dans  la  somme  qu’ils  représentaient,  n’étaient  jamais  fondus.
‘  Adresse  de  M.  Allardyce  aux  actionnaires  de  la  Banque  d  Angleterre  ,  p-Pendice
  n®  11.
        <pb n="667" />
        Démontrent  un  excédant  de  Ii8,2l9l.

616

ŒUVRES  DIVERSES.

s’élevait  à  .3,945,1091.  Ce  chiffre  dépasse  de  118,219  1.  celui  de  1797;
et  l’accroissement  qu’il  indique  tend  à  confirmer  la  déclaration  de
M.  Thornton  et  l’exactitude  des  données  sur  lesquelles  j’ai  basé  mes
calculs  \
Il  suffira  d’un  coup  d’œil  jeté  sur  les  comptes  des  années  suivantes, ­
  reproduits  par  l’Appendice  ,  pour  se  convaincre  que  depuis  1801
les  profits  de  la  Banque  ont  constamment  dépassé  les  dividendes  annuels ­
  distribués  aux  actionnaires.  En  1815,  la  réserve  de  ses  bénéfices
s’éleva  même  à  1,066,625  1.  de  sorte  qu’elle  aurait  pu  répartir  un
dividende  de  19  p.O/o  au  lieu  de  10.
Enfin,  siles  administrateurs  de  la  Banque  ont  apporté  quelque  habileté, ­
  quelque  sagesse  dans  le  mouvement  de  leurs  opérations,  ils
ont  dû  former  successivement  et  par  accumulation  un  fonds  de  13
millions,  qu’au  mépris  des  prescriptions  les  plus  claires  d’un  acte
législatif,  ils  ont  ravi  jusqu’à  ce  jour  aux  actionnaires.
Des  sommes  aussi  énormes  permettraient  à  la  Banque  de  faire  une
répartition  de  100  p.  O/o  sans  attenter  à  son  capital  social.  Et,
si  en  retranchant  seulement  523,908  1.  pour  l’intérêt  annuel  (moins
Vincome-lax)  du  capital  supplémentaire  que  je  propose  de  répartir,
elle  pouvait  conserver  à  ses  profits  leur  taux  actuel,  il  lui  resterait  encore ­
  un  revenu  libre  de  542,000  1.  qui  porteraient  son  dividende  fixe
de  10  à  14  1/2  p.  O/o  et  s’ajouteraient  à  la  bonification  de  100  p.  O'o-Si
  la  Banque  distribuait  seulement  une  bonification  de  75  p.  0,0»
elle  conserverait  encore  un  capital  supplémentaire  plus  élevé  que
celui  de  1797,  et  jouirait,  dans  l’hypothèse  ci-dessus,  d’un  revenu  libre ­
  de  673,0001.  Elle  pourrait  élever  alors  ses  dividendes  fixes  de  10
à  15  1/2  p.  0/0,  et  ajouter  encore  au  boni  de  75  p.  O/o.

*  Les  relevés  produits  dans  l’Appendice  ont  été  calculés  de  janvier  en  janvier  Le
boni  ci-dessus  a  été  acquitté  en  avril  1801.  Les  profits  nets  de  la  Banque  ont  été
de  1,526,0191.  pour  toute  l’année  1801,  et  conséquemment,  pour  le  trimestre  finissant ­

  en  avril,  on  peut  l’évaluer  à.  381,5041.
qui  ajoutées  à  la  réserve  de  janvier  1801  4,553,209

donnent  la  somme  du  capital  supplémentaire  en  avril  1801  et  avant  la
répartition  des  dividendes  et  des  bonis,  soit  4,934,713  I.
dont  il  faut  déduire  ;
Dividende,  3  1/2  p.  o/o  pour  six  mois  4o7,484
Boni  582,120  989,604

Ce  qui  laisse,  pour  le  montant  des  bénéfices  en  réserve,  en
avril  l801  3,945,109
qui  comparés  au  chifre  de  1797  3,826,890
        <pb n="668" />
        617

DE  Í/ÉTARLISSEMENT  D’UNE  CIRCUEATION  MONÉTAIRE.
Cependant  il  serait  insensé  d’espérer  que  la  paix  put  offrir  à  la
Ranque  des  éventualités  aussi  fécondes  en  bénéfices  que  la  jïuerre,  et
les  actionnaires  doivent  se  préparer  à  une  réduction  considérable  de
leurs  revenus  annuels.  L’importance  de  cette  réduction  repose  sur
les  nouvelles  conventions  qui  devront  être  si  panées  avec  le  gouvernement, ­
  sur  le  montant  futur  des  dépôts  publics  et  sur  les  conditions
d’après  lesquelles  on  décrétera  la  reprise  des  paiements  en  numéraire.
Il  est  évident  que  si  l’on  adopte  le  plan  que  j’ai  proposé  dans  la  quatrième ­
  Section  de  cet  écrit,  la  dernière  circonstance  n’aura  pas  une
très-grande  influence  sur  les  bénéfices  de  la  Banque.
Mais  en  supposant  même  que  la  réduction  opérée  sur  les  profits  de
la  Banque  par  la  diminution  de  ses  différentes  catégories  de  ressour
%s  s’élevât  à  500,000  1.,  ces  profits  égaleraient  encore  son  dividende
fixe  de  10  p.  0  0,  et  survivraient  à  la  répartition  des  100  p.  O'o  donnés
^Rx  actionnaires.  En  effet,  si  mes  calculs  sont  exacts,  les  bénéfices  de
^Etablissement,  après  le  paiement  du  dividende  annuel  de  10  p.  O/o,
s’élevèrent  :

Au  1er  jajjvjgj.  1S16,  à  1,066,625  1
Eu  déduisant  donc  l’intérêt  (moins  la  property-  tax)  actuellement ­
  obtenu  sur  les  11,642,400  I.  qu’il  s’agissait
de  distribuer  523,9081.
plus,  la  perte  résultant  d’une  nouvelle  convention.  .  .  500,000  1,023,908
Il  resterait  un  excédant  annuel  de  42,717

Si  l’on  abaissait  à  50  pour  O/o  le  taux  de  la  répartition  des  horm,
I  excédant  annuel  des  bénéfices  sur  les  dividendes  de  10  p.  O/o,  se-*'uit
  de  .304,071  1.,  somme  équivalente  à  un  accroissement  continu
fi®  2  et  1/2  p.  O/o  dans  les  revenus  de  chaque  actionnaire.
Enfin,  si  l’on  renonçait  à  répartir  la  masse  des  réserves  pour  les
féiinir  au  capital  actif  de  la  Banque,  l’excédant  annuel  serait  de
^fifi,625  1.  et  équivaudrait  presque  à  un  accroissement  perpétuel
fi®  5  p.  o/o  dans  les  dividendes.
C®R  évaluations  reposent  sur  la  supposition  que  la  taxe  des  pro-O^'iétés
  sera  constamment  maintenue.  Aujourd’hui  cet  impôt  coûte
annuellement  plus  de  200,000  1.  à  la  Banque  et  absorbe  une  somme ­
  supérieure  à  des  dividendes  de  1  et  .3/4  p.  O/o.
Mais  quelles  que  soient  les  circonstances,  les  directeurs  sont  tenus,
^Rivant  moi,  de  distribuer  le  surplus  des  profits  parmi  les  actlnnnaires.
  La  loi  ordonne  impérieusement  cette  répartition,  et  les
PIrs  salutaires  préceptes  parlent  en  sa  faveur.
        <pb n="669" />
        OEUVRES  DIVERSES.
Dans  la  dernière  assemblée  générale,  l’honorable  M.  Boiiverie
demanda  qu’il  fût  soumis  aux  actionnaires  un  relevé  total  des  réserves ­
  de  la  Banque  ;  il  soutint,  avec  la  plus  grande  habileté,  que  la  loi
relative  à  la  répartition  successive  des  prolits  avait  été  probablement
dictée  au  législateur  par  les  résultats  merveilleux  que  produit  1  accumulation ­
  à  intérêts  composés,  et  par  les  dangers  qu’une  corporation
assise  sur  des  trésors  gigantcscpies  pouvait  taire  courir  à  la  conslitu
tion  et  au  pays.  Si  les  prolits  de  la  Banque  s’accumulaient  dans  le
même  rapport,  sans  que  l’on  augmentât  les  dividendes  actuels  de
10  p.  O/o,  l’agglomération  successive  des  bénéiiees  réservés  pendant
quarante  ans  laisserait  entre  ses  mains  un  capital  disponible  de  plus
de  120  millions.  C’est  donc  avec  sagesse  que  le  Parlement  a  ordonne
les  dispositions  suivantes  :  «  Tous  les  profits,  bénéfices,  avantages
qui  pourront  naître  des  opérations  de  ladite  corporation  (les  frais
d'administration  intérieure  seuls  exceptes),  devront  être  répartis  de
temps  en  temps  parmi  les  actionnaires  du  fonds  social  de  la  Banque,
proportionnellement  à  la  mise  de  chacun  et  à  sa  part  dans  l’intérêt
et  les  bénéfices  du  capital  collectif.  »
Ceux  qui,  dans  la  dernière  assemblée  générale,  justifièrent  les  directeurs ­
  de  s’être  écartés  des  prescriptions  de  la  loi,  pensèrent  que  les
réserves  pouvaient  être  avantageusement  colloquées  dans  le  capital
actif  de  la  Banque,  et  reeommaiidèrent  cette  mesure.  Il  paraîtrait  que
les  directeurs  sont  favorables  à  ce  projet.
Cette  mesure  reconnue  bonne,  il  resterait  à  déterminer  le  cliillre  du
capital  additionnel.  Pour  «da,  il  faudrait  que  les  actionnaires  eussent
devant  les  yeux  le  montant  de  leurs  fonds  aeeumuiés,  et  fussent  appelés ­
  à  juger  l’opportunité  de  la  réforme  :  alors,  et  alors  seulement,
on  obtiendrait  la  sanction  du  Carlcmcnt.
Mais  les  administrateurs  de  la  Banque  n’ont  rempli  aucune  de  ces
conditions.  Ils  ont  obéi  à  la  force  des  choses  qui  ajoutait  chaque  année ­
  des  réserves  nouvelles  au  capital  social,  mais  ils  n  ont  jamais  dé
terminé  le  cbilTrc  de  ces  accroissements  ,  présents  ou  futurs  ;  ils  ont
accumulé,  constamment  accumulé,  sans  soumettre  de  comptes  aux
actionnaires,  sans  les  consulter  ,  et  non  seulement  en  dehors  de  Ifi
sanction  législative,  mais  encore  au  mépris  d’une  loi  spéciale  trèspositive.

Mais  en  admettant  que  les  directeurs  sc  soumettent  à  toutes  ces
conditions,  le  fond  de  la  question  sc  trouvera-t-il  jugé  favorablement,
et  les  raisons  sur  lesquelles  on  a  voulu  appuyer  la  mesure,  en  disant
qu’elle  étendrait  les  opérations  de  la  Banque  et  qu’elle  fortifierait  le»
        <pb n="670" />
        619

DE  i;étahi.issement  D’une  cikculation  monétaire
garanties  mutuel  1«%  de  l’établissement  et  du  public,  ces  raisons  ontelles
  une  valeur  suflisante  pour  nous  la  faire  adopter?
Les  affaires  et  le  revenu  de  la  Banque  reposent,  comme  nous  l’avons ­
  déjà  établi,  sur  l’ensemble  des  fonds  qu’elle  peut  remuer,  et  ces
londs  dérivent  des  trois  sources  suivantes  :
Le  montant  deses  billets  en  circulation,  moins  les  espèces  et  les  lingots; ­
  l’ensemble  des  dépôts  publics  et  privés;  le  montant  de  cette
portion  de  son  capital  qui  n’a  point  été  prêtée  au  gouvernement.
Mais  les  deux  premières  catégories  de  fonds  contribuent  seules  aux
^cnéjices  réeh  de  la  Banque,  car  l’intérêt  des  réserves,  étant  seule-Dtent
  de  5  p.  O/o,  pourrait  être  obtenu  avec  autant  de  facilité,  si,  au
Leu  de  les  réunir  en  un  fonds  collectif,  on  les  livrait  à  la  gestion  individuelle ­
  de  chaque  souscripteur.  Si  les  actionnaires  prélevaient  sur
leur  capital  particulier  une  somme  de  10  millions  pour  en  doter  la
Lauque,  l’établissement  s’enrichirait  nécessairement  de  500,000  1.
représentant  l’intérêt  de  5  p.  O/o  sur  ces  10  millions,  mais  eux-mê-•Des
  ne  retireraient  aucun  profit  de  l’opération.  Supposons  maintenant ­
  les  10  millions  transformés  en  billets  et  servant  perpétuellement
mouvement  de  la  circulation  ;  ou  bien,  supposons  encore  que  cet
décroissement  de  10  millions  se  reporte  sur  les  dépôts  publics  et  pri-•
  dans  les  deux  cas,  le  revenu  de  la  Banque  n’aura  pas  été  seul
dngmcnté  de  500,000  1.,  ses  bénéfices  réels  se  seront  aussi  améliorés,
cette  supériorité  de  revenu  dériverait  entièrement  et  exclusive-"nent
  de  la  puissance  que  donne  aux  capitaux  la  formule  de  l’asso-^•ation.

M  existe  une  différence  profonde  entre  les  opérations  du  crédit  et
autres  industries.  Jamais  ou  ne  songerait  à  fonder  une  Banque,  si
profits  devaient  naître  entièrement  de  la  collocation  de  son  propre ­
  capital.  Scs  bénéfices  réels  datent  seulement  du  jour  où  elle  opère
le  capital  des  autres.  Dans  les  autres  industries,  au  contraire,  le
spéculateur  retire  souvent  des  bénéfices  énormes  de  l’emploi  de  son
propre  capital.
^^r,  si  ces  raisonnements  sont  justes  relativement  au  capital  addi-Donnel
  qu’on  prélèverait  sur  les  actionnaires,  ils  s'appliquent  également ­
  à  celui  dont  on  leur  enlève  la  jouissance.
L  n’est  donc  ni  nécessaire,  ni  désirable,  pour  augmenter  les  pro-Lls
  des  actionnaires  de  la  Banque,  d’accroître  son  capital.
un  autre  côté,  cette  augmentation  n’aurait  aucune  influence  sur
le  degré  de  sécurUé  que  peut  offrir  la  Banque.  En  effet,  les  demandes ­
  en  remboursement  qui  pourront  l’assiéger  ne  dépasseront  jamais
        <pb n="671" />
        020

CEUVRES  DIVERSES.

le  montant  des  billets  joints  aux  dépôts  publics  et  privés,  car  ces  trois
classes  de  valeurs  constituent  perpétuellement  la  totalité  des  dettes
de  rétablissement.  L’épuisement  de  l’encaisse  en  numéraire  et  en
lingots  ne  laisserait  pas  la  Bamjue  sans  ressources.  Tl  lui  resterait  encore ­
  des  valeurs  énormes  représentées  par  les  signatures  escomptées
et  parles  bons  de  l’Échiquier.  Ces  valeurs  doivent  être  au  moins  égales ­
  au  passif  de  la  banque,  et  dans  le  cas  même  où  il  n’existerait  plus
de  capital  excédant,  elles  ne  deviendraient  insulfisantes  qu’au  jour
où  l’établissement  perdrait  les  mille  privilèges  qui  déterminent  la
progression  de  ses  dividendes.  Et  encore  sa  force  ne  serait-elle  ébranlée ­
  que  dans  lecas  où  un  fabuleux  concours  de  demandeurs  exigerait
à  la  fois  le  remboursement  de  tous  les  billets  en  circulation  et  de
tous  les  dépôts  publics  ou  privés.
C’est  cependant  pour  conjurer  de  pareilles  éventualités  qu’on  lait
appel  à  tous  les  actionnaires.  On  lutte  à  l’avance  contre  des  circonstances ­
  impossibles,  et  ces  circonstances  elles-mêmes,  on  pourrait  facilement ­
  les  maîtriser  avec  le  fonds  vierge  de  11  ,(586,000  1.  que  l’Etat
doit  à  la  Banque.
Cette  mesure  fortifierait-elle  les  garanties  du  public?  Oui,  dans  un
sens.  Ainsi,  si  la  Banque  n’avait  d’autre  capital  que  celui  dont  dispose
le  gouvernement,  le  public  ne  serait  lésé  que  du  moment  où  l’ensemble ­
  de  ce  capital,  c’est-à-dire  plus  de  11  millions  1/2,  aurait  été  dévoré
dans  le  mouvement  de  ces  opérations  générales;  si  le  capital  doublait,
la  Banque  aurait  à  perdre  23  millions  avant  que  ses  créanciers  pussent
en  ressentir  le  contrecoup.  Les  promoteurs  zélés  de  la  mesure  sont-ils  j
préparés  à  soutenir  que  c’est  contre  les  consé(|ucnces  d’une  telle  extinction ­
  de  capital  qu’ils  désirent  protéger  la  nation  ?
il  nous  reste  à  envisager  si  l’accroissement  du  capital  de  la  Banque  |
accroîtrait  en  même  temps  les  facilités  qu  elle  a  pour  payer  scs  billets  |
en  espèces.  Ces  facilités  se  mesurent  sur  le  quantum  du  numéraire  |
qu’elle  doit  conserver  pour  répondre  aux  demandes  probables  des  i
porteurs  de  ses  billets.  Sous  ce  rapport,  sa  puissance  ne  saurait  être
augmentée,  car,  dès  ce  jour,  s’il  lui  plaisait,  elle  pourrait  posséder  un  I
encaisse  égal  non-seulement  à  l’ensemble  de  ses  émissions,  mais  en-  j
core  à  la  totalité  des  dépôts  publics  et  privés  :  or,  dans  aucune  hypn-  |
thèse,  les  sollicitations  du  dehors  ne  pourraient  dépasser  ces  valeurs
réunies.  Mais,  d’ailleurs,  les  profits  de  la  Banque  dépendent  essentiel-  |
lernent  de  fexiguïté  de  sa  réserve  en  espèces  et  en  lingots,  l’oute  la
science  de  ses  opérations  consiste  à  alimenter  la  circulation  la  plu»  ;
vaste  avec  I  a  plus  petite  quantité  possible  de  eapitaux  immobilisés  ,
        <pb n="672" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE,  Râl
sous  forme  de  réserve.  Le  montaut  des  billets  en  circulation  ne  dépend ­
  pas  de  l’importance  du  capital  que  possèdent  les  créateurs  du
papier,  mais  bien  des  exigences  de  la  circulation  générale;  et  le  chiffre
cette  circulation  se  règle,  comme  j’ai  essa&amp;gt;é  de  le  démontrer,  sur  la
valeur  de  l’étalon  (  standard),  sur  l’ensemble  des  paiements  et  sur  le
degré  d’économie  introduit  dans  les  transactions  financières.
L’accroissement  du  capital  de  la  banque  n’aurait  donc  qu’un  seul
effet:  il  lui  permettrait  de  prêter  au  gouvernement  ou  aux  négociants
des  fonds  qui,  autrement,  eussent  été  avancés  par  les  particuliers  eux-•Rèmes.
  La  Banque  multiplierait  ses  opérations  ;  elle  grossirait  le
nombre  des  effets  de  commerce  et  des  billets  de  l’Echiquier  qu  elle  a
portefeuille,  elle  augmenterait  même  son  revenu;  mais,  en  supposant ­
  que  le  taux  courant  de  l’intérêt  fût  de  5  p.  O/o  et  que  la  même
économie  présidât  aux  affaires  de  l’établissement,  les  bénéfices  des
aetioiinaires  n’éprouveraient  ni‘accroissement,  ni  diminution.  Si
même,  par  la  gestion  individuelle  de  leurs  capitaux,  les  actionnaiavaient
  pu  en  retirer  des  j)rolits  plus  élevés,  soit  dans  le  commerce, ­
  soit  dans  toute  autre  branche  d’exploitation,  ils  se  trouve-*’aieut
  avoir  subi  une  perte  positive.
Mais  les  directeurs,  en  opposition  avec  un  acte  formel  du  Parlement,
De  refusent  pas  seulement  de  faire  la  répartition  des  bénéfices  en  ré-^erve,
  ils  se  sont  également  déterminés  à  ne  pas  communiquer  aux  actionnaires ­
  le  chiffre  de  ces  bénéfices,  et  cela  au  mépris  de  leurs  statuts
yRi  ordonnent  «  de  convoquer  deux  fois  par  an  une  assemblée  géné-*
  cale  des  actionnaires  dans  le  but  d’examiner  la  situation  et  les  res-"
  sources  de  la  société,  de  calculer  les  dividendes  sur  tous  ¡es  produits,
“  HinèraJemenl  (¡nelconques,  recueillis  dans  le  mouvement  du  capital
“  Social  et  de  les  répartir  entre  les  ayants  droit,  pro|)orlionnellement
"  ^  la  mise  et  à  l’intérêt  de  chacun.  «
tt  dans  le  cas  même  où  la  loi  serait  muette,  les  directeurs,  avant
refuser  la  communication  des  comptes  aux  actionnaires,  seraient
loiius  d’indi(|uer  les  conséquences  fâcheuses  qui  peuvent  résulter
^  One  telle  publicité.
^otte  publicité  est  le  seul  gage  qu’aient  les  actionnaires  de  la
loyauté  et  de  l’habileté  des  directeurs.  Elle  est  précieuse  à  ce  titre,
^®r  il  se  peut  que  les  affaires  de  la  Banque  ne  soient  pas  toujours
dirigées  par  des  hommes  tels  que  ceux  qui  sont  actuellement  à  sa
et  contre  ies(¡ue]s  il  ne  s’est  pas  élevé  l’ombre  d’un  soupçon,
sont  les  garanties  des  actionnaires  contre  une  administration
Corrompue  et  avide  ?  N’ont-ils  pas  été  sans  winptes,  sans  distribution
        <pb n="673" />
        G22

OEÜVRKS  DIVERSES.
de  bénéfices,  pendant  plus  de  dix  ans?  La  voix  de  tous,  en  publiant
l’augmentation  des  sources  de  leurs  revenus,  n’a-t-elle  pas  été  pour
eux  la  seule  preuve  de  l’accumulation  successive  de  leurs  bénéfices?
A  des  hommes  appelés  à  administrer  des  millions  et  voués  à  cette
mission  délicate,  il  ne  sied  point  de  demander  une  confiance  aussi
illimitée,  une  foi  aussi  entière  dans  leur  valeur  personnelle,  sans
8  appuyer  sur  des  motifs  8t*rieux  j  et  cependant  la  seule  réponse
que  firent  les  directeurs  à  la  motion  portée  dans  la  dernière  assemblée ­
  pour  obtenir  la  présentation  des  comptes  ,  fut  qu’ils  considéreraient ­
  l’adoption  d’une  telle  mesure  comme  un  acte  de  défiance,  et
comme  une  condamnation  de  leurs  œuvres.
De  tous  côtés  on  proteste  contre  de  telles  pensées;  mais,  chose
étrange  à  redire,  on  ne  peut  obtenir  d’autre  réponse  de  la  part  des
directeurs.
La  publication  des  comptes  est  doublement  nécessaire  aux  actionnaires. ­
  Elle  leur  sert  à  apprécier  la  moralilé  de  la  gestion  des  directeurs, ­
  et  en  même  temps  à  s’assurer  de  VhabiJeté  avec  laquelle  leurs
al  lai  res  sont  administrées.  Depuis  1797,  il  n’a  point  été  dressé  acte
de  la  situation  de  la  llanque,  et  le  document  même  qui  fut  redige
alors  par  nécessité,  fut  soumis  au  Parlement  seul  et  n’arriva  point
jusqu’aux  actionnaires  intéressés.  Comment  ces  derniers  sauraientils
  donc  si,  dans  les  circonstances  où  ils  se  sont  trouvés  placés, ­
  les  directeurs  ont  constamment  su  donner  à  leurs  opérations
la  marche  la  plus  favorable,  à  leurs  capitaux  la  destination  la  plus
productive  ?  Ne  serait-il  pas  désirable  que,  de  temps  en  temps,  les
actionnaires  pussent  examiner  si  leurs  légitimes  espérancTS  ont  été
réalisées,  et  si  leurs  affaires  ont  été  conduites  avec  autant  d'habileté ­
  que  d’honneur  et  de  loyauté  ?  Peut-être,  si  ce  système  de  commuuimtion
  générale  des  comptes  avait  été  toujoui's  suivi,  les  actionnaires ­
  eussent  sévèrement  blâmé  les  directeurs  de  179.1,  1794  et
1795  iK)ur  avoir  si  mal  géré  leurs  intérêts  en  gardant  constamment
dans  leurs  caisses  une  réserve  qui  dépassa  généralement  les  trois
quarts  ,  et  descendit  rarement  au-dessous  de  la  moitié  des  billets  en
circulation.  Ces  derniers  eussent  probablement  appris  alors  qu’un  tel
abandon  des  ressources  delà  Banque  indiquait  une  connaissance  bien
légère  des  principes  qui  régissent  une  circulation  de  papier  '.

*  Pour  le  montant  du  numéraire  et  des  lingots  conservés  à  la  Banque  pendant
ces  quelques  années  je  m’en  réfère  aux  calculs  que  j’ai  déjà  indiqués,  p.  614.  Je
n’ai  aucune  raison  pour  douter  de  leur  exactitude  générale.
        <pb n="674" />
        623

DE  L’ÉTARI.ISSEMENT  D’UNE  CIUCUEATION  MONÉTAIRE.
Tous  ces  vices,  qui  accusent  le  système  des  directeurs  de  la  Banque, ­
  ont  éveillé  l’attention  d’un  actionnaire  indéjtendant,  M.  Allardyce,
  en  I7t)7  et  1801.  Dans  son  excellent  écrit  sur  les  affaires  de
la  Banque,  il  a  établi  de  la  manière  la  plus  énergique  et  la  plus
habile  l’illégalité  de  leur  conduite  ;  son  opinion  fut  confirmée  par
'f-  (aujourd’hui  sir  James)  Mansfield,  qu’il  avait  consulté  sur  la
marche  à  suivre  pour  forcer  les  directeurs  à  soumettre  aux  actionnaires ­
  la  situation  de  l’établissement.  Voici  la  réponse  de  sir  James
Mansfield  :
•  Ma  conviction  est,  qu’aux  assemblées  générales  des  semestres,  tout
actionnaire  a  le  droit  d’exiger  de  la  part  des  directeurs  la  remise  de
tous  les  comptes,  livres  et  papiers  qui  peuvent  être  nécessaires
pour  apprécier,  la  vitalité  de  la  société,  la  puissance  de  ses  capitaux, ­
  et  pour  déterminer  le  chiffre  des  répartitions  individuelles  ;  j’ajoute ­
  qu’il  est  du  devoir  des  directeurs  de  satisfaire  à  ces  exigences
légitimes.  Quant  à  la  méthode  à  suivre  pour  obtenir  la  communication
que  désirent  ceux  qui  m’ont  consulté,  la  voici  :  —  Que  les  actionnaires,
*‘éunis  en  une  majorité  respectable,  donnent  immédiatement  avis  au
gouverneur  et  aux  autres  administrateurs  qu’à  la  prochaine  assemblée
  générale  ils  demanderont  la  remise  de  tous  les  livres  ,  comptes
of  papiers  nécessaires,  line  fois  cette  assemblée  ouverte,  ils  dc-''cont
  reproduire  et  formuler  de  nouveau  leurs  réclamations;  si
‘‘^rs  efforts  sont  infructueux,  je  les  engage  a  s’adresser  au  gouver-"eur
  innnédiateincnt,  ou  quelques  jours  après  la  tenue  de  l’assemhlée
  générale,  i&amp;gt;our  le  prier  de  convoquer  une  nouvelle  réunion  :
‘‘^‘tte  adresse  devra  être  faite  par  neuf  membres  au  moins,  ayant
h%un  500  I.  d’actions.  Si  le  gouverneur  refuse  de  convoquer  une
•nouvelle  assemblée  générale,  les  neuf  membres  ¡Marieurs  de  la  propo  -
*M!on  pourront  eux-mêmes  l’organiser  suivant  b«  termes  inserils
^^Ds  les  statuts.  Dans  tous  les  cas,  que  la  convocation  ait  été  faite
le  gouverneur  ou  par  les  actionnaires,  je  les  engage  à  s’adresser
^  la  Cour  du  Banc  du  roi  pour  en  obtenir  une  ordonnance  (manqui
  prescrive  au  gouverneur  et  aux  directeurs  de  soumettre
^  l’assemblée  tous  les  livres,  comptes  et  papiers  nécessaires.
«  J.  Mahsfield.  "
Temple,  9  mars  1801.
(Conformément  à  cette  consultation,  M.  Allardyee  soumit  à  l’as-^niblée
  suivante  du  11)  mars  1801  une  demande  écrite  qui  tendait  à
obtenir  la  communication  de  tous  les  comptes,  l  a  mort  vint  1  arrêau
  moment  où  il  allait  sans  doute  poursuivre  la  marche  qui  lui
        <pb n="675" />
        6á4  ŒUVRES  DIVERSES.
avait  été  indiquée  par  sir  James  Mauslield,  et  depuis  lors  aucun  actionnaire ­
  ne  s’était  encore  élevé,  jusqu’à  la  dernière  assemblée  générale, ­
  pour  continuer  son  œuvre.  Lin  lait  bien  remarquable,  c’est  que
dans  la  séance  même  du  19  mars  1801,  où  la  proposition  de  M.  Allardyce
  lut  faite  et  rejetée,  on  mit  aux  voix,  à  la  grande  surprise ­
  des  actionnaires,  un  boni  de  5  p.  ü/q  qui  fut  distribué  en  obligations ­
  5  p.  Ü/o  de  la  marine.  La  première  motion  de  M.  Allardjce
date  de  l’assemblée  générale  tenue  le  14  décembre  1797,  et  dès  le
mois  de  mars  1799  ou  répartit  en  5  p.  ü/o  appartenant  à  la  création
de  1797,  un  boni  de  10  p.  O/q.  Je  ne  pense  pas  que  M.  Allard)ce
ait  renouvelé  sa  requête  de  décembre  1797  à  mars  1801.
Depuis  1797  les  actionnaires  ont  donc  complètement  ignoré  le  cours
des  affaires  de  la  Banque.  Les  directeurs  ont  pu  jouir  pendant  un  espace ­
  de  dix-huit  années  et  sous  l’égide  du  silence  de  leurs  fertiles  opérations. ­
  ils  peuvent  penser  aujourd’hui  que  les  intérêts  de  la  Banque
réclament  la  prolongation  de  ce  système,  et,  qu’à  la  veille  de  nouveaux ­
  arrangements  avec  l’Ltat,  il  peut  être  utile  de  cacher  le  montant ­
  des  bénélices  en  réserve.  Mais  l’attention  publique  s’est  dernièrement ­
  lixée  sur  les  aÜaires  de  la  Banque,  et  l’on  commence  à  scruter
et  à  comprendre  la  marche  de  ses  prolits.  La  publicité  ne  peut  plus
être  que  favorable  à  la  Banque,  car  on  a  déjà  répandu  des  aperçu
exagérés  sur  ses  bénélices,  et  ces  aperçus  ont  soulevé  des  prétentions ­
  exorbitantes  qu’il  importe  de  rectilier  au  moyen  de  documents
oliiciels.  D’ailleurs,  le  privilège  de  la  Banque  lui  a  été  assuré  pour
dix-sept  ans  encore  ;  d’ici  là,  la  partie  la  plus  lucrative  deses  opérations ­
  demeure  interdite  aux  réclamations  du  public.
Si  la  charte  touchait  eüectivement  à  son  terme,  le  pays  aurait  le
droit  de  discuter  la  valeur  d’un  système  qui  décerne  à  une  société  de
négociants  tous  les  avantages  attachés  au  privilège  exclusif  démettre
la  monnaie  de  papier  d’une  nation.  Lu  face  des  cruelles  expériences
subies  par  d’autres  États,  les  esprits  répugneraient  sans  doute  a  couber
  un  tel  pouvoir  au  gouvernement  j  mais  dans  un  pays  libre  il  est
permis  d’espérer  qu’on  trouverait  les  moyens  nécessaires  pour  réaliser ­
  cette  bienfaisante  réforme  et  pour  soustraire  la  circulation  a
rinllueuce  des  ministres.
On  peut  envisager  la  monnaie  de  papier  comme  produisant  un
seigueuriage  équivalant  à  la  totalité  de  sa  valeur  échangeable.  Or,  le
seigueuriage  appartient,  dans  tous  les  pays,  au  gouvernement,  et
avec  des  garanties  de  remboursement,—  telles  qu’ellesont  été  énumérées ­
  dans  la  première  partie  de  cet  écrit,  —avec  la  nomination  de
        <pb n="676" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D  UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  62*;
commissaires  relevant  du  Parlement,  seul,  l’État,  en  se  eonstituant  le
créateur  unique  du  papier-monnaie  de  la  métropole  et  de  la  province,
assurerait  au  revenu  public  un  tribut  réel  de  deux,  millions  sterliii".
Mais  comme  la  banque  est  protégée  contre  ce  danger  jusqu’en  18.33,
les  raisons  qui  militent  en  faveur  de  la  publicité  trouvent  ainsi  une
consécration  nouvelle.

APPENDICE.

I-  Tableau  indiquant  le  montant  de  l’allocation  annuelle  payée  par  le
public  de  1797  à  1815,  pour  Vadminhtration  des  dettes  de  VAngleterre, ­
  de  llrlatide,  de  l’Alletnagne  et  du  Portugal.

Années  commençant  le  6  janvier.  I.
1707  1(52,431
1798  212,592
1799  218,190
1800  238,294
1801  23(5,772
1802  3(53,105
1803  247,538
1804  2(57,78(5
1805  271,911
1800  292,127
1807  297,757
1808  210,549
1809  222,775
1810  217,825
1811  228,349
1812  223,705
1813  238,827
1814  242,2(53

8.  d.
5  3
1  5
17  O
3  8
15  8
14  (5
11  O
19  7
11  9
9  10
1(5  I
2  7
2  4
13  5
1(5  O
12  5
17  7
14  7

'  Ées  différents  chiffres  de  ce  tableau  ont  été  puisés  dans  le  compte  annuel  des
^àiances,  publié  par  les  ordres  de  la  chambre  des  Communes.  Ils  comprennent  ce
nai  a  été  payé  non-seulement  à  la  Banque,  mais  encore  à  l’Echiquier  et  à  la
^•npagnie  de  la  mer  du  Sud.  La  commission  annuelle  de  la  (kimpagnie  est  actuellement ­
  d’environ  14,,560  I.  ;  en  1797  elle  était  de  14,657  liv.  l.a  commission
l’Échiquier  s’éleva,  en  1807,  jusqu’à  6,760  I.  6  s.  8  d.  ;  elle  descendit  graduel-®'«ent
  à  2,4851.  et  a,  je  pense,  complètement  cessé  aujourd’hui.
l'U  Banque  a  aussi  reçu  ui*  allocation  pour  les  rentes  viagèrr«,  depuis  1810;  et
environ  1,200  1.  ou  1,300  liv.  par  an  depuis  1812,  pour  la  gestion  d'un  emprunt
e  Jeux  millions  et  demi,  réalisé  au  nom  de  la  compagnie  des  Indes-Orientales,—
sommes  qui  ne  figurent  pas  dans  le  tableau  ci-dessus.
(OEuv.  de  Ricardo.)  40
        <pb n="677" />
        ŒUVUES  DIVERSES.

62G
IL  Tableau  indiquant  les  sommes  payées  annuellement  à  la  Banque
pour  le  recouvrement  des  souscriptions  aux  emprunts  publics  L

Année  commençant  à  la  Saint-Michel,
179G
1797
Année  commençant  le  5  janvier.
1799
1800
1801
1802
1803
180)
1805
180G
1807
1808
1809
1810
1811
1812
1813
1814

1.  8.  d.
20,506  3  4
27,410  0  3
10,115  6  8
12,439  15  5
39,080  17  11
22,538  12  3
9,009  10  0
11,083  19  7
18,130  16  3
10,115  10  8
12,650  18  7
8,400  0  0
11,680  0  0
14,705  0  0
19,031  14  0
21,039  8  9
42,200  0  0

II1.  Le  montant  général  de  la  dette  non  rachetée  de  la  Grande-Bretagne
  et  de  Vfriande.  y  compris  les  prêts  faits  à  l’empereur
d’Allemagne  et  au  prince  régent  de  Portugal,  payables  en  Angleterre,
s’élevait,  au  fét^rier  1815  et  d’après  le  compte  soumis  au  Parlement, ­


à  1.  727,707,421.  2.5  3/1
id.  pour  les  Compagnies  des  Indes-Orientales.  3,929,501.  0.0
Dette  contractée  du  1"  février  au  l"  août  1815.  I.  87,448,402.10  731,090,982  2.5  3'  i
Haclicté  du  1"  février  au  1"  août  1815..  .  .  11,099,100.0  70,449,230.10.0
Total  de  la  dette  non  rachetée  au  1"  août  1815  1.  808,040,218.18.5  3/4
Les  frais  d’administration  de  cette  dette  sont  :
1.  15,233,484—13—11  Dette  et  rentes  de  la  Compagnie  do  la  mer  du  Sud,  ¡tour  lesquelles ­
  il  est  alloué  à  celte  Compagnie.  1.  14,500—  4  —Il

11,080,000—  0—  0  Rentes  inscrites  au  nom  de  la  llauque.  .  5,898—  3—  5
000,000,000—  0—  0  à  raison  de  340  l.  par  millions  .  .  .  .  204,0(K)—O—  0
181,120^734——  4—  0  3/4  à  raison  de  3001.  id.  ....  54,338—  O—  5

1.  808,040,218—18—  5  3/4
2,795,340—  0—  O  rentes  viagères  899—  5—  0
39,735,898—  0—  8  pour  1,589,435  1.  0  8.  8  d.,  aiiuuilés  de
25  années  11,920—15—  4
1.  850,577,457—  5—  1  3/4

A  déduire  la  première  somme  payée  à  la  Compagnie  de  la  mcr[du
Sud  14,500  —  4—Il

Frais  d’administration  payés  à  la  Rauque  d’Angleterre  sur  la  dette
telle  qu’elle  existait  au  C'  août  1815  277,050—  4—  «

1  Ce  tableau  a  été  puisé  dans  un  compte  soumis  au  Parlement,  le  19  juin  1815-
        <pb n="678" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.

627

IV.  Moyennes  de  la  circulation  des  billets  de  banque,  y  compris  les
liank-post-bills,  pour  chacune  des  années  suivantes  :

Année«.

1797
1798
1799
1800
1801
1802
1803
1804
1805
180«
1807
1808
1809
18)0
1811
1812
1813
1814
1815

Billets  de  5  livres  et  mu
detsus,  y  compris  les
nimudati  sur  U  poste.

10,095.020
ll,527,2.'m
12,408,522
13,598,606
13,454,367
13,917,977
12,983,477
12,621,348
12.697,352
12,844,170
13,221,988
13,402,160
14,133,015
16,085,522
16,286,950
15,802,120
16,057,000
18,540,780
18,157,956

Billet«  .u.&amp;lt;le«K)ui
de
1,096,100
1,807,502
1,653,805
2,243,266
2,715,182
3,130,477
3,864,045
4,723,672
4,544,580
4,291,230
4,183,013
4,132,420
4,868.275
6,644,703
7,260,575
7,600,000
8,030,000
9,300,000
9,161,454

Total.
11,191,720
13,334,752
14,062,327
15.841.932
16,169,594
17,054,454
16,847,522
17,345,020
17.241.932
17,135,400
17,405,001
17,534,.580
19,001,890
22,730,285  '
23,547,525
23,462,120
24,087,000
27,840.780
27,319,410

V  Aperçu  des  profits  de  la  Banque  d’Angleterre  pour  l’année
commençant  le  5  janvier  1797.
||HIeu  de  banque  en  circulation  1.  11,191,720
publics  6,000,000
'^dant  des  bénéüccs  en  réserve  sur  le  capital..  3,826,890  *

.  20,018,610
déduire  :  espèces  et  lingots  5,000,000

P  Fonds  portant  intérêt
'’»imission  pour  la  gestion  de  la  dette  publique.
id.  id.  des  emprunts
In,,  id.  id.  des  loteries
Adrets  sur  11,686,000  1.  prêtés  au  gouvernement  à  3p.  0/0

15,018,610  à  5  p.  0/0.

A  déduire  :
ÿ'I'cnses  1.  150,000
CÂ?  des  billets  12.000
itiibutions  volontaire  200,000

1.  750,930
143,800
20,506
1,000
350,604
I.  1,266,840

362,000

Dividende  à  7  p.  0/0  sur  1.  11,642,400,
Proilt  net

904,840
814,968

1.  89,872

'  Jusqu’en  1811  les  résultats  ci-dessus  ont  été  puisés  dans  le  rapport  du
l^^^iton-Committee  :  depuis  lors  on  les  a  extraits  des  relevés  soumis  au  Parlenient.

'  C’est  la  somme  que  la  Banque  établit  devant  le  Parlement,  le  26  février  1797,
domine  constituant  son  excédant  de  capital.
        <pb n="679" />
        miUVIŒS  DIVEUSES.

«W8

Aperçu  relatif  à  Vannée  commençant  en  janvier  1798.

Héserve  des  bénéfices  avant  1707  I.  3,826,800
i,i.  id.  de  1707  89,872
3,916,762
Hilicts  de  banque  en  circulation  13,334,752
Uc()éts  publies  5,700,000
22,951,614
A  déduire  :  espèces  et  lingots  4,0(K),000
Fonds  portant  intérêt  18,951,514  a  5  p.  O'O.
Commission  pour  l’administration  de  la  dette
nationale  !•  102,000
Commission  pour  ies  emprunts  27,410
id.  les  loteries  1,909

Intérêt  sur  11,686,8001.  de  capital  à  3  p.  0/0

1.  947,575

220,410
3:&amp;gt;0,6&amp;lt;^
T¡5T^580

A  déduire  :
Dépenses
Droits  de  timbre
Dividende  de  7  p.  0/0
Profit.  .

158,000
12,000
814,068  984,008
T  .  .  \  .  .  1.  533,Oij

Année  commençant  le  o  janvier  1799.

Réserves  antérieures  1«  3,016,762
id.  de  1798

Dillets  de  banque
Dépôts  publics.  .
A  déduire:  espèces  et  lingots
Fonds  portant  intérêt
Commission  pour  la  gestion  de  la  dette  nationale ­

Commission  pour  les  emprunts
id.  les  loteries

4,450,383
14,062,300
6.400,000
24,012,683
3,000,000
21,012,683  à  5  p.  0,0.

196,700
16,115
1,000

Intérêt  à  3  p.  0/0  sur  11,686,000,

A  déduire  :

1.  1,095,634

213,815
350,6^
1.  1,660,0^1

Dépenses  *  66,000
*  Timbre  des  billets  24,000
Dividende  de  7  p.  0/0
lionî  (le  10  p.  o/O.  1,104,2  #0

Reste,

2,I69,2J5
1.  500,155

Année  commençant  le  5  janvier  1800.

Réserves  antérieures  I.  4,450,383
Perte  en  17  09  509,155
3,941,228
A  HEl'ORTER  3,941.228

p  *  L’abonnement  pour  le  timbre  fut  élevé,  cette  année,  à  24,000  liv.  ;
en  1803-1804  à  .32,000  1.  en  1800-1807  à  42,000  I.  —eten  1815-1818  f
8  7,500  I.
        <pb n="680" />
        DK  L’ÉTABLISSEMENT  D'UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE  (529
Report  3,941,228
{lillets  (le  banque  I  &amp;amp;,841,9(K&amp;gt;
Uépôk  7,109,900
20,883,128
P  ,  A  déduire  :
Espèces  et  lingots  3,000,000
•  fit  au  gouvernement  3,000,000  *  6,000,000
Tonds  portant  intérêt  .  .  ,  .  1.  20,883,128^iTi&amp;gt;  p.  0  0  1,044,150
''dministration  de  la  dette  n  aliónale  210,700
id.  des  emprunts  12,489
id.  des  loteries  1,000  230,189
•utérct  sur  11,686,0001  ...  .  .  .  350.604
1,024,949
.  A  déduire  ;
»«penses  174,000
•  imbre  des  billets  24,(MX)
»'Videndede7  p.0/0  814,908  1,012,908
Proüt  1.  611,981
Année  commençant  en  janvier  1801.
Réserves  antérieures  L  3,941,228
Excédant  actif  de  1800  611,981
4,553,209
Oillets  de  banque  10,109,500
7,800,000
,  1.  28,522,709
/et  au  gouvernement  3,000,000
•^Peces  et  lingots  3,000,000  ,  6,000,000
Tonds  portant  intérêt  22,522,709  à  5  p.  04).  1.120,135
"Or  l'administration  de  la  dette  nationale.  .  .  215,2(K)
id.  pour  emprunts  39,080
id.  pour  loteries  1,000  25j,280
intérêt  sur  le  capital
1,732,019
I,.  A  déduire  :
"'‘penses  182,000
i'Uibre  24,000  2üO,(XX)
'  '  1.  1,520,019
‘'^idende  de  7  p.  0  0  814,968
»"n  de  5  p.  O/ô.*  582,120  1,397,088
128,931
'*’^e  sur  les  propriétés  *  ^’^»893
Profit  1.  110,038^
Année  commençant  en  janvier  1809.
;  ;  ;  ;
30,319,247
^  ‘  l  a  Ban(}ue  prêta,  à  cette  époque,  au  gouvernement  trois  millions  sans  i»tetérets
  pour  dix  années  ;  plus  tard,  elle  continua  le  même  prêt  pour  8  ans  et  à  I  iu-'^»’êt
  de  3  p.  0/0.
*  Jusqu’en  1800  la  taxe  sur  les  propriétés  fut  payée  par  les  actionnaires.  A  cette
JPoque,  la  Banque  convint  de  l’acquitter  sur  le  montant  général  de  ses  bené-’'&amp;lt;^es,
  et  de  ue  faire  aucune  déduction  individuelle  sur  les  certificats  de  dividende.
        <pb n="681" />
        ŒUVRES  DIVERSES.

()30

A  déduire  :

Prêt  au  gouvernement  3,000,000
Espèces  et  lingots  3,000,000  .  6,000,000

Fonds  portant  intérêt  24,319,247  à  5  p.  0/0.
Pour  l’administration  de  la  dette  nationale.  .  .  241,600
id.  des  emprunts  22,538
id.  des  loteries  1,000

Intérêt  sur  le  capital.  .  .  .
A  déduire  :

1,215,962
265,138
350,60j
1,831^

Dépenses  190,000
Timbre  des  billets  24,000
Dividende  de  7  p.  0/0  814,968
Boni  de  2  1/2  p.  0/0  291,060

Taxe  sur  les  propriétés
Profit

1,320,028
511,676
51,167
J^6o75§

Année  commençant  en  janvier  1803.

Réserves  antérieures
Profits  en  1802
Billets  de  banque
Dépôts.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  ..
Prêt  au  gouvernement  3,000,000
Espèces  et  lingots  3,000,000
Pour  l’administration  de  la  dette  nationale.  .  .
id.  des  emprunts
id.  des  loteries
Intérêt  sur  le  capital

A  déduire  :
Dépenses
Droit  de  timbre
Dividende  de  7  p.  0/0
Taxe  sur  les  profits  nets  h  5  p.  0/0
Profit

1.  4,669,247
460,509
1.  5,129,756
16,847,500
9,300,000
31.277.256
6,000,000_
25.277.256  à  5  p.  0/0.  1.  1,263,862
236,609
350,6^
1,85IJ35

1,014^
806,16'
40,308
1.  765,8^

226,000
9,669
1,000

198,000
32,000
814,968

Année  commençant  en  janvier  1804.

Réserves  antérieures
Profits,  en  1803
Billets  de  banque
Dépôts.  .............
A  déduire  r
Prêt  au  gouvernement.  .  .  .  3,000,000
Espèces  et  lingots  3,000,000
Fonds  portant  intérêt
Commission  pour  la  dette  nationale.  .  .  .
A  REPORTER,

6,129,756
765,859
5,895,615
17,345,020
10.000,000
33,240,635'

6,000,0^
277^0.635  à  5  p.  0/0
246,700

1,362,030

1,362,030
        <pb n="682" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  m

Report.

i(l.  sur  les  emprunts  »  »
,  W.  sur  les  loteries  .3,000
Intérêt  sur  le  capital

A  déduire  :

îîppflnses  206,000
Ombre  sur  les  billets  .  .  .  32,000
dividende  de  7  p.  0/0  814,068
lioni  de  5  p.  0  0  582,120

Taxe  sur  les  propriétés,  à  raison  de  6  1/4  p.  0  0.
Profit

1,362,030
249,700
350,604
1,962,334

1,635,088
327,246
20,452
306,794

Année  commençant  en  janvier  1805.

JJéserves  antérieures
Profiten  1804
jWleU  de  banque;  .  .  .  .  .  ....
Prêt  au  gouvernement  3,000,000]
lí-spèces  et  lingots  3,000,000

Allocation  pour  la  dette  nationale,
pour  les  emprunts..  .
pour  les  loteries.  .  .
intérêts  sur  le  capital

A  déduire  :
Ç^PPnses
/.{“ibres
I  ‘'‘dende  de  7  p.  0/0
de  5  p.  o/O
Taxe  sur  les  propriétés  à  10  p.  0  0.
Profit.  .

1.  5,89.5,615
306,794
6,202,409
17,241,932
10,700,000

6,000,000
28,144,341  à  5.  p.  0  0.

254,400
11,683
4,000

1,407,217

270,083
350,604

2,027,904

214,000
32,000
814,968
582,120  1,643,088
384,816
38,481
346,3.35

Année  1806.

«Ärsr".'-3,000,000

  .  .
3,000,000

Immission  pour  la  dette  nationale.
Î'I*  pour  les  emprunts.  .  .
In.  pour  les  loteries..  .  .
‘»'U'ret  sur  le  capital

1.  0,202,409
346,335
6,548,744
17,135,418)
11,000,000
34.684.144
....  à  3  p.  0“0
6,000,000
28.684.144  à  5  p.  0  0.
^5,000
18,130
2,000

t.  90,000
1,434,207

295,130
.350,604

2,169,941
        <pb n="683" />
        032

OEUVRES  DIVERSES.

A  déduire  :

Dépenses  '  222,000
Droits  de  timbre  :(2,000
Dividende  de  7  p.  0  0  814,908
Donideùp.  0/0  f,82,l20

Taxe  de  10  p.  0/0  sur  le  profit  net  51,885
id.  sur  le  boni  et  le  dividende  d’octobre.  .  .  .  98,900
Profit  ""i  ¡  '  ~

1,051,088
1,518,853
_IW),8i5
308,008

Année  commençant  en  janvier  1807.

Réserves  antérieures,
Bénéfices  de  1800.  .

Billets  de  banque.  .
Dépôts

Prêts  au  gouvernement....  3,000,000.  .
Espèces  et  lingots  3,000,000

Administration  de  la  dette  nationale
id.  des  emprunts
id.  des  loteries
Commission  pour  le  recouvrement  de  la  taxe  des
propriétés
Intérêt  sur  le  capital

A  déduire  :

1.  6,548,744
308,008

0,910,7.52
17,40.5,000
11,000,000

35.321.752
.  .  .  .  .  à  3  p»
6,000,000
29.321.752

280,500
16,115
5,000

0/0.  90,000
Ç466^M
1.  1,556,087

3,154

304,769

350,604
2,211,460

Dépenses  230,000
Timbre  42,000

Dividende  de  10  p.  0/0  1,164,240
Taxe  sur  les  propriétés  193,946
Profit  1  i  }  r

272,000
1,939,460
1,3.58,186
581,274

Année  1808.

Réserves  antérieures  6,916,752
Profit  eu  1807  581,274
u  n  .  1  ,  7,498,026
Billets  de  banque  17,5.34,580
11,000,000
n  „  36,032,606"
1  let  au  gouvernement  3,000,000  à  3  p.  0/0.
P  ,  'd  ....  3,(MM),000
Especes  et  lingots  3,000,000  9,000,000
27,03^00"
Administration  de  la  dette  nationale  193,000
id.  des  emprunts  12,6.50
id.  des  loteries  2,(HH)
Commission  pour  le  recouvrement  de  la  taxe  des
propriétés  3.154
Intérêt  sur  le  capital  "  ]  ¡  7"  .  .

90,000

1.351,630
1.  1'4  41,6.30

211,104
350,604
2¡003,338

A  REPORTER.
        <pb n="684" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  033

Report.

Dépenses  239,000
Umbre  42,000

Dividende  de  lO  n.  0/0  1,164,240
•axe  sur  les  propriétés,  id  172,333

Profit,

2,003,338
281,000
1,722,338
1,336,473
1.  385,866

Année  commençant  en  janvier  1809.
Deserves  précédentes  7,498,026
«enéilcesde  1808  385,865

Drêt  au  gouvernement  3,000,000
id.  3,000,000
'espèces  et  lingots  3,000,000
Dour  l'administration  de  la  dette  nationale.  .  •
id.  des  emprunts
Cni«  •  des  loteries.  .....
•Dniission  pour  le  recouvrement  de  la  taxe  des
propriétés
^otérét  sur  le  capital
Dépenses
Timbre.

Ü2|endedel0p.0/0.  .  .  .
Pot  sur  les  propriétés.  .  .
Prolit.

7,883,891
19,fK)0,000
11,000,000
37,883,891
ù  3  p.  0  0.
sans  intérêt,
9,000,000
28¡883,89r
205,500
8,400
3,000
3,154

246,000
42,000

1,164,240
181,852

90,000
1,444,194

220,054
350,604
2.104.852
288,000
1.816.852
1,346,092
470,760

Année  1810.

Profi7^*  précédentes
:  :  :  :  :

*  rêt  au  gouvernement,
Esn'  Dl.
''Sptees  et  lingots.  .

3,000.0(8)
3,(K)fl,(HM)
3,006,000

(^•ministration  de  la  dette  nationale
DI-  des  emprunts
Cn.».v.-  •.  des  loteries.  .  .  .  •  •  •  •
•••mission  pour  le  recouvrement  de  la  taxe  des
propriétés
Drtérét  sur  le  capital

A  déduire  :
dépenses.  .  .  .  .  .  .
*  •inbre.

I.  7,883,891  4
470,760
8,354,651
22,730,000
11,000,000
42,084,651
à  3  p.  0  0.  90,000
sans  intérêt.

9,000,000
33,084,651

200,800
11,680
3,000
3,154

254,000
42,000

1,164,240
201,747

1,654,232
1.  1,744,232
218,634
350,604
2,313,470
296,000
2,017,470
1,365,987
651,843

Profit,
        <pb n="685" />
        034

ŒUVRES  DIVERSES.  *

Aiinn  commençant  en  janvier  1811.

Héserves  antérieures.
Pour  1810.  .  .  ,

Billets  de  banque
Dépôts
Prêt  au  gouvernement  3,000,000
id.  id.  ....  3,000,000
Espèces  et  lingots  3,000,000

Administration  de  la  dette  nationale
id.  des  emprunts
id.  des  loteries
Service  des  rentes  viagères
Commission  pour  le  recouvrement  de  la  taxe  sur
les  propriétés
Intérêt  sur  le  capital
Dépenses
Timbre  des  billets
Dividende  de  10  p.  0/0
Taxe  sur  les  propriétés
Profit

1.  8,354,651
651,483

9,006,134
23,547,000
11,000,000

43.553.134
A  3  p.  0/0.
sans  intérêt.
9,000,000
34.553.134

211,300
14,705
4,000
206

90,000

1.727.765
1.817.765

3,454

264,000
42,000

1,104,240
209,603

233,662
350,604
2,402,031
306,000
2,096,031
1,373,843
722,188

A  nnée  commençant  en  janvier  1812.

