— 201 -
commerçant à avoir deux comptabilités : l’une en or, l’autre
en papier ?.…. Le jour où une monnaie-or sera substituée à
notre monnaie actuelle, le problème se posera tout autrement :
mais pour l’instant n’essayons pas de l’imposer par un moyen
détourné, ne tâchons pas de l’introduire dans la place par une
porte basse.
Mais je vois d’autres objections, et de plus graves. Le pro-
cédé que l’on préconise risque d’aller à l’encontre des besoins
économiques. C’est qu’en effet, aussi longtemps que notre
monnaie perd chaque jour quelque peu de son pouvoir d’achat,
aussi longtemps que la hausse de la livre et du dollar nous
laisse toujours en retard sur les cours mondiaux, la France
reste l’un des pays les meilleur marché du monde : et par
voie de conséquence elle éprouve des difficultés croissantes à
acheter au dehors. En somme, le change établit une barrière
automatique qui se ferme d’elle-même à l’imvortation des
produits étrangers.
Et c’est ce qui explique les résultats statistiques que nous
examinions tout à l’heure. On n’achète plus à l’étranger que
ce qui est indispensable ; on achète des produits alimentaires
quand notre sol ne les produit pas : c’est le café, le cacao, les
denrées coloniales, etc. ; on achète des matières premières
comme la laine et le coton ; quant aux produits fabriqués ce
ne sont plus que des importations de première nécessité.
Certaines gens ont tendance à considérer l’importateur comme
un mauvais français, parce qu’il va chercher au dehors les
produits qu’il va revendre ou utiliser : mais en ce moment,
avec la livre à 138 ou 140 francs et le dollar à 29, vous pensez
bien qu’on ne va pas de gaîté de cœur, acheter des devises
étrangères pour le seul plaisir d’acquérir au dehors des
produits qu’on trouverait chez nous à meilleur compte.
Et si j'avais le loisir d’analyser devant vous nos dernières
Statistiques d’importation, je n’aurais pas de peine à vous
montrer que nos achats au dehors se limitent de plus en plus
au minimum strictement indispensable.
Et cependant c’est au moment précis où le franc se déva-
lorise que vous voudriez faire monter les droits ; et, au
contraire c’est au moment où vous devrez accroître votre
protection, que votre procédé automatique jouera à l’encontre
du but cherché.
Supposez que le franc se revalorise, vous verrez alors les
prix de gros rattraper les prix normaux, les prix de détail
11. LA POLITIQUE DOUANIERE ET LES ECHANGES INTERNATIONAUX