, PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
Tout au contraire, grâce au lait et à la viande, il a été mieux
nourri ; grâce à la laine et au cuir, il a été mieux vêtu.
Et aujourd’hui, comme au temps des peuples pasteurs, les
grands travaux se font non avec les richesses passées mais
avec les richesses présentes.
Mais, dira-t-on, si l’on peut admettre que le capital-instru-
ment n’est le produit que du. travail, ne faut-il pas recon-
naître tout au moins que le capital-approvisionnement est le
résultat de l’épargne ?
Non, cette déduction ne nous paraît pas s'imposer si l'on
admet, comme nous avons essayé de le montrer, que l'appro-
visionnement peut résulter non d’une privation mais d’une
surproduction — d’une journée de chasse heureuse, d’une
récolte surabondante.
Ce qui a suggéré et accrédité l’idée de l'épargne comme
mère du capital, ç’a été l’emploi de la monnaie comme forme
presque exclusive de la richesse : en effet, si l’on remonte à
l’origine de tout capital-argent, on voit un certain nombre
de pièces de monnaie qui ont été mises de côté, c’est-à-dire
enfermées dans une tirelire ou un coffre-fort, ou portées à
la caisse d’épargne. Et c’est aussi l’habitude que nous avons
de ne regarder au capital que sous forme de placement : car,
pour celui-ci,il est vrai que l’on ne place que ce dont on n’a
pas besoin pour soi-même et que, par conséquent, tout prêt
ou placement suppose au préalable un excédent du revenu
sur la dépense, donc une épargne. Et on en conclut que
tous les vrais capitaux, les capitaux de production, ont dû
avoir la même origine. Mais c’est là l'erreur.
Nous n’entendons nullement, du reste, contester l’impor-
tance de l'épargne. Mais si l’épargne joue un rôle considérable
dans la consommation, où nous la retrouverons, il ne faut
pas Ja mettre parmi les facteurs de la production. Il faut
mettre chaque chose à sa place. L'épargne n’agit sur la pro-
duction que lorsqu’elle se fait placement, c’est-à-dire lors-
qu’elle retourne à la production pour s’y consommer sous
forme de capital.
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