Full text: Les questions fondamentales du marxisme

63 G. V. PLÉKHANOV 
qui se déroulait au sein de la société française à la veille 
de la grande Révolution, et immédiatement la question 
changera totalement d’aspect. Des qualités de l’art de Da- 
vid qui, pourrait-on croire, sont tellement en dehors de 
l’économie sociale qu’on ne peut par aucun lien les ratta- 
cher à cette dernière vous deviendront alors parfaitement 
compréhensibles (33). 
Il faut en dire autant de l’histoire des idéologies dans 
la Grèce antique : elle s’est très profondément ressentie 
de l’influence de la lutte des classes, Et c’est précisément 
cette influence qu’Espinas n’a que trop peu marquée dans 
son intéressante étude, ce qui donne à ses importantes con- 
clusions un caractère par trop unilatéral. On pourrait, main- 
tenant déjà, citer nombre d’exemples semblables, et tous 
ils témoigneraient que l’influence du matérialisme de Marx 
sur bien des savants serait extrêmement bienfaisante, en 
ce sens qu’elle leur apprendrait à considérer d’autres « fac- 
leurs » en dehors des facteurs technique et économique. 
Cela a l’air d’un paradoxe, mais c’est une vérité incontes- 
table qui ne nous étonnera plus si nous nous rappelons 
que, quoique, chez Marx, tout mouvement social soit expli- 
qué par le développement économique de la société, il n’est 
très souvent expliqué par ce développement qu’en der- 
nière analyse, c’est-à-dire que ce mouvement présuppose 
l’action intermédiaire de toute une série d’autres « fac- 
teurs ». 
XIT 
Dans la science moderne, une autre tendance com- 
mence à se dessiner actuellement, qui est diamétralement ‘ 
opposée à celle que nous venons de constater chez Espinas. 
C’est la tendance à expliquer l’histoire des idées par l’in- 
fluence exclusive de la lutte des classes. Cette tendance 
toute nouvelle, et pour le moment encore peu apparente, 
s’est développée sous l’influence directe du matérialisme 
historique de Marx. Nous la trouvons dans les ouvrages 
de l’auteur grec A. Eleuthéropoulos, dont l’ouvrage prin- 
cipal, Wirtschaft und Philosophie (t. I, Die Philosophie 
und die Lebensauffassung des Griechentums auf Grund 
der gesellschaftlichen Zustände; et t. II, Die Philosophie 
und die Lebensauffassung der germanisch-rëmischen Vôl- 
ker), a paru à Berlin en 1900. Eleuthéropoulos soutient que 
la philosophie de chaque époque exprime la conception du
	        
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