22  ÉTUDE  SUR  LE  COMMERCE  EXTÉRIEUR  DE  LA  FRANCE
échanges  avec  les  pays  étrangers;  il  n’apporte  pas  la  preuve  que,
vis-à-vis  des  industries  rivales,  la  capacité  de  concurrence  des
nôtres  ait  augmenté.  En  regard  du  chiffre  d’affaires  croissant  que
nous  faisons  avec  les  colonies,  il  faudrait  placer  les  sommes  que
leur  conquête,  leur  entretien,  leur  garde,  leur  développement  économique ­
  nous  ont  coûté  et  nous  coûtent  encore.  Il  y  a  là  une  fraction ­
  du  commerce  extérieur  dont  la  prospérité  est  chèrement  achetée, ­
  et  cette  constatation  n’est  pas  pour  atténuer  l'impression  que  les
statistiques  précédemment  exposées  nous  donnent  d’un  développement ­
  un  peu  languissant  et  faible  de  nos  affaires.
Dans  cette  situation,  qui  est  moins  fâcheuse  en  elle-même  que
par  le  contraste  qu’on  y  trouve  avec  l’élan  de  quelques  autres  pays,
quelle  est  la  part  de  responsabilité  du  tarif  douanier?  Je  crois  que
nous  touchons  ici  au  point,  si  vite  atteint  dans  les  problèmes  économiques, ­
  ou  le  peu  de  certitude  que  peuvent  nous  donner  des
constatations  précises  est  épuisé,  et  au  delà  duquel  s’étend  le
domaine  de  l’appréciation  subjective.  Si  l’empire  industriel  et  commercial ­
  du  monde  tombe  de  plus  en  plus  en  partage  à  d’autres  que
nous,  il  faudrait  beaucoup  d’esprit  de  système  pour  croire  qu’un
régime  douanier  moins  restrictif  et  le  retour  aux  traités  de  commerce ­
  suffiraient  à  nous  le  donner.  Nous  l’avons  perdu,  cet  empire,
et  cela  probablement  pour  bien  longtemps,  par  l’action  de  causes
très  générales  et  très  profondes.  Dans  une  période  historique  qui  a
instauré  la  prépondérance  de  la  grande  industrie,  nous  sommes
restés  un  peuple  de  petits  et  de  moyens  producteurs.  Le  recensement ­
  professionnel  de  1890  a  montré  que  chez  nous  la  concentration ­
  économique  ne  s’opérait  que  d’une  façon  lente  et  incertaine.
Le  nombre  des  travailleurs  isolés  et  indépendants  est  considérable; ­
  ils  sont  4.291.000  et  forment  23,60  p.  100  de  la  population
active  totale.  En  outre,  parmi  ce  que  la  statistique  administrative
appelle  les  établissements  (deux  personnes  au  moins),  beaucoup
n’ont  pas  d’employé  :  c’est,  par  exemple,  le  mari  et  la  femme  qui
travaillent  ensemble.  En  laissant  de  côté  l’agriculture,  il  y  a,  sur
un  total  de  961.000  établissements  se  rattachant  soit  à  l’industrie,
soit  au  commerce,  111.567  établissements  sans  employé  (72.888
pour  le  commerce  et  38.679  pour  l’industrie).  Si  l’on  forme,  parmi
les  établissements  avec  employés  (le  terme  étant  pris  dans  l’acception ­
  la  plus  générale  et  englobant  les  ouvriers)  quatre  catégories
qu’on  peut  approximativement  appeler  catégories  des  petits,  moyens.