DE L’ADRIATIQUE AU DAIS U BE. 271 Si j’étais un savant, quelle belle occasion de vous développer ma petite théorie des éruptions volcaniques! Car les géologues sont partagés en deux camps : les uns disent que 1 intérieur de notre planète n’étant composé que de matières en fusion, d’une masse liquide incandescente, il arrive que cette masse de feu brise parfois la croûte qui s’est formée à sa surface et que nous appelons l’écorce terrestre; les autres prétendent, en raison de la situation des volcans au bord de la mer, que l’eau réduite en vapeur et décomposée par la chaleur intérieure du globe, a assez de force pour briser los assises terrestres et lancer au dehors des colonnes de vapeur et de gaz. Mais ce n est pas aux cratères de Tihanv, démis de leurs fonctions depuis longtemps, qu’il faut demander laquelle de ces deux théories est la plus vraie ou la plus vraisemblable. Le couvent des Bénédictins nous apparut bientôt, avec les deux clochers de son église, et ses grands murs qui lui prêtent l’aspect d’un château fort. Autrefois, on pouvait faire en voiture le tour du monastère; aujourd’hui, il est tout au bord de la falaise, dont les rocs se sont détachés : il surplombe l’abîme. Le portier nous conduisit auprès d’un Père qui remplissait je ne sais quelles fonctions supérieures, et qui nous reçut de la façon la plus aimable; il nous fit asseoir sur un canapé et, prenant un petit coffret placé sur la commode, nous offrit des cigares. La chambre était bien meublée; une étagère fixée au mur supportait toute une petite bibliothèque de publi cations récentes; un christ en ivoire d’une rare beauté était suspendu entre deux vieilles horloges, dont les aiguilles immobiles semblaient marquer T éternité. Le Père nous pria de rester à dîner. On sait que les couvents hongrois pratiquent encore b hospitalité d’une façon princière. — Voulez-vous, nous dit-il ensuite, que je vous conduise au point le plus élevé de la butte de Tihany? Vous verrez un beau panorama. Vous nous levâmes pour le suivre. Il nous mena, par un sentier de mon tagne plein de flânerie et bordé de jolies fleurs roses et bleues, sur un mon ticule qui est à gauche. De ce belvédère de verdure, l’œil embrasse la contrée entière, et le lac dans une étendue de quinze lieues. C’est un spec tacle vraiment magnifique. A vos pieds, les flots du lac brillent et miroitent comme des pierreries liquides. A gauche, les blanches maisons de Füred, au milieu de leurs bosquets et de leurs jardins, font songer à un troupeau d autruches dans une oasis. Derrière Füred, des vallées mignonnes aux fossettes noyées d’ombre, et dans lesquelles se sont nichés de coquets villages, fuient en perspectives décroissantes et vont s’évanouir comme des