DE 1/AD 11 I AT I QUE AU DANUBE. 235 cellents espions. Leur agilité corporelle, la finesse de perception de leur ouïe, leur esprit rusé, leur habitude de l'observation, leur mémoire et leur connaissance des lieux, les rendent particulièrement aptes à ce métier. Ils ne manquent cependant pas de courage, et ils ont plus d’une fois vaillam ment combattu pour 1 indépendance hongroise. En 1557, bereugi leur confia la défense du château fort de Aagy-Ida. Ils se comportèrent avec tant de vaillance que 1 ennemi dut se retirer; mais dans F enivrement de leur triomphe, ils lui crièrent que s ils n avaient pas manqué de munitions, ils l’auraient bien autrement arrangé. Les Turcs reprirent 1 offensive, et les Tziganes furent massacrés, au nombre de mille, du premier au dernier. Tous les ans, les Bohémiens de la haute Hongrie célèbrent le triste anniversaire de celle funèbre journée ; ils se lamentent et jouent en 1 honneur des morts une mélodie funèbre : la Nagy-Idaev, qu’ils u exécutent jamais en public, et qui passe pour un de leurs chefs-d’œuvre. On a souvent vu des Tziganes a qui l’on rappelait le souvenir de ce massacre, briser leur violon et en jeter les débris en signe de douleur et de désespoir. Le Bohémien est aussi prompt à la colère qu’à la joie. Entre eux, ils livrent quelquefois de vraies batailles, auxquelles prennent part les femmes, les enfants et les chiens. Mais la paix se conclut aussi rapidement que la guerre s’est allumée ; jamais le Tzigane ne nourrit une arrière-pensée de vengeance. Parfois aussi ils se provoquent â des combats singuliers, à des duels au poignard ou au couteau. Ils se mettent alors complètement nus, non pour se blesser plus facilement, mais simplement pour ménager leurs habits. La plus grande injure qu’un Bohémien puisse faire à un autre, c est de lui dire : « Je mets ta tète sous la jupe de ta femme. » (Me tschiwawa tiro s/iero tele ttri romniakri soc/ia. ) Cette injure amène toujours un combat san glant. Aux yeux des Tziganes, tous les objets que touchent les vêtements d une femme sont impurs. Malgré la faim, la soit, toutes les misères et les avanies dont un Bohé mien a â souffrir, ou n’en a jamais vu se suicider. On cite le seul exemple d une vieille Tzigane qui, pour échapper à ses persécuteurs, pria un berger de T enterrer vivante. Entre eux, les Bohémiens parlent la langue de leur berceau, a laquelle se mêlent plusieurs mots d’origine étrangère. Comme les anciens Romains et les Indiens de 1 Amérique du Aord, ib* ajoutent à leur nom de famille un qualificatif qui correspond a\ec le carac tère de 1 individu : ainsi Met ton go s’appellera le fort, ou le Rouge, Muta,