fullscreen: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

mine bouffie, aux cheveux blonds et aux yeux bleus, poussaient de leur 
ventre insolent des Slovaques maigres, aux traits anguleux, au regard 
craintif; des Secklers à la taille imposante, des lleiduques à la veste cha 
marrée de galons, des Tziganes, des Ruthènes, des Croates, des Kumans, 
et tous ces sauvages représentants de la puszta : les Czikos à cheval, aux 
traits basanés, aux yeux étincelants, à la moustache retroussée, aux longs 
cheveux noirs, enveloppés dans leur grand manteau de laine blanche; les 
gulyas, en pantalon de toile et en bottes montantes, s’entassaient au loin, 
formant des groupes d’une originalité saisissante de types et de couleurs ; 
puis, à perte de vue, jusque sur les collines et les pentes de Bude, s’éta 
geaient des milliers de têtes, saluant â'eljen enthousiastes F arrivée du cortège 
au pied du tertre du Couronnement, les délégués des combats en tète : les 
uns portant le dolman en velours bleu garni de peau de cygne, les autres 
le manteau en velours grenat bordé de martre ou d hermine ; derrière eux, 
s avançaient les magnats, couverts de cottes de mailles en argent, de 
peaux de léopard retenues sur la poitrine par une agrafe en diamant, armés 
de masses de fer et caracolant, comme les preux d’autrefois, sur leurs cour 
siers héroïques caparaçonnés de pierreries, de plumes, de drap d’or et d’ar 
gent; les archevêques et les princes-évêques à cheval avec leurs mitres d’or, 
leurs chasubles étincelantes, leurs crosses qui ressemblaient à des soleils 
fixés au bout d’un bâton, précédaient le roi, qui s’avançait la couronne 
apostolique de Saint-Étienne au front, revêtu du manteau brodé par la reine 
Gisèle, et que seules des mains royales peuvent réparer; en trois bonds de 
son cheval, le souverain s’élança sur le tertre du Couronnement, formé de 
terre apportée des divers combats, et faisant dresser quatre fois le royal 
coursier sur ses jarrets, de son glaive de justice il fendit l’air dans la direc 
tion du nord, du sud, du levant et du couchant, pour montrer que, de 
quelque côté que vienne l’ennemi, il le défiait et il était là pour le re 
pousser et défendre la patrie. 
Les cloches sonnaient à toutes volées, le canon tonnait, les fanfares 
éclataient, et le peuple, fou de joie, poussait des eljen à faire crouler le 
ciel. Les hourras et les cris redoublèrent quand la reine parut, en costume 
national, dans l’ancienne voiture de Marie-Thérèse, toute peinte et dorée 
comme un char de fée, attelée de huit chevaux à la longue queue pen 
dante, la tête surmontée de panaches blancs et le corps couvert de drape 
ries de velours bleu. Des cavaliers ruisselants de perles, étincelants d’éme 
raudes , flambants de rubis, chamarrés de colliers, chargés de plaques et 
d’agrafes, ornés de broderies d’or et d’argent comme des saints sortis de 
leur châsse, escortaient la souveraine, dont la beauté émue tirait des larmes.
	        
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