50
L’'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
Le caoutchouc était fourni par les lianes que les indi-
gènes avaient coutume de couper. Conséquences : plus
l’exportation augmente, plus la liane disparaît ; plus
elle tend à disparaître, plus le noir doit s’éloigner de son
village pour aller à la recherche des lianes qui restent ;
plus il s’éloigne de son village, plus il néglige sa famille
et ses cultures sans qu’aucune compensation lui vienne
par l’augmentation du prix de la marchandise, et ce ne
sera pas sans dommage pour l’état physique et social
des populations.
Et voici quelques chiffres d’exportation du caoutchouc :
655 tonnes en 1900, 1 735 en 1909, 2 780 en 1913 (chiffre
le plus élevé). Après la guerre, les hauts prix de la ma-
tière sur le marché soutiennent encore la production :
2 125 tonnes en 1920. Elle fléchit ensuite à 1 430 tonnes
en 1921 pour tomber à 780 en 1922. Puis elle remonte
en 1923 et 1924. Mais ici apparaît le vrai système de
production, qui est celui appliqué par le gouverneur
Lamblin et dont je dirai tout à l’heure un mot.
Passons à l’ivoire.
Chantent dans ma mémoire ces vers de Leconte de
Lisle :
Sans borne, assise au nord sous les cieux étouffants,
L'Afrique, s’abritant d’ombre épaisse et de brume,
Menait coucher ses lions sur le sable qui fume
Et paître au bord des lacs ses troupeaux d’éléphants.
Hélas ! trois fois hélas ! où sont, en effet, ces troupeaux
d’éléphants qui parcouraient tantôt la grande forêt par
des sentiers tracés par eux à coups d’épaules ou à l'aide
de leurs trompes, arrachant les jeunes arbres, tantôt la
savane, parmi les hautes herbes, visibles à mille mètres,
semblables là dedans à une grande cabane en déplacement ;
où sont les éléphants du cap Lopez dont tout voyageur
de passage pouvait. sans aller bien loin de la plage.