LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE. l64 commune taclique, prétendre aux brillantes destinées qu’elles rêvent l’une et l’autre. Dans un pays où les ports seraient exploités par des sociétés, il faudrait qu’une même compagnie groupât Saint-Nazaire et Nantes. De cela, il n’est aucun bon esprit, de Saint-Nazaire à Nantes, qui ne soit convaincu. Unis, les deux ports peuvent raisonnablement aspirer à se partager au moins l’empire de l’océan Atlanti- ({ue — sinon davantage : Saint-Nazaire demeurant la tête de ligne des services rapides, le port d’arrivée des cargos démesurés destinés au transport du charbon, et qu’on ne peut, en aucun cas, prétendre amener à Nantes, tant qu’on améliore le bas fleuve ; Nantes, au contraire, devenant le port de transit du gros fret, amené par des bateaux de ton nage moyen et appelé à poursuivre sa route vers l’inté rieur » Saint-Nazaire a fait sans doute — qui n’a jamais caressé de chimère ? — le rêve ambitieux de monopoliser tout le trafic de la basse Loire. Mais elle s’est aperçue, elle ne pou vait pas ne pas s’apercevoir, qu’un port, pour grandir, doit être l’aboutissant logique de tout un arrière-pays, la porte de sortie et d’entrée, à la fois, d’un vaste marché d’échanges — et qu’il lui est interdit de posséder ce (jue Michel Che vallier appelle « une existence solitaire ». Boulogne, la Pal- lice meurent de leur isolement. Dunkerque ne se développe que grâce à l’immense réseau de canaux qui va drainer, pour l’amener jusqu’au bas de ses quais, la production industrielle du Nord. De même, la prospérité de Nantes, par la navigabilité de la Loire, est fonction de celle de Saint- Nazaire. D’ailleurs, si quelque doute subsistait à cet égard, le simple examen des statistiques le dissiperait. Le tonnage de Saint-Nazaire était en 1870 de 54i,3s!2 tonneaux; en 1899, la jauge légale des navires pénétrant dans ce port s’élève à