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ment dans certaines républiques de l'Italie médiévale, étaient
arrivées à dominer la vie publique. I] ne faut cependant pas
croire que ce système ait réalisé l’idéal d’une paix sociale per-
pétuelle et sans trouble. Il offrait, sans aucun doute, l’avan-
tage d’une liaison permanente entre les deux facteurs essen-
tiels de la production, mais il se transformait souvent en un
instrument d’oppression aux mains de l'aristocratie de l’arti-
sanat, c’est-à-dire des maîtres, envers les ouvriers et les appren-
tis; et en emprisonnant le travail dans les limites étroites et
difficilement modifiables des lois de la corporation, il ne favo-
risait certes pas les progrès techniques de la production et
leur imprimait un caractère de strict monopole.
La tranquillité des rapports entre les classes productri-
ces n’était pas toujours garantie. Il suffit de rappeler entre
autres exemples, la révolte des Ciompi à Florence, le violent
soulèvement des classes les plus basses des ouvriers qui avaient
été exclus aussi bien des arts majeurs que des arts inférieurs
et, plus tard, particulièrement en France, quant à l'artisanat se
substitua peu à peu la « manufacture », les fréquentes agitations
des «compagnons » réunis dans les «compagnonnages », vérita-
bles syndicats ouvriers libres, organisés contre les corporations.
La corporation était donc déjà sur la voie de la décadence
vers la fin de l’ancien régime, avant même la révolution fran-
çaise. Les physiocrates proclamèrent le droit au travail libre
pour tous et Turgot, par son célèbre édit de février 1776, abolit
les corporations d’arts et métiers.
Il est vrai que les réclamations des privilégiés appuyées
par le Parlement et la Cour, l’'emportèrent sur Turgot qui
tomba en disgrâce tandis que les corporations, bien qu’amen-
dées et modifiées, furent rétablies par l’édit royal d'août 1776.
Mais cette nouvelle période de leur existence fut pour elles
brève et précaire et fut définitivement tronquée par la ré-
volution française quand, dans la nuit du 4 août 1789, l’As-
semblée Constituante décréta la suppression de tous les privi-
lèges et monopoles. Cette mesure fut complétée par le décret
du 17 mars 1791 qui reconnut à tous les citoyens la liberté
d exercer une profession, un art ou un métier quelconque et
par la loi Chapelier, du 17 juin de la même année, qui inter-
dit d’une façon absolue de rétablir les corporations sous quel-
que forme que ce fût.
La révolution française abolit les corporations d’abord
parce qu’elles étaient un vestive de l’ancien régime et qu'elle