CHAP XVI. — DRS IMPOTS SUR LKS SALAIRES. 497
Si l’impôt avait été établi directement sur le peuple, le fonds na
tional pour ¡’entretien des travailleurs aurait diminué dans la même
proportion que celui du ^gouvernement, destiné au même emploi,
et il ny aurait pas eu, par conséquent, de hausse des salaires;
ear, quoique la demande restât la même, il n’y aurait plus la
même concurrence. Si, une fois l’impôt levé, le gouvernement en
exportait le produit pour le donner comme subside à un État étran
ger; et si par conséquent ces fonds étaient consacrés à payer les
travailleurs étrangers, au lieu des Anglais, tels (pie des soldats, des
matelots, etc,, alors il y aurait sans doute une moindre demande de
bras, et les salaires pourraient bien ne pas hausser, quoique étant im
posés. Mais la même chose arriverait si l’impôt avait été mis sur des
denrées de consommation, sur les prolits du capital, ou si la même
somme avait été levée de toute autre manière, pour fournir le mon
tant du subside; c’est-à-dire, il y aurait moins de bras employés
dans le pays. Dans l’un des cas, on empêche les salaires de monter;
dans l’autre, ils doivent baisser absolument.
Mais supposons que le montant d’un impôt sur les salaires, après
avoir été prélevé sur les ouvriers, fût donné gratuitement à ceux
qui les emploient; cela augmenterait le capital de ceux-ci d’une
somme d’argent destimic à payer la main-d’œuvre, mais cela ne mul
tiplierait ni l(!s denrées ni le nombre des bras. Il y aurait donc aug
mentation de concurrence entre ceux qui emploient des ouvriers, et
l’impôt n’occasionnerait en définitive aucune perte ni à l’ouvrier ni
à celui qui l’emploie. Ce dernier paierait plus cher le travail ; et ce
mier sont multipliées aux dépens quelquefois des besoins urgents du second ;
mais on peut dire, à la rigueur, que la demande des travaux productifs n’est
pas diminuée : elle n’est que déplacée. On demande, en travaux qui concourent
à des objets de luxe, ce que l’ouvrier cesse de demander en bonne nourriture,
fn bons vêtements, en ameublements commodes.
Lorsque l’impôt est pris sur le capital, il ne faut pas croire qu’il achète au-
ttiiit de travaux que s’il était demeuré dans cet utile emploi. A la vérité, le gou
vernement se sert de son montant pour faire des achats (pii remplacent ceux
qu aurait faits cette portion de capital ; c’est-à-dire {)eut-étre de la poudre à
canon, au lieu de la laine dont on aurait fabri(|ué du drap ; mais la poudre à ca
non ne se reproduit pas par elle-même, tandis que le drap, une fois fabriqué,
se vend, et de sa valeur on recoinmem^ a acheter de nouvelles denrées dont la
production fait travailler de nouveau les producteurs, et le même jeu se renou
velle perpétuellement. Dans ce cas, il ne faut pas dire que le montant de l’impôt
ontre les mains du gouvernement réclame autant de travaux industriels qu entre
los mains des particuliers. — J.-B Say.