208 LA GUERRE DES RALKANS. pansiaviste déterminé, le général Ignatief. Celui-ci jouis sait d’un grand crédit auprès du Divan, paraissait lié d’une étroite amitié avec le grand-vizir Mahmoud-Nézim-pacha, exerçait vraiment une grande action sur le gouvernement ottoman, La Russie semblait avoir toutes les chances de son côté. Mais les musulmans sentaient le danger, mis en éveil par la convention du 13 mars 1871. Des circonstances nouvelles naissent les formes politiques nouvelles. Beaucoup d’entre eux se demandaient quel avantage la Porte avait obtenu de l’intervention européenne; depuis un demi-siècle, les grandes puissances proclamaient le principe de l’intégrité de l’empire ottoman, moyennant des réformes sérieuses; les réformes ne servaient qu’à encourager les chrétiens ; quant au principe de l’intégrité, avait-il empêché que l’Eu rope soutînt, après la cause de l’indépendance de la Grèce, celle de l’autonomie de la Roumanie, de la Serbie, du Mon ténégro ? En fait, les belles phrases de la diplomatie euro péenne semblaient autant de mensonges. L’empire conti nuait d’être démembré; il était à la veille de la ruine. Mieux valait une franche hostilité que cette amitié dissolvante. L’influence française à Constantinople n’avait pas sur vécu aux désastres de 1870; avec elle avait péri la cause du Tanzimât, dont du reste les musulmans s’étaient toujours défiés. Dès lors il se forma parmi eux, en face des menaces du panslavisme, un parti national, le parti de la Jeune Turquie, fondé sur la réaction contre l’Europe et sur la restauration de l’Islam : il fallait rendre à l’Islam la cons cience de sa grandeur, reconstituer l’autorité du Coran, y rechercher les sources d’une vigueur nouvelle, grouper au tour du padischah tous les peuples de Mahomet, former contre les nationalités chrétiennes un faisceau compact de 150 millions de musulmans, et reprendre les fortes tradi tions des siècles passés. Ce panislamisme avait son chef, Midhat-pacha, son état-major, les ulémas ou docteurs du Coran, ses soldats, les softas ou étudiants en théologie, ses moyens d’action, la presse, dont l’influence commença de travailler tous les pays de religion musulmane ; il avait pour adeptes presque tous les Ottomans, qui y voyaient leur dernier moyen de salut et peut-être l’instrument d’une belliqueuse renaissance. Le Croissant se relevait devant la Croix. Les partis en présence, les événements allaient se préci-