Réserves  antérieures  U  9,006,134
id.  de  1811  722,188
9,728,322
Billets  de  banque  23.462,000
Dépôts  11,000,000
44,190,302
Prêt  au  gouvernement  3,000,000
id.  id.  ....  3,000,000
Espèces  et  lingots  3,000,000  9,000,00^
35,190,322
Pour  l’administration  de  la  dette  nationale.  .  .  208,000
id  des  emprunts  19,031
id.  des  rentes  viagères..  .  .  369
Commission  pour  le  recouvrement  de  la  taxe
les  propriétés  1.  3,154
Intérêt  sur  le  capital
Dépenses  273,000
Timbre  des  billets  42,000
Dividende  de  10  p.  O/0  1,164,240
Taxe  sur  les  propriétés  211,567
Profit

à  3  p.  0  0.  90,000
sans  intérêt.
1,759,516

230,554
350,604
2.430.674
315,000
2.115.674
1,375,807
739,867
        <pb n="686" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  035
Année  commençant  en  janvier  IS\Z.
Réserves  précédentes  1.  9,728,322
'(1.  de  1812  739,867
.  10,468,189
«diets  de  banque  24,080,000
dépôts  11,000,000
n  45,548,189
“rct  au  gouvernement  3,000,000  à  3  p.  0/0.  90,0(K)
P  Id.  id.  ....  3,000,000  sans  intérêt,
é-spèces  et  lingots  3,000,000  9,000,000
36,548,189  1,827,400
T,  1,917,400
1  our  l’administration  de  la  dette  nationale.  .  .  223,100
id.  des  emprunts  '  21,639
id.  id  2,000
id.  des  rentes  viagères.  ...  462
Immission  pour  le  recouvrement  du  property
tax.  .  3,154  250,355
Intérêt  sur  le  capital  350,60t
2,518,359
^penses  283,000
1‘mbre  des  billets  42,000  325,000
n-  2,193,359
dividende  de  10  p.  0,0  1,164,240
laxe  sur  les  propriétés  219,333  1,383,573
Profit  .  *09,786
Année  commençant  en  janvier  1814.
Réserves  antérieures  1.  10,468,189
Id.  de  1813  809,786
nm.  11,277,975
«dieu  de  banque  27,840,000
««Pnts  11,01X1,000
J,  50,117,975
ret  au  gouvern.  sans  intérêt.  .  3,000,000
“•»peces  et  lingots  3,000,(XM)  6,000,000
44,117,975  *2,205,898
Rour  l’administration  de  la  dette  nationale.  .  .  227,000
id.  des  emprunts  42,2(M1
P  id.  des  rentes  viagères...  576  ;
Immission  allouée  pour  le  recouvrement  du
property  tax  3,154  272,930
^oférêt  sur  le  capital  ^  350,604
2",829,432
¿Impenses  292,000
‘»nibre  des  billete  42,(KK1  3,34,000
hw-A  2,495,432
Mende  de  10  p.  O/0  1,164  240
»axesur  les  propriétés  249,543  1,413,783
Protit  I.  1,081,649
Année  commençant  en  janvier  1815.
Réserves  antérieures  11,277,975
‘d-  de  1814  1,081,649
.  .  .  12,359,624"

A  RCTORTER.
        <pb n="687" />
        (EUVllES  DIVERSES.

(Î3ü

Report.  .  .  .  12,359,624
Ri  1  lets  (le  banque  27,.300,000
Dépôts  11,000,000
50,659,624
iMé.t  au  gouvernement  3,000,000
Caisse  et  lingots  3,000,000  6,00,000
~  44,6.50,624
Pour  la  gestion  de  la  dette  nationale  250,000
ici.  des  emprunts  28,800
id.  des  rentes  viagères  700
Commission  pour  le  recouvrement  à  la  taxe  des
propriétés  3,154
Intérêt  sur  le  capital
Dépenses  300,000
Timbre  des  billets  87,500

Dividende  de  10  p.  0/0  .  1,164,240
Taxe  sur  les  propriétés  247,873
Profit

2,232  980

282,654
350,604
2,866^
387,500
2,478J3S

Janvier  1816.
Réserves  antérieures  1.  12,359,624
id.  de  1815  1,066^
I.  13,42(^

VT.  Conclusions  proposées  par  M.  Grenfell  relativement  à  lo&amp;gt;
Banque  (VAngleterre.
1'^  Qu’il  soit  reconnu  que  le  montant  des  sommes  payées  par  1^
public  à  la  Banque  d’Angleterre  pour  l’administration  de  la  dette
nationale,  y  compris  le  recouvrement  des  souscriptions  aux  emprunts
et  aux  loteries,  et  pendant  l’année  échue  le  5  juillet  1792,  s’est  éleve
à  99,8031.  12  s.  5  d.  ;  que  pour  le  même  service  la  rétribution  po«‘’
l’année  échue  le  5  avril  1815,  a  été  de  281,5681.  6  s.  11  1/4  d.,^®
qui  marque  un  accroissement  de  181,764  1.  14  s.  6  1/4  d.  ;  redevance ­
  à  laquelle  la  Banque  a  joint  une  commission  de  1,250  1.  P^^
millions,  pour  le  recouvrement  de  la  taxe  sur  les  revenus.
2°  Que  le  montant  total  des  billets  de  banque  et  des  bank-posb  bills
en  circulation  pendant  les  années  1795,  1796  (celle-ci  précédant  iiR
médiatement  le  bill  de  restriction)  et  1814,  fut  :
1795,  1"  février.  —  1.  12,735,.520;  et  au  1"  août  —  1.  11,214,000
1796,  id.  —  1.10,784,740;  id.  —  1.  9,850,000
1814,  id.  —  1.  25,154,950;  id.  —  1.  28,802,450
3°  Qu’aujourd’hui  et  pendant  de  longues  années  qui  datent  sui
tout  de  1806,  il  a  été  déposé,  entre  les  mains  de  la  Banque
confié  à  garde,  des  sommes  considérables  appartenant  au  trésor  p«'
        <pb n="688" />
        DÉ  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  ClBCULATlüN  MONÉTAIRE.  (&amp;gt;37

1)1  ic  et  dont  la  balance  moyenne  s’est  constamment  élevée  à  plusieurs
millions;  —  la  Banque  agissant,  ainsi,  à  titre  de  Banquier  de  la
nation.
4"  Que,  d’après  un  rapport  imprimé  par  ordre  \g  10  août  1807
et  rédigé  par  '&amp;lt;  le  comité  des  dépenses  publiques  du  Boyaume  Uni,  »  le
ehiiTrc  collectif  des  balances  et  des  dépôts  publics  versés  à  la  Banque
d’Angleterre  a  llotté  à  quatre  diiFérentes  époques  du  trimestre  échu  le
15  janvier  1807,  entre  :

Voir  le  rapport,
p.  74,  75.

1.  11,146,200  j  y  compris  les  billets  de  banque  déposés  à  l’Eou
  12,198,236  (  chiquier.
et
1.  8,178,536  niidépendamment  des  billets  déposés  à  TEou
  9,998,400  f  chiquier.

5°  Que  le  montant  réuni  de  ces  dépôts,  joint  aux  bons  de  l’Eehiquicr
  et  aux  billets  de  banque  déposés  dans  les  caisses  des  (juatre
agents  comptables  de  l’Echiquier  donna,  en  1814,  une  moyenne  de  :

1.  11,906,371  ;  y  compris  pour  642,264  1.  les  billets  de  banque  déposés  à  l’Echiou
  quier.
11,324,107,  outre  des  billets  remis  à  l’Echiquier.

G”  Que  le  ebiffre  de  tous  ces  dépôts,  réuni  à  la  fraction  des  billets
de  banque  et  des  mandats  qu’elle  peut  colloquer  en  titres  portant  intérêt, ­
  a  dû,  pendant  tout  ce  délai,  produire  à  la  Banque  des  intérêts
et  des  bénéfices.

7*^  Que  la  seule  participation  à  laquelle  la  nation  ait  été  appelée
depuis  1806,  dans  les  bénéfices  obtenus  sur  les  dépôts  publics,  se  réduit ­
  à  un  prêt  de  trois  millions  constitué  à  3  p.  0/0  par  l’art.  40  de
Georges  HT,  chap.  41,  lequel  prêt  fut  remboursé  en  décembre  1814;
puisa  un  autre  prêt  de  trois  millions  constitué  par  l’acte  48  de
Georges  III,  chap.  3,  et  concédé  à  titre  gratuit.  Cet  emprunt,  devenu ­
  exigible  en  décembre  1814,  a  été  prorogé  par  un  acte  do  la
présente  session,  chap.  16,  jusqu’au  5  avril  1810.
8"  Que  la  Chambre  prendra  promptement  en  considération  les
avantages  dont  jouit  la  Banque  à  la  lois  comme  administrateur  de  la
dette  nationale  et  comme  dépositaire  des  fonds  publics;  qu’elle  aura
constamment  en  vue  l’adoption  d’un  arrangement  qui  daterait  du  jour
où  les  conventions  actuelles  cesseront  et  qui  devra  concilier,  autant
&amp;lt;pic  possible,  les  intérêts  do  l’Etat  avec  les  droits,  le  crédit  et  la  stabilité ­
  de  la  Banque  d’Angleterre.
        <pb n="689" />
        038

ŒUVRES  DIVERSES.

Vil.  Conclusions  proposées  par  M.  Mellish,  relativement  à  la
Banque  d’Angleterre.
1.  Qu’il  soit  reconnu  que  l’acte  31  de  Georges  III,  chap.  3,  allouait  à
la  Banque  d’Angleterre  une  commission  de4501.  par  million,  pour
l’administration  de  la  dette  nationale,  transférable  aux  bureaux  de  la
Banque,  commission  qui  s’éleva,  le  5  juillet  1792,  à  un  chiffre  de
98,803  i.  12  s.  5  d.,  sur  un  capital  de  219,590,000.  Que  l’acte  48
de  Georges  111,  chap.  4,  réduisait  la  rétribution  ci-dessus,  à  340  1.  par
million,  jusqu’à  concurrence  de  000  millions,  et  à  300  1.  par  million,
pour  toutes  les  sommes  excédantes,  laquelle  mesure  produisit  à  la  I
Banque,  pour  l’année  échue  le  5  avril  1815,  une  somme  de  241,
97  11.4  s.2  1/4  d.,  sur  un  capital  de  rente  d’environ  720,570,7001.  .
et  791  1.3  s.  7  d.  pour  le  transfert  de  2,347,588  1.  d’annuités  a  |
3  p.  0/0;  ce  qui  indique  un  accroissement  de  143,905  1.  15  s.  [
4  I  /4  d.  dans  les  frais  d’administration,  et  un  accroissement  do  près  /
de  509,322,000  1.  dans  le  capital;  qu’en  même  temps  on  accorda
à  la  Banque  une  commission  de  1,000  1.  sur  le  recouvrement  de
812,5001.,  provenant  d’une  loterie  instituéee  pour  l’année  échue  le  5  i
juillet  1792,  et  une  autre  commission  de  38,798  1.19  s.  2  d.,  pour  le  j
recouvrement  de  40,485,533  1.0  s.  8  d.,  provenant  de  souscriptions ­
  aux  emprunts  et  aux  loteries  de  l’année  finissant  le  5  avril
1815.
2.  Que  la  Banque,  conformément  à  l’acte  40  de  Georges  Ill,  c.  05,
a  constamment  opéré  la  répartition  de  l’impôt  établi  sur  les  créanciers ­
  de  l’État,  et  prélevé  sur  chaque  coupon  de  rente,  la  portion  de
l’impôt  qui  lui  était  attribuable,  et  que  cette  partie  de  scs  fonctions,
étendue  pour  l’année  1815  à  un  nombre  de  505,000  coupons,  a
été  accompli  sans  dé])cnse8,  sans  sacrilices  pour  le  public.
Que,  conformément  à  l’acte  précité,  les  droits  provenant  de  ces
répartitions  ont,  à  certaines  époques,  été  «  portés  au  crédit  des
lords  commissaires  de  la  trésorerie,  au  compte  spécial  de  ces  droits  »
collectivement  avec  d’autres  sommes  prélevées  en  vertu  de  la  même
ordonnance,  —  une  partie  de  ces  fonds  étant  consacrée  à  des  allocations ­
  déterminées,  et  le  reste  déposé  à  l’Ixhiquier.
Qu’en  vertu  de  l’acte  ci-dessus,  les  commissaires  de  la  trésorerie
ont  accordé  une  bonification  de  1,250  1.  par  million,  sur  le  montant
de  leur  crédit  à  la  Banque,  et  que  ces  bonifications,  destinées  à
compenser  les  charges  du  recouvrement,  du  paiement  et  de  la  comp-
        <pb n="690" />
        DE  L’ÉTABLISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  639
habilité,  n’ont  jamais  excédé  3,480  L,  et  se  sont  élevées  sur  une
wioyenne  de  huit  années,  à  3,154  1.  seulement.  *
Que  le  montant  des  contributions,  prélevées  pendant  l’année
^chuele  5  avril  1814,  s’est  élevé  à  2,784,343  1.,  sur  lesquels  le  pu-*&amp;gt;lic
  eût  été  obligé  de  payer  une  somme  de  58,007  1.,  en  suivant
le  mode  de  recouvrement  habituel,  au  taux  de  5  d.  par  livre;  que
les  frais  de  perception  sur  20,188,293  1.,  total  des  droits  perçus  de
1800  à  1814,  eussent  été,  suivant  la  même  évaluation,  de  420,5891.
Que  l’ensemble  des  contributions  reçues  à  la  Banque  pour  l’impôt
sur  les  propriétés,  est  immédiatement  versé  à  l’Echiquier,  au  jour
^u  recouvrement.  Comparée  aux  mouvements  ordinaires  du  trésor,
®ette  rapidité  de  recouvrement  suppose  un  avantage  qu’il  est  raisonnable ­
  d’évaluer  à  2  p.  0/0,  et  qui  se  monte  pour  l’année  1814
^  55,686,  et  à  403,765  1.  pour  le  temps  compris  entre  1806  et
1814.
3.  Que  le  montant  total  des  billets  de  banque  et  des  hank-postl^llls,
  en  circulation  pendant  les  années  de  1795,1796  (celle-ci  pré-^‘ôdant
  immédiatement  le  bill  de  restriction)  et  1814,  fut:
no.-í,  !*«•  février.  —  1.  12,735,520;  et  au  1"  août  —  1.  11,214,000
1796,  id.  —  1,  10,784,740  id.  —  I.  9,856,000
1814,  id.  —  1.  27,154,950  id.  —  1.  28,802,450
Qu’aujourd’bui  et  pendant  de  longues  années,  postérieures  «u
®utcrieures  au  renouvellement  de  sa  charte,  il  a  été  déposé  entre  les
mains  de  la  Banque  ou  confié  à  sa  garde,  des  sommes  considérables
appartenant  au  trésor  public  et  dont  la  balance  moyenne  s’est  constamment ­
  élevée  à  plusieurs  milllions,  —  la  Banque  agissant  à
titre  de  banquier  de  la  nation.  La  moyenne  de  ces  dépôts  a  été  comme
suit  :
Dépôts  publics  pour  uue  inoyenue  d’un  an  finissant  le
le  5  janvier  1800  1,724,747
Arrérages  non  réclamés,  calculés  sur
l’année  échue  le  1*'janvier  1800,  .  837,966
2,562,713  I.
Balances  publiques,  calculées  sur  une  "  '
moyenne  de  8  années  de  1807  à  1815.  4,375,405
Arrérages  non  réclamés  id.  634,614
5,010,019  I.
Que,  d’après  un  rapport  imprimé  par  ordre  le  10  août  1807
j*  ®t  rédigé  par  le  Comité  des  dépenses  publiques  du  Royaume  Uni,  »
^  chilfre  collectif  des  balances  et  des  dépôts  publics  versés  à  la  Ban-
        <pb n="691" />
        ÜEÜVlîtS  DIVEllSES.

&amp;lt;)iO
que  d’Angleterre,  a  Hotte  à  quatre  époques  diilérentes  du  trimestre
échu  le  h  janvier  1807,  entre  11,401,200  1.  et  .12,198,230,  y  compris ­
  les  billets  de  banque  déposés  à  l’Echiquier  ;  ou,  en  excluant  les
mêmes  billets,  entre  8,178,530  et  9,948,400  1.  On  découvre  diHicilement
  la  raison  de  cette  exclusion,  car  l’acte  48  de  Georges  111,
chap.  3,  autorise  les  comptables  de  l’Echiquier  à  recevoir  en  garantie ­
  des  dépôts  publics,  soit  des  bons  du  trésor,  soit  des  billets  de
la  Banque  d’Angleterre.
11  parait  de  plus  que  le  montant  réuni  de  ces  dépôts  joint  aux  bons
de  l’Echiquier  et  aux  billets  de  banque  déposés  dans  les  caisses
des  quatre  agents  comptables  de  l’Echiquier  donna,  en  1814,  une
moyenne  de  :
11,906,371  1.  y  compris,  pour  642,204  1.,  les  billets  de  banque  déjà
déposés  à  l’Echiquier.
ou  11,324,107  eu  retranchant  les  billets  remis  à  l’Echiquier.
qo  Qu’il  ressort  des  comptes  soumis  à  cette  Chambre  que  la
moyenne  des  balances  et  des  dépôts  publics  versés  dans  les  caisses  de
la  Banque,  de  février  1807  à  février  1815,  a  été  de  5,010,0191.;  et
que  la  moyenne  des  valeurs  déposées  à  l’Echiquier  d’aoùt  1807  à  avril
1815  s’est  élevée  à  5,908,793  1.;  ce  qui  constitue  ainsi  un  total
de  10,798,812  1.  ou  850,906  1.  de  moins  que  la  moyenne  doinice
dans  le  rapport  du  comité  des  dépenses  publiques  pour  l’année  échue
le  5  janvier  1807.
7°  Que,  conformément  aux  actes  39  et  40  de  Georges  1II,  chap.  28,
qui  prolongeaient  de  vingt  et  un  ans  la  charte  de  la  Banque,  et,  c»
considération  des  privilèges,  profits,  avantages  de  toutes  natures,
que  leur  concédaient  ces  actes,  les  directeurs  avancèrent  à  l’Kta*
une  somme  de  3,000,0001.  ;  lequel  prêt,  d’abord  constitué  pou»’
six  ans  à  titre  gratuit,  fut  renouvelé  pour  vingt  et  un  ansa  raison  de
3  p.  0/0.
Que  l’intérêt  de  3,000,0001.  pendant  six  ans,  à  :
Cinq  pour  cent  par  an  est  de  900,000  I.
Que  la  différence  de  5  p.  0/0  à  3  p.  0,0  sur  11,686,800
fait  233,736  par  an,  et  pendant  vingt  et  un  ans.  .  .  4,908,4.',6
Que  l’emprunt  ci-dessus  de  300,0001.  fut  renouvelé
en  1806,  et  reporté  à  1814  à  raison  de  3  p.  0/0,  ce  qui
forme  pour  le  public  une  honilication  annuelle  de
2  p.  0/0  ou  de  60,000  liv.  pendant  huit  ans  et  huit
mois  ,  soit  .'',20,000
Ou’en  1808,  la  Banque  avança  à  l’État,  sans  intérêt,  une  soini«*^
        <pb n="692" />
        DE  L’ÉTABI.ISSEMENT  D’UNE  CIRCULATION  MONÉTAIRE.  641
de  3,000,000  qui  doit  continuer  ainsi  à  titre  gratuit  jusqu’au  5  avril
1^16;  l’intérêt  de  5  p.  0/0  sur  cette  avance,  se  monte  donc  pour  huit
1,200,000  1.
8“  Qu’en  vertu  du  39®  et  du  40'  statut  de  Georges  Ill,  chap.  28,
^ct.  13,  il  a  été  décrété  :  que  pendant  la  durée  de  la  charte,  la  Banque ­
  jouira  de  tous  les  privilèges,  intérêts,  bénéfices,  rétributions,  en
un  mot,  de  tous  les  avantages  qu  elle  possède  maintenant,  et  dont
elle  jouit,  en  raison  de  son  intervention  dans  le  mouvement  des  intéi’êts
  publies.
Qu’antérieuremeiit  au  renouvellement  de  la  charte,  la  Banque
iera  les  fonctions  de  banquier  national,  en  centralisant  les  revenus
des  différents  services  administratifs,  et  en  effectuant,  ou  dirigeant
les  dépenses  publiques.
Que  d’après  les  registres  ouverts  à  la  Banque,  antérieurement
renouvellement  de  sa  charte,  le  chiffre  moyen  des  balances  pu-*diques,
  s’est  élevé,  du  15  février  1814,  au  5  janvier  1815
à  4,337,025
Arrérages  dou  réclamés,  pour  l’aimée  échue
le  l"jauvier  181.5  779,794
5,110,719  I.
Que  d’après  les  comptes  tenus  à  la  Rauque,  entre  le  28  mars  1800  et  le  27  fé-'^der
  1808,  la  moyenne  a  été  de.  370,018  I.
d’après  les  comptes  ouverts  postérieurement  au  27  février
de  201,162
'I”  Qu’à  l’époque  où  les  conventions  actuelles  expireront,  il  sera
convenable  d’apprécier  l’importance  des  avantages  que  la  Banque  rede
  scs  fonctions  publiques,  dans  le  but  d’y  substituer  des  arrangements ­
  conformes  à  ces  principes  d’équité  et  de  bonne  foi  qui
doivent  dominer  toutes  les  transactions  entre  le  public  et  la  Banque
^’Angleterre.
20  juin  1815.

((ihJuv.  de  lUcardo.)

41
        <pb n="693" />
        TABLE  DES  MATIÈRES.

Page».
Introduction  573
Section  I  —  Tout  principe  d’uniformité  dans  les  agents  de  circulation
est  un  principe  de  perfection.  —  De  l’emploi  d’une  matière ­
  type.  —  Kxameu  des  objections  que  ce  système  a
soulevées  •  577
—•  11.  —  De  l’emploi  d’une  matière  type.  —  Examen  des  objections
que  ce  système  a  soulev  ées  .  5SU
—  III.  —  Des  imperfections  de  l’étalon.  —  Les  variations  qui  tendent
à  abaisser  la  valeur  de  l’étalon  ne  compensent  point  celles
qui  l’affectent  en  sens  contraire.  —  Les  règles  de  toute
monnaie  de  papier  sont  d’être  en  conformité  parfaite  avec
l’étalon  584
—  IV.  —  Moyeu  propre  à  donnera  la  circulation  de  l’Angleterre  le
degré  de  perfection  possible  588
—  V  .  —  D’une  coutume  qui  crée  un  grand  nombre  d’inconvénients
pour  le  commerce.  —  Remède  proposé  594
—  VL  —  La  somme  allouée  à  la  Banque  pour  ses  fonctions  publiques
est  excessive.  —  Remède  proposé  598
—  Vil.  —  Prolits  et  réserves  de  la  Banque  :  leur  vicieuse  destination.—
Remède  proposé  810
Appendice  825
I.  —  Tableau  indiquant  le  montant  de  l’allocation  annuelle  payée  par  le
public  de  1797  à  1815,  pour  l’administration  des  dettes  de  l’Angleterre, ­
  de  l’Irlande,  de  l’Allemagne  et  du  Portugal
IL  —  Tableau  indiquant  les  sommes  payées  annuellement  à  la  Banque,
pour  le  recouvrement  des  souscriptions  aux  emprunts  publics.  .
III.  —  Montant  général  de  la  dette  non  rachetée  de  la  Grande-Bretagne
et  de  l’Irlande,  y  compris  les  prêts  faits  à  l’empereur  d’Allemagne
et  au  prince  régent  de  Portugal,  payables  en  Angleterre.  .  .
IV.  —  Moyennes  de  la  circulation  des  billets  de  banque,  y  compris  les
Bank-post-bills
V.  —  Aperçu  des  profits  de  la  Banque  d’Angleterre  pour  l’année  commençant ­
  le  5  janvier  1797
VI.  —  Conclusions  proposées  par  M.  Grenfell,  relativement  à  la  Banque
d’Angleterre  838
VIL—  Conclusions  proposées  par  M.  Mellisb,  relativement  à  la  Banque
d’Angleterre  838

W.

828

ib.

FIN  DE  LA  TABLE  DES  MATIÈRES.
        <pb n="694" />
        DE  LA  PROTECTION

ACCORDÉE

A  L’AGRICULTURE.
        <pb n="695" />
        INTRODUCTION.

•iCs  doctrines  qui  condamnent  les  restrictions  élevées  contre  1  importation ­
  des  blés  étrangers  ont  fait  depuis  quelques  années  des
progrès  dont  il  est  impossible  de  méconnaître  l’importance;  mais
‘‘lies  n’ont  pu  déraciner  tous  les  préjugés  qui  obscurcissent  cotte
question.  11  est  même  à  craindre  que  les  erreurs  qui  dominent  gé
*iéralement  l’esprit  de  ceux  sur  qui  pèse  le  malaise  de  notre  agriculture, ­
  ne  conduisent  à  des  mesures  sans  cesse  plus  prohibitives,  et  ne
UOU8  éloignent  d’un  système  graduel  de  liberté  commerciale  qui  est
le  seul  remède  eflicacc  pour  tant  de  désastres.  C’est  à  la  législation
uetuelle  sur  les  céréales  que  nous  devons  attribuer  les  désordres  de
^clte  situation.  J’espère  parvenir  à  prouver  que  tant  que  l’on
uiairitiendra  le  système  restrictif  dirigé  contre  les  blés  étrangers,
1  Industrie  du  fermier  demeurera  exposée  à  de  continuelles  vissicitudes
  et  sera  soumise,  par  rapport  à  toutes  les  autres  branches  de
iQ  production,  à  des  désavantages  particuliers.  Car  l’clfet  immédiat
^1  (constant  de  ces  prohibitions  est  d’élever  le  prix  de  nos  blés  considé-*'ablement
  au-dessus  des  prix  du  dehors.
Toutefois,  avant  d  arriver  aux  conclusions  principales  de  cet
^crit,  je  crois  devoir  exposer  quelques-unes  des  opinions  dominantes
nui  sont  chaque  jour  émises  relativement  aux  causes  de  la  détresse
^Muelle,  et  aux  principes  qui  régissent  le  prix  rémunérateur,  l’iml'ùt,
  la  circulation  monétaire,  etc.  Une  fois  ces  prémisses  bien  étal'iles,
  nous  pourrons  aborder  plus  facilement  un  problème  qui  se
l^'uduit  ainsi  :  —  Quelles  sont,  pour  le  commerce  du  blé,  les  régle-*^®nts
  définitifs  les  plus  propres  à  resserrer  le  prix  de  cette  pré-*u^use
  denrée  dans  des  limites  modérées  et  constantes  et  à  la  faire
®honder  dans  notre  pays.
        <pb n="696" />
        :

';."  I  Li"  «

;i,-l-  ■

i.i  '«■

'M

&amp;lt;tv,f

¡lA

If

'V,];  ■'.

mp:

■  J\  A

-!,  m

^:íí'S

:#4

s  ,  ■'•  i

I  ':

ÏÏ  .iji:li

if  &amp;lt;

Na  -:X'

m

*'  ■-•■  ■■■  .

fjir'

  ■:  .Ç.'«»'

i

■•.'•■••■■•  *  ‘  r  4*$^  -  &amp;lt;'%/A-S

  fí-,-.

:ís

c  arr#

  ^

i

a  ..

vi  .'t

■  ,  S  Y  t  .-'  "  :■-  .

.  iT

f*  .

Æ'«

■ti

f

,  ,-  V  -  ,  ,-.-YT



^  '

*  /  V  &amp;lt;  -.

i.  'j'Hi'

Ki

í  '•-L#



mm

C.  ;

:'4
        <pb n="697" />
        DE  LA  PROTECTION
ACCORDÉE
A  L’AGRICULTURE.

SECTION  PREMIÈRE.

Du  prix  rémunérateur.

Ces  mots  prix  rémunérateur  indiquent  le  prix  auquel  est  parvenu
blé,  lorsqu'on  dehors  des  frais  de  production  et  du  service  de
rente,  il  laisse  encore  au  cultivateur  un  profit  convenable  sur
ses  capitaux.  Il  résulte  de  cette  définition  qu’à  mesure  que  les  jio-Pulations
  s’amoncellent  dans  un  pays,  elles  sont  invinciblement
poussées  à  la  culture  des  terrains  inférieurs,  et  que  le  prix  du  blé,
pour  être  rémunérateur,  doit  s’élever  pro^xirtiounellement.  En  effet,
groupe  des  terrains  pauvres  ne  paie  aucune  rente;  mais  cornles
  frais  de  culture  pour  la  même  (quantité  de  produit,  dépassoiit
  ceux  de  tous  les  autres  groupes  déjà  exploités,  il  faut  nécessairement ­
  que  le  cultivateur  retrouve  dans  un  accroissement  de  prix
lïiontant  de  ses  sacrifices  additionnels.  «  .le  connais  certains  dis
Iricts  du  pays  *,  dit  IM.  1  vesou,  qui  produisent  sur  les  meilleurs
^♦^rrains,  de  quatre  à  cinq  quarters  par  acre,  .le  sais  également  que
•^rtaines  fermes  ont  obtenu  une  moyenne  de  quatre  quarters  ou
boisseaux  l’acre,  dans  leurs  récoltes  de  froment.  »  «  Dans  quelle
partie  du  royaume?  »  «  Dans  le  Wiltshire.»  «  A  combien  évaluez-vous
^  fécondité  des  terrains  secondaires?»  «.le  crois  que  les  terrains  moyens
secondaires,  que  je  pourrais  appeler  la  qualité  intermédiaire
Pi^uvent  produire  deux  quarters  et  demi.  &amp;gt;  On  demanda  à  M.  Harvey  :
"  Quel  est  le  fermage  le  plus  minime  (pie  vous  ayez  vu  payer  pour  les
'ierres  à  blé  les  plus  pauvres,  les  plus  stériles?  »  —  «  Dix  huit  pence

J  d’Agriculture.  Rapport.,  1821,  P.  ,338.
so  **  iïiDtile  de  faire  observer  que  ces  mots  secondaires  et  intermédiaires.,
P""'*  dans  leur  sens  usuel  et  non  dans  leur  acception  géologique  qui  s’en
arte  de  tout  point.  {Sole  du  Traducteur.)
        <pb n="698" />
        OEUVRES  DIVERSES.

648
l’acre.  »  M.  Harvey  ajouta  que  la  moyenne  des  dix  dernières  récoltes
avait  produit  sur  ses  terres  30  boisseaux  de  froment  par  acre.  La  déposition ­
  de  M.  Wakefield  corrobore  celle  de  M.  Iveson  ;  mais  elle  porte
à  32  boisseaux  la  différence  entre  la  production  des  terres  les  plus
fertiles  et  celle  des  plus  pauvres.  Ainsi  M.  Wakefield  dit  :  «  Que  sur  la
côte  maritime  de'Norfolk,  Suffolk,  Essex  et  Kent,  toute  moisson  ipii
ne  rapporte  pas  quarante  boisseaux  l’acre  est  réputée  mauvaise.  »  Et
il  ajoute  :  «  Je  ne  pense  pas  que  les  domaines  d’un  ordre  tout  à  fait
inférieur  puissent  produire  plus  de  huit  boisseaux  par  acre.  »
Supposons  maintenant  que  la  population  de  l’Angleterre  ne  se
soit  élevée  qu’à  la  moitié  du  chiffre  actuel;  et,  que  dès  lors,  il
n’ait  pas  été  nécessaire  de  solliciter  par  la  culture,  d’autres  terres ­
  que  celles  où  l’on  peut  récolter  32  boisseaux  de  froment
par  acre,  quel  eût  été  le  prix  rémunérateur?  Certes,  il  eût  été
si  bas  que  si  les  mercuriales  du  continent  avaient  continué  à  donner
les  moyennes  des  cinq  ou  dix  dernières  années,  nous  serions  devenus ­
  un  pays  d’exportation  et  non  d’importation.  Il  est  vrai  que  ce
groupe  de  terres  donne'aujourd’hui  trente-deux  boisseaux,  et  que
dans  l’hypothèse  supposée,  sa  fertilité  devait  rester  la  même  ;  mais
n’est-il  pas  vrai  que  la  valeur  des  32  boisseaux  de  la  récolte  actuelle, ­
  se  règle  sur  les  frais  de  production  des  12  ou  15  boisseaux
que  produisent  les  terres  de  M.  Sveson  ?  Si  les  frais  de  culture  de  15
boisseaux  de  froment  égalent  ceux  que  l’on  consacrait  antérieurement
à  produire  30  boisseaux,  il  faut  nécessairement  que  le  prix  double
pour  pouvoir  être  rémunérateur.  Eu  effet,  le  rapport  dans  lequel  les
prix  doivent  s’accroître  pour  couvrir  les  dépenses  du  cultivateur,  ne
dépend  ni  de  la  quantité  produite,  ni  de  la  quantité  consommée,
mais  du  coût  de  la  production.  —  C’est  toujours  la  différence
entre  la  valeur  des  récoltes  fournies  parMes  terrains  supérieurs  et
inférieurs  qui  constitue  la  rente.  Les  profitsMu  cultivateur  seront
les  mêmes  sur  ces  deux  catégories  de  terrains,  mais  la  rente  des
meilleures  terres  excédera  celle  des  terres  les  plus  pauvres,  de  toute
cette  quantité  additionnelle  de  produits  qu  elles  sont  susceptibles  de
créer  avec  les  mêmes  dépenses.  On  admet  généralement  aujourd’hui
que  la  rente  est  l’effet  et  non  la  cause  du  renchérissement  des  blés.
On  admet  aussi  que  la  seule  cause  qui  agisse  constamment  de  manière
à  faire  hausser  la  valeur  du  blé,  est  l’accroissement  des  frais  de  production ­
  :  or,  cet  accroissement  résulte  de  la  culture  obligée  des  terrains ­
  inférieurs  sur  lesquels  la  même  somme  de  travaux,  les  mêmes
dépenses  ne  sauraient  jamais  créer  la  même  quantité  de  produits.
        <pb n="699" />
        DE  LA  PROTECTION  ACCORDEE  A  L’AGRICULTURE.  649
N’est-il  pas  évident  que  la  rente  des  meilleures  terres  obéit  alors  au
(lécroissement  des  récoltes  sur  les  groupes  inférieurs  qui  ne  rendent
plus  que  15  boisseaux?  La  rente  qui  pèse  sur  la  culture  des  terrains
uù  l’on  récolte  32  boisseaux  est  égale  à  la  valeur  de  17  boisseaux,
différence  entre  15  et  32,  et  n’aurait  jamais  existé  si  l’on  n’eùt  pas
(Exploité  des  terrains  moins  féconds.  Si  donc,  la  production  de  15
l^oisseaux  de  froment,  grevée,  sur  les  terres  fertiles,  du  service  de  la
^'^ute,  et  affranchie  de  toute  redevance  sur  les  terres  pauvres,  s’élève
^ussi  haut  que  les  dépenses  nécessitées  avant  l’origine  de  la  rente,
les  30  boisseaux  obtenus  sur  les  terrains  de  premier  ordre,  il  est
évident  que  le  prix  doit  doubler.
Ces  considérations  nous  enseignent  donc,  que  si  le  développement
des  sociétés  n’est  pas  favorisé  par  des  importations  proportionnelles,
®lles  tendent  invinciblement  à  envahir  les  sols  les  moins  féconds  pour
y  Alimenter  une  population  sans  cesse  croissante.  —  Le  prix  du  blé
Aîarche  parallèlement  au  progrès  des  sociétés,  et  sous  l’inlluence  de
^et  accroissement  multiple  la  rente  des  meilleures  terres,  de  celles  qui
^''aient  été  cultivées  tout  d’abord,  s’élève  immédiatement.  11  faut
^Ae  des  prix  plus  considérables  viennent  alors  compenser  l’affaiblis-'’^Rient
  des  récoltes  ;  mais,  qu’on  ne  s’y  trompe  pas,  ce  renchérisse-*^®nt
  de  prix  ne  saurait  être  un  bien.  Il  n’eùt  pas  existé  si  moins  de
l*’avail  avait  suffi  à  créer  les  mêmes  résultats;  il  n’eùt  pas  existé,  si
PA**  la  multiplication  de  nos  ressources  industrielles  nous  nous  étions
Appliqués  à  obtenir  indirectement  le  blé  par  l’échange  de  nos  articles
"Manufacturiers.  Dès  qu’un  prix  élevé  naît  d’une  production  oné-J‘&amp;lt;^Use,
  il  devient  un  mal  et  non  un  bien  ;  car  dans  ce  cas  le  prix  n’est
Aut  que  parce  qu’il  a  fallu  consacrer  une  grande  somme  de  travail  à
A  culture  du  blé.  S’il  avait  fallu  moins  de  travail  pour  le  créer,  la
^^^'iété  aurait  pu  diriger  une  plus  grande  partie  de  ces  forces  actives
"IRi  sont  la  seule  source  réelle  de  sa  riehesse,  dans  des  voies  propnîs  à
^l^ndrc  le  cercle  de  ses  jouissances.
SECTION  DELXIÈME.
Influence  de  l  au^mentation  des  salaires  sur  le  prix  du  blé.
partisans  les  plus  déclarés  du  système  restrictif  admettraient
Probablement  la  plupart  des  faits  que  nous  avons  établis  dans  la
Amotion  précédente;  ils  avoueraient  que  les  droits  protecteurs  qui
"^Appent  l’importation  du  blé,  sont  tous  vicieux,  principalement  en
"IM  ils  nous  obligent  à  consacrer  relativement  une  plus  grande
        <pb n="700" />
        ŒUVRES  DIVERSES.

fiSO
somme  de  travail  à  une  production  égale.  Mais  ils  ajouteraient  que
CCS  droits  sont  nécessaires  pour  soulager  le  fermier  du  poids  des
hauts  salaires  qui  naissent  dans  notre  pays,  à  la  suite  des  impôts,  car
la  société  prélève  sur  les  classes  laborieuses  une  richesse  qu’il  faut  leur
restituer  sous  forme  de  hauts  salaires.  Cet  argument  repose  sur  l’opinion ­
  que  des  salaires  élevés  tendent  constamment  à  augmenter  le  prix
des  marchandises  auxquelles  on  applique  le  travail.  Si  le  fermier,
disent-ils  alors,  pouvait  lutter  avec  les  cultivateurs  étrangers,  à  une
époque  où  les  impôts  et  les  hauts  salaires  qui  en  sont  la  suite  n’existaient ­
  pas,  il  doit  succomber  aujourd’hui  puisqu’il  a  à  supporter  un
fardeau  dont  son  compétiteur  est  affranchi.
Cet  argument  n’est  que  captieux.  La  hausse  des  salaires  n’introduit, ­
  dans  sa  position,  aucun  élément  d’infériorité  relative.  Si,
comme  tout  l’indique,  les  impôts  (|ui  pèsent  sur  les  classes  laborieuses ­
  élèvent  le  taux  des  salaires;  cette  augmentation  s’étend  également
à  toutes  les  classes  de  producteurs.  Si  l’on  croit  nécessaire  et  légitime
que  le  blé  hausse  pour  récompenser  les  eflorts  du  cultivateur,  on
doit  aussi  vouloir  que  le  drap,  les  chapeaux,  les  souliers,  en  un  mot,
toutes  les  autres  marchandises  renchérissent  de  manière  à  récompenser ­
  leurs  producteurs.  11  faudra-donc  que  le  prix  du  blé  reste  immobile ­
  ou  que  celui  de  tous  les  autres  objets  s’élève  avec  lui.
Si  la  hausse  n’agit  ni  sur  les  céréales,  ni  sur  les  autres  marchandises, ­
  elles  auront  nécessairement,  toutes,  la  même  valeur  relative;  si,
au  contraire,  elles  renchérissent  à  la  fois,  la  proportion  conserve  le
môme  degré  de  vérité.  11  faudra  appliquer  les  droits  protecteurs  à
toutes,  ou  les  refuser  à  toutes.  Les  appliquer  à  toutes  les  marchandises ­
  serait  absurde,  car  on  n’obtiendrait  aucun  résultat  possible,  (ni
n’influerait  en  rien  sur  la  valeur  relative  des  marchandises;  or,  c’est
seulement  en  modifiant  ces  rapports,  que  l’on  arrive  à  [»rotéger  tel  oU
tel  commerce,  et  non  en  altérant  le  taux  des  prix.  Si  l’Angleterre
échange  avec  l’Allemagne  une  aune  de  drap  superfin  contre  un  quaf'
/cr  de  froment,  une  hausse  simultanée  de  20  p.  0|0  dans  le  prix  du
blé  et  (lu  drap  ne  lui  fera  rechercher  ce  commerce  ni  avec  plus  d’ardeur, ­
  ni  av(*c  plus  d’indiflérence.  l’out  commerce  extérieur  se  résout  eu
définitive  par  un  échange  de  marchandises.  La  monnaie  n’est  que
l’instrument,  la  mesure  qui  sert  à  en  fixer  les  quantités  respectives.
Toute  importation  suppose  une  exportation  correspondante;  et
prix  de  la  marchandise  exportée  doit  nécessairement  s’élever  dans  le
même  rapport  que  les  salaires.  Si  l’article  importé  est  garanti  par  uu
droit,  celui  que  l’on  exporte  a  droit  immédiatement  à  un  draw-back-
        <pb n="701" />
        DE  LA  PROTECTION  ACCORDÉE  A  L'ACRICULTURE.  m
^ais  que  l’on  refuse  la  protection  ou  que  l’on  accorde  ledrffw  -back,
ie  résultat  est  toujours  le  même.  Dans  les  deux  cas  on  obtiendra  avec
Une  valeur  donnée  en  produits  nationaux,  la  même  quantité  de  marchandises ­
  étrangères.
Si  une  augmentation  des  salaires  porte  le  prix  d’un  quarter  de  blé
60  sh.  à  75  sh.,  et  accroît  aussi  la  valeur  d’une  certaine  quantité
e  chapeaux  ou  de  drap  dans  le  même  rapport  de  25  p.  0/0,  lespécii-®teur
  perdra  sur  les  marchandises  exportées  ce  qu’il  aura  pu  gagner
en  introduisant  le  blé  en  Angleterre.  Dans  l’hypothèse  d’un  commerce
*  re,  la  hausse  des  salaires  n’aurait  jamais  pour  effet  de  porter  le  prix
U  blé  de  60  sh.  à75sh.  ou  d’élever  celui  du  drap,  des  chapeaux  ou
es  souliers  :  mais  quand  bien  même  je  ferais  cette  concession,  elle  ne
Codifierait  en  rien  mes  arguments,  car  c’est  alors  de  la  monnaie  que
*^nus  exporterions  en  échange  du  blé.  En  effet,  si  nous  supposions
^nutesles  autres  marchandises  en  hausse,  la  monnaie  deviendrait  l’a-8cnt
  de  liquidation  le  plus  avantageux.  T/exportation  de  la  monnaie
durait  pour  effet  d’en  diminuer  la  quantité  et  d’en  multiplier  la  valeur
dedans,  tandis  qu’elle  agirait  en  sens  inverse  dans  les  autres  pays.
^Çsi,  en  grossissant  les  circulations  étrangères,  elleen  diminuerait  la
eue,  et  le  blé,  le  drap,  les  chapeaux,  toutes  les  marchandises  en
Rieterre  conserveraient,  relativement  aux  produits  similaires  du
Chors,  la  valeur  qu’elles  avaient  antérieurement  à  l’augmentation
salaires.

l  orsqu’elle  est  générale,  la  hausse  des  salaires  diminue  les  profits,
Cais  elle  n’élève  pas  le  prix  des  marchandises  :  c’est  là  un  fait  uni-''®*‘sel.
  Si  tous  les  objets  renchérissent  simultanément,  le  producteur
l^crd  toute  chance  de  bénéfice.  Que  lui  importe,  en  effet,  de  vendre  sa
^^rchandise  à  25  p.  0|0de  prime,  s’il  est  obligé  de  donner  25  p.  (qo
^  plus  pour  les  objets  qu’il  achète  Qu’il  vende  son  blé  à  25  p.  0|0
^  bénéfice  et  qu’il  restitue  ces  25  p.  OyO  par  l’augmentation  des  cha-^^ux,
  des  souliers,  des  habits,  etc.,  ou  qu’il  vende  son  blé  aux  mêconditions,
  avec  la  faculté  d’obtenir  tous  les  objets  de  sacón-^Cmation
  aux  prix  antérieurs,  sa  situation  reste  constamment  la
Ce  dans  les  deux  cas.
^^Aucune  classe  de  producteurs  n’a  donc  droit  a  être  protégée  contre
^  «e  augmentation  des  salaires,  parce  que  les  phénomènes  de  ce  genre
^^Rcsent  également  sur  toutes  les  industries.  Par  cela  seul  qu’ils  di-^juuent
  le  taux  des  profits,  ils  arrêtent  le  renchérissement  des  mar
^^Qhdises,  et  dans  le  cas  même  où  ils  élèveraient  le  prix  des  objets,  la
étant  la  même  pour  tous,  ne  modifierait  en  rien  leur  valeu
        <pb n="702" />
        1

6fi“2  OEUVRES  DIVERSES.
échangeable.  T  a  seule  cireonstance  qui  puisse  justifier  la  création
d’une  taxe  destinée  à  protéger  l’industrie  nationale  contre  l’introduction ­
  des  produits  étrangers,  est  celle  où  l’intervention  du  gouvernement ­
  aurait  pour  effet  d’altérer  la  valeur  relative  des  marchandises.
On  suppose  généralement  que  le  renchérissement  du  blé  détermine ­
  immédiatement  celui  des  autres  marchandises.  Cette  opinion
repose  sur  une  interprétation  vicieuse  des  effets  que  produit  une  surélévation ­
  universelle.  Le  blé  hausse  parce  que  la  production  devient
plus  difficile  et  plus  onéreuse  ;  mais  si  tous  les  prix  s’élevaient  en
même  temps,  ce  ne  serait  plus  une  hausse.  Il  y  a  hausse  réelle  pour
le  chapelier  et  le  fabricant  de  draps  lorsqu’ils  sont  obligés  de  donner
une  plus  grande  quantité  de  chapeaux  et  de  draps  pour  leur  blé.  Víais
desque  l’accroissement  des  prix  s’étend  à  leurs  propres  produits,  dès
qu’il  leur  procure  les  mêmes  proportions  de  blé,  elle  n’existe  pas  en
définitive  pour  eux,  et  il  serait  même  impossible  d  indiquer  celui  sur
qui  pèse  alors  le  surcroît  des  frais  de  production.
On  peut  établir,  comme  principe,  que  tout  fait  qui  agit  dans  un
pays  de  manière  à  atteindre  également  la  totalité  des  produits,  n’en
change  pas  la  valeur  relative  et  ne  favorise  pas  les  concurrents
étrangers.—Mais,  d’un  autre  côté,  toute  cause  qui,  sans  être  balancée
par  un  droit  proportionnel,  étend  son  influence  à  un  seul  groupe
de  produits  doit  nécessairement  en  altérer  la  valeur  comparative;
elle  tend  à  encourager  la  concurrence  étrangère  et  à  nous  enlever
une  branche  de  commerce  féconde  et  lucrative.
SKCTTON  ITl.
De  l’influence  des  taxes  spécialement  assises  sur  une  marchandise.
Les  mêmes  raisons  qui  nous  ont  servi  à  rejeter  les  protections  foU
déessur  le  prétexte  d’une  augmentation  générale  de  salaires,—quell®
que  soit  d’ailleurs  l’origiue  de  ce  phénomène  économique,  —  nous
conduisent  évidemment  à  les  condamner,  lorsque  les  taxes  sont  univci'
selles  et  embrassent  toutes  les  catégories  de  producteurs.  La  taxe  sui
les  revenus  (mcome-(a.r)  possède  ce  caractère.  Elle  s’adresse  égalemcR^
à  tous  ceux  qui  emploient  le  capital,  et  certes,  les  plus  chauds  pa*'
tisans  des  droits  protecteurs  n’ont  jamais  proclamé  la  nécessité  d
établir  un  à  l’occasion  d’un  impôt  sur  les  revenus.  Mais  une  taxe  q^*
pèse  également  sur  toutes  les  industries,  a  précisément  la  même  pi’®'
tée  que  Vincome-lax'^  elle  laisse  à  chacun  des  produits  la  valeur  rC'
        <pb n="703" />
        DE  LA  PflOTECTlOiN  ACCORDÉE  A  L'AGRICULTURE.  (i5T
Native  qu’il  avait  entièrement.  De  sorte  que  la  hausse  des  salaires,  les
^Aes  sur  les  revenus,  les  impôts  établis  proportioiiellemeiit  sur  toutes
ies  marchandises,  aboutissent  au  même  résultat.  Elles  ne  modifient
curien  la  valeur  relative  des  produits,  et  ne  constituent  point  pour
Dotre  commerce  un  élément  d’infériorité  en  f  ace  des  pajs  étrangers,
^^ous  subissons  sans  doute  alors  l'inconvénient  d’acquitter  l’impôt,
•Rais  nous  n’avons  aucun  moyen  pour  nous  allranchir  d’un  tel  fardeau. ­


Mais  une  taxe  qui  s’adresse  exclusivement  aux  producteurs  d’une
•^^rtaine  marchandise,  tend  à  en  élever  le  prix.  Si  elle  ne  l’élève  pas  effectivement, ­
  les  producteurs  se  trouvent  placés  dans  une  condition
désavantageuse  relativement  aux  autres  classes  de  producteurs,  et  sont
pï’ivés  des  bénéfices  généraux  et  habituels  du  commerce.  Aussitôt
qu’une  marchandise  renchérit,  sa  valeur  s’altère  comparativement  à
des  autres  produits.  Si  dès  lors  on  ne  frappe  pas  de  droits  protecteurs ­
  l’importation  des  produits  similaires  du  dehors,  on  commet
^••e  iniquité  envers  le  producteur  national,  et  cette  iniquité  s’étend
RR  pays  même  auquel  il  appartient.  L’intérêt  public  exige  qu’il  ne  soit
pas  privé  de  l’industrie  à  laquelle  il  se  fût  voué  sous  un  régime  de
dhre  concurrence,  et  à  laquelle  il  se  vouerait  encore  si  la  taxe  dont  on
R  ërcvé  ses  produits  s’adressait  en  même  temps  à  tous  les  autres  ob-J^ts.
  Tout  impôt  qui  frappe  exclusivement  un  groupe  d’industriels
•RRstitue,  au  fond,  une  véritable  prime  sur  l’importation  des  pro
^R*ts  étrangers  et  celte  prime  équivaut  au  quantum  de  l’impôt.  Pour
’'•établir  le  niveau  normal  de  la  concurrence,  il  faudrait,  nou-seule-*^•^••1
  assujettir  la  marchandise  importée  à  un  droit  égal,  mais  de
Pfus  protéger,  au  moyeu  d’un  draw-back  équivalent,  l’exportation
produit  national.
f^cs  cultivateurs  de  blé  sont  soumis  à  certaines  taxes,  telles  que  les
une  partie  de  la  taxe  des  pauvres,  et  peut-être,  une  ou  deux
RRfres  contributions  qui  tendent  à  accroître  le  prix  de  tous  les  pro-R‘t8
  naturels  du  montant  de  ces  charges  spéciales.  L’importance  du
•■Rit  de  l’importation  du  blé  devra  donc  se  mesurer  sur  le  renchéris
fuient  produit  par  ces  taxes.  Si  le  renchérissement  s’élève  à  lüschilpar
  quarter,  il  sera  juste  de  frapper  l’importation  des  blés
^fï’angers  d’un  droit  de  10  schillings,  et  de  favoriser  la  sortie  de
••RS  blés,  au  moyen  d'un  draw  back  équivalent.  —  L’existence  simulfR^iée
  du  droit  d’entrée  et  du  draw-back  replacerait  le  commerce
^RRs  la  situation  où  il  était  avant  l'établissement  des  taxes,  et  pré-
        <pb n="704" />
        654

I

ÜEIJVHKS  DIVKUSES.

vieuílrait  des  déplacements  de  capitaux  toujours  nuisibles  aux  intérêts ­
  du  pays.
Un  pays  a  droit  d’espérer  les  plus  magniiiques  résultats,  lorsque
le  gouvernement  modère  son  intervention  et  s’abstient  d’encourager
ou  d’entraver  la  route  que  le  spéculateur  considère  comme  la  plus
avantageuse  pour  le  placement  de  ses  capitaux.  Si  l’on  rayait  d’uu
mot  la  concurrence  étrangère,  les  dîmes,  les  contributions,  etc.,  qui
pèsent  exclusivement  sur  le  fermier,  ne  seraient  plus  un  obstacle  au
développement  de  son  industrie.  Un  eilet,  il  élèverait  immédiatement ­
  le  prix  de  ses  produits,  et  dans  le  cas  où  cetle  faculté  lui  serait
enlevée  il  abandonnerait  une  profession  qui  ne  lui  donnerait  plus
les  profits  généraux  et  ordinaires  des  autres  industries.  Permettre
l’importation,  c’est  donner  aux  agriculteurs  du  dehors  un  encouragement ­
  injuste,  à  moins  qu’on  ne  soumette  les  produits  étrangers  à
un  droit  équivalent  aux  dimes  et  autres  charges  qui  pèsent  exclusivement ­
  sur  le  cultivateur  national.
Ut  cependant,  si  l’on  refusait  à  ce  dernier  la  concession  d’un  drawback ­
  a  la  sortie,  il  pourrait  dire  :  «  Avant  l’origine  de  votre  taxe  et  au-»
  térieurement  à  la  hausse  qu  elle  a  immédiatement  déterminée  dans
»  mes  produits,  je  pouvais  lutter  avec  les  cultivateurs  étrangers  sur
»  les  marchés  de  l’univers  ;  en  éloignant  la  limite  où  commencent  mes
«  bénéfices,  vous  m’avez  enlevé  ce  privilège.  Coiicédez-moi  un  draw-»
  back,  et  vous  me  replacez  dans  la  situation  même  où  j’étais  relative-»
  ment  à  mes  concitoyens,—  considérés  comme  producteurs  des  autres
»  marchandises,  —  et  relativement  aux  étrangers,  —  comme  créa-»
  teurs  de  produits  naturels.  &amp;gt;-  Les  principes  de  l’équité  la  plus  sévère
et  les  vrais  intérêts  du  pays  seraient  d’accord  pour  appuyer  une  telle
réclamation.
SUCTION  IV.

