LES CHANTIERS DE LA CLYDE. 267 fébrile d’abattre le plus de besogne possible, ils ne sont pas toujours très prudents. Le moindre faux pas sur les poutrelles d’acier des navires, placées à vingt mètres au-dessus du sol, peut devenir mortel pour les forgerons, les « plaquiers », les rivenrs qui y circu lent. Peu de jours avant ma visite, une chute terrible avait ainsi précipité un malheureux jeune homme dans l’abîme des lianes rigides de l’un des vaisseaux en construction. On l’avait relevé mort. M. Russell me disait d’ailleurs que les accidents étaient plus fréquents dans son chantier que dans aucun autre de la Clyde ; l’assurance (pi’il supporte de ce chef n’a cependant rien d’exagéré, car elle lui coûte seule ment 8 shillings par 100 livres sterling de salaires. Les frais généraux de l’établissement sont peu élevés : bien (pie les chantiers occupent 2,000 ouvriers, le personnel des bureaux, y compris les ingénieurs, dessinateurs, comp tables, etc., n’atteint pas trente personnes. Grâce à une forte et méthodique organisation, grâce à l’activité personnelle de leur directeur — carré en affaires, vrai type de businessman — les chantiers Russell arrivent à une production économique et puissante ; ils sont les pre miers de la Clyde par le tonnage et le bon marché. Leur fabrication n’est pas toujours sans défauts, et j’ai entendu d’autres shipbuilders dire que les cargos sortant de cette usine navale souflVaient beaucoup par les gros temps et s’usaient avec rapidité. Si ce reproche est fondé — il con vient de l’accueillir avec d’autant plus de réserve qu’il émane de rivaux ! — comment expliquer la vogue énorme des chan tiers Russell qui, en vingt ans, sont arrivés à conquérir la troisième place du monde dans la construction des coques ? En réalité, les chantiers Russell, qui offrent à l’armateur l’inappréciable avantage de lui livrer, en six mois, un cargo- boat de vaste capacité à un prix généralement inférieur d’une