DE  1881  A  1902

45

mieux  pourvue  de  numéraire.  M.  de  Foville,  en  1885,  évaluait
notre  stock  monétaire  à  8  milliards,  dont  5  d’or  et  3  d’argent'  ;  il
s’est  accru  depuis.  Nous  employons  plus  de  numéraire  que  l’Angleterre, ­
  l’Allemagne  ou  les  Etats-Unis  à  faire  un  chiffre  d’affaires
moins  considérable.  S’il  faut  en  croire  les  statistiques  de  la  Direction ­
  des  monnaies  des  Etats-Unis,  la  quantité  d’or  dont  nous  disposons ­
  par  tète  est  très  supérieure  à  celle  dont  disposent  les  autres
pays 1  2 .
Stock  d’or  par  tète  (en  dollars;.

France  23,11
Etats-Unis  14,98
Allemagne  13,52
Angleterre  12,69

Suisse  8,32
Pays-Bas  7,55
Italie  3,12
Belgique  2,94

Il  ne  peut  donc  y  avoir  aucun  avantage  à  continuer  d’amasser
cette  monnaie  de  métal  qui,  au-delà  d’une  certaine  quantité,  coûte
plus  cher  qu’elle  ne  rend  de  services.  Elle  est  pour  nous  une  marchandise ­
  relativement  inutile,  et  elle  tient  dans  les  excédents  d’importation ­
  la  place  de  marchandises  mieux  adaptées  aux  besoins  de
la  consommation.  Il  est  curieux  de  constater  que  le  tarif  de  1892  a
modifié  le  plus  profondément  deux  catégories  d’importations  :  les
importations  d’objets  d’alimentation,  qui  ont  été  beaucoup  diminuées, ­
  et  ¡es  importations  de  numéraire,  qui  ont  été  beaucoup  augmentées. ­
  On  n’hésitera  pas  à  apprécier  défavorablement  ce  double
changement  si  on  se  place  au  point  de  vue  des  intérêts  de  la  consommation ­
  nationale;  mais  ceci  suppose  admis  que  la  consommation ­
  est  le  but  et  la  raison  d’etre  de  la  production.  Evidemment ­
  les  auteurs  aux  yeux  de  qui  la  production  est  à  elle-même
son  propre  but  seront  conduits  à  une  appréciation  plus  indulgente,
parce  que  l’importation  des  objets  d’alimentation  représente  pour
les  producteurs  nationaux  une  concurrence,  tandis  qu’il  n’en  est
pas  de  même  de  l’importation  du  numéraire.  On  peut  encore  prendre ­
  comme  point  de  départ  l’idée  que  certaines  concurrences  menacent ­
  dans  leur  existence  même  les  forces  productives  nationales;
on  accepterait  alors  la  substitution,  dans  les  produits  importés,  de
choses  moins  utiles  à  des  choses  plus  utiles,  comme  un  des  sacrifi-1

  La  France  économique,  p.  309  et  s.
2  Cité  dans  le  Rapport  du  Directeur  des  monnaies  au  Ministre  des  finances
8°  année,  p.  317.