De  l’influence  des  l&amp;gt;elles  récoltes  sur  le  prix  du  blé.
J’ai  essayé  d’établir,  dans  une  des  sections  précédentes,  que  pour
être  rémunérateur,  le  prix  du  blé  devait  couvrir  toutes  les  déjienses
de  production  ,  y  compris  les  profits  ordinaires  des  capitaux  mis  eU
œuvre.  C’est  de  l’accomplissement  rigoureux  de  ces  conditions  qu’oi*  |
peut  seulement  attendre  quelque  régularité  dans  l’approvisionnemeut  |
moyen  du  marché.  Si  le  prix  courant  ne  suttit  pas  pour  restitue^
l’ensemble  des  frais  de  production,  les  profits  baisseront  ou  disp»'
raitront  entièrement.  S’il  est  plus  qu’une  rémunération  légitime,
        <pb n="705" />
        DE  LA  DUOTECXKLN  ACLOKDÉE  A  l/AíiKICULTLKE.  055
Pí’oíits  grandiront.  Dans  le  premier  cas,  les  capitaux  abandonneront
ia  culture  ,  et  l’oflre  se  proportionnera  peu  à  peu  à  la  demande  ;  dans
second  cas  ,  ils  aillueront  sur  les  terres  et  augmenteront  rapprovisionnement ­
  général.  Mais  en  dépit  de  cette  tendance  de  Voffre  à  se
•nettre  en  équilibre  avec  la  demautk  à  des  prix  rémunérateurs,  il  est
“«possible  de  calculer  rigoureusement  l’inlluence  des  saisons.  Sou-'"eiit
  la  terre  se  couvre  de  brillantes  récoltes  pendant  quelques  années,
tout  à  coup,  à  ces  années  d’abondance  succède  une  série  de  moischétives
  et  insulHsantes.  Lorsqu’une  suite  de  saisons  heureuses
®  jeté  le  blé  à  pleines  mains  sur  le  marché,  il  baisse  de  prix,  dans  un
J’^Pporl  beaucoup  plus  actif  que  celui  de  l’excédant  de  l’olfre  sur  les
besoins  ordinaires.  La  demande  du  blé,  au  sein  d’une  population  don-“ee,
  doit  nécessairement  avoir  quelques  limites,  et  quoiqu’il  puisse
être  vrai,  quoiqu’il  soit  même  indubitablement  vrai  que  des  récoltes
^^ondantes  le  livrent  àbas  j)rix  et  en  augmentent  la  consommation,  il
^8t  également  certain  que  la  valeur  collective  se  trouve  alors  diminuée.
^“Pposons  (jue  la  consommation  annuelle  de  l’Angleterre  s’élève  à
‘  ““liions  de  quarters  de  froment,  et  qu’une  année  exceptionnelle
produise  21  millions:  en  admettant  que  le  \m\rèmuiièraieur  ait
l^lé  de  3  L  par  quarter,  et  la  valeur  des  1  i  millious  de  42,000,000  1.,
^]8t  indubitable  que  les  21  millions  de  quarters  actuels  vaudront  in-“““lent
  moins.  Lu  faible  ex(%lant  de  quantité  agit  avec  une  puisextraordinaire
  sur  le  taux  des  prix  ;  c’est  là  un  des  principes
^  “lieux  établis  de  la  science.  Ce  principe  est  vrai  pour  toutes  les
J|*“i'cbandises;  mais  aucune  ne  le  justifie  mieux  que  le  blé,  qui  forme
^%t  principal  de  la  nourriture  des  peuples;  et  ne  crois  pas  qu’il
jamais  été  contesté  par  ceux  dont  l’attention  s'est  dirigée  sur
^“jet.  Quelques-uns  même  ont  essayé  d  évaluer  la  baisse  produite
1^^^  des  récoltes  exceptionnelles,  en  tenant  compte  des  rapports  divers
existent  entre  ces  excédants  temporaires  et  la  quantité  moyenne,
calculs  sont  illusoires,  car  il  est  impossible  de  créer  une  règle
1^  ^®*’“le  qui  indique  la  limite  des  variations  du  prix  relativement  à
:  chaque  pays  aurait  la  sienne,  ou  la  réclamerait.  Lu  effet,
des  essentiellement  de  la  richesse  ou  de  la  pauvreté  du  pays  ;
de  qu'““  y  trouve  pour  attendre  la  nouvelle  récolte  ;  enfin
opinion  qui  règne  sur  cette  récolte  et  qui  la  fait  juger  sulli-Ws^
  “isuflisante.  Malgré  tant  d’éléments  subtils  et  insaisissaq,
  ’  ““  peut  cependant  admettre  avec  certitude  que  la  valeur
*'éc  T  “l&amp;gt;o“&amp;lt;lnnte  est  toujours  bien  inférieure  à  celle  d’une
e  moyenne  ;  et  qu’au  contraire,  la  valeur  totale  d’une  mois-
        <pb n="706" />
        656

OEUVUKS  DIVERSES.
son  chétive  est  considérablement  plus  grande  que  celle  d’une  moisson ­
  moyenne.  Si  nous  admettons  que  le  nombre  des  pains  vendus
à  Londres  s’élève  journellement  à  100,000,  et  que  l’approvisiounement
  tombe  tout  à  coup  à  50,000,  n’est-il  pas  évident  que  le  prix

de  chaque  pain  aura  beaucoup  plus  que  doublé?  Et  d’ailleurs,
que  le  prix  ait  triplé  ou  quadruplé  ,  le  riche  consommera  constamment ­
  le  même  nombre  de  pains.  Si,  d’un  autre  côté,  le  nombre  des
pains  croissait  de  100,000  à  200,000,  ne  pense-t-on  pas  que  la  baisse
du  prix  d’écoulement  excédera  de  beaucoup  le  rapport  de  l’augmentation ­
  en  quantité  ?  Pourquoi  l’eau  est-elle  sans  valeur  ?  évidemment
en  raison  de  son  abondance.  Si  le  blé  nous  avait  été  distribué  par  lâ
Providence  d’une  manière  aussi  libérale  ,  tous  les  frais  consacrés  à
sa  production  ne  pourraient  parvenir  à  élever  sa  valeur  au-dessus  de

celle  de  l’eau.
A  l’appui  de  ces  considérations,  je  citerai  le  prix  courant  du  froment
pendant  différentes  années  d’abondance.  On  y  verra  qu’en  dépit  du
secours  que  l’exportation  fournit  à  notre  marché  ,  les  belles  récolte^
ont  pu  faire  baisser  le  prix  du  blé  de  50  p.  O/o  en  trois  ans.  Or,  ^
quoi  attribuer  un  tel  phénomène,  si  ce  n’est  à  un  excès  d’approvisionnement ­
  ?  Le  document  qui  suit  a  été  copié  dans  la  déposition  fait^
par  M.  Tooke  au  comité  de  1821.

En  1728  le  prix  du  froment  était  de  48

1732
1740
1743
1750
1767
1761

23
45
22
28
53
26

s.  5  112  d.  avec  un  excédant  d’importaliou
de  quarter.  70,7^^
8  l\2  d’exportation  de.  202,0^*^
0  112  —  —  46,82^
1  —  371,42Í’
10  3|4  —  —  047,323
4  d’importation  de  130,tbi^
10  3|4  d’exportation  de  441,
{¡{apport  sur  rjyriculture,  p.  229.)

Parce  que  l’on  a  prétendu  que  l’abondance  pouvait  nuire  aux  iu'
térêts  des  cultivateurs,  il  s’est  trouvé  des  gens  pour  soutenir  que,  d’après
  la  nouvelle  doctrine,  les  bienfaits  de  la  Providence  prennent  k’
caractère  de  véritables  fléaux.  C’est  là,  il  faut  l’avouer,  une  manière
bien  étrange  d’interpréter  et  de  travestir  une  opinion.  Personne  »  **
dit  que  de  brillantes  récoltes  étaient  fatales  à  tout  un  pays,
bien  qu’elles  nuisaient  souvent  aux  producteurs  de  la  marcbaiido’*^
devenue  aliondante.  Si  ce  que  les  cultivateurs  produisent  était  destiné ­
  à  alimenter  leur  consommation  personnelle,  l’abondance  n’aurad
jamais  d’influence  fâcheuse  sur  leur  situation  :  mais  ils  ont  à  ac(jdi’'
rir  une  foule  d’autres  marchandises,  et  si  la  valeur  du  blé  avec  la'
        <pb n="707" />
        DE  LA  PROTECTION  ACCORDÉE  A  L’AGRICULTURE.  (557
quelle  ils  abordent  les  marchés,  a  été  considérablement  réduite  par
U  excès  d’approvisionnement,  ils  n’ont  évidemment  plus  les  moyens
se  procurer  leurs  jouissances  habituelles,  ils  se  trouvent  en  défiive
  avoir  en  abondance  un  produit  de  peu  de  valeur.  Si  nous  vins
  dans  un  des  paralléloRrammes  de  ]\I.  Owen,  on  règne  la  cornunaute
  des  produits  et  des  jouissances,  personne  n’aurait  à  souffrir
sunir  r''“*'“  restera  assise

SECTION  V.
De  l’influence  produite  sur  le  prix  des  blés  par  le  Bill  de  M.  Peel  relatif  au
rétablissement  de  l’ancien  étalon.
r  ons  «ut  changé.  Un  grand  nombre  de  ceux  qui  soutinrent  penesw
  t  monnaie  n’avait  subi  aucune  dépréciation,
aient  de  démontrer  aujourd’hui  que  la  dépréciation  a  été  énorme  à
te  époque,  et  que  tous  les  désordres  de  notre  situation  actuelle  vicn-1“«
  avons  ramené  au  pair  notre  circulation  avilie
Ils  oublient  que,  de  1797  à  l819,uous  avons  été  privés  d’un  étag
  !  servir  à  régler  la  quantité  ou  la  valeur  de  notre  mona-Ues
  deux  termes  fondamentaux  dépendaient  entièrement  delà
1101??  Of  laa  directeurs  de  cet  établissement,  mus
8  le  voulons  bien,  par  de  nobles  et  justes  intentions  envers  le
régi«  ?  “'&amp;gt;78  la  '«Imité  de  la  llanque  a  été  la  seule
,,  ?  fl  ‘‘f  ‘a  valeur  de  nos  unités  monétaires.
liée  e,.?!i?““‘'""  '"“"“‘f  »llfiKall  probablement  son  apo.
al  0  1  in  ^  at  IS11,  car  a  cette  époque  l’or  était  monté  à  à  1.  8  ah.
iormxi  .1  ^  1819,  le  mouvement  s’était  légèrement  trausv¿^¡g
  ’  ^  11  i^tait  plus  que  de  5  p.  ü/o  inférieur  à  son  ancienne
^  v  alait  ^  1.  .1  sb.  ou  4  1.  2  sli.  l’oiiee.  C’est  en  1819  que  le
Í  &amp;gt;Euv.  (le  Ricardo.)  ^2
        <pb n="708" />
        (ÍFJlVnKS  niVEUSES.

«ri8
Uill  «l(‘  l%r.  Pool  reçut  force  de  loi.  l.orsqueeel)ill  futjuVwulé^le  Par-!(*ment
  dut  examiner  la  question  sous  la  forme  immédiate  qu’elle  re
vêtit  alors,  et  ou  conclut  à  arrêter  enfin  un  système  qui  accordait  a
une  compagnie  de  négociants  le  privilège  de  régler  arbitrairement
la  valeur  de  la  monnaie.  Ce  dont  on  s’oeciq)^  alors  ce  fut  de  determiner ­
  si  l’étalon  serait  ramené  au  taux  ancien  de  3  1.17  sli.
10  I/o  d.,  ou  fixé  au  chifîre  de  41.  2  sli.  qui  avait  représenté  les  prix  de
l’or  non-seulement  pendant  la  session  actuelle  du  Parlement,  mais
encore  pendant  les  quatre  années  précédentes,  l  a  Chambre,  pressée
de  choisir  entre  ces  deux  mesures,  adopta  la  plus  sage  et  décréta  le
rétablissement  de  l’ancien  étalon.  Mais  lorsque  certains  esprits  disent
aujourd’hui  que  la  valeur  de  la  monnaie  a  été  forcément  élevée
de  25  p.  Oio  suivant  les  uns  ,  de  50  et  même  de  60  p.  O/o  suivant  les
autres,  ils  ne  se  reportent  pas  à  l’époque  où  le  bill  fut  voté,  mais  à
celle  où  la  dépréciation  fut  la  plus  grande,  et  ils  attribuent  tout  le
renebérissement  de  la  circulation  au  bill  de  M.  Peel.
Le  bill  de  M.  Peel  a  aboli  un  système  sous  l’empire  duquel  il  pouvait ­
  se  produire  d’aussi  étonnantes  variations.
Certes,  si  en  1819,  ou  à  l’époque  immédiatement  antérieure  a
1819,  l’or  eût  été  à  5  1.  10  sb.  Pouce,  un  changement  aussi  violent
eût  pu  passer  pour  un  acte  insensé.  Mais  le  prix  de  Por,  comme
je  l’ai  déjà  établi,  était  alors  de  4  1.2  sb.,  et  pendant  les  quatre  années ­
  précédentes  il  était  resté  à  peu  près  au  même  cbilTrc,  —  descendant ­
  quelquefois  au-dessous,  mais  ne  le  dépassant  jamais.  O»
le  voit  donc,  la  mesure  que  l’on  reproche  au  Parlement  de  n’avoir  pa*»
adoptée,  mesure  qui  eût  consisté  à  fixer  l’étalon  à  51.  10  sb.,  est  tout
simplement  une  monstruosité  ;  car  elle  nous  amenait  à  déprécie»’
de  30  p.  0/0  au-dessous  de  la  valeur  de  l’or  une  circulation  qui,  même
sous  l’empire  d’un  détestable  système,  avait  recouvré,  à  5  p.  O/O
près,  sa  valeur  comparative  avec  l’or.
On  doit  se  rappeler  que  je  soumis  alors  à  l’attention  du  pubbe
un  j)lan  pour  l’établissement  d’un  étalon  fixe.  Ce  plan  créait
nouvelles  ressources  et  rendait  inutile  l’emploi  d’une  quantité  d  u»
supérieure  à  celle  que  possédait  la  Banque.  11  consistait  à  obliger
Banque  à  payer  ses  billets  en  or-lingot  évalué  au  prix  de  la  Monnaie»
1.  17  sb.  10  1/2  d.  Ponce,  au  lieu  de  les  rembourser  en  or-monnaic-Si
  ce  plan  avait  été  adopté,  notre  circulation  se  serait  clîectuce
sans  la  plus  petite  parcelle  d’or  :  le  papier  serait  devenu  notre  scu
instrument  monétaire  concurremment  avec  les  coins  d’argent  néccs
saires  au  paiement  de  moins  d  une  livre.  11  est  facile  de  demontre
        <pb n="709" />
        DÊ  LA  PHOTECTION  ACCORDÉE  A  L'AGRICULTURE.  ftöo
'ÍRc,  dans  celte  liypothòsc,  le  retour  à  l’ancien  type  métrique  ne  pouvait ­
  augmenter  que  de  5  p.  O/o  la  valeur  de  la  monnaie,  car  c’était  la
seule  différence  qui  existât  entre  la  valeur  de  l’or  et  celle  du  papier.
Cette  limite  de  5  p.  O/p  est  d’autant  plus  exacte  que  le  projet,  n  exigeant ­
  dans  l’application  aucune  quantité  supplémentaire  d’or,  ne
pouvait  arriver  à  hausser  la  valeur  de  la  monnaie*.  Le  bill  de
^  •  Peel  réalisait  mon  projet  pendant  quatre  années,  et  décrétait
bout  de  ce  temps  la  reprise  des  paiements  en  espèces.  Si,  pendant
jette  époque  de  préparation  accordée  par  la  loi,  les  directeurs  de  la
anque  s’étaient  voués  à  diriger  leurs  opérations  avec  l’habileté  que
*’^lame  l’intérêt  public,  ils  auraient  constamment  fait  tous  leurs
®  wts  pour  maintenir  le  change  au  pair  par  leurs  émissions,  et  conséquemment ­
  ,  pour  prévenir  toute  importation  d’or.  Mais,  ennemis
^eclarés  et  perpétuels  des  paiements  en  lingots,  ils  songèrent  immé-'atement
  à  organiser  leurs  remboursements  en  numéraire.  Par  la
«marche  de  leurs  émissions,  le  change  devint  extrêmement  favorable  à
Dgleterre.  L’or  y  affluait  de  toutes  parts  en  un  courant  continu,  et  la
^  anque  l’acheta  et  avec  empressement  à  raison  de  31.  17  sh.  10  1/2  d.
once.  Une  telle  demande  ne  pouvait  manquer  d’accroître  la  valeur
fall  ^  comparativement  à  celle  de  toutes  les  marchandises.  Il  nous
ß  at  alors  élever  la  valeur  de  notre  circulation  non-seulement  de
ji  ,  montant  de  la  différence  entre  le  papier  et  l’or  avant  la  réaime,
  mais  encore  de  l’excédant  de  valeur  réparti  à  l’or  lui-même
•jarles  acquisitions  extravagantes  de  la  Banque.  Il  est  indubitable,
eu  moi,  que  si,  après  avoir  franchement  adopté  les  paiements  en
^^  gets  pour  trois  des  années  de  1810  à  1823,  on  eût  découvert  que
jystème  répondait  parfaitement  à  la  marche  d’une  circulation  fonsur
  de  l'or  à  valeur  fixe,  et  on  l’cùt  continué.  Nous  aurions
^  échappé  aux  dillicultés  que  nous  avons  eu  à  supporter  en  rai-•
  des  paiements  en  espèces,
jbrecleurs  de  la  Banque  s’abritent,  pour  la  défense  de  leurs
exéc  ’  plaintes  qu’on  leur  a  adressées  relativement  aux
teur!^  capitales  qui  atteignent  si  fréquemment  les  contrefae-^'
  ^^ttt  ])ii]£iliic  violente  les  aurait  ainsi  foreés  à  substituer  aux
aic^tiie  ^  ^  ^  ^  en  Rillets  de  banque,  chacun  pouvait  se  procurer  exactement  la
but  J  (•c  marchandises  qu’avec  l’or  contenu  en  3  1.  17  s  10  1/2  d.  Le
‘'31  %'"?"  projet  était  de  donner  à  31.17  s.  10  1/2  d.  en  billets,  une  valeur  égale
***êine  t  ^  ^  en  or.  Pour  arriver  à  ce  but,  dans  le  cas  où  l’or  serait  resté  au
P*"sd  eêt-il  donc  été  nécessaire,  edt-il  meme  été  possible  d’abaisser  de
e  r&amp;gt;  p.  o;^  valeur  des  marchandises  ?
        <pb n="710" />
        ClEÜVríES  DIVEUSKS.
billets  d’une  livre  des  signes  métalliques.  S’il  est  réellement  impossible ­
  de  substituer  aux  billets  actuels  d’autres  billets  plus  propres  a
prévenir  la  contrefaçon,  leurs  motifs  prennent  quelque  valeur  ;  car  il
faudrait  se  résoudre  avec  joie  à  un  sacrifice  pécuniaire  destiné  a  détruire ­
  les  tentations  criminelles  qui  déciment  chaque  année  tant  de
malheureux.  Mais  cette  excuse  sied  mal  à  la  Banque  d’Angleterre,
dont  la  tendre  sollicitude  pour  les  malfaiteurs  ne  s’est  éveillée  qu’en
1821.  Or,  elle  avait  déjà  amassé  à  cette  époque  une  si  grande  quantité ­
  de  numéraire,  qu’elle  s’adressa  au  Parlement  afin  d’obtenir  une
loi  qui  lui  permît  de  reprendre  ses  paiements  en  espèces  avant  1823,
terme  fixé  par  le  bill  de  M.  Peel.  Comment  les  directeurs  n’ont-ils  pas
fait  cette  découverte  en  1819,  au  moment  où  les  comités  des  Lords
et  des  Communes  se  trouvaient  saisis  des  affaires  de  la  Banque?  Au
lieu  de  réclamer  avec  ardeur  la  reprise  des  paiements  en  espèces,  ils  sc
récrièrent  alors,  en  termes  que  beaucoup  d’esprits  trouvèrent  inconvenants, ­
  contre  un  projet  de  remboursements  en  numéraire  qui  devait
leur  ravir  le  privilège  d’accroître  ou  de  réduire  arbitrairement  la
masse  de  la  circulation.  On  n’a  sans  doute  pas  oublié  que  dans  une
note  communiquée  à  la  Banque,  le  24  mars  1819,1e  comité  des  Lords
demandait  si  «  la  Banque  avait  quelques  objections  à  présenter  contre ­
  une  loi  qui  l’obligerait  à  payer  ses  billets  en  lingots  au  taux
de  3  1.  17  sh.  10  1/2  d.  pour  les  sommes  au  moins  égales  à  100  1.,
200  1.,  ou  300  1.,  et  à  échanger  ses  billets  contre  de  l’or-lingot  au
taux  de  3  1.  17  sh.  G  d.  »  Le  comité  ajoutait  que  «  le  projet  devait
être  rendu  exécutoire  à  une  époque  désignée,  et  invitait  la  Banque
formuler  ses  objections.  »
Les  directeurs  répondirent  :  «  La  Banque  a  pris  en  considération
»  la  question  posée  par  le  comité  des  I.ords  le  24  mars  ;  elle  ne  voit
*&amp;gt;  aucun  obstacle  à  échanger  des  lingots  d’or  contre  un  montant  dé-»
  terminé  et  proportionnel  de  billets  de  banque  ,  pourvu  toutefois
«  que  l’or  ait  été  fondu  ,  essayé  ,  contrôlé  a  la  Monnaie.  «
«  Les  directeurs  ont  considéré  le  chiffre  de  3  1.  17  sh.  6  d.  assigné
»  aux  achats  de  lingots  comme  tellement  hypothétique,  que,  dépu*
»  sitaires  de  la  conliance  des  actionnaires,  ils  n’ont  pas  cru  pouvoir
»  s’engager  à  émettre  l’or  au  prix  de  3  l.  17  sh.  10  1/2  d.;  mais  ils  prU'
»  posent,  comme  mesure  transitoire,  de  fournir,  en  échange  de  1®
»  somme  de  billets  indiquée,  des  lingots  d’un  poids  lixe  et  (ju’ou
»  évaluerait  d’après  le  prix  courant  du  jour.  Ils  demanderaient  toU'
«  tefois  pour  la  Banque  le  temps  de  se  préparer  aux  conséquences  de
»  CCS  nouvelles  mesures.  »
        <pb n="711" />
        DE  EA  PiSOTECriON  ACCUliDÉE  A  l/AGRICUETLRE.  GOI
til  adoptant  cettc  proposition,  on  aurait  livré  à  la  llanque  clic-Riéine
  le  privilège  de  lixer  le  prix  auquel  elle  voudrait  bien  céder
&amp;lt;1«  temps  en  temps  l’or  au  public.  En  effet,  par  l’expansion  ou  lacoitti’action
  de  ses  billets  elle  se  trouvait  maîtresse  du  prix  de  l’or,  elle
pouvait  l’élever  capricieusement  à  4  1.  ou  à  10  1.  l’once  ;  et  c’est  après
^'oir  ainsi  construit  un  tarif  de  prédilection  qu  elle  proposait  de  venles
  lingots,  «  jiourvn  qu’on  lui  aecordiU  le  temps  nécessaire  pour
“  faire  l’épreuve  de  cette  mesure.  «  On  ne  saurait  certes  trop  admirer
'»on  abnégation.
Après  une  telle  proposition,  après  l'adresse  présentée  au  chancelier
^0  P  Echiquier  par  les  direeteurs  de  la  banque  d’Angleterre  le  20  mai
il  n’est  plus  permis  de  dire  que  la  question  des  contrefaçons
^  paru  assez  importante  aux  directeurs  jiour  les  décider,  en  18(0,  à
^'*l)stituer  le  numéraire  à  leurs  petits  billets.  Comment  expliquer
^lors  l’intérêt  spécial  qu’ils  y  attachent  en  1820?
■Í  est  excessivement  dillicile  d’apprécier  l’influence  qu’ont  pu  avoir
^^‘»■la  valeur  de  l’or,  et  conséquemment  sur  celle  de  la  monnaie,  les
‘‘^Imts  de  lingots  faits  parla  banque.  Lorsque  deux  marchandises  va-,
  il  est  impossible  de  décider  si  l’une  a  monté  ou  si  l’autre  a
le  seul  moyen  approximatif  qui  puisse  nous  conduire  à  œ
*'sultat,  consiste  à  comparer  rigoureusement  la  valeur  des  deux
"marchandises  avec  celle  de  tous  les  autres  produits  pendant  la  ¡xím
  iode  des  11  uctuations.
Lt  ce  moyen  lui-mème  est  encore  loin  d’offrir  un  témoignage  cer-'®i*E
  II  peut  arriver  que  la  moitié  des  marchandises  qui  nous  servent
‘  0  terme  de  comparaison  ait  varié  dans  une  direction,  et  l’autre
’"oititi  dans  une  direction  opposée;  sur  quelle  moitié  asseoirons-nous
"os  calculs?  Si  l’une  nous  indiipie  que  l’or  a  haussé,  l’autre  indifluera
  qu’il  a  baissé,  et  réciproquement.  Un  des  déposants  les  plus
4^ahles  parmi  ceux  examinés  par  le  comité  d’agriculture,  M.  Tooke,
oepeudant  arrivé  à  cette  conclusion,  que  l’ardeur  avec  laquelle  la
^*anquc  rechercha  l’or  destiné  à  remplacer  ses  petits  billets,  avait
®*mviron  5  p.  O/o  la  valeur  de  la  circulation.  11  est  arrivé  à  ces
au  moyen  d’observations  délicates  sur  le  prix  de  l’argent
diverses  marchandises,  et  en  tenant  compte  de  toutes  les  causes
np'!  spécialement  sur  la  valeur  de  chaque  produit.  Je
^^^"ssocie  eomplétcment  aux  calculs  de  M.  Tooke,  et  s’ils  sont  fondés,
^  Po'it  évaluer  à  environ  10  p.  O/o  l’accroisseincnt  survenu  dans  la
^  ^  OUI-  (|(.  circulation  depuis  le  vote  du  bill  de  Al.  Peel  en  1810.
Pm^Ddant  les  effets  de  celte  mesure  ne  se  sont  pas  arrêtés  là.  Les

E'-'.

.*1

‘iiS

.  :  C'Va,


I
        <pb n="712" />
        fm  ŒUVHKS  DIVEHSES.
charges  contrihutives  sc  sont  accrues  de  10  p.  O/o,  tandis  que  soirs
rinflucnce  seule  de  la  reprise  des  paiements  en  espèces  et  indépendamment ­
  de  l’action  que  d’autres  causes  pouvaient  exercer  sur  lui,
le  prix  des  grains  et  de  toutes  les  marchandises  baissait  dans  le  mémo
rapport.  Mais  au  delà  de  cette  limite  de  10  p.  O/o,  toute  la  baisse  qui
se  manifesta  ensuite  dans  le  prix  du  blé  doit  être  attribuée  à  l’excédant ­
  de  l’offre  sur  la  demande,  et  cette  baisse,  elle  n’eût  pas  moins
existé  dans  le  cas  où  l’on  n’eût  pas  altéré  la  valeur  de  la  circulation.
Un  grand  nombre  d’intérêts  fonciers  se  sont  soulevés  pour  prétendre ­
  que  la  détresse  agricole  naissait  d’une  cause  unique.  Ils  ont
même  été  jusqu’à  dire  qu’il  n’y  a  plus  pour  eux  d’autre  produit  net
que  celui  dont  ils  versent  le  montant  entre  les  mains  du  gouvernement ­
  à  titre  de  taxes  ;  qu’on  leur  a  ravi  à  la  fois  la  rente  et  le  profit;
que  le  cultivateur  est  obligé  de  prélever  sur  son  capital  le  montant
du  fermage  ;  et  qu’enfm  tous  ces  désordres,  tous  ces  maux  dérivent
des  changements  introduits  dans  la  circulation.
11  est  évident  que  les  interprètes  d’une  assertion  aussi  extravagante
ignorent  comment  les  modifications  introduites  dans  la  valeur  de  lA
circulation  réagissent  sur  les  différents  intérêts  d’un  pays.  Si  elles
nuisent  au  débiteur,  elles  favorisent  au  même  degré  le  créancier;  si
elles  pèsent  sur  le  fermier,  elles  profitent  au  propriétaire  et  au  rece
veur  des  contributions.  Ceux  qui  soutiennent  la  doetrine  précédente
doivent  donc  être  prêts  à  démontrer  que  le  fonds  qui  constituait  aupa
ravant  la  rente  du  propriétaire  et  les  profits  du  fermier,  se  trouve
transporté  à  l’Etat  par  le  seul  effet  des  changements  subis  par  W
monnaie,  et  se  distribue  maintenant  aux  receveurs  des  contributions
et  aux  créanciers  publics.  Il  est  indubitable  qu’en  acquittant  les
arrérages  de  rentes  avec  une  monnaie  supérieure  en  valeur,  on  a  dn
améliorer  la  situation  du  rentier  ;  mais  qui  nous  prouve  que  cette
amélioration  a  été  assez  forte  pour  ajouter  à  ses  moyens  de  jouissance
ceux  dont  pouvait  disposer  auparavant  tout  le  corps  des  fermiers  et
des  ¡iropriétaircs  du  pa)  s?  On  ne  saurait  soutenir  un  moment  d’aussi
étranges  assertions.  Où  sont  les  superbes  équipages,  les  magnifiqnc'^
palais  que  les  porteurs  d’effets  publics  ont  étalés  à  nos  yeux  depuis  le
bill  de  1819  ?  Et  d’ailleurs,  quand  l’assertion  serait  vraie,  comment  les
prolits  du  commerçant  et  de  l’industriel  ont-ils  pu  échapper  à  l’avidité ­
  du  rentier,  ce  monstre  dévorant,  comme  on  l’a  appelé  ?  Leurs
profits  ne  sont-ils  donc  pas  soumis  aux  mêmes  principes,  aux  niênn'S
lois  que  ceux  du  fermier?  Sous  (juel  abri  ont-ils  pu  se  réfugier  pnnr
&amp;gt;oir  passer  l’orage  ?  La  réponse  est  claire  :  Il  n’y  a  aucune  vérité
        <pb n="713" />
        UK  LA  I’UOTKCTlOiN  ACCOKUtK  A  I/ALKICI'LTÜKK.  im
1  asstîrlioii  émise.  L’agriculture  a  été  frapi)ée  par  des  causes  au  milieu
desquelles  la  circulation  ne  joue  qu’un  bien  faible  rôle.  Les  soulTranc'es
  particulières  qui  pèsent  sur  les  intérêts  fonciers  ont  un  caractère
passager,  et  disparaîtront  avec  l’excédant  de  l’offre  sur  la  demande,
lout  prix  rémunérateur  devient  impossible  tant  que  ce  principe  de
l&amp;gt;aisse  continue  à  agir  ;  mais,  disons-le,  la  situation  actuelle  ne  peut
^b’e  de  longue  durée.
11  &amp;lt;ist  évident  que,  si  l’altération  de  la  valeur  des  monnaies  cl  l’accroissement ­
  des  taxes  ont  eu  assez  d'induence  sur  la  position  des  fei  -
•niei*s  pour  leur  ravir  les  bénéüees  de  leur  capital,  ils  ont  dû  détruire
eu  même  temps  les  Wnéfices  de  tous  ceux  qui  utilisent  leurs  épar
gués;  ear  il  est  impossible  ([u’uiie  catégorie  de  caj)ilalistes  soit  con-*lamment
  privée  de  ses  bénélices,  pendant  que  les  autres  réalisent  un
g^iu  convenable.

Les  propriétaires  peuvent  dire  que  leurs  revenus  sont  grevés  de
charges  fixes,  telles  que  douaires,  dots  pour  les  filles  et  les  e^»-dcls,
  b^potlièíjues,  etc.  On  ne  peut  nier  que,  pénétrant  dans
ces  obligations,  l’altération  de  la  valeur  des  monnaies  n’y  ait  une
gcuiide  influence  et  ne  pèse  lourdement  sur  les  propriétaires  ;  mais
ce  fait  qui  les  frappe  aujourd’hui,  leurs  pères  ou  eux-mêmes  en  oui
Pcolilé  lors  de  la  dépréciation  monétaire.  Pendant  de  longues  années
'l^'Oiit  acquitté  leurs  engagements  fixes,—  y  compris  les  taxes,  —  en
^'guesavilis.  S’ils  soulfrenl  de  l’injustice  aujourd’hui,  ils  en  ont  donc
l'cofilé  à  d’autres  époques,  et  l’on  trouverait,  je  pense,  en  établissant
•'goureusement  les  comptes,  que,  relativement  aux  modificai  ions  iii-L'oduites
  dans  la  valeur  ÿe  la  circulation,  ils  ont  peu  sujet  de  se
plaindre.

^lais  le  commerce  n’a  t  il  pas  droit  aussi  à  élever  la  voix  à  l’ég‘‘cd
  de  ses  obligations  pécuniaires  atteintes  par  les  changements  de
I*  uionnaie?  Le  cbilfre  de  ses  dettes  n’est-il  |)as  égal  aux  dettes  des
‘'gciculteurs?  Combien  de  ptirsomies  retirées  des  allaires,  et  dont
h's  capiumx  sont  encore  mis  en  œuvre  directement  ou  indirectement
leurs  successeurs  !  Quelles  sommes  énormes  les  banquiers  et
‘I  autres  ne  remuent-ils  pas  chaque  jour  en  escomptant  des  elTels  ?
Il  faut  des  débiteurs  pour  garantir  tous  ces  escomptes,  et  l’accroisbernent
  de  la  valeur  (It's  monnaies  a  du  nécessairement  aggraver  le

U&amp;lt;Hds  de  leurs  engagements.
•I  insiste  sur  ces  faits  pour  démontrer  ([uc,  si  les  altérations  monélaiies
  ont  été  la  cause  véritable  du  malaise  des  intérêts  agricoles,  elles
’*ui  du  produire  un  malaise  semblable  dans  d  autres  industries.  LV
        <pb n="714" />
        ŒUVRES  ÜIVEHÜES.

G6i
comme  eu  fait,  je  ne  trouve  nulle  part  cette  liypothèse  réalisée,  j’ai
bien  le  droit  d’en  conclure  qu’on  s’est  mépris  sur  le  principe  de  tous
ces  maux.
11  doit  toujours  exister  une  certaine  proportion  entre  les  profits
des  fermiers  et  ceux  des  autres  classes  de  capitalistes.  Ces  profits  sont
peut-être  assujettis  [à  des  oscillations  passagères  plus  nombreuses  ;
mais  les  circonstances  dont  se  plaignent  les  fermiers,  quelque  gravité ­
  qu’elles  aient  acquise  aujourd’hui  sous  l’in  fluence  de  causes
multiples,  ne  sont  après  tout  ni  nouvelles,  ni  exceptionnelles.
M.  l’ooke  a  enrichi  sa  déposition  devant  le  comité  agricole,  p.  230
et  231  ,  de  quelques  extraits  puisés  dans  des  publications  du  siècle
dernier,  et  où  l’on  prédisait  déjà  la  ruine  des  agriculteurs  en  termes
analogues  à  ceux  dont  on  s’est  servi  de  nos  jours.  Les  embarras  de
nos  pères  se  sont  dissipés,  et  avec  de  bonnes  lois  les  nôtres  ne  seraient ­
  plus  bientôt  qu’une  question  d’histoire.
A  la  dernière  assemblée  générale  des  actionnaires  de  la  Banque,  les
directeurs  soutinrent  que,  loin  d’avoir  réduit  le  montant  de  la  circulation ­
  depuis  1819,  ils  lui  avaient  imprimé  un  très-grand  développement, ­
  et  qu’en  ce  moment  il  excédait  de  plus  de  3,000,000  1.  le
chiffre  des  deux  années  précédentes.  Le  rapport  des  directeurs,  fût-il
vrai,  n’est  point  une  réponse  à  l’accusation  qu’on  leur  a  adressée  d’avoir ­
  abaissé  le  taux  de  la  circulation  et  provoqué  directement  l’afflux ­
  des  lingots  d’or.  La  question  est  celle-ci  :  —  Votre  circulation
a-t-elle  été  assez’forte  pour  maintenir  le  change  au  pair?  Les  faits
répondent  négativement,  et  j’ai  donc  droit  de  dire  que,  si  l’importation
de  l’or  a  eu  pour^efîet  d’aggraver  les  charges  qui  pèsent  sur  le  pays,
c’est  une  preuve  que  la  Banque  n’a  pas  émis  une  assez  grande
quantité  de  billets  pour  maintenir  le  pair  du  change.  Et  maintenant, ­
  que  la  masse  des  billets  de  banque  ait  été  effectivement  stationnaire, ­
  progressive,  ou  décroissante,  l’accusation  u  en  subsiste
pas  moins.
Mais  d’ailleurs  je  nie  même  que  la  circulatiim  en  1822  ait  été  de
un  demi-million  ])lus  forte  qu’en  1821  et  1820.  Le  mode  de  démonstration ­
  adopté  par  les  directeurs  est  loin  d’être  concluant  ;  on  va  le
voir.  Ils  disent  ;  En  1821  nous  avions  23,800,0001.  en  circulation,  et
aujourd’hui  l’ensemble  de  nos  billets,  joint  aux  souverains  que  nous
avons  émis  depuis,  offre  un  excédant  de  3,000,0001.  Mais  il  faut  observer ­
  que  les  souverains  ont  cours  en  Irlande  et  en  d’autres  provinces
du  Boyaume-Uni  :  comment  pourront-ils  donc  affirmer  que  dans  le
même  canal  où  circulaient  23,800,000  1.  de  billets  de  banque  en
        <pb n="715" />
        DK  LA  l'KOTECTIÜiN  ACCíHiDÉE  A  L’AGIUCULIL'IIK.  (JGò
^^21,  il  circule  aujourd’hui  une  somme  de  20,800,000  1.  ?  Je  crois
^ue  des  conclusions  opposées  seraient  seules  \raies,  car  je  trouve  que
le  montant  des  billets  de  5  livres  .et  au-dessus,  qui  ont  composé  la  cireulation
  pendant  quelques  unes  des  dernières  années,  a  été  pour  les
*iiois  de  février  comme  suit  :

Années.
1815  —
1816  —
1817  —
1818  —

Liv.
16,-394,359
15,307,228
17,538,651
19,077,951

Années,
1819  —
1820  —
1821  —
1822  —

Liv.
16,148,098
15.393.770
15,766,270
15.784.770

Comme  l’augmentation  des  billets  de  5  1.  et  au-dessus  n’a  été  que
c  400,0001.  depuis  1820,  il  ne  paraît  pas  croyable  que  la  masse  des
^^iipures  inférieures  se  soit  accrue  dans  un  rapport  beaucoup  plus
*’®pide.
Avant  de  terminer  cette  section,  je  ferai  observer  combien  sont  dé-^•iéesde
  tout  fondement  les  plaintes  que  la  Banque  s’est  attirées  par
esc  d’escompter  à  4  p.  O/q.  Le  motif  de  ces  griefs  est,  qu’en
à  P-  0/0,  la  Banque  abaisserait  le  taux  général  de  l’in-^
  relèverait  la  situation  des  cultivateurs,  à  qui  elle  permettrait
^Pruiiter  sur  hypothèque  à  des  conditions  beaucoup  plus  douces.
ebiffre  des  avances  de  la  Banque,  quelque  élevé
^  ^  soit,  ni  que  le  taux  de  ses  escomptes,  à  quelque  degré  qu’il
^^srende,  puissent  modifier  le  taux  de  l’intérêt  sur  le  marché.  L’inté-^
  ^  *'^gle  principalement  sur  les  bénéfices  produits  par  la  mise  en
g  du  capital,  et  aucune  banque  ou  réunion  de  banques  ne  peut
^^^reer  sur  lui  la  moindre  influence.  Pendant  la  dernière  guerre,
des  capitaux  sur  le  marché  flotta  longtemps  entre  7  et  10
'0,  et  cependant  la  Banque  ne  prêta  jamais  au-dessus  de  5  p.  O/q.
eliartc  de  la  Bamiue  d’Irlande  lui  interdit  d’escompter  à  plus
0  q,  et  autour  d’elle  les  emprunts  se  contractent  à  0  p.  q/q,
p®  *&amp;gt;anque  a  exécuté  le  programme  de  ses  fonctions  utiles  dès
®  ^  substitué  le  papier  à  l’or  dans  la  circulation  ,  dès  qu’elle  a
à  la  "'^dis  du  commerce  un  agent  monétaire  peu  coûteux,  et  rendu
précieux  et  stériles.  Le  taux  de  ses  avances
une  bien  faible  importance  tant  qu’elle  satisfera  comolétement
^^tes  CCS  conditions.
^  "DG  discussion  récente  sur  le  taux  des  escomptes  de  la  Ban-‘DGinbre
  très-éclairé  du  Parlement  émit  un  argument  assez
du  c  que,  puisque  la  Banque  de  1-rance  et  d’antres  Banques
"Dtiueut  prêtaient  à  un  taux  médiocre,  celle  d’Angleterre  devait
        <pb n="716" />
        («ajvi'.Ks  i)ivi:ksi:s.

&amp;lt;i(iG
suivie  les  mêmes  erremeiils.  Je  ne  puis  apercevoir  le  lien  qui  exislc
entre  ces  prémisses  et  ces  conclusions.  La  Banque  de  France  doit  si'
conformer  au  taux,  de  l’intérêt  et  des  profils  sur  le  marché  de  Franco  ;
la  Banque  d’Angleterre  doit  se  conformer,  elle,  au  taux  de  l’intérêt  et
des  proiits  en  Angleterre.  Ces  deux  marchés  peuvent  différer  cssc'i
ticllcment.  L’argument  de  l’orateur  prouve  d’ailleurs  qu’il  consi
dórela  modicité  de  l’intérêt  comme  étant  en  lui-même  très-favorahh
à  un  pays  :  pour  moi,  je  crois  précisément  le  contraire.  Le  tauxdi
l’intérêt,  lorsqu’il  est  faible,  est  le  symptôme  d’une  grande  agglomération ­
  de  capitaux,  mais  il  est  aussi  le  symptôme  de  profits  languissante
et  d’une  tendance  vers  l’état  stationnaire  ,  vers  une  situation  éconn
inique  où  la  richesse  et  les  ressources  d’un  pays  semblent  arrêtées  dane
leur  développement.  Comme  l’avenir  cl  la  fortune  se  construisent  avo&amp;lt;
des  hénéiices,  comme  la  prospérité  d’un  peuple  s’accroît  d’autant  pù**’
qu'il  marche  rapidement  vers  le  progrès,  les  profits  et  l’intérêt  nc
sauraient  jamais  être  trop  élevés.  Ce  serait  jiayer  trop  cher  favantag«'
qu’auraient  les  propriétaires  terriens  d’emprunter  à  des  condition^
plus  douces,  s’il  fallait  f  aeheter  par  l’affaiblissement  de  nos  hénéiic^''
et  de  nos  intérêts.
Ce  grief,  qui  me  jiarait  avoir  mauvaise  grâce  dans  la  bouche  d’n”
membre  du  Parlement,  au  moins  comme  représentant  de  l’intén’l
public,  aurait  pu  être  articulé  avec  justice  par  un  actionnaire  de
Banque  au  sein  d’une  assemblée  générale.  Fn  effet,  il  est  dillicile
concevoir  sur  quel  principe  les  directeurs  se  fondent,  et  ixmimcnt  •
entendent  l’avantage  de  leurs  actionnaires,  lorsqu’ils  prêtent  a  :1  p.
au  gouvernement  *  des  sommes  pour  les([uelles  ils  obtiendraii  ”
i  p.  0/0  des  particuliers.  Mais  cette  question  échappe  au  controle
public,  et  nous  devons  laisser  aux  directeurs  cl  aux  actionnaires  ‘
soin  d’organiser  leurs  opérations  à  volonté.

'  La  naiKiue  se  trouve  inaiiileiiant  à  dei  ouvert  de  souunos  iuiporlaules
à  trois  pour-cent  sur  des  bous  de  rKetiiipiier  et  cela,  outre  son  capital  social  ‘1^^
est  aussi  entre  Us  uiaiiis  du  gouvernement.  Quant  à  ce  dernier  fonds,  ses  stal”
l’obligent  à  le  laisser  à  l’Ktat  à  raison  de  trois  pour  cent.
        <pb n="717" />
        HK  LA  LíiOTlXTlON  ACCOKDKK  A  l/ACUICLLTUKi:.

1,67

SECTION  Vl.
De  l’influence  qu’a  le  bas  prix  du  blé  sur  le  taux  des  profits  *.
Je  désire  que  l’on  comprenne  bien  ce  que  j’cnttnds  ])ar  ces  mois  le
du  blé.  —  Je  considère  la  valeur  du  blé  comme  faible,  lors-Uu
  un  travail  modéré  suflit  pour  en  produire  de  vastes  quantités,
^loiüs  une  somme  de  travail  consacrée  à  la  culture  produira  de  blé,  et
P*«s  le  taux  du  produit  s’élèvera.  Dans  le  développement  jirogrcsdes
  sociétés,  la  valeur  du  blé  est  soumise  à  l’action  de  deux  causes
^Pposées.  L’une  de  ces  causes  est  l’accroissement  de  la  population.
e  dirige  par  nécessité  le  travail  humain  sur  des  terres  moins  fé-^ondes,
  où  la  culture  est  plus  coûteuse,  et  tend  toujours  à  élever  la
'j^leur  du  blé  ;  —  l’autre,  qui  est  la  découverte  de  nouveaux  marchés
^  oiidants  et  éloignés,  tend  toujours  à  l’abaisser.  Tantôt  Tune  domine,
»tot  l’autre,  et  c’est  en  raison  de  ces  alternatives  que  le  prix  du  ble
»l&amp;lt;^ve  et  fléchit  tour  à  tour.
t:»  disant  w/enr  du  61c,  j’exprime  une  idée  un  peu  différente  de
prix.  Lorsque  sa  valeur  hausse,  le  prix  suit  généralement  la
^  ^»le  progression;  il  la  suivrait  toujours,  si  la  monnaie  qui  sert  uni-‘^^elleinent
  à  fixer  les  prix  était  invariable.  Mais  il  peut  arriver
®  le  blé  n’ait  pas  varié  relativement  aux  autres  marchandises;  il
^^^»t  arriver  que  sa  production  n’exige  ni  plus  ni  moins  de  travail,
l»e  cependant  son  prix  s’élève  et  s’abaisse  en  raison  des  circón-»ces
  qui  auront  influé  sur  la  monnaie  pour  la  rendre  ou  abondante
chère,  ou  rare  et  coûteuse.  Il  n’y  a  pas  de  fait  moins  impor
blé  "»c  société  que  les  changements  introduits  dans  le  prix  du
Do’  seules  altérations  de  la  valeur  des  monnaies  ;  il  n’en  est
bén?r  qui  atteigne  plus  profondément  la  richesse  et  ses
cirrr^^  ff»c  la  baisse  ou  la  hausse  du  blé  dans  l’hypothèse  d’une
»  »tion  invariable.  Nous  ferons  ici  abstraction  des  changements

Point  iei  le  mot  prix  nu  mot  valeur  du  texte  anglais,  nous  n’nvous
différence  scientilique  et  délicate  qui  les  separe.  Ricardo  lui
de  ®»‘»  ‘le  ll’^er  les  esprits  à  ce  sujet,  mais  après  avoir  indiqué  leur  poin
'eunes^^^-  **  ^  introduire  dans  son  argumentation  une  multiplicité  di
Sens  de*^-^'  ^nrait  pu  l’oliscurcir.  Nous  faisons  comme  lui  ;  nous  confondons  ici  h
‘nnj'ofii  ^  ‘lenx  mots  en  ayant  soin  de  choisir  l’expression  qui  paraît  le
c*  3nx  allures  de  la  langue  économiipie  française.

mieux  se

A  I
        <pb n="718" />
        G08

Ol'lUVliKS  IMVEHSKS.

de  la  monnaie,  aíin  de  mieux  déterminer  l’iníluenee  (jni  appartient‘‘
la  hausse  et  à  la  baisse  des  céréales,  et  nous  donuerous  au  mot
la  même  signilieatioii  qu’au  mot  valeur.
Comme  le  blé  est  un  des  principaux  articles  dans  lesquels  tiennent
se  fondre  les  salaires  du  travail,  sa  valeur  entre  pour  beaucoup  dans  la
fixation  de  ces  salaires.  Comme  toutes  les  marchandises  qui  sont  soumises ­
  au  principe  de  l’ollVe  et  de  la  demande,  le  travail  est  lui-mêuH’
assujetti  à  des  variations  de  valeur  ;  mais  il  est  de  plus  gouverné  par
le  prix  des  objets  nécessaires  au  travailleur.  Or  le  blé,  comme  je  l’ai
dit,  occupe  le  premier  rang  [)arnii  ces  choses  nécessaires.  J’ai  essav^
de  prouver,  dans  une  des  sections  précédentes,  qu’une  hausse  générale ­
  des  salaires  n’aurait  pas  pour  effet  immédiat  d’élever  le  prix  (1(^^
marcliandiscs  auxquelles  on  a  consacré  le  travail  ;  dès  que  les  salai'
res  augmentent  dans  une  industrie,  il  faut  que  les  produits  de  cette
industrie  renchérissent  en  même  temps  afin  de  ])lacer  le  producteur
sur  un  pied  d’égalité  avec  tous  les  autres  groupes  d’industriels.  Iffai^
quand  la  hausse  des  salaires  embrasse  à  la  fois  toutes  les  productions)
la  valeur  additionnelle  qu’acquièrent  les  marchandises  n’a  qii’uuc
bien  faible  importance.  J’ai  déjà  signalé  ce  phénomène,  et  je  puis  Ir
justifier  de  nouveau.  En  effet  :  (jue  le  prix  de  tous  les  produits  soü
élevé  ou  faible,  leur  valeur  relative  restera  toujours  la  même  ;  et  l’u"
sait  que  l’accroissement  ou  la  diminution  de  quantités  de  marchandise:''
contre  lesquelles  ils  peuvent  être  échangés,  dépend  seulement  tlcs
altérations  éprouvées  par  cette  même  valeur  relative.  Jbi  déiiniti'e’?
tout  homme  échange  scs  produits  contre  d’autres  produits  ou  contre:
du  travail.  11  lui  sera  dès  lors  complètement  indifférent  de  vendre:
ses  propres  produits  à  un  prix  élevé  ou  à  un  prix  inférieur,  si,  d«***®
le  premier  cas,  il  est  obligé  de  payer  cher  tous  les  objets  de  sa  ‘‘oG
sommation,  et  si,  dans  le  second  au  contraire,  il  peut  les  obtenir
hou  marché.  Dans  ces  deux  hypothèses  la  masse  de  ses  jouissance:^
aura  été  la  même.
L’excédant  de  travail  consacré  aux  terres  inférieures  maintiendrai*
le  prix  du  blé  à  un  taux  élevé  et  déterminerait  la  hausse  des  salairc^  '
mais  cette  hausse  ne  se  communiquant  pas  aux  marchandises,
profits  tomberaient  nécessairement.  Si  la  production  de  certains  nh
jets  d'une  valeur  de  1000  1.  exige  à  une  certaine  époque  un  travail  de
800  1.,  et  que  plus  tard  les  frais  de  création  se  montent  à  000  h,
évident  que  les  bénéfices  descendront  de  200  1.  à  1001.,  et  cette  hai^''^
n’affectera  pas  une  seule  industrie,  elle  s’étendra  à  toutes.  Lors(ff'^
l’augmentation  des  salaires  a  un  caractère  général,  elle  réagit  egah
        <pb n="719" />
        DK  KA  PUüTECTION  ACCOKDKE  A  I/AGRICULTUIŒ.  ü(îl)
Dient  sur  les  profits  du  fermier,  du  manufacturier  et  du  commerçant,
seul  moyen  de  conserver  des  promts  élevés  consiste  à  déprimer  le
des  salaires.  Cette  phase  de  la  loi  des  profits  nous  montre  tout
abord  combien  il  est  important  de  maintenir  à  des  prix  inférieurs
Due  denrée  aussi  nécessaire  que  le  blé,  et  dont  l’action  est  si  puissante ­
  sur  les  salaires;  elle  nous  démontre  aussi  combien  sont  fatales
intérêts  d’un  pays  ces  prohibitions  ,  dont  l’effet  est  de  pousser
(Continuellement  à  la  culture  des  terrains  les  plus  pauvres,  afin  de
subvenir  aux  besoins  d’une  population  croissante.
•  ^u  appliquant  à  la  culture  des  produits  alimentaires  plus  de  traqu’il
  n’en  faudrait  sous  un  autre  système,  nous  abaissons  lecbif-**0
  des  profits,  et  par  suite,  nous  diminuons  la  somme  de  nos  jouis-^®uces
  et  les  sources  de  nos  épargnes.  Ce  sont  là  déjà  des  résultats  assez
l’istes  ;  mais  en  outre  nous  offrons  aux  capitalistes  une  tentation  irrésistible ­
  d’aller  porter  leurs  capitaux  sur  les  marchés  où  les  salaires
sont  faibles  et  les  profits  considérables.  Si  les  propriétaires  terriens
^&amp;gt;ent  assurés  devoir  se  perpétuer  le  haut  prix  des  céréales,  —  ce  qui
^  pas  le  cas.  Dieu  merci,—leur  intérêt  serait  diamétralement  opposé
®(clui  des  autres  classes  de  la  société.  En  effet,  les  ¡»rogrèsde  la  rente
Jjut  pour  cause  primitive  et  principale  le  haut  prix  qui  naît  des  difoultés
  de  la  production.  Et  qu’on  ne  pense  pas  que  l’avantage  dont
‘^  propriétaires  héritent  soit  une  compensation  pour  les  obstacles
^Ui  interdisent  aux  autres  classes  de  la  société  d’acheter  du  blé  à  bon
Hl^i'cbé.  Cette  consolation  elle-même  nous  est  ravie,  car,  pour  répan-(le
  chétives  faveurs  sur  une  classe  de  citoyens,  il  faut  faire  peser
les  autres  les  charges  les  plus  oppressives,
tô/.  qu’en  retireraient  les  propriétaires  serait  d’ailleurs  plu-^
  apparent  que  réel  ;  car,  pour  être  complet,  il  faudrait  qu’il  repo-'(1^
  sur  des  prix  à  la  fois  stables  et  élevés.
n’est  fatal  aux  intérêts  du  fermier  comme  des  oscillations
&amp;lt;lans  les  prix.  Or  je  tâcherai  de  démontrer  dans  la  pro-¡ne
  section  qu’un  système  de  protection  exclusive  pour  les  pro-^
  c  aires,  et  de  prohibition  contre  les  céréales,  est  de  nature  à
(pie  lus  fermiers  aux  fluctuations  les  plus  dangereuses,  lorsplus
  ^^ùn(^l‘(î(îs  du  fermier  sont  brillants,  il  est  porté  à  vivre
s  largement,  et  à  calculer  son  existence  sur  l’espoir  d’une  proscalT'^
  ^(’ustaute.  Mais  les  revers  sont  là,  certains,  inévitables.  Ac-^
  ®  par  les  suites  de  son  imprévoyance,  harcelé  par  la  multitude
^  ^  dépenses,  il  lui  sera  impossible  de  remplir  scs  engagements  en-^urs

  le

propriétaire.
        <pb n="720" />
        67  OEÜVUES  DIVERSES.
La  rente  nominale  de  ce  dernier  est  effeetivement  élevée,  mais  il
se  trouve  souvent  dans  la  situation  de  ne  pouvoir  la  réaliser.  N’est-il
pas  évident  qu’un  ])rix  à  la  fois  plus  modéré  et  plus  stable  lui  serait
plus  avantageux,  et  qu’en  régularisant  les  bénéfices  du  fermier  U
donnerait  au  maître,  sinon  le  gage  d’une  rente  plus  chère,  du  moins
celui  d’un  bonheur  et  d’une  aisance  assurés  ?
Il  paraît  donc  qu’un  prix  à  la  fois  stable  et  élevé  serait  éminemment ­
  favorable  au  propriétaire.  Mais,  comme  il  est  presqu’impossibk
de  concilier  ces  deux  termes  dans  un  pays  tel  que  le  nôtre,  son  intérêt ­
  s’allierait  plus  avantageusement  avec  des  prix  modérés.  Mieux
que  tout  autre  principe,  on  pourrait  établir  que  le  bas  prix  des  blés
est  favorable  au  fermier  et  à  toutes  les  autres  classes  de  la  société.
De  hauts  prix  sont  incompatibles  avec  de  faibles  salaires,  et  les  hauts
salaires  excluent  les  grands  profits.
Je  dois  constater  ici  une  erreur  émise  par  un  de  ces  hommes  qui
donnent  à  leurs  opinions  l’autorité  imposante  du  génie.  Cette  erreur
porte  que  le  manufacturier  peut  hausser  le  prix  de  sa  marchandise
imposée,  et  se  rendre  môme  la  taxe  favorable  en  certaines  occasions  ;
mais  qu’il  n’est  pas  au  pouvoir  du  fermier  de  s’indemniser  ainsi,  et
qu’à  l’expiration  de  son  bail,  si  ce  n’est  môme  avant,  tout  le  fardeau
de  la  taxe  retombera  sur  le  propriétaire.  Cette  erreur  date  de  loin,
car  elle  s’appuie  sur  la  renommée  d’Adam  Smith.  Depuis  lors,  l*
question  de  la  rente,  les  lois  qui  en  régissent  la  hausse  et  la  baisse
ont  été  discutées,  exposées,  et  tous  ceux  qui  ont  étudié  ces  vues
nouvelles  ont  dépassé  l’opinion  précédente.  Je  n’aborderai  pu^
maintenant  ce  sujet  que  tant  d’écrivains  habiles  ont  contribué  à  éclair'
cir.  Je  demanderai  seulement  aux  partisans  de  la  doctrine  de  Siiiitl'»
sur  qui  retomberait  en  définitive  un  impôt  territorial  de  3  sh.  p^r
acre,  prélevé  sur  une  de  ces  terres  dont  nous  a  parlé  M.  Harvey  dans
sa  déposition,  citée  plus  haut,  et  pour  lesquelles  on  paie  seulemcul
une  rente  de  dix-huit  pence?  Le  fermier  devra  nécessairement  secoU'
tenter  de  profits  inferieurs  à  ceux  des  cultivateurs  qui  paient  de  plus
hauts  fermages,  ou  bien  il  devra  reporter  ses  sacrifices  sur  le  consoiU'
mateur.  Mais  pourquoi  continuerait-il  une  industrie  où  ses  béncfit'^_^
sont  inférieurs  à  ceux  des  autres  classes  de  capitalistes  ?  Il  y  aiiraH
encore  pour  lui  une  question,  celle  du  temps  nécessaire  pour  su
dégager  d’une  ])rofession  stérile  ;  mais  il  l’abandonnerait,  comme  touS
les  autres  travailleurs,  qui,  placés  dans  des  circonstances  analogues,
c  essent  leurs  opérations.
J’ai  choisi  l’exemple  cité  par  M.  Harvey  ,  parce  qu’il  a  donné  n
        <pb n="721" />
        DE  LA  1‘IlOTECTiON  ACCOUDÉE  A  L  ACUICULTUUE.  071
|&amp;gt;|)S(irvali(nis  le  poids  de  sa  longue  expérience.  Mais  je  suis  d’ailleurs
‘ipn  convaincu  que,  dans  chaque  pa^s,  on  'produit  d’immenses  quantités ­
  de  blé  sans  avoir  à  payer  une  rente  quelconque  pour  le  privilège
®  1  exploitation.  Tout  fermier  a  le  droit  de  consacrer  une  portion
ditionnelle  de  capital  à  la  culture  de  ses  terres  ,  lorsqu’il  y  a  déjà
appliqué  les  ressources  qui  doivent  acquitter  sa  rente.  Si  le  blé  qui
^  eit  lui  produire  ce  supplément  d’exploitation  n’a  pas  à  suppor-^er
  une  nouvelle  rente,  il  en  retirera  les  profits  ordinaires.  Mais,
'■appez  sa  production  d’un  impôt  territorial  sans  admettre  pour  con-/"G
  poids  un  accroissement  de  prix,  et  dès  ce  moment  vous  le  poussez
pégagcrdusol  scs  derniers  capitaux,  dès  ce  moment  vous  diminuez
approvisionnement  général.  11  n’est  pas  dans  mon  esprit  de  principe
prouvé  que  celui-ci  :  —  tout  impôt  établi  sur  la  création  des
Produits  naturels  retombe  en  définitive,  comme  tous  ceux  qui  frappent
objets  manufacturés,  sur  les  consommateurs  de  ces  divers  articles.

