90 L’IMPOT FONCIER ET LA CAPITATION PERSONNELLE
Francs qui lui préfèrent Aegidius. Wiomad pousse insidieusement
le Romain à des mesures tyranniques qui lui aliéneront ses sujets
Francs. Il le persuade de leur imposer une capitation d’un sou d’or,
qu’ils acceptent, puis de la porter à 3 sous. Cela même ne suffit pas
à déterminer les Francs à rappeler Childéric. Seul le meurtre de
cent Francs peut les faire révolter*.
Ce qu’il faut retenir de cette légende”, c’est que, au vnr® siècle,
date de la compilation mise sous le nom de Frédégaire®, une capita-
tion d’un sou d’or passait pour acceptable (acquiescentes impleverunt),
une capitation de 3 sous d’or pour lourde, mais non au point de
provoquer un soulèvement*. On a vu plus haut qu’il y a un indice
que, au 1v° siècle, la capitation était d’un sou d’or’.
L'existence de la capitation personnelle permet d’interpréter un
ertain nombre de textes dont on a tiré des conclusions tout à fait
1. Voici le passage essentiel, tiré de l’Historia epitomata (c. 11), une des parties
de la compilation de Frédégaire : « Franci tunc Eicio (lis. Egidio) unanimiter regem
adsumunt. Wiomadus, amicus Childerici, subregulus ab Eiecio Francis instituitur
zjusque consilio omnes Francos singulos aureos tributavit. Adquiescentes imple-
verunt. Dicens iterum ad Eiegio Wiomadus : « gens haec durissima quae mihi
agendum jussisti parum adtributati sunt, superbiam saeviunt ; jube ut ternos sole-
dos tribuentur ». Quod cum factum fuisset, adquiescentes Franci dixerunt: « melius
nobis est ternos soledos tributa dissolvere quam cum Childerico gravissimam vitam
ducere » (éd. Krusch, Script. rerum merov., t, Il, p. 95-96) ; éd. G. Monod. Bibl.
de PÉcole des Hautes Études, 63° fasc., p. 89. s
2. Elle a été étudiée par Godefroid Kurth, Histoire poétique des Mérovingiens (1893),
p. 185.
3. Nous la croyons rédigée tout entière vers 660 par un Bourguignon au service
des maires du palais d’Austrasie. Voy. Revue historique, t. CXV, p. 305-337. Ajou-
ter un récent mémoire de Bruno Krusch dans Nachrichten d. Gesellschaft d. Wiss.
vu Goettingen, phil. Klasse, 1926, p. 237-263. [
4. Frédégaire est-il l’écho d’une légende populaire, s’inspire-t-il d’une compo-
sition pseudo-historique antérieure, ou encore forge-t-il de toutes pièces ce récit ?
C’est qu’il est très difficile de dire. Il n’est pas impossible que, en ce dernier cas,
il y ait là une remontrance ou une menace cachée à l’égard des rois francs ses
contemporains qui s'obstinaient à lever la capitation. Quoi qu’il en soit, cet auteur
« n’a pu qu’exprimer les idées de son temps », comme le fait observer M. Thi-
bault (loc. cit, p. 59). Ce savant reconnaît qu’il s’agit d’une charge de tant par tête ;
«d l'explique par la conception germanique des dona au roi!
I est intéressant de rapprocher le taux d’un sou d’or pour la. capitation de la
taxe exigée du colon qui veut se marier, au temps de saint Grégoire le Grand. Le
pape interdit de percevoir une somme plus élevée : « praecipimus ut omne com-
modum nuptiarum unius solidi summam nullatenus excedat » (Gregorii J papac
Registrum epistolarum, éd. P. Ewald et L. M, Hartmann, l. I, n° 42, t. I, p. 65).
Le taux de ce droit n’est-il pas en rapport avec la capitation due par le colon ?
3. Voy. plus haut p. 24.