DE  1881  A  1902

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Un  des  effets  principaux  du  tarif  de  1892  a  été  de  conférer  aux
propriétaires  du  sol  le  quasi-monopole  de  la  fourniture  du  marché
intérieur  en  objets  d’alimentation.  Il  est  vrai  que  celte  main-mise
sur  le  marché  intérieur  a  été  achetée  au  prix  d’une  moindre  exportation ­
  de  ces  mêmes  objets.  Mais  l’exportation  n’a  perdu  qu’une
moyenne  annuelle  de  104,8  millions;  l’importation  a  perdu,  et  par
conséquent  la  production  indigène  a  gagné  une  moyenne  annuelle
de  449,8  millions.  La  démocratie  rurale  a  ainsi  tourné  à  son  avantage ­
  économique  la  prépondérance  politique  dont  elle  dispose.  La
formule  la  plus  abrégée  qu’on  pourrait  donner  du  tarif  de  1892,
si  on  cherchait  à  le  définir  par  les  buts  pratiques  qu’il  a  poursuivis
et  atteints,  c’est  qu’il  a  constitué  la  consommation  alimentaire  des
Français  en  une  sorte  de  domaine  dont  l’exploitation  est,  par  privilège, ­
  réservée  au  paysan  national.
§  3.  Le  rapport  entre  les  exportations  et  les  importations  s’est
modifié  depuis  1892.  Celles-ci,  d'ailleurs,  demeurent  supérieures  à
celles-là,  mais  la  marge  s’est  rétrécie.  Le  tableau  suivant  présente
la  comparaison  des  excédents  d’importation,  comme  total  et  comme
moyenne  annuelle,  dans  les  deux  moitiés  de  la  période  1881-1902.

Les  excédents  d’importation  ont  donc  diminué  de  près  de  moitié,
exactement  de  49,27  p.  100.
En  s’attachant  à  la  conception  simpliste,  si  répandue  dans  le  public
et  qui  a  été,  au  moment  de  la  réforme  douanière  de  1892,  maintes
fois  exprimée  soit  dans  les  rapports  et  les  débats  parlementaires
soit  dans  la  presse,  d’après  laquelle  l’importation  est  une  source
de  dettes  pour  la  collectivité  nationale  et  l’exportation  une  source
de  créances,  de  sorte  que  la  comparaison  des  unes  et  des  autres
ferait  ressortir  tantôt  un  actif  et  tantôt  un  passif,  on  sera  conduit  à
interpréter  de  la  manière  suivante  les  chiffres  qui  viennent  d’être
présentés.  Dans  la  période  1881-1891,  la  collectivité  française  se
trouvait,  année  moyenne,  débitrice  de  1.009,6  millions  par  suite
des  opérations  du  commerce  extérieur,  et  sa  dette  globale,  pour  les
onze  années,  ressort  à  11.106.2  millions;  dans  la  période  1892-1902
  elle  s’est  trouvée,  année  moyenne,  débitrice  de  512,1  millions,
Truchy  3

Excédents  d’importation  (en  millions  de  francs).

Période  1881-1891.

Période  1892-1902.

En  moins  pour

1892-1902.

Total.  .  .  .  11.106,2
Moyenne.  .  1.009,6

Total.  .  .  .  5.633,2
Moyenne.  .  512,1