SECTION  VII.

S«us

nat^  ‘l*’"'**  protecteurs  destinés  à  concéder  le  monopole  du  marché
niii  ^  cultivateurs  de  blé,  les  piix  sont  nécessairement  soumis  à  de  conti-'«‘-Hes
  fluctuations.

do

bes  droits  protecteurs  dirigés  contre  l’importation  des  céréales,
'*'’cni  toujours  être  fondés  sur  la  supposition  que  les  blés  étrangers
ot  moins  chers  du  montant  même  de  ces  droits,  et  que,  sans  cette
^rge  additionnelle,  ils  pénétreraient  sur  notre  marché.  Les  droits
^  ^toetcurs  seraient  parfaitement  inutiles,  si  le  prix  des  blés  étrangers
^  ^^®it  pas  inférieur  au  nôtre,  car,  par  le  fait  seul  de  la  liberté  du
blés  seraient  exclus  de  l’importation.  On  doit  donc
jours  supposer  que  la  valeur  ordinaire  et  moyenne  des  céréales,
^  ie  pays  protégé,  excède  le  taux  des  marchés  étrangers  du  mondan ­
  droits  restrictifs  ;  et  l’on  doit  aussi  en  conclure  que
1)1(3  ^  ^  ^^P^tbèse  d’uue  brillante  récolte,  on  ne  pourra  cx[)ortcr  le
Uu,/^  '  ïï'oinent  où  les  prix  ordinaires  et  moyens  auront  baissé
montant  de  la  taxe,  mais  encore  de  la  somme  des
^penses  causées  par  l’exportation.  Sous  un  régime  de  liberté  comtaux
  des  céréales  tendrait  constamment  à  s’équilibrer.  La
ble  ^  qui  put  l’atteindre  alors  ne  déj)asscrait  jamais  sensidépenses
  nécessaires  pour  transporter  le  blé  d’un  pays  à
belle  ^  '  b&amp;gt;ans  le  cas  où  l’un  des  pays  aurait  seul  été  favorisé  par  une
ï’e'coltc,  il  trouverait  immédiatement  à  relever  ses  ])rix  avilis
        <pb n="722" />
        (1EUVI{ES  DIVERSES.

G7'2
par  rabondance,  et  le  surplus  de  sa  production  s’écoulerait  au  dehors.
Mais  sous  un  régime  de  droits  protecteurs  ou  prohibitifs,  la  baisse,  quß
déterminent  une  ou  plusieurs  années  d’abondance,  a  le  temps  de  sévir
contre  le  cultivateur  et  d’entamer  sa  ruine  avant  le  jour  où  il  peut  se
relever  par  l’exportation.  M.  AVebb  Hall  a  proposé  d’établir  à  Tin*'
portation  un  droit  fixe  de  40  sh.,  qui  représente,  selon  lui,  ladilîéreuce
du  prix  naturel  du  blé  en  Angleterre  et  dans  les  autres  pays  à  céréales*
Si  nous  adoptions  sa  proposition  et  ses  donncés,  il  faudrait  que  dans
toutes  les  circonstances  d’une  belle  récolte,  le  prix  du  blé  tombât
de  40  sh.  avant  qu’il  pût  y  avoir  avantage  à  l’exporter  sur  le  continent. ­
  Eh  bien,  cette  baisse  est  tellement  considérable,  que  si  les  fermiers ­
  avaient  à  la  subir,  il  leur  serait  impossible  d’acquitter  leurs  rentes ­
  dans  les  années  abondantes  sans  s’imposer  d’énormes  sacrifices-La
  même  observation  s’applique  aux  lois  qui  prohibent  l’importation ­
  jusqu’à  ce  que  le  prix  ait  atteint  80  IL  L’effet  immédiat
de  cette  législation  est  d’élever  habituellement  le  prix  de  nos  bles
bien  au-dessus  de  celui  des  autres  pays.  C’est  pourquoi  il  faut  qnC;
dans  l’éventualité  d’une  riche  moisson,  nos  prix  soient  graduellement ­
  descendus  au-dessous  delà  limite  étrangère  avant  que  le  cultivateur ­
  puisse  chercher  dans  l’exportation  le  moyen  de  racheter  ses  sacrifices. ­
  Sous  ce  point  de  vue,  ses  effets  se  confondent  entièrement  avc^
ceux  que  nous  avons  déjà  reconnus  pour  les  droits  fixes  et  élevés.
Mais  la  législation  actuelle  renferme  un  autre  vice  capital  qui  n’exiate
  pas  dans  le  système  des  droits  fixes.  Lorsque  létaux  moyen  dufe^'
ment  a  atteint  80  sh.  par  quarter,  nos  ports  s’ouvrent  pour  trois  niC*
à  une  importation  illimitée  et  libre  de  tous  droits.  Cette  faculté  d’^
roulement  doit  exercer  une  immense  influence  sur  le  continent  où  1*
moyenne  des  prix  est  d’environ  40  sh.  ;  et  la  tentation  qu’elle  y  insp''
re,  pendant  les  trois  mois  de  franchise,  doit  nécessairement  ame»^*^
l’importation  de  quantités  énormes.
L'influence  de  ces  mesures  survit  à  la  fermeture  de  nos  ports  ,
s’exerce  bien  au  delà  des  trois  mois  de  liberté  commerciale.  Penda**^
toute  sa  durée,  les  cultivateurs  nationaux  et  étrangers  sont  pla^^^
dans  un  état  de  libre  concurrence,  qui  doit  se  résoudre  ¡)ar  la  ruine  de^
premiers.  En  effet,  quelle  est  la  situation  de  nos  producteurs?  Eneoü
ragés  par  l’action  des  droits  protecteurs,  ils  ont  appliqué  leurs  e»
pitaux  aux  terrains  les  plus  pauvres  de  notre  pays,  là  où  des  produit^
'  Nous  avons  exposé  dans  un  chapitre  précédent  l’état  actuel  de  la  legislaba"
sur  les  céréales.  A.  F.
        <pb n="723" />
        DE  EA  PRÍHECTION  ACCORDEE  A  E’ACRICUETÜRE.  073
^  exigent  de  grandes  dépenses.  I:t  c’est  au  moment  où,  frappés
par  des  saisons  désastreuses,  ils  ont  le  plus  besoin  d’une  valeur  éle-'éc
  pour  leurs  produits,  c’est  à  ce  moment  qu’on  leur  livre  en  concurrence ­
  des  cultivateurs  pour  qui  un  prix  de  10  sh.  est  unerémuné-‘dioii
  Sullisante  de  tous  les  frais  de  production.  Le  système  des
coits  fixes  protège  le  fermier  contre  cæ  danger  particulier,  mais  il
c  laisse  aussi  exposé  aux  funestes  conséquences  des  grandes  récoltes,
est  là,  d’ailleurs  ,  un  vice  commun  à  toutes  ces  lois  qui  tendent  à
e  ever  le  prix  du  blé  à  l’intérieur  beaucoup  au-dessus  du  niveau  qui
est  assigné  dans  tous  les  autres  pays.
Il  ne  faudrait  point  penser  cependant  que,  pour  obvier  à  toutes  ces
^  ill'cultés,  la  loi  dût  permettre  en  tout  temps  l’importation  libre  et  illij*Dtée
  des  céréales.  Les  circonstances  actuelles  exigent  d’autres  moyens,
j  a»  déjà  fait  sentir  dans  la  section  III  les  liens  intimes  qui  unissent
CS  intérêts  du  consommateur  avec  ceux  de  la  société  tout  entière.  Sur
l'cs  bases  j’ai  démontré  que,  lorsqu’on  grève  une  industrie  d’une  taxe
particulière  qui  ne  frappe  point  les  autres  producteurs  ,  il  est  juste,
^ccessaire,  d’établir  sur  l’importation  de  la  marchandise  imposc-e  un
oit  rigoureusement  égal  à  la  quotité  de  la  taxe,  et  d’en  favoriser  l’exal
  ion  au  moyen  d  un  draw-back  équivalent.  Kn  supposant  que  le
légitime  du  blé  fût  de  00  sli.  par  quarter  en  Angleterre  et  sur  le
^^|otinent,  et  que  l’assiette  d’un  impôt  territorial,  tel  que  les  dimes  ,
intàl’^iicvcrsur  notre  marché  à  70  sb.,  il  faudrait  reporter  ce  droit
^  l  'boiinel  de  lOsb.  sur  les  blés  étrangers  et  les  frapper  à  l’entrée.
U,.  j^P'^'b-itioii,  011  restituerait  la  totalité  du  droit  prélevé  sur  les
J  l^diiiUi  nationaux  et  sur  ceux  du  dehors.  A  quelque  cbiiTrc  que  s’é
|,J^'  montant  collectif  des  draw-back,  on  n’aura  fait  que  restituer  à
nup  (byà  payée,  et  lui  donner  la  force  de  lutter  sur  les
iíi¡'!  du  monde  non-seulement  contre  les  cultivateurs  étrangers,
ais  encore  contre  les  autres  classes  d’industries  nationales.  Cette
itution  légale  dilfère  esstmtiellement  des  primes  d’exportation  telles
011  les  entend  généralement,  l/idée  de  prime  suppose  généralement
ctra,  Ü""  pays,  dans  le  but  de  fournir  aux  consommateurs
bers  notre  blé  à  des  prix  excessivement  modérés.  I^c  système
fH'r  l'copose  tend  à  nous  faire  vendre  nos  céréales  au  prix  que
mettent  réellement  toutes  les  conditions  de  la  culture;  il  abolit
’^Oiïi  ^  "  haussant  nos  produits,  tendent  à  conduire  les  conmarchés
  étrangers,  et  à  nous  enlever  un  coin-*'ei|(&amp;gt;p
  oous  aurions  pu  exploiter  sous  un  régime  de  libre  concur-{^^hnv.

  (i(&amp;gt;  Uicardo.)

1.3
        <pb n="724" />
        074  OKUVUES  DIVERSES.
Lo  droit  que  j’ai  proposé  n’est,  à  vrai  dire,  qu’un  droit  d’équilibre*
et  de  compensation  ;  il  n’aura  jamais  pour  eñ'et  d’éloigner  les  capitaux
d’uue  industrie  féconde,  utile  pour  tous,  ni  deles  attirer,  par  séduction, ­
  dans  un  commerce  auquel  ils  n’eussent  pas  été  consacrés  dans  de
si  larges  proportions.  Le  mouvement  général  de  nos  aflaires  ])ren'
(Irait  les  allures  d’un  pays  sans  impôts,  où  tout  citoyen  aurait  le
droit  de  diriger  sa  richesse  et  son  labeur  dans  la  voie  (jui  lui  parait
le  plus  avantageuse.  Nous  vivons  sous  un  régime  de  contributions
écrasantes,  et  c’est  là  un  malheur  qu’il  nous  faut  supporter.  l\1ais
pour  donner  à  notre  travail  toute  sa  puissance,  nous  devons  abolir  ets
tentations  qui  entraînent  les  capitaux  et  les  talents  de  nos  producteurs ­
  dans  une  autre  voie  que  celle  où  ils  les  eussent  dirigés  si  nous
avions  la  félicité  de  vivre  sans  taxes,  et  de  pouvoir  donner  à  nos
efforts,  à  notre  activité,  leur  plein  développement.
Le  rapport  du  comité  d’agriculture,  formé  en  1821,  contient  a
sujet  des  faits  et  des  arguments  remarquables.
Je  me  reporte  avec  confiance  à  ce  document  pour  appuyer  les  prb)
cipes  au  moyen  desquels  j’ai  essayé  d’ébranler  le  système  de  nos  droits
protecteurs.  Les  arguments  qu’il  contient,  relativement  a  la  libel  le
commerciale,  me  paraissent  irréfutables  ;  mais  il  faut  avouer  que  le»
conclusions  y  sont  quelquefois  entièremeut  opposées  aux  principes*
Après  avoir  condamné  hautement  les  entraves  commerciales,  *
recommande  des  mesures  constamment  prohibitives;  après  a\uir
démontré  le  danger  de  solliciter  trop  tôt  les  terrains  inférieurs,  »
demande  qu’à  tout  prix  on  les  mette  en  culture.  Ainsi,  en  théorie,  '
n’y  aurait  rien  d’aussi  odieux  que  le  monopole  et  les  prohibitions,
et  rien  d’aussi  salutaire,  d’aussi  désirable  dans  la  pratique.
Le  comité  d’agriculture,  de  cette  année,  a  abjuré  les  doctrines  &amp;lt;  )
son  prédécesseur  et  a  ressuscité,  dans  son  rajiport,  tous  les  mcu&amp;gt;
principes.  Il  termine  en  ces  termes  ses  recommandations  à  la  Chambre ­
  :  «  Si  les  lois  de  notre  pays  ouvraient  constamment  tous  nos  por  ^
au  monde  entier  pour  le  commerce  du  blé  ;  si  ces  lois  imposaient
l’importation  un  droit  fixe  et  uniforme,  destiné  à  compenser,  av^
les  profits  du  capital,  la  différence  qui  peut  exister  entre  les  fi
supportés  par  le  cultivateur  national  pour  produire  le  blé  et  1  aP
porter  au  marché,  et  ceux  qui  pèsent  sur  la  production  et  1  impoib*^^
tion  des  blés  étrangers  ;  si,  disons  nous,  un  tel  système  était  niis
vigueur,  il  serait  mille  fois  préférable  à  toutes  les  combinaisons  d
échelle  de  droits  asccndanls  et  rétrogrades.  I:n  effet,  il  coiqierait  cou»^
à  ces  accaparements,  à  ces  spéculations  avides  ,  qui  ont  pour  "
        <pb n="725" />
        DF.  LA  PHOTECTION  ACCOHDKE  A  L'ACltlCULTUIŒ.  076
élever  ou  d’abaisser  la  moyenne  des  prix  ;  et  il  arrêterait  ces  er
reurs  dont  la  fraude  ou  l’inexpérience  ont  produit  déjà  et  peuvent
ï’^produire  les  funestes  conséquences.  Mais  le  comité  considère  ce
Pï’^jet  comme  un  modèle  offert  à  notre  législation  plutôt  que  comme
t^ne  mesure  réalisable  sous  peu  de  temps,  et  à  une  époque  déterminée. ­
  »

On  nous  dit  bien  que  le  système  vers  lequel  nos  législateurs  doivent
tendre  constamment  est  celui  d’un  droit  fixe  ;  mais  sur  quelles  bases
«oit-on  calculer  ce  droit?  On  ne  sc  fondera  pas  sur  le  principe  de  mes
démonstrations,  à  savoir,  que  le  droit  doit  compenser  rigoureusement
les  charges  spéciales  imposées  aux  cultivateurs;  mais  on  adoptera  un
^ï'oit  fixe  destiné  à  balancer  les  charges  du  cultivateur  national,  et
^lles  qui  pèsent  sur  la  production  et  l’importation  des  blés  étrangers,
j^n  lieu  de  laisser  au  consommateur  l’espoir  qu’un  jour  la  législation
dl  permettra  d’acheter  son  blé  au  taux  le  plus  bas  que  puisse  denianderle
  producteur  anglais  ;  au  lieu  de  garantir  le  capitaliste  contre
hausses  convulsives  qui  naissent  dans  les  salaires  du  jour  où  le
*^availleur  doit  payer  son  blé  cher;  au  lieu  de  lui  donner  une  sécurité
puissante  pour  le  maintien  des  profits  ;  au  lieu  de  convier  le  fer  •
à  une  situation  qui  le  protégera  contre  des  oscillations  de  valeur
fatales  à  ses  intérêts,  on  nous  dit  que  les  errements  actuels  ne  sont
peut-être  pas  les  plus  propres  à  maintenir  continuellement  la  valeur
^  nos  céréales  au-dessus  des  prix  étrangers;  que  l’on  parviendrait
fjjeux  à  ce  but  au  moyen  de  droits  fixes  substitués  à  une  échelle  mo-'
  que  ce  résultat,  nous  devons  l’obtenir  à  tout  prix.  Un  droit
^^leulé  d’après  le  principe  du  comité,  aurait  pour  effet  immé-^
  *at  de  perpétuer  entre  nos  prix  et  ceux  du  dehors  une  différence
à  la  distance  qui  sépare  nos  frais  de  production  de  ceux  des
futres  pays.  Si  nous  n’avions  pas  déjà  poussé  trop  loin  le  fol  espoir  de
^.  ‘ï’c  à  nos  approvisionnements  ;  si  par  nos  propres  efforts  nous  n’aj^us
  exagéré  nos  dépenses  de  culture,  la  loi  du  comité  serait  tout  sim-^
  fuient  insignifiante,  parce  qu’il  n’y  aurait  aucune  différence  de  frais,
^^«st-il  pas  évidemment  absurde  d’imaginer,  d’abord  ,  une  loi  qui
®  nécessité  de  cultiver  les  terrains  inférieurs  à  des  frais  excessifs,
le  1  ensuite  du  poids  de  ces  dépenses  pour  interdire  d’acheter
prod  ^1"'  P«u™cnt  le  produire  à  meilleur  marché?  Ainsi,  je
&amp;lt;  erlainc  quantité  de  drap  dont  le  prix  rémunérateur  s’é-^iitr^
  ^'^^***^  livres:  si  je  désire  échanger  le  fruit  de  mon  travail
pour  ^  quarters  de  froment,  au  taux  de  2  livres  par  quarter,  jc
1  écouler  au  dehors  ;  mais  la  loi  m’arrête:  elle  me  force  a
        <pb n="726" />
        076

ŒUVRES  DIVERSES.

consacrer  le  capital  qui  me  produisait  00  livres  sterling  en  drap  ,  à
la  culture  de  15  quarters  de  froment  valant  4  livres  par  quarter.
Le  droit  compensateur  de  2  livres  par  quarter  à  l’importation  arnHe
  l’écliange  de  mon  drap  contre  le  froment,  et  paralyse  même  ma
production.  Il  m’oblige  à  consacrer  à  la  culture  du  blé  un  capital  qim
j’aurais  converti  en  drap,  si  j’avais  eu  la  faculté  de  l’échanger  contre
du  froment  étranger.
Il  est  vrai  que,  dans  les  deux  cas,  j’obtiens  un  produit  équivalant  a
00  livres,  et  pour  ceux  qui  voient  seulement  dans  l’argent  Vargent,
et  non  ce  qu’il  vaut,  ces  deux  industries  doivent  paraître  également
fécondes.  Mais  un  moment  de  réflexion  sullit  pour  nous  convaincre
de  la  différence  énorme  qu’il  y  a  à  obtenir  30  quarters  de  froment  au
lieu  de  15  avec  la  même  quantité  de  travail,  d’intelligence,  en  admettant ­
  même  que,  dans  les  circonstances  données,  ils  aient  une  valeur
égale  de  00  livres.
Si  l’on  appliquait  dans  toute  son  étendue  le  principe  recommandé
par  le  comité,  il  n’est  pas  une  seule  des  marchandises  propres  à  notre
sol  (|ui  ne  dût  être  frappée  à  l’importation.  Nous  serions  amenés  a
cultiver  la  betterave  et  ,à  faire  notre  propre  sucre,  sous  l’égide  d’uu
droit  protecteur  égal  à  la  différence  de  la  production  du  sucre  en  Angleterre ­
  et  aux  Indes  Orientales  ou  Occidentales.  Il  nous  faudrait  construire ­
  des  serres  gigantesques,  cultiver  la  vigne  dans  le  but  de  faire
du  vin  naüonal,  et  puis,  protéger  ensuite  d’après  le  même  système
nos  fabricants  de  vins.  Ou  cette  doctrine  est  mauvaise  appliquée  aU
blé,  ou  elle  est  Imnne  dans  tous  les  autres  cas.  Jamais  le  consommateur
ne  s’est  informé  des  conditions  auxquelles  le  producteur  cultive  o“
fabri([ue  ses  marchandises.  Son  attention  se  porte  exclusivement  sur
le  prix  auquel  il  peut  les  acheter.  Une  fois  ([u’il  connaît  ce  prix  ,
connaît  le  procédé  de  ¡moduction  le  moins  coûteux.  S’il  peut  créer
lui-même  ce  produit  à  des  conditions  inférieures  au  prix  d’achat,
le  fera  et  il  abandonnera  la  production  de  la  marchandise  qui  lui  scrxait
  primitivement  à  l’acheter.
Mais  il  est  des  personnes,—  et  parmi  elles  sc  trouvent  des  noms
font  autorité  dans  la  matière,  —  il  est  des  personnes  (pii  soutieiincid
que  ce  raisonnement  serait  exact  si  nous  en  étions  encore  à  sollicdr*
la  terre  avec  nos  capitaux  pour  en  obfenir  jilus  de  blé.  Dans  cet  h
hypolbèse,  disent-elles,  il  serait  cerlaineinent  sage  de  se  demander
les  marchés  étrangers  peuvent  nous  fournir  le  blé  à  meilleur  march*
que  nos  propres  cultivateurs,  et  cela  bien  posé,  agir  en  conséipicucc  •
mais  nous  sommes  dans  une  autre  situation.  U  capital  a  été  déjà  coU'
        <pb n="727" />
        DE  LA  DHOTECTION  ACCOUDÉE  A  L'ACUICULTUUE.  G77
sacré  à  la  terre,  il  s’y  est  incorporé,  et  nous  en  perdrions  la  plus
grande  partie  si  nous  préférions  importer  à  bas  prix  des  céréales
^ue  nous  ne  pouvons  produire  que  chèrement  à  l’intérieur.  Il  est
Didubitable  qu’une  certaine  portion  de  capital  disparaîtrait  ;  mais  la
possession  et  la  conservation  des  capitaux  sont-elles  pour  nous  les
^0}ens  ou  le  but?  Evidemment  ce  sont  des  moyens.  Notre  but  prin-®&amp;gt;pal
  est  1  abondance  des  produits.  Or,  si  l’on  peut  prouver  que  le  sacrifice ­
  d  une  partie  de  notre  capital  se  résout  en  une  augmentation
^nnuclle  des  produits  qui  contribuent  à  nos  jouissances  et  à  notre  bon-*cur,
  bésiterons-nous  à  consommer  immédiatement  ce  sacrifice  ?
M.  Leslie  a  inventé  un  appareil  ingénieux  destiné  à  alimenter  nos
g  acières.  Supposons  que  nous  ayons  consacré  au  jeu  de  cet  appareil
Du  capital  d’un  demi  million,  ne  nous  sera-t-il  pas  cependant  plus
^^'antageux  de  puiser  notre  glace  gratuitement  dans  ces  réservoirs  qui
entourent  nos  habitations,  de  perdre  même  les  500,0001.  qui  ont  été
épensées  dans  la  construction  des  machines  pneumatiques,  plutôt  que
^  appliquer  à  la  fabrication  de  la  glace  la  somme  de  travail,  d’ingré-Dicnts
  et  d’acides  qu  elle  nécessite  ?
^ous  devrions  conclure  du  rapport  du  comité,  qu’en  établissant
es  mesures  propres  à  perpétuer  la  différence  de  nos  prix  avec  ceux
"  ^niiors,  il  n’a  point  admis  la  possibilité  des  maux  dont  elles  mena-J^nt
  accidentellement  le  pays.  Mais,  au  contraire,  il  reconnaît  toute
éminence  du  danger,  et  il  s’en  réfère  aux  faits  énoncés  dans  un  rapprécédent
  pour  louer  l’esprit  des  arguments  qu’on  en  a  tirés.  11
parle  ainsi  :  «  Les  inconvénients  et  les  vices  de  notre  système  actuel  ont
exposés  d’une  manière  si  complète  et  si  satisfaisante  dans  le  rap-P^^et
  déjà  cité  (p.  10-12),  que  nous  n’avons  qu’à  en  adopter  les  ter-JDes.
  Nous  ajouterons  seulement  (jue  tout  ce  qui  s’est  passé  depuis  la
^^cture  de  ce  rapport,  joint  à  toutes  nos  expériences  depuis  1815,
ressortir  de  plus  en  plus  l’incohérence  de  mesures  qui  pro-^^Dient
  la  prohibition  absolue  jusqu’à  concurrence  d’un  certain
)  et  passent,  aussitôt  cette  limite  franchie,  a  la  concurrence  la
illimitée;  de  mesures  qui,  loin  de  répandre  la  fixité  sur  nos
Unr^,  DOS  prix,  déjà  trop  faibles,  au-dessous  de  la
^  Jte  qu’amène  la  liberté  du  commerce,  et  tantôt  élèvent  sans  nécessité
del  considérables,—  aggravant  ainsi  à  la  fois  les  maux
^  disette  et  la  dépression  des  profils  aux  époques  d’abondance.  »
*’cus^^  *D^Dnvénienls  de  notre  législation  des  céréales  ont  été  vigoudépeints
  dans  ces  quelques  lignes.  Le  comité  a  môme
posé  contre  le  danger  de  la  concurrence  illimitée  (jui  s’éta-
        <pb n="728" />
        ŒUVRES  DIVERSES.

678
blit  à  80  sil.  un  remMe  qui,  sans  être  le  meilleur,  aurait  pu  être
établi  transitoirement.  Mais,  au  lieu  d’indiquer  un  moyen  propre
à  pallier  ou  à  détruire  les  maux  qui  procèdent  de  l’abondance,
le  comité  a  recommandé  à  l’adoption  immédiate  et  temporaire
de  la  Chambre,  ou  à  son  vote  déihiitif,  diverses  mesures  qui  auraient ­
  pour  but  de  perpétuer  le  mal,  en  maintenant  le  prix  de  nos
blés  à  un  prix  constamment  supérieur  à  celui  de  tous  les  autres  pays
environnants.
Un  des  principaux  arguments  émis  par  les  défenseurs  des  droits
à  l’imjiortation  consiste  à  dire,  que  des  tarifs  élevés  protègent  le  manufacturier ­
  contre  la  concurrence  étrangère,  et  qu’il  est  juste  de  protéger ­
  aussi  le  cultivateur  national  contre  l’invasion  du  blé  étranger.
11  est  impossible  de  rétorquer  un  argument  d’une  manière  plus  satisfaisante ­
  que  ne  l’a  fait  lord  Grenville.
«  Si  les  mesures  qui  ont  été  adoptées  dans  le  but  de  protéger  le
commerce  et  les  manufactures  sont  bonnes,  qu’on  les  conserve;  si
clics  sont  mauvaises,  qu’on  les  abolisse.  Apportez  dans  cette  réforme
tout  le  soin  qu’exige  un  système  vicieux,  sans  doute,  mais  qui  a
pour  lui  l’autorité  du  temps.  Soyez  prudents  ;  mais  établissez  comme
un  grand  principe  de  législation  que,  dans  aucun  cas,  les  protections
que  l’on  demandera  à  la  Chambre  ne  devront  être  motivées  sur  celles
qui  ont  été  déjà  concédées  à  d’autres  intérêts.  »  En  fait,  il  ne  pouvait
concevoir  comment  des  mesures,  qui  avaient  paru  à  un  noble  Lord
mauvaises  par  rapport  aux  manufactures,  devenaient  légitimes  et  salutaires, ­
  appliquées  à  l’agriculture.
«  Ce  serait  un  singulier  moyen  de  distribuer  la  justice  ,  que  de  déclarer ­
  que  par  cela  seul  que  la  majorité  du  pays  a  été  déjà  accablée
par  les  largesses  octroyées  à  une  classe  particulière  ,  elle  doit  l’être
encore  plus  pour  le  bien  d’une  autre  classe  particulière.  »  Vbscotu’í
de  mars  1815.
Si  quelque  chose  est  encore  nécessaire  pour  ruiner  les  vues  des
partisans  de  la  protection  territoriale  ,  nous  citerons  le  passage  suivant ­
  du  rapport  rédigé  par  le  comité  d’agriculture  de  l’année  dernière ­
  :
U  Le  comité  observe  qu’un  des  témoins,  dans  le  but  de  donner
plus  de  poids  à  ses  idées  et  aux  désirs  des  pétitionnaires,  soumit  a
l’assemblée  un  tableau  des  droits  établis  sur  les  produits  des  manufactures ­
  étrangères.  Parmi  ces  produits,  il  en  est  qui  sont  soumis  au
dedans  à  des  impôts  de  consommation  ,  et  sur  lesquels,  comme  peur
le  verre  par  exemple,  le  droit  protecteur  sc  mesure  pres(|ue  ri  go  h
        <pb n="729" />
        679

DK  KA  1‘KOTECriON  ACCORDEE  A  K'ACRICUKTURE.
reuseinent  sur  la  quotité  de  Eimpôt  dont  l’article  est  grevé  dans  le
P»}  s  môme.
Mais  les  motifs  principaux  qui  fout  penser  au  comité  que  la  Cliaml&amp;gt;rc
  rejettera  la  prétendue  solidité  de  ce  principe,  sont  qu’il  est  permis
de  RC  demander  d’abord  si,  à  l’exception  de  la  soie,  les  protections
dont  on  couvre  nos  produits  nationaux  leur  sont  très  avantageuses.
effet,  comment  les  manufactures  étrangères  de  cotonnades,  de
lainages  et  de  quincaillerie,  pourraient-elles  soutenir  la  lutte  avec
les  produits  similaires  de  notre  pays,  lorsqu’il  iist  reconnu  que  nous
pouvons  les  livrer  à  plus  bas  prix  sur  leurs  marchés  mêmes  ;  lorsque
le  coton  et  la  laine,  ces  grands  instruments  de  notre  richesse  industrielle, ­
  paient  un  droit  d’importation  direct  qui  n'est  pas  restitué  à  la
Sortie  des  matières  fabriquées,  et  qu’ils  sont  soumis,  de  plus,  à  ces
impôts  indirects  qui  frappent  aussi  bien  les  capitaux  ind  ustriels  qu
les  capitaux  apricoles.  »
Ces  raisonnements  sont  suivis  d’autres  passages  qui  tous  sont  exet^ellents,
  et  tendent  à  démontrer  que  la  protection  dont  on  croit  les
^(Diufactures  entourées  n’est  qu’imaginaire.  Et  dans  le  cas  où  elle  ne
le  serait  pas,  nous  avons  les  arguments  de  M.  Grenville  pour  savoir
ffD  il  n’y  aurait  pas  là  de  motif  suflisant  pour  étendre  le  même  pri-'liège
  à  l’agriculture.
J  espère  qué,  même  dans  la  session  actuelle  du  Parlement,  nous  an-Dulcrons
  quelques-unes  de  ces  lois  dangereuses.  Des  doctrines  plus
^^iiies  semblent  s’introduire  peu  à  peu  dans  le  domaine  législatif,  et
1  absurde  jalousie  qui  animait  le  cœur  de  nos  aïeux  fera  place  à  cette
^ouce  conviction,  qu’en  favorisant  le  progrès  des  autres  nations  au
^^yen  de  la  liberté  commerciale,  nous  contribuons  plus  énergiqueencore
  à  développer  notre  propre  richesse.
1  passage  que  nous  avons  emprunté  au  rapport  a  encore  une
®Dtre  utilité.  Il  démontre  que  celui  qui  l’a  rédigé  s’est  formé  une
*dée  exacte  de  ce  que  peut  et  doit  être  un  droit  compensateur.  II
y  dit  en  effet  «  que  le  droit  sur  l’importation  du  verre  est  destiné
grande  partie  à  balancer  la  taxe  dont  l’article  est  grevé  dans  le
pays  même,  a)  par  quel  miracle  d’argumentation  pourra-1-ou  concice
  passage  avec  cette  recommandation  formelle  des  deux  rapports’.^ ­
  établissant  un  droit  sur  les  céréales,  on  devra  le  calculer
^0  manière  à  ce  qu’il  comble  la  différence  qui  existe  entre  le  chiffre
producliüH,  du  transport,  des  profils  répartis  au  cultivateur
^‘atioiial,  et  les  sommes  que  le  cultivateur  des  lieux  ordinaires  de  nos
approvisionnements  doit  recevoir  pour  le  profit  de  ses  capitaux,  et
        <pb n="730" />
        Ö80

OEUVRES  DIVERSES.

pour  les  dépenses  qu’il  a  consacrées  à  produire  le  blé  et  à  le  transporter ­
  sur  nos  marchés.  »
SECTION  VIH.

Exanu‘11  du  projet  conçu  dans  le  but  de  prêter  de  l'argent  à  bas  intérêt  aux
spéculateurs  sur  les  blés.
Le  comité  indique,  dans  son  rapport,  la  part  qu’eut  dans  scs  décisions ­
  le  principe  «  d’après  lequel  on  doit  laisser  les  marchandises
s’équilibrer  elles-mêmes,  et  se  conformer  aux  lois  de  l’offre  et  de  la
demande.  »  Dominé  par  ce  précepte,  il  renonça  à  engager  le  gouvernement ­
  à  acheter  de  grandes  quantités  de  blé  pour  les  revendre
à  une  époque  de  hausse.  C’est  là  un  des  beaux  résultats  obtenus
en  économie  publique.  Mais  comment  le  comité  n’a-t-il  pas  renoncé
aussi  à  celte  recommandation  dans  laquelle  il  conseille  au  gouvernement ­
  de  prêter  de  l’argent  à  bas  intérêt,  à  des  spéculateurs
qui  achèteraient  le  blé  au  dessous  de  60  s.  le  quarter,  pour  le  déposer ­
  dans  les  entrepôts.
Ces  avances  pécuniaires,  faites  à  un  taux  inférieur  et  pour  une
échéance  de  douze  mois,  si  les  intéressés  le  désirent,  n’auront  elles
pas  pour  effet  d’altérer  {'equilibre  de  la  marchandise  et  de  réagir  sur
les  proportions  de  V  offre  et  de  la  demande?
Si  la  ténuité  du  prix  des  blés  dépend  d’une  abondance  générale  cl
non  d’un  encombrement  momentané,  produit  par  la  détresse  des  fermiers, ­
  le  remède  que  l’on  propose  ne  fera  qu’augmenter  les  dillicullcs
de  la  situation.  En  effet,  dans  toutes  les  circonstances  où  le  marche
surabonde,  avant  d’arriver  au  moment  où  l’équilibre  doit  se  rétablir
entre  l’offre  çtla  demande,  et  où  les  prix  reprendront  un  taux  légitime,
nous  avons  à  traverser  une  période  signalée  par  des  prix  avilis  et  par
la  consommation  additionnelle  qui  en  est  toujours  le  résultat.  L’encouragement ­
  accordé  à  l’accumulation  du  blé,  pendant  un  an,  pourra
sans  doute  retarder  la  date  de  l’encombrement,  mais  il  ne  le  préviendra ­
  pas.
Quant  aux  circonstances  où  les  fermiers,  alarmés  ou  appauvris,  verseraient ­
  sur  les  marchés  de  trop  grandes  quantités  de  blé  et  prépareraient ­
  ainsi  la  disette  jusqu’au  jour  de  la  récolte  nouvelle,  je  ferai  observer ­
  que  les  spéculateurs  privés,  doués  de  celte  promptitude  (l‘‘
coup  d’oeil  que  donne  l’intérêt,  seront  plus  a¡)tes  que  le  gouverne
ment  à  apprécier  les  besoins  de  la  consommation.  Il  ne  niamjuc  pa^
        <pb n="731" />
        DE  LA  1*I{()TECÏDL\  ACUmDÉE  A  L’AGDICULTL'IiE.  H8I
(ju’on  puisse  consacrer  à  achclcr  tout  le  froment  jeté  à  la
•àte  sur  le  marché.  J1  ne  faut  plus,  dès  lors,  pour  éveiller  l’espiit
  de  s|)éculation  que  la  prohabilité  d’un  approvisionnement  moind
  une  demande  additionnelle  ou  d’une  augmentation  de  valeur.  Si
^tte  probabilité  acquiert  quelque  consistance,  si  elle  se  répand  dans
^  esprits,  nous  aurons  bientôt  à  signaler  un  redoublement  d’activité
Hrmi  les  spéculateurs  sur  les  blés.  Lorsque  les  prévisions  de  tous
^•saient  craindre  des  pluies  continuelles  avant  la  récolte  de  l’année
^  ernière,  n  avons-nous  pas  vu  une  hausse  subite  se  manifester  dans  la
®  ^ur  du  blé?  Sur  quelles  bases  s’établit  ce  renchérissement  imj
  ^diat  si  ce  n’est  sur  la  prévision  d’une  disette  probable  et  d’une
ausse  future?  11  n’est  donc  pas  besoin  des  encouragements  du
B^auvei  nement.  Si  avant  la  répartition  de  la  récolte  prochaine  il  se
aanifeste  quelques  symptômes  de  disette,  il  se  trouvera,  certes,  des
^I^culateurs  disposés  à  utiliser  leurs  capitaux.  La  diiférence  entre
“‘t^rét  de  trois  pour  cent  et  de  cinq  pour  cent,  est  insignijante
  dans  des  opérations  aussi  hardies  et,  relativement  au  public,
peut  la  négliger  dans  1  appréciation  des  avantages  inhérents  a
telle  mesure.
^it  que  des  avances  de  ce  geiu*e  ont  été  faites  au  corn
ju.  d  une  circonstance,  et  l’on  en  conclut  qu’il  serait  in-_^ste
  d’enlever  à  l’agriculture  les  mêmes  avantages.  En  premier  lieu
que  cette  mesure  puisse  jamais  être  parfaitement  légitime,  et,
¡.ç  .!  ^’Bt  évident  que  les  réclamations  des  classes  commerciales
_  ondaientsurdes  considérations  bien  différentes  de  celles  qu’invo-I’asriculturc.

^^asscR  oommcrcialos  sont  assujetties  à  des  moments  de  stagna-‘lu
  *i  guerre  peut  leur  fermer  les  marchés  en  vue  des-Pro
  1^  donné  un  nouvel  essor  à  la  fabrication  de  leurs
Ppt  c’est  seulement  à  ces  époques  de  désordres  politiques  que
^  avances.  J.es  commercants  règlent  leurs  né-Ic
  moyen  de  lettres  de  change  qu’ils  comptent  payer  avec
(lité  de  leurs  marchandises.  Les  échéances  marchent  avec  rapilutii^
  ^''"tqu'ds  y  fassent  honneur,  sous  peine  de  perdre  leur  répu-(.,1
  fortune.  Tout  ce  qu’ils  réclament,  c’est  du  temps;  car
de  diminuer  la  production  des  objets  qui  sont  moins  del^*'ul)

  toujours  surs  de  pouvoir  les  écouler,en  supportant
fèrcT  '  considérable.  La  situation  du  fermier  ne  dif
‘Hé  1'"^^  (’(nn|)létementde  celle  ci  ?  Où  sont  ses  billets,  où  sont  ses
^Dees  inllexibics?  L’avenir  deses  opérations  dépend  il  d’uu  seul
        <pb n="732" />
        (*:ijVHKS  DIVEKSKS.

(i8i
moment  d  liésitalion  dans  la  solidité  de  sa  signature?  A-t-il  jamais  vii
tous  les  marchés  se  fermer  à  la  fois  contre  lui?  IN’a-t-il  besoin  q«'e*
d’un  secours  pécuniaire  propre  à  rembourser  ses  effets?  Ces  deux  situations ­
  sont  diamétralement  opposées  et  l’analogie  qu’on  a  essaji'
d’établir  entre  elles  disparaît  sous  tous  les  rapports.
SECTION  IX.
Peut-on  attribuer  aux  impôts  la  détresse  actuelle  de  notre  a^^rii  ulture.
l  a  détresse  qui  pèse  sur  notre  agriculture  naît  de  rinsuffisance  du
prix  auquel  on  évalue  le  produit  de  la  terre,  et  il  ne  parait  pas  q"^^
l’on  puisse  raisonnablement  l’attribuer  à  rinfluence  des  impôts.  1^^
impôts  sont  de  deux  natures  :  —  ils  frappent  sur  le  créateur  d  tni^
mardiandise  comme  producteur  ou  bien  comme  consommateur.
Lorsqu’un  fermier  a  acquitté  successivement  la  taxe  sur  lescbevaiix»
les  dîmes,  la  land-tax^—  taxe  sur  les  propriétés,—  il  a  payé  riinjHd
à  titre  de  producteur,  et  il  cherche  naturellement,  comme  toutes  les  ad'
très  classes  de  producteurs,  à  se  récupérer  de  ses  sacrifices  en  ajoutadl
au  prix  de  sa  marchandise  un  quantum  équivalant  au  montant  de  pi’*’
contributions  particulières.  En  définitive,  c’est  donc  sur  le  consomma'
teur,  et  non  sur  le  producteur,  que  retombent  les  taxes;  car  rien  dC
peut  empêcher  ce  dernier  de  transférer  à  l’acheteur  la  quotité  de  l'dd
pôt,  s’il  n’existe  pas  un  excédant  trop  considérable  de  l’offre  sur
demande.  Lorsque  la  valeur  d’une  marebandise  ne  représente  pas  pd^**
le  producteur  la  totalité  des  dépenses  qu’il  a  dù  supporter,  elle  d^^
constitue  pas  un  prix  rémunérateur,  et  elle  le  place  dans  un  état  d  d*
fériorité,  relativement  aux  autres  gToupes  d’industriels.  Ces  j)rolfi®
généraux  et  ordinaires  du  produit  lui  échappent,  et  il  n’y  a  que  ded^
remèdes  auxquels  il  puisse  recourir.  L’un  consiste  dans  ladiminutid**
de  rapprovisionnement  qui  doit  nécessairement  amener  une  hads®^
des  prix  si  la  demande  ne  s’arrête  pas  en  même  temps;  l’autre  cod
sisteà  l’affranchir  des  taxes  qn’il  acquitte  comme  ])roducteur.  Le
mier  remède  est  aussi  certain  qu’efiîcace.  Le  second  paraît  d’une  ap
plication  plus  délicate  ;  (tar,  si  la  marchandise  grevée  de  la  taxe
donné  une  seule  fois  un  prix  rémunérateur,  elle  n’a  pu  desceid^^
([u’en  raison  d'un  approvisionnement  excessif  ou  d’une  demande  a
faiblie.
L’abolition  d’une  taxe  ne  diminue  pas  l’intensité  de  l’offre,  eb  '
elle  n’abaisse  pas  effectivement  les  prix  elle  ne  peut  donner  aiied»
        <pb n="733" />
        HK  LA  I*IU)TECTION  ACCOIiDEE  A  L’ACIMCfjl/lUIîE.  r,Ka
iimlsion  il  la  demande.  D’un  autre  côté,  si  la  valeur  dwroit  lr()[)
pi  ement,  le  rappel  de  l’impôt  tourne  contre  le  producteur  luiü
  *nie.  On  ne  peut  dire  que  l’abolition  d’une  taxe  a  été  avantageuse  à
(laiis  le  cas  où  le  prix  ne  descend  pas  au-dessous
le  (1  '  légitimes.  S  il  franchit  cette  limite,  le  bien  qu’a  pu  produire
^  ^^^^ent  s  efface  aussitôt  et  il  nous  est  permis  de  demander  si
l’abs  vendeurs  ne  s  exercera  pas  avec  plus  d’énergie  en
•ier  tâxes  sur  la  production  peuvent  détermilor
  ^  dit,  un  excédant  de  l’offre  sur  la  demande.  Cela  est  vrai,
sque  les  taxes  sont  nouvelles  et  que  les  consommateurs  refusent
equittcr,  sous  forme  d’un  excédant  de  prix,  les  charges  additiones
  imposées  à  l’industriel.  Mais  notre  pays  n’est  pas  actuellement
Ig  ^»e  situation  pareille.  Les  impôts  n’y  sont  pas  une  nouveauté;
des  produits  naturels  a  été  assez  élevé  pour  donner,  malgré
s  charges  contributives,  un  prix  rémunérateur,  et  il  est  indubitable
iGS  taxes  la  valeur  de  ces  produits  eût  été  de  beaucoup  aussous
  du  chiffre  actuel.  Les  mêmes  causes  qui  ont  fait  tomlier  le
^  c’est-à-dire  de  25  p.  O/o,  l’eussent  fait
de  GO  s.  à  45  s.  dans  le  cas  où  des  taxes  moins  nomses
  eussent  porté  le  prix  moyen  à  GO  s.  au  lieu  de  80  s.  Quellanff
  charges  qui  pèsent  sur  la  pnxluction  ont  été  diminuées,
‘  is  que  d’un  autre  côté  tout  semble  indiquer  que  la  consommation
'^*t  accrue.
fav  ^  1^^^^*^  généralement  que  les  altérations  de  la  monnaie  sont
Uç  aux  classes  laborieuses  en  ce  sens  que  leurs  sal  aires  en  argent
***^l**uent  pas  dans  un  rapport  exact  avec  l’accroissement  de  la
Née  naonnaies,  ou  avecla  baisse  des  objets  de  première  nécessité.
position  s’améliore,  et  leur  puissance  de
1*^8  résistent  jamais  à  une  acconsidérable,
  et  c’est  pourquoi  la  cause  véritable,  la  cause
^‘l^e,  de  l’avilissement  des  produits  agricoles,  c’est  l’abondance.
Hiate^  consommation  rejaillissent  sur  la  totalité  des  consomdonc
  trop  général  pour  qu’on  puisse  leur
^'^%itT^  détresse  d’une  classe  particulière  de  producteurs,  ou  la
laxcg  de  la  marchandise  qu’ils  cultivent  ou  fabriquent.  Les
les  chandelles,  le  savon,  le  sel,  etc.,  etc.,  sont,  non  seule-^
  ^equittées  par  les  fermiers,  mais  encore  par  toutes  les  person-‘“il,h*
  consomment  ces  objets.  L'abolition  de  ces  impôts  serait  donc
1^""'  la  masse  entière  des  citoveiis,  cl  non  pour  les  agri-Ors
  exclusivement.
        <pb n="734" />
        ŒUVRES  DIVERSES.

im

On  a  souvent  dit  quêtons  eeux  qui  rejettent  la  prétendue  induenef
exercée  par  les  impôts  sur  la  situation  de  l’agriculture  et  la  valeur
des  blés,  nient  aussi  le  soulagement  qu’apporterait  aux  cultivateurs
l’abolition  des  taxes.  Des  conclusions  de  ce  genre  prouvent  surtout
une  chose,  c’est  un  manque  de  sincérité  ou  d’intelligence  ;  car  il  est
parfaitement  logique  de  dire  que  les  impôts  ne  sont  pas  la  cause  &amp;lt;le
tel  ou  tel  malaise  particulier,  et  de  soutenir  pourtant  qu’un  dégrèvement ­
  serait  chose  salutaire.  Ainsi,  le  cheval  de  lord  John  Kussel  heurte
une  pierre,  s’abat,  et  se  relève  aussitôt  qu’on  l’a  débarrassé  de  son  harnais ­
  ;  dira-t-on  que  c’est  sous  le  poids  du  harnais  qu’il  a  succombe-Evidemment
  non.  Et  pourtant  on  soutiendrait  avec  justesse  que  l3
[)icrrc  causa  sa  chute,  et  qu’en  enlevant  le  harnais  on  le  soulagea  asse/-pour
  qu’il  put  se  relever.
Quant  à  moi,  je  pense  que  la  plupart  des  impôts  retombent  sur  h**
consommateurs,  et  que  l’iniluence  d’un  dégrèvement  se  réduirait  ^
diminuer  le  fardeau  qu’ils  supportent.  ]\ul,  plus  que  moi,  n’est  par'
tisan  de  la  plus  stricte  économie  dans  les  dépenses  publiques;  mai*’
d’un  autre  côté  je  suis  pleinement  convaincu  qu’il  est  de  ces  détressr^
particulières  qui  naissent  d’une  surabondance  de  produits  et  auxqut’l'
les  tous  les  dégrèvements  ne  sauraient  porter  remède.  Cette  convicti^^''
est  encore  plus  profonde,  relativement  aux  produits  agricoles  dont  1^
valeur  a  été  constamment  élevée  au-dessus  du  niveau  des  prix  dans  1*^^
autres  pays,  par  l’effet  des  tarifs  protecteurs.
Ces  désordres  atteignent  tous  les  pays,  et  plus  particulièrement  c**'
core  ceux  qui  ont  une  législation  vicieuse  sur  les  céréales.  Kn
mettant  môme  que  nous  fussions  afl’ranebis  de  toute  taxe;  en  adm^^'
tant  que  les  dépenses  publiques,  alimentées  par  un  impôt  territorial)
s])écialement  organisé,  fussent  administrées  avec  la  ])lu8  rigoureu*^^
économie  ;  en  admettant  enfin  que  nous  n’eussions  ni  dette  nationah’r
ni  fonds  d  amortissement,  nous  resterions  encore  exposés  à  des
ri  odes  de  surabondance  et  à  la  baisse  désastreuse  (¡ui  en  est  la  suih"
JI  est  impossible  de  lire  l’habile  déposition  de  M.  J’ooke,  devant
comité  de  1821,  sans  être  immédiatement  frappé  par  l’influ^^'^^^

qu’exerce  un  excès  d’approvisionnement  sur  les})rix.
En  face  de  ces  données  on  demeure  convaincu  que  le  seul  rcmè*^*^
une  telle  situation  consiste  dans  la  diminution  de  l’offre.  S’il
véritablement  un  autre  remède,  pourquoi  ne  nous  rapprennent
pas,  tous  ceux  qui  gémissent  des  calamités  actuelles,  et  qui  cuss*^  ^
pu  si  bien  fain^  entendre  leur  voix’?  A  l’exception  de  ces  divers
mes;  la  réduction  des  impôts;  I’sccroissemcnt  des  droits  prohibí  *
        <pb n="735" />
        DE  LA  PROTECTION  ACCORDEE  A  l/ACRICULTCRE  osi
do.'  concurrence  ;  rintervention  dn  gouvernement,  soit  par
directs,  soit  par  des  encouragements  accordés  aux  spéeu-^
  ^  dis-je,  de  ces  trois  systèmes,  je  n’ai  entendu
proposition.  Quant  à  leur  efficacité,  je  la  soumets
'  jugement  du  lecteur;  mon  opinion  personnelle  ayant  été  déjàdéuppee
  de  la  manière  la  plus  positive.
'«issc  de  tous  les  produits  naturels,  une  portion
i  lolequ’d  serait  déraisonnable  d'attribuer  aux  altérations  de  la
maie.  Je  ne  m'étendrai  pas  cependant  sur  les  causes  véritables  de
imenomène  qui  agit  depuis  1819,  et  que  tout  nous  permet  d'asde
  iV  1“  ,  au  surcroît  des  importations
"  ande,  et  à  l'accroissement  de  culture  qui  naquit,  pendant  la
i.p  I  élévation  des  prix  et  des  entraves  mises  à  l'entrée  ?  t'n
»  “ml  nombre  des  citoyens  appelés  à  éclairer  le  comité  s'accordent  à
d  ci'idrc  les  récoltes  de  1819  et  de  1820  comme  ayant  été  cxcessivcu
  abondantes.  Le  5  avril  1821  ,  M.  AValeficld  dit  :.  Je  crois
,  marchés  sont  inondés  d'une  masse  énorme  de  blé;  je  iiciise
l'iliien  *  '*  airéales  que  l'on  possède  ba-'laiico
  '■aa«llc.  —  Je  pense  eiieore  que  si  cette  aboiiaornbe^'^o*”""'““"
  ‘^aux  ou  trois  années,  le  pays  serait  cii-^mre
  d  une  réserve  considérable.  »
&amp;lt;lii  i!.t  ■  “  ''aarois  que  la  dernière  récolte  a  été  abondante  ;
M  1*  *1*^  *  820,  elle  exceda  de  beaucoup  la  moyenne.  »  p.  .838.
'  "  Pas  dernières  moissons  ont  été  très-riclics  en
0,1,  '  '  '  P’*'*  •  "  P  a  récolte  de  l'année  dernière  a  aussi  dépassé  la  li-"
  moyenne.  »  p.  327.
ex^or"'"  moissons  vinrent  s'ajouter  des  importations
iioiiiielles.  1,'lrlaiide  augmenta  considérablement  les  envois  de
“Il  *  ""  Paul  '"ir  «lans  le  relevé  siiivant,sonmis.
lie  f.,,  ‘  a  «la  1821  quel  a  été  le  ebillre  de  scs  importations  d'avoine
'^iii  '  farines,  a  dilFércntes  époques.
•inissant  le  5  Janvier.  —  Avoine.

r  .  .  qrs-•p
  janvier.  1818.  —  501,337  —
—  1810.  —1,001,247  —
—  1«20.  —  750,008  —
J®*'vierau  5  avril  1821.  —  437,245  —

Froment.  —  Farine  de  fromei
quintal.
10,238

qrs.
.'■»0,482
05,077
127,308
.351,871

33,2.18
0à,803
180,375

218,704  —  00,002

^^‘cru(&amp;gt;  T'  précédent  avec  quelle  rapidité  se  so
iinportalions  de  l’Irlande.  Ces  envois,  joints  à  l’ahoi
        <pb n="736" />
        ŒUVRES  DIVERSES.

GSR
(lance  (les  récoltes  de  181Í)  et  de  18‘i0,  suflisent,  je  pense,  pour  rendre ­
  compte  de  ravilissement  des  prix.
Il  est  d’ailleurs  inutile  de  reelierelier  rigoureusement  les  causes  de
cette  situation.  11  nous  suffît  de  reconnaître  que  la  baisse  des  prix  n’a
pu  provenir  que  d’un  accroissement  de  (quantité  ou  d’une  diminution
de  demande,  pour  être  convaincus  que  la  réduction  du  stock,  ou  la
multiplication  des  besoins,  sont  les  deux  seuls  remèdes  qui  olîrcnt
quelque  effîcacité.
La  mercuriale  de  Mark  Lane  indique  qu’il  a  été  mis  en  vente  de
très-grandes  (quantités  de  blés,  et  l’on  y  voit  aussi  que  les  arrivages
à  Londres,  provenant  de  la  Grande-Bretagne  et  de  l'Irlande,  ont
atteint  un  chiffre  exceptionnel.
11  ne  faut  pas  oublier  que  nous  avons  attribué  la  baisse  des  prix  a
la  surabondance  actuelle  de  nos  marchés.  Nous  avons  tiré  de  cette
doctrine  des  conséquences  qui  ne  seraient  même  pas  détruites  dans  le
cas  où,  avant  la  récolte  prochaine,  les  demandes  reprendraient  de
l’activité  et  détermineraient  un  mouvement  de  hausse  dans  1^®
prix.  Lu  effet,  les  seules  preuves  irrécusables  que  nous  ayons  de
l’abondance  se  manifestent  dans  ses  effets.  J’ai  une  foi  entière  dans
l’existence  d’un  approvisionnement  considérable,  mais  je  ne  croirais
pas  le  moins  du  monde  mon  argument  ébranlé  par  des  circonstaiiees
qui  porteraient  le  prix  du  blé  à  80  sh.  le  quarter,  avant  la  moisson
prochaine.

