LA HONGRIE 330 L’Occident était forcé et ouvert. Et après les Huns, ce furent les Goths, les Vandales : toute la barbarie qui se répandit comme une vaste inonda tion, emportant et submergeant tout. Pendant cinq cents ans, le Danube rentra dans la nuit de Phistoire. Enfin Charlemagne rendit le fleuve libre, comme il avait rendu le Rhin il la civilisation, au progrès, à P industrie, au commerce, à la navigation. Des flottilles marchandes reparurent sur ses flots abandonnés, et vinrent renouer les relations longtemps interrompues entre 1 Europe et l’Asie. Mais au fond de 1 horizon, on vit soudain poindre un nuage menaçant ; ce nuage noir grandit, approcha et vomit de nouvelles hordes, sœurs des premières, accourant au galop de leurs chevaux sauvages, des steppes de P Asie, pour mettre de nouveau l’Occident à feu et à sang. Ces terribles cavaliers étaient les Magyars, Finnois d’origine, habitant primitivement les deux versants de P Oural. Ils avaient traversé le Volga sur de légers radeaux soutenus par des outres, et s’étaient établis dans une vaste plaine, près du Don supérieur. Séduit par leur réputation d’intrépides guerriers, l empereur Arnulf les prit à son service pour détruire l’empire de la grande Moravie. Après la victoire, les Magyars retournèrent dans leur pays, mais ils avaient appris à connaître le chemin du Danube. En 888, ils revinrent avec leurs chariots, leurs tentes, leurs chevaux, leurs femmes et leurs enfants; la Hongrie leur semblait non-seulement une proie, mais une nouvelle patrie à conquérir. Une fois maîtres du pays qu’ils convoitaient, ils dévastèrent P Europe, Leurs hordes portèrent le pillage et l’incendie en Allemagne, en France, en Italie. Ils revenaient chargés de butin, et leur nom était synonyme de brigandage et de destruction ; les anciens historiens n’en parlent pas comme de fils d’hommes, mais attribuent leur naissance à des esprits infernaux. Leur roi Étienne le Saint ayant embrassé le christianisme, ils abandon nèrent la vie errante pour se fixer dans les vastes puszta qu’ils occupent encore aujourd hui. A partir de ce moment, la navigation commerciale du Danube prit un rapide essor, que soutint et développa le passage des croi sés. Les Pays-Bas et 1 Allemagne expédiaient par cette voie des armes au* infidèles, malgré les menaces du Pape; la Frise et les villes de Magdebourg, de Salzwedel, envoyaient leurs étoffés de laine aux ports de 1 Asie; Passau et Ratisbonne fournissaient tont l’Orient de leurs célèbres draps écarlate ; la Bohême, la Hongrie, transportaient jusqu’à Constantinople l’or et l’ar- gent recueillis dans leurs mines. L’Allemagne n’exportait pas seulement ses armes et ses armures,