LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE. 3i4 On sait la caractéristique saisissante de celle-ci et les mo difications essentielles qu’elle a apportées dans les rapports du capital et du travail. La fin du xviii® siècle a vu l’aurore de deux révolutions immenses et profondes — une révolution morale et politique, une révolution économique — aboutis sant toutes les deux à des divorces retentissants. Tandis que la première, sous l’influence d’une philosophie qui laïcisait désormais les espoirs et les doléances de la foule détournée des miraqes reliqieux, jirovoquait le qrand divorce du ciel et de la terre, la seconde par l’invention des instruments méca niques, point de départ de toute la transformation industrielle et sociale des cent dernières années, prononçait le divorce du travailleur et de la propriété des moyens de production. Le triomphe du machinisme, substituant de plus en plus au ])etit atelier la qrande usine, la qrande entreprise qui qroupe une masse considérable de travailleurs, a condamné l’ouvrier à rester ouvrier « sa vie durant », en a fait un salarié à vie, « a réduit, selon l’expression de M. Sydney Webb, à une chance infinitésimale pour lui la chance de devenir bii-méme un maître ». M. Inqram (') a exprimé cette révolution indus trielle en disant que « toute l’orqanisation moderne du travail dans ses formes avancées repose sur un fait fonda mental qui s’est développé spontanément et en proqression continue, à savoir la séparation définitive entre les fonctions capitalistes et celles de l’ouvrier, ou, en d’autres termes, entre la direction des opérations industrielles et leur exécu tion en détail ». Parallèlement à cette évolution industrielle, une évolution commerciale est intervenue qui a aqqravé encore l’effet du machinisme, eu développant dans des proportions prodi- qieuses les moyens de transport. Ouvrant à tous les produits (i) Work and the workman, par J. K. Ingram; discours prononcé au congrès des Trade-Unions à Dublin, 1880.