i
r>E L’A D II 1 ATI QUE AU DANUBE.
283
« — Il y a, dit-on, beaucoup de bandits et de « pauvres garçons « qui se
réfugient dans cette forêt. Ils pourraient trouver à leur convenance les
chevaux et la voiture de madame la comtesse; voilà sans doute ce que
craint le cocher. Ah! comtesse, ma déesse, ce n’est pas une plaisanterie
(pie de voyager à pareille heure dans une forêt toute noire... Si seulement
j’avais pris mes pistolets avec moi!...
« — Pour qu’on vous les prenne aussi, riposta le petit démon en riant.
Pt là-dessus, ouvrant la portière, elle sauta, légère comme un oiseau, hors
de la voiture.
“ — Quelle nuit délicieuse! Comme la forêt est parfumée! s’écria-t-elle.
Comme les vers luisants scintillent! Venez donc voir, baron.
« J avançai la tête dans l’obscurité. — Il fait noir comme dans un four.
.le ne vois rien, comtesse; je ne vous vois même pas.
“ — Comment! vous ne voyez rien? Et cette lumière là-bas!... Car c’est
une lumière qui brille à travers les arbres. On dirait qu elle se dirige de
notre côté.
« Mon sang lit un tour et se glaça. Le cocher, d’une voix étranglée,
répondit à la comtesse :
»—Cette lumière indique à Votre Grâce l’hôtel où les brigands ont
1 habitude de descendre.
» — Charmant ! fit-elle, charmant ! Et elle ajouta : Cocher, à l’hôtel des
« pauvres garçons » !
« Jugez de mes angoisses, de mon désespoir.
« —Au nom du ciel, lui dis-je, que faites-vous, comtesse? Vous allez
vous mettre dans la gueule du loup... Cette auberge est une caverne de
voleurs. L aubergiste, de concert avec sa clientèle, doit dépouiller et assas
siner les voyageurs... Récemment j’ai lu dans les journaux...
« Elle partit d’un éclat de rire.
« — Ce ne sont que des contes, fit-elle, des contes... que vos histoires
de journaux! Enfin nous ne savons ou aller passer la nuit; s’il y avait une
autre auberge dans les environs, nous pourrions y descendre; mais il n’y
en a pas. Nécessité fait loi. Pour ce soir, il faudra nous contenter de cette
ici tarda.
« Elle donna ordre au cocher de la suivre lentement avec la voiture.
« — Je prendrai les devants, dit-elle, et j irai à pied pour te montrer le
chemin.
« Toutes mes observations, toutes les histoires de brigands que je lui
rappelai ne servirent de rien; elle nous menaça de se rendre seule à 1 au
berge, si nous ne voulions pas la suivre.