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ÉTUDE  SUR  LE  COMMERCE  EXTÉRIEUR  DE  LA  FRANCE

La  conception  du  transfert  international  des  marchandises  comme
source  de  créances  et  de  dettes  n’exprime  que  très  imparfaitement
la  réalité.  Source  de  créances  et  de  dettes,  il  l’est  sans  doute,
mais  il  est  aussi  le  moyen  de  liquidation  des  créances  et  des  dettes
formées  ailleurs.  On  s’attarde  à  ne  l’envisager  que  comme  une
cause  alors  qu'il  est  aussi  une  conséquence.  Dans  ce  monde  économique ­
  moderne,  si  complexe,  les  nations  se  trouvent  pour  des
raisons  diverses  et  multiples  créancières  ou  débitrices  les  unes  des
antres  ;  leurs  relations  réciproques  se  résument  en  un  solde  tantôt
créditeur  et  tantôt  débiteur.  Il  n’est  pas  possible  que  d'une  façon
normale  ces  soldes,  s’ils  sont  élevés,  se  règlent  entièrement  en
numéraire  ;  le  numéraire  ne  joue,  dans  l’ensemble  du  commerce
international,  qu’un  rôle  accessoire.  Le  règlement  des  soldes  se
fait  pour  une  large  part  en  marchandises  ;  et  ainsi  les  excédents
d’importation  ou  d’exportation  n’ont  point  de  signification  propre  ;
ils  ne  sont  que  l’expression  d’une  situation  générale  ;  ils  clôturent
et  liquident  le  bilan  économique  annuel.
§  5.  L’influence  que  le  tarif  douanier  de  1892  a  pu  exercer  sur
le  rapport  entre  les  exportations  et  les  importations  apparaîtra  dès
lors  très  clairement.  Elle  est  double.
I o  D’une  part,  une  fraction  des  importations  qui  précédemment
prenaient  la  forme  marchandise  ont  pris  la  forme  numéraire.  Transformation ­
  nécessaire  :  à  la  marchandise  qui  rencontre  l’obstacle  du
droit  de  douane  se  substitue  le  numéraire  qui  passe  librement.
Aussi,  depuis  1892,  alors  que  les  excédents  d’importation-marchandise ­
  diminuaient,  les  excédents  d’importation-numéraire  ont
augmenté.  Le  tableau  suivant  permet  de  faire  la  comparaison.

Période  1881-1891
(En  millions  de  francs.)

Période  1892-1902
(en  millions  de  francs.)

Excédents  moyens
d’importation-marchandise ­


Excédents  moyens
d’importation-numéraire


Excédents  moyens
d’importation-marchandise ­


Excédents  moyens
d'import  ation-numéraire


1.009,6

45,6

512,1

167

Ce  changement  de  forme  dans  les  richesses  importées  est-il  un
bien  ou  un  mal?  Question  que  l’on  peut  résoudre  en  se  plaçant  à
des  points  de  vue  assez  divers.  Je  crois  qu’il  est  difficile  de  considérer ­
  la  substitution  du  numéraire  aux  marchandises  comme  une
chose  avantageuse,  lorsqu’on  rapproche  la  situation  monétaire  de
la  France  de  celle  des  autres  nations.  Nous  sommes  la  nation  la