LE RÔLE DE LA MARINE MARCHANDE. l5 « Il y a des raisons — des raisons d’ordre commercial — indépendantes des sympathies et des antipathies, pour toutes les nations européennes, sinon de se rapprocher les unes des autres, du moins d’essayer de suspendre ou d’aplanir leurs animosités, en considérant la nature redoutable des compétitions qu’elles rencontreront fatalement du côté des deux Amériques. « La valeur des terrains houillers et de la force hydrau lique des Etats-Unis est aussi connue (pie l’est l’énergie de son peuple. Les ressources extraordinaires des répulilifpies latinisées de l’Amérique du Nord, du Centre et du Sud sont moins reconnues en Europe. Nous devons cependant nous en inquiéter (( En Europe, on est trop disposé à regarder l’Allemagne comme la grande rivale commerciale de la Grande-Bretagne. Le fait est que ce sont les États-Unis devant qui, au point de vue commercial, le Boyaume-Uni, aussi bien (¡ne l’Allemagne et la France, devra bientôt baisser pavillon. Nos querelles ne peuvent qu’accélérer la vitesse avec lacpielle les deux Amériques marchent pour conquérir le premier rang... » Ce n’est pas seulement en Angleterre que l’expansion américaine surprend, inquiète, déconcerte les esprits. Il suffit d ouvrir les revues commerciales allemandes ou belges pour y retrouver l’écho des memes appréhensions. Quelle conclusion en tirer, sinon que la prospérité com merciale de 1 Angleterre, de l’Allemagne, de la Belgique et de la France est précaire, puisqu’elle devra compter, dans un avenir rapproché, avec la rivalité d’une nation ardente, jeune, disposant de capitaux énormes, douée d’un admi rable esprit d’initiative et d’un remarquable sens des affaires ? La ressource ne nous reste même pas de nous dire : « Soit 1 l’avenir est sombre ! mais bien des années s’écouleront avant que les prévisions pessimistes puissent se réaliser !»