Full text: Oeuvres complètes

CH. XVll. — DES IMPOTS SUR LES PRODUITS NON AGRICOLES. ti'A 
Quand une denrée est à un prix de monopole, elle a atteint le plus 
haut prix auquel le consommateur puisse consentir à l’acheter. Les 
denrées n’atteignent ce prix de monopole que lorsqu’il est impossi 
ble d’imaginer aucun moyen d’en augmenter la quantité, et lorsque, 
par conséquent, il n’y a de concurrence que d’un seul côté, c’est-à- 
dire, parmi les acheteurs. Le prix de monopole peut, à une époque, 
être beaucoup plus haut ou plus bas qu’à une autre, parce que la 
concurrence entre leS acheteurs doit dépendre de leur fortune et de 
pruuter un peu moins, parce qu’on épargne du moins alors les frais de l’opération. 
Je regarde néanmoins comme important de voir l’opinion d’un homme aussi ca 
pable que M. Ricardo, et qui connaît aussi bien la nature des fonds publics en 
général, et des fonds anglais en particulier, conlirmer entièrement la doctrine du 
savant académicien d’Edimbourg ; je regarde comme important de voir IM. Ri 
cardo nous annoncer que si, au moment d’une nouvelle guerre, le Gouvernement 
britannique n’a pas, remboursé une portion considérable de la dette (ce qui ne s’a 
chemine pas, puisque durant la paix il l’augmente chaque année); ou bien s’il ne 
trouve pas le moyen de faire payer .-haque année à la nation la dépense extraor 
dinaire que cette guerre occasionnera (ce qui n’est point possible, puisqu’on a de 
la peine à trouver de nouveaux impôts pour payer seulement l’interét de ces 
frais extraordinaires) ; de le voir, dis-je, nous annoncer que, sauf ces deux suj)- 
positions, qui sont inadmissibles, la banqueroute est inévitable. 
Smith avait dit que les caisses d’amortissement semblaient avoir eu pour objet 
moins de rembourser la dette que de l’accroître. Mais Hamilton et Ricardo ont 
creusé ce sujet jusqu’au fond , et y ont fait pénétrer une lumière à laquelle désor 
mais aucune fallacieuse doctrine ne saurait résister. M. Ricardo, avec une sagacité 
admirable, réduit ici la question à ses termes essentiels. Contracter une dette, 
c’est se charger d’un fardeau dont la banqueroute elle-même ne saurait vous 
libérer, puisque son effet ne serait pas d’augmenter les revenus des particuliers de 
tout ce que l’impôt lèverait de moins ; mais seulement d’augmenter les revenus 
<ies contribuables (qui ne paieraient plus cette portion de l’impôt) aux dépens des 
rentiers (qui ne la recevraient plus). Et quel est l’effet de ce fardeau inévitable ? 
de rendre plus dure la condition des habitants du pays, de les exciter à secouer 
cette importune charge sur les épaules de leurs concitoyens en s’éloignant, en se 
soustrayant par l’émigration aux privations, aux gênes, aux frais qui résultent de 
la dilapidation antérieure d’un grand capital. Il prouve que le remède à ce mal 
ne peut venir que de la restitution de ce capital ; mais pour restituer un capital, 
il faut l’accumuler lentement en dépensant chaque année moins qu’on ne reçoit. 
Or, tout homme de bon sens se demande de qui l’on peut attendre cette sage con- 
«luite : sera-ce d’un gouvernement intéressé à dépenser, à multiplier le nombre de 
ses salariés pour multiplier ses créatures? sera ce de ces salariés eux-mêmes inté 
ressés à conserver leurs places et leur faveur aux dépens des contribuables ? ou 
bien sera-(te d’une représentation nationale forte et indépendante, intéresstie à 
ménager la bourse du peuple, qui est la sienne ? — J.-R. Say.
	        
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