DE D’ADRIATIQUE AU DANUBE. 147 — On te chassera à coups de bâton. — On me battra, mais on ne me coupera pas les jambes, et je revien drai ... Quant au maire du village, il est nommé par les habitants, à haute voix. Chaque membre de la commune consulté répond : « Je vote pour un tel. » De cette façon, pas de corruption possible. Si les paysans choisissent un des leurs qui ne sait ni lire ni écrire, il n’est pas accepté par le gouvernement civil de la Croatie, qui nomme alors un maire d’office. — Il y a en Croatie bien plus de libertés municipales qu’en France. Les conseillers du maire sont aussi élus par les paysans. Le paysan investi du droit d’exercer la police rurale s’appelle pandour. Il reçoit quarante florins par an, porte sabre et fusil, et haut bonnet à plumes. Chaque paysan est généralement requis à tour de rôle pour faire des rondes de nuit. Les crimes sont si rares que lorsqu’il s’en commet un, tout le pays est en effervescence. Partout où le pandour porte un ordre, un presmo, il reçoit un verre de raki. Quand il a porté vingt presmo, il est dans un état indescriptible; aussi sa femme lui dit un jour ou l’autre : « Je ne veux plus que tu sois pandour : tu es ivre chaque soir, et tu me bats en conséquence. » Et elle s’en va chez le maire, qui destitue le mari. Nous couchâmes à Krapina. Le lendemain matin, après avoir pris quelques croquis, nous remon tâmes sur notre kola; et, à la tombée de la nuit, nous nous trouvions de nou veau au château de Biskra, autour de la table si hospitalière de M. X... — Eh bien, que dites-vous des bains de Krapina? me demanda mon hôte. — Krapina!... Mais c’est charmant quand on n’y est plus.