130 LA HONGRIE une république en miniature, il arrive aussi que ce chef est élu au suffrage universel ; et l’on a vu ainsi des pères obligés d’obéir à leur fils. Le gospodar répartit la besogne et exerce une autorité patriarcale sur tous les membres de F association. M. X... m’a cité un trait qui montre jus qu où va 1 obéissance dans le clan. Un jour, le fils d’un chef avait volé des fruits dans le verger du château. M. X... alla se plaindre au gospodar. — Combien valent tes fruits? demanda celui-ci. — Un florin, répondit M. X... Le staréchina paya, et appelant son fils : — Va me chercher un banc. Le fils obéit. Le père lui fit signe de s’étendre dessus. Il lui lia les mains et lui ad ministra vingt coups de bâton. Le fils se releva, reporta le banc à sa place, et vint baiser la main de son père, en lui disant : « Merci! » Celui des associés qui s’est rendu coupable de désobéissance ou de paresse peut être privé, lors de la répartition des bénéfices, de la part à laquelle il a droit. Chez les Serbes, chaque dimanche, tous les chefs de clan se réunissent en plein air et remplissent les fonctions de juges. Ils prononcent publiquement sur les différends qui surviennent entre les divers clans , et délibèrent ensuite sur les besoins de la commune. Quand un paysan n’a pas assez de terre, la commune lui en donne ; et ces terres deviennent sa propriété, sans qu il paye rien. Aussi n’y a-t-il parmi les gens de la campagne ni grande richesse, ni grande misère 1 . L égalité des biens est la même que celle qu’on trouve dans le mir russe et le couvent chrétien. Le communisme, forme pri mitive de la propriété, n’est pas, comme on le voit, une idée moderne. Nous entrâmes dans le clan Borovèz en franchissant au moyen d’une petite échelle servant d’escalier la clôture qui l’entoure. Aussitôt les enfants qui jouaient tout nus parmi les poules, les canards et les cochons, se sauvèrent en poussant des cris d’effroi; et les poules, les canards et les cochons s’enfuirent à leur tour : ceux-ci, les oreilles droites et la queue en trompette, ceux-là les ailes om ci tes et effares, poussant des cris moins sau vages que les enfants. Les cochons disparurent dans leurs huttes recouvertes de chaume, et les poules se réfugièrent dans les maisons en volant par dessus les femmes assises sur le seuil des portes. Les chevaux qui paissaient sous les arbres prirent peur de toute cette peur et se mirent à gambader en 1 * Le peuple serbe est exempt d’idées absurdes; il n’y a pas chez nous de prolétaires. » (Tan- K0V1TSCH et Grouitcii, les Slaves du Sud.)