CONCLUSION.
Après  avoir  traité  la  plupart  des  questions  qui  se  ratlacbcnt  iiitin'^'
ment  au  système  général  qu’il  serait  convenable,  sage  d’établir  rein'
tiveinent  au  commerce  des  blés,  je  crois  devoir  résumer  en  (juclq*“’*'
mots  les  opinions  qui  se  sont  fait  jour  d’une  manière  plus  étciidn^
dans  les  différentes  parties  de  cet  ICssai.
L’avilissement  actuel  de  la  valeur  des  produits  naturels  est  dû  ^n
partie  aux  ffucluations  de  la  monnaie,  et  principalement  à  l’excedn"*
(le  l’offre  sur  la  demande.  La  part  (pi’il  est  raisonnable  d’attribin*^
au  bill  de  M.  Peel  et  à  l’action  de  la  Banque  dans  la  fixation  &amp;lt;1^^
prix,  peut  être  évaluée  arithmétiquement  à  10  p.  O/q.  L’inllueiicc  ff*“"
CCS  deux  causes  ont  eue  sur  l’immense  accroissement  des  charges  p*‘
bliques  peut  aussi  s’évaluer  à  10  p.  O/q.  Mais  l’aggravation  des  ta^r^
n’a  pas  seulement  pesé  sur  les  intérêts  agricoles,  elle  a  frappé  avec  !•''
        <pb n="737" />
        DE  LA  l‘U&amp;lt;)TFXTl(&amp;gt;N  ACCOUKÉE  A  l/Al'.ItlCUI/riiliE.  0S7
“H'ino  intensité  les  eréanciers  de  i’Jitat  et  toutes  Jîîs  autres  classes  de
citovens.  Supposons  que  la  terre  paie  la  moitié  de  tous  les  impôts  du
Si  nous  déduisons  tout  d’abord  (»ette  partie  de  l’impôt  qui
^  oiesure  par  la  valeur  de  la  monnaie  et  qui  s’accroît  lorsque  celle  ci
jl'niinue,  nous  verrons  quelcs  charges  supplémentaires  supportée^s  par
^Krieulture  en  masse,  fermiers  et  propriétaires,  depuis  1819,  n’ont
pas  dù  excéder  deux  millions.  Mais  enfin  admettons  qu’elles  aient  été
quatre  millions  par  an  *.  Croit-on  que  les  pertes  subies  par  les
enanciers  et  les  propriétaires,  en  raison  de  la  réduction  des  prix,
paissent  se  réduire  à  ces  quatre  millions?  Non,  évidemment  non  ;  car
ap:riculteurs  s’accordent  à  dire  que  la  rente  est  actuellement
Pfelevée  sur  leur  capital,  et  que  tous  leurs  profits  ont  disparu.  Si
aous  devons  attribuer  exclusivement  la  détresse  actuelle  aux  altéra-^‘aiis
  de  la  monnaie,  nous  devons  donc  aussi  admettre  que  le  revenu
des  tenanciers  et  des  propriétaires  se  réduisait  antérieurement
a  quatre  millions  ;  or,  c’est  là  une  proposition  que  personne  ne  vou-^
  *’ait  soutenir.  A  quelle  autre  cause  faut-il  alors  faire  remonter  le
'aalaise?  à  quelle  autre  cause  faut-il  attribuer  l’avilissement  excessif
'Juosproduits  agricoles?  I,a  réponse  est,  je  crois,  simple,  claire  et
_  isfaisante  :  —  Cette  cause  tant  cherebée,  c’est  la  surabondance  gé-‘‘‘&amp;gt;'ale
  que  des  récoltes  brillantes  et  les  envois  de  l’Irlande  ont  versée
nos  inarcbés.
^  Notre  législation  actuelle  n’a  fait  que  seconder  ces  circonstances,
a  eu  pour  effet  de  diriger  les  cai)itaux  sur  les  terrains  inférieurs,
'^*^^^**  blés  dans  les  années  moyennes  bien  au-dessus
autres  pays.  Les  prix  doivent  nécessairement  être  forts  sous  un
pcTi  pareil,  mais  les  cbancbcs  de  baisse  se  multiplient  dans  le  rapvji
  de  cette  progression  ascendante.  Le  contingent  additionnel  que
ch  récoltés  abondantes  tend  toujours  à  encombrer  nos  mar-^aib
  ^  *^^rède  les  besoins  de  la  consommation,  la  valeur  des  pro*
avoir  diminuera  constamment,  sans  que  nous  puissions

recours  à  l’exportation,  qui  ne  s’ouvre  qu’au  moment  où  la  vi-"joatant

  total  des  taxes  payées  aux  cn^anciers  de  l’État  et  à  la  commisfixes
  ''^'"ortissement  s’élève  à  3G  millions.  Supposons  que  les  autres  charges
^filio^  aïontent  à  quatre  millions,  nous  aurons  donc  un  total  de  quarante
lue  ^^qael  a  pu  réagir  l’alteration  de  la  valeur  des  monnaies.  J’éva-^^
  ""aissement  à  dix  pour  cent,  ou  à  quatre  millions  qui  retombent  sur
Vaille  clas.ses  à  la  lois,  propriétairt»,  commerçants,  manufacturiers,  traet,
  en  dernier  lieu,  sur  les  porteurs  d’effets  publics.
        <pb n="738" />
        (OUVRES  RIVERSES.

(¡SH
lile  (los  prix  a  róduil  U's  l’ormiors  aux  ahois.  Kt  pourlaut  los  fermiers
lio  sont  jamais  plus  rócllomout  protó^íís  que  lorsque  la  voie  des  evporlalions
  reste  ouverte  à  tous  les  spéculateurs.
Pour  atténuer  autant  que  possible  les  iiieoiivéïiieiils  d'une  telle  situation ­
  ,  il  faut  se  déterminer  à  restreindre  graduellement  l'in  juste
protection  dont  on  couvre  l’agriculture.  Le  système  que  nous  devrions ­
  adopter  en  ces  temps  de  calamités,  consiste  à  concéder  au  cultivateur ­
  national  le  monopole  de  notre  marché,  jusqu'au  moment  oU
le  blé  a  atteint  70  sbillings  le  quarter.  A  partir  de  eette  limite  de
shillings  les  nouveaux  réglements  devraient  négliger  toutes  les  évaluations ­
  de  prix  fixes  et  de  moyennes,  et  frapper  d’un  droit  de  20  sliü'
lings  par  quarter  l’importation  du  froment  :  on  caleulerait  propof'
tionnellement  ensuite  le  tarif  des  autres  grains.
Celte  modification  de  nos  lois  ne  nous  protégerait  que  bie*'
faiblement  contre  les  effets  de  la  surabondance,  mais  elle  serait  éiiR'
neinment  favorable  en  préservant  nos  marchés  de  reneombrcmcul
qui  pourrait  suivre  l’ouverture  de  nos  ports.  Le  régime  d’un  droit  fi^®
n'encouragerait  que  les  importations  nécessaires,  et  comme  on  n’aU'
rait  plus  à  craindre  la  fermeture  de  tous  les  ports,  les  spéculateur^
consulteraient  les  besoins  du  pays  avant  de  faire  leurs  expéditions
blé  ;  nous  serions  donc  ainsi  largement  protégés  contre  tout  ciicoiU'
brement  venant  du  dehors.
Si  nous  nous  arrêtions  cependant  à  ces  mesures  qui  constituent  d^J*'*
en  elles-mêmes  un  beau  progrès  sur  notre  législation  actuelle,
(cuvre  serait  bien  incomplète.  J)’un  autre  cédé,  il  serait  téméraire  et
violent  dans  les  circonstances  actuelles  d’enlever  tout  à  coup  à  la  teire
devastes  capitaux.  Je  proposerai  donc  de  réduire  d’un  shillingel'^
(pie  année  et  jusqu’à  ce  (pi’il  soit  (Uiscendu  à  la  moitié,  le  droit
tectcur  de  20  sb.  Lu  même  temps  il  nous  faudrait  accorder  un  di'^"
back  de  7  sb.  par  quarter  à  l'exportation  et  constituer  ces  iiicsiR’*’*’
à  l’état  permanent.
Ce  droit  d’entrée  de  10s.  par  quarter  vers  lequel  je  dirigerais
lioration  de  nos  tarifs,  dépasserait  certainement  la  somme  des  ta^
spéciales  (¡ui  pèsent  sur  l’agriculteur,  indépendamment  de  toutes  ccH*^
que  supportent  les  autres  groupes  de  producteurs  ;  mais  j'aime  nii&amp;lt;^^
pécher  par  libéralité  (pie  par  un  excès  de  rigueur.  C’est  ce  ipd  ^
conduit  à  ne  pas  proposer  un  draw-back  rigoureusement  égal  auiR^’’*
tant  des  taxes.  Quant  au  cultivateur,  la  réduetion  du  droit  à  10  sb.  a*^
rait  pour  lui  tous  les  avantages  de  la  liberté  commerciale,  ou  du  nioi'
il  lie  s’en  faudrait  que  d’une  différence  insignifiante  de  .3  sb.  par
        <pb n="739" />
        DE  LA  PROTECTION  ACCORDÉE  A  L’AGRICULTURE.  689
to  An,oins  que  l’abondance  et  la  baisse  des  prix  ne  fussent  universelsZlTT"
  ;«"J»î""«*»-&amp;gt;*l'“P&amp;lt;«’tation  un  moren  d’éeoulerses  n,
,  et  cette  seule  modification  serait  déjà  inappréciable  pour  lui.
de.ol^"""'"’’  ■'*  "‘““P“'''’‘'eceux  qui  prétendent  que  le  chiffre
danlT  ""''"T"'"'  ™  "eu,  je  prétends  que
■l’aurr  '"  a"“  ™**ee  1“’»"  suppose,  nous
durions  aucun  danger  à  redouter.
'mWiëM
de  l  a  .“""r“  ‘e"c  viendraient  grossir  puissamment  le  prix
lira,  '"'T'  eepoudre  a  des  demandes  additionnelles,  les  cul-'•oùteuv
  ''","'y"'"'ee  sur  les  terrains  les  plus  stériles  et  les  plus
le  ,a„  ’  '  eveloppcment  de  la  production  rendrait  moins  accessible
Plus  yf“"‘l*'‘*^''’‘cscir«rts  de  l’agriculteur  étranger.  .Mais
pliquer  17*  ““  P'"»  "  »cca  avantageux  de  l’apde
  lun.v  kTiains  pauvres;  d’où  je  conclus
étions  Z"'  concurrence,  nos  iinpor-&amp;gt;D8
  ne  seraient  pas  très-considérables.
'‘«'«"rètn!"*“"""  TT'"  "»"ger  )  aurait-il
■Neur,  P»y»  Orangers  pour  la
les  '7  "  Si  "«»  demandes  étaient  constantel
  ;  "'"''"’mes,  et  elUs  le  deviendraient  inévitablement  sous  un
jsicmc,  on  produirait  au  dehors  d’immenses  quantités  de  blé
*'^ient  ^  Dotre  marché,  et  s  il  était  possible,  les  pays  étrangers  au-*Dêtïi
  ^  intérêt  à  nous  faire  parvenir  leurs  blés  que  nous-^buis
  attentivement  les  faits  qui  se  pressent  ici  sous  nos  veux.
{(^Knv.  (le  Hicanh.)  /,  j
        <pb n="740" />
        690

OEUVRES  DIVERSES.
N’y  voyous-iious  pas  les  effets  qu’une  légère  surabondance  peut  produire ­
  sur  le  prix  des  céréales?  Queln’eùt  pas  été  l’encombrement  de
nos  marchés,  si  l’Angleterre  eût  habituellement  accru  sa  production
d’une  quantité  additionnelle  destinée  à  la  consommation  étrangère  ?
Aurions-nous  eu  ,  dans  ce  cas,  le  triste  courage  de  nous  termer  volontairement ­
  les  marchés  étrangers  et  d’exposer  nos  fermiers  et  nos
propriétaires  à  une  ruine  générale  ?  Je  suis  sûr  que  nous  ne  le  ferions ­
  pas,  même  en  temps  de  guerre.  Quelque  énergie  que  l’on  puisse
accorder  aux  sentiments  d’hostilité  qui  animent  les  peuples  au  moment
delà  lutte;  quelque  désir  que  nous  puissions  avoir  de  torturer  un  ennemi ­
  en  lui  enlevant  ses  moyens  de  subsistance,  je  suis  persuadé  que
nous  renoncerions  à  exercer  notre  vengeance  à  de  telles  conditions.
Or,  si  telle  serait  notre  politique  ,  soyons  persuadés  que  telle  serait
aussi  dans  les  mêmes  circonstances  la  politique  des  autres  peuples,  et
que  nous  n’aurions  jamais  à  souffrir  de  la  privation  de  nos  approvi
sionnements  extérieurs.
Tous  nos  raisonnements  conduisent  donc  au  même  résultat.  U*’
nous  indiquent  que  tout  en  tenant  compte  des  droits  acquis,  il  /uni
introduire  aussi  promptement  que  possible  nue  sage  liberté  dans  h"
commerce  des  céréales.  Le  bienfait  de  cette  mesure  s’étendrait  à  lu
fois  au  fermier,  au  consommateur,  au  capitaliste.  Ht  tout  en  admettant ­
  que  la  moyenne  des  rentes  en  argent  pût  être  plus  élevee  sous  un
régime  de  droits  restrictifs  ,  j’observerai  que  rien  ne  garantirait  lu
solvabilité  indélinie  des  tenanciers,  et  que  l’intérêt  bien  entendu  des
propriétaires  doit  les  amener  luîcessairemeiit  a  subslituei  dts  pii
lixes  et  des  rentes  précises  à  des  prix  mobiles  et  a  des  rentes  dont  l^
service  s’effectue  sans  régularité.
        <pb n="741" />
        DE  LA  PROTECTION  ACCORDÉE  A  L’AGRICULTURE.

691

APPENDICE.
Adresse  rol^e  le  20  mai  1810  par  les  direcleurs  de  la  Hanque
d  Angleterre  et  présentée  au  cfiancelier  de  VÉclàquier.
RIMÉE  par  ordre  DE  LA  CHAMBRE  DES  COMMUNES  LE  21  MAI  1819,

De  la  Cour  des  directeurs  de  la  Banque,  le  20  mai  1819.
^  Les  diredeurs  de  la  llanque  d’Angleterie,  après  avoir  longuement
Cl.a  jr'"^  “  d'enquête  institués  par  les  deux
^^oir  •onsacre  a  ces  rapports  leur  plus  profonde  attention,  ont  cru
•»inet  I  *  pro'nptement  que  possible,  au  ca
Dron  ^  ^  w*nlimenLs  que  leur  ont  inspirés  les  mesures
lenÜl.'?.“'’''"'’  ■'  du  eomité  la  mesure  qui
I  ei  a  faire  reprendre  a  la  llanque  les  paiemimts  en  numéraire  à
.  '^"«!'"'«&amp;lt;'"te  par  la  loi  actuelle,  e’est-à  dire  le  5  juillet  prochain,
.""'«¡reinent  inapplicahle  et  serait  d'ailleurs  complètement  incf-,
  si  ce  n’est  même  ruineuse.  »
(tmelusions  des  comités  ont  été  conçues  au
heu  *1  '"“***  des  billets  de  banque  en  circulation  s'élève  à  un
l'on  f  **'*  d*i  '■ll'id(KI,0ü(l  livres;  à  une  époque  où  l'or  vaut  4  |,  |  sb.
d'ioZ  f  stagnation  des  aUaires,  jointe  au  bas  prix  des  objets
détres%  dans  toutes  les  industries  une  grm.de
se  ’“'d  me  nette  situation  ou  toute  autre  situaüou  analogue
(Ifcm  P*^^ULra  sans  amélioration  ou  sans  décadence,  il  paraîtra  évi-*^^int(*
  ^  ministres,  qu  en  persistant,  comme  elle  le  fait,  à
rpppi  '  niveau  de  ses  émissions,  la  Banque  ne  saurait  tenter  la
bjjj,  paiements  en  numéraire  sans  compromettre  l’intérêt  pu-^
  nu  ij,  sécurité  de  son  avenir.
nl)&amp;lt;U)l(*inent  diriges  par  ces  considérations,  les  deux  comités
        <pb n="742" />
        692

OEUVRKS  DIVERSES,
réunis  ont  pensé  que  les  paiements  en  espèces  devaient  rester  suspendus ­
  pendant  quatre  ans  encore,  mais  qu’à  partir  du  mai  1821  la
Banque  serait  obligée  d’acquitter  scs  billets  en  lingots  d’or  au  titre-L’évaluation
  serait  laite  d’après  les  prix  de  la  Monnaie,  et  la  disposition ­
  nouvelle  n’aurait  d’ailleurs  force  de  loi  que  pour  les  sommes
d’au  moins  trente  onces.  De  plus  ,  les  comités  ont  juge  que  le  retour ­
  aux  paiements  légaux  devait  s’opérer  graduellemiqit,  et  ils  ont
proposé  qu’à  partir  du  I"  février  prochain  la  Banque  fût  tenue  de
payer  ses  billets  en  lingots  au  taux  de  4  1.  I  sli.  l’once  pour  les  remboursements ­
  d'au  moins  soixante  onces,  et  de  les  continuer  au  taux  de
3  1.  18  sb.  6  d.  l’once,  depuis  le  1"  octobre  jusqu’au  1*"  mai  suivant. ­

Si  les  directeurs  de  la  Banque  ont  bien  compris  la  pensée  des  comités, ­
  ils  sont  amenés  à  conclure  que  leur  but  manileste  a  éU
d’assurer  à  tout  prix  ,  indépendamment  de  toutes  les  éventualités
économiques,  d’assurer,  dis  je,  après  un  délai  de  deux  ans  le  remboursement ­
  des  billets  de  la  Banque  en  lingots  d’or  évalués  siiivaii
le  tarif  de  la  Monnaie.  Ils  ont  dû  en  conclure  aussi  que  l’exécution ­
  de  ce  plan  doit  tendre  à  ce  (jiie  les  prix  de  la  Monnaie  resteid
invariables,  et  à  ce  que  1  iiilluence  que  la  Banque  exerce  sur  la  valeur ­
  en  échange  de  l’or  se  mesure  exclusivement  sur  le  montant  (b’
ses  émissions.
Il  a  semblé  aux  directeurs  que  le  résultat  déliiiitil  de  ces  niesuHdoit
  être  d’enlever  à  la  Banque  toute  son  initiative,  et  de  lui  laissU
pour  privilège  unique  le  soin  de  régler  ses  émissions  et  de  faire  U’*’
achats  d’or  qui  lui  seraient  necessaires  pour  répondre  à  toutes  les  &amp;lt;  &amp;lt;
mandes  lors  de  la  reprise  des  paiements.
Sous  l’impression  de  ces  laits,  et  liés,  comme  ils  le  sont,  «i  pa.'
leurs  billets  à  vue  en  monnaie  lixée  par  les  statuts  et  au  prix  ol  '
ciel  de  3  1.  17  sh.  K)  1/2  d.  l’once,  les  directeurs  croient  conveiiab
de  faire  observer  aux  ministres  de  Sa  Majesté  (pi  ils  devraient  êti  »  I  |
derniers  à  s’opposer  aux  mesures  ([ui  tendent  vers  ce  but.  Mais  il  y
aussi  de  leur  devoir  d’apprécier  les  eiîcts  (ju’ellcs  peuvent  produ’’
sur  rémission  générale  de  leurs  billets;  car  ces  billets  règlent  le  ni&amp;lt;&amp;gt;*
vement  des  banques  particulières  et  alimentent,  concurremment  a'v*^
le  papier  des  banquiers,  la  masse  entière  de  notre  circulation.  Ils
croient  donc  tenus,  par  la  nouvelle  situation  que  leur  a  faite  1  acte  &amp;lt;  ^
restriction  de  1787,  à  de  grandes  obligations  envers  la  socuité
entière,  dont  b^s  intért&amp;gt;ts  commerciaux  et  linanciers  ont  été  en  gr«'“
partie  confiés  à  leurs  soins.
        <pb n="743" />
        I»K  LA  l'K(n'KCTIÍ&amp;gt;i\  ACCOM  DEL  A  L'ACMICCLTCHK  6t)3
Ainsi  revêtus  d’une  espèce  de  protectorat  (jui  doit  embrasser  les
intérêts  généraux  de  la  nation,  les  directeurs  ne  peuvent  s’empêcher,
n  1  aspect  des  propositions  récentes,  de  sentir  pour  elles  quelque  répugnance ­
  et  d’hésiter,  quoiqu’il!volontairement,  à  sanctionner  un
système  qui  dans  toutes  ses  tendances,  dans  toutes  ses  manifestalons,
  leur  paraît  s’attaquer  aux  intérêts  de  la  nation  plus  immédiatement ­
  encore  qu’aux  actes  de  la  Banque.
U  charte  constitutive  de  la  Banque  ne  lui  a  certainement  point
concede  le  droit  de  contrôler  les  vues  qui  firésident  au  gouvernement
Puhtiquc,  linancier  et  commercial  de  ce  grand  empire.  Ce  droit  appartient ­
  exclusivement  à  l’administration,  au  Parlement,  à  la  société ­
  en  général,  et  la  Banque  n’y  saurait  prétendre  pas  plus  qu’à
jiicter  les  principes  qu  elle  croirait  propres  à  dominer  dans  la  po
ique  générale.  Son  devoir  spécial,  sa  fonction  propre  consistent  à
administrer  ses  opérations  de  banque  dans  leurs  rapports  avec  le  service ­
  des  intérêts  de  la  dette  nationale,  les  dépôts  conliés  à  scs  soins,  et
es  avances  qu’elle  a  faites  habituellement  à  l’Klat.  ^
Mais  aujourd'hui  que  les  directeurs,  dominés  par  la  nouvelle  siuation
  que  leur  a  faite  l’acte  de  I7&amp;lt;J7  ,  sont  ap,,clés  à  constituer  une
(.  ^‘*1  numéraire,  suilisantc  pour  alimenter  notre  cir-^■dlation
  totale,  aujourd’hui  que,  pour  atteindre  ce  but  dans  un  délai
(^terminé  ,  on  leur  crie  de  régulariser  la  valeur  de  l’or  sur  le  marché
g"  **^*tant  le  montant  de  leurs  émissions,  à  quelque  prix  que  ce  soit
j  'ni^pris  des  désastres  qui  en  résulteraient  pour  les  individus  et
à  société  tout  entière,  ils  se  croient  obligés  par  les  lois  les  plus  impé-J^^uscs
  du  devoir  de  soumettre  franchement  leur  opinion  aux  miistrcs
  de  Sa  Majesté.  De  cette  manière  on  ne  pourra  pas  considérer
‘18  tard  leur  concours  et  leur  consentement  apparents  comme  une
“(•tion  véritable  accordée  à  un  système  qu’ils  croient  entaché  d’in
^‘'htudi  s  et  de  dangers.
Il  leur  est  impossible  de  prévoir  (|uel  sera  le  cours  des  événements
deux  années,  et  surtout  p(  ndant  les  quatre  années  qui
8uivre.  Ils  n  ont  aucun  droit  a  proclamer  des  espérances  hril
et  peuvent  appuyer  sur  rien,  qui  peuvent  leur  échapper
eon  '*8‘levieiidraient  responsables;  d’un  autre  côté,  ils  n’oseraient
nèse^  maintenir  impitoyablement  la  détresse  financière  qui
sur  le  monde  commercial,  et  dont  il  leur  est  impf»ssihle  de
ou  d’apprécier  les  conséquences.
‘lui  ‘^ÿ‘^('teurs  ont  déjà  présenté  à  la  Chambre  des  Lords  un  projet
^  ‘ligerait  la  Banque  à  payer  scs  billets  en  lingots,  évalués  sur
        <pb n="744" />
        694  (DUVRES  DIVERSES.
les  prix  courants  du  jour.  Ils  avaient  ainsi  en  vue  de  reconnaître
quelle  serait  la  part  des  balances  commerciales  dans  le  retour  aux
situations  primières,  et  d’en  recueillir  immédiatement  tous  les  avantages. ­
  C’est  dans  un  but  analogue  qu’ils  ont  proposé  à  l’Etat  le
remboursement  d’une  grande  partie  des  sommes  que  lui  a  prêtées  la
Banque,  sous  la  garantie  de  l’Échiquier.
C.es  dispositions  laisseraient  d’ailleurs  le  temps  d’asseoir  un  jugement ­
  complet  sur  la  valeur  courante  des  lingots  ;  elles  permettraient
d’apprécier  dans  tous  leurs  résultats  riniluence  que  la  dernière  guerre
a  eue  sur  l’accroissement  de  la  dette  publique,  des  contributions  ,  des
prix  courants,  et  les  modilicationsqu’elle  a  introduites  dans  nos  relations ­
  avec  le  continent,  sous  le  rapport  des  questions  d  intérêt,  de
capital  et  de  commerce.  Enfin,  elles  nous  indiqueraient  jusqu  aquel
point  ces  résultats  sont  temporaires  ou  permanents,  et  quelle  est  1  étendue,
  l’énergie  de  leur  action.
Les  directeurs  avaient  eu  eux-mêmes  le  projet  de  concourir  à
l’exécution  de  ces  mesures,  en  profitant  de  toutes  les  circonstances
qui  permettraient  à  la  Banque  d’étendre  ses  achats  de  lingots  jusqu’à ­
  la  limite  prescrite  par  les  besoins  légitimes,  usuels  de  la  nation. ­
  Aucun  système,  aucune  prévision,  aucune  combinaison
leur  semblent  justifier  les  actes  qu’ils  pourraient  tenter  au  delà.
Les  mesures  que  l’on  propose  paraissent  destinées  a  ôter  a  la  Bail'
que  l’espèce  de  tutelle  qu  elle  exerçait  sur  les  besoins  ou  les  souffrances ­
  du  corps  commercial.  Si  les  directeurs  répugnent  à  y  donner
leur  consentement,  ce  n’est  point  par  un  manque  de  soumission  au
gouvernement  de  Sa  Majesté  ou  aux  vues  des  comités  du  Parlement.
Ils  reconnaissent  cette  puissante  hiérarchie,  mais  ils  sont  pleinemeid
convaincus  qu’ils  n’ont  pas  mission  d’assumer  ainsi,  de  leur  propre
mouvement,  la  responsabilité  de  mesures  qui  touchent  si  profon
dément  aux  intérêts  de  la  société  tout  eutièrti,  et  de  compromettre
ainsi,  par  un  consentement  tacite  ou  par  une  approbation  ouverte,
la  marche  de  l’agriculture,  de  l’industrie,  du  commerce,  du  revend
au  sein  du  royaume.
L’examen  de  ces  grandes  questions  et  du  degré  d’influence  qn^
peuvent  exercer  sur  l’économie  générale  du  pays  les  mesures  pm'
posées,  appartient  aux  deux  Chambres.  C’est  à  elles  et  non  à  la  BaO
que  qu’il  appartient  de  fixer,  de  déterminer  la  marche  à  suivre.
Quels  que  soient  les  commentaires,  les  critiques  hostiles  et  eO'
vieuscs  dont  on  ait  poursuivi  la  Banque,  sa  conduite  sage  et  pr«*'
dente  la  justifie  complètement.  Elle  a  constamment  réglé  le  montan
        <pb n="745" />
        DE  EA  PH()TECTIÍ&amp;gt;N  ACCOMDÉE  A  I/AGIUCCETURE.  695
circulation  de  manière  à  la  proportionner  aux  besoins  du
gouvernement  et  de  la  nation  ;  constamment  elle  l’a  maintenue  dans
sages  limites  relativement  à  celles  qui  existaient  avant  la  guerre,
sinsi  qu’on  pourra  le  voir  dans  le  rapport  de  la  Chambre  des  Lords,
pages  10,  11,  12  et  13.  Toute  cette  sollicitude,  jointe  aux  efforts
Accents  qu  elle  a  faits  pour  reprendre  les  paiements  eu  numéraire,
efforts  d  abord  couronnés  de  succès,  mais  qui  se  brisèrent  contre  des
événements  inacc/essibles  à  la  prévoyance  ou  à  l’action  de  la  Banque,
toute  cette  sollicitude,  dis-je,  suffit  pour  réfuter  les  attaques  dont
elfe  a  été  si  injustement  le  but.
En  soumettant  ces  considérations  aux  ministres  de  Sa  Majesté,  les
directeurs  de  la  Bamjue  d’Angleterre  croient  pouvoir  leur  assurer
que  leur  vœu  le  plus  ardent  sera  de  seconder,  par  tous  les  moyens
qui  sont  en  leur  pouvoir,  les  mesures  que  le  Parlement  décrétera
pour  étendre  la  prospérité  de  l’empire.

Robert  Best,  Secr.
        <pb n="746" />
        TABLE  DES  MATIÈRES

INTRODUCTION
Section  I.  —  Du  prix  rémunérateur
—  II.  —  Influence  de  I’augmenlation  des  salaires  sur  le  prix
du  blé  *  ■
—  III.  —  De  l’influence  des  taxes  spécialement  assises  sur
une  marchandise  •
—  IV.  —  De  l’influence  des  belles  récoltes  sur  le  prix  du  blé.
—  V,  —  De  l’influence  produite  sur  le  prix  des  blés  par  le  bill
de  M.  Peel,  relatif  au  rétablissement  de  l’ancien
cictlott,  .  ,»•••••••••
_  VI.  —  De  l’influence  qu’a  le  bas  prix  du  blé  sur  le  taux  des
profits.  *
—  VII.  —  Sous  un  régime  de  droits  protecteurs  destinés  à  concéder ­
  le  monopole  du  marché  national  à  nos  cultivateurs ­
  de  blé,  les  prix  sont  nécessairement  soumis ­
  à  de  continuelles  fluctuations.  .  .  .  .  •
_  VIII.  —  Kxamen  du  projet  conçu  dans  le  but  de  prêter  de
l’argent  à  bas  intérêt  aux  spéculateurs  sur  les  blés.
IX.  —  Peut-on  attribuer  aux  impôts  la  détresse  actuelle  de
notre  agriculture
Conclusion
Appendice  —Adresse  votée  le  20  mai  1819  par  les  directeurs  de  la
Banque  d’Angleterre  et  présentée  au  chancelier  de
l’Échiquier

FIN  DE  LA  TABLE  DES  MATIÈRES.
        <pb n="747" />
        3

V  í&amp;gt;'-i  •  :/■^■.&amp;gt;“.  .'./

;

'  f.Vh&amp;gt;.-  •'  '

'  V  ..'"f

.V:

•.■\*.  .*

'Á

'  (&amp;gt;  (rr^  '  ißKmr  iTew  r##
■;'"'  :  ;:"4y':\  v-%#;
&amp;gt;’/  '  ,"  ■  -•.  -  ¿i

PLAN
POUR  L’ÉTABLISSEMKNT

T'nl^y'î^

Í&amp;gt;’UNE  BANQUE  NATIONALE.
        <pb n="748" />
        PKÉFACK.

I/intention  de  M.  Ricardo  en  se  retirant  à  la  campagne,  à  la  fi**
de  la  dernière  session  du  Parlement,  avait  été  d’appliquer  une  partie
de  ses  loisirs  à  écrire  et  à  publier  un  nouveau  système  de  crédit-D’après
  lui,  ce  projet  devait  faire  participer  le  public  aux  avantagé®
des  monnaies  de  papier,  sans  diminuer  toutefois  les  garanties  dont
on  doit  légitimement  s’armer  contre  les  inconvénients  auxquels  se
trouve  assujetti  ce  mode  de  circulation.  On  savait  déjà  avant  sa  def'
nière  maladie  qu’il  avait  réalisé  ce  projet,  et  on  trouva,  après  sa  morb
les  pages  suivantes  parmi  ses  papier.  11  ne  paraît  pasque  M.  llieaf'
do  ait  jugé  nécessaire  de  faire  des  changements  ou  des  additions  à  son
travail,  si  ce  n’est  sur  un  seul  point.  Ayant  communiqué  son  manus'
crit  à  un  membre  de  sa  famille,  qui  se  trouvait  auprès  de  lui  lors  do
la  rédaction  définitive,  celui-ci  lui  fit  observer  qu’on  pourrait  éprou
ver  certaines  difficultés  pour  obtenir  les  fonds  nécessaires  aux  voya
ges,  puisque  les  billets  d’une  province  n’étaient  pas  remboursabb’^
dans  les  autres  districts.  11  admit  qu’il  y  avait  effectivement  la
inconvénient  à  détruire,  mais  il  croyait  aussi  qu’il  suffirait  d’une  nio
sure  très-simple  pour  atteindre  ce  but.  llien  ne  fait  supposer  qi*  '
ait  indiqué,  par  écrit,  un  moyen  destiné  à  lever  cette  diflienlto»
et  ses  amis  ont  cru  convenable  de  livrer  son  manuscrit  ala  pre^^
dans  l’état  même  où  ils  l’ont  trouvé,  et  en  y  ajoutant  sculcnio*^
quelques  explications  préliminaires.
        <pb n="749" />
        PLAN
DUNK  BAISQUK  NATIOMALK.
Banque  d’Angleterre  accomplit  deux  opérations  de  crédit  complètement ­
  distinctes  et  qui  n’ont  entre  elles  aucun  lien  nécessaire  :
eilesubstitue  par  ses  émissions  une  monnaie  de  papier  à  une  monnaie
^♦^tallique,  et  elle  tait,  sous  forme  de  prêt,  des  avances  de  fonds  aux
négociants  et  aux  autres  individus.
Ce  qui  prouve  d’une  manière  irréfragable  que  ces  deux  actes  n’ont
aucune  connexité  nécessaire,  c’est  qu’ils  pourraient  être  accomplis
  par  deux  établissements  séparés,  sans  déterminer  la  moindre
perte  pour  le  pays  ou  pour  les  négociants  qui  participent  aux  biennits
  de  ces  avances,
Supposons  qu’on  ravisse  à  la  Banque  le  privilège  d’émettre  de  la
)unnaie  de  papier  pour  lecontier  exclusivement  à  l’État,  en  soumet-/“d
  celui-ci  aux  obligations  actuellement  imposées  à  la  Banque,  c’est-^
  de  payer  ses  billets  en  espèces  au  porteur  :  quelle  atteinte  en
^^'^vrait  donc  la  richesse  nationale?  Alors,  comme  aujourd’hui,  les
^^hanges  et  le  commerce  du  pays  s’accompliraient  au  moyen  d’un  agent
®  circulation  à  bas  prix,  la  monnaie  de  papier,  qu’on  substituerait  a
agent  plus  coûteux.  Jes  sùjnes  métalliques  :  et  on  recueillerait  égale-*dent
  tous  les  avantages  qui  dérivent  actuellement  de  cette  partie  du
apital  national  que  l’on  a  rendue  productive  sous  forme  de  matières
Premieres,  d’aliments,  de  vêtements,  de  machines,  d’instruments,  au
ics  stériliser  sous  forme  d’agents  métalliques.
^  Éa  nation,  ou  le  gouvernement  au  nom  de  la  nation  ,  est  redevable
bip  ^  somme  plus  considérable  que  le  montant  total  des
^  ^  Gts  en  circulation.  En  effet,  le  gouvernement  doit  non-seulement
®  '^^»‘que  les  15  millions  de  son  capital  prêtés  à  p.  O/o,  mais  des
^^ôiines  additionnelles  qui  ont  été  avancées  sur  des  bons  de  l’Échiquier,
annuités  de  pensions  et  de  demi-solde,  et  sur  d’autres  valeurs,
^^‘it  évident  dès  lors  que,  si  le  gouvernement  se  chargeait  exclusivep^,
  *^t  rôle  d  émettre  lui-même  la  monnaie  de  papier  au  lieu  de
{,  Banque,  il  n’en  résulterait  de  différence  que  dans  la
®^tion  de  l’intérêt.  La  Banque  perdrait  un  intérêt  que  la  nation
        <pb n="750" />
        700

OEUVKES  DIVERSES.
ne  lui  paierait  plus;  mais  toutes  les  autres  classes  de  la  société  se
retrouveraient  dans  une  situation  identkfue  a  celle  de  ce  jour.  H  es
évident  encore  qu’il  y  aurait  autant  de  monnaie  eu  circulation;  car
il  importerait  fort  peu  (|ue  les  16  millions  de  monnaie  de  papier  ai
tuellement  en  cours  à  Londres,  eussent  été  émis  par  le  gouvernement
ou  par  une  société  commerciale.  Les  marchands  n’auraient  à  soulfrii
d’aucun  embarras  provenant  d’un  surcroît  de  formalités,  dont  on  au
rail  hérissé  les  avances  qui  leur  sont  faites  hahituellement  a  titre  d  es
compte  ou  autrement  ;  car  premièrement,  la  masse  de  ces  avances  doit
se  proportionner  au  montant  de  la  monnaie  en  circulation,  leque
montant  serait  le  même  qu’auparavant  ;  et  secondement,  la  Banque
pourrait  affecter  aux  demandes  des  négociants  une  même  fraction
la  circulation  totale.
S’il  est  vrai,  ainsi  que  je  l’ai  clairement  établi,  que  les  avances  fai
tes  par  la  Banque  au  gouvernement  dépassent  la  masse  générale  de
ses  billets  en  circulation,  il  en  résulte  nécessairement  qu  une  portion
de  ces  mêmes  avances,  ainsi  que  l’ensemble  des  prêts  faits  aux  particu
tiers,  doivent  être  puisés  dans  d’autres  fonds  appartenant  a  la  Baiiqui  »
ou  mis  à  sa  disposition.  Lt  ces  fonds,  elle  continuerait  encore  a  les  po^
séder,  si  le  gouvernement  s’acquittait  de  sa  dette  et  si  tous  scs  billots
étaient  retirés  delà  circulation.  Qu’on  ne  dise  donc  pas  ([ue,  relativement ­
  aux  émissions  de  papier,  il  est  convenable  de  renouveler  la  ehait
de  la  Banque,  sous  prétexte  que  si  l’on  n’adopte  pas  eette  mesure,  1^
commerçants,  privés  des  facilités  habituelles  de  1  emprunt,  se  vU
raient  lésés  :  je  crois  avoir  sufiisamment  démontré  que  ces  laeilités  ne
seraient  en  rien  diminuées.
On  pourrait  m’objecter  cependant  que  si  l’on  enlevait  a  la  Banque
cette  partie  de  ses  opérations  qui  consiste  a  émettre  de  la  monnaie  ’
papier,  elle  ne  trouverait  plus  pour  ses  cflorts  la  rémunération  offei  1
à  toute  association  de  fonds  et  procéderait  immediatement  a  nij  ’
dissolution  de  société.  Je  ne  le  crois  pas  ;  il  lui  resterait  encore  ind  ^
placements  avantageusement  ouverts  pour  ses  propres  fonds.  313’
admettons  que  je  me  trompe  et  que  la  compagnie  se  dissolve;  6’"^
dommage  en  résulterait-il  pour  le  commerce  ?  Que  les  fonds  de  la
ciété  soient  réunis  et  gérés  par  un  petit  nombre  de  directeurs  élus  p^’’
l’assemblée  générale  des  actionnaires;  ou  que,  repartis  entre  les  mai”^
des  propriétaires  eux-mêmes,  chaque  portion  soit  administrée
l’individu  auquel  elle  appartient,  ces  deux  systèmes  produiraient'’
la  moindre  différence  dans  leur  montant  réel,  ou  dans  le  degre  d
lluence  qu’ils  peuvent  avoir  sur  les  transactions  commerciales  •
        <pb n="751" />
        PLAN  D’UNE  BANQUE  NATIONALE.  70i
probable  que,  dans  aucune  hypothèse,  ils  ne  seraient  gérés  in-^oiduelleinent,
  et  que,  réunis  en  un  groupe  ou  en  plusieurs  groupes,
les  administrerait  avec  plus  d’économie  et  de  talent  que  n’en  dépii&amp;gt;ie
  la  üaiKjue.
a  toujours  évalué  beaucoup  trop  haut  l’importance  des
^'antages  que  le  commerce  recueille  des  facilités  offertes  par
banque,  .le  les  crois  tout  à  fait  insignifiants  en  face  de  ceux
1  on  retire  des  fonds  isolés  de  tous  les  individus.  Nious  savons
*1*1  en  ce  moment  les  avances  faites  par  la  Banque  aux  coninieri.ants,
  à  titre  d’escompte,  atteignent  un  chiffre  bien  faible  ;  et  tout
i^iBicourt  à  prouver  surabondamment  qu’à  aucune  époque  elles
Il  ont  été  considérables.  On  connaît  pai’faitement  le  montant  des
fonds  dont  la  Banque  a  pu  disposer  pendant  ces  trente  dernières
^iiiiées  :  ce  fonds  se  composait  de  son  capital  et  de  ses  épargnes,
Joints  au  total  des  dépôts  confiés  par  le  gouvernement  et  par  des
particuliers,  pour  qui  elle  faisait  l’oflice  de  banquier.  Il  faut  élalîUer
  de  ce  fonds  collectif  la  masse  d(is  espèces  et  des  lingots  conb'iius
  dans  les  caisses  de  la  Banque  ;  le  montant  des  avances  faites
porteurs  des  certificats  délivrés  pour  les  emprunts  de  chaque
‘‘"née  ;  enfin,  le  montant  des  sommes  de  toute  nature  remises  au
gouvernement,  j.e  chiffre  qu’on  obtiendrait  après  toutes  ces  déducf'oiis,
  représenterait  exclusivement  les  avances  dont  la  Banque  au-•“Ipu
  favoriser  le  commerce  :  et  je  suis  sûr  qu'un  calcul  de  cette
‘"dure,  fait  d'une  manière  rigoureuse,  donnerait  un  résultat  coinpa-‘'‘divement
  minime.
I&amp;gt;es  écrivains  habiles  ont  comparé,  par  le  calcul,  les  documents
■'juumis  au  Parlement  par  la  Banque  en  17U7,  et  dans  lesquels  elle
‘^fublissait  un  chiffre  connue  unité,  et  dressait  une  échelle  de  ses  es-^^""iptes
  pendant  plusieurs  années  ;  ils  les  ont  comparés,  dis-je,  avec
uuires  données  dont  on  avait  aussi  saisi  le  Parlement.  Il  résulte  de
calculs  que  le  montant  des  avances  faites  aux  commerçants  a
i*!’  d’escompte,  pendant  l’intervalle  des  trois  années  et  demie

aii-'^*’d*ures

  à  I7t)7,  flotta  entre  2  millions  et  .‘1,700,000  1.  st.  (les
J^""nnes  sont  insignifiantes  pour  un  pays  tel  que  le  nôtre,  et  ne  consti-"^id
  certainement  qu’une  bien  faible  fraction  des  prêts  que  les  par-‘^"liers
  consacrent  aux  mêmes  usages.  En  1707,  les  avances  faites
^la  Banque  au  gouvernement,  indépendamment  de  son  capital
aussi,  était  prêté  à  l’Etat,  dépassaient  plus  de  trois  fois  le
"faut  des  escomptes  dont  le  commerce  avait  pu  jouir.
*  ‘^"dant  l;i  dernière  si^sion  du  Parlement,  on  organisa  un  co-
        <pb n="752" />
        702  OEUVRES  DIVERSES.
mité  (le  la  Chambre  des  communes  destiné  à  examiner  la  législation
des  dépôts,  et  à  déterminer  les  relations  qui  existent  entre  les  constgnaleurs
  étrangers  et  nos  consùjuataires  de  marchandises.  Le  comité
lit  comparaître  M.  Richardson,  appartenant  à  la  maison  Richardson,
Overend  et  C‘',  tous  banquiers  notables  de  la  cité.  On  lui  demanda  •
D.  «  avez-vous  pas  l’habitude  d’escompter,  à  l’occasion  et  sur
»  la  garantie  de  marchandises  déposées  entre  vos  mains,  une  masse
»  très-considérable  de  valeurs  souscrites  par  des  négociants  ou  p&amp;amp;^
»  des  particuliers  ?
H.  «  Ces  escomptes  s’élèvent  ellectivement  très  haut.
I).  «  avez-vous  pas  donné  à  vos  opérations  d’escompte  et  de
»  change  un  développement  immense  ,  qui  dé])asse  même  de  beau-»
  coup  le  chiffre  atteint  par  les  autres  maisons  de  cette  ville  ?
H.  «  Je  crois  que  cette  supériorité  est  très-considérable.
/&amp;gt;.  «  Atteint-elle  plusieurs  millions  tous  les  ans?
J{.  «  Elle  en  embrasse  une  grande  quantité,  près  de  vingt  millions

&amp;gt;&amp;gt;  en  moyenne,  et  quelquefois  davantage.  »
La  déposition  de  M.  Richardson  témoigne,  je  pense,  d’une  manière
satisfaisante  de  l’étendue  de  ces  transactions  auxquelles  la  Rauque  n  a
jamais  pris  la  moindre  part.  Personne  n’hésitera  à  croire  que,  dans
le  cas  où  la  Rauque  se  dissoudrait  et  répartirait  individuellement
tout  son  capital  parmi  les  actionnaires,  les  opérations  de  M.  Richard'
son  et  de  ses  confrères  en  recevraient  un  accroissement  considérable-D'un
  côté,  ils  seraient  assaillis  par  des  demandes  d’escomptes  pl^^
nombreuses  ;  de  l’autre,  un  grand  nombre  de  propriétaires  d  espi^t-s
s’adosseraient  à  eux  pour  en  obtenir  l’emploi  :  celte  branche  de  commerce ­
  s’alimenterait  rigoureusement  de  la  même  quantité  de  cnpi'
taux.  Et  si  ces  capitaux  n’étaient  pas  utilisés  directement  par  la  Banque, ­
  ou  par  les  actionnaires,  mis  en  possession  de  leurs  propi’f*'
deniers,  ils  aboutiraient  inévitablement,  par  des  voies  directes  oU
détournées,  à  être  appliqués  par  M.  Richardson  ,  ou  tout  autre  ban
(juier,  au  développement  du  commerce  et  aux  b  (soins  de  1  indusU*
nationale  :  car  il  ne  se  présenterait  pas  de  placement  plus  fa'^
rabie.  ne
8i  le  coup  d’(EÍl  que  j’ai  jeté  sur  ce  sujet  est  exact,  il  en  resulte  q
l’on  peut  enlever  à  la  Rauque  d’Angleterre  le  privilège  d’émettre  (J
la  monnaie  de  papier,  sans  compromettre  l’avenir  du  commerce,
en  ayant  soin,  toutefois  ,  que  les  émissions  du  gouvernement  son"
rigoureusement  égales  à  la  circulation  annulée  de  la  Banque.  ••
résulte  encore  que  le  seul  effet  produit  par  cette  mesure  serait  d
        <pb n="753" />
        PI.AN  D  UNE  BANQUE  NATIONALE.  703
richir  le  gouvernement  des  bénélices  que  la  banque  prélevait  à  titre
Pdérèts  sur  le  montant  de  ses  émissions.
existe  pourtant  une  autre  objection  vers  laquelle  je  sollicite  l’at-^Dtioii
  du  lecteur.

vo’^**  serait  dangereux  de  cou  lier  au  gouvernement  le  poud’émettre
  de  la  monnaie  de  papier  ,  qu’il  en  abuserait  certaine-1)1.
  dans  le  cas  où  il  faudrait  faire  face  aux  exigences  inflexid’une
  guerre,  il  cesserait  de  payer  ses  billets  au  porteur  en
peces,  et  que  dès  ce  moment  la  circulation  prendrait  le  caractère
papier-monnaie  national.  J’avoue  que  nous  aurions  fortement
^  redouter  de  pareils  dangers,  si  le  gouvernement,  c'est-à-dire  les
^^Diistres,  devait  être  pei*sonnellemeut  investi  du  droit  d  émettre
^  papier.  Mais  je  propose  de  déposer  ce  droit  entre  les  mains  de
^oimissaires  que  le  vote  de  l’une  ou  des  deux  Chambres  du  Parle
^ent  pourrait  révoquer.  Afin  de  prévenir  toute  intelligence  entre  les
"imissaires  et  les  ministres,  je  propose  aussi  de  proscrire  toute  esde
  relations  trésoraires  entre  eux  Les  commissaires  ,  complétealfrancbis
  de  tout  contrôle  ou  de  toute  iniluence  gouvernemen-^
  J,  Ile  devraient,  sous  aucun  prétexte,  prêter  des  fonds  a  l’État.  Les
^a^^ii'tres  n’auraient  dès  lors  sur  des  fonctionnaires  aussi  indépen-[)os
  autorité,  qu’un  pouvoir  bien  inférieur  à  celui  qu'ils
a  i'Sedent  actuellement  sur  les  directeurs  de  la  banque.  L’expérience
®  appris  combien  peu  ces  derniers  ont  su  résister  au  magnéa^nie
  ministériel,  et  combien  de  fois  ils  ont  consenti  à  multiplier  les
^^^'ices  sur  les  bons  de  l’ixbiquier,  au  moment  même  où  ils  déclaturp
  qu  elles  devaient  porter  atteinte  à  la  solidité  de  leur
^  ‘^'^cment  et  à  l’intérêt  général.  Si  l’on  dépouille  la  correspondu
  gouvernement  avec  la  banque  antérieurement  a  la  suspensen**
  des  paiements  en  I7‘J7,  on  y  lit  que  la  banque  attribuait  (fausrrie*^*'^’
  »Uii,  dans  cette  circonstance  )  la  néœssité  de  cette
demandes  réitérées  et  urgentes  que  le  gouvernement  lui
^  issait  dans  le  but  d'obtenir  une  augmentation  d’avances.  Je  deque*
  !  pays  lie  trouverait  pas  dans  la  substitution  du  plan
lie  t  au  système  des  émissions  actuelles  de  la  banque,  s’il
'il)l  pas,  dis-je  ,  dans  l’institution  de  commissaires  inamogar-^^
  .^^stinés  a  créer  la  monnaie  de  papier  du  pays,  de  puissantes
Contre  toutes  les  influences  de  nature  à  agir  sur  l'esprit  de
¡!)¡  einettent  le  papier,  et  à  les  faire  dév  ier  de  la  ligne  du  devoir,
fjj.  ^^^^ernement  avait  besoin  d’argent,  il  serait  obligé  de  l’acquéai
  les  voies  légitimes,  soit  en  levant  des  taxes,  en  émettant  et
        <pb n="754" />
        704  OEUVRES  DIVERSES.
négociant  des  fonds  du  trésor  ,  en  consolidant  de  nouvelles  dettes  ou
en  s’adressant  aux  nombreuses  banques  qui  existeraient  dans  lepa}  s,
mais  dans  aucun  cas,  il  ne  devrait  lui  être  permis  d’emprunter  à  ceux
qui  ont  le  pouvoir  de  battre  monnaie.
Si  les  fonds  des  commissaires  se  multiplient  dans  une  proportion
assez  large  pour  laisser  entre  leurs  mains  un  excédant  dont  ils  puis
sent  recueillir  des  bénéfices,  qu’il  leur  soit  permis  d’aborder  le  marché ­
  et  d’acheter  publiquement  des  valeurs  nationales  :  si,  au  contraire?
ils  éprouvaient  la  nécessité  de  resserrer  leurs  émissions  sans  diminuer
leur  réserve  en  or,  il  faudrait  les  admettre  à  \endre  ces  valeurs  de
même  manière  sur  un  marché  officiel.  Ces  dispositions  entraîneraient
un  léger  sacrifice,  équivalent  à  l’agio  que  l’on  suppose  constituer  sur
ce  marché  le  gain  de  ceux  dont  la  profession  consiste  à  consacrer
leurs  capitaux  et  leur  habileté  au  commerce  de  ces  valeurs;  mais
souvenir  même  de  ce  sacrifice  disparait  dans  une  question  aussi  im
portante.  On  doit  se  rappeler  que  la  concurrence  qui  règne  dans  ce
commerce  a  réduit  les  bénéfices  du  marché  a  un  chiffre  Irès-minimc  ?
et  que  le  montant  de  ces  opérations  doit  nécessairement  être  assc^
restreint.  Kn  effet,  on  maintiendrait  facilement  la  circulation  à  u&amp;gt;‘
juste  niveau,  en  ayant  recours  alternativement  à  une  légère  réductiC’
ou  à  une  augmentation  des  espèces  et  des  lingots  contenus  dans  1«®
caisses  des  commissaires.  Ce  serait  seulement  dans  le  cas  où  la
cbesse  et  la  prospérité  ascendantes  du  pays  exigeraient  un  accroiss^'
ment  continu  des  agents  monétaires,  qu’il  y  aurait  opportunité  à  co^j
loquer  le  numéraire  dans  des  achats  de  valeurs  portant  intérêt,
l’hypothèse  contraire  d’une  décadence  manifeste  rendrait  seule  néc^
saire  la  vente  d’une  partie  de  ces  titres.  Ainsi  nous  voyons  que  1^“
peut  obtenir  les  garanties  les  plus  complètes  contre  l’influence,  qu
premier  abord,  on  doit  craindre  de  voir  exercer  par  le  gouverneiuc»’
sur  les  émissions  d’une  banque  nationale  ;  et  que,  de  plus,  la  créatif''
d’un  tel  établissement  grossirait  le  budget  de  nos  ressources  pu*^  *'
ques  de  la  somme  des  intérêts  que  le  gouvernement  paie  annuellein&amp;lt;^*

à  la  Banque.
Je  proposerais  donc  d’organiser  l’établissement  d’une  banque
tionale  sur  un  plan  analogue  à  celui  qui  va  suivre  :
1®  11  sera  procédé  à  la  nomination  de  cinq  commissaires,  entre
mains  desquels  reposera  exclusivement  le  pouvoir  d  émettre  toute
monnaie  de  papier  du  pays.  ^
T  A  l’expiration  delà  charte  de  la  Banque  d’Angleterre,  en  1^'  ’  ’
les  commissaires  émettront  pour  15  millions  de  monnaie  de
        <pb n="755" />
        PLAN  D’UNE  BANQUE  NATIONALE.  705
pier  représentant  le  capital  de  la  Banque  prêté  a  l’État,  et  destinés  à
Acquitter  cette  dette.  L’intérêt  annuel  de  3  p.  Ü/o  cessera  et  sera  an-Polé
  a  partir  de  cette  époque.
3  Les  commissaires  répartiront  en  même  temps  10  millions  de  pa
P*er  de  la  manière  suivante.  Ils  consacreront  telles  parties  de  cette
^  &amp;gt;nime  qu  ils  jugeront  convenable,  à  acheter  des  lingots  d’or,  soit  à
iianque,  soit  à  des  particuliers.  Puis,  dans  un  délai  de  six  mois  à
I  tir  du  joui  ci-dessus  mentionné  ,  ils  rachèteront  cette  partie  de  la
^  ette  du  gouvernement  envers  la  Banque,  qui  consiste  en  bons  de
cbiquier;  —  ces  bons,  ainsi  rachetés,  demeureront  a  la  disposition
commissaires.

