LA POPULATION 550
qui pousssaient autrefois à la procréation ont faibli toutes à
la fois.
10 Causes economiques d’abord. Autrefois les enfants
augmentaient le revenu de la famille par leur travail dès le
premier âge, et longtemps encore après en restant dans
la maison paternelle. Aujourd’hui les lois sur l’instruction
et sur les fabriques interdisent toute utilisation lucrative
des enfants. De plus, dès qu’ils sont en mesure de gagner
leur vie, ils s'empressent de quitter la maison. Pour les bour-
geois, il faut doter les enfants et les diplômes coûtent cher.
Il en résulte que pour tous, ouvriers ou bourgeois, c’est une
bien mauvaise affaire que d’avoir des enfants.
2% Causes sociales et morales. Autrefois, c’était le désir de
perpétuer la famille, d'accroître la force de la cité ou de la
patrie, d’assurer le culte des ancêtres, de créer des âmes
immortelles, ou tout au moins de transmettre le flambeau
de la vie que l’on avait reçu. Aujourd’hui la famille se dis-
perse, non seulement par l’abandon des traditions, mais
surtout par les nécessités professionnelles ; le patriotisme se
glorifie de la qualité plus que du nombre ; les commande-
ments des Eglises, qui condamnent les pratiques néo-mal-
thusiennes, ne sont plus guère obéis.
L’accroissement général de l’aisance agit lui-même comme
frein à la natalité. La preuve c’est que la natalité est
plus faible dans les classes riches que dans les classes
pauvres. On comprend en effet que chez les premières la
concurrence d’une foule de besoins de luxe vienne enrayer
le besoin génésique qui, chez le pauvre, est presque seul
avec celui de l’alimentation. On est donc autorisé à conclure
que la natalité se restreindra dans chaque classe au fur
et à mesure que chacune s’élèvera vers l’aisance, et de
même pour les peuples à mesure qu’ils progresseront en
bien-être. Et c’est ce que les faits confirment pleinement,
car précisément au fur et à mesure que les salaires augmen-
tent, la classe ouvrière commence à devenir, elle aussi,
néo-malthusienne. Et la loi se vérifie aussi bien pour les
nations que pour les classes : les pays où la natalité est