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ÉTUDE  SUR  LE  COMMERCE  EXTÉRIEUR  DE  LA  FRANCE

vérité  est  souvent  méconnue.  Il  ne  peut  pas  être  question  de  commerce ­
  extérieur  et  de  régime  douanier  sans  que  de  part  et  d’autre
on  ne  prédise  les  plus  grands  malheurs,  les  uns  soutenant  que  tout
est  perdu  si  les  tarifs  sont  augmentés,  les  autres  que  le  pays  sera
ruiné  si  on  ne  les  augmente.  Protectionnistes  ou  libres  échangistes,
leur  vision  est  pareillement  catastrophique.  Et  sans  doute  l’âpreté
des  intérêts  en  lutte  explique  ces  inélégances,  mais  elles  proviennent ­
  aussi  du  dogmatisme  des  systèmes.  Ce  n’est  pas  à  dire  d’ailleurs ­
  qu’un  régime  douanier  n’exerce  pas  d’influence  sur  le  commerce ­
  extérieur  du  pays  ;  il  en  exerce  une  grande,  et  cette  élude
est  toute  consacrée  à  en  démêler  les  elfets.  Mais  cette  influence
n’est  point  exclusive.  L’abaissement  ou  le  relèvement  des  tarifs,
c’est  une  force  qui  agit  parmi  beaucoup  d’autres.  Un  régime  douanier ­
  protecteur  est  évidemment  un  obstacle  à  l’échange  international, ­
  et  il  ne  remplirait  pas  le  rôle  qu’on  attend  de  lui  s’il  ne  l’était
pas.  Mais  combien  d’autres  faits  poussent  à  l’extension  des  échanges ­
  !  La  facilité  croissante  et  le  goût  plus  répandu  des  voyages,
par  lesquels  la  curiosité,  le  désir  des  choses  et  des  produits  étrangers ­
  s’infiltrent  peu  à  peu  dans  chaque  pays,  même  parmi  les
masses  immobiles  que  la  pauvreté  et  la  nécessité  du  travail  quotidien ­
  enchaînent  ;  le  cosmopolitisme  des  capitaux  ;  la  rapidité  et  le
bon  marché  du  transport  des  marchandises;  la  concentration  des
entreprises,  qui  leur  fait  une  loi  de  chercher  sans  relâche  à  étendre
leurs  débouchés,  et  la  lente  uniformisation  des  besoins,  qui  permet
à  la  grande  industrie  de  fabriquer  le  même  produit  à  des  millions
d’exemplaires  pour  des  hommes  vivant  aux  quatre  coins  du  monde  :
tout  cet  ensemble  d’influences  pèse  sur  les  barrières  que  les  nations
placent  entre  elles,  et  les  écarte.  La  vie  économique  nationale  de
chaque  peuple  est  de  plus  en  plus  mêlée  à  celle  des  autres.  Il  ne
dépend  pas  d’un  tarif  d’arrêter  ce  mouvement  qui  lient  à  des  causes
très  profondes,  et  quant  on  traite  des  questions  de  régime  douanier, ­
  il  ne  faut  pas  oublier  que  ce  n’est  là  qu’un  des  éléments  qui
agissent  sur  l’échange  international.
§  3.  Toutefois,  si  le  développement  de  nos  échanges  extérieurs,
un  moment  arrêté,  a  repris  sa  marche,  il  n’eu  est  pas  moins  vrai
que  ce  développement  est  peu  rapide  par  comparaison  à  celui  des
autres  pays.  Considérons  le  commerce  extérieur  au  début  et  à  la  fin
de  la  période  1881-1902,  dans  les  trois  années  1881-1883  et  dans
les  trois  années  1900-1902.  Cela  nous  donne  le  tableau  suivant  :