DE L’ADRIATIQUE AU DAIS U BE.
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Si j’étais un savant, quelle belle occasion de vous développer ma petite
théorie des éruptions volcaniques! Car les géologues sont partagés en deux
camps : les uns disent que 1 intérieur de notre planète n’étant composé que
de matières en fusion, d’une masse liquide incandescente, il arrive que
cette masse de feu brise parfois la croûte qui s’est formée à sa surface et
que nous appelons l’écorce terrestre; les autres prétendent, en raison de la
situation des volcans au bord de la mer, que l’eau réduite en vapeur et
décomposée par la chaleur intérieure du globe, a assez de force pour briser
los assises terrestres et lancer au dehors des colonnes de vapeur et de gaz.
Mais ce n est pas aux cratères de Tihanv, démis de leurs fonctions depuis
longtemps, qu’il faut demander laquelle de ces deux théories est la plus
vraie ou la plus vraisemblable.
Le couvent des Bénédictins nous apparut bientôt, avec les deux clochers
de son église, et ses grands murs qui lui prêtent l’aspect d’un château fort.
Autrefois, on pouvait faire en voiture le tour du monastère; aujourd’hui, il
est tout au bord de la falaise, dont les rocs se sont détachés : il surplombe
l’abîme. Le portier nous conduisit auprès d’un Père qui remplissait je ne
sais quelles fonctions supérieures, et qui nous reçut de la façon la plus
aimable; il nous fit asseoir sur un canapé et, prenant un petit coffret placé
sur la commode, nous offrit des cigares. La chambre était bien meublée;
une étagère fixée au mur supportait toute une petite bibliothèque de publi
cations récentes; un christ en ivoire d’une rare beauté était suspendu entre
deux vieilles horloges, dont les aiguilles immobiles semblaient marquer
T éternité.
Le Père nous pria de rester à dîner.
On sait que les couvents hongrois pratiquent encore b hospitalité d’une
façon princière.
— Voulez-vous, nous dit-il ensuite, que je vous conduise au point le plus
élevé de la butte de Tihany? Vous verrez un beau panorama.
Vous nous levâmes pour le suivre. Il nous mena, par un sentier de mon
tagne plein de flânerie et bordé de jolies fleurs roses et bleues, sur un mon
ticule qui est à gauche. De ce belvédère de verdure, l’œil embrasse la
contrée entière, et le lac dans une étendue de quinze lieues. C’est un spec
tacle vraiment magnifique. A vos pieds, les flots du lac brillent et miroitent
comme des pierreries liquides. A gauche, les blanches maisons de Füred,
au milieu de leurs bosquets et de leurs jardins, font songer à un troupeau
d autruches dans une oasis. Derrière Füred, des vallées mignonnes aux
fossettes noyées d’ombre, et dans lesquelles se sont nichés de coquets
villages, fuient en perspectives décroissantes et vont s’évanouir comme des