32 LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE. française vers la coiistitiilion d’immenses déboneliés colo niaux. Nous avons pris la Tunisie, le Tonkin, le Dahomey, le Gong|o, Madagascar; semé le désert africain des ossements blanchis de nos explorateurs, de nos officiers, de nos sol dats. Demain, nous prendrons le Maroc. Le parti colonial est insatiable dans son appétit, et s’il pouvait atteindre la Lune, volontiers il l’annexerait. C’est fort bien, et la ressource nous reste de penser que les plus sages, en pareille matière, sont peut-être les plus fous, puisque les nations « d’esprit pratique », l’Angleterre, l’Allemagne, les États-Unis, paraissent possédées comme nous de cette rage colonisatrice. Nos possessions lointaines nous ont coûté cher ; leur con quête exigea les millions par centaines et les vies par mil liers. Elles nous ont même valu des crises tragiques, où l’opinion se demandait avec anxiété si la France, oublieuse de l’amputation subie pendant l’année terrible, n’allait pas être obligée, à propos des marécages du Bahr cl Ghazal, de tirer l’épée contre sa voisine et sa principale cliente ! Quelle raison donner à un aussi gigantesque eifort et comment se justifier d’exposer le pays à de pareils dangers, si l’on n’invoque la nécessité de trouver des débouchés à notre production nationale ? Et cependant, le grand échange commercial escompté entre la métropole et ses établisse ments d’outre-mer reste encore à réaliser. Malgré nos barrières et notre arsenal de lois protection nistes, le produit anglais, allemand, américain s’insinue sur notre propre domaine et s’y développe plus que celui de l’industrie française. Nous tirons les marrons du leu pour en régaler nos concurrents. Péchons-nous par impuissance et l’avisé diplomate que fut M. de Chaudordy aurait-il donc vu juste lorsqu’il écrivait : « La France ne sera jamais une puissance coloniale. On