275 LA DEUXIÈME GUERRE DES BALKANS (1912-1913). pour déguiser ce nouveau démembrement de son empire, et les puissances l’avaient forcé à lâcher sa proie grecque ; — mais succès que son entourage exalta en un triomphe retentissant, et dont la renommée rapide chanta la gloire à travers le monde entier de l’Islam. Est-ce que l’habitude de la défaite avait rendu les musulmans moins difficiles sur le chapitre des victoires? Ils voulurent se persuader que les victoires d’Edhem-pacha étaient le commencement de leur renaissance guerrière, les premiers lauriers d’une nou velle guerre sainte ; « Dieu s’est laissé fléchir enfin, il revient à ses fidèles dont il s’était retiré : l’épreuve est finie et le jour qst proche où l’Islam reprendra sa marche en avant » *. Depuis plus d’un siècle, l’Islam était comme décapité, et la soumission au khalife de Constantinople était un dogme oublié des plus fervents. Abd-ul Hamid était redevenu d’un coup le Glorieux, le Vainqueur, « Soultan Aziz, Soultan Mansour», l’invincible Padischah. La victoire sur les Chré tiens de Grèce et le massacre des Arméniens mettaient à son front une éclatante auréole. On eut souci des consé quences incalculables qu’aurait eues un pèlerinage du sul tan à La Mecque, — si Abd-ul Hamid avait été de force à l’oser? IV. — La deuxième guerre des Balkans (1912-1913). Le danger d’une violente manifestation de la politique turque exaspérait les revendications des nationalités. La Question d’Orient redevenait un duel terrible entre l’Islam et la Croix. Jamais depuis le moyen âge, depuis l’arrivée des Turcs en Europe, les passions surexcitées n’avaient eu davantage un caractère religieux. Il y a des moments où l’on pourrait dire que l’histoire recommence. Or il y a plusieurs nationalités chrétiennes dans les Bal kans, rivales les unes des autres, unies souvent dans la haine de l’Infidèle. Pourtant il y faut d’abord distinguer les Albanais. Les montagnes qui sont à l’Ouest du Pinde dominant tout le pays jusqu’à l’Adriatique en font une for teresse naturelle où ils ont gardé une originalité pitto- 1. Revue de Paris, 15 août 1897: Péril possible.