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plus complet d’appréciation. Les arbitres, amiables composi-
leurs, sans doute ne négligent pas les textes écrits ; ils doivent
les lire, au contraire, avec soin ; ils doivent tenir compte de
la convention de base, comme de l’interprétation des textes de
loi ; mais l’amiable « compensateur », si l’on peut ainsi dire,
peut apprécier que, nonobstant tous ces textes, c’est telle sen-
lence qui s'impose en équité. Cé qui décide l’arbitre, c’est la
loi ; ce qui décide l’amiable compositeur, c’est l’équité.
Je prends un exemple.
Nous savons tous que lorsqu’on vend un chargement de
denrées aux conditions CAF, il est prévu dans le contrat que
le vendeur, le chargeur si vous voulez, a la latitude de livrer
:n plus ou moins 5 % pour les parcelles, 10 % pour les char-
gements entiers. On ne peut, en effet, pas savoir exactement,
quand on charge un navire aux Indes, au Sénégal, en Améri-
que, ou dans toute autre partie du monde, la quantité exacte
de marchandises qui entrera dans les flanes du bateau. Quand
le bateau arrive à destination, l’acheteur n’a donc pas le droit
de refuser la marchandise sous prétexte qu’il y a 5 ou 10 %
de marchandise en plus ou en moins que la quantité stipulée
au contrat.
Mais prenons le cas où le chargeur n’a pas tenu compte du
pourcentage fixé et a embarqué, dans le cas d’un vapeur entier
plus de 10 % en plus ou en moins.
Si je suis un arbitre tel que ceux qui fonctionnent à Londres,
je suis obligé, consultant le contrat qui établit 10 % comme
maximum ou minimum, de donner raison à l’acheteur et de
rejeter purement et simplement tout le chargement, si la lati-
tude de 10 % a été dépassée dans un sens ou dans l’autre.
Mais, au contraire, si j'ai les pouvoirs d’amiable composi-
teur, il m’est permis de faire venir les intéressés et de leur
dire : « C’est entendu, vous avez reçu 12 % de marchandise en
trop, les 10 % ont été dépassés de 2 %. Cela ‘est d’autant plus
fâcheux que la baisse est survenue dans l’intervalle ; il serait
vraiment trop dur pour une faute, d’ailleurs commise très
souvent de bonne foi par le chargeur, de l’obliger à laisser
débarquer la totalité des marchandises sur les quais et de le
livrer à toutes les difficultés qu’il rencontrerait pour leur
écoulement en période de baisse ; dans ces conditions, nous
allons arranger cela équitablement. Peur la faute commise, il
vous sera dû une indemnité de.…., qui viendra en déduction du
pourcentage prévu ».
9. LA CLAUSE COMPROMISSOIRE