de  1881  a  1902

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un  millier  de  francs  par  tête  '.  M.  de  Fo  ville,  citant  cette  évaluation,
la  trouve  plutôt  faible  qu’exagérée  1  2 .  En  tous  cas,  elle  est  complètement ­
  conjecturale,  et  son  auteur  ne  la  justifie  par  aucun  calcul
précis.  Observons  d’ailleurs  qu’il  donne  le  chiffre  de  35  à  40  milliards
comme  représentant  la  totalité  des  échanges  de  toutes  sortes,  ventes
au  détail  comprises,  qui  se  feraient  dans  la  société  française  en  une
année.  Il  n’y  a  pas  de  statistique  qui  permette  de  se  former  sur  ce
point  une  opinion  raisonnée.  Admettons  pourtant  que  le  chiffre  de
40  milliards  puisse  être  considéré  comme  exact.  Peut-on  utilement
en  rapprocher  le  chiffre  du  commerce  extérieur?  Il  s’agirait,  bien
entendu,  du  commerce  extérieur  total,  exportations  et  importations,
puisque  les  unes  et  les  autres  représentent  également  des  échanges
et  que  ce  sont  ici  des  sommes  d’échanges  que  nous  voulons  comparer ­
  entre  elles.  Le  commerce  extérieur  s’élevant  en  moyenne  à
8  milliards  représenterait  le  cinquième  des  échanges  intérieurs.
Mais  une  telle  conclusion  est  absolument  sans  valeur.  Quand  des
produits  français  pour  une  somme  de  4  milliards  sortent  de  chez
nous  et  vont  se  vendre  à  l'étranger,  la  douane  n’enregistre  qu’une
seule  opération  d’échange  parmi  celles  dont  ces  4  milliards  de
produits  ont  pu  être  l’objet  :  la  vente  par  le  négociant  français
exportateur  au  négociant  étranger  importateur.  Celte  opération
d’échange  a  été  vraisemblablement  précédée  de  quelques  autres
sans  lesquelles  elle  n’aurait  pas  été  possible  et  dont  il  n’est  pas
d'une  bonne  méthode  de  la  séparer  :  le  négociant  exportateur  de
farine  l’a  achetée  à  un  minotier,  qui  lui-même  l’a  reçue  sous
forme  de  blé  d’un  marchand  de  grains  qui  tenait  ce  blé  d’un
cultivateur.  Il  est  to  ut-à-fa  il  bizarre  de  séparer  l’opération  termimde
  de  celles  dont  elle  est  la  suite  et  sans  lesquelles  elle  n’aurait
pas  lieu,  et  de  les  classer  dans  deux  groupes  distincts  d’échanges
qu’on  oppose  l’un  à  l’autre  et  dont  ou  compare  l’importance  réciproque. ­
  De  même  et  inversement,  quand  4  milliards  de  produits
étrangers  entrent  chez  nous,  ils  deviennent  le  point  de  départ  de
toute  une  série  de  mouvements  d’échange  intérieur;  ils  font  souvent
bien  des  détours  et  prennent  le  chemin  des  écoliers  depuis
l’entrepôt  qui  les  abrite  provisoirement  jusqu’au  consommateur
dont  le  besoin,  connu  ou  deviné,  a  provoqué  leur  entrée  en  France.

1  Statistique  de  la  France,  2*  édit.,  t.  II,  p.  249.
5  La  France  économique,  p.  210-211.