272 LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE. nuages au fond donnant du ciel. Au nord, la forêt de Bakony montre ses leur immensité nue, leurs plaines sans bornes, où l’âme, comme l'aigle, peut contempler l’infini, où les hennissements des chevaux sauvages se mêlent aux cris et aux claquements du fouet des czikos, où des centaines de bestiaux se précipitent à la même heure vers l’eau des citernes, où le héron et la cigogne errent sans crainte au bord des marécages moirés de grands lentisques et couverts d’oiseaux au plumage étincelant; là, dans la puszta, tout est varié, tout est changeant : le matin s’y montre avec la grâce d’une blonde jeune fille courant nu-pieds dans la rosée; et, à l’heure ardente de midi, la tone se ride, s enfle, craque, les herbes pendent flétries sous les brûlures du soleil. Comme nous étions encore sur la butte, un prêtre en gants blancs, coiffé d un large chapeau de paille et suivi d un petit chien, vint nous rejoindre : c’était le curé de Tihany. Ses paroissiens, peu nombreux, disséminés dans de pauvres cabanes au bord du lac, sont pêcheurs pour la plupart. Le Balaton est très-renommé pour ses poissons; le fogas, espèce de perche colossale qui ne se trouve que dans la « mer hongroise », est sur vertes et mystérieuses profondeurs, et déroule jusqu à l’horizon les cimes de ses arbres dentelées comme les vagues d’une mer. De l’autre côté du lac, au sud, les steppes déploient jusqu’au Danube Le couvent de Tihanv.