LES QUESTIONS FONDAMENTALES DU MARXISME 43
géographique ambiant. Les Anglais de nos jours réagissent
sur ce milieu tout à fait autrement que le faisaient les
tribus qui peuplaient l’Angleterre au temps de Jules César.
Par là se trouve définitivement écartée l’objection d’après
laquelle le caractère de la population d’un pays donné peut
se transformer fondamentalement, bien que ses conditions
géographiques restent les mêmes.
VIII
Les rapports juridiques et politiques (*) engendrés par
une structure économique donnée exercent une influence
décisive sur toute la psychologie de l’homme social (27).
Marx dit : « Sur les différentes formes de la propriété, sur
les conditions sociales de l’existence, vient s’ériger toute
une superstructure de sensations, d’illusions, de manières
de penser, de concevoir la vie, toutes diverses et singulières
dans leur genre ». L’ « être » détermine le « penser ». Et
l’on peut dire que chaque progrès nouveau réalisé par la
science dans l’explication du processus du développement
social, représente un nouvel argument en faveur de cette
thèse fondamentale du matérialisme moderne.
Déjà en 1877, Ludwig Noiré écrivait : « Ce fut l’activité
en commun, dirigée vers un but commun, ce fut le travail
primordial de nos ancêtres qui donnèrent naissance au lan-
gage et à la vie culturelle » (**). Développant cette remar-
quable pensée, L. Noiré indique que, primitivement, le
langage désigne les choses du monde objectif, non comme
des figures, mais comme des choses ayant pris une figure
(*) Pour ce qui concerne l’influence exercée par l’économie sur
les rapports sociaux, voir Engels : Der Ursprung der Familie, des Pri-
vateigenthums und des Staats, 8° édition, Stuttgart, 1900 ; R. Hilde-
brand : Recht und Sitte auf verschiedenen Kulturstufen, 1'° partie,
Iéna, 1896. Malheureusement, Hildebrand ne sait pas bien utiliser
les données économiques. La brochure intéressante de T. Achelis :
Rechtsentstehung und Rechtsgeschichte, Leipzig, 1904, traite du droit
en tant que produit du développement social, mais n’approfondit pas
la question de savoir par quoi est conditionné ce développement,
Dans le livre de M. A. Vaccaro : Les bases sociologiques du droit et
de l’Etat, Paris, 1898, on trouve éparses bien des observations de
détail qui répandent la lumière sur certains aspects de la question,
mais, en somme, l’auteur lui-même ne s’est pas encore fait une idée
nette du sujet. Voir également Teresa Labriola : Revisione cri-
tica delle più recenti teorie sulle origini del Diritto, Rome, 1901.
(**) Der Ursprung der Sprache, Mayence, p. 331.