Full text: Oeuvres complètes

CHAP. V. — DES SALAIRES. 
75 
Et cependant, quoique l’ouvrier fût réellement moins bien payé, 
cette augmentation de salaires diminuerait nécessairement les profits 
bien-être répartis aux sociétés. Ricardo, frappé de la somme de douleurs et de 
privations qui accable, au milieu des splendeurs de notre industrie, les mains 
généreuses et fortes qui exécutent l’ccuvre de la production entière ; étonné de 
'oir tant de baillons à coté de tant de luxe, et tant de crises à côté de tant de pro 
grès, s est pris à désespérer de l’avenir, et, suivant son habitude, ce désespoir que 
tant d’autres mettent en élégies et eu pbilippiques, il l’a mis en formules, ce qui 
est plus net, mais tout aussi injuste, tout aussi réfutable. Et d’abord le résultat im 
médiat, nécessaire de cette croyance au malheur futur des travailleurs, devrait être 
'de suspendre tout à coup le mouvement social, de faire volte-face, et de repren 
dre en sous-œuvre toutes les théories, toutes les données que les siècles semblent 
avoir consacrée .11 n’est personne, eu effet, doué de quelque prévision, mu par 
quelque générosité, qui ne frémisse devant cet avertissement sombre, dernier 
mot de la science de Ricardo : Chaque jour abaisse le salaire réel de l'mirrier 
et grandit le prix des subsistances : -ce qui équivaut à dire que chaque jour la 
société doit s’anéantir par un supplice incessant, que chaque jour doit retrancher 
un battement au cœur du pauvre et exagérer pour lui le supplice de Tantale en 
éloignant de plus en plus les fruits et l’eau de ses lèvres avides. Le devoir de tout 
penseur, e tout législateur, serait donc de faire prendre à la société d’autres 
routes et de ne pas permettreque la subsistance des masses passAt dans le corps des 
nches, comme passaient la chaleur et la vie des vierges dans les corps débiles et 
disloques des vieux rois de la Bible. Mais il n’en est rien, et le bilan de notre so 
ciété suffirait, sans autres considérations , pour combattre le pessimisme de 
Ricardo. Ainsi le développement de l’industrie n’a-t-il pas mis à la portée de tous 
es objets qui constituaient il y a cent ans un luxe ruineux, impossible? La guimpe 
délicate qui entoure le sein de nos villageoises, les chauds vêtements qui couvrent 
nos paysans et nos ouvriers sont d’institution toute récente et témoignent d’un 
bien-être croisant. Des voies de communication plus parfaites ont permis aux 
hommes, aux idées, aux choses, de rayonner de toutes parts et de moraliser les 
populations : des écoles, des salles d’asile, des hôpitaux, des hospices, des crèches 
s’ouvrent de toutes parts devant l’intelligence qui va éclore, l’enfant qui va naître, 
le vieillard qui va mourir; l’air, la lumière, l’eau commencent à circuler dans 
les rues, grâce à nos institutions municipales, et pour résumer tous ces faits en 
un seul fait décisif, la moyenne de la vie humaine s’est accrue depuis cinquante 
années, hâtons-nous de le dire, ailleurs que dans les colonnes élastiques et torses 
de la statistique. 
^ Et il n en saurait être autrement. L’évolution économique suit nécessairement 
l’évolution politique, et l’influence que gagne chaque jour la démocratie, — cet 
évangile systématisé et démontré,—doit se refléter et se reflète dans la prospérité 
générale. Le premier mouvement d’une nation qui se sait indépendante est de se 
vouloir heureuse, riche; d’organiser les intérêts et les individus en vue de ce 
bien-être, et, par conséquent, de progresser, d’aller en avant. Or, la tendance mo 
derne des peuples est vers l’indépendance, et ou ne saurait faire un procès à notre 
époque, sous le rapport industriel, sans y joindre un procès politique, sans souffle-
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.