- G. V. PLÉKHANOV
Alors donc le pouvoir de la vérité
Ne peut tout atteindre sur cette terre ?
Non, pour le moment, pas encore tout ! Et la raison en
est dans la différence existant entre les intérêts des diffé-
rentes classes de la société. Pour l’une des classes, il est
utile, et même indispensable, de remanier d’une cer-
taine façon la structure des rapports sociaux. Pour l’autre,
il est profitable, et même indispensable, de s’opposer à pareil
remaniement. Aux uns, il promet bonheur et liberté ; aux
autres, il présage l’abolition de leur situation privilégiée,
et même leur suppression en tant que classe privilégiée.
Et quelle est la classe qui ne lutte pas pour son existence,
qui n’a pas l’instinet de conservation ? Le régime social
profitable à une classe donnée semble être à cette dernière
non seulement équitable, mais même le seul possible. Cette
classe considère que tenter de changer de régime, c’est
détruire les fondements de toute communauté humaine,
Elle estime qu’elle est appelée à défendre ces fondements,
füt-ce même par la force des armes. D’où les « torrents
de sang », d’où la lutte et les violences.
D'ailleurs, les socialistes, en méditant sur le boulever-
sement social à venir, peuvent se consoler à l’idée que plus
leurs doctrines « subversives » se répandront, plus la classe
ouvrière sera développée, organisée et disciplinée, moins
l’inévitable « catastrophe » nécessitera de victimes.
En même temps, le triomphe du prolétariat, en mettant
un terme à l’exploitation de l’homme par l’homme et, par
conséquent, à la division de la société en classe d’exploi-
teurs et en classe d’exploités, rendra les guerres civiles non
seulement inutiles, mais même directement impossibles,
Alors l’humanité progressera par le seul « pouvoir de la
vérité » et n’aura plus besoin de l’argument des armes.
tenaient trop de place : en dépit de l’expérience et de l’histoire, il
espérait changer uniquement par ses ordonnances l’organisation
sociale qui s’était formée au cours des temps et se maintenait
par des liens solides. Les réformes radicales, aussi bien dans la
nature que dans l’histoire, ne sont pas possibles avant que tout
ce qui existe ait été anéanti par le feu, le fer et la destruction. »
(Histoire du XVIII° siècle, % édition, St-Pétersbourg 1868, t. III,
p. 361.) Quel fantaisiste étonnant que ce savant allemand ! dira
M. Tikhomirov.
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