^  ï^ans  le  plus  court  délai  possible  après  l’expiration  de  sa
^  larte,  la  Banque  sera  tenue  de  retirer  tous  ses  billets  en  circulation,
^  les  acquitter  au  moyen  des  nouveaux  billets  émis  par  le  gou-''crnemeiit.
  Elle  ne  les  paiera  pas  en  or,  mais  elle  devra  constam-J^ciit
  avoir  en  réserve  une  masse  de  nouveaux  billets  égale  au  raon-^"t^de
  ses  propres  engagements  restés  dans  la  circulation.
CO  "  billets  de  la  Banque  d’Angleterre  (continueront  à  avoir
es  six  mois  après  1  expiration  de  la  cbarte  :  à  partir  de  cette  épo-^c,
  ils  uy  seront  plus  reçus  par  le  gouvernement  en  paiement  des
((''dributions.
''  Bans  les  six  mois  qui  suivront  l’expiration  de  lacharte  de  la
^^aiique,  les  billets  des  banqu(cs  provinciales  cesseront  d'avoir  (cours,
l(s  divers  établissements  qui  les  auront  émis  seront  astreints,
^cirniie  la  Banque  d’Angleterre,  à  l’obligation  de  les  payer  en  billets
I*  gouvernement.  Ils  auront  d’ailleurs  le  privilège  d’acquitter  leur
I  ^pier  en  monnaie  d’or,  s’ils  le  préfèrent.
^  ^  Pour  a(ceroitre  la  sécurité  des  porteurs  de  billets  du  gouveriiedot
  résidant  en  province,  il  sera  établi  dans  les  dilférenles  villes  des
des'**^-^  destinés  à  vérifier,  sur  demande,  l’autbenticité
^cs  billets^  et  à  la  certifier  en  y  apposant  leurs  signatures.  Bevêtus
cette  sanction,  les  billets  ne  seront  plus  conversibles  que  dans  le
'strict  où  ils  ont  été  ainsi  garantis.
liillets  émis  au  sein  d’un  district  ou  portant  la  signature
^_un  agent  de  district,  ne  seront  pas  remboursables  en  d’autres
(ly  en  déposant  une  certaine  quantité  de  billets  au  bureau
^  district  où  ils  ont  été  primitivement  émis  ou  revêtus  ultérieuresur^^
  conformément  à  l’article  ci-dessus,  on  pourra  obtenir,
toute  autre  province  ,  une  traite  pavable  dans  les  billets  mêmes
^‘tte  proxiiiee.
(BLue.  (le  Hicardo.)  L)
        <pb n="756" />
        70(5  OEUVRES  DIVERSES.
10"  Les  billets  émis  en  province  ne  seront  pas  remboursables  en
numéraire  dans  le  lieu  de  l’émission.  Mais  on  pourra  échanger  ce
papier  contre  une  traite  sur  Londres,  qui  sera  payable  indifféremment ­
  en  espèces  ou  en  billets  de  Londres,  au  gré  de  la  personne  qui
présentera  sa  traite.
11"  Toute  personne  qui  déposera  des  espèces  ou  des  ^billets  e
Londres  au  bureau  de  la  métropole  pourra  obtenir,  en  échange,  une
traite  payable  dans  les  billets  de  telle  province  qui  sera  désignée
lors  de  la  remise  de  la  traite,  üe  plus,  tout  dépôt  d  espèces,  lait  a
cette  même  agence  ,  donne  droit  à  une  somme  équivalente  de  billets
de  Londres.
l‘i"  Les  commissaires,  à  Londres,  seront  obligés  d’acheter  à  un  prui
qui  ne  descendra  jamais  au-dessous  de  .‘il.  17  sh.  Üd.  1  once,  toutes
les  quantités  d’or  au  titre  qui  leur  seraient  offertc*s  et  qui  excéderaient
cent  onces  en  poids.
13"  Dès  le  jour  de  la  création  de  la  Banque  nationale,  les  commissaires ­
  seront  tenus  de  rembourser  leurs  billets  et  leurs  traites,  sui
demande,  en  espèces  d’or.
14"  Dans  la  première  période  de  l’étaiilissement  de  la  Banque
nationale,  on  pourra  émettre  des  billets  d’une  livre  destinés  aux  pei’'
sonnes  qui,  préférant  ces  billets  inférieurs  au  numéraire  ,  désireraient ­
  les  obtenir  en  échange  de  billets  d'une  coupure  supérieure.
Cette  mesure  ne  sera  en  vigueur  relativement  a  la  métropole  qi'^
pendant  une  année;  mais,  pour  tous  les  districts  provinciaux  ,  eiK’
sera  permanente.
15»  11  demeure  bien  entendu  que,  dans  les  districts  provinciaux,
agents  ne  seront  jamais  contraints  a  donner  des  billets  en  ii  baUp
d’espèces,  ou,  réciproquement,  des  espèces  contre  des  billets.
10"  l*our  tous  les  services  publics,  les  commissaires  feront
fonctions  d’un  banquier  général,  de  la  même  manière  que  la  Banq"^
d’Angleterre  aujourd’hui;  mais  il  leur  sera  interdit  d  étendre
fonctions  à  des  compagnies  ou  à  des  individus,  quels  qu  ils  soient*
Je  me  suis  déjà  étendu  sur  l’objet  du  premier  paragraphe.
les  commissaires  devraient  être,  je  pense,  au  nombre  de  cinq  ;  ü®
vraient  recevoir  un  salaire  proportionné  aux  devoirs  qu’ils  auroid
remplir,  aux  faits  qu’ils  auront  à  diriger  ;  ils  devraient  être  uoii*^
més  par  le  gouvernement,  mais  sans  que  celui-ci  eût  le  droit  de
révoquer.
Le  second  réglement  est  relatif  au  mode  d’après  lequel  devra  s
pérer  la  substitution  de  la  nouvelle  monnaie  de  papier  à  l'ancieiio^^'
        <pb n="757" />
        PLAN  D’LNEIBANQIJE  NATIONALE.  707
^’après  le  système  qui  y  est  prescrit,  il  serait  émis  25  millions
e  papier.  Cette  somme  ne  dépassera  certainement  pas  les  besoins
^  a  circulation  générale  du  pays  :  mais  en  admettant  qu’elle  les
epasse,  ou  pourrait  échanger  l’excédant  contre  des  espèces  d’or,  ou
es  commissaires  pourraient  vendre  une  partie  des  bons  de  l’Écliiicr
  et  diminuer  ainsi  le  montant  de  la  circulation  de  papier.  11
xiste  d’autres  systèmes  par  lesquels  cette  substituüon  pourrait  s’opérer, ­
  81  la  Banque  d’Angleterre  entrait  en  coopération  a&amp;gt;ec  legouernement
  ;  mais  celui  que  nous  avons  proposé  serait  déjà  ellicace.
•  a  Banque  y  consentait,  il  serait  à  désirer  que  l’État  aclietût,  sur
^e  egitim^  estimations,  tous  les  bâtiments  de  la  Banque  d  Auglee''»'e,
  et  s’adjoignit  aussi  tous  ses  commis  et  ses  garçons.  Les  lois  les
P  us  simples  de  l’équité  commandent  de  leur  olîrir  un  emploi,  une
Ui&amp;gt;ition,  et  d’ailleurs  le  public  retirerait  une  immense  utilité  de
collaboration  d’un  si  grand  nombre  d’employés  éprouvés  et  ver-^
  tlaiis  la  pratique  des  affaires.  Lue  des  clauses  de  mon  projet  est
lo  l'Si  de  voir  cesser  ,  à  l’expiration  de  la  charte  de  la  Banque,  l’al-Cd
  ion  qui  lui  était  payée  pour  administrer  la  dette  nationale.  Ce
allaires  jiubliques  devrait  être  placé  sous  la  direc
contrôle  des  commissaires.
de^  troisième  paragraphe  tend  à  constituer  une  réserve  sullisante
Uigots  et  de  coim  d’or,  sans  laquelle  le  nouvel  établissement  ne
m  lonctionncr.  Dans  le  fait,  les  commissaires  pourraient  même
«poser  de  14  millions  au  lieu  de  10.  Lu  effet,  on  a  pu  voir  par  les
uUsessubséqucuti^,  que  les  commissaires  agiraient  comme  un  ban-"lOM
  services  publics  ;  et  comme  rexjiéricnce  a  déüiah
  '»oyenne,  c^s  services  laissent  4  millions  entre  les
aux**r  ^^^"(Piicrs,  les  commissaires  ajouteraient  ces  4  millions
raire  l'on  consacrait  5  millions  à  des  achats  de  numé-Si
  l'ogots,  y  millions  seraient  colloqués  dans  la  dette  Bottante.
‘  lian^  millions  en  or,  il  resterait  G  millions  pour  l’a-Passil
  I  ^I  Lchiquier.  Quelle  que  soit  la  dette  dont  ou  riistera
l'cs  il  ‘"^‘'crs  la  banque  après  le  second  paiement  des  eommissaition
  1  :  y  pourvu  par  voie  d’emprunt,  ou  par  une  coiivenpcciale
  entre  le  gouvernement  et  la  Banque  d’Angleterre.
^'"4"lcme  paragraphes  règlent  la  substitution
iiient  papier  à  l’ancien,  et  protègent  la  Banque  contre  le  paie-‘icsa
  ‘les  billets  qu’elle  pourrait  avoir  en  circulation.  Il
li^Urs^^^  ("osultcr  de  ces  mesures  aucun  inconvénient  pour  les  por-^‘11’
  billets,  puisqu’il  est  prtiscrit  a  la  Banque  de  leur  remetírc
        <pb n="758" />
        ÜEUVKES  DIVERSES.
des  billets  du  gouvernement,  qui  sont  conversibles  sur  demande  en
monnaie  d’or.  .
La  septième  clause  pourvoit  à  la  substitution  des  nouveaux  billet
à  l’ancien  papier  des  banques  provinciales.  Ces  banques  n’éprouveront ­
  jamais  de  dilliculté  pour  acquérir  les  nouveaux  billets  que  nécessite ­
  cette  réforme.  J  outes  leurs  opérations  se  liquident  elîectivement
a  Londres,  et  leur  circulation  s’asseoit  sur  les  valeurs  qui  y  sont  déposées. ­
  La  mobilisation  de  ces  valeurs  leur  fournirait  immédiatement
la  quantité  de  monnaie  nécessaire  pour  faire  face  au  remboursement
de  leurs  billets,  et  dès  lors  la  circulation  des  provinces,  qu’on  a  évaluée ­
  a  environ  10  millions  ,  serait  constamment  en  rapport  avec  les
besoins  locaux.
l.a  huitième  disposition  prévient  les  cas  de  fraude  et  de  contretaçon.
  Kt  d’abord,  la  monnaie  de  papier  ne  peut  être  émise  isolément
par  chaque  district,  et  doit  procéder  en  totalité  de  la  métropole.  Il  serait ­
  donc  convenable  d’établir  dans  toutes  les  localités  importantes,
un  agent  public  destiné  a  vérifier  la  notabilité  des  billets.  Au  bout
de  quelque  temps  on  pourrait  arriver  à  conlier  la  circulation  de  cbaque
  district  à  des  billets  émis  dans  ce  district  même,  et  conçus  suivant ­
  des  modèles  qui  seraient  envoyés  de  Londres  à  cet  eilet.
l.a  neuvième  disposition  pourvoit  à  toutes  les  facilités  possibb**^
pour  remettre  et  payer  dans  les  dilférentes  provinces.  Si  un  particulier ­
  de  York  désire  faire  un  paiement  de  lOOOl.  a  un  autre  part  icu  lie»
de  Canterbury,  il  pourra,  en  remettant  lOüül.de  billets  émis  a  York,
entre  les  mains  de  l’agent  établi  dans  cette  ville,  se.  procurer  nn^
traite  de  1000  1.  payable  à  Canterbury,  dans  les  billets  de  ce  distrn  •
La  dixième  clause  pourvoit  au  paiemcnl  des  billets  de  tous
districts,  en  espèces  à  Londres.  Si  un  particulier  à  York  veut  1000  •
en  numéraire,  il  ne  faut  jias  que  le  gouvernement  supporte  les  b«''
de  transport  ;  ils  doivent  être  complètement  a  sa  charge.  C’est  un  «acriliee
  qu’on  doit  faire  a  l’emploi  de  la  monnaie  de  papier  ;  et  il
loisible  aux  babilants  de  telle  province,  de  s’y  soumettre  ou  Oc
stituer  l’or  au  papier;  toutefois,  ils  auraient  à  supporter  les  Irais  n

cessaires  pour  l’acquérir.  g
Le  onzième  paragraphe  complète  le  neuvième,  et  avise  aux  ni  j
de  faire  des  remises  et  des  paiements  sur  toute  la  surface  du  ^
Par  la  douzième  disposition,  on  a  eberebé  à  éviter  que  la
du  papier  ne  fut  trop  restreinte,  et  on  a  imposé  aux  coniinissai
l’obligation  de  l’émettre  en  tout  temps  contre  de  l’or  au  taux
;n.  17  Sb.  bd.  l'once.  Lu  adoptant  ainsi  pour  régulateur  le  p"
        <pb n="759" />
        PI.AN  n’IJNK  BANQUR  NATION  ALK  700
^  or,  les  coîntnissaires  ne  potirroiit  jainfiis  errer.  11  serait  pent-êtrec
  onvenable  de  les  obliger  à  vendre  l’or-Iingot  au  prix  de  3  1.  17  sli.  î)  d.
^  once  ;  dans  ce  cas,  en  effet,  le  numéraire  ne  serait  probablement  jamais ­
  exporté,  puisqu’on  ne  peut  l’obtenir  à  moins  de  31.17sh.  1  2  lOd.
Í  once.  Les  seules  variations  dont  serait  susceptible  le  prix  de  l’or  sous
un  système  pareil  flotteraient  entre  3  1.  17  sb.  6  d.  et  3  1.  17  sh.  9  d.
ayant  soin  de  contrôler  les  mouvements  du  marebé  et  d’admettre
émissions  de  papier,  au  moment  où  le  prix  semblerait  pencher
Vers  3  1.  17  sb.  6  d.  ou  au-dessous;  puis,  en  s’efforçant  de  restreinc‘0
  ces  emissions,  ou  de  retirer  une  certaine  quantité  de  papier  au
nioment  où  l’on  verrait  les  prix  tendre  vers3  1.17  sb.  9  d.  et  au-des-^ns;
  en  un  mot,  en  ayant  soin  de  régulariser  ainsi  le  mouvement  des
les  commissaires  n’auraient  probablement  pas  une  douzaine
^  opérations  à  faire  dans  l’année  sur  la  vente  ou  l’achat  de  l’or.  Si  cependant ­
  elles  dépassaient  ce  nombre,  elles  seraient  constamment  favoeables
  à  l’établissement  et  lui  laisseraient  un  petit  bénéfice.  D’ailleurs,
eomme  il  est  nécessaire  d’asseoir  sur  les  bases  les  plus  solides  les
onctions  d’une  monnaie  de  papier,  fonctions  toujours  si  impor-^otes
  dans  un  grand  pays,  il  serait  convenable,  eomme  le  recom-*oande
  un  paragraphe  précédent,  de  réunir  une  masse  d'or  assez  conl^^dérable
  qui  permit,  le  cas  échéant,  de  régulariser  accidentellement
os  changes  étrangers  en  exportant  de  l’or  ou  en  réduisant  le  mon-^^ot
  du  papier.
ha  treizième  disposition  prescrit  aux  commissaires  de  payer  leurs
•Pets  a  vue,  en  monnaie  d’or.
(|oatorzième  paragraphe  pourvoit  à  un  contingent  de  billets
One  livr,.  destinés  à  la  circulation  des  provinces.  Ces  billets  seront
hondres,  dans  la  première  période  de  l’établissement  de  la
^9Be  nationale,  pour  être  contre  signés  ensuite  dans  la  province  :
émission  cessera  avec  celte  période  d’organisation  primitive.

To
^tre

avoir

Utes  les  coupures  des  billets  envoyés  de  Londres  aux  agents  devront
)  eomme  des  mandats  ,  numérotées  et  signées.  Aussitôt  après  les

eeçus  ,  et  avant  de  les  répandre  dans  le  publie,  les  agents  de-^**unt
  les  contre-signer  ;  ils  seront  ainsi  rigoureusement  responsables
Montant  total  des  valeurs  expédiées,  enmine  le  sont  les  distribu-'Purs
  de

fuis.  Tl

papier  timbré  de  la  totalité  des  timbres  qui  leur  ont  été  re-Pst
  à  f)eine  nécessaire  de  dire  que  les  agents  devront  avoir

leb^  uiétropole  une  correspondance  suivie,  destinée  à  informer
ureau  de  Londres  de  toutes  leurs  opérations.  Supposons  qu’un  de
®  agents  ait  donné  cent  billets  d’une  livre  contre  un  seul  billet  de
        <pb n="760" />
        OEUVRES  DIVERSES.

710
100  livres,  il  devra  immédiatement  porter  ce  fait  à  la  connaissance  des
commissaires  et  leur  remettre  le  billet  de  100  livres  qu’il  aura  ainsi
reçu  ;  on  débiterait  et  on  créditerait  en  conséquence  son  compte  à
Londres.  S’il  donne  eu  échange  de  100  livres  en  billets  une  traite  sur
un  autre  district,  il  devra  en  donner  avis  simultanément  au  bureau
de  Londres  et  à  l’agence  du  district  sur  lequel  il  a  fait  traite,  et  remettre ­
  les  billets  reçus,  comme  dans  le  cas  précédent.  Son  compte  se
trouvera  crédité  de  ces  100  livres,  et  l’agent  de  l’autre  district  en  sera
débité,  liest  inutile  de  multiplier  ces  détails;  peut-être  même  en  ai-j^
déjà  trop  dit;  mais  je  tenais  à  prouver  que  les  garanties  contre  la  fraude
seraient  ainsi  presque  complètes,  puisque  les  titres  de  chaque  opération ­
  devraient  procéder  originellement  de  Londres,  pour  y  être  ensuite
renvoyés  ou  demeurer  entre  les  mains  des  agents  provinciaux.
La  quinzième  clause  a  seulement  pour  but  de  compléter  le  sens  de
quelques-unes  des  dispositions  précédentes.
Le  seizième  paragraphe  décide  que  les  commissaires  agiront  comme
banquiers  des  services  publics  ,  seuls,  et  à  l’exclusion  de  tous  services ­
  privés.
Si  l’on  adoptait  le  plan  que  je  propose  ici,  le  pays  obtiendrait  probablement, ­
  d’après  les  évaluations  les  plus  modérées,  une  économie
annuelle  de  750,000  livres.  Supposons  que  la  circulation  de  papier
s’élève  à  25  millions,  et  les  dépôts  du  gouvernement  à  i  millions  :  ce»
deux  sommes  réunies  font  29  millions.  On  épargnerait  l’intérêt  de  tout
ce  capital  réuni,  à  l’exception  peut-être  de  6  millions  qu  on  jugerait
nécessaire  de  conserver  en  or-lingot  et  en  or-monnaie  à  titre  de
serve,  et  (pui  resteraient  conséquemment  improductifs.  Lu  portant
alors  l’intérêt  à  3  p.  O/o  seulement  sur  23  millions,  l’Ktat  ferait  un  bénéfice ­
  de  690,000  1.  (17,250,000  f.).  A  ceci  il  faut  ajouter  248,000  b
allouées  actuellement  pour  la  gestion  de  la  dette  publique  :  ce  qui
forme  un  total  de  938,000  1.  (23,450,000  f.).  Or,  en  supposant  que  le»
dépenses  futures  s’élèvent  à  188,000  1.,  il  resterait  toujours  en  favcui’
de  la  nation  une  économie  ou  un  bénéfice  annuel  de  750,000  !•
(18,750,000  f.).
On  remarquera  que  mon  plan  s’est  attaché  à  ravir  à  toute  autr^
direction  l’émission  première  des  billets,  pour  la  placer  exclusive
ment  entre  les  mains  des  commissaires.  Les  agents  des  districts  pm
vinciaux  pourront,  d’accord  avec  les  commissaires,  substituer  une
certaine  nature  de  valeurs  à  une  autre.  Ils  pourront  échanger  des
traites  contre  des  billets,  ou  ceux-ci  contre  des  mandats  tirés  sur  euH)
mais,  dans  le  premier  cas,  ces  billets  ont  tous  dù  être  émis  par
        <pb n="761" />
        711

PLAN  D’UNE  BANQUE  NATIONALE
commissaires  à  Londres,  ce  qui  porte  ropération  entière  à  leur  connaissance. ­
  Si  des  circonstances  particulières  faisaient  surabonder  la
Circulation  dans  certains  districts,  on  aurait  recours  aux  moyens  propres ­
  à  transporter  cette  exubérance  à  Londres  ;  si,  au  contraire,  elle  y
devenait  rare,  on  puiserait  à  Londres  de  nouveaux  continp^ents  monétaires, ­
  Les  faits  par  lesquels  se  manifesterait  un  trop  plein  de  circnlation
  à  Londres  seraient,  comme  aujourd’hui,  l’accroissement  du
prix  des  lingots  et  la  baisse  des  changes  extérieurs.  Le  remède  serait
aussi  le  même  que  de  nos  jours,  c’est-à-dire  une  réduction  dans  la
usasse  de  la  circulation,  qu’on  produirait  par  une  diminution  de  la
uionnaie  de  papier.  Cette  réduction  peut  s’opérer  de  deux  manières  :
en  vendant  des  bons  de  l’Échiquier  sur  le  marché,  et  détruisant  la
uionnaie  de  papier  qu’on  aura  recueillie  de  cette  vente;  ou  en  donnant
  l’or  en  échange  du  papier  pour  arriver  à  annuler  encore  ces  hil-^ets
  et  à  exporter  l’or.  Cette  exportation  ne  sera  pas  poursuivie  par  les
Commissaires;  elle  s’elTectucra  par  les  soins  des  commerçants  qui,  en
effet,  considèrent  toujours  l’or  comme  la  remise  la  plus  avantageuse,
oesque  la  monnaie  de  papier  est  en  excès.  Si,  au  contraire,  la  circuätion
  de  Londres  était  insuiïisante,  il  y  aurait  deux  moyens  pour
■Accroître  :  en  achetant  d’abord  sur  le  marché  les  bons  du  gouvernement, ­
  qu’on  acquitterait  au  moyen  d’une  nouvelle  monnaie  de  papier
  créée  à  cet  effet  ;  ou  en  faisant  importer  et  acheter,  par  les  commissaires ­
  ,  des  lingots  d’or  qu’on  paierait  aussi  au  moyen  d’une
monnaie  de  papier  nouvellement  émise.  L’imporlation  prendrait
Plar.e  immédiatement,  et  sc  mettrait  à  l’ensemble  des  opérations
Commerciales;  car,  lorsque  le  montant  de  la  circulation  est  devenu
msuffisant,  l’or  constitue  toujours  un  article  d’importation  favora-
        <pb n="762" />
        Si

,  .1

4'W'

n-'Bo:*»i*

-  &amp;lt;  •  r  .  '•

;;,.M-n.?-'  &amp;lt;:  '•j«.

/.  á

.  ■'!  'S  P'g

mmr

,«/"  f.

I  •.

^L  .-r  t

iY;,i

Ï'H

A  .

‘  '■\h

m.  1
        <pb n="763" />
        ESSAI  SUR  EE  SYSTÈME

DES
DETTES  CONSOLIDÉES
ET  SUR  L’AMORTISSEMENT.
^  Dans  cette  étude,  nous  nous  proposons  d’abord  de  retracer  l’oriles
  progrès,  les  inodilications  du  fonds  d’amortissement,  et  de
joindre  à  ce  tableau  (pielques  observations  relatives  à  l’emcaeité  de
J’otte  institution  financière.  Nous  recliercherons  ensuite  brièvement
”‘^‘Deur  mojen  de  pourvoir  à  nos  dépenses  annuelles,  soit  pendant
paix  ,  soit  pendant  les  gaspillages  d’une  guerre  ruineuse  :  nous
^Oi'ons  ainsi  conduits  tout  naturellement  à  apprécier  l’influence  de  ce
^^'  Tème  des  dettes  FONDÉES,  dont  les  caisses  d’amortissement  ont
tiel,^*  ^^**^^oiMps  considérées  comme  un  des  rouages  le  plus  essen-^
  *■  Relativement  au  fonds  d’amortissement,  nous  aurons  souvent
Ocasión  de  recourir  aux  documents  fournis  par  le  professeur  Ha-.sj
  lo  hoau  travail  qu’il  a  publié  sous  ce  titre  :  Recherches
^’origine,  le  développement,  l’élnt  actuel  et  l’extinction  de  la  dette
firandc-/yre/af/ne  L  «  Le  premier  plan  financier  qui
detN  ’  forme  systématique,  la  ferme  volonté  de  racheter  la
tis  !  oet  habile  écrivain,  est  celui  de  la  caisse  d’amor-^ssenient
  fondée  en  1716.  L’auteur  de  ce  plan  fut  en  réalité  le  comte
^r^j  tanbope  ;  mais  comme  il  fut  adopté  et  appliqué  sous  l’adminisde,
  Robert  Walpole,  on  lui  a  communément  attaché  le  nom
rerj^  ministre.  Des  taxes,  qui  avaient  d’abord  été  établies  temporai-Parm-*’
  fardèrent  pas  à  devenir  perpétuelles  et  à  être  divisées
a»iii  /  flofations  comprises  sous  le  titre  de  South  sea  aggregate
produit  de  ces  fonds  dépassant  les
autr  »'aient  à  supporter,  on  convint  de  le  réunir  à  tous  les
es  excédants  de  recette,  pour  en  composer  un  fonds  d  amortisseexclusivement
  consacré  au  rachat  de  la  dette  nationale.  L’in-^'’ad

  par  h  ¡  a  Salle,  Paris,  1817,  l  vol  in-8.
        <pb n="764" />
        714  OEUVRES  DIVERSES.
tërèt  légal  avait  été  réduit  de  R  à  5  p.  O/o  deux  ans  auparavant;
et  comme  cet  abaissement  avait  été  fatal  a  la  situation  commerciale
du  pays,  le  gouvernement,  fort  de  la  solidité  de  son  budget,
abaisser  en  même  temps  l’intérêt  de  la  dette  publique  et  constituer
avec  ses  épargnes  une  caisse  d’amortissement.  En  17*27  eut  lieu
une  nouvelle  réduction,  qui  porta  l’intérêt  à  4  p.  ü/o,  et  permit  de
mettre  400,000  1,  st.  en  réserve.  En  1749  l’intérêt  d’une  portion  dr
la  dette  fut  encore  abaissé  à  :1  1/2  p.  O/o,  pendant  l’espace  de  se|)f
années,  et  descendit  ensuite  à  3  p.  O/o.  Enlin  en  17.)0,  l’intérêt  du
reste  de  la  dette  fut  réduit  à  3  1/2  p.  0  o  pour  ciiui  ans,  et  porté  ensuite ­
  à  3  p.  ()().  On  réalisa  ainsi  une  économie  de  près  de  000,000  1-(|iii
  furent  ajoutées  au  fonds  d’amortissement.  »
l&amp;gt;endant  quebiue  temps  cette  réserve  fut  régulièrement  consacrée
à  l’extinction  de  la  dette.  Les  sommes  ainsi  employées  s’élevèrent  même, ­
  de  1716  à  1718,  à  environ  0,048,000  1.  st.,  chiffre  à  peu  pre*^
égal  à  celui  des  nouveaux  emprunts  contractés  à  cette  époque.
1728  à  1733,011  racheta  encore  5,000,0001.  st.  L’intérêt  de  divers
emprunts  contractés  à  cette  é|M)que,  de  1727  a  1738,  fut  couvert  aU
moyen  de  surtaxes  qui,  d’après  le  plan  primitif,  auraient  dû  être

attribuées  à  l’amortissement.
«  Bientôt  après,  la  main  de  l’Échiquier  fléchit  et  l’on  abandonna
le  principe  de  l’inviolabilité  du  fonds  d’amortissement  En  1/33  i
500,000  1.  st.  furent  enlevées  et  appliquées  aux  besoins  de  l’année.  ”
En  1734,  on  préleva  une  nouvelle  somme  de  1,200,000  I.  st.  im‘“
les  dépenses  courantes  ,  et  en  1735  on  avait  deja  entamé  à  1  avance  ^
hypothéqué  la  dotation  de  l’amortissement.  «  Cette  dotation  av»'
été,  à  l’origine,  de  323,437  l.  st.  :  en  1770,  elle  atteignit  son  apog^®’
3,166,517  L,  et  en  1780,  elle  était  déjà  descendue  à  2,403,017  1-  ®  '
»  Le  fonds  d’amortissement  se  serait  élevé  bien  plus  haut,  ai^^^
ne  l’avait  affaibli  par  de  fréquentes  saignées.  On  le  greva  de  1
térèt  de  plusieurs  emprunts  pour  lesquels  il  n’avait  été  fait  aU
cune  réserve  :  et  en  1772,  il  dut  servir  à  payer  une  annuité
100,000  1.  st.  qu’on  venait  d’ajouter  généreusement  à  la  liste  civi  c*
Pendant  les  trois  guerres  qui  appauvrirent  le  pays,  la  caisse  d  amm
tissement  ne  cessa  de  verser  les  millions,  et  même  en  temps  de  p^'
on  dut  y  puiser  souvent  les  moyens  de  faire  face  aux  serv  ices  P^*
blics.  Suivant  le  docteur  Price,  le  montant  de  la  dette  publicju^
cheté  par  le  fonds  d’amortissement,  —  sinking  fund  —  depuis  l’épefl  ^
où  il  fut  aliéné  pour  la  première  fois,  en  1733,  s’éleva  sculei«^
à  3  millions  ,  de  1736  à  1737,  à  3  millions  pendant  la  paix  de  1
        <pb n="765" />
        SYSTÈME  DES  DETTES  CONSOLIDÉES.  7i*i
^  •756,  et  à  2  1/2  millions  pendant  la  paix  qui  dura  de  1763  à
75  :  —  en  tout  8  I  2  millions.

*  3  outes  les  autres  dettes  acquittées  pendant  ces  trêves  passagères
.  ^  ^  politique  le  furent,  non  par  l’amortissement,  mais  par  d’ausources
  de  revenus.
”  i’-n  somme,  cette  institution  eut  peu  d’eflet  pendant  la  paix,  et
eut  aucun  pendant  la  guerre.  Le  principe  de  l’inviolabilité  du
d’amortissement  fut  abandonné,  comme  on  l’a  vu,  et  les  espérances ­
  qu’on  avait  fondées  sur  l’eflicacité  de  ce  rouage  linancier
Jé  tardèrent  pas  à  s’évanouir.  A  cette  époque,  la  nation  n’avait
^  autre  revenu  libre  que  l’impôt  territorial  et  celui  sur  ladrècbe,  que
'Otaient  annuellement  les  Communes  :  et  comme  la  taxe  sur  les
propriétés,  calculée  pendant  la  paix,  avait  été  fixée  à  un  taux  peu
P  .  ^0  produit  se  trouva  insutlisant  pour  couvrir  les  dépenses  de
tat,  même  au  seiu  de  la  paix  la  plus  profonde.  Ce  déficit  condui-^
  a  des  aliénations  successives;  et  si  l’on  avait  maintenu  l’impôt
ilorial  à  i8  sb.  la  livre,  il  est  douteux  qu’on  eût  pu  conserver
ombre  d’une  réserve.  »
,  Cette  première  caisse  d’amortissement  fut  fermée  en  1786,  époffue
^^aquelleM.  Pitt  institua  un  nouveau  fonds,  auquel  le  Parlement
torda  une  dotation  annuelle  d’un  million  sterling.  Le  capital  de  la
'^tte  publique  s’élevait  alors  à  238,231,248  1.  st.
Ou  avait  décidé  que  ce  million  se  grossirait,  par  les  intérêts  cornet
  par  les  dividendes  des  rentes  racbetées,  jusqu’à  ce  qu’il  eût
(^^eini4  millions,  —  limitequ’il  ne  devait  pas  dépasser.  Les  4  millions
^.''«icnt  toujours  être  consacrés  à  l’extinction  de  la  dette,  mais  les
ulendes  recueillis,  au  lieu  deservir  à  racbeter  des  rentes,  devaient
^  appliqués  a  des  diminutions  d’inqvôts,  ou  à  d’autres  usages  dé-^minés
  par  le  Parlement.
Ce  "V  proposa  d’accroitre  la  dotation  de  l’amortissement,
^^^Uon  fit  par  un  don  de  iO(),()Oü  1.  st.  provenant  d’un  excédant
200,0001.  st.  octroyées  par  un  vote;  mais  il  fut  exquel^^^“^
  ^  ferait  jouir  la  nation  d’un  allégement
deg  des  taxes,  que  du  jour  où  le  million  primitif,  grossi  par
successives,  aurait  atteint  4  millions.  Kn  même
érétr  ""  «"Oe  caisse  conçue  sur  un  autre  plan.  On  dé
ô»térê^^.^^  emprunt  nouveau  entraînerait,  en  sus  du  service  des
Cfjj  P*'^*ôvemcnt  d’un  p.  O/q  destiné  à  l’amortissement  de  cet
i  ^  qu’on  ne  ferait  la  remise  de  cet  impôt  de  I  p.  0  q,  que
où  ou  serait  parvenu  à  racbeter  une  somme  égale  au  capital
        <pb n="766" />
        716  OEUVHKS  DIVERSES.
de  la  dette  contractée.  Ce  but  iiiu^  fois  atteint,  le  fonds  d  amortis

sement  et  l’intérêt  devaient  retourner  au  liudgct  pour  les  services
publics.  On  avait  calculé  qu’au  milieu  des  circonstances  les  plu*»
défavorables,  toute  dette  pouvait  être  ainsi  rachetée  au  bout  de  quarante-cinq ­
  ans  :  et  dans  le  cas  où  le  .3  p.  0  p  demeurerait  au  pri'
de  60,  ramortissement  devait  même  êtré  opéré  en  vingt-neuf  ans.
Mais  on  s’éloigna  bientôt  de  ce  beau  programme,  et  il  ne  fut  j)»*’
établi  de  fonds  d’amortissement  pour  les  emprunts  contractés  cR
1798,  1799  et  1800.  Les  taxes  exorbitantes  de  la  guerre  servirent  a
payer  les  intérêts  ;  et  on  décida,  qu’au  lieu  de  créer  une  annuité  d  un
p.  0/0,  on  conserverait  en  temps  de  paix  les  impôts  créés  au  milice*
des  terribles  événements  de  cette  époque.
En  1802,  lord  Sidmoutb,  alors  M.  Addington,  gouvernait  l’ÉclU'
quier.  Désirant  alléger  les  impôts  (pii  pesaient  sur  le  pays,  il  propus*
de  créer  des  taxes  annuelles  spécialement  affectées  au  service  des  intC'
rets  dûs  pour  les  dettes  de  1798,  1799,  1800,  et  pour  celles  (pi  il
voyait  obligé  de  contracter  pour  l’exercice  1802  :  mais  il  lui  répu
gnait  de  grever  le  pays  de  charges  nouvelles  et  de  prélever  un  excédant
d’un  p.  0/0  pour  le  rachat  de  tous  ces  emprunts,  qui  se  mon'
taientà  l’énorme  capital  de  86,796,.375  l.  Pour  rendre  ses  condition*’
acceptables  auft  capitalistes,  il  proposa  de  rescinder  la  disposition
législative  qui  limitait  le  fonds  de  1786  à  4  millions,  et  de  consoli
der  toutiîs  les  sommes  affectées  à  l’amortissement,  c’est-a-dire  touti?*'
celles  provenant  du  million  annuel  voté  primitivement,  des  200,000  !•
qui  avaient  été  ensuite  accordées  ,  et  enfin  de  l’annuité  d’un  p.  0  0
jointe  à  l’intérêt  de  tous  les  emprunts  consentis  depuis  1792.
fonds,  groupés  en  un  seul,  devaient  servir  à  l’extinction  graduelle  ^
la  totalité  de  la  dette  nationale  :  les  dividendes  perçus  sur  les  rente*’

rachetées  devaient  avoir  la  même  destination  ,  et  cette  nouvelb  e
ganisatiou  devait  se  perpétuer  intacte,  immuable,  jusqu  à  I  extinifi
totale  de  la  dette.  .
Au  mois  de  février  1803,  la  dette  s’élevait  à  480,572,470  I.  si-’  .
le  produit  de  tous  les  fonds  d’amortissement  a  6,311,626  I.  st.,  ce  0
fait  que  le  rapport  de  l’amortissement  ou  capital  inscrit,  après
de  I  à  238  en  1786,  de  I  à  160  en  1792,  s’était  élevé,  en  1803,  de  I  a  ^'
Ce  fut  la  première  atteinte  portée  au  plan  de  M.  Pitt,  et  ,  ’la"*’
fond,  cette  altération,  due  au  lord  Sidmoutb,  n’était  peut-être  P
désavantageuse  pour  les  porteurs  de  rente.  Ils  perdaient,  sans
le  bénéfice  immédiat  d’un  amortissement  de  867,963  l.  st.,
de  l’annuité  d’un  p.  0  o  sur  le  capital  des  dettes  créées  en  1798,  1  '  ’
        <pb n="767" />
        SYSTEME  DES  DETTES  CONSOLIDÉES.  717
1  ^00  et  1802  ;  «  mais,  dit  M.  Huskissoii,  au  lieu  de  ce  fonds,  on  en  créa
autre  réversible  sur  tous  les  emprunts.  Ce  fonds,  il  est  vrai,  ne
devait  commencer  à  agir  que  dans  un  délai  de  douze  ou  quinze  ans  ;
•nais  son  ellieacilé  devait  être  tellement  accrue  et  améliorée  par  des
^^croissements  successifs,  que,  même  dans  les  circonstances  les  plus
délavorabies,  il  ne  faudrait  pas  plus  de  quarante-cinq  ans  pour  éteintlre
  la  dette  tout  entière.  Ce  nouveau  fonds  devait  se  constituer  de  la
'Manière  suivante  ;  ou  laisserait  grossir  [’ancien  fonds  a  intérêts  compomême
  après  le  maximum  de  i  millions,  et  on  maintiendrait  les
âMuuiiésde  1  p.  0  0,  même  après  que  ces  annuités  auraient  sulli  pour
guider  les  dettes  auxquelles  elles  avaient  été  jointes.  11  n’est  donc
'’Mmi  dans  l’acte  de  1802,  qu’on  puisse  considérer  comme  dérogeant  a
^  '-‘Sprit  qui  dicta  celui  de  1702  '.  »
seconde  altération  qu’on  lit  subir  au  plan  de  M.  Pitt  date  de  l’ad-®'Mistratiou
  de  lord  Henr)  Petty,  chancelier  de  l’Échiquier  en  1807.
plan,  d’une  complication  extrême,  avait  pour  objet  d’alléger  momeiitanénient
  le  fardeau  des  contributions  en  léguant  a  l’aNenir  des
'^**Mrges  d’autant  plus  lourdes,  —  ce  qui  est  pour  les  ministres  un
‘Moyen  de  popularité  des  plus  commodes  et  des  plus  usités.
l-'Ord  Henry  Petty  avait  calculé  que  pendant  toute  la  durée  de  la
^•’Miide  lutte  continentale  les  dépenses  du  pays  devaient  excéder
revenu  annuel  de  32  millions  st.  11  comblait  ce  délicit  au  moyen
^MMe  taxe  sur  la  propriété,  qui  produirait  11,300,000  1.  st.,  et
plusieurs  autres  taxes  momentanées,  dont  on  retirerait  0,500,0001.
‘'lerliiig  :  mais  il  s’agissait  de  trouver  encore  11  millions.  Si  l’on  avait
‘leinandé  cette  somme  à  un  emprunt  fait  à  3  p.  0,o  et  au  taux  de  00,  il
‘M'rait  lall  U  pourvoir  au  service  des  intérêts  et  de  l’amortissement,  de
^Mrte  quo  chaque  année  eût  exigé  un  excédant  d’inqmts  s’élevant  à
^'11,333  1.  st.  Or  c’était  précisément  ces  surtaxes  que  le  gouverne-M'ent
  répugnait  à  établir.  A  cct  eilet,  il  proposa  de  réaliser  l’emprunt
^M'vant  les  procédés  ordinaires,  mais  de  faire  contribuer  les  surtaxes
guerre  à  l’intérêt  et  au  fonds  d’amortissement  alfectés  aux  nouvelles
"‘liions  de  rentes.  Ainsi  on  devait  accroître  l’amortissement  decba-‘iMe
  dette  en  prélevant  sur  les  contributions  générales  une  quotité  de
P-  b  0,  de  telle  sorte  que,  l’intérêt  et  l’administration  de  l’emprunt.
'^^'geant  5  et  0  p.  0  o,  il  restât  5  ou  4  p.  0  q  pour  le  rachat.  Les  som-M'es
  qu’on  se  proposait  d’emprunter  à  ces  conditions,  s’élevaient  à

I  ’  biscüurs  prouoiicé  par  M.  lluskissoii  le  2Ó  mars  ISI3,  sur  la  situation  de  nos
®Mces  et  de  l’amortisseineut.
        <pb n="768" />
        OEUVRES  DIVERSES.

748
12  millions  st.  pour  les  trois  premières  années,  14  millions  pour  la
quatrième  et  16  millions  pour  les  années  suivantes;  formant  en  14  ans
un  total  de  210  millions,  pour  lesquels  on  aurait  aliéné,  à  raison
de  10  p.  0/0,  la  totalité  des  taxes  de  guerre.  Il  fut  calculé  que,  pa&amp;gt;
raction  de  ramortissement,  chaque  dette  se  trouverait  éteinte  au  bout
de  14  ans,  et  que,  par  conséquent,  les  1,200,0001.  st.  réservées  pour
l’intérêt  et  l’amortissement  du  premier  emprunt  seraient  libérées  et
attribuées  à  l’emprunt  de  la  quinzième  année.  A  la  fin  de  la  quinzième
année,  une  somme  égale  devait  se  trouver  disponible,  et  ainsi  de  suite
chaque  année.  De  cette  manière  les  emprunts  pouvaient  se  perpétuer
indéfiniment.
Mais  il  était  facile  de  voir  que  les  sommes  enlevées  aux  contributions ­
  générales  pour  le  service  de  la  dette,  ne  pouvaient  servir  eu
même  temps  pour  les  dépenses  du  pays  ;  le  déficit  de  11  millions
devait  infailliblement  grandir  chaque  année,  et  à  la  fin  de  la  quU'
torzième  année,  alors  que  les  21  millions  de  taxes  de  guerre  auraient
été  absorbés,  ce  déficit,  au  lieu  d’être  de  11  millions,  aurait  atteint
:12  millions.
Il  fallait  donc  parer  à  ce  déficit  croissant,  et  pour  cela,  on  ium
gina  de  lever  des  emprunts  supplémentaires  qui  grand  raient  cbaque
  année,  et  dont  on  couvrirait  l’intérêt  et  l’amortissement
des  taxes  annuelles  permanentes  :  —  l’amortissement  étant  poi’t»^
à  1  p.  O/o.
Par  ce  projet,  et  après  un  intervalle  de  quinze  années,  en  aU'
mettant  que  la  guerre  eut  duré  aussi  longtemps,  l’emprunt  réguli‘^&amp;gt;'
eût  été  de  12  millions,  et  l’emprunt  supplémentaire  de  20  milliou^*
Dans  le  cas  où  les  dépenses  de  la  guerre  auraient  excédé  les  évaluations ­
  de  l’Échiquier,  on  y  aurait  pourv  u  par  d’autres  moyens.
Comme  le  ministre  qui  avait  conçu  ce  plan  diflicile  ne  resta  pas  aO
pouvoir,  on  ne  l’appliqua  que  pendant  une  année.  &amp;lt;  Cn  comparait
le  mérite  des  différents  systèmes,  dit  le  IX  Hamilton,  les  seuls  pobd^
qu’il  soit  nécessaire  d’étudier  sont  :  —  le  montant  des  empruid''
contractés  ;  la  portion  de  ces  emprunts  qui  a  été  rachetée  ;  1  i***^
rêt  desservi  ,  et  les  sommes  prélevées  au  moyen  des  taxes,  l  a  elas
.  sificalion  des  emprunts  en  dillérentes  catégories,  et  l’application
certains  fonds  au  paiement  des  intérêts,  sont  des  actes  de  nature  o
ficielle  ;  et  il  importe  peu  au  crédit  public  que  ces  actes  soient  ae
complis  de  telle  manière  ou  de  telle  autre.  Un  système  coin  pi  b|^^
peut  embrouiller  et  égarer  l’esprit  du  financier:  il  ne  saurait  jaiiia'^
améliorer  une  situation.  »  C’est  ainsi  que  le  professeur  Mamiltoo  «
        <pb n="769" />
        SYSTEME  DES  DETTES  CONSOLIDÉES.  719
démontré  que  le  montant  total  des  taxes  qui  auraient  été  payées
Pendant  vingt  ans  ,  |)oiir  un  emprunt  annuel  de  11  millions  et  un
fonds  d’amortissement  de  I  p.,  0/(),  se  serait  élevé  à  154  millions.
Avec  le  plan  du  lord  Petty,  ces  taxes  n’auraient  été  que  de  93  raillons ­
  ;  ce  qui  lait  une  différence  de  51  millions  en  faveur  des  idées
oe  financier;  mais,  pour  obtenir  cet  allégement^  il  nous  eût  fallu
••ous  charger  d’une  dette  additionnelle  de  119,489,788  1.  sterling
ffoi,  levées  en  3  p.  O/q  et  au  taux  de  (iO,  eussent  représenté  un  capinominal
  de  199,149,040.1.  st.
'  amortissement  fut  primitivement  institué  dans  le  but  de  diminuer
  la  dette  nationale  pendant  la  paix  ,  et  d’en  prévenir  le  trop
*'®pide  accroissement  pendant  la  guerre.  Le  seul  effet  salutaire  qu’on
poisse  attendre  des  décimes  de  guerre  est  aussi  de  prévenir  des  em
Pi’unts  accumulés.  Or  l’amortissement  et  les  surtaxes  ne  sont  utiles
^0  autant  qu’on  les  dirige  exclusivement  vers  le  but  pour  lequel  ils  ont
créés  :  et  ils  deviennent  des  instruments  de  mensonge  et  de  ruine
loutcs  les  fois  qu’on  les  destine  à  servir  l’inUTêt  d’une  nouvelle  dette.
1^0  1809,  M.  Perceval,  qui  était  alors  chancelier  de  l’Échiquier,
j*  iéna  1,040,000  1.  st.  de  taxes  pour  l’intérêt  et  l’amortissement  de
Emprunt  (ju’il  contracta  à  cette  épotjuc.  Il  enlevait  ainsi  plus  d’un
’|''Hion  aux  ressources  générab»,  pour  les  appliquer  à  l’intérêt  d’une
^ctte  ;  aussi  se  trouva  t  il  obligé  d’ajouter  un  million  aux  emprunts
années  suivantes.  Le  résultat  définitif  de  cette  mesure  ne  diffère
^icn  de  celui  qu’on  eût  obtenu  en  prélevant,  chaque  année,  la
^^me  somme  sur  la  réserve  de  l’amortissement.
1813,  l’amortissement  subit  une  nouvelle  et  profonde  modili-'^lion
  ,  M.  Vansitlart  étant  alors  chancelier  de  rix'liiquier.  Vous
déjà  vu  qu’au  moment  où  M.  Pitt  établit  le  fonds  annuel  de
million,  la  dette  nationale  s’élevait  à  238,*231  ,‘248  I.  Par  l’acte  de
il  avait  été  décidé  qu’aussitôt  que  l’annuité  de  1  million  se  seaccrue
  par  les  dividendes  des  rentes  rachetées  au  chiffre  de  4
'‘‘illioiis,  l’aa  umulation  devait  cesser  et  les  produits  des  rentes  ser
’  dépenses  publiques.  Si  le  3  p.  0  o  était  monté  à  00  au  mo-^Dt
  où  ce  maximum  aurait  été  atteint,  le  pays  se  serait  vu  en
^^^^scssion  d’un  fonds  disponible  de  20,000  1.  st.  :  s’il  était  monté  à
^  »  la  réserve  annuelle  aurait  été  de  15,000  1.  st.  et  on  avait  résolu
opérer  aucun  autre  dégrèvement  de  taxes  jusqu’au  jour  où  le
^^^Dtant  total  delà  dette  aurait  été  racheté.  Lu  1792,  !M.  Pitt  versa
PjbOO  st.  par  au  dans  les  caisses  de  l’amortissement,  et  présenta
^*’8  les  observations  suivantes  :  «  Lorsqu’on  imagina  de  fixer  à

des
en
        <pb n="770" />
        720  OEUVRES  DIVERSES.
4  millions  la  limite  de  la  réserve,  ce  n’était  nullement  dans  le  but
de  prélever  plus  d’un  million  sur  l’excédant  du  revenu  :  aussi
l’amortissement  ne  pouvait-il  s’élever  à  4  millions  qu’autant  qu’on
aurait  remboursé  une  partie  de  la  dette,  et  que  les  intérêts  de  cette
dette,  joints  à  l’annuité  ordinaire,  s’élèveraient  à  3  millions.  Mais,
comme  dans  la  situation  actuelle  on  doit  puiser  dans  le  revenu  public ­
  plus  d’un  million  pour  la  dotation  de  l’amortissement,  il  en
résulterait  que  le  maximum  de  4  millions  se  trouverait  atteint  longtemps ­
  avant  l’extinction  de  la  dette.  Pour  éviter  cet  inconvénient,
ajoutait  le  ministre,  je  proposerai,  quelles  que  fussent  les  sommes  appliquées ­
  à  la  réduction  de  la  dette,  de  laisser  s’aeeumuler  les  fonds
jusqu’à  ce  que  les  dividendes  rachetés,  joints  aux  millions  annuels
et  aux  annuités  échues,  s’élèveraient  à  4  millions  '  »
On  se  rappellera  qu’en  1792  on  avait  affecté  une  réserve  d’un
p.  0  0  à  l’exlinction  de  chaque  emprunt,  réserve  qui  devait  être  exclusivement ­
  consacrée  à  racheter  telle  ou  telle  dette,  et  ne  servir  jamais ­
  à  l’amortissement  de  la  dette  primitive  de  239,000,000  1.  stl/acte
  de  1802  avait  pour  but  de  consolider  toutes  ces  réserves  spéciales, ­
  et  la  nation  ne  devait  cesser  d’alimenter  la  caisse  d’amortissement
et  de  payer  l’intérêt  des  rentes  achetées  par  les  commissaires,  que  da
moment  où  toute  la  dette  inscrite  en  1802  aurait  été  éteinte.  M.  Vansittart
  proposa  d’annuler  les  dispositions  de  cet  acte,  et  de  revenir
au  principe  émis  par  M.  Pitten  1792.  11  dit  hautement  que  ce  serait ­
  un  acte  de  mauvaise  foi  vis-à-vis  les  créanciers  de  l’Ptat,  que  d^
ne  pas  faire  honneur  à  l’acte  de  1792  :  et,  chose  étrange,  il  considéra ­
  la  violation  du  contrat  de  1802  comme  parfaitement  l^ß''
time.  Cependant,  dès  qu’on  considère  l’acte  de  1802  comme  pli'^
avantageux  pour  le  porteur  de  rentes  ,  il  est  dillieile  de  comp^’"'
dre  par  quelle  série  d’arguments  ou  plutôt  d’arguties  on  peut  arriver ­
  à  légitimer,  dans  ce  dernier  cas,  ce  qu’on  trouve  rcproehablr
dans  le  premier,  ’fous  les  emprunts  contractés  de  1802  à  1813,
l’ont-ils  pas  tous  été  sur  la  foi  du  traité  de  1802?  et  ce  traité  n’a-t  '
pas  servi  de  base  à  toutes  les  transactions  accomplies  entre  les  vd*
deurs  et  les  acheteurs  de  fonds  publics?  Ce  gouvernement  n’ètai^
pas  plus  autorisé  à  rapporter  l’acte  de  1802  et  à  &amp;gt;  substituer  dr*’
conditions  reconnues,  ])ar  le  ministre  lui-même,  moins  favorabb*^
pour  le  rentier,  qu’à  se  débarrasser  à  la  fois  de  toutes  les  réscrx

:  Discours  de  M.  Pitt,  du  I7  février  1792.
        <pb n="771" />
        SYSTÈME  DES  DETTES  CONSOLIDÉES.  73j
^iais  ce  qui  nous  intéresse  ici,  c’est  de  savoir  si  M.  Vansittart  a  aei
ectivement  d’après  ses  propres  principes.  A-t-il  restitué  au  capijste
  tous  les  avantages  que  lui  avait  conférés  l’acte  de  1792?
Et  d’abord,  la  nouvelle  loi  déclarait  que  la  caisse  d’amortissement
W  racheté  238,350,143  1.  18  sh.  1  d.,—  chiffre  qui  excédait  dé
J  '  O  1.12  sh.  10  1/2  d.  le  montant  de  la  dette  nationale  en  1786,—
considérerait  comme  rachetée  et  éteinte  la  somme  de  238,231,248
•  s  •  sh.  2  3/4  d.  formant  la  totalité  delà  dette  au  5  janvier  1814.
J  01  déclarait  encore  que  «  de  la  même  manière  l’on  considérerait
nnne  rachetée  une  somme  égale  au  capital  et  aux  accessoires  de  tous
emprunts  contractés  depuis  le  5  janvier  1786,  aussitôt  qu’un  fonds
suivaient  au  capital  de  ces  emprunts,  et  produisant  un  intérêt  égal
^ux  dividendes  pajés  par  le  trésor,  aurait  été  remboursé  ou  transaré. ­
  »  On  décida  encore  «  qu’après  avoir  publié  ces  opérations  de  l’É-‘iquier,
  tout  le  capital  de  rentes  adieté  par  les  commissionnaires
Jurait  de  temps  en  temps  annulé  :  et  cela,  d’après  les  dispositions  et
les  proportions  votées  par  le  Parlement.  «
plus,  pour  appliquer  les  dispositions  des  actes  32  et  42  du  roi
0^  atives  au  rachat  de  toute  la  dette  nationale  dans  un  délai  de  45  ans!
uda  qu  al  avenir,  tonteies  fois  que  le  contingent  d’un  emprunt
ue  toute  autre  obligation  inscrite  au  grand  livre  de  la  dette  dél^l^sserait
  la  somme  disponible  pour  l’amortissement,  une  somme  anis ­
  r  moitié  de  l’intérêt  perçu  sur  cet  excédant,  serait
de  tous  les  fonds  qui  composent  le  passif  inscrit  de  la  Grande-^Jt^tagne,
  et  portée,  sur  le  visa  du  gouverneur  de  la  Banque  d’Angleau
  crédit  des  commissaires  préposés  a  l’amortissement.
^nhn  on  établit  pour  la  première  fois  une  annuité  d’un  p.  O/o  des-;ée
  au  rachat  de  la  dette  flottante  qui  existait  alors,  ou  qui  pouvait
Pister  ensuite.
ser  l'avons  déjà  fait  observer,  on  crut,  en  1802,  qu’il
70î‘^T*  d’amortissement  pour  un  capital  de
Pro,  •  comme  l’auteur  du  nouveau  plan  de  1813  se
^oi  posait  de  revenir  aux  idées  de  M.  Pitt,  il  attribua  867,963  1.  st.,
*  p.  0  0,  à  l’extinction  de  ce  capital  oublié  en  1802.
substance  de  ce  projet  que  M.  Vansittart  déclarait  ne
^'^oii  nuire  aux  intérêts  du  rentier,  parcela  seul  qu’il  était  con
à  l’esprit  de  l’acte  de  1792.
Iftrd*»^**^*^*^^**'*^*^^’  ^  Pitt  ne  permettait  d’alléger  l’écrasant
^  in'%^  taxes  que  du  jour  où  on  aurait  atteint  le  maximum  de
ions  pour  fonds  d’amortissement.  A  partir  de  ce  moment  la  ré-{(tEuv.

  de  liicardo.

