LA CRISE FINANCIÈRE EUROPÉENNE DE 1559 95
Que valait, d'autre part, le crédit du roi de France? Il pa-
raissait excellent : la France passait traditionnellement pour
riche ; le roi, depuis Louis XIT, était à peu près maître de
fixer à sa guise le chiffre des impôts, et ni François I” ni
Henri II ne s’étaient privés d’user de celte liberté ; enfin la
royauté disposait de cet énorme réservoir de capitaux que
constituait le marché lyonnais. Il était extrêmement tentant
d’y puiser en attendant la rentrée des revenus de l’Etat, et au
delà du montant de ces revenus. Le roi -était d’ailleurs incité
à le faire par les banquiers eux-mêmes, non seulement parce
que ceux-ci bénéficiaient de l’écart entre les intérêts élevés
qu’ils demandaient au roi et le taux plus modeste qu’ils ver-
saient à leurs prêteurs, négociants ou autres, et à leurs dépo-
sanls, mais aussi parce que ces banquiers obéissaient à des
considérations politiques. Beaucoup des ‘banquiers italiens
‘surtout toscans) de Lyon étaient des fuorusciti, c’est-à-dire
appartenaient à des partis politiques vaincus en Italie ; ils
étaient les ennemis-nés du régime qui, dans la péninsule,
s’appuyait sur la force espagnole ; ils étaient hostiles à la
casa Medici, parce que cette maison, à Florence et à Sienne,
était l’instrument de l’Espagne ; et contre le grand-duc Co-
simo ils avaient pour alliée sa nièce Catherine, reine de
France ; ils comptaient sur elle et sur les armées françaises
pour opérer à leur profit des révolutions en Italie. Ouvrir des
crédits de guerre au roi de France pour provoquer dans les
Etats italiens des révolutions à leur profit, c’était risquer une
spéculation qui pouvait être avantageuse ("). De même les
banquiers allemands qui avaient des filiales à Lyon apparte-
naient à des partis hostiles à l’Empereur ; ils servaient les
intérêts des princes luthériens, de la ligue de Smalkalde. Cer-
tains, réalisant déjà le type du banquier international, prê-
taient à la fois, avec un savant éclectisme, au gouvernement
de Paris et à celui de Bruxelles. sûrs de gagner sur l’un ou
l’autre tableau. :
Par là le roi de France était perpétuellement invité à suivre
une politique inflationnistee Un homme d’Eglise, homme
d’Fiat doublé d’un très habile financier; avait de bonne heure
(1) Voy. L. Rommn, Origines poliliques des guerres d'Italie, el G. ZeL-
er. Réunion de Mel: À la France.