Nous sentons, nous, Marseillais, pour qui l’honneur com-
mercial est un instinct profond, plutôt qu’une vertu, que la
France, maison de commerce, est prospère ; qu’il lui faut ter-
mes et délais et non suspension de paiement et qu’elle doit se
comporter envers les créanciers de sa monnaie — les petits
et les moyens portefeuilles, véritable armature de la nation —
comme un débiteur malheureux, mais honnête, revenant peu
à peu à meilleure fortune.
Et si, par aventure, nos espoirs sur l’enrichissement du pays
sont trompés, c’est alors non une faillite de la monnaie, hypo-
crite mesure trop générale, mais une faillite partielle de l’Etat.
seul débiteur en cause, que l’on devra envisager.
Et comme corollaire de la politique de sage temporisation
que nous recommandons, nous supplions l’Etat de rendre au
Pays, par la liberté des stipulations en monnaie de compte,
‘’instrument contractuel qui lui manque.
Un aspect particulier de cette question frappa les Présidents
de Syndicats dont notre Société constitue l’organe de travail
en commun et, dans leur Assemblée du 28 mai 1926, ils émet-
‘aient le vœu que les bilans en monnaie de compte soient
autorisés et encouragés (1). Je crois compléter leur pensée en
ajoutant que ces bilans devraient être obligatoires.
Comment ne pas être saisis d’inquiétude en voyant interve-
nir, comparer, additionner comme chiffres comparables, dans
ies bilans des Sociétés les plus sérieuses, des valeurs aussi
disparates que des immeubles à leurs cours anciens qui étaient
des francs-or, des amortissements qui, pour les portions récen-
les, sont des francs-papier, des dettes obligatoires à longue
échéance qui ont été, sont et devraient être des dettes or, des
marchandises évaluées à leur cours du jour en francs-papier.
Que devient dans cet amas disparate la comptabilité, cette
science de voir clair, que devient le rôle du Conseil et du Com-
missaire aux comptes certifiant que les résultats sont effectifs ?
De cette tragique méprise, de ce brouillard artificiel main-
lenu sur le pays dans les buts les plus hypocrites ou les plus
srronés, que de malheurs émergeront quand l’impitoyable vérité
projettera ses froides et rudes clartés : des dividendes fictifs,
des amortissements insuffisants, la consommation du fonds
social et, dans tous les cas, l’appel nécessaire à un crédit oné-
"eux et rare.
1) V. Ann. vi, np. 127.