46
        <pb n="772" />
        (TKUVRES  DIVERSES.
serve  de  4  raillions  devait  continuer  à  racheter  des  rentes;  niais  l’intérètde
  la  dette,  ainsi  remboursé,  pouvait  servir  aux  dépenses  générales.
D’un  autre  côté,  la  nation  ne  devait  être  exonérée  des  charges  atîérenles
  au  surplus  de  la  dette  de  *2.38  millions,  que  lorsque  les  4  millions
de  livres  à  intérêt  simple,  et  les  ressources  rendues  disponibles  par
l’expiration  d’annuités  à  terme,  joints  à  la  somme  additionnelle  votée ­
  en  1792,  auraient  sulli  pour  éteindre  les  238  millions.  La  dotation
de  1  p.  0/ü  devait  rester  exclusivement  attachée  à  l’emprunt  qu  elle
était  destinée  à  racheter.  Et  cependant  M.  Vansittart  se  crut  parfaitement ­
  en  droit  d’alVecter  au  besoin  du  pays,  non  pas  l’intérêt
des  4  millions,  seul  prélèvement  que  permit  l’acte  de  M.  Pitt,  man»
bien  l’intérêt  sur  lès  238  millions.  Et  sur  quels  titres  appuie-t-il  cette
violation?  Sur  ce  que  l’ensemble  du  fonds  d’amortissement,  y  compris ­
  les  annuités  de  l  p.  ü/p,  avait  servi  à  racheter  238  millions  de
rente.  D’après  les  vues  de  M.  Pitt,  il  n’aurait  dù  prélever  sur  la  réserve ­
  qu’une  somme  annuelle  de  20,0001.  st.  :  d’après  son  propre  plan,
il  prélevait  7  millions;  on  comprend  dès  lors  sa  prédilection  toute
particulière  pour  les  combinaisons  écloses’  dans  son  cerveau.
Secondement,  M.  Vansittart  reconnaissait  que  le  rentier,  en  1802,
était  privé  du  bénéiiee  d’un  amortissement  de  1  p.  0/p  sur  un  capital
de  80,796,300  1.  st.  :  et  c’est  pourquoi,  en  vue  de  l’équité,  il  institua
en  1813  une  annuité  de  1  p.  O/p.  Mais  n’aurait-il  pas  dù,  pour  être
tout  à  fait  juste,  ajouter  les  accumulations  successives  qui  auraient
dû  être  formées  de  1802  à  1813,  par  867,963  1.  à  intérêts  composés,
et  qui  auraient  constitué  une  addition  de  plus  de  360,000  1.  st.  pa»*
au  au  fonds  d’amortissement  ?
Troisièmement,  d’après  M.  Pitt,  tout  emprunt  devait  se  trou  vei
racheté  au  moyen  d’une  annuité  spéciale,  et  au  milieu  des  circonstaii'
ces  les  plus  défavorables,  dans  un  délai  de  45  ans.  INous  avons  vu  9"^
ce  délai  pouvait  même  se  trouver  réduit  à  29  ans  ;  mais  le  pays  ne  e
vait  jouir  d’un  allégement  d  impôts  qu  au  bout  de  ces  2J  ans;  et
l’on  avait  emprunté  chaque  année  une  somme  de  10  millions,  ni
fois  le  premier  emprunt  racheté,  le  second  n’aurait  exigé  ^1^
année  pour  son  extinction,  le  troisième  deux  années,  et  ainsi  &amp;lt;
suite.  Le  plan  de  M.  Vansittart  était  tout  autre  :  ainsi  l’amortisse'
ment  de  toutes  les  dettes  devait  être  appliqué  au  rachat  du  prenii^j^
emprunt  ;  et  celui-ci  une  fois  éteint  et  annulé,  toutes  les  ressources
la  réserve  devaient  être  concentrées  sur  le  remboursement  du
eond  emprunt,  et  ainsi  de  suite.  Le  premier  emprunt  de  10  m'
lions  aurait  été  annulé  en  moins  de  13  ans,  le  second  en  nioi
        <pb n="773" />
        SYSTÈME  DES  DETTES  CONSOLIDÉES.  7^3
Jie  6  années  après  le  premier,  et  toujours  ainsi  en  abrégeant  les  dédZf^"^
  la  treizième  année,  le  pays  se  trouvait  sans
Ute  allrancliide  Ja  nécessité  de  payer  l’intérêt  du  premier  empruntais ­
  quelle  eût  été  la  situation  de  la  dette  à  la  ün  des  29  années?
^et  avantage  pouvait-il  être  obtenu  sans  faire  naître  des  inconvélents?
  Aon,  certes  :  et  l’acroissement  de  la  dette,  dans  le  projet  de
.  Vansittart,  aurait  été  mathématiquement  égal  à  ce  que  ces  divert
  b  sommes,  ainsi  rachetées  primitivement,  auraient  produit  à  in-'
  eomposés.  Et  comment  pouvait-il  en  être  autrement?  Cornent ­
  sup,)oser  qu’on  puisse  obtenir  un  allégement  de  taxes  sans
‘prunter  directement  ou  indirectement  les  fonds  nécessaires  pour
ouvrir  ce  déficit?  «  Par  ce  moyen,  dit  M.  Vansittart,  le  premier
^‘»’liiit  contracté  se  trouverait  éteint  plus  tôt,  et  les  fonds,  qui  étaient
^  eves  du  service  des  intérêts,  se  trouveraient  disponibles  au  profit
U  trésor  public.  J)e  celte  manière  ,  dans  l’hypothèse  d’une  longue
^’uerre,  011  se  trouverait  avoir  à  sa  disposition  des  ressources  consirabies,
  cnr  chaque  nouvel  emprunt  servirait  à  accélérer  le  rachat
Dav^^"^  l’ensemble  des  charges  supportées  par  le
pour  le  service  de  la  dette  publique,  serait  beaucoup  moins
très  l’autre  système  ;  de  plus,  la  libération  définitive  du
8c  trouverait  accélérée  plutôt  que  retardée.  —  H  suffit  main-»ant
  de  déclarer  qu’il  a  été  déjà  racheté  une  somme  égale  au  capublique
  en  1780,  et  qu’aussitôt  qu’on  aura  pu  rem-^^urser
  un  capital  équivalent  à  un  ou  plusieurs  emprunts  levés
racl'”^'*'*^^’  ces  emprunts  seront  considérés  comme
an  »uls.  loutes  les  parties  de  ce  système  trouveront  une
av^  '^^tion  régulière  et  calculée  ,  et  nous  recueillerons  ainsi  tous  les
^jnUges  d’un  rachat  successif  joints  à  ceux  d’uii  rachat  simultané.
Un,  &amp;lt;l’atlendre  l’extinction  de  la  dette  inscrite  de  1802,  la  por-^
  de  cette  dette  qui  existait  antérieurement  à  1792  sera  considérée
emprunts  disparaîtront  ainsi  suc
^1"'""  remarque  la  promptitude  avec
quicr  permet  d’obtenir  la  libération  de  l’Écbi-’Icer^
  *^  '’•’aiment  possible  que  M.  Vansittart  se  soit  trompé  au  point
^nt  *^'  ’*^^*  retirant  de  1  amortissement  cin({  millions  qui  n'y  ensile ­
  nlT  l’acte  de  1802  ni  en  vertu  de  l’acte
plus  ^  trouvait  parcela  seul  le  moyen  de  remlxmrser  la  dette
‘‘•Hli  '^l^'^*^'^*cnt  ?  Est-il  possible  (|u’il  ait  es|)éré  atteindre  ce  résultat
oninuanl  la  reserve,  c’est-à  dire,  en  diminuant  l’exodant  dis-
        <pb n="774" />
        724  (JtUVHKS  DIVEUSKS.
poilible  de  iios  revenus  ?  Cela  n’est  ])as  croyable,  et  puisqu’on  ne
peut  le  croire,  comment  donc  expliquer  ses  paroles  ?  Peut-être  se  serat-il
  dit  :«  Sans  doute,  d’après  mon  projet,  la  nation  se  trouvera  plus
endettée  dans  dix,  vingt  et  trente  ans,  que  d’après  le  plan  de  M.  Pid
ou  de  lord  Sidmouth  :  mais  aussi,  à  cette  époque  nous  aurons  éteint
une  portion  bien  plus  considérable  de  la  dette  actuelle,  car  nous  aurons
appliqué  au  remboursement  de  cette  dette  tous  les  fonds  d’amortissement ­
  destinés  à  chaque  emprunt  en  particulier.  »
Le  plan  de  M.  Vansittart  fut,  d’ailleurs,  très-vivement  attaqué  par
M.  Huskissonet  M  .  Tliierney.  Le  premier  s’écria,  dans  un  remarquable ­
  discours  prononcé  le  25  mars  1813  :  «  Ce  qui  nous  a  permis
de  dire  que  nous  avions  racheté  notre  ancienne  dette,  c’est  que
nous  avons  pu  en  contracter  une  bien  plus  forte  encore  ;  et  en  admettant ­
  même  la  vérité  d’une  telle  hypothèse,  il  est  évident  que
M.  Vansittart  n’aurait  pu  bâtir  son  système  actuel,  si  le  crédit  de
notre  pays  n’avait  été,  pendant  les  vingt  dernières  années  ,  déprime
par  la  pression  d’une  charge  aussi  lourde.  D’ailleurs,  si  l’amortissement ­
  avait  agi,  pendant  toute  cette  période,  à  un  taux  de  3  p.  0/0»
il  n’aurait  pu  y  toucher,  même  d’après  les  commentaires  élastiques ­
  qu’il  a  joints  à  l’acte  de  1792.  Et  d’un  autre  côté,  alors
même  que  le  cours  des  effets  publics  eut  été  plus  hás  qu’il  ne  l’est»
il  se  serait  vu  autorisé  à  puiser  dans  la  réserve  bien  plus  largeineid
qu’il  ne  peut  le  faire  d’après  ses  propres  dispositions,  l’elle  scrad
donc  la  nouvelle  théorie  de  l’amortissement,  que,  créé  primitiveiiieid
«  pour  prévenir  les  iiiconvé  nients  et  les  dangers  de  l’accumulation  de&amp;gt;
dettes  ,  —  ce  sont  les  propres  termes  de  l’acte  —  et  pour  soutenir
améliorer  le  crédit  public;  M.  Vansittart  n’a  rien  trouvé  de  plus
génieux  que  de  faire  de  nouvelles  dettes  servant  a  la  fois  de  prétexte  11
de  moyen  pour  porter  la  main  sur  la  réserve.  De  sorte  que  la  dépr^
sion  du  crédit  public  serait  la  mesure  exacte  des  sommes  qu’t^*'
pourrait  ainsi  prélever.  Et  c’est  ce  système  qu’on  voudrait  nous
commander  gravement  comme  ne  dérogeant  pas  à  l’esprit  et  a
lettre  de  l’acte  de  1792,  et  comme  élargissant,  perfectionnant
contraire  le  système  de  M.  Pitt,  —  système  dont  le  but  évident*^
principal  était  de  faire  que  tout  emprunt  futur  portât  avec  lui,
le  moment  de  sa  création,  les  germes  de  sa  destruction  et  écbapP
au  contrôle  et  à  la  volonté  du  Parlement.  »
Ce  changement  fut  le  dernier  qu’eut  à  subir  dans  son  mécauis»*^
la  caisse  d’amortissement.  Des  altérations,  des  atteintes  plus  latal^
ont  entamé  le  fonds  lui-même;  mais  elles  ont  été  faites  sourdem«^"  ’
        <pb n="775" />
        SYSTKMK  f)KS  niíTTES  tONSOF.lüEKS.  7¿.s
^nd^rectement,  et  sans  déranger  les  ressorts  intimes  de  cette  institu-^
  f  e  docteur  Hamilton  a  démontré  que  les  seuls  fonds  propres  à  réuire
  une  dette,  sont  ceux  qui  proviennent  d’un  excédant  des  revenus
sur  les  dépenses.
Supposons  qu’une  nation  jouisse  d’une  paix  profonde,  que  sa  déde
  ^  cumpris  1  intérêt  de  la  dette,  soit  de  40  millions  et  son  revenu
lift  ^'^**uns  :  elle  aurait  à  sa  disposition  un  amortissement  de  1  miln.
  Ce  million  s’acroitrait  par  voie  d’intérêts  composés  ,  car  il  ser-0«?
  c  Ü  ^  des  fonds  publics  qui  disparaîtraient  du
SI  de  1  Etat.  Les  directeurs  de  l’amortissement  percevraient  les
•videndes  antérieurement  payés  aux  rentiers,  et  ces  dividendes
aient  encore  grossir  la  réserve.  Ainsi  accru,  le  fonds  continuerait  à
c  lonner  les  années  suivantes,  se  grossissant  chaque  jour,  rache
n  chaque  jour  de  nouvelles  rentes,  jusqu’au  moment  où  la  totalité
c  la  dette  aurait  été  rachetée.
Supposons  maintenant  que  eette  nation  augmente  d'un  million
uepetises  sans  accroître  parallèlement  scs  impôts,  et  qu  elle  veuille
pen  ant  laisser  fonctionner  l'amortissement,  il  est  bien  évident
H  elle  ne  diminuerait  pas  sa  dette  ;  ear,  tout  en  aecnmulant,  comme
nt,  une  reserve,  elle  se  trouverait  grossir  chaque  année  sa  dette
^  Il  million.  En  effet,  elle  ajouterait  chaque  année  à  la  dette  fondée
Mettante  la  somme  qu’elle  emprunterait  pour  les  intérêts  de  cha-IHc
  nouvelle  dette.
Mais  siipposîms  qu  elle  continue  à  faire  raelietcr  des  rentes  par  la
ßoSri''  “"’"'i''®’™'™*’  *'•  «'mbie,  par  voie  d’emprunt,  le  déun
  million  qu  elle  subira  dans  son  budget  ;  supposons  encore
l  iiitíícôt  et  l’amortissement  de  cet  emprunt,  elle
^  nouvelles  taxes  montant  à  60,000  l.'st.  :  la  réserve  effective
^^aRissante,  dans  ce  cas,  serait  de  (i0,000  I.  st,  par  an,  et  pas  davan-P”“!*
  eompenser  le  million  de  rente  émis  par  le  trésor,  on
d’amortissement  de  1,060,000  |.  st.,  en  d’autres
S  le  revenu  n’excéderait  la  dépense  que  de  60,000  1.  st
acern  qu’une  guerre  éclate,  et  que  la  dépense  soit
J^'^qii  à  atteindre  60  millions  ,  avec  un  revenu  constant  de  41
excéd”^  ""  amortissement  de  I  million.  Si,  pour  faire  face  à  cet
niilii  charges,  on  établissait  des  taxes  de  guerre,  l’action  du
quée^:^  *  1  amortissement  serait,  comme  auparavant,  appli-^
  ^  réduction  de  la  dette  nationale.  Si  on  prélevait  les  20  mila
  au  moyen  d’un  emprunt  en  rentes  ou  en  bons  du  trésor,  et  que
        <pb n="776" />
        ŒIUVIŒS  mVEUSKS.

7“2H
pour  en  servir  les  intérêts  on  fit  un  nouvel  emprunt  l’année  prochaine ­
  au  lieu  d’augmenter  les  impositions,  on  se  trouverait  accumuler ­
  une  dette  de  20  millions  à  intérêts  composés  :  et  tant  que  la
guerre  durerait,  ce  ne  serait  pas  seulement  une  dette  unique  qu’on
se  trouverait  ainsi  porter  au  débet  de  la  nation,  mais  une  dette  annuelh
  de  20  millions.  Par  conséquent  l’accroissement  réel  des  charges ­
  publiqué  ,  déduction  faite  du  jeu  de  l’amortissement,  serait  de
19  millions  par  an  à  intérêts  composés.  En  prélevant  au  moyen  de
nouvelles  taxes  l’intérêt  de  5  p.  O/o  sur  cet  emprunt  annuel  de  20
millions,  on  éviterait  aussi  l'accumulation  des  intérêts  composés,  et
de  plus,  on  diminuerait  la  dette  par  l’action  de  I  million  par  an.  Enfin, ­
  si  nous  supposons  qu’outre  l’intérêt  de  5  p.  O/q  on  prélève  encore
par  l’impôt  une  annuité  de  200,000  1.  st.  destinée  à  l’amortissement
de  tous  les  emprunts  de  20  millions,  on  se  trouverait  ajouter  pour
la  première  année  200,000  1.  st.  au  fonds  d’amortissement,  pour  la
seconde  année  400,000,  pour  la  troisième  000,000  1.  st.  et  ainsi  de
suite.  Chaque  année,  le  pays  ajouterait  ainsi  à  son  revenu  annuel,
sans  accroître  parallèlement  ses  dépenses  ;  et  chaque  année  aussi,  cette
partie  du  revenu  affectée  à  l’extinction  de  la  dette  s’accroîtrait  par
les  dividendes  des  rentes  rachetées  :  de  telle  sorte  que  le  revenu  croîtrait ­
  constamment  jusqu’au  moment  où  il  dépasserait  la  dépense,  et  où
il  constituerait  une  réserve  réellement  propre  au  rachat  de  la  dette.
Il  est  évident  que  le  résultat  de  ces  opérations  serait  le  même  eu
supposant  que  l’intérêt  fut  toujours  à  5  p.  0  o  ou  à  tout  autre  taux,
si,  pendant  tout  le  temps  que  durerait  l’excédant  des  dépenses  sur  la
revenu,  l’action  de  l’amortissement  s’arrêtait.  Supposons,  en  effet,
qu’au  lieu  de  prélever  20  millions  la  première  année,  et  de  raeheter
1  million,  on  n’eùt  emprunté  que  19  millions  tout  en  percevant  1«
même  impôt,  soit  1,200,000  1.  st.,  comme  on  n’aurait  à  payer  5  p.  0/0
que  sur  19  millions  au  lieu  de  les  payer  sur  20,000,000  ;  en  d’autrefi
termes,  comme  on  ne  servirait  (]u’un  intérêt  de  950,000  l.  st.  au  li&amp;lt;’^‘
d’un  million,  on  se  trouverait  avoir  entre  les  mains  le  million  primitif^
plus  250,000  I.  st.:  ce  qui  permettrait  de  n’emprunter  la  seconde  année ­
  que  18,750,000  1.  st.  Mais  comme  on  lèverait  toujours  au  moyí**^
de  surtaxes  une  somme  de  1,200,000  I.  st.,  ou  pour  la  seconde  annc^
2,400,000  1.  st.  en  dehors  du  million  primitif,  il  resterait,  apre^
le  paiement  des  intérêts,  un  excédant  de'  1,512,500  I.  qui  perm&amp;lt;jl
trait  de  n’emprunter  que  18,487,500  1.  st.  a  la  troisième  année-Voici
  d’ailleurs  la  marche  de  cette  opération  pour  un  espace  de  cinq
années.
        <pb n="777" />
        SYSTEMK  DES  DETTES  CONSOLIDÉES.  7á7

EMPRUNT
de  chaque
année.

MONTANT
des
emprunte.

MONTANT
des
intérêts.

MONTANT
des
impôts.

,  1
EXCÉDANT.  ;i
1

année.  .  .
2*  année.  .  .
3*  année.  .  .
4*  année.  .  .
5'  année.  .  .

19,000,000
18,750,000
18,487,500
18,211,875
17,922,469

19,000,000
37,750,000
56,237,000
74,449,375
92,371,844

250,000
1,887,500
2,811,875
3,722,469
4,618,592

2,200,000
3,400,000
4,fmo,ooo
5,800,000
7,000,000

1,250,000  ,
1,512,500
1,788,125
2,077.531  i
2,381,408  1

Si,  au  lieu  de  diminuer  ainsi  l’emprunt  ehaque  année,on  avait  continué ­
  à  percevoir  les  mêmes  impositions  et  à  donner  à  l’amortissement
a  même  destination,  le  montant  de  la  dette  aurait  été  exactement
te  même  pendant  chacune  de  ces  périodes.  Dans  la  troisième  colonne
la  table  ci-dessus,  on  a  dû  voir  qu’à  la  cinquième  année  la  dette
s’élève  au  chiffre  de  92,371,844.  Kt  en  admettant  même  qu’on  ait
ajouté  200,000  1.  st.  par  an  au  fonds  d’amortissement,  le  montant
la  dette  non  rachetée  aurait  encore  été  de  92,371,844  1.  comme
^•1  peut  s’en  assurer  au  moyen  de  la  dernière  colonne  du  tableau  qui
suit.

EMPRUNT
de  chaque
année.

MONTANT
des
emprunts.

DETTE
rachetée
chaque
année.

MONTANT
de  la  dette
rachelée.

INTÉRÊT
de  la
dette
rachetée.

DETTE
nuil
rachetée.

!  année..
2'  id.  ..
1  3*  id.  ..
1  4*  id.  ..
3*  id.  ..

20,000,000
20,000,000
20,000,000
20,000,000
20,000,0(K)

.20,000,000
40,000,000
60,000,000
80,000,000
100,000,0(8)

1,000,000
1,250,000
1,512,500
1,788,125
2,077,531

1,000,000
2,250,000
3,762,000
5,550,625
7,628,156

50.000
112,500
188,125
277,531
381,408

19,000,000^
37.750.000
56,237,500
74,449,375'
92,371,844

l^ne  étude  approfondie  de  ce  sujet,  dans  ce  qu’il  a  de  plus  vaste  et
plus  particulier  à  la  fois,  a  conduit  le  docteur  Hamilton  adiré  que
^  dernier  imnen,  qui  consiste  a  diminuer  Je  montant  des  emprunts
Bunuels  et  à  arrêter  les  achats  des  directeurs  de  l’amortissement,
J‘sl  incontestablement  le  plus  économique.  D’abord  on  évite  ainsi  tous
^  frais  de  gestion  :  puis  la  prime  généralement  obtenue  par  les  sou-'^npteurs
  de  l'emprunt  serait  compensée  par  celle  que  rai  hèteraient
J*”*’  le  marché  les  commissaires  de  l’amortissement.  Il  est  vrai  que
fonds  peuvent  baisser  dans  l’intervalle  qui  s'écoule  entre  l’épo-9ue
  où  l’emprunt  a  été  contracté  et  celle  du  rachat,  et  que  par  conséquent ­
  la  nation  pourrait  gagner,  dans  certains  cas,  par  l’arrangement
P*’opo8é  ;  mais  comme  les  chances  de  hausse  et  de  baisse  sont  égales,
        <pb n="778" />
        728

OEUVRES  DIVERSES.

el  comme  le  souscripteur  trouve  suflisamment  d’avantages  à  avancer ­
  ses  capitaux,  l’État  lui  octroie  ces  avantages  sur  la  somme  la  plus
forte.  Sur  une  moyenne  d’un  certain  nombre  d’années,  cet  avantage
ne  laisse  pasque  d’être  considérable  :  mais  la  question  se  simplifierait
tout  à  fait,  si  on  obéissait  à  cette  clause  de  l’acte  constitutif  de  la
caisse  d’amortissement,  qui  autorisait  les  commissaires  à  soumissionner ­
  tout  emprunt  public  jusqu’à  concurrence  du  fonds  annuel  dont
ils  ont  à  disposer.  Tel  est  le  système  que  M.  (Irenfell  a  si  fortement
appuyé  pendant  ces  dernières  années,  et  que  nous  trouvons  bien  préférable ­
  à  celui  du  docteur  Hamilton.  Ces  habiles  écrivains  reconnaissent ­
  tous  deux,  qu’en  temps  de  guerre,  lorsque  les  dépenses  excèdent
le  revenu,  et  que,  par  conséquent,  notre  dette  s’accroît  annuellement,
c’est  une  véritable  dérision  que  d’acheter  sur  le  marché  de  petites
quantités  de  rentes,  tandis  qu’on  se  trouve  dans  la  nécessité  d’en  vendre ­
  par  sommes  énormes  :  mais  ils  diffèrent  en  ce  que  le  docteur  Hamilton ­
  ne  voudrait  pas  faire  de  l’amortissement  un  tonds  séparé,
tandis  que  M.  Grenfell  voudrait  au  contraire  l’isoler  et  l’augmenter
proportionnellement  à  la  dette  publique.  Nous  sommes  complètement
de  l’avis  de  M.  Grenfell.  Si  l’on  doit  lever  un  emprunt  annuel  de
20  millions,  tandis  que  l’amortissement  reçoit  chaque  année  10  millions, ­
  il  est  évident  que  l’opération  la  plus  simple  serait  de  ne  lever
que  10  millions  par  an,  tout  en  conservant  nominalement  le  chitlre
de  20  millions  à  l’emprunt,  foutes  les  objections  de  M.  Hamilton
se  trouvent  ainsi  écartées  :  on  ne  subit  pas  de  frais  de  gestion,  et  on
n’a  pas  à  tenir  compte  de  la  différence  entre  le  taux  de  l’émission  et
celui  du  rachat  des  fonds  publics.  Eu  inscrivant  une  dette  de  20  millions, ­
  la  nation  sera  plus  facilement  amenée  à  payer  les  taxes  nécessaires ­
  à  l’intérêt  et  à  l’amortissement  de  20  millions.  Transformez  an
contraire  nominalement  ces  20  millions  en  10  millions,  rayez  pendant ­
  la  guerre  jusqu’au  souvenir  d’un  fonds  d’amortissement  de  tous
vos  comptes,  et  vous  sentirez  combien  il  est  difficile  de  démontrer
au  pays  la  nécessité  de  payer  1,200,000  1.  par  an  pour  l’intérêt
d’une  dette  de  10  millions.  L’amortissement  est  donc  utile  comme
moyen  de  contribution,  et  si  le  pays  pouvait  se  reposer  sur  les  ministres ­
  du  soin  de  l’appliquer  exclusivement  au  but  pour  lequel  on  1  3
créé,  il  serait  on  ne  peut  plus  avantageux  d’en  faire  un  fonds  spécial
soumis  à  des  principes  et  à  des  réglements  fixes.
Nous  allons  maintenant  rechercher  si  l’on  peut  attendre  des  ministres ­
  une  telle  fidélité  à  la  loi,  et  si  l’amortissement  n’est  pas,  comme ­
  nous  l’avous  déjà  dit,  un  instrument  de  mensonge  et  de  riii»®
        <pb n="779" />
        SYSTEM  K  DES  DETTES  CONSOEI  DEES.  729
propre  a  accroître  nos  dettes  et  nos  charges  plutôt  qu’à  les  alléger
à  les  faire  disparaître.
a  objecté  aux  projets  du  D.  Hamilton  et  de  M.  Grenfell,  que  les
ésavantages  dont  ils  parlaient  sont  plus  que  compensés  par  la  réguftnté
  qu  impriment  au  marché  les  rachats  quotidiens  des  commissaires ­
  :  on  a  ajouté  que  l’argent  versé  par  ces  achats  dans  la  circulation ­
  est  une  ressource  que  réclament  les  banquiers  et  les  autres
capitalistes.
Ceux  qui  présentent  de  telles  objections  oublient  que  si  l’adoption
CS  plans  proposés  chasse  du  marché  un  acheteur,  elle  chasse  aussi
^ii  Vendeur.  Le  ministre  donne  en  ce  moment  à  un  certain  individu
millions  avec  lesquels  il  devra  acheter  des  fonds  publics  ;  mais
Cil  même  temps  il  donne  à  un  autre  individu  juste  autant  de  (capitaux
il  faut  pour  vendre  10  millions  :  et  comme  les  versements  des  ern-Pcurits
  se  font  mensuellement,  il  en  résulte  que  l’offre  est  aussi  régu-‘cre
  que  la  demande.  On  ne  saurait  nier,  d’un  autre  côté,  qu’un  em-Prunt
  de  20  millions  est  plus  difïicile  à  négocier  qu’un  autre  de  10.
‘‘ils  doute  la  même  somme  de  ventes  existera  sur  le  marché  au  bout
Câlinée,  que  I  emprunt  ait  été  de  20  ou  de  10  millions;  mais
m  ant  quelque  temps  les  soumissionnaires  devront  faire  de  larges
ats,  et  il  leur  faudra  attendre  avant  que  les  commissaires  viennent
cmdre  10  millions  entre  leurs  mains.  Il  est  donc  porté  à  vendre
^''«mt  la  soumission  ,  ce  qui  ne  peut  manquer  de  réagir  défavorablement ­
  sur  le  prix  du  marché.  Or,  il  faut  se  rappeler  que  c’est  le  prix
i|ni  détermine  le  taux  auquel  est  souscrit  l’emprunt  :  c’est
criierîuwi  qu’interrogent  à  la  fois  les  spéculateurs  qui  achètent,
c  ministre  qui  vend.
fp  ^  ^^Pci’icuce  faite  sur  les  idées  de  M.  Grenfell  le  fut  pour  la  premié-Su:
  la  somme  demandée  par  l’État  s’éleva  à  24  millions,
lesquels  les  commissaires  soumissionnèrent  12  millions.  Au  lieu
l2  demander  2i  millions  au  crédit  public,  on  ne  demanda  ainsi  que
(^^^^millions,  et  l’influence  de  cette  opération  fut  telle  sur  le  marché
que  1^^  s’élevèrent  de  4  à  5  p.  0  (&amp;gt;.  Cette  hausse  naquit  de  ce
min-  ^  s’étaient  tenus  prêts  pour  un  versement  de  24
les  l‘cu  de  12,  et  qu’ils  s’empressèrent  d’acheter  à  prime
pp  ^  autres  millions.  Un  autre  avantage  inhérent  aux  petits  em
épargne  ainsi  les  8001.  st.  par  million  qu’il  aurait

payer  à  la  Banque  pour  la  négociation  des  nouveaux  fonds.
'  Hamilton  dit  :  «  S’il
amortissement  sans  perte  pour

““c  autre  partie  de  son  ouvrage,  le  I).
possible  d’administrer  la  caisse  d’amortissci
        <pb n="780" />
        730

OEIJVRKS  DIVKHSES.

la  nation,  ou  même  si  celte  perte  était  minime,  il  serait  peu  sapo
(le  renverser  un  système  qui  est  en  possession  de  la  confiance  publique, ­
  et  qui  donne  aux  contributions  une  certaine  fixité  ;  mais  il  "O
faut  pas  perdre  de  vue  que  le  moyen,  le  neul  moyen  d  arrêter  les
progrès  de  la  dette  nationale,  sont  d’accroître  le  revenu  tout  en
diminuant  les  dépenses  du  pays.  Ces  deux  résultats  peuvent,  je  le
sais,  être  obtenus  indépendamment  d’une  réserve  quelconque,  mais
s’il  existe  entre  le  budget  et  l’amortissement  des  liens  fortuits,  et
si  la  nation,  pénétrée  de  l’importance  d’un  système  établi  par  un
ministre  très-populaire,  s’est  soumise,  pour  le  maintenir,  à  des  économies ­
  sévères  et  à  des  surtaxes  oppressives,  l’amortissement  devient

alors  une  institution  féconde  et  importante.  »
Nul  doute  que  si  le  plan  de  M.  I*itt  avait  été  religieusement  appliqué ­
  ,  si  l’on  avait  toujours  pourvu  par  de  nouvelles  taxes  à  1’»«'
térêt  et  à  l’amortissement  de  chaque  nouvel  emprunt,  nous  aurions
marché  rapidement  vers  l’extinction  de  notre  dette.  Nous  dirons
même  (jiie  le  changement  introduit  en  1802  nous  paraît  judicieux,
et  nous  aurions  voulu  qu’on  interdit  de  consacrer  une  portion
quelconque  du  fonds  d’amortissement  aux  dépenses  publiques,  jusqu’au ­
  moment  où  la  dette  inscrite  alors,  et  celte  qui  serait  e,rééf'
subséquemment  mràienl  été  rachetées.  Les  objections  que  lord  Henry
Pitty  présente  et  que  M.  Vansittart  renouvela  avec  une  force  extrême ­
  en  1813  contre  cette  disposition,  me  paraissent  fort  insignifiantes-«
  H  est  presqu’inutile,  dit  le  noble  lord,  d’insister  sur  les  désordres
qui  naîtraient  de  l’accroissement  indéfini  du  fonds  d’amortissi^mcnt,
car  le  pays  se  trouverait  alors  exposé  au  danger  de  voir  retirer  ton
à  coup  du  marché  une  grande  somme  de  capital  dont  on  ne  saura'
que  faire,  et  dont,  par  conséquent,  la  valeur  s’anéantirait.  Ce  dange
doit  même  paraître  tellement  sérieux  aux  financiers,  que  je  ne  eraiu^
pas  de  passer  pour  paradoxal  en  disant  que  le  rachat  total  et  subit
la  dette  nationale  produirait  des  effets  analogues  à  ceux  d’une  ban
queroute  nationale.  Les  autres  maux  qui  résulteraient  d’un  reinbour
semenl  trop  rapide  de  la  dette  publique  vont  être  suecessivenir"
énumérés.  Différentes  modifications  furent  introduites  dans  la  rn"
slitution  de  ramortissement  en  1792  et  1802.  Par  la  première,  ^
décidait  que  tout  emprunt  nouveau  entraînerait,  à  c(')tó  du  servi
des  intérêts,  le  prélèvement  de  1  p.  O/o  destiné  à  l’amortisseiuen
de  cet  emprunt.  Par  suite,  on  résolut  de  consolider  toutes  les  rése^
ves  qui  existaient  en  1802,  et  de  les  laisser  s’accumuler  à
composés  jusqu’à  l’extinction  de  la  totalité  de  la  dette  de  1802.
        <pb n="781" />
        SYSTKME  DES  DKTTES  CONSOIJDEES.  731
’mpnints  contractés  depuis  1802,  et  qui  s’élevaient  à  près  de  100
niillions  en  capital  nominal,  restaient  soumis  aux  dispositions  de  l’acte
1795.  Le  plan  de  1802,  greffé  sur  calui  de  1786  et  1792,  tendait  à
précipiter  encore  le  rachat  de  la  dette;  mais  il  ajournait  à  une  période ­
  très-  éloignée  l’allégement  des  charges  publiques,  et  il  préparait,
pour  les  dernières  années  pendant  lesquelles  il  agirait,  un  afïlux
ôr},cnt  qui  devait  ahaisscr  considérahlemcnt  la  valeur  des  capitaux
(Monnayés.
»  De  graves  inconvénients  résulteraient  encore,  suivant  moi,  de  la
'iGculté  où  l’on  se  trouverait  d’employer  tous  ces  capitaux  le  jour
^cDe  tout  entière  se  trouverait  rachetée,  et  aussi  du  change-**ient
  qu  auraient  à  suhir  les  prix  des  marchandises  lorsqu’on  supprimerait ­
  tout  à  coup  pour  30  millions  de  taxes,  l  out  homme  qui
J’elléchit  ne  peut  qu’envisager  avec  douleur  la  situation  que  de  teltransitions
  feraient  aux  négociants,  aux  manufacturiers,  aux
Industriéis  de  toutes  les  classes,  qui  seraient  obligés  de  diminuer
eurs  prix  dans  la  proportion  de  l’allégement  des  impôts.  Ces  objecinns
  avaient  même  été  prévues,  et,  jusqu’à  un  certain  point,  re-"'nniiues,
  au  moment  où  l’on  rédigea  l’acte  de  1802  ;  car  on  se  proposait ­
  de  jiarcr  au  danger  par  des  arrangements  ultérieurs.  •
t  a  plupart  de  ces  objections  nous  paraissent  chimériques  :  mais
admettant  même  qu  elles  fussent  fondées,  nous  nous  en  rapportons ­
  entièrement  à  la  dernière  partie  de  cet  extrait  (pii  dit  :  «  qu’on
^0  proposait  de  parer  au  danger  par  des  arrangements  ultérieurs..  Il
n  était  donc  pas  nécessaire  de  combattre,  en  1807  et  1813,  des  maux
nui  ne  pouvaient  survenir  qu’en  1834  et  1844;  il  n’était  surtout  pas
n^i'essairedcse  prémunir  contre  la  possibilité  future  d’une  pression
‘naiieière,  alors  que  l’on  avait  précisément  à  faire  face  a  des  besoins
^tendus  et  pressants.
Quels  périls  nous  attendent  donc,  si  nous  donnons  au  fonds  d’al^^ortissement,
  dans  les  dernières  années  de  son  existence,  nn  ac-^^f^issement
  démesuré  P  Ce  ne  sont  pas  des  augmentations  de  taxes,  car
^^uiortissement  se  grossit  par  les  dividendes  recueillis  sur  les  rentes
^^uiboursées  :  mais  on  craint  que  le  capitaliste  ne  soit  remis  trop
j^Kquement  en  possession  de  ses  fonds,  et  qu’il  ne  puisse  trouver  un
^cernent  convenable  ;  et  on  craint  ensuite  que  la  remise  des  imy
  évaluée  à  environ  30  millions,  n’abaisse  considérablement  les
'x  an  préjudice  des  commercants  et  des  manufacturiers.
^  ^st  évident  que  les  commissaires  n’ont  pas  de  capital.  Ils  reçoi-‘
  chaque  jour,  ou  chaque  trimestre,  certaines  sommes  provenant
        <pb n="782" />
        OEUVRES  DIVERSES.

732
des  impôts,  et  qu'ils  appliquent  au  rachat  de  la  dette,  line  portion
du  pays  paie  ce  qu’une  autre  portion  reçoit,  et  si  les  contribuahles
consacraient  le  montant  des  sommes  payées^  sous  forme  de  capital,  à
produire  des  matières  premières  ou  des  objets  manufacturés,  et  si  les
receveurs  de  ces  contributions  leur  donnaient  aussi  une  destination
industrielle  et  commerciale,  le  produit  annuel  varierait  peu.  Une  fraction ­
  de  ce  produit  total  serait  produite  par  1  au  lieu  de  l’être  par
H;  et  cette  mutation  ne  serâit  même  pas  nécessaire,  car  en  recevant
le  montant  de  son  capital,  A  pourrait  le  prêter  à  1i  ,  à  raison  d’un  intérêt ­
  stipulé  entre  eux.  En  supposant  donc  que  le  fonds  d’amortissement ­
  s’alimente  de  capitaux  et  non  de  revenus,  la  société  ne  perdrait
rien  à  le  voir  grossir  à  l’infini  ;  il  y  aurait  ou  il  n'y  aurait  pas  un  transfert ­
  de  travail,  mais  le  produit  annuel,  la  richesse  réelle  du  pays  ne
subiraient  aucune  diminution,  et  le  montant  du  capital  employé  ne
serait  ni  accru  ni  affaibli.  Mais  si  les  contribuables  payaient  les  intérêts ­
  et  l’amortissement  de  la  dette  nationale  sur  leurs  revenus,  la
même  somme  de  capital  circulerait  évidemment  dans  l’industrie;  et
comme  ce  revenu,  une  fois  reçu  par  le  capitaliste,  serait  employe
comme  capital,  il  en  résulterait  un  merveilleux  essor  dans  la  production. ­
  Chaque  année,  le  trésor  des  épargnes  nationales  s’accroîtrait
pour  activer  toutes  les  branches  de  travail.
Les  hésitations  de  ceux  qui  parlent  des  effets  désastreux  d’un  vaste
amortissement,  viennent  de  ce  qu’ils  pensent  qu’un  pays  peut  posséder ­
  plus  de  capitaux  qu’il  n’en  peut  occuper  activement,  et  qu’il  peut
se  présenter  de  tels  engorgements  de  produits  que  le  niveau  des  pn^
ne  soit  plus  rémunérateur  pour  le  capitaliste.  M.  Say  a  démontré  la
fausseté  de  ce  raisonnement  dans  son  bel  ouvrage,  et  M.  Mill  a  fortifie
cette  démonstration  dans  son  excellente  réplique  adressée  à  M.  Spencc,
écho  de  la  doctrine  surannée  des  Economistes.  I  ons  deux  ont  étabb
que  la  demande  n’a  d’autres  limites  que  la  production,  et  que  tout
producteur  crée  en  vue  d  une  consommation.  Ils  admettent  que  la
demande  pour  certaines  marchandises  peut  être  limitée,  et  que  pa""
conséquent  ces  marchandises  peuvent  se  trouver  en  excès  ;  mais
soutiennent  que  les  besoins  d’un  pays  civilisé  et  riche  sont  infinis
illimités,  et  que  l’utilité  du  capital  se  proportionne  à  la  somme  d’ab'
ments  et  de  choses  de  première  nécessité  qu’on  peut  fournir  à  un^
population  croissante.  A  chaque  nouvelle  difficulté  qu’on  rencontré
pour  créer  de  nouveaux  approvisionnements,  le  blé  et  les  matièr^^
premières  haussent  de  prix  :  de  là,  hausse  correspondante  dans  1^
salaires.  Or,  comme  un  accroissement  réel  des  salaires  entraîne  né-
        <pb n="783" />
        SYSTKME  DES  DETTES  CONSOLIDÉES.  733
cessairemeiil  une  chuU;  dans  les  profits  du  eapital,  ou  peut  dire  qu’un
Pa&amp;gt;s  est  parvenu  à  l’apogée  de  sa  richesse  et  de  sa  population,  lorsla
  culture  de  ses  terres  a  atteint  la  perfection,  et  lorsqu’un
excédant  de  travail  ne  produirait  pas  plus  d’aliments  qu’il  n’eu  faut
pour  soutenir  les  nouvelles  recrues  d’ouvriers.
reconnaîtra,  sans  doute,  que  la  nation  la  plus  riche  de  l’Europe ­
  est  encore  bien  loin  de  cette  ère  de  stabilité  et  de  perfection  ;
en  admettant  même  qu’elle  y  pût  atteindre  un  jour,  elle  trouverait ­
  encore  dans  le  commerce  extérieur  les  moyens  d’accroître  à  l’infini
*a  fortune  et  sa  population.  Le  seul  obstacle  à  ce  développement  serait ­
  la  rareté,  et  par  suite,  la  cherté  des  aliments  et  des  matières  pre-"^»ôres.
  Mais  que  ces  produits  naturels  lui  soient  fournis  du  dehors
échangé  d’objets  manufacturés,  et  il  sera  impossible  d’indiquer
^  liniite  où  elle  cessera  d’accumuler  des  richesses  et  de  rendre  ces
richesses  productives.  C’est  là  une  des  questions  les  plus  importantes
^  ^économie  politique,  et  nous  espérons  que  le  peu  que  nous
‘‘'eus  dit  à  ce  sujet  suffira  pour  engager  ceux  qui  voudraient  creuser
P  Us  avant  ce  problème  à  étudier  les  ouvrages  des  hommes  remarqua
1*8  que  nous  venons  de  citer,  et  auxquels  nous  avons  emprunté  tant
sages  idées.  Si  donc  ces  principes  sont  exacts,  on  ne  doit  pas  redou-I
  exagération  du  fonds  d’amortissement,  et  l’impossihililé  de
rouver  pour  le  capital  des  jdacements  profitables.  Nous  dirons  seu-®'“ent
  que  les  capitalistes  ne  seraient  nullement  tenus  de  se  transfor-“er
  eu  fcrjiiiers  ou  en  manufacturiers,  ün  grand  pa\  s  recèle  toujour^
eilet  un  nombre  suUisant  d’individus  actifs  et  intelligents,  prêts  a
^^irt  fructifier  les  capitaux  des  autres,  et  à  leur  faire,  dans  les  profits
ia  production,  une  part  qui  prend  partout  le  nom  d’intérêt.
Il  nous  reste  à  nous  occuper  maintenant  de  la  seconde  objection
“‘»entée  contre  l’accroissement  indéfini  du  fondsd’amortissemenl.
•p/  diminution  d’impôts,  (ju’on  ne  peut  évaluer  à  moins  de
«Dllions  sterling  (750  millions)  par  an,  on  jetterait  le  trouble,
‘“me  011  dit,  dans  les  prix  courants.  Tout  homme  qui  réfléchit
qu’envisager  avec  douleur  la  situation  que  de  telles  transi-^^“8
  feraient  aux  négociants,  aux  manufacturiei-s  ,  aux  travailleurs
dai  &amp;lt;*lasses,  qui  se  verraient  obligés  de  diminuer  les  prix
“8  la  proportion  de  l’allégement  des  taxes.  «.  C’est  donc  jiarce
^  “île  réagirait  sur  les  profits  des  classes  productives,  et,  par  cela
‘^ment,  qu’une  remise  d’impôts  serait  fatale  :  et  pei-sonne  n’a
^  songé  à  dire  que,  si  on  faisait  la  remise  d’une  taxe  deal.à
’  10  Là//,  de  100  I.  à  (\  on  nuirait  à  leurs  intérêts.  Eh
        <pb n="784" />
        OEUVRES  DIVERSES,

734
bien  !  ii’est-il  pas  évident  que  ces  sommes,  dont  on  leur  restitue
l’entière  possession  ,  iront  augmenter  leur  revenu  annuel  et  grossir ­
  l’abondance  générale?  Nous  venons  de  démontrer,  du  moins
nous  l’espérons,  qu’une  augmentation  de  capital  n’est  un  malheur  ni
pour  l’individu  qui  l’obtient,  ni  pour  la  société  prise  en  masse,  f  a
tendance  d’un  tel  fait  est  même  d’accroître  la  demande  de  travailleurs, ­
  d’activer  la  population  ,  d’ajouter  ainsi  à  la  force,  à  la  puissance ­
  du  pays.  Mais,  dira  t  on,  ces  nouvelles  sommes,  ils  ne  les  ajouteront ­
  pas  à  leur  capital  ;  ils  les  dépenseront  avec  leurs  revenus
ordinaires  !  Quel  mal  en  résulterait-il,  nous  le  demandons?  A,  B,  fi?
donnaient  annuellement  au  rentier  une  portion  de  produit  que  celui-ci ­
  consacrait  à  la  production  :  cette  portion,  qui  reste  actuellement
entre  leurs  mains,  ils  sauront  bien  la  consommer,  la  féconder,  l  ui
fermier,  qui  avait  la  coutume  de  vendre  son  blé  pour  payer  l’impét,
pourra  le  consommer  lui  même.  11  pourra  le  confier  au  distillateur,
qui  lui  donnera  du  genièvre,  au  brasseur,  qui  lui  fera  de  la  bière;  ou
bien  il  pourra  l’échanger  contre  une  certaine  quantité  qui  se  trouve
disponible  entre  les  mains  du  fabricant,  par  suiW  de  l’abaissement ­
  de  la  taxe.  On  demandera  peut-être  d’où  peut  venir  tout  ee
drap,  toute  cette  bière,  tout  ce  genièvre,  etc.;  ces  produits  n’existaient ­
  auparavant  qu’eu  quantité  suffisante  pour  la  consommatiou  •
d’où  provient  donc  l’excédant  destiné  à  A,  B,  C?  On  remarquera  qu^
cette  objection  est  complètement  opposée  à  celle  que  l’on  présentait
auparavant.  Ainsi,  on  dit  maintenant  qu’il  y  aurait  un  excxidant  dr
demandes  sans  ex(;édant  de  produits,  et  on  prétendait  d’abord
l’approvisionnement  dépasserait  de  beaucoup  les  besoins.  Ces  deuv
objections  sont  également  vaines.  En  consacrant  les  dividendes  qu  ü*’
perçoivent  directement  à  la  production,  ou  en  les  prêtant  à  dt«  i»d''
vidus  capables  de  les  faire  fructifier,  les  capitalistes  créeraient  pr&amp;lt;^''
sèment  cet  excédant  de  marchandises  que  la  société  voudrait  consol"'
mer.  Il  y  aurait  à  la  fois  augmentation  de  revenu  et  augmentât""'
de  jouissances,  et  ce  serait  folie  de  croire  que  la  consommation  d&amp;lt;^
certaines  classes  puisse  s’accroître  aux  dépens  des  autres.  Le  bio"'
fait  serait  général  et  sans  mélange  de  maux.  11  reste  donc  seulen"’"^
à  examiner  le  préjudice  que  causerait  aux  industriels  rabaisscii";"*^
des  prix  ;  et,  disons-lc  tout  de  suite,  le  remède  à  ces  perturbations
tellement  simple,  qu’on  s’étonne  d’avoir  vu  soulever  une  sembbii'^^
objection.  Toutes  les  fois  qu’on  établit  une  nouvelle  laxe  ,  on  évab"
les  exulences  (stock)  de  la  marchandise  taxévi,  et  on  lève  l’impôtsnr
quantités  reconnues.  Pourquoi  ne  ferait-on  pas  acte  de  justice
        <pb n="785" />
        SYSTÈME  DES  DETTES  CONSOLIDÉES.  735
renversant  cette  opération  iiseale,  et  ne  lui  remettrait-on  pas  le  moulant ­
  de  1  impôt  sur  tout  le  stock  qu’il  a  en  main  au  moment  du  dégrèvement? ­
  11  s’agirait  seulement,  alors,  de  continuer  pendant  quelque ­
  temps  encore  la  levée  des  taxes  supprimées.  J)e  quelque  côté
^De  nous  envisagions  les  objections  tant  prônées,  tant  répétées  par
•  •  Vansittart,  nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de  reconnaître  comelles
  sont  vaines  et  chimériques.
Quelques  personnes  iKiiisent  que  l’amortissement,  même  lorsqu’il
^81  scruj)uleusement  laissé  à  sa  destination,  ne  profite  en  rien  à  la
uatiou.  Les  sommes  que  l’on  verse  dans  le  trésor,  disent-elles,  scr
'aient  bien  plus  productives  entre  les  mains  des  contribuables  qu’encelles
  des  directeurs  de  l’amortissement.  Ceux-ci,  en  eilet,  les
^Ppliquent  au  rachat  de  fonds  qui  ne  produisent  pas  plus  de
'"P-  0/0;  les  seconds  sauraient  en  retirer  des  profits  bien  plus  élevés,
pays  s’enrichirait  de  la  différence.  Dans  le  dernier  cas,  on  joui-^ait
  d’un  revenu  net  beaucoup  plus  considérable  en  capital  et  en
^'■avail,  et  c’est  là  le  fonds  d’où  l’on  doit  retirer,  en  définitive,  les
^^tes  publiques.  Ceux  qui  soutiennent  une  telle  opinion  ne  voient
pas  que  les  directeurs  ue  font  que  recev  oir  d’une  classe  l’argent  qu’ils
‘mettent  à  une  autre  classe  de  la  société,  et  que  la  question  est  uni-^^Uement
  celle-ci  :  Laquelle  de  ces  deux  classes  saura  l’employer  de
manière  la  plus  productive?  Ainsi,  supposons  qu’on  prélève  cba-\^(i
  année  40  millions,  sur  lesquels  20  millions  servent  pour  les  inde
  la  dette,  les  autres  20  millions  constituant  un  fonds  de  ré
eesT  Mue  ramortissement  aura  commencé  a  fonctionner,
s®  diviseront  comme  suit  :  la  réserve  se  composera
millions,  et  les  intérêts  de  la  dette  ne  seront  plus  quede  19
^  ‘  mils,  et  ainsi  de  suite  jusqu'au  remboursement  intégral  des  40
'  mnsque  les  commissaires  se  trouveront  avoir  alors  entre  leurs
ter'*'*^  ^  question  est  donc,  comme  nous  l’avons  dit,  de  dé-*J"'mr
  si  ceux  qui  paient  cette  somme  sont  plus  ou  moins  capables
(jj.  •  ^  produire,  que  ceux  à  qui  ils  les  paient  par  l’inlerinéde
  l’amortissement.
^''mi  !  nous  sommes  convaincu  que  l’argent  reçu  ¡lar  le  rentier
prêté,  est  employé  productivement;  mi
les  st-rait  bientôt  privé  de  son  revenu  habituel.  Si  donc
‘lue  l’&amp;lt;m  acquitte  en  vue  d’un  fonds  d’umortissemeiif  sor-U
  revenu  national  et  non  de  son  capital  ,  une  certaine  portion
^‘^^miu  se  trouve  ainsi  condensée,  consolidée  sous  forme  de  capital,
I  eonsi  quent  le  revenu  général  du  pays  se  trouve  accru  ;  mais  il
        <pb n="786" />
        736  ŒUVRES  DIVERSES.
est  évident  que  le  contribuable  eût  opéré  la  même  transformation  sans
l’aide  des  directeurs  de  l’amortissement.  Tl  pourrait  en  être  ainsi,  et
dans  ce  cas,  l’amortissement  ne  présenterait  aucune  espèce  d’utdité.
Mais  il  n’est  pas  probable  que  le  payeur  de  l’impôt  l’emploie  comme  le
ferait  le  receveur.  Quand  le  receveur  perçoit  les  dividendes,  il  ne  fai
que  substituer  un  capital  à  un  autre  ;  mais  le  contribuable  pourra
joindre  à  son  revenu  tout  ce  qu’il,payait  auparavant  à  1  Îdat  :  et  is
la  réserve  cesse  d’être  alimentée,  il  pourra  convertir  le  montant  e
ses  contributions  eu  capital,  et  accroître  ses  dépenses  en  chevaux  »
vins  ,  habits,  etc.,  etc.  Il  se  pourrait  encore  que  le  contribuable  eut
payé  l’impôt  de  son  capital  :  dans  ce  cas  il  ne  ferait,  lui  aussi,  q^e
substituer  tel  emploi  du  capital  à  tel  autre  emploi,  et  la  richesse
publique  ne  recevrait  aucune  impulsion  du  jeu  de  l’amortissement
Mais  si  une  fraction  quelconque  des  sommes  versées  pour  la  réserve
sont  payées  sur  le  revenu  ,  il  est  évident  que  1  amortissement  dc'ien
une  chose  salutaire  et  féconde,  car  il  tend  à  accroître  le  produit  annuel ­
  des  terres  et  du  travail.  Et  comme  tout  nous  fait  penser  q^
tel  serait  l’effet  d’une  réserve  ,  nous  reconnaissons  qu’un  fonds  d  a
mortissement,  sagement,  loyalement  géré,  est  une  institution  sain
taire  et  féconde.
Ee  docteur  Hamilton  appuie  le  docteur  Price,  lorsque  celui-ci  ni'
siste  sur  le  désavantage  qu’il  y  a  à  ouvrir,  pendant  la  guerre,
emprunts  à  .3  p.  O/o  au  lieu  de  5  p.  O/o-  Ea  création  du  fonds  3  p.
accroît  considérablement  le  capital  nominal  qui,  pendant  les  aniic^
de  paix,  ne  peut  plus  être  racheté  qu’à  des  prix  beaucoup  plus  élevu!’-Des
  rentes  3  p.  ü/()  émises  à  raison  de  00  seront  peut-être  rachetées  ‘
SU  ou  même  à  100  ;  tandis  que  dans  le  5  p.  O/o,  il  n’y  aurait  accroi»
sèment  de  capital  nominal  ;  et  comme  tous  les  fonds  sont  rächetaW^^
au  pair,  ils  se  trouveraient  remboursés  avec  très-peu  de  perte.  E’exae
titude  de  cette  observation  dépend  de  la  valeur  relative  de  ces  dc«^
fonds.  Ainsi,  pendant  la  guerre  de  1708,  les  3  p.  0,o  se  cotaient  à  ’
tandis  que  le  5  p.  O/o  était  à  73  :  et  en  tout  temps  la  valeur  relaU'.
du  5  p.  O/o  est  inférieure  à  celle  du  3.  Un  désavantage  vient  donc  ^
balancer  un  autre  désavantage  ,  et  le  choix  entre  l’émission  d’un
prunt  à  3  ou  à  5  p.  O/o  dépend  uniquement  de  la  différence  des  cot^^
a  la  Bourse.  Nous  sommes  persuadé  que,  pendant  presque
durée  de  la  guerre,  il  y  aurait  eu  un  avantage  décidé  à  créer  un  h)R
de  5  p.  O/o.  Ea  masse  de  ce  fonds  est  en  effet  limitée  :  les  ventes
cées  y  déterminent  une  baisse  considérable,  et  les  capitalistes,
savent  cette  circonstance  particulière,  s’efforcent  d’en  détruire
        <pb n="787" />
        SYSTÈME  DES  DETTES  CONSOLIDÉES.  737
conséquences  en  élevant  les  prix  auxquels  ils  émettent  l’emprunt
sur  le  marché.  Et  tandis  qu’une  prime  de  2  p.  O/o  peut  leur  paraître
suffisante  pour  compenser  les  risques  d’un  emprunt  à  3  p.  O/o,  il  se
^ut  qu’ils  réclament  une  prime  de  5  p  O  q  lorsqu’il  s’agit  d’un  fonds

il*  Après  avoir  étudié  le  jeu  d’un  fonds  d’amortissement  alimenté
au  moyen  de  taxes  annuelles,  nous  arrivons  à  l’examen  des  meilleurs
procédés  à  employer  pour  faire  face  aux  dépenses  publiques  pendant ­
  la  paix  et  pendant  la  guerre.  ISous  rechercherons  en  même  temps
SI  un  pays  peut  compter  quedes  sommes  levées  dans  le  but  de  racheter ­
  une  dette  ne  seront  pas  détournées  par  les  ministres,  et  n’iront
pas  grossir  imprudemment  les  charges  nationales  en  greffant  de  uou-Yelles
  dettes  sur  les  anciennes.
Supposons  un  pays  exempt  de  toutes  dettes,  et  qui  se  trouve  tout  à
coup  engagé  dans  les  hasards  d’une  guerre  et  dans  une  dépense  addi-‘onnelle
  de  20  millions.  T  rois  moyens  se  présentent  pour  faire  face  à
cct  excédant  de  dépenses.  Premièrement,  on  peut  établir  de  nouvelles
^xes  s’élevant  à  20  millions,  et  destinées  à  disparaître  au  retour  de
paix;  secondement,  on  peut  trouver  cet  excédant  de  ressources
c  une  dette  annuelle,  et,  dans  ce  cas,  on  aurait  à  supporter  une
‘arge  annuelle  d’un  million  pour  l’intérêt  de  la  première  année,  de
uullions  pour  celui  de  la  seconde  année  ,  et  ainsi  de  suite  Juseju’à  la
de  la  guerre.  A  la  fin  de  la  vingtième  année,  s’il  arrivait  que  la
è’oerre  dunit  aussi  longtemps,  le  pays  se  trouverait  grevé  à  i^rpétuité
One  taxe  de  20  millions,  et  aurait  à  renouveler  les  mêmes  sacrifices
®U8  le  cas  d’une  nouvelle  lutte.  J.e  troisième  moyen  de  faire  face
déiKMises  de  la  guerre  consisterait  à  emprunter  annuellement  les
uullions  nécessaires  ,  mais  en  prélevant,  indépendamment  des  incctts,
  un  fonds  d’amortissement  qui  se  grossirait  à  intérêts  composés
^UNqu  à  égaler  la  dette.  De  cette  manière  on  arriverait,  comme  nous
tj^vons  déjà  établi  dans  cette  brochure,à  rembourser,  dans  un  in-^^cvalle
  de  45  ans  ,  aprè-s  la  fin  de  la  guerre  ,  la  totalité  de  la  dette,
0  faire  au  pays  la  remise  des  surtaxes  de  guerre.
Ig  ^^^''unt  nous,  le  premier  de  ces  trois  moyens  est  incontestablement
Plus  avantageux.  Les  charges  que  le  pays  supporte  pendant  la
erre  sont  énormes,  écrasantes  ,  mais  elles  cessent  au  retour  de  la
ees^*  ^  Muselles  sont  fortes  même,  plus  on  se  trouve  disposé  à  éviter
des  «rages  politiques  et  à  les  abréger,  quand  toute  la  prudence
^i^^^^''^‘’uant8  n’a  pu  les  conjurer.  Sous  le  point  de  vue  de  l’écono-«s
  trois  moyens  présentent  les  mêmes  avantages  ;  cnr  20  millions
[OEuv.  de  Ricardo.)  47
        <pb n="788" />
        738  ŒUVRES  DIVERSES.
en  un  seul  paiement,  I  million  versé  annuellement  et  1,200,000  l.  st.
servis  pendant  45  ans,  ont  exactement  la  même  valeur  :  mais  l’influence
  que  ces  systèmes  exercent  sur  la  gestion  des  fortunes  individuelles ­
  diffère  sensiblement.  Nous  sommes,  en  général,  trop  portés
à  croire  que  les  maux  de  la  guerre  se  réduisent  aux  taxes  qu’on  est
obligé  d’ac([uitter  immédiatement,  sans  souci  de  la  durée  probable  de
CCS  taxes.  Userait  même  difficile  de  persuader  à  un  bomme  qui  possède ­
  20,0001.  st.  ou  toute  autre  somme,  qu’une  contribution  perpétuelle
de  501.  est  aussi  lourde  qu’une  seule  taxe  de  1000  1.  st.  Il  y  aurait
en  lui  je  ne  sais  quel  vague  instinct  lui  disant  que  les  501.  st.  seraient
payées  par  la  postérité  :  et  en  effet,  ses  héritiers  auraient  à  supporter
cette  charge.  Mais  je  demanderai  alors  quelle  différence  il  y  aurait
pour  ceux-ci  à  recueillir  une  succession  de  20,000  1.  st.  grevée  d’une
dette  annuelle  de  50  1.  st.,  ou  une  suceessionde  19,0001.  si.  franche
d’impôts?  Ces  vues  consolantes  sur  l’avenir  sont  devenues  des  arguments ­
  entre  les  mains  de  personnes  très-éclairées  d’ailleurs;  mais
nous  avouons  qu’elles  nous  semblent  inadmissibles.  On  dira  peut-être
qu’il  faut  laisser  une  part  à  l’imprévu  dans  le  mouvement  des  choses
sociales;  que  la  fortune  du  pays  peut  s’accroître,  et  qu’une  portion
de  cette  nouvelle  richesse  servira  à  acquitter  les  impôts  et  à  soulager,
par  conséquent,  nos  budgets  actuels.  Il  se  peut  sans  doute  que  l’avenir ­
  nous  réserve  des  progrès  ;  mais  il  se  peut  aussi  que  notre  lortuue
diminue,  que  les  capitalistes  émigrent  d’un  pays  aussi  lourdeincul
imposé,  et  que  le  poids  soit  trop  lourd  pour  ceux  qui  n’auront  pas  fu»
leur  patrie.  D’ailleurs  il  n’est  personne  qui  n’ait  observé  la  différence
que  l’opinion  établit,  en  général,  entre  une  taxe  annuelle  de  5D  1.  si.
et  une  taxe  définitive  de  fOOO  1.  st.  Si  un  individu  était  oblige  de
payer  lOüO  1.  st.  pour  rmcomc  /ax  (taxe  sur  les  revenus),  il  s’efforce
rail  sans  aucun  doute  d’épargner  la  totalité  de  cet  impôt  sur  son  revenu ­
  annuel  :  ce  qu’il  ne  ferait  certainement  pas,  s’il  n’avait  qu  ‘‘
pourvoir  à  l’intérêt  d’un  emprunt  au  moyen  d’un  versement  annuel ­
  de  50  1.  st.  Les  taxes  de  guerre  sont  donc  plus  économiques  en
ce  (¡u’elics  provoquent  un  effort  de  la  part  du  contribuable,  qui  dm
ehe  à  maintenir  son  capital  intact,  tandis  que  le  système  des  on
prunts  ne  détermine  qu’un  effort  proportionné  a  l’intérêt  des  dépen
ses  additionnelles  de  la  guerre,  ce  «qui  fait  que  le  capital  national
trouve  entamé.  L’objection  que  l’on  fait  le  plus  habituellement  aiix
taxtis  de  guerre  est  que  les  manufacturiers  ,  les  commerçants,  qi^
n’ont  jamais  à  leur  disposition  de  fortes  sommes  ,  ne  pourraient
payer  que  difficilement.  iNous  croyons  ,  pour  notre  part,  qu  ils
        <pb n="789" />
        SYSTKME  DES  DETTES  CONSOLIDEES.  739

»■aient  Ies  plus  grands  efforts  pour  économiser  la  taxe  sur  le  montant
»le  leurs  revenus;  mais  en  supposant  mèfne  qu’ils  ne  puissent  la  puiser ­
  à  cette  source  ,  qui  les  empêcherait  de  vendre  une  partie  de  leur
propriété  ou  d’emprunter  de  l’argent  à  intérêt?  La  facilité  avec  la
quelle  le  gouvernement  place  ses  emprunts,  prouve  qu’il  y  a  un  grand
Domhre  d  individus  prêts  à  louer  leurs  capitaux.  Î'ioignez  du  marché
»^Gt  emprunteur  géant,  et  vous  laissez  d’énormes  capitaux  à  la  disposition ­
  de  tous.  Par  de  bonnes  lois  et  des  réglements  sages,  on  peut
n^ème  entourer  les  prêts  des  plus  grandes  garanties.  Dans  le  cas  d’un
emprunt,  A  avance  l’argent,  Jî  paie  les  intérêts,  et  le  reste  ne  change
pas  :  dans  le  cas  où  l’on  prélèverait  des  taxes  de  guerre,  A  ferait  en-»ore
  les  avances  et  II  paierait  les  intérêts  ;  mais  ces  intérêts,  au  lieu
^  ®*Ier  directement  à  B,  seraient  d’abord  transmis  au  gouvernement
Mui  les  remettrait  à  A.

Ces  larges  contributions  ,  dira-t-on  ,  tombent  nécessairement  sur
®  propriété,  tandis  que  les  petites  taxes  se  répartissent  plus  égalenient
  entre  toutes  les  classes.  Comme  tous  les  employés  ,  les  salariés,
artisans  ne  peuvent  jamais  acquitter  de  grands  impôts  ,  ils  se  déaigeront
  de  cette  obligation  sur  le  capitaliste  et  le  propriétaire
»^»■rien.  Suivant  nous,  des  taxes  de  guerre  ne  leur  seraient  au  couraire
  d’aucun  avantage.  Les  appointements,  les  salaires  se  règlent
sur  le  prix  des  marchandises  et  sur  la  situaton  relative  de  ceux  qui
paient  et  de  ceux  qui  1(%  reçoivent.  Or,  des  taxes  de  la  nature  de
eelles  (pie  nous  proposons,  auraient  pounrésultat  inévitable  d’altérer
'^^prix,  de  changer,  par  conséquent,  les  relations  entre  ces  différentes
^  asses  de  citoyens,  enfin  de  remanier  le  tarif  des  salaires  et  des  appointements. ­


Ca  rémunération  accordée  aux  professeurs,  aux  hommes  spéciaux,
est  déterminée,  comme  toutes  les  autres  valeurs,  par  l’offre  et  la
J  onande.  Ce  qui  crée  les  hommes  d’une  aptitude  spéciale,  ce  n’est  pas
argent,  c’est  la  position  qui  leur  est  offerte  dans  le  monde.  Si  vous
‘  'Dlinuez,  par  de  nouvelles  taxes,  le  revenu  des  propriétaires  et  des
apitalistes  ,  tout  en  maintenant  le  salaire  des  capacités,  vous  élevez
situation  relative,  vous  attirez  dans  la  voie  du  travail  un  plus
^*’and  nombre  d’individus,  et  cette  irruption  détermine  nécessaire
•aent  une  baisse  dans  la  rémunération.
^  avantage  pr(»dominant  des  taxes  de  guerre  consiste  à  ne  troubler
d  une  manière  passagère  le  mouvement  industriel  du  pays.  Le
P*'*'  des  marchandises  ne  varierait  que  pendant  ces  années  d’agita-•»»D
  fiévreuse,  où  tout  change,  tout  varie,  et  au  retour  de  la  paix,  les
        <pb n="790" />
        740  OEUVRES  DIVERSES.
prix,  les  hommes,  les  choses  reprendraient  leur  assiette  régulière.
Dans  un  état  de  liberté  complète,  tout  homme  adopte  le  travail  qui
s’accorde  le  mieux  avec  ses  instincts,  ses  facultés,  et  il  en  résulte  une
impulsion  féconde  dans  la  production.  Mais  une  taxe  mal  calculée,
mal  appliquée,  peut  nous  entraîner  à  importer  ce  qu’il  eût  été  avantageux ­
  peut-être  de  produire  à  l’intérieur,  ou  à  exporter  ce  que  nous
aurions  eu  du  profit  à  faire  venir  du  dehors.  Dans  les  deux  cas,  à  l’inconvénient ­
  de  payer  un  impôt  se  joindra  celui  d’obtenir,  en  échange
de  notre  travail,  une  valeur  moindre  que  celle  que  nous  eût  donnée
une  liberté  entière  dans  la  production.  Un  système  d’impôts  compliqué ­
  et  dilïicile  dérobe  aux  législateurs  la  plupart  de  ses  vic«s,  de  ses
conséquences  fâcheuses,  et,  par  conséquent,  il  n’excite  pas  l’industrie
à  des  efforts  désespérés.  Au  moyen  des  impôts  exceptionnels  delà
guprre,  nous  pourrions  épargner  un  grand  nombre  de  millions  dans  la
perception  :  tout  au  moins,  pourrions-nous  licencier  cette  armée  d’employés ­
  qui  grève  nos  budgets.  Nous  n’aurions  à  supporter  aucune
charge  pour  la  gestion  de  notre  dette  :  nous  ne  contracterions  plus
d’emprunts  à  50  et  60  1.  st.,  pour  les  racheter  à  70,  80,  et  même
100  1.  st.;  et  peut-être  même,  ce  qui  serait  le  plus  beau  résultat  de
ce  système,  pourrions-nous  tarir  ces  deux  grandes  sources  de  démoralisation ­
  pour  le  pays  :  les  Douanes  et  les  Contributions  indirectes.
Sous  quelque  point  de  vue  que  nous  envisagions  cette  question,  nous
sommes  toujours  amenés  à  dire  que  nos  finances  s’amélioreraient
sensiblement  le  jour  où  nous  renoncerions  à  la  pratique  des  dettes
fondées.  Luttons  contre  les  dillicultés  lorsqu’elles  se  présentent,  et  ne
chargeons  pas  nos  ressources  de  ces  fardeaux  perpétuels  dont  on  ue
sent  bien  le  poids  accablant  que  lorsque  le  mal  est  devenu  sans  remède. ­

Il  nous  reste  maintenant  à  étudier  les  deux  autres  moyens  propres
à  faire  face  aux  dépenses  extraordinaires  de  la  guerre.  L’un  consiste, ­
  nous  l’avons  dit,  à  emprunter  le  capital  nécessaire  ,  en  levant,  au
moyen  de  taxes  annuelles,  les  sommes  destinées  au  paiement  des  iu
térêts  :  le  second,  à  ajouter  au  service  des  intérêts  une  somme  addi
tionnelle,  qui  prend  le  nom  d’amortissement,  et  dont  l’action  doit  être
d’éteindre  au  bout  d’un  certain  temps  la  dette  contractée,  et  de  nous
affranchir  des  taxes  qu’elle  occasionnait.
Fermement  convaincu  que  tôt  ou  tard  les  nations  s’ellorcerout
de  faire  face  à  leurs  dépenses  ordinaires  et  extraordinaires  ,  au  moment ­
  même  où  ces  dépenses  deviennent  nécessaires,  nous  sommes
prêts  à  admettre  tout  système  qui  accélérerait  le  remboursement  de
        <pb n="791" />
        SYSTEMK  Í)KS  DETTES  CONSOLIDEES.

741

notre  dettte,  à  condition  toutefois  (¡ue  ce  système  ne  soit  pas  un
leurre.  Tæ  point  à  ex.amiiiei’  est  donc  eelui-ci  :  Peut-on  compter,
nui  ou  non,  sur  une  application  sévère  de  l’amortissement  au  rachat
graduel  de  notre  dette  ?
Tjorsque  M.  Pitt  créa,  en  1786,  la  caisse  d’amortissement,  il  pressentait ­
  déjà  le  danger  qu’il  y  aurait  à  en  confier  la  gestion  aux  ministres
et  au  Parlement.  Aussi  avait-il  exigé  que  les  sommes  destinées  à  la
réserve  fussent  payées  par  l’Échiquier  aux  commissaires,  en  versements ­
  trimestriels,  et  qu’on]  les  appliquât  presqu’immédiatement  à
racheter  des  rentes.  Les  commissaires  désignés  étaient  le  président  de
la  chambre  des  Communes,  le  chancelier  de  l’Échiquier,  le  maître  des
ï’ôles  le  chef  de  la  comptabilité,  le  gouverneur  et  le  sous-gouverneur ­
  de  la  Banque.  Il  crut  qu’une  telle  organisation  garantirait  la
parfaite  destination  de  la  réserve,  et  il  le  crut  avec  justice,  car  les
commissaires  ont  fidèlement  rempli  leur  mandat.  Les  paroles  de
^1  Pitt,  en  1786,  avaient  été  celles  ci  ;  «  Souffrir  qu’à  aucune  époque,
et  Rous  quelque  prétexte  que  ce  soit,  l’amortissement  puisse  être  détourné ­
  de  son  but  réel,  ve  serait  détruire,  briser,  renverser  mon  plan.
J’espère  donc,  qu’une  fois  le  bill  que  je  présente  accepté  par  la
Chambre,  elle  se  croira  solennellement  tenue  à  le  respecter  et  à  le
oiaintenir.
“Si  la  réserve  d’un  million  s'accumule  régulièrement  et  se  grossit
intérêts,  il  lui  suffira,  pour  s’élever  à  une  somme  considérable,
^  un  intervalle  qui  serait  assez  court  dans  la  vie  d’un  homme  et  qui
•Unible  une  heure  de  l’existence  d’un  grand  peuple.  On  arrivera  ainsi
^  déterminer  les  charges  de  ce  pays,  au  point  de  rendre  impossible,
uiêmesous  la  pression  de  guerres  ruineuses,  le  retour  des  dettes  géantcR
  qui  ont  écrasé  la  nation.  Kn  28  ans,  une  somme  d’un  million,
grossie  par  les  intérêts,  s’élèverait  à  4  millions  ;  mais  il  faut  éviter  de
porter  la  main  sur  cette  précieuse  ressource.  De  ¡elles  violaiions  ont  été
l^squ’àprésent  la  ruine  de  nos  finances;  car^  si  l’amortissement  primiavait
  été  respecté  ,  il  est  mathématiquement  vrai  de  dire  qu’en  ce
"Moment  nos  dettes  seraient  assez  légères.  Mais  le  Parlement  s’est  vai
Moment  efforcé  d’arriver  à  ce  résultat.  Tous  les  mnistres  ont  fait  main
^asse  sur  un  fonds  qui  eùtdii  être  sacré  pour  eux  ,  et  en  ont  fait  une
^^orie  d’en-cas  financier.  Comment  donc  prévenir  ces  abus  ?  Le  plan
fiue  je  propose  consiste  à  remettre  à  des  fonctionnaires  spéciaux  le

'  La  (tour  des  Rôles  (roll’s  court)  en  Angleterre  est  un  tribunal  qui  a  iinmé-•atement
  rang  après  la  cour  de  la  Chancellerie.
        <pb n="792" />
        742

ÜblUVKKS  DIVERSES.

montant  de  la  réserve,  pour  qu'ils  le  eonsaerent,  tous  les  trois  mois,
à  acheter  des  rentes.  J)e  cette  manière,  on  diminuera  rimj)ortiinec
des  sommes  formant  l’amortissement,  et  on  diminuera,  eonsé()ueniment,
  la  tentation  qu’aurait  le  gouvernement  d’y  porter  la  main.  Depuis ­
  longtemps,  bien  longtemps,  ce  pays  lutte  contre  le  fardeau  qui
l’écrase,  et  lutte  sans  espoir;  mais  j’offre  un  moyen  de  secouer  peu  à
peu  ce  joug  financier.  En  faisant  aux  commissionnaires  un  versement
trimestriel  de  250,000  1.  st.,  on  préviendrait  la  fraude,  et  l’évidence
même  des  bienfaits  que  ce  système  doit  semer  sur  le  pays  assure  sa
conservation.  »
Ainsi  M.  Pitt  se  flattait  d’avoir  découvert  un  remède  pour  les  difficultés ­
  qui  avaient  épuisé  le  pays  :  il  croyait  avoir  trouvé  '*  le  moyen
de  ravir  à  l’arbitraire  des  ministres  un  fonds  inviolable  et  saint.  «  Dn
peut  s’étonner  en  vérité,  qu’avec  cette  connaissance  profonde  qu’il
avait  du  Parlement,  il  se  soit  fait  illusion  au  point  de  croire  que  les
Communes  opposeraient  une  résistance  soutenue  aux  tentatives  de
l’Pclii([uicr.  Dans  le  fait,  les  ministres  n’ont  pas  atta(}ué  une  seule
fois  le  plan  de  l’illustre  homme  d’État  sans  obtenir  du  Parlement  l’appui ­
  le  plus  immédiat.
Nous  avons  déjà  parlé  d’un,  chancelier  de  l’Échiquier  qui  proposait,
en  1807,  à  une  époque  où  la  guerre  épuisait  nos  finances,  où  les  cm
prunts  s’accumulaient  pour  faire  face  aux  dépenses  publiques  ,  qui
proposait,  dis-je,  d’alléger  les  taxes  pendant  plusieurs  années.  Comme
on  ne  peut  croire  de  nos  jours  à  l’intervention  miraculeuse  de  quelque ­
  pluie  d’or,  il  faut  bien  croire  qu’il  se  disposait  à  violer  la  fameuse
réserve,  dite  inviolable.
En  1809,  un  autre  chancelier  de  Tixliiquier  levait  un  emprunt
sans  créer  un  impôt  additionnel  destiné  an  service  des  intérêts,  mais
en  affectant  à  cette  obligation  une  partie  des  taxes  de  guerre  :  ee
qui  plaçait  le  gouvernement  dans  la  nécessité  d’accroître  d’antaut
l’emprunt  des  années  suivantes.  N’était  ce  pas,  encore  une  fois,  s’emparer ­
  frauduleusement  de  l’amortissement  et  grossir  la  dette  à  intérêts ­
  composés?  I  n  autre  cbancelier  proposa,  en  1813,  l’abrogation
partielle  delà  loi.  Il  se  trouva  disposer  ainsi  d’un  fonds  annuel  de
7  millions  st.  pris  sur  l’amortissement,  et  qu’il  employa  à  servir
l’intérêt  de  nouvelles  dettes  :  tout  ceci  fut  fait  avec  le  consentement
des  Communes,  et  en  contravention  flagrante  des  lois  qui  semblaient
protéger  ou  devoir  protéger  la  réserve.  Mais  que  devint  l’excédant
de  la  réserve,  ou  ce  qui  en  restait  après  la  déduction  faite  des  7  millions ­
  annuels  ?
        <pb n="793" />
        743

SYSTEMK  DES  DETTES  CONSOLIDEES.
Ell  1813,  et  suivant  les  rap|M)iTs  présentés  aux  Chanilnes,  raninrtissemcnt
  s’élevait  à  H&amp;gt;  millions.  La  commission  des  linanees  nom
méc  à  cette  époque  dut  reconnaître  et  reconnut  que  les  seules
ressources  qu’on  puisse  reconnaître,  comme  servant  réellement  au  rachat ­
  de  la  dette  en  temps  de  paix,  sont  un  excédant  des  revenus  sur
les  dépenses;  et  comme  cet  excédant,  suivant  les  calculs  les  plus
optimistes,  ne  s’élevait  pas  entièrement  à  2  millions,  elle  crut  que
le  fonds  réellement  applicable  à  l’extinction  de  notre  passif  ne  pouvait ­
  dépasser  cette  somme.  Si  l’on  avait  obéi  aux  intentions  de  M.  ritt,
et  aux  prescriptions  de  l’acte  de  1802,  nous  aurions  un  excédant
disponible  de  20  millions  :  dans  l’état  actuel  des  choses,  cet  excédant ­
  ne  dépasse  pas  2  millions;  et  si  l’on  demande  aux  ministres  ce
que  sont  devenus  les  18  autres  millions,  ils  répondent  par  une  paix
ruineuse,  par  une  organisation  politique  qu’ils  ne  peuvent  entretenir
qu’au  moyen  de  traites  sur  la  réserve.  Il  est  clair  cependant  que
s’ils  n’avaient  pas  compté  sur  ces  ressources  extraordinaires  ,  ils
ue  se  seraient  jamais  hasardés  à  solder  chaque  année  le  budget  par
des  déficits  de  12  millions  et  plus.
il  est  vrai  que  les  mesures  de  M.  Pitt  enlevaient  la  réserve  à  leurs
uvides  combinaisons,  mais  ils  la  savaient  entre  les  mains  des  cximmissaires,
  et  la  docilité  bien  connue  du  Parlement  les  portait  à  considérer
ces  agents  comme  des  délégués  agissant  pour  eux,  et  accumulant
Puur  eux  des  trésors  dont  ils  ixmvaicnt  disposer,  le  moment  venu.
aurait  pu  croire  même  qu’ils  étaient  convenus  avec  les  commis
«aires  d’ajouter  annuellement  12  millions  st.  à  la  dette,  pour  balancer
12  millions  qui  grossissaient  à  intérêts  composés  la  réserve.  l,es
faits  tendent  tous  à  confirmer  la  pensée  d’une  convention  qui,  pour
^fre  tacite,  n’en  fut  pas  moins  désastreuse..  (Veut  seulement  dans  la
dernière  session  du  Parlement,  que  les  ministres  voulurent  bien  reconnaître ­
  le  mensonge  de  cette  situation,  alors  que  le  mensonge  avait
déjà  frappé  tous  les  esprits  ;  et  cependant  ils  n’ont  pas  craint  d’ajoufnr
  que  leur  intention  était  de  perpétuer  un  amortissement  purement
nominal  ,  en  comblant  chaque  année  les  délieits  au  moyen  d’em-Prunts
  auxquels  souscriraient  les  commissaires.  Il  serait  difficile  de
découvrir  sur  quel  principe  se  fondera  une  telle  combinaison.  Peutêtre
  dira-t-on  que  la  radiation  de  l’amortissement  serait  une  violaflnn
  de  contrat  vis-à-vis  des  rentiers  :  mais  le  contrat  ne  se  trouve-t-il
Pfts  aussi  manifestement  violé  quand  le  gouvernement  vend  lui-même
*Dx  commissaires  la  plus  grande  partie  des  fonds  qu  ils  rachètent.
        <pb n="794" />
        744

OKUVHKS  DIVEHSES.

Ce  que  veut  le  rentier  ec  sont  des  actes  positifs,  efficaces,  et  non  des
mesures  décevantes  et  mensongères.  Couvrez  Eopération  d’autant  de
voiles  et  de  sophismes  que  vous  voudrez,  si  des  14  millions  dont  peuvent ­
  disposer  les  commissaires  en  temps  de  paix,  12  millions  sont  consacrés ­
  à  acheter  des  rentes  que  le  gouvernement  émet  dans  l'intention
positive  d’obtenir  ces  12  millions  ;  si  2  millions  seulement  sont  employés ­
  au  remboursement  de  la  dette,  et  qu’on  ne  crée  pas  des  taxes
pour  l’amortissement  ou  l’intérêt  des  12  millions  perçus  par  l’Échiquier, ­
  le  résultat  est  absolument  le  même  pour  le  capitaliste  et  pour
tous  les  intéressés,  que  si  l’on  avait  réduit  la  réserve  à  2  millions,  l  u
grand  pays,  on  l’avouera,  ne  doit  pas  soutenir  et  justifier  de  pareilles
jongleries.
Au  lieu  de  diminuer  notre  dette,  l’amortissement  l’a  donc  considérablement ­
  accrue  :  de  plus,  il  a  encouragé  les  dépenses  et  les  gaspillages. ­
  Si  pendant  la  guerre  un  pays  dépense  20  millions  de  plus
que  dans  les  années  de  calme,  et  s’il  ne  prélève  de  taxes  que  pour
le  service  des  intérêts,  il  se  créera  au  bout  de  20  ans  une  dette  de
400  millions,  et  ses  impôts  s’élèveront  jusqu’à  20  millions  annuellement. ­
  Mais  si  au  million  des  intérêts  on  ajoute  un  amortissement  de
200,000  1.  St.,  les  impôts  à  la  fin  de  la  vingtième  année  seraient  de  24
millions,  et  la  dette  de  342  millions  seulement.  La  réserve  aura  servi
en  effet  au  rachat  de  58  millions;  mais  si  à  la  fin  de  cette  période  on
contractait  de  nouvelles  dettes,  et  si  l’on  employait  le  fonds  d’amortissement ­
  —  montant  alors  à  0,940,0001.  par  la  puissance  des  intérêts
composés,  si  on  l’employait  à  servir  les  intérêts  de  cette  dette,  le
montant  total  serait  de  538  millions,  c’est-à-dire  qu’il  excéderait  de
138  millions  la  dette  qu’eût  supportée  le  pays  s’il  n’y  avait  pas  eu  de
réserve.  Si  donc  des  dépenses  additionnelles  sont  jugées  nécessaires,
c’est  par  de  nouvelles  taxes,  par  un  excédant  de  revenus  qu’il  faut  y
faire  face,  et  non  par  un  amortissement  illusoire.  Et  cependant,  malgré ­
  toutes  les  leçons  de  l’expérience,  nous  travaillons  à  reconstituer
une  réserve;  et,  dans  la  dernière  session  du  Parlement,  on  a  même  voté
3  millions  dans  le  but  avoué  de  porter  cette  réserve  de  2  à  5  millions
sterling  (50  à  125  millions  de  francs).  Il  est  dur  sans  doute  de  prédire
a  ce  nouveau  fonds  une  destinée  parfaitement  semblable  à  ses  prédécesseurs ­
  ;  mais  les  illusions  ne  sont  plus  possibles.  Pendant  quelques
années  il  fonctionnera  régulièrement  ;  puis  viendront  de  nouvelles
difficultés  politiques,  et  les  ministères,  craignant  de  trop  aggraver  le
fardeau  des  impositions,  puiseront  dans  la  réserve  pour  payer  les
        <pb n="795" />
        745

SYSTEME  DÉS  DETTES  CONSOLIDÉES.
intérêts  dc^  la  dette  :  et  nous  serons  bien  heureux  si,  à  la  fin  de  la
crise,  l’amortissement  conservait  dans  ses  caisses  banales  un  fonds
*ûodique  de  2  millions.
•^ous  croyons  avoir  suffisamment  démontre  que  les  ministres  ne
peuvent  garantir  l’inviolabilité  de  la  réserve  :  or,  sans  cette  garantie,
l’amortissement  devient  une  arme  dangereuse  à  nos  finances.  Rembourser ­
  toute  notre  dette,  ou  une  partie  de  notre  dette,  c’est,  à  notre
®'is,  un  acte  fort  salutaire  ;  mais  à  condition  d’éviter  pour  l’avenir
les  périls  qui  accompagnent  l’institution  de  l’amortissement.  Tel  qu’il
®st  constitué,  et  de  quelque  manière  qu’il  puisse  même  être  constitué,
ce  fonds  est  impuissant  à  éteindre  des  emprunts  ;  mais  si,  au  lieu  de
recourir  au  crédit,  on  payait  la  dette  au  moyen  d’une  taxe  sur  la
propriété,  on  pourrait  atteindre  au  résultat  tant  désiré,  tant  cherché
P®r  nos  plus  grands  financiers.  C’est  le  seul  moyen  de  nous  défaire
^^yalement  de  notre  dette,  et  ce  moyen,  il  suffirait  de  le  mettre  en  œu-''re
  pendant  deux  ou  trois  années  de  paix.  Les  objections  qu’on  peut
présenter  à  c«  plan  ne  diffèrent  pas  de  celles  qu’on  a  soulevées  au  sudes
  surtaxes  de  guerre,  et  que  nous  espérons  avoir  réfutées.  Les
^^pitalistes,  ainsi  remboursés,  dira-t-on,  seront  nantis  de  capitaux
^ont  ils  trouveront  difficilement  l’emploi.  Mais  ne  voit-on  pas  que  les
^Manufacturiers  et  les  propriétaires  auront  besoin  de  vastes  sommes
peur  effectuer  leurs  paiements  à  l’Échiquier?  Dès  lors  ces  différentes
riasses  de  citoyens  s’associeront  indirectement  :  les  uns  prêteront
*®Mr  capital  aux  autres  qui  le  feront  valoir,  et  cela  sans  qu’il  y  ait  le
*Meinsdu  monde  besoin  de  l’intervention  de  l’État.  Nous  nous  trou-'^crions
  ainsi  débarrassés  d’un  fléau  financier  qui  gêne  et  ruine  no-^*‘c
  commerce  et  notre  industrie.
^^c  plus  grande  sécurité  qu’on  puisse  donner  au  maintien  de  nom
*'®lations  pacifiques  avec  le  dehors,  c’est  l’obligation  pour  les  mi-M*stres
  de  lever  de  nouvelles  taxes  pour  faire  face  aux  dépenses  de
M  guerre.  Laissez  croître  au  contraire  l’amortissement  sous  leurs
,  sous  leurs  mains,  et  ils  se  lanceront  imprudemment  dans  la
'"Mie  périlleuse  des  emprunts  de  toute  nature.  L’argument  favori  de
Mms  chanceliers  de  l’Échiquier,  quand  ils  veulent  créer  de  nouvelles
destinées  à  de  nouvelles  réserves,^consiste  à  dire  ceci  :  «  L’é-*
  franger  nous  respecte  :  il  craindra  de  nous  insulter,  de  nous  provo-^Mer,
  quand  il  saura  que  nous  possédons  des  ressources  aussi  formi-“
  tables.  »  L’argument  respire,  sans  doute,  le  patriotisme  le  plus
®^alté  ;  mais  que  signifie-t-il  en  définitive,  si  ce  n’est  que,  pour  eux,
MMiortissement  est  une  arme  de  guerre  dont  ils  sauront  se  servir  à
        <pb n="796" />
        7i6  ŒUVIŒS  DIVERSES.
l’occasion  ?  On  ne  pent  en  effet  faire  servir  une  réserve  à  racheter  la
dette,  et,  en  même  temps,  à  combattre  les  ennemis  :  et  si  les  laxes
sont,  comme  elles  doivent  l’être,  levées  en  vue  de  payer  les  charp[C8
d’une  guerre,  de  quel  suíícíís  peut  être  l’amortissement  pour  leur
perception  ?  Non,  disons-le  franchement  et  hautement  :  les  ministres
savent  fort  bien  que  l’amortissement  ne  peut  favoriser  la  levée  de
nouveaux  impôts,  mais  ils  savent  aussi  qu’ils  pourront  le  détourner
de  son  but  et  le  faire  servir  à  payer  les  intérêts  de  dettes  nouvelles.  Si
leur  argument  ne  signifie  pas  cela  au  fond,  il  ne  signifie  absolument
rien  :  car  une  réserve  n’ajoute  rien  à  la  richesse,  à  la  prospérité  d’un
pays,  et  c’est  cependant  le  développement  de  la  richesse  et  de  la  prospérité ­
  qui  peut  seul  permettre  de  supporter  un  supplément  de  charges. ­
  Que  voulait  dire  M.  Vansiltart,  quand  il  s’écriait  en  1813  ;  «  b’«'
vantage  de  mon  nouveau  système  est  immense,  car  il  mettra  à  notre
disposition  un  capital  de  100  millions  dont  nous  pourrons  nous  armer ­
  en  cas  d’hostilités.  Le  Parlement  se  trouvera  pourvu  alors  d’un
levier  énergique  et  puissant.  Peut-être  dira  t  on  que  cette  force  iiU'
mensc  exaltera  l’ambition,  l’arrogance  de  notre  gouvernement,  et
nous  précipitera  dans  des  luttes  ardentes  et  continuelles:  «  —  objeelion
  pleine  de  sens,  et  à  laquelle  M.  Vansittart  répond  par  les  phrases
spécieuses  qui  vont  suivre  :  —  «■  A  cet  égard,  l’expérience  et  la  réflexion ­
  nous  enseignent  qu’il  vaut  mieux  que  les  autres  peuples  aient
à  réclamer  notre  modération,  qu’à  nous  accorder  la  leur.  Kt  s’il  arri'
vait  que  les  sommes  amassées  fussent  gaspillées  par  l’arrogante  ambition ­
  du  gouvernement,  la  responsabilité  ministérielle  est  là  pn“'
répondre  de  toutes  ses  fautes.  Le  blâme  doit  revenir  alors  aux  déprédateurs, ­
  et  non  à  ceux  qui  ont  mis  entre  leurs  mains  des  moyens
de  défense,  de  grandeur  et  de  gloire,  dont  ils  ont  fait  des  instruments ­
  de  rapines  et  de  désordres.  «
Ces  raisonnements  sont  très-bien  placés,  sans  doute,  dans
bouebe  d’un  ministre;  mais  nous  croyons  que  le  trésor  en  question
serait  mieux  placé  sous  la  garde  du  pays  tout  entier,  et  que  le  P»*’'
lement  a  mieux  à  faire  qu’à  donner  au  gouvernement  des  moyens  de
défense,  de  grandeur  et  de  gloire.  Son  devoir  est,  avant  tout,  de
veiller  à  ce  que  les  ressources  du  pays  ne  servent  pas  aux  dessein^
«  d’une  politique  avide  ,  grossière,  arrogante.  «
Enfin  le  docteur  Hamilton  a  parfaitement  réfuté  la  prétention
M.  Vansittart  a  manifestée  lorsqu’il  attribue  à  son  plan  la  vertu  de
créer,  plus  rapidement,  plus  sûrement  que  tous  les  autres  système®  -
        <pb n="797" />
        SYSTEME  DES  DETTES  CONSOLIDEES.

7i7

une  somme  disponible  de  100  millions.  Voici  les  paroles  du  docteur
Hamilton  :
"  H  nous  est  absolument  impossible  de  nous  faire  une  idée  bien
nette  du  trésor  précieux  dont  on  nous  parle.  Dès  qu’une  certaine
somme  a  été  rachetée  par  les  commissaires,  la  dette  publique  se  troudiminuée
  d’autant.  Et  la  déclaration  olTieielle  du  Parlement  n’est
plus  qu’une  matière  de  forme.  Si  le  capital  racheté  reste  au  nom
des  commissaires  ,  il  est  évident  qu’on  peut  le  jeter  de  nouveau  sur  le
uiarehé,  et  le  négocier  dans  le  cas  où  la  guerre  éclaterait  de  nouveau.
C  est  un  moyen  tri^-simple  débattre  monnaie,  et  ce  moyen  se  réduit
‘‘  Diviter  les  rentiers  à  acheter  des  fonds  retirés  de  la  circulation.  11  est
''•'ai,  ajoute  l’écrivain,  que  si  les  taxes  levées  pendant  la  guerre,  en  vue
de  l’amortissement,  se  perpétuent  dans  les  années  de  paix  et  grossis-^^nt
  entre  les  mains  des  commissaires  jusqu’au  chiffre  de  100  millions,
par  exemple,  le  pays  pourra  dépenser  ces  100  millions  sans  imposer
de  nouveaux  tributs  au  pays;  mais  cet  avantage  n’a  rien  de  particu-Her
  au  plan  de  M.  Vansittart,  et  il  résulte  même  de  tous  les  systèmes
^•Jivis  pour  l’organisation  des  caisses  d’amortissement.  M.  Vansittart
^^ieait  dû  dire  :  «  Si  l’amortissement  doit  atteindre  pendant  la  paix
•^De  somme  assez  considérable  pour  que  je  puisse  y  puiser  5  millions
P®!'  an,  je  puis  dépenser  hardiment  100,000,000  I.  st.  dans  une
•^‘^üvelle  guerre,  sans  vous  demander  de  nouvelles  taxes.  Les  désavantages ­
  de  mon  plan  sont,  toutefois,  qu’en  prélevant  7,000,000  I.
Par  an,  comme  je  le  fais  actuellement,  et  en  appliquant  aux  besoins
présents  des  sommes  plus  fortes  que  celles  que  je  verse  ,  l’amortisse-**tiintse
  trouvera  tellement  diminué  que  je  ne  pourrai  de  fort  long-^‘nips
  consacrer  les  5  millions  à  l’usage  que  j’avais  d’abord  indiqué. ­
  »

FIN  DES  (t:i  VRES  DE  RICARDO.
        <pb n="798" />
        §â

%  T

iï  r

i'

'

TABLE  DES  MATIÈRES
CONTENUES  DANS  LES  (ElIVRES  DE  RICARDO.

WÍÍ

a

%

22

Pages-Notice
  sur  la  vie  et  les  travaux  de  D.  Ricardo  ^
Préface  de  l’auteur  ^
Avertissement  pour  la  troisième  édition  ^
DES  PRINCIPES  DE  l’ÉCONOMIE  ET  DE  l’IMPÔT.
/  -  CHAPITRE  1®'.  De  la  valeur.  —  §  1*".  —  La  valeur  d’une  mar-^chandise,
  ou  la  quantité  de  toute  autre  marchandise  contre  la-^
  quelle  elle  s’échange,  dépend  de  la  quantité  relative  de  travail
nécessaire  pour  la  produire,  et  non  de  la  rémunération  plus  ou
moins  forte  accordée  à  l’ouvrier
II.  —  La  rémunération  accordée  à  l’ouvrier  varie  suivant  la
nature  du  travail  ;  mais  ce  n’est  pas  là  une  des  causes  qui  font
varier  la  valeur  relative  des  différentes  marchandises.  .  .
§  III.  —  La  valeur  des  marchandises  se  trouve  modifiée,  nonseulement
  par  le  travail  immédiatement  appliqué  à  la  production, ­
  mais  encore  par  le  travail  consacré  aux  outils,  aux  machines ­
  ,  aux  bâtiments  qui  servent  à  les  créer
§  IV.  —  L’emploi  des  machines  et  des  capitaux  fixes,  modifie
considérablement  le  principe  qui  veut  que  la  quantité  de  travail ­
  consacrée  à  la  production  des  marchandises,  détermine
leur  valeur  relative  •  •  •  •  .
§  V.  —  Le  principe  qui  veut  que  la  valeur  ne  varie  pas  avec  la
hausse  ou  la  baisse  des  salaires,  se  trouve  encore  modifié  par
la  durée  du  capital  et  par  la  rapidité  plus  ou  moins  grande
avec  laquelle  il  retourne  à  celui  qui  l’a  engagé  dans  la  production ­

§  VI.  —  D’une  mesure  invariable  des  valeurs
§  VII.  —  Des  différentes  conséquences  produites  par  les  oscillations ­
  dans  la  valeur  de  la  monnaie  ou  dans  celle  des  marchandises ­
  que  la  monnaie,  —  ce  symbole  des  prix,  —  sert  à
acheter
II.  De  la  vente  de  la  terre.  .  .  .
III.  Du  profit  foncier  des  mines.  .  .
IV.  Du  prix  naturel  et  du  prix  courant
V.  Des  salaires
VI.  Des  profits

CHAP.

3i
38
58
63
67
8Ä
        <pb n="799" />
        TABLE  DES  MATIÈRES.

749

chap,  vil
VIH.
IX.
X.
XI.
Xll.
XIII.
XIV.
XV.
XVI.
XVII.
XVIII.
XIX.
XX.
XXL

XXIII.
XXIV.
XXV.
XXVI.
XXVII.
XXVIII.

Du  commerce  extérieur  100
De  l’impôt  121
Des  impôts  sur  les  produits  naturels  125
Des  impôts  sur  les  rentes  1^1
De  la  dîme  1^^
De  Cimpôt  foncier  1^®
De  l’impôt  sur  tor  104
Des  impôts  sur  les  maisons  172
Des  impôts  sur  les  profits  176
Des  impôts  sur  les  salaires  186
Des  impôts  sur  les  produits  non  agricoles  217
De  la  taxe  des  pauvres  232
Des  changements  soudains  dans  les  voies  du  commerce.  .  239
Des  propriétés  distinctives  de  la  valeur  et  des  richesses.  .  247
Des  effets  de  l’accumulation  sur  les  profits  et  sur  tintérêt
des  capitaux  264
Des  primes  à  l’exportation.,  et  des  prohibitions  à  l’im/tortation
  278
Des  primes  accordées  à  la  production  295
De  la  doctrine  d’Adam  Smith  sur  la  rente  de  la  terre.  .  300
Du  commerce  colonial  310
Du  revenu  brut  et  du  revenu  net  317
De  la  monnaie  et  des  banques  323
De  la  valeur  comparative  de  l’or,  du  blé,  et  de  maind'œuvre,
  dans  les  pays  riches  et  dans  les  pays  pauvres.  347
Des  impôts  payés  par  le  producteur  353
De  Vinfluence  que  l’offre  et  la  demande  ont  sur  les  prix.  .  355
Des  machines  363
De  l'opinion  de  M.  Malthus  sur  la  rente  372

ŒUVRES  DIVERSES
Relatives  a  des  questions^f.  monnaies,  de  banque,  de  finances  et  d
"-'BEBTÉ  commerciale,  TRADUITES  EN  FRANÇAIS  PAR  M.  AlC.  FoNTEYRAUD.

introduction.

haut  prix  des  LINGOTS  EST  UNE  PREUVE  DE  LA  DÉPRÉCIATION  DES  BILLETS ­
  DE  BANQUE;
^aduit  sur  la  cinquième  édition,  corrigée  et  augmentée  d’un  Appendice,
contenant  des  observations  relatives  à  quelques  passages  d’un  article ­
  de  la  Revue  d’Edimbourg,  sur  la  dépréciation  de  la  circulation
en  papier  ;  ainsi  que  des  propositions  tendant  à  assurer  au  public

P  i
        <pb n="800" />
        750

TABLE  DES  MATIERES.

It'Í/L  0^»^  -
„4^4aAo^

A-Pages.


une  circulation  aussi  invariable  que  l’or  avec  un  contingent  trèsmodéré
  de  ce  métal  /tOl
Appendice  A36
Réponse  aux  observations  pratiques  de  M.  Bosanquet,  sur  le  rapport
DE  LA  COMMISSION  DES  MÉTAUX  PRÉCIEUX

+•
-f.  CHAP

Wi.

■i

Observations  préliminaires.  —  Exposé  sommaire  des  objec-^
  tions  présentées  par  M,  Bosanquet,  contre  les  conclusions
de  la  commission
CHAP.  11.  Examen  des  faits  que  M.  fíosanquet  cite  comme  puisés  dans
¿'histoire  du  change.  '
§  1.  —  Change  avec  Hambourg  ^6^
§  11.  —  Change  avec  Paris
§  111.  —  Prétendue  existence  d’une  prime  sur  la  monnaie
anglaise  en  Amérique.—Change  favorable  avec  la  Suède,
§  IV.  —  Examen  d’une  décision  de  la  commission  relative
au  pair  du  change
CHAP.  III.  Examen  des  faits  allégués  par  M.  liosanquet  dans  la  prétendue ­
  réfutation  du  primate  suivant  :  Un  excédant  du
prix  de  marché  des  lingots  sur  le  prix  à  la  monnaie  est
la  preuve  d’une  circulation  dégradée.
§  I.  —  Nier  cette  conclusion,  c’est  proclamer  l’impossibilité ­
  de  fondre  ou  d’exporter  toute  monnaie  anglaise,
—  et  certes  personne  ne  soutiendra  une  telle  assertion.
§  II.  —Conséquences  qui  résulteraient  de  l’hypothèse  où
les  circulations  monétaires  des  peuples  (  l’Angleterre
exceptée  )  seraient  diminuées  ou  accrues  de  moitié.
'  §  111.  —  La  légère  hausse  du  prix  de  l’or  sur  le  continent
est  due  seulement  à  une  variation  dans  le  rapport  de
l’argent  à  l’or  •
§  IV.  —  Défaut  attribué  à  la  théorie  de  M.  Locke,sur  la  refonte ­
  de  1690  •
CHAP.  IV.  Étude  des  objections  présentées  par  M.  liosanquet  contre
cette  proposition  :  La  balance  des  paiements  a  été  favorable ­
  à  l’Angleterre.  .  ,  .  .  •
CHAP.  V.  Considérations  sur  l'argument  que  présente  M.  liosanquet,
pour  prouver  que  la  lianque  d'Angleterre  ri  a  pas  le  ¡»ouvoir
  de  donner  cours  forcé  aux  billets  de  banque.
CHAP.  VI.  Observations  sur  les  principes  du  seigneuriage,  ou  droit  de
monnayage  •
CHAP.  VII.  Examen  des  objections  présentées  par  M.  liosanquet  contre
cette  proposition  :  &amp;lt;(  La  circulation  issue  de  la  Banque
d'Angleterre  règle  celle  des  banques  de  province.  »  •

/,82
/,86
&amp;amp;89
ù#
/,96
5OÚ
51Ö
516
        <pb n="801" />
        t

TABLE  DES  MATIÈRES.  TM
Pages.
CHAP.  VIH.  Considérations  sur  l’opinion  suivante  de  M.  Bosanquet:
La  cause  exclusive  du  renchérissement  des  prix  ne
provient  pas  d’un  excès  de  circulation,  mais  des  impôts
et  d’une  succession  de  disettes  521
chap.  IX.  Discussion  sur  ce  principe  de  M.  Bosanquet  :  La  reprise ­
  des  paiements  en  espèces  entraînerait  de  grandes
complications  528
Appendice.  53Ü

Essai  sur  l’influence  du  bas  prix  des  blés  sur  les  profits  du  i
CAPITAL;  montrant  le  vice  des  restrictions  dirigées  contre  les  importations ­
  ;  et  contenant  des  remarques  sur  les  deux  dernières  publications ­
  de  M.  Malthus^  ayant  pour  titres  :  Recherches  sur  la  nature  et
•es  progrès  de  la  rente  (fermage),  et  Bases  d’une  opinion  sur  la  législation ­
  restrictive  dirigée  contre  l’importation  des  blés  étrangers.  539

introduction  •  5/jl
Essai  sur  i.’it^uence  nu  bas  prix  des  blés.  5/|3  \J

Propositions  tendant  a  l’établissement  d’une  circulation  mo-’^ÉTAiRE
  économique  ET  SURE,  suivics  d’observations  sur  les  prop.ts  de
io  Banque  d’Angleterre^  envisagés  relativement  au  public  et  aux  actionflaires
  de  son  fonds  social
introduction
Ä  Rt.  —  Tout  principe  d’uniformité  dans  les  agents  de  circulation
est  un  principe  de  perfection.  —  De  l’emploi  d’une  matière  type.
—  Examen  des  objections  que  ce  système  a  soulevées.  .  .  .  577
§  H.  —De  l’emploi  d’une  matière  type  580
§  III.  —  Des  imperfections  de  l’étalon.  Les  variations  qui  tendent  à  )
abaisser  la  valeur  de  l’étalon  ne  compensent  point  celles  qui  l’af-  ^
fectent  en  sens  contraire.  —  Les  règles  de  toute  monnaie  de  I
papier  sont  d’être  en  conformité  parfaite  avec  l’étalon.  .  .  .  583
§  IV.  —  Moyen  propre  à  donner  à  la  circulation  de  l’Angleterre,
le  degré  de  perfection  possible  587
§  V.  —  D’une  coutume  qui  crée  un  grand  nombre  d’inconvénients
pour  le  commerce.  —  Remède  proposé  59Zi
§  VI.  —  La  somme  allouée  à  la  Banque  pour  ses  fonctions  publiques ­
  est  excessive.  —  Remède  proposé  596
§  VII.  —  Prolits  et  revenus  de  la  Banque  :  leurs  vicieuses  destinations. ­
  —  Remède  proposé  610
A  ppendice.  —  1.  Tableau  indiquant  le  montant  de  l’allocation  anrieelle^
  payée  par  le  public,  de  1797  à  1815,  pour  l’administration  des
dettes  de  l’Angleterre,  de  l’Irlande,  de  l’Allemagne  et  du  Portugal.  625

571
573

,  (/M'.
        <pb n="802" />
        TABLE  DES  MATIÈRES.

i-Ay


M

752
II.  Tableau  indiquant  les  sommes  payées  annuellement  à  la  Banque
pour  le  recouvrement  des  souscriptions  aux  emprunts  publics.  .  •
III.  Montant  général  de  la  dette  non  rachetée  de  la  Grande-Bretagne ­
  et  de  l’Irlande  ,  y  compris  des  prêts  faits  à  l’empereur  d’Allemagne ­
  et  au  prince  régent  de  Portugal,  au  1"  février  1815  d’après
le  compte  soumis  au  Parlement
IV.  Moyenne  de  la  circulation  de  billets  de  Banque,  y  compris  les
Bank-post-bills,  pour  chacune  des  années  1797  à  1815.  .  .
V.  Aperçu  des  profits  de  ,1a  Banque  d’Angleterre  pour  l’année
commençant  le  5  janvier  1797

id.
id.
id.
id.
id.

id.
id.
id.
id.
id.

id.
id.
id.
id.
id.

1798.
1799.
1800.
1801.
1802.

De  la  protection  accordée  a  l’agriculture.

CV-s  V  introduction
§  1".  —  Du  prix  rémunérateur
§  h.  —  Influence  de  l'augmentation  des  salaires  sur  le  prix  du  blé
8  qil.  —ilDe  l’inlluenae  des  toes  spécialepient  assises  sur  une  marchandise: ­
  ./.  Liflil
§  jlV.  —  De  l’influence  (fes  belles  récoltes  sur  le  prix  du  blé.
§  i^V.  —  De  l’influence  produite  sur  le  prix  des  blés  par  le  bill  de
'M.  Peel,  relatif  au  rétablissement  de  l’ancien  étalon.  .  .
§  VI.—  De  l’influence  qu’a  le  bas  prix  dublé  sur  le  taux  des  profits
I  Vil.  —  Sous  un  régime  de  droits  protecteurs  destinés  à  concéder
le  monopole  du  marché  national  à  nos  cultivateurs  de  blé,  les
prix  sont  nécessairement  soumis  h  de  continuelles  fluctuations
§  VIII.  —  Examen  du  projet  conçu  dans  le  but  de  prêter  de  l’argent
à  bas  intérêts  aux  cultivateurs  sur  les  blés
IX.  —  Peut-on  attribuer  aux  impôts  la  détresse  actuelle  de  notre
agriculture?
Conclusion  '  •  •
Appendice
Plan  pour  l’établissement  d’une  banque  nationale.  .  .  .
Préface
Plan  d’une  Banque  nationale
Essai  sur  le  système  des  dettes  consolidées  et  sur  l’amortis-Page»



626

626
627
627
627
627
627
628
628
6f|8
6ù6
6ù7
6î|9
652
656
657
667

V).  rfTljCD

SEMENT.

Table  générale  des  matières  contenues  dans  les  œuvres  de  Ricardo

671
680
682
686
691
697
698
699
713
768

FIN  DE  LA  TABLE  DES  MATIÈRES.
        <pb n="803" />
        a*

y.

;

I
        <pb n="804" />
        I

ist
        <pb n="805" />
        mi

mm

0^^

itîï

gw

ä#

etMT:

am

*f‘!4Jife

yww»'

«sa

!=¥.
        <pb n="806" />
        m

m

¿y

4W

ak

Kr

äV

9%

v-v*

m

'4.r

ñ

■■SR

¡0#

WÍ

#A

•.»-**S#



Ä't

14S

t4i

#.a

V#

i*f

K#

V5^

&amp;lt;*.

r&amp;lt;»

i£?j

Ä*

»ii

tom

?i*

%

#*)

I

#

»**

kl!»

%

AÎ

*5^

&amp;gt;!)*.&amp;lt;■

jn:

sm

#

4.!*

&amp;gt;.i»»

i

A&amp;lt;&amp;gt;

»*

i

SÄ

i^,ij

V*st

«•T»

51!

(k'tf/é



m

:«?

£fc

fe

K»

j*)

Ä«

&amp;amp;«|P

R5

îi

U4

&amp;gt;5»

»in

fei!

&amp;gt;.»

'A

&amp;gt;&amp;gt;»

BE

«

.-«je

«

''Ap#'

m

»V

i

IW

3-e

Àé!

m

.tM

M

%p

‘♦ß

4^

'3t

m

m

A».:«

m

m

^tf!

»w

4*

A's

m

4#

I

m

4«

«t  «

W/á

1»

M

m

ÏC'&amp;lt;V!

i

m

S"f.

%

■tÄ-W

Vi»

m

¥S

•&amp;lt;**

è'î

7Ã

mm

«•«

iV

%

»Í

W

vV

aß

%

K«

I

%gr

m

4*^

tf.y.

îï»

iV-J

Ë3

W

m

%«

¡^/S

ÿjs

4e

Ê

%

45

42^

/6&amp;amp;

V'i

g#

fî»

»Ä?i

**&amp;gt;•'&amp;gt;
        <pb n="807" />
        %

m

%

Ar

33

«»fk

%»•

xr

Sr«»

ÍV'

m

S5

#

w

#

«

%

«•

m

%

Â¥

í#:

gm

51‘

ÿi

Wt

»ífi

iVí

m

cV

#

«

#

m

m

AltH

Xíí*

g

?•«

r\T

^«3

ig

r.»

-ßSwf

i»

##

%

#

0R

«g

irV

m

5rf

%'A

m.

m

7

t.'ri

m*.

41^

#iãg

#5

i

A&amp;gt;.

a

Í5

«3

STí

IW

1

n.v

^'•1*

4

m7ß

Si

m

Çîi

»

g

@R

4Ä

m

%

a

WÍ

%

«S

*Tk

?&amp;gt;

C

k

1ÄA

An*

SA

%

(1%

*3

-A

Â4C

m

WL

'JS

W*

9«

kk

3?*

KX

*'&amp;lt;

“f  •

P#

N

à

S

s&amp;gt;

m

5'fi

ÎÈi

(%

i

i

i»

7y

#

m:

^.f

m.

m

%

«%

êS

a

»Æ
        <pb n="808" />
        !

Lr'::

I

Í/-S

U

e:

I

r

■'i.

r  ■  ■  \
'v4

a

■4

.¿...■^  ■•  .V  .

!

■'T
J./

I
:t:

jm
        <pb n="809" />
        03

0

o

3.2

2.0

O

25

r

33

Q.

CO

0

K¿

W

9

s.

25

m

fi)
        <pb n="810" />
        <pb n="811" />
        » ■ I
        <pb n="812" />
        i
      </div>
    </body>
  </text>
</TEI>
