46 G. V. PLÉKHANOV
savons déjà confirme absolument la justesse de cette brève
formule de Feuerbach-Marx que « ce n’est pas la religion
qui fait l'homme, mais que c’est l’homme qui fait la reli-
gion ». Taylor dit : « Il est évident que, chez tous les
peuples, l'homme était le type de la divinité. C’est ce qui
explique pourquoi la structure de la société humaine et
son gouvernement deviennent le modèle sur lequel sont
représentés la société céleste et le gouvernement des
cieux » (*). Cela est déjà, à n’en pas douter, une conception
matérialiste de la religion. On sait que Saint-Simon soute-
nait un point de vue opposé, qu’il expliquait le régime
social et politique des anciens Grecs par leurs croyances
religieuses. Mais bien plus important encore est le fait que
la science commence déjà à découvrir le lien causal exis-
tant entre le développement de la technique des races
primitives et leur conception du monde (**). Il est certain
que des découvertes nombreuses et précieuses l’attendent
de ce côté-là (29).
De toutes les idéologies de la société primitive, l’art
est actuellement celle qui a été le mieux explorée. Dans ce
domaine on a rassemblé des matériaux extrêmement abon-
dants qui constituent la preuve la plus inattaquable et la
plus concluante de la justesse et, pour ainsi dire, de l’iné-
vitabilité de l’interprétation matérialiste de l’histoire. Ces
matériaux sont si nombreux que nous ne pouvons énumé-
rer ici que les œuvres les plus importantes de la littérature
sur ce sujet : Schweinfurth, Artes Africanæ, Leipzig 1875 ;
R. Andree, Ethnographische Parallelen, article intitulé Das
Zeichnen bei den Naturvôlkern ; Von den Steinen, Unter
den Naturvôlkern Zentral-Brasiliens, Berlin 1894 ; C. Mal-
lery, Picture Writing of the American Indians — Annual
Report of the Bureau of Ethnology, Washington 1893 (les
rapports pour les autres années contiennent des renseigne-
ments précieux sur l’influence exercée par la technique,
principalement de l’art textile, sur l’ornementation) ; Hoer-
nes, Urgeschichte der bildenden Kunst in Europa, Vienne
1898 ; Ernst Crosse, Die Anfänge der Kunst et son autre
livre : Kunstwissenschaftliche Studien, Tübingen 1900 ;
Yrjô Hirn, Der Ursprung der Kunst, Leipzig 1904 ; Karl
(*) La civilisation prete Paris, 1876, t. IL, p. 322. —
(*) Comparer G. Schurz : Vorgeschichte der Kultur, Leipzig et
Vienne, 1909, p. 559-564. Plus loin, nous reviendrons sur ce sujet
à une